Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 104 Le Vajra ivre, petit goujon, soulève de grandes vagues ; le jeune seigneur éperdu, dans sa douleur persistante, retrouve ses anciens sentiments
醉金剛小鰍生大浪 痴公子餘痛觸前情
Le Vajra ivre, petit goujon, soulève de grandes vagues
le jeune seigneur éperdu, dans sa douleur persistante, retrouve ses anciens sentiments
話說賈雨村剛欲過渡,見有人飛奔而來,跑到跟前,口稱:「老爺,方纔逛的那廟火起了!」雨村囬首看時,只見烈炎燒天,飛灰蔽目。雨村心想,「這也竒怪,我纔出來,走不多遠,這火從何而來?莫非士隱遭刼于此?」欲待囬去,又恐悞了過河。若不囘去,心下又不安,想了一想,便問道:「你方纔見這老道士出來了没有?」那人道:「小的原隨老爺出來,因腹内疼痛,畧走了一走。囬頭看見一片火光,原來就是那廟中火起,特赶來禀知老爺。並没有見有人出來。」雨村雖則心裡狐疑,䆒竟是名利關心的人,那肯囬去看視,便呌那人:「你在這裡等火滅了進去瞧那老道在與不在,卽來囬禀。」那人只得答應了伺候。
Jia Yucun allait justement traverser le fleuve lorsqu’il vit quelqu’un accourir à toutes jambes. Arrivé devant lui, l’homme s’écria : « Monsieur, le temple que vous venez de visiter a pris feu ! » Yucun se retourna : les flammes furieuses montaient jusqu’au ciel et les cendres volantes obscurcissaient la vue. Il se dit : « Voilà qui est étrange. Je viens à peine de sortir et n’ai pas fait beaucoup de chemin : d’où ce feu peut-il venir ? Se pourrait-il que Zhen Shiyin ait trouvé ici son heure fatale ? » Il voulut retourner sur ses pas, mais craignit de manquer la traversée ; s’il ne revenait pas, pourtant, il n’aurait pas l’esprit tranquille. Après un instant de réflexion, il demanda : « As-tu vu sortir le vieux taoïste de tout à l’heure ? »
L’homme répondit : « Votre serviteur était parti à la suite de Monsieur, mais, pris d’un mal de ventre, je me suis un peu écarté. En me retournant, j’ai vu une grande lueur : c’était le temple qui brûlait. Je me suis donc dépêché de venir en informer Monsieur. Je n’ai vu sortir personne. » Yucun demeurait soupçonneux ; mais, tout entier préoccupé de gloire et de profit, comment aurait-il consenti à retourner voir ? Il ordonna donc à l’homme : « Attends ici que le feu soit éteint, puis entre voir si le vieux taoïste s’y trouve encore, et viens aussitôt me faire ton rapport. » L’homme dut acquiescer et resta sur place.
雨村過河,仍自去查看,查了幾處,遇公舘便自歇下。明日又行一程,進了都門,衆衙役接着,前呼後擁的走着。雨村坐在轎内,聼見轎前開路的人吵嚷。雨村問是何事。那開路的拉了一個人過來跪在轎前禀道:「那人酒醉不知𢌞避,反冲突過來。小的䶸喝他,他倒恃酒撒頼,躺在街心,說小的打了他了。」雨村便道:「我是管理這裡地方的。你們都是我的子民,知道本府經過,喝了酒不知退避,還敢撒頼!」那人道:「我喝酒是自己的錢,醉了躺的是皇上的地,便是大人老爺也𬋩不得。」雨村怒道:「這人目無法紀,問他呌什麽名字。」那人囬道:「我呌醉金剛倪二。」雨村𦗟了生氣,呌人:「打這金剛,瞧他是金剛不是!」手下把倪二按倒,着寔的打了幾鞭。倪二負痛,酒醒求饒。雨村在轎内笑道:「原来是這麽個金剛麽。我且不打你,呌人帶進衙門慢慢的問你。」衆衙役答應,拴了倪二,拉着便走。倪二哀求,也不中用。
Après avoir traversé le fleuve, Yucun poursuivit ses inspections. Il visita plusieurs endroits et, lorsqu’il rencontrait un relais officiel, s’y arrêtait pour la nuit. Le lendemain, il fit encore une étape et franchit les portes de la capitale. Les satellites des tribunaux vinrent à sa rencontre et l’escortèrent en ouvrant la marche et en se pressant derrière lui.
Assis dans sa chaise à porteurs, Yucun entendit une querelle parmi les hommes qui lui frayaient le passage. Il en demanda la cause. L’un d’eux traîna un homme devant la chaise, le fit agenouiller et rapporta : « Cet individu, ivre, n’a pas su s’écarter et s’est au contraire jeté sur nous. Votre serviteur l’a réprimandé, mais, enhardi par le vin, il s’est mis à faire du scandale : il s’est couché au milieu de la rue en prétendant que je l’avais frappé. »
Yucun déclara : « C’est moi qui administre cette contrée. Vous êtes tous mes sujets. Tu savais que le préfet passait ; après avoir bu, non seulement tu ne t’es pas écarté, mais tu oses encore faire du scandale ! » L’homme répondit : « J’ai payé mon vin de mes propres deniers, et c’est sur la terre de l’empereur que je me couche quand je suis ivre. Même un grand seigneur comme vous n’a pas à s’en mêler. » Yucun s’emporta : « Cet homme ne respecte ni loi ni discipline. Demandez-lui son nom. » L’homme répondit : « On m’appelle Ni Er, le Vajra ivre. »
À ces mots, Yucun se mit en colère et ordonna : « Frappez-moi ce Vajra, que nous voyions s’il est vraiment un Vajra ! » Ses hommes renversèrent Ni Er et lui administrèrent de vigoureux coups de fouet. La douleur le dégrisa et il demanda grâce. Yucun rit dans sa chaise : « Voilà donc ce que c’est qu’un Vajra ! Je cesse de te battre pour le moment. Qu’on te conduise au tribunal ; là, je t’interrogerai tout à loisir. » Les satellites obéirent, ligotèrent Ni Er et l’emmenèrent. Il eut beau les supplier, rien n’y fit.
