Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 106 Wang Xifeng cause le malheur et se couvre de honte ; l’aïeule Jia prie le Ciel de dissiper les calamités
王熙鳯致禍抱羞慚 賈太君禱天消禍患
Wang Xifeng cause le malheur et se couvre de honte
l’aïeule Jia prie le Ciel de dissiper les calamités
話說賈政聞知賈母危急,卽忙進去看視。見賈母驚嚇氣逆,王夫人鴛鴦等喚醒囘来,卽用踈氣安神的丸藥服了,漸漸的好些,只是傷心落淚。賈政在旁勸慰,縂說是「兒子們不肖,招了禍來累老太太受驚。若老太太寛慰些,兒子們尙可在外料理。若是老太太有什麽不自在,兒子們的罪孽更重了。」賈母道:「我活了八十多歲,自作女孩兒起到你父親手裡,都托着祖宗的福,從没有聼見過那些事。如今到老了,見你們倘或受罪,呌我心裡過得去麽!倒不如合上眼隨你們去罷了。」說着,又哭。
Lorsque Jia Zheng apprit que l’état de l’aïeule Jia était critique, il se hâta d’entrer la voir. La frayeur lui avait coupé le souffle ; Madame Wang, Yuanyang et les autres l’avaient fait revenir à elle, puis lui avaient administré des pilules destinées à libérer le souffle et à calmer l’esprit. Elle se remit peu à peu, mais ne cessait de pleurer de chagrin. Jia Zheng, à son côté, tentait de la consoler : « Ce sont vos fils indignes qui ont attiré ce malheur et vous ont causé cette frayeur. Si vous parvenez à vous tranquilliser, nous pourrons encore nous occuper des affaires au-dehors. Mais s’il vous arrivait quelque malaise, notre faute n’en serait que plus lourde. » L’aïeule Jia répondit : « J’ai plus de quatre-vingts ans. Depuis mon enfance jusqu’à mon mariage avec votre père, j’ai toujours vécu sous la protection de nos ancêtres et jamais entendu parler de choses pareilles. Maintenant que je suis vieille, si je dois vous voir subir un châtiment, comment mon cœur pourrait-il le supporter ? Autant fermer les yeux et vous suivre. » Et elle se remit à pleurer.
賈政此時着急異常,又聼外面說:「請老爺,内廷有信。」賈政急忙出來,見是北靜王府長史,一見面便說「大喜。」賈政謝了,請長史坐下,「請問王爺有何諭㫖?」那長史道:「我們王爺同西平郡王進内覆奏,將大人的懼怕的心、感激天恩之話都代奏了。主上甚是憫恤,并念及貴𡚱溘逝未久,不忍加罪,着加恩仍在工部員外上行走。所封家產,惟將賈赦的入官,餘俱給還。並傳㫖令盡心供職。惟抄出借券令我們王爺查核,如有違禁重利的一槪照例入官,其在定例生息的同房地文書盡行給還。賈璉着革去職銜,免罪釋放。」賈政聼𭺾,卽起身叩謝天恩,又拜謝王爺恩典。「先請長史大人代爲禀謝,明晨到闕謝恩,並到府裡磕頭。」那長史去了。少停,傅出㫖来。承辦官遵㫖一一查淸,入官者入官,給還者給還,將賈璉放下,所有賈赦名下男婦人等造冊入官。可憐賈璉屋内東西除將按例放出的文書發給外,其餘雖未盡入官的,早被查抄的人盡行搶去,好存者只有傢伙物件。
Jia Zheng était alors en proie à une extrême inquiétude quand on annonça du dehors : « Monsieur est demandé : il y a des nouvelles de la Cour intérieure. » Il sortit précipitamment et vit que c’était le grand secrétaire de la résidence du prince de Beijing. Dès qu’ils se rencontrèrent, celui-ci lui dit : « Grande nouvelle ! » Jia Zheng le remercia, le pria de s’asseoir et demanda : « Puis-je savoir quelles instructions Son Altesse a données ? » Le grand secrétaire répondit : « Notre prince et le prince de Xiping sont entrés au palais pour présenter un rapport. Ils ont exposé en votre nom votre crainte et votre gratitude envers la faveur céleste. Sa Majesté a montré une grande compassion et, se souvenant que la Noble Consort de votre maison est morte subitement depuis peu, n’a pas voulu vous infliger de peine. Par