Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 10 La veuve Jin, avide de profit, ravale pour un temps l’affront ; le médecin impérial Zhang examine la maladie et en recherche minutieusement la cause

 

La veuve Jin, avide de profit, ravale pour un temps l’affront

le médecin impérial Zhang examine la maladie et en recherche minutieusement la cause

𫝑:「?」

Or donc, Jin Rong, voyant ses adversaires forts du nombre, et comme Jia Rui l’avait en outre contraint à présenter ses excuses et à se prosterner devant Qin Zhong, ne put obtenir que Baoyu cessât son tapage qu’après s’être exécuté. Lorsque les élèves se furent dispersés, il rentra chez lui ; plus il y pensait, plus sa colère montait.

« Qin Zhong n’est jamais que le beau-frère de Jia Rong ; il ne descend même pas de la famille Jia. Il est admis à cette école comme élève externe, tout comme moi. Mais parce qu’il se prévaut de son intimité avec Baoyu, il ne voit plus personne autour de lui. Encore s’ils se conduisaient convenablement, il n’y aurait rien à dire ! Mais Baoyu et lui ont toujours eu ensemble des façons louches et clandestines, comme s’ils prenaient tout le monde pour des aveugles. Aujourd’hui, il est encore allé faire des avances à quelqu’un, et justement sous mes yeux. Même si l’affaire fait du bruit, qu’aurais-je donc à craindre ? »

𦗟:「西,偺穿𮟃𪾶。」𪾶

Sa mère, Madame Hu, l’entendit marmonner et lui dit : « De quoi vas-tu encore te mêler ? J’ai eu toutes les peines du monde à en parler à ta tante ; elle-même a dû employer mille moyens pour intervenir auprès de la seconde maîtresse Lian, au palais de l’Ouest, avant que tu n’obtiennes cette place où étudier. Sans leur appui, aurions-nous seulement les moyens d’engager un maître ? Et puis, à leur école, le thé et les repas sont fournis. Voilà deux ans que tu y étudies, et cela nous épargne une belle part des dépenses de bouche ; avec ce que nous économisons, tu peux encore porter les vêtements élégants que tu aimes. En plus, c’est parce que tu étudies là-bas que tu as fait la connaissance de maître Xue, lequel nous donne chaque année soixante-dix ou quatre-vingts taëls d’argent. Si tu fais tant de tapage qu’on te chasse de cette école, je te le dis : retrouver un endroit pareil sera plus difficile que de monter au ciel ! Sois donc sage, va t’amuser encore un moment, puis couche-toi. Voilà qui vaudra bien mieux. » Jin Rong ravala donc sa colère et, peu après, alla lui aussi se coucher. Le lendemain, il retourna comme d’habitude à l’école ; inutile de nous y attarder.

𣲖,𫝑,𦔳𦔳𦗟,𦗟:「!」𦗟:「𬋩。」:「!」

Sa tante avait épousé Jia Huang, descendant de la branche légitime de la génération dont les prénoms contenaient le caractère « Jade ». Il va sans dire que tous les membres de leur clan n’égalaient pas en richesse et en puissance les familles des palais Ning et Rong. Jia Huang et sa femme vivaient de quelques modestes biens. Ils allaient souvent présenter leurs respects dans les deux palais et savaient flatter Xifeng comme Madame You ; aussi celles-ci leur accordaient-elles de temps à autre quelque secours, qui leur permettait de subsister ainsi.

Ce jour-là, le temps étant clair et comme elle n’avait rien à faire chez elle, Madame Jin prit avec elle une vieille servante, monta en voiture et vint rendre visite à sa belle-sœur veuve et à son neveu. Au fil de leur conversation, la mère de Jin Rong en vint précisément à parler de l’incident survenu la veille à l’école des Jia et le raconta par le menu à sa belle-sœur.

