Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 71 L’être rancunier fait naître à dessein une rancune ; la servante Yuanyang rencontre sans le vouloir un couple de canards mandarins

𨻶𨻶 

L’être rancunier fait naître à dessein une rancune

la servante Yuanyang rencontre sans le vouloir un couple de canards mandarins

:「。」寳,𨚫便:「。」」,退。寳

Deux servantes de l’aïeule Jia vinrent en toute hâte chercher Baoyu, en disant : « Second jeune maître, venez vite avec nous : Monsieur est rentré. » À cette nouvelle, Baoyu éprouva tout ensemble joie et inquiétude ; il dut changer précipitamment de vêtements et venir présenter ses respects. Jia Zheng se trouvait dans la chambre de l’aïeule Jia et n’avait même pas encore changé de tenue. En voyant Baoyu entrer et le saluer, il se réjouit naturellement, non sans ressentir aussi quelque tristesse. Après avoir raconté diverses choses sur son mandat, l’aïeule Jia lui dit : « Tu dois être fatigué ; va te reposer. » Jia Zheng se leva vivement, répondit avec un sourire : « Oui », puis, restant encore un instant debout, ajouta quelques mots avant de se retirer. Baoyu et les autres le suivirent. Jia Zheng l’interrogea bien entendu sur ses études, après quoi chacun se dispersa.

、寳便便𭺾,𫎇便

En réalité, Jia Zheng, revenu à la capitale pour rendre compte de sa mission, n’avait pas osé rentrer d’abord chez lui, car il était examinateur provincial. La veille, Jia Zhen, Jia Lian et Baoyu étaient allés à sa rencontre jusqu’au relais. Lorsqu’ils l’eurent rejoint, Jia Zheng s’enquit d’abord de la santé de l’aïeule Jia, puis leur ordonna à tous de rentrer à la maison pour l’y attendre. Le lendemain, il fut reçu par l’empereur et, toutes les formalités accomplies, revint enfin chez lui. Par faveur impériale, il reçut encore un mois de congé pour se reposer.

Comme il avançait en âge, que ses responsabilités étaient lourdes et ses forces déclinantes, et que plusieurs années passées au-dehors l’avaient récemment séparé des siens, il se trouvait infiniment heureux de les voir à présent réunis dans la paix. Il cessa donc de se soucier des affaires, grandes ou petites : il lisait ; quand l’ennui le prenait, il jouait aux échecs et buvait avec ses compagnons lettrés ; parfois aussi, dans la journée, il restait dans les appartements intérieurs, goûtant avec sa mère et son épouse les joies de la vie familiale.

便,𭣣退𡚱、便便𬋩便㫖:睄睄,:「𭣣睄。」

Cette année-là, le troisième jour du huitième mois devait marquer le quatre-vingtième anniversaire de l’aïeule Jia. Comme tous les parents et amis viendraient et que l’on craignait de manquer de place pour disposer les banquets, Jia Zheng en avait discuté de bonne heure avec Jia She, Jia Lian et les autres. Ils avaient décidé que les festins se tiendraient simultanément dans les deux palais, du vingt-huitième jour du septième mois au cinquième jour du huitième. Le palais Ningguo recevrait exclusivement les hommes, et le palais Rongguo les dames. Dans le Jardin aux Grandes Vues, on débarrassa le belvédère des Brocarts assemblés, la salle de l’Ombre bienfaisante et plusieurs autres vastes édifices, afin d’en faire des lieux de repos.

Le vingt-huit seraient invités les membres de la famille impériale, les gendres de l’empereur, les princes et ducs, les princes du sang, princesses de commanderie, princesses consorts, princesses impériales, dames de commanderie, grandes dames et dames titrées. Le vingt-neuf viendraient les hauts dignitaires, gouverneurs, commandants militaires et dames investies d’un titre impérial ; le trente, les autres hauts fonctionnaires, les dames titrées, ainsi que les parents et amis proches ou lointains et leurs épouses. Le premier jour serait consacré au banquet familial de Jia She, le deuxième à celui de Jia Zheng, le troisième à ceux de Jia Zhen et de Jia Lian, le quatrième au banquet commun de toute la maison Jia, toutes branches et toutes générations réunies, et le cinquième à celui que réuniraient Lai Da, Lin Zhixiao et les autres intendants de la maison.

Dès le début du septième mois, les présents d’anniversaire affluèrent sans interruption. Sur ordre impérial, le ministère des Rites remit un sceptre ruyi d’or et de jade, quatre pièces de satin coloré, quatre coupes d’or et quatre de jade, ainsi que cinq cents taëls d’argent du Trésor. Yuanchun fit en outre apporter par des eunuques une statuette en or du dieu de la Longévité, une canne en bois d’aloès, un chapelet de perles de qienan, une boîte d’encens Bonheur et Longévité, une paire de lingots d’or, quatre paires de lingots d’argent, douze pièces de satin coloré et quatre coupes de jade. Depuis les princes et les gendres impériaux jusqu’aux familles des fonctionnaires civils et militaires de tout rang, aucun de ceux qui entretenaient des relations avec la maison ne manqua d’envoyer un présent : il serait impossible de tous les énumérer.

Dans la grande salle, on installa une vaste table couverte de feutre rouge, sur laquelle furent exposés tous les objets précieux afin que l’aïeule Jia les examinât. Le premier ou le deuxième jour, elle venait encore avec plaisir y jeter un coup d’œil ; mais elle finit par s’en lasser et ne regarda plus rien, disant seulement : « Que la petite Feng les range. Je les regarderai un autre jour, quand je m’ennuierai. »

𡚱、𡚱𨒖𭺾𡚱,便,跕𭭎

Le vingt-huit, les deux palais furent couverts de lanternes et de festons multicolores ; les paravents déployés montraient phénix mâles et femelles, et les coussins étaient ornés de fleurs de lotus. Le son des orgues à bouche, des flûtes, des tambours et de la musique traversait les grandes rues et franchissait les ruelles.

Ce jour-là, au palais Ningguo, il n’y eut que le prince de Beijing, le prince de commanderie de Nan’an, le gendre impérial de Yongchang, le prince de commanderie de Leshan, ainsi que quelques ducs et marquis de familles anciennement liées aux Jia, titulaires de dignités héréditaires. Au palais Rongguo vinrent la princesse douairière de Nan’an, la princesse consort de Beijing et les dames titrées de ces mêmes familles ducales et marquisales.