雨村進内覆㫖囬曹,那裡把這件事放在心上。那街上看熱閙的三三兩兩傳說:「倪二仗着有些力氣,恃酒訛人,今兒磞在賈大人手裡,只怕不輕饒的。」這話已傳到他妻女耳邉。那夜果等倪二不見囬家,他女兒便到各處賭場尋覔,那賭愽的都是這麽說,他女兒急得哭了。衆人都道:「你不用着急。那賈大人是榮府的一家。榮府裡的一個什麽二爺和你父親相好,你因你母親去找他說個情,就放出來了。」倪二的女兒聼了,想了一想,「果然我父親常說間壁賈二爺和他好,爲什麼不找他去。」赶着囬来,卽和母親說了。娘兒兩個去找賈芸。那日賈芸恰在家,見他母女兩個過来,便讓坐。賈芸的母親便倒茶。倪家母女卽將倪二被賈大人拿去的話說了一遍,「求二爺說情放出来」。賈芸一口應承,說:「這算不得什麽,我到西府裡說一聲就放了。那賈大人全仗我家的西府裡纔得做了這麽大官,只要打發個人去一說就完了。」倪家母女歡喜,囬來便到府裡告訴了倪二,呌他不用忙,已經求了賈二爺,他滿口應承,討個情便放出来的。倪二聼了也喜歡。
Yucun entra au palais pour rendre compte de sa mission et reprendre sa charge ; il ne songea déjà plus à cette affaire. Dans la rue, les curieux racontaient par petits groupes : « Ni Er comptait sur sa force et profitait de son ivresse pour extorquer les gens. Aujourd’hui, il est tombé entre les mains du seigneur Jia ; celui-ci ne le traitera sûrement pas avec indulgence. »
Ces propos finirent par parvenir aux oreilles de sa femme et de sa fille. Cette nuit-là, voyant que Ni Er ne rentrait toujours pas, sa fille alla le chercher dans toutes les maisons de jeu. Partout, les joueurs lui répétèrent la même histoire, et elle en pleura d’angoisse. On lui dit : « Ne t’inquiète pas. Le seigneur Jia est lié au palais Rong. Là-bas, un certain second maître est en bons termes avec ton père. Que ta mère aille lui demander d’intervenir, et ton père sera relâché. »
La fille de Ni Er réfléchit : « C’est vrai, mon père dit souvent qu’il est lié avec le second maître Jia, notre voisin. Pourquoi ne pas aller le trouver ? » Elle rentra en hâte et en parla à sa mère. Toutes deux se rendirent chez Jia Yun. Ce jour-là, il se trouvait justement chez lui ; voyant entrer la mère et la fille, il les invita à s’asseoir, tandis que sa propre mère leur servait du thé.
Les deux femmes lui racontèrent comment Ni Er avait été arrêté par le seigneur Jia et le supplièrent d’intercéder pour qu’il fût relâché. Jia Yun promit aussitôt : « Ce n’est rien. Il me suffit d’en dire un mot au palais de l’Ouest et on le libérera. Ce seigneur Jia n’a pu devenir un si haut fonctionnaire que grâce à notre palais de l’Ouest. Il suffira d’y envoyer quelqu’un lui parler, et tout sera réglé. »
Ravies, la femme et la fille de Ni Er repartirent et allèrent à la prison informer celui-ci qu’il n’avait pas à s’inquiéter : elles avaient sollicité le second maître Jia, qui leur avait donné sa parole et obtiendrait sa libération par une simple requête. Ni Er s’en réjouit lui aussi.
不料賈芸自從那日給鳯姐送禮不收,不好意思進來,也不常到榮府。那榮府的門上原看着主子的行事,呌誰走動纔有些體面,一時来了他便進去通報。若主子不大理了,不論本家親戚,他一槩不囬,支了去就完事。那日賈芸到府上說「給璉二爺請安」。門上的說:「二爺不在家,等囬來我們替囬罷。」賈芸欲要說「請二奶奶的安」,生恐門上厭煩,只得囘家。又被倪家母女催逼着說:「二爺常說府上是不論那個衙門,說一聲誰敢不依。如今𮟃是府裡的一家,又不爲什麽大事,這個情還討不来,白是我們二爺了。」賈芸臉上下不來,嘴裡還說硬話:「昨兒我們家裡有事,没打發人說去,少不得今兒說了就放。什麽大不了的事!」倪家母女只得聽信。
Or, depuis le jour où Xifeng avait refusé son présent, Jia Yun, embarrassé, n’osait plus se présenter et venait rarement au palais Rong. Les portiers du palais réglaient toujours leur conduite sur celle de leurs maîtres : tant que ceux-ci recevaient quelqu’un avec quelque considération, ils annonçaient sa visite dès son arrivée ; mais si les maîtres cessaient de lui prêter attention, fût-il parent de la famille, ils ne transmettaient plus son nom et l’expédiaient sous un prétexte quelconque.
Ce jour-là, Jia Yun se présenta au palais en disant qu’il venait « rendre ses devoirs au second maître Lian ». Les portiers répondirent : « Le second maître n’est pas chez lui. À son retour, nous lui transmettrons vos hommages. » Jia Yun aurait voulu ajouter qu’il venait aussi présenter ses devoirs à la seconde maîtresse, mais, craignant d’impatienter les portiers, il dut rentrer chez lui.
La femme et la fille de Ni Er le pressèrent encore : « Le second maître nous répète toujours qu’il suffit d’un mot du palais, quel que soit le tribunal, pour que personne n’ose désobéir. Or ce fonctionnaire appartient lui-même à la famille du palais, et il ne s’agit pas d’une grande affaire. Si vous ne pouvez même pas obtenir cette faveur, c’est en vain que nous vous appelons notre second maître. »
Jia Yun, qui ne savait plus où se mettre, continua pourtant à fanfaronner : « Hier, nous avions des affaires à la maison et je n’ai pas envoyé quelqu’un lui parler. Aujourd’hui, il suffira d’un mot pour qu’on le relâche. Ce n’est vraiment pas une affaire d’importance ! » La mère et la fille de Ni Er n’eurent d’autre choix que de le croire.
豈知賈芸近日大門竟不得進去,繞到後頭要進園内找寳玉,不料園門鎻着,只得垂頭喪氣的囬來。想起「那年倪二借銀與我,買了香料送給他,纔派我種樹。如今我没有錢去打㸃,就把我拒絶。他也不是什麽好的,拿着太爺留下的公中銀錢在外放加一錢,我們窮本家要借一兩也不能。他打諒保得住一輩子不窮的了,那知外頭的聲名狠不好。我不說罷了,若說起来,人命官司不知有多少呢。」一面想着,来到家中,只見倪家母女都等着。賈芸無言可支,便說道:「西府裡已經打發人說了,只言賈大人不依。你𮟃求我們家的奴才周瑞的親戚冷子興去纔中用。」倪家母女聼了說:「二爺這様體面爺們還不中用,若是奴才,是更不中用了。」賈芸不好意思,心裡發急道:「你不知道,如今的奴才比主子强多着呢。」倪家母女聼来無法,只得冷笑幾聲說:「這倒難爲二爺白跑了這幾天,等我們那一個出來再道乏罷。」說𭺾出來,另托人將倪二弄了出來,只打了幾板,也没有什麽罪。
Mais Jia Yun ne pouvait désormais même plus franchir la grande porte. Il contourna le palais pour entrer dans le jardin par-derrière et y chercher Baoyu ; malheureusement, la porte du jardin était fermée à clef. Il dut rentrer, tête basse et cœur abattu.
