Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 95 Une fausse nouvelle devient réalité : la concubine impériale Yuanchun meurt ; le faux se mêle au vrai : Baoyu sombre dans la folie
因訛成實元𡚱薨逝 以假混眞寳玉瘋顛
Une fausse nouvelle devient réalité : la concubine impériale Yuanchun meurt
le faux se mêle au vrai : Baoyu sombre dans la folie
話說焙茗在門口和小丫頭子說寳玉的玉有了,那小丫頭急忙囬来告訴寳玉。衆人聼了,都推着寳玉出去問他,衆人在廊下𦘏着。寳玉也覺放心,便走到門口問道:「你那裡得了?快拿來。」焙茗道:「拿是拿不來的,還得托人做保去呢。」寳玉道:「你快說是怎麽得的,我好呌人取去。」焙茗道:「我在外頭知道林爺爺去測字,我就跟了去。我聼見說在當鋪裡找,我没等他說完,便跑到幾個當鋪裡去。我比給他個瞧,有一家便說有。我說給我罷,那舖子裡要票子。我說當多少錢。他說三百錢的也有,五百錢的也有。前兒有一個人拿這麽一塊玉當了三百錢去,今兒又有人也拿一塊玉當了五百錢去。」寳玉不等說完,便道:「你快拿三百五百錢去取了來,我們挑着看是不是。」裡頭襲人便啐道:「二爺不用理他。我小時候兒𦗟見我哥哥常說,有些人賣那些小玉兒,没錢用便去當。想來是家家當舖裡有的。」衆人正在聼得咤異,被襲人一說,想了一想,倒大家笑起來,說:「快呌二爺進來罷,不用理那糊𡍼東西了。他說的那些玉,想来不是正經東西。」
Beiming se trouvait à la porte et disait à une petite servante qu’on avait retrouvé le jade de Baoyu. La fillette revint en hâte l’annoncer à Baoyu. À cette nouvelle, tous le poussèrent dehors pour qu’il interroge Beiming, tandis qu’ils attendaient sous la galerie. Baoyu, lui aussi rassuré, alla jusqu’à la porte et demanda : « Où l’as-tu retrouvé ? Donne-le-moi vite. » Beiming répondit : « Je ne peux pas le rapporter comme cela ; il faut encore demander à quelqu’un de se porter garant. » Baoyu dit : « Explique-moi vite comment tu l’as retrouvé, que je puisse envoyer quelqu’un le chercher. » Beiming répondit : « J’ai appris dehors que maître Lin allait faire décomposer des caractères pour consulter le sort, alors je l’ai suivi. Je l’ai entendu dire qu’il fallait chercher dans les monts-de-piété. Sans attendre la fin, j’ai couru dans plusieurs boutiques. Je leur ai montré à quoi il ressemblait, et l’une d’elles m’a dit en avoir. J’ai demandé qu’on me le donne, mais les gens de la boutique exigeaient le reçu de dépôt. J’ai demandé combien on avait prêté dessus. Ils m’ont répondu qu’ils en avaient à trois cents sapèques et d’autres à cinq cents. Avant-hier, quelqu’un avait engagé un jade de cette sorte pour trois cents sapèques ; aujourd’hui, un autre en avait encore engagé un pour cinq cents. » Sans le laisser finir, Baoyu s’écria : « Prends vite trois cents ou cinq cents sapèques et rapporte-les tous : nous les examinerons pour voir si c’est le bon. » De l’intérieur, Xiren lança avec mépris : « Second maître, ne l’écoutez pas. Quand j’étais petite, j’entendais souvent mon frère dire que certaines personnes vendaient de petits jades de ce genre et, lorsqu’elles manquaient d’argent, les mettaient en gage. Il doit y en avoir dans tous les monts-de-piété. » Tous écoutaient encore avec stupeur ; mais, après les paroles de Xiren, ils réfléchirent un instant, puis éclatèrent de rire : « Faites vite rentrer le second maître, et qu’il ne s’occupe plus de cet imbécile. Les jades dont il parle ne doivent pas être des objets bien sérieux. »
寳玉正笑着,只見岫烟来了。原来岫烟走到櫳翠菴見了妙玉,不及閒話,便求妙玉扶乩。妙玉冷笑幾聲,說道:「我與姑娘來徃,爲的是姑娘不是勢利塲中的人。今日怎麽聼了那裡的謡言,過來纒我。况且我並不曉得什麽呌扶乩。」說着,將要不理。岫烟懊悔此來,知他脾氣是這麽着的,「一時我已說出,不好白囬去,又不好與他質証他㑹扶乩的話。」只得陪着笑將襲人等性命關係的話說了一遍,見妙玉畧有活動,便起身拜了幾拜。妙玉嘆道:「何必爲人作嫁。但是我進京以来,素無人知,今日你來破例,恐將來纒繞不休。」岫烟道:「我也一時不忍,知你必是慈悲的。便是將來他人求你,願不願在你,誰敢相强。」妙玉笑了一笑,呌道婆焚香,在箱子裡找出沙盤乩架,書了符,命岫烟行禮,祝告𭺾,起來同妙玉扶着乩。不多時,只見那仙乩疾書道:
Baoyu riait encore lorsque Xiuyan arriva. Elle s’était rendue à l’ermitage des Bambous verts pour voir Miaoyu et, sans prendre le temps de bavarder, lui avait demandé de consulter les esprits par la planchette. Miaoyu ricana plusieurs fois : « Si je fréquente mademoiselle, c’est parce que vous n’êtes pas de celles qui vivent dans le monde des intérêts et des honneurs. Comment avez-vous pu aujourd’hui écouter je ne sais quelle rumeur et venir me tourmenter ? D’ailleurs, je ne sais même pas ce que signifie consulter les esprits par la planchette. » Sur ce, elle allait refuser de s’en occuper. Xiuyan regrettait déjà d’être venue. Elle connaissait son caractère et se disait : « Maintenant que j’en ai parlé, je ne peux pas repartir sans rien ; mais je ne peux pas davantage lui opposer ceux qui disent qu’elle sait pratiquer la planchette. » Elle dut donc, avec un sourire conciliant, lui expliquer que la vie même de Xiren et des autres pouvait être en jeu. Voyant Miaoyu quelque peu fléchir, elle se leva et se prosterna plusieurs fois. Miaoyu soupira : « À quoi bon tailler une robe de noce pour autrui ? Depuis mon arrivée dans la capitale, nul n’a jamais rien su de cela. Vous me faites aujourd’hui enfreindre cette règle, et je crains d’être désormais assaillie de demandes. » Xiuyan répondit : « Je n’ai pas pu rester insensible, et je savais que vous auriez compassion. Si d’autres viennent plus tard vous solliciter, vous serez libre d’accepter ou non : qui oserait vous contraindre ? » Miaoyu sourit, ordonna à une religieuse taoïste de brûler de l’encens, puis tira d’un coffre un plateau de sable et un support de planchette. Elle traça un talisman, fit accomplir les rites à Xiuyan et prononça l’invocation. Cela fait, Xiuyan se releva et saisit avec Miaoyu le support de la planchette. Peu après, la planchette immortelle se mit à écrire rapidement :
噫!來無跡,去無踪,青埂峯下𠋣古松。欲追尋,山萬重,入我門來一笑逄。
Hélas ! Il vient sans laisser de trace et repart sans laisser de vestige ; au pied du pic Qinggeng, il s’appuie contre un vieux pin. Veux-tu le rechercher ? Dix mille montagnes se superposent. Entre sous ma porte, et tu le rencontreras dans un sourire.
