Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 103 Par un stratagème empoisonné, Jingui se détruit elle-même ; aveugle au véritable chan, Yucun retrouve en vain une vieille connaissance
施毒計金桂自焚身 昧真禪雨村空遇舊
Par un stratagème empoisonné, Jingui se détruit elle-même
aveugle au véritable chan, Yucun retrouve en vain une vieille connaissance
話說賈璉到了王夫人那邊,一一的說了。次日到了部裡打㸃停妥,囬来又到王夫人那邊,將打㸃吏部之事告知。王夫人便道:「打聼准了麽?果然這様,老爺也願意,合家也放心。那外任是何嘗做得的,若不是那様的叅囬来,只怕呌那些混賬東西把老爺的性命都坑了呢!」賈璉道:「太太那裡知道?」王夫人道:「自從你二叔放了外任,並没有一個錢拿囬來,把家裡的倒掏摸了好些去了。你瞧那些跟老爺去的人,他男人在外頭不多幾時,那些小老婆子們便金頭銀面的粧扮起來了,可不是在外頭瞞着老爺弄錢?你叔叔便由着他們閙去,若弄出事來,不但自己的官做不成,只怕連祖上的官也要抹棹了呢。」賈璉道:「嬸子說得狠是。方纔我聼見叅了,嚇的了不得,直等打聼明白纔放心。也願意老爺做個京官,安安逸逸的做幾年,纔保得住一軰子的聲名。就是老太太知道了,倒也是放心的,只要太太說得寛緩些。」王夫人道:「我知道。你到底再去打𦗟打𦗟。」
Jia Lian se rendit donc chez Madame Wang et lui rapporta tout en détail. Le lendemain, il alla faire au ministère les démarches nécessaires et, une fois l’affaire réglée, revint chez Madame Wang lui rendre compte de ce qu’il avait arrangé au ministère des Fonctionnaires. Madame Wang lui dit : « T’es-tu bien renseigné ? Si les choses sont vraiment ainsi, Monsieur en sera satisfait et toute la famille rassurée. Comment aurait-il pu continuer à exercer en province ? S’il n’avait pas été rappelé à la suite de cette dénonciation, ces maudites canailles auraient peut-être fini par lui coûter la vie ! » Jia Lian demanda : « Comment le savez-vous, ma tante ? » Madame Wang répondit : « Depuis que ton second oncle a été nommé en province, il n’a pas rapporté un sou et a même soutiré pas mal d’argent à la maison. Regarde les gens qui l’ont accompagné : leurs maris étaient à peine partis que toutes ces petites bonnes femmes se sont mises à se parer d’or et d’argent. N’est-ce pas qu’ils s’enrichissent là-bas à l’insu de Monsieur ? Ton oncle les laisse faire à leur guise ; mais s’il arrivait un malheur, non seulement il perdrait sa charge, mais il risquerait même de faire rayer les dignités héritées de ses ancêtres. » Jia Lian dit : « Vous avez parfaitement raison, ma tante. Quand j’ai appris tout à l’heure qu’il avait été dénoncé, j’ai été terrifié ; je n’ai été rassuré qu’après m’être informé avec certitude. Je souhaite moi aussi que Monsieur occupe un poste dans la capitale et y vive tranquillement quelques années : c’est le seul moyen de préserver sa réputation pour la vie. Même l’aïeule sera rassurée en l’apprenant ; il faudra seulement que vous lui présentiez la chose avec douceur. » Madame Wang répondit : « Je sais. Mais va tout de même te renseigner encore une fois. »
賈璉答應了,纔要出來,只見薛姨媽家的老婆子慌慌張張的走來,到王夫人裡間屋内,也没說請安,便道:「我們太太呌我來告訴這裡的姨太太,說我們家了不得了,又閙出事來了。」王夫人𦗟了,便問:「閙出什麽事來?」那婆子又說:「了不得,了不得!」王夫人哼道:「糊𡍼東西!有要𦂳事你到底說啊!」婆子便說:「我們家二爺不在家,一個男人也没有,這件事情出來怎麽辦!要求太太打發幾位爺們去料理料理。」王夫人𦗟着不懂,便着急道:「究竟要爺們去幹什麽事?」婆子道:「我們大奶奶死了。」王夫人𦗟了,便啐道:「這種女人死,𭮀了罷咧,也直得大驚小怪的!」婆子道:「不是好好兒死的,是混閙死的。快求太太打發人去辦辦。」說着就要走。王夫人又生氣,又好笑,這說:「婆子好混賬。璉哥兒,倒不如的過去瞧瞧,别理那糊𡍼東西。」那婆子没𦗟見打發人去,只𦗟見說别理他,他便賭氣跑囬去了。這裡薛姨媽正在着急,再等不來,好容易見那婆子來了,便問:「姨太太打發誰来?」婆子嘆說道:「人最不要有急難事,什麽好親好眷,看来也不中用。姨太太不但不肯照應我們,倒罵我糊𡍼。」薛姨媽聼了,又氣又急道:「姨太太不𬋩,你姑奶奶怎麽說了?」婆子道:「姨太太旣不管,我們家的姑奶奶自然更不管了。没有去告訴。」薛姨媽啐道:「姨太太是外人,姑娘是我養的,怎麽不管!」婆子一時省悟道:「是啊,怎麽着我還去。」
Jia Lian acquiesça et allait sortir lorsqu’une vieille servante de la tante Xue arriva en toute hâte. Elle entra dans la pièce intérieure de Madame Wang et, sans même la saluer, déclara : « Notre maîtresse m’envoie annoncer à sa sœur qu’un terrible malheur vient encore d’éclater chez nous. » Madame Wang demanda : « Quel malheur ? » La vieille répétait : « C’est terrible, terrible ! » Madame Wang renifla : « Vieille sotte ! Si c’est urgent, finis donc par parler ! » La servante dit alors : « Notre second maître est absent et il n’y a pas un seul homme à la maison. Comment régler une affaire pareille ? Notre maîtresse prie Madame d’envoyer quelques-uns des messieurs s’en occuper. » Madame Wang, qui ne comprenait toujours pas, s’impatienta : « Mais enfin, que doivent-ils aller faire ? » La vieille répondit : « Notre maîtresse aînée est morte. » Madame Wang cracha : « Qu’une femme pareille meure, c’est tant mieux ! Il n’y a pas de quoi faire tant d’histoires. » La vieille reprit : « Elle n’est pas morte de sa belle mort ; elle est morte au milieu d’un affreux scandale. Vite, priez Madame d’envoyer quelqu’un arranger cela. » Et elle fit mine de repartir. À la fois irritée et amusée, Madame Wang dit : « Quelle vieille imbécile ! Lian, tu ferais mieux d’aller voir toi-même ; ne fais pas attention à cette sotte. » La vieille n’entendit pas qu’on envoyait quelqu’un ; elle n’entendit que les mots « ne fais pas attention à elle » et, vexée, rentra en courant.
