Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 61 Craignant de briser le vase en frappant le rat, Baoyu dissimule le butin ; jugeant l’injustice et tranchant l’affaire, Ping’er use d’un expédient
投鼠忌器寳玉瞒賍 判𡨚决獄平兒行權
Craignant de briser le vase en frappant le rat, Baoyu dissimule le butin
jugeant l’injustice et tranchant l’affaire, Ping’er use d’un expédient
話說那柳家的𦗟了這小么一夕話,笑道:「好猴兒崽子,你親嬸嬸子找野老兒去了,你豈不多得一個叔叔?有什麽疑的!不要討我把你頭上的榪子蓋揪下來,𮟃不開門讓我進去呢!」小厮且不推門,且拉着笑道:「好嬸子,你這一進去,好歹偷幾個杏兒出來賞我吃。我這裡老等。你若忘了,日後半夜三更打酒買油的,我不給你老人家開門,也不答應你,隨你乾呌去。」柳氏啐道:「發了昏的!今年𮟃比徃年,把這些東西都分給了衆媽媽了。一個個的不像㧓破了臉的!人打樹底下一過,兩眼就像那黧鷄是的,還動他的菓子!可是你舅母姨娘兩三個親戚都𬋩着,怎不和他們要去,倒和我来要?這可是『𫝉老鼠問老鴰去借粮——守着的没有,飛着的倒有』!」小厮笑道:「噯喲喲,没有罷了,說上這些閒話!我看你老人家,從今已後,就用不著我了?就是姐姐有了好地方,將來呼喚我們的日子多着呢!只要我們多答應他些就有了。」柳氏𦗟了笑道:「你這箇小猴兒精又□鬼了,你姐姐有什麽好地方了?」那小厮笑道:「不用哄我了,早已知道了。單是你們有内縴,難道我們就没有内縴不成?我雖在這裡聼差,裡頭𨚫也有兩個姐姐,成個體統的。什麽事瞒了我們!」
La femme de Liu, entendant ce que disait ce petit valet, se mit à rire : « Petit singe ! Ta propre tante est allée se chercher un homme dehors : n’y gagnerais-tu pas un oncle de plus ? Qu’y a-t-il là d’étonnant ? Veux-tu que je t’arrache le toupet qui te couvre le crâne ? Ouvre donc la porte et laisse-moi entrer ! » Le garçon, sans pousser la porte, la retint en riant : « Ma bonne tante, une fois dedans, tâche donc de voler quelques abricots pour m’en régaler. Je vais t’attendre ici. Si tu oublies, la prochaine fois qu’au beau milieu de la nuit tu viendras chercher du vin ou de l’huile, je ne t’ouvrirai pas et ne te répondrai même pas : tu pourras toujours crier jusqu’à en crever ! » La femme de Liu cracha : « Tu as perdu la tête ! Cette année n’est plus comme les précédentes : tous ces fruits ont été répartis entre les nourrices. Elles ont toutes l’air prêtes à vous labourer le visage ! Dès que quelqu’un passe sous un arbre, elles ouvrent sur lui des yeux de poule noire ; et tu voudrais encore toucher à leurs fruits ! Puisque deux ou trois parentes à toi, tantes par-ci, tantes par-là, en ont la garde, pourquoi ne leur en demandes-tu pas, au lieu de venir me trouver ? C’est bien : “La souris va demander du grain au corbeau : celui qui monte la garde n’en a pas, mais celui qui vole en aurait !” » Le garçon rit : « Aïe, aïe ! Si tu n’en as pas, n’en parlons plus ; à quoi bon tous ces discours ? À t’entendre, ma bonne tante, tu n’auras désormais plus besoin de moi ? Mais quand ta fille aura obtenu une bonne place, elle ne manquera pas de nous appeler ; il nous suffira de lui rendre quelques services. » La femme de Liu rit : « Petit singe rusé, voilà encore que tu manigances ! Quelle bonne place ma fille aurait-elle donc trouvée ? » Le garçon répondit en riant : « Inutile de me tromper, nous savons tout depuis longtemps. Vous seules auriez des appuis à l’intérieur, et nous n’en aurions aucun ? Même si je suis de service ici, j’ai là-dedans deux grandes sœurs tout à fait convenables. Quelle affaire pourrait-on nous cacher ? »
正說着,只聼門内又有老婆子向外呌:「小猴兒,快𫝊你柳嬸子去罷,再不來,可就悞了。」柳家的聼了,不顧和小厮們說話,忙推門進去,笑說:「不必忙,我來了。」一面來至厨房,雖有幾個同伴的人,他們都不敢自專,单等他來調停分𣲖,一靣問衆人:「五丫頭那裡去了?」衆人都說:「纔徃茶房裡找他們姐妹去了。」柳家的聼了,便將茯苓霜擱起,且按著房頭分派菜饌。忽見迎春房裡小丫頭蓮花兒走來說:「司棋姐姐說,要碗鷄蛋,頓得嫩嫩的。」柳家的道:「就是這一様兒尊貴。不知怎麽,今年雞蛋短的狠,十個錢一個還找不出来。昨日上頭給親戚家送粥米去,四五個買辦出去,好容易纔凑了二千個來,我那裡找去?你說給他,攺日吃罷。」蓮花兒道:「前日要吃荳腐,你弄了些餿的,呌他說了我一頓。今日要雞蛋又没有了。什麽好東西?我就不信連雞蛋都没有了,不要呌我翻出来。」一面說,一面真個走來,揭起菜箱一看,只見裡面果有十来個鷄蛋,說道:「這不是?你就這麽利害!吃的是主子分給我們的分例,你爲什麽心疼?又不是你下的蛋,怕人吃了。」
Comme ils parlaient encore, une vieille femme cria de l’intérieur : « Petit singe, dépêche-toi de faire venir ta tante Liu ! Si elle tarde encore, tout sera retardé. » À ces mots, la femme de Liu cessa de bavarder avec les garçons, poussa vivement la porte et entra en disant avec un sourire : « Inutile de vous presser, me voici. » Elle gagna la cuisine. Plusieurs de ses compagnes s’y trouvaient, mais aucune n’osait décider seule : toutes attendaient qu’elle règle les choses et distribue les tâches. Elle leur demanda : « Où est passée Wu’er ? » Toutes répondirent : « Elle vient d’aller chercher ses amies du côté de l’office à thé. » La femme de Liu mit alors de côté la crème de poria, puis répartit les plats entre les différents appartements.
