Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 9 L’indigne fils morigéné, Li Gui reçoit de sévères injonctions ; le turbulent Mingyan, pris de colère, met l’école en tumulte
訓劣子李貴承申飭 嗔頑童茗烟閙書房
L’indigne fils morigéné, Li Gui reçoit de sévères injonctions
le turbulent Mingyan, pris de colère, met l’école en tumulte
話說秦業父子專候賈家的人來送上學之信。原來寶玉急于要和秦鍾相遇,遂擇了後日一定上學,打發人送了信。至日一早,寶玉起來時,襲人早已把書筆文物收拾停妥,坐在床沿上發悶,見寶玉來,只得伏侍他梳洗。寶玉見他悶悶的,因問道:「好姐姐,你怎麼又不自在了?難道怪我上學去,丢的你們冷淸了不成?」襲人笑道:「這是那裡的話。讀書是極好的事,不然就潦倒了一軰子,終久怎麽樣呢。但只一件:只是念書的時節想着書,不念的時節想着家。終别和他們一處頑閙,碰見老爺不是頑的。雖說是奮志要强,那工課寧可少些,一則貪多嚼不爛,二則身子也要保重。這就是我的意思,你可時時體諒。」襲人說一句,寶玉應一句。襲人又道:「大毛衣服我也包好了,交給小子們去了。學裡冷,好歹想着添換,比不得家裡有人照顧。脚爐手爐也交出去的了,你你可逼着他們。那一起懶賊,你不說,他們樂得不動,白凍壞了你。」寶玉道:「你放心,我出外頭,自己都會調停的。你們也可别悶𭮀在這屋裡,長和林妹妹一處去頑耍纔好。」說着俱已穿戴齊備,襲人催他去見賈母、賈政、王夫人等。寶玉又嘱咐了晴雯麝月幾句,方出來見賈母。賈母也未免有幾句囑咐的話。然後去見王夫人,又出來到書房中見賈政。
Or Qin Ye et son fils attendaient tout spécialement que les Jia leur fassent savoir la date de la rentrée. Comme Baoyu brûlait de retrouver Qin Zhong, il arrêta qu’ils commenceraient les cours deux jours plus tard et envoya quelqu’un les en avertir. Le jour venu, de bon matin, lorsque Baoyu se leva, Xiren avait déjà préparé ses livres, ses pinceaux et toutes ses fournitures ; assise au bord du lit, elle ruminait son chagrin. En le voyant arriver, elle dut cependant l’aider à se coiffer et à faire sa toilette. La trouvant morose, Baoyu lui demanda : « Ma bonne sœur, pourquoi es-tu encore contrariée ? M’en voudrais-tu d’aller à l’école et de vous laisser seules à vous ennuyer ? » Xiren sourit : « Comment pouvez-vous dire cela ? Étudier est une excellente chose ; sans cela, vous végéteriez toute votre vie, et où cela vous mènerait-il finalement ? Seulement, souvenez-vous d’une chose : pendant les leçons, pensez à vos livres ; quand vous n’étudiez pas, pensez à la maison. Surtout, ne vous dissipez pas avec les autres : si vous tombez sur votre père, ce ne sera pas une plaisanterie. Vous avez beau vouloir vous distinguer par vos efforts, mieux vaut en faire un peu moins : d’abord, qui embrasse trop mal étreint ; ensuite, il vous faut aussi ménager votre santé. Voilà tout ce que je veux dire ; tâchez de vous en souvenir à tout moment. » À chaque phrase de Xiren, Baoyu répondait qu’il le ferait.
Xiren poursuivit : « J’ai aussi empaqueté vos vêtements fourrés et les ai confiés aux garçons. Il fait froid à l’école ; pensez bien à ajouter ou à changer un vêtement. Ce ne sera pas comme ici, où quelqu’un veille sur vous. J’ai également fait emporter le chauffe-pieds et le chauffe-mains ; il faudra presser ces garçons. Cette bande de fainéants ne demande qu’à ne rien faire si vous ne dites rien, et vous laisserait geler pour rien. » Baoyu répondit : « Ne t’inquiète pas. Quand je suis dehors, je sais fort bien me débrouiller. Et vous autres, ne restez pas enfermées ici à mourir d’ennui ; allez souvent vous divertir avec petite sœur Lin. » Ils achevèrent de l’habiller pendant qu’il parlait. Xiren le pressa d’aller prendre congé de l’aïeule Jia, de Jia Zheng, de Madame Wang et des autres. Après avoir encore donné quelques recommandations à Qingwen et Sheyue, Baoyu sortit se présenter devant l’aïeule Jia, qui ne manqua pas, elle non plus, de lui adresser quelques conseils. Il alla ensuite voir Madame Wang, puis gagna le cabinet de travail de Jia Zheng.
偏生這日政囘家早,正在書房中與相公淸客們閒話,急見寳玉進來請安,囘說上學裡去,賈政冷笑道:「你如提果再『上學』兩個字,連我也羞𭮀了。依我的話,你竟頑你的去是正經。仔細站𩪝了我這地,靠𩪝了我這門!」衆淸客相公們都起身笑道:「老世翁何必如此。今日世兄一去,二三年就可顯身成名的了,斷不似往年仍作小兒之態的。天也將飯時,世兄竟快請罷。」說便有兩個年老的擕了寳玉出去。
Par hasard, Jia Zheng était rentré tôt ce jour-là et devisait dans son cabinet avec ses lettrés et ses hôtes. Voyant soudain Baoyu entrer pour le saluer et lui annoncer qu’il partait à l’école, il ricana : « Si tu oses encore prononcer les deux mots “aller étudier”, j’en aurai honte moi-même. À mon avis, tu ferais bien mieux d’aller jouer. Et prends garde de souiller le sol où tu te tiens et la porte contre laquelle tu t’appuies ! » Tous les lettrés présents se levèrent en souriant : « Pourquoi notre vénérable ami parle-t-il ainsi ? Dès aujourd’hui que le jeune maître reprend ses études, deux ou trois ans lui suffiront pour se distinguer et se faire un nom ; assurément, il ne se conduira plus en enfant comme autrefois. Il sera bientôt l’heure du repas : que le jeune maître se mette vite en route. » Sur ce, deux des plus âgés prirent Baoyu par la main et l’emmenèrent dehors.
