Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 38 Lin de Xiaoxiang remporte la palme des poèmes sur les chrysanthèmes ; Xue de Hengwu répond par une satire en chantant les crabes
林瀟湘魁奪菊花詩 薛𧄇蕪諷和螃蠏咏
Lin de Xiaoxiang remporte la palme des poèmes sur les chrysanthèmes
Xue de Hengwu répond par une satire en chantant les crabes
話說寳釵湘雲計議已定,一宿無話。湘雲次日便請賈母等賞桂花。賈母等都說道:「倒是他有興頭,須要擾他這雅興。」至午,果然賈母帶了王夫人鳯姐,兼請薛姨媽等進園來。賈母因問:「那一處好?」王夫人道:「凴老太太愛在那一處,就在那一處。」鳯姐道:「藕香榭已經擺下了,那山坡下兩颗桂花開的又好,河裡水又碧淸,坐在河當中亭子上豈不厰亮,看着水,眼也淸亮。」賈母聼了,說:「這話狠是。」說着,引了衆人徃藕香榭來。
Lorsque Baochai et Xiangyun eurent arrêté leurs plans, la nuit s’écoula sans incident. Le lendemain, Xiangyun invita l’aïeule Jia et les autres à venir admirer les fleurs d’osmanthe. Toutes dirent : « Puisqu’elle est si pleine d’entrain, gardons-nous de troubler ce plaisir délicat. » À midi, l’aïeule Jia entra donc dans le jardin avec Madame Wang et Xifeng ; la tante Xue et les autres avaient également été conviées. L’aïeule Jia demanda : « Quel endroit conviendrait le mieux ? » Madame Wang répondit : « Celui qu’il vous plaira de choisir. » Xifeng dit : « Tout est déjà disposé au kiosque des Lotus parfumés. Les deux osmanthes au pied de la pente sont en pleine floraison, et l’eau de la rivière est limpide et verte. Installées dans le pavillon au milieu de l’eau, nous serons au large et, à contempler l’eau, nous aurons même les yeux plus clairs. » L’aïeule Jia l’écouta et dit : « Voilà qui est fort juste. » Sur ce, elle conduisit tout le monde vers le kiosque des Lotus parfumés.
原來這藕香榭蓋在池中,四面有牕,左右有囘廊,亦是跨水接𡶶,後靣又有曲折橋。衆人上了竹橋,鳯姐忙上來攙着賈母,口裡說道:「老祖宗只𬋩邁大歩走,不相干,這竹子橋規矩是硌吱硌吱的。」一時進入榭中,只見欄杆外另放着兩張竹案,一個上面設着杯筯酒具,一個上頭設着茶筅茶具各色盞碟。那邊有兩三個丫頭煽風爐煮茶,這一邊另外幾個丫頭也煽風爐燙酒呢。賈母忙笑問:「這茶想的狠好,且是地方東西都干净。」湘雲笑道:「這是寳姐姐帮着我預偹的。」賈母道:「我說這個孩子細緻,凡事想的妥當。」一面說,一面又看見柱上掛的黑𣾰嵌蚌的對子,命湘雲念道:
Le kiosque des Lotus parfumés était bâti au milieu de l’étang. Il avait des fenêtres sur ses quatre côtés, des galeries en retour à droite et à gauche, et enjambait l’eau pour rejoindre la colline ; derrière s’étirait encore un pont sinueux. Lorsque tous furent montés sur le pont de bambou, Xifeng se hâta de venir soutenir l’aïeule Jia et lui dit : « Que la Vieille Aïeule marche seulement à grands pas, il n’y a aucun danger : ce pont de bambou est fait pour grincer ainsi. » Une fois dans le kiosque, elles virent, au-delà de la balustrade, deux tables de bambou. Sur l’une étaient disposés coupes, baguettes et ustensiles à vin ; sur l’autre, un fouet à thé, le nécessaire à thé et toutes sortes de tasses et de soucoupes. D’un côté, deux ou trois servantes éventaient un fourneau pour faire le thé ; de l’autre, plusieurs autres éventaient également un fourneau pour chauffer le vin. L’aïeule Jia demanda aussitôt en souriant : « Cette idée du thé est excellente ; de plus, le lieu comme les ustensiles sont d’une propreté parfaite. » Xiangyun répondit en souriant : « C’est grande sœur Bao qui m’a aidée à tout préparer. » L’aïeule Jia dit : « Je l’ai toujours dit : cette enfant est minutieuse et pense à tout comme il faut. » Tout en parlant, elle aperçut sur un pilier un distique en laque noire incrustée de nacre et ordonna à Xiangyun de le lire :
芙蓉影破歸蘭漿,菱藕香深㵼竹橋。
La rame d’orchidée qui revient brise les reflets des lotus ; le parfum profond des macres et des racines de lotus se déverse sous le pont de bambou.