Soudain arriva Lianhua, une petite servante de chez Yingchun : « Grande sœur Siqi demande un bol d’œufs cuits au bain-marie, bien tendres. » La femme de Liu répondit : « Rien que cela ! Quelle délicatesse ! Je ne sais pourquoi, mais les œufs sont terriblement rares cette année : même à dix sapèques pièce, on n’en trouve pas. Hier, comme la maison devait envoyer du riz à bouillie à des parents, quatre ou cinq acheteurs sont sortis et ont eu toutes les peines du monde à en réunir deux mille. Où veux-tu que j’en trouve ? Dis-lui qu’elle en mangera un autre jour. » Lianhua répliqua : « L’autre jour, elle voulait du tofu et tu lui en as préparé qui avait tourné ; elle m’a bien grondée. Aujourd’hui, elle demande des œufs et il n’y en a encore pas. Quel mets précieux est-ce donc ? Je ne crois pas qu’il n’y ait même plus d’œufs. Ne m’oblige pas à les dénicher moi-même ! » Tout en parlant, elle s’avança pour soulever le couvercle d’une caisse à provisions et y vit effectivement une dizaine d’œufs. « Les voilà ! Comme tu sais te montrer intraitable ! Ce que nous mangeons vient de la ration que les maîtres nous attribuent : pourquoi le ménages-tu ainsi ? Ce n’est tout de même pas toi qui as pondu ces œufs, pour craindre qu’on les mange ! »
柳家的忙丢了手裡的活計,便上來說道:「你少滿嘴裡渾唚!你媽纔下蛋呢!通共留下這幾個,預備菜上的澆頭,姑娘們不要,還不肯做上去呢,預偹遇急兒的。你們吃了,倘或一聲要起来,没有好的,連雞蛋都没了。你們深宅大院,水來伸手,飯來張口,只知鷄蛋是平常物件,那裡知道外頭買賣的行市呢。别說這個,有一年連草棍子還没了的日子𮟃有呢。我勸他們,細米白飯,每日肥鷄大鴨子,將就些兒也罷了。吃膩了腸子,天天又閙起故事來了。鷄蛋、豆腐,又是什麽面觔、醬蘿葡炸兒,敢自倒換口味。只是我又不是答應你們的,一處要一様,就是十来様。我倒不要伺候頭層主子,只預備你們二層主子了。」
La femme de Liu abandonna précipitamment son ouvrage, s’approcha et lança : « Cesse donc de débiter des saletés ! C’est ta mère qui pond des œufs ! Il ne reste en tout et pour tout que ceux-là, réservés aux garnitures des plats. Si les demoiselles n’en demandent pas, nous nous gardons bien de les employer, afin d’en avoir sous la main en cas d’urgence. Si vous les mangez et que soudain on en réclame, nous n’aurons rien de convenable à servir : pas même un œuf. Vous vivez au fond de vos vastes résidences ; il vous suffit de tendre la main pour avoir de l’eau et d’ouvrir la bouche pour qu’on vous serve à manger. Vous savez seulement que les œufs sont chose ordinaire, mais vous ignorez les cours du marché au-dehors. Sans parler des œufs, il y eut une année où l’on ne trouvait même plus un brin de paille ! À mon avis, du riz blanc bien fin chaque jour, avec de grasses poules et de gros canards, cela devrait vous suffire. Mais, l’estomac blasé, vous inventez chaque jour de nouvelles histoires : des œufs, du tofu, puis du gluten, des beignets de radis en saumure, soi-disant pour changer de goût. Seulement, je ne suis pas spécialement à votre service ! Un appartement demande ceci, l’autre cela, et cela fait bientôt une dizaine de plats. Je n’ai donc plus à servir les maîtres du premier rang : je dois uniquement pourvoir à ceux du second ! »
蓮花兒聽了,便紅了臉,喊道:「誰天天要你什麽來,你說上這兩車子話!呌你來,不是爲便宜,𨚫爲什麽?前日春燕來說,晴雯姐姐要吃蘆蒿,你怎麼忙得還問肉炒鷄炒?春燕說葷的因不好,纔另呌你炒個麵觔兒,少擱油纔好,你忙得倒說自己發昏,赶着洗手炒了,狗顛屁股兒似的,親捧了去。今日反倒拿我作筏子,說我給衆人𦗟。」柳家的忙道:「阿彌陀佛,這些人眼見的。不要說前日一次,就從舊年以來,凡各房裡,偶然間不論姑娘姐兒們,要添一様半様,誰不是先拿了錢来另買另添?有的没的,名聲好𦗟。筭着連姑娘帶姐兒們四五十人,一日也只𬋩要兩隻鷄,兩隻鴨子,十来斤肉,一吊錢的菜蔬,你們算筭,彀做什麽的?連本項兩頓飯還撑持不住,𮟃擱得住這個㸃這様,那個㸃那様,買來的又不吃,又要别的去?旣這様,不如囬了太太,多添些分例,也像大厨房裡預偹老太太的飯,把天下所有的菜蔬,用水牌寫了,天天轉着吃,到一個月現算倒好。連前日三姑娘和寳姑娘偶然商量了要吃個油𥂁炒菜芽兒來,現打發個姐兒拿着五百錢給我,我倒笑起來了,說:『二位姑娘就是大肚子彌勒佛,也吃不了五百錢的。這二三十個錢的事,還偹得起。』赶着我送囬錢去,到底不𭣣,說賞我打酒吃,又說:『如今厨房在裡頭,保不住屋裡的人不去叼登。一鹽一醬,那不是錢買的?你不給又不好,給了你又没得賠,你拿着這個錢,權當還了他們素日叼登的東西窩兒。』這就是明白體下的姑娘,我們心裡,只替他念佛。没得趙姨奶奶聽了,又氣不忿,反說太便宜了我,隔不了十天,也打發個小丫頭子來尋這様,尋那様,我倒好笑起來。你們竟成了例,不是這個,就是那個,我那裡有這些賠的?」
Lianhua rougit en l’entendant et s’écria : « Qui vient chaque jour te demander quelque chose, pour que tu dévides deux charretées de discours ? Si l’on t’a fait venir ici, c’était bien pour nous faciliter la vie ; à quoi servirais-tu autrement ? L’autre jour, Chunyan est venue dire que grande sœur Qingwen voulait manger de l’armoise des marais. Comme tu t’es empressée de lui demander si elle la voulait sautée avec de la viande ou du poulet ! Chunyan t’a dit que la viande ne lui convenait pas et t’a demandé de lui faire plutôt du gluten sauté, avec peu d’huile ; te voilà aussitôt prétendant que tu en perdais la tête, courant te laver les mains pour cuisiner, puis portant toi-même le plat là-bas, comme un chien qui frétille de la croupe. Et aujourd’hui tu me prends pour bouc émissaire, afin que chacun entende tes plaintes ! »
La femme de Liu s’empressa de répondre : « Amitabha ! Tout le monde peut en témoigner. Sans parler de cette seule fois, depuis l’année dernière, chaque fois que, dans un appartement ou un autre, une demoiselle ou une grande servante veut ajouter par hasard un plat ou un demi-plat, qui n’apporte pas d’abord de l’argent pour l’acheter à part ? Qu’on en ait ou non, au moins les apparences sont sauves. Comptez donc : entre les demoiselles et les servantes, cela fait quarante ou cinquante personnes. Or, chaque jour, on ne nous attribue que deux poulets, deux canards, une dizaine de livres de viande et pour une ligature de sapèques de légumes. Dites-moi ce que l’on peut faire avec cela ! Nous arrivons à peine à assurer les deux repas réglementaires ; comment pourrions-nous supporter que l’une commande ceci et l’autre cela, puis refuse ce qu’on a acheté et réclame encore autre chose ? Puisqu’il en va ainsi, autant en parler à Madame et augmenter nos rations. Nous ferions comme dans la grande cuisine pour les repas de l’aïeule : tous les légumes du monde seraient inscrits sur une tablette-menu, et nous les servirions à tour de rôle chaque jour ; au bout du mois, les comptes seraient clairs.