賈政因問:「跟寳玉的是誰?」只𦗟見外面答應了一聲,早進來三四個大漢,打千兒請安。賈政看時,認得寶玉奶姆之子,名喚李貴的,因向他道:「你們成日家跟他上學,他到底念了些什麽書!倒念了些流言混語在肚子裡,學了些精緻的淘氣。等我閒一閒,先揭了你的皮,再和那不長進的筭賬!」嚇的李貴忙雙𰯌跪下,摘了㡌子碰頭,連連答應「是」,又囘說:「哥兒已念到第三本《詩經》,什麽『攸攸鹿鳴,荷葉浮萍』,小的不敢撒謊。」說的滿座閧然大笑起來,賈政也掌不住笑了。因說道:「那怕再念三十本《詩經》,也都是掩耳盜鈐,哄人而已。你去請學裡太爺的安,就道我說的:什麽《詩經》、古文,一槩不用虛應故事,只是先把《四書》一齊講明背熟,是最要𦂳的。」李貴忙答應「是」,見賈政無話,方退出去。此時寳玉獨站在院外,屏聲靜候,待他們出來便同走了。李貴等一面擔衣服,一面說道:「哥兒可𦗟見了不曾?先要揭我們的皮呢!人家的奴才跟主子賺些好體面,我們這些奴才白陪着挨打受罵的。從此也可怜見些纔好。」寳玉笑道:「好哥哥,你别委屈,我明兒請你。」李貴道:「小祖宗,誰敢望『請』,只求𦗟一兩句話就有了。」
Jia Zheng demanda alors : « Qui accompagne Baoyu ? » À peine eut-on répondu du dehors que trois ou quatre solides gaillards entrèrent et le saluèrent d’une génuflexion. Jia Zheng reconnut parmi eux Li Gui, fils de la nourrice de Baoyu, et lui dit : « Vous le suivez tous les jours à l’école : mais enfin, quels livres a-t-il étudiés ? Il s’est plutôt rempli le ventre de propos absurdes et a appris toutes sortes de raffinements dans l’espièglerie. Dès que j’aurai un moment, je commencerai par t’arracher la peau, puis je réglerai son compte à ce bon à rien ! » Terrifié, Li Gui tomba à genoux, ôta son bonnet et se prosterna en répétant : « Oui, monsieur. » Puis il déclara : « Le jeune maître en est déjà au troisième volume du Classique des vers : quelque chose comme “You-you brame le cerf, feuilles de lotus et lentilles d’eau”. Votre serviteur n’oserait mentir. » Toute l’assistance éclata de rire, et Jia Zheng lui-même ne put garder son sérieux.
Il reprit : « Quand bien même il lirait encore trente volumes du Classique des vers, ce ne serait toujours que se boucher les oreilles pour voler une cloche : une simple comédie destinée à tromper les gens. Va présenter mes respects au vénérable maître de l’école et rapporte-lui mes paroles : qu’on cesse de faire semblant d’enseigner le Classique des vers et les textes anciens ; l’essentiel est d’abord de lui expliquer clairement les Quatre Livres et de les lui faire réciter sans faute. » Li Gui répondit vivement : « Oui, monsieur. » Voyant que Jia Zheng n’avait plus rien à ajouter, il se retira.
Baoyu attendait seul dans la cour, silencieux et immobile. Lorsque ses gens sortirent, il se mit en route avec eux. Tout en portant ses vêtements, Li Gui et les autres lui dirent : « Jeune maître, avez-vous entendu ? Il veut commencer par nous arracher la peau ! Chez les autres, les domestiques gagnent quelque honneur en servant leur maître ; nous, nous ne récoltons que coups et injures. À l’avenir, ayez donc un peu pitié de nous. » Baoyu sourit : « Mon bon frère, ne te plains pas ; demain, je t’inviterai. » Li Gui répondit : « Petit ancêtre, qui oserait espérer une invitation ? Nous demandons seulement que vous écoutiez une ou deux paroles. »
說着又至賈母這邊,秦鍾早已來了,賈母正和他說話呢。於是二人見過,辭了賈母。寶玉忽想起來未辭黛玉,又忙至黛玉房中來作辭。彼時黛玉在窗下對鏡理粧,𦗟寶玉說上學去,因笑道:「好,這一去,可是要『蟾宮折桂』了!我不能送你了。」寳玉道:「好妹妹,等我下學再吃晚飯。那胭𮌖膏子也等我來再製。」勞叨了半日,方抽身去了。黛玉忙又呌住問道:「你怎麽不去辭辭你寶姐姐來?」寳玉笑而不答,一徑同秦鍾上學去了。
Ils repassèrent ensuite chez l’aïeule Jia. Qin Zhong était déjà arrivé et s’entretenait avec elle. Les deux garçons se saluèrent, puis prirent congé de l’aïeule. Baoyu se souvint tout à coup qu’il n’avait pas dit au revoir à Daiyu et se hâta de gagner sa chambre. Daiyu était alors devant la fenêtre, occupée à se parer face au miroir. En apprenant qu’il partait étudier, elle sourit : « Très bien ! Cette fois, vous allez donc cueillir une branche de cannelier dans le palais de la Lune ! Je ne pourrai pas vous accompagner. » Baoyu répondit : « Ma bonne petite sœur, attends mon retour des cours pour prendre le repas du soir. Et ne préparons la pâte de rouge qu’une fois que je serai revenu. » Il bavarda encore un long moment avant de réussir à s’arracher de là. Daiyu le rappela aussitôt pour lui demander : « Pourquoi n’allez-vous pas aussi faire vos adieux à votre grande sœur Bao ? » Baoyu sourit sans répondre et partit droit à l’école avec Qin Zhong.