grâce spéciale, vous continuerez d’exercer les fonctions de vice-directeur au ministère des Travaux publics. Quant aux biens placés sous scellés, seuls ceux de Jia She seront confisqués ; tout le reste vous sera rendu. Un décret vous ordonne en outre de servir avec le plus grand zèle. Seules les reconnaissances de dettes saisies seront remises à notre prince pour vérification : tous les prêts contrevenant aux interdictions par des intérêts excessifs seront confisqués conformément à la loi ; ceux qui produisent l’intérêt fixé par les règlements vous seront rendus avec les actes concernant maisons et terres. Jia Lian sera destitué de son titre, mais gracié et remis en liberté. » Après avoir entendu ces paroles, Jia Zheng se leva pour se prosterner en remerciement de la faveur céleste, puis salua encore pour remercier le prince de sa bonté. « Je vous prie de bien vouloir lui transmettre dès maintenant mes remerciements. Demain matin, j’irai au palais remercier Sa Majesté, puis je viendrai me prosterner dans la résidence du prince. » Le grand secrétaire partit. Peu après, le décret fut officiellement transmis. Les fonctionnaires chargés de l’affaire vérifièrent chaque point conformément aux ordres : ce qui devait être confisqué le fut, ce qui devait être rendu fut rendu, et Jia Lian fut libéré. Tous les hommes et toutes les femmes dépendant de Jia She furent inscrits sur un registre et remis à l’État. Hélas ! Dans les appartements de Jia Lian, hormis les actes qui devaient légalement lui être restitués, même les biens qui n’étaient pas tous destinés à la confiscation avaient déjà été emportés par les agents de la saisie ; il ne restait d’intact que le gros mobilier et quelques ustensiles.
賈璉始則懼罪,後𫎇釋放已是大幸,及想起歴年積聚的東西並鳯姐的體己不下七八萬金,一朝而盡,怎得不痛。且他父親現禁在錦衣府,鳯姐病在𡸁危,一時悲痛,又見賈政含淚呌他,問道:「我因官事在身,不大理家,故呌你們夫婦總理家事。你父親所爲固難勸諫,那重利盤剥究竟是誰幹的?况且非偺們這様人家所爲,如今入了官,在銀錢是不打𦂳的,這種聲名出去還了得嗎!」賈璉跪下說道:「侄兒辦家事,並不敢存一㸃私心。所有出入的賬目,自有頼大、吳新登、戴良等登記,老爺只𬋩呌他們來查問。現在這幾年,庫内的銀子出多入少,雖没貼補在内,已在各處做了好些空頭,求老爺問太太就知道了。這些放出去的賬,連侄兒也不知道那裡的銀子,要問周瑞旺兒纔知道。」賈政道:「㨿你說来,連你自己屋裡的事還不知道,那些家中上下的事更不知道了。我這囬也不來查問你,現今你無事的人,你父親的事和你珍大哥的事還不快去打聼打𦗟。」賈璉一心委屈,含着眼淚答應了出去。賈政嘆氣連連的想道:「我祖父勤勞王事,立下功勲,得了兩個世職,如今兩房犯事都革去了。我瞧這些子侄没一個長進的。老天啊,老天啊!我賈家何至一敗如此!我雖𫎇聖恩格外垂慈,給還家產,那兩處食用自應歸併一處,呌我一人那裡支撑的住。方纔璉兒所說更加咤異,說不但庫上無銀,而且尙有虧空,這几年竟是虛名在外。只恨我自己爲什麽糊𡍼若此。倘或我珠兒在世,尙有膀臂。寶玉雖大,更是無用之物。」想到那裡,不覺淚滿衣襟。又想:「老太太若大年紀,兒子們並没有自能奉養一日,反累他嚇得𭮀去活來。種種罪孽,呌我委之何人!」
Jia Lian avait d’abord tremblé devant le châtiment ; être ensuite gracié et libéré représentait déjà pour lui un immense bonheur. Mais lorsqu’il songea aux biens accumulés au fil des années et à l’épargne personnelle de Xifeng, qui ne se montaient pas à moins de soixante-dix ou quatre-vingt mille taels, et qui avaient disparu en un matin, comment n’en aurait-il pas souffert ? De plus, son père était encore détenu à l’Office de la