« L’autre jour encore, la troisième demoiselle et mademoiselle Bao ont eu envie, au cours d’une conversation, de pousses sautées à l’huile et au sel. Elles ont aussitôt envoyé une servante me porter cinq cents sapèques. Cela m’a fait rire et j’ai dit : “Quand bien même les deux demoiselles auraient le ventre du Bouddha Maitreya, elles ne pourraient manger pour cinq cents sapèques ! Il s’agit d’une dépense de vingt ou trente sapèques, et nous pouvons encore y pourvoir.” Je me suis empressée de leur rapporter l’argent, mais elles n’ont absolument pas voulu le reprendre : elles me l’ont donné pour acheter du vin et m’ont dit encore : “Maintenant que la cuisine se trouve à l’intérieur, les gens de nos appartements ne manqueront pas de venir te solliciter. Le sel comme les sauces s’achètent avec de l’argent. Si tu refuses, ce n’est pas bien ; si tu donnes, tu n’as rien pour te rembourser. Garde cet argent : considère qu’il compense tout ce qu’on vient ordinairement te soutirer.” Voilà des demoiselles compréhensives, qui savent compatir à nos peines ; dans notre cœur, nous ne pouvons que prier Bouddha pour elles. Mais voilà que la concubine Zhao l’a appris et en a été mécontente : elle a prétendu que je faisais une trop bonne affaire. Depuis, il ne se passe pas dix jours sans qu’elle envoie une petite servante chercher ceci ou cela. Cela me fait vraiment rire. Chez vous, c’est devenu une règle : quand ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Où trouverais-je de quoi payer tout cela de ma poche ? »
正亂時,只見司棋又打發人來催蓮花兒,說他:「死在這裡?怎麽就不囬去?」蓮花兒賭氣囘來,便添了一篇話,告訴了司棋。司棋𦘏了,不免心頭起火,此刻伺候迎春飯罷,帶了小丫頭們走来,見了許多人正吃飯,見他來得勢頭不好,都忙起身陪笑讓坐。司棋便喝命小丫頭子動手:「凡箱櫃所有的菜蔬,只管丢出去喂狗,大家賺不成!」小丫頭子們巴不得一聲,七手八脚搶上去,一頓亂翻亂擲,慌得衆人一面拉勸,一面央告司棋說:「姑娘不要悞聼了小孩子的話,柳嫂子有八個頭,也不敢得罪姑娘。說鷄蛋難買是真。我們纔也說他不知好歹,凴是什麽東西,也少不得變法兒去。他已經悟過來了,連忙蒸上了。姑娘不信,瞧那火上。」司棋被衆人一頓好言語,方將氣勸得漸平了。小丫頭子們也没得摔完東西,便拉開了。司棋連說帶罵,閙了一囬,方被衆人勸去。柳家的只好摔碗丢盤,自己咕唧了一囘,蒸了一碗雞蛋,令人送去。司棋全潑了地下。那人囘来,也不敢說,恐又生事。
Au plus fort du tumulte, Siqi envoya de nouveau quelqu’un presser Lianhua : « Es-tu morte là-bas ? Pourquoi ne reviens-tu pas ? » Lianhua revint, furieuse, et ajouta toute une histoire en racontant l’affaire à Siqi. Celle-ci sentit le feu lui monter au cœur. Après avoir servi le repas de Yingchun, elle vint avec plusieurs petites servantes. De nombreuses personnes étaient justement en train de manger ; en la voyant arriver d’un air menaçant, toutes se levèrent avec empressement et l’invitèrent à s’asseoir, le sourire aux lèvres. Siqi ordonna aux petites servantes de se mettre à l’œuvre : « Jetez donc aux chiens tous les légumes qui se trouvent dans les caisses et les armoires ! Puisque personne ne doit y gagner, que tout soit perdu ! » Les petites servantes ne demandaient pas mieux : elles se ruèrent toutes ensemble sur les provisions, les retournant et les lançant en tous sens. Épouvantées, les autres tentaient de les retenir tout en suppliant Siqi : « Demoiselle, ne vous laissez pas tromper par les paroles d’une enfant. La belle-sœur Liu aurait-elle huit têtes qu’elle n’oserait pas vous offenser. Il est vrai que les œufs sont difficiles à acheter. Nous venons nous-mêmes de lui dire qu’elle manquait de jugement : quoi que vous demandiez, elle devait trouver un moyen. Elle a déjà compris son erreur et s’est empressée de mettre les œufs à cuire. Si vous ne nous croyez pas, regardez sur le feu. » Grâce à toutes ces bonnes paroles, la colère de Siqi finit peu à peu par s’apaiser. Les petites servantes, n’ayant pas eu le temps de tout briser, furent écartées. Siqi continua quelque temps à crier et à injurier, puis les autres réussirent enfin à la faire partir. La femme de Liu ne put que jeter bols et assiettes en marmonnant un moment ; elle fit cuire un bol d’œufs et chargea quelqu’un de le porter. Siqi en répandit tout le contenu par terre. La messagère revint sans oser le dire, de peur de provoquer une nouvelle querelle.
柳家的打發他女兒喝了一囬湯,吃了半碗粥,又將茯苓霜一節說了。五兒聼罷,便心下要分些贈芳官,遂用紙另包了一半,趂黃昏人稀之時,自己花遮柳隱的來找芳官。且喜無人盤問,一逕到了怡紅院門首,不好進去,只在一簇玫瑰花前站立,遠遠的望著。有一盞茶時候,可巧春燕出来,忙上前呌住。春燕不知是那一個,到跟前方看眞切,因問:「做什麽?」五兒笑道:「你呌出芳官来,我和他說話。」春燕悄笑道:「姐姐太性急了。横𥪡等十來日就來了,只𬋩找他做什麽?方纔使了他徃前頭去了,你且等他一等。不然,有什麼話告訴我,等我告訴他。恐怕你等不得,只怕關了園門。」五兒便將茯苓霜𨔛與春燕,又說這是茯苓霜,如何吃,如何補益,「我得了些送他的,轉煩你遞與他就是了。」說𭺾,便走囬來。
La femme de Liu fit boire un peu de bouillon à sa fille et lui donna un demi-bol de bouillie, puis lui raconta l’histoire de la crème de poria. Après l’avoir entendue, Wu’er voulut en offrir une part à Fangguan. Elle en enveloppa donc séparément la moitié dans du papier et, au crépuscule, quand les passants se faisaient rares, elle se glissa sous le couvert des fleurs et des saules pour aller trouver Fangguan. Heureusement, personne ne l’interrogea et elle parvint directement à l’entrée de la cour du Bonheur rouge. Comme elle ne pouvait y entrer, elle resta devant un massif de roses, regardant au loin.
