Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 59 Au bord de l’îlot des Feuilles-de-Saule, le loriot courroucé gourmande l’hirondelle ; dans le pavillon des Nuées écarlates, on mande un général et dépêche un ordre volant
柳葉渚邊嗔鶯叱燕 絳芸軒裡召將飛符
Au bord de l’îlot des Feuilles-de-Saule, le loriot courroucé gourmande l’hirondelle
dans le pavillon des Nuées écarlates, on mande un général et dépêche un ordre volant
話說寳玉聞聼賈母等囬來,隨多添了一件衣服,拄了仗前邊來,都見過了。賈母等因每日辛苦,都要早些歇息,一宿無話。次日五鼓,又徃朝中去。
Or donc, apprenant que l’aïeule Jia et les autres étaient revenues, Baoyu enfila un vêtement de plus, prit sa canne et alla se présenter devant elles. L’aïeule Jia et ses compagnes, épuisées chaque jour par leurs obligations, désiraient toutes se coucher de bonne heure. La nuit se passa sans incident. Le lendemain, à la cinquième veille, elles repartirent pour la Cour.
離送靈日不遠,鴛鴦、琥珀、翡翠、玻璃四人,都忙着打㸃賈母之物。玉釧、彩雲、彩霞皆打㸃王夫人之物。當面查㸃與跟隨的𬋩事媳婦們。跟隨的一共大小六個丫鬟,十個老婆媳婦子,男人不筭。連日𭣣拾馱轎器械。鴛鴦與玉釧兒皆不隨去,只看屋子。一面先幾日預備帳幔鋪陳之物,先有四五個媳婦並幾個男子領了出來,坐了幾輛車遶道,先至下處,鋪陳安挿等候。
Le jour où elles accompagneraient le cercueil n’étant plus éloigné, Yuanyang, Hupo, Feicui et Boli s’affairaient toutes quatre à préparer les affaires de l’aïeule Jia ; Yuchuan, Caiyun et Caixia préparaient celles de Madame Wang. Elles les vérifiaient en présence des femmes chargées de les accompagner. Il devait partir en tout six servantes, grandes et petites, et dix vieilles femmes et femmes mariées, sans compter les hommes. Plusieurs jours durant, on mit en ordre palanquins à mules et équipements. Yuanyang et Yuchuan ne partiraient pas : elles resteraient garder les appartements. Quelques jours à l’avance, quatre ou cinq femmes et plusieurs hommes emportèrent tentures, tapis et autres fournitures ; ils prirent plusieurs voitures et, par un chemin détourné, gagnèrent les premiers le lieu d’étape, afin de tout disposer et d’attendre l’arrivée du cortège.
臨日,賈母帶着賈蓉媳婦坐一乘馱轎,王夫人在後,亦坐一乘馱轎。賈珍𮪍馬,率領衆家丁圍䕶。又有幾輛大車,與婆子丫鬟等坐,並放些隨換的衣包等件。是日薛姨媽尤氏率領諸人直送至大門外方囬。賈璉恐路上不便,一面打發他父母起身,赶上了賈母王夫人馱轎,自己也隨後帶領家丁押後跟來。
Le jour venu, l’aïeule Jia prit place avec la femme de Jia Rong dans un palanquin à mules ; derrière elle, Madame Wang en occupait un autre. Jia Zhen, à cheval, dirigeait les nombreux domestiques qui les escortaient. Plusieurs grands chariots transportaient les vieilles femmes et les servantes, ainsi que des ballots de vêtements de rechange et autres objets. Ce jour-là, la tante Xue et Madame You, à la tête de tous les autres, les accompagnèrent jusqu’au-delà de la grande porte avant de rentrer. Craignant que la route ne fût malaisée, Jia Lian fit partir son père et sa mère pour qu’ils rejoignent les palanquins de l’aïeule Jia et de Madame Wang ; lui-même vint ensuite, avec les domestiques, pour fermer la marche.
榮府内,頼大添𣲖人丁上夜,將兩處㕔院都關了,一應出入人等皆走西邊小角門。日落時,便命關了儀門,不放人出入。園中前後東西角門亦皆關鎻,只留王夫人大房之後常係他姊妹出入之門,東邊通薛姨媽的角門。這兩門因在裡院,不必關鎖。裡面鴛鴦和玉釧兒也將上房關了,自領丫鬟婆子下房去歇。每日林之孝家的帶領十來個老婆子上夜,穿堂内又添了許多小厮打更,已安挿得十分妥當。
Au palais Rong, Lai Da renforça les gardes de nuit. On ferma les salles et les cours des deux résidences, et tous ceux qui entraient ou sortaient durent passer par la petite porte latérale de l’ouest. Au coucher du soleil, on ordonnait de fermer la porte cérémonielle et nul n’était plus autorisé à entrer ni à sortir. Toutes les portes latérales du Jardin, à l’avant comme à l’arrière, à l’est comme à l’ouest, furent également verrouillées. On ne laissa ouvertes que la porte située derrière les appartements principaux de Madame Wang, qu’empruntaient d’ordinaire les jeunes filles, et celle de l’est qui menait chez la tante Xue. Comme toutes deux se trouvaient à l’intérieur de l’enceinte privée, il n’était pas nécessaire de les fermer. Yuanyang et Yuchuan verrouillèrent aussi les appartements d’honneur, puis emmenèrent servantes et vieilles femmes se reposer dans les chambres subalternes. Chaque nuit, la femme de Lin Zhixiao dirigeait une dizaine de vieilles femmes de garde ; on avait encore ajouté dans les passages couverts de nombreux jeunes domestiques chargés d’annoncer les veilles. Tout était parfaitement organisé.
