Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 113 Repentant d’anciens torts, Xifeng s’en remet à une villageoise ; renonçant à son vieux ressentiment, la servante sensible s’émeut du jeune homme épris

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Repentant d’anciens torts, Xifeng s’en remet à une villageoise

renonçant à son vieux ressentiment, la servante sensible s’émeut du jeune homme épris

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La concubine Zhao, prise au temple d’une maladie soudaine, se mit à délirer de plus belle lorsqu’elle vit qu’il y avait moins de monde autour d’elle. Tous en étaient terrifiés et excédés ; deux femmes la soutenaient. À genoux sur le sol, elle parlait, puis pleurait ; parfois, elle se jetait à terre et criait grâce : « On me bat à mort ! Seigneur à la barbe rouge, je ne recommencerai plus ! » À d’autres moments, elle joignait les mains tout en criant de douleur. Les yeux lui sortaient des orbites, du sang frais coulait sans arrêt de sa bouche et ses cheveux pendaient en désordre. Tout le monde avait peur et nul n’osait l’approcher.

Le soir tombait déjà. La voix de la concubine Zhao devint rauque et lugubre, pareille au hurlement d’un fantôme. Personne n’osant rester auprès d’elle, on dut appeler quelques hommes courageux pour qu’ils entrent s’asseoir là. Elle mourait un moment, puis revenait à elle quelque temps après. Cela dura toute la nuit.

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Le lendemain, elle ne parlait plus, mais grimaçait comme un démon. De ses propres mains, elle déchirait ses vêtements et découvrait sa poitrine, comme si quelqu’un était en train de la dépouiller. La malheureuse concubine Zhao, bien qu’incapable de parler, offrait un spectacle de souffrance véritablement insoutenable.

Au plus fort de la crise, le médecin arriva. Il n’osa même pas prendre son pouls et se contenta de recommander : « Préparez les funérailles. » Puis il se leva pour partir. Le domestique qui le raccompagnait le supplia à plusieurs reprises : « Que Votre Seigneurie veuille bien examiner son pouls, afin que votre serviteur puisse faire son rapport au maître de maison. » Le médecin la toucha de la main : il n’y avait déjà plus de pouls.

Lorsque Jia Huan l’apprit, il éclata enfin en sanglots. Tous ne se souciaient que de Jia Huan : qui aurait eu une pensée pour la concubine Zhao ? Seule la concubine Zhou éprouvait une amère douleur. Elle songeait : « Voilà donc tout ce qui attend une épouse secondaire, une concubine ! Et elle, du moins, avait un fils. Quand viendra ma mort, je ne sais vraiment pas ce qu’il adviendra de moi ! » Elle pleura donc avec une sincère désolation.

Le domestique repartit en hâte faire son rapport à la maison. Jia Zheng envoya aussitôt des gens régler les affaires selon l’usage ; ils restèrent trois jours avec Huan, puis revinrent tous ensemble.

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Après le départ du messager, la nouvelle passa d’une personne à dix, puis de dix à cent : tout le monde sut que la concubine Zhao, pour avoir nourri de noirs desseins et voulu nuire à autrui, avait été torturée à mort dans les tribunaux infernaux. On disait aussi : « La seconde maîtresse Lian ne s’en tirera sans doute pas davantage. Comment peut-on prétendre que c’est elle qui a porté l’accusation ? »

Ces propos parvinrent aux oreilles de Ping’er, qui en fut extrêmement inquiète. À voir l’état de Xifeng, il était vraiment impossible d’espérer sa guérison. Or Jia Lian ne lui témoignait plus depuis quelque temps la tendresse d’autrefois. Il avait certes beaucoup d’affaires, mais se conduisait comme si elle ne le concernait en rien. Auprès de Xifeng, Ping’er ne faisait que lui prodiguer ses soins et la consoler. Elle songeait aussi que Madame Xing et Madame Wang étaient rentrées depuis plusieurs jours : elles envoyaient seulement quelqu’un prendre des nouvelles, sans venir elles-mêmes. Xifeng en avait le cœur plus douloureux encore. Quand Jia Lian revenait, il n’avait pas pour elle un seul mot affectueux.

