Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 38 Lin de Xiaoxiang remporte la palme des poèmes sur les chrysanthèmes ; Xue de Hengwu répond par une satire en chantant les crabes

 𧄇

Lin de Xiaoxiang remporte la palme des poèmes sur les chrysanthèmes

Xue de Hengwu répond par une satire en chantant les crabes

宿便:「。」:「?」:「凴。」:「。」:「。」

Lorsque Baochai et Xiangyun eurent arrêté leurs plans, la nuit s’écoula sans incident. Le lendemain, Xiangyun invita l’aïeule Jia et les autres à venir admirer les fleurs d’osmanthe. Toutes dirent : « Puisqu’elle est si pleine d’entrain, gardons-nous de troubler ce plaisir délicat. » À midi, l’aïeule Jia entra donc dans le jardin avec Madame Wang et Xifeng ; la tante Xue et les autres avaient également été conviées. L’aïeule Jia demanda : « Quel endroit conviendrait le mieux ? » Madame Wang répondit : « Celui qu’il vous plaira de choisir. » Xifeng dit : « Tout est déjà disposé au kiosque des Lotus parfumés. Les deux osmanthes au pied de la pente sont en pleine floraison, et l’eau de la rivière est limpide et verte. Installées dans le pavillon au milieu de l’eau, nous serons au large et, à contempler l’eau, nous aurons même les yeux plus clairs. » L’aïeule Jia l’écouta et dit : « Voilà qui est fort juste. » Sur ce, elle conduisit tout le monde vers le kiosque des Lotus parfumés.

牕,𡶶,:「𬋩。」:「西。」:「。」:「。」𣾰

Le kiosque des Lotus parfumés était bâti au milieu de l’étang. Il avait des fenêtres sur ses quatre côtés, des galeries en retour à droite et à gauche, et enjambait l’eau pour rejoindre la colline ; derrière s’étirait encore un pont sinueux. Lorsque tous furent montés sur le pont de bambou, Xifeng se hâta de venir soutenir l’aïeule Jia et lui dit : « Que la Vieille Aïeule marche seulement à grands pas, il n’y a aucun danger : ce pont de bambou est fait pour grincer ainsi. » Une fois dans le kiosque, elles virent, au-delà de la balustrade, deux tables de bambou. Sur l’une étaient disposés coupes, baguettes et ustensiles à vin ; sur l’autre, un fouet à thé, le nécessaire à thé et toutes sortes de tasses et de soucoupes. D’un côté, deux ou trois servantes éventaient un fourneau pour faire le thé ; de l’autre, plusieurs autres éventaient également un fourneau pour chauffer le vin. L’aïeule Jia demanda aussitôt en souriant : « Cette idée du thé est excellente ; de plus, le lieu comme les ustensiles sont d’une propreté parfaite. » Xiangyun répondit en souriant : « C’est grande sœur Bao qui m’a aidée à tout préparer. » L’aïeule Jia dit : « Je l’ai toujours dit : cette enfant est minutieuse et pense à tout comme il faut. » Tout en parlant, elle aperçut sur un pilier un distique en laque noire incrustée de nacre et ordonna à Xiangyun de le lire :

漿

La rame d’orchidée qui revient brise les reflets des lotus ; le parfum profond des macres et des racines de lotus se déverse sous le pont de bambou.

:「。」:「使,磞滿。」

Après l’avoir entendu, l’aïeule Jia leva les yeux vers l’enseigne puis, se tournant vers la tante Xue, dit : « Quand j’étais petite, nous avions aussi chez nous un pavillon de ce genre, appelé, si je me souviens bien, le pavillon de l’Oreiller des brumes. J’avais alors l’âge de ces jeunes filles et j’allais chaque jour m’y amuser avec mes sœurs. Un jour, j’ai perdu pied et suis tombée dans l’eau ; j’ai failli me noyer. On parvint non sans peine à me sauver, mais un clou de bois me fendit la tête. Le creux gros comme le bout du doigt que j’ai encore aujourd’hui à la tempe vient de ce coup. Tout le monde craignait que l’eau et le vent ne me fussent fatals et disait que j’étais perdue ; pourtant, je guéris. » Sans laisser à personne le temps de répondre, Xifeng dit en riant : « Si vous n’aviez pas survécu, qui jouirait aujourd’hui d’un si grand bonheur ? On voit bien que, dès l’enfance, la Vieille Aïeule était promise à une longue vie et à une grande félicité : les dieux et les esprits firent exprès de lui creuser cet endroit pour qu’elle pût y loger tout son bonheur et toute sa longévité. Le Vieillard de la Longévité a lui aussi une bosse sur le crâne : c’est que ses dix mille bonheurs et ses dix mille années de vie l’ont remplie au point de la faire saillir. »

