Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 95 Une fausse nouvelle devient réalité : la concubine impériale Yuanchun meurt ; le faux se mêle au vrai : Baoyu sombre dans la folie

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Une fausse nouvelle devient réalité : la concubine impériale Yuanchun meurt

le faux se mêle au vrai : Baoyu sombre dans la folie

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Beiming se trouvait à la porte et disait à une petite servante qu’on avait retrouvé le jade de Baoyu. La fillette revint en hâte l’annoncer à Baoyu. À cette nouvelle, tous le poussèrent dehors pour qu’il interroge Beiming, tandis qu’ils attendaient sous la galerie. Baoyu, lui aussi rassuré, alla jusqu’à la porte et demanda : « Où l’as-tu retrouvé ? Donne-le-moi vite. » Beiming répondit : « Je ne peux pas le rapporter comme cela ; il faut encore demander à quelqu’un de se porter garant. » Baoyu dit : « Explique-moi vite comment tu l’as retrouvé, que je puisse envoyer quelqu’un le chercher. » Beiming répondit : « J’ai appris dehors que maître Lin allait faire décomposer des caractères pour consulter le sort, alors je l’ai suivi. Je l’ai entendu dire qu’il fallait chercher dans les monts-de-piété. Sans attendre la fin, j’ai couru dans plusieurs boutiques. Je leur ai montré à quoi il ressemblait, et l’une d’elles m’a dit en avoir. J’ai demandé qu’on me le donne, mais les gens de la boutique exigeaient le reçu de dépôt. J’ai demandé combien on avait prêté dessus. Ils m’ont répondu qu’ils en avaient à trois cents sapèques et d’autres à cinq cents. Avant-hier, quelqu’un avait engagé un jade de cette sorte pour trois cents sapèques ; aujourd’hui, un autre en avait encore engagé un pour cinq cents. » Sans le laisser finir, Baoyu s’écria : « Prends vite trois cents ou cinq cents sapèques et rapporte-les tous : nous les examinerons pour voir si c’est le bon. » De l’intérieur, Xiren lança avec mépris : « Second maître, ne l’écoutez pas. Quand j’étais petite, j’entendais souvent mon frère dire que certaines personnes vendaient de petits jades de ce genre et, lorsqu’elles manquaient d’argent, les mettaient en gage. Il doit y en avoir dans tous les monts-de-piété. » Tous écoutaient encore avec stupeur ; mais, après les paroles de Xiren, ils réfléchirent un instant, puis éclatèrent de rire : « Faites vite rentrer le second maître, et qu’il ne s’occupe plus de cet imbécile. Les jades dont il parle ne doivent pas être des objets bien sérieux. »

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Baoyu riait encore lorsque Xiuyan arriva. Elle s’était rendue à l’ermitage des Bambous verts pour voir Miaoyu et, sans prendre le temps de bavarder, lui avait demandé de consulter les esprits par la planchette. Miaoyu ricana plusieurs fois : « Si je fréquente mademoiselle, c’est parce que vous n’êtes pas de celles qui vivent dans le monde des intérêts et des honneurs. Comment avez-vous pu aujourd’hui écouter je ne sais quelle rumeur et venir me tourmenter ? D’ailleurs, je ne sais même pas ce que signifie consulter les esprits par la planchette. » Sur ce, elle allait refuser de s’en occuper. Xiuyan regrettait déjà d’être venue. Elle connaissait son caractère et se disait : « Maintenant que j’en ai parlé, je ne peux pas repartir sans rien ; mais je ne peux pas davantage lui opposer ceux qui disent qu’elle sait pratiquer la planchette. » Elle dut donc, avec un sourire conciliant, lui expliquer que la vie même de Xiren et des autres pouvait être en jeu. Voyant Miaoyu quelque peu fléchir, elle se leva et se prosterna plusieurs fois. Miaoyu soupira : « À quoi bon tailler une robe de noce pour autrui ? Depuis mon arrivée dans la capitale, nul n’a jamais rien su de cela. Vous me faites aujourd’hui enfreindre cette règle, et je crains d’être désormais assaillie de demandes. » Xiuyan répondit : « Je n’ai pas pu rester insensible, et je savais que vous auriez compassion. Si d’autres viennent plus tard vous solliciter, vous serez libre d’accepter ou non : qui oserait vous contraindre ? » Miaoyu sourit, ordonna à une religieuse taoïste de brûler de l’encens, puis tira d’un coffre un plateau de sable et un support de planchette. Elle traça un talisman, fit accomplir les rites à Xiuyan et prononça l’invocation. Cela fait, Xiuyan se releva et saisit avec Miaoyu le support de la planchette. Peu après, la planchette immortelle se mit à écrire rapidement :

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Hélas ! Il vient sans laisser de trace et repart sans laisser de vestige ; au pied du pic Qinggeng, il s’appuie contre un vieux pin. Veux-tu le rechercher ? Dix mille montagnes se superposent. Entre sous ma porte, et tu le rencontreras dans un sourire.