Après le temps nécessaire pour boire une tasse de thé, Chunyan sortit fort à propos. Wu’er s’empressa de l’arrêter. Chunyan ne savait d’abord qui elle était ; ce ne fut qu’en approchant qu’elle la reconnut clairement et lui demanda : « Que veux-tu ? » Wu’er répondit en souriant : « Appelle Fangguan ; j’ai quelque chose à lui dire. » Chunyan rit doucement : « Que ma grande sœur est impatiente ! De toute façon, tu seras ici dans une dizaine de jours : pourquoi tiens-tu tant à la voir ? On vient justement de l’envoyer devant ; attends-la un peu. Sinon, dis-moi ce que tu as à lui transmettre et je le lui répéterai. Tu risques de ne pouvoir attendre : les portes du jardin vont bientôt fermer. » Wu’er lui tendit alors la crème de poria, lui expliqua ce que c’était, comment on la consommait et quels bienfaits elle procurait, puis ajouta : « J’en ai reçu un peu et je voulais lui en offrir. Je te prie de la lui remettre. » Sur ces mots, elle reprit le chemin du retour.
正走蓼溆一帶,忽迎見林之孝家的帶着幾個婆子走来,五兒藏躱不及,只得上來問好。林家的問道:「我聼見你病了,怎麽跑到這裡來?」五兒陪笑說道:「因這兩日好些,跟我媽進來散散悶。纔因我媽使我到怡紅院送家伙去。」林之孝家的說道:「這話岔了。方纔我見你媽出去,我纔關門。旣是你媽使了你去,他如何不告訴我說你在這裡呢,竟出去讓我關門,是何主意?可是你撒謊。」五兒𦗟了,没話囘答,只說:「原是我媽一早教我取去的,我忘了,挨到這時,我纔想起来了。只怕我媽錯認我先去了,所以没和大娘說得。」
Comme elle longeait la rive aux Renouées, elle rencontra soudain la femme de Lin Zhixiao, accompagnée de plusieurs vieilles servantes. Incapable de se cacher ou de les éviter, Wu’er dut s’avancer pour les saluer. La femme de Lin lui demanda : « J’avais entendu dire que tu étais malade. Que fais-tu donc ici ? » Wu’er répondit avec un sourire conciliant : « Comme je vais mieux depuis deux jours, je suis entrée avec ma mère pour me distraire un peu. Elle vient de m’envoyer porter un ustensile à la cour du Bonheur rouge. » La femme de Lin Zhixiao répliqua : « Cette histoire ne tient pas. Je viens de voir ta mère sortir, puis j’ai fermé la porte. Si c’est elle qui t’a envoyée, pourquoi ne m’a-t-elle pas avertie que tu étais encore ici ? Pourquoi est-elle sortie en me laissant fermer la porte ? Qu’est-ce que cela signifie ? Tu mens bel et bien. » Wu’er ne sut que répondre. Elle dit seulement : « En vérité, ma mère m’avait demandé dès ce matin d’aller chercher cet objet, mais j’ai oublié et ne m’en suis souvenue qu’à cette heure. Ma mère a sans doute cru par erreur que j’y étais déjà allée, et c’est pourquoi elle ne vous a rien dit, ma tante. »
林之孝家的聼他詞鈍意虛,又因近日玉釧兒說那邊正房内失落了東西,幾個丫頭對頼,没主兒,心下便起了疑。可巧小蝉蓮花兒並幾個媳婦子走來,見了這事,便說道:「林奶奶倒要審審他。這兩日他往這裡頭跑得不像,鬼鬼祟祟的,不知幹些什麽事。」小蝉又道:「正是。昨日玉釧姐姐說,太太耳房裡的櫃子開了,少了好些零碎東西。璉二奶奶打𤼵平姑娘和玉釧姐姐要些玫瑰露,誰知也少了罐子,若不是尋露還不知道呢!」蓮花兒笑道:「這我没聼見。今日我倒看見一個露瓶子。」林之孝家的正因這事没主兒,每日鳳姐兒使平兒催逼他,一𦗟此言,忙問在那裡。蓮花兒便說:「在他們厨房裡呢。」林之孝家的聼了,忙命打了燈籠,帶着衆人來尋。五兒急得便說:「那原是寳二爺屋裡的芳官給我的。」林之孝家的便說:「不管你『方官』『圓官』,現有賍証,我只呈報了,凴你主子前辯去!」一面說,一面進入厨房,蓮花兒帶着,取出露瓶。恐𮟃偷有别物,又細細搜了一遍,又得了一包茯苓霜,一並拿了,帶了五兒來囬李紈與探春。
La femme de Lin Zhixiao trouva ses paroles embarrassées et son attitude peu assurée. De plus, Yuchuan lui avait récemment appris que des objets avaient disparu des appartements principaux de l’autre côté ; plusieurs servantes s’en rejetaient mutuellement la faute, sans qu’on eût trouvé de coupable. Elle commença donc à se méfier. Sur ces entrefaites arrivèrent Xiaochan, Lianhua et plusieurs femmes de service. En voyant la situation, elles dirent : « Dame Lin devrait l’interroger sérieusement. Depuis deux jours, elle vient beaucoup trop souvent ici, toujours furtive et mystérieuse ; nul ne sait ce qu’elle fabrique. » Xiaochan ajouta : « C’est vrai. Hier, grande sœur Yuchuan disait qu’une armoire de la pièce latérale de Madame avait été ouverte et que bien des petits objets avaient disparu. La seconde maîtresse Lian a envoyé demoiselle Ping’er et grande sœur Yuchuan chercher de l’essence de rose ; or il en manquait aussi un flacon. Sans cette essence, personne ne s’en serait encore aperçu ! » Lianhua rit : « Je n’en avais pas entendu parler. Mais aujourd’hui, justement, j’ai vu un flacon d’essence. »
La femme de Lin Zhixiao ne trouvait aucun coupable dans cette affaire, tandis que Xifeng lui envoyait chaque jour Ping’er pour la presser. À ces mots, elle demanda vivement où se trouvait le flacon. Lianhua répondit : « Dans leur cuisine. » La femme de Lin Zhixiao ordonna aussitôt d’allumer des lanternes et conduisit tout le monde à la recherche de l’objet. Affolée, Wu’er déclara : « Il m’a été donné par Fangguan, qui sert dans l’appartement du second maître Bao. » La femme de Lin répondit : « Que ce soit “Fangguan la Carrée” ou “Yuanguan la Ronde”, peu m’importe ! La preuve du vol est là. Je vais faire mon rapport, et tu te défendras devant tes maîtres ! » Tout en parlant, elle entra dans la cuisine. Guidée par Lianhua, elle en retira le flacon. Craignant que d’autres objets n’eussent été volés, elle fouilla soigneusement les lieux et découvrit encore un paquet de crème de poria. Elle emporta le tout et conduisit Wu’er devant Li Wan et Tanchun.