:「。」:「囬。」:「。」:「様。。」:「様,様,。」

Elle n’avait pas achevé que l’aïeule Jia et toutes les autres riaient à en perdre leurs forces. L’aïeule dit en riant : « Cette guenon est vraiment gâtée au-delà de toute mesure ! Elle ne cesse de se moquer de moi ; j’ai bien envie de lui déchirer cette bouche mielleuse. » Xifeng répondit : « Comme nous allons manger des crabes, je crains que leur froid ne s’accumule dans votre cœur. Je voulais faire rire la Vieille Aïeule afin de le lui ouvrir : de bonne humeur, elle en mangera deux de plus sans en souffrir. » L’aïeule Jia dit en riant : « Dès demain, je te ferai rester près de moi jour et nuit. À rire ainsi constamment, j’aurai le cœur tout réjoui ; défense de rentrer chez toi ! » Madame Wang sourit : « C’est parce que vous l’aimez que vous l’avez gâtée de la sorte. Si vous lui parlez encore ainsi, elle sera demain plus effrontée que jamais. » L’aïeule Jia répondit en riant : « C’est justement ainsi que je l’aime. D’ailleurs, elle n’est vraiment pas de ces enfants qui ignorent les convenances. Lorsqu’il n’y a personne d’étranger et que nous sommes entre femmes de la famille, il convient d’être ainsi. Pourvu que les règles essentielles soient respectées, à quoi bon les obliger à se tenir comme des statues de dieux ou de démons ? »

筯,、寳、寳西:「。」:「。」便便:「。」

Tout en parlant, elles entrèrent ensemble dans le pavillon. Après le service du thé, Xifeng se hâta de disposer coupes et baguettes. À la table d’honneur prirent place l’aïeule Jia, la tante Xue, Baochai, Daiyu et Baoyu ; à la table de l’est, Shi Xiangyun, Madame Wang, Yingchun, Tanchun et Xichun ; près de la porte, à l’ouest, une petite table avait été préparée pour Li Wan et Xifeng, mais leurs places demeurèrent vides : aucune n’osait s’asseoir, et toutes deux servaient aux tables de l’aïeule Jia et de Madame Wang. Xifeng ordonna : « N’apportez pas trop de crabes à la fois. Laissez-les dans le panier à vapeur et servez-en dix ; quand ils seront mangés, vous en reprendrez. » Elle demanda de l’eau pour se laver les mains, puis, debout devant l’aïeule Jia, se mit à décortiquer un crabe. Elle en offrit d’abord à la tante Xue, qui dit : « Je préfère le casser moi-même, il n’en sera que plus savoureux ; nul besoin de me servir. » Xifeng le présenta donc à l’aïeule Jia, puis donna le second à Baoyu. Elle ajouta : « Apportez le vin brûlant. » Elle ordonna encore aux petites servantes d’aller chercher la poudre de haricots mungo parfumée aux feuilles de chrysanthème et aux étamines d’osmanthe, préparée pour se laver les mains.

便:「。」:「。」:「𬋩。」

Shi Xiangyun mangea un crabe pour tenir compagnie aux convives, puis quitta sa place afin de servir les autres. Elle sortit et ordonna d’envoyer deux assiettes à la concubine Zhao. Xifeng vint alors lui dire : « Tu n’as pas l’habitude d’organiser tout cela. Va manger ; je m’en charge pour toi, et je mangerai après le départ des convives. » Xiangyun ne voulut pas accepter. Elle fit encore dresser deux tables dans la galerie et invita Yuanyang, Hupo, Caixia, Caiyun et Ping’er à s’y asseoir. Yuanyang dit alors à Xifeng en riant : « Puisque la seconde maîtresse reste ici à servir, moi, je vais manger. » Xifeng répondit : « Allez-y toutes sans vous inquiéter, laissez-moi tout. » Shi Xiangyun regagna alors sa place. Quant à Xifeng et Li Wan, elles mangèrent quelques bouchées pour la forme.