Xifeng ne souhaitait désormais qu’une mort rapide. Dès que cette pensée lui vint, toutes les puissances maléfiques accoururent. Elle vit You Erjie sortir de derrière la chambre et s’approcher peu à peu du lit : « Ma sœur, voilà bien longtemps que nous ne nous sommes vues. Ta petite sœur pensait beaucoup à toi, mais ne pouvait venir te voir. Aujourd’hui, j’ai enfin réussi à entrer pour te rendre visite. Ma sœur a épuisé toutes ses ruses ; mais notre second maître est un sot : loin de reconnaître tes bonnes intentions, il t’en veut d’avoir agi avec trop de dureté, de lui avoir ruiné son avenir et de l’avoir mis dans l’impossibilité de paraître devant les gens. Je trouve cela bien injuste pour toi. »

Dans son égarement, Xifeng répondit : « Je regrette à présent d’avoir eu le cœur si étroit. Ma petite sœur, tu ne gardes pas rancune des torts passés, puisque tu viens encore me voir. » Ping’er, qui l’entendit, demanda : « Que dites-vous, maîtresse ? » Xifeng revint soudain à elle. Se rappelant que You Erjie était morte, elle comprit que celle-ci venait certainement réclamer sa vie. Ranimée par Ping’er, elle eut peur, mais ne voulut rien révéler et se força à dire : « Mon esprit est troublé ; je devais parler en rêve. Masse-moi un peu. »

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Ping’er s’approcha pour la masser. Une petite servante entra et annonça : « Grand-mère Liu est arrivée. Les femmes de service l’ont conduite ici pour qu’elle présente ses respects à la maîtresse. » Ping’er descendit précipitamment et demanda : « Où est-elle ? » La petite servante répondit : « Elle n’ose pas entrer tout de suite et attend les ordres de la maîtresse. »

Ping’er hocha la tête. Pensant que Xifeng, dans sa maladie, n’aurait guère envie de voir du monde, elle dit : « La maîtresse repose son esprit. Qu’on la fasse attendre un peu. Demande-lui si elle est venue pour quelque affaire. » La petite servante répondit : « On le lui a déjà demandé : elle n’a aucune affaire. Elle dit qu’elle a appris la mort de l’aïeule et qu’elle n’est venue si tard que parce que personne ne l’en avait informée. »

Xifeng entendit les paroles de la petite servante et appela : « Ping’er, viens ici. Cette brave femme est venue me voir par bonté ; ne la traite pas froidement. Va inviter grand-mère Liu à entrer, je veux parler un peu avec elle. » Ping’er dut sortir pour la prier de venir s’asseoir.

Xifeng allait refermer les yeux lorsqu’elle vit un homme et une femme s’avancer vers le lit de briques, comme s’ils voulaient y monter. Prise de panique, elle cria à Ping’er : « D’où vient cet homme qui a couru jusqu’ici ? » Elle appela deux fois. Feng’er et Xiaohong accoururent : « Que désire la maîtresse ? » Xifeng ouvrit les yeux et regarda : il n’y avait personne. Elle comprit ce qui se passait, mais ne voulut pas l’avouer. Elle demanda à Feng’er : « Où est donc passée cette créature de Ping’er ? » Feng’er répondit : « N’est-ce pas la maîtresse qui l’a envoyée chercher grand-mère Liu ? » Xifeng reprit un moment ses esprits et ne dit plus rien.

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Ping’er entra bientôt avec grand-mère Liu, qui amenait une petite fille. Grand-mère Liu demanda : « Où est notre maîtresse ? » Ping’er la conduisit près du lit de briques, et grand-mère Liu dit : « Je présente mes respects à la maîtresse. »

Xifeng ouvrit les yeux et, en la voyant, fut soudain gagnée par le chagrin : « Comment vas-tu, grand-mère Liu ? Pourquoi n’es-tu venue que maintenant ? Regarde, ta petite-fille a déjà tant grandi. » Grand-mère Liu vit Xifeng maigre comme un squelette et l’esprit égaré ; elle en fut elle-même profondément affligée : « Ma bonne maîtresse, comment se fait-il qu’en quelques mois sans vous voir, je vous retrouve malade à ce point ? Vieille sotte que je suis, pourquoi ne suis-je pas venue plus tôt vous présenter mes respects ! » Puis elle ordonna à Qing’er de saluer la maîtresse. Qing’er se contentait de sourire. Xifeng la trouva fort plaisante et demanda à Xiaohong de s’occuper d’elle.

Grand-mère Liu poursuivit : « Chez nous, les gens de la campagne ne savent pas être malades. Quand ils le sont, ils prient les dieux et font des vœux ; ils n’ont jamais su prendre de remèdes. Je me demande si la maladie de la maîtresse ne viendrait pas d’une mauvaise rencontre. » Trouvant ces paroles déraisonnables, Ping’er la tira discrètement par-derrière. Grand-mère Liu comprit et se tut.

Mais, à son insu, ses paroles répondaient précisément aux pensées de Xifeng. Celle-ci se redressa péniblement et dit : « Grand-mère Liu, tu as de l’âge et tu parles juste. La concubine Zhao, que tu as connue, est morte elle aussi. Le savais-tu ? » Grand-mère Liu s’exclama avec stupeur : « Amitabha ! Comment une personne qui se portait si bien a-t-elle pu mourir ? Je me souviens qu’elle avait aussi un jeune fils. Que va-t-il devenir ? » Ping’er dit : « Qu’a-t-il à craindre ? Il a encore le maître et Madame. » Grand-mère Liu répondit : « Ma fille, tu ne sais pas. Quand la mère qui vous a porté dans son ventre meurt mal, ceux dont un autre ventre vous sépare ne sont d’aucun secours. »

Ces paroles ranimèrent encore le chagrin de Xifeng, qui se mit à pleurer en sanglotant. Tous s’empressèrent de la consoler.

