Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 23 Les mots merveilleux du « Pavillon de l’Ouest » passent dans la plaisanterie ; les chants voluptueux du « Pavillon aux pivoines » éveillent un cœur en fleur

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Les mots merveilleux du « Pavillon de l’Ouest » passent dans la plaisanterie

les chants voluptueux du « Pavillon aux pivoines » éveillent un cœur en fleur

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Or, après que Yuanchun eut visité le Jardin aux Grandes Vues et fut retournée au palais, elle ordonna à Tanchun de recopier soigneusement, dans l’ordre, tous les poèmes composés ce jour-là. Elle les classa elle-même, en exposa les mérites et les défauts, puis les fit graver sur des stèles dans le Jardin aux Grandes Vues, afin de perpétuer cet élégant épisode. Jia Zheng fit donc rechercher partout les artisans les plus habiles et les meilleurs graveurs ; on polit les pierres et l’on grava les inscriptions dans le jardin, sous la surveillance de Jia Zhen, assisté de Jia Rong, Jia Ping et quelques autres. Comme Jia Qiang avait déjà la charge de Wen Guan et des douze jeunes actrices, ainsi que de leurs costumes et accessoires, il ne disposait d’aucun loisir ; on appela donc encore Jia Chang et Jia Ling pour surveiller les travaux. Un jour, après avoir appliqué la cire et marqué les caractères au cinabre, on se mit à l’ouvrage. Mais n’en parlons pas davantage.

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Il y avait par ailleurs, au temple de l’Empereur de Jade et à l’ermitage de Bodhidharma, douze jeunes novices bouddhistes et douze jeunes novices taoïstes, que l’on venait de faire sortir du Jardin aux Grandes Vues. Jia Zheng songeait à les répartir entre différents monastères. Or dame Zhou, mère de Jia Qin, qui habitait la rue de derrière, cherchait justement à obtenir de Jia Zheng quelque affaire, importante ou modeste, dont son fils pourrait prendre la direction et tirer un peu d’argent pour leurs dépenses. Ayant fort à propos entendu parler de cette question, elle prit une voiture et vint solliciter Xifeng. Comme celle-ci savait qu’à l’ordinaire dame Zhou ne se donnait pas de grands airs, elle accepta de l’aider. Après avoir préparé quelques arguments, elle alla dire à Madame Wang : « Il ne faut surtout pas envoyer ailleurs ces petits moines et ces petits taoïstes. Si jamais la Consort impériale revient, il faudra bien les avoir sous la main. S’ils sont dispersés et qu’on ait de nouveau besoin d’eux, ce sera encore toute une affaire. À mon avis, mieux vaudrait les envoyer tous au temple familial du Miroir de fer. Il suffirait, chaque mois, de charger quelqu’un d’y porter quelques taëls pour le bois et le riz. Dès qu’on aurait besoin d’eux, un homme irait les appeler et ils viendraient aussitôt, sans la moindre difficulté. » Madame Wang consulta Jia Zheng, qui répondit en riant : « Voilà qui me rappelle ce qu’il fallait faire. Procédons ainsi. » Il fit aussitôt appeler Jia Lian.

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Jia Lian était en train de manger avec Xifeng. Dès qu’il entendit l’appel, il posa son bol et voulut partir ; mais Xifeng le retint d’une main et lui dit en riant : « Attends un peu et écoute-moi. Si c’est une autre affaire, je ne m’en mêle pas ; mais s’il s’agit des petits moines et des petits taoïstes, arrange-toi absolument pour suivre mon idée. » Elle lui dicta alors tout ce qu’il devait dire.

Jia Lian se mit à rire : « Je n’en sais rien. Puisque tu es si capable, va le dire toi-même. » À ces mots, Xifeng redressa la tête, posa ses baguettes et, avec un sourire qui n’en était pas tout à fait un, empoigna Jia Lian : « Tu parles sérieusement ou tu plaisantes ? » Jia Lian répondit en riant : « Yun’er, le fils de la cinquième belle-sœur de la galerie ouest, est déjà venu deux ou trois fois me demander une affaire à diriger. Je lui ai promis quelque chose et lui ai dit d’attendre. Voilà qu’une occasion se présente enfin, et tu viens encore me la prendre. »

Xifeng sourit : « Ne t’inquiète pas. Dans l’angle nord-est du jardin, la Consort impériale a demandé que l’on plante encore beaucoup de pins et de cyprès, ainsi que des fleurs et des plantes au pied du pavillon. Quand ces travaux commenceront, je te garantis que Yun’er en aura la direction. » Jia Lian répondit : « Si c’est bien ainsi, cela peut encore aller. Seulement, hier soir, je voulais simplement changer un peu de manière, et tu n’as fait que te tortiller et te dérober. » Xifeng éclata de rire, lui cracha légèrement au visage, puis baissa la tête et reprit son repas. Jia Lian s’en alla tout en riant.