原來這義學也離家不遠,原係當日始祖所立,恐族中子弟有力不能延師者,卽入此中讀書。凡族中爲官者,皆有帮𦔳銀兩,以爲學中膏火之費。舉年高有德之人爲塾師。如今秦寶二人來了,一一的都互相拜見過,讀起書來。自此後,二人同來同往,同起同坐,愈加親宻。兼賈母受惜,也常留下秦鍾,一住三五天,自己重孫一般看待。因見秦鍾家中不甚寛裕,又𦔳些衣服等物。不上一兩月工夫,秦鍾在榮府裡便慣熟了。寶玉終是個不能安分守理的人,一味的隨心所欲,因此發了癖性,又向秦鍾悄說:「偺們兩個人,一樣的年紀,况又同𥦗,以後不必論叔侄,只論兄弟朋友就是了。」先是秦鍾不敢當,寳玉不從,只呌他「兄弟」,或呌他的表字「鯨卿」,也只得混着亂呌起來。
Cette école gratuite du clan n’était pas très éloignée de la demeure. Elle avait été fondée jadis par l’ancêtre de la lignée, afin que les enfants du clan dont les familles n’avaient pas les moyens d’engager un précepteur puissent venir y étudier. Tous les membres du clan qui occupaient une charge publique contribuaient en argent aux frais de l’école, et l’on choisissait pour maître un homme âgé et vertueux. Qin Zhong et Baoyu, une fois arrivés, échangèrent les salutations d’usage avec chacun, puis se mirent à étudier.
Dès lors, ils vinrent et repartirent ensemble, se levèrent et s’assirent ensemble, et devinrent de plus en plus intimes. Comme l’aïeule Jia s’était prise d’affection pour Qin Zhong, elle le gardait souvent auprès d’elle trois ou cinq jours de suite et le traitait comme son propre arrière-petit-fils. Voyant que sa famille n’était guère à son aise, elle lui fit aussi don de vêtements et d’autres objets. En un mois ou deux à peine, Qin Zhong fut parfaitement chez lui au palais Rong.
Mais Baoyu était par nature incapable de se tenir tranquille et de respecter les convenances ; il n’en faisait qu’à sa tête. Pris d’une nouvelle lubie, il glissa un jour à Qin Zhong : « Nous avons le même âge et sommes en outre condisciples. Désormais, ne parlons plus de rangs d’oncle et de neveu : considérons-nous simplement comme frères et amis. » Au début, Qin Zhong n’osa l’accepter ; mais Baoyu ne céda pas et l’appela seulement « mon frère », ou bien usa de son nom de courtoisie, Jingqing. Qin Zhong dut donc, lui aussi, se mettre à l’appeler familièrement sans tenir compte des rangs.
原來這學中雖多是本族子弟與些親戚家的子姪,俗語說的好,「一龍九種,種種各别」,未免人多了就有龍蛇混雜,下流人物在内。自秦寶二人來了,都生的花朶兒一般的模樣,又見秦鍾腼腆温柔,未語先紅,怯怯羞羞,有女兒之風。寶玉又是天生成慣能作小服低,賠身下氣,性情體貼,話語纏綿。因此二人又這般親厚,也怨不得那起同窗人起了嫌疑之念,背地裡你言我語,詬誶謠諑,佈滿書房内外。
Bien que l’école comptât surtout des enfants du clan et de jeunes parents de ses diverses branches, le proverbe dit fort justement : « Un dragon engendre neuf petits, et chacun est différent. » Dès qu’un groupe est nombreux, dragons et serpents ne peuvent manquer de s’y mêler, et quelques individus vulgaires s’y trouvaient donc aussi. Depuis l’arrivée de Qin Zhong et de Baoyu, tous deux beaux comme des fleurs, on avait remarqué que Qin Zhong était réservé et doux, rougissait avant même de parler, et montrait dans sa timidité une grâce de jeune fille. Quant à Baoyu, il savait naturellement s’effacer, se faire humble et prendre mille précautions ; il était attentif aux sentiments d’autrui et parlait avec une tendresse insinuante. Dès lors que les deux garçons étaient si intimes, comment s’étonner que certains de leurs condisciples aient conçu des soupçons ? De bouche en bouche, médisances et calomnies se répandirent en secret dans toute l’école et jusque devant ses portes.
原來薛蟠自來王夫人處住後,便知有一家學,學中廣有靑年子弟,偶動了「龍陽」之與,因此也假說了來上學,不過是「三日打魚,兩日晒網」,白送些束修禮物與賈代儒,却不曾有一些進益,只圖結交些契弟。誰想這學内的小學生,圖了薛蟠的銀錢穿吃,被他哄上手的,也不消多記。又有兩個多情的小學生,亦不知是那一房的親眷,亦未考眞姓名,只因生得娬媚風流,滿學中都送了兩個外號,一呌「香憐」,一呌「玉愛」。雖係都有竊慕之意,「將不利于孺子」之心,只是都懼薛蟠的威𫝑,不敢來沾惹。如今秦寳二人一來了,見了他兩個,亦不免繾綣羡愛,亦皆知係薛蟠相知,故未敢輕舉妄動。香玉二人心中,一般的留情與秦寶。因此四人心中雖有情意,只未發迹。每日一入學中,四處各坐,却八目勾留,或設言托意,或咏桑寓柳,遙以心照,𨚫外面自爲避人眼目。不料偏又有幾個滑賊看出形景來,都背後擠眉弄眼,或咳𠻳楊聲。這也非止一日。
Depuis qu’il était venu habiter chez Madame Wang, Xue Pan avait appris l’existence de cette école familiale, largement fréquentée par de jeunes garçons. Un jour que lui revint le goût de Longyang, il prétendit vouloir y étudier. Mais il ne faisait qu’« aller pêcher trois jours et sécher ses filets pendant deux » : il offrait en pure perte à Jia Dairu les présents dus au maître, sans réaliser le moindre progrès, et cherchait seulement à se lier avec de jeunes favoris. Inutile de compter tous les petits élèves que l’argent de Xue Pan, ses vêtements et ses repas lui avaient permis de séduire.
