Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 48 L’homme aux passions déréglées, égaré par ses sentiments, songe à voyager pour apprendre un métier ; la femme éprise d’élégance, admise dans l’élégante société, peine à composer un poème

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L’homme aux passions déréglées, égaré par ses sentiments, songe à voyager pour apprendre un métier

la femme éprise d’élégance, admise dans l’élégante société, peine à composer un poème

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Or donc, lorsque Xue Pan eut entendu ces paroles, sa colère commença enfin à s’apaiser. Trois ou cinq jours plus tard, la douleur avait certes disparu, mais les marques de ses blessures subsistaient ; il feignait donc d’être malade et restait chez lui, honteux de paraître devant parents et amis. En un clin d’œil, on fut au dixième mois. Comme plusieurs commis des diverses boutiques devaient rentrer chez eux pour établir les comptes de fin d’année, il fallut naturellement préparer à la maison un banquet d’adieu. Parmi eux se trouvait un certain Zhang Dehui, qui, depuis sa jeunesse, dirigeait la maison de prêt sur gages de Xue Pan et avait lui-même amassé de quoi vivre, deux ou trois mille taëls. Cette année, il devait aussi rentrer chez lui et ne reviendrait qu’au printemps suivant. Il dit à ce propos : « Cette année, le papier, les objets de papier et les parfums ont manqué ; ils seront certainement chers l’année prochaine. Je ferai d’abord monter mon fils aîné et mon cadet pour qu’ils veillent à la maison de prêt. Quant à moi, avant la fête du Double-Cinq, j’achèterai en chemin du papier, des objets de papier et des éventails parfumés pour les revendre. Une fois déduits les droits de douane et les frais, je pourrai encore en tirer plusieurs fois ma mise. » En l’entendant, Xue Pan réfléchit : « Maintenant qu’on m’a battu, j’ai justement honte de me montrer. Je voudrais me cacher pendant un an ou six mois, mais je ne sais où aller ; je ne peux tout de même pas faire chaque jour semblant d’être malade. De plus, me voilà devenu grand sans être ni lettré ni homme d’armes. J’ai beau prétendre faire du commerce, je n’ai jamais touché ni trébuchet de changeur ni boulier. Je ne connais ni les pays et leurs coutumes, ni les routes proches ou lointaines. Autant réunir quelque capital et partir courir le monde pendant un an avec Zhang Dehui. Que je gagne du fer au lieu d’argent, ou que je ne gagne rien du tout, je pourrai du moins cacher ma honte. Et puis, parcourir montagnes et rivières ne serait pas mauvais. » Sa décision prise, il attendit la fin du banquet, puis exposa calmement son projet à Zhang Dehui et lui demanda de patienter un jour ou deux afin qu’ils partissent ensemble.

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Le soir, Xue Pan en informa sa mère. La tante Xue se réjouit certes en l’entendant, mais elle craignait aussi qu’il ne fît des sottises au-dehors ; perdre le capital n’aurait encore été qu’un moindre mal. Aussi lui interdit-elle de partir et se contenta-t-elle de dire : « Quoi qu’il arrive, reste auprès de moi ; je serai ainsi plus tranquille. Nous n’avons d’ailleurs nul besoin de ce commerce ni de ces quelques centaines de taëls. » Mais Xue Pan avait pris son parti : comment aurait-il consenti à céder ? « Chaque jour, vous dites que je ne connais rien aux affaires du monde, que j’ignore ceci et n’apprends pas cela. Maintenant que je me suis résolu à renoncer à toutes ces futilités, que je veux devenir un homme, établir ma situation et apprendre le commerce, vous refusez encore : que voulez-vous donc que je fasse ? Je ne suis tout de même pas une servante qu’on enferme à la maison ! Quand cela finira-t-il ? Et puis, Zhang Dehui est déjà un homme d’âge ; nos deux familles sont liées depuis des générations. Si je pars avec lui, comment pourrait-il m’arriver malheur ? Quand bien même je serais tenté un instant de fréquenter un mauvais endroit, il m’avertirait et me raisonnerait. Il connaît aussi le cours des marchandises, leurs hausses et leurs baisses ; je pourrais naturellement tout lui demander. Ce serait on ne peut plus commode, et pourtant vous ne voulez pas me laisser partir ! Dans deux jours, je ne préviendrai personne : je préparerai secrètement mes affaires, je m’en irai, et quand je reviendrai riche l’année prochaine, vous saurez enfin ce que je vaux ! » Là-dessus, il alla se coucher, plein de dépit.