一日淸曉,寳釵春困已醒,搴帷下榻,㣲覺輕寒,及啟戸視之,見苑中土潤苔青,原來五更時落了幾㸃㣲雨。于是喚起湘雲等人来。一面梳洗,湘雲因說兩腮作癢,恐又犯了杏班癬,因問寳釵要些薔薇硝擦。寳釵道:「前日剩的都給了妹子了。」因說:「顰兒配了許多,我正要要他些來,因今年竟没𤼵癢,就忘了。」因命鶯兒去取些來。鶯兒應了纔去時,蕊官便說:「我同你去,順便瞧瞧藕官。」說着一徑同鶯兒出了𧄇蕪院。二人你言我語,一面行走,一面說笑,不覺到了杏葉渚。順着柳堤走來,因見葉纔㸃碧,絲若𡸁金,鶯兒便笑道:「你㑹拿這柳條子編東西不㑹?」蕊官笑道:「編什麽東西?」鶯兒道:「什麽編不得?頑的,使的,都可。等我摘些下來,帶着這葉子編一個花籃,採了各色花兒放在裡頭,纔是好頑呢!」說着,且不去取硝,且伸手採了許多嫩條,命蕊官拿着,他𨚫一行走,一行編花籃。隨路見花便採一二枝,編出一箇玲瓏過粱的籃子。枝上自有本来翠葉滿佈,將花放上,却也别致有趣。喜得蕊官笑說:「好姐姐,給了我罷!」鶯兒道:「這一箇偺們送林姑娘,囬來偺們再多採些,編幾個大家頑。」
Un matin de bonne heure, Baochai s’éveilla de son sommeil printanier. Elle souleva le rideau de son lit et se leva ; sentant une légère fraîcheur, elle ouvrit la porte et vit que, dans le jardin, la terre était humide et la mousse verdoyante : quelques gouttes de pluie étaient tombées à la cinquième veille. Elle fit donc réveiller Xiangyun et les autres. Tandis qu’elles se coiffaient et se lavaient, Xiangyun dit que ses deux joues la démangeaient et qu’elle craignait une nouvelle poussée de dartre en taches d’abricot ; elle demanda à Baochai un peu de poudre de rose à appliquer. Baochai répondit : « J’ai donné l’autre jour tout ce qui restait à ma petite sœur. Pin’er en a préparé une grande quantité ; je voulais justement lui en demander, mais comme je n’ai pas eu de démangeaisons cette année, j’ai oublié. » Elle ordonna donc à Ying’er d’aller en chercher. Ying’er allait partir quand Ruiguan déclara : « Je viens avec toi ; j’en profiterai pour voir Ouguan. » Là-dessus, elle sortit avec Ying’er de la cour des Herbes odorantes. Tout en marchant, elles bavardaient et riaient, si bien qu’elles atteignirent sans s’en apercevoir l’îlot aux Feuilles-d’Abricotier. Elles suivaient la digue plantée de saules ; voyant que leurs feuilles commençaient tout juste à se teinter de vert et que leurs longues ramilles semblaient pendre comme des fils d’or, Ying’er demanda en riant : « Sais-tu tresser des objets avec ces branches de saule ? — Quels objets ? demanda Ruiguan. — Mais tout ce qu’on veut ! Des jouets comme des objets utiles. Attends que j’en cueille quelques-unes : avec leurs feuilles, je vais tresser une corbeille, et nous y mettrons des fleurs de toutes les couleurs. Ce sera vraiment amusant ! » Au lieu d’aller chercher la poudre, elle tendit la main et cueillit quantité de jeunes rameaux qu’elle fit porter à Ruiguan ; puis elle se mit à tresser la corbeille tout en marchant. Chaque fois qu’elles rencontraient des fleurs, elles en cueillaient une ou deux. Ying’er confectionna ainsi une délicate corbeille à anse. Les rameaux étant naturellement couverts de feuilles vertes, les fleurs qu’elle y plaça produisirent un effet original et charmant. Ravie, Ruiguan lui dit en riant : « Ma bonne grande sœur, donne-la-moi ! — Celle-ci, nous l’offrirons à mademoiselle Lin, répondit Ying’er. Au retour, nous cueillerons davantage de branches et nous en tresserons plusieurs pour que tout le monde s’amuse. »
說着,来至瀟湘舘中。黛玉也正晨粧,見了這籃子,便笑說:「這個新鮮花籃是誰編的?」鶯兒說:「我編了,送與姑娘頑的。」黛玉接了,笑道:「怪道人人讃你的手巧,這頑意兒𨚫也别致。」一面瞧了,一面便呌紫鵑掛在那裡。鶯兒又問候薛姨媽,方和黛玉要硝。黛玉忙命紫鵑去包了一包,遞與鶯兒。黛玉又說道:「我好了,今日要出去逛逛。你囘去說與姐姐,不用過來問候媽了,也不敢勞他過來,我梳了頭,同媽都往你那裡去吃飯,大家熱閙些。」