Deux élèves particulièrement séduisants, dont on ignorait même à quelle branche de la parenté ils appartenaient et dont personne n’avait vérifié les véritables noms, avaient reçu de toute l’école des surnoms inspirés par leur grâce : l’un était appelé Xianglian, « Parfum chéri », et l’autre Yu’ai, « Jade aimé ». Beaucoup les convoitaient en secret et nourrissaient le dessein de s’en prendre à ces jeunes garçons ; mais tous redoutaient la puissance de Xue Pan et n’osaient les approcher. Lorsque Qin Zhong et Baoyu arrivèrent, ils ne purent, eux non plus, s’empêcher d’éprouver pour les deux garçons une tendre admiration. Sachant cependant qu’ils étaient liés à Xue Pan, ils n’osèrent agir à la légère. De leur côté, Xianglian et Yu’ai conçurent le même intérêt pour Qin Zhong et Baoyu.
Ainsi, les quatre garçons éprouvaient des sentiments les uns pour les autres, sans encore rien en laisser paraître. Chaque jour, une fois entrés dans l’école, ils s’asseyaient chacun de son côté, mais leurs huit yeux ne cessaient de s’attarder les uns sur les autres. Tantôt ils forgeaient des prétextes pour faire entendre leurs intentions, tantôt ils chantaient le mûrier afin de parler du saule ; de loin, leurs cœurs se comprenaient, tandis qu’en apparence ils évitaient soigneusement les regards. Quelques rusés finirent pourtant par deviner leur manège : derrière leur dos, ils échangeaient clins d’œil et grimaces, ou toussaient exprès pour se faire remarquer. Cela durait déjà depuis plus d’un jour.
可巧這日代儒有事事囘家,只留下一句七言對聨,令學生對了明日再來上書。將學中之事,又命長孫賈瑞管理。妙在薛蟠如今不大上學應卯了,因此秦鍾趂此和香憐弄眉擠眼,二人假出小恭,走至後院說話。秦鍾先問他:「家裡的大人可管你交朋友不管?」一語未了,只𦗟見背後咳𠻳了一聲,二人嚇的忙囘顧時,原來是窗友名金榮的。香憐本有些性急,便羞怒相激,問他道:「你咳𠻳什麼?難道不許我們說話不成?」金榮笑道:「許你們說話,難道不許我咳𠻳不成?我只問你們:有話不分明說,許你們這樣鬼鬼祟祟的幹什麽故事?我可也拿住了,還賴什麽!先讓我抽個頭兒,偺們一聲兒不言語,不然大家就翻起來!」秦香二人就急得飛紅的臉,便問道:「你拿住什麽了?」金榮笑道:「我現拿住了是眞的。」說着又拍着手笑嚷道:「貼得好燒餅!你們都不買一箇吃去?」秦鍾香憐二人又氣又忽,忙進來向賈瑞前告金榮,說金榮無故欺負他兩個。
Or, ce jour-là, Jia Dairu dut justement rentrer chez lui pour une affaire. Il laissa seulement le premier membre d’un distique de sept caractères, que les élèves devaient compléter avant de revenir le lendemain réciter leurs leçons. Il confia la surveillance de l’école à son petit-fils aîné, Jia Rui. Par bonheur, Xue Pan ne venait plus guère répondre à l’appel. Qin Zhong en profita donc pour échanger œillades et grimaces avec Xianglian ; sous prétexte d’aller satisfaire un petit besoin, ils gagnèrent l’arrière-cour pour parler.
Qin Zhong lui demanda d’abord : « Chez toi, les adultes surveillent-ils les amis que tu fréquentes ? » Il n’avait pas achevé sa phrase qu’une toux retentit derrière eux. Tous deux se retournèrent en sursaut et virent un condisciple nommé Jin Rong. Xianglian, qui avait le caractère assez vif, fut partagé entre la honte et la colère. Il lui demanda : « Pourquoi tousses-tu ? N’aurions-nous donc pas le droit de parler ? » Jin Rong sourit : « Si vous avez le droit de parler, n’aurais-je pas celui de tousser ? Je vous demande seulement ceci : si vous avez quelque chose à dire, pourquoi ne pas le dire clairement ? Pourquoi vous livrer ainsi à vos manigances de revenants ? Je vous ai pris sur le fait : inutile de nier ! Laissez-moi seulement prendre ma part le premier, et je ne soufflerai mot ; sinon, nous allons tous nous brouiller ! » Qin Zhong et Xianglian devinrent écarlates d’embarras et demandèrent : « Sur quel fait nous as-tu pris ? » Jin Rong répondit en riant : « Je vous ai bel et bien pris sur le fait. » Puis, battant des mains, il cria en riant : « Voilà deux galettes joliment plaquées l’une contre l’autre ! Personne ne veut en acheter une pour la manger ? » Furieux et affolés, Qin Zhong et Xianglian rentrèrent aussitôt se plaindre de Jin Rong à Jia Rui, l’accusant de les avoir maltraités sans raison.
原來這賈瑞最是個圖便宜没行止的人,每在學中以公報私,勒索子弟們請他。後又𦔳着薛蟠圖些銀錢洒肉,一任薛蟠橫行覇道,他不但不去管約,反𦔳紂爲虐討好兒。偏那薛蟠本是浮萍心性,今日愛東,明日愛西,近來有了新朋友,把香玉二人丢開一邉。就連金榮也是當日的好友,自有了香玉二人,便見棄了金榮,近日連香玉亦已見棄。故賈瑞也無了提携帮襯之人,不怨薛蟠得新厭故,只怨香玉二人不在薛蟠前提擕了。因此賈瑞金榮等一干人,也正醋妬他兩個。今見秦香二人來告金榮,賈瑞心中便不自在起來,雖不敢呵叱秦鍾,𨚫拿着香憐作法,反說他多事,着實搶白了幾句。香憐反討了没趣,連秦鍾也訕訕的各歸坐位去了。
Ce Jia Rui était justement un homme sans conduite, toujours en quête de quelque avantage. À l’école, il se servait constamment de son autorité pour satisfaire ses rancunes personnelles et contraignait les jeunes gens à l’inviter. Plus tard, espérant tirer de Xue Pan argent, vin et viande, il se mit à l’appuyer : il le laissait agir en despote et, loin de le contenir, aidait le tyran à faire le mal afin de gagner ses bonnes grâces.