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L’inscription achevée, la planchette s’immobilisa. Xiuyan demanda quel immortel avait été invoqué. Miaoyu répondit : « L’Immortel à la béquille. » Xiuyan recopia le texte, puis pria Miaoyu de le lui expliquer. Celle-ci répondit : « Cela, je ne le peux pas ; moi-même, je n’y comprends rien. Emportez-le vite : il ne manque pas chez eux de gens intelligents. » Xiuyan dut donc revenir. Dès son entrée dans la cour, tous lui demandèrent ce qui s’était passé. Sans avoir le temps de donner des explications, elle remit à Li Wan le texte de l’oracle qu’elle avait copié. Les jeunes filles et Baoyu se pressèrent pour le lire. Tous l’interprétèrent ainsi : « Si l’on cherche maintenant, on ne le retrouvera pas ; pourtant, il ne peut être définitivement perdu. Peut-être reparaîtra-t-il au moment où l’on cessera de le chercher. Mais où se trouve ce pic Qinggeng ? » Li Wan dit : « C’est un langage secret inspiré par les immortels. Comment un pic Qinggeng pourrait-il surgir chez nous ? Peut-être quelqu’un, craignant qu’on ne découvre son forfait, a-t-il jeté le jade sous une roche de la montagne artificielle, près d’un pin. Mais cette phrase, “Entre sous ma porte”, de quelle porte s’agit-il donc ? » Daiyu demanda : « Quel immortel avez-vous invoqué ? » Xiuyan répondit : « L’Immortel à la béquille. » Tanchun dit : « Si c’est la porte des immortels, il sera difficile d’y entrer. »

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Xiren, dévorée d’inquiétude, se mit à chercher au hasard en s’attachant au moindre indice : il n’y eut pas une pierre sous laquelle elle ne regardât, mais elle ne trouva rien. De retour dans la cour, elle vit que Baoyu ne demandait même pas si elles avaient réussi et se contentait de rire stupidement. Sheyue s’écria avec angoisse : « Petit ancêtre ! Dis-nous donc clairement où tu l’as perdu ! Même s’il faut que nous soyons punies, au moins saurons-nous pourquoi. » Baoyu répondit en riant : « Quand je vous dis que je l’ai perdu dehors, vous refusez de me croire. Et maintenant vous m’interrogez : comment le saurais-je ? » Li Wan et Tanchun dirent : « L’agitation a commencé ce matin et voici déjà la troisième veille. Regardez : petite sœur Lin ne tenait plus debout et tout le monde est reparti. Nous devrions nous reposer, nous aussi ; nous recommencerons demain. » Là-dessus, tous se séparèrent, et Baoyu se coucha aussitôt. Les malheureuses Xiren et ses compagnes passèrent la nuit à pleurer et à réfléchir, sans pouvoir fermer l’œil. N’en parlons plus pour l’instant.

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Daiyu, qui était rentrée la première, repensa aux anciennes paroles sur le métal et la pierre et s’en réjouit secrètement. Elle se disait : « On ne peut vraiment pas croire ce que racontent moines et taoïstes. Si le métal et le jade étaient réellement unis par une affinité prédestinée, comment Baoyu aurait-il pu perdre ce jade ? Peut-être est-ce à cause de moi que leur union du métal et du jade a été brisée. » Après y avoir longuement réfléchi, elle se sentit encore plus rassurée. Oubliant toute la fatigue de la journée, elle reprit son livre et se remit à lire. Zijuan, au contraire, se sentait lasse et pressa plusieurs fois Daiyu de se coucher. Mais, une fois étendue, Daiyu repensa aux fleurs de pommier sauvage : « Ce jade lui est venu dès le sein maternel ; ce n’est pas un objet ordinaire, et sa venue comme sa disparition doivent avoir un sens. Si la floraison annonçait un heureux événement, il n’aurait pas dû perdre le jade. Cette floraison paraît donc de mauvais augure. Se pourrait-il qu’un malheur lui arrive ? » Elle en fut de nouveau affligée. Puis elle revint en pensée à l’heureux mariage : les fleurs semblaient devoir éclore pour l’annoncer, tandis que le jade semblait devoir disparaître. Ainsi ballottée entre tristesse et joie, elle ne s’endormit qu’à la cinquième veille. Le lendemain, Madame Wang envoya de bonne heure des gens interroger les monts-de-piété, tandis que Xifeng cherchait secrètement un moyen de retrouver le jade. L’agitation dura plusieurs jours, sans aucun résultat. Par bonheur, l’aïeule Jia et Jia Zheng ne savaient encore rien. Xiren et les autres vivaient chaque jour dans l’angoisse. Baoyu profita également de l’occasion pour ne plus aller à l’école durant plusieurs jours ; il restait hébété, silencieux, sans goût ni entrain pour rien. Madame Wang pensait seulement que la perte du jade l’avait mis dans cet état et ne s’en alarmait pas beaucoup.