:「。」:「!」:「。」:「。」:「西。」:「。」:「𮅕!」:「。」:「!」

Xifeng continua de s’occuper du service. Lorsqu’elle sortit dans la galerie, Yuanyang et les autres mangeaient de bon cœur. En la voyant, elles se levèrent et dirent : « Que vient encore faire ici la maîtresse ? Laissez-nous donc profiter un moment de notre repas. » Xifeng répondit en riant : « Cette fille de Yuanyang devient de plus en plus mauvaise ! Je fais ton service à ta place et, loin de m’en savoir gré, tu te plains encore. Verse-moi plutôt bien vite une coupe de vin ! » Yuanyang, tout sourire, remplit une coupe et la porta aux lèvres de Xifeng, qui renversa la tête et la but. Hupo et Caixia lui en versèrent chacune une autre et les lui portèrent aux lèvres ; Xifeng les but également. Ping’er avait déjà détaché une carapace pleine de jaune et la lui apporta. Xifeng dit : « Mets davantage de vinaigre au gingembre. » Elle le mangea bientôt, puis dit en riant : « Restez assises et mangez ; moi, je m’en vais. » Yuanyang lança : « Quelle effrontée ! Elle vient manger ce qui est à nous ! » Xifeng répondit en riant : « Cesse donc tes sottises. Sais-tu que le Second Maître s’est épris de toi et compte te demander à l’aïeule pour faire de toi sa concubine ? » Yuanyang rougit : « Pouah ! Est-ce là une chose qu’une maîtresse devrait dire ? Attends que je te barbouille le visage avec mes mains pleines de crabe ! » Et elle se lança à sa poursuite pour le faire. Xifeng dit : « Bonne sœur, épargne-moi cette fois ! » Hupo intervint en riant : « Même si Yuanyang s’en va, crois-tu que Ping’er te laissera tranquille ? Regardez donc : elle n’a pas mangé deux crabes, mais elle a déjà avalé toute une soucoupe de vinaigre ! »

滿,聼便:「!」躱。使,「:「。」:「。」:「。」:「!」:「。」:「滿。」

Ping’er tenait justement un crabe débordant de jaune qu’elle venait de décortiquer. Entendant cette raillerie, elle voulut en barbouiller le visage de Hupo et l’injuria en riant : « Attends un peu, petite peste à la langue bien pendue ! » Hupo esquiva en riant. Ping’er manqua son coup, trébucha en avant et étala le crabe en plein sur la joue de Xifeng. Celle-ci plaisantait avec Yuanyang et, prise au dépourvu, sursauta en poussant un « Aïe ! » Tous éclatèrent de rire. Xifeng elle-même ne put s’empêcher de rire tout en jurant : « Maudite garce ! La nourriture t’aveugle donc, pour que tu barbouilles ta propre mère au hasard ! » Ping’er accourut lui essuyer le visage, puis alla elle-même chercher de l’eau. Yuanyang dit : « Amitabha ! Voilà une rétribution immédiate ! » De son côté, l’aïeule Jia avait entendu le bruit et demandait sans relâche : « Qu’avez-vous donc vu pour rire ainsi ? Racontez-le-nous, que nous riions aussi. » Yuanyang et les autres répondirent à haute voix : « La seconde maîtresse est venue voler nos crabes. Ping’er s’est fâchée et a barbouillé de jaune de crabe le visage de sa maîtresse : maîtresse et servante sont en pleine bataille ! » L’aïeule Jia, Madame Wang et les autres se mirent également à rire. L’aïeule dit : « Voyez comme elle est à plaindre ! Donnez-lui donc quelques pattes et quelques plastrons de crabe, et que ce soit fini. » Yuanyang et les autres acquiescèrent en riant et crièrent : « La table est couverte de pattes ; que la seconde maîtresse en mange tant qu’elle voudra ! » Après s’être lavé le visage, Xifeng revint servir encore un moment l’aïeule Jia et les autres. Daiyu, de santé fragile, n’osa pas manger beaucoup : elle ne prit qu’un peu de chair des pinces, puis quitta la table. Peu après, l’aïeule Jia cessa elle aussi de manger. Tous se dispersèrent et se lavèrent les mains. Les uns allèrent contempler les fleurs ; les autres jouèrent avec l’eau ou regardèrent les poissons, et tous se divertirent ainsi quelque temps.