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Arrivé devant Jia Zheng, il constata qu’il s’agissait bien des jeunes moines. Suivant l’idée de Xifeng, Jia Lian déclara : « Qin’er est désormais assez grand pour se rendre utile. Confions-lui donc entièrement cette affaire. Il suffira de suivre les règles appliquées à l’intérieur de la maison et de lui faire retirer chaque jour ce qui est nécessaire. » Jia Zheng ne s’occupait guère de ces menues questions ; entendant parler Jia Lian de la sorte, il donna son accord.

Jia Lian revint dans son appartement et rapporta la décision à Xifeng. Celle-ci fit aussitôt prévenir dame Zhou. Jia Qin vint remercier sans fin les deux époux. Par faveur, Xifeng lui fit même avancer trois mois de dépenses. On lui fit écrire un reçu ; Jia Lian visa le mandat et y apposa son paraphe, puis fit immédiatement porter à l’extérieur la plaquette de concordance. La trésorerie versa la somme correspondant à trois mois d’entretien : trois cents taëls d’argent étincelant. Jia Qin en prit aussitôt un lingot qu’il donna à l’homme chargé de la pesée, en l’invitant à « prendre le thé ».

Il fit ensuite porter l’argent chez lui par de jeunes valets et se concerta avec sa mère. Sur-le-champ, il loua un âne de selle pour lui-même et plusieurs voitures, puis se rendit à la porte latérale du palais Rongguo. Il fit sortir les vingt-quatre novices, les installa dans les voitures et partit droit vers le temple du Miroir de fer, hors de la ville. Il n’y a rien d’autre à en dire.

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Après avoir compilé au palais les « Poèmes inscrits du Jardin aux Grandes Vues », Yuanchun se souvint soudain des paysages du jardin. Depuis sa visite, songea-t-elle, Jia Zheng devait certainement le tenir respectueusement verrouillé et n’y laisser entrer personne : n’était-ce pas laisser perdre un tel jardin ? Puisqu’il se trouvait dans la famille plusieurs jeunes filles capables de composer poèmes et pièces en prose rimée, pourquoi ne pas leur ordonner d’aller y vivre ? Ainsi, les belles ne seraient pas délaissées, ni les fleurs et les saules privés de tout éclat.

Elle songea encore que Baoyu, élevé depuis l’enfance au milieu de ses sœurs et cousines, ne ressemblait pas aux autres garçons de la famille. Si elle ne lui permettait pas d’entrer dans le jardin, elle craignait qu’il ne se sentît négligé et que l’aïeule Jia et Madame Wang n’en fussent contrariées. Il convenait donc de lui ordonner d’y habiter lui aussi. Elle chargea l’eunuque Xia Zhong de porter au palais Rong cet édit : « Que Baochai et les autres jeunes filles habitent dans le jardin, lequel ne devra pas rester fermé ; que Baoyu y entre également pour étudier. »

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Après avoir reçu l’ordre, Jia Zheng et Madame Wang attendirent le départ de Xia Zhong, puis en informèrent l’aïeule Jia. Ils envoyèrent des gens ranger et nettoyer chaque résidence, et y installer rideaux, tentures, lits et moustiquaires. Les autres accueillirent la nouvelle avec un plaisir modéré ; seul Baoyu fut transporté de joie. Il était en train de dresser avec l’aïeule Jia la liste de tout ce qu’il voulait emporter, lorsqu’une servante vint annoncer : « Monsieur appelle Baoyu. »

Baoyu demeura figé un long moment. Toute sa joie s’évanouit aussitôt et son visage changea de couleur. Il s’agrippa à l’aïeule Jia et se tortilla contre elle comme un sucre d’orge, refusant absolument de partir. L’aïeule dut le rassurer : « Mon bon trésor, vas-y sans crainte. Je suis là : il n’osera pas te traiter injustement. D’ailleurs, puisque tu as composé ce bel écrit, la Consort impériale veut sans doute que tu habites dans le jardin, et ton père souhaite seulement te donner quelques recommandations, de peur que tu n’y fasses des sottises. Quoi qu’il dise, réponds-lui bien sagement, voilà tout. »

Tout en le consolant, elle appela deux vieilles gouvernantes et leur ordonna : « Conduisez soigneusement Baoyu, et ne laissez pas son père l’effrayer. » Elles acquiescèrent.