書𭺾,停了乩。岫烟便問請是何仙,妙玉道:「請的是拐仙。」岫烟錄了出来,請教妙玉解識。妙玉道:「這個可不能,連我也不懂。你快拿去,他們的聰明人多着哩。」岫烟只得囬来。進入院中,各人都問怎麽様了。岫烟不及細說,便將所錄乩語𨔛與李紈。衆姊妹及寳玉争看,都解的是:「一時要找是找不着的,然而丢是丢不了的,不知幾時不找便出来了。但是靑埂峯不知在那裡?」李紈道:「這是仙機隱語。偺們家裡那裡跑出靑埂峯来,必是誰怕查出,撂在有松樹的山子石底下,也未可定。獨是『入我門來』這句,到底是入誰的門呢?」黛玉道:「不知請的是誰!」岫烟道:「拐仙。」探春道:「若是仙家的門,便難入了。」
L’inscription achevée, la planchette s’immobilisa. Xiuyan demanda quel immortel avait été invoqué. Miaoyu répondit : « L’Immortel à la béquille. » Xiuyan recopia le texte, puis pria Miaoyu de le lui expliquer. Celle-ci répondit : « Cela, je ne le peux pas ; moi-même, je n’y comprends rien. Emportez-le vite : il ne manque pas chez eux de gens intelligents. » Xiuyan dut donc revenir. Dès son entrée dans la cour, tous lui demandèrent ce qui s’était passé. Sans avoir le temps de donner des explications, elle remit à Li Wan le texte de l’oracle qu’elle avait copié. Les jeunes filles et Baoyu se pressèrent pour le lire. Tous l’interprétèrent ainsi : « Si l’on cherche maintenant, on ne le retrouvera pas ; pourtant, il ne peut être définitivement perdu. Peut-être reparaîtra-t-il au moment où l’on cessera de le chercher. Mais où se trouve ce pic Qinggeng ? » Li Wan dit : « C’est un langage secret inspiré par les immortels. Comment un pic Qinggeng pourrait-il surgir chez nous ? Peut-être quelqu’un, craignant qu’on ne découvre son forfait, a-t-il jeté le jade sous une roche de la montagne artificielle, près d’un pin. Mais cette phrase, “Entre sous ma porte”, de quelle porte s’agit-il donc ? » Daiyu demanda : « Quel immortel avez-vous invoqué ? » Xiuyan répondit : « L’Immortel à la béquille. » Tanchun dit : « Si c’est la porte des immortels, il sera difficile d’y entrer. »
襲人心裡着忙,便捕風捉影的混找,没一塊石底下不找到,只是没有。囘到院中,寳玉也不問有無,只管儍笑。麝月着急道:「小祖宗!你到底是那裡丢的,說明了,我們就是受罪也在明處啊。」寳玉笑道:「我說外頭丢的,你們又不依。你如今問我,我知道麽!」李紈探春道:「今兒從早起閙起,已到三更來的天了。你瞧林妹妹已經掌不住,各自去了。我們也該歇歇兒了,明兒再閙罷。」說着,大家散去,寳玉卽便𪾶下。可憐襲人等哭一囬,想一囬,一夜無眠。暫且不提。
Xiren, dévorée d’inquiétude, se mit à chercher au hasard en s’attachant au moindre indice : il n’y eut pas une pierre sous laquelle elle ne regardât, mais elle ne trouva rien. De retour dans la cour, elle vit que Baoyu ne demandait même pas si elles avaient réussi et se contentait de rire stupidement. Sheyue s’écria avec angoisse : « Petit ancêtre ! Dis-nous donc clairement où tu l’as perdu ! Même s’il faut que nous soyons punies, au moins saurons-nous pourquoi. » Baoyu répondit en riant : « Quand je vous dis que je l’ai perdu dehors, vous refusez de me croire. Et maintenant vous m’interrogez : comment le saurais-je ? » Li Wan et Tanchun dirent : « L’agitation a commencé ce matin et voici déjà la troisième veille. Regardez : petite sœur Lin ne tenait plus debout et tout le monde est reparti. Nous devrions nous reposer, nous aussi ; nous recommencerons demain. » Là-dessus, tous se séparèrent, et Baoyu se coucha aussitôt. Les malheureuses Xiren et ses compagnes passèrent la nuit à pleurer et à réfléchir, sans pouvoir fermer l’œil. N’en parlons plus pour l’instant.
且說黛玉先自囬去,想起金石的舊話來,反自喜歡,心裡說道:「和尚道士的話真個信不得。果真金玉有緑,寶玉如何能把這玉丢了呢。或者因我之事,折散他們的金玉,也未可知。」想了半天,更覺安心,把這一天的勞乏竟不理㑹,重新倒看起書來。紫鵑倒覺身倦,連催黛玉睡下。黛玉雖躺下,又想到海棠花上,說「這塊玉原是胎裡帶来的,非比尋常之物,來去自有關係。若是這花主好事呢,不該失了這玉呀?看来此花開的不祥,莫非他有不吉之事?」不覺又傷起心來。又轉想到喜事上頭,此花又似應開,此玉又似應出失,如一悲一喜,直想到五更,方睡着。次日,王夫人等早派人到當舖裡去查問,鳯姐暗中設法找尋。一連閙了幾天,總無下落。𮟃喜賈母賈政未知。襲人等每日提心吊胆,寳玉也好𭙌天不上學,只是怔怔的,不言不語,没心没緒的。王夫人只知他因失玉而起,也不大着意。
Daiyu, qui était rentrée la première, repensa aux anciennes paroles sur le métal et la pierre et s’en réjouit secrètement. Elle se disait : « On ne peut vraiment pas croire ce que racontent moines et taoïstes. Si le métal et le jade étaient réellement unis par une affinité prédestinée, comment Baoyu aurait-il pu perdre ce jade ? Peut-être est-ce à cause de moi que leur union du métal et du jade a été brisée. » Après y avoir longuement réfléchi, elle se sentit encore plus rassurée. Oubliant toute la fatigue de la journée, elle reprit son livre et se remit à lire. Zijuan, au contraire, se sentait lasse et pressa plusieurs fois Daiyu de se coucher. Mais, une fois étendue, Daiyu repensa aux fleurs de pommier sauvage : « Ce jade lui est venu dès le sein maternel ; ce n’est pas un objet ordinaire, et sa venue comme sa disparition doivent avoir un sens. Si la floraison annonçait un heureux événement, il n’aurait pas dû perdre le jade. Cette floraison paraît donc de mauvais augure. Se pourrait-il qu’un malheur lui arrive ? » Elle en fut de nouveau affligée. Puis elle revint en pensée à l’heureux mariage : les fleurs semblaient devoir éclore pour l’annoncer, tandis que le jade semblait devoir disparaître. Ainsi ballottée entre tristesse et joie, elle ne s’endormit qu’à la cinquième veille. Le lendemain, Madame Wang envoya de bonne heure des gens interroger les monts-de-piété, tandis que Xifeng cherchait secrètement un moyen de retrouver le jade. L’agitation dura plusieurs jours, sans aucun résultat. Par bonheur, l’aïeule Jia et Jia Zheng ne savaient encore rien. Xiren et les autres vivaient chaque jour dans l’angoisse. Baoyu profita également de l’occasion pour ne plus aller à l’école durant plusieurs jours ; il restait hébété, silencieux, sans goût ni entrain pour rien. Madame Wang pensait seulement que la perte du jade l’avait mis dans cet état et ne s’en alarmait pas beaucoup.