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Un jour qu’elle se rongeait ainsi d’inquiétude, Jia Lian entra soudain lui présenter ses respects et annonça avec un large sourire : « J’ai appris aujourd’hui que Jia Yucun, du Grand Conseil, avait envoyé quelqu’un avertir le second maître que mon grand-oncle maternel avait été promu Grand Secrétaire et qu’un décret lui ordonnait de revenir à la capitale. La proclamation solennelle de sa nomination est fixée au vingtième jour du premier mois de l’année prochaine. Une dépêche expresse, parcourant trois cents lis par jour, lui a été envoyée. Mon grand-oncle maternel voyagera sans doute jour et nuit et devrait arriver dans un peu plus d’une quinzaine de jours. Votre neveu est venu tout spécialement en informer Madame. » À cette nouvelle, Madame Wang fut transportée de joie. Elle songeait justement que sa famille maternelle comptait peu de membres, que la maison de la tante Xue avait décliné et que son frère, en poste au loin, ne pouvait veiller sur elle. À présent, elle apprenait soudain que son frère revenait dans la capitale comme grand dignitaire : la famille Wang en serait couverte de gloire et Baoyu lui-même aurait désormais un appui. Elle relâcha donc quelque peu l’inquiétude que lui causait la perte du jade et attendit chaque jour l’arrivée de son frère dans la capitale.

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Un jour, Jia Zheng entra soudain, le visage couvert de larmes, et dit tout essoufflé : « Va vite en informer l’aïeule : il faut entrer immédiatement au palais. N’emmène pas beaucoup de monde ; tu seras seule à l’accompagner et à la servir. Sa Grâce vient d’être frappée d’une maladie soudaine. Un eunuque attend dehors en ce moment même. Il dit que l’Académie impériale de médecine a déjà fait savoir au trône qu’il s’agissait d’une syncope causée par les glaires et qu’aucun traitement n’était possible. » À ces mots, Madame Wang éclata en sanglots. Jia Zheng dit : « Ce n’est pas le moment de pleurer. Va vite chercher l’aïeule, mais présente-lui la chose avec ménagement, pour ne pas terrifier cette vieille dame. » Là-dessus, il ressortit donner aux gens de la maison les ordres nécessaires. Madame Wang essuya ses larmes et alla chercher l’aïeule Jia, lui disant seulement que Yuanchun était malade et qu’il fallait entrer au palais lui présenter ses respects. L’aïeule invoqua le Bouddha : « Comment peut-elle être encore malade ? La dernière fois, j’ai été épouvantée, puis nous avons appris que la nouvelle était fausse. Pourvu que cette fois encore ce soit une erreur ! » Tout en lui répondant, Madame Wang pressait Yuanyang et les autres d’ouvrir les coffres, d’en sortir vêtements et parures et d’aider l’aïeule à s’habiller. Elle retourna en hâte dans sa propre chambre pour se parer elle aussi, puis revint assister l’aïeule. Peu après, elles gagnèrent la grande salle, montèrent dans leurs palanquins et entrèrent au palais. N’en parlons plus.

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Depuis que Yuanchun avait été choisie pour résider au palais Fengzao, elle jouissait d’une faveur impériale considérable et avait pris de l’embonpoint, si bien que ses mouvements lui coûtaient quelque effort. Fatiguée par les occupations de chaque jour, elle souffrait périodiquement de glaires. Quelques jours plus tôt, en revenant au palais après avoir assisté au banquet impérial, elle avait pris froid, ce qui avait réveillé son ancien mal. Cette fois, contre toute attente, l’attaque fut extrêmement violente : les glaires lui obstruèrent la respiration et ses quatre membres devinrent glacés. Un rapport fut aussitôt présenté au trône et l’on appela les médecins impériaux. Mais elle ne pouvait avaler les décoctions, et les remèdes destinés à dégager les passages demeurèrent sans effet. Inquiets, les eunuques demandèrent l’autorisation de préparer ses funérailles. C’est pourquoi un décret ordonna aux parentes Jia de la noble épouse d’entrer au palais. L’aïeule Jia et Madame Wang obéirent. Elles trouvèrent Yuanchun étouffée par les glaires, de la salive aux lèvres et incapable de parler. À la vue de l’aïeule, elle prit une expression éplorée, mais presque aucune larme ne sortit de ses yeux. L’aïeule s’avança pour lui présenter ses respects et prononça quelques paroles de réconfort. Peu après, les cartes portant les noms et les fonctions de Jia Zheng et des autres furent transmises à l’intérieur, et les dames du palais en firent l’annonce. Yuanchun ne pouvait même plus tourner les yeux vers elles, et son teint se transforma peu à peu. Les eunuques du palais intérieur allaient présenter un rapport au trône et craignaient que les autres concubines ne fussent envoyées à son chevet ; les parentes de sa famille ne pouvaient donc être retenues longtemps et furent priées d’attendre dans le palais extérieur. Comment l’aïeule Jia et Madame Wang auraient-elles pu se résoudre à la quitter ? Mais les règles de l’État ne leur laissaient aucun choix. Elles se retirèrent, sans même oser pleurer, le cœur accablé de douleur. Les fonctionnaires qui attendaient à la porte de la cour impériale recevaient des nouvelles. Peu après, un eunuque sortit et ordonna sur-le-champ de faire venir le Bureau impérial d’astronomie. L’aïeule comprit alors que tout allait mal, mais elle n’osa encore bouger. Un moment plus tard, un jeune eunuque vint transmettre cet avis : « La noble épouse Jia vient de mourir. » Cette année-là était l’année jiayin. Le commencement du printemps tomba le dix-huitième jour du douzième mois ; Yuanchun mourut le dix-neuvième, alors qu’on était déjà entré dans l’année du Lièvre et dans le mois du Tigre. Elle avait quarante-trois ans. Étouffant sa douleur, l’aïeule se leva, quitta le palais et remonta dans son palanquin pour rentrer chez elle. Jia Zheng et les autres avaient eux aussi reçu la nouvelle et firent tout le chemin dans l’affliction. À leur arrivée, Madame Xing, Li Wan, Xifeng, Baoyu et les autres sortirent dans la grande salle et se rangèrent à l’est et à l’ouest pour accueillir l’aïeule Jia et lui présenter leurs respects, puis saluèrent également Jia Zheng et Madame Wang. Tous pleurèrent ensemble. N’en parlons plus.