L’aïeule Jia et les autres, toutes en grande tenue conforme à leur rang, allèrent les recevoir. Après les salutations, elles les conduisirent d’abord à la salle de l’Ombre bienfaisante, dans le Jardin aux Grandes Vues, où elles prirent le thé et changèrent de vêtements ; puis elles gagnèrent la salle de la Gloire et de la Félicité pour présenter leurs vœux et prendre place au banquet. Après s’être longtemps cédé les sièges par politesse, elles finirent par s’asseoir.

Les deux tables d’honneur étaient occupées par les princesses du Nord et du Sud ; au-dessous prenaient place, selon leur rang, les épouses titrées des ducs et des marquis. À la table inférieure de gauche, les hôtesses d’accompagnement étaient la dame titrée du marquis de Jinxiang et celle du comte de Linchang. À droite, la place principale revenait à l’aïeule Jia. Madame Xing et Madame Wang, avec Madame You, Xifeng et plusieurs brus du clan, se tenaient debout derrière elle sur deux rangées déployées comme des ailes d’oie.

Les épouses de Lin Zhixiao et de Lai Da dirigeaient les autres femmes de service derrière les stores de bambou, veillant à ce que l’on servît les plats et le vin. L’épouse de Zhou Rui conduisait plusieurs servantes derrière les paravents, prêtes à répondre aux appels. Quant aux gens qui avaient accompagné les invitées, d’autres domestiques s’étaient depuis longtemps chargés de les recevoir ailleurs.

,埀𡚱囬,㸃𡚱,囬,便

Quand les saluts d’ouverture eurent été exécutés, on vit au pied de la scène douze fillettes qui n’avaient pas encore laissé pousser leurs cheveux, toutes vêtues en jeunes serviteurs et attendant, les mains pendantes. Peu après, l’une d’elles apporta la liste des pièces jusqu’au bas des marches et la remit d’abord à la femme chargée des messages. Celle-ci la transmit à l’épouse de Lin Zhixiao, qui la posa sur un petit plateau à thé, se glissa derrière le store et la donna à Peifeng, concubine de Madame You. Peifeng la reçut et la présenta à Madame You.

Madame You la porta à la table d’honneur. La princesse douairière de Nan’an se récusa un moment par politesse, puis choisit une pièce de bon augure. Elle céda ensuite le choix à la princesse consort de Beijing, qui en désigna une autre. Après de nouvelles politesses, les invitées ordonnèrent simplement de choisir et de jouer les meilleures pièces.

便𡚱:「』,。」:「。」𡚱:「様,。」:「。」戱,寳,寳𡚱:「,𦗟。」𧩊讃。囬,:「𧩊。」𡚱:「。」𡚱

Peu après, quatre services de mets avaient été présentés, suivis d’un premier potage. Les gens venus avec chacune des maisons reçurent des gratifications ; puis toutes les dames changèrent de vêtements, retournèrent dans le Jardin et se virent offrir un thé de qualité supérieure.

La princesse douairière de Nan’an demanda où était Baoyu. L’aïeule Jia répondit en souriant : « Aujourd’hui, plusieurs temples récitent le Sūtra de la protection et de la longévité ; il est allé s’agenouiller pendant la récitation. » La princesse s’enquit aussi des demoiselles. L’aïeule Jia répondit : « Parmi ces sœurs, les unes sont maladives et les autres fragiles ; elles sont gênées devant les étrangers, aussi les ai-je chargées de garder mes appartements. Il y a là une petite troupe d’acteurs : on les a fait jouer dans une salle de ce côté-là, où elles assistent au spectacle avec leurs cousines. »

La princesse douairière de Nan’an sourit : « Puisqu’il en est ainsi, faites-les venir. » L’aïeule Jia se retourna et ordonna à Xifeng : « Va chercher les quatre demoiselles des familles Shi, Xue et Lin. Parmi tes sœurs, amène seulement ta troisième sœur pour les accompagner. » Xifeng acquiesça et revint du côté de l’aïeule Jia. Elle trouva les jeunes filles mangeant des fruits tout en regardant le spectacle ; Baoyu venait lui aussi de rentrer du temple.

Après que Xifeng eut transmis le message, Baochai, Baoqin, Daiyu, Xiangyun et Tanchun gagnèrent le Jardin et présentèrent à toutes les visiteuses leurs respects et leurs salutations. Certaines les avaient déjà vues, mais il y avait encore une ou deux familles qui ne les connaissaient pas ; toutes se répandirent unanimement en éloges.

Xiangyun était la plus familière avec elles. La princesse douairière de Nan’an lui dit en riant : « Tu étais ici, tu m’as entendue arriver, et tu n’es même pas sortie : tu as encore attendu qu’on aille te chercher ! Demain, je réglerai mes comptes avec ton oncle. » D’une main, elle prit Tanchun et de l’autre Baochai, leur demanda leur âge et les loua sans discontinuer. Puis, les ayant lâchées, elle prit Daiyu et Baoqin, les examina attentivement, les couvrit encore d’éloges et dit en riant : « Elles sont toutes parfaites ; je ne sais laquelle choisir pour mes compliments. »

Quelqu’un avait déjà préparé cinq lots parmi les cadeaux de réserve : cinq bagues d’or et cinq de jade, ainsi que cinq bracelets de perles parfumées. La princesse douairière de Nan’an dit avec un sourire : « Mesdemoiselles, ne vous moquez pas de ces présents ; gardez-les pour récompenser vos servantes. » Toutes cinq s’empressèrent de la remercier en s’inclinant. La princesse consort de Beijing leur offrit elle aussi cinq sortes de cadeaux. Il est inutile d’entrer dans le détail du reste.

𡚱便:「使。」便囬,𡚱便𨚫𭭎

Après avoir bu le thé, elles firent un petit tour dans le Jardin, puis l’aïeule Jia et les autres les invitèrent de nouveau à prendre place. La princesse douairière de Nan’an annonça alors son départ : « Je ne me sens pas bien. Pourtant, il m’était réellement impossible de ne pas venir aujourd’hui. Vous me pardonnerez donc de prendre congé la première. » À ces mots, l’aïeule Jia et les autres ne purent décemment insister. Après un nouvel échange de politesses, elles l’accompagnèrent jusqu’à la porte du Jardin, où elle monta dans sa chaise à porteurs et partit.