La tante Xue attendait dans l’angoisse. Quand la vieille reparut enfin, elle lui demanda : « Qui ma sœur envoie-t-elle ? » La servante soupira : « Mieux vaut ne jamais avoir d’ennuis urgents ! Les proches et les parents, à ce qu’on voit, ne servent à rien. Non seulement votre sœur refuse de nous aider, mais elle m’a traitée de sotte. » Furieuse et inquiète, la tante Xue demanda : « Si ma sœur ne veut pas s’en mêler, qu’a dit notre jeune dame ? » La vieille répondit : « Puisque votre sœur ne s’en mêle pas, notre jeune dame s’en souciera moins encore. Je ne suis pas allée la prévenir. » La tante Xue cracha : « Ma sœur est après tout d’une autre maison, mais ma fille, c’est moi qui l’ai élevée ! Comment ne s’en mêlerait-elle pas ? » La vieille comprit soudain : « C’est vrai ! J’y vais encore. »
正說着,只見賈璉來了,給薛姨媽請了安,道了惱,囬說:「我嬸子知道弟婦死了,問老婆子,再說不明,着急得狠,打𤼵我来問個明白,還呌我在這裡料理。該怎麽様,姨太太只管說了辦去。」薛姨媽本來氣得乾哭,聼見賈璉的話,便笑着說:「倒要二爺費心。我說姨太太是待我最好的,都是這老貨說不淸,幾乎悞了事。請二爺坐下,等我慢慢的告訴你。」便說:「不爲别的事,爲的是媳婦不是好死的。」賈璉道:「想是爲兄弟犯事怨命死的?」薛姨媽道:「若這様倒好了。前幾個月頭裡,他天天篷頭赤脚的瘋閙。後來聼見你兄弟問了死罪,他雖哭了一塲,已後倒擦胭抹粉的起来。我若說他,又要吵個了不得,我總不理他。有一天不知怎麽樣來要香菱去作伴,我說:『你放着寳蟾,還要香菱做什麽,况且香菱是你不𬋩的,何苦招氣生。』他必不依。我没法兒,便呌香菱到他屋裡去。可憐這香菱不敢違我的話,帶着病就去了。誰知道他待香菱狠好,我倒喜歡。你大妹妹知道了說:『只怕不是好心罷。』我也不理會。頭幾天香菱病著,他倒親手去做湯給他吃,那知香菱没福,剛端到跟前,他自己燙了手,連碗都砸了。我只說必要遷怒在香菱身上,他倒没生氣,自己還拿笤箒掃了,拿氷潑净了地,仍舊兩個人狠好。昨兒晚上,又呌寳蟾去做了兩碗湯來,自己說同香菱一塊兒喝。隔了一囘,𦗟見他屋裡兩隻脚蹬响,寶蟾急的亂嚷,已後香菱也嚷着扶着墻出來呌人。我忙着看去,只見媳婦鼻子眼睛裡都流出血來,在地下亂滚,兩手在心口亂抓,兩脚亂蹬,把我就嚇死了,問他也說不出來,只𬋩直嚷,閙了一囬就死了。我睄那光景是服了毒的。寶蟾便哭着來揪香菱,說他把藥藥死了奶奶了。我看香菱也不是這麽様的人,再者他病的起還起不來,怎麽能藥人呢。無奈寳蟾一口咬定。我的二爺,這呌我怎麽辦!只得硬着心腸呌老婆子們把香菱捆了,交給寳蟾,便把房門反扣了。我同你二妹妹守了一夜,等府裡的門開了纔告訴去的。二爺你是明白人,這件事怎麽好?」
À cet instant, Jia Lian arriva. Après avoir salué la tante Xue et lui avoir présenté ses condoléances, il dit : « Ma tante sait que ma jeune belle-sœur est morte. Elle a interrogé la vieille servante, mais celle-ci n’a pas su s’expliquer clairement ; très inquiète, elle m’a envoyé demander ce qui s’est passé et m’a chargé de régler l’affaire ici. Dites-moi seulement ce qu’il faut faire, ma tante, et je m’en occuperai. » La tante Xue, qui pleurait jusque-là de rage sans verser de larmes, sourit en l’entendant : « Il faudra donc vous donner cette peine, second maître Lian. Je savais bien que ma sœur était la meilleure des parentes pour moi : c’est cette vieille créature qui s’est mal expliquée et a failli tout compromettre. Asseyez-vous, je vais vous raconter lentement. » Elle poursuivit : « Le problème, c’est que ma bru n’est pas morte de façon naturelle. » Jia Lian demanda : « Se serait-elle tuée en maudissant son sort, à cause de la condamnation de mon cousin ? » La tante Xue répondit : « Si seulement c’était cela ! Il y a quelques mois, elle passait ses journées échevelée et pieds nus, à faire la folle. Plus tard, quand elle apprit que votre cousin avait été condamné à mort, elle pleura un bon coup ; mais ensuite elle se remit à se farder de rouge et de poudre. Si je lui faisais une remarque, elle déclenchait une querelle épouvantable ; alors je cessai de m’occuper d’elle. Un jour, je ne sais pourquoi, elle exigea que Xiangling vînt lui tenir compagnie. Je lui dis : “Tu as Baochan auprès de toi ; pourquoi veux-tu encore Xiangling ? D’autant que tu ne peux pas la souffrir : à quoi bon chercher toi-même des contrariétés ?” Mais elle ne voulut rien entendre. N’ayant pas d’autre solution, j’ordonnai à Xiangling d’aller dans sa chambre. La pauvre n’osa pas désobéir et s’y rendit malgré sa maladie. Or Jingui se mit à la traiter fort bien, ce qui me réjouit. Votre cousine aînée, en l’apprenant, me dit : “J’ai peur que ses intentions ne soient pas bonnes.” Je n’y pris pas garde. Il y a quelques jours, comme Xiangling était malade, Jingui prépara elle-même un bouillon pour elle. Mais Xiangling n’eut pas la chance d’en profiter : à peine Jingui l’eut-elle apporté qu’elle se brûla la main et brisa même le bol. Je pensais qu’elle rejetterait sûrement sa colère sur Xiangling ; pourtant elle ne se fâcha pas, balaya elle-même les débris, nettoya le sol avec de l’eau glacée, et toutes deux demeurèrent en fort bons termes. Hier soir, elle demanda encore à Baochan de préparer deux bols de bouillon et déclara qu’elle en boirait avec Xiangling. Peu après, nous entendîmes ses deux pieds battre le sol ; Baochan se mit à pousser des cris affolés, puis Xiangling cria elle aussi et sortit en s’appuyant au mur pour appeler du secours. Je courus voir : du sang coulait du nez et des yeux de ma bru ; elle se roulait par terre, se labourait la poitrine des deux mains et battait des pieds. J’en mourais de peur. Elle ne pouvait répondre à mes questions et ne faisait que hurler ; après un moment d’agitation, elle mourut. À voir son état, je pense qu’elle avait absorbé du poison. Baochan se jeta alors en pleurant sur Xiangling et l’empoigna, affirmant que celle-ci avait empoisonné sa maîtresse. Je ne crois pas Xiangling capable d’une telle chose ; de plus, elle est si malade qu’elle ne peut même pas se lever : comment aurait-elle pu empoisonner quelqu’un ? Mais Baochan l’accusait avec acharnement. Mon cher second maître, que pouvais-je faire ? J’ai dû endurcir mon cœur, ordonner aux vieilles servantes de ligoter Xiangling et la confier à Baochan, puis faire verrouiller leur porte de l’extérieur. Votre seconde cousine et moi avons veillé toute la nuit ; nous n’avons pu envoyer prévenir le palais qu’à l’ouverture des portes. Vous êtes un homme avisé : comment faut-il régler cette affaire ? »
