Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 35 Yuchuan au jade blanc goûte elle-même la soupe aux feuilles de lotus ; Ying’er à l’or jaune noue habilement un filet en fleur de prunier

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Yuchuan au jade blanc goûte elle-même la soupe aux feuilles de lotus

Ying’er à l’or jaune noue habilement un filet en fleur de prunier

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Baochai avait parfaitement entendu Lin Daiyu la railler avec aigreur ; mais, préoccupée par sa mère et son frère, elle ne se retourna pas et poursuivit directement son chemin. Daiyu, elle, restait sous l’ombre des fleurs, les yeux tournés de loin vers la cour du Bonheur rouge. Elle vit Li Gongcai, Yingchun, Tanchun, Xichun et toutes les autres s’y rendre, puis les groupes se disperser l’un après l’autre ; seule Xifeng ne paraissait pas. Daiyu se dit : « Comment se fait-il qu’elle ne vienne pas voir Baoyu ? Même retenue par une affaire, elle devrait au moins venir faire une apparition, histoire de gagner les bonnes grâces de l’aïeule et de Madame Wang. Si elle n’est toujours pas venue à cette heure, il doit y avoir une raison. » Tout en conjecturant, elle releva les yeux et vit une nouvelle foule chamarrée se diriger vers la cour du Bonheur rouge. En regardant attentivement, elle reconnut l’aïeule Jia appuyée sur le bras de Xifeng ; derrière venaient Madame Xing, Madame Wang, puis la concubine Zhou, les servantes et les femmes de service. Toutes entrèrent dans la cour.

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À ce spectacle, Daiyu hocha involontairement la tête. Songeant au bonheur d’avoir encore ses parents, elle eut bientôt le visage couvert de larmes. Peu après, elle vit aussi entrer Baochai, la tante Xue et les autres. Zijuan arriva soudain derrière elle et lui dit : « Mademoiselle, venez prendre votre remède ; l’eau chaude a encore refroidi. — Que veux-tu donc à la fin ? Tu ne fais que me presser. Que je le prenne ou non, en quoi cela te regarde-t-il ? — Votre toux commençait à peine à aller mieux, et vous ne voulez déjà plus prendre votre remède ? Nous sommes en mai et il fait chaud, mais il faut tout de même rester prudente. Vous êtes debout depuis l’aube dans cet endroit humide ; il serait temps de rentrer vous reposer un peu. » Ces paroles rappelèrent à Daiyu qu’elle avait les jambes quelque peu endolories. Elle demeura encore un long moment immobile, puis, s’appuyant lentement sur Zijuan, regagna le pavillon des Bambous de la Xiao et de la Xiang.

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À peine eut-elle franchi la porte de la cour qu’elle vit partout sur le sol les ombres inégales des bambous et les nuances plus ou moins profondes de la mousse. Elle se rappela malgré elle ces deux vers de « L’Histoire du pavillon d’Occident » : « En ce lieu retiré, quelqu’un serait-il passé ? Sur la mousse verte, la blanche rosée tombe glacée. » Elle soupira en elle-même : « Shuangwen avait beau être vouée au malheur, elle avait encore une mère veuve et un jeune frère sans défense. Moi, Daiyu, dans mon infortune, je n’ai même pas cela. » À cette pensée, ses larmes allaient de nouveau couler lorsque le perroquet, l’ayant aperçue depuis la galerie, poussa un croassement et fondit vers elle, la faisant sursauter. « Veux-tu mourir ! dit-elle. Tu m’as encore jeté toute cette poussière sur la tête. » Le perroquet remonta sur son perchoir et cria : « Xueyan, vite, relève le rideau ! Mademoiselle arrive ! » Daiyu s’arrêta, tapota le perchoir et demanda : « Lui a-t-on remis de la nourriture et de l’eau ? » Le perroquet poussa alors un long soupir qui reproduisait à s’y méprendre les intonations plaintives habituelles de Daiyu, puis récita : « Aujourd’hui j’ensevelis les fleurs, et l’on rit de ma folie ; un autre jour, qui saura m’ensevelir ? » Daiyu et Zijuan éclatèrent de rire. Zijuan dit : « C’est tout ce que vous récitez d’ordinaire. Comment a-t-il donc réussi à le retenir ? » Daiyu fit décrocher le perchoir et le suspendre à un crochet, hors de la fenêtre ronde. Elle entra ensuite et s’assit près de cette fenêtre. Après avoir pris son remède, elle vit les ombres des bambous se projeter à travers la gaze : toute la pièce baignait dans une fraîche pénombre verdoyante, et la natte de la couche ainsi que la petite table exhalaient de la fraîcheur. Ne sachant comment dissiper son ennui, Daiyu s’amusa à taquiner le perroquet à travers la gaze et lui apprit encore à réciter les poèmes et les chants qu’elle aimait. Mais n’en parlons pas davantage.