Il songeait : « Cette année-là, Ni Er m’a prêté l’argent qui m’a permis d’acheter des aromates à lui offrir ; c’est ainsi qu’on m’a confié les plantations. Aujourd’hui, comme je n’ai pas d’argent pour graisser les pattes, on me ferme la porte. Pourtant, ce n’est pas quelqu’un de bien : il prend les fonds communs laissés par le vieux seigneur pour les prêter au-dehors à dix pour cent d’intérêt, tandis que nous, ses pauvres parents, ne pouvons même pas lui emprunter une once d’argent. Il s’imagine donc qu’il ne connaîtra jamais la pauvreté ? Il ignore combien sa réputation est mauvaise à l’extérieur. Tant que je me tais, passe encore ; mais si je me mettais à parler, on ne sait combien d’affaires de meurtre ressortiraient. »
Tout en ruminant ces pensées, il rentra chez lui et trouva la femme et la fille de Ni Er qui l’attendaient. Ne sachant plus quelle excuse inventer, il leur dit : « Le palais de l’Ouest a déjà envoyé quelqu’un parler, mais le seigneur Jia refuse. Il faudrait plutôt vous adresser à Leng Zixing, parent de Zhou Rui, un serviteur de notre maison ; lui pourra agir efficacement. »
Les deux femmes répondirent : « Si un seigneur aussi considéré que le second maître n’y peut rien, un serviteur y pourra encore moins. » Jia Yun, confus et impatienté, répliqua : « Vous ne comprenez pas : de nos jours, les serviteurs ont bien plus de pouvoir que leurs maîtres. » Ne voyant aucun recours, elles se contentèrent de ricaner : « Nous vous remercions donc, second maître, de vous être donné tant de peine pendant tous ces jours. Quand notre homme sera sorti, nous viendrons encore vous remercier. »
Elles partirent et s’adressèrent à quelqu’un d’autre, qui fit libérer Ni Er. Celui-ci n’avait reçu que quelques coups de planche et n’était accusé d’aucun crime sérieux.
倪二囬家,他妻女將賈家不肯說情的話說了一遍。倪二正喝着酒,便生氣要找賈芸,說:「這小雜種,没良心的東西!頭裡他没有飯吃,要到府内鑽謀事辦,虧我倪二爺帮了他。如今我有了事他不管。好罷咧,若是我倪二閙出來,連兩府裡都不乾凈!」他妻女忙勸道:「噯,你又喝了黃湯便是這様有天没日頭的,前兒可不是醉了閙的亂子,捱了打還没好呢,你又閙了。」倪二道:「捱了打便怕他不成,只怕拿不着由頭!我在監裡的時候,倒認得了好幾個有義氣的朋友,𦗟見他們說起來,不獨是城内姓賈的多,外省姓賈的也不少。前兒監裡𭣣下了好幾個賈家的家人。我倒說,這裡的賈家小一輩子並奴才們雖不好,他們老一輩的𮟃好,怎麽犯了事。我打聼打聼,說是這裡和賈家是一家,都住在外省,審明白了解進來問罪的,我纔放心。若說賈二這小子他忘恩負義,我便和幾個朋友說他家怎様𠋣勢欺人,怎様盤剥小民,怎様强娶有男婦女,呌你們吵嚷出來,有了風聲到了都老爺耳躱裡,這一閙起來,呌你們纔認得倪二金剛呢!」他女人道:「你喝了酒睡去罷!他又强占誰家的女人來了,没有的事你不用混說了。」倪二道:「你們在家裡那裡知道外頭的事。前年我在賭塲裡碰見了小張,說他女人被賈家占了,他還和我商量。我倒勸他纔了事的。但不知這小張如今那裡去了,這兩年没見。若碰着了他,我倪二出個主意呌賈老二死,給我好好的孝敬孝敬我倪二太爺纔罷了。你倒不裡我了!」說着,倒身躺下,嘴裡還是咕咕嘟嘟的說了一囬,便𪾶去了。他妻女只當是醉話,也不理他。明日早起,倪二又往賭場中去了。不題。
Lorsque Ni Er fut rentré chez lui, sa femme et sa fille lui racontèrent que la famille Jia avait refusé d’intercéder pour lui. Comme il était en train de boire, il s’emporta et voulut aller trouver Jia Yun : « Ce petit bâtard, ce misérable sans conscience ! Quand il n’avait pas de quoi manger et voulait s’insinuer au palais pour obtenir une affaire, il a bien fallu que moi, le second maître Ni, je l’aide. Maintenant que j’ai des ennuis, il ne s’occupe plus de moi. Très bien ! Si moi, Ni Er, je fais éclater l’affaire, aucun des deux palais n’en sortira propre ! »
Sa femme et sa fille se hâtèrent de le raisonner : « Ah ! Dès que tu as avalé ta vinasse, tu déraisonnes et ne respectes plus rien. N’est-ce pas ton ivresse qui a causé le désastre de l’autre jour ? Les coups ne sont même pas encore guéris, et tu veux recommencer ! »
Ni Er répondit : « Parce qu’on m’a battu, vous croyez que j’aurai peur d’eux ? Il me suffit de trouver un prétexte ! En prison, j’ai fait la connaissance de plusieurs braves amis. Je les ai entendus dire qu’il y avait beaucoup de Jia, non seulement dans la capitale, mais aussi dans les provinces. L’autre jour, on a enfermé plusieurs domestiques d’une famille Jia. Moi, je disais que si, chez les Jia d’ici, les jeunes et les serviteurs ne valaient pas grand-chose, les anciens étaient encore honnêtes ; comment auraient-ils pu se compromettre ? Je me suis renseigné : cette famille est du même clan que les Jia d’ici, mais vit en province. Après enquête, les coupables ont été envoyés ici pour y être jugés ; alors seulement j’ai été rassuré.
« Quant à ce petit second Jia, puisqu’il oublie les bienfaits reçus et trahit ses obligations, je raconterai à mes amis comment sa famille s’appuie sur son pouvoir pour opprimer les gens, comment elle pressure le petit peuple, comment elle enlève de force des femmes déjà mariées. Je vous ferai élever une clameur ; dès que le bruit en arrivera aux oreilles du gouverneur de la capitale et que l’affaire éclatera, vous apprendrez enfin à connaître Ni Er le Vajra ! »
Sa femme lui dit : « Va donc dormir, puisque tu as bu ! À qui ont-ils encore pris sa femme de force ? Ne raconte pas des choses qui n’existent pas. » Ni Er reprit : « Vous restez à la maison, que savez-vous des affaires du dehors ? Il y a deux ans, j’ai rencontré Petit Zhang dans une maison de jeu. Il disait que sa femme avait été prise par les Jia et il m’a même demandé conseil. C’est moi qui l’ai persuadé d’abandonner l’affaire. Seulement, je ne sais pas où il est passé ; voilà deux ans que je ne l’ai pas vu. Si je le retrouve, moi, Ni Er, je lui donnerai un moyen de faire mourir ce second Jia. Alors il devra me témoigner en bonne et due forme son respect, à moi, son grand-père Ni. Et toi, tu ne veux pas me croire ! »
Là-dessus, il se laissa tomber sur son lit. Il marmonna encore un moment, puis s’endormit. Sa femme et sa fille prirent tout cela pour des paroles d’ivrogne et n’y prêtèrent aucune attention. Le lendemain matin, Ni Er retourna dans les maisons de jeu. N’en parlons plus.