À peine Madame Jin l’eut-elle entendue que la colère lui monta au cœur. « Ce petit Qin Zhong est parent des Jia, soit ; mais Rong’er ne l’est-il donc pas lui aussi ? Il ne faudrait pas pousser si loin le mépris des pauvres ! D’autant qu’ils ne se livrent guère à des choses honorables ! Même Baoyu n’avait aucune raison de prendre son parti à ce point. Attends que j’aille au palais de l’Est voir Madame You, puis parler à la sœur de Qin Zhong : je lui demanderai de juger elle-même où est la justice ! »

À ces mots, la mère de Jin Rong fut saisie d’angoisse. « C’est ma maudite langue trop prompte qui m’a fait vous raconter cela ! Je vous en prie, ma tante, n’allez surtout pas en parler. Peu importe qui a tort ou raison : si l’affaire éclate, comment pourra-t-il encore rester à l’école ? Et s’il ne peut y rester, non seulement nous n’avons pas les moyens de lui payer un maître, mais il nous occasionnera encore quantité de dépenses supplémentaires. »

Madame Jin répondit : « Je ne puis m’embarrasser de tout cela ! Laisse-moi parler, et nous verrons bien ce qui arrivera. » Sans permettre à sa belle-sœur de la retenir, elle fit préparer la voiture par la vieille servante, y monta et se rendit au palais Ning.

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Arrivée au palais Ning, elle franchit la porte d’angle orientale, descendit de voiture et entra saluer Madame You, la femme de Jia Zhen. Elle n’osa plus prendre de grands airs : après un échange empressé de politesses et quelques propos sans importance, elle demanda enfin : « Comment se fait-il que je n’aie pas vu aujourd’hui la jeune maîtresse Rong ? »

Madame You répondit : « Depuis quelque temps, je ne sais ce qu’elle a : ses règles ne sont pas venues depuis plus de deux mois. Nous avons fait appeler un médecin, qui affirme pourtant qu’elle n’est pas enceinte. Ces derniers jours, dès l’après-midi, elle n’a plus envie de bouger ni même de parler, et sa vue se trouble. Je lui ai dit : “Ne t’astreins plus aux usages. Tu n’as pas besoin de venir matin et soir comme à l’ordinaire ; repose-toi donc. S’il vient des parents, je suis là. Et si quelque aîné te fait un reproche, je lui expliquerai moi-même.”

« J’ai même fait mes recommandations à Rong : “Ne va pas l’épuiser ni la contrarier ; laisse-la se reposer tranquillement, et elle ira mieux. Si elle désire manger quelque chose, qu’elle le fasse prendre chez moi. S’il lui arrivait malheur et que tu doives chercher une autre épouse d’une telle beauté et d’un tel caractère, tu pourrais courir avec une lanterne sans jamais en trouver !” Parmi tous nos parents et nos aînés, qui ne l’aime pas pour sa conduite ? Voilà pourquoi je suis si tourmentée depuis deux jours.

« Et justement, ce matin, son frère est venu la voir. Cet enfant ne sait vraiment pas discerner ce qu’il convient de faire. Voyant sa sœur malade, il n’aurait pas dû lui raconter de telles choses : aurait-il subi dix mille injustices qu’il aurait encore dû se taire. Or il y a eu hier une bagarre à l’école. Je ne sais quel élève externe l’aurait maltraité ; il s’y est même mêlé des propos indécents, et il a tout raconté à sa sœur.

« Ma tante, vous la connaissez : elle a beau se montrer souriante et enjouée devant les gens, elle a l’esprit délicat et se tourmente facilement. Quoi qu’elle entende, elle y réfléchit trois jours et cinq nuits avant de pouvoir s’en détacher. Sa maladie vient précisément de ce qu’elle se tracasse à l’excès. Apprenant aujourd’hui que quelqu’un avait maltraité son frère, elle s’est à la fois irritée et fâchée : irritée contre ces mauvais compagnons qui colportent les querelles, sèment la discorde et montent les gens les uns contre les autres ; fâchée que son frère se conduise mal et ne s’applique pas à l’étude, au point de provoquer un tel tumulte à l’école.