:「。」:「,偺。」:「。」:「西。」𭣣。寳:「,偺便?」寳:「。」:「。」𬋩使

Madame Wang dit alors à l’aïeule Jia : « Il y a beaucoup de vent ici, et vous venez de manger du crabe. Vous feriez mieux de rentrer vous reposer. Si le cœur vous en dit, vous reviendrez vous promener demain. » L’aïeule Jia répondit en souriant : « C’est fort juste. Je craignais seulement qu’après vous avoir mises en train mon départ ne gâte votre plaisir. Puisque tu le dis, partons donc toutes. » Se retournant vers Xiangyun, elle lui recommanda : « Ne laisse pas ton frère Baoyu ni ta sœur Lin en manger trop. » Xiangyun promit d’y veiller. L’aïeule recommanda encore à Xiangyun et à Baochai : « Vous deux non plus, n’en mangez pas trop. C’est savoureux, mais ce n’est guère sain : si vous en abusez, vous aurez mal au ventre. » Toutes deux s’empressèrent d’acquiescer et les raccompagnèrent hors du jardin. Puis elles revinrent et ordonnèrent de desservir les restes du banquet afin de dresser de nouveau les tables. Baoyu dit : « Inutile de tout réinstaller ; faisons d’abord nos poèmes. Plaçons la grande table ronde au milieu, laissons-y le vin et les plats, et ne fixons pas les places. Ceux qui voudront manger iront se servir et chacun s’assiéra où bon lui semblera : ne sera-ce pas plus commode ? » Baochai répondit : « Voilà qui est parfaitement juste. » Xiangyun dit : « C’est vrai, mais il reste encore d’autres personnes. » Elle fit donc dresser une autre table, y fit apporter des crabes chauds et invita Xiren, Zijuan, Siqi, Shishu, Ruhua, Ying’er, Cuimo et les autres à s’y asseoir ensemble. On étendit deux tapis fleuris sous les osmanthes de la pente ; les femmes de service et les petites servantes reçurent elles aussi l’ordre de s’y installer, de manger et de boire à leur guise, et de ne revenir que lorsqu’on les appellerait.

便:「竒,。」,寳:「。」,𠋣。寳囬,𡸁穿。寳:「。」便,𨚫:「㣲㣲。」寳:「。」便便

Xiangyun prit alors les sujets des poèmes et les fixa au mur avec une épingle. Après les avoir lus, tous dirent : « C’est original ; nous craignons seulement de ne pas savoir les traiter. » Xiangyun expliqua encore pourquoi les rimes seraient libres. Baoyu dit : « Voilà la bonne méthode ; moi non plus, je n’aime guère les rimes imposées. » Lin Daiyu, qui buvait peu de vin et ne mangeait pas de crabe, fit apporter un tabouret brodé, s’assit contre la balustrade et se mit à pêcher à la ligne. Baochai tenait une branche d’osmanthe à la main. Après avoir joué un moment avec elle, elle se pencha sur l’appui de la fenêtre, en détacha les étamines et les jeta à la surface de l’eau, attirant les poissons qui remontaient les happer. Xiangyun demeura un moment pensive, puis invita de nouveau Xiren et les autres à manger ; elle cria également aux gens installés au pied de la pente de se servir sans retenue. Tanchun, Li Wan et Xichun, debout à l’ombre des saules pleureurs, regardaient les mouettes et les aigrettes. Yingchun, seule sous les fleurs, enfilait des fleurs de jasmin sur une épingle florale. Baoyu alla un moment regarder Daiyu pêcher, puis se pencha près de Baochai pour échanger quelques plaisanteries ; ensuite, il alla voir Xiren et les autres manger leurs crabes, but deux gorgées de vin avec elles et mangea la carapace pleine de chair que Xiren lui avait décortiquée. Daiyu posa sa ligne, revint vers les sièges et prit la verseuse à vin en argent noir, ornée de fleurs de prunier et conçue pour se servir soi-même. Elle choisit une petite coupe en pierre gelée, sculptée en feuille de bananier et décorée de fleurs de pommier. Voyant qu’elle voulait boire, une servante accourut pour la servir. Daiyu lui dit : « Allez donc manger ; il est plus amusant de me servir moi-même. » Elle versa une demi-coupe, mais vit que c’était du vin jaune. Elle dit alors : « J’ai mangé un peu de crabe et je sens une légère douleur à la poitrine ; il me faut une gorgée d’eau-de-vie bien chaude. » Baoyu s’empressa de répondre : « Il y en a. » Il ordonna de chauffer une verseuse d’alcool où avaient macéré des fleurs d’albizia. Daiyu n’en but qu’une gorgée avant de reposer sa coupe.