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Baoyu dut se mettre en route. À chaque pas, il n’avançait pas de trois pouces, et c’est en traînant les pieds qu’il parvint jusque-là. Jia Zheng se trouvait justement dans l’appartement de Madame Wang, où il discutait d’une affaire. Jinchuan, Caiyun, Caifeng, Xiuluan, Xiufeng et les autres servantes se tenaient sous la galerie. En voyant arriver Baoyu, elles se cachèrent la bouche pour rire.

Jinchuan l’attrapa et lui souffla : « Je viens tout juste de mettre sur mes lèvres un rouge parfumé. Cette fois, veux-tu encore en goûter ? » Caiyun écarta Jinchuan d’une poussée et dit en riant : « Il est déjà bien assez malheureux ; faut-il encore te moquer de lui ? Profite plutôt de sa bonne humeur et entre vite. » Baoyu dut franchir la porte en se glissant.

Jia Zheng et Madame Wang se trouvaient dans la pièce intérieure. La concubine Zhao souleva le rideau et Baoyu se faufila à l’intérieur. Jia Zheng et Madame Wang étaient assis face à face sur le kang et conversaient. Une rangée de sièges avait été disposée en contrebas ; Yingchun, Tanchun, Xichun et Jia Huan y étaient assis. À son entrée, seuls Tanchun, Xichun et Jia Huan se levèrent.

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Jia Zheng leva les yeux et vit Baoyu debout devant lui, plein de grâce et d’aisance, d’une beauté qui éclipsait tout autour de lui. Puis il regarda Jia Huan, chétif d’apparence et grossier dans ses manières. Il se souvint soudain de Jia Zhu ; il considéra encore que Baoyu était l’unique fils de Madame Wang, qui l’avait toujours chéri comme un joyau, tandis que sa propre barbe commençait déjà à blanchir. À ces différentes pensées, l’aversion qu’il nourrissait d’ordinaire pour Baoyu diminua insensiblement de huit ou neuf dixièmes.

Au bout d’un long moment, il dit : « La Consort impériale a déclaré que tes jeux quotidiens au-dehors te rendaient peu à peu paresseux. Elle ordonne maintenant qu’on te garde dans le jardin pour y étudier avec tes sœurs. Applique-toi sérieusement. Et si tu refuses encore de te tenir à ta place et de vivre comme il convient, prends garde à toi ! » Baoyu répondit plusieurs fois : « Oui. » Madame Wang l’attira alors près d’elle et le fit asseoir ; les trois autres reprirent également leur place.

Tout en caressant la nuque de Baoyu, Madame Wang lui demanda : « As-tu fini les pilules de l’autre jour ? » Baoyu répondit : « Il m’en reste une. — Demain matin, fais-en chercher encore dix. Tous les soirs, avant de te coucher, demande à Xiren de t’en faire prendre une. — Depuis que Madame me l’a ordonné, Xiren m’en donne chaque soir avant mon coucher. »

Jia Zheng demanda alors : « Qui appelle-t-on Xiren ? — C’est une servante, répondit Madame Wang. — Une servante peut bien porter n’importe quel nom. Qui lui en a choisi un d’aussi recherché ? » Voyant Jia Zheng s’irriter, Madame Wang voulut protéger Baoyu : « C’est l’aïeule qui le lui a donné. — Comment l’aïeule connaîtrait-elle une expression pareille ? C’est certainement Baoyu. »

Comprenant qu’il ne pouvait le dissimuler, Baoyu se leva et répondit : « Comme je lisais autrefois des poèmes, je me suis souvenu de ce vers d’un ancien : “Le parfum des fleurs vous assaille : on sait que le jour est chaud.” Puisque cette servante porte le nom de famille Hua, “Fleur”, je lui ai donné ce nom sans plus y penser. » Madame Wang lui dit vivement : « Tu le changeras en rentrant. Monsieur n’a pas non plus à se fâcher pour une chose si insignifiante. »