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Qiaojie entendit sa mère pleurer tristement. Elle s’approcha du lit de briques, prit la main de Xifeng et se mit elle aussi à pleurer. Xifeng lui demanda à travers ses larmes : « As-tu déjà salué grand-mère Liu ? » Qiaojie répondit : « Non. » Xifeng dit : « C’est elle qui t’a donné ton nom ; elle est comme ta marraine. Va lui présenter tes respects. »

Qiaojie s’approcha. Grand-mère Liu la retint aussitôt : « Amitabha ! Ne m’accablez pas d’un tel honneur ! Mademoiselle Qiao, voilà plus d’un an que je ne suis pas venue. Me reconnaissez-vous encore ? » Qiaojie répondit : « Comment ne vous reconnaîtrais-je pas ? L’année où je vous ai vue dans le jardin, j’étais encore petite. Mais lorsque vous êtes venue il y a deux ans, je vous ai demandé un grillon de l’année précédente, et vous ne me l’avez jamais donné. Vous avez sûrement oublié. » Grand-mère Liu dit : « Ma bonne demoiselle, je ne suis qu’une vieille étourdie ! Quant aux grillons, il y en a énormément dans notre hameau. Seulement, vous ne venez jamais chez nous. Si vous y alliez, il serait facile d’en obtenir une charretée entière. »

Xifeng dit : « Alors emmène-la avec toi. » Grand-mère Liu se mit à rire : « Une demoiselle aussi précieuse, qui a grandi enveloppée de soie et de satin et ne mange que de bonnes choses ! Une fois chez nous, avec quoi pourrais-je l’amuser, et que pourrais-je lui donner à manger ? Ne serait-ce pas me perdre tout à fait ? » Elle rit encore, puis ajouta : « Eh bien, je vais plutôt servir d’entremetteuse à la demoiselle. Bien que nous vivions dans un hameau de campagne, il y a aussi chez nous de très riches familles, avec plusieurs milliers de qing de terres, des centaines de bêtes et une belle quantité d’argent. Seulement, elles n’ont rien qui ressemble aux gens d’ici, avec leur or et leur jade. La maîtresse mépriserait sans doute de telles familles ; mais, aux yeux des paysans que nous sommes, ces grands propriétaires comptent déjà pour des habitants du ciel. »

Xifeng dit : « Fais donc la proposition ; si elle me convient, je la donnerai. » Grand-mère Liu répondit : « Ce ne sont que plaisanteries. Avec une mère comme la maîtresse, même les grandes familles de hauts fonctionnaires hésiteraient à demander sa main ; comment la donnerait-on à des paysans ? Et quand bien même la maîtresse accepterait, les dames au-dessus d’elle n’y consentiraient pas. »

Qiaojie, trouvant ces paroles déplaisantes, s’éloigna pour parler avec Qing’er. Les deux fillettes s’entendirent bien et devinrent peu à peu familières.

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Ping’er craignait que grand-mère Liu, trop bavarde, ne fatiguât Xifeng. Elle la tira donc par la manche : « Puisque tu parles de Madame, tu n’es pas encore allée la voir. Je vais sortir et demander à quelqu’un de t’y conduire ; ainsi, tu ne seras pas venue pour rien. » Grand-mère Liu allait partir, mais Xifeng dit : « Pourquoi te presser ? Assieds-toi. Je veux te demander si, ces derniers temps, vous arrivez encore à vivre. »

Grand-mère Liu la remercia mille fois : « Si nous n’avions pas pu compter sur la maîtresse… » Elle désigna Qing’er : « Son père et sa mère seraient morts de faim. À présent, même si la vie des paysans est dure, la famille a réussi à acquérir plusieurs arpents de terre. On a aussi creusé un puits et l’on cultive des légumes, des melons et des fruits. Ce que nous vendons chaque année rapporte une somme qui suffit largement à les nourrir. Depuis deux ans, la maîtresse nous donne encore de temps à autre des vêtements et des pièces de tissu. Dans notre village, nous vivons donc assez convenablement.

« Amitabha ! L’autre jour, son père est entré en ville et a entendu dire qu’une maison avait été saisie chez vous. J’ai failli mourir de peur. Heureusement, quelqu’un a dit ensuite que ce n’était pas ici, et j’ai été rassurée. Plus tard, j’ai appris que le maître avait reçu une promotion ; j’en ai été ravie et j’ai voulu venir vous féliciter, mais les travaux des champs m’en ont empêchée. Hier, j’ai encore entendu dire que l’aïeule était morte. J’étais aux champs à battre les fèves. En apprenant la nouvelle, j’ai eu si peur que je ne pouvais même plus les ramasser ; je suis restée là à pleurer de tout mon cœur.