且說雨村囬到家中,歇息了一夜,將道上遇見甄士隱的事告訴了他夫人一遍。他夫人便埋怨他:「爲什麽不囘去睄一睄,倘或燒死了,可不是偺們没良心!」說着,掉下淚來。雨村道:「他是方外的人了,不肯和咱們在一處的。」正說着,外頭傳進話來,禀說:「前日老爺吩咐瞧火燒廟去的囬來了囬話。」雨村踱了出來。那衙役打千請了安,囘說:「小的奉老爺的命囘去,也不等火滅,便冐火進去瞧那個道士,豈知他坐的地方多燒了。小的想着那道士必定燒死了。那燒的墻屋徃後塌去,道士的影兒都没有,只有一個蒲團,一個瓢兒還是好好的。小的各處找尋他的尸首,連骨頭都没有一㸃兒。小的恐老爺不信,想要拿這蒲團瓢兒囬来做個証見,小的這麽一拿,豈知都成了灰了。」雨村𦗟𭺾,心下明白,知士隱仙去,便把那衙役打𤼵了出去。囬到房中,並没提起士隱火化之言,恐他婦女不知,反生悲感,只說並無形跡,必是他先走了。
Revenons à Yucun. Rentré chez lui, il se reposa une nuit, puis raconta à sa femme sa rencontre avec Zhen Shiyin sur la route. Elle lui reprocha aussitôt : « Pourquoi n’es-tu pas retourné voir ? S’il avait été brûlé vif, n’aurions-nous pas manqué de cœur ? » En disant cela, elle se mit à pleurer.
Yucun répondit : « Il a quitté le monde ; il ne veut plus vivre parmi nous. » Comme il parlait encore, on vint annoncer de l’extérieur : « L’homme que Monsieur avait envoyé l’autre jour inspecter le temple incendié est revenu faire son rapport. » Yucun sortit à pas lents.
Le satellite mit un genou en terre, le salua et déclara : « Sur l’ordre de Monsieur, votre serviteur est retourné là-bas. Sans même attendre que le feu fût éteint, je suis entré à travers les flammes pour chercher le taoïste. Or l’endroit où il se tenait avait presque entièrement brûlé. J’ai pensé qu’il avait certainement péri dans l’incendie. Les murs et le toit calcinés s’étaient effondrés vers l’arrière, mais il ne restait pas même l’ombre du taoïste. Seuls un coussin de méditation et une gourde étaient demeurés intacts. J’ai cherché partout son cadavre, sans trouver le moindre fragment d’os. Craignant que Monsieur ne me croie pas, j’ai voulu rapporter le coussin et la gourde comme preuves ; mais dès que je les ai pris, ils sont tombés en cendres. »
À ces mots, Yucun comprit que Shiyin était parti rejoindre les immortels, et il congédia le satellite. De retour dans ses appartements, il ne parla pas à sa femme de cette transmutation par le feu : il craignait qu’une femme ignorante de ces choses ne s’abandonnât au chagrin. Il lui dit seulement qu’on n’avait trouvé aucune trace et que Shiyin devait être parti avant l’incendie.
雨村出来,獨坐書房,正要細想士隱的話,忽有家人傳報說:「内廷傳㫖,交看事件。」雨村疾忙上轎進内,只聼見人說:「今日賈存周江西粮道被叅囬來,在朝内謝罪。」雨村忙到了内閣,見了各大人,將海疆辦理不善的㫖意看了,出來卽忙找着賈政,先說了些爲他抱屈的話,後又道喜,問:「一路可好?」賈政也將違别以後的話細細的說了一遍。雨村道:「謝罪的本上了去没有?」賈政道:「已上去了,等膳後下來看㫖意罷。」正說着,只𦘏裡頭傳出㫖來呌賈政,賈政卽忙進去。各大人有與賈政關切的,都在裡頭等着。等了好一囬方見賈政出來,看見他帶着滿頭的汗。衆人迎上去接着,問:「有什麽㫖意。」賈政吐舌道:「嚇死人,嚇死人!倒𫎇各位大人關切,幸喜没有什麽事。」衆人道:「㫖意問了些什麽?」賈政道:「㫖意問的是雲南私帶神鎗一案。本上奏明是原任太師賈化的家人,王上一時記着我們先祖的名字,便問起來。我忙着磕頭奏明先祖的名字是代化,主上便笑了,還降㫖意說:『前放兵部後降府尹的不是也呌賈化麽?』」那時雨村也在傍邊,倒嚇了一跳,便問賈政道:「老先生怎麽奏的?」賈政道:「我便慢慢奏道,『原任太師賈化是雲南人,現任府賈某是浙江湖州人。』主上又問『蘇州剌史奏的賈範是你一家了?』我又磕頭奏道:『是。』主上便變色道:『縱使家奴强占良民妻女,還成事麽!』我一句不敢奏。主上又問道:『賈範是你什麽人?』我忙奏道:『是遠族。』主上哼了一聲,降㫖呌出來了。可不是咤事。」衆人道:「本来也巧,怎麽一連有這兩件事。」賈政道:「事到不竒,倒是都姓賈的不好。筭來我們寒族人多,年代久了,各處都有。現在雖没有事,䆒竟主上記着一個賈字就不好。」
Yucun se retira seul dans son cabinet et allait méditer attentivement les paroles de Shiyin lorsqu’un serviteur vint annoncer : « La cour intérieure transmet un décret : une affaire est soumise à votre examen. » Yucun monta précipitamment dans sa chaise à porteurs et se rendit au palais.
Il entendit dire : « Aujourd’hui, Jia Cunzhou, intendant du grain au Jiangxi, est revenu après avoir été mis en accusation ; il présente ses excuses devant la cour. » Yucun se hâta de gagner le Grand Secrétariat. Après avoir rencontré les hauts dignitaires, il prit connaissance du décret concernant la mauvaise administration des frontières maritimes. En sortant, il alla aussitôt trouver Jia Zheng. Il commença par quelques paroles déplorant l’injustice dont celui-ci était victime, puis le félicita et lui demanda : « Le voyage s’est-il bien passé ? » Jia Zheng lui raconta en détail tout ce qui était arrivé depuis leur séparation.
Yucun demanda : « Avez-vous déjà présenté votre mémoire d’excuses ? » — « Il est déposé, répondit Jia Zheng. Attendons après le repas pour connaître le décret. » Ils parlaient encore lorsqu’un ordre venu de l’intérieur appela Jia Zheng. Celui-ci entra sans tarder. Tous les hauts dignitaires qui s’intéressaient à son sort attendirent sur place.