« À cause de cela, elle n’a même pas pris son déjeuner. Je viens de passer quelque temps auprès d’elle pour la consoler, puis j’ai adressé quelques remontrances à son frère et l’ai envoyé dans l’autre palais chercher Baoyu. Après l’avoir vue boire une demi-tasse de bouillon de nid d’hirondelle, je suis revenue ici. Dites-moi, comment ne serais-je pas dévorée d’inquiétude ? Et maintenant, nous n’avons même pas de bon médecin. Quand je pense à sa maladie, c’est comme si l’on me piquait le cœur avec des aiguilles. Connaissez-vous quelque bon médecin ? »

𤓰。聼:「𦗟!」:「。」便:「?」:「。」便,聼𤤽

Après ce discours, toute l’ardeur avec laquelle Madame Jin comptait, chez sa belle-sœur, aller demander des comptes à Qin Keqing avait depuis longtemps été rejetée, de frayeur, jusqu’au royaume de Guawa. Entendant Madame You l’interroger sur un bon médecin, elle répondit précipitamment : « Nous non plus, nous n’avons entendu parler d’aucun médecin remarquable. À vous entendre décrire la maladie de la jeune maîtresse, il se pourrait encore qu’elle soit enceinte. Surtout, ma belle-sœur, ne laissez pas les gens la soigner à tort et à travers : s’ils se trompaient de traitement, ce serait terrible ! »

« C’est bien vrai », dit Madame You. Sur ces entrefaites, Jia Zhen rentra. Apercevant Madame Jin, il demanda à Madame You : « N’est-ce pas la maîtresse Huang ? » Madame Jin s’avança pour lui présenter ses respects, puis Jia Zhen dit à sa femme : « Garde donc notre sœur à dîner. » Sur ces mots, il passa dans une autre pièce.

Madame Jin était venue dans l’intention de dire à Qin Keqing que Qin Zhong avait maltraité son neveu ; mais, l’ayant apprise malade, elle n’osa même plus aborder le sujet. De plus, Jia Zhen et Madame You la traitaient fort bien. Sa colère s’étant ainsi changée en joie, elle bavarda encore quelque temps avant de rentrer chez elle.

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Après le départ de Madame Jin, Jia Zhen revint s’asseoir et demanda à Madame You : « Qu’était-elle venue dire aujourd’hui ? »

Madame You répondit : « Rien de particulier. Quand elle est entrée, son visage semblait exprimer quelque contrariété ; mais après que nous avons longuement parlé et que j’ai évoqué la maladie de notre belle-fille, elle s’est peu à peu apaisée. Comme tu l’as invitée à rester dîner, et qu’elle venait d’apprendre la gravité de cette maladie, elle n’a pas osé demeurer davantage. Elle a encore échangé quelques propos sans importance, puis elle est partie sans rien demander.

« Parlons plutôt de notre belle-fille. Il est urgent que tu lui trouves un bon médecin : surtout, ne laissons pas traîner les choses. La troupe de médecins qui fréquentent actuellement notre maison ne vaut vraiment rien. Ils se contentent tous d’écouter ce que disent les gens, puis le répètent en y ajoutant quelques phrases savantes. Pour l’assiduité, en revanche, ils n’en manquent pas : trois ou quatre se relaient, si bien qu’on lui prend le pouls quatre ou cinq fois par jour. Ils se concertent pour établir une ordonnance, mais leurs remèdes restent sans effet. Tout ce qu’ils obtiennent, c’est de l’obliger à changer de vêtements trois ou cinq fois par jour et à se redresser pour les recevoir, ce qui n’apporte en vérité aucun bien à la malade. »

Jia Zhen répondit : « Cette enfant manque aussi de jugement ! Pourquoi se déshabille-t-elle et se change-t-elle sans cesse ? Si elle prenait froid et ajoutait encore une maladie à l’autre, que deviendrions-nous ? Les plus beaux vêtements ont-ils la moindre importance ? C’est sa santé qui compte. Quand bien même elle mettrait chaque jour un habit neuf, la dépense serait insignifiante.