那時李紈正因蘭兒病了,不理事務,只命去見探春。探春已歸房,人囘進去,丫嬛們都在院内納凉,探春在内盥沐,只有侍書囬進去,半日出来說:「姑娘知道了,呌你們找平兒囬二奶奶去。」林之孝家的只得領出來,到鳳姐那邊,先找著平兒進去囬了鳯姐。鳯姐方纔睡下,聼見此事,便吩咐:「將他娘打四十板子,攆出去,永不許進二門。把五兒打四十板子,立刻交給庄子上,或賣或配人。」平兒𦗟了出来,依言吩咐了林之孝家的。五兒嚇得哭哭啼啼,給平兒跪着,細訴芳官之事。平兒道:「這也不難,等明日問了芳官,便知真假。但這茯苓霜,前日人送了来,還等老太太、太太囬來看了纔敢打動,這不該偷了去。」五兒見問,忙又將他舅舅送的一節說了出來。平兒𦗟了,笑道:「這様說,你竟是個平白無辜之人,拿你來頂缸的。此時天晚,奶奶纔進了藥歇下,不便爲這㸃子小事去絮叨。如今且將他交給上夜的人看守一夜,等明日我囬了奶奶,再作道理。」林之孝家的不敢違抝,只得帶了出来,交與上夜的媳婦們看守,自己便去了。
À ce moment-là, Li Wan ne s’occupait plus des affaires, car Lan’er était malade ; elle ordonna seulement qu’on allât voir Tanchun. Celle-ci avait déjà regagné son appartement. Quand le message lui fut transmis, ses servantes prenaient le frais dans la cour et Tanchun faisait sa toilette à l’intérieur. Seule Shishu entra lui parler ; elle ressortit au bout d’un long moment et dit : « La demoiselle est au courant. Elle vous ordonne d’aller trouver Ping’er et d’en faire rapport à la seconde maîtresse. » La femme de Lin Zhixiao dut donc repartir avec les autres. Arrivée chez Xifeng, elle trouva d’abord Ping’er, qui entra faire son rapport. Xifeng venait de se coucher. En apprenant l’affaire, elle ordonna : « Donnez quarante coups de planche à la mère, chassez-la et interdisez-lui pour toujours de franchir la seconde porte. Donnez aussi quarante coups à Wu’er, puis livrez-la immédiatement au domaine rural : qu’on la vende ou qu’on la marie à quelqu’un. »
Ping’er ressortit et transmit ces ordres à la femme de Lin Zhixiao. Terrorisée, Wu’er se mit à pleurer, s’agenouilla devant Ping’er et lui raconta en détail l’affaire de Fangguan. Ping’er dit : « Ce n’est pas difficile à vérifier. Nous interrogerons Fangguan demain et saurons si tu dis vrai. Mais cette crème de poria nous a été envoyée récemment ; on attendait le retour de l’aïeule et de Madame pour la leur montrer avant d’oser y toucher. Il ne fallait pas la voler. » Interrogée sur ce point, Wu’er raconta aussitôt comment son oncle maternel la lui avait envoyée. Ping’er sourit : « À t’entendre, tu serais entièrement innocente et l’on t’aurait prise comme bouc émissaire. Il est tard maintenant ; la seconde maîtresse vient de prendre son remède et s’est couchée. Il ne convient pas de l’importuner pour une affaire aussi insignifiante. Confions-la pour cette nuit aux femmes de garde. Demain, j’en parlerai à la seconde maîtresse et nous aviserons. » La femme de Lin Zhixiao n’osa pas s’y opposer. Elle emmena Wu’er, la remit aux femmes chargées de la garde nocturne, puis s’en alla.
這裡五兒被人軟禁起來,一歩不敢多走。又兼衆媳婦也有勸他說:「不該做這没行止的事。」也有報怨說:「正經更還坐不上來,又弄個賊來給我們看守,倘或眼不見尋了死,或逃走了,都是我們的不是。」又有素日一干與柳家不睦的人,見了這般,十分趂愿,都來奚落嘲戲他。這五兒心内又氣又委屈,竟無處可訴;且本來怯弱有病,這一夜思茶無茶,思水無水,思睡無衾枕,嗚嗚咽咽,直哭了一夜。
Wu’er se trouva ainsi retenue sous une surveillance discrète, sans oser faire un pas de trop. Parmi les femmes de service, les unes l’admonestaient : « Tu n’aurais pas dû commettre une action aussi honteuse. » D’autres se plaignaient : « Nous n’avons déjà pas réussi à obtenir de poste régulier, et voilà qu’on nous donne encore une voleuse à garder ! Si, dès que nous détournons les yeux, elle se tue ou s’enfuit, toute la faute retombera sur nous. » D’autres encore, qui depuis toujours étaient en mauvais termes avec la famille Liu, virent leurs vœux pleinement exaucés et vinrent toutes la railler et se moquer d’elle. Wu’er se sentait à la fois furieuse et injustement traitée, sans avoir nulle part où se plaindre. Comme elle était naturellement faible et maladive, elle passa cette nuit sans thé quand elle avait soif de thé, sans eau quand elle désirait de l’eau, et sans couverture ni oreiller quand elle voulait dormir. Elle sanglota ainsi durant toute la nuit.
誰知和他母女不和的那些人,巴不得一時就攆他出門去。生恐次日有變,大家先起了個清早,都悄悄的來買轉平兒,送了些東西,一面又奉承他辦事簡㫁,一面又講述他母親素日許多不好處。平兒一一的都應着,打發他們去了,𨚫悄悄的來訪襲人,問他可果眞芳官給他玫瑰露了。襲人便說:「露却是給了芳官,芳官轉給何人,我𨚫不知。」襲人于是又問芳官,芳官𦗟了,唬了一跳,忙應是自己送他的。芳官便又告訴了寳玉,寶玉也慌了,說:「露雖有了,若勾起茯苓霜來,他自然也實供。若聼見了是他舅舅門上得的,他舅舅又有了不是,豈不是人家的好意,反被偺們䧟害了。」因忙和平兒計議:「露的事雖完,然這霜也是有不是的。好姐姐,你只呌他說也是芳官給他的,就完了。」平兒笑道:「雖如此,只是他昨晚已經同人說是他舅舅給的了,如何又說你給的?况且那邊所丢之霜,正没主兒,如今有賍証的白放了,又去找誰?誰𮟃肯認?衆人也未必心服。」晴雯走來,笑道:「太太那邊的露,再無别人,分明是彩雲偷了給環哥兒去了,你們可瞎亂說。」平兒笑道:「誰不知這個原故,但今玉釧兒急的哭,悄悄問着他,他若應了,玉釧兒也罷了,大家也就混着不問了,難道我們好意兠攬這事不成?可恨彩雲不但不應,他還擠玉釧兒,說他偷了去了。兩個人窩裡炮,先吵得合府皆知,我們如何装没事人,少不得要查的。除不知告失盜的就是賊,又没賍証,怎麽說他?」
Les personnes brouillées avec la mère et la fille ne désiraient rien tant que de les voir chassées sur-le-champ. Craignant que l’affaire ne changeât de tournure le lendemain, elles se levèrent toutes de grand matin et vinrent secrètement gagner Ping’er à leur cause en lui offrant quelques présents. Tout en flattant la netteté et la promptitude de ses décisions, elles lui énumérèrent les nombreux torts habituels de la mère. Ping’er acquiesça à tout et les renvoya, puis alla discrètement trouver Xiren pour lui demander si Fangguan avait réellement donné de l’essence de rose à Wu’er. Xiren répondit : « J’ai bien donné de l’essence à Fangguan, mais j’ignore à qui elle l’a ensuite remise. » Elle interrogea donc Fangguan. Celle-ci sursauta de peur et reconnut aussitôt qu’elle la lui avait donnée.