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Le lendemain matin, tous ceux qui possédaient un rang officiel entrèrent au palais, conformément au cérémonial funèbre d’une noble concubine, pour présenter leurs respects et pleurer devant la défunte. Comme Jia Zheng appartenait au ministère des Travaux publics, il devait non seulement suivre les prescriptions du rituel, mais aussi traiter diverses affaires avec ses supérieurs ; ses collègues venaient également le consulter. Il était donc plus occupé encore des deux côtés qu’il ne l’avait été lors des funérailles de l’impératrice douairière et de la concubine Zhou. Yuanchun ne laissait aucun enfant ; elle reçut seulement le titre posthume de « Noble Concubine Vertueuse et Douce ». Telles étaient les règles de la maison impériale, sur lesquelles il est inutile de s’étendre. Disons seulement que les hommes et les femmes de la maison Jia entraient chaque jour au palais et étaient débordés. Heureusement, Xifeng se portait depuis peu un peu mieux : elle pouvait de nouveau s’occuper des affaires domestiques, tout en préparant la réception de Wang Ziteng à son arrivée dans la capitale et les réjouissances pour sa promotion. Wang Ren, frère germain de Xifeng, ayant appris que son oncle était entré au Grand Secrétariat, revenait lui aussi dans la capitale avec sa famille. Xifeng en éprouvait de la joie. Comme elle avait précisément souffert de se sentir sans appui, la présence de tous ces parents maternels lui permit de se détendre, et sa santé lui parut meilleure qu’auparavant. Voyant Xifeng reprendre comme autrefois la conduite des affaires, Madame Wang se déchargea de la moitié de son fardeau. Et comme elle allait bientôt revoir son frère dans la capitale, elle se sentit rassurée sur tout et retrouva quelque tranquillité.

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Seul Baoyu n’occupait aucune fonction et n’étudiait pas. Dairu, à l’école du clan, savait que sa famille traversait une période difficile et ne venait donc pas le surveiller. Jia Zheng, absorbé par les affaires, n’avait naturellement pas le loisir de s’enquérir de lui. On aurait pu croire que Baoyu saisirait cette occasion pour s’amuser chaque jour avec ses cousines et ses sœurs ; pourtant, depuis la perte du jade, il répugnait à se déplacer et ses paroles elles-mêmes devenaient confuses. Lorsque l’aïeule Jia et les autres rentraient de leurs sorties, il allait leur présenter ses respects si quelqu’un venait le chercher ; si personne ne l’appelait, il ne bougeait pas. Xiren et ses compagnes, qui cachaient leurs inquiétudes, n’osaient pas non plus le provoquer, de peur de l’irriter. Chaque jour, il mangeait si on lui apportait thé et nourriture ; sinon, il ne réclamait rien. À voir son état, Xiren pensa qu’il ne paraissait pas fâché, mais bel et bien malade. Profitant d’un moment libre, elle se rendit secrètement au pavillon Xiaoxiang et dit à Zijuan : « Le second maître est dans cet état ; supplie mademoiselle de venir le raisonner un peu. » Zijuan en informa aussitôt Daiyu. Mais celle-ci, persuadée que le mariage projeté la concernait désormais certainement, se sentait gênée à l’idée de revoir Baoyu : « S’il venait ici, nous avons grandi ensemble et je pourrais difficilement refuser de lui parler. Mais aller moi-même le chercher, cela m’est absolument impossible. » Daiyu refusa donc de venir. Xiren alla encore trouver Tanchun en secret. Mais Tanchun savait parfaitement que l’étrange floraison des pommiers sauvages, la disparition plus étrange encore du « jade précieux », puis la mort de leur sœur Yuanchun présageaient des malheurs pour la famille. Elle passait ses journées dans l’inquiétude et n’avait guère le cœur à consoler Baoyu. De plus, la réserve entre frères et sœurs, garçons et filles, ne lui permettait que de venir une ou deux fois. Comme Baoyu demeurait toujours aussi apathique, elle ne lui rendit pas souvent visite.