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Revenons à Xue Baochai. Lorsqu’elle rentra chez elle, sa mère était en train de se coiffer. En la voyant, celle-ci demanda : « Pourquoi accours-tu ici dès l’aube ? — Je venais voir si maman allait bien. Après mon départ d’hier, je ne savais pas s’il était revenu faire du tapage. » Tout en parlant, Baochai s’assit auprès de sa mère et ne put retenir ses larmes. La tante Xue, la voyant pleurer, ne put se maîtriser non plus et pleura avec elle, tout en la consolant : « Mon enfant, ne te sens pas lésée. Attends que je règle son compte à ce misérable ! S’il t’arrivait malheur, sur qui pourrais-je encore compter ? » Xue Pan, qui les avait entendues de dehors, entra précipitamment. Il salua Baochai à droite, puis à gauche, et répétait : « Ma bonne petite sœur, pardonne-moi cette fois ! Hier, j’avais bu et je suis rentré tard. En chemin, j’ai dû rencontrer quelque mauvais esprit ; à mon arrivée, je n’avais pas encore retrouvé mes esprits. J’ignore quelles sottises j’ai racontées, je ne le sais même pas moi-même. Je comprends que tu sois fâchée. »

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Baochai pleurait le visage caché dans ses mains. En entendant ces paroles, elle eut presque envie de rire ; elle releva la tête, cracha vers le sol et dit : « Épargne-nous ces singeries. Je sais bien qu’au fond tu nous trouves encombrantes, maman et moi. Tu cherches seulement un moyen de nous faire partir pour avoir enfin la paix. » Xue Pan se hâta de répondre en riant : « Petite sœur, d’où te vient une pareille idée ? Tu n’as jamais été de celles qui se tourmentent sans raison et déforment les paroles. » La tante Xue intervint aussitôt : « Tu sais relever les “paroles déformées” de ta sœur ; mais les propos que tu as tenus hier soir étaient donc bien droits ? Tu avais véritablement perdu l’esprit ! — Maman, ne te fâche plus, et que ma sœur ne s’afflige pas non plus. Désormais, je n’irai plus boire ni traîner avec ces gens-là. Cela vous convient-il ? — Voilà que tu retrouves enfin la raison », dit Baochai en souriant. La tante Xue reprit : « Le jour où tu tiendras fermement une résolution, les dragons pondront des œufs ! — Si jamais je retourne traîner avec eux, que ma sœur me crache au visage quand elle me verra, qu’elle me traite de bête et me dise que je ne suis pas un homme ! Pourquoi faudrait-il que, pour moi seul, vous vous rongiez toutes deux chaque jour ? Que maman se mette en colère à cause de moi, cela pourrait encore se pardonner ; mais si je fais aussi du souci à ma sœur, je suis moins qu’un homme. À présent que père n’est plus là, au lieu de redoubler de piété envers maman et d’affection envers ma sœur, je vous mets toutes deux en colère et j’afflige ma sœur : je vaux moins qu’une bête ! » Tandis qu’il parlait, des larmes roulèrent malgré lui de ses yeux.

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La tante Xue avait cessé de pleurer, mais ces paroles réveillèrent son chagrin. Baochai se força à sourire : « Après tout le tapage que tu as fait, voilà maintenant que tu fais encore pleurer maman. » Xue Pan, l’entendant, ravala aussitôt ses larmes et dit en riant : « Quand ai-je fait pleurer maman ? Allons, allons, assez ! Laissons cela et n’en parlons plus. Qu’on appelle Xiangling pour servir du thé à ma sœur. — Je ne prendrai pas de thé. Dès que maman se sera lavé les mains, nous rentrerons dans la résidence. — Laisse-moi voir ton collier, petite sœur ; il faudrait peut-être le faire repasser au feu. — Il est déjà d’un jaune éclatant. Pourquoi le repasser ? — Tu devrais aussi te faire faire quelques vêtements. Dis-moi quelles couleurs et quels motifs tu désires. — Je n’ai même pas encore porté tous ceux que j’ai. Pourquoi en faire d’autres ? » Lorsque la tante Xue eut changé de vêtements, elle prit Baochai par la main et entra avec elle dans la résidence. Xue Pan sortit alors de son côté.