Garde aux habits de brocart et Xifeng se trouvait à l’article de la mort. Au milieu de cette douleur, il vit Jia Zheng l’appeler, les larmes aux yeux, et lui demander : « Mes fonctions officielles m’empêchaient de m’occuper beaucoup de la maison ; c’est pourquoi je vous avais confié, à ta femme et à toi, l’administration de toutes les affaires domestiques. Il était assurément difficile de détourner ton père de ses agissements ; mais enfin, qui pratiquait ces prêts usuraires ? De telles choses ne conviennent nullement à une famille comme la nôtre. Maintenant que cet argent est confisqué, la perte elle-même importe peu ; mais que deviendra notre réputation lorsque l’affaire sera connue ? » Jia Lian s’agenouilla et répondit : « Votre neveu, en administrant la maison, n’a jamais osé nourrir le moindre intérêt personnel. Tous les comptes des recettes et des dépenses ont été enregistrés par Lai Da, Wu Xindeng, Dai Liang et les autres ; Monsieur n’a qu’à les faire venir pour les interroger. Depuis quelques années, les sorties d’argent des caisses dépassent les entrées ; sans même compter les avances faites pour les combler, nous avons déjà laissé bien des déficits ici et là. Si Monsieur interroge Madame, il le saura. Quant aux sommes prêtées, même votre neveu ignore d’où venait cet argent ; il faut le demander à Zhou Rui et à Wang’er. » Jia Zheng dit : « À t’entendre, tu ignores même ce qui se passait dans tes propres appartements ; à plus forte raison ne sais-tu rien des affaires de toute la maison. Cette fois, je ne vais pas t’interroger davantage. Puisque tu es maintenant libre, pourquoi ne vas-tu pas aussitôt prendre des nouvelles de ton père et de ton cousin aîné Jia Zhen ? » Jia Lian, le cœur plein d’amertume, acquiesça les larmes aux yeux et sortit. Jia Zheng soupira sans fin et pensa : « Mon grand-père et mon père ont servi la dynastie avec dévouement, acquis des mérites et obtenu deux charges héréditaires. À présent, les deux branches de la famille se sont rendues coupables et ont perdu leurs titres. Parmi tous ces fils et neveux, je n’en vois pas un seul qui promette quelque chose. Ciel ! Ciel ! Comment notre famille Jia a-t-elle pu tomber dans une telle ruine ? Sa Majesté m’a témoigné une compassion exceptionnelle et nous a rendu nos biens ; mais les dépenses des deux maisons devront naturellement être réunies, et comment pourrais-je seul y suffire ? Ce que Lian vient de dire est plus surprenant encore : non seulement les caisses sont vides, mais il y a aussi des déficits. Depuis plusieurs années, notre renom n’était donc qu’une vaine apparence. Pourquoi ai-je été aveugle à ce point ? Si mon Zhu était encore vivant, j’aurais au moins un bras droit. Baoyu a beau être adulte, il est plus inutile encore. » À cette pensée, les larmes trempèrent son vêtement. Puis il songea : « L’aïeule est si âgée, et nous, ses fils, loin d’avoir pu subvenir par nous-mêmes ne serait-ce qu’un jour à ses besoins, nous lui avons causé une frayeur qui l’a laissée entre la vie et la mort. Sur qui pourrais-je rejeter la faute de tous ces péchés ? »