Après un long moment, Jia Zheng reparut, le front couvert de sueur. Tous vinrent à sa rencontre et demandèrent : « Quel est le décret ? » Jia Zheng tira la langue : « J’ai cru mourir de peur ! J’ai cru mourir de peur ! Grâce à la sollicitude de Vos Excellences, heureusement, il ne s’est rien passé. » Tous demandèrent : « Sur quoi vous a-t-on interrogé ? »
Jia Zheng répondit : « Le décret concernait une affaire d’armes à feu introduites clandestinement au Yunnan. Le mémoire expliquait que le coupable était un domestique de Jia Hua, ancien Grand Précepteur. Sa Majesté s’est alors souvenue du nom de notre ancêtre et m’a interrogé. Je me suis empressé de me prosterner et d’expliquer que notre ancêtre se nommait Daihua. Le souverain a souri et a encore demandé : “Celui qui fut d’abord nommé au ministère de la Guerre, puis rétrogradé comme préfet, ne s’appelle-t-il pas lui aussi Jia Hua ?” »
Yucun, qui se trouvait à côté, tressaillit de peur et demanda à Jia Zheng : « Qu’avez-vous répondu, monsieur ? » Jia Zheng poursuivit : « J’ai répondu posément : “Jia Hua, l’ancien Grand Précepteur, était originaire du Yunnan ; le préfet Jia actuellement en fonction est originaire de Huzhou, dans le Zhejiang.” Le souverain a encore demandé : “Le Jia Fan mentionné dans le rapport du gouverneur de Suzhou appartient donc à votre famille ?” Je me suis prosterné et j’ai répondu : “Oui.”
« Le souverain a changé de visage : “Il laisse ses domestiques s’emparer de force des femmes et des filles de gens honnêtes ! Est-ce tolérable ?” Je n’ai osé répondre un mot. Il a encore demandé : “Quel lien avez-vous avec Jia Fan ?” Je me suis hâté de dire : “C’est un parent éloigné.” Le souverain a poussé un grognement et m’a ordonné de sortir. N’était-ce pas terrifiant ? »
Tous dirent : « C’est vraiment une singulière coïncidence que ces deux affaires se soient succédé. » Jia Zheng répondit : « Les affaires elles-mêmes n’ont rien d’étrange ; le malheur est que tous ces gens portent le nom de Jia. Notre modeste clan est nombreux et ancien, si bien qu’il s’en trouve partout. Pour le moment, il ne m’est rien arrivé ; mais il n’est pas bon que le souverain garde en mémoire le seul nom de Jia. »
衆人說:「眞是眞,假是假,怕什麽。」賈政道:「我心裡巴不得不做官,只是不敢告老。現在我們家裡兩個世襲,這也無可奈何的。」雨村道:「如今老先生仍是工部,想来京官是没有事的。」賈政道:「京官雖然無事,我䆒竟做過兩次外任,也就說不齊了。」衆人道:「二老爺的人品行事我們都佩服的。就是令兄大老爺,也是個好人。只要在令姪軰身上嚴𦂳些就是了。」賈政道:「我因在家的日子少,舍姪的事情不大查考,我心裡也不甚放心。諸位今日提起,都是至相好,或者𦗟見東宅的姪兒家有什麼不奉規矩的事麽?」衆人道:「没𦘏見别的,只有幾位侍郎心裡不大和睦,内監裡頭也有些。想來不怕什麽,只要嘱咐那邊令姪諸事留神就是了。」衆人說𭺾,舉手而散。
Tous répondirent : « Le vrai est vrai, le faux est faux : qu’avez-vous à craindre ? » Jia Zheng dit : « Je ne demanderais pas mieux que de renoncer aux fonctions publiques, mais je n’ose solliciter ma retraite. À présent, notre famille possède encore deux titres héréditaires ; nous n’y pouvons rien. »
Yucun dit : « Monsieur est de nouveau au ministère des Travaux publics. Un poste dans la capitale ne devrait, je pense, vous exposer à rien. » Jia Zheng répondit : « Un poste dans la capitale est sans danger, mais j’ai tout de même exercé deux fois en province ; on ne peut être sûr de rien. »
Tous reprirent : « Nous admirons le caractère et la conduite du second seigneur. Votre frère aîné est lui aussi un homme de bien. Il suffit d’exercer une surveillance plus sévère sur vos neveux. » Jia Zheng dit : « Comme je passe peu de temps chez moi, je ne me suis guère informé des affaires de mon neveu, et cela m’inquiète. Puisque vous, mes amis les plus proches, soulevez aujourd’hui la question, auriez-vous entendu dire que la maison de mon neveu, dans la résidence de l’Est, ait commis quelque manquement aux règles ? »
Tous répondirent : « Nous n’avons rien entendu d’autre. Seulement, quelques vice-ministres sont assez mal disposés, et certains eunuques de la cour également. Il n’y a sans doute rien à craindre ; recommandez seulement à votre neveu de l’autre résidence de se montrer prudent en toute chose. » Là-dessus, tous joignirent les mains en guise de salut et se séparèrent.
賈政然後囬家,衆子侄等都𨒖接上來。賈政迎着,請賈母的安,然後衆子侄俱請了賈政的安,一同進府。王夫人等已到了榮禧堂迎接。賈政先到了賈母那裡拜見了,陳述些違别的話。賈母問探春消息。政賈將許嫁探春的事都禀明了,還說:「兒子起身急促,難過重陽,雖没有親見,聼見那邉親家的人來說的極好。親家老爺太太都說請老太太的安。𮟃說今冬明春大約還可調進京來,這便好了。如今聞得海疆有事,只怕那時還不能調。」賈母始則因賈政降調囬来,知探春遠在他鄉,一無親顧,心下不悅。後聼賈政將官事說明,探春安好,也便轉悲爲喜,便笑着呌賈政出去。然後弟兄相見,衆子姪拜見,定了明日淸晨拜祠堂。
Jia Zheng rentra alors chez lui. Ses fils et ses neveux vinrent tous à sa rencontre. À son arrivée, il demanda des nouvelles de l’aïeule Jia ; puis tous ses fils et neveux lui présentèrent leurs devoirs et entrèrent ensemble dans le palais.