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La tante Xue et Baochai entrèrent donc dans le jardin pour voir Baoyu. Arrivées à la cour du Bonheur rouge, elles virent quantité de servantes et de vieilles femmes debout sous l’avant-corps et tout autour de la galerie ; elles comprirent que l’aïeule Jia et les autres étaient là. Mère et fille entrèrent et saluèrent tout le monde. Baoyu était étendu sur une couche. La tante Xue lui demanda : « Vas-tu un peu mieux ? » Baoyu voulut aussitôt se redresser et répondit : « Un peu mieux. Je suis indigne d’avoir ainsi inquiété ma tante et mes sœurs. » La tante Xue le fit vite se recoucher, puis demanda : « Si tu désires quelque chose, dis-le-moi sans façon. — Si quelque chose me vient à l’esprit, je ne manquerai pas de le demander à ma tante. » Madame Wang demanda à son tour : « Qu’aimerais-tu manger ? On pourra te le faire apporter tout à l’heure. — Je n’ai guère envie de quoi que ce soit. Mais la soupe qu’on avait préparée une fois avec de petites feuilles et de petites capsules de lotus était assez bonne. » Xifeng rit à côté de lui : « Écoutez-moi cela ! Ses goûts ne sont pas bien coûteux, seulement terriblement compliqués. Il a fallu qu’il ait justement envie de ce plat-là ! » L’aïeule Jia ordonna plusieurs fois de suite qu’on le prépare. Xifeng dit en riant : « Que la Vieille Aïeule ne s’impatiente pas. Laissez-moi me rappeler qui garde les moules. » Elle se retourna et chargea une vieille femme de les demander à l’intendance des cuisines. Celle-ci revint longtemps après annoncer : « Les cuisines disent que les quatre jeux de moules à soupe ont tous été rendus. » Xifeng réfléchit encore : « Moi aussi, je me souviens qu’ils ont été remis, mais plus à qui. Ils sont probablement à l’office du thé. » Elle y envoya quelqu’un ; on ne les y avait pas non plus. Finalement, ce fut le service de l’argenterie qui les apporta.

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La tante Xue fut la première à les examiner. C’était un petit coffret contenant quatre jeux de moules en argent, longs de plus d’un pied et larges d’un pouce. Ils étaient ciselés de motifs gros comme des fèves : chrysanthèmes, fleurs de prunier, capsules de lotus, châtaignes d’eau, en tout trente ou quarante modèles, tous d’un travail extrêmement délicat. Elle dit en riant à l’aïeule Jia et à Madame Wang : « Dans votre maison, on a vraiment pensé à tout ! Même pour manger un bol de soupe, vous avez de pareils modèles. Si vous ne me l’aviez pas expliqué, je les aurais vus sans jamais deviner à quoi ils servent. » Sans attendre la réponse de personne, Xifeng expliqua en riant : « Ma tante ne peut pas savoir. L’an dernier, quand on préparait les mets, ils ont inventé cette façon de faire : on imprime je ne sais quelle pâte avec ces moules, on lui emprunte un peu du parfum frais des jeunes feuilles de lotus, et tout repose sur la qualité du bouillon. Au fond, cela n’a guère d’intérêt. Qui en mangerait tous les jours ? On n’en a fait qu’une fois, pour présenter le modèle. Comment se fait-il qu’il s’en soit souvenu aujourd’hui ? » Elle prit le coffret et le tendit à une femme : « Ordonnez aux cuisines de prendre immédiatement quelques poulets, d’ajouter encore ce qu’il faut et de préparer dix bols de soupe. »

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Madame Wang demanda : « Pourquoi en faire autant ? » Xifeng répondit en riant : « Il y a une raison. Ce plat ne se prépare presque jamais d’ordinaire. Puisque frère Baoyu en a parlé aujourd’hui, il ne serait pas très convenable de n’en faire que pour lui, sans que l’aïeule, ma tante et Madame Wang y goûtent. Autant profiter de l’occasion pour que tout le monde en mange ; et, grâce à vous, je pourrai moi aussi goûter cette nouveauté. » L’aïeule Jia rit : « Guenon ! Comme tu sais t’y prendre ! Tu fais tes largesses avec l’argent de la maison. » Tout le monde éclata de rire. Xifeng répondit vivement : « Cela ne compte pas. J’ai encore les moyens d’offrir ce petit régal. » Puis elle ordonna à la femme : « Dites aux cuisines d’y mettre tout ce qu’il faut et de bien le préparer. L’argent sera pris sur mon compte. » La vieille femme acquiesça et partit.

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Baochai dit en souriant : « Depuis les quelques années que je suis ici, j’ai observé attentivement les choses : si habile que soit ma seconde belle-sœur, elle ne surpassera jamais l’aïeule. » L’aïeule Jia répondit : « Mon enfant ! Je suis vieille à présent ; quelle habileté pourrais-je encore avoir ? Quand j’avais l’âge de la petite Feng, je valais encore mieux qu’elle ! À présent, même si elle ne nous égale pas, elle se débrouille déjà fort bien et surpasse de loin ta tante. Ta pauvre tante parle peu ; elle reste comme un morceau de bois et ne sait pas gagner les bonnes grâces de ses beaux-parents. La petite Feng a la langue adroite : comment s’étonner que les gens l’aiment ? » Baoyu demanda en riant : « À vous entendre, on n’aime donc pas ceux qui parlent peu ? — Ceux qui parlent peu ont leurs côtés aimables, et les beaux parleurs ont aussi leurs défauts agaçants. Tout bien considéré, mieux vaut se taire. — Voilà bien ce que je disais. Ma belle-sœur aînée parle peu, et pourtant l’aïeule la traite exactement comme grande sœur Feng. Si seuls les beaux parleurs étaient aimables, parmi toutes ces sœurs il n’y aurait que grande sœur Feng et petite sœur Lin qui le seraient. » L’aïeule Jia reprit : « Puisque nous parlons des filles, et sans vouloir flatter la tante devant elle, je dis en toute vérité que, même en comptant les quatre filles de notre famille, aucune ne vaut la petite Bao. » La tante Xue s’empressa de rire : « L’aïeule se montre partiale. » Madame Wang ajouta : « L’aïeule me dit souvent en privé tout le bien qu’elle pense de la petite Bao. Ce ne sont vraiment pas des paroles de circonstance. » Baoyu avait amené l’aïeule sur ce sujet dans l’intention de lui faire louer Lin Daiyu ; il ne s’attendait pas à ce qu’elle louât au contraire Baochai. Surpris, il regarda celle-ci en souriant. Mais Baochai avait déjà détourné la tête et parlait avec Xiren.