那日正在納悶,忽見賈璉進來請安,嘻嘻的笑道:「今日𦗟得軍机賈雨村打發人来告訴二老爺說,舅太爺陞了内閣大學士,奉㫖來京,已定明年正月二十日宣麻。有三百里的文書去了,想舅太爺晝夜趲行,半個多月就要到了。姪兒特來囬太太知道。」王夫人𦗟說,便歡喜非常。正想娘家人少,薛姨媽家又衰敗了,兄弟又在外任,照應不着。今日忽𦘏兄弟拜相囬京,王家榮耀,將來寳玉都有𠋣靠,便把失玉的心又畧放開些了。天天專望兄弟來京。
Un jour qu’elle se rongeait ainsi d’inquiétude, Jia Lian entra soudain lui présenter ses respects et annonça avec un large sourire : « J’ai appris aujourd’hui que Jia Yucun, du Grand Conseil, avait envoyé quelqu’un avertir le second maître que mon grand-oncle maternel avait été promu Grand Secrétaire et qu’un décret lui ordonnait de revenir à la capitale. La proclamation solennelle de sa nomination est fixée au vingtième jour du premier mois de l’année prochaine. Une dépêche expresse, parcourant trois cents lis par jour, lui a été envoyée. Mon grand-oncle maternel voyagera sans doute jour et nuit et devrait arriver dans un peu plus d’une quinzaine de jours. Votre neveu est venu tout spécialement en informer Madame. » À cette nouvelle, Madame Wang fut transportée de joie. Elle songeait justement que sa famille maternelle comptait peu de membres, que la maison de la tante Xue avait décliné et que son frère, en poste au loin, ne pouvait veiller sur elle. À présent, elle apprenait soudain que son frère revenait dans la capitale comme grand dignitaire : la famille Wang en serait couverte de gloire et Baoyu lui-même aurait désormais un appui. Elle relâcha donc quelque peu l’inquiétude que lui causait la perte du jade et attendit chaque jour l’arrivée de son frère dans la capitale.
忽一天,賈政進来,滿臉淚㾗,喘吁吁的說道:「你快去禀知老太太,卽刻進宫。不用多人的,是你伏侍進去。因娘娘忽得𭧂病,現在太監在外立等,他說太醫院已經奏明痰厥,不能醫治。」王夫人𦗟說,便大哭起来。賈政道:「這不是哭的時候,快快去請老太太,說得寛緩些,不要嚇壊了老人家。」賈政說着,出來吩咐家人伺候。王夫人收了淚,去請賈母,只說元𡚱有病,進去請安。賈母念佛道:「怎麽又病了!前番嚇的我了不得,後來又打聼錯了。這囬情願再錯了也罷。」王夫人一面囘答,一面催鴛鴦等開箱取衣飾穿戴起来。王夫人赶着囬到自己房中,也穿戴好了,過來伺候。一時出㕔上轎進宫。不題。
Un jour, Jia Zheng entra soudain, le visage couvert de larmes, et dit tout essoufflé : « Va vite en informer l’aïeule : il faut entrer immédiatement au palais. N’emmène pas beaucoup de monde ; tu seras seule à l’accompagner et à la servir. Sa Grâce vient d’être frappée d’une maladie soudaine. Un eunuque attend dehors en ce moment même. Il dit que l’Académie impériale de médecine a déjà fait savoir au trône qu’il s’agissait d’une syncope causée par les glaires et qu’aucun traitement n’était possible. » À ces mots, Madame Wang éclata en sanglots. Jia Zheng dit : « Ce n’est pas le moment de pleurer. Va vite chercher l’aïeule, mais présente-lui la chose avec ménagement, pour ne pas terrifier cette vieille dame. » Là-dessus, il ressortit donner aux gens de la maison les ordres nécessaires. Madame Wang essuya ses larmes et alla chercher l’aïeule Jia, lui disant seulement que Yuanchun était malade et qu’il fallait entrer au palais lui présenter ses respects. L’aïeule invoqua le Bouddha : « Comment peut-elle être encore malade ? La dernière fois, j’ai été épouvantée, puis nous avons appris que la nouvelle était fausse. Pourvu que cette fois encore ce soit une erreur ! » Tout en lui répondant, Madame Wang pressait Yuanyang et les autres d’ouvrir les coffres, d’en sortir vêtements et parures et d’aider l’aïeule à s’habiller. Elle retourna en hâte dans sa propre chambre pour se parer elle aussi, puis revint assister l’aïeule. Peu après, elles gagnèrent la grande salle, montèrent dans leurs palanquins et entrèrent au palais. N’en parlons plus.
且說元春自選了鳯藻宮後,聖眷隆重,身體發福,未免舉動費力。每日起居勞乏,時發痰疾。因前日侍宴囘宫,偶沾寒氣,勾起舊病。不料此囘甚屬利害,竟至痰氣壅塞,四肢厥冷。一靣奏明,卽召太醫調治。豈知湯藥不進,連用通關之劑,並不見效。内官憂慮,奏請預辦後事。所以傳㫖命賈氏椒房進見。賈母王夫人遵㫖進宮,見元𡚱痰塞口涎,不能言語,見了賈母,只有悲泣之狀,却少眼淚。賈母進前請安,奏些寛慰的話。少時賈政等職名遞進,宫𡣕傳奏,元𡚱目不能顧,漸漸臉色攺變。内宮太監卽要奏聞,恐派各𡚱看視,椒房姻戚未便久覊,請在外宮伺候。賈母王夫人怎忍便離,無奈國家制度,只得下來,又不敢啼哭,惟有心内悲感。朝門内官員有信。不多時,只見太監出來,立傳欽天監。賈母便知不好,尙未敢動。稍刻,小太監傳諭出來說:「賈娘娘薨逝。」是年甲寅年十二月十八日立春,元𡚱薨日是十二月十九日,已交卯年寅月,存年四十三歲。賈母含悲起身,只得出宫上轎囬家。賈政等亦已得信,一路悲戚。到家中,邢夫人、李紈、鳯姐、寳玉等出㕔分東西迎着賈母請了安,並賈政王夫人請安,大家哭泣。不題。
Depuis que Yuanchun avait été choisie pour résider au palais Fengzao, elle jouissait d’une faveur impériale considérable et avait pris de l’embonpoint, si bien que ses mouvements lui coûtaient quelque effort. Fatiguée par les occupations de chaque jour, elle souffrait périodiquement de glaires. Quelques jours plus tôt, en revenant au palais après avoir assisté au banquet impérial, elle avait pris froid, ce qui avait réveillé son ancien mal. Cette fois, contre toute attente, l’attaque fut extrêmement violente : les glaires lui obstruèrent la respiration et ses quatre membres devinrent glacés. Un rapport fut aussitôt présenté au trône et l’on appela les médecins impériaux. Mais elle ne pouvait avaler les décoctions, et les remèdes destinés à dégager les passages demeurèrent sans effet. Inquiets, les eunuques demandèrent l’autorisation de préparer ses funérailles. C’est pourquoi un décret ordonna aux parentes Jia de la noble épouse d’entrer au palais. L’aïeule Jia et Madame Wang obéirent. Elles trouvèrent Yuanchun étouffée par les glaires, de la salive aux lèvres et incapable de parler. À la vue de l’aïeule, elle prit une expression éplorée, mais presque aucune larme ne sortit de ses yeux. L’aïeule s’avança pour lui présenter ses respects et prononça quelques paroles de réconfort. Peu après, les cartes portant les noms et les fonctions de Jia Zheng et des autres furent transmises à l’intérieur, et les dames du palais en firent l’annonce. Yuanchun ne pouvait même plus tourner les yeux vers elles, et son teint se transforma peu à peu. Les eunuques du palais intérieur allaient présenter un rapport au trône et craignaient que les autres concubines ne fussent envoyées à son chevet ; les parentes de sa famille ne pouvaient donc être retenues longtemps et furent priées d’attendre dans le palais extérieur. Comment l’aïeule Jia et Madame Wang auraient-elles pu se résoudre à la quitter ? Mais les règles de l’État ne leur laissaient aucun choix. Elles se retirèrent, sans même oser pleurer, le cœur accablé de douleur. Les fonctionnaires qui attendaient à la porte de la cour impériale recevaient des nouvelles. Peu après, un eunuque sortit et ordonna sur-le-champ de faire venir le Bureau impérial d’astronomie. L’aïeule comprit alors que tout allait mal, mais elle n’osa encore bouger. Un moment plus tard, un jeune eunuque vint transmettre cet avis : « La noble épouse Jia vient de mourir. » Cette année-là était l’année jiayin. Le commencement du printemps tomba le dix-huitième jour du douzième mois ; Yuanchun mourut le dix-neuvième, alors qu’on était déjà entré dans l’année du Lièvre et dans le mois du Tigre. Elle avait quarante-trois ans. Étouffant sa douleur, l’aïeule se leva, quitta le palais et remonta dans son palanquin pour rentrer chez elle. Jia Zheng et les autres avaient eux aussi reçu la nouvelle et firent tout le chemin dans l’affliction. À leur arrivée, Madame Xing, Li Wan, Xifeng, Baoyu et les autres sortirent dans la grande salle et se rangèrent à l’est et à l’ouest pour accueillir l’aïeule Jia et lui présenter leurs respects, puis saluèrent également Jia Zheng et Madame Wang. Tous pleurèrent ensemble. N’en parlons plus.