« J’ai dit à mon gendre : “Je ne peux plus m’occuper de vous. Vraie ou fausse, cette nouvelle m’oblige à entrer en ville pour voir.” Ma fille et mon gendre ne sont pas sans cœur : en l’apprenant, ils ont pleuré eux aussi. Ce matin, avant même le jour, ils m’ont fait partir pour la ville. Je ne connaissais personne et n’avais nulle part où demander des nouvelles. Je suis allée droit à la porte de derrière. Quand j’ai vu que les dieux gardiens des portes étaient tous recouverts de papier, j’ai de nouveau été saisie d’une grande frayeur. Une fois entrée, j’ai cherché partout belle-sœur Zhou sans la trouver. J’ai rencontré une petite servante qui m’a dit qu’elle avait commis une faute et qu’on l’avait chassée. J’ai encore attendu très longtemps ; ce n’est qu’après avoir rencontré une connaissance que j’ai pu entrer. Je ne m’attendais pas à trouver la maîtresse si malade. » À ces mots, ses larmes recommencèrent à couler.

Ping’er s’impatientait. Sans même attendre qu’elle eût fini, elle l’entraîna dehors : « Après avoir parlé si longtemps, vous devez avoir la bouche sèche. Allons boire un bol de thé. » Elle conduisit grand-mère Liu dans une chambre de service, tandis que Qing’er était restée auprès de Qiaojie.

Grand-mère Liu dit : « Je ne veux pas de thé. Ma bonne fille, demande plutôt à quelqu’un de me conduire afin que je présente mes respects à Madame et que j’aille pleurer l’aïeule. » Ping’er répondit : « Rien ne presse. Aujourd’hui, tu n’aurais de toute façon pas le temps de sortir de la ville. Tout à l’heure, j’avais peur qu’une parole imprudente de ta part ne fît pleurer notre maîtresse ; voilà pourquoi je t’ai pressée de sortir. Ne va pas t’imaginer autre chose. » Grand-mère Liu dit : « Amitabha ! Ma fille, tu t’inquiètes trop ; je le sais bien. Mais comment guérir la maîtresse ? » Ping’er demanda : « À ton avis, son état est-il grave ? » Grand-mère Liu répondit : « Dieu me pardonne de le dire, mais je ne la trouve pas bien. »

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Elles parlaient encore lorsqu’elles entendirent Xifeng appeler. Quand Ping’er arriva près du lit, Xifeng ne disait déjà plus rien. Ping’er interrogeait Feng’er lorsque Jia Lian entra. Il jeta un regard vers le lit de briques, ne dit rien et alla s’asseoir dans la pièce intérieure en renâclant de colère. Seule Qiutong le suivit, lui versa du thé et lui prodigua un moment ses attentions ; nul ne sut ce qu’ils se dirent à voix basse.

À son retour, Jia Lian fit appeler Ping’er et lui demanda : « La maîtresse ne prend donc pas ses remèdes ? » Ping’er répondit : « Elle ne les prend pas. Qu’y a-t-il ? » Jia Lian dit : « Comment le saurais-je ? Apporte-moi plutôt les clefs de l’armoire. » Voyant qu’il était en colère, Ping’er n’osa pas l’interroger. Elle sortit, glissa un mot à l’oreille de Xifeng et, comme celle-ci ne répondait pas, posa devant Jia Lian un coffret avant de repartir.

Jia Lian lança : « Des fantômes t’appellent-ils donc ? Si tu le poses là, qui veux-tu qui prenne les clefs ? » Ping’er ravala sa colère, ouvrit le coffret, prit les clefs et déverrouilla l’armoire. Puis elle demanda : « Que faut-il prendre ? » Jia Lian répondit : « Est-ce que nous possédons encore quelque chose ? » Furieuse, Ping’er éclata en sanglots : « Parlez clairement ! Même si je dois en mourir, je ne demande pas mieux ! »

Jia Lian dit : « Faut-il encore l’expliquer ? C’est vous qui avez provoqué les affaires précédentes. À présent, il manque encore quatre ou cinq mille taëls d’argent pour les dépenses de l’aïeule. Le maître m’ordonne de tirer de l’argent des registres des terres communes. Dis-moi donc s’il y en a ! Et peut-on laisser impayées les dettes contractées dehors ? Qui m’a fait porter la responsabilité de tout cela ? Je ne peux que vendre à vil prix les objets que l’aïeule m’a donnés. Tu n’es pas d’accord ? »

Ping’er ne répondit pas un mot et sortit les objets de l’armoire. Xiaohong accourut : « Sœur Ping’er, vite ! La maîtresse va mal ! » Sans plus se soucier de Jia Lian, Ping’er se précipita auprès de Xifeng. Celle-ci griffait le vide de ses mains. Ping’er les serra entre les siennes en pleurant et en l’appelant.