賈母聼了,又抬頭看匾,因囬頭向薛姨媽道:「我先小時,家裡也有這麽一個亭子,呌做什麽枕霞閣。我那時也只像他姊妹們這麽大年紀,同姊妹們天天頑去。那日誰知我失了脚掉下去,幾乎没淹死,好容易救了上來,到底被那木釘磞破了頭,如今這鬓角上那指頭頂大一塊窩兒,就是那碰破的。衆人都怕經了水,又怕冐了風,都說了不得了,誰知竟好了。」鳯姐不等人說,先笑道:「那時要活不得,如今這麽大福可呌誰享呢?可知老祖宗從小兒的福壽就不小,神差鬼使,磞出那個窩兒來,好盛福壽的。壽星老兒頭上原是一個窩兒,因爲萬福萬壽盛滿了,所以倒凸高出些來了。」
Après l’avoir entendu, l’aïeule Jia leva les yeux vers l’enseigne puis, se tournant vers la tante Xue, dit : « Quand j’étais petite, nous avions aussi chez nous un pavillon de ce genre, appelé, si je me souviens bien, le pavillon de l’Oreiller des brumes. J’avais alors l’âge de ces jeunes filles et j’allais chaque jour m’y amuser avec mes sœurs. Un jour, j’ai perdu pied et suis tombée dans l’eau ; j’ai failli me noyer. On parvint non sans peine à me sauver, mais un clou de bois me fendit la tête. Le creux gros comme le bout du doigt que j’ai encore aujourd’hui à la tempe vient de ce coup. Tout le monde craignait que l’eau et le vent ne me fussent fatals et disait que j’étais perdue ; pourtant, je guéris. » Sans laisser à personne le temps de répondre, Xifeng dit en riant : « Si vous n’aviez pas survécu, qui jouirait aujourd’hui d’un si grand bonheur ? On voit bien que, dès l’enfance, la Vieille Aïeule était promise à une longue vie et à une grande félicité : les dieux et les esprits firent exprès de lui creuser cet endroit pour qu’elle pût y loger tout son bonheur et toute sa longévité. Le Vieillard de la Longévité a lui aussi une bosse sur le crâne : c’est que ses dix mille bonheurs et ses dix mille années de vie l’ont remplie au point de la faire saillir. »
未及說完,賈母與衆人都笑軟了。賈母笑道:「這猴兒慣的了不得了,只管拿我取笑兒起來,恨的我撕你那油嘴。」鳯姐道:「囬來吃螃蠏,恐積了冷在心裡,討老祖宗笑一笑開心,一高興多吃兩個,就無妨了。」賈母笑道:「明日呌你日夜跟著我,我倒常笑笑,覺得開開心,不許囘家去。」王夫人笑道:「老太太因爲喜歡他,纔慣得他這様。還這様說,他明日越發無理了。」賈母笑道:「我喜歡他這様,况且他又真不是那不知高低的孩子。家常没人,娘兒們原該這様,横竪禮體不錯就罷了,没的倒呌他們神鬼似的做什麽。」
Elle n’avait pas achevé que l’aïeule Jia et toutes les autres riaient à en perdre leurs forces. L’aïeule dit en riant : « Cette guenon est vraiment gâtée au-delà de toute mesure ! Elle ne cesse de se moquer de moi ; j’ai bien envie de lui déchirer cette bouche mielleuse. » Xifeng répondit : « Comme nous allons manger des crabes, je crains que leur froid ne s’accumule dans votre cœur. Je voulais faire rire la Vieille Aïeule afin de le lui ouvrir : de bonne humeur, elle en mangera deux de plus sans en souffrir. » L’aïeule Jia dit en riant : « Dès demain, je te ferai rester près de moi jour et nuit. À rire ainsi constamment, j’aurai le cœur tout réjoui ; défense de rentrer chez toi ! » Madame Wang sourit : « C’est parce que vous l’aimez que vous l’avez gâtée de la sorte. Si vous lui parlez encore ainsi, elle sera demain plus effrontée que jamais. » L’aïeule Jia répondit en riant : « C’est justement ainsi que je l’aime. D’ailleurs, elle n’est vraiment pas de ces enfants qui ignorent les convenances. Lorsqu’il n’y a personne d’étranger et que nous sommes entre femmes de la famille, il convient d’être ainsi. Pourvu que les règles essentielles soient respectées, à quoi bon les obliger à se tenir comme des statues de dieux ou de démons ? »
說著,一齊進入亭子。献過茶,鳳姐忙著安放盃筯,上面一棹:賈母、薛姨媽、寳釵、黛玉、寳玉;東邊一棹:史湘雲、王夫人、迎春、探春、惜春;西邊靠門一小棹:李紈和鳯姐,虚設坐位,二人皆不敢坐,只在賈母王夫人兩棹上伺候。鳯姐吩咐:「螃蠏不可多拿來,仍舊放在蒸籠裡,拿十個來,吃了再拿。」一面又要水洗了手,站在賈母跟前剝蠏肉,頭次讓薛姨媽,薛姨媽道:「我自己掰著吃香甜,不用人讓。」鳯姐便奉與賈母。二次的便與寳玉。又說:「把酒燙得滚熱的拿来。」又命小丫頭們去取菊花葉兒桂花蕊燻的菉豆麵子,預偹洗手。
Tout en parlant, elles entrèrent ensemble dans le pavillon. Après le service du thé, Xifeng se hâta de disposer coupes et baguettes. À la table d’honneur prirent place l’aïeule Jia, la tante Xue, Baochai, Daiyu et Baoyu ; à la table de l’est, Shi Xiangyun, Madame Wang, Yingchun, Tanchun et Xichun ; près de la porte, à l’ouest, une petite table avait été préparée pour Li Wan et Xifeng, mais leurs places demeurèrent vides : aucune n’osait s’asseoir, et toutes deux servaient aux tables de l’aïeule Jia et de Madame Wang. Xifeng ordonna : « N’apportez pas trop de crabes à la fois. Laissez-les dans le panier à vapeur et servez-en dix ; quand ils seront mangés, vous en reprendrez. » Elle demanda de l’eau pour se laver les mains, puis, debout devant l’aïeule Jia, se mit à décortiquer un crabe. Elle en offrit d’abord à la tante Xue, qui dit : « Je préfère le casser moi-même, il n’en sera que plus savoureux ; nul besoin de me servir. » Xifeng le présenta donc à l’aïeule Jia, puis donna le second à Baoyu. Elle ajouta : « Apportez le vin brûlant. » Elle ordonna encore aux petites servantes d’aller chercher la poudre de haricots mungo parfumée aux feuilles de chrysanthème et aux étamines d’osmanthe, préparée pour se laver les mains.