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Après avoir entendu ces paroles, la tante Xue consulta Baochai. Celle-ci sourit : « Si mon frère veut réellement acquérir l’expérience des choses sérieuses, ce n’est pas plus mal. Seulement, il tient de beaux discours à la maison ; une fois dehors, son ancien mal risque de le reprendre, et il sera difficile de le contenir. Mais il ne sert à rien de tant s’en inquiéter. S’il se corrige vraiment, ce sera le bonheur de toute sa vie ; s’il ne se corrige pas, maman n’aura pas davantage d’autre moyen. Faisons pour moitié tout ce qui dépend de nous, et pour l’autre moitié remettons-nous au Ciel. C’est maintenant un adulte. Si, par crainte qu’il ne connaisse pas les chemins du monde, nous l’empêchons toujours de sortir et d’entreprendre quoi que ce soit, nous pourrons l’enfermer chez nous cette année : l’année prochaine, il sera encore le même. Puisque ses raisons sont parfaitement honorables, maman n’a qu’à considérer comme perdus huit cents ou mille taëls et les lui confier pour qu’il essaie. Après tout, les commis seront là pour l’aider ; ils n’oseront sans doute pas le tromper ouvertement. En outre, une fois parti, il n’aura plus personne pour l’encourager dans ses fredaines ni personne sur qui s’appuyer. Dehors, qui aurait encore peur de lui ? S’il a de quoi manger, il mangera ; sinon, il souffrira de la faim. Quand il se verra sans personne vers qui lever les yeux, peut-être deviendra-t-il moins difficile qu’à la maison. » La tante Xue réfléchit longtemps, puis dit : « Tu as raison. Dépenser quelque argent pour lui apprendre à se conduire vaudrait encore la peine. » Leur décision prise, la nuit se passa sans autre incident.

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Le lendemain, la tante Xue fit venir Zhang Dehui. Dans le cabinet d’étude, elle ordonna à Xue Pan de lui offrir à boire et à manger ; elle-même, depuis la galerie de derrière et à travers la fenêtre, adressa mille recommandations à Zhang Dehui, le priant de veiller avec soin sur son fils. Zhang Dehui promit tout ce qu’elle voulut. Après le repas, il prit congé, puis revint annoncer : « Le quatorze est un jour particulièrement propice au départ. Que mon cher neveu de famille prépare dès maintenant ses bagages et loue des mules ; le quatorze, de grand matin, nous nous mettrons en route. » Xue Pan fut transporté de joie et rapporta ces paroles à la tante Xue. Celle-ci, avec Baochai, Xiangling et deux vieilles nourrices, passa plusieurs jours à préparer les bagages. Elle désigna pour accompagner Xue Pan son père nourricier, un vieux serviteur aux cheveux blancs, deux anciens domestiques expérimentés et deux jeunes valets ordinairement attachés à son service : maîtres et serviteurs étaient six en tout. On loua trois grandes voitures réservées aux bagages et aux objets usuels, ainsi que quatre mules pour le long voyage. Xue Pan monterait lui-même une grande mule rapide d’un gris de fer, élevée à la maison, et l’on emmenait en plus un cheval de selle. Quand tout fut prêt, la tante Xue, Baochai et les autres lui firent toute la nuit des recommandations qu’il est inutile de rapporter en détail. Le treize, Xue Pan alla d’abord prendre congé de son oncle maternel, puis vint faire ses adieux aux membres de la résidence Jia. Jia Zhen et les autres ne manquèrent pas de lui offrir encore un banquet d’adieu, qu’il n’est pas nécessaire de décrire. Le quatorze, de grand matin, la tante Xue et Baochai accompagnèrent Xue Pan jusqu’au-delà de la porte cérémonielle ; mère et fille le suivirent de leurs quatre yeux jusqu’à ce qu’il eût disparu, puis seulement rentrèrent.

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Les gens que la tante Xue avait amenés avec elle à la capitale ne formaient que quatre ou cinq maisonnées, auxquelles s’ajoutaient deux ou trois vieilles nourrices et quelques petites servantes. Comme plusieurs hommes étaient partis avec Xue Pan, il n’en restait plus qu’un ou deux au-dehors. Le jour même, la tante Xue se rendit donc dans le cabinet d’étude et fit transporter à l’intérieur, pour les mettre en sûreté, tout le mobilier, les objets précieux, les rideaux, les tentures et le reste. Elle ordonna aussi aux femmes de deux des hommes partis en voyage de venir dormir à l’intérieur. Puis elle dit à Xiangling de ranger soigneusement sa chambre : « Ferme la porte à clef et viens dormir avec moi le soir. » Baochai dit alors : « Puisque maman aura déjà toutes ces personnes pour lui tenir compagnie, autant demander à sœur Ling de venir avec moi. Notre jardin est si vide, et les nuits deviennent longues ; nous travaillons chaque soir. Plus nous serons nombreuses, mieux cela vaudra, n’est-ce pas ? » La tante Xue sourit : « C’est vrai, je l’avais oublié. C’est bien avec toi que j’aurais dû l’envoyer. L’autre jour encore, je disais à ton frère que Wenxing était trop jeune et ne savait rien faire convenablement. Ying’er ne suffit pas à elle seule pour te servir ; il faudra encore t’acheter une servante. » Baochai répondit : « On ne sait jamais d’où viennent celles qu’on achète. Si nous nous trompions sur son compte, perdre l’argent serait peu de chose, mais elle ne ferait que nous causer des ennuis. Mieux vaut nous renseigner tranquillement et en acheter une dont nous connaîtrons les antécédents. » Tout en parlant, elle ordonna à Xiangling de préparer couvertures, matelas et nécessaire de toilette, puis chargea une vieille nourrice et Zhen’er de les porter à l’enclos des Herbes odorantes. Baochai et Xiangling regagnèrent ensuite ensemble le jardin.