次日早起,凡有品級的,按貴𡚱喪禮,進内請安哭臨。賈政又是工部,雖按照儀注辦理,未免堂上又要周旋他些,同事又要請教他,所以兩頭更忙,非比從前太后與周𡚱的喪事了。但元𡚱並無所出,惟謚曰「賢溆貴𡚱」。此是王家制度,不必多贅。只講賈府中男女天天進宫,忙的了不得。幸喜鳯姐兒近日身子好些,𮟃得出來照應家事,又要預偹王子騰進京接風賀喜。鳯姐胞兄王仁知道叔叔入了内閣,仍帶家眷來京。鳯姐心裡喜歡,便有些心病,有這些娘家的人,也便撂開,所以身子倒覺比前好了些。王夫人看見鳯姐照舊辦事,又把担子卸了一半,又眼見兄弟來京,諸事放心,倒覺安靜些。
Le lendemain matin, tous ceux qui possédaient un rang officiel entrèrent au palais, conformément au cérémonial funèbre d’une noble concubine, pour présenter leurs respects et pleurer devant la défunte. Comme Jia Zheng appartenait au ministère des Travaux publics, il devait non seulement suivre les prescriptions du rituel, mais aussi traiter diverses affaires avec ses supérieurs ; ses collègues venaient également le consulter. Il était donc plus occupé encore des deux côtés qu’il ne l’avait été lors des funérailles de l’impératrice douairière et de la concubine Zhou. Yuanchun ne laissait aucun enfant ; elle reçut seulement le titre posthume de « Noble Concubine Vertueuse et Douce ». Telles étaient les règles de la maison impériale, sur lesquelles il est inutile de s’étendre. Disons seulement que les hommes et les femmes de la maison Jia entraient chaque jour au palais et étaient débordés. Heureusement, Xifeng se portait depuis peu un peu mieux : elle pouvait de nouveau s’occuper des affaires domestiques, tout en préparant la réception de Wang Ziteng à son arrivée dans la capitale et les réjouissances pour sa promotion. Wang Ren, frère germain de Xifeng, ayant appris que son oncle était entré au Grand Secrétariat, revenait lui aussi dans la capitale avec sa famille. Xifeng en éprouvait de la joie. Comme elle avait précisément souffert de se sentir sans appui, la présence de tous ces parents maternels lui permit de se détendre, et sa santé lui parut meilleure qu’auparavant. Voyant Xifeng reprendre comme autrefois la conduite des affaires, Madame Wang se déchargea de la moitié de son fardeau. Et comme elle allait bientôt revoir son frère dans la capitale, elle se sentit rassurée sur tout et retrouva quelque tranquillité.
獨有寳玉原是無職之人,又不念書,代儒學裡知他家裡有事,也不來𬋩他。賈政正忙,自然没有空兒查他。想来寳玉趁此機㑹,竟可與姊妹們天天暢樂,不料他自失了玉後,終日懶怠走動,說話也糊𡍼了。并賈母等出門囘來,有人呌他去請安,便去;没人呌他,他也不動。襲人等懷着鬼胎,又不敢去招惹他,恐他生氣。每天茶飯,端到面前便吃,不來也不要。襲人看這光景不像是有氣,竟像是有病的。襲人偷着空兒到瀟湘舘告訴紫鵑,說是「二爺這麽着,求姑娘給他開導開導。」紫鵑雖卽告訴黛玉,只因黛玉想着親事上頭一定是自己了,如今見了他,反覺不好意思:「若是他来呢,原是小時在一處的,也難不理他。若說我去找他,㫁㫁使不得。」所以黛玉不肯過來。襲人又背地裡去告訴探春。那知探春心裡明明知道海棠開得怪異,「寳玉」失的更竒,接連着元𡚱姐姐薨逝,諒家道不祥,日日愁悶,那有心腸去勸寳玉。况兄妹們男女有别,只好過來一兩次。寳玉又終是懶懶的,所以也不大常來。
Seul Baoyu n’occupait aucune fonction et n’étudiait pas. Dairu, à l’école du clan, savait que sa famille traversait une période difficile et ne venait donc pas le surveiller. Jia Zheng, absorbé par les affaires, n’avait naturellement pas le loisir de s’enquérir de lui. On aurait pu croire que Baoyu saisirait cette occasion pour s’amuser chaque jour avec ses cousines et ses sœurs ; pourtant, depuis la perte du jade, il répugnait à se déplacer et ses paroles elles-mêmes devenaient confuses. Lorsque l’aïeule Jia et les autres rentraient de leurs sorties, il allait leur présenter ses respects si quelqu’un venait le chercher ; si personne ne l’appelait, il ne bougeait pas. Xiren et ses compagnes, qui cachaient leurs inquiétudes, n’osaient pas non plus le provoquer, de peur de l’irriter. Chaque jour, il mangeait si on lui apportait thé et nourriture ; sinon, il ne réclamait rien. À voir son état, Xiren pensa qu’il ne paraissait pas fâché, mais bel et bien malade. Profitant d’un moment libre, elle se rendit secrètement au pavillon Xiaoxiang et dit à Zijuan : « Le second maître est dans cet état ; supplie mademoiselle de venir le raisonner un peu. » Zijuan en informa aussitôt Daiyu. Mais celle-ci, persuadée que le mariage projeté la concernait désormais certainement, se sentait gênée à l’idée de revoir Baoyu : « S’il venait ici, nous avons grandi ensemble et je pourrais difficilement refuser de lui parler. Mais aller moi-même le chercher, cela m’est absolument impossible. » Daiyu refusa donc de venir. Xiren alla encore trouver Tanchun en secret. Mais Tanchun savait parfaitement que l’étrange floraison des pommiers sauvages, la disparition plus étrange encore du « jade précieux », puis la mort de leur sœur Yuanchun présageaient des malheurs pour la famille. Elle passait ses journées dans l’inquiétude et n’avait guère le cœur à consoler Baoyu. De plus, la réserve entre frères et sœurs, garçons et filles, ne lui permettait que de venir une ou deux fois. Comme Baoyu demeurait toujours aussi apathique, elle ne lui rendit pas souvent visite.