Fangguan raconta alors l’affaire à Baoyu, qui s’affola lui aussi : « Nous avons bien l’essence, mais si l’on remonte jusqu’à la crème de poria, elle dira naturellement toute la vérité. Si l’on apprend qu’elle l’a reçue de la maison de son oncle, celui-ci sera à son tour compromis. Des gens nous auront rendu service avec de bonnes intentions, et nous les aurons payés en leur attirant un malheur ! » Il se hâta donc de discuter avec Ping’er : « Pour l’essence, l’affaire est réglée ; mais cette crème pose encore un problème. Ma bonne grande sœur, fais-lui simplement dire que Fangguan la lui a donnée aussi, et tout sera fini. » Ping’er sourit : « Ce serait possible, mais elle a déjà déclaré hier soir devant tout le monde que son oncle la lui avait donnée. Comment pourrait-elle prétendre maintenant qu’elle vient de vous ? De plus, la crème disparue de l’autre côté n’a toujours pas de coupable. Si nous relâchons celle chez qui la preuve a été trouvée, qui chercherons-nous ensuite ? Qui voudra reconnaître le vol ? Et les autres ne seront pas nécessairement convaincus. »
Qingwen s’approcha et dit en riant : « Pour l’essence de chez Madame, il ne peut y avoir personne d’autre : c’est évidemment Caiyun qui l’a volée pour la donner au jeune maître Huan. Cessez donc de parler à tort et à travers. » Ping’er répondit avec un sourire : « Qui donc ignore ce qui s’est passé ? Mais Yuchuan en pleurait d’angoisse. Nous avons discrètement interrogé Caiyun : si elle avait reconnu le fait, Yuchuan s’en serait tenue là et nous aurions tous laissé l’affaire se perdre dans la confusion. Croyez-vous que nous voulions, par bonté d’âme, nous charger nous-mêmes de cette histoire ? Mais Caiyun, non contente de ne rien reconnaître, a rejeté la faute sur Yuchuan en prétendant que c’était elle qui avait volé l’essence. Elles ont commencé par se bombarder à l’intérieur même de leur nid, jusqu’à ce que toute la résidence fût au courant. Comment pourrions-nous faire comme s’il ne s’était rien passé ? Il faut bien enquêter. À moins que celle qui a dénoncé le vol ne soit elle-même la voleuse ; mais sans aucune preuve, comment l’accuser ? »
寶玉道:「也罷。這件事我也應起来,就說是我嚇他們頑的,悄悄的偷了太太的來了,兩件事都完了。」襲人道:「也倒是一件隂隲事,保全人的賊名兒。只是太太𦗟見,又說你小孩子氣像,不知好歹了。」平兒笑道:「也倒是小事。如今便從趙姨娘屋裡起了賍來也容易,我只怕又傷着一個好人的體靣。别人都不要𬋩,只這一個人,豈不又生氣。我可憐的是他,不肯爲打老鼠傷了玉瓶。」說着,把三個指頭一伸。襲人等聼說,便知他說的是探春,大家都忙說:「可是這話,竟是我們這裡應了起來的爲是。」平兒又笑道:「也須得把彩雲和玉釧兒兩個孽障呌了來,問准了他方好。不然,他們得了意,不說爲這個,倒像我没有本事,問不出來。就是這裡完事,他們已後越發偷的偷不管的不𬋩了。」襲人等笑道:「正是,也要你留個地歩。」
Baoyu dit : « Soit. Je vais aussi prendre cette affaire sur moi. Je dirai que j’ai voulu leur faire peur pour m’amuser et que j’ai discrètement volé ces objets chez Madame. Les deux affaires seront ainsi réglées. » Xiren répondit : « Ce serait encore une œuvre méritoire accomplie dans l’ombre : tu préserverais quelqu’un du nom de voleuse. Seulement, quand Madame l’apprendra, elle dira de nouveau que tu te conduis en enfant et ne sais pas distinguer le bien du mal. » Ping’er sourit : « Ce n’est qu’une petite affaire. Il serait facile de faire surgir le butin de la chambre de la concubine Zhao ; mais je crains d’atteindre encore la dignité d’une honnête personne. Pour tous les autres, peu importe ; mais celle-là ne manquerait-elle pas d’en être encore fâchée ? C’est elle que je plains : je ne veux pas briser un vase de jade en frappant le rat. » En disant cela, elle leva trois doigts. Xiren et les autres comprirent qu’elle parlait de Tanchun et s’écrièrent toutes : « C’est parfaitement vrai. Le mieux est donc que nous prenions l’affaire sur nous. »
Ping’er ajouta en souriant : « Il faut tout de même faire venir ces deux créatures maudites, Caiyun et Yuchuan, et vérifier clairement les faits avec elles. Sinon, elles triompheront sans comprendre pourquoi et croiront que je suis incapable de découvrir la vérité. Même si nous réglons l’affaire ici, elles se permettront désormais toujours plus de vols et de négligences. » Xiren et les autres rirent : « C’est juste ; il faut aussi que tu te ménages une position de repli. »
平兒便命一個人呌了他兩個來,說道:「不用慌,賊已有了。」玉釧兒先問:「賊在那裡?」平兒道:「現在二奶奶屋裡呢,問他什麽應什麽。我心裡明白,知道不是他偷的,可憐他害怕,都承認了。這裡寳二爺不過意,要替他認一半。我待要說出來,但只是這做賊的,素日又是和我好的一個姐妹。窩主𨚫是平常,裡靣又傷了一個好人的體面,因此爲難。少不得央求寳二爺應了,大家無事。如今反要問你們兩個,還是怎様?若從此已後,大家小心存體面,這便求寳二爺應了。若不然,我就囘了二奶奶,不要𡨚屈了人。」彩雲𦗟了,不覺紅了臉,一時羞惡之心感發,便說道:「姐姐放心。也不要𡨚屈好人,我說了罷,傷體面,偷東西,原是趙姨奶奶央告我再三,我拿了些與𤨔哥兒是情真。連太太在家我們還拿過,各人去送人,也是常有的。我原說嚷過兩天就罷了。如今旣𡨚屈了好人,我心也不忍。姐姐竟帶了我囬奶奶去,一槩應了完事。」
Ping’er envoya quelqu’un chercher les deux servantes et leur dit : « Inutile de vous affoler : la voleuse a été trouvée. » Yuchuan demanda la première : « Où est-elle ? » Ping’er répondit : « Elle se trouve en ce moment dans la chambre de la seconde maîtresse. Elle répond à toutes les questions. Je sais parfaitement qu’elle n’a rien volé, mais la pauvre a eu si peur qu’elle a tout reconnu. Ici, le second maître Bao en éprouve du remords et veut prendre sur lui la moitié de l’affaire. Je voudrais dire toute la vérité, mais il se trouve que la voleuse est une sœur avec qui je m’entends bien depuis toujours. Celle qui a reçu le butin importe peu ; pourtant, derrière elle, l’honneur d’une honnête personne se trouverait atteint. Voilà pourquoi j’hésite. Il faudra sans doute supplier le second maître Bao d’assumer la faute, afin que tous restent en paix. Je vous demande donc à toutes deux ce que vous comptez faire. Si, désormais, chacun se montre prudent et préserve la dignité des autres, je prierai le second maître Bao de prendre l’affaire sur lui. Sinon, j’en ferai rapport à la seconde maîtresse : il ne faut pas qu’une innocente soit injustement accusée. »