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Xiangling dit à Baochai : « Je voulais justement parler à Madame et lui demander, une fois le maître aîné parti, de venir vous tenir compagnie. Mais j’avais peur qu’elle ne se méprenne et ne croie que je désirais seulement entrer dans le jardin pour m’amuser. Qui aurait pensé que vous le proposeriez vous-même ? » Baochai sourit : « Je sais bien que ce jardin te fait envie depuis plus d’un jour ou deux ; seulement, tu n’en avais jamais trouvé l’occasion. Même lorsque tu venais y faire un tour chaque jour, tu étais si pressée que cela n’avait rien d’amusant. Profitons donc de l’occasion : tu pourras même y demeurer un an. J’aurai quelqu’un de plus pour me tenir compagnie et tu verras ton souhait comblé. » Xiangling sourit : « Ma bonne demoiselle, profitez de ce moment pour m’apprendre à composer des poèmes ! » Baochai répondit en riant : « Je le disais bien : quand on t’accorde le Long, tu réclames encore le Shu ! Je te conseille de patienter un peu. C’est aujourd’hui ton premier jour ici. Sors d’abord par la porte orientale du jardin et va, en commençant par l’aïeule Jia, rendre visite à chacun et présenter tes respects. Inutile de leur annoncer spécialement que tu as emménagé dans le jardin ; si quelqu’un t’en demande la raison, dis simplement en passant que je t’ai amenée pour me tenir compagnie. Quand tu reviendras, va aussi saluer chacune des demoiselles dans ses appartements. »

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Xiangling acquiesça et allait partir quand elle vit arriver Ping’er à pas pressés. Elle s’empressa de la saluer, et Ping’er dut lui rendre son sourire et ses politesses. Baochai dit alors en riant à Ping’er : « Je l’ai amenée aujourd’hui pour me tenir compagnie et j’allais justement en informer votre maîtresse. » Ping’er sourit : « Que dites-vous là, demoiselle ? Vous ne me laissez vraiment rien à répondre. » Baochai reprit : « C’est pourtant la règle. Une auberge a son patron, un temple son supérieur. Ce n’est certes pas une grande affaire, mais il faut tout de même prévenir. Ainsi, même les gens chargés de la garde de nuit dans le jardin sauront que deux personnes de plus s’y trouvent et pourront fermer portes et portails en conséquence. Dites-le-lui donc à votre retour ; je n’enverrai personne exprès. » Ping’er promit de s’en charger, puis dit à Xiangling : « Puisque vous êtes venue, n’allez-vous pas rendre visite à vos voisines ? » Baochai sourit : « C’est justement ce que je lui disais de faire. » Ping’er ajouta : « Mais inutile d’aller chez nous pour le moment : le second maître est malade et reste à la maison. » Xiangling acquiesça et partit ; elle commença sa tournée chez l’aïeule Jia, mais cela n’appartient pas à notre récit.

