Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 48 L’homme aux passions déréglées, égaré par ses sentiments, songe à voyager pour apprendre un métier ; la femme éprise d’élégance, admise dans l’élégante société, peine à composer un poème
濫情人情誤思游藝 𪷂雅女雅集苦吟詩
L’homme aux passions déréglées, égaré par ses sentiments, songe à voyager pour apprendre un métier
la femme éprise d’élégance, admise dans l’élégante société, peine à composer un poème
話說薛蟠𦗟見如此說了,氣方漸平。三五日後,疼痛雖愈,傷痕未平,只粧病在家,愧見親友。展眼已到十月,因有各舖面夥計内有筭年賬要囬家的,少不得家内治酒餞行。内有一個張德輝,自㓜在薛蟠當舖内𭣄總,家内也有了二三千金的過活,今歲也要囘家,明春方來,因說起:「今年紙劄香料短少,明年必是貴的。明年先打發大小兒上来,當舖裡照管照管。赶端陽前,我順路就販些紙劄香扇來賣。除去關稅花消,稍亦可以剩得幾倍利息。」薛蟠聼了,心下忖度:「如今我捱了打,正難見人,想著要躱避一年半載,又没處去躱,天天粧病也不是事。况且我長了這麽大,文不文武不武,雖說做買賣,究竟戥子、算盤,從没拿過。地土風俗,遠近道路,又不知道。不如也打㸃幾個本錢,和張德輝逛一年来。賺鐵也罷,不賺錢也罷,且躱躱羞去。二則逛逛山水,也是好的。」心内主意已定,至酒席散後,便和氣平心與張德輝說知,命他等一二日,一同前往。
Or donc, lorsque Xue Pan eut entendu ces paroles, sa colère commença enfin à s’apaiser. Trois ou cinq jours plus tard, la douleur avait certes disparu, mais les marques de ses blessures subsistaient ; il feignait donc d’être malade et restait chez lui, honteux de paraître devant parents et amis. En un clin d’œil, on fut au dixième mois. Comme plusieurs commis des diverses boutiques devaient rentrer chez eux pour établir les comptes de fin d’année, il fallut naturellement préparer à la maison un banquet d’adieu. Parmi eux se trouvait un certain Zhang Dehui, qui, depuis sa jeunesse, dirigeait la maison de prêt sur gages de Xue Pan et avait lui-même amassé de quoi vivre, deux ou trois mille taëls. Cette année, il devait aussi rentrer chez lui et ne reviendrait qu’au printemps suivant. Il dit à ce propos : « Cette année, le papier, les objets de papier et les parfums ont manqué ; ils seront certainement chers l’année prochaine. Je ferai d’abord monter mon fils aîné et mon cadet pour qu’ils veillent à la maison de prêt. Quant à moi, avant la fête du Double-Cinq, j’achèterai en chemin du papier, des objets de papier et des éventails parfumés pour les revendre. Une fois déduits les droits de douane et les frais, je pourrai encore en tirer plusieurs fois ma mise. » En l’entendant, Xue Pan réfléchit : « Maintenant qu’on m’a battu, j’ai justement honte de me montrer. Je voudrais me cacher pendant un an ou six mois, mais je ne sais où aller ; je ne peux tout de même pas faire chaque jour semblant d’être malade. De plus, me voilà devenu grand sans être ni lettré ni homme d’armes. J’ai beau prétendre faire du commerce, je n’ai jamais touché ni trébuchet de changeur ni boulier. Je ne connais ni les pays et leurs coutumes, ni les routes proches ou lointaines. Autant réunir quelque capital et partir courir le monde pendant un an avec Zhang Dehui. Que je gagne du fer au lieu d’argent, ou que je ne gagne rien du tout, je pourrai du moins cacher ma honte. Et puis, parcourir montagnes et rivières ne serait pas mauvais. » Sa décision prise, il attendit la fin du banquet, puis exposa calmement son projet à Zhang Dehui et lui demanda de patienter un jour ou deux afin qu’ils partissent ensemble.
晚間薛蟠告訴他母親,薛姨媽𦗟了,雖是歡喜,但又恐他在外生事,花了本錢倒是末事。因此不命他去,只說:「你好歹守著我,我還能放心些。况且也不用這買賣,等不著這幾百銀子用。」薛蟠主意已定,那裡肯依。只說:「天天又說我不知世務,這個也不知,那個也不學。如今我發狠把那些没要𦂳的都㫁了,如今要成人立事,學習買賣,又不准我了,呌我怎麽様呢?我又不是個丫頭,把我關在家裡,何日是個了手?况且那張德輝又是個有年紀的,偺們和他是世家,我同他,怎麽得有錯?我就有一時半刻不好的去處,他自然說我勸我,就是東西貴賤行情,他是知道的,自然色色問他,何等順利,倒不呌我去,過兩日,我不告訴家裡,私自打㸃了走,明年發了財囬來,纔知道我呢!」說𭺾,賭氣睡覺去了。
Le soir, Xue Pan en informa sa mère. La tante Xue se réjouit certes en l’entendant, mais elle craignait aussi qu’il ne fît des sottises au-dehors ; perdre le capital n’aurait encore été qu’un moindre mal. Aussi lui interdit-elle de partir et se contenta-t-elle de dire : « Quoi qu’il arrive, reste auprès de moi ; je serai ainsi plus tranquille. Nous n’avons d’ailleurs nul besoin de ce commerce ni de ces quelques centaines de taëls. » Mais Xue Pan avait pris son parti : comment aurait-il consenti à céder ? « Chaque jour, vous dites que je ne connais rien aux affaires du monde, que j’ignore ceci et n’apprends pas cela. Maintenant que je me suis résolu à renoncer à toutes ces futilités, que je veux devenir un homme, établir ma situation et apprendre le commerce, vous refusez encore : que voulez-vous donc que je fasse ? Je ne suis tout de même pas une servante qu’on enferme à la maison ! Quand cela finira-t-il ? Et puis, Zhang Dehui est déjà un homme d’âge ; nos deux familles sont liées depuis des générations. Si je pars avec lui, comment pourrait-il m’arriver malheur ? Quand bien même je serais tenté un instant de fréquenter un mauvais endroit, il m’avertirait et me raisonnerait. Il connaît aussi le cours des marchandises, leurs hausses et leurs baisses ; je pourrais naturellement tout lui demander. Ce serait on ne peut plus commode, et pourtant vous ne voulez pas me laisser partir ! Dans deux jours, je ne préviendrai personne : je préparerai secrètement mes affaires, je m’en irai, et quand je reviendrai riche l’année prochaine, vous saurez enfin ce que je vaux ! » Là-dessus, il alla se coucher, plein de dépit.