寳釵也知失玉。因薛姨媽那日應了寳玉的親事,囬去便告訴了寳釵。薛姨媽還說:「雖是你姨媽說了,我還没有應准,說等你哥哥囬来再定。你願意不願意?」寳釵反正色的對母親道:「媽媽這話說錯了。女孩兒家的事情是父母做主的。如今我父親没了,媽媽應該做主的,再不然問哥哥。怎麽問起我來?」所以薛姨媽更愛惜他,說他雖是從小嬌養慣的,𨚫也生來的身靜,因此在他靣前,反不提起寳玉了。寳釵自從聼此一說,把「寳玉」兩字自然更不提起了。如今雖然聼見失了玉,心裡也甚驚疑,倒不好問,祇得𦗟旁人說去,竟像不與自己相干的。只有薛姨媽打發丫頭過來了好幾次問信,因他自己的兒子薛蟠的事焦心,只等哥哥進京便好爲他出脫罪名;又知元𡚱已薨,雖然賈府忙亂,却得鳯姐好了,出来理家,也把賈家的事撂開了。只苦了襲人,雖然在寳玉跟前低聲下氣的伏侍勸慰,寳玉竟是不懂,襲人只有暗暗的着急而已。
Baochai savait elle aussi que le jade avait disparu. Le jour où la tante Xue avait donné son accord au mariage de Baoyu, elle était rentrée chez elle et en avait informé Baochai. Elle lui avait encore dit : « Ta tante m’en a bien parlé, mais je n’ai pas encore donné mon consentement définitif. J’ai répondu que j’attendrais le retour de ton frère pour décider. Toi, le veux-tu ou non ? » Baochai avait pris un air grave et répondu à sa mère : « Maman, vous avez tort de me poser cette question. Le sort d’une jeune fille est décidé par ses parents. Maintenant que mon père est mort, c’est à vous de décider ; sinon, demandez à mon frère. Pourquoi m’interroger moi-même ? » La tante Xue l’en avait aimée plus encore. Elle se disait que, malgré l’éducation choyée qu’elle avait reçue depuis l’enfance, sa fille était d’une nature réservée ; aussi ne parla-t-elle plus de Baoyu devant elle. Depuis qu’elle avait entendu ces paroles, Baochai évitait naturellement plus encore de prononcer le nom de Baoyu. À présent, bien que la perte du jade l’eût profondément surprise et inquiétée, elle ne pouvait convenablement poser de questions. Elle devait se contenter d’écouter ce que disaient les autres, comme si l’affaire ne la concernait en rien. Seule la tante Xue envoya plusieurs fois une servante demander des nouvelles. Mais elle se tourmentait au sujet de son propre fils Xue Pan et attendait seulement que son frère entrât dans la capitale pour l’aider à se disculper. Elle savait aussi que Yuanchun était morte : malgré le désordre qui régnait dans la maison Jia, Xifeng s’était rétablie et avait repris la direction de la maison. Elle cessa donc de s’occuper des affaires des Jia. Seule la pauvre Xiren continuait à servir Baoyu avec toutes les marques de soumission et à le consoler à voix basse ; mais Baoyu ne comprenait rien à ce qu’elle disait, et Xiren ne pouvait que s’alarmer en secret.
過了几日,元𡚱停靈寢廟,賈母等送𣩵去了几天。豈知寳玉一日獃似一日,也不發燒,也不疼痛,只是吃不像吃,𪾶不像𪾶,甚至說話都無頭緒。那襲人麝月等一發慌了,囬過鳯姐几次。鳳姐不時過来,起先道是我不着玉生氣,如今看他失魂落魄的様子,只有日日請醫調治。煎藥吃了好几劑,只有添病的,没有减病的。及至問他那裡不舒服,寳玉也不說出來。
Quelques jours plus tard, le cercueil de Yuanchun fut déposé dans le temple funéraire, et l’aïeule Jia et les autres accompagnèrent les obsèques durant plusieurs jours. Or Baoyu paraissait chaque jour plus hébété que la veille. Il n’avait ni fièvre ni douleur, mais mangeait sans vraiment manger, dormait sans vraiment dormir, et ses paroles elles-mêmes finirent par perdre toute suite. Xiren, Sheyue et les autres furent plus affolées encore et en firent plusieurs fois rapport à Xifeng. Celle-ci venait le voir de temps à autre. Elle avait d’abord pensé qu’il était seulement fâché parce qu’on ne retrouvait pas le jade ; mais, voyant à présent son air d’homme ayant perdu son âme, elle ne put que faire venir chaque jour un médecin pour le soigner. On lui prépara plusieurs décoctions, mais chacune aggrava son mal au lieu de le soulager. Et quand on lui demandait où il souffrait, Baoyu ne répondait rien.
直至元𡚱事𭺾,賈母惦記寳玉,親自到園看視。王夫人也隨過來。襲人等道呌寳玉接去請安。寳玉雖說是病,每日原起來行動,今日呌他接賈母去,他依然仍是請安,惟是襲人在旁扶着指教。賈母見了,便道:「我的兒,我打諒你怎麽病着,故此過來睄你。今你依舊的模様兒,我的心放了好些。」王夫人也自然是寛心的。但寶玉並不囘答,只管嘻嘻的笑。賈母等進屋坐下,問他的話,襲人教一句,他說一句,大不似往常,直是一個儍子似的。賈母愈看愈疑,便說:「我纔進来看時,不見有什麽病,如今細細一瞧,這病果然不輕,竟是神魂失散的様子。到底因什麽起的呢?」王夫人知事難瞞,又瞧瞧襲人怪可憐的様子,只得便依着寳玉先前的話,將那徃南安王府裡去聼戱時丢了這塊玉的話,悄悄的告訴了一遍。心裡也傍皇的狠,生恐賈母着急,并說:「現在着人在四下裡找尋,求籤問卦,都說在當舖裡找,少不得找着的。」賈母𦘏了,急得站起來,眼淚直流,說道:「這件玉如何是丢得的!你們忒不懂事了,難道老爺也是撂開手的不成!」王夫人知賈母生氣,呌襲人等跪下,自己斂容低首囘說:「媳婦恐老太太着急老爺生氣,都没敢囘。」賈母咳道:「這是寳玉的命根子。因去了,所以他是這麽失魂喪魄的。還了得!况是這玉滿城裡都知道,誰檢了去便呌你們找出來麽!呌人快快請老爺,我與他說。」那時嚇得王夫襲人等俱哀告道:「老太太這一生氣,囘來老爺更了不得了。現在寶玉病着,交給我們儘命裡找來就是了。」賈母道:「你們怕老爺生氣,有我呢。」便呌麝月傳人去請,不一時傳進話來,說:「老爺謝客去了。」賈母道:「不用他也使得。你們便說我說的話,暫且也不用責罰下人,我便呌璉兒来寫出賞格,懸在前日經過的地方,便說有人檢得送來者,情愿送銀一萬兩,如有知人檢得送信找得者,送銀五千兩。如真有了,不可吝惜銀子。這麽一找,少不得就找出來了。若是靠着偺們家幾個人找,就找一輩子,也不能得。」王夫人也不敢直言。賈母傳話告訴賈璉,呌他速辦去了。賈母便呌人:「將寳玉動用之物都搬到我那裡去,只𣲖襲人秋紋跟過來,餘者仍留園内看屋子。」寳玉聼了,終不言語,只是儍笑。
Lorsque les funérailles de Yuanchun furent achevées, l’aïeule Jia, qui ne cessait de penser à Baoyu, se rendit en personne au jardin pour le voir. Madame Wang l’accompagna. Xiren et les autres dirent à Baoyu d’aller à leur rencontre et de les saluer. Bien qu’on le dît malade, il se levait et marchait encore chaque jour. Appelé aujourd’hui à accueillir l’aïeule Jia, il lui présenta donc ses respects comme d’habitude, mais Xiren devait se tenir auprès de lui, le soutenir et lui indiquer ce qu’il fallait faire. À sa vue, l’aïeule dit : « Mon enfant, je croyais que tu étais gravement malade, et c’est pour cela que je suis venue te voir. À présent que je te retrouve avec ton apparence habituelle, mon cœur est déjà bien plus tranquille. » Madame Wang se sentit naturellement rassurée elle aussi. Mais Baoyu ne répondit rien et se contenta de rire sottement. L’aïeule et les autres entrèrent s’asseoir dans la chambre et lui posèrent des questions. Xiren devait lui souffler chaque phrase, qu’il répétait ensuite. Il ne ressemblait plus du tout à celui qu’il avait été et paraissait véritablement idiot. Plus l’aïeule le regardait, plus elle s’inquiétait : « Quand je viens d’entrer, je n’ai vu aucun signe de maladie. Mais, à l’examiner attentivement, son