Madame Wang et les autres étaient déjà venues l’accueillir dans la salle Rongxi. Jia Zheng se rendit d’abord auprès de l’aïeule Jia, se prosterna devant elle et lui parla de leur longue séparation. L’aïeule demanda des nouvelles de Tanchun. Jia Zheng lui exposa tout ce qui concernait le mariage convenu pour elle, puis ajouta : « Votre fils est parti dans une telle précipitation qu’il n’a pu rester jusqu’à la fête du Double-Neuf. Je n’ai donc rien vu moi-même, mais les gens de la belle-famille m’ont assuré que tout allait à merveille. Le seigneur et la dame de cette famille vous présentent leurs respects. Ils ont ajouté qu’ils pourraient probablement être mutés dans la capitale cet hiver ou au printemps prochain, ce qui serait parfait. Mais j’apprends qu’il y a des troubles aux frontières maritimes ; je crains qu’alors encore la mutation ne soit impossible. »
D’abord, sachant que Jia Zheng avait été rappelé après une rétrogradation et que Tanchun se trouvait au loin, sans aucun proche auprès d’elle, l’aïeule Jia avait été mécontente. Mais lorsque Jia Zheng lui eut expliqué les circonstances de sa charge et assuré que Tanchun allait bien, sa tristesse se changea en joie. Elle sourit et lui dit de se retirer.
Les frères se rencontrèrent ensuite, puis tous les fils et neveux vinrent présenter leurs devoirs. On décida que, le lendemain de bonne heure, ils iraient se prosterner au temple ancestral.
賈政囬到自己屋内,王夫人等見過,寳玉、賈璉替另拜見。賈政見了寳玉果然比起身之時臉面豐滿,倒覺安靜,并不知他心裡糊𡍼,所以心甚喜歡,不以降調爲念,心想「幸𧇊老太太辦理的好。」又見寳釵沈𫝗更勝先時,蘭兒文雅俊秀,便喜形於色。獨見環兒仍是先前,究不甚鐘愛。歇息了半天,忽然想起「爲何今日短了一人?」王夫人知是想着黛玉。前因家書未報,今日又初到家,正是喜歡,不便直告,只說是病着。豈知寳玉的心裡已如刀絞,因父親到家,只得把持心性伺候。王夫人家筵接風,子孫敬酒。鳯姐雖是姪媳,現辦家事,也隨了寶釵等遞酒。賈政便呌:「遞了一廵酒都歇息去罷。」命衆家人不必伺候,待明早拜過宗祠,然後進見。分派已定,賈政與王夫人說些别後的話,餘者王夫人都不敢言。倒是賈政先提起王子騰的事来,王夫人也不敢悲戚。賈政又說蟠兒的事,王夫人只說他是自作自受,趂便也將黛玉已死的話告訴。賈政反嚇了一驚,不覺掉下淚來,連聲嘆息。王夫人也掌不住,也哭了。傍邊彩雲等卽忙拉衣,王夫人止住,重又說些喜歡的話,便安寢了。
De retour dans ses appartements, Jia Zheng reçut les salutations de Madame Wang et des autres. Baoyu et Jia Lian vinrent séparément lui rendre leurs devoirs. Jia Zheng trouva le visage de Baoyu beaucoup plus plein qu’au moment de son départ et lui vit même un air paisible. Ignorant la confusion qui régnait dans son esprit, il s’en réjouit fort et cessa de penser à sa rétrogradation. Il se dit : « Heureusement que l’aïeule a si bien conduit les choses. »
Il vit aussi que Baochai était encore plus réservée et posée qu’autrefois, tandis que Lan’er était élégant, distingué et plein de grâce ; sa joie parut sur son visage. Seul Huan’er était demeuré tel qu’avant, et Jia Zheng n’avait toujours guère d’affection pour lui.
Après s’être reposé un bon moment, il songea soudain : « Pourquoi manque-t-il aujourd’hui une personne ? » Madame Wang comprit qu’il pensait à Daiyu. Comme elle ne lui avait rien écrit à ce sujet et qu’il venait seulement d’arriver, en pleine joie, elle ne voulut pas lui apprendre directement la nouvelle et répondit seulement que Daiyu était malade.
Mais le cœur de Baoyu était déjà comme déchiré par un couteau. Son père étant de retour, il devait se maîtriser et rester à son service. Madame Wang donna un banquet familial pour fêter le retour de Jia Zheng, et ses descendants lui offrirent du vin. Bien que Xifeng ne fût que la femme de son neveu, elle administrait alors la maison et vint donc, avec Baochai et les autres, lui présenter une coupe.
Jia Zheng dit : « Après cette première tournée de vin, allez tous vous reposer. » Il ordonna aux domestiques de ne pas rester à son service : ils viendraient se présenter après les prosternations du lendemain au temple ancestral.
Tout ayant été réglé, Jia Zheng s’entretint avec Madame Wang de ce qui s’était passé depuis leur séparation. Elle n’osa parler de rien d’autre. Ce fut Jia Zheng qui mentionna le premier Wang Ziteng, et Madame Wang n’osa pas se laisser aller à la douleur. Il parla encore de Pan’er ; elle répondit seulement qu’il avait récolté ce qu’il avait semé, puis profita de l’occasion pour lui apprendre la mort de Daiyu.
Jia Zheng en fut si bouleversé qu’il versa malgré lui des larmes et poussa soupir sur soupir. Madame Wang ne put davantage se contenir et se mit à pleurer. Caiyun et les autres lui tirèrent aussitôt la manche ; elle s’arrêta, reprit une conversation plus joyeuse, puis tous allèrent se coucher.
次日一早,至宗祠行禮,衆子姪都隨往。賈政便在祠旁廂房坐下,呌了賈珍賈璉過来,問起家中事務,賈珍揀可說的說了。賈政又道:「我初囘家,也不便來細細查問。只是聼見外頭說起你家裡更不比徃前,諸事要謹慎纔好。你年紀也不小了,孩子們該𬋩教管教,别呌他們在外頭得罪人。璉兒也該𦘏聼。不是纔囬家便說你們,因我有所聞,所以纔說的,你們更該小心些。」賈珍等臉漲通紅的,也只答應個「是」字,不敢說什麽。賈政也就罷了。囬歸西府,衆家人磕頭𭺾,仍復進内,衆女僕行禮,不必多贅。
Le lendemain de bonne heure, ils allèrent accomplir les rites au temple ancestral, accompagnés de tous les fils et neveux. Jia Zheng s’assit dans une pièce latérale attenante au temple et fit venir Jia Zhen et Jia Lian pour les interroger sur les affaires de la famille. Jia Zhen ne lui raconta que ce qui pouvait l’être.
Jia Zheng dit encore : « Je viens à peine de rentrer et ne peux vous soumettre aussitôt à un interrogatoire minutieux. Mais j’ai entendu dire au-dehors que votre maison est encore plus différente d’autrefois. Vous devez agir avec prudence en toute chose. Tu n’es plus jeune ; tu devrais surveiller et instruire les enfants, afin qu’ils n’offensent personne à l’extérieur. Lian’er doit lui aussi écouter mes paroles. Ce n’est pas que je veuille vous réprimander dès mon retour : si je parle, c’est parce que certaines choses sont parvenues à mes oreilles. Vous devez donc redoubler de prudence. »
Jia Zhen et les autres devinrent écarlates. Ils se contentèrent de répondre : « Oui », sans oser rien ajouter. Jia Zheng n’insista pas. Il regagna le palais de l’Ouest. Tous les domestiques vinrent se prosterner, puis il rentra dans les appartements intérieurs, où les servantes lui rendirent leurs devoirs. Il est inutile de s’y attarder.