賈璉道:「夏家知道了没有?」薛姨媽道:「也得撕擄明白了纔好報啊。」賈璉道:「㨿我看起来,必要經官纔了得下来。我們自然疑在寳蟾身上,别人便說寳蟾爲什麽藥死他奶奶,也是没答對的。若說在香菱身上,竟𮟃裝得上。」正說着,只見榮府女人們進來說:「我們二奶奶來了。」賈璉雖是大伯子,因從小兒見的,也不𮞉避。寳釵進来見了母親,又見了賈璉,便徃裡間屋裡同寳琴坐下,薛姨媽也將前事告訴一遍。寶釵便說:「若把香菱綑了,可不是我們也說是香菱藥𭮀的了麽?媽媽說這湯是寳蟾做的,就該捆起寳蟾来問他呀。一面便該打發人報夏家去,一面報官的是。」薛姨媽聼見有理,便問賈璉。賈璉道:「二妹子說得狠是。報官𮟃得我去,托了刑部裡的人,相騐問口供的時候有照應得。只是要捆寳蟾放香菱倒怕難些。」薛姨媽道:「並不是我要捆香菱,我恐怕香菱病中受𡨚着急,一時尋𭮀,又添了一條人命,纔捆了交給寳蟾,也是一個主意。」賈璉道:「雖是這麽說,我們倒帮了寳蟾了。若要放都放,要捆都捆,他們三個人是一處的。只要呌人安慰香菱就是了。」薛姨媽便呌人開門進去,寳釵就派了帶来幾個女人帮着捆寳蟾。只見香菱已哭得死去活来,寳蟾反得意洋洋。已後見人要捆他,便亂嚷起來。那禁得榮府的人䶸喝着,也就捆了。竟開着門,好呌人看着。這裡報夏家的人已經出了。
Jia Lian demanda : « La famille Xia est-elle prévenue ? » La tante Xue répondit : « Il vaut mieux démêler l’affaire avant de la prévenir. » Jia Lian dit : « À mon avis, seule la justice pourra tirer cela au clair. Nous soupçonnons naturellement Baochan ; mais si l’on nous demande pourquoi elle aurait empoisonné sa maîtresse, nous n’aurons pas de réponse. En revanche, l’accusation portée contre Xiangling paraît assez plausible. » Ils parlaient encore lorsque des femmes du palais Rong entrèrent en annonçant : « Notre seconde maîtresse est arrivée. » Bien que Jia Lian fût pour elle un beau-frère aîné, ils se connaissaient depuis l’enfance et il n’eut donc pas à se retirer. Baochai entra, salua sa mère et Jia Lian, puis passa dans la pièce intérieure où se trouvait Baoqin. La tante Xue lui raconta tout ce qui venait d’arriver. Baochai dit : « En ligotant Xiangling, ne donnons-nous pas nous-mêmes à entendre que c’est elle qui a empoisonné Jingui ? Puisque maman dit que Baochan a préparé le bouillon, c’est elle qu’il fallait attacher et interroger. Il faut d’un côté envoyer prévenir les Xia, et de l’autre avertir les autorités. » La tante Xue trouva ce raisonnement juste et consulta Jia Lian. Celui-ci répondit : « Ma cousine a parfaitement raison. C’est encore à moi qu’il revient d’avertir les autorités. Je connais des gens au ministère des Châtiments ; ils pourront veiller sur nos intérêts lors de l’examen du corps et des interrogatoires. Seulement, il sera peut-être difficile de ligoter Baochan tout en relâchant Xiangling. » La tante Xue dit : « Ce n’est pas que je voulais ligoter Xiangling. Je craignais que, malade, injustement accusée et désespérée, elle ne cherche soudain à mourir, ce qui aurait ajouté une vie perdue à la première. C’est pour cela que je l’ai fait attacher et confier à Baochan ; c’était une précaution. » Jia Lian répondit : « Même ainsi, nous avons en réalité favorisé Baochan. Si nous les relâchons, relâchons-les toutes deux ; si nous les attachons, attachons-les toutes deux, car elles étaient trois ensemble. Il suffira que quelqu’un rassure Xiangling. » La tante Xue ordonna donc d’ouvrir la porte. Baochai chargea plusieurs femmes venues avec elle d’aider à ligoter Baochan. Xiangling avait déjà tant pleuré qu’elle était presque morte, tandis que Baochan affichait un air triomphant. Mais quand celle-ci vit qu’on voulait l’attacher, elle se mit à hurler. Les femmes du palais Rong l’accablèrent de cris et la ligotèrent sans peine. Cette fois, on laissa la porte ouverte afin que quelqu’un pût les surveiller. Pendant ce temps, le messager envoyé chez les Xia était déjà parti.
那夏家先前不住在京裡,因近年消索,又記掛女兒,新近搬進京來。父親已没,只有母親,又過繼了一個渾賬兒子,把家業都花完了,不時的常到薛家。那金桂原是個水性人兒,那裡守得住空房,况兼天天心裡想念薛蝌,便有些饑不擇食的光景。無奈他這一乾兄弟又是個蠢貨,雖也有些知覺,祗是尙未入港。所以金桂時常囬去,也帮貼他些銀錢。這些時正盼金桂囬家,只見薛家的人來,心裡就想又拿什麽東西來了。不料說這裡姑娘服毒死了,他便氣得亂嚷亂呌。金桂的母親聽見了,更哭喊起來,說:「好端端的女孩兒在他家,爲什麽服了毒呢!」哭着喊着的,帶了兒子,也等不得僱車,便要走来。
Les Xia n’habitaient pas autrefois dans la capitale. Mais, leur situation ayant décliné ces dernières années et la mère se souciant de sa fille, ils venaient d’y emménager. Le père était mort ; il ne restait que la mère, qui avait adopté un vaurien de fils, lequel avait dilapidé tout le patrimoine et se rendait souvent chez les Xue. Jingui était d’un tempérament volage et supportait mal de vivre sans mari. Comme elle pensait chaque jour à Xue Ke, elle en était venue à ne plus se montrer difficile. Mais ce frère adoptif était un imbécile : bien qu’il eût quelque peu compris ses intentions, il n’était pas encore entré dans son jeu. Jingui retournait donc souvent chez sa mère et donnait aussi un peu d’argent à son frère. Ces derniers temps, celui-ci attendait impatiemment son retour. Lorsqu’il vit arriver quelqu’un de chez les Xue, il pensa aussitôt qu’elle lui envoyait encore quelque chose. Mais le messager lui apprit que sa sœur était morte empoisonnée ; il se mit alors à hurler de rage. En l’apprenant, la mère de Jingui éclata elle aussi en sanglots et cria : « Ma fille était en parfaite santé chez eux ! Pourquoi aurait-elle pris du poison ? » Sans même attendre qu’on louât une voiture, elle partit avec son fils, pleurant et vociférant.