史湘雲陪著吃了一個,便下坐来讓人,又出至外頭,命人盛兩盤子與趙姨娘送去。又見鳳姐走來道:「你不慣張羅,你吃你的去,我先替你張羅,等散了我再吃。」湘雲不肯,又命人在那邊廊上擺了兩席,讓鴛鴦、琥珀、彩霞、彩雲、平兒去坐。鴦鴦因向鳯姐笑道:「二奶奶在這裡侯伺,我可吃去了。」鳯姐兒道:「你們只𬋩去,都交給我就是了。」說著,史湘雲仍入了席。鳯姐和李紈也胡亂應個景兒。
Shi Xiangyun mangea un crabe pour tenir compagnie aux convives, puis quitta sa place afin de servir les autres. Elle sortit et ordonna d’envoyer deux assiettes à la concubine Zhao. Xifeng vint alors lui dire : « Tu n’as pas l’habitude d’organiser tout cela. Va manger ; je m’en charge pour toi, et je mangerai après le départ des convives. » Xiangyun ne voulut pas accepter. Elle fit encore dresser deux tables dans la galerie et invita Yuanyang, Hupo, Caixia, Caiyun et Ping’er à s’y asseoir. Yuanyang dit alors à Xifeng en riant : « Puisque la seconde maîtresse reste ici à servir, moi, je vais manger. » Xifeng répondit : « Allez-y toutes sans vous inquiéter, laissez-moi tout. » Shi Xiangyun regagna alors sa place. Quant à Xifeng et Li Wan, elles mangèrent quelques bouchées pour la forme.
鳯姐仍舊下來張羅,一時出至廊上,鴛鴦等正吃得高興,見他來了,鴛鴦等站起來道:「奶奶又出來做什麽?讓我們也受用一㑹子。」鳯姐笑道:「鴛鴦丫頭越發壊了,我替你當差,倒不領情,還抱怨我,還不快斟一鐘酒來我喝呢!」鴛鴦笑着,忙斟了一杯酒,送至鳯姐唇邊,鳯姐一挺脖子吃了。琥珀彩霞二人,也斟上一杯,送至鳯姐唇邊,那鳯姐也吃了。平兒早剔了一壳黃子送來,鳯姐道:「多倒些薑醋。」一囬也吃了,笑道:「你們坐著吃罷,我可去了。」鴛鴦笑道:「好没臉!吃我們的東西。」鳳姐兒笑道:「你少和我作怪,你知道你連二爺愛上了你,要和老太太討了你做小老婆呢。」鴛鴦紅了臉道:「啐!這也是做奶奶說出来的話。我不拿腥手抹你一臉𮅕不得!」說著赶來就要抹。鳳姐兒道:「好姐姐,饒我這一遭兒罷。」琥珀笑道:「鴛丫頭要去了,平丫頭還饒他?你們看看,他没有吃了兩個螃蠏,到喝了一碟子醋呢!」
Xifeng continua de s’occuper du service. Lorsqu’elle sortit dans la galerie, Yuanyang et les autres mangeaient de bon cœur. En la voyant, elles se levèrent et dirent : « Que vient encore faire ici la maîtresse ? Laissez-nous donc profiter un moment de notre repas. » Xifeng répondit en riant : « Cette fille de Yuanyang devient de plus en plus mauvaise ! Je fais ton service à ta place et, loin de m’en savoir gré, tu te plains encore. Verse-moi plutôt bien vite une coupe de vin ! » Yuanyang, tout sourire, remplit une coupe et la porta aux lèvres de Xifeng, qui renversa la tête et la but. Hupo et Caixia lui en versèrent chacune une autre et les lui portèrent aux lèvres ; Xifeng les but également. Ping’er avait déjà détaché une carapace pleine de jaune et la lui apporta. Xifeng dit : « Mets davantage de vinaigre au gingembre. » Elle le mangea bientôt, puis dit en riant : « Restez assises et mangez ; moi, je m’en vais. » Yuanyang lança : « Quelle effrontée ! Elle vient manger ce qui est à nous ! » Xifeng répondit en riant : « Cesse donc tes sottises. Sais-tu que le Second Maître s’est épris de toi et compte te demander à l’aïeule pour faire de toi sa concubine ? » Yuanyang rougit : « Pouah ! Est-ce là une chose qu’une maîtresse devrait dire ? Attends que je te barbouille le visage avec mes mains pleines de crabe ! » Et elle se lança à sa poursuite pour le faire. Xifeng dit : « Bonne sœur, épargne-moi cette fois ! » Hupo intervint en riant : « Même si Yuanyang s’en va, crois-tu que Ping’er te laissera tranquille ? Regardez donc : elle n’a pas mangé deux crabes, mais elle a déjà avalé toute une soucoupe de vinaigre ! »
平兒手裡正剥了個滿黃螃蠏,聼如此奚落他,便拿著螃蠏照琥珀臉上来抹,口内笑罵:「我把你這嚼舌根的小蹄子!」琥珀也笑著往傍邊一躱。平兒使空了,往前一撞,正恰恰的抹在鳯姐腮上。鳯姐正和鴛鴦嘲笑,不防唬了一跳,「噯喲」了一聲,衆人掌不住都哈哈的大笑起來。鳯姐也禁不住笑罵道:「死娼婦!吃離了眼了,混抹你娘的。」平兒忙赶過來替他擦了,親自去端水。鴛鴦道:「阿彌陀佛!這纔是現報呢。」賈母那邊聽見,一叠連聲問:「見了什麽了,這様樂?告訴我們也笑笑。」鴛鴦等忙高聲笑囬道:「二奶奶來搶螃蠏吃,平兒惱了,抹了他主子一臉螃蠏黃子,主子奴才打架呢!」賈母和王夫人等聼了,也笑起來。賈母笑道:「你們看他可憐見兒的,那小腿子臍子給他㸃子吃也完了。」鴛鴦等笑著答應了,高聲的說道:「這滿桌子的腿子,二奶奶只管吃就是了。」鳯姐洗了臉,走來又伏待賈母等吃了一囘。黛玉弱,不敢多吃,只吃了一㸃夾子肉,就下来了。賈母一時也不吃了。大家方散,都洗了手。也有看花的,也有弄水看魚的,遊玩了一囘。