Jia Zheng répondit : « À vrai dire, ce nom ne fait aucun mal ; inutile de le changer. Mais on voit bien que Baoyu néglige les études sérieuses et consacre tous ses efforts à ces poèmes galants aux expressions capiteuses. » Puis il cria brusquement : « Misérable bête, hors d’ici ! » Madame Wang s’empressa elle aussi de dire : « Va, va ! L’aïeule t’attend sans doute pour le repas. » Baoyu acquiesça et se retira lentement. Dehors, il tira la langue à Jinchuan en souriant, puis fila comme une flèche avec les deux vieilles gouvernantes.

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À peine avait-il atteint la porte du passage couvert qu’il aperçut Xiren appuyée contre le chambranle. Le voyant revenir sain et sauf, elle s’épanouit en sourires et lui demanda : « Pourquoi t’a-t-il appelé ? — Pour rien de particulier. Il avait seulement peur que je fasse des sottises une fois dans le jardin et voulait me donner quelques recommandations. »

Tout en parlant, il retourna auprès de l’aïeule Jia et lui raconta l’affaire depuis le début. Lin Daiyu se trouvait là ; Baoyu lui demanda : « Où aimerais-tu habiter ? » Daiyu y réfléchissait justement. Elle sourit à sa question : « Je crois que le pavillon des Bambous de la Xiao et de la Xiang me plairait. J’aime ses quelques tiges de bambou, derrière lesquelles serpente une balustrade. L’endroit est plus retiré que les autres. » Baoyu frappa des mains et s’écria en riant : « C’est exactement ce que je pensais ! Je voulais moi aussi que tu habites là. Moi, je prendrai la cour du Bonheur rouge. Nous serons tout près l’un de l’autre, et nos deux résidences seront paisibles et retirées. »

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Tandis qu’ils en discutaient, Jia Zheng envoya quelqu’un annoncer à l’aïeule Jia que le vingt-deuxième jour du deuxième mois était propice et que les jeunes gens pourraient alors emménager. Durant les quelques jours qui restaient, on devait envoyer du monde répartir les logements et tout préparer.

Xue Baochai s’établit dans l’enclos des Herbes odorantes ; Lin Daiyu, au pavillon des Bambous de la Xiao et de la Xiang ; Yingchun, au pavillon des Brocarts assemblés ; Tanchun, au cabinet d’étude de l’Automne voilé ; Xichun, au pavillon du Vent parmi les renouées ; dame Li, au hameau des Épis parfumés ; et Baoyu, à la cour du Bonheur rouge. On affecta à chaque résidence deux vieilles gouvernantes et quatre servantes. Outre les nourrices et les servantes personnelles de chacun, d’autres personnes furent spécialement chargées du rangement et du nettoyage.

Le vingt-deuxième jour, tous s’installèrent ensemble. Aussitôt, dans le jardin, les fleurs déployèrent leurs rubans brodés et les saules caressèrent le vent parfumé : il n’avait plus rien de la solitude d’autrefois.

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Abrégeons ces propos secondaires. Depuis son entrée dans le jardin, Baoyu avait le cœur comblé et ne désirait plus rien au monde. Chaque jour, il restait avec ses sœurs, ses cousines et les servantes : tantôt ils lisaient, tantôt ils calligraphiaient ; ils jouaient du qin ou aux échecs, peignaient ou composaient des vers ; ils brodaient oiseaux luan et phénix, jouaient aux plantes, piquaient des fleurs dans leurs cheveux, fredonnaient à mi-voix, chantaient tout bas, décomposaient les caractères ou se livraient à des jeux de devinettes. Rien ne leur échappait, et Baoyu y trouvait un bonheur parfait. Il composa même plusieurs poèmes de circonstance sur les quatre saisons : sans être excellents, ils exprimaient des sentiments et des scènes véritables.