那夏家本是買賣人家,如今没了錢,那顧什麽臉面。兒子頭裡就走,他跟了一個破老婆子出了門,在街上啼啼哭哭的僱了一輛破車,便跑到薛家。進門也不打話,便兒一聲肉一聲的要討人命。那時賈璉到刑部托人,家裡只有薛姨媽、寳釵、寶琴,何曾見過個陣仗,都嚇得不敢則聲。便要與他講理,他們也不聼,只說:「我女孩兒在你家得過什麼好處,兩口朝打暮罵的。閙了幾時,還不容他兩口子在一處,你們商量着把女婿弄在監裡,永不見面。你們娘兒們仗着好親戚受用也罷了,𮟃嫌他碍眼,呌人藥死了他,倒說是服毒!他爲什麽服毒!」說着,直奔着薛姨媽来。薛姨媽只得後退,說:「親家太太且請瞧瞧你女兒,問問寳蟾,再說歪話不遲。」那寳釵寳琴因外面有夏家的兒子,難以出来攔䕶,只在裡邊着急。恰好王夫人打發周瑞家的照看,一進門来,見一個老婆子指着薛姨媽的臉哭罵。周瑞家的知道必是金桂的母親,便走上來說:「這位是親家太太麽?大奶奶自己服毒死的,與我們姨太太什麽相干,也不犯這麽遭塌呀。」那金桂的母親問:「你是誰?」薛姨媽見有了人,胆子畧壯了些,便說:「這就是我親戚賈府裡的。」金桂的母親便說道:「誰不知道,你們有仗腰子的親戚,纔能彀呌姑爺坐在監裡。如今我的女孩兒倒白死了不成!」說着,便拉薛姨媽說:「你到底把我女兒怎様弄殺了?給我瞧瞧!」周瑞家的一面勸說:「只管瞧瞧,用不着拉拉扯扯。」便把手一推。夏家的兒子便跑進來不依道:「你仗着府裡的勢頭兒來打我母親麽!」說着,便將椅子打去,𨚫没有打着。裡頭跟寳釵的人𦗟見外頭閙起來,赶着來瞧,恐怕周瑞家的吃虧,齊打夥的上去半勸半喝。那夏家的母子索性撒起潑來,說:「知道你們榮府的勢頭兒。我們家的姑娘已經死了,如今也都不要命了!」說着,仍奔薛姨媽拚命。地下的人雖多,那裡擋得住,自古說的「一人拚命,萬夫莫當。」
Les Xia étaient une famille de marchands ; maintenant qu’ils n’avaient plus d’argent, ils ne se souciaient guère de sauver la face. Le fils partit devant. Sa mère, accompagnée d’une vieille servante en haillons, sortit à son tour ; tout en pleurant dans la rue, elle loua une mauvaise voiture et se précipita chez les Xue. Dès son entrée, sans adresser la parole à personne, elle réclama à grands cris une vie pour la chair de sa chair. Jia Lian était alors parti chercher des appuis au ministère des Châtiments ; il ne restait à la maison que la tante Xue, Baochai et Baoqin. N’ayant jamais assisté à pareille scène, elles étaient trop effrayées pour souffler mot. Elles tentèrent de raisonner les arrivants, mais ceux-ci n’écoutaient rien et criaient : « Quel bien notre fille a-t-elle jamais connu chez vous ? Son mari et elle étaient battus et injuriés du matin au soir. Après toutes leurs querelles, vous ne leur avez même pas permis de rester ensemble : vous vous êtes concertées pour jeter votre gendre en prison et les séparer à jamais. Vous, la mère et les filles, vous profitez de vos puissants parents ; mais cela ne vous suffisait pas : elle vous gênait encore, alors vous l’avez fait empoisonner et vous prétendez maintenant qu’elle s’est suicidée ! Pourquoi se serait-elle empoisonnée ? » Là-dessus, la mère de Jingui se précipita droit sur la tante Xue. Celle-ci dut reculer en disant : « Ma chère parente, commencez donc par regarder votre fille et par interroger Baochan ; il sera toujours temps ensuite de proférer des calomnies. » Baochai et Baoqin ne pouvaient sortir pour la protéger, car le fils des Xia se trouvait dehors ; elles s’angoissaient donc dans la pièce intérieure.
Justement, Madame Wang avait envoyé la femme de Zhou Rui voir ce qui se passait. Dès son entrée, celle-ci aperçut une vieille femme qui insultait la tante Xue en lui montrant le visage du doigt. Comprenant qu’il s’agissait de la mère de Jingui, elle s’avança et dit : « Êtes-vous Madame Xia ? La maîtresse aînée s’est elle-même empoisonnée ; qu’est-ce que notre tante y peut ? Ce n’est pas une raison pour l’outrager ainsi. » La mère de Jingui demanda : « Qui es-tu ? » Rassurée par ce renfort, la tante Xue répondit : « C’est une femme de chez mes parents de la maison Jia. » La mère de Jingui répliqua : « Tout le monde sait que vous avez de puissants parents pour vous soutenir : c’est ainsi que vous avez pu faire jeter votre gendre en prison. Et maintenant, ma fille serait morte pour rien ? » Elle agrippa la tante Xue en criant : « Comment avez-vous tué ma fille ? Faites-la-moi voir ! » La femme de Zhou Rui tentait de la calmer : « Allez donc la voir ; inutile de vous agripper ainsi. » Ce disant, elle la repoussa de la main. Le fils des Xia se précipita alors dans la pièce : « Tu comptes sur la puissance du palais pour frapper ma mère ? » Il lança une chaise, mais manqua son but. Les femmes qui accompagnaient Baochai, entendant le tumulte au-dehors, accoururent. Craignant que la femme de Zhou Rui n’eût le dessous, elles intervinrent toutes ensemble, moitié pour calmer les Xia, moitié pour les rabrouer. La mère et le fils se déchaînèrent alors tout à fait : « Nous savons combien votre palais Rong est puissant ! Mais notre fille est déjà morte, et nous ne tenons plus nous-mêmes à la vie ! » Ils se ruèrent de nouveau sur la tante Xue, prêts à risquer leur vie. Malgré le nombre des domestiques, nul ne parvenait à les arrêter : comme le dit le proverbe, « quand un homme joue sa vie, dix mille guerriers ne peuvent lui résister ».
正閙到危急之際,賈璉帶了七八個家人進來,見是如此,便呌人先把夏家的兒子拉出去,便說:「你們不許閙,有話好好兒的說。快將家裡𭣣拾收拾,刑部裡頭的老爺們就來相騐了。」金桂的母親正在撒潑,只見来了一位老爺,幾個在頭裡䶸喝,那些人都𡸁手侍立。金桂的母親見這個光景,也不知是賈府何人,又見他兒子已被衆人揪住,又聼見說刑部來騐,他心裡原想看見女兒屍首先閙了一個嵇爛再去喊官去,不承望這裡先報了官,也便軟了些。薛姨媽已嚇糊𡍼了。還是周瑞家的囘說:「他們来了,也没有去瞧他姑娘,便作踐起姨太太來了。我們爲好勸他,那裡跑進一個野男人,在奶奶們裡頭渾撤村渾打,這可不是没有王法了!」賈璉道:「這囬子不用和他講理,等一會子打着問他,說:男人有男人的所在,裡頭都是些姑娘奶奶們,况且有他母親𮟃瞧不見他們姑娘麽,他跑進來不是要打搶來了麽!」家人們做好做歹壓伏住了。周瑞家的仗着人多,便說:「夏太太,你不懂事,旣來了,該問個靑紅皂白。你們姑娘是自己服毒死了,不然便是寶蟾藥𭮀他主子了,怎麽不問明白,又不看屍首,就想訛人來了呢,我們就肯呌一個媳婦兒白死了不成!現在把寳蟾捆着,因爲你們姑娘必要㸃病兒,所以呌菱香賠着他,也在一個屋裡住,故此兩個人都看守在那裡,原等你們來眼看看刑部相騐,問出道理来纔是啊。」
La situation devenait critique lorsque Jia Lian entra avec sept ou huit domestiques. Voyant ce qui se passait, il ordonna d’abord qu’on entraînât dehors le fils des Xia, puis déclara : « Cessez ce vacarme. Si vous avez quelque chose à dire, dites-le calmement. Et vous autres, rangez vite la maison : les magistrats du ministère des Châtiments vont arriver pour examiner le corps. » La mère de Jingui était en pleine fureur ; mais elle vit soudain paraître un grand monsieur, précédé de plusieurs hommes qui criaient des ordres, tandis que tous les autres se tenaient devant lui, mains baissées. Elle ignorait quel personnage de la maison Jia il pouvait être ; elle constatait que son fils avait déjà été saisi, et elle entendait annoncer que le ministère allait procéder à l’examen. Elle avait d’abord projeté de voir le cadavre de sa fille, de provoquer un énorme scandale, puis d’aller porter plainte. Elle ne s’attendait pas à ce que les Xue eussent averti les autorités les premiers, et son ardeur s’amollit quelque peu.