Tout en parlant, elles arrivèrent au pavillon de la Xiaoxiang. Daiyu achevait elle aussi sa toilette du matin. À la vue de la corbeille, elle demanda en souriant : « Qui a tressé cette fraîche corbeille de fleurs ? — C’est moi, répondit Ying’er. Je vous l’apporte pour vous divertir. » Daiyu la prit et dit en riant : « Je comprends pourquoi tout le monde vante ton adresse : ce petit objet est vraiment original. » Après l’avoir examinée, elle demanda à Zijuan de la suspendre quelque part. Ying’er prit encore des nouvelles de la tante Xue, puis demanda de la poudre à Daiyu. Celle-ci ordonna aussitôt à Zijuan d’en envelopper un paquet et de le remettre à Ying’er. Elle ajouta : « Je vais mieux et je veux sortir me promener aujourd’hui. Dis à ta maîtresse qu’elle n’a pas besoin de venir prendre des nouvelles de maman ; je ne voudrais pas lui imposer ce dérangement. Quand je serai coiffée, maman et moi irons toutes deux déjeuner chez vous : nous serons plus nombreuses et ce sera plus animé. »
鶯兒答應了出來,便到紫鵑房中找蕊官。只見蕊官𨚫與藕官二人正說得高興,不能相捨,鶯兒便笑說:「姑娘也去呢,藕官先同去等着,豈不是好?」紫鵑𦗟見如此說,便也說道:「這話倒是。他這裡淘氣的可厭。」一面說,一面便將黛玉的匙筯用了一塊洋巾包了,交與藕官道:「你先帶了這個去,也筭一𨌩差了。」藕官接了,笑嘻嘻同他二人出來,一徑順着柳堤走來。鶯兒便又採些柳條,索性坐在山石上編起来。又命蕊官先送了硝去再來。他二人只顧愛看他編,那裡捨得去?鶯兒只管催,說:「你們再不去,我也不編了。」藕官便說:「同你去了,再快囬来。」二人方去了。
Ying’er acquiesça et sortit, puis se rendit dans la chambre de Zijuan pour y chercher Ruiguan. Mais celle-ci bavardait avec tant d’entrain avec Ouguan qu’elles ne parvenaient pas à se séparer. Ying’er dit en riant : « Puisque mademoiselle vient elle aussi, Ouguan pourrait partir la première avec nous et l’attendre là-bas. Ce ne serait pas mieux ? » Ayant entendu ces mots, Zijuan approuva : « Ce serait en effet une bonne idée. Ici, elle fait tant de sottises qu’elle en devient insupportable. » Tout en parlant, elle enveloppa dans une serviette étrangère la cuillère et les baguettes de Daiyu, puis remit le paquet à Ouguan : « Emporte toujours cela ; ce sera déjà une commission d’accomplie. » Ouguan le prit et sortit en riant avec les deux autres. Elles suivirent directement la digue aux saules. Ying’er cueillit encore quelques branches puis, cette fois, s’assit sur un rocher pour les tresser. Elle ordonna à Ruiguan d’aller d’abord porter la poudre et de revenir ensuite. Mais Ruiguan et Ouguan ne songeaient qu’à la regarder tresser : comment auraient-elles pu se résoudre à partir ? Ying’er eut beau les presser, elles ne bougeaient pas. Elle déclara : « Si vous ne partez pas tout de suite, je ne tresserai plus rien. » Ouguan dit alors : « Allons-y ensemble, nous reviendrons plus vite. » Et toutes deux finirent par partir.
這裡鶯兒正編,只見何媽的女兒春燕走来,笑問:「姐姐編什麽呢?」正說着,蕊官藕官也到了,春燕便向藕官道:「前日你到底燒了什麽紙?被我姨媽看見了,要告你没告成,倒被寳玉賴了他好些不是,氣得他一五一十告訴我媽。你們在外頭二三年了,積了些什麽𬽦恨,如今還不解開?」藕官冷笑道:「有什麽𬽦恨?他們不知足,反怨我們了。在外頭這兩年,不知賺了我們多少東西。你說說,可有的没的?」春燕笑道:「他是我的姨媽,也不好向着外人反說他的。怨不得寳玉說:『女孩兒未出嫁是顆無價寳珠,出了嫁不知怎麽就變出許多不好的毛病兒來。再老了,更不是珠子,竟是魚眼睛了!分明一個人,怎麽變出三様來。』這話雖是混賬話,想起来眞不錯。别人不知道,只說我媽和姨媽,他老姐兒兩個,如今越老了,越把錢看得真了。先是老姐兒兩個在家抱怨没個差使進益。幸虧有了這園子,把我挑進來,可巧把我分到怡紅院。家裡省了我一個人的費用不筭外,每月還有四五百錢的餘剩,這也𮟃說不彀。後来老姐兒兩個都𣲖到梨香院去照看他們,藕官認了我姨媽,芳官認了我媽,這幾年着實寛綽了。如今挪進來,也算撂開手了,還只無厭。你說好笑不好笑?接着我媽和芳官又吵了一塲,又要給寳玉吹湯,討個没趣兒。幸𧇊園裡的人多,没人記得淸楚誰是誰的親故。若有人記得,我們一家子,呌人家看着什麽意思呢!你這會子又跑了来弄這個。這一帶地方上的東西,都是我姑媽管着。他一得了這地,每日起早𪾶晚,自己辛苦了𮟃不算,每日逼着我們來照看,生怕有人遭塌,我又怕悞了我的差使。如今我們進來了,老姑嫂兩個照看得謹謹慎慎,一根草也不許人亂動,你還掐這些好花兒,又折的他嫩樹枝子。他們卽刻就来,仔細他們抱怨。」鶯兒道:「别人折掐使不得,獨我使得。自從分了地基之後,各房裡每日皆有分例的,不用𮅕。單筭花草頑意兒,誰𬋩什麽,每日誰就把各房裡姑娘丫頭帶的,必要各色送些折枝去,另有挿瓶的。惟有我們姑娘說了:『一槪不用送,等要什麽再和你要。』究竟總没要過一次。我今便掐些,他們也不好意思說的。」
Tandis que Ying’er poursuivait son ouvrage, Chunyan, la fille de mère He, arriva et demanda en souriant : « Que tresses-tu donc, grande sœur ? » Elle parlait encore lorsque Ruiguan et Ouguan revinrent. Chunyan demanda alors à Ouguan : « L’autre jour, qu’as-tu donc brûlé comme papier ? Ma tante maternelle t’a vue et voulait te dénoncer, mais elle n’y est pas parvenue ; au contraire, Baoyu lui a reproché quantité de torts. Elle était si furieuse qu’elle est allée tout raconter en détail à ma mère. Pendant vos deux ou trois années au-dehors, quels griefs avez-vous donc