À ces mots, Caiyun rougit involontairement. Saisie tout à coup de honte et de dégoût pour sa propre conduite, elle déclara : « Que ma grande sœur se rassure. Il ne faut pas accuser une innocente ; je vais tout dire. Même si mon honneur en souffre, j’ai réellement volé ces objets. La concubine Zhao m’en a priée à plusieurs reprises, et il est vrai que j’en ai pris pour le jeune maître Huan. Même lorsque Madame est ici, il nous arrive de prendre des choses afin de les offrir à quelqu’un ; cela se fait souvent. Je pensais d’abord que, après deux jours de bruit, l’affaire s’apaiserait. Mais puisqu’une innocente est maintenant accusée, je ne puis le supporter. Que ma grande sœur me conduise donc devant la seconde maîtresse : je reconnaîtrai tout, et ce sera fini. »
衆人𦗟了這話,一個個都咤異他竟這様有肝膽。寶玉忙笑道:「彩雲姐姐果然是個正經人。如今也不用你應,我只說我悄悄的偷的嚇你們頑,如今閙出事來,我原該承認。我只求姐姐們已後省些事,大家就好了。」彩雲道:「我幹的事,爲什麼呌你應,死活我該去受。」平兒襲人忙道:「不是這様說,你一應了,未免又叨登出趙姨奶奶來,那時三姑娘聽了,豈不又生氣。竟不如寳二爺應了,大家無事。且除這幾個人,皆不得知道,這様何等的干净!但只以後千萬大家小心些就是了。要拿什麽,好歹等太太到家。那怕連房子給了人,我們就没干係了。」彩雲聽了,低頭想了一想,方依允。
Tous s’émerveillèrent en l’entendant de la voir montrer tant de courage et de droiture. Baoyu s’empressa de dire avec un sourire : « Grande sœur Caiyun est vraiment une personne honorable. Mais tu n’as plus besoin de prendre la faute sur toi. Je dirai simplement que j’ai volé ces objets en cachette pour vous effrayer et m’amuser ; puisque l’affaire a fait tant de bruit, il est juste que je l’avoue. Je demande seulement à mes grandes sœurs d’éviter désormais ces complications, et tout ira bien pour chacun. » Caiyun répondit : « C’est moi qui l’ai fait ; pourquoi te laisserais-je l’assumer ? Que j’en meure ou que j’en vive, c’est à moi d’en subir les conséquences. »
Ping’er et Xiren répondirent vivement : « Ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Si tu reconnais les faits, tu ne manqueras pas d’y mêler aussi la concubine Zhao ; quand la troisième demoiselle l’apprendra, elle en sera de nouveau fâchée. Il vaut mieux que le second maître Bao prenne l’affaire sur lui : ainsi, tout le monde sera tranquille. De plus, à part les quelques personnes présentes, nul ne l’apprendra. Comme tout sera net et propre ! Mais à l’avenir, soyez toutes extrêmement prudentes. Si vous avez besoin de quelque chose, attendez à tout prix le retour de Madame. Même si elle donne ensuite la maison entière, nous n’en serons nullement responsables. » Caiyun baissa la tête et réfléchit un instant avant de consentir.
於是大家商議妥貼,平兒帶了他兩個並芳官來至上夜房中,呌了五兒,將茯苓霜一節也悄悄的教他說係芳官所贈,五兒感謝不盡。平兒帶他們來至自己這邊,已見林之孝家的帶領了幾個媳婦,押解着柳家的等彀多時。林之孝家的又向平兒說:「今日一早押了他來,恐園裡没人伺候姑娘們飯,我暫且將秦顯的女人𣲖了去伺候姑娘們的飯呢。」平兒道:「秦顯的女人是誰?我不大相熟。」林之孝家的道:「他是園裡南角子上夜的,白日裡没什麽事,所以姑娘不大認識。高高兒的孤拐,大大的眼睛,最干凈𤕤利的。」玉釧兒道:「是了。姐姐,你怎麽忘了?他是跟二姑娘的司棋的嬸子。司棋的父親雖是大老爺那邊的人,他這叔叔𨚫是偺們這邊的。」平兒聼了,方想起來,笑道:「哦!你早說是他,我就明白了。」又笑道:「也太𣲖急了些。如今這事,八下裡水落石出了,連前日太太屋裡丢的,也有了主兒,是寳玉那日過來和這兩個孽障不知道要什麽的,偏這兩個孽障慪他頑,說太太不在家不敢拿。寳玉便瞅他兩個不隄防時節,自己進去拿了些什麽出來。這兩個孽障不知道,就嚇慌了。如今寳玉𦗟見帶累了别人,方細細的告訴了我,拿出東西來我瞧,一件不差。那茯苓霜也是寳玉外頭得了的,也曾賞過許多人。不獨園内人有,連媽媽子們討了出去給親戚們吃,又轉送人。襲人也曾給過芳官一流的人。他們私情,各自来往,也是常事。前日那兩篓還擺在議事㕔上,好好的原封没動,怎麽就混賴起人來。等我囬了奶奶再說。」說𭺾,抽身進了卧房,將此事照前言囬了鳯姐兒一遍。
Quand tous se furent mis d’accord, Ping’er conduisit les deux servantes et Fangguan jusqu’à la chambre de garde, fit venir Wu’er et lui apprit discrètement à déclarer que la crème de poria lui avait également été donnée par Fangguan. Wu’er ne savait comment lui exprimer sa reconnaissance. Ping’er les ramena ensuite chez elle. La femme de Lin Zhixiao s’y trouvait déjà avec plusieurs femmes de service, gardant sous escorte la femme de Liu ; elles attendaient depuis longtemps. La femme de Lin dit encore à Ping’er : « Je l’ai amenée sous bonne garde dès ce matin. Comme je craignais qu’il ne restât personne dans le jardin pour préparer les repas des demoiselles, j’ai provisoirement envoyé la femme de Qin Xian les servir. » Ping’er demanda : « Qui est cette femme de Qin Xian ? Je ne la connais guère. » La femme de Lin Zhixiao répondit : « Elle monte la garde de nuit à l’angle sud du jardin et n’a pas grand-chose à faire pendant la journée ; c’est pourquoi demoiselle ne la connaît guère. Elle est grande, avec des pommettes saillantes et de grands yeux ; elle travaille très proprement et avec beaucoup d’agilité. »
Yuchuan intervint : « Je vois. Grande sœur, comment peux-tu l’avoir oubliée ? C’est la tante de Siqi, qui sert la seconde demoiselle. Le père de Siqi dépend du grand maître, mais cet oncle à elle dépend de notre côté. » Ping’er se souvint alors et rit : « Ah ! Si tu avais dit plus tôt que c’était elle, j’aurais compris. » Elle ajouta en souriant : « Vous avez tout de même fait ce remplacement bien vite. À présent, l’affaire est éclaircie sous tous ses aspects. Même les objets récemment perdus dans la chambre de Madame ont trouvé leur responsable. Ce jour-là, Baoyu est venu demander je ne sais quoi à ces deux créatures maudites. Mais elles ont justement voulu le taquiner et lui ont dit qu’en l’absence de Madame elles n’osaient rien prendre. Profitant d’un moment où elles ne se méfiaient pas, Baoyu est entré lui-même et a emporté quelques objets. Comme ces deux créatures n’en savaient rien, elles ont été terrifiées. Maintenant que Baoyu a appris que d’autres étaient compromis, il m’a tout raconté en détail et m’a montré les objets : il n’en manque pas un seul.