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Quelqu’un vint soudain annoncer que le repas était servi. L’aïeule Jia se leva enfin et recommanda à Baoyu : « Repose-toi bien. » Après avoir donné toutes sortes d’instructions aux servantes, elle s’appuya sur Xifeng, céda le pas à la tante Xue et sortit avec les autres. Elle demandait encore : « La soupe est-elle prête ? » Puis elle dit à la tante Xue et aux autres : « Si vous avez envie de quelque chose, dites-le-moi sans façon. Je saurai bien demander à la petite Feng de nous le procurer. » La tante Xue rit : « L’aïeule sait aussi la taquiner. Elle vous prépare souvent des choses pour témoigner de sa piété, et finalement vous n’en mangez presque pas. » Xifeng dit en riant : « Ma tante ne devrait pas parler ainsi. Notre Vieille Aïeule trouve seulement que la chair humaine est aigre ; autrement, elle m’aurait déjà dévorée ! » Elle n’avait pas fini sa phrase que l’aïeule Jia et toute l’assistance éclatèrent de rire. Même Baoyu, resté dans sa chambre, ne put s’empêcher de rire.

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Xiren dit en riant : « Vraiment, la langue de la seconde maîtresse ferait peur à la mort elle-même. » Baoyu lui prit la main : « Tu es restée debout tout ce temps ; tu dois être fatiguée. » Tout en parlant, il la fit asseoir auprès de lui. Xiren sourit : « Vous avez encore oublié. Pendant que mademoiselle Bao est dans la cour, demandez-lui de faire venir Ying’er pour nous tresser quelques cordons. — Heureusement que tu m’y fais penser. » Il leva la tête vers la fenêtre et appela : « Grande sœur Bao, après le repas, demande à Ying’er de venir tresser quelques cordons. En aura-t-elle le temps ? — Pourquoi ne l’aurait-elle pas ? répondit Baochai en se retournant. Je vais lui dire de venir tout à l’heure. » L’aïeule Jia et les autres, qui n’avaient pas bien entendu, s’arrêtèrent pour interroger Baochai. Lorsqu’elle leur eut expliqué, l’aïeule Jia dit : « Bonne enfant, demande-lui de venir en tresser quelques-uns pour ton frère. Si tu as besoin de quelqu’un pour te servir, j’ai quantité de servantes désœuvrées. Choisis celle qui te plaît et emploie-la sans façon. » La tante Xue et Baochai répondirent en riant : « Il suffit de la laisser venir faire cela. Nous n’avons pas besoin qu’on la remplace. Elle passe déjà ses journées à ne rien faire qu’à s’amuser. »

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Tout en parlant, elles poursuivaient leur chemin lorsqu’elles aperçurent Xiangyun, Ping’er, Xiangling et quelques autres près des rocailles, occupées à cueillir des balsamines. En les voyant approcher, toutes vinrent à leur rencontre. Peu après, elles sortirent du jardin. Madame Wang, craignant que l’aïeule Jia ne fût fatiguée, voulut la faire asseoir dans les appartements principaux. L’aïeule sentait elle-même ses jambes endolories et acquiesça. Madame Wang ordonna à une servante d’aller préparer les sièges. La concubine Zhao s’était déclarée malade ; seules la concubine Zhou, les vieilles femmes et les servantes s’affairèrent à relever les rideaux, dresser les dossiers et étendre les coussins. L’aïeule Jia entra appuyée sur Xifeng et s’assit à la place d’honneur, face à la tante Xue. Xue Baochai et Shi Xiangyun prirent place plus bas. Madame Wang apporta elle-même du thé à l’aïeule Jia, tandis que Li Gongcai en servait à la tante Xue. L’aïeule dit à Madame Wang : « Laisse les jeunes belles-sœurs nous servir et va t’asseoir là-bas, afin que nous puissions causer. » Madame Wang s’assit alors sur un petit tabouret et ordonna à Xifeng : « Que le repas de l’aïeule soit servi ici et qu’on y ajoute quelques plats. » Xifeng acquiesça et sortit donner l’ordre d’avertir les gens des appartements de l’aïeule. Les vieilles femmes transmirent aussitôt le message et les servantes accoururent. Madame Wang ordonna encore : « Allez inviter les demoiselles. » On les attendit longtemps, mais seules Tanchun et Xichun vinrent. Yingchun se sentait souffrante et ne prenait pas son repas. Quant à Lin Daiyu, il était inutile d’en parler : sur dix repas, elle en mangeait tout au plus cinq, et personne n’y prêtait plus attention.