accumulés pour ne toujours pas vous être réconciliées ? » Ouguan ricana : « Quels griefs ? Elles ne savent pas se contenter de ce qu’elles ont et c’est encore à nous qu’elles en veulent. Durant ces deux années au-dehors, qui sait tout ce qu’elles ont gagné grâce à nous ! Dis-moi si je mens. » Chunyan répondit en souriant : « C’est ma tante maternelle ; je ne peux tout de même pas prendre le parti d’une étrangère et médire d’elle. Rien d’étonnant à ce que Baoyu dise : “Avant son mariage, une fille est une perle inestimable ; une fois mariée, on ne sait comment, elle prend toutes sortes de vilains défauts. Et quand elle vieillit, ce n’est même plus une perle : ce n’est plus qu’un œil de poisson ! C’est pourtant une seule et même personne ; comment peut-elle prendre trois formes différentes ?” Ce sont des paroles absurdes, mais, à la réflexion, elles ne sont pas fausses. Sans parler des autres, il suffit de voir ma mère et ma tante maternelle : plus les deux vieilles sœurs avancent en âge, plus elles s’attachent à l’argent. Au début, elles se plaignaient chez elles de n’avoir aucune charge qui leur procurât quelque bénéfice. Heureusement, on a créé ce Jardin et l’on m’a choisie pour y entrer ; par bonheur, j’ai été affectée à la cour du Bonheur rouge. Non seulement ma famille n’a plus à subvenir à mes dépenses, mais il lui reste encore quatre ou cinq cents sapèques par mois ; pourtant, elles trouvaient encore que ce n’était pas assez. Ensuite, les deux vieilles sœurs furent envoyées à la cour du Parfum des poiriers pour veiller sur les actrices : Ouguan reconnut ma tante maternelle pour mère adoptive, et Fangguan reconnut ma mère. Ces dernières années, elles ont vraiment vécu au large. Maintenant que nous avons été transférées ici, elles devraient bien pouvoir nous laisser tranquilles, mais elles n’en ont toujours pas assez. N’est-ce pas risible ? Puis ma mère s’est encore querellée avec Fangguan ; elle a voulu souffler sur la soupe de Baoyu, et n’y a gagné qu’une humiliation. Heureusement qu’il y a tant de monde dans le Jardin que personne ne sait exactement qui est parent de qui. Si quelqu’un s’en souvenait, quel spectacle notre famille donnerait-elle ! Et voilà qu’à présent tu viens encore t’occuper de cela. Tout ce qui pousse dans ce secteur est sous la garde de ma tante paternelle. Depuis qu’on lui a confié cet endroit, elle se lève tôt et se couche tard ; non contente de se donner elle-même du mal, elle nous force chaque jour à venir surveiller les lieux, de peur que quelqu’un ne les abîme. Et moi, je crains de négliger mon propre service. Depuis que nous sommes entrées ici, ma mère et ma tante paternelle veillent sur tout avec tant de rigueur qu’elles ne permettent à personne de toucher au moindre brin d’herbe. Or tu cueilles ces belles fleurs et tu casses encore les jeunes branches. Elles vont arriver d’un instant à l’autre : prends garde qu’elles ne se plaignent. » Ying’er répondit : « Les autres n’ont peut-être pas le droit d’en cueillir, mais moi, je l’ai. Depuis que les terrains ont été répartis, chaque maison reçoit quotidiennement sa part, sans avoir à s’en inquiéter. Quant aux fleurs et aux plantes d’agrément, la personne chargée de chaque espèce doit chaque jour en envoyer des rameaux coupés aux demoiselles et aux servantes de toutes les maisons ; il faut encore prévoir séparément les fleurs destinées aux vases. Seule notre maîtresse a déclaré : “Ne m’envoyez rien régulièrement ; lorsque j’aurai besoin de quelque chose, je vous le demanderai.” En fin de compte, elle n’a jamais rien réclamé. Si j’en cueille aujourd’hui, elles seront bien embarrassées pour me faire des reproches. »