La tante Xue était déjà paralysée par la peur. Ce fut la femme de Zhou Rui qui répondit : « À peine arrivés, sans même aller voir leur fille, ils se sont mis à maltraiter notre tante. Nous avons voulu les calmer pour leur bien, mais voilà qu’un sauvage s’est précipité au milieu de toutes ces demoiselles et maîtresses, proférant des grossièretés et frappant au hasard. Est-ce qu’il n’y a donc plus de loi ? » Jia Lian dit : « Inutile de raisonner avec lui maintenant. Tout à l’heure, quand on le frappera pour l’interroger, demandez-lui s’il ne sait pas que les hommes ont leurs quartiers et qu’ici il n’y a que des demoiselles et des maîtresses. Sa mère n’était-elle pas là pour voir leur fille ? S’il s’est précipité ici, n’était-ce pas pour nous attaquer et nous voler ? » Les domestiques finirent, tantôt par la douceur, tantôt par la force, par maîtriser les Xia. Encouragée par leur nombre, la femme de Zhou Rui reprit : « Madame Xia, vous manquez de jugement. Puisque vous êtes venue, vous deviez commencer par tirer l’affaire au clair. Votre fille s’est empoisonnée elle-même ; ou alors Baochan a empoisonné sa maîtresse. Pourquoi, sans poser de questions ni même regarder le cadavre, avez-vous voulu aussitôt nous extorquer de l’argent ? Croyez-vous que nous accepterions qu’une de nos brus meure ainsi pour rien ? Baochan est actuellement ligotée. Comme votre fille cherchait constamment querelle à Xiangling et l’avait fait venir habiter dans sa chambre, toutes deux sont gardées là-bas. Nous attendions justement que vous veniez constater les faits de vos propres yeux, puis assister à l’examen du ministère des Châtiments et entendre la vérité établie par l’interrogatoire. »
金桂的母親此時勢孤,也只得跟着周瑞家的到他女孩兒屋裡,只見滿臉黑血,直挺挺的躺在炕上,便呌哭起來。寳蟾見是他家的人來,便哭喊說:「我們姑娘好意待香菱,呌他在一塊兒住,他倒抽空兒藥死我們姑娘!」那時薛家上下人等俱在,便齊聲䶸喝道:「胡說,昨日奶奶喝了湯纔藥死的,這湯可不是你做的!」寳蟾道:「湯是我做的,端了来我有事走了,不知香菱起来放些什麽在裏頭藥死的。」金桂的母親𦗟未說完,就奔香菱。衆人攔住。薛姨媽便道:「這様子是砒霜藥的,家裡决無此物。不管香菱寳蟾,終有替他買的,囬來刑部少不得問出來,纔頼不去。如今把媳婦權放平正,好等官来相騐。」衆婆子上來抬放。寳釵道:「都是男人進來,你們將女人動用的東西檢㸃檢㸃。」只見炕褥底下有一個揉成團的紙包兒。金桂的母親瞧見便拾起,打開看時,并没有什麽,便撩開了。寶蟾看見道:「可不是有了凴㨿了。這個紙包兒我認得,頭幾天耗子閙得慌,奶奶家去與舅爺要的,拿囬来擱在首飾匣内,必是香菱看見了拿來藥死奶奶的。若不信,你們看見首餙匣裡有没有了。」金桂的母親便依着寳蟾的所在取出匣子,只有幾支銀簮子。薛姨媽便說:「怎麼好些首餙都没有了?」寳釵呌人打開箱匱,俱是空的,便道:「嫂子這些東西被誰拿去,這可要問寳蟾。」金桂的母親心裡也虛了好些,見薛姨媽查問寳蟾,便說:「姑娘的東西他那裏知道。」周瑞家的道:「親家太太别這麽說呢。我知道寳姑娘是天天跟着大奶奶的,怎麽說不知!」這寳蟾見問得𦂳,又不好胡頼,只得說道:「奶奶自己每每帶囬家去,我𬋩得麽。」衆人便說:「好個親家太太!哄着拿姑娘的東西,哄完了呌他尋死來訛我們。好罷了,囬来相騐便是這麽說。」寳釵呌人:「到外頭告訴璉二爺說,别放了夏家的人。」
La mère de Jingui se trouvait désormais isolée ; elle dut suivre la femme de Zhou Rui jusqu’à la chambre de sa fille. Quand elle la vit étendue, toute raide sur le kang, le visage couvert de sang noir, elle se mit à hurler et à pleurer. En reconnaissant quelqu’un de la famille de sa maîtresse, Baochan cria entre ses sanglots : « Notre demoiselle avait accueilli Xiangling par bonté et lui avait permis de vivre auprès d’elle ; Xiangling a profité d’un moment d’inattention pour l’empoisonner ! » Tous les membres de la maison Xue étaient présents et la rabrouèrent d’une seule voix : « Mensonges ! Hier, la maîtresse est morte empoisonnée après avoir bu le bouillon. Or, n’est-ce pas toi qui l’avais préparé ? » Baochan répondit : « J’ai bien préparé le bouillon ; mais, après l’avoir apporté, je suis sortie pour une affaire. Je ne sais pas ce que Xiangling a pu y mettre en se levant pour empoisonner notre demoiselle. » Avant même qu’elle eût fini, la mère de Jingui se rua sur Xiangling, mais tout le monde l’arrêta. La tante Xue dit : « Cet état est celui que provoque l’arsenic, et il n’y en a certainement pas dans la maison. Que ce soit Xiangling ou Baochan, quelqu’un aura nécessairement acheté le poison pour elle. Le ministère des Châtiments finira par le découvrir lors de l’interrogatoire, et le coupable ne pourra se dérober. Pour le moment, étendez convenablement ma bru, afin que les magistrats puissent examiner le corps. » Les vieilles servantes s’avancèrent et l’allongèrent. Baochai dit : « Puisque ce sont des hommes qui vont entrer, vérifiez et rangez les objets à l’usage des femmes. » On trouva alors sous la literie du kang un petit paquet de papier froissé en boule. La mère de Jingui le ramassa et l’ouvrit ; comme il ne contenait plus rien, elle le jeta de côté.