mal est vraiment grave : on dirait que son âme et son esprit se sont dispersés. Quelle peut bien en être la cause ? » Madame Wang comprit qu’il serait difficile de cacher plus longtemps la vérité. Voyant aussi l’air pitoyable de Xiren, elle dut reprendre la version donnée auparavant par Baoyu et raconta tout bas que le jade avait été perdu pendant qu’il était allé écouter une représentation au palais du prince de Nan’an. Elle-même était en plein désarroi, craignant que l’aïeule ne s’affolât, et elle ajouta : « On a envoyé des gens le chercher partout. Nous avons tiré des baguettes divinatoires et consulté les sorts ; tous disent de chercher dans les monts-de-piété. Nous finirons certainement par le retrouver. » À ces mots, l’aïeule se leva brusquement, les larmes ruisselant de ses yeux : « Comment a-t-on pu perdre ce jade ? Vous avez vraiment manqué de jugement ! Le maître lui-même se désintéresse-t-il donc de l’affaire ? » Madame Wang, comprenant que l’aïeule était irritée, fit mettre à genoux Xiren et les autres, puis répondit elle-même, le visage grave et la tête baissée : « Votre belle-fille craignait d’inquiéter l’aïeule et de mettre le maître en colère ; c’est pourquoi elle n’a osé en parler ni à l’un ni à l’autre. » L’aïeule soupira : « Ce jade est la racine même de la vie de Baoyu. C’est parce qu’il n’est plus là que l’enfant a perdu son âme et son esprit. Quelle catastrophe ! De plus, toute la ville connaît ce jade. Croyez-vous que celui qui l’a ramassé attendra simplement que vous le retrouviez ? Faites vite appeler le maître : je veux lui parler. » Madame Wang, Xiren et les autres, épouvantées, la supplièrent toutes : « Si l’aïeule se met ainsi en colère, le maître sera plus terrible encore à son retour. Baoyu est déjà malade ; confiez-nous l’affaire, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le retrouver. » L’aïeule répondit : « Vous craignez la colère du maître, mais je serai là. » Elle ordonna à Sheyue d’envoyer quelqu’un le chercher. Peu après, on rapporta : « Le maître est sorti rendre des visites. » L’aïeule dit : « Nous pouvons aussi nous passer de lui. Transmettez seulement mes paroles : pour l’instant, qu’on ne punisse aucun serviteur. Faites venir Lian ; il rédigera un avis de récompense qu’on affichera dans tous les endroits où Baoyu est passé l’autre jour. On y dira que quiconque aura ramassé le jade et le rapportera recevra volontiers dix mille taëls d’argent ; celui qui saura qui l’a ramassé et nous permettra, par ses renseignements, de le retrouver en recevra cinq mille. Si le jade est réellement retrouvé, il ne faudra pas regretter l’argent. En cherchant ainsi, nous finirons certainement par le récupérer. Mais si nous comptons seulement sur les quelques personnes de notre maison, nous pourrons chercher toute une vie sans le retrouver. » Madame Wang n’osa pas la contredire ouvertement. L’aïeule fit transmettre ses ordres à Jia Lian et lui enjoignit d’agir sans délai. Puis elle ordonna : « Transportez chez moi tous les objets dont se sert Baoyu. Seules Xiren et Qiuwen l’accompagneront ; les autres resteront dans le jardin pour garder les chambres. » Baoyu entendit tout cela sans dire un mot et se contenta de rire stupidement.
賈母便擕了寳玉起身,襲人等攙扶出園。囬到自己房中,呌王夫人坐下,看人收拾裡間屋内安置,便對王夫人道:「你知道我的意思麽?我爲的園裡人少,怡紅院裡的花樹忽萎忽開,有些竒怪。頭裡仗着一塊玉能除邪祟,如今此玉丢了,生恐邪氣易侵,故我帶他過来一塊兒住着。這幾天也不用呌他出去,大夫来就在這裡瞧。」王夫人𦗟說,便接口道:「老太太想的自然是。如今寳玉同着老太太住了,老太太的福氣大,不論什麽都壓住了。」賈母道:「什麽福氣,不過我屋裡乾淨些,經卷也多,都可以念念定定心神。你問寳玉好不好?」那寳玉見問,只是笑。襲人呌他說「好」,寳玉也就說「好」。王夫人見了這般光景,未免落淚,在賈母這裡,不敢出聲。賈母知王夫人着急,便說道:「你囬去罷,這裡有我調停他。晚上老爺囘來,告訴他不必来見我,不許言語就是了。」王夫人去後,賈母呌鴛鴦找些安神定魄的藥,按方吃了。不題。
L’aïeule Jia emmena donc Baoyu. Soutenu par Xiren et les autres, il sortit du jardin. De retour dans ses appartements, l’aïeule pria Madame Wang de s’asseoir, surveilla les serviteurs qui rangeaient la chambre intérieure pour y installer Baoyu, puis dit à Madame Wang : « Comprends-tu mon intention ? Il y a peu de monde dans le jardin, et les fleurs et les arbres de la cour du Bonheur rouge tantôt se flétrissent, tantôt refleurissent : cela est assez étrange. Jusqu’ici, nous comptions sur ce jade pour repousser les influences maléfiques. Maintenant qu’il est perdu, je crains que les souffles pervers ne pénètrent aisément en Baoyu ; c’est pourquoi je l’amène vivre avec moi. Pendant quelques jours, ne le laissez pas sortir. Quand le médecin viendra, il l’examinera ici. » Madame Wang répondit aussitôt : « L’aïeule a naturellement bien réfléchi. Maintenant que Baoyu demeure auprès de vous, votre bonheur tutélaire est si puissant qu’il dominera n’importe quelle influence. » L’aïeule dit : « Quel bonheur tutélaire ? Ma chambre est simplement un peu plus propre, et il y a beaucoup de livres sacrés ; nous pourrons les réciter afin d’apaiser et de fixer son esprit. Demande à Baoyu si cela lui convient. » Interrogé, Baoyu ne fit que sourire. Xiren lui souffla de répondre « oui », et Baoyu dit alors : « Oui. » À cette vue, Madame Wang ne put retenir ses larmes ; mais, devant l’aïeule Jia, elle n’osa sangloter. L’aïeule, comprenant son inquiétude, lui dit : « Retourne chez toi. Je saurai arranger les choses ici. Lorsque le maître rentrera ce soir, dis-lui qu’il n’a pas besoin de venir me voir et qu’il ne doit faire aucune remarque. » Après le départ de Madame Wang, l’aïeule demanda à Yuanyang de trouver des remèdes propres à calmer l’esprit et à fixer l’âme, puis les fit administrer à Baoyu conformément à l’ordonnance. N’en parlons plus.