Mais Xue Pan avait le cœur aussi inconstant qu’une lentille d’eau : aujourd’hui il aimait l’un, demain l’autre. Depuis peu, il s’était fait de nouveaux amis et avait délaissé Xianglian et Yu’ai. Jin Rong avait lui aussi été jadis son favori ; dès l’apparition des deux autres, il avait été abandonné, et maintenant Xianglian et Yu’ai venaient de subir le même sort. Jia Rui se trouvait donc privé de protecteur et de soutien. Au lieu de reprocher à Xue Pan d’aimer les nouveaux et de se lasser des anciens, il en voulait à Xianglian et Yu’ai de ne plus pouvoir intervenir en sa faveur auprès de lui. Jia Rui, Jin Rong et toute leur clique étaient ainsi fort jaloux des deux garçons.
Voyant à présent Qin Zhong et Xianglian venir accuser Jin Rong, Jia Rui en fut contrarié. Comme il n’osait pas réprimander Qin Zhong, il prit Xianglian pour victime : il l’accusa au contraire de chercher querelle et lui infligea une sévère semonce. Xianglian ne récolta ainsi que l’humiliation ; Qin Zhong lui-même, fort embarrassé, regagna sa place avec lui.
金榮越發得了意,摇頭𪡄嘴的,口内還說許多閒話,玉愛偏又𦗟了,兩個人隔坐咕咕唧唧的角起口來。金榮只一口咬定說:「方纔明明的撞見他兩個在後院裡親嘴模屁股,兩個商議定了,一對兒論長道矩之言。」只顧得志亂說,却不防還有别人,誰知早又觸怒了一個人。你道這一個人是誰?原來這人名喚賈薔,亦係寧府中之正𣲖玄孫,父母早亡,從小兒跟着賈珍過活,如今長了十六歲,比賈蓉生得還風流俊俏。他兄弟二人最相親厚,常共起居,寧府中人多口雜,那些不得志的奴僕,耑能造言誹謗主人,因此不知又有什麽小人詬誶謠諑之辭。賈𤤽想亦風聞得些口聲不好,自己也要避些嫌疑,如今竟分與房舍,命賈薔搬出寧府,自己立門戸過活去了。這賈薔外相旣美,内性又聰敏,雖然虛名來上學,亦不過虛掩眼目而已,仍是閗鷄走狗、賞花閱柳爲事;上有賈𤤽溺愛,下有賈蓉匡助,因此族中人誰敢觸逆于他。他旣和賈蓉最好,今見有人欺負秦鍾,如何肯依?如今自己要挺身出來報不平,心中且忖度一畨:「金榮賈瑞一等人,郁是薛大叔的相知,我又與薛大叔相好,倘或我一出頭,他們告訴了老薛,我們豈不傷和氣?欲不𬋩,如此謠言,說的大家没趣。如今何不用計制伏,又止息聲口,又不傷臉面。」
Jin Rong en devint plus arrogant encore. Il hochait la tête, grimaçait et continuait à débiter quantité de sottises. Yu’ai, qui les entendit, se mit à se quereller avec lui d’un siège à l’autre, à mi-voix. Jin Rong s’obstina à répéter : « À l’instant même, je les ai vus tous les deux dans l’arrière-cour s’embrasser et se peloter le derrière. Ils s’étaient mis d’accord pour former une paire et dissertaient ensemble du long et du court. » Tout à la joie de son triomphe, il parlait à tort et à travers sans prendre garde aux autres ; il ne savait pas qu’il venait encore d’irriter quelqu’un.
Qui était cette personne ? Elle se nommait Jia Qiang. Descendant direct de la branche du palais Ning, il avait perdu très jeune ses parents et avait été élevé depuis l’enfance auprès de Jia Zhen. Il avait maintenant seize ans et surpassait même Jia Rong en élégance et en beauté. Jia Rong et lui étaient des plus intimes et vivaient sans cesse ensemble. Or, au palais Ning, domestiques et commérages abondaient ; les serviteurs mécontents excellaient à inventer des propos diffamatoires contre leurs maîtres, si bien que d’autres médisances et calomnies de bas étage avaient fini par circuler. Jia Zhen en avait probablement eu vent et souhaitait lui-même éviter les soupçons : il attribua donc à Jia Qiang un logement distinct et lui ordonna de quitter le palais Ning pour établir sa propre maison.