La princesse consort de Beijing resta encore un instant, puis prit congé à son tour. Parmi les autres invitées, certaines demeurèrent jusqu’à la fin du banquet et d’autres non. L’aïeule Jia, épuisée par cette journée, ne reçut personne le lendemain ; Madame Xing se chargea de tout accueillir. Quant aux jeunes gens des grandes familles venus présenter leurs vœux, ils accomplissaient seulement les rites dans la grande salle ; Jia She, Jia Zheng et Jia Zhen leur rendaient leurs saluts, puis les recevaient au banquet du palais Ningguo. Inutile d’en dire davantage.

宿:「。」退𭣣便:「。」:「?」:「。」:「様,。」:「,囬。」:「様,。」

Durant ces quelques jours, Madame You ne retournait pas non plus le soir au palais Ningguo. Dans la journée, elle recevait les invités ; le soir, elle tenait compagnie à l’aïeule Jia, plaisantait avec elle et aidait Xifeng à gérer les grands et petits ustensiles qui entraient ou sortaient, ainsi que la réception et le rangement des cadeaux. Elle passait la nuit dans les appartements de Li Wan, à l’intérieur du Jardin.

Ce soir-là, après qu’elle eut servi le dîner de l’aïeule Jia, celle-ci dit : « Vous êtes fatiguées, et moi aussi. Allez manger quelque chose de bonne heure, puis reposez-vous. Demain, il faudra encore se lever tôt. » Madame You acquiesça, se retira et se rendit chez Xifeng pour dîner. Xifeng était à l’étage, surveillant le rangement des paravents reçus en cadeau ; seule Ping’er se trouvait dans la chambre, occupée à plier des vêtements pour elle.

Madame You se souvint de tous les soins que Ping’er avait accordés à la Seconde Sœur You de son vivant. Elle hocha la tête et lui dit : « Brave fille ! Avec un si bon cœur, il faut pourtant que tu endures ta vie ici. » Les yeux de Ping’er rougirent ; elle détourna la conversation.

Madame You demanda en souriant : « Votre maîtresse a-t-elle déjà dîné ? — Si elle avait dîné, aurait-elle manqué de vous inviter ? répondit Ping’er. — Dans ce cas, je vais chercher à manger ailleurs, dit Madame You en riant. Je ne supporte plus la faim. » Et elle fit mine de partir.

Ping’er s’empressa de dire avec un sourire : « Revenez, Madame. Il y a ici des pâtisseries ; prenez-en un peu pour patienter, et vous dînerez à votre retour. — Vous êtes si occupées que je préfère aller m’amuser avec les jeunes filles dans le Jardin », répondit Madame You en riant. Elle parlait tout en s’éloignant. Ping’er ne put la retenir et dut y renoncer.

便𬋩便鹿𬋩:「。」:「𬋩。」:「。」:「𬋩𣲖。」:「𬋩西囬?」𡚁便:「!」𦗟:「!」

Madame You se rendit donc directement dans le Jardin. Elle vit que la grande porte et les diverses portes latérales n’étaient toujours pas convenablement fermées, et que des lanternes multicolores y restaient suspendues. Elle se retourna et ordonna à une petite servante d’appeler les femmes de garde. La servante entra dans leur local, mais n’y trouva pas âme qui vive. Elle revint en informer Madame You, qui lui ordonna alors d’aller chercher une intendante.

La fillette sortit jusqu’au pavillon à toit plat situé au-delà de la seconde porte, où les intendantes se réunissaient pour discuter des affaires et prendre leurs instructions. Elle n’y trouva que deux vieilles femmes occupées à partager des fruits et des légumes. Elle leur demanda : « Laquelle des intendantes est ici ? La maîtresse du palais de l’Est attend sur-le-champ l’une d’elles pour lui donner des ordres. »

Les deux vieilles femmes continuèrent à partager leurs fruits et légumes. Ayant entendu qu’il ne s’agissait que de la maîtresse du palais de l’Est, elles ne s’en préoccupèrent guère et répondirent : « Les intendantes viennent de partir. — Puisqu’elles sont parties, allez les chercher chez elles, dit la petite servante. — Nous sommes seulement chargées de garder le bâtiment, pas de transmettre les messages. Si mademoiselle veut faire chercher quelqu’un, qu’elle envoie celles qui sont chargées de cela. »

À ces mots, la petite servante s’écria : « Ah çà ! Tout est donc sens dessus dessous ! Pourquoi n’iriez-vous pas transmettre le message ? Vous pouvez tromper une nouvelle venue, mais vous voulez me tromper, moi ? D’habitude, si ce n’est pas vous qui portez les messages, qui donc le fait ? Quand vous apprenez quelque nouvelle secrète, ou que l’une des intendantes a reçu une gratification, vous courez toutes transmettre les messages en frétillant comme des chiens, sans plus savoir qui est qui ! Si la seconde maîtresse Lian vous faisait appeler quelqu’un, lui répondriez-vous de cette façon ? »

Les vieilles femmes avaient bu ; de plus, la fillette venait de mettre le doigt sur leurs travers. De honte, elles entrèrent en fureur et l’une d’elles répliqua : « Va raconter tes saletés ailleurs ! Que nous transmettions ou non les messages ne te regarde pas. Avant de nous accuser, songe donc à ton père et à ta mère : auprès des intendants de votre côté, ils savent encore mieux que nous ramper et flatter ! Chaque porte a ses gens, chaque maison ses affaires. Si tu es si capable, va rosser ceux de ton côté pour qu’ils servent de mannequins à chaussures. Mais de notre côté, tiens-toi à distance ! »

La servante pâlit de colère. « Très bien ! Très bien ! Voilà qui est bien parlé ! » dit-elle avant de tourner les talons pour aller rendre compte de l’affaire.

、寳𦗟:「?」:「。偺,偺?」:「。」:「。」:「。」:「。」:「。」寳:「。」

Madame You était déjà entrée dans le Jardin. Elle avait rencontré Xiren, Baoqin et Xiangyun, qui racontaient des histoires et plaisantaient avec deux religieuses du couvent de Dizang. Comme elle disait avoir faim, elles s’étaient d’abord rendues à la cour du Bonheur rouge, où Xiren lui avait préparé plusieurs pâtisseries salées, les unes grasses et les autres végétariennes.

La petite servante finit par les trouver et, frémissante de colère, répéta tout ce qui venait d’être dit. Madame You ricana : « Qui sont donc ces deux femmes ? » Les deux religieuses repoussèrent gentiment la servante en riant : « Mademoiselle, quel caractère emporté ! Vous n’auriez pas dû venir répéter les paroles de ces vieilles imbéciles. Notre maîtresse, dont la personne vaut dix mille pièces d’or, est épuisée depuis plusieurs jours et n’a pas même touché une goutte d’alcool. Nous ne devrions chercher qu’à la distraire : pourquoi lui raconter cela ? »

Xiren aussi se hâta de sourire et de tirer la fillette dehors : « Ma bonne petite sœur, va te reposer un instant. J’enverrai quelqu’un les appeler. — N’envoie personne, dit Madame You. Va toi-même chercher ces deux vieilles, puis appelle-moi leur Xifeng. — J’irai la chercher, répondit Xiren en souriant. — Toi précisément, je ne veux pas que tu y ailles », répliqua Madame You avec un sourire.