一言未了,他姑媽果然拄了拐杖走来,鶯兒春燕等忙讓坐。那婆子見採了許多嫩柳,又見藕官等採了許多鮮花,心裡便不受用。看着鶯兒編弄,又不好說什麽,便說春燕道:「我呌你来照看照看,你就貪着頑不去了,倘或呌起你來,你又說我使你了。拿我作隱身草兒,你來樂!」春燕道:「你老人家又使我,又怕,這會子反說我,難道把我劈八瓣子不成?」鶯兒笑道:「姑媽,你别信小燕兒的話,這都是他摘下來,煩我給他編,我攆他,他不去。」春燕笑道:「你可少頑兒!你只顧頑,他老人家就認真的。」那婆子本是愚夯之軰,兼之年邁昏毦,惟利是命,一槪情面不管。正心疼肝㫁,無計可施,聼鶯兒如此說,便𠋣老賣老,拿起拄杖向春燕身上擊了幾下,罵道:「小蹄子,我說着你,你還和我强嘴兒呢!你媽恨得牙癢癢,要撕你的肉吃呢,你還和我梆子是的!」打得春燕又愧又急,因哭道:「鶯兒姐姐頑話,你就認真打我。我媽爲什麽恨我?又没燒煳了洗臉水,有什麽不是?」鶯兒本是頑話,忽見婆子認真動了氣,忙上前拉住,笑道:「我纔是頑話,你老人家打他,這不是臊我了嗎?」那婆子道:「姑娘,你别𬋩我們的事,難道爲姑娘這裡不許我們𬋩孩子不成?」鶯兒聼這般蠢話,便賭氣紅了臉,撒了手,冷笑道:「你要管,那一刻管不得?偏我說了一句頑話,就管他了?我看你𬋩去!」說着便坐下,仍編柳籃子。
Elle n’avait pas fini de parler que la tante paternelle de Chunyan arriva effectivement, appuyée sur sa canne. Ying’er, Chunyan et les autres s’empressèrent de lui offrir un siège. Voyant qu’elles avaient cueilli beaucoup de jeunes branches de saule et qu’Ouguan et ses compagnes avaient ramassé quantité de fleurs fraîches, la vieille femme en fut contrariée. Mais comme elle regardait Ying’er les tresser sans oser lui faire de remarque, elle s’en prit à Chunyan : « Je t’ai demandé de venir surveiller les lieux, et toi, tu restes ici à t’amuser. Si l’on t’appelle, tu prétendras encore que c’est moi qui te donne des corvées. Tu te sers de moi comme d’une herbe qui rend invisible, et tu viens prendre du bon temps ! » Chunyan répondit : « Vous me faites travailler, puis vous avez peur qu’on le sache, et maintenant vous me le reprochez ! Faudrait-il donc me couper en huit morceaux ? » Ying’er dit en riant : « Ma tante, ne croyez pas ce que raconte la petite hirondelle. C’est elle qui a tout cueilli et qui m’a suppliée de tresser cela pour elle. J’ai voulu la chasser, mais elle n’est pas partie. » Chunyan rit : « Cesse donc de plaisanter ! Toi, tu t’amuses, mais elle va prendre tes paroles au sérieux. » Cette vieille femme était naturellement lourde et stupide ; l’âge l’avait en outre rendue sourde et confuse. Elle ne vivait que pour le profit et ne tenait aucun compte des égards dus à autrui. Le cœur déchiré par la perte des fleurs et ne sachant comment intervenir, elle entendit Ying’er parler ainsi et profita de son grand âge pour prendre des airs d’autorité. Levant sa canne, elle en asséna plusieurs coups à Chunyan et l’injuria : « Petite garce ! Je te réprimande et tu oses encore me répondre ! Ta mère te hait au point de grincer des dents et voudrait t’arracher la chair pour la manger, mais tu continues à me tenir tête comme un battant de bois ! » Humiliée et exaspérée par les coups, Chunyan éclata en sanglots : « Grande sœur Ying’er plaisantait, et vous, vous me frappez pour de bon ! Pourquoi ma mère me haïrait-elle ? Je n’ai pourtant pas fait brûler l’eau de toilette ! Qu’ai-je fait de mal ? » Ying’er n’avait fait que plaisanter ; voyant soudain que la vieille se mettait réellement en colère, elle s’avança pour la retenir et dit en souriant : « C’est moi qui plaisantais. Si vous la frappez, ne me faites-vous pas honte ? » La vieille répondit : « Mademoiselle, ne vous mêlez pas de nos affaires. Est-ce parce que nous sommes chez vous que nous n’avons plus le droit de corriger nos enfants ? » Devant une pareille stupidité, Ying’er rougit de dépit, lâcha prise et ricana : « Puisque vous voulez la corriger, ne pouviez-vous le faire à un autre moment ? Il a suffi que je prononce une plaisanterie pour que vous vous mettiez à la battre ! Allons, corrigez-la donc, que je voie cela ! » Puis elle se rassit et reprit le tressage de sa corbeille de saule.