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Peu après, le repas arriva et l’on disposa les tables. Xifeng, debout, tenait une poignée de baguettes d’ivoire enveloppées dans une serviette. Elle dit en riant : « Que la Vieille Aïeule et ma tante ne fassent pas de cérémonies ; contentez-vous de m’obéir. » L’aïeule Jia dit à la tante Xue en souriant : « Nous agissons toujours ainsi. » La tante Xue acquiesça en riant. Xifeng disposa quatre paires de baguettes : les deux du haut pour l’aïeule Jia et la tante Xue, celles des côtés pour Xue Baochai et Shi Xiangyun. Madame Wang, Li Gongcai et les autres restèrent debout pour surveiller le service des plats. Xifeng s’empressa d’abord de faire apporter de la vaisselle propre afin de choisir des mets pour Baoyu.

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Peu après, la soupe aux feuilles de lotus fut apportée. Lorsque l’aïeule Jia l’eut examinée, Madame Wang se retourna, aperçut Yuchuan et lui ordonna de la porter à Baoyu. Xifeng dit : « Elle ne pourra pas tout emporter seule. » Justement, Ying’er et Tongxi arrivèrent ensemble. Sachant qu’elles avaient déjà mangé, Baochai dit à Ying’er : « Le second maître Bao te demande justement d’aller lui tresser des cordons. Allez-y toutes les deux. » Ying’er acquiesça et sortit avec Yuchuan. Elle demanda : « C’est si loin et il fait terriblement chaud. Comment allons-nous porter tout cela ? — Ne t’inquiète pas, répondit Yuchuan en riant, j’ai mon idée. » Elle appela une vieille femme, fit placer la soupe, le riz et le reste dans une boîte de service, puis lui ordonna de les porter derrière elles, tandis qu’elles marchaient toutes deux les mains vides. Ce ne fut qu’à la porte de la cour du Bonheur rouge que Yuchuan reprit la boîte ; elle entra avec Ying’er dans la chambre. Xiren, Sheyue et Qiuwen plaisantaient avec Baoyu. En voyant les deux jeunes filles, elles se levèrent vivement et dirent en riant : « Quel heureux hasard vous amène toutes deux en même temps ? » Tout en parlant, elles prirent ce qu’elles apportaient. Yuchuan s’assit sur un petit tabouret ; Ying’er n’osa pas s’asseoir. Xiren s’empressa de lui apporter un repose-pieds, mais Ying’er n’osait toujours pas s’y mettre. Baoyu se réjouit beaucoup de la voir. Cependant, à la vue de Yuchuan, il se rappela sa sœur Jinchuan ; envahi à la fois par le chagrin et la honte, il délaissa Ying’er pour parler d’abord à Yuchuan. Xiren, craignant que cette indifférence ne gênât Ying’er, et voyant qu’elle refusait toujours de s’asseoir, la prit par la main et l’emmena dans la pièce voisine pour boire du thé et bavarder.

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Pendant ce temps, Sheyue et les autres préparèrent bols et baguettes pour servir le repas. Mais Baoyu ne mangeait pas. Il demanda à Yuchuan : « Ta mère va-t-elle bien ? » Le visage plein de colère, Yuchuan ne lui accorda même pas un regard. Au bout d’un long moment, elle répondit seulement : « Bien. » Baoyu se sentit fort embarrassé. Après un autre silence, il se força à sourire et demanda : « Qui t’a chargée de m’apporter cela ? — Les maîtresses, naturellement ! » Voyant qu’elle gardait un visage de deuil, Baoyu comprit qu’elle agissait ainsi à cause de Jinchuan. Il aurait voulu s’humilier pour l’amadouer, mais il y avait trop de monde pour qu’il pût s’abaisser ouvertement. Il trouva donc un prétexte pour faire sortir tout le monde, puis, souriant toujours, lui posa toutes sortes de questions. Yuchuan n’avait d’abord aucune envie de lui répondre ; mais elle vit que Baoyu ne se fâchait nullement et que, malgré toutes ses paroles désagréables, il restait doux et cordial. Elle finit par se sentir elle-même gênée, et son visage s’éclaira quelque peu. Baoyu la pria en souriant : « Ma bonne sœur, apporte-moi cette soupe pour que j’y goûte. — Je n’ai jamais su donner à manger aux gens. Attendez que les autres reviennent. — Je ne te demande pas de me donner la becquée. Comme je ne peux pas marcher, passe-la-moi simplement. Tu pourras ainsi rentrer plus tôt rendre compte de ta mission, puis aller manger. Si je te retiens trop longtemps, ne vas-tu pas mourir de faim ? Et si tu as la flemme de bouger, il faudra bien que je supporte la douleur et que je descende la chercher moi-même. » Il fit mine de sortir du lit et se redressa avec peine, mais ne put retenir un cri : « Aïe ! » Yuchuan, incapable de résister davantage, se leva : « Recouchez-vous ! Quelles fautes avez-vous donc commises dans une vie antérieure pour en recevoir ainsi la punition immédiate ? Et pourquoi faut-il que ce soit moi qui voie tout cela ? » Tout en parlant, elle laissa échapper un petit rire et lui apporta la soupe.