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Baochai savait elle aussi que le jade avait disparu. Le jour où la tante Xue avait donné son accord au mariage de Baoyu, elle était rentrée chez elle et en avait informé Baochai. Elle lui avait encore dit : « Ta tante m’en a bien parlé, mais je n’ai pas encore donné mon consentement définitif. J’ai répondu que j’attendrais le retour de ton frère pour décider. Toi, le veux-tu ou non ? » Baochai avait pris un air grave et répondu à sa mère : « Maman, vous avez tort de me poser cette question. Le sort d’une jeune fille est décidé par ses parents. Maintenant que mon père est mort, c’est à vous de décider ; sinon, demandez à mon frère. Pourquoi m’interroger moi-même ? » La tante Xue l’en avait aimée plus encore. Elle se disait que, malgré l’éducation choyée qu’elle avait reçue depuis l’enfance, sa fille était d’une nature réservée ; aussi ne parla-t-elle plus de Baoyu devant elle. Depuis qu’elle avait entendu ces paroles, Baochai évitait naturellement plus encore de prononcer le nom de Baoyu. À présent, bien que la perte du jade l’eût profondément surprise et inquiétée, elle ne pouvait convenablement poser de questions. Elle devait se contenter d’écouter ce que disaient les autres, comme si l’affaire ne la concernait en rien. Seule la tante Xue envoya plusieurs fois une servante demander des nouvelles. Mais elle se tourmentait au sujet de son propre fils Xue Pan et attendait seulement que son frère entrât dans la capitale pour l’aider à se disculper. Elle savait aussi que Yuanchun était morte : malgré le désordre qui régnait dans la maison Jia, Xifeng s’était rétablie et avait repris la direction de la maison. Elle cessa donc de s’occuper des affaires des Jia. Seule la pauvre Xiren continuait à servir Baoyu avec toutes les marques de soumission et à le consoler à voix basse ; mais Baoyu ne comprenait rien à ce qu’elle disait, et Xiren ne pouvait que s’alarmer en secret.

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Quelques jours plus tard, le cercueil de Yuanchun fut déposé dans le temple funéraire, et l’aïeule Jia et les autres accompagnèrent les obsèques durant plusieurs jours. Or Baoyu paraissait chaque jour plus hébété que la veille. Il n’avait ni fièvre ni douleur, mais mangeait sans vraiment manger, dormait sans vraiment dormir, et ses paroles elles-mêmes finirent par perdre toute suite. Xiren, Sheyue et les autres furent plus affolées encore et en firent plusieurs fois rapport à Xifeng. Celle-ci venait le voir de temps à autre. Elle avait d’abord pensé qu’il était seulement fâché parce qu’on ne retrouvait pas le jade ; mais, voyant à présent son air d’homme ayant perdu son âme, elle ne put que faire venir chaque jour un médecin pour le soigner. On lui prépara plusieurs décoctions, mais chacune aggrava son mal au lieu de le soulager. Et quand on lui demandait où il souffrait, Baoyu ne répondait rien.