« J’allais justement te le dire : Feng Ziying est venu me voir tout à l’heure. Me trouvant l’air sombre, il m’en a demandé la raison. Je lui ai expliqué que notre belle-fille était fort souffrante et que, faute d’un bon médecin impérial, nul ne pouvait déterminer avec certitude s’il s’agissait d’une grossesse ou d’une maladie, ni si son état était dangereux ; voilà pourquoi j’étais véritablement inquiet.

« Feng Ziying m’a alors parlé d’un maître auprès duquel il avait étudié dans sa jeunesse, nommé Zhang Youshi. C’est un homme d’une immense érudition, particulièrement versé dans la médecine, et même capable de déterminer si un malade vivra ou mourra. Il est venu cette année dans la capitale afin d’acheter une charge à son fils et loge actuellement chez Feng Ziying. Peut-être le destin veut-il que ce soit par ses mains que notre belle-fille échappe à ce malheur. J’ai déjà envoyé quelqu’un le prier de venir, avec ma carte. Comme il est tard aujourd’hui, il ne viendra peut-être pas ; mais je pense qu’il sera certainement là demain. Feng Ziying est en outre rentré chez lui pour le solliciter personnellement et obtenir à tout prix sa visite. Attendons que monsieur Zhang l’ait examinée avant d’en reparler. »

𦗟:「?」𤤽:「:『𭭎西。』。」:「西𦗟。」

Cette nouvelle réjouit fort Madame You, qui demanda : « Après-demain sera aussi l’anniversaire du vénérable seigneur. Comment allons-nous donc nous organiser ? »

Jia Zhen répondit : « Je suis allé tout à l’heure lui présenter mes respects et l’inviter à venir recevoir les hommages de toute la famille. Mais il m’a dit : “Je suis accoutumé à la tranquillité et à la pureté ; je n’ai aucune envie de me rendre dans votre arène de querelles. Puisque vous tenez absolument à célébrer mon anniversaire et à me faire recevoir les prosternations de toute cette foule, vous feriez cent fois mieux de faire soigneusement recopier et graver le Traité des récompenses et des châtiments invisibles que j’ai autrefois annoté. Cela vaudrait bien davantage que de me faire recevoir sans raison les prosternations de tout le monde !

« “Si toute la famille doit venir demain ou après-demain, accueillez-la convenablement chez vous, voilà tout. Il est également inutile de m’envoyer quoi que ce soit. Toi-même, ne viens pas après-demain. Si ta conscience te tourmente, prosterne-toi aujourd’hui devant moi. Mais si après-demain tu reviens me déranger avec une foule de gens, je ne te le pardonnerai pas.” Après de telles paroles, je n’oserai assurément plus y aller. Fais appeler Lai Sheng et ordonne-lui de préparer deux jours de banquets. »

Madame You fit donc venir Jia Rong et lui dit : « Ordonne à Lai Sheng de préparer, comme à l’ordinaire, deux jours de banquets, et qu’ils soient particulièrement abondants. Va toi-même au palais de l’Ouest inviter l’aïeule, la première dame, la seconde dame et ta seconde tante Lian à venir se distraire ici. Ton père vient en outre d’entendre parler d’un bon médecin et a déjà envoyé quelqu’un le chercher. Il viendra certainement demain ; expose-lui alors en détail tous les symptômes qu’elle a présentés ces derniers jours. »

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Jia Rong acquiesça à chaque instruction et sortit. Il rencontra justement le jeune domestique envoyé chez Feng Ziying inviter le médecin, qui revenait et lui fit ce rapport : « Votre serviteur vient de se rendre chez maître Feng et a présenté la carte de Monsieur pour inviter le médecin. Celui-ci a répondu : “Votre maître vient également de m’en parler. Mais j’ai passé toute la journée à rendre des visites et je viens seulement de rentrer. En ce moment, je suis vraiment trop épuisé pour tenir debout ; quand même je me rendrais dans votre palais, je ne pourrais prendre le pouls de la malade. Il me faut une nuit de repos ; demain, je viendrai sans faute.”