Ping’er tenait justement un crabe débordant de jaune qu’elle venait de décortiquer. Entendant cette raillerie, elle voulut en barbouiller le visage de Hupo et l’injuria en riant : « Attends un peu, petite peste à la langue bien pendue ! » Hupo esquiva en riant. Ping’er manqua son coup, trébucha en avant et étala le crabe en plein sur la joue de Xifeng. Celle-ci plaisantait avec Yuanyang et, prise au dépourvu, sursauta en poussant un « Aïe ! » Tous éclatèrent de rire. Xifeng elle-même ne put s’empêcher de rire tout en jurant : « Maudite garce ! La nourriture t’aveugle donc, pour que tu barbouilles ta propre mère au hasard ! » Ping’er accourut lui essuyer le visage, puis alla elle-même chercher de l’eau. Yuanyang dit : « Amitabha ! Voilà une rétribution immédiate ! » De son côté, l’aïeule Jia avait entendu le bruit et demandait sans relâche : « Qu’avez-vous donc vu pour rire ainsi ? Racontez-le-nous, que nous riions aussi. » Yuanyang et les autres répondirent à haute voix : « La seconde maîtresse est venue voler nos crabes. Ping’er s’est fâchée et a barbouillé de jaune de crabe le visage de sa maîtresse : maîtresse et servante sont en pleine bataille ! » L’aïeule Jia, Madame Wang et les autres se mirent également à rire. L’aïeule dit : « Voyez comme elle est à plaindre ! Donnez-lui donc quelques pattes et quelques plastrons de crabe, et que ce soit fini. » Yuanyang et les autres acquiescèrent en riant et crièrent : « La table est couverte de pattes ; que la seconde maîtresse en mange tant qu’elle voudra ! » Après s’être lavé le visage, Xifeng revint servir encore un moment l’aïeule Jia et les autres. Daiyu, de santé fragile, n’osa pas manger beaucoup : elle ne prit qu’un peu de chair des pinces, puis quitta la table. Peu après, l’aïeule Jia cessa elle aussi de manger. Tous se dispersèrent et se lavèrent les mains. Les uns allèrent contempler les fleurs ; les autres jouèrent avec l’eau ou regardèrent les poissons, et tous se divertirent ainsi quelque temps.
王夫人因問賈母,說:「這裡風大,纔又吃了螃蠏,老太太還是囘房去歇歇罷了。若高興,明日再來逛逛。」賈母聼了,笑道:「正是呢。我怕你們高興,我走了,又怕掃了你們的興。旣這麽說,偺們就都去罷。」囘頭嘱咐湘雲:「别讓你寳哥哥林姐姐多吃了。」湘雲答應著。又嘱咐湘雲寳釵二人說:「兩個也别多吃。那東西雖好吃,不是什麽好的,吃多了肚子疼。」二人忙應著,送出園外,仍舊囬來,命將殘席𭣣拾了另擺。寳玉道:「也不用擺,偺們且做詩。把那大團圓桌子放在當中,酒菜都放著,也不必拘定坐位,有愛吃的去吃,大家散坐,豈不便宜?」寳釵道:「這話極是。」湘雲道:「雖如此說,還有别人。」因又命另擺一桌,揀了熱螃蠏來,請襲人、紫鵑、司其、侍書、入畵、鶯兒、翠墨等一處共坐。山坡桂樹底下鋪下兩條花毯,命支應的婆子並小丫頭等也都坐了,只𬋩隨意吃喝,等使喚再來。
Madame Wang dit alors à l’aïeule Jia : « Il y a beaucoup de vent ici, et vous venez de manger du crabe. Vous feriez mieux de rentrer vous reposer. Si le cœur vous en dit, vous reviendrez vous promener demain. » L’aïeule Jia répondit en souriant : « C’est fort juste. Je craignais seulement qu’après vous avoir mises en train mon départ ne gâte votre plaisir. Puisque tu le dis, partons donc toutes. » Se retournant vers Xiangyun, elle lui recommanda : « Ne laisse pas ton frère Baoyu ni ta sœur Lin en manger trop. » Xiangyun promit d’y veiller. L’aïeule recommanda encore à Xiangyun et à Baochai : « Vous deux non plus, n’en mangez pas trop. C’est savoureux, mais ce n’est guère sain : si vous en abusez, vous aurez mal au ventre. » Toutes deux s’empressèrent d’acquiescer et les raccompagnèrent hors du jardin. Puis elles revinrent et ordonnèrent de desservir les restes du banquet afin de dresser de nouveau les tables. Baoyu dit : « Inutile de tout réinstaller ; faisons d’abord nos poèmes. Plaçons la grande table ronde au milieu, laissons-y le vin et les plats, et ne fixons pas les places. Ceux qui voudront manger iront se servir et chacun s’assiéra où bon lui semblera : ne sera-ce pas plus commode ? » Baochai répondit : « Voilà qui est parfaitement juste. » Xiangyun dit : « C’est vrai, mais il reste encore d’autres personnes. » Elle fit donc dresser une autre table, y fit apporter des crabes chauds et invita Xiren, Zijuan, Siqi, Shishu, Ruhua, Ying’er, Cuimo et les autres à s’y asseoir ensemble. On étendit deux tapis fleuris sous les osmanthes de la pente ; les femmes de service et les petites servantes reçurent elles aussi l’ordre de s’y installer, de manger et de boire à leur guise, et de ne revenir que lorsqu’on les appellerait.