Les deux religieuses se levèrent précipitamment : « Madame est d’ordinaire d’une générosité sans limites. Aujourd’hui, c’est le grand anniversaire de la Vieille Aïeule ; si Madame se met en colère, ne donnera-t-elle pas prise aux commentaires ? » Baoqin et Xiangyun intervinrent elles aussi en riant pour l’apaiser. Madame You déclara : « Si ce n’était l’anniversaire de l’aïeule, je ne laisserais certainement pas passer cela. Pour l’instant, laissons-les tranquilles. »

𬋩靣,:「。」便:「使。」:「。」:「𬋩戸』。」:「𭙌。」

Pendant qu’elles parlaient, Xiren avait déjà envoyé une autre servante chercher quelqu’un hors de la porte du Jardin. Par chance, celle-ci rencontra l’épouse de Zhou Rui et lui raconta l’affaire.

L’épouse de Zhou Rui n’avait pas de fonctions d’intendance ; mais, parce qu’elle était une servante de la dot de Madame Wang, elle jouissait depuis toujours d’une certaine considération. Rusée et souple, elle avait l’habitude de se rendre utile partout et de rechercher la faveur de chacun, si bien que les maîtres de tous les appartements l’appréciaient. Ayant entendu ce récit, elle courut à la cour du Bonheur rouge en s’écriant tout en chemin : « Quelle catastrophe ! On a mis Madame dans une colère terrible ! Il fallait justement que je ne sois pas là ! Je vais d’abord leur donner quelques gifles ; après ces quelques jours, nous réglerons nos comptes. »

En la voyant, Madame You sourit : « Dame Zhou, venez donc juger cette affaire. À une heure pareille, les portes du Jardin sont encore grandes ouvertes, les lanternes et les bougies brûlent, et toutes sortes de gens entrent et sortent. Si quelque accident imprévu survenait, comment cela pourrait-il convenir ? J’ai donc fait appeler les femmes de garde pour qu’elles éteignent les lumières et ferment les portes. Or il ne s’y trouvait pas même l’ombre d’une personne. »

L’épouse de Zhou Rui répondit : « Voilà qui dépasse les bornes ! La seconde maîtresse leur a encore donné des ordres avant-hier, et aujourd’hui il n’y a déjà plus personne. Quand ces quelques jours seront passés, il faudra vraiment en faire battre plusieurs. » Madame You lui rapporta aussi les paroles adressées à la petite servante. L’épouse de Zhou Rui reprit : « Madame, ne vous fâchez pas. Une fois les festivités terminées, je le signalerai aux intendantes et les ferai battre à les mettre en pièces. Il suffira de demander laquelle a parlé de “chaque porte et chaque maison”. Je leur ai déjà ordonné d’éteindre les lumières et de fermer les portes. Que Madame ne se mette plus en colère. »

Au milieu de cette agitation, Xifeng envoya quelqu’un inviter Madame You à dîner. Celle-ci répondit : « Je n’ai plus faim. Je viens de manger quelques brioches. Que votre maîtresse dîne elle-même. »

便便:「,凴。」𦘏便,𣲖

Peu après, l’épouse de Zhou Rui sortit et rapporta l’affaire à Xifeng. Celle-ci ordonna : « Notez le nom de ces deux femmes. Quand ces quelques jours seront passés, ligotez-les et envoyez-les au palais Ningguo. Ma belle-sœur en disposera comme elle voudra : qu’elle les fasse battre ou leur accorde sa grâce, et tout sera réglé. Ce n’est pas une grande affaire. »

L’épouse de Zhou Rui ne demandait pas mieux. Elle était depuis toujours en mauvais termes avec ces femmes. À peine sortie, elle ordonna à un jeune serviteur de se rendre chez Lin Zhixiao pour transmettre les paroles de Xifeng : l’épouse de Lin Zhixiao devait venir sur-le-champ se présenter à la première maîtresse. Dans le même temps, elle fit immédiatement ligoter les deux vieilles femmes, qui furent enfermées près des écuries sous la garde de domestiques.

:「。」:「𨌩。。」:「。」:「。」便:「?」便:「!」便:「。」

Ignorant de quoi il s’agissait, l’épouse de Lin Zhixiao se hâta de venir en voiture et se présenta d’abord chez Xifeng. Arrivée à la seconde porte, elle fit annoncer sa venue. Les servantes ressortirent et lui dirent : « La seconde maîtresse vient de se coucher. La première maîtresse est dans le Jardin ; il vous suffit d’aller la voir. »

L’épouse de Lin Zhixiao dut donc entrer dans le Jardin et gagner le hameau des Épis parfumés. Les servantes annoncèrent sa venue. En l’apprenant, Madame You se sentit au contraire embarrassée et la fit vite entrer. Elle lui dit avec un sourire : « Je voulais seulement vous interroger parce que je ne trouvais personne. Puisque vous étiez partie, ce n’était pas une grande affaire. Qui vous a donc fait revenir pour rien ? Ce n’était presque rien, et j’ai déjà laissé tomber. »

L’épouse de Lin Zhixiao répondit en souriant : « La seconde maîtresse a envoyé quelqu’un me chercher, disant que Madame avait des ordres à me donner. — C’est sans doute dame Zhou qui lui en a parlé, dit Madame You. Rentrez vous reposer ; il n’y a rien d’important. » Li Wan voulut expliquer la cause de l’affaire, mais Madame You l’en empêcha. Voyant cela, l’épouse de Lin Zhixiao ne put que repartir et sortir du Jardin.

Par hasard, elle rencontra la concubine Zhao, qui lui dit en riant : « Oh là là, ma chère belle-sœur ! À cette heure-ci, vous n’êtes pas encore rentrée vous reposer ? Pourquoi courez-vous ainsi ? — Je ne demande pourtant qu’à rentrer ! » répondit l’épouse de Lin Zhixiao, avant de lui raconter comment on l’avait fait revenir.