薛姨媽𦗟他如此說,因和寳釵商議。寳釵笑道:「哥哥果然要經歴正事,倒也罷了。只是他在家裡說著好聼,到了外頭,舊病復發,難拘朿他了,但也愁不得許多。他若是眞攺了,是他一生的福。若不攺,媽媽也不能又有别的法子。一半盡人力,一半𦗟天罷了。這麽大人了,若只𬋩怕他不知世路,出不得門,幹不得事,今年關在家裡,明年還是這個様兒。他旣說的名正言順,媽媽就打諒著丢了一千、八百銀子,竟交與他試一試。橫𥪡有夥計帮着他,也未必好意思哄騙他的。二則他出去了,左右没了助興的人,又没有𠋣仗的人,到了外頭,誰還怕誰,有了的吃,没了的餓著,舉眼無靠,他見了這様,只怕比在家裡省了事也未可知。」薛姨媽𦘏了,思忖半晌道:「倒是你說的是。花兩個錢,呌他學些乖來,也值。」商議已定,一宿無話。
Après avoir entendu ces paroles, la tante Xue consulta Baochai. Celle-ci sourit : « Si mon frère veut réellement acquérir l’expérience des choses sérieuses, ce n’est pas plus mal. Seulement, il tient de beaux discours à la maison ; une fois dehors, son ancien mal risque de le reprendre, et il sera difficile de le contenir. Mais il ne sert à rien de tant s’en inquiéter. S’il se corrige vraiment, ce sera le bonheur de toute sa vie ; s’il ne se corrige pas, maman n’aura pas davantage d’autre moyen. Faisons pour moitié tout ce qui dépend de nous, et pour l’autre moitié remettons-nous au Ciel. C’est maintenant un adulte. Si, par crainte qu’il ne connaisse pas les chemins du monde, nous l’empêchons toujours de sortir et d’entreprendre quoi que ce soit, nous pourrons l’enfermer chez nous cette année : l’année prochaine, il sera encore le même. Puisque ses raisons sont parfaitement honorables, maman n’a qu’à considérer comme perdus huit cents ou mille taëls et les lui confier pour qu’il essaie. Après tout, les commis seront là pour l’aider ; ils n’oseront sans doute pas le tromper ouvertement. En outre, une fois parti, il n’aura plus personne pour l’encourager dans ses fredaines ni personne sur qui s’appuyer. Dehors, qui aurait encore peur de lui ? S’il a de quoi manger, il mangera ; sinon, il souffrira de la faim. Quand il se verra sans personne vers qui lever les yeux, peut-être deviendra-t-il moins difficile qu’à la maison. » La tante Xue réfléchit longtemps, puis dit : « Tu as raison. Dépenser quelque argent pour lui apprendre à se conduire vaudrait encore la peine. » Leur décision prise, la nuit se passa sans autre incident.
至次日,薛姨媽命人請了張德輝來,在書房中,命薛蟠𭭎待酒飯,自己在後廊下,隔著窻子,千言萬語囑托張德輝照𬋩照管。張德輝滿口應承。吃過飯告辭,又囬說:「十四日是上好出行日期,大世兄卽刻打㸃行李,僱下騾子,十四日一早就長行了。」薛蟠喜之不盡,將此話告訴薛姨媽。薛姨媽便和寳釵香菱並兩個年老的嬤嬤,連日打㸃行裝,𣲖下薛蟠之奶公老蒼頭一名,當年諳事舊僕二名,外有薛蟠隨身常使小厮二名:主僕一共六人,僱了三輛大車,單拉行李使物,又僱了四個長行騾子。薛蟠自𮪍一匹家内養的鐵靑大走騾,外偹一匹坐馬。諸事完𭺾,薛姨媽寳釵等連夜勸戒之言,自不必偹說。至十三日,薛蟠先去辭了他母舅,然後過來辭了賈宅諸人,賈珍等未免又有餞行之說,也不必細述。至十四日一早,薛姨媽寳釵等直同薛蟠出了儀門,母女兩個,四隻眼看他去了方囬來。
Le lendemain, la tante Xue fit venir Zhang Dehui. Dans le cabinet d’étude, elle ordonna à Xue Pan de lui offrir à boire et à manger ; elle-même, depuis la galerie de derrière et à travers la fenêtre, adressa mille recommandations à Zhang Dehui, le priant de veiller avec soin sur son fils. Zhang Dehui promit tout ce qu’elle voulut. Après le repas, il prit congé, puis revint annoncer : « Le quatorze est un jour particulièrement propice au départ. Que mon cher neveu de famille prépare dès maintenant ses bagages et loue des mules ; le quatorze, de grand matin, nous nous mettrons en route. » Xue Pan fut transporté de joie et rapporta ces paroles à la tante Xue. Celle-ci, avec Baochai, Xiangling et deux vieilles nourrices, passa plusieurs jours à préparer les bagages. Elle désigna pour accompagner Xue Pan son père nourricier, un vieux serviteur aux cheveux blancs, deux anciens domestiques expérimentés et deux jeunes valets ordinairement attachés à son service : maîtres et serviteurs étaient six en tout. On loua trois grandes voitures réservées aux bagages et aux objets usuels, ainsi que quatre mules pour le long voyage. Xue Pan monterait lui-même une grande mule rapide d’un gris de fer, élevée à la maison, et l’on emmenait en plus un cheval de selle. Quand tout fut prêt, la tante Xue, Baochai et les autres lui firent toute la nuit des recommandations qu’il est inutile de rapporter en détail. Le treize, Xue Pan alla d’abord prendre congé de son oncle maternel, puis vint faire ses adieux aux membres de la résidence Jia. Jia Zhen et les autres ne manquèrent pas de lui offrir encore un banquet d’adieu, qu’il n’est pas nécessaire de décrire. Le quatorze, de grand matin, la tante Xue et Baochai accompagnèrent Xue Pan jusqu’au-delà de la porte cérémonielle ; mère et fille le suivirent de leurs quatre yeux jusqu’à ce qu’il eût disparu, puis seulement rentrèrent.
薛姨媽上京帶來的家人不過四五房,並兩三個老嬷嬷小丫頭,今跟了薛蟠一去,外面只剩了一兩個男子,因此薛姨媽卽日到書房,將一應陳設玩器並簾帳等物,盡行搬了進来𭣣貯,命兩個跟去男子之妻,一并也進来𪾶覺。又命香菱將他屋裡也𭣣拾嚴𦂳,「將門鎻了,晚間和我去睡。」寳釵道:「媽媽旣有這些人作伴,不如呌菱姐姐和我做伴去,我們園裡又空,夜長了,我每夜做活,越多一個人,豈不越好?」薛姨媽笑道:「正是我忘了,原該呌他同你去纔是。我前日還合你哥哥說:文杏又小,到三不著兩的。鶯兒一個人,不彀伏侍的。還要買一個丫頭來你使。」寳釵道:「買的不知底裡,倘或走了眼,花了錢事小,没的淘氣。倒是慢慢打聼著,有知道來歴的,買個還罷了。」一面說。一面命香菱收拾了衾褥粧奩,命一個老嬷嬷並臻兒送至𧄇蕪苑去,然後寳釵和香菱纔同囬園中來。
Les gens que la tante Xue avait amenés avec elle à la capitale ne formaient que quatre ou cinq maisonnées, auxquelles s’ajoutaient deux ou trois vieilles nourrices et quelques petites servantes. Comme plusieurs hommes étaient partis avec Xue Pan, il n’en restait plus qu’un ou deux au-dehors. Le jour même, la tante Xue se rendit donc dans le cabinet d’étude et fit transporter à l’intérieur, pour les mettre en sûreté, tout le mobilier, les objets précieux, les rideaux, les tentures et le reste. Elle ordonna aussi aux femmes de deux des hommes partis en voyage de venir dormir à l’intérieur. Puis elle dit à Xiangling de ranger soigneusement sa chambre : « Ferme la porte à clef et viens dormir avec moi le soir. » Baochai dit alors : « Puisque maman aura déjà toutes ces personnes pour lui tenir compagnie, autant demander à sœur Ling de venir avec moi. Notre jardin est si vide, et les nuits deviennent longues ; nous travaillons chaque soir. Plus nous serons nombreuses, mieux cela vaudra, n’est-ce pas ? » La tante Xue sourit : « C’est vrai, je l’avais oublié. C’est bien avec toi que j’aurais dû l’envoyer. L’autre jour encore, je disais à ton frère que Wenxing était trop jeune et ne savait rien faire convenablement. Ying’er ne suffit pas à elle seule pour te servir ; il faudra encore t’acheter une servante. » Baochai répondit : « On ne sait jamais d’où viennent celles qu’on achète. Si nous nous trompions sur son compte, perdre l’argent serait peu de chose, mais elle ne ferait que nous causer des ennuis. Mieux vaut nous renseigner tranquillement et en acheter une dont nous connaîtrons les antécédents. » Tout en parlant, elle ordonna à Xiangling de préparer couvertures, matelas et nécessaire de toilette, puis chargea une vieille nourrice et Zhen’er de les porter à l’enclos des Herbes odorantes. Baochai et Xiangling regagnèrent ensuite ensemble le jardin.