偏又春燕的娘出来找他,喊道:「你不来𦥝水,在那裡做什麽?」這婆子便接聲兒道:「你來瞧瞧!你女孩兒連我也不服了,在這裡排楦我呢!」那婆子一面走過来,說:「姑奶奶又怎麽了?我們丫頭眼裡没娘罷了,連姑媽也没了不成?」鶯兒見他娘來了,只得又說原故。他姑娘那裡容人說話,便將石上的花柳與他娘瞧,道:「你瞧瞧,你女孩兒這麽大孩子頑的!他領着人遭塌我,我怎麽說人?」他娘也正爲芳官之氣未平,又恨春燕不遂他的心,便走上來打了個耳刮子,罵道:「小娼婦,你能上了幾年臺盤,你也跟着那起輕薄浪小婦學!怎麼就管不得你們了?乾的我𬋩不得,你是我自己生出來的,難道也不敢管你不成?旣是你們這起蹄子到得去的地方我到不去,你就死在那裡伺候,又跑出來浪漢子!」一面又抓起柳條子来,直送到他臉上,問道:「這呌做什麽,這編的是你娘的什麽?」鶯兒忙道:「那是我們編的,你别指桑罵槐的!」
Sur ces entrefaites, la mère de Chunyan sortit à sa recherche et cria : « Pourquoi ne viens-tu pas puiser de l’eau ? Que fais-tu là-bas ? » La vieille tante lui répondit aussitôt : « Viens donc voir ! Ta fille ne veut même plus m’obéir et se moque de moi devant tout le monde ! » La mère s’approcha en disant : « Eh bien, Madame ma tante, qu’arrive-t-il encore ? Il ne suffit donc plus que notre fille ne reconnaisse pas sa mère, elle n’a plus de tante non plus ? » Ying’er dut lui expliquer à nouveau ce qui s’était passé. Mais la vieille tante ne laissa parler personne : montrant à la mère les fleurs et les branches de saule posées sur le rocher, elle s’écria : « Regarde donc à quoi s’amuse cette grande fille ! Elle amène des gens dévaster ce qui m’est confié ; comment pourrais-je encore faire une remarque à quiconque ? » La mère, dont la colère contre Fangguan n’était pas retombée et qui en voulait aussi à Chunyan de ne pas suivre ses volontés, s’avança et lui donna une gifle : « Petite putain ! Depuis combien d’années es-tu donc admise dans le beau monde, pour imiter déjà cette bande de jeunes dévergondées frivoles ? Comment se fait-il qu’on n’ait plus le droit de vous corriger ? Je ne peux rien dire à ma fille adoptive, mais toi, je t’ai mise au monde moi-même : je n’aurais donc pas davantage le droit de te corriger ? Puisque vous autres petites garces pouvez entrer dans les endroits où je ne suis pas admise, reste donc y servir jusqu’à ta mort ! Pourquoi ressors-tu courir les garçons ? » Elle ramassa une poignée de branches de saule, les brandit jusque sous le nez de Chunyan et demanda : « Comment appelles-tu cela ? Et qu’est-ce donc que tu tresses là pour ta mère ? » Ying’er intervint vivement : « C’est nous qui l’avons tressé. Cessez de montrer le mûrier pour insulter le sophora ! »
那婆子深妬襲人晴雯一干人,早知道凡房中大些的丫鬟,都比他們有些體統權势,凡見了這一干人,心中又畏又讓,未免又氣又恨,亦且遷怒于衆。復又看見了藕官,又是他姐姐的𡨚家,四處凑成一股怨氣。那春燕啼哭着往怡紅院去了。他娘又恐問他爲何哭,怕他又說出來,又要受晴雯等的氣,不免赶着來喊道:「你囬來!我告訴你再去。」春燕那裡肯囘来,急得他娘跑了去要拉他。春燕囬頭看見,便也往前飛跑。他娘只顧赶他,不防脚下被靑苔滑倒。引得鶯兒三個人反都笑了。鶯兒賭氣將花柳皆擲於河中,自囬房去。這裡把個婆子心疼的只念佛,又罵:「促俠小蹄子!遭塌了花兒,雷也是要劈的!」自己且搯花與各房送去。
Cette femme jalousait profondément Xiren, Qingwen et toutes leurs compagnes. Elle savait depuis longtemps que les servantes d’un certain rang attachées aux appartements privés possédaient plus de prestige et d’autorité que les femmes de sa condition. Chaque fois qu’elle les rencontrait, elle devait à la fois les craindre et leur céder le pas, ce qui nourrissait inévitablement sa colère et sa rancœur, qu’elle reportait sur tout le monde. Elle aperçut en outre Ouguan, ennemie jurée de sa sœur : de toutes parts, ses ressentiments se rejoignirent en une seule fureur. Chunyan s’enfuit en pleurant vers la cour du Bonheur rouge. Sa mère, craignant qu’on ne lui demandât pourquoi elle pleurait, qu’elle ne racontât tout et qu’elle-même ne subît encore la colère de Qingwen et des autres, se lança à sa poursuite en criant : « Reviens ! Je dois te parler avant que tu partes ! » Mais Chunyan n’avait aucune intention de revenir. Sa mère, affolée, courut pour la saisir ; Chunyan se retourna, la vit et s’enfuit plus vite encore. Sa mère, occupée seulement à la poursuivre, ne prit pas garde à ses pieds et glissa sur la mousse verte. Ying’er et ses deux compagnes éclatèrent de rire. Dans un mouvement de dépit, Ying’er jeta toutes les fleurs et les branches de saule dans la rivière, puis regagna seule ses appartements. La vieille femme, le cœur brisé, ne cessa d’invoquer Bouddha et cria encore : « Petite garce malfaisante ! Détruire ainsi des fleurs ! La foudre elle-même devrait te frapper ! » Puis elle cueillit des fleurs pour les envoyer aux différentes maisons.