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Laissons Baoyu à ses compositions. À l’époque, certaines gens avides de faveur, voyant que ces poèmes étaient l’œuvre d’un garçon de douze ou treize ans du palais Rongguo, les recopièrent et en chantèrent partout les louanges. D’autres jeunes gens frivoles, séduits par leurs vers gracieux et capiteux, les inscrivirent sur leurs éventails ou sur les murs et ne cessaient de les réciter avec admiration. On finit même par venir lui demander des poèmes et des calligraphies, lui commander des peintures ou solliciter des inscriptions. Baoyu, plus fier que jamais, consacrait chaque jour son temps à ces occupations extérieures.

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Mais voici que du calme naquit l’agitation. Un jour, Baoyu commença soudain à se sentir mal à l’aise : rien ne lui convenait plus. Il entrait, sortait, toujours sombre et ennuyé. Les jeunes filles du jardin se trouvaient encore dans l’âge d’une innocence entière, comme au sein d’un monde indifférencié : elles s’asseyaient ou s’allongeaient sans prendre de précautions, riaient et jouaient sans arrière-pensée. Comment auraient-elles compris ce qui occupait alors le cœur de Baoyu ?

Ne se sentant plus à son aise, il délaissa le jardin et passa son temps à vagabonder au-dehors, mais demeurait toujours comme hébété. Mingyan, le voyant ainsi, chercha un moyen de le distraire. Il eut beau se creuser la tête, Baoyu était déjà las de tous les divertissements qu’il imaginait ; il ne restait qu’une chose qu’il n’avait encore jamais vue. Mingyan se rendit donc dans une librairie et acheta quantité de récits anciens et modernes, de biographies non officielles de Feiyan, Hede, Wu Zetian et Yang Guifei, ainsi que des romans théâtraux et des livrets de pièces, afin d’éveiller l’intérêt de Baoyu.

Celui-ci les regarda comme s’il avait découvert un trésor. Mingyan lui recommanda encore : « Ne les emportez surtout pas dans le jardin. Si quelqu’un l’apprend, j’en subirai toutes les conséquences ! » Mais comment Baoyu aurait-il consenti à ne rien prendre ? Après de longues hésitations, il choisit quelques ouvrages seulement, ceux dont la langue et les idées étaient les plus élégantes, les emporta dans le jardin et les cacha au-dessus de son lit, pour les lire lorsqu’il était seul. Il laissa dans le cabinet extérieur tous ceux qui étaient trop vulgaires ou trop explicites.

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Ce jour-là, vers le milieu du troisième mois, après le déjeuner, Baoyu prit un exemplaire de l’« Histoire de la rencontre véritable » et se rendit près du pont de l’écluse Qinfang. Il s’assit sur une pierre, sous les pêchers, ouvrit le livre et se mit à le lire attentivement depuis le début. Il venait d’arriver aux mots « les fleurs rouges tombées se rangent en bataille » lorsqu’une rafale passa. Une énorme quantité de fleurs de pêcher fut arrachée aux branches : son corps, son livre et le sol furent entièrement couverts de pétales.

Baoyu voulut les secouer, mais craignit de les fouler ensuite aux pieds. Il dut donc recueillir les pétales dans le pan de son vêtement, les porter au bord de l’étang et les y verser. Ils flottèrent à la surface, dérivèrent doucement et finirent par franchir l’écluse Qinfang au fil de l’eau.

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À son retour, Baoyu vit qu’il restait encore beaucoup de pétales sur le sol. Tandis qu’il hésitait, une voix s’éleva derrière lui : « Que fais-tu ici ? » Il se retourna : c’était Lin Daiyu. Elle portait sur l’épaule une houe à fleurs, à laquelle était suspendu un sac de gaze, et tenait à la main un balai à fleurs.

Baoyu s’écria en riant : « Bien, très bien ! Viens balayer ces fleurs et jetons-les à l’eau. J’en ai déjà versé beaucoup là-bas. » Lin Daiyu répondit : « Ce n’est pas bon de les jeter dans l’eau. Regarde : ici, l’eau est propre, mais une fois qu’elle s’écoule au-dehors et traverse des lieux habités, que ne rencontre-t-elle pas ? Les fleurs seront tout de même souillées. Dans ce coin écarté, j’ai préparé un tertre funéraire pour les fleurs. Nous pouvons les balayer, les mettre dans ce sac de soie et les enterrer là. Avec le temps, elles se fondront dans la terre : ne resteront-elles pas ainsi propres ? »