Jia Qiang joignait à sa beauté une nature intelligente. S’il faisait mine de venir étudier, ce n’était que pour donner le change ; ses véritables occupations restaient les combats de coqs, les courses de chiens, la contemplation des fleurs et la fréquentation des saules. En haut, Jia Zhen le gâtait ; en bas, Jia Rong lui prêtait main-forte. Qui donc, dans le clan, aurait osé le contrarier ? Comme il était le meilleur ami de Jia Rong, comment aurait-il pu tolérer que l’on maltraitât Qin Zhong ? Il voulut d’abord intervenir en personne pour réparer l’injustice, mais réfléchit : « Jin Rong, Jia Rui et leur bande sont tous liés à l’oncle Xue, avec qui je suis moi-même en bons termes. Si je prends ouvertement parti et qu’ils aillent le raconter au vieux Xue, ne risquons-nous pas d’altérer notre amitié ? Mais si je n’interviens pas, ces calomnies mettront tout le monde dans l’embarras. Pourquoi ne pas les soumettre par une ruse qui fera taire les rumeurs sans que personne perde la face ? »
想𭺾,也粧出小恭去,走至後面,悄悄把跟寳玉的書童茗烟呌至身邉,如此這般,調撥他幾句。這茗烟乃是寳玉第一個得用的,且又年輕不諳事,如今聽賈薔說:「金榮如此欺負秦鍾,連你的爺寶玉都干連在内,不給他個知道,下次越發狂縱了。」這茗烟無故就要欺厭人的,如今得了這信,又有賈薔𦔳着,便一頭進來找金榮,也不呌「金相公」了,只說:「姓金的,是什麽東西!」賈薔遂跥一跥靴子,故意整整衣服,看看日影兒說:「正時候了。」遂先向賈瑞說有事要早走一歩。賈瑞不敢止他,只得隨他去了。這裡茗烟走進來,便一把揪住金榮問道:「我們臊屁股不臊,管你𣬠𣬶相干?橫竪没臊你爹就罷了!你是好小子,出來動一動你茗大爺!」嚇的滿室中子弟都芒芒的痴望。賈瑞忙喝:「茗烟不得撒野!」金榮氣黃了臉,說:「反了!奴才小子都敢如此,我只和你主子說。」便奪手要去抓打寶玉。秦鍾剛轉出身來,聼得腦後颼的一聲,早見一方硯𭺜飛來,並不知係何人打來,𨚫打了賈藍賈菌的座上。
Sa décision prise, il feignit lui aussi d’aller satisfaire un petit besoin, gagna l’arrière du bâtiment et appela discrètement auprès de lui Mingyan, le jeune page de Baoyu. Là, il le monta contre Jin Rong par quelques paroles bien choisies. Mingyan était le tout premier des serviteurs utiles à Baoyu ; de plus, il était jeune et ne connaissait rien aux affaires du monde. Jia Qiang lui dit : « Jin Rong a maltraité Qin Zhong de cette façon, et il a même mêlé ton maître Baoyu à l’histoire. Si on ne lui donne pas une leçon, il sera encore plus insolent la prochaine fois. » Mingyan cherchait déjà querelle aux gens sans aucun motif ; maintenant qu’il tenait cette nouvelle et se savait soutenu par Jia Qiang, il fonça droit dans l’école à la recherche de Jin Rong. Sans même l’appeler « jeune maître Jin », il lança : « Hé, le Jin, quelle espèce d’ordure es-tu donc ? »
Jia Qiang frappa alors le sol de sa botte, rajusta délibérément ses vêtements et, après avoir regardé la position du soleil, dit : « Il est justement l’heure. » Il alla annoncer à Jia Rui qu’une affaire l’obligeait à partir plus tôt. Jia Rui n’osa le retenir et dut le laisser partir.
Mingyan, entré dans la salle, saisit Jin Rong au collet et lui demanda : « Qu’on s’encule ou non, qu’est-ce que ça peut bien te foutre ? Du moment qu’on n’a pas enculé ton père ! Si tu es un brave garçon, sors donc te mesurer à ton maître Ming ! » Tous les élèves de la salle, abasourdis, le regardèrent fixement. Jia Rui cria : « Mingyan, cesse tes violences ! » Jin Rong, le visage jauni de colère, répondit : « C’est la révolte ! Même les petits esclaves osent se conduire ainsi ! Je vais parler à ton maître. » Il se dégagea et voulut s’en prendre à Baoyu. Qin Zhong venait de se retourner lorsqu’il entendit derrière sa tête un sifflement : une pierre à encre volait vers eux. Personne ne sut qui l’avait lancée, mais elle manqua son but et tomba sur la table de Jia Lan et Jia Jun.
這賈藍賈菌亦係榮府近𣲖的重孫,這賈菌少孤,其母疼愛非常,書房中與賈藍最好,所以二人同座。誰知這賈菌年紀雖小,志氣最大,極是淘氣不怕人的。他在位上,冷眼看見金榮的朋友暗𦔳金榮,飛硯來打茗烟,偏打錯了落在自己面前,將個磁硯水壺打了粉碎,濺了一書黑水。賈菌如何依得,便罵:「好囚攮的們,這不都動了手了麽!」罵着,也便㧓起硯磚來要飛。賈藍是個省事的,忙按住硯磚,極口勸道:「好兄弟,不與偺們相干。」賈菌如何忍得,見按住硯磚,他便兩手抱書篋子來,照這邊揕了來。終是身小力薄,却揕不到,反揕至寶玉秦鍾案上就落下來了。只𦗟豁啷一响,砸在桌上,書本、紙片、筆硯等物,撒了一桌。又把寶玉的一碗茶也砸得碗碎茶流。那賈菌卽便跳出來,要揪打那飛硯的人。金榮此時隨手㧓了一根毛竹大板在手,地狹人多,那裡經得舞動長板。茗烟早吃了一下,亂嚷:「你們還不來動手?」寶玉還有幾個小厮:一名掃紅,一名鋤藥,一名墨雨,這三個豈有不淘氣的,一齊亂嚷:「小婦養的!動了兵器了!」墨雨遂掇起一根門閂,掃紅鋤藥手中都是馬鞭子,𧊵擁而上。賈瑞急得攔一囘這個,勸一囘那個,誰聽他的話?肆行大亂。衆頑童也有帮着打太平拳助樂的,也有胆小藏過一邊的,也有立在桌上拍着手亂笑,喝着聲兒呌打的。登時鼎沸起來。
Jia Lan et Jia Jun étaient eux aussi des arrière-petits-fils issus d’une branche proche du palais Rong. Jia Jun avait perdu son père très jeune, et sa mère l’adorait. Comme il était le meilleur ami de Jia Lan dans la salle d’étude, les deux garçons partageaient la même table. Malgré son jeune âge, Jia Jun était extrêmement fier, turbulent et intrépide. De sa place, il avait vu un ami de Jin Rong aider celui-ci en secret et lancer une pierre à encre sur Mingyan. Le projectile avait manqué sa cible et s’était abattu juste devant lui, brisant en mille morceaux un petit réservoir à eau en porcelaine et éclaboussant un livre d’encre noire.
Jia Jun ne pouvait laisser passer cela. Il jura : « Bande de fils de forçats ! Vous en êtes donc venus aux mains ! » Tout en les insultant, il saisit à son tour une lourde pierre à encre pour la lancer. Jia Lan, qui fuyait les histoires, la retint vivement et le supplia : « Mon bon frère, cela ne nous regarde pas. » Mais Jia Jun ne pouvait ravaler sa colère. Voyant sa pierre immobilisée, il prit à deux mains sa caisse à livres et la lança de l’autre côté. Comme il était petit et manquait de force, elle ne porta pas assez loin et retomba sur la table de Baoyu et de Qin Zhong. Dans un grand fracas, elle s’écrasa sur le plateau, dispersant livres, feuilles, pinceaux et pierres à encre. Elle fracassa aussi un bol de thé de Baoyu, dont le contenu se répandit partout. Jia Jun bondit aussitôt de sa place pour aller empoigner l’auteur du premier lancer.