𨚫說春燕一直跑入院中,頂頭遇見襲人徃黛玉處問安去,春燕便一把抱住襲人說:「姑娘救我,我媽又打我呢!」襲人見他娘来了,不免生氣,便說道:「三日兩頭兒,打了乾的打親的,還是賣弄你女孩兒多?還是認眞不知王法?」這婆子來了幾日,見襲人不言不語,是好性兒的,便說道:「姑娘你不知道,别管我們閑事,都是你們縱的,還𬋩什麽?」說着,便又赶著打。襲人氣得轉身進來,見麝月正在海棠下晾手巾,聼得如此喊閙,便說:「姐姐别𬋩,看他怎様!」一面使眼色與春燕。春燕便㑹意,直奔了寳玉去。衆人都笑說:「這可是從来没有的事今兒都閙出來了。」麝月向婆子道:「你再略煞一煞氣兒,難道這些人的臉面,和你討一個情𮟃討不出來不成?」那婆子見他女兒奔到寳玉身邊去,又見寳玉拉了春燕的手,說:「你别怕,有我呢!」春燕一行哭,一行將方纔鶯兒等事都說出來。寳玉越發急起來,說:「你只在這裡閙也罷了,怎麽連你媽也都得罪起來!」麝月又向婆子及衆人道:「怨不得這嫂子說我們管不着他們的事,我們雖無知,錯𬋩了。如今請出一個𬋩得着的人來𬋩一𬋩,嫂子就心服口服,也知道規矩了。」便囘頭命小丫頭子:「去把平兒給我呌来,平兒不得閑,就把林大娘呌了來。」那小丫頭子應了便走。衆媳婦上來笑說:「嫂子快求姑娘們呌囬那孩子來罷。平姑娘來了,可就不好了!」那婆子說道:「凴是那個姑娘來了,也要評個理。没有見個娘𬋩女孩兒,大家𬋩着娘的!」衆人笑道:「你當是那個平姑娘?是二奶奶屋裡頭的平姑娘!他有情麽,你說兩句。他一翻臉,嫂子,你吃不了兠着走!」
Cependant, Chunyan courut droit dans la cour et tomba sur Xiren, qui partait prendre des nouvelles de Daiyu. Elle se jeta dans ses bras et s’écria : « Mademoiselle, sauvez-moi ! Ma mère me frappe encore ! » Voyant arriver la mère, Xiren ne put retenir sa colère : « Tous les deux ou trois jours, tu frappes d’abord ta fille adoptive, puis ta propre fille. Est-ce pour te vanter d’avoir beaucoup de filles, ou bien ignores-tu réellement les règles de la maison ? » Cette femme, arrivée depuis peu, avait toujours vu Xiren silencieuse et douce. Elle répondit donc : « Vous ne savez pas ce qui se passe, mademoiselle. Ne vous mêlez pas de nos affaires. C’est vous toutes qui les gâtez ; comment voulez-vous ensuite qu’on les corrige ? » Et elle se remit à poursuivre Chunyan pour la frapper. Furieuse, Xiren se détourna et rentra dans la cour. Elle vit Sheyue, qui faisait sécher des serviettes sous les bégonias. Entendant ces cris et ce tumulte, Sheyue lui dit : « Grande sœur, ne t’en mêle pas ; voyons un peu jusqu’où elle ira ! » En même temps, elle fit un signe à Chunyan. Celle-ci comprit et courut droit auprès de Baoyu. Tout le monde s’écria en riant : « Voilà qui ne s’était encore jamais vu ! Aujourd’hui, tous les scandales éclatent à la fois. » Sheyue dit à la mère : « Calmez un peu votre colère. Ces personnes ont tout de même quelque considération : est-il possible qu’en intercédant pour elle, elles ne puissent obtenir sa grâce ? » La femme vit alors sa fille se réfugier auprès de Baoyu, tandis que celui-ci lui prenait la main en disant : « N’aie pas peur, je suis là ! » Tout en pleurant, Chunyan lui raconta ce qui venait de se passer avec Ying’er et les autres. Baoyu s’irrita davantage encore : « Il suffisait bien que tu fasses du tapage ici ; comment en es-tu arrivée à offenser même ta mère ? » Sheyue dit alors à la femme et à toutes les personnes présentes : « Cette belle-sœur avait donc raison de dire que nous n’avions pas à nous mêler de leurs affaires. Dans notre ignorance, nous avons eu tort d’intervenir. Faisons maintenant venir quelqu’un qui possède réellement l’autorité nécessaire. Quand cette personne aura jugé l’affaire, notre belle-sœur sera pleinement convaincue et apprendra du même coup les règles. » Se retournant, elle ordonna à une petite servante : « Va me chercher Ping’er. Si elle n’est pas libre, fais venir dame Lin. » La petite servante acquiesça et partit. Les femmes mariées s’avancèrent en riant : « Ma brave, suppliez vite les demoiselles de rappeler cette enfant. Si mademoiselle Ping vient, cela finira mal ! » La mère répondit : « Quelle que soit la demoiselle qui vienne, il faudra bien qu’elle juge équitablement. On n’a jamais vu une mère corriger sa fille et tout le monde se mettre à corriger la mère ! » Les autres rirent : « Pour qui prends-tu mademoiselle Ping ? C’est la mademoiselle Ping des appartements de la seconde maîtresse ! Si elle se montre bienveillante, tu pourras encore lui dire quelques mots ; mais si elle se fâche, ma brave, tu ne sauras plus comment te tirer de là ! »