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Lorsque les funérailles de Yuanchun furent achevées, l’aïeule Jia, qui ne cessait de penser à Baoyu, se rendit en personne au jardin pour le voir. Madame Wang l’accompagna. Xiren et les autres dirent à Baoyu d’aller à leur rencontre et de les saluer. Bien qu’on le dît malade, il se levait et marchait encore chaque jour. Appelé aujourd’hui à accueillir l’aïeule Jia, il lui présenta donc ses respects comme d’habitude, mais Xiren devait se tenir auprès de lui, le soutenir et lui indiquer ce qu’il fallait faire. À sa vue, l’aïeule dit : « Mon enfant, je croyais que tu étais gravement malade, et c’est pour cela que je suis venue te voir. À présent que je te retrouve avec ton apparence habituelle, mon cœur est déjà bien plus tranquille. » Madame Wang se sentit naturellement rassurée elle aussi. Mais Baoyu ne répondit rien et se contenta de rire sottement. L’aïeule et les autres entrèrent s’asseoir dans la chambre et lui posèrent des questions. Xiren devait lui souffler chaque phrase, qu’il répétait ensuite. Il ne ressemblait plus du tout à celui qu’il avait été et paraissait véritablement idiot. Plus l’aïeule le regardait, plus elle s’inquiétait : « Quand je viens d’entrer, je n’ai vu aucun signe de maladie. Mais, à l’examiner attentivement, son mal est vraiment grave : on dirait que son âme et son esprit se sont dispersés. Quelle peut bien en être la cause ? » Madame Wang comprit qu’il serait difficile de cacher plus longtemps la vérité. Voyant aussi l’air pitoyable de Xiren, elle dut reprendre la version donnée auparavant par Baoyu et raconta tout bas que le jade avait été perdu pendant qu’il était allé écouter une représentation au palais du prince de Nan’an. Elle-même était en plein désarroi, craignant que l’aïeule ne s’affolât, et elle ajouta : « On a envoyé des gens le chercher partout. Nous avons tiré des baguettes divinatoires et consulté les sorts ; tous disent de chercher dans les monts-de-piété. Nous finirons certainement par le retrouver. » À ces mots, l’aïeule se leva brusquement, les larmes ruisselant de ses yeux : « Comment a-t-on pu perdre ce jade ? Vous avez vraiment manqué de jugement ! Le maître lui-même se désintéresse-t-il donc de l’affaire ? » Madame Wang, comprenant que l’aïeule était irritée, fit mettre à genoux Xiren et les autres, puis répondit elle-même, le visage grave et la tête baissée : « Votre belle-fille craignait d’inquiéter l’aïeule et de mettre le maître en colère ; c’est pourquoi elle n’a osé en parler ni à l’un ni à l’autre. » L’aïeule soupira : « Ce jade est la racine même de la vie de Baoyu. C’est parce qu’il n’est plus là que l’enfant a perdu son âme et son esprit. Quelle catastrophe ! De plus, toute la ville connaît ce jade. Croyez-vous que celui qui l’a ramassé attendra simplement que vous le retrouviez ? Faites vite appeler le maître : je veux lui parler. » Madame Wang, Xiren et les autres, épouvantées, la supplièrent toutes : « Si l’aïeule se met ainsi en colère, le maître sera plus terrible encore à son retour. Baoyu est déjà malade ; confiez-nous l’affaire, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le retrouver. » L’aïeule répondit : « Vous craignez la colère du maître, mais je serai là. » Elle ordonna à Sheyue d’envoyer quelqu’un le chercher. Peu après, on rapporta : « Le maître est sorti rendre des visites. » L’aïeule dit : « Nous pouvons aussi nous passer de lui. Transmettez seulement mes paroles : pour l’instant, qu’on ne punisse aucun serviteur. Faites venir Lian ; il rédigera un avis de récompense qu’on affichera dans tous les endroits où Baoyu est passé l’autre jour. On y dira que quiconque aura ramassé le jade et le rapportera recevra volontiers dix mille taëls d’argent ; celui qui saura qui l’a ramassé et nous permettra, par ses renseignements, de le retrouver en recevra cinq mille. Si le jade est réellement retrouvé, il ne faudra pas regretter l’argent. En cherchant ainsi, nous finirons certainement par le récupérer. Mais si nous comptons seulement sur les quelques personnes de notre maison, nous pourrons chercher toute une vie sans le retrouver. » Madame Wang n’osa pas la contredire ouvertement. L’aïeule fit transmettre ses ordres à Jia Lian et lui enjoignit d’agir sans délai. Puis elle ordonna : « Transportez chez moi tous les objets dont se sert Baoyu. Seules Xiren et Qiuwen l’accompagneront ; les autres resteront dans le jardin pour garder les chambres. » Baoyu entendit tout cela sans dire un mot et se contenta de rire stupidement.

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L’aïeule Jia emmena donc Baoyu. Soutenu par Xiren et les autres, il sortit du jardin. De retour dans ses appartements, l’aïeule pria Madame Wang de s’asseoir, surveilla les serviteurs qui rangeaient la chambre intérieure pour y installer Baoyu, puis dit à Madame Wang : « Comprends-tu mon intention ? Il y a peu de monde dans le jardin, et les fleurs et les arbres de la cour du Bonheur rouge tantôt se flétrissent, tantôt refleurissent : cela est assez étrange. Jusqu’ici, nous comptions sur ce jade pour repousser les influences maléfiques. Maintenant qu’il est perdu, je crains que les souffles pervers ne pénètrent aisément en Baoyu ; c’est pourquoi je l’amène vivre avec moi. Pendant quelques jours, ne le laissez pas sortir. Quand le médecin viendra, il l’examinera ici. » Madame Wang répondit aussitôt : « L’aïeule a naturellement bien réfléchi. Maintenant que Baoyu demeure auprès de vous, votre bonheur tutélaire est si puissant qu’il dominera n’importe quelle influence. » L’aïeule dit : « Quel bonheur tutélaire ? Ma chambre est simplement un peu plus propre, et il y a beaucoup de livres sacrés ; nous pourrons les réciter afin d’apaiser et de fixer son esprit. Demande à Baoyu si cela lui convient. » Interrogé, Baoyu ne fit que sourire. Xiren lui souffla de répondre « oui », et Baoyu dit alors : « Oui. » À cette vue, Madame Wang ne put retenir ses larmes ; mais, devant l’aïeule Jia, elle n’osa sangloter. L’aïeule, comprenant son inquiétude, lui dit : « Retourne chez toi. Je saurai arranger les choses ici. Lorsque le maître rentrera ce soir, dis-lui qu’il n’a pas besoin de venir me voir et qu’il ne doit faire aucune remarque. » Après le départ de Madame Wang, l’aïeule demanda à Yuanyang de trouver des remèdes propres à calmer l’esprit et à fixer l’âme, puis les fit administrer à Baoyu conformément à l’ordonnance. N’en parlons plus.