En le voyant, Baochan s’écria : « Voilà justement une preuve ! Je reconnais ce paquet. Il y a quelques jours, comme les rats faisaient des ravages, la maîtresse est allée chez elle en demander à son frère. Elle l’a rapporté et l’a mis dans son coffret à bijoux. Xiangling a sûrement dû le voir, le prendre et empoisonner la maîtresse. Si vous ne me croyez pas, regardez s’il se trouve encore dans le coffret. » La mère de Jingui suivit ses indications et sortit le coffret, qui ne contenait que quelques épingles d’argent. La tante Xue demanda : « Comment se fait-il que tant de bijoux aient disparu ? » Baochai fit ouvrir les malles et les armoires : elles étaient toutes vides. Elle dit alors : « Qui a emporté toutes les affaires de ma belle-sœur ? C’est à Baochan qu’il faut le demander. » La mère de Jingui se sentit beaucoup moins assurée ; voyant la tante Xue interroger Baochan, elle dit : « Comment une servante saurait-elle où sont les affaires de sa maîtresse ? » La femme de Zhou Rui répliqua : « Ne dites pas cela, Madame. Je sais que Baochan suivait chaque jour la maîtresse aînée ; comment pourrait-elle l’ignorer ? » Pressée de questions et ne pouvant inventer d’accusation plausible, Baochan dut répondre : « La maîtresse emportait souvent elle-même ses affaires chez sa mère. Est-ce que je pouvais l’en empêcher ? » Tous s’écrièrent : « Quelle admirable belle-famille ! Vous lui avez soutiré ses biens, puis, quand il ne restait plus rien, vous l’avez poussée à mourir pour venir ensuite nous extorquer de l’argent ! Très bien : c’est ce que nous déclarerons tout à l’heure lors de l’examen. » Baochai ordonna : « Allez prévenir dehors le second maître Lian de ne pas laisser partir les Xia. »
裡面金桂的母親忙了手脚,便罵寳蟾道:「小蹄子别嚼舌頭了!姑娘幾時拿東西到我家去。」寳蟾道:「如今東西是小,給姑娘償命是大。」寳琴道:「有了東西就有償命的人了。快請璉二哥哥問準了夏家的兒子買砒霜的話,囬來好囬刑部裡的話。」金桂的母親着了急道:「這寳蟾必是撞見鬼了,渾說起來。我們姑娘何嘗買過砒霜。若這麽說,必是寳蟾藥死了的。」寳蟾急的亂嚷說:「别人頼我也罷了,怎麽你們也頼起我來呢!你們不是常和姑娘說,呌他别受委屈,閙得他們家破人亡,那時將東西捲包兒一走,再配一個好姑爺。這個話是有的没有?」金桂的母親還未及答言,周瑞家的便接口說道:「這是你們家的人說的,還頼什麽呢。」金桂的母親恨的唆牙切齒的罵寳蟾說:「我待你不錯呀,爲什麽你倒拿話来𦵏送我呢!囬来見了官,我就說是你藥死姑娘的。」寳蟾氣得瞪着眼說:「請太太放了香菱罷,不犯着白害别人。我見官自有我的話。」
À l’intérieur, la mère de Jingui perdit contenance et injuria Baochan : « Petite garce, cesse de raconter des sottises ! Quand notre demoiselle aurait-elle apporté des affaires chez moi ? » Baochan répondit : « Les affaires sont peu de chose ; trouver qui doit payer de sa vie la mort de notre demoiselle est autrement important. » Baoqin dit : « Si l’on retrouve les affaires, on retrouvera aussi celui qui doit répondre de sa mort. Faites vite venir le second frère Lian : qu’il obtienne du fils des Xia l’aveu qu’il a acheté l’arsenic, afin de pouvoir en rendre compte au ministère des Châtiments. » Affolée, la mère de Jingui s’écria : « Baochan doit être possédée par un fantôme pour divaguer ainsi ! Notre demoiselle n’a jamais acheté d’arsenic. Si vous parlez de cette façon, c’est sûrement Baochan qui l’a empoisonnée. » Baochan hurla de désespoir : « Que les autres m’accusent, passe encore ; mais comment pouvez-vous m’accuser, vous aussi ? Ne répétiez-vous pas à notre demoiselle de ne pas se laisser maltraiter, de semer le désastre dans leur famille et, une fois leur maison ruinée et ses biens rassemblés en un ballot, de partir pour épouser un meilleur mari ? Avez-vous tenu ces propos, oui ou non ? » Avant que la mère de Jingui eût répondu, la femme de Zhou Rui intervint : « C’est quelqu’un de votre propre maison qui le dit ; comment pourriez-vous encore le nier ? » La mère de Jingui grinça des dents et lança à Baochan : « Je t’ai pourtant bien traitée ! Pourquoi viens-tu maintenant prononcer des paroles qui causeront ma perte ? Quand nous serons devant le magistrat, je dirai que c’est toi qui as empoisonné notre demoiselle. » Furieuse, Baochan ouvrit de grands yeux : « Madame, faites relâcher Xiangling ; inutile de faire souffrir une innocente. Devant le magistrat, je saurai quoi dire. »
寳釵聼出這個話頭兒來了,便呌人反倒放開了寳蟾,說:「你原是個爽快人,何苦白𡨚在裡頭。你有話索性說了,大家明白,豈不完了事了呢。」寶蟾也怕見官受苦,便說:「我們奶奶天天抱怨說:『我這様人,爲什麽碰着這個瞎眼的娘,不配給二爺,偏給了這麽個混賬糊𡍼行子。要是能彀同二爺過一天,死了也是願意的。』說到那裡,便恨香菱。我起初不理會,後來看見與香菱好了,我知道是香菱教他什麽子,不承望昨兒的湯不是好意。」金桂的母親接說道:「益發胡說了,若是要藥香菱,爲什麼倒藥了自己呢?」寳釵便問道:「香菱,昨日你喝湯来着没有?」香菱道:「頭幾天我病得抬不起頭來,奶奶呌我喝湯,我不敢說不喝,剛要扎挣起來,那碗湯已經洒了,倒呌奶奶𭣣拾了個難,我心裡狠過不去。昨兒聼見呌我喝湯,我喝不下去,没有法兒正要喝的時候兒呢,偏又頭暈起来。只見寳蟾姐姐端了去。我正喜歡,剛合上眼,奶奶自己喝著湯,呌我嚐嚐,我便勉强也喝了。」
Baochai comprit où ces paroles menaient. Elle ordonna donc, au contraire, qu’on détachât Baochan et lui dit : « Tu as toujours été franche ; pourquoi demeurer injustement compromise dans cette affaire ? Dis tout ce que tu sais, afin que chacun comprenne : tout ne sera-t-il pas alors réglé ? » Baochan, qui redoutait elle aussi les souffrances d’un interrogatoire, déclara : « Notre maîtresse se plaignait chaque jour : “Comment une femme comme moi a-t-elle pu tomber sur une mère aveugle ? Au lieu de me donner au second maître, elle m’a mariée à ce vaurien d’imbécile. Si je pouvais vivre ne serait-ce qu’un jour avec le second maître, je mourrais volontiers ensuite.” Quand elle disait cela, elle se mettait à haïr Xiangling. Au début, je n’y ai pas prêté attention. Plus tard, quand je l’ai vue se rapprocher de Xiangling, j’ai compris que celle-ci lui avait suggéré quelque chose. Je ne m’attendais pas à ce que le bouillon d’hier cachât de mauvaises intentions. » La mère de Jingui intervint : « Tu déraisonnes de plus en plus ! Si elle voulait empoisonner Xiangling, pourquoi s’est-elle empoisonnée elle-même ? » Baochai demanda alors : « Xiangling, as-tu bu du bouillon hier ? » Xiangling répondit : « Il y a quelques jours, j’étais si malade que je ne pouvais lever la tête. La maîtresse m’a ordonné de boire du bouillon ; je n’osais pas refuser. Au moment où je tentais de me redresser, le bol s’est renversé. La maîtresse a dû se donner la peine de tout nettoyer, ce qui m’a fait beaucoup de peine. Hier, quand je l’ai de nouveau entendue m’ordonner d’en boire, je n’en avais pas la force ; mais, faute de pouvoir refuser, j’allais tout de même essayer lorsque la tête m’a soudain tourné. J’ai vu grande sœur Baochan emporter les bols et je m’en suis réjouie. À peine avais-je fermé les yeux que la maîtresse, qui buvait elle-même son bouillon, m’a dit d’y goûter. Alors je me suis forcée à en boire un peu. »