La concubine Zhao déclara : « Cette affaire ne vaut même pas un pet ! Si l’on veut faire grâce, on n’en parle plus ; si l’on a l’esprit un peu étroit, on leur donne quelques coups et tout est fini. Cela valait-il la peine de vous faire revenir ? Allez vite vous reposer ; je ne vous retiens même pas pour prendre le thé. »

𭺾,:「?」。纒:「𡍼西?」:「𡍼。」𭺾

Après cet échange, l’épouse de Lin Zhixiao sortit. Lorsqu’elle arriva près de la porte latérale, les fillettes des deux vieilles femmes vinrent à elle en pleurant pour implorer leur grâce. Elle leur dit avec un sourire : « Que vous êtes sottes, mes enfants ! Qui leur a dit de boire et de raconter n’importe quoi ? Elles ont provoqué une affaire dont je ne savais rien moi-même. La seconde maîtresse a envoyé quelqu’un les ligoter, et l’on me reproche même de ne pas avoir fait mon devoir : pour qui pourrais-je intercéder ? »

Les deux fillettes n’avaient que sept ou huit ans et ne comprenaient rien aux affaires ; elles continuaient à pleurer et à la supplier, si bien qu’elles finirent par ne plus lui laisser d’issue. Elle leur dit alors : « Petites sottes ! Vous avez une voie toute trouvée et vous ne l’empruntez pas ; au lieu de cela, vous venez me harceler. Votre sœur aînée a été donnée au fils de dame Fei, servante de la dot de la grande maîtresse de ce côté-là. Allez prévenir votre sœur ; que sa belle-mère en parle à Madame Xing, et qu’est-ce qui ne pourrait être arrangé ? »

Ces paroles éclairèrent l’une des fillettes, mais l’autre continua à supplier. L’épouse de Lin Zhixiao lui cracha avec mépris : « Imbécile ! Une fois qu’elle en aura parlé là-bas, tout sera naturellement réglé. On ne va pas relâcher seulement sa mère et garder la tienne pour la battre ! » Sur ces mots, elle monta en voiture et partit.

便便」。𡚱忿便調𦗟

La petite servante alla effectivement raconter l’affaire à sa sœur, puis à dame Fei. Cette dernière était d’un naturel assez remuant. Elle commença par lancer une bordée d’injures à travers le mur, puis alla solliciter Madame Xing. Elle lui dit que sa belle parente « avait seulement échangé deux mots avec la petite servante de la première maîtresse ; mais l’épouse de Zhou Rui avait excité la seconde maîtresse contre elle. Elle était maintenant ligotée près des écuries et devait encore être battue dans deux jours. Que Madame veuille bien en dire un mot à la seconde maîtresse et lui fasse grâce cette fois-ci. »

Madame Xing avait déjà perdu la face lorsqu’elle avait voulu obtenir Yuanyang, et l’aïeule Jia s’était depuis lors refroidie envers elle. En outre, quand la princesse douairière de Nan’an était venue quelques jours auparavant, l’aïeule Jia avait expressément ordonné que seule Tanchun parût devant elle, ce qui avait depuis longtemps rempli Madame Xing de ressentiment. Des gens mesquins de son entourage, jaloux de Xifeng et nourrissant contre elle leurs propres rancunes, l’excitaient encore, si bien que Madame Xing en était venue à la détester profondément. En entendant à présent ce récit, elle ne chercha pas même à distinguer le vrai du faux.

戱。便、寳便。寳𨚫便:「。」𭺾,戱飮便便便

Le lendemain de bonne heure, après la visite à l’aïeule Jia, tous les membres du clan furent réunis et le spectacle commença. L’aïeule Jia était de belle humeur ; comme il n’y avait ce jour-là que les fils et neveux de son propre clan, elle se para et vint dans la grande salle recevoir leurs hommages.

Une couche avait été installée seule au centre, avec coussin allongé, dossier et repose-pieds. L’aïeule Jia s’y tenait à demi étendue. Tout autour, devant, derrière, à droite et à gauche, étaient disposés des tabourets bas identiques. Baochai, Baoqin, Daiyu, Xiangyun, Yingchun, Tanchun, Xichun et les autres sœurs l’entouraient. La mère de Jia Huang avait amené sa fille Xiluan, et la mère de Jia Qiong sa fille, Quatrième Sœur ; il y avait encore les petites-filles de plusieurs autres branches, soit en tout une vingtaine de jeunes filles de tout âge. L’aïeule Jia trouva Xiluan et Quatrième Sœur particulièrement jolies, et leurs paroles comme leur conduite différentes de celles des autres. Charmée, elle les fit asseoir elles aussi devant sa couche. Baoyu, quant à lui, se tenait sur la couche et lui massait les jambes.

La première place revenait à tante Xue ; au-dessous d’elle, deux rangées se prolongeaient selon les branches et les générations. Sous les galeries, au-delà des stores, tous les hommes du clan étaient pareillement assis suivant leur rang. Les invitées commencèrent par venir présenter leurs hommages, groupe après groupe, puis ce fut le tour des hommes. À demi étendue sur sa couche, l’aïeule Jia faisait seulement dire : « Dispensez-les de la cérémonie. »

Lai Da et les autres conduisirent ensuite tous les domestiques, qui se mirent à genoux depuis la porte des Cérémonies jusqu’à la grande salle et se prosternèrent. Après eux vinrent les femmes mariées de la domesticité, puis les servantes de chaque appartement. Tout cela dura le temps de deux ou trois repas. On apporta ensuite quantité de cages à oiseaux, que l’on ouvrit dans la cour centrale pour rendre les oiseaux à la liberté. Jia She et les autres brûlèrent des offrandes de papier au Ciel, à la Terre et au dieu de la Longévité ; alors seulement le spectacle et le banquet commencèrent.

Ce ne fut qu’à la fin de la représentation de la mi-journée que l’aïeule Jia rentra se reposer, laissant chacun agir à sa guise. Elle ordonna à Xifeng de garder Xiluan et Quatrième Sœur deux jours pour qu’elles s’amusent avant de repartir. Xifeng sortit et en parla à leurs mères. Comme celles-ci bénéficiaient depuis toujours de sa sollicitude, elles acceptèrent volontiers que leurs filles s’amusent dans le Jardin ; le soir venu, elles ne les ramenèrent donc pas chez elles.