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Baoyu dit en souriant : « Ma bonne sœur, si tu veux rester fâchée, fais-le seulement ici. Mais devant l’aïeule et Madame Wang, montre-toi un peu plus aimable. Si tu gardes ce visage-là, tu te feras gronder. — Mangez donc ! Mangez ! répondit Yuchuan. Inutile de m’enrober de paroles mielleuses : je ne crois pas à tout cela ! » Elle lui fit boire deux gorgées de soupe. Baoyu déclara exprès : « Ce n’est pas bon, pas bon du tout. — Amitabha ! Si cela n’est pas bon, qu’est-ce qui le sera ? — Cela n’a aucun goût. Goûte toi-même, tu verras. » Par dépit, Yuchuan en goûta réellement une cuillerée. Baoyu sourit : « Maintenant, c’est délicieux ! » Yuchuan comprit alors son intention : Baoyu avait seulement voulu lui faire avaler une bouchée. Elle dit : « Puisque vous prétendiez ne pas en vouloir et que vous dites maintenant que c’est bon, je ne vous en donnerai plus. » Baoyu eut beau sourire, la supplier et en redemander, Yuchuan refusait toujours, tout en appelant quelqu’un pour qu’on lui servît son repas.

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Une servante venait d’entrer lorsque quelqu’un annonça : « Deux nourrices de la maison du second maître Fu viennent présenter leurs respects et voir le jeune maître. » Baoyu comprit qu’il s’agissait des nourrices de Fu Shi, vice-préfet et disciple de Jia Zheng. Fu Shi devait sa réussite au prestige de la famille Jia ; Jia Zheng avait pour lui une considération particulière et le distinguait de ses autres disciples. Sa maison envoyait donc souvent des gens entretenir les relations. Baoyu détestait ordinairement les hommes grossiers et les femmes stupides. Pourquoi ordonna-t-il pourtant de faire entrer ces deux vieilles femmes ? Il y avait à cela une raison. Baoyu avait entendu dire que Fu Shi avait une sœur nommée Fu Qiufang, jeune beauté accomplie des appartements féminins, dont chacun vantait le talent et la grâce. Sans l’avoir jamais vue de ses propres yeux, il nourrissait pour elle, de loin, une admiration rêveuse et pleine de respect. Il craignit qu’en refusant de recevoir ces femmes, il ne témoignât trop peu d’égards à Fu Qiufang ; aussi les fit-il entrer aussitôt. Fu Shi était un parvenu récent. Comme Fu Qiufang avait quelque beauté et une intelligence supérieure, son frère comptait sur elle pour s’allier par mariage à une grande famille noble et refusait de la donner à la légère. C’est ainsi que les années avaient passé. Fu Qiufang avait maintenant vingt-trois ans et n’était toujours pas promise. Mais les grandes familles, de leur côté, méprisaient les origines de lettré pauvre de Fu Shi et la faiblesse de ses assises ; aucune ne demandait sa sœur en mariage. Fu Shi, qui entretenait des relations étroites avec les Jia, avait naturellement ses propres desseins.

Or les deux vieilles femmes envoyées ce jour-là étaient d’une ignorance exceptionnelle. En apprenant que Baoyu voulait les voir, elles entrèrent, lui présentèrent leurs respects et n’avaient pas encore échangé deux phrases avec lui que Yuchuan, voyant des étrangères, cessa de se quereller avec Baoyu. Elle tenait le bol de soupe et écoutait attentivement. Baoyu, de son côté, parlait aux vieilles femmes tout en mangeant. Il tendit la main pour prendre la soupe ; mais tous deux avaient les yeux fixés sur les visiteuses, et son geste fut trop brusque. Il renversa le bol et répandit la soupe sur sa main. Yuchuan, qui n’avait pas été ébouillantée, sursauta tout de même et s’écria en riant : « Mais qu’arrive-t-il ? » Les servantes, affolées, se précipitèrent pour ramasser le bol. Baoyu, sans même sentir qu’il s’était brûlé, ne cessait de demander à Yuchuan : « Où es-tu brûlée ? As-tu mal ? » Yuchuan et toutes les autres éclatèrent de rire. « C’est vous qui vous êtes brûlé, dit-elle, et vous ne faites que m’interroger ! » Baoyu s’aperçut alors seulement de sa brûlure. Tout le monde s’empressa de remettre les choses en ordre. Baoyu ne mangea plus ; il se lava les mains, prit du thé et échangea encore quelques paroles avec les deux vieilles femmes. Celles-ci prirent ensuite congé. Qingwen et les autres les accompagnèrent jusqu’au pont avant de revenir.