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Transporté de joie, Baoyu répondit en riant : « Attends que je pose mon livre, et je t’aiderai à les ramasser. — Quel livre ? » demanda Daiyu. Pris de panique, Baoyu s’efforça vainement de le cacher et répondit : « Rien d’autre que le “Juste Milieu” et la “Grande Étude”. — Tu recommences à me jouer tes tours. Montre-le-moi tout de suite, sans quoi tu auras affaire à moi. »

Baoyu dit : « Petite sœur, avec toi, je n’ai rien à craindre. Mais si tu le lis, promets-moi surtout de n’en parler à personne. C’est vraiment un texte merveilleux ! Quand tu l’auras lu, tu ne penseras même plus à manger. » Tout en parlant, il le lui tendit. Daiyu posa ses outils, prit le livre et commença à lire depuis le début. Plus elle avançait, plus elle l’aimait. En moins de temps qu’il ne faut pour prendre un repas, elle avait achevé les seize actes. Elle trouvait les phrases saisissantes, et leur parfum lui emplissait encore la bouche. Même après avoir terminé, elle demeura plongée dans ses pensées et continua de les réciter silencieusement en elle-même.

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Baoyu lui demanda en riant : « Petite sœur, trouves-tu cela bon ? — C’est vraiment délicieux », répondit Lin Daiyu en souriant. Baoyu reprit : « Moi, je suis “ce corps accablé de chagrins et de maladies”, et toi, tu es “cette beauté à renverser royaumes et cités”. »

À ces mots, Lin Daiyu rougit des joues jusqu’aux oreilles. Elle dressa aussitôt ses deux sourcils qui semblaient froncés sans l’être, ouvrit ses deux yeux qui semblaient ouverts sans l’être ; la colère empourpra ses joues de pêche et l’indignation anima son délicat visage. Pointant Baoyu du doigt, elle s’écria : « Maudit sois-tu pour ces sottises ! Tu apportes ici ces paroles obscènes et ces chants licencieux, puis tu t’en sers pour m’insulter avec tes propos infâmes ! Je vais tout raconter à mon oncle maternel et à ma tante ! » À peine eut-elle prononcé le mot « insulter » que ses yeux rougirent ; elle se détourna pour partir.

Baoyu, pris de panique, courut lui barrer le chemin : « Ma bonne petite sœur, pardonne-moi cette fois, je t’en supplie. C’est moi qui ai mal parlé. Si j’ai vraiment voulu t’insulter, que demain je tombe dans l’étang, qu’une vieille tortue galeuse me dévore et que je devienne une grosse tortue oublieuse des Huit Vertus ! Et lorsque, devenue plus tard Dame du premier rang, tu mourras de vieillesse, j’irai porter sur mon dos la stèle de ta tombe pour l’éternité ! »

Lin Daiyu éclata de rire. Tout en se frottant les yeux, elle dit : « Te voilà effrayé, mais tu continues encore à débiter des sottises. Fi donc ! Tu n’es toi aussi qu’“une pointe de lance en cire qui brille comme l’argent”. » Baoyu sourit : « Et ce que tu viens de dire, alors ? Je vais également le raconter. » Lin Daiyu répondit en riant : « Tu prétends pouvoir “réciter après une seule lecture” ; pourquoi ne pourrais-je pas, moi, “lire dix lignes d’un regard” ? » Tout en rangeant le livre, Baoyu dit : « Allons, enterrons vite les fleurs et ne parlons plus de cela. »

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Tous deux ramassèrent donc les fleurs tombées. Ils venaient juste de finir de les ensevelir lorsque Xiren arriva : « Où ne vous ai-je pas cherché ! Et c’est ici que je vous retrouve. Le maître aîné ne se sent pas bien ; les demoiselles sont toutes allées prendre de ses nouvelles, et l’aïeule demande qu’on vous y envoie aussi. Retournez vite changer de vêtements. » Baoyu prit aussitôt son livre, fit ses adieux à Daiyu et repartit avec Xiren pour se changer. N’en parlons plus.

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Restée seule après le départ de Baoyu, Lin Daiyu savait que ses sœurs et cousines n’étaient pas non plus dans leurs chambres, et elle se sentit mélancolique. Elle allait regagner son appartement lorsqu’en passant près de l’angle extérieur du mur de la cour du Parfum des poiriers, elle entendit derrière le mur la longue mélodie d’une flûte et les inflexions gracieuses d’un chant. Elle comprit que les douze jeunes filles répétaient une pièce de théâtre.