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Ce soir-là, Jia Zheng rentrait chez lui lorsque, de l’intérieur de sa voiture, il entendit quelqu’un dire dans la rue : « Il est vraiment très facile de faire fortune. » Un autre demanda : « Comment cela ? » Le premier reprit : « J’ai appris aujourd’hui qu’un jeune maître du palais Rong avait perdu son jade. On a affiché des avis qui en décrivent la taille, la forme et la couleur ; il y est dit que celui qui l’aura ramassé et le rapportera recevra dix mille taëls d’argent. Même celui qui donnera un renseignement en recevra cinq mille. » Sans avoir tout entendu distinctement, Jia Zheng en fut très surpris. Il se hâta de rentrer et interrogea les gens de la porte. Ceux-ci répondirent : « Vos esclaves n’en savaient rien non plus. C’est seulement aujourd’hui à midi que le second maître Lian nous a transmis l’ordre de l’aïeule et a fait envoyer des gens coller les affiches ; nous avons alors appris l’affaire. » Jia Zheng soupira : « Notre maison est destinée à décliner, et il fallait précisément qu’elle engendrât un pareil fléau ! Lors de sa naissance, des rumeurs couraient déjà par toutes les rues. Après plus de dix ans, les choses s’étaient quelque peu apaisées ; et voilà qu’on publie de nouveau partout une proclamation pour retrouver son jade ! À quoi cela ressemble-t-il ? » Il entra en hâte interroger Madame Wang, qui lui raconta tout dans le moindre détail. Apprenant que l’idée venait de l’aïeule, Jia Zheng n’osa pas s’y opposer et se contenta d’adresser quelques reproches à Madame Wang. Puis il ressortit et ordonna, à l’insu de l’aïeule, qu’on arrachât secrètement les affiches. Mais des désœuvrés les avaient déjà toutes emportées.

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Quelque temps plus tard, un homme se présenta à la porte du palais Rong en déclarant qu’il rapportait le jade. À cette nouvelle, les gens de la maison furent transportés de joie et lui dirent : « Donnez-le-nous, et nous irons faire notre rapport. » Mais l’homme tira de son sein l’avis de récompense, le montra aux portiers et dit : « N’est-ce pas une affiche de votre maison ? Il y est écrit clairement que celui qui rapportera le jade recevra dix mille taëls. Deuxième grand maître, vous me méprisez aujourd’hui parce que je suis pauvre ; mais, quand j’aurai touché cet argent, je serai un homme riche. Ne me traitez pas avec une pareille indifférence. » Entendant son ton assuré, le portier répondit : « Montrez-le-moi au moins un instant, afin que je puisse faire mon rapport. » L’homme refusa d’abord ; puis, reconnaissant que la demande était raisonnable, il sortit le jade, le posa sur sa paume et le brandit : « Est-ce celui-ci ? » Les serviteurs travaillaient habituellement à l’extérieur : ils savaient seulement que Baoyu possédait un jade, mais ne l’avaient guère vu. C’était la première fois qu’ils en distinguaient l’apparence. Ils coururent en hâte à l’intérieur, chacun voulant être le premier à annoncer la nouvelle. Ce jour-là, Jia Zheng et Jia She étaient sortis ; seul Jia Lian se trouvait à la maison. Lorsque les serviteurs lui eurent fait leur rapport, il leur demanda encore s’ils étaient certains qu’il s’agissait du véritable jade. Le portier affirma : « Votre esclave l’a vu de ses propres yeux. Mais cet homme refuse de me le remettre : il veut voir un maître et échanger le jade contre l’argent de la main à la main. » Jia Lian lui-même s’en réjouit. Il alla vite prévenir Madame Wang, qui informa aussitôt l’aïeule Jia. Xiren fut si heureuse qu’elle joignit les mains en invoquant le Bouddha. L’aïeule ne changea pas un mot à sa promesse et répéta sans reprendre haleine : « Que Lian invite vite cet homme à s’asseoir dans le cabinet d’étude ! Qu’on m’apporte le jade pour que je l’examine, puis qu’on lui remette immédiatement l’argent. » Jia Lian obéit. Il fit entrer l’homme et le traita comme un hôte, le remerciant avec courtoisie : « Permettez-moi d’emporter le jade à l’intérieur pour le montrer à son propriétaire. S’il le reconnaît, il ne manquera pas un sou à la récompense. » L’homme dut lui remettre un paquet enveloppé de soie rouge. Jia Lian l’ouvrit : n’était-ce pas précisément un magnifique jade d’une transparence cristalline ? D’ordinaire, Jia Lian ne s’intéressait guère à ces choses ; mais aujourd’hui, il voulut l’examiner. Après l’avoir longuement regardé, il crut même reconnaître les caractères gravés dessus, notamment ceux qui signifiaient « chasser les influences maléfiques ». Transporté de joie, il appela les serviteurs et se hâta de porter le jade à l’aïeule Jia et à Madame Wang pour qu’elles l’identifient.