Jia Lian vint regarder à son tour. Il frappa du pied : « Si elle en est là, elle veut donc ma mort ! » Et des larmes lui tombèrent des yeux. Feng’er entra : « On cherche le second maître dehors. » Jia Lian dut sortir.

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L’état de Xifeng ne faisait qu’empirer, et Feng’er avec les autres ne purent s’empêcher de pleurer. Qiaojie les entendit et accourut. Grand-mère Liu se hâta elle aussi jusqu’au lit de briques ; elle invoqua le Bouddha et se livra à quelques pratiques mystérieuses. Xifeng alla effectivement un peu mieux.

Madame Wang, avertie par une servante, arriva bientôt. Voyant d’abord Xifeng plus calme, elle fut quelque peu rassurée. Puis elle aperçut grand-mère Liu et lui dit : « Grand-mère Liu, comment vas-tu ? Quand es-tu arrivée ? » Grand-mère Liu lui présenta ses respects. Faute de temps pour raconter les choses en détail, elles parlèrent seulement de la maladie de Xifeng et en discutèrent longuement.

Caiyun entra alors : « Le maître demande Madame. » Madame Wang fit quelques recommandations à Ping’er, puis s’en alla. Après sa crise, Xifeng avait retrouvé un peu de lucidité. Voyant grand-mère Liu encore présente et croyant à ses prières et invocations, elle fit sortir Feng’er et les autres, demanda à grand-mère Liu de s’asseoir près de sa tête et lui expliqua que son esprit ne connaissait plus de repos et qu’elle croyait voir des fantômes et des monstres.

Grand-mère Liu lui parla de tel bodhisattva de son hameau qui était efficace, et de tel temple où les prières étaient exaucées. Xifeng dit : « Je te prie d’intercéder pour moi. S’il faut de l’argent pour les offrandes, j’en ai. » Elle retira de son poignet un bracelet d’or et le lui tendit.

Grand-mère Liu répondit : « Maîtresse, cela n’est pas nécessaire. Chez nous, quand on fait un vœu, une fois guéri, on dépense quelques centaines de sapèques, voilà tout. À quoi bon tant d’argent ? Si je vais prier pour la maîtresse, je ne ferai moi aussi qu’un vœu. Lorsque la maîtresse sera guérie, elle dépensera elle-même ce qu’il faudra. » Xifeng savait que grand-mère Liu n’était animée que de bonnes intentions. Ne pouvant la contraindre, elle garda le bracelet et dit : « Grand-mère Liu, je te confie ma vie. Ma Qiaojie est elle aussi poursuivie par mille malheurs et cent maladies : je te la confie également. »

Grand-mère Liu accepta sans hésiter, puis dit : « Puisqu’il en est ainsi, le jour me paraît encore assez avancé pour que je puisse sortir de la ville. Je vais donc partir. Demain, quand la maîtresse ira mieux, nous reviendrons accomplir le vœu. »

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Xifeng, terrifiée d’être assaillie par toutes les âmes qui lui en voulaient, ne demandait qu’à la voir partir. Elle dit : « Si tu veux bien t’employer sincèrement pour moi et si je peux dormir une seule nuit en paix, je t’en serai reconnaissante. Laisse ici ta petite-fille. »

Grand-mère Liu répondit : « Une enfant de paysans qui ne connaît rien du monde ne ferait que dire ici des sottises. Il vaut mieux que je l’emmène. » Xifeng dit : « Tu te tourmentes trop. Puisque nous sommes de la même famille, qu’y a-t-il à craindre ? Nous sommes certes devenus pauvres, mais nourrir une personne de plus ne nous gênera pas. »

Voyant la sincérité de Xifeng, grand-mère Liu se dit qu’elle pouvait bien laisser Qing’er quelques jours et économiser ainsi sa nourriture à la maison. Elle craignait seulement que l’enfant ne refusât ; mieux valait l’appeler et l’interroger. Si elle acceptait, elle resterait. Grand-mère Liu lui parla donc un moment. Qing’er s’était prise au jeu avec Qiaojie ; celle-ci ne voulait pas la laisser partir, et Qing’er souhaitait elle-même rester.

Grand-mère Liu lui donna quelques recommandations, prit congé de Ping’er et se hâta vers la sortie de la ville. N’en parlons plus.

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L’ermitage des Bambous verts avait été construit à l’origine sur un terrain de la maison Jia. Lorsqu’on avait aménagé le parc des Visites impériales, l’ermitage avait été englobé dans son enceinte ; toutefois, ses dépenses courantes et celles de son culte n’avaient jamais été prises sur les fonds de la maison Jia.