便「𧄇」。寳:「。」寳:「様。」。寳:「」?。」:「。」」「:「。」:「。」寳:「。」:「。」寳便

Baochai s’approcha à son tour, prit une autre coupe, en but une gorgée et la reposa. Puis elle trempa son pinceau et barra sur le mur le premier sujet, « Souvenir des chrysanthèmes », ajoutant au-dessous le caractère « Heng ». Baoyu s’écria : « Bonne sœur, j’ai déjà composé quatre vers sur le deuxième sujet ; laisse-le-moi donc ! » Baochai répondit en souriant : « J’ai eu tant de peine à trouver un poème, et te voilà déjà dans tous tes états ! » Sans rien dire, Daiyu prit le pinceau et barra le huitième sujet, « Interroger les chrysanthèmes », puis le onzième, « Rêve de chrysanthèmes » ; elle ajouta au-dessous le caractère « Xiao ». Baoyu prit lui aussi le pinceau, barra le deuxième sujet, « Visite aux chrysanthèmes », et ajouta le caractère « Jiang ». Tanchun se leva pour regarder et dit : « Personne ne compose donc sur “Chrysanthèmes dans les cheveux” ? Laissez-le-moi. » Puis elle montra Baoyu du doigt en riant : « Nous venons de proclamer qu’aucun terme évoquant les appartements féminins ne serait admis ; prends bien garde ! » À cet instant, Xiangyun arriva et barra coup sur coup les quatrième et cinquième sujets, « Face aux chrysanthèmes » et « Offrande aux chrysanthèmes », puis ajouta le caractère « Xiang ». Tanchun lui dit : « Tu devrais toi aussi te choisir un nom de plume. » Xiangyun répondit en riant : « Notre maison possède bien aujourd’hui quelques pavillons et galeries, mais puisque je n’y habite pas, il serait sans intérêt de leur emprunter un nom. » Baochai dit en souriant : « L’aïeule racontait justement que votre famille possédait autrefois un pavillon sur l’eau appelé le pavillon de l’Oreiller des brumes. Ne t’appartient-il donc pas ? Même s’il n’existe plus aujourd’hui, tu en demeures l’ancienne maîtresse. » Tous dirent : « C’est juste. » Sans attendre que Xiangyun intervînt, Baoyu effaça pour elle le caractère « Xiang » et le remplaça par « Xia », “Brume”.

𨒖

Avant même le temps d’un repas, les douze sujets avaient tous été traités. Chacun mit son poème au propre et le remit à Yingchun. Celle-ci prit une nouvelle feuille de papier Vagues de neige, y recopia l’ensemble et indiqua sous chaque pièce le nom de plume de son auteur. Li Wan et les autres commencèrent leur lecture depuis le début :

,讃:「:『,『,『𡚱』、『』、『』、『』、『。」𦗟:「!」:「。」:「。」:「㨿』,。『』,。」:「。」:「𧄇,『』,『』,𣑱。」寳:「』,『𣑱』,。」:「『』,『』,。」:「』,『𦡀』,。」