« Quant à la crème de poria, Baoyu en avait lui-même reçu de l’extérieur et en a distribué à bien des gens. Il n’y en a pas seulement dans le jardin : des nourrices en ont demandé pour leurs parents, qui ont pu à leur tour en offrir ailleurs. Xiren en a également donné à Fangguan et aux autres filles de sa sorte. Qu’elles entretiennent en privé des relations et des échanges entre elles est chose courante. Les deux paniers de l’autre jour sont encore dans la salle du conseil, intacts et toujours scellés. Pourquoi donc accuser les gens au hasard ? J’en parlerai à la seconde maîtresse. » Sur ces mots, elle se dégagea et entra dans la chambre à coucher, où elle rapporta toute l’affaire à Xifeng conformément à ce qu’ils avaient convenu.
鳯姐兒道:「雖如此說,但寳玉爲人,不管靑紅皂白,愛兠𭣄事情。别人再求求他去,他又擱不住人兩句好話,給他個炭篓子帶上,什麽事他不應承。偺們若信了,將來若大事也如此,如何治人。還要細細的追求纔是。依我的主意,把太太屋裡的丫頭都拿來,雖不便擅加拷打,只呌他們墊着磁𭺜子跪在太陽地下,茶飯也不要給他們吃,一日不說跪一日,便是鐵打的,一日也𬋩招了。」又道:「『蒼蠅不抱没縫兒的鷄蛋』,雖然這柳家的没偷,到底有些影兒,人纔說他。雖不加賊刑,也革出不用。朝廷原有𦊱誤的,到底不算委屈了他。」平兒道:「何苦來操這心!『得放手時須放手』,什麽大不了的事,樂得施恩呢。依我說,總在這屋裡操上一百分心,終久是囬那邊屋裡去的,没的結些小人仇恨,使人含恨抱怨。况且自己又三灾八難的,好容易懐了一個哥兒,到了六七個月還掉了,焉知不是素日操勞太過,氣惱傷著的。如今趁早兒見一半不見一半的,也倒罷了。」一夕話說得鳳姐兒倒笑了,道:「隨你們罷,没的慪氣。」平兒笑道:「這不是正經話!」說𭺾,轉身出來,一一發放。要知端的,下囘分解。
Xifeng répondit : « Tu as beau dire, Baoyu est homme à se mêler de toute affaire sans distinguer le vrai du faux. Si quelqu’un va encore le supplier, il ne sait pas résister à deux bonnes paroles : coiffez-le d’un panier à charbon, et quelle faute refuserait-il de porter ? Si nous le croyons aujourd’hui, que ferons-nous régner plus tard, lorsqu’il agira de même dans une affaire grave ? Il faut encore rechercher la vérité dans ses moindres détails. À mon avis, il faut faire venir toutes les servantes de la chambre de Madame. Même s’il ne convient pas de les soumettre de notre propre autorité à la torture, qu’on les fasse agenouiller en plein soleil sur des tessons de porcelaine, sans leur donner ni thé ni nourriture. Tant qu’elles ne parleront pas, elles resteront à genoux. Fussent-elles forgées de fer, elles avoueront en une seule journée. »
Elle ajouta : « Les mouches ne s’attaquent pas à un œuf sans fêlure. Même si la femme de Liu n’a rien volé, il doit bien y avoir quelque apparence contre elle pour que les gens l’accusent. Sans lui appliquer le châtiment réservé aux voleurs, destituons-la du moins de son emploi. La Cour elle-même prévoit des sanctions pour ceux qui se trouvent impliqués par négligence ; elle ne sera donc pas réellement victime d’une injustice. » Ping’er répondit : « Pourquoi vous donner tout ce mal ? Il faut savoir lâcher prise quand le moment est venu. Cette affaire n’a rien de considérable ; autant profiter de l’occasion pour accorder une grâce. À mon avis, même si vous dépensez cent parts d’énergie dans cette chambre-ci, vous finirez toujours par retourner dans celle de l’autre côté. Inutile de vous faire des ennemis parmi les petites gens et de les laisser pleins de ressentiment et de rancœur. D’autant que vous-même traversez malheur après malheur : vous aviez enfin conçu un petit garçon, mais vous l’avez perdu au sixième ou au septième mois. Qui sait si cela ne venait pas de vos fatigues ordinaires et de toutes ces colères qui vous ont fait du mal ? Désormais, mieux vaudrait fermer un œil sur deux et laisser les choses en paix. »
Ce discours finit par faire rire Xifeng : « Faites donc comme vous voudrez, au lieu de me contrarier. » Ping’er sourit : « Voilà qui est parler sérieusement ! » Puis elle ressortit et libéra chacun selon le règlement convenu. Pour connaître la suite exacte, voyez le chapitre suivant.
Notes
投鼠忌器 : proverbe signifiant qu’on hésite à frapper le rat de peur d’endommager le précieux objet près duquel il se cache ; il gouverne toute la résolution de l’affaire.
茯苓霜 : préparation médicinale raffinée à base de poria, champignon employé dans la pharmacopée chinoise et réputé fortifiant.
方官、圓官 : la femme de Lin joue sur 方, « carré », dans le nom Fangguan, en lui opposant 圓, « rond », pour signifier que l’identité invoquée lui importe peu.
三個指頭 : les trois doigts désignent discrètement la « troisième demoiselle », Tanchun, fille de la concubine Zhao.
陰隲 : mérite moral accompli secrètement, dont la récompense est censée relever de la justice invisible du Ciel.
蒼蠅不抱没縫兒的鷄蛋 : littéralement, « les mouches ne s’attaquent pas à un œuf sans fêlure » ; on ne devient pas suspect sans avoir prêté le flanc aux accusations.