只說寳玉因昨賈政問起黛玉,王夫人答以有病,他便暗裡傷心。直待賈政命他囬去,一路上已滴了好些眼淚。囬到房中,見寳釵和襲人等說話,他便獨坐外納悶。寳釵呌襲人送過茶去,知他必是怕老爺查問工課,所以如此,只得過來安慰。寳玉便借此說:「你們今夜先睡一囬,我要定定神。這時更不如從前,三言可忘兩語,老爺瞧了不好。你們𪾶罷,呌襲人陪着我。」寳釵聼去有理,便自己到房先睡。
La veille, lorsque Jia Zheng avait demandé des nouvelles de Daiyu et que Madame Wang avait répondu qu’elle était malade, Baoyu avait secrètement sombré dans la douleur. Dès que Jia Zheng lui permit de se retirer, il versa bien des larmes tout au long du chemin.
De retour dans ses appartements, il vit Baochai converser avec Xiren et les autres ; il alla s’asseoir seul dans la pièce extérieure, le cœur oppressé. Baochai chargea Xiren de lui apporter du thé. Pensant qu’il redoutait seulement que son père ne vérifiât ses études, elle vint elle-même le consoler.
Baoyu saisit ce prétexte pour dire : « Cette nuit, allez d’abord vous coucher. Il faut que je rassemble mes esprits. Les choses ne sont plus comme autrefois : je ne puis oublier deux phrases sur trois, car mon père n’en serait pas satisfait. Allez dormir et demandez à Xiren de rester avec moi. » Baochai trouva ces paroles raisonnables et regagna sa chambre pour se coucher la première.
寶玉輕輕的呌襲人坐着,央他把紫鵑呌来,有話問他。「但是紫鵑見了我,臉上嘴裡總是有氣是的,須得你去解釋開了他来纔好。」襲人道:「你說要定神,我倒喜歡,怎麽又定到這上頭了?有話你明兒問不得!」寳玉道:「我就是今晚得閑,明日倘或老爺呌幹什麽便没空兒。好姐姐,你快去呌他來。」襲人道:「他不是二奶奶呌是不來的。」寳玉道:「我所以央你去說明白了纔好。」襲人道:「呌我說什麽?」寳玉道:「你𮟃不知道我的心也不知道他的心麽?都爲的是林姑娘。你說我並不是負心的,我如今呌你們弄成了一個負心人了!」說着這話,便瞧瞧裡頭,用手一指說:「他是我本不願意的,都是老太太他們捉弄的,好端端把一個林妹妹弄死了。就是他死,也該呌我見見,說個明白,他自己死了也不怨我。你是𦗟見三姑娘他們說的,臨死恨怨我。那紫鵑爲他姑娘,也恨得我了不得。你想我是無情的人麽?晴雯倒底是個丫頭,也没有什麽大好處,他死了,我老寔告訴你罷,我還做個祭文去𥙊他。那時林姑娘還親眼見的,如今林姑娘死了,莫非倒不如晴雯麽,死了連𥙊都不能祭一𥙊。林姑娘死了𮟃有知的,他想起來不要更怨我麽!」襲人道:「你要𥙊便祭去,要我們做什麽?」寳玉道:「我自從好了起來就想要做一首祭文的,不知道我如今一㸃靈機都没有了。若祭别人,胡亂却使得。若是他斷㫁俗俚不得一㸃兒的。所以呌紫鵑來問,他姑娘這條心他們打從那様上看出来的。我没病的頭裡還想得出來,一病已後都不記得。你說林姑娘已經好了,怎麽忽然死的?他好的時候我不去,他怎麽說?我病時候他不來,他也怎麽說?所以有他的東西,我誆了過來,你二奶奶總不呌我動,不知什麼意思。」襲人道:「二奶奶惟恐你傷心罷了,還有什麽。」寳玉道:「我不信。旣是他這麽念我,爲什麽臨死都把詩稿燒了,不留給我作個記念?又聼見說天上有音樂響,必是他成了神或是登了仙去。我雖見過了棺材,倒底不知道棺材裡有他没有。」襲人道:「你這話益發糊塗了,怎麽一個人不死就擱上一個空棺材當死了人呢。」寳玉道:「不是嗄!大凢成仙的人,或是肉身去的,或是脫胎去的。好姐姐,你倒底呌了紫鵑来。」襲人道:「如今等我細細的說明了你的心,他若肯來𮟃好,若不肯来,還得費多少話。就是来了,見你也不肯細說。㨿我主意,明後日等二奶奶上去了,我慢慢的問他,或者倒可仔細。遇着閒空兒我再慢慢的告訴你。」寳玉道:「你說得也是。你不知道我心裡的着急。」
Baoyu pria doucement Xiren de s’asseoir et la supplia d’aller chercher Zijuan, car il avait quelque chose à lui demander. « Mais, chaque fois qu’elle me voit, son visage et ses paroles trahissent sa colère. Il faut que tu lui expliques les choses et que tu l’apaises avant de l’amener. »
Xiren répondit : « Tu disais vouloir rassembler tes esprits, et je m’en réjouissais. Comment en reviens-tu encore à cela ? Ce que tu as à dire ne peut-il attendre demain ? » Baoyu répondit : « Ce soir, justement, j’ai du loisir. Demain, si mon père me demande quelque chose, je n’aurai plus le temps. Ma bonne sœur, va vite la chercher. »
Xiren dit : « Si la seconde maîtresse ne l’appelle pas, elle ne viendra pas. » — « C’est justement pourquoi je te demande de tout lui expliquer. » — « Que veux-tu que je lui dise ? » — « Ne connais-tu donc ni mon cœur ni le sien ? Tout cela vient de mademoiselle Lin. Dis-lui que je ne lui ai pas été infidèle : c’est vous qui avez fait de moi un homme sans cœur ! »
En disant cela, il regarda vers la chambre intérieure et la désigna du doigt : « Je n’ai jamais voulu d’elle. C’est l’aïeule et les autres qui m’ont joué ce tour, et qui ont fait mourir sans raison ma sœur Lin. Même si elle devait mourir, on aurait dû me laisser la voir et m’expliquer avec elle ; alors elle serait morte sans m’en vouloir. Tu as entendu ce que disait la troisième demoiselle : au moment de mourir, elle me gardait rancune. Zijuan, par fidélité envers sa maîtresse, doit elle aussi me haïr terriblement.