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Lorsque Xiangling fut partie, Ping’er prit Baochai par la main et lui demanda à voix basse : « Demoiselle, avez-vous entendu notre dernière nouvelle ? » Baochai répondit : « Je n’ai rien entendu. Ces derniers jours, nous étions tout occupés à préparer le départ de mon frère, si bien que j’ignore absolument ce qui s’est passé chez vous. Je n’ai même pas vu les sœurs depuis deux jours. » Ping’er sourit : « Monsieur a battu le second maître au point qu’il ne peut plus bouger ; serait-il possible que vous n’en ayez rien entendu ? » Baochai répondit : « Ce matin, j’en ai vaguement entendu dire un mot, mais je n’étais pas certaine que ce fût vrai. J’allais justement rendre visite à votre maîtresse quand vous êtes arrivée. Pourquoi l’a-t-il encore battu ? » Ping’er serra les dents et jura : « Tout est la faute de ce maudit Jia Yucun, ce bâtard sauvage, ce crève-la-faim sorti on ne sait d’où et rencontré en chemin ! Voilà moins de dix ans qu’on le connaît, et il a déjà causé tant d’affaires ! Au printemps dernier, Monsieur aperçut je ne sais où quelques vieux éventails. De retour chez lui, tous les beaux éventails que nous conservions lui parurent soudain sans valeur, et il ordonna sur-le-champ qu’on en recherchât partout. Or il se trouve qu’un pauvre diable, un ennemi qui ne sait pas ce qui lui pend au nez et que tout le monde surnomme l’Idiot Shi, ne possède même pas de quoi manger, mais détient précisément vingt vieux éventails qu’il refuse obstinément de laisser sortir de chez lui. Le second maître eut toutes les peines du monde à faire jouer ses relations pour rencontrer cet homme. Après qu’il lui eut parlé et reparlé, celui-ci l’invita chez lui, le fit asseoir et sortit les éventails pour les lui montrer un instant. D’après le second maître, c’étaient des pièces introuvables, toutes en bambou Xiangfei, en bambou palmier, en bambou milu ou en bambou de jade, portant d’authentiques calligraphies et peintures des anciens. Il revint l’annoncer à Monsieur, qui lui ordonna de les acheter et d’en donner le prix qu’on en demanderait. Mais l’Idiot Shi déclara : “Quand bien même je mourrais de faim et de froid, quand bien même on m’offrirait mille taëls par éventail, je ne les vendrais pas.” Monsieur, n’y pouvant rien, injuriait chaque jour le second maître et le traitait d’incapable. On avait déjà proposé cinq cents taëls, payables avant la remise des éventails, mais il refusait toujours, disant que pour obtenir ses éventails il faudrait d’abord prendre sa vie. Songez-y, demoiselle : qu’y avait-il à faire ? Or ce Yucun sans foi ni loi entendit parler de l’affaire. Il imagina alors de l’accuser faussement de devoir de l’argent au Trésor, le fit arrêter et conduire au tribunal, puis déclara que ses biens devaient être vendus pour acquitter sa dette. Il saisit ainsi les éventails, leur attribua un prix officiel et les envoya ici. Quant à l’Idiot Shi, nul ne sait maintenant s’il est mort ou vivant. Monsieur demanda au second maître : “Comment se fait-il que d’autres aient réussi à les obtenir ?” Le second maître répondit seulement : “Ruiner entièrement une famille pour une bagatelle pareille, ce n’est pas ce que j’appelle être capable.” Monsieur se mit en colère, prétendant que le second maître lui avait répondu par insolence. Voilà la première grande affaire. Ces derniers jours, il y en a encore eu plusieurs petites dont je ne me souviens plus très bien. Toutes se sont donc accumulées, et Monsieur a fini par le battre. Il n’a même pas pris le temps de le faire maintenir pour employer la planche ou le bâton : il l’a laissé debout et, avec je ne sais quoi, l’a roué de coups à tort et à travers. Il lui a ouvert le visage en deux endroits. Nous avons entendu dire que Madame votre tante possédait un remède pour les blessures causées par le bâton. Demoiselle, pourriez-vous m’en trouver une pilule ? » En l’entendant, Baochai ordonna aussitôt à Ying’er d’en chercher deux et de les donner à Ping’er. Puis elle dit : « Puisqu’il en est ainsi, présentez-lui mes respects à ma place ; je n’irai pas moi-même. » Ping’er promit de s’en charger et partit ; cela n’appartient pas à notre récit.

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Après avoir rendu visite à tout le monde et pris son dîner, Xiangling vit Baochai et les autres partir chez l’aïeule Jia ; elle se rendit donc seule au pavillon Xiaoxiang. Daiyu était alors en grande partie rétablie et se réjouit naturellement d’apprendre que Xiangling venait aussi habiter dans le jardin. Xiangling lui dit en souriant : « Maintenant que je suis entrée ici, j’aurai du temps libre. Quoi qu’il arrive, apprenez-moi à composer des poèmes : ce sera pour moi une véritable bénédiction ! » Daiyu sourit : « Puisque tu veux apprendre la poésie, prends-moi pour maître. Je ne m’y entends guère, mais je suis tout de même capable de t’en enseigner les grandes lignes. » Xiangling répondit en riant : « S’il en est vraiment ainsi, je vous prends pour maître ; mais vous n’aurez pas le droit de vous impatienter. » Daiyu dit : « Qu’y a-t-il là de difficile, et qui mérite vraiment qu’on l’étudie ? Il n’y a que l’ouverture, le développement, le tournant et la conclusion ; au milieu, le développement et le tournant forment deux couplets antithétiques. Aux tons plats répondent les tons obliques, aux mots vides les mots pleins, et aux mots pleins les mots vides. Mais si l’on trouve réellement un vers merveilleux, peu importe même que les tons et les mots pleins ou vides ne se correspondent pas. » Xiangling sourit : « Voilà pourquoi, lorsque je prends parfois un vieux recueil de poésie pour en lire un ou deux poèmes à la dérobée, j’y vois tantôt des antithèses extrêmement rigoureuses et tantôt aucune. J’ai aussi entendu dire : “On ne tient pas compte des premier, troisième et cinquième caractères ; les deuxième, quatrième et sixième doivent être exacts.” Pourtant, dans les poèmes des anciens, certaines règles sont respectées, tandis que d’autres sont enfreintes aux deuxième, quatrième ou sixième caractères. Cela me laissait chaque jour perplexe. Maintenant que je vous entends, je comprends que ces règles ne sont finalement pas essentielles et que seule compte l’originalité des mots et des vers. » Daiyu répondit : « C’est bien cela. Mais les mots et les vers restent encore secondaires. Le plus important est la conception. Si l’inspiration est vraie, les mots seront naturellement beaux, même sans ornement. C’est ce qu’on appelle “ne pas sacrifier le sens aux mots”. »