Après l’enlèvement de Miaoyu, la nonne qui restait avait fait une déclaration aux autorités. D’une part, elle attendait que l’administration retrouvât les brigands ; d’autre part, comme le patrimoine fondé par Miaoyu ne pouvait être abandonné, elle était demeurée sur place. Elle s’était seulement bornée à en informer la maison Jia. Tous y étaient alors au courant, mais Jia Zheng venant d’être frappé par un deuil et ayant l’esprit fort troublé, personne n’osait lui rapporter ces affaires sans importance. Seule Xichun connaissait les faits et ne trouvait de repos ni jour ni nuit.

La nouvelle parvint peu à peu aux oreilles de Baoyu : les uns disaient que Miaoyu avait été enlevée par des brigands ; d’autres, que des pensées profanes s’étaient éveillées en elle et qu’elle avait suivi un homme. Baoyu en fut profondément perplexe. Il se disait qu’elle avait sûrement été emportée de force par des bandits ; qu’une personne comme elle n’aurait jamais accepté de se soumettre et qu’elle avait dû mourir sans céder. Mais comme on n’avait aucune nouvelle, il demeurait fort inquiet et passait ses journées à pousser de longs et courts soupirs.

Il disait encore : « Une personne comme elle se donnait le nom de “Hors-du-Seuil” ; comment a-t-elle pu connaître une telle fin ? » Puis il songeait : « Comme le jardin était animé autrefois ! Depuis le mariage de ma deuxième sœur, les unes sont mortes, les autres se sont mariées. Je pensais qu’elle, qui ne se laissait souiller par aucune poussière, parviendrait à se préserver. Qui aurait cru qu’une telle tempête se lèverait soudain, et que sa fin serait encore plus étrange que la mort de mademoiselle Lin ! »

D’une pensée à une autre, puis à une troisième, il se mit à rappeler tout le passé. Songeant aux paroles du Zhuangzi, à la vacuité et à l’insaisissable, il se dit que, dans la vie humaine, nul n’évitait de se disperser comme vent et nuages. Il ne put retenir ses sanglots.

Xiren et les autres crurent à une nouvelle crise de sa folie et s’employèrent avec mille douceurs à le consoler. Baochai ignorait d’abord la cause de son chagrin ; elle aussi lui adressa des remontrances. Mais Baoyu demeurait accablé et ne se délivrait pas de sa mélancolie ; son esprit paraissait de nouveau égaré.

Ne sachant qu’en penser, Baochai s’informa à plusieurs reprises et apprit enfin que Miaoyu avait été enlevée et que nul ne savait ce qu’elle était devenue. Elle en fut elle aussi affligée ; cependant, inquiète de voir Baoyu se consumer de chagrin, elle lui parla avec gravité : « Depuis que Lan’er est revenu après avoir accompagné le cercueil, il n’a certes pas repris l’école, mais j’entends dire qu’il travaille avec acharnement jour et nuit. Il est l’arrière-petit-fils de l’aïeule. L’aïeule a toujours espéré te voir devenir un homme accompli ; le maître se tourmente pour toi jour et nuit. Et toi, tu te laisses ruiner par de vains attachements et de folles passions. Quel avenir pouvons-nous espérer, nous qui restons auprès de toi ? »

Baoyu ne trouva rien à répondre. Au bout d’un moment, il dit seulement : « Pourquoi me mêlerais-je des affaires d’autrui ? Je ne fais que déplorer le déclin de la fortune de notre famille. » Baochai répondit : « Précisément. Le maître et Madame veulent que tu deviennes un homme accompli et que tu reprennes l’héritage transmis par les ancêtres. Mais tu persistes dans ton aveuglement : que faire de toi ? »

Baoyu sentit que leurs paroles ne pouvaient s’accorder. Il s’appuya sur la table et s’endormit. Baochai ne s’occupa plus de lui ; elle demanda à Sheyue et aux autres de veiller sur lui, puis tous allèrent dormir.

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Voyant qu’il restait peu de monde dans la chambre, Baoyu songea : « Depuis que Zijuan est arrivée ici, je n’ai jamais échangé avec elle une seule parole venue du cœur. Je la laisse seule, dans toute cette froideur et cette solitude, et j’en ai grand remords. Elle n’est pas comme Sheyue ou Qiuwen, dont je peux facilement régler le sort. Je me rappelle que, lorsque j’étais malade autrefois, elle est restée longtemps ici pour me tenir compagnie. Son petit miroir est encore chez moi ; elle ne m’a donc pas témoigné peu d’affection.