:「𬋩,偺便。」𭺾,𦗟,囬:「。」:「?」:「。」:「。凴。」:「𦂳,。」,囬便

Madame Xing attendit le soir, au moment où tout le monde se dispersait, pour intercéder auprès de Xifeng devant l’assistance, avec un sourire de circonstance : « J’ai appris hier soir que la seconde maîtresse, en colère, avait chargé l’épouse de l’intendant Zhou de faire ligoter deux vieilles femmes. Je ne sais pas au juste quelle faute elles ont commise. En toute justice, je ne devrais pas demander leur grâce ; mais je songe que, pour l’heureux anniversaire de l’aïeule, on ne recule devant rien pour donner de l’argent et du riz, aider les pauvres et secourir les vieillards. Or voici que, chez nous, on commence par tourmenter de vieilles gens ! À défaut d’avoir égard à moi, considérez pour un temps l’aïeule et faites-les donc relâcher. » Cela dit, elle monta en voiture et partit.

Entendre ces paroles devant tout le monde remplit Xifeng tout ensemble de honte et de colère. Incapable sur le moment de comprendre d’où venait l’attaque, elle devint pourpre. Se retournant vers l’épouse de Lai Da et les autres, elle ricana : « Qu’est-ce donc que cette histoire ? Hier, des gens d’ici ont offensé ma belle-sœur du palais Ningguo. J’ai craint qu’elle ne s’en formalise et lui ai donc entièrement laissé le soin de décider de leur sort ; ce n’est nullement moi qu’elles avaient offensée. Quel dieu aux oreilles indiscrètes a donc porté la nouvelle si vite ? »

Madame Wang demanda : « De quoi s’agissait-il ? » Xifeng raconta l’affaire de la veille avec un sourire. Madame You dit en riant : « Moi-même, je n’en savais rien. Tu t’es vraiment mêlée de trop de choses. — J’avais peur que vous ne perdiez la face, répondit Xifeng. C’est pourquoi j’attendais que vous décidiez de leur punition : ce n’était qu’une question de bienséance. Si j’étais chez vous et qu’un domestique m’offensât, vous me le livreriez naturellement pour que j’en dispose. Si bon serviteur qu’il soit, on ne saurait manquer à cette règle. Mais quelqu’un est allé là-bas, sans aucune raison, faire assaut de zèle et raconter cela comme une affaire d’importance. »

Madame Wang dit : « Ta belle-mère a raison. L’épouse de notre frère Zhen n’est pas non plus une étrangère ; toutes ces vaines formalités sont inutiles avec elle. L’anniversaire de l’aïeule est ce qui importe : mieux vaut relâcher ces femmes. » Elle se retourna et ordonna aussitôt à quelqu’un d’aller délivrer les deux vieilles.

使,咤:「。」𮌖:「?」:「滿』、。」:「様,。」

Plus Xifeng y songeait, plus sa colère et sa honte augmentaient. Elle se sentit soudain découragée et les larmes lui vinrent aux yeux. Par dépit, elle retourna pleurer dans sa chambre, tout en empêchant qu’on s’en aperçût.

Mais justement, l’aïeule Jia envoya Hupo la chercher, exigeant qu’elle vînt immédiatement lui parler. En la voyant, Hupo s’étonna : « Tout allait bien ; que s’est-il donc passé ? Là-bas, on vous attend sur-le-champ. » Xifeng s’essuya vite les yeux, se lava le visage, remit de la poudre parfumée et suivit Hupo.

L’aïeule Jia lui demanda : « Parmi toutes les familles qui ont envoyé des présents l’autre jour, combien ont offert des paravents ? — Seize en tout, répondit Xifeng : douze grands paravents et quatre petits paravents de lit. Le plus remarquable est le grand paravent de la famille Zhen : il comporte douze feuilles en satin rouge vif, avec, en tapisserie kesi, “Les tablettes de cour emplissent la couche”, et, au revers, une “Image des cent Longévités” rehaussée d’or. Il est de toute première qualité. Le paravent de verre de la famille Wu, celle du général des Mers du Guangdong, est encore assez convenable. — Puisqu’il en est ainsi, dit l’aïeule Jia, ne touchez pas à ces deux-là. Rangez-les avec soin : je veux les offrir à quelqu’un. » Xifeng acquiesça.

:「𬋩?」:「。」便:「。」:「?」:「便。」:「。」

Yuanyang s’approcha soudain et examina attentivement le visage de Xifeng. L’aïeule Jia lui demanda : « Tu ne la reconnais donc pas ? Pourquoi ne cesses-tu de la regarder ? — Je trouve ses yeux tout gonflés, répondit Yuanyang en souriant ; c’est ce qui m’étonne. » L’aïeule Jia fit approcher Xifeng et l’examina elle aussi.

Xifeng dit en riant : « Ils me démangeaient tout à l’heure ; je les ai frottés et ils ont un peu enflé. — N’aurais-tu pas encore subi la colère de quelqu’un ? demanda Yuanyang avec un sourire. — Qui oserait me faire subir sa colère ? répondit Xifeng. Même si cela arrivait, en cet heureux anniversaire de l’aïeule, je n’oserais pas pleurer. »

L’aïeule Jia dit : « C’est bien vrai. J’allais justement dîner. Reste ici pour me servir ; ensuite, toi et l’épouse de Zhen mangerez ce qui restera. Vous aiderez aussi les deux maîtresses religieuses à trier pour moi les grains du Bouddha : cela vous gagnera quelques années de vie. L’autre jour, tes sœurs et Baoyu les ont déjà triés ; à présent, je veux que vous le fassiez aussi, pour que vous ne m’accusiez pas de partialité. »

𭺾,𭺾,,㸃,𦗟

Pendant qu’elles parlaient, on servit d’abord une table de mets végétariens pour les deux religieuses. Puis on apporta les plats gras. Lorsque l’aïeule Jia eut terminé, la table fut transportée dans la pièce extérieure, où Madame You et Xifeng commencèrent à manger.

L’aïeule Jia fit encore appeler Xiluan et Quatrième Sœur pour qu’elles mangent avec elles. Le repas fini, Madame You et Xifeng se lavèrent les mains, allumèrent de l’encens, puis on leur apporta un boisseau de haricots. Les deux religieuses récitèrent d’abord une stance bouddhique ; ensuite, elles trièrent les grains un à un et les déposèrent dans une corbeille. Le lendemain, on les ferait cuire et distribuer au carrefour afin de nouer des liens de longévité. À demi étendue, l’aïeule Jia écoutait les deux religieuses lui raconter des histoires de causes et de rétributions.