À chaque poème lu, tous en louaient un autre, et les compliments mutuels ne tarissaient pas. Li Wan dit en souriant : « Laissez-moi rendre un jugement impartial. Dans l’ensemble, chacun a trouvé ses vers remarquables. Voici le classement du jour : “Chanter les chrysanthèmes” vient en premier, “Interroger les chrysanthèmes” en deuxième, et “Rêve de chrysanthèmes” en troisième. Les sujets sont neufs, les poèmes le sont aussi, et leur conception l’est davantage encore : il faut donc proclamer la Princesse de Xiaoxiang victorieuse. Viennent ensuite “Chrysanthèmes dans les cheveux”, “Face aux chrysanthèmes”, “Offrande aux chrysanthèmes”, “Peindre les chrysanthèmes” et “Souvenir des chrysanthèmes”. » À ces mots, Baoyu battit des mains de joie en s’écriant : « Parfaitement juste ! Parfaitement impartial ! » Daiyu dit : « Mon poème n’est pas si bon ; il pèche tout de même par excès de subtilité. » Li Wan répondit : « Sa subtilité est justement réussie : elle ne laisse voir ni assemblage laborieux ni raideur. » Daiyu reprit : « À mon avis, le meilleur premier vers est : “Dans le jardin froid, au soleil oblique, je me souviens de mes anciennes promenades.” C’est poudrer le revers de la toile. “Livre jeté, l’homme fait face à une branche d’automne” est déjà merveilleux : tout semblait dit sur l’offrande aux chrysanthèmes et il ne restait rien à ajouter ; pourtant, le poème revient en arrière et imagine l’instant précédant la cueillette et l’offrande. L’idée porte loin. » Li Wan répondit en souriant : « Sans doute, mais ton vers “Le parfum aux lèvres, je déclame face à la lune” peut bien rivaliser avec lui. » Tanchun ajouta : « Il faut tout de même reconnaître la profondeur sereine de Dame Hengwu : “L’automne ne laisse aucune trace”, “Le rêve, lui, en a connaissance” ; ces vers font ressortir admirablement le mot “souvenir”. » Baochai répondit en souriant : « Tes vers “Aux courtes tempes adhère une froideur parfumée” et “Le bonnet de chanvre s’imprègne de parfum” décrivent si complètement les chrysanthèmes portés dans les cheveux qu’ils ne laissent pas la moindre lacune. » Xiangyun dit en riant : « “Avec qui partir vivre cachée ?”, “Pourquoi donc venir si tard ?” : voilà les chrysanthèmes interrogés si directement qu’ils n’ont plus un mot à répondre. » Li Wan dit en riant : « Quant à tes vers “Tête nue, je reste assise” et “Les tenant sur mes genoux, je déclame”, on dirait que tu ne peux un seul instant te résoudre à les quitter. Si les chrysanthèmes avaient conscience, ils finiraient sûrement par se lasser de toi. » Tout le monde éclata de rire.

:「』,『』,『』,『』,?『』,『』,』、『𦡀』、『』、『』、『』、『』、『』、『。」:「。」:「。」

Baoyu dit en riant : « Me voilà encore recalé ! Pourtant, “Qui donc les planta ?”, “Où trouver l’automne ?”, “De loin je viens avec mes socques cirées”, “Dans le froid je déclame sans finir”, tout cela ne décrit-il pas une visite ? Et “La pluie de la nuit dernière”, “Le givre de ce matin”, cela ne décrit-il pas leur culture ? Je regrette seulement de ne pouvoir rivaliser avec “Le parfum aux lèvres, je déclame face à la lune”, “Dans le pur parfum glacé, je déclame en les tenant sur mes genoux”, “courtes tempes”, “bonnet de chanvre”, “l’or se fait discret”, “le vert se déploie en désordre”, “l’automne ne laisse aucune trace”, “le rêve, lui, en a connaissance”. » Il ajouta : « Demain, quand j’aurai du loisir, je composerai à moi seul les douze poèmes. » Li Wan répondit : « Les tiens sont bons eux aussi ; ils sont seulement moins neufs et moins ingénieux que ces quelques vers. »

囬,。寳:「𮟃?」便

Ils discutèrent encore quelque temps des poèmes, puis demandèrent de nouveaux crabes bien chauds et en mangèrent autour de la grande table ronde. Baoyu dit en riant : « Puisque nous tenons aujourd’hui les pinces de crabe en admirant les osmanthes, il nous faut aussi un poème. J’ai déjà composé le mien : qui osera encore en faire un ? » Sur ce, il se hâta de se laver les mains, prit le pinceau et écrivit. Tous lurent :

Les pinces en main, je goûte mieux la fraîcheur sous les osmanthes ; vinaigre versé, gingembre pilé, mon entrain devient folie.

Au jeune noble glouton, il faut assurément du vin ; ce prince qui marche de travers se révèle finalement sans entrailles.

Le froid s’amasse sous son plastron, mais la gourmandise oublie toute prudence ; les doigts souillés de son relent, une fois lavés, embaument encore.

C’est pour flatter le palais des hommes qu’il vint au monde ; l’Immortel de la Pente riait déjà d’avoir peiné toute sa vie.