香菱向寳釵道:「我原要和太太說的,等大爺去了,我和姑娘做伴去。我又恐怕太太多心,說我貪著園裡来頑,誰知你竟說了。」寶釵笑道:「我知道你心裡羡慕這園子不是一日兩日的了,只是没個空兒。就每日来一𨌩,慌慌張張的,也没趣兒。所以趂著機㑹,越發住上一年,我也多個做伴的,你也遂了你的心。」香菱笑道:「好姑娘,趁著這個功夫,你教給我做詩罷!」寳釵笑道:「我說你得隴望蜀呢!我勸你且緩一緩,今兒頭一日進來,先出園東角門,從老太大起,各處各人你都瞧瞧,問候一聲兒,也不必特意告訴他們搬進園来。若有提起因由兒的,你只帶口說我帶了你進来做伴兒就完了。囘來進了園,再到各姑娘房裡走走。」
Xiangling dit à Baochai : « Je voulais justement parler à Madame et lui demander, une fois le maître aîné parti, de venir vous tenir compagnie. Mais j’avais peur qu’elle ne se méprenne et ne croie que je désirais seulement entrer dans le jardin pour m’amuser. Qui aurait pensé que vous le proposeriez vous-même ? » Baochai sourit : « Je sais bien que ce jardin te fait envie depuis plus d’un jour ou deux ; seulement, tu n’en avais jamais trouvé l’occasion. Même lorsque tu venais y faire un tour chaque jour, tu étais si pressée que cela n’avait rien d’amusant. Profitons donc de l’occasion : tu pourras même y demeurer un an. J’aurai quelqu’un de plus pour me tenir compagnie et tu verras ton souhait comblé. » Xiangling sourit : « Ma bonne demoiselle, profitez de ce moment pour m’apprendre à composer des poèmes ! » Baochai répondit en riant : « Je le disais bien : quand on t’accorde le Long, tu réclames encore le Shu ! Je te conseille de patienter un peu. C’est aujourd’hui ton premier jour ici. Sors d’abord par la porte orientale du jardin et va, en commençant par l’aïeule Jia, rendre visite à chacun et présenter tes respects. Inutile de leur annoncer spécialement que tu as emménagé dans le jardin ; si quelqu’un t’en demande la raison, dis simplement en passant que je t’ai amenée pour me tenir compagnie. Quand tu reviendras, va aussi saluer chacune des demoiselles dans ses appartements. »
香菱應著纔要走時,只見平兒忙忙的走來。香菱忙問了好,平兒只得陪笑相問。寳釵因向平兒笑道:「我今兒把他帶了來做伴兒,正要囬你奶奶一聲兒。」平兒笑道:「姑娘說的是那裡的話?我竟没話答言了。」寳釵道:「這纔是正理。店房有個主人,廟裡有個住持。雖不是大事,到底告訴一聲,就是園裡坐更上夜的人,知道添了他兩個,也好關門候戸的了。你囬去就告訴一聲罷,我不打發人說去了。」平兒答應著,因又向香菱道:「你旣來了,也不拜一拜街房隣舍去?」寳釵笑道:「我正呌他去呢。」平兒道:「你且不必往我們家去,二爺病了在家裡呢。」香菱答應著去了,先從賈母處来,不在話下。
Xiangling acquiesça et allait partir quand elle vit arriver Ping’er à pas pressés. Elle s’empressa de la saluer, et Ping’er dut lui rendre son sourire et ses politesses. Baochai dit alors en riant à Ping’er : « Je l’ai amenée aujourd’hui pour me tenir compagnie et j’allais justement en informer votre maîtresse. » Ping’er sourit : « Que dites-vous là, demoiselle ? Vous ne me laissez vraiment rien à répondre. » Baochai reprit : « C’est pourtant la règle. Une auberge a son patron, un temple son supérieur. Ce n’est certes pas une grande affaire, mais il faut tout de même prévenir. Ainsi, même les gens chargés de la garde de nuit dans le jardin sauront que deux personnes de plus s’y trouvent et pourront fermer portes et portails en conséquence. Dites-le-lui donc à votre retour ; je n’enverrai personne exprès. » Ping’er promit de s’en charger, puis dit à Xiangling : « Puisque vous êtes venue, n’allez-vous pas rendre visite à vos voisines ? » Baochai sourit : « C’est justement ce que je lui disais de faire. » Ping’er ajouta : « Mais inutile d’aller chez nous pour le moment : le second maître est malade et reste à la maison. » Xiangling acquiesça et partit ; elle commença sa tournée chez l’aïeule Jia, mais cela n’appartient pas à notre récit.