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Toute la maisonnée était désormais en émoi, et chacun attendait de pouvoir examiner le jade. Dès que Jia Lian entra, Xifeng le lui arracha des mains ; sans oser le regarder la première, elle le remit à l’aïeule Jia. Jia Lian dit en riant : « Même pour une si petite affaire, tu ne me laisses pas le mérite de présenter moi-même ma trouvaille ! » L’aïeule ouvrit le paquet et vit que le jade était bien plus terne qu’autrefois. Tout en le frottant de la main, elle laissa Yuanyang lui apporter ses lunettes. Elle les mit, examina le jade et dit : « Comme c’est étrange ! Ce jade paraît bien être le bon ; mais pourquoi a-t-il perdu tout son ancien éclat précieux ? » Madame Wang l’examina quelque temps sans parvenir non plus à le reconnaître, puis appela Xifeng pour qu’elle le regardât. Xifeng dit : « Il lui ressemble beaucoup, mais la couleur n’est pas tout à fait juste. Le mieux serait de le montrer à frère Baoyu : lui seul saura aussitôt. » Xiren, qui le regardait à côté d’elles, pensait elle aussi que ce n’était peut-être pas le véritable jade ; mais son désir de le retrouver était si ardent qu’elle n’osa pas dire qu’il ne lui ressemblait pas. Xifeng reprit donc le jade des mains de l’aïeule et, accompagnée de Xiren, l’apporta à Baoyu. Celui-ci venait de s’éveiller. Xifeng lui annonça : « Ton jade a été retrouvé. » Les yeux encore brouillés de sommeil, Baoyu le prit sans même le regarder, puis le jeta à terre : « Vous venez encore me tromper. » Sur ce, il se contenta de ricaner. Xifeng ramassa vivement le jade : « Voilà qui est étrange ! Comment peux-tu le savoir sans même l’avoir regardé ? » Baoyu ne répondit pas et continua seulement à ricaner. Madame Wang était elle aussi entrée dans la chambre. Le voyant ainsi, elle dit : « Il n’y a plus à discuter. Son jade était un objet singulier qu’il portait déjà dans le sein maternel ; il sait naturellement à quoi s’en tenir. Quelqu’un aura certainement vu l’affiche et en aura fabriqué un semblable. » Tous comprirent alors soudain ce qui s’était passé. De la pièce extérieure, Jia Lian entendit ces paroles et dit : « Puisque ce n’est pas le bon, rendez-le-moi vite : je vais interroger cet homme. Oser venir nous jouer un pareil tour ! » L’aïeule l’arrêta d’un cri : « Lian, emporte-le, rends-le-lui et laisse-le partir. Cet homme doit être réduit à la dernière extrémité et ne plus savoir que faire. En apprenant ce qui nous arrivait, il aura pensé pouvoir gagner quelque argent. Il a déjà dépensé son argent en vain pour fabriquer cet objet, et nous avons découvert la supercherie. Si vous m’en croyez, ne lui rendez pas les choses difficiles. Rendez-lui ce jade, dites-lui que ce n’est pas le nôtre et donnez-lui tout de même quelques taëls. Quand les gens du dehors l’apprendront, ils accepteront de nous apporter le moindre renseignement. Si nous maltraitons cet homme, même celui qui posséderait le véritable jade n’osera plus nous l’apporter. » Jia Lian acquiesça et sortit. L’homme attendait toujours ; comme personne ne revenait depuis longtemps, il commençait précisément à prendre peur lorsqu’il vit Jia Lian sortir, le visage plein de colère. Pour savoir ce qui advint, il faut écouter les explications du chapitre suivant.

Notes

賈雨村 : son nom s’entend comme 假語存, « les propos feints conservés » ; le patronyme 賈 de la famille Jia est en outre homophone de 假, « faux ».

青埂峰 : le pic où le rocher du récit-cadre fut abandonné ; 青埂 évoque par homophonie 情根, « la racine des passions ».

扶乩 : pratique divinatoire dans laquelle deux personnes guident un stylet ou un support au-dessus d’un plateau de sable, l’écriture obtenue étant attribuée à un esprit.

金玉 : « le métal et le jade » désignent ici l’union prédestinée de Baochai, associée à l’or, et de Baoyu, porteur du jade.

宣麻 : proclamation solennelle d’une haute nomination impériale, traditionnellement écrite sur du papier de chanvre.

欽天監 : le Bureau impérial d’astronomie était notamment convoqué à la mort d’un membre de la famille impériale pour déterminer les dates et rites funéraires.

甲寅、卯年寅月 : le texte fait coexister la désignation sexagésimale jiayin et le passage à l’année du Lièvre lors du commencement du printemps, selon le comput astrologique traditionnel.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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