湘雲便取了詩題,用針綰在墻上,衆人看了,都說:「新竒,只怕做不出來。」湘雲又把不限韻的緣故說了一番,寳玉道:「這纔是正理,我也最不喜限韻。」林黛玉因不大吃酒,又不吃螃蠏,自命人掇了一個綉墩,𠋣欄坐著,拿著釣杆釣魚。寳釵手裡拿著一枝桂花,玩了一囬,俯在窻檻上,掐了桂蕊,擲在水面,引的遊魚浮上來唼喋。湘雲出一囬神,又讓一囘襲人等,又招呼山坡下的衆人只管放量吃。探春和李紈惜春正立在𡸁柳陰中看鷗鷺。迎春又獨在花陰下,拿著花針兒穿茉莉花。寳玉又看了一囬黛玉釣魚。一囘又俯在寳釵傍邊說笑兩句。一囘又看襲人等吃螃蠏,自己也陪他飮兩口酒,襲人又剥一壳肉給他吃。黛玉放下釣杆,走至坐間,拿起那烏銀梅花自斟壺來,揀了一個小小的海棠凍石蕉葉杯,丫頭看見,知他要飮酒,忙著走上來斟,黛玉道:「你們只管吃去,讓我自己斟纔有趣兒。」說著,便斟了半盞,看時,𨚫是黃酒,因說道:「我吃了一㸃子螃蠏,覺得心口㣲㣲的疼,須得熱熱的吃口燒酒。」寳玉忙接道:「有燒酒。」便命將那合歡花浸的酒燙一壺來。黛玉也只吃了一口,便放下了。
Xiangyun prit alors les sujets des poèmes et les fixa au mur avec une épingle. Après les avoir lus, tous dirent : « C’est original ; nous craignons seulement de ne pas savoir les traiter. » Xiangyun expliqua encore pourquoi les rimes seraient libres. Baoyu dit : « Voilà la bonne méthode ; moi non plus, je n’aime guère les rimes imposées. » Lin Daiyu, qui buvait peu de vin et ne mangeait pas de crabe, fit apporter un tabouret brodé, s’assit contre la balustrade et se mit à pêcher à la ligne. Baochai tenait une branche d’osmanthe à la main. Après avoir joué un moment avec elle, elle se pencha sur l’appui de la fenêtre, en détacha les étamines et les jeta à la surface de l’eau, attirant les poissons qui remontaient les happer. Xiangyun demeura un moment pensive, puis invita de nouveau Xiren et les autres à manger ; elle cria également aux gens installés au pied de la pente de se servir sans retenue. Tanchun, Li Wan et Xichun, debout à l’ombre des saules pleureurs, regardaient les mouettes et les aigrettes. Yingchun, seule sous les fleurs, enfilait des fleurs de jasmin sur une épingle florale. Baoyu alla un moment regarder Daiyu pêcher, puis se pencha près de Baochai pour échanger quelques plaisanteries ; ensuite, il alla voir Xiren et les autres manger leurs crabes, but deux gorgées de vin avec elles et mangea la carapace pleine de chair que Xiren lui avait décortiquée. Daiyu posa sa ligne, revint vers les sièges et prit la verseuse à vin en argent noir, ornée de fleurs de prunier et conçue pour se servir soi-même. Elle choisit une petite coupe en pierre gelée, sculptée en feuille de bananier et décorée de fleurs de pommier. Voyant qu’elle voulait boire, une servante accourut pour la servir. Daiyu lui dit : « Allez donc manger ; il est plus amusant de me servir moi-même. » Elle versa une demi-coupe, mais vit que c’était du vin jaune. Elle dit alors : « J’ai mangé un peu de crabe et je sens une légère douleur à la poitrine ; il me faut une gorgée d’eau-de-vie bien chaude. » Baoyu s’empressa de répondre : « Il y en a. » Il ordonna de chauffer une verseuse d’alcool où avaient macéré des fleurs d’albizia. Daiyu n’en but qu’une gorgée avant de reposer sa coupe.