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Lorsqu’elles ne virent plus personne autour d’elles, les deux vieilles femmes se mirent à bavarder en marchant. L’une dit en riant : « Je comprends pourquoi on raconte que leur Baoyu est beau de visage mais confus dans sa tête, agréable à regarder mais bon à rien. Il est vraiment un peu idiot. C’est lui qui s’est brûlé la main, et il demande à une autre si elle a mal. N’est-ce pas un imbécile ? » L’autre rit à son tour : « La dernière fois que je suis venue, j’ai entendu quantité de gens de la maison se plaindre de lui. C’est la vérité même : il a quelque chose d’un idiot. Trempé par une averse comme un poulet tombé à l’eau, il avertit les autres : “Il pleut, mettez-vous vite à l’abri !” N’est-ce pas risible ? Quand il n’a personne auprès de lui, il lui arrive de pleurer et de rire tout seul. S’il voit une hirondelle, il lui parle ; s’il aperçoit un poisson dans la rivière, il parle au poisson. Devant les étoiles ou la lune, ou bien il pousse de longs et courts soupirs, ou bien il marmonne sans fin. Il n’a pas la moindre fermeté et supporte même les humeurs de ces petites servantes mal peignées. Quand il se met à ménager les choses, le moindre bout de fil lui paraît précieux ; mais quand il les gaspille, même si elles valent des milliers et des dizaines de milliers, il n’en a plus cure. » Tout en devisant, elles sortirent du jardin et rentrèrent chez elles. Mais n’en parlons plus.

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Lorsque Xiren vit que les visiteuses étaient parties, elle ramena Ying’er et demanda à Baoyu : « Quels cordons faut-il tresser ? » Baoyu dit à Ying’er en riant : « J’étais si occupé à parler que je t’avais oubliée. Je ne t’ai pas dérangée pour autre chose : je voudrais que tu me fasses quelques filets noués. — Pour y mettre quoi ? — Peu importe. Fais-m’en quelques-uns de chaque sorte. » Ying’er battit des mains en riant : « Quelle affaire ! À ce compte-là, je n’aurais pas fini dans dix ans ! — Ma bonne sœur, tu n’as rien à faire ; fais-les-moi tous. » Xiren intervint : « Comment pourrait-elle tout finir d’un coup ? Qu’elle commence par deux des plus nécessaires. — Qu’y a-t-il de nécessaire ? demanda Ying’er. Seulement les éventails, les pendentifs à parfum et les mouchoirs de ceinture. — Un mouchoir de ceinture conviendrait. — De quelle couleur est-il ? — Rouge vif. — Avec du rouge vif, un filet noir serait le plus beau. Ou bien bleu ardoise, pour contenir l’éclat de la couleur. — Et qu’est-ce qui s’accorde avec le jaune fleur de pin ? — Le jaune fleur de pin avec le rose pêche. — Voilà qui est gracieux et éclatant. Je voudrais quelque chose de sobre et délicat, mais avec un peu d’éclat. — Mes associations préférées sont le vert ciboule et le jaune saule. — Très bien. Fais-en donc un rose pêche et un autre vert ciboule. — Avec quels motifs ? — Il y a donc plusieurs motifs ? — Le Bâton d’encens, le Tabouret tourné vers le ciel, l’Œil d’éléphant, le Double losange, les Anneaux entrelacés, la Fleur de prunier et la Feuille de saule. — Quel était le motif que tu as fait l’autre jour pour troisième sœur ? — La Fleur de prunier au cœur assemblé. — C’est celui-là qu’il faut. » Tandis qu’ils parlaient, Xiren venait justement d’apporter les fils. Une vieille femme annonça de l’extérieur : « Le repas des demoiselles est servi. » Baoyu dit : « Allez manger et revenez vite après. — Nous avons une invitée, répondit Xiren en souriant ; comment pourrions-nous partir ? » Ying’er démêlait les fils tout en riant : « D’où vient cette idée ? Allez donc manger convenablement et revenez vite. » Xiren et les autres finirent par partir, ne laissant que deux petites servantes à portée de voix.

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Baoyu regardait Ying’er nouer le filet tout en bavardant avec elle. Il lui demanda : « Quel âge as-tu ? — Seize ans », répondit-elle sans cesser son travail. « Quel est ton nom de famille ? — Huang. » Baoyu sourit : « Ton nom complet te va donc parfaitement : tu es réellement une “petite loriot jaune”. » Ying’er répondit en riant : « Mon prénom avait à l’origine deux caractères : on m’appelait Jin Ying. Mais mademoiselle trouvait cela difficile à prononcer et s’est contentée de m’appeler Ying’er. Depuis, tout le monde en a pris l’habitude. — Grande sœur Bao doit t’aimer beaucoup. Lorsqu’elle se mariera, tu la suivras certainement. » Ying’er pinça les lèvres en souriant. Baoyu poursuivit : « Je dis souvent à Xiren que je me demande quel homme assez fortuné aura un jour le bonheur de vous avoir toutes les deux, maîtresse et servante. — Vous ne connaissez pas encore notre demoiselle. Elle possède plusieurs qualités qu’aucune autre personne au monde ne possède ; sa beauté vient seulement en second. » Ying’er parlait d’une voix gracieuse et mélodieuse, avec un sourire plein de charme. Baoyu en était déjà tout ému ; comment aurait-il résisté lorsqu’elle se mit en plus à parler de Baochai ? Il demanda : « Quelles sont donc ses qualités ? Ma bonne sœur, raconte-les-moi. — Je veux bien vous les dire, mais vous ne devrez pas aller les lui répéter. — Naturellement. »