且說賈政當晚囬家,在車内𦗟見道兒上人說道:「人要發財也容易的狠。」那個個道:「怎麽兒得?」這個人又道:「今日聼見榮府裡丢了什麽哥兒的玉了,貼着招帖兒,上頭寫着玉的大小式様顔色,說有人檢了送去,就給一萬兩銀子。送信的𮟃給五千呢。」賈政雖未𦗟得如此眞切,心裡咤異,急忙赶囬,便呌門上的人問起那事来。門上的人禀道:「奴才頭裡也不知道,今兒晌午璉二爺傳出老太太的話,呌人去貼帖兒,纔知道的。」賈政便嘆氣道:「家道該衰,偏生養這麽一個孽障!纔養他的時候滿街的謡言,隔了十幾年略好了些,這㑹子又大張曉諭的找玉,成何道理!」說着,忙走進裡頭去問王夫人。王夫人便一五一十的告訴。賈政知是老太太的主意,又不敢違抝,只抱怨王夫人幾句。又走出來,呌瞞着老太太,背地裡揭了這個帖兒下来。豈知早有那些游手好閑的人揭了去了。
Ce soir-là, Jia Zheng rentrait chez lui lorsque, de l’intérieur de sa voiture, il entendit quelqu’un dire dans la rue : « Il est vraiment très facile de faire fortune. » Un autre demanda : « Comment cela ? » Le premier reprit : « J’ai appris aujourd’hui qu’un jeune maître du palais Rong avait perdu son jade. On a affiché des avis qui en décrivent la taille, la forme et la couleur ; il y est dit que celui qui l’aura ramassé et le rapportera recevra dix mille taëls d’argent. Même celui qui donnera un renseignement en recevra cinq mille. » Sans avoir tout entendu distinctement, Jia Zheng en fut très surpris. Il se hâta de rentrer et interrogea les gens de la porte. Ceux-ci répondirent : « Vos esclaves n’en savaient rien non plus. C’est seulement aujourd’hui à midi que le second maître Lian nous a transmis l’ordre de l’aïeule et a fait envoyer des gens coller les affiches ; nous avons alors appris l’affaire. » Jia Zheng soupira : « Notre maison est destinée à décliner, et il fallait précisément qu’elle engendrât un pareil fléau ! Lors de sa naissance, des rumeurs couraient déjà par toutes les rues. Après plus de dix ans, les choses s’étaient quelque peu apaisées ; et voilà qu’on publie de nouveau partout une proclamation pour retrouver son jade ! À quoi cela ressemble-t-il ? » Il entra en hâte interroger Madame Wang, qui lui raconta tout dans le moindre détail. Apprenant que l’idée venait de l’aïeule, Jia Zheng n’osa pas s’y opposer et se contenta d’adresser quelques reproches à Madame Wang. Puis il ressortit et ordonna, à l’insu de l’aïeule, qu’on arrachât secrètement les affiches. Mais des désœuvrés les avaient déjà toutes emportées.
過了些時,竟有人到榮府門上,口稱送玉来。家内人們聼見,喜歡的了不得,便說:「拿来,我給你囬去。」那人便懷内掏出賞格来,指給門上人瞧,「這不是你府上的帖子麽,寫明送玉來的給銀一萬兩。二太爺,你們這會子瞧我窮,囬來我得了銀子,就是個財主了。别這麽待理不理的。」門上聼他話頭來得硬,說道:「你到底畧給我瞧一瞧,我好給你囬去。」那人初到不肯,後來聼人說得有理,便掏出那玉,托在掌中一揚說:「這是不是?」衆家人原是在外服役,只知有玉,也不常見。今日纔看見這玉的摸様兒了,急忙跑到裡頭,搶頭報似的。那日賈政賈赦出門,只有賈璉在家。衆人囬明,賈璉還細問真不真。門上人口稱:「親眼見過,只是不給奴才,要見主子,一手交銀,一手交玉。」賈璉𨚫也喜歡,忙去禀知王夫人,卽便囬明賈母。把個襲人樂得合掌念佛。賈母並不攺口,一叠連聲:「快呌璉兒請那人到書房内坐下,將玉取來一看,卽便送銀。」賈璉依言,請那人進来當客待他,用好言道謝:「要借這玉送到裡頭,本人見了,謝銀分厘不短。」那人只得將一個紅紬子包兒送過去。賈璉打開一看,可不是那一塊晶營美玉嗎。賈璉素昔原不理論,今日倒要看看,看了半日,上面的字也仿彿認得出來,什麽「除邪祟」等字。賈璉看了,喜之不勝,便呌家人伺候,忙忙的送與賈母王夫人認去。
Quelque temps plus tard, un homme se présenta à la porte du palais Rong en déclarant qu’il rapportait le jade. À cette nouvelle, les gens de la maison furent transportés de joie et lui dirent : « Donnez-le-nous, et nous irons faire notre rapport. » Mais l’homme tira de son sein l’avis de récompense, le montra aux portiers et dit : « N’est-ce pas une affiche de votre maison ? Il y est écrit clairement que celui qui rapportera le jade recevra dix mille taëls. Deuxième grand maître, vous me méprisez aujourd’hui parce que je suis pauvre ; mais, quand j’aurai touché cet argent, je serai un homme riche. Ne me traitez pas avec une pareille indifférence. » Entendant son ton assuré, le portier répondit : « Montrez-le-moi au moins un instant, afin que je puisse faire mon rapport. » L’homme refusa d’abord ; puis, reconnaissant que la demande était raisonnable, il sortit le jade, le posa sur sa paume et le brandit : « Est-ce celui-ci ? » Les serviteurs travaillaient habituellement à l’extérieur : ils savaient seulement que Baoyu possédait un jade, mais ne l’avaient guère vu. C’était la première fois qu’ils en distinguaient l’apparence. Ils coururent en hâte à l’intérieur, chacun voulant être le premier à annoncer la nouvelle. Ce jour-là, Jia Zheng et Jia She étaient sortis ; seul Jia Lian se trouvait à la maison. Lorsque les serviteurs lui eurent fait leur rapport, il leur demanda encore s’ils étaient certains qu’il s’agissait du véritable jade. Le portier affirma : « Votre esclave l’a vu de ses propres yeux. Mais cet homme refuse de me le remettre : il veut voir un maître et échanger le jade contre l’argent de la main à la main. » Jia Lian lui-même s’en réjouit. Il alla vite prévenir Madame Wang, qui informa aussitôt l’aïeule Jia. Xiren fut si heureuse qu’elle joignit les mains en invoquant le Bouddha. L’aïeule ne changea pas un mot à sa promesse et répéta sans reprendre haleine : « Que Lian invite vite cet homme à s’asseoir dans le cabinet d’étude ! Qu’on m’apporte le jade pour que je l’examine, puis qu’on lui remette immédiatement l’argent. » Jia Lian obéit. Il fit entrer l’homme et le traita comme un hôte, le remerciant avec courtoisie : « Permettez-moi d’emporter le jade à l’intérieur pour le montrer à son propriétaire. S’il le reconnaît, il ne manquera pas un sou à la récompense. » L’homme dut lui remettre un paquet enveloppé de soie rouge. Jia Lian l’ouvrit : n’était-ce pas précisément un magnifique jade d’une transparence cristalline ? D’ordinaire, Jia Lian ne s’intéressait guère à ces choses ; mais aujourd’hui, il voulut l’examiner. Après l’avoir longuement regardé, il crut même reconnaître les caractères gravés dessus, notamment ceux qui signifiaient « chasser les influences maléfiques ». Transporté de joie, il appela les serviteurs et se hâta de porter le jade à l’aïeule Jia et à Madame Wang pour qu’elles l’identifient.