寳蟾不待說完,便道:「是了,我老寔說罷。昨兒奶奶呌我做兩碗湯,說是和香菱同喝。我氣不過,心裡想著香菱那裡配我做湯給他喝呢。我故意的一碗裡頭多㧓了一把𥂁,記了暗記兒,原想給香菱喝的。剛端進來,奶奶却攔著我咧外頭呌小子們僱車,說今日囬家去。我在去說了,囬来見鹽多的這碗湯在奶奶跟前呢,我恐怕奶奶喝著鹹,又要罵我。正没法的時候,奶奶往後頭走動,我眼錯不見就把香菱這碗湯換了過來。也是合該如此,奶奶囬來就拿了湯去到香菱床邊喝著,說:『你到底嚐嚐。』那香菱也不覺鹹。兩個人都喝完了。我正笑香菱没嘴道兒,那裡知道這死鬼奶奶要藥香菱,必定趂我不在將砒霜撒上了,也不知道我換碗,這可就是天理昭彰,自害自身了。」于是衆人往前後一想,眞正一𢇁不錯,便將香菱也放了,扶着他仍舊睡在床上。
Sans lui laisser le temps d’achever, Baochan s’écria : « Voilà ! Je vais dire toute la vérité. Hier, la maîtresse m’a ordonné de préparer deux bols de bouillon, disant qu’elle voulait boire avec Xiangling. Cela m’a révoltée : je me demandais comment Xiangling pouvait prétendre que je lui prépare moi-même du bouillon. J’ai donc mis exprès une grosse poignée de sel supplémentaire dans l’un des bols, afin de le reconnaître, avec l’intention de le donner à Xiangling. Dès que j’ai apporté les bols, la maîtresse m’a arrêtée et m’a envoyée dehors dire aux garçons de louer une voiture, car elle voulait rentrer aujourd’hui chez sa mère. J’ai transmis l’ordre puis suis revenue. J’ai alors vu le bol le plus salé placé devant la maîtresse. J’ai eu peur qu’en le trouvant trop salé elle ne m’injurie encore. Je ne savais que faire ; mais elle est allée un instant derrière la maison et, profitant de ce qu’elle ne me regardait pas, j’ai échangé ce bol contre celui de Xiangling. Il fallait sans doute que les choses se passent ainsi : à son retour, la maîtresse a pris le bouillon, s’est approchée du lit de Xiangling en buvant et lui a dit : “Goûtes-en donc.” Xiangling ne l’a même pas trouvé salé. Elles ont toutes deux fini le bol. Je riais encore de voir que Xiangling n’avait aucun palais. Comment aurais-je pu savoir que cette maudite défunte voulait empoisonner Xiangling ? Pendant mon absence, elle avait sûrement versé de l’arsenic dans son bol, sans savoir que je les échangerais. Voilà bien la justice du Ciel manifestée : elle s’est fait à elle-même le mal qu’elle destinait à une autre. » Tous reprirent alors le fil des événements depuis le début : chaque détail concordait parfaitement. On délivra Xiangling et on l’aida à se recoucher.
不說香菱得放,且說金桂的母親心虛事寔,還想辨賴。薛姨媽等你言我語,反要他兒子償還金桂之命。正然吵嚷,賈璉在外嚷說:「不用多說了,快收拾停當,刑陪的老爺就到了。」此時惟有夏家母子着忙,想来總要吃𧇊的,不得已反求薛姨媽道:「千不是萬不是,終是我死的女孩兒不長進,這也是也自作自受。若是刑部相騐,到底府上臉面不好看。求親家太太息了這件事罷。」寳釵道:「那可使不得,已經報了,怎麽能歇呢。」周瑞家的等人大家做好做歹的勸說:「若要息事,除非夏親家太太自己出去攔騐,我們不提長短罷了。」賈璉在外也將他兒子嚇住,他情愿迎到刑部具結攔騐,衆人依允。薛姨媽命人買棺成殮。不題。
Laissons Xiangling rendue à la liberté. La mère de Jingui, qui se savait coupable et connaissait la vérité, cherchait encore à nier. Mais la tante Xue et les autres, parlant toutes à la fois, exigeaient désormais que son fils répondît de la mort de Jingui. Elles se querellaient ainsi lorsque Jia Lian cria du dehors : « Inutile d’en dire davantage ! Finissez vite de tout préparer : les magistrats du ministère des Châtiments arrivent. » Seuls la mère et le fils Xia furent alors saisis de panique. Comprenant qu’ils auraient nécessairement le dessous, ils durent se tourner vers la tante Xue et la supplier : « Nous avons eu tort de mille et dix mille façons. Après tout, c’est notre défunte fille qui s’est mal conduite ; elle ne récolte que ce qu’elle a semé. Mais si le ministère des Châtiments examine le corps, cela nuira à la réputation de votre maison. Nous vous supplions, ma chère parente, d’étouffer cette affaire. » Baochai répondit : « C’est impossible. Les autorités sont déjà prévenues ; comment les arrêter maintenant ? » La femme de Zhou Rui et les autres tentèrent de concilier les parties : « Si vous voulez étouffer l’affaire, il n’y a qu’un moyen : Madame Xia devra elle-même sortir pour s’opposer à l’examen du corps, et nous renoncerons à discuter les torts de chacun. » Dehors, Jia Lian avait lui aussi intimidé le fils. Celui-ci consentit à aller au-devant des gens du ministère et à signer une déclaration par laquelle il renonçait à l’examen. Tous acceptèrent. La tante Xue ordonna d’acheter un cercueil et de procéder à la mise en bière. Nous n’en dirons pas davantage.
且說賈雨村陞了京兆府尹兼𬋩稅務,一日出都查勘開墾地畝,路過知機縣,到了急流津。正要渡過彼岸,因待人夫,暫且停轎。只見村傍有一座小廟,墻壁坍頺,露出幾株古松,倒也蒼老。雨村下轎,閒歩進廟,但見廟内神像金身脫落,殿宇歪斜,傍有斷碣,字蹟糢糊,也看不明白。意欲行至後殿,只見一株翠栢下蔭着一間茅廬,廬中有一個道士合眼打坐。雨村走近看時,面貌甚熟,想着倒像在那裡見來的,一時再想不出來。從人便欲䶸喝。雨村止住,徐歩向前呌一聲:「老道。」那道士雙眼微啟,㣲微的笑道:「貴官何事?」雨村便道:「本府出都查勘事件,路過此地,見老道静修自得,想來道行深通,意欲冐昧請教。」那道人說:「來自有地,去自有方。」雨村知是有些来歴的,便長揖請問:「道老從何處修來,在此結廬?此廟何名?廟中共有幾人?或欲真修,豈無名山。或欲廬緣,何不通衢?」那道人道:「葫蘆尙可安身,何必名山結舍。廟名久隱,㫁碣猶存。形影相隨,何須修募。豈似那『玉在匱中求售價,釵于匣内待時飛』之輩耶!」
Jia Yucun avait été promu gouverneur de la préfecture de la Capitale, avec la charge supplémentaire des impôts. Un jour, il sortit de la capitale afin d’inspecter des terres mises en culture. Passant par le district de la Connaissance des signes, il arriva au gué du Torrent impétueux. Il s’apprêtait à gagner l’autre rive mais, comme il fallait attendre les porteurs, il fit poser provisoirement sa chaise. Il aperçut près du village un petit temple dont les murs s’écroulaient ; quelques vieux pins dépassaient des ruines et avaient une allure assez vénérable. Yucun descendit de sa chaise et entra nonchalamment dans le temple. La dorure des statues divines s’écaillait, les bâtiments penchaient, et une stèle brisée se dressait sur le côté ; ses caractères étaient si effacés qu’on ne pouvait les déchiffrer. Il voulut se rendre dans la salle du fond, mais vit sous l’ombre d’un cyprès verdoyant une chaumière où un taoïste méditait, les yeux fermés. Yucun s’approcha et examina son visage, qui lui semblait très familier. Il avait l’impression de l’avoir déjà vu quelque part, mais ne parvenait pas à se rappeler où. Ses gens allaient rabrouer le taoïste ; Yucun les arrêta, s’avança lentement et appela : « Vénérable taoïste ! » L’homme entrouvrit les yeux et demanda avec un léger sourire : « Que désire Votre Excellence ? » Yucun répondit : « Je suis sorti