𦗟便:「。」:「?」便:「𬋩。」:「!」:「。」便:「。」:「?」:「?」

Yuanyang avait déjà appris par Hupo que Xifeng avait pleuré ; elle s’était aussi renseignée auparavant auprès de Ping’er sur la cause de l’affaire. Le soir, lorsque les gens se furent dispersés, elle rapporta : « La seconde maîtresse a bel et bien pleuré. La grande maîtresse de ce côté-là lui a fait perdre la face devant tout le monde. »

L’aïeule Jia demanda : « Pour quelle raison ? » Yuanyang lui expliqua toute l’affaire. L’aïeule Jia déclara : « Voilà précisément en quoi la petite Feng connaît les convenances. Sous prétexte que c’est mon anniversaire, faudrait-il laisser des esclaves offenser impunément les maîtres de tout le clan ? La grande maîtresse est habituellement de mauvaise humeur, mais elle n’ose pas laisser éclater sa colère ; aujourd’hui, elle a donc saisi ce prétexte. Son intention manifeste était seulement d’humilier Xifeng devant tout le monde. »

À ce moment, Baoqin entra, et l’aïeule Jia n’en dit pas davantage. Elle se souvint soudain de Xiluan et de Quatrième Sœur, qu’elle avait gardées, et ordonna que l’on avertît les vieilles femmes du Jardin : « Elles doivent être servies exactement comme les demoiselles de la maison. Si quelqu’un les méprise et que je l’apprenne, je ne lui pardonnerai pas ! »

La vieille femme acquiesça et allait partir lorsque Yuanyang dit : « J’irai le leur dire moi-même. Là-bas, elles n’écouteront pas ce qu’elle dit. » Elle se rendit donc directement dans le Jardin. Elle alla d’abord au hameau des Épis parfumés, mais ni Li Wan ni Madame You ne s’y trouvaient. Interrogées, les servantes répondirent toutes : « Elles sont chez la troisième demoiselle. »

Yuanyang rebroussa chemin et gagna la salle des Frondaisons de l’aube. Elle y trouva effectivement tous les gens du Jardin en train de rire et de bavarder. En la voyant, ils dirent en riant : « Qu’est-ce qui t’amène encore ici à cette heure ? » Puis ils lui offrirent un siège.

Yuanyang répondit avec un sourire : « Ne m’est-il donc pas permis de me promener ? » Elle répéta alors les ordres de l’aïeule Jia. Li Wan se leva aussitôt pour les écouter, puis fit appeler une responsable de chaque service et leur ordonna de transmettre ces instructions à tous. Inutile d’en dire davantage.

:「。」:「,偺。」:「』『滿𦘏?」:「。」

Madame You dit en souriant : « L’aïeule pense vraiment à tout. En vérité, même si l’on attachait ensemble dix personnes jeunes et vigoureuses comme nous, elles ne parviendraient pas à la suivre. » Li Wan ajouta : « La petite Feng, avec son intelligence diabolique, arrive encore à rester près de ses traces ; nous autres en sommes incapables. »

Yuanyang dit : « Assez ! Ne me parlez plus de “petite Feng”, ni de “petite Tigresse”. À bien considérer sa situation, elle est aussi digne de pitié. Certes, depuis plusieurs années, elle n’a laissé voir aucune faute devant l’aïeule et Madame Wang ; mais, en secret, qui sait combien de gens elle a offensés ? En somme, il est difficile de se conduire en ce monde. Si l’on est trop honnête et dépourvu de souplesse, les beaux-parents vous trouvent trop simple et les domestiques ne vous craignent pas. Si l’on possède quelque adresse, on ne peut éviter, en administrant un domaine, d’en léser un autre.

Chez nous, les choses vont encore mieux ! Toutes ces jeunes maîtresses de rang inférieur qui sont apparues récemment sont si comblées qu’elles ne savent plus ce qu’elles désirent. Au moindre mécontentement, ou bien elles médisent en secret, ou bien elles sèment la discorde partout. Je ne veux pas fâcher l’aïeule, aussi ne lui en dis-je pas un mot. Autrement, si je révélais tout, personne ne vivrait plus en paix.

Je ne dis pas cela seulement parce que la troisième demoiselle est ici : que l’aïeule préfère Baoyu et que certains s’en plaignent en secret, passe encore, puisqu’on peut appeler cela de la partialité. Mais à présent, l’aïeule vous préfère aussi ; or j’ai entendu dire que cela encore ne convenait pas. N’est-ce pas risible ? »

Tanchun répondit en souriant : « Il y a tant d’imbéciles : comment discuter de tout avec eux ? À mon avis, il vaudrait mieux appartenir à une famille modeste. On y vit peut-être pauvrement, mais mères et filles sont chaque jour pleines de joie et tout le monde est heureux. Dans les familles comme la nôtre, les gens nous imaginent riches de milliers et de dizaines de milliers de pièces, et se demandent quelle félicité doit être la nôtre. Ils ignorent les tourments indicibles qu’il y a ici, bien plus terribles encore. »

:「𬋩。」:「𦊱𪾶,𭙌様,。」:「。」:「?」:「,䆒。」寳:「𭮀。」便:「。」:「。」:「?」

Baoyu dit : « Personne ne se tourmente et ne se mêle d’autant de choses que ma troisième sœur. Je te conseille toujours de ne pas écouter ces propos vulgaires ni de penser à ces affaires vulgaires, et de te contenter des richesses, des honneurs et du rang dont tu jouis. Tu n’es pas comme nous, qui n’avons pas cette pure félicité et sommes faits pour nous agiter dans la confusion. »

Madame You dit : « Personne non plus ne vit aussi libre de toute entrave que toi. Tu ne sais que rire et t’amuser avec tes sœurs, manger quand tu as faim et dormir quand tu es las. Dans quelques années encore, tu seras toujours le même, sans jamais songer un instant à l’avenir. »

Baoyu répondit en souriant : « Chaque journée que je peux passer avec mes sœurs est une journée de gagnée. Quand je serai mort, tout sera fini. Pourquoi parler d’avenir ? »

Li Wan et les autres rirent : « Voilà encore des sottises ! Admettons que tu sois un propre à rien et que tu vieillisses ici : crois-tu donc que toutes tes sœurs ne se marieront jamais ? » Madame You ajouta en riant : « Il n’est pas étonnant que tout le monde dise que tu as reçu en vain un corps de garçon : au fond, tu n’es qu’un sot et un simple d’esprit. »

Baoyu répondit avec un sourire : « Les affaires humaines ne sont jamais fixées ; qui sait lequel de nous mourra et lequel vivra ? Si je mourais aujourd’hui ou demain, cette année ou l’année prochaine, j’aurais tout de même passé ma vie entière selon mon cœur. »

Sans attendre qu’il eût fini, toutes s’écrièrent : « Le voilà de nouveau devenu fou ! Mieux vaut ne pas lui parler. Dès qu’on lui adresse la parole, il ne répond que par des idioties ou des folies. »

Xiluan dit alors en souriant : « Second frère, ne parlez pas ainsi. Quand toutes les grandes sœurs d’ici seront effectivement mariées, l’aïeule et Madame Wang se sentiront certainement seules. Moi, je viendrai vous tenir compagnie. »

Li Wan, Madame You et les autres rirent : « Que mademoiselle ne dise pas de sottises, elle aussi ! Croyez-vous donc ne jamais vous marier ? Qui voulez-vous tromper avec ces paroles ? » Xiluan en baissa la tête. La première veille avait déjà commencé ; chacune regagna ses appartements pour se reposer. Il n’y a rien d’autre à en dire.