« Me crois-tu donc insensible ? Qingwen n’était après tout qu’une servante, et elle n’avait pas tant de qualités. Pourtant, lorsqu’elle est morte, je te l’avoue franchement, j’ai composé une oraison pour lui offrir un sacrifice. Mademoiselle Lin l’a vu de ses propres yeux. Maintenant que mademoiselle Lin est morte, serait-elle donc inférieure à Qingwen, au point que je ne puisse même pas lui rendre un sacrifice ? Si elle conserve après sa mort la faculté de savoir, ne m’en voudra-t-elle pas davantage encore en y songeant ? »
Xiren répondit : « Si tu veux lui offrir un sacrifice, fais-le. Pourquoi as-tu besoin de nous ? » Baoyu dit : « Depuis ma guérison, je veux composer une oraison funèbre, mais je n’ai plus la moindre inspiration. Pour quelqu’un d’autre, je pourrais écrire n’importe quoi ; mais pour elle, il ne faut absolument rien de vulgaire ni de banal.
« Voilà pourquoi je veux interroger Zijuan : comment ont-elles compris les sentiments de sa maîtresse ? Avant ma maladie, j’aurais encore pu m’en souvenir ; depuis, j’ai tout oublié. Tu dis que mademoiselle Lin était déjà guérie : pourquoi est-elle morte subitement ? Quand elle allait bien et que je ne lui rendais pas visite, que disait-elle ? Quand j’étais malade et qu’elle ne venait pas, que disait-elle encore ?
« C’est pourquoi, lorsque quelque chose lui ayant appartenu se présentait, je rusais pour m’en emparer ; mais ta seconde maîtresse m’interdit toujours d’y toucher. Je ne sais ce que cela signifie. » Xiren répondit : « La seconde maîtresse craint seulement que cela ne te fasse de la peine. Quelle autre raison y aurait-il ? »
Baoyu reprit : « Je ne le crois pas. Si elle pensait tant à moi, pourquoi a-t-elle brûlé tous ses manuscrits poétiques avant de mourir, sans m’en laisser un souvenir ? J’ai encore entendu dire qu’une musique avait retenti dans le ciel : elle a certainement été divinisée ou s’est élevée parmi les immortels. J’ai bien vu son cercueil, mais j’ignore encore si elle se trouvait réellement dedans. »
Xiren dit : « Tes paroles deviennent de plus en plus absurdes. Comment pourrait-on déposer un cercueil vide et faire passer pour morte une personne encore vivante ? » Baoyu répondit : « Mais si ! Parmi ceux qui deviennent immortels, les uns s’en vont avec leur corps de chair, les autres abandonnent leur enveloppe. Ma bonne sœur, fais tout de même venir Zijuan. »
Xiren répondit : « Il faut d’abord que je lui explique minutieusement tes sentiments. Si elle consent à venir, tant mieux ; si elle refuse, il me faudra encore bien des paroles. Et même si elle vient, elle ne voudra pas te parler en détail. À mon avis, attends que la seconde maîtresse soit sortie, demain ou après-demain. Je l’interrogerai doucement ; peut-être me répondra-t-elle avec précision. Puis, quand j’aurai un moment de loisir, je te raconterai tout peu à peu. » Baoyu répondit : « Tu as raison. Mais tu ne sais pas combien je suis impatient. »
正說着,麝月出來說:「二奶奶說,天已四更了,請二爺進去𪾶罷。襲人姐姐必是說高了興了,忘了時候兒了。」襲人𦗟了道:「可不是,該𪾶了,有話明兒再說罷。」寳玉無奈,只得含愁進去,又向襲人耳邉道:「明兒不要忘了。」襲人笑說:「知道了。」麝月笑道:「你們兩個又閙鬼了。何不和二奶奶說了,就到襲人那邊睡去,由着你們說一夜,我們也不管。」寳玉擺手道:「不用言語。」襲人恨道:「小蹄子,你又嚼舌根,看我明兒撕你!」囬轉頭來對寳玉道:「這不是二爺閙的,說了四更的話,總没有說到這裡。」一面說,一面送寳玉進屋,各人散去。
Ils parlaient encore lorsque Sheyue sortit et dit : « La seconde maîtresse fait dire qu’il est déjà quatre veilles et prie le second maître d’aller se coucher. Grande sœur Xiren a dû prendre tant de plaisir à bavarder qu’elle en a oublié l’heure. »
Xiren répondit : « C’est vrai, il est temps de dormir. Nous reprendrons demain ce que nous avons à dire. » Impuissant, Baoyu rentra, le cœur plein de chagrin, mais souffla encore à l’oreille de Xiren : « Ne l’oublie pas demain. » Xiren répondit en souriant : « Je le sais. »
Sheyue rit : « Vous manigancez encore quelque mystère, tous les deux ! Pourquoi ne pas en parler à la seconde maîtresse ? Le second maître pourrait aller dormir chez Xiren ; vous bavarderiez toute la nuit à votre guise, sans que nous nous en mêlions. »
Baoyu agita la main : « Pas un mot ! » Xiren lança avec irritation : « Petite effrontée, tu recommences à médire ! Attends demain que je te déchire la bouche ! » Puis, se retournant vers Baoyu, elle ajouta : « Voilà ce que vous avez provoqué, second maître. Nous avons parlé jusqu’à la quatrième veille, sans jamais rien dire de pareil. » Tout en parlant, elle reconduisit Baoyu dans la chambre, puis chacun se retira.
那夜寳玉無眠,到了明日,還思這事。只聞得外頭傳進話來說:「衆親朋因老爺囘家,都要送戱接風。老爺再四推辞,說:『唱戱不必,竟在家裡偹了水酒,倒請親朋過來大家談談。』於是定了後兒擺席請人,所以進來告訴。」不知所請何人,下囬分解。
Cette nuit-là, Baoyu ne put dormir. Le lendemain, il pensait encore à cette affaire lorsqu’on transmit de l’extérieur le message suivant : « Comme Monsieur est rentré, tous ses parents et amis veulent offrir une représentation théâtrale pour fêter son retour. Monsieur a refusé à plusieurs reprises en disant : “Il est inutile de faire jouer la comédie. Préparons simplement chez nous un peu de vin et quelques mets, et invitons plutôt parents et amis à venir converser ensemble.” Il a donc été décidé que le banquet aurait lieu après-demain, et l’on vient vous en informer. »
Quels furent les invités ? Le prochain chapitre l’expliquera.
Notes
醉金剛 : « Vajra ivre » est le sobriquet de Ni Er ; le vajra bouddhique évoque une force et une dureté indestructibles, dont Yucun tourne ici le nom en dérision.
甄士隱 : Zhen Shiyin s’entend comme 真事隱, « les faits vrais sont cachés ».
賈雨村 : Jia Yucun s’entend comme 假語存, « les propos feints sont conservés ».
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; l’échange « le vrai est vrai, le faux est faux » joue directement sur ce nom.
賈存周 : Cunzhou est le nom social de Jia Zheng, employé ici dans l’annonce officielle de son retour.
四更 : la quatrième veille correspond approximativement à la période comprise entre une heure et trois heures du matin.
火化 : le terme désigne à la fois la crémation et, dans le contexte taoïste, une transmutation par le feu qui marque le départ d’un immortel.