且說平兒見香菱去了,便拉寳釵悄說道:「姑娘可聼見我們的新文了?」寶釵道:「我没聼見新文。因連日打發我哥哥出門,所以你們這裡的事一槩不知道。連姊妹們這兩日没見。」平兒笑道:「老爺把二爺打了個動不得,難道姑娘就没𦗟見?」寳釵道:「早起恍惚𦗟見了一句,也信不真,我也正要瞧你奶奶去呢,不想你来。又是爲了什麽打他?」平兒咬牙罵道:「都是那什麽賈雨村,半路途中那裡來的餓不死的野雜種!認了不到十年,生了多少事出來。今年春天,老爺不知在那個地方看見幾把舊扇子,囬家来,看家裡所有收著的這些好扇子,都不中用了,立刻呌人各處搜求。誰知就有個不知死的𡨚家,混號兒人都呌他做石獃子,窮的連飯也没的吃,偏他家就有二十把舊扇子,死也不肯拿出大門來。二爺好容易煩了多少情,見了這個人,說之再三,他把二爺請了到他家裡坐著,拿出這扇子來,略瞧了一瞧。㨿二爺說,原是不能再得的,全是湘𡚱、㯶竹、麋鹿、玉竹的,皆是古人寫畵眞跡。囬來告訴了老爺,便呌買他的,要多少銀子給他多少。偏那石獃子說:『我餓死凍死,一千銀子一把,我也不賣。』老爺没法了,天天罵二爺没能爲。已經許他五百銀子,先兌銀子,後拿扇子,他只是不賣,只說要扇子,先要我的命。姑娘想想,這有什麼法子?誰知那雨村没天理的𦗟見了,便設了法子,訛他拖欠官銀,拿了他到衙門裡去,說所欠官銀,變賣家產賠補,把這扇子抄了來,做了官價,送了來。那石獃子如今不知是死是活。老爺問著二爺說:『人家怎麽弄了來了?』二爺只說了一句:『爲這㸃子小事,弄的人家傾家敗產,也不筭什麽能爲。』老爺聼了就生了氣,說二爺拿話堵老爺。因此這是第一件大的。這幾日,還有幾件小的,我也記不淸,所以都凑在一處,就打起來了。也没拉倒用板子棍子,就站著,不知他拿了什麽,混打了一頓,臉上打破了兩處。我們聼見姨太太這裡有一種藥,上棒瘡的,姑娘尋一丸給我呢。」寳釵聼了,忙命鶯兒去找了兩丸来與平兒。寳釵道:「旣這樣,你去替我問候罷,我就不去了。」平兒向寳釵答應著去了,不在話下。
Lorsque Xiangling fut partie, Ping’er prit Baochai par la main et lui demanda à voix basse : « Demoiselle, avez-vous entendu notre dernière nouvelle ? » Baochai répondit : « Je n’ai rien entendu. Ces derniers jours, nous étions tout occupés à préparer le départ de mon frère, si bien que j’ignore absolument ce qui s’est passé chez vous. Je n’ai même pas vu les sœurs depuis deux jours. » Ping’er sourit : « Monsieur a battu le second maître au point qu’il ne peut plus bouger ; serait-il possible que vous n’en ayez rien entendu ? » Baochai répondit : « Ce matin, j’en ai vaguement entendu dire un mot, mais je n’étais pas certaine que ce fût vrai. J’allais justement rendre visite à votre maîtresse quand vous êtes arrivée. Pourquoi l’a-t-il encore battu ? » Ping’er serra les dents et jura : « Tout est la faute de ce maudit Jia Yucun, ce bâtard sauvage, ce crève-la-faim sorti on ne sait d’où et rencontré en chemin ! Voilà moins de dix ans qu’on le connaît, et il a déjà causé tant d’affaires ! Au printemps dernier, Monsieur aperçut je ne sais où quelques vieux éventails. De retour chez lui, tous les beaux éventails que nous conservions lui parurent soudain sans valeur, et il ordonna sur-le-champ qu’on en recherchât partout. Or il se trouve qu’un pauvre diable, un ennemi qui ne sait pas ce qui lui pend au nez et que tout le monde surnomme l’Idiot Shi, ne possède même pas de quoi manger, mais détient précisément vingt vieux éventails qu’il refuse obstinément de laisser sortir de chez lui. Le second maître eut toutes les peines du monde à faire jouer ses relations pour rencontrer cet homme. Après qu’il lui eut parlé et reparlé, celui-ci l’invita chez lui, le fit asseoir et sortit les éventails pour les lui montrer un instant. D’après le second maître, c’étaient des pièces introuvables, toutes en bambou Xiangfei, en bambou palmier, en bambou milu ou en bambou de jade, portant d’authentiques calligraphies et peintures des anciens. Il revint l’annoncer à Monsieur, qui lui ordonna de les acheter et d’en donner le prix qu’on en demanderait. Mais l’Idiot Shi déclara : “Quand bien même je mourrais de faim et de froid, quand bien même on m’offrirait mille taëls par éventail, je ne les vendrais pas.” Monsieur, n’y pouvant rien, injuriait chaque jour le second maître et le traitait d’incapable. On avait déjà proposé cinq cents taëls, payables avant la remise des éventails, mais il refusait toujours, disant que pour obtenir ses éventails il faudrait d’abord prendre sa vie. Songez-y, demoiselle : qu’y avait-il à faire ? Or ce Yucun sans foi ni loi entendit parler de l’affaire. Il imagina alors de l’accuser faussement de devoir de l’argent au Trésor, le fit arrêter et conduire au tribunal, puis déclara que ses biens devaient être vendus pour acquitter sa dette. Il saisit ainsi les éventails, leur attribua un prix officiel et les envoya ici. Quant à l’Idiot Shi, nul ne sait maintenant s’il est mort ou vivant. Monsieur demanda au second maître : “Comment se fait-il que d’autres aient réussi à les obtenir ?” Le second maître répondit seulement : “Ruiner entièrement une famille pour une bagatelle pareille, ce n’est pas ce que j’appelle être capable.” Monsieur se mit en colère, prétendant que le second maître lui avait répondu par insolence. Voilà la première grande affaire. Ces derniers jours, il y en a encore eu plusieurs petites dont je ne me souviens plus très bien. Toutes se sont donc accumulées, et Monsieur a fini par le battre. Il n’a même pas pris le temps de le faire maintenir pour employer la planche ou le bâton : il l’a laissé debout et, avec je ne sais quoi, l’a roué de coups à tort et à travers. Il lui a ouvert le visage en deux endroits. Nous avons entendu dire que Madame votre tante possédait un remède pour les blessures causées par le bâton. Demoiselle, pourriez-vous m’en trouver une pilule ? » En l’entendant, Baochai ordonna aussitôt à Ying’er d’en chercher deux et de les donner à Ping’er. Puis elle dit : « Puisqu’il en est ainsi, présentez-lui mes respects à ma place ; je n’irai pas moi-même. » Ping’er promit de s’en charger et partit ; cela n’appartient pas à notre récit.