« Il a ajouté : “Ma connaissance de la médecine est superficielle et je n’oserais normalement accepter une recommandation aussi flatteuse. Mais puisque maître Feng et votre palais se sont exprimés ainsi, je ne puis refuser de venir. Veuillez d’abord présenter mes respects à Son Excellence. Quant à sa carte, je suis vraiment indigne de la recevoir.” Puis il a ordonné à votre serviteur de la rapporter. Je prie le jeune maître de transmettre mon rapport. »

Jia Rong retourna donc à l’intérieur rapporter ces paroles à Jia Zhen et à Madame You. Puis il ressortit et transmit à Lai Sheng l’ordre de préparer deux jours de banquets. Celui-ci, après l’avoir entendu, alla tout disposer suivant l’usage ; inutile de nous y attarder.

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Le lendemain, vers midi, les gens de la porte annoncèrent : « Monsieur Zhang, que nous avions invité, est arrivé. » Jia Zhen le fit entrer dans la grande salle et asseoir. Une fois le thé pris, il déclara : « Hier, maître Feng m’a fait connaître vos qualités et votre savoir, vénérable maître, ainsi que votre profonde connaissance de la médecine. Mon admiration est sans bornes. »

Monsieur Zhang répondit : « Je ne suis qu’un cadet grossier et un homme de peu, aux connaissances superficielles. Maître Feng m’a appris hier que Votre Excellence et les membres de votre noble maison savent s’abaisser devant les hommes de mérite ; puisque vous m’avez fait appeler, comment aurais-je osé ne pas obéir ? Mais je ne possède aucune science véritable, ce qui redouble ma confusion. »

Jia Zhen dit : « Monsieur, point tant de modestie. Veuillez entrer examiner ma belle-fille. Je me repose sur votre haute compétence pour dissiper mon inquiétude. »

:「?」:「?」:「𫝑。」:「使。」調。胗𭺾:「。」

Jia Rong accompagna donc le médecin à l’intérieur. Quand ils furent dans les appartements privés et en présence de Qin Keqing, celui-ci demanda à Jia Rong : « Est-ce là votre honorable épouse ? »

« C’est bien elle. Veuillez vous asseoir, monsieur. Que diriez-vous si je vous exposais d’abord les symptômes de mon humble épouse, avant que vous ne preniez son pouls ? »

Le médecin répondit : « À mon humble avis, mieux vaudrait prendre d’abord son pouls et vous interroger ensuite sur l’origine de la maladie. C’est la première fois que je viens dans votre noble demeure et je n’en sais naturellement rien. Mais notre maître Feng a absolument tenu à ce que je vienne l’examiner, et je n’ai donc pu refuser. Je vais prendre son pouls ; vous verrez si mes conclusions sont justes, puis vous me raconterez l’évolution de la maladie ces derniers jours. Nous examinerons ensemble une ordonnance. Il appartiendra ensuite au jeune maître de décider si elle doit être employée. »

Jia Rong répondit : « Votre méthode révèle une science véritable ; je regrette seulement de vous avoir rencontré si tard. Veuillez donc examiner son pouls et déterminer si elle peut être guérie, afin de rassurer mon père et ma mère. »

Les femmes de la maison apportèrent alors un grand coussin. Tandis que les unes y adossaient Qin Keqing, les autres lui relevèrent la manche et découvrirent son poignet. Le médecin posa les doigts sur le pouls droit, régla sa respiration pour en compter les battements et l’examina attentivement pendant un bon moment. Il passa ensuite au poignet gauche et procéda de même. Quand il eut terminé, il dit : « Allons nous asseoir dans la pièce extérieure. »