這㑹子驚動了合家的人,都等着争看。鳯姐見賈璉進來,便劈手奪去,不敢先看,送到賈母手裡。賈璉笑道:「你這麽一㸃兒事還不呌我献功呢。」賈母打開看時,只見那玉比先前昏暗了好些。一面用手擦摸,鴛鴦拿上眼鏡兒來,戴着一瞧,說:「竒怪,這塊玉倒是的,怎麽把頭裡的寳色都没了呢?」王夫人看了一㑹子,也認不出,便呌鳯姐過來看。鳯姐看了道:「像倒像,只是顔色不大對。不如呌寳兄弟自己一看就知道了。」襲人在旁也看著未必是那一塊,只是聘得的心盛,也不敢說出不像來。鳯姐於是從賈母手中接過來,同著襲人拿來給寳玉瞧。這時寳玉正睡著纔醒。鳳姐告訴道:「你的玉有了。」寳玉𪾶眼朦朧,接在手裡也没瞧,便徃地下一撂道:「你們又来哄我了。」說着只是冷笑。鳯姐連忙拾起來,道:「這也竒了,怎麽你没瞧就知道呢。」寳玉也不答言,只𬋩笑。王夫人也進屋裡來了,見他這様,便道:「這不用說了。他那玉原是胎裡帶來的一種古怪東西,自然他有道理。想来這個必是人見了帖兒照様做的。」大家此時恍然大悟。賈璉在外間屋裡聼見這話,便說道:「旣不是,快拿來給我問問他去,人家這樣事,他敢來鬼混。」賈母喝住道:「璉兒,拿了去給他,呌他去罷。那也是窮極了的人没法兒了,所以見我們家有這様事,他便想着賺給個錢也是有的。如今白白的花了錢弄了這個東西,又呌偺們認出来了。依着我不要難爲他,把這玉還他,說不是我們的,賞給他幾兩銀子。外頭的人知道了,纔肯有信兒就送來呢。若是難爲了這一個人,就有真的,人家也不敢拿來了。」賈璉答應出去。那人𮟃等着呢,半日不見人來,正在那裡心裡發虛,只見賈璉氣忿走出来了。未知何如,下囬分解。
Toute la maisonnée était désormais en émoi, et chacun attendait de pouvoir examiner le jade. Dès que Jia Lian entra, Xifeng le lui arracha des mains ; sans oser le regarder la première, elle le remit à l’aïeule Jia. Jia Lian dit en riant : « Même pour une si petite affaire, tu ne me laisses pas le mérite de présenter moi-même ma trouvaille ! » L’aïeule ouvrit le paquet et vit que le jade était bien plus terne qu’autrefois. Tout en le frottant de la main, elle laissa Yuanyang lui apporter ses lunettes. Elle les mit, examina le jade et dit : « Comme c’est étrange ! Ce jade paraît bien être le bon ; mais pourquoi a-t-il perdu tout son ancien éclat précieux ? » Madame Wang l’examina quelque temps sans parvenir non plus à le reconnaître, puis appela Xifeng pour qu’elle le regardât. Xifeng dit : « Il lui ressemble beaucoup, mais la couleur n’est pas tout à fait juste. Le mieux serait de le montrer à frère Baoyu : lui seul saura aussitôt. » Xiren, qui le regardait à côté d’elles, pensait elle aussi que ce n’était peut-être pas le véritable jade ; mais son désir de le retrouver était si ardent qu’elle n’osa pas dire qu’il ne lui ressemblait pas. Xifeng reprit donc le jade des mains de l’aïeule et, accompagnée de Xiren, l’apporta à Baoyu. Celui-ci venait de s’éveiller. Xifeng lui annonça : « Ton jade a été retrouvé. » Les yeux encore brouillés de sommeil, Baoyu le prit sans même le regarder, puis le jeta à terre : « Vous venez encore me tromper. » Sur ce, il se contenta de ricaner. Xifeng ramassa vivement le jade : « Voilà qui est étrange ! Comment peux-tu le savoir sans même l’avoir regardé ? » Baoyu ne répondit pas et continua seulement à ricaner. Madame Wang était elle aussi entrée dans la chambre. Le voyant ainsi, elle dit : « Il n’y a plus à discuter. Son jade était un objet singulier qu’il portait déjà dans le sein maternel ; il sait naturellement à quoi s’en tenir. Quelqu’un aura certainement vu l’affiche et en aura fabriqué un semblable. » Tous comprirent alors soudain ce qui s’était passé. De la pièce extérieure, Jia Lian entendit ces paroles et dit : « Puisque ce n’est pas le bon, rendez-le-moi vite : je vais interroger cet homme. Oser venir nous jouer un pareil tour ! » L’aïeule l’arrêta d’un cri : « Lian, emporte-le, rends-le-lui et laisse-le partir. Cet homme doit être réduit à la dernière extrémité et ne plus savoir que faire. En apprenant ce qui nous arrivait, il aura pensé pouvoir gagner quelque argent. Il a déjà dépensé son argent en vain pour fabriquer cet objet, et nous avons découvert la supercherie. Si vous m’en croyez, ne lui rendez pas les choses difficiles. Rendez-lui ce jade, dites-lui que ce n’est pas le nôtre et donnez-lui tout de même quelques taëls. Quand les gens du dehors l’apprendront, ils accepteront de nous apporter le moindre renseignement. Si nous maltraitons cet homme, même celui qui posséderait le véritable jade n’osera plus nous l’apporter. » Jia Lian acquiesça et sortit. L’homme attendait toujours ; comme personne ne revenait depuis longtemps, il commençait précisément à prendre peur lorsqu’il vit Jia Lian sortir, le visage plein de colère. Pour savoir ce qui advint, il faut écouter les explications du chapitre suivant.
Notes
賈雨村 : son nom s’entend comme 假語存, « les propos feints conservés » ; le patronyme 賈 de la famille Jia est en outre homophone de 假, « faux ».
青埂峰 : le pic où le rocher du récit-cadre fut abandonné ; 青埂 évoque par homophonie 情根, « la racine des passions ».
扶乩 : pratique divinatoire dans laquelle deux personnes guident un stylet ou un support au-dessus d’un plateau de sable, l’écriture obtenue étant attribuée à un esprit.
金玉 : « le métal et le jade » désignent ici l’union prédestinée de Baochai, associée à l’or, et de Baoyu, porteur du jade.
宣麻 : proclamation solennelle d’une haute nomination impériale, traditionnellement écrite sur du papier de chanvre.
欽天監 : le Bureau impérial d’astronomie était notamment convoqué à la mort d’un membre de la famille impériale pour déterminer les dates et rites funéraires.
甲寅、卯年寅月 : le texte fait coexister la désignation sexagésimale jiayin et le passage à l’année du Lièvre lors du commencement du printemps, selon le comput astrologique traditionnel.