且說香菱見了衆人之後,吃過晚飯,寳釵等都往賈母處去了,自己便往瀟湘舘中來。此時黛玉已好了大半了,見香菱也進園來住,自是歡喜。香菱因笑道:「我這一進来了,也得空兒,好歹教給我做詩,就是我的造化了!」黛玉笑道:「旣要學做詩,你就拜我爲師,我雖不通,大略也還教的起你。」香菱笑道:「果然這様,我就拜你爲師,你可不許膩煩的。」黛玉道:「什麽難事,也值得去學?不過是起承轉合,當中承轉是兩付對子,平聲的對仄聲,虛的對實的,實的對虛的。若是果有了竒句,連平仄虚實不對都使得的。」香菱笑道:「怪道我常弄本舊詩,偷空兒看一兩首,又有對的極工的,又有不對的。又聼見說,『一三五不論,二四六分明』。看古人的詩上,亦有順的,亦有二四六上錯了的。所以天天疑惑。如今𦗟你一說,原來這些規矩,竟是没事的,只要詞句新竒爲上。」黛玉道:「正是這個道理。詞句究竟還是末事,第一是立意要𦂳,若意趣真了,連詞句不用修飾自是好的,這呌做『不以詞害意』。」
Après avoir rendu visite à tout le monde et pris son dîner, Xiangling vit Baochai et les autres partir chez l’aïeule Jia ; elle se rendit donc seule au pavillon Xiaoxiang. Daiyu était alors en grande partie rétablie et se réjouit naturellement d’apprendre que Xiangling venait aussi habiter dans le jardin. Xiangling lui dit en souriant : « Maintenant que je suis entrée ici, j’aurai du temps libre. Quoi qu’il arrive, apprenez-moi à composer des poèmes : ce sera pour moi une véritable bénédiction ! » Daiyu sourit : « Puisque tu veux apprendre la poésie, prends-moi pour maître. Je ne m’y entends guère, mais je suis tout de même capable de t’en enseigner les grandes lignes. » Xiangling répondit en riant : « S’il en est vraiment ainsi, je vous prends pour maître ; mais vous n’aurez pas le droit de vous impatienter. » Daiyu dit : « Qu’y a-t-il là de difficile, et qui mérite vraiment qu’on l’étudie ? Il n’y a que l’ouverture, le développement, le tournant et la conclusion ; au milieu, le développement et le tournant forment deux couplets antithétiques. Aux tons plats répondent les tons obliques, aux mots vides les mots pleins, et aux mots pleins les mots vides. Mais si l’on trouve réellement un vers merveilleux, peu importe même que les tons et les mots pleins ou vides ne se correspondent pas. » Xiangling sourit : « Voilà pourquoi, lorsque je prends parfois un vieux recueil de poésie pour en lire un ou deux poèmes à la dérobée, j’y vois tantôt des antithèses extrêmement rigoureuses et tantôt aucune. J’ai aussi entendu dire : “On ne tient pas compte des premier, troisième et cinquième caractères ; les deuxième, quatrième et sixième doivent être exacts.” Pourtant, dans les poèmes des anciens, certaines règles sont respectées, tandis que d’autres sont enfreintes aux deuxième, quatrième ou sixième caractères. Cela me laissait chaque jour perplexe. Maintenant que je vous entends, je comprends que ces règles ne sont finalement pas essentielles et que seule compte l’originalité des mots et des vers. » Daiyu répondit : « C’est bien cela. Mais les mots et les vers restent encore secondaires. Le plus important est la conception. Si l’inspiration est vraie, les mots seront naturellement beaux, même sans ornement. C’est ce qu’on appelle “ne pas sacrifier le sens aux mots”. »
香菱道:「我只愛陸放翁詩『重簾不捲留香久,古硯㣲凹聚墨多』。說的真切有趣。」黛玉道:「㫁不可看這様的詩。你們因不知詩,所以見了這淺近的就愛。一入了這個格局,再學不出來的。你只𦗟我說,你若眞心要學,我這裡有《王摩詰全集》,你且把他的五言律一百首細心揣摩透熟了,然後再讀一百二十首老杜的七言律,次之再李青蓮的七言絶句讀一二百首。肚子裡先有了這三個人做了底子,然後再把陶淵明、應、劉、謝、阮、庾、鮑等人的一看,你又是這様一個極聰明伶俐的人,不用一年工夫,不愁不是詩翁了。」香菱聼了,笑道:「旣這様,好姑娘,你就把這書給我拿出來,我帶囬去,夜裡念幾首也是好的。」黛玉聼說,便命紫鵑將王右丞的五言律拿來,遞與香菱,道:「你只看有紅圈的,都是我選的,有一首念一首。不明白的,問你姑娘,或者遇見我,我講與你就是了。」香菱拿了詩,囬至𧄇蕪苑中,諸事不管,只向燈下一首一首的讀起來。寳釵連催他數次𪾶覺,他也不睡。寳釵見他這般苦心,只得隨他去了。
Xiangling dit : « Pour ma part, j’aime surtout ces vers de Lu Fangweng : “Les lourds rideaux restent baissés, gardant longtemps le parfum ; dans le léger creux du vieil encrier s’amasse une abondante encre.” C’est précis et plein d’agrément. » Daiyu répondit : « Il ne faut absolument pas lire ce genre de poèmes. Comme vous ne connaissez pas la poésie, vous aimez ces vers dès que vous les trouvez faciles et familiers. Une fois enfermée dans ce moule, tu ne pourras plus rien apprendre. Écoute-moi seulement. Si tu veux sincèrement étudier, j’ai ici les Œuvres complètes de Wang Mojie. Commence par méditer attentivement cent de ses poèmes réguliers de cinq caractères, jusqu’à les connaître parfaitement. Lis ensuite cent vingt poèmes réguliers de sept caractères du vieux Du, puis cent ou deux cents quatrains de sept caractères de Li Qinglian. Quand tu auras d’abord ces trois hommes pour fondement dans le ventre, tu pourras parcourir ensuite Tao Yuanming, Ying, Liu, Xie, Ruan, Yu, Bao et les autres. Puisque tu es si intelligente et si vive, il ne te faudra pas un an pour devenir un maître en poésie. » Xiangling sourit : « Puisqu’il en est ainsi, ma bonne demoiselle, sortez-moi donc ce livre. Je l’emporterai et pourrai en lire quelques poèmes la nuit. » Daiyu demanda alors à Zijuan d’apporter les poèmes réguliers de cinq caractères de Wang Youcheng et les tendit à Xiangling : « Ne lis que ceux qui portent un cercle rouge : je les ai tous choisis moi-même. Étudie-les un par un. Pour ce que tu ne comprends pas, demande à ta demoiselle ; ou bien, quand tu me rencontreras, je te l’expliquerai. » Xiangling prit le recueil et retourna à l’enclos des Herbes odorantes. Sans plus se soucier de rien, elle se mit à lire les poèmes l’un après l’autre sous la lampe. Baochai la pressa plusieurs fois d’aller dormir, mais elle n’en fit rien. Voyant toute la peine qu’elle se donnait, Baochai dut la laisser faire.
一日,黛玉方梳洗完了,只見香菱笑吟吟的送了書来,又要換杜律。黛玉笑道:「共記得多少首?」香菱笑道:「凢紅圈選的,我盡讀了。」黛玉道:「可領略了些没有?」香菱笑道:「我倒領略了些,只不知是不是。說與你𦗟𦘏。」黛玉笑道:「正要講究討論,方能長進。你且說來我聼𦗟。」香菱笑道:「㨿我看來,詩的好處,有口裡說不出来的意思,想去𨚫是必眞的。有似乎無理的,想去竟是有理有情的。」黛玉笑道:「這話有了些意思,但不知你從何處見得?」香菱笑道:「我看他《塞上》一首,内一聨云:『大漠孤烟直,長河落日圓。』想來烟如何直?日自然是圓的。這『直』字似無理,『圓』字似太俗。合上書一想,倒像是見了這景的。若說再找兩個字換這兩個,竟再找不出兩個字來。再還有:『日落江湖白,潮来天地靑。』這『白』『靑』兩個字,也似無理。想来,必得這兩個字纔形容的盡。念在嘴裡,到像有幾千觔重的一個橄欖是的。還有:『渡頭餘落日,墟裡上孤烟。』這『餘』字合『上』字,難爲他怎麽想來!我們那年上京来,那日下晚便挽住船,岸上又没有人,只有幾棵樹,遠遠的幾家人家作晚飯,那個烟竟是青碧連雲。誰知我昨兒晚上看了這兩句,倒像我又到了那個地方去了。」