:「。」𭺾,:「?」:「𧇊。調𧇊。㨿。」

Jia Rong accompagna le médecin dans la pièce extérieure, où ils s’assirent sur le kang. Une vieille servante apporta du thé. Jia Rong dit : « Veuillez prendre du thé, monsieur. » Après le thé, il demanda : « D’après ce pouls, peut-elle encore être soignée ? »

Le médecin répondit : « Voici ce que je relève dans le pouls de votre honorable épouse : à gauche, la position cun est profonde et rapide, la position guan profonde et cachée ; à droite, la position cun est fine et sans force, la position guan vide et sans vitalité. Le cun gauche profond et rapide indique que l’énergie du cœur est déficiente et engendre du feu. Le guan gauche profond et caché indique une stagnation de l’énergie du foie et une insuffisance du sang. Le cun droit fin et sans force indique une extrême déficience de l’énergie dans le méridien du poumon. Le guan droit vide et sans vitalité indique que la Terre de la rate est dominée par le Bois du foie.

« La déficience de l’énergie du cœur qui engendre du feu doit se manifester actuellement par l’irrégularité des règles et l’insomnie nocturne. L’insuffisance du sang et la stagnation de l’énergie dans le foie doivent causer douleur et gonflement sous les côtes, retard des règles et sensation de chaleur intérieure. L’extrême déficience de l’énergie dans le méridien du poumon entraîne par moments des vertiges de la tête et des yeux ; entre les heures yin et mao, elle doit spontanément transpirer et se sentir comme dans une barque. Enfin, puisque la Terre de la rate est dominée par le Bois du foie, elle doit manquer d’appétit, être lasse d’esprit et avoir les quatre membres endoloris et faibles. D’après ce pouls, tels doivent être ses symptômes. Quant à prétendre que c’est là un pouls de grossesse, je ne saurais assurément souscrire à cette opinion. »

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Une matrone chargée de servir la malade et d’assister à la prise du pouls, qui se tenait à côté d’eux, s’écria : « C’est exactement cela ! Monsieur parle véritablement comme un dieu : nous n’avons même plus besoin de rien lui expliquer. Plusieurs médecins impériaux suivent actuellement notre maîtresse, mais aucun n’a su parler avec une telle précision. L’un dit que c’est une grossesse, l’autre une maladie ; celui-ci affirme que ce n’est rien, celui-là redoute la période du solstice d’hiver. Aucun ne nous donne jamais de réponse certaine. Nous supplions monsieur de nous éclairer sans détour. »

:「𪾶。㨿?」:「。」𦗟:「調。」

Le médecin dit : « L’état de la jeune maîtresse a été aggravé par les retards de tous ces messieurs. Si on l’avait soignée dès les premières irrégularités de ses règles, elle serait probablement entièrement guérie aujourd’hui. Puisque la maladie a été laissée jusqu’à ce point, c’est qu’elle devait subir cette épreuve.

« À mon avis, il subsiste encore trois chances sur dix de la guérir. Qu’elle prenne mon remède : si elle parvient à dormir la nuit, j’aurai deux chances de plus de la sauver. À en juger par son pouls, la jeune maîtresse est d’un caractère fier et résolu, et d’une intelligence sans égale. Mais lorsqu’on est trop intelligent, on rencontre souvent des contrariétés ; et les contrariétés fréquentes conduisent à des réflexions excessives. Dans cette maladie, l’inquiétude a lésé la rate et le Bois du foie est devenu beaucoup trop puissant ; voilà pourquoi le sang menstruel ne vient plus à la date normale.