寳釵也走過来,另拿了一隻杯來,也飮了一口放下,便蘸筆至墻上把頭一個「憶菊」勾了,底下又贅一個「𧄇」字。寳玉忙道:「好姐姐,第二個我已有了四句了,你讓我做罷。」寳釵笑道:「我好容易有了一首,你就忙的這様。」黛玉也不說話,接過筆來把第八個「問菊」勾了,接著把第十一個「菊夢」也勾了,也贅上了一個「瀟」字。寳玉也拿起筆來將第二個「訪菊」也勾了,也贅上一個「絳」字。探春起來看着道:「竟没人作『簮菊」?讓我作。」又指著寳玉笑道:「纔宣過,總不許帶出閨閣字様來,你可要留神。」說著,只見湘雲走來,將第四第五「對菊」「供菊」一連兩個都勾了,也贅上一個「湘」字。探春道:「你也該起個號。」湘雲笑道:「我們家裡如今雖有幾處軒館,我又不住著,借了來也没趣。」寳釵笑道:「方纔老太太說,你們家裡也有一個水亭,呌做枕霞閣,難道不是你的?如今雖没了,你到底是舊主人。」衆人都道:「有理。」寳玉不待湘雲動手,便代將「湘」字抹了,攺了一個「霞」字。
Baochai s’approcha à son tour, prit une autre coupe, en but une gorgée et la reposa. Puis elle trempa son pinceau et barra sur le mur le premier sujet, « Souvenir des chrysanthèmes », ajoutant au-dessous le caractère « Heng ». Baoyu s’écria : « Bonne sœur, j’ai déjà composé quatre vers sur le deuxième sujet ; laisse-le-moi donc ! » Baochai répondit en souriant : « J’ai eu tant de peine à trouver un poème, et te voilà déjà dans tous tes états ! » Sans rien dire, Daiyu prit le pinceau et barra le huitième sujet, « Interroger les chrysanthèmes », puis le onzième, « Rêve de chrysanthèmes » ; elle ajouta au-dessous le caractère « Xiao ». Baoyu prit lui aussi le pinceau, barra le deuxième sujet, « Visite aux chrysanthèmes », et ajouta le caractère « Jiang ». Tanchun se leva pour regarder et dit : « Personne ne compose donc sur “Chrysanthèmes dans les cheveux” ? Laissez-le-moi. » Puis elle montra Baoyu du doigt en riant : « Nous venons de proclamer qu’aucun terme évoquant les appartements féminins ne serait admis ; prends bien garde ! » À cet instant, Xiangyun arriva et barra coup sur coup les quatrième et cinquième sujets, « Face aux chrysanthèmes » et « Offrande aux chrysanthèmes », puis ajouta le caractère « Xiang ». Tanchun lui dit : « Tu devrais toi aussi te choisir un nom de plume. » Xiangyun répondit en riant : « Notre maison possède bien aujourd’hui quelques pavillons et galeries, mais puisque je n’y habite pas, il serait sans intérêt de leur emprunter un nom. » Baochai dit en souriant : « L’aïeule racontait justement que votre famille possédait autrefois un pavillon sur l’eau appelé le pavillon de l’Oreiller des brumes. Ne t’appartient-il donc pas ? Même s’il n’existe plus aujourd’hui, tu en demeures l’ancienne maîtresse. » Tous dirent : « C’est juste. » Sans attendre que Xiangyun intervînt, Baoyu effaça pour elle le caractère « Xiang » et le remplaça par « Xia », “Brume”.
没有頓飯工夫,十二題已全,各自謄出來,都交與𨒖春,另拿了一張雪浪箋過來,一併謄錄出來,某人作的,底下贅明某人的號。李紈等從頭看道:
Avant même le temps d’un repas, les douze sujets avaient tous été traités. Chacun mit son poème au propre et le remit à Yingchun. Celle-ci prit une nouvelle feuille de papier Vagues de neige, y recopia l’ensemble et indiqua sous chaque pièce le nom de plume de son auteur. Li Wan et les autres commencèrent leur lecture depuis le début :
衆人看一首,讃一首,彼此稱揚不絶。李紈笑道:「等我從公評來,通篇看來,各人有各人的警句,今日公評:『咏菊』第一,『問菊』第二,『菊夢』第三,題目新,詩也新,立意更新了,只得要推瀟湘𡚱子爲魁了。然後『簮菊』、『對菊』、『供菊』、『畵菊』、『憶菊』次之。」寶玉𦗟說,喜的拍手呌道:「極是,極公!」黛玉道:「我那箇也不好,到底傷於纖巧些。」李紈道:「巧的却好,不露堆砌生硬。」黛玉道:「㨿我看來,頭一句好的是『圃冷斜陽憶舊遊』,這句背面傳粉。『拋書人對一枝秋』,已經妙絶,將供菊說完,没處再說,故翻囬来想到未折未供之先,意思深遠。」李紈笑道:「固如此說,你的『口角噙香』一句也敵得過了。」探春又道:「到底要筭𧄇蕪君沉著,『秋無跡』,『夢有知』,把個『憶』字竟烘𣑱出來了。」寳釵笑道:「你的『短鬓冷沾』,『葛巾香𣑱』,也就把簮菊形容得一個縫兒也没了。」湘雲笑道:「『偕誰隱』,『爲底遲』,直直把個菊花問得無言可對。」李紈笑道:「你那『科頭坐』,『抱𦡀吟』,竟一時也捨不得别開,菊花有知,也必膩煩了。」說的大家都笑了。
À chaque poème lu, tous en louaient un autre, et les compliments mutuels ne tarissaient pas. Li Wan dit en souriant : « Laissez-moi rendre un jugement impartial. Dans l’ensemble, chacun a trouvé ses vers remarquables. Voici le classement du jour : “Chanter les chrysanthèmes” vient en premier, “Interroger les chrysanthèmes” en deuxième, et “Rêve de chrysanthèmes” en troisième. Les sujets sont neufs, les poèmes le sont aussi, et leur conception l’est davantage encore : il faut donc proclamer la Princesse de Xiaoxiang victorieuse. Viennent ensuite “Chrysanthèmes dans les cheveux”, “Face aux chrysanthèmes”, “Offrande aux chrysanthèmes”, “Peindre les chrysanthèmes” et “Souvenir des chrysanthèmes”. » À ces mots, Baoyu battit des mains de joie en s’écriant : « Parfaitement