Un jour, Daiyu venait d’achever sa toilette quand elle vit Xiangling lui rapporter le livre, tout sourire, et lui demander en échange les poèmes réguliers de Du Fu. Daiyu demanda en riant : « Combien en as-tu retenu ? » Xiangling répondit : « J’ai lu tous ceux qui étaient marqués d’un cercle rouge. » Daiyu reprit : « En as-tu saisi quelque chose ? » Xiangling sourit : « Il me semble en avoir compris un peu, mais je ne sais si j’ai raison. Laissez-moi vous l’expliquer. » Daiyu dit en souriant : « Ce n’est qu’en étudiant et en discutant ainsi qu’on peut progresser. Parle donc, je t’écoute. » Xiangling reprit : « À mon avis, la beauté de la poésie réside dans une pensée que la bouche ne peut exprimer, mais qui paraît absolument vraie lorsqu’on y réfléchit. Certains vers semblent déraisonnables ; pourtant, quand on y pense, ils sont pleins de raison et de sentiment. » Daiyu sourit : « Voilà qui commence à avoir du sens. Mais où l’as-tu découvert ? » Xiangling répondit : « Dans son poème “À la frontière”, j’ai lu ce distique : “Sur le vaste désert, une fumée solitaire monte toute droite ; sur le long fleuve, le soleil couchant est rond.” À bien y penser, comment la fumée pourrait-elle être droite ? Et le soleil est naturellement rond. Le mot “droit” semble déraisonnable, et “rond” paraît trop banal. Mais lorsqu’on ferme le livre et qu’on y réfléchit, c’est comme si l’on voyait réellement le paysage. Si l’on voulait remplacer ces deux mots, on n’en trouverait absolument aucun autre. Il écrit encore : “Au couchant, fleuves et lacs blanchissent ; quand monte la marée, ciel et terre bleuissent.” Ces deux mots, “blanc” et “bleu”, paraissent eux aussi déraisonnables. Pourtant, à la réflexion, eux seuls peuvent rendre pleinement le spectacle. Lorsqu’on les prononce, ils semblent avoir le poids de plusieurs milliers de livres, comme une olive. Il y a encore : “Au passage du bac s’attarde le soleil couchant ; au-dessus du hameau monte une fumée solitaire.” Ces mots “s’attarde” et “monte”, comment a-t-il pu les trouver ! L’année où nous sommes venues à la capitale, notre bateau s’amarra un soir. Il n’y avait personne sur la rive, seulement quelques arbres ; au loin, quelques familles préparaient leur repas du soir, et la fumée, d’un bleu vert, rejoignait les nuages. Or, lorsque j’ai lu ces deux vers hier soir, il m’a semblé que je retournais en ce lieu. »
正說着,寶玉和探春来了,都入座聼他講詩。寳玉笑道:「旣是這様,也不用看詩,㑹心處不在遠,𦗟你說了這兩句,可知三昧你已得了。」黛玉笑道:「你說他這『上孤煙』好,你還不知他這一句還是套了前人的來。我給你這一句瞧瞧,更比這個淡而現成。」說着,便把陶淵明的「曖曖遠人忖,依依墟裡煙」翻了出來,遞與香菱。香菱瞧了,㸃頭嘆賞,笑道:「原來『上』字是從『依依』兩個字上化出來的。」寶玉大笑道:「你已得了,不用再講,若再講,倒學離了。你就做起来,必是好的。」探春笑道:「明兒我補一個東来,請你入社。」香菱笑道:「姑娘何苦打趣我!我不過是心裡羡慕,纔學這個頑罷了。」探春黛玉都笑道:「誰不是頑?難道我們是認真做詩呢!若說我們真成了詩,出了這園子,把人的牙還笑掉了呢!」寳玉道:「這也算自𭧂自𣓪了。前日我在外頭和相公們商畵兒,他們聼見偺們起詩社,求我把稿子給他們瞧瞧,我就寫了幾首給他們看看,誰不是真心嘆服?他們抄了刻去了。」探春黛玉忙問道:「這是真話麽?」寳玉笑道:「說謊的是那架上鸚哥。」黛玉探春聼說,都道:「你真真胡閙!且别說那不成詩。便成詩,我們的筆墨也不該傳到外頭去。」寳玉道:「這怕什麽?古來閨閣中筆墨不要傳出去,如今也没人知道了。」
Tandis qu’elle parlait, Baoyu et Tanchun arrivèrent et s’assirent pour écouter ses propos sur la poésie. Baoyu sourit : « Puisqu’il en est ainsi, tu n’as même plus besoin de lire des poèmes. L’illumination n’est jamais loin du cœur. À t’entendre expliquer ces deux vers, on voit que tu as déjà saisi le secret. » Daiyu dit en riant : « Tu trouves excellent ce “monte une fumée solitaire”, mais tu ignores que ce vers imite encore un ancien. Je vais t’en montrer un autre, plus simple et plus naturel encore. » Elle chercha alors ces vers de Tao Yuanming : “Dans la brume indistincte, le lointain village ; en molles volutes, la fumée au-dessus du hameau”, et les tendit à Xiangling. Celle-ci les lut, hocha la tête avec admiration et sourit : « Ainsi, le mot “monte” est une transformation des deux mots “en molles volutes”. » Baoyu éclata de rire : « Tu as compris ! Inutile d’en dire davantage ; si l’on t’explique encore, tu finiras par t’éloigner de ce que tu as appris. Mets-toi donc à composer : ce sera forcément bon. » Tanchun sourit : « Demain, j’apporterai une cotisation supplémentaire et je t’inviterai à entrer dans notre société. » Xiangling répondit : « Pourquoi vous moquer de moi, demoiselle ? Je ne fais qu’étudier cela pour m’amuser, parce que j’en avais envie. » Tanchun et Daiyu rirent : « Qui donc ne s’amuse pas ? Crois-tu que nous composions sérieusement ? Si nous prétendions que nos poèmes sont de vrais poèmes, dès qu’ils sortiraient de ce jardin, les gens en riraient à s’en décrocher les mâchoires ! » Baoyu dit : « Voilà ce qui s’appelle se déprécier et renoncer à soi-même. L’autre jour, je discutais de peintures avec de jeunes lettrés du dehors. Ils avaient entendu dire que nous avions fondé une société de poésie et m’ont prié de leur montrer nos manuscrits. Je leur ai donc recopié plusieurs poèmes : tous les ont admirés sincèrement. Ils les ont même copiés et fait graver. » Tanchun et Daiyu demandèrent vivement : « Est-ce vrai ? » Baoyu sourit : « Si je mens, que je sois le perroquet perché sur son support ! » À ces mots, Daiyu et Tanchun s’écrièrent : « Tu es vraiment insensé ! Sans même parler du fait que ces textes ne sont pas des poèmes, quand bien même ils en seraient, les écrits de nos appartements intérieurs ne devraient pas circuler au-dehors. » Baoyu répondit : « Qu’y a-t-il à craindre ? Depuis l’Antiquité, quantité d’écrits composés dans les appartements des femmes n’ont pas été transmis ; aujourd’hui, plus personne n’en sait rien. »
說着,只見惜春打發了入畵来請寳玉。寳玉方去了。香菱又逼着換出杜律,又央黛玉探春二人:「出個題目,讓我謅去。謅了來替我攺正。」黛玉道:「昨夜的月最好,我正要謅一首,未謅成。你就做一首来。『十四寒』的韻,由你愛用那幾個字去。」香菱聼了,喜的拿着詩囬來,又苦思一囘,做兩句詩;又拾不得杜詩,又讀兩首。如此茶飯無心,坐卧不定。寳釵道:「何苦自尋煩惱?都是顰兒引的你,我和他筭賬去。你本来獃頭獃腦的,再添上這個,越發弄成個獃子了。」香菱笑道:「好姑娘,别混我。」一靣說,一面做了一首,先與寳釵看了,笑道:「這個不好,不是這個做法。你别怕臊,只𬋩拿了給他瞧去,看他是怎麽說。」香菱𦗟了,便拿了詩找黛玉,黛玉看時,只見寫道是:
À ce moment, Xichun envoya Ruhua chercher Baoyu, qui partit aussitôt. Xiangling insista encore pour obtenir en échange les poèmes réguliers de Du Fu, puis supplia Daiyu et Tanchun : « Donnez-moi un sujet, que j’essaie de rimailler. Quand j’aurai fini, vous me corrigerez. » Daiyu répondit : « La lune était magnifique hier soir. Je voulais justement lui consacrer un poème, mais je ne l’ai pas achevé. Fais-en donc un. Pour la rime, prends dans la quatorzième catégorie han les caractères que tu voudras. » Ravie, Xiangling emporta son livre. Elle réfléchit péniblement un moment et composa deux vers ; puis, incapable de lâcher les poèmes de Du Fu, elle en lut encore deux. Elle en vint ainsi à perdre tout goût pour le thé et les repas, et ne trouvait plus de repos ni assise ni couchée. Baochai lui dit : « Pourquoi te tourmenter ainsi ? Tout cela est la faute de Pin’er, qui t’a lancée là-dedans. J’irai lui demander des comptes. Tu étais déjà assez sotte ; avec cela en plus, tu vas devenir tout à fait idiote. » Xiangling sourit : « Ma bonne demoiselle, ne me troublez pas. » Tout en parlant, elle acheva un poème et le montra d’abord à Baochai. Celle-ci sourit : « Cela ne va pas ; ce n’est pas ainsi qu’il faut faire. N’aie pas peur d’avoir honte : porte-le-lui seulement et vois ce qu’elle en dira. » Xiangling prit donc son poème et alla trouver Daiyu. Celle-ci y lut :
月桂中天夜色寒,淸光皎皎影團團。詩人助興常思玩,野客添愁不忍觀。翡翠樓邊懸玉鏡,珍珠簾外掛氷盤。良宵何用燒銀燭,晴彩輝煌映畵欄。
La lune et le cannelier sont au zénith, la nuit est froide ; pure et brillante est sa lumière, parfaitement ronde son ombre.