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Xiangling dit : « Pour ma part, j’aime surtout ces vers de Lu Fangweng : “Les lourds rideaux restent baissés, gardant longtemps le parfum ; dans le léger creux du vieil encrier s’amasse une abondante encre.” C’est précis et plein d’agrément. » Daiyu répondit : « Il ne faut absolument pas lire ce genre de poèmes. Comme vous ne connaissez pas la poésie, vous aimez ces vers dès que vous les trouvez faciles et familiers. Une fois enfermée dans ce moule, tu ne pourras plus rien apprendre. Écoute-moi seulement. Si tu veux sincèrement étudier, j’ai ici les Œuvres complètes de Wang Mojie. Commence par méditer attentivement cent de ses poèmes réguliers de cinq caractères, jusqu’à les connaître parfaitement. Lis ensuite cent vingt poèmes réguliers de sept caractères du vieux Du, puis cent ou deux cents quatrains de sept caractères de Li Qinglian. Quand tu auras d’abord ces trois hommes pour fondement dans le ventre, tu pourras parcourir ensuite Tao Yuanming, Ying, Liu, Xie, Ruan, Yu, Bao et les autres. Puisque tu es si intelligente et si vive, il ne te faudra pas un an pour devenir un maître en poésie. » Xiangling sourit : « Puisqu’il en est ainsi, ma bonne demoiselle, sortez-moi donc ce livre. Je l’emporterai et pourrai en lire quelques poèmes la nuit. » Daiyu demanda alors à Zijuan d’apporter les poèmes réguliers de cinq caractères de Wang Youcheng et les tendit à Xiangling : « Ne lis que ceux qui portent un cercle rouge : je les ai tous choisis moi-même. Étudie-les un par un. Pour ce que tu ne comprends pas, demande à ta demoiselle ; ou bien, quand tu me rencontreras, je te l’expliquerai. » Xiangling prit le recueil et retourna à l’enclos des Herbes odorantes. Sans plus se soucier de rien, elle se mit à lire les poèmes l’un après l’autre sous la lampe. Baochai la pressa plusieurs fois d’aller dormir, mais elle n’en fit rien. Voyant toute la peine qu’elle se donnait, Baochai dut la laisser faire.

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Un jour, Daiyu venait d’achever sa toilette quand elle vit Xiangling lui rapporter le livre, tout sourire, et lui demander en échange les poèmes réguliers de Du Fu. Daiyu demanda en riant : « Combien en as-tu retenu ? » Xiangling répondit : « J’ai lu tous ceux qui étaient marqués d’un cercle rouge. » Daiyu reprit : « En as-tu saisi quelque chose ? » Xiangling sourit : « Il me semble en avoir compris un peu, mais je ne sais si j’ai raison. Laissez-moi vous l’expliquer. » Daiyu dit en souriant : « Ce n’est qu’en étudiant et en discutant ainsi qu’on peut progresser. Parle donc, je t’écoute. » Xiangling reprit : « À mon avis, la beauté de la poésie réside dans une pensée que la bouche ne peut exprimer, mais qui paraît absolument vraie lorsqu’on y réfléchit. Certains vers semblent déraisonnables ; pourtant, quand on y pense, ils sont pleins de raison et de sentiment. » Daiyu sourit : « Voilà qui commence à avoir du sens. Mais où l’as-tu découvert ? » Xiangling répondit : « Dans son poème “À la frontière”, j’ai lu ce distique : “Sur le vaste désert, une fumée solitaire monte toute droite ; sur le long fleuve, le soleil couchant est rond.” À bien y penser, comment la fumée pourrait-elle être droite ? Et le soleil est naturellement rond. Le mot “droit” semble déraisonnable, et “rond” paraît trop banal. Mais lorsqu’on ferme le livre et qu’on y réfléchit, c’est comme si l’on voyait réellement le paysage. Si l’on voulait remplacer ces deux mots, on n’en trouverait absolument aucun autre. Il écrit encore : “Au couchant, fleuves et lacs blanchissent ; quand monte la marée, ciel et terre bleuissent.” Ces deux mots, “blanc” et “bleu”, paraissent eux aussi déraisonnables. Pourtant, à la réflexion, eux seuls peuvent rendre pleinement le spectacle. Lorsqu’on les prononce, ils semblent avoir le poids de plusieurs milliers de livres, comme une olive. Il y a encore : “Au passage du bac s’attarde le soleil couchant ; au-dessus du hameau monte une fumée solitaire.” Ces mots “s’attarde” et “monte”, comment a-t-il pu les trouver ! L’année où nous sommes venues à la capitale, notre bateau s’amarra un soir. Il n’y avait personne sur la rive, seulement quelques arbres ; au loin, quelques familles préparaient leur repas du soir, et la fumée, d’un bleu vert, rejoignait les nuages. Or, lorsque j’ai lu ces deux vers hier soir, il m’a semblé que je retournais en ce lieu. »