juste ! Parfaitement impartial ! » Daiyu dit : « Mon poème n’est pas si bon ; il pèche tout de même par excès de subtilité. » Li Wan répondit : « Sa subtilité est justement réussie : elle ne laisse voir ni assemblage laborieux ni raideur. » Daiyu reprit : « À mon avis, le meilleur premier vers est : “Dans le jardin froid, au soleil oblique, je me souviens de mes anciennes promenades.” C’est poudrer le revers de la toile. “Livre jeté, l’homme fait face à une branche d’automne” est déjà merveilleux : tout semblait dit sur l’offrande aux chrysanthèmes et il ne restait rien à ajouter ; pourtant, le poème revient en arrière et imagine l’instant précédant la cueillette et l’offrande. L’idée porte loin. » Li Wan répondit en souriant : « Sans doute, mais ton vers “Le parfum aux lèvres, je déclame face à la lune” peut bien rivaliser avec lui. » Tanchun ajouta : « Il faut tout de même reconnaître la profondeur sereine de Dame Hengwu : “L’automne ne laisse aucune trace”, “Le rêve, lui, en a connaissance” ; ces vers font ressortir admirablement le mot “souvenir”. » Baochai répondit en souriant : « Tes vers “Aux courtes tempes adhère une froideur parfumée” et “Le bonnet de chanvre s’imprègne de parfum” décrivent si complètement les chrysanthèmes portés dans les cheveux qu’ils ne laissent pas la moindre lacune. » Xiangyun dit en riant : « “Avec qui partir vivre cachée ?”, “Pourquoi donc venir si tard ?” : voilà les chrysanthèmes interrogés si directement qu’ils n’ont plus un mot à répondre. » Li Wan dit en riant : « Quant à tes vers “Tête nue, je reste assise” et “Les tenant sur mes genoux, je déclame”, on dirait que tu ne peux un seul instant te résoudre à les quitter. Si les chrysanthèmes avaient conscience, ils finiraient sûrement par se lasser de toi. » Tout le monde éclata de rire.
寳玉笑道:「我又落第。難道『誰家種』,『何處秋』,『蠟屐遠來』,『冷吟不盡』,都不是訪不成?『昨夜雨』,『今朝霜』,都不是種不成?但恨敵不上『口角噙香對月吟』、『淸冷香中抱𦡀吟』、『短鬓』、『葛巾』、『金淡泊』、『翠離披』、『秋無迹』、『夢有知』這幾句罷了。」又道:「明日閑了,我一個人做出十二首來。」李紈道:「你的也好,只是不及這幾句新巧就是了。」
Baoyu dit en riant : « Me voilà encore recalé ! Pourtant, “Qui donc les planta ?”, “Où trouver l’automne ?”, “De loin je viens avec mes socques cirées”, “Dans le froid je déclame sans finir”, tout cela ne décrit-il pas une visite ? Et “La pluie de la nuit dernière”, “Le givre de ce matin”, cela ne décrit-il pas leur culture ? Je regrette seulement de ne pouvoir rivaliser avec “Le parfum aux lèvres, je déclame face à la lune”, “Dans le pur parfum glacé, je déclame en les tenant sur mes genoux”, “courtes tempes”, “bonnet de chanvre”, “l’or se fait discret”, “le vert se déploie en désordre”, “l’automne ne laisse aucune trace”, “le rêve, lui, en a connaissance”. » Il ajouta : « Demain, quand j’aurai du loisir, je composerai à moi seul les douze poèmes. » Li Wan répondit : « Les tiens sont bons eux aussi ; ils sont seulement moins neufs et moins ingénieux que ces quelques vers. »
大家又評了一囬,復又要了熱螃蠏来,就在大圓棹上吃了一囘。寳玉笑道:「今日持螯賞桂,亦不可無詩,我已吟成,誰𮟃敢做?」說著,便忙洗了手,提筆寫出,衆人看道:
Ils discutèrent encore quelque temps des poèmes, puis demandèrent de nouveaux crabes bien chauds et en mangèrent autour de la grande table ronde. Baoyu dit en riant : « Puisque nous tenons aujourd’hui les pinces de crabe en admirant les osmanthes, il nous faut aussi un poème. J’ai déjà composé le mien : qui osera encore en faire un ? » Sur ce, il se hâta de se laver les mains, prit le pinceau et écrivit. Tous lurent :
持螯更喜桂陰凉,潑醋擂薑興欲狂。饕餮王孫應有酒,橫行公子竟無膓。臍間積冷饞忘忌,指上沾腥洗尙香。原爲世人美口腹,坡仙曾笑一生忙。
Les pinces en main, je goûte mieux la fraîcheur sous les osmanthes ; vinaigre versé, gingembre pilé, mon entrain devient folie.
Au jeune noble glouton, il faut assurément du vin ; ce prince qui marche de travers se révèle finalement sans entrailles.
Le froid s’amasse sous son plastron, mais la gourmandise oublie toute prudence ; les doigts souillés de son relent, une fois lavés, embaument encore.
C’est pour flatter le palais des hommes qu’il vint au monde ; l’Immortel de la Pente riait déjà d’avoir peiné toute sa vie.