Le poète, qu’elle inspire, voudrait toujours la contempler ; le voyageur solitaire, qu’elle attriste, ne peut souffrir de la voir.
Près de la tour de jade vert pend un miroir de jade ; hors du rideau de perles est suspendu un disque de glace.
Pourquoi brûler des flambeaux d’argent par une si belle nuit ? Son éclat limpide et splendide illumine la balustrade peinte.
黛玉笑道:「意思却有,只是措詞不雅。皆因你看的詩少,被他縛住了。把這首詩丢開,再做一首。只管放開胆子去做。」
Daiyu sourit : « L’idée y est, mais l’expression manque d’élégance. C’est parce que tu as lu trop peu de poèmes et que tu demeures prisonnière de ceux-là. Rejette celui-ci et composes-en un autre. Laisse-toi aller et écris hardiment. »
香菱𦗟了,黙黙的囘來,越𤼵連房也不進去,只在池邊樹下,或坐在山石上出神,或蹲在地下摳地,來往的人都咤異。李紈、寳釵、探春、寳玉等𦘏得此言,都遠遠的跕在山坡上瞧着他笑。只見他皺一囬眉,又自己含笑一囬。寶釵笑道:「這個人定是瘋了!昨夜嘟嘟噥噥,直閙到五更纔𪾶下。没一頓飯的工夫,天就亮了,我就𦗟見他起來了,忙忙碌碌梳了頭,就找顰兒去。一囬來了,獃了一日,做了一首又不好,自然這㑹子另做呢。」寳玉笑道:「這正是地靈人傑,老天生人,再不虛賦情性的。我們成日嘆說,可惜他這麽個人竟俗了,誰知到底有今日!可見天地至公。」寳釵𦘏了笑道:「你能勾像他這苦心就好了,學什麽有個不成的?」寳玉不答。只見香菱興興頭頭的,又徃黛玉那邊来了。探春笑道:「偺們跟了去,看他有些意思没有。」
Xiangling l’écouta et revint sans mot dire. Désormais, elle n’entrait même plus dans sa chambre. Au bord de l’étang, sous les arbres, elle restait tantôt assise sur un rocher, perdue dans ses pensées, tantôt accroupie à gratter la terre. Tous les passants s’en étonnaient. Lorsque Li Wan, Baochai, Tanchun, Baoyu et les autres l’apprirent, ils se tinrent à distance sur le flanc d’un monticule pour l’observer en riant. Ils la virent tantôt froncer les sourcils, tantôt sourire toute seule. Baochai dit en riant : « Elle est certainement devenue folle ! La nuit dernière, elle a marmonné sans arrêt et ne s’est couchée qu’à la cinquième veille. Moins d’un repas plus tard, le jour se levait déjà, et je l’ai entendue se lever. Elle s’est coiffée en toute hâte et a couru trouver Pin’er. À son retour, elle est restée hébétée toute la journée. Elle a composé un poème, mais il n’était pas bon ; elle doit naturellement en faire un autre en ce moment. » Baoyu sourit : « Voilà bien la terre féconde qui produit des êtres d’exception. Lorsque le Ciel donne naissance à quelqu’un, ce n’est jamais en vain qu’il lui accorde sensibilité et dispositions. Nous déplorions sans cesse qu’une telle personne fût condamnée à rester vulgaire ; qui aurait cru que ce jour viendrait enfin ! On voit que le Ciel et la Terre sont parfaitement équitables. » Baochai sourit en l’entendant : « Si seulement tu pouvais te donner autant de peine qu’elle ! Il n’est rien que tu ne parviendrais à apprendre. » Baoyu ne répondit pas. Soudain, ils virent Xiangling repartir toute joyeuse du côté de Daiyu. Tanchun sourit : « Suivons-la pour voir si elle a trouvé quelque chose de valable. »
說着,一齊都往瀟湘舘來。只見黛玉正拿着詩和他講究。衆人因問黛玉做的如何。黛玉道:「自然筭難爲他了。只是𮟃不好。這一首過於穿𨯳了,還得另做。」衆人因要詩看時,只見做道是:
Sur ces mots, ils se rendirent tous ensemble au pavillon Xiaoxiang. Daiyu tenait justement le poème de Xiangling et en discutait avec elle. Tous lui demandèrent ce qu’elle en pensait. Daiyu répondit : « Elle s’est naturellement donné beaucoup de mal. Seulement, cela ne va toujours pas. Ce poème est trop artificieusement ciselé ; il faut encore en faire un autre. » Tous demandèrent à voir le texte, où ils lurent :
非銀非水映窻寒,試看晴空䕶玉盤。淡淡梅花香欲𣑱,絲絲柳帶露初乾。只疑殘粉塗金砌,恍若輕霜抹玉欄。夢醒西楼人跡絶,餘容猶可隔簾看。
Ce n’est ni argent ni eau qui répand le froid à la fenêtre ; voyez dans le ciel clair ce disque de jade protégé.
Le léger parfum des fleurs de prunier semble vouloir tout imprégner ; sur les minces rubans des saules, la rosée commence à sécher.
On croirait qu’un reste de poudre couvre les degrés d’or ; on dirait qu’un léger givre effleure la balustrade de jade.
Au réveil, dans la tour de l’Ouest, toute trace humaine a disparu ; mais son visage persistant se laisse encore voir derrière le rideau.