徃,,㣲㑹。𦗟便躱。穿便便:「。」使𫝗,便便𦡀:「!」:「?」便㑹,:「?」:「。」,𨚫:「。」𦗟:「!」:「!」

Yuanyang, quant à elle, reprit directement le chemin du retour. Comme elle arrivait devant la porte du Jardin, elle vit que la porte latérale était seulement poussée et n’avait pas encore été verrouillée. À cette heure, personne n’allait ni ne venait dans le Jardin ; seule brillait faiblement la lumière du local des femmes de garde, sous une lune à demi levée dans le ciel.

Yuanyang n’avait personne pour l’accompagner et ne portait pas de lanterne. Comme elle était seule et marchait d’un pas léger, les femmes de garde ne remarquèrent pas son passage. Prise d’un besoin pressant, elle quitta l’allée pavée et chercha un endroit couvert d’herbe. Elle arriva derrière un rocher de Xiangshan, au pied d’un grand cannelier.

À peine eut-elle contourné le rocher qu’elle entendit soudain un froissement de vêtements, qui lui causa une belle frayeur. Regardant attentivement, elle distingua deux personnes. À son approche, elles cherchèrent à se cacher derrière les rochers et les fourrés. Yuanyang avait la vue perçante ; à la clarté incertaine de la lune, elle reconnut une grande fille robuste et bien en chair, vêtue d’une jupe rouge et coiffée d’un chignon bouffant : c’était Siqi, des appartements de Yingchun.

Yuanyang crut que Siqi était venue là pour satisfaire un besoin avec une autre fille et que, l’ayant vue arriver, elles se cachaient exprès pour l’effrayer et plaisanter. Elle l’appela donc en riant : « Siqi, si tu ne sors pas tout de suite, après m’avoir ainsi effrayée, je vais crier au voleur et te faire arrêter ! Une si grande fille, et qui ne se lasse jamais de jouer, de jour comme de nuit ! »

Yuanyang ne plaisantait ainsi que pour la faire sortir. Mais Siqi, coupable et donc craintive, s’imagina que Yuanyang avait déjà vu le début et la fin de son affaire. Elle redoutait par-dessus tout que celle-ci ne criât et n’alertât tout le monde, ce qui aurait rendu la situation plus désastreuse encore. De plus, Yuanyang lui était ordinairement proche et affectueuse, contrairement aux autres. Elle sortit donc en courant de derrière l’arbre, saisit Yuanyang et se mit à genoux devant elle, disant seulement : « Ma bonne grande sœur, surtout, ne criez pas ! »

Yuanyang ne comprenait toujours pas ce qui lui prenait. Elle se hâta de la relever et demanda : « Que signifie tout cela ? » Siqi ne répondit pas et essuya ses larmes avec son mouchoir. De plus en plus perplexe, Yuanyang regarda encore et aperçut une autre silhouette, qui ressemblait vaguement à celle d’un jeune serviteur. Elle devina alors presque toute l’affaire ; elle-même, honteuse, sentit son cœur battre et ses oreilles brûler, puis la peur la prit.

Après s’être ressaisie un instant, elle demanda tout bas : « Qui est l’autre ? » Siqi se remit à genoux : « C’est le fils de ma tante paternelle et de mon oncle maternel. » Yuanyang cracha de dégoût, mais la honte l’empêcha de prononcer un seul mot.

Siqi tourna la tête et appela doucement : « Inutile de te cacher. Grande sœur t’a déjà vu. Sors vite te prosterner devant elle. » En entendant cela, le jeune serviteur dut sortir lui aussi de derrière l’arbre ; il se prosterna avec tant d’empressement que sa tête frappait le sol comme un pilon.

Yuanyang voulut vite repartir, mais Siqi la retint et la supplia en pleurant : « Nos vies sont entre les mains de grande sœur ! Nous vous en prions, sauvez-nous ! — Inutile d’en dire davantage, répondit Yuanyang. Fais-le vite partir. Quoi qu’il arrive, je ne le dirai à personne. Pourquoi te mettre dans un état pareil ? »

𦗟:「。」,聼便:「。」𦗟

Elle n’avait pas fini de parler qu’une voix se fit entendre près de la porte latérale : « Mademoiselle Jin est déjà sortie. Verrouillons la porte latérale. »

Yuanyang était toujours retenue par Siqi et ne pouvait se dégager. En entendant ces paroles, elle répondit aussitôt à haute voix : « Je suis ici pour une affaire. Attendez encore un petit instant que je sois sortie. » Siqi dut alors la lâcher et la laisser partir. Pour connaître le fin mot de l’affaire, il faut lire le chapitre suivant.

Notes

賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque traverse tout le roman.

嫌𨻶/鴛鴦 : le titre oppose la rancune volontaire à la rencontre involontaire ; 鴛鴦 désigne à la fois Yuanyang et un couple d’amants, figuré par les canards mandarins.

跪經 : lors d’une récitation rituelle de sūtra, le fidèle demeure à genoux pour participer au mérite produit par la cérémonie.

放生 : relâcher des animaux captifs est un acte bouddhique destiné à produire du mérite, ici pour l’anniversaire de l’aïeule Jia.

滿床笏 : motif de prospérité officielle représentant les tablettes de cour accumulées sur une couche, signe que toute une famille a obtenu de hautes charges.

佛頭兒/結壽緣 : des haricots sont triés en récitant des formules bouddhiques, puis cuits et distribués au carrefour afin de créer un lien méritoire de longévité.

鴛鴦女無意遇鴛鴦 : la scène finale accomplit littéralement le calembour du titre lorsque Yuanyang surprend Siqi avec son amant.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

Partager cette page