« Aujourd’hui, je ne sais pourquoi, elle reste froide dès qu’elle me voit. Si c’est à cause de celle qui est maintenant avec nous, Zijuan était la plus proche de mademoiselle Lin, et je vois que celle-ci la traite convenablement. Les jours où je n’étais pas à la maison, Zijuan parlait librement avec elle. Mais dès que je reviens, Zijuan s’éloigne. C’est certainement parce que je me suis marié aussitôt après la mort de mademoiselle Lin. Hélas, Zijuan, Zijuan ! Toi qui es une fille si intelligente, ne vois-tu donc rien de ma souffrance ? »

Puis une autre pensée lui vint : « Ce soir, les unes dorment et les autres travaillent. Autant profiter de ce moment pour aller la trouver et voir ce qu’elle a à me dire. Si je l’ai offensée en quelque chose, je pourrai toujours lui présenter mes excuses. » Sa décision prise, il sortit doucement de la chambre pour aller chercher Zijuan.

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La chambre de service de Zijuan se trouvait dans la pièce intérieure de l’aile occidentale. Baoyu s’approcha silencieusement de la fenêtre. Voyant encore de la lumière à l’intérieur, il perça le papier de la fenêtre avec sa langue et regarda. Zijuan était seule près de la lampe, dont elle avait relevé la mèche. Elle ne faisait rien et restait assise, immobile et hébétée.

Baoyu appela doucement : « Sœur Zijuan, tu ne dors pas encore ? » Zijuan sursauta. Elle resta interdite un long moment avant de demander : « Qui est là ? » Baoyu répondit : « C’est moi. » Reconnaissant apparemment sa voix, Zijuan demanda : « Est-ce le second maître Bao ? » Dehors, Baoyu répondit doucement. Zijuan demanda : « Que venez-vous faire ? » Baoyu dit : « J’ai une parole à cœur ouvert à te dire. Ouvre la porte et laisse-moi m’asseoir un moment dans ta chambre. »

Après une pause, Zijuan répondit : « Si le second maître a quelque chose à dire, il est tard ; veuillez rentrer. Nous parlerons demain. » En l’entendant, Baoyu sentit la moitié de son cœur se glacer. Il voulait encore entrer, mais craignait que Zijuan n’ouvrît pas. Il songeait à repartir, mais cette seule phrase avait fait remonter plus vivement encore tout ce qu’il cachait au fond du cœur. Impuissant, il dit : « Je n’ai rien d’autre à ajouter. Je veux seulement te poser une question. » Zijuan répondit : « Puisqu’il n’y en a qu’une, veuillez la poser. »

Longtemps, Baoyu ne dit pourtant rien. Ne l’entendant plus, Zijuan savait qu’il était sujet à ses accès de folie. Elle craignit de l’avoir véritablement rebuté et de provoquer une rechute. Elle se leva donc, tendit l’oreille, puis demanda : « Êtes-vous parti, ou restez-vous planté là comme un sot ? Pourquoi ne dites-vous rien, si vous avez quelque chose à dire ? Vous ne faites que tourmenter les gens. Vous en avez déjà tourmenté une jusqu’à la mort ; faut-il donc encore en faire mourir une autre ? À quoi bon tout cela ? »

Elle regarda dehors par le trou que Baoyu avait percé avec sa langue et le vit immobile, à écouter d’un air hébété. Ne pouvant en dire davantage, Zijuan se détourna et coupa la fleur de la chandelle. Soudain, elle entendit Baoyu pousser un soupir : « Sœur Zijuan, tu n’avais jamais eu un cœur de fer et de pierre. Pourquoi, depuis quelque temps, ne m’adresses-tu même plus une seule parole aimable ? Je ne suis certes qu’un être impur, indigne que vous vous occupiez de moi. Mais si j’ai commis quelque faute, je demande seulement à ma sœur de me l’expliquer. Après cela, quand bien même elle ne me parlerait plus de toute sa vie, je pourrais au moins mourir en fantôme éclairé ! »

Zijuan eut un rire froid : « C’est donc seulement cela que voulait dire le second maître ? Qu’y a-t-il de plus ? Si c’est encore ce genre de propos, quand notre demoiselle était en vie, je les ai entendus jusqu’à satiété ! Si nous avons commis quelque faute, c’est Madame qui m’a envoyée ici : le second maître n’a qu’à lui en faire rapport. Après tout, nous autres servantes ne comptons plus pour rien. »

À ces mots, sa voix s’étrangla. Elle se moucha. Baoyu comprit de l’extérieur qu’elle pleurait de chagrin. Il frappa du pied avec anxiété : « Que signifie tout cela ? Tu es ici depuis plusieurs mois : que peux-tu encore ignorer de mes affaires ? Même si les autres refusent de t’en parler pour moi, vas-tu m’interdire de le faire moi-même ? Faut-il que je crève sans avoir parlé ? » Et lui aussi se mit à sangloter.