寳釵笑道:「不像吟月了,月字底下添一個『色』字,倒𮟃使得。你看句句倒是月色。這也罷了,原是詩從胡說來,再遲幾天就好了。」香菱自爲這首詩妙絶,聼如此說,自己又掃了興,不肯丢開手,便要思索起來。因見他姊妹們說笑,便自己走至堦下竹前,挖心搜胆的,耳不傍聼,目不别視。一時探春隔𥦗笑說道:「菱姑娘,你閒閒罷。」香菱怔怔答道:「『閒』字是『十五刪』的,錯了韻了。」衆人𦗟了,不覺大笑起來。寳釵道:「可真詩魔了。都是顰兒引的他。」黛玉笑道:「聖人說『誨人不倦』,他又來問我,我豈有不說的理!」
Baochai sourit : « On ne dirait pas que tu chantes la lune. Si tu ajoutais au caractère “lune” celui de “clarté”, cela pourrait encore convenir. Vois toi-même : chaque vers ne décrit que le clair de lune. Mais passons ; après tout, on commence à faire des poèmes en racontant des sottises. Dans quelques jours, cela ira mieux. » Xiangling trouvait elle-même ce poème merveilleux ; ces paroles refroidirent de nouveau son enthousiasme. Pourtant, elle refusait d’abandonner et se remit à chercher. Voyant les sœurs rire et bavarder, elle s’éloigna seule jusqu’aux bambous devant les marches et se creusa le cœur et les entrailles, sans rien entendre ni rien regarder d’autre. Au bout d’un moment, Tanchun lui cria en riant par la fenêtre : « Demoiselle Ling, reposez-vous donc un peu ! » Xiangling répondit d’un air absent : « Le caractère “repos” appartient à la quinzième rime shan ; il ne rime pas avec les autres. » Tous éclatèrent de rire. Baochai dit : « La poésie la possède vraiment comme un démon ! Tout cela est la faute de Pin’er, qui l’a entraînée là-dedans. » Daiyu sourit : « Le Sage a dit : “Instruire sans jamais se lasser.” Puisqu’elle vient m’interroger, comment pourrais-je refuser de lui répondre ? »
李紈笑道:「偺們拉了他往四姑娘房裡去,引他瞧瞧畵兒,呌他醒一醒纔好。」說着,真個出来拉他過藕香榭,至暖香塢中。惜春正乏倦,在床上歪着睡午覺,畵繒立在壁間,用紗罩着。衆人喚醒了惜春,揭紗看時,十停方有了三停。見畵上有幾個美人,因指香菱道:「凢會做詩的,都畵在上頭,你快學罷。」說着,頑笑了一囬,各自散去。
Li Wan sourit : « Emmenons-la chez la quatrième demoiselle. Nous lui ferons regarder la peinture pour la tirer un peu de son obsession. » Sur ces mots, elles sortirent réellement, entraînèrent Xiangling au-delà du kiosque des Lotus parfumés et gagnèrent la retraite des Parfums tièdes. Fatiguée, Xichun faisait la sieste, étendue de biais sur son lit. La peinture était dressée contre le mur sous une gaze protectrice. Elles réveillèrent Xichun et soulevèrent la gaze : l’œuvre était achevée à trois dixièmes seulement. Comme quelques belles femmes y figuraient déjà, elles montrèrent Xiangling du doigt et dirent : « Toutes celles qui savent composer des poèmes seront peintes là-dessus. Apprends vite ! » Après avoir plaisanté un moment, elles se séparèrent.
香菱滿心中正是想詩,至晚間,對燈出了一囬神,至三更已後,上床躺下,兩眼睁睁,直到五更方纔朦朧睡去了。一時天亮,寳釵醒了,𦗟了一聼,他安稳𪾶了,心下想:「他翻騰了一夜,不知可做成了?這㑹子乏了,且别呌他。」正想着,只見香菱從夢中笑道:「可是有了,難道這一首還不好?」寳釵𦗟了,又是可嘆,又是可笑。連忙喚醒了他,問他:「得了什麽?你這誠心,都通了仙了。學不成詩,弄出病來呢!」一面說,一面梳洗了,會同姊妹往賈母處來。原來香菱苦志學詩,精血誠聚,日間不能做出,忽於夢中得了八句,梳洗已𭺾,便忙寫出来,到沁芳亭,只見李紈與衆姊妹方從王夫人處囘來,寳釵正告訴他們,說他夢中做詩說夢話。衆人正笑,抬頭見他來了,便都争着要詩看。要知端的,且看下囬分解。
Xiangling n’avait toujours que son poème en tête. Le soir, elle resta longtemps rêveuse devant la lampe. Après la troisième veille, elle se coucha, mais demeura les yeux grands ouverts et ne s’assoupit vaguement qu’à la cinquième veille. Quand le jour se leva, Baochai s’éveilla et tendit l’oreille. Entendant que Xiangling dormait paisiblement, elle pensa : « Elle s’est tournée et retournée toute la nuit. Je me demande si elle a achevé son poème. Elle est épuisée maintenant ; ne la réveillons pas. » À cet instant, Xiangling s’écria en riant dans son rêve : « Cette fois, je l’ai ! Ce poème ne peut tout de même pas être encore mauvais ! » En l’entendant, Baochai ne sut s’il fallait la plaindre ou rire. Elle s’empressa de la réveiller et lui demanda : « Qu’as-tu donc trouvé ? Avec tant de sincérité, tu es devenue capable de communiquer avec les immortels ! Si tu n’apprends pas à faire des poèmes, tu finiras du moins par te rendre malade ! » Tout en parlant, elle fit sa toilette, puis rejoignit les sœurs pour se rendre chez l’aïeule Jia. En vérité, Xiangling avait mis tant d’ardeur à apprendre la poésie, concentrant tout son sang et toute son essence dans son effort, que, n’ayant pu composer durant le jour, elle avait soudain trouvé huit vers en rêve. Dès sa toilette achevée, elle se hâta de les écrire et se rendit au pavillon Qinfang. Li Wan et les autres sœurs revenaient justement de chez Madame Wang, tandis que Baochai leur racontait que Xiangling avait composé un poème en rêve et parlé dans son sommeil. Toutes riaient encore lorsqu’elles levèrent la tête et la virent arriver ; elles se disputèrent aussitôt son poème pour le lire. Pour savoir exactement ce qu’il en était, voyez les explications du prochain récit.
Notes
濫情人 : cette désignation, « l’homme aux passions déréglées », vise Xue Pan et rappelle ses débordements amoureux.
賈雨村 : Jia Yucun s’entend comme 假語存, « les propos feints conservés » ; son patronyme 賈 est en outre homophone de 假, « faux ».
英蓮/香菱 : Xiangling est Yinglian, l’enfant enlevée au premier récit, bien que le roman ne le rappelle pas ici.
得隴望蜀 : « obtenir le Long et convoiter le Shu » désigne un désir qui croît à mesure qu’il est satisfait, d’après une formule historique.
一三五不論,二四六分明 : règle mnémotechnique de la poésie régulière concernant l’alternance des tons aux positions impaires et paires du vers.
十四寒/十五刪 : catégories de rimes du répertoire traditionnel ; 寒 han et 刪 shan appartiennent à deux groupes distincts et ne peuvent donc rimer ensemble.
三昧 : terme bouddhique transcrivant le sanskrit samādhi ; par extension, il désigne ici le secret profond d’un art.
湘妃竹 : le « bambou Xiangfei » est un bambou moucheté associé aux larmes des épouses légendaires de l’empereur Shun.