« Interrogez-la sur ses règles passées : leurs intervalles n’étaient certainement jamais plus courts, mais toujours plus longs. N’est-ce pas exact ? »

La matrone répondit : « Tout à fait ! Ils n’ont jamais été plus courts. Ils se sont allongés tantôt de deux ou trois jours, tantôt jusqu’à dix jours. »

« Voilà, dit le médecin. Telle est l’origine de la maladie. Si elle avait autrefois pris des remèdes pour nourrir le cœur et régler l’énergie, comment en serait-elle arrivée là ? À présent, elle présente manifestement un syndrome de déficience de l’Eau et d’excès du Feu. Voyons l’effet de mon traitement. »

Il écrivit alors une ordonnance et la remit à Jia Rong. On y lisait :

Décoction pour fortifier l’énergie, nourrir le sang, tonifier la rate et harmoniser le foie

Ginseng, atractylode blanc, poria du Yunnan, rehmannia préparée

Corps de racine d’angélique chinoise, pivoine blanche, livèche du Sichuan, astragale

Souchet préparé au vinaigre de riz, buplèvre, igname de Huai, authentique colle de peau d’âne

Corydale, réglisse grillée

Comme adjuvants : sept graines de lotus de Jian, germes retirés, et deux jujubes

:「?」:「;搃。」

Après avoir lu, Jia Rong dit : « Voilà qui est d’une science admirable. Mais permettez-moi encore une question : cette maladie finira-t-elle ou non par mettre sa vie en danger ? »

Le médecin sourit : « Le jeune maître est lui-même fort perspicace. Quand une maladie en arrive à ce point, elle ne date pas d’un jour ni d’une nuit. Après qu’elle aura pris ce remède, tout dépendra aussi de l’affinité entre le médecin et la malade. À mon avis, elle ne court aucun danger durant tout cet hiver. Pourvu qu’elle passe l’équinoxe de printemps, on pourra espérer sa complète guérison. »

Jia Rong était lui aussi intelligent et ne poussa pas plus loin ses questions.

𤤽𤤽𤤽:「。」:「。」𦗟𭺾𦗟

Jia Rong reconduisit le médecin, puis présenta à Jia Zhen l’ordonnance et le relevé du pouls, en lui rapportant également toutes ses paroles ainsi qu’à Madame You. Celle-ci dit à Jia Zhen : « Jamais aucun médecin ne s’est expliqué aussi nettement. Ses remèdes ne doivent pas être mauvais. »

Jia Zhen répondit : « Ce n’est pas un homme qui pratique la médecine au hasard pour gagner son riz, mais quelqu’un qui en a une longue expérience. C’est seulement à cause de notre amitié avec Feng Ziying que celui-ci a réussi, non sans peine, à le décider à venir. Maintenant que nous avons un tel homme, peut-être notre belle-fille guérira-t-elle. Puisque son ordonnance contient du ginseng, utilisons celui d’excellente qualité dont nous avons acheté une livre l’autre jour. »

Après ces paroles, Jia Rong sortit et ordonna qu’on achète les drogues, qu’on prépare la décoction et qu’on la donne à Qin Keqing. Quant à savoir quel effet ce remède eut sur sa maladie, écoutez les explications du prochain récit.

Notes

玉字輩 : dans un clan, les hommes d’une même génération partagent souvent un caractère générationnel dans leur prénom ; Jia Huang appartient ici à la génération en « Jade », comme Jia Baoyu.

賈 : le patronyme Jia se prononce comme 假, « faux » ; ce calembour structure l’opposition entre apparence et vérité dans le roman.

𤓰窪國 : le « royaume de Guawa » est un pays imaginaire proverbial, désignant un lieu fabuleusement lointain où une pensée ou une résolution s’est entièrement envolée.

陰隲文 : traité moral taoïsant attribué à Wenchang, qui exhorte aux bonnes actions en exposant les récompenses et châtiments invisiblement accordés par le Ciel.

寸、關 : cun et guan sont deux des trois positions où le médecin chinois palpe chaque poignet ; chaque position est mise en rapport avec certains organes.

肝木剋脾土 : selon les cinq phases, le foie relève du Bois et la rate de la Terre ; le Bois « domine » ou « vainc » la Terre.

寅卯間 : intervalle correspondant approximativement à la fin de la nuit et au début de l’aube, entre trois et sept heures.

過了春分 : la formule est volontairement équivoque : la guérison n’est promise que si Qin Keqing parvient d’abord à « passer » l’équinoxe de printemps.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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