黛玉笑道:「這様的詩,一時要一百首也有。」寳玉笑道:「你這㑹子才力已盡,不說不能做了,還貶人家。」黛玉聼了,並不答應,略一仰首微吟,提起筆來一揮,已有了一首。衆人看道:
Daiyu dit en riant : « Des poèmes de ce genre, on pourrait en faire cent en un instant. » Baoyu répondit : « Ton talent est maintenant épuisé ; plutôt que d’avouer que tu n’en peux composer, tu dénigres celui des autres. » Daiyu l’entendit mais ne répondit pas. Elle releva légèrement la tête et murmura quelques mots, puis saisit le pinceau : d’un seul mouvement, elle avait déjà écrit un poème. Tous lurent :
鐵甲長戈死未忘,堆盤色相喜先嚐。螯封嫩玉雙雙滿,壳凸紅𮌖塊塊香。多肉更憐卿八足,助情誰勸我千觴。對斯佳品酬佳節,桂拂淸香菊帶霜。
Cuirasse de fer et longue lance, même mort il ne les oublie pas ; empilé sur le plat, son bel aspect donne envie d’y goûter d’abord.
Ses deux pinces scellées regorgent de jade tendre ; sous sa carapace bombée, sa graisse rouge embaume par morceaux.
Riche en chair, vous m’êtes plus cher encore avec vos huit pattes ; pour nourrir mon entrain, qui me presse de vider mille coupes ?
Devant ce mets exquis, célébrons cette belle fête : les osmanthes répandent leur pur parfum, les chrysanthèmes portent le givre.
寳玉看了,正喝彩,黛玉便一把撕了,命人燒去,因笑道:「我做的不及你的,我燒了他。你那個狠好,比方纔的菊花詩還好,你留著他給人看。」寳釵笑道:「我也勉强了一首,未必好,寫出取笑兒罷。」說著也寫了出來,大家看時,寫道:
Baoyu lisait et allait l’acclamer lorsque Daiyu arracha brusquement la feuille et ordonna de la brûler. Elle dit en riant : « Mon poème ne vaut pas le tien, je le brûle. Le tien est excellent, meilleur encore que tes poèmes sur les chrysanthèmes ; conserve-le pour le montrer. » Baochai dit en souriant : « J’en ai moi aussi composé un tant bien que mal. Il n’est sans doute pas bon, mais je vais l’écrire pour vous faire rire. » Elle l’écrivit donc, et tous lurent :
桂靄桐隂坐舉觴,長安涎口盼重陽。眼前道路無經緯,皮裡春秋空黑黃。
Sous la brume des osmanthes et l’ombre des sterculiers, assis, nous levons nos coupes ; à Chang’an, les bouches salivent dans l’attente de la fête du Double Neuf.
Sur les chemins qui s’ouvrent devant ses yeux, ni chaîne ni trame ; sous sa peau, de vains jugements secrets, tout de noir et de jaune.
看到這裡,衆人不禁呌絶。寶玉道:「罵得痛快!我的詩也該燒了。」看底下道:
Arrivés là, tous ne purent retenir leurs exclamations admiratives. Baoyu dit : « Voilà une satire qui frappe juste ! Mon poème mérite d’être brûlé lui aussi. » Ils lurent la suite :
酒未滌腥還用菊,性防積冷定須薑。於今落釜成何益,月浦空餘禾黍香。
Si le vin n’efface pas son relent, il faut encore des chrysanthèmes ; pour se garder du froid qu’il amasse, le gingembre est indispensable.
À quoi lui sert désormais d’être tombé dans la marmite ? Sur la rive baignée de lune ne demeure que le parfum du millet.
衆人看𭺾,都說:「這是食蠏絶唱。這些小題目,原要寓大意思,纔筭是大才。只是諷剌世人太毒了些。」說著,只見平兒復進園來。不知做些什麽,且𦗟下囬分解。
Lorsqu’ils eurent fini, tous dirent : « C’est le chant suprême sur la dégustation des crabes. Dans ces petits sujets, il faut justement loger une grande pensée pour témoigner d’un grand talent. Seulement, la satire du monde est un peu trop mordante. » Tandis qu’ils parlaient, Ping’er rentra de nouveau dans le jardin. Pour savoir ce qu’elle venait y faire, écoutez les explications du prochain chapitre.
Notes
瀟湘、蘅蕪 : Xiaoxiang et Hengwu sont les noms de plume respectifs de Daiyu et Baochai dans la société de poésie ; le titre les désigne par leur patronyme et leur sobriquet.
枕霞閣 : le « pavillon de l’Oreiller des brumes » fournit à Xiangyun son nom de plume, 枕霞舊友, « l’Ancienne Amie de l’Oreiller des brumes », ici abrégé au caractère 霞.
背面傳粉 : expression picturale désignant un effet obtenu indirectement, comme une couleur appliquée au revers d’une soie qui transparaît sur l’endroit.
橫行、無膓 : le crabe marche de côté et passe traditionnellement pour « dépourvu d’entrailles » ; ces expressions visent aussi les puissants arrogants et sans conscience.
坡仙 : « l’Immortel de la Pente » désigne le poète Su Shi, dit Su Dongpo, célèbre amateur de bonne chère et auteur de vers sur les crabes.
重陽 : la fête du Double Neuf, célébrée le neuvième jour du neuvième mois, associe traditionnellement chrysanthèmes, vin et excursions automnales.
皮裡春秋 : littéralement « les Annales des Printemps et Automnes sous la peau », expression désignant des jugements ou calculs que l’on garde cachés.
禾黍 : le millet évoque, depuis le Livre des Odes, la désolation d’un ancien palais ou d’un royaume déchu ; Baochai élargit ainsi le poème gastronomique en satire politique et morale.