de la capitale pour une inspection. Passant par ici, je vous ai vu goûter dans la retraite la sérénité de votre pratique. Votre maîtrise de la Voie doit être profonde ; j’aimerais donc avoir l’audace de vous demander conseil. » Le taoïste répondit : « Celui qui vient a son lieu d’origine ; celui qui part a sa destination. » Comprenant que cet homme n’était pas sans histoire, Yucun lui fit une profonde révérence et demanda : « Où le vénérable maître a-t-il cultivé la Voie avant de bâtir cette cabane ? Quel est le nom de ce temple ? Combien de personnes y vivent ? Si vous recherchez l’accomplissement véritable, ne se trouve-t-il donc aucune montagne illustre ? Si vous désirez recueillir des aumônes, pourquoi ne pas vous établir sur une route fréquentée ? » Le taoïste répondit : « Une calebasse suffit encore à abriter le corps ; à quoi bon bâtir une demeure sur une montagne illustre ? Le nom du temple est caché depuis longtemps, mais la stèle brisée subsiste. Ma forme et mon ombre s’accompagnent : à quoi bon quêter pour restaurer les lieux ? Serais-je donc de ceux dont on dit : “Le jade dans son écrin cherche le prix auquel se vendre ; l’épingle dans sa boîte attend l’heure de prendre son vol” ? »
雨村原是個頴悟人,初聼見「葫蘆」兩字,後聞「寳釵」一對,忽然想起甄隱士的事來。重復將那道土端詳一囘,見他容貌依然,便屏退從人,問道:「君家莫非甄老先生麽?」那道人從從笑道:「什麽真,什麽假!要知道眞卽是假,假卽是真。」雨村聼說出賈字来,益𤼵無疑,便從新施禮道:「學生自𫎇慨贈到都,托庇獲雋公車,受任貴鄉,始知老先生超悟塵凡,飄舉仙境。學生雖溯洄思切,自念風塵俗吏,未由再覲仙顔。今何幸于此處相遇,求老仙翁指示愚𫎇。倘荷不𣓪,京寓甚近,學生當得供奉,得以朝夕聆教。」那道人也站起來囬禮道:「我于蒲團之外,不知天地間尙有何物。適纔尊官所言,貧道一㮣不解。」說𭺾,依舊坐下。雨村復又心疑:「想去若非士隱,何貌言相似若此?離别來十九載,靣色如舊,必是修煉有成,未肯將前身說破。但我旣遇恩公,又不可當面錯過。看來不能以富貴動之,那妻女之私更不必說了。」想罷又道:「仙師旣不肯說破前因,弟子于心何忍!」正要下禮,只見從人進來,禀說天色將晚,快請渡河。雨村正無主意,那道人道:「請尊官速登彼岸,見面有期,遲則風浪頓起。果𫎇不𣓪,貧道他日尚在渡頭候教。」說𭺾,仍合眼打坐。雨村無奈,只得辭了道人出廟。正要渡過,只見一人飛奔而來。未知何事,下囬分解。
Yucun avait l’esprit pénétrant. Ayant d’abord entendu le mot « calebasse », puis le couple formé par le jade et l’épingle, il se souvint soudain de l’ermite Zhen Shiyin. Il examina de nouveau attentivement le taoïste et vit que son visage n’avait pas changé. Il fit donc retirer sa suite et demanda : « Ne seriez-vous pas le vénérable monsieur Zhen ? » Le taoïste sourit paisiblement : « Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? Sachez que le vrai est précisément le faux, et que le faux est précisément le vrai. » En entendant prononcer le mot « faux », homophone du nom Jia, Yucun ne douta plus. Il salua de nouveau et dit : « Lorsque vous m’avez généreusement offert les moyens de gagner la capitale, votre élève a pu, grâce à votre protection, réussir aux examens impériaux, puis être nommé dans votre district. J’ai appris alors, vénérable maître, que vous aviez transcendé le monde poussiéreux et vous étiez élevé vers le séjour des immortels. Malgré mon ardent désir de remonter jusqu’à vous, je songeais que je n’étais qu’un fonctionnaire vulgaire plongé dans la poussière du siècle, sans aucun moyen de contempler de nouveau votre visage immortel. Quel bonheur de vous rencontrer aujourd’hui en ce lieu ! Je supplie le vénérable immortel d’éclairer mon ignorance. Si vous ne me jugez pas indigne, ma résidence de la capitale est toute proche : je pourrai vous y servir et recevoir matin et soir votre enseignement. » Le taoïste se leva à son tour pour lui rendre son salut : « Hors de mon coussin de méditation, je ne sais même pas ce qui existe encore entre Ciel et Terre. Je n’ai rien compris à tout ce que Votre Excellence vient de dire. » Sur ces mots, il se rassit comme auparavant.
Yucun se remit à douter : « Si ce n’est pas Zhen Shiyin, comment son visage et ses paroles pourraient-ils tant lui ressembler ? Dix-neuf ans se sont écoulés depuis notre séparation et ses traits sont demeurés les mêmes : il doit avoir mené sa pratique à son accomplissement et refuse seulement de dévoiler son ancienne identité. Mais puisque j’ai rencontré mon bienfaiteur, je ne peux le laisser échapper sous mes yeux. Il est clair que richesses et honneurs ne sauraient l’émouvoir ; inutile à plus forte raison de lui parler de sa femme et de sa fille. » Après ces réflexions, il reprit : « Puisque le maître immortel refuse de révéler les causes antérieures, comment votre disciple pourrait-il le supporter ? » Il allait s’incliner jusqu’à terre lorsqu’un homme de sa suite entra et annonça que le soir approchait, le priant de traverser rapidement le fleuve. Yucun ne savait quel parti prendre. Le taoïste lui dit : « Que Votre Excellence gagne vite l’autre rive. Nous nous reverrons en temps voulu ; si vous tardez, le vent et les vagues se lèveront soudain. Si vous ne me jugez pas indigne, je vous attendrai quelque autre jour encore à ce gué pour recevoir vos enseignements. » Ayant parlé, il referma les yeux et reprit sa méditation. Yucun, impuissant, dut prendre congé du taoïste et sortir du temple. Il allait traverser lorsqu’un homme accourut à toutes jambes. Pour savoir de quoi il s’agissait, lisez la suite au prochain chapitre.
Notes
金桂 — Dans le titre, 自焚身 signifie littéralement « brûler son propre corps » ; ici, l’expression désigne la ruine que Jingui provoque elle-même par son projet d’empoisonnement.
英蓮/香菱 — Xiangling est Yinglian, l’enfant de Zhen Shiyin enlevée au début du roman, bien que ce chapitre ne le rappelle pas.
知機縣/急流津 — Ces lieux fictifs signifient littéralement « district de la Connaissance des signes » et « gué du Torrent impétueux » ; leurs noms annoncent une occasion de comprendre et le passage périlleux vers l’autre rive.
葫蘆 — La « calebasse » rappelle le temple de la Calebasse auprès duquel vivait Zhen Shiyin au début du roman.
甄士隱 — Le nom Zhen Shiyin s’entend comme 真事隱, « les faits vrais sont cachés ».
賈雨村 — Le nom Jia Yucun s’entend comme 假語存, « les propos feints sont conservés » ; le patronyme 賈 est en outre homophone de 假, « faux ».
玉在匱中求售價,釵于匣内待時飛 — Ce distique reprend celui que Jia Yucun récitait au début du roman. 價, « prix », évoque 賈, son patronyme, et 時飛, « prendre son vol au moment venu », est son nom social ; le jade et l’épingle peuvent aussi évoquer Baoyu et Baochai.