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Tandis qu’elle parlait, Baoyu et Tanchun arrivèrent et s’assirent pour écouter ses propos sur la poésie. Baoyu sourit : « Puisqu’il en est ainsi, tu n’as même plus besoin de lire des poèmes. L’illumination n’est jamais loin du cœur. À t’entendre expliquer ces deux vers, on voit que tu as déjà saisi le secret. » Daiyu dit en riant : « Tu trouves excellent ce “monte une fumée solitaire”, mais tu ignores que ce vers imite encore un ancien. Je vais t’en montrer un autre, plus simple et plus naturel encore. » Elle chercha alors ces vers de Tao Yuanming : “Dans la brume indistincte, le lointain village ; en molles volutes, la fumée au-dessus du hameau”, et les tendit à Xiangling. Celle-ci les lut, hocha la tête avec admiration et sourit : « Ainsi, le mot “monte” est une transformation des deux mots “en molles volutes”. » Baoyu éclata de rire : « Tu as compris ! Inutile d’en dire davantage ; si l’on t’explique encore, tu finiras par t’éloigner de ce que tu as appris. Mets-toi donc à composer : ce sera forcément bon. » Tanchun sourit : « Demain, j’apporterai une cotisation supplémentaire et je t’inviterai à entrer dans notre société. » Xiangling répondit : « Pourquoi vous moquer de moi, demoiselle ? Je ne fais qu’étudier cela pour m’amuser, parce que j’en avais envie. » Tanchun et Daiyu rirent : « Qui donc ne s’amuse pas ? Crois-tu que nous composions sérieusement ? Si nous prétendions que nos poèmes sont de vrais poèmes, dès qu’ils sortiraient de ce jardin, les gens en riraient à s’en décrocher les mâchoires ! » Baoyu dit : « Voilà ce qui s’appelle se déprécier et renoncer à soi-même. L’autre jour, je discutais de peintures avec de jeunes lettrés du dehors. Ils avaient entendu dire que nous avions fondé une société de poésie et m’ont prié de leur montrer nos manuscrits. Je leur ai donc recopié plusieurs poèmes : tous les ont admirés sincèrement. Ils les ont même copiés et fait graver. » Tanchun et Daiyu demandèrent vivement : « Est-ce vrai ? » Baoyu sourit : « Si je mens, que je sois le perroquet perché sur son support ! » À ces mots, Daiyu et Tanchun s’écrièrent : « Tu es vraiment insensé ! Sans même parler du fait que ces textes ne sont pas des poèmes, quand bien même ils en seraient, les écrits de nos appartements intérieurs ne devraient pas circuler au-dehors. » Baoyu répondit : « Qu’y a-t-il à craindre ? Depuis l’Antiquité, quantité d’écrits composés dans les appartements des femmes n’ont pas été transmis ; aujourd’hui, plus personne n’en sait rien. »

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À ce moment, Xichun envoya Ruhua chercher Baoyu, qui partit aussitôt. Xiangling insista encore pour obtenir en échange les poèmes réguliers de Du Fu, puis supplia Daiyu et Tanchun : « Donnez-moi un sujet, que j’essaie de rimailler. Quand j’aurai fini, vous me corrigerez. » Daiyu répondit : « La lune était magnifique hier soir. Je voulais justement lui consacrer un poème, mais je ne l’ai pas achevé. Fais-en donc un. Pour la rime, prends dans la quatorzième catégorie han les caractères que tu voudras. » Ravie, Xiangling emporta son livre. Elle réfléchit péniblement un moment et composa deux vers ; puis, incapable de lâcher les poèmes de Du Fu, elle en lut encore deux. Elle en vint ainsi à perdre tout goût pour le thé et les repas, et ne trouvait plus de repos ni assise ni couchée. Baochai lui dit : « Pourquoi te tourmenter ainsi ? Tout cela est la faute de Pin’er, qui t’a lancée là-dedans. J’irai lui demander des comptes. Tu étais déjà assez sotte ; avec cela en plus, tu vas devenir tout à fait idiote. » Xiangling sourit : « Ma bonne demoiselle, ne me troublez pas. » Tout en parlant, elle acheva un poème et le montra d’abord à Baochai. Celle-ci sourit : « Cela ne va pas ; ce n’est pas ainsi qu’il faut faire. N’aie pas peur d’avoir honte : porte-le-lui seulement et vois ce qu’elle en dira. » Xiangling prit donc son poème et alla trouver Daiyu. Celle-ci y lut :

La lune et le cannelier sont au zénith, la nuit est froide ; pure et brillante est sa lumière, parfaitement ronde son ombre.