Sans y prêter d’abord grande attention, elle entendit fortuitement deux vers portés jusqu’à elle, dont elle ne perdit pas un mot : « Voici donc partout l’éclat des pourpres et des rouges ; et tout cela, livré à des puits effondrés et des murs en ruine ! » Ces paroles firent naître en Lin Daiyu une profonde et tendre émotion. Elle s’arrêta et tendit l’oreille. On chanta encore : « Quel jour heureux, quel ravissant paysage ! Mais dans quel jardin sont les plaisirs qui réjouissent le cœur ? »

En entendant ces deux phrases, elle hocha involontairement la tête et soupira. Elle songea : « Ainsi, les pièces de théâtre contiennent elles aussi de beaux textes ! Quel dommage que les gens ne sachent que regarder le spectacle, sans nécessairement en goûter la véritable saveur. » Puis elle regretta de s’être laissée distraire par ces pensées, qui lui avaient fait perdre une partie du chant.

Lorsqu’elle écouta de nouveau, on chantait justement : « Pour toi, beauté pareille à une fleur, les années coulent comme l’eau… » Ces deux phrases émurent Daiyu jusqu’au plus profond d’elle-même. Puis elle entendit encore des mots tels que : « Dans ton gynécée retiré, tu t’apitoies sur toi-même. » Elle en devint plus enivrée et plus fascinée encore. Incapable de rester debout, elle se laissa tomber sur une pierre de rocaille et savoura longuement ces huit caractères : « beauté pareille à une fleur, les années coulent comme l’eau ».

Soudain lui revint un vers lu récemment chez un ancien : « L’eau s’écoule, les fleurs se fanent, toutes deux sans pitié. » Elle se rappela aussi cette phrase d’un poème chanté : « L’eau fuit, les fleurs tombent, le printemps s’en est allé : au ciel comme chez les hommes. » Puis s’y ajouta le vers qu’elle venait de lire dans le « Pavillon de l’Ouest » : « Les fleurs tombent, l’eau emporte leur rougeur : mille mélancolies oisives. » Toutes ces phrases surgirent ensemble dans sa mémoire et s’y mêlèrent.

À force de les méditer, elle sentit son cœur se serrer et son esprit s’égarer ; des larmes coulèrent de ses yeux. Elle ne savait comment se délivrer de cette émotion lorsqu’elle sentit soudain quelqu’un lui donner un coup dans le dos. Elle se retourna et vit une jeune fille. Mais qui était-ce ? On le saura au chapitre suivant.

Notes

賈/假 — Le patronyme Jia se prononce comme 假, « faux » ; ce calembour place toute la famille sous le signe de l’illusion.

中浣 — Le mois était divisé en trois périodes de dix jours ; 中浣 désigne ici la dizaine médiane du troisième mois lunaire.

《會眞記》 — « L’Histoire de la rencontre véritable » est ici le texte du « Pavillon de l’Ouest » ; les citations échangées par Baoyu et Daiyu proviennent de cette œuvre théâtrale attribuée à Wang Shifu.

襲人 — Le nom Xiren, « celle qui assaille », est tiré du vers 花氣襲人知晝暖. Comme la servante porte le patronyme 花, « Fleur », le nom peut aussi s’entendre comme « le parfum des fleurs assaille ».

忘八/王八 — Baoyu remplace plaisamment 王八, « tortue », mais aussi injure, par 忘八, « qui oublie les huit vertus ». Les grandes stèles funéraires reposaient souvent sur une tortue de pierre.

銀樣蠟鎗頭 — Littéralement « pointe de lance en cire d’apparence argentée » : une chose brillante mais sans solidité. Daiyu reprend elle aussi une expression du « Pavillon de l’Ouest ».

《牡丹亭》 — Les chants entendus par Daiyu viennent du « Pavillon aux pivoines » de Tang Xianzu, notamment de la scène de la promenade au jardin, où la beauté du printemps éveille le désir amoureux.

流水落花春去也 — Ce vers est emprunté à Li Yu, dernier souverain des Tang du Sud ; avec les autres images d’eau et de fleurs tombées, il associe le printemps qui s’enfuit à la fuite du temps et à la séparation.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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