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Baoyu s’abandonnait à son chagrin lorsqu’une personne, derrière lui, reprit ses paroles : « Qui veux-tu donc charger de parler pour toi ? Qui est quoi pour qui ? Si tu as offensé quelqu’un, supplie-le toi-même. Libre à cette personne de t’accorder ou non cette faveur. Pourquoi t’en prendre à des gens sans importance comme nous pour passer ta colère ? »

Cette phrase fit sursauter les deux personnes, celle du dedans comme celle du dehors. Qui était-ce ? C’était Sheyue. Baoyu se sentit fort embarrassé. Sheyue poursuivit : « Mais enfin, qu’en est-il ? L’un présente ses excuses, l’autre refuse de répondre. Dépêche-toi donc de la supplier ! Hélas, notre sœur Zijuan a vraiment le cœur trop dur. Il fait un froid terrible dehors ; voilà si longtemps qu’on la supplie, et elle ne donne toujours aucun signe de vie. »

Puis elle se tourna vers Baoyu : « Tout à l’heure, la seconde maîtresse a demandé quelle heure il était et s’est étonnée que tu sois encore on ne sait où. Que fais-tu donc ici tout seul, sous cet avant-toit ? » De l’intérieur, Zijuan répondit : « Que signifie tout cela ? J’ai déjà prié le second maître de rentrer. Nous parlerons demain. À quoi bon rester ici ? »

Baoyu aurait encore voulu parler, mais, voyant Sheyue présente, il ne pouvait plus rien ajouter. Il dut repartir avec elle, tout en disant : « C’est fini, c’est fini ! De toute cette vie, je ne parviendrai jamais à faire comprendre la sincérité de mon cœur ! Le Ciel seul la connaît ! » À ces mots, ses larmes jaillirent on ne savait d’où et coulèrent sans fin.

Sheyue dit : « Second maître, si vous voulez m’écouter, renoncez-y donc. Il serait dommage de répandre vos larmes en vain. » Baoyu ne répondit pas et rentra dans la chambre. Baochai était couchée ; il comprit qu’elle faisait seulement semblant de dormir.

Xiren dit alors : « N’y a-t-il donc rien qu’on puisse remettre au lendemain ? Il fallait absolument aller s’agenouiller là-bas et faire une scène, au risque de provoquer… » Elle s’interrompit et refusa d’achever. Après un moment, elle reprit : « Ne ressentez-vous aucun malaise ? » Baoyu ne répondit pas et secoua seulement la tête. Xiren le fit enfin se coucher. Il va sans dire qu’il ne dormit pas de toute la nuit.

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Zijuan, dont Baoyu avait ainsi rouvert la blessure, eut le cœur plus douloureux encore et pleura sans discontinuer toute la nuit. Elle tournait et retournait le passé dans son esprit : « Pour ce qui est de Baoyu, tous savaient qu’il n’avait pas sa raison pendant sa maladie ; c’est pourquoi ils ont mené l’affaire à bien par toutes sortes de tromperies et de mystifications. Plus tard, lorsqu’il a compris, son ancienne maladie a reparu. Il pleurait souvent en pensant au passé : ce n’est donc pas un homme qui oublie ses sentiments et trahit la fidélité.

« La tendresse qu’il montre aujourd’hui ne fait que rendre les choses plus pénibles. Il est seulement à plaindre que notre mademoiselle Lin n’ait réellement pas eu le bonheur d’en jouir. À voir tout cela, les liens qui unissent les êtres sont fixés d’avance. Tant qu’on n’est pas arrivé au terme, tous nourrissent de folles espérances et d’aveugles passions. Quand il n’y a plus rien à faire, les esprits confus cessent simplement d’y penser ; les êtres aux sentiments profonds et fidèles ne peuvent eux-mêmes que pleurer face au vent et à la lune.

« La pauvre morte n’en sait peut-être rien ; mais les vivants connaissent véritablement une douleur et un chagrin sans fin. À tout prendre, mieux vaudrait être herbe, arbre ou pierre : sans savoir ni sentir, on aurait du moins le cœur pur ! »

À cette pensée, tout son cœur brûlant d’amertume se glaça soudain. Elle allait enfin ranger ses affaires et se coucher lorsqu’elle entendit s’élever des cris dans la cour orientale. On ignore ce qui s’y passait ; la suite l’expliquera.

Notes

賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; le roman fait constamment jouer cette équivoque.

隂司 : les « tribunaux infernaux » constituent l’administration judiciaire du monde des morts, où les âmes sont jugées et châtiées.

乾娘 : une « marraine » rituelle, sans lien de baptême chrétien ; grand-mère Liu est ainsi liée à Qiaojie parce qu’elle lui a donné son nom.

門神 : images de divinités gardiennes collées sur les battants des portes pour repousser les influences néfastes.

檻外人 : « Hors-du-Seuil » est le nom que Miaoyu se donne, affirmant ainsi se tenir en dehors du monde profane.

《莊子》 : texte taoïste associé à Zhuangzi, qui insiste notamment sur l’impermanence, la transformation et la relativité des distinctions humaines.

許願/還願 : faire un vœu consiste à promettre une offrande en échange d’une faveur divine ; « accomplir le vœu » signifie s’acquitter ensuite de cette promesse.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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