Le poète, qu’elle inspire, voudrait toujours la contempler ; le voyageur solitaire, qu’elle attriste, ne peut souffrir de la voir.

Près de la tour de jade vert pend un miroir de jade ; hors du rideau de perles est suspendu un disque de glace.

Pourquoi brûler des flambeaux d’argent par une si belle nuit ? Son éclat limpide et splendide illumine la balustrade peinte.

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Daiyu sourit : « L’idée y est, mais l’expression manque d’élégance. C’est parce que tu as lu trop peu de poèmes et que tu demeures prisonnière de ceux-là. Rejette celui-ci et composes-en un autre. Laisse-toi aller et écris hardiment. »

𦗟,黙黙𤼵、寳、寳𦘏囬。:「𪾶𦗟。」寳:「。」寳𦘏:「?」寳:「偺。」

Xiangling l’écouta et revint sans mot dire. Désormais, elle n’entrait même plus dans sa chambre. Au bord de l’étang, sous les arbres, elle restait tantôt assise sur un rocher, perdue dans ses pensées, tantôt accroupie à gratter la terre. Tous les passants s’en étonnaient. Lorsque Li Wan, Baochai, Tanchun, Baoyu et les autres l’apprirent, ils se tinrent à distance sur le flanc d’un monticule pour l’observer en riant. Ils la virent tantôt froncer les sourcils, tantôt sourire toute seule. Baochai dit en riant : « Elle est certainement devenue folle ! La nuit dernière, elle a marmonné sans arrêt et ne s’est couchée qu’à la cinquième veille. Moins d’un repas plus tard, le jour se levait déjà, et je l’ai entendue se lever. Elle s’est coiffée en toute hâte et a couru trouver Pin’er. À son retour, elle est restée hébétée toute la journée. Elle a composé un poème, mais il n’était pas bon ; elle doit naturellement en faire un autre en ce moment. » Baoyu sourit : « Voilà bien la terre féconde qui produit des êtres d’exception. Lorsque le Ciel donne naissance à quelqu’un, ce n’est jamais en vain qu’il lui accorde sensibilité et dispositions. Nous déplorions sans cesse qu’une telle personne fût condamnée à rester vulgaire ; qui aurait cru que ce jour viendrait enfin ! On voit que le Ciel et la Terre sont parfaitement équitables. » Baochai sourit en l’entendant : « Si seulement tu pouvais te donner autant de peine qu’elle ! Il n’est rien que tu ne parviendrais à apprendre. » Baoyu ne répondit pas. Soudain, ils virent Xiangling repartir toute joyeuse du côté de Daiyu. Tanchun sourit : « Suivons-la pour voir si elle a trouvé quelque chose de valable. »

:「𮟃穿𨯳。」

Sur ces mots, ils se rendirent tous ensemble au pavillon Xiaoxiang. Daiyu tenait justement le poème de Xiangling et en discutait avec elle. Tous lui demandèrent ce qu’elle en pensait. Daiyu répondit : « Elle s’est naturellement donné beaucoup de mal. Seulement, cela ne va toujours pas. Ce poème est trop artificieusement ciselé ; il faut encore en faire un autre. » Tous demandèrent à voir le texte, où ils lurent :

𣑱,西

Ce n’est ni argent ni eau qui répand le froid à la fenêtre ; voyez dans le ciel clair ce disque de jade protégé.

Le léger parfum des fleurs de prunier semble vouloir tout imprégner ; sur les minces rubans des saules, la rosée commence à sécher.

On croirait qu’un reste de poudre couvre les degrés d’or ; on dirait qu’un léger givre effleure la balustrade de jade.

Au réveil, dans la tour de l’Ouest, toute trace humaine a disparu ; mais son visage persistant se laisse encore voir derrière le rideau.