說着,只見那個小丫頭囬來說:「平姑娘正有事呢,問我做什麽,我告訴了他。他說,旣這様,且攆他出去,告訴林大娘,在角門打四十板子就是了。」那婆子𦗟見如此說了,嚇得泪流滿面,央告襲人等說:「好容易我進來了,况且我是寡婦家,没有壊心,一心在裡頭伏侍姑娘們。我這一去,不知苦到什麽地歩!」襲人見他如此說,又心軟了,便說:「你旣要在這裡,又不守規矩,又不𦗟話,又亂打人,那裡弄你這個不𣉊事的人來。天天鬥口齒,也呌人笑話。」晴雯道:「理他呢!打發他去了正經。那裡那麼大工夫和他對嘴對舌的。」那婆子又央衆人道:「我雖錯了,姑娘們吩咐了,已後攺過。姑娘們那不是行好積德。」一面又央告春燕:「原是爲打你起的,饒没打成你,我如今反受了罪。好孩子,你好歹替我求求罷!」寳玉見如此可憐,便命留下:「不許再閙!再閙,一定打了攆出去。」那婆子一一謝過下去。
À ce moment, la petite servante revint et annonça : « Mademoiselle Ping est occupée. Elle m’a demandé ce que je voulais, et je lui ai tout raconté. Elle a dit que, puisque les choses en sont là, il faut d’abord chasser cette femme, puis prévenir dame Lin de lui faire administrer quarante coups de planche à la porte latérale. » En entendant cela, la mère fondit en larmes. Elle supplia Xiren et les autres : « J’ai eu tant de peine à obtenir une place ici ! Et puis je suis veuve, je n’ai aucune mauvaise intention ; mon seul désir est de servir les demoiselles dans cette maison. Si l’on me chasse, qui sait jusqu’où ira ma misère ! » Xiren s’attendrit à ces paroles et répondit : « Tu veux rester ici, mais tu n’observes pas les règles, tu n’écoutes personne et tu frappes les gens sans raison. Pourquoi nous a-t-on envoyé une femme aussi ignorante ? Tu te querelles à longueur de journée et nous couvres de ridicule. » Qingwen intervint : « Pourquoi discuter encore avec elle ? Le mieux est de la renvoyer. Qui aurait le temps de poursuivre éternellement ces chamailleries ? » La femme supplia encore toutes les personnes présentes : « J’ai eu tort, mais si les demoiselles m’expliquent ce que je dois faire, je me corrigerai désormais. Ne serait-ce pas pour elles une bonne action et une œuvre méritoire ? » Elle implora ensuite Chunyan : « Tout cela est arrivé parce que je voulais te battre. Je n’ai même pas réussi à le faire et, à présent, c’est moi qui suis punie. Ma bonne enfant, je t’en prie, intercède pour moi ! » La voyant si pitoyable, Baoyu ordonna qu’on la gardât : « Mais plus de tapage ! Si tu recommences, tu recevras certainement les coups et tu seras chassée. » La femme remercia chacun à son tour et se retira.
只見平兒走來,問係何事,襲人等忙說:「已完了,不必再提。」平兒笑道:「得饒人處且饒人,得將就的就省些事罷。但只𦗟得各屋大小人等都作起反來了,一處不了又一處,呌我不知管那一處是。」襲人笑道:「我只說我們這裡反了,原來還有幾處。」平兒笑道:「這算什麽事!這三四日的工夫,一共大小出了八九件呢,比這裡的還大。可氣,可笑。」不知平兒說出何事,下囬分解。
Ping’er arriva alors et demanda ce qui s’était passé. Xiren et les autres lui dirent vivement : « Tout est réglé ; inutile d’en reparler. » Ping’er sourit : « Quand on peut pardonner, mieux vaut pardonner ; quand on peut s’accommoder d’une affaire, autant s’épargner des ennuis. Seulement, j’entends dire que, dans chaque maison, les gens de tout rang se révoltent. Une affaire n’est pas terminée qu’une autre éclate, et je ne sais plus où intervenir. » Xiren dit en riant : « Je croyais que la révolte se limitait à notre cour ; je vois qu’elle a gagné plusieurs autres endroits. » Ping’er répondit en souriant : « Ceci n’est rien du tout ! En trois ou quatre jours, il s’est produit en tout huit ou neuf affaires, grandes et petites, et certaines bien plus graves que celle-ci. C’est à la fois exaspérant et risible. » Mais quelles affaires Ping’er allait-elle raconter ? On le saura au chapitre suivant.
Notes
賈 : le patronyme Jia s’entend comme 假, « faux » ; cette homophonie accompagne toute la famille Jia.
五鼓 : la cinquième veille correspond aux heures précédant l’aube, vers trois à cinq heures du matin.
馱轎 : palanquin monté sur des brancards et porté par des mules, adapté aux longs déplacements.
薔薇硝 : poudre cosmétique parfumée à la rose, appliquée ici contre une affection cutanée.
鶯、燕 : le titre joue sur le sens littéral de Ying’er, « loriot », et sur 燕 dans Chunyan, « hirondelle ».
召將飛符 : métaphore militaire ; Sheyue « mande un général » en faisant appeler Ping’er et envoie comme un ordre officiel la petite servante chargée de la convocation.
柳葉渚、杏葉渚 : le titre nomme l’îlot des Feuilles-de-Saule, tandis que le récit imprimé situe la scène à l’îlot aux Feuilles-d’Abricotier.