Jin Rong avait saisi au hasard une longue planche de bambou. Mais dans un endroit si étroit et si encombré, comment aurait-il pu manier une arme aussi longue ? Mingyan en reçut pourtant un coup et cria au milieu du tumulte : « Vous autres, vous n’allez donc pas venir vous battre ? » Baoyu avait encore plusieurs jeunes domestiques : l’un se nommait Saohong, un autre Chuyao, et le troisième Moyu. Tous trois étaient naturellement turbulents. Ils vociférèrent ensemble : « Fils de garce ! Ils ont sorti des armes ! » Moyu souleva une barre de porte, tandis que Saohong et Chuyao, un fouet de cheval à la main, se ruaient avec lui sur leurs adversaires.
Affolé, Jia Rui retenait tantôt l’un et raisonnait tantôt l’autre ; mais qui l’écoutait ? Le désordre devint général. Parmi tous ces garnements, certains profitaient de la mêlée pour distribuer des coups à l’aveuglette et s’amuser ; les plus peureux s’étaient cachés dans un coin ; d’autres, debout sur les tables, applaudissaient en riant, encourageant les combattants à grands cris. En un instant, la salle bouillonna comme un chaudron.
外邉幾個大僕人李貴等𦗟見裡邉作反起來,忙都進來一齊喝住,問是何故。衆聲不一,這一個如此說,那一個又如彼說。李貴且喝罵了茗烟等四個一頓,攆了出去。秦鍾的頭早撞在金榮的板上,打去一層油皮,寶玉正拿褂襟子替他揉,見喝住了衆人,便命:「李貴,收書!拉馬來,我去囘太爺去!我們被人欺負了,不敢說别的,守禮來告訴瑞大爺,瑞大爺反𣲖我們的不是,𦗟着人家罵我們,還調唆人家打我們。茗烟見人欺負我,他豈有不爲我的。他們反打夥兒打了茗烟,連秦鍾的頭也打破了。還在這裡念書麼?」李貴勸道:「哥兒不要性急,太爺旣有事囘家去了,這會子爲這㸃子事去聒噪他老人家,到顯的偺們没禮似的。依我的主意,那裡的事情那裡了結,何必驚動老人家。這都是瑞大爺的不是,太爺不在這裡,你老人家就是這學裡的頭腦了,衆人看你行事。衆人有了不是,該打的打,該罰的罰,如何等閙到這歩田地還不管?」賈瑞道:「我䶸喝着都不聽。」李貴道:「不怕你老人家惱我,素日你老人家倒底有些不是,所以這些兄弟不聽。就閙到太爺跟前去,連你老人家也脫不了的。還不快作主意撕羅開了罷!」寳玉道:「撕羅什麼?我必要囬去的。」秦鍾哭道:「有金榮在這裡,我是要囘去的了。」寶玉道:「這是爲什麽?難道别人家來得,偺們倒來不得的?我必囘明白衆人,攆了金榮去。」又問李貴:「這金榮是那一房的親友?」李貴想一想,道:「也不用問了。若說起那一房親戚,更傷了兄弟們和氣。」
Au-dehors, Li Gui et les autres grands domestiques entendirent que la révolte grondait à l’intérieur. Ils se précipitèrent tous dans la salle, imposèrent le silence et demandèrent la cause du tumulte. Mais chacun donnait une version différente : l’un racontait ceci, l’autre cela. Li Gui commença par couvrir d’injures Mingyan et les trois autres, puis les chassa.
Qin Zhong avait déjà heurté de la tête la planche de Jin Rong et s’était arraché une plaque de peau. Baoyu lui frottait la blessure avec le pan de sa veste. Lorsqu’il vit les autres réduits au silence, il ordonna : « Li Gui, rassemble les livres et fais amener les chevaux ! Je vais tout rapporter au vénérable maître ! Nous avons été maltraités, mais nous n’avons pas osé faire d’esclandre : nous sommes venus, dans le respect des règles, en informer maître Rui. Or maître Rui nous a donné tort, il a laissé les autres nous insulter et les a même poussés à nous battre. Mingyan me voyait maltraité : comment n’aurait-il pas pris ma défense ? Ils se sont ligués pour le frapper et ont même ouvert la tête de Qin Zhong. Comment pourrions-nous encore étudier ici ? »
Li Gui tenta de le raisonner : « Jeune maître, ne vous emportez pas. Puisque le vénérable maître a dû rentrer chez lui, si nous allions le déranger maintenant pour une bagatelle, c’est nous qui paraîtrions manquer de respect. À mon avis, il faut régler l’affaire là où elle s’est produite ; inutile d’alarmer une personne âgée. Tout cela est la faute de maître Rui. En l’absence du vénérable maître, c’est vous, maître Rui, qui êtes la tête de l’école, et tous observent votre conduite. Quand quelqu’un commet une faute, il faut battre celui qui mérite d’être battu et punir celui qui mérite d’être puni. Comment avez-vous pu laisser les choses en arriver là sans intervenir ? » Jia Rui répondit : « J’ai crié jusqu’à m’en casser la voix, et personne ne m’a écouté. » Li Gui reprit : « Ne vous fâchez pas si je le dis, mais votre conduite habituelle laisse tout de même à désirer ; voilà pourquoi ces jeunes maîtres ne vous obéissent pas. Si l’affaire parvient jusqu’au vénérable maître, vous-même n’en sortirez pas indemne. Décidez-vous donc vite et arrangez tout cela ! »
Baoyu déclara : « Qu’y a-t-il à arranger ? Je veux absolument rentrer. » Qin Zhong dit en pleurant : « Tant que Jin Rong restera ici, je rentrerai, moi aussi. » Baoyu répondit : « Pourquoi cela ? Les autres auraient le droit de venir ici, et pas nous ? Je veux expliquer toute l’affaire et faire chasser Jin Rong. » Puis il demanda à Li Gui : « De quelle branche de la famille Jin Rong est-il parent ? » Li Gui réfléchit un instant : « Inutile de le demander. Si l’on commence à parler de sa parenté, cela nuira encore davantage à l’entente entre les jeunes maîtres. »