:「。」寳:「。」

Daiyu dit en riant : « Des poèmes de ce genre, on pourrait en faire cent en un instant. » Baoyu répondit : « Ton talent est maintenant épuisé ; plutôt que d’avouer que tu n’en peux composer, tu dénigres celui des autres. » Daiyu l’entendit mais ne répondit pas. Elle releva légèrement la tête et murmura quelques mots, puis saisit le pinceau : d’un seul mouvement, elle avait déjà écrit un poème. Tous lurent :

滿𮌖

Cuirasse de fer et longue lance, même mort il ne les oublie pas ; empilé sur le plat, son bel aspect donne envie d’y goûter d’abord.

Ses deux pinces scellées regorgent de jade tendre ; sous sa carapace bombée, sa graisse rouge embaume par morceaux.

Riche en chair, vous m’êtes plus cher encore avec vos huit pattes ; pour nourrir mon entrain, qui me presse de vider mille coupes ?

Devant ce mets exquis, célébrons cette belle fête : les osmanthes répandent leur pur parfum, les chrysanthèmes portent le givre.

便:「。」寳:「。」

Baoyu lisait et allait l’acclamer lorsque Daiyu arracha brusquement la feuille et ordonna de la brûler. Elle dit en riant : « Mon poème ne vaut pas le tien, je le brûle. Le tien est excellent, meilleur encore que tes poèmes sur les chrysanthèmes ; conserve-le pour le montrer. » Baochai dit en souriant : « J’en ai moi aussi composé un tant bien que mal. Il n’est sans doute pas bon, mais je vais l’écrire pour vous faire rire. » Elle l’écrivit donc, et tous lurent :

Sous la brume des osmanthes et l’ombre des sterculiers, assis, nous levons nos coupes ; à Chang’an, les bouches salivent dans l’attente de la fête du Double Neuf.

Sur les chemins qui s’ouvrent devant ses yeux, ni chaîne ni trame ; sous sa peau, de vains jugements secrets, tout de noir et de jaune.

:「。」

Arrivés là, tous ne purent retenir leurs exclamations admiratives. Baoyu dit : « Voilà une satire qui frappe juste ! Mon poème mérite d’être brûlé lui aussi. » Ils lurent la suite :

Si le vin n’efface pas son relent, il faut encore des chrysanthèmes ; pour se garder du froid qu’il amasse, le gingembre est indispensable.

À quoi lui sert désormais d’être tombé dans la marmite ? Sur la rive baignée de lune ne demeure que le parfum du millet.

𭺾,:「。」𦗟

Lorsqu’ils eurent fini, tous dirent : « C’est le chant suprême sur la dégustation des crabes. Dans ces petits sujets, il faut justement loger une grande pensée pour témoigner d’un grand talent. Seulement, la satire du monde est un peu trop mordante. » Tandis qu’ils parlaient, Ping’er rentra de nouveau dans le jardin. Pour savoir ce qu’elle venait y faire, écoutez les explications du prochain chapitre.

Notes

瀟湘、蘅蕪 : Xiaoxiang et Hengwu sont les noms de plume respectifs de Daiyu et Baochai dans la société de poésie ; le titre les désigne par leur patronyme et leur sobriquet.

枕霞閣 : le « pavillon de l’Oreiller des brumes » fournit à Xiangyun son nom de plume, 枕霞舊友, « l’Ancienne Amie de l’Oreiller des brumes », ici abrégé au caractère 霞.

背面傳粉 : expression picturale désignant un effet obtenu indirectement, comme une couleur appliquée au revers d’une soie qui transparaît sur l’endroit.

橫行、無膓 : le crabe marche de côté et passe traditionnellement pour « dépourvu d’entrailles » ; ces expressions visent aussi les puissants arrogants et sans conscience.

坡仙 : « l’Immortel de la Pente » désigne le poète Su Shi, dit Su Dongpo, célèbre amateur de bonne chère et auteur de vers sur les crabes.

重陽 : la fête du Double Neuf, célébrée le neuvième jour du neuvième mois, associe traditionnellement chrysanthèmes, vin et excursions automnales.

皮裡春秋 : littéralement « les Annales des Printemps et Automnes sous la peau », expression désignant des jugements ou calculs que l’on garde cachés.

禾黍 : le millet évoque, depuis le Livre des Odes, la désolation d’un ancien palais ou d’un royaume déchu ; Baochai élargit ainsi le poème gastronomique en satire politique et morale.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

Partager cette page