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Ils parlaient encore lorsqu’une voix s’éleva dehors : « Pourquoi est-ce si silencieux ici ? » Tous deux se retournèrent : ce n’était autre que Baochai. Baoyu l’invita vivement à s’asseoir. Une fois assise, Baochai demanda à Ying’er : « Que noues-tu là ? » Tout en parlant, elle se pencha sur son ouvrage, qui n’était encore qu’à moitié fait. Elle sourit : « Quel intérêt y a-t-il à cela ? Tu ferais mieux de tresser un filet pour envelopper le jade. » Ces paroles éveillèrent soudain Baoyu. Il battit des mains en riant : « Grande sœur a raison ! Je n’y avais plus pensé. Mais quelles couleurs lui conviendraient ? — Les couleurs mêlées sont absolument impossibles. Le rouge vif se confondrait avec la couleur du jade ; le jaune ne ressortirait pas, et le noir serait trop sombre. Attends que je trouve une solution : prends du fil d’or et associe-le à du fil noir perlé, en les tordant brin par brin. Le filet sera alors très beau. »

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Baoyu fut transporté de joie et appela plusieurs fois Xiren pour qu’elle apportât du fil d’or. Celle-ci entrait justement avec deux bols de mets. Elle dit à Baoyu : « Il se passe aujourd’hui quelque chose d’étrange. Madame Wang vient de faire porter exprès ces deux bols de mets pour moi. — Il y avait sûrement beaucoup de plats aujourd’hui, et elle en a envoyé pour que vous en mangiez toutes. — Non. La personne a dit expressément qu’ils étaient pour moi, et Madame Wang ne m’a même pas demandé d’aller la remercier en me prosternant. Voilà qui est étrange. » Baochai sourit : « Puisqu’on te les donne, mange-les. Pourquoi tant t’interroger ? — Pareille chose n’était encore jamais arrivée ; j’en suis toute gênée. » Baochai pinça les lèvres : « Cela suffit déjà à te gêner ? Demain, il y aura quelque chose qui te gênera encore bien davantage. » Xiren comprit que ces paroles avaient un sens caché. Sachant que Baochai n’était pas de celles qui raillent les gens avec légèreté, elle se rappela les intentions manifestées l’autre jour par Madame Wang et n’ajouta rien. Elle montra les plats à Baoyu et dit : « Je vais me laver les mains, puis j’apporterai le fil. » Sur ce, elle sortit directement. Après avoir mangé et s’être lavé les mains, elle revint apporter le fil d’or à Ying’er pour le filet. Entre-temps, Baochai avait déjà été rappelée par un messager de Xue Pan.

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Baoyu regardait toujours Ying’er nouer le filet lorsque deux servantes envoyées par Madame Xing arrivèrent avec deux sortes de fruits. Elles lui demandèrent : « Pouvez-vous déjà marcher ? Si vous le pouvez, Madame Xing souhaiterait que le jeune maître vienne demain se distraire chez elle. Elle pense beaucoup à vous. » Baoyu répondit vivement : « Dès que je pourrai marcher, j’irai certainement présenter mes respects à Madame Xing. La douleur est déjà moins forte qu’auparavant ; demandez-lui de ne pas s’inquiéter. » Tout en parlant, il les invita à s’asseoir, puis appela Qiuwen et lui ordonna de porter à mademoiselle Lin la moitié des fruits qu’on venait d’apporter. Qiuwen acquiesça et allait partir lorsqu’on entendit soudain Daiyu parler dans la cour. Baoyu s’écria aussitôt : « Vite, faites-la entrer ! » Pour connaître la suite, lisez le prochain chapitre.

Notes

白玉釧 : le titre joue sur le nom de Yuchuan, dont les caractères signifient littéralement « bracelet de jade blanc ».

黃金鶯 : le patronyme Huang, « jaune », suivi de Jin Ying, « loriot d’or », forme dans le titre une expression brillante et parallèle à 白玉釧.

瀟湘館 : la Xiao et la Xiang sont deux rivières associées aux bambous tachés par les larmes des épouses du souverain Shun ; le nom convient au destin lacrymal de Daiyu.

雙文 : prénom de naissance de Cui Yingying, héroïne de « L’Histoire du pavillon d’Occident », séparée de son père et vivant avec sa mère veuve et son jeune frère.

儂今葬花人笑痴 : ces deux vers sont tirés du chant funèbre composé par Daiyu lorsqu’elle ensevelit les fleurs.

黃鶯兒 : Huang Ying’er signifie littéralement « petit loriot jaune » ; Baoyu souligne l’accord plaisant entre son patronyme et son prénom.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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