:「𮟃使。」,聼便便聼,𥦗:「。」:「『。」𦗟。寳:「。」:「』,!」

Baochai sourit : « On ne dirait pas que tu chantes la lune. Si tu ajoutais au caractère “lune” celui de “clarté”, cela pourrait encore convenir. Vois toi-même : chaque vers ne décrit que le clair de lune. Mais passons ; après tout, on commence à faire des poèmes en racontant des sottises. Dans quelques jours, cela ira mieux. » Xiangling trouvait elle-même ce poème merveilleux ; ces paroles refroidirent de nouveau son enthousiasme. Pourtant, elle refusait d’abandonner et se remit à chercher. Voyant les sœurs rire et bavarder, elle s’éloigna seule jusqu’aux bambous devant les marches et se creusa le cœur et les entrailles, sans rien entendre ni rien regarder d’autre. Au bout d’un moment, Tanchun lui cria en riant par la fenêtre : « Demoiselle Ling, reposez-vous donc un peu ! » Xiangling répondit d’un air absent : « Le caractère “repos” appartient à la quinzième rime shan ; il ne rime pas avec les autres. » Tous éclatèrent de rire. Baochai dit : « La poésie la possède vraiment comme un démon ! Tout cela est la faute de Pin’er, qui l’a entraînée là-dedans. » Daiyu sourit : « Le Sage a dit : “Instruire sans jamais se lasser.” Puisqu’elle vient m’interroger, comment pourrais-je refuser de lui répondre ? »

:「偺。」:「。」囬,

Li Wan sourit : « Emmenons-la chez la quatrième demoiselle. Nous lui ferons regarder la peinture pour la tirer un peu de son obsession. » Sur ces mots, elles sortirent réellement, entraînèrent Xiangling au-delà du kiosque des Lotus parfumés et gagnèrent la retraite des Parfums tièdes. Fatiguée, Xichun faisait la sieste, étendue de biais sur son lit. La peinture était dressée contre le mur sous une gaze protectrice. Elles réveillèrent Xichun et soulevèrent la gaze : l’œuvre était achevée à trois dixièmes seulement. Comme quelques belles femmes y figuraient déjà, elles montrèrent Xiangling du doigt et dirent : « Toutes celles qui savent composer des poèmes seront peintes là-dessus. Apprends vite ! » Après avoir plaisanté un moment, elles se séparèrent.

滿,寳,𦗟聼,𪾶:「。」:「?」寳𦗟:「!」𭺾,便,寳便

Xiangling n’avait toujours que son poème en tête. Le soir, elle resta longtemps rêveuse devant la lampe. Après la troisième veille, elle se coucha, mais demeura les yeux grands ouverts et ne s’assoupit vaguement qu’à la cinquième veille. Quand le jour se leva, Baochai s’éveilla et tendit l’oreille. Entendant que Xiangling dormait paisiblement, elle pensa : « Elle s’est tournée et retournée toute la nuit. Je me demande si elle a achevé son poème. Elle est épuisée maintenant ; ne la réveillons pas. » À cet instant, Xiangling s’écria en riant dans son rêve : « Cette fois, je l’ai ! Ce poème ne peut tout de même pas être encore mauvais ! » En l’entendant, Baochai ne sut s’il fallait la plaindre ou rire. Elle s’empressa de la réveiller et lui demanda : « Qu’as-tu donc trouvé ? Avec tant de sincérité, tu es devenue capable de communiquer avec les immortels ! Si tu n’apprends pas à faire des poèmes, tu finiras du moins par te rendre malade ! » Tout en parlant, elle fit sa toilette, puis rejoignit les sœurs pour se rendre chez l’aïeule Jia. En vérité, Xiangling avait mis tant d’ardeur à apprendre la poésie, concentrant tout son sang et toute son essence dans son effort, que, n’ayant pu composer durant le jour, elle avait soudain trouvé huit vers en rêve. Dès sa toilette achevée, elle se hâta de les écrire et se rendit au pavillon Qinfang. Li Wan et les autres sœurs revenaient justement de chez Madame Wang, tandis que Baochai leur racontait que Xiangling avait composé un poème en rêve et parlé dans son sommeil. Toutes riaient encore lorsqu’elles levèrent la tête et la virent arriver ; elles se disputèrent aussitôt son poème pour le lire. Pour savoir exactement ce qu’il en était, voyez les explications du prochain récit.

Notes

濫情人 : cette désignation, « l’homme aux passions déréglées », vise Xue Pan et rappelle ses débordements amoureux.

賈雨村 : Jia Yucun s’entend comme 假語存, « les propos feints conservés » ; son patronyme 賈 est en outre homophone de 假, « faux ».

英蓮/香菱 : Xiangling est Yinglian, l’enfant enlevée au premier récit, bien que le roman ne le rappelle pas ici.

得隴望蜀 : « obtenir le Long et convoiter le Shu » désigne un désir qui croît à mesure qu’il est satisfait, d’après une formule historique.

一三五不論,二四六分明 : règle mnémotechnique de la poésie régulière concernant l’alternance des tons aux positions impaires et paires du vers.

十四寒/十五刪 : catégories de rimes du répertoire traditionnel ; 寒 han et 刪 shan appartiennent à deux groupes distincts et ne peuvent donc rimer ensemble.

三昧 : terme bouddhique transcrivant le sanskrit samādhi ; par extension, il désigne ici le secret profond d’un art.

湘妃竹 : le « bambou Xiangfei » est un bambou moucheté associé aux larmes des épouses légendaires de l’empereur Shun.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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