茗烟在窗外道:「他是東衙裡璜大奶奶的姪兒,那是什麽硬掙仗腰子的,也來嚇我們。璜大奶奶是他姑媽。你那姑媽只會打旋磨兒,給我們璉二奶奶跪着借當頭,我眼裡就看不起他那樣主子奶奶!」李貴忙喝道:「偏這小狗養的知道,有這些蛆嚼!」寳玉冷笑道:「我只當是誰的親,原來是璜嫂子的侄兒,我就去向他。」說着便要走,呌茗烟進來包書。茗烟進來包書,又得意洋洋的道:「爺也不用自己去見他,等我去他家,就說老太太有話問他泥,僱上一輛車子拉進去,當着老太太問他,豈不省事?」李貴忙喝道:「你要死!仔細囬去我好不好先搥了你,然後囘老爺、太太,就說寶哥全是你調唆的。我這裡好容易勸哄的好了一半,你又來生了新法兒。你閙了學堂,不說變個法兒壓息了纔是,倒遂徃火裡奔查!」方不敢做聲。
Dehors, sous la fenêtre, Mingyan cria : « C’est le neveu de la grande maîtresse Huang, de la résidence de l’Est. Quel puissant soutien croit-il donc avoir pour venir nous effrayer ? La grande maîtresse Huang est sa tante paternelle. Mais cette tante ne sait que tourner comme une meule et s’agenouiller devant notre seconde maîtresse Lian pour lui emprunter de l’argent sur gage. Moi, je n’ai que mépris pour une maîtresse de cette espèce ! » Li Gui s’écria aussitôt : « Il faut justement que ce petit fils de chien soit au courant et débite toutes ces saletés ! »
Baoyu ricana : « Je me demandais de qui il pouvait être le parent. Ainsi, c’est le neveu de belle-sœur Huang ! J’irai donc la trouver. » Sur ce, il voulut partir et appela Mingyan pour empaqueter les livres. Tout en s’en chargeant, Mingyan déclara d’un air triomphant : « Vous n’avez même pas besoin d’aller la voir en personne, maître. Que j’aille chez elle lui dire que l’aïeule veut lui poser quelques questions ; je louerai une voiture pour l’amener ici, et on l’interrogera devant l’aïeule. Ne serait-ce pas plus simple ? »
Li Gui lui cria : « Tu veux mourir ! Attends un peu notre retour : je commencerai par te rosser comme il faut, puis je rapporterai à monsieur et à madame que c’est toi qui as poussé Baoyu à tout cela. J’ai eu toutes les peines du monde à les raisonner et à les calmer à moitié, et voilà que tu inventes encore un nouveau moyen de faire des histoires ! Après avoir mis l’école sens dessus dessous, au lieu de chercher comment étouffer l’affaire, tu te précipites encore dans le feu pour attiser les braises ! » Mingyan n’osa plus souffler mot.
此時賈瑞也生恐閙不淸,自己也不干凈,只得委曲着來央告秦鍾,又央告寶玉。先是他二人不肯,後來寶玉說:「不囘去也罷了,只呌金榮賠不是便罷。」金榮先是不肯,後來經不得賈瑞也來逼他權賠個不是,李貴等只得好勸金榮,說:「原是你起的端,你不這樣,怎得了局?」金榮强不得,只得與秦鍾作了揖,寳玉還不依,定要磕頭。賈瑞只要暫息此事,又悄悄的勸金榮說:「俗語云:『忍得一時忿,終身無惱悶。』」未知金榮從也不從,下囘分解。
Jia Rui craignait alors que l’affaire ne pût être arrangée et que sa propre conduite ne fût mise au jour. Il dut ravaler son orgueil et supplier tour à tour Qin Zhong et Baoyu. Les deux garçons refusèrent d’abord, puis Baoyu déclara : « Je veux bien ne pas rentrer, à condition que Jin Rong présente ses excuses. » Jin Rong refusa tout d’abord ; mais Jia Rui finit lui-même par le contraindre à s’excuser, au moins pour la forme. Li Gui et les autres durent l’exhorter avec douceur : « C’est bien toi qui as commencé. Si tu ne fais pas cela, comment pourrons-nous mettre fin à l’affaire ? » Incapable de résister davantage, Jin Rong salua Qin Zhong les mains jointes. Baoyu n’en fut toujours pas satisfait et exigea qu’il se prosternât. Jia Rui, qui ne songeait qu’à apaiser momentanément la querelle, souffla encore à Jin Rong : « Comme dit le proverbe : “Endure un instant de colère, et tu t’épargneras toute une vie de tourments.” » On ignore si Jin Rong accepta ou non : la suite au prochain chapitre.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque concerne toute la famille Jia.
攸攸鹿鳴,荷葉浮萍 : Li Gui estropie 呦呦鹿鳴, « You-you brame le cerf », premier vers du poème 鹿鳴 dans le Classique des vers, puis lui ajoute une formule absurde.
掩耳盜鈴 : « se boucher les oreilles pour voler une cloche » désigne celui qui croit dissimuler une faute en refusant lui-même de la percevoir.
蟾宮折桂 : « cueillir le cannelier dans le palais du crapaud lunaire » signifie réussir aux examens impériaux et acquérir la gloire.
鯨卿 : Jingqing est le nom de courtoisie de Qin Zhong ; 鯨 signifie « baleine » et 卿 est un titre affectueux ou honorifique.
龍陽 : Longyang, favori masculin d’un prince de Wei, est devenu une désignation littéraire du désir homosexuel masculin.
香憐、玉愛 : les surnoms signifient littéralement « Parfum chéri » et « Jade aimé » ; leur symétrie souligne la grâce recherchée des deux garçons.
貼燒餅 : l’image de deux galettes plaquées ensemble sert ici de plaisanterie obscène sur l’intimité supposée de Qin Zhong et Xianglian.