正在獨自悲切,只見家人禀報各親友進來看候。賈政一一道謝,說起:「家門不幸,是我不能管呌子侄,所以至此。」有的說:「我久知令兄赦大老爺行事不妥,那邊珍哥更加驕縱。若說因官事錯誤得個不是,於心無愧,如今自己閙出的,倒帶累了二老爺。」有的說:「人家閙的也多,也没見御史叅奏,不是珍老大得罪朋友,何重如此。」有的說:「也不怪御史,我們𦗟見說是府上的家人同几個泥腿在外頭哄嚷出來的。御史恐叅奏不實,所以誆了這裡的人去纔說出來的。我想府上待下人最寛的,爲什麽還有這事。」有的說:「大凡奴才們是一個養活不得的。今兒在這裡都是好親友我纔敢說,就是尊駕在外任,我保不得——你是不愛錢的——那外頭的風聲也不好,都是奴才們閙的。你該隄防些。如今雖說没有動你的家,倘或再遇着主上疑心起來,好些不便呢。」賈政聼說,心下着忙道:「衆位𦗟見我的風聲怎様?」衆人道:「我們雖没聼見實㨿,只聞外面人說你在糧道任上怎麽呌門上家人要錢。」賈政𦗟了,便說道:「我是對得天的,從不敢起這要錢的念頭。只是奴才在外招謠撞騙,閙出事來我就吃不住了。」衆人道:「如今怕也無益,只好將現在的管家們都嚴嚴的查一查,若有杭主的奴才,查出來嚴嚴的辦一辦。」賈政𦗟了㸃頭。便見門上進来囘禀說:「孫姑爺那邉打發人來說,自己有事不能來,着人來瞧瞧。說大老爺該他一種銀子,要在二老爺身上還的。」賈政心内憂悶,只說:「知道了。」衆人都冷笑道:「人說令親孫紹祖混賬,真有些。如今丈人抄了家,不但不來瞧看帮補照應,倒赶忙的來要銀子,真眞不在理上。」賈政道:「如今且不必說他。那頭親說原是家兄配錯的,我的侄女兒的罪已經受彀了,如今又招我來。」正說着,只見薛蝌進來說道:「我打𦗟錦衣府趙堂官必要照御史叅的辦去,只怕大老爺和珍大爺吃不住。」衆人都道:「二老爺,𮟃得是你出去求求王爺,怎麽挽囬挽囬纔好。不然這兩家就完了。」賈政答應致謝,衆人都散。
Tandis qu’il s’abandonnait seul à sa douleur, des domestiques vinrent annoncer que parents et amis entraient prendre de ses nouvelles. Jia Zheng les remercia un à un et leur dit : « Le malheur s’est abattu sur notre maison parce que je n’ai pas su discipliner mes fils et mes neveux ; voilà comment nous en sommes arrivés là. » L’un dit : « Je savais depuis longtemps que votre frère aîné, le premier seigneur She, se conduisait mal ; quant au seigneur Zhen, de l’autre branche, il était plus arrogant et débridé encore. S’ils avaient été blâmés pour une erreur commise dans leurs fonctions, leur conscience resterait nette ; mais ils ont eux-mêmes provoqué cette affaire et vous ont entraîné dans leur malheur, second seigneur. » Un autre dit : « Beaucoup de familles font autant de tapage sans que les censeurs les dénoncent. Si le seigneur Zhen ne s’était pas fait des ennemis parmi ses amis, pourquoi l’aurait-on frappé si lourdement ? » Un autre encore dit : « Il ne faut pas non plus en vouloir au censeur. Nous avons entendu dire que des domestiques de votre palais avaient fait grand bruit au-dehors avec quelques rustres. Le censeur, craignant de présenter une accusation sans fondement, a attiré par ruse des gens de chez vous et leur a fait révéler l’affaire. Je croyais pourtant que votre maison traitait ses subordonnés avec la plus grande indulgence : pourquoi donc cela s’est-il produit ? » Un autre dit : « En règle générale, on ne parvient jamais à rassasier les esclaves. Je n’oserais parler ainsi si nous n’étions pas aujourd’hui entre bons parents et amis. Même lorsque vous exerciez une charge en province — et je vous garantis que vous-même n’aimez pas l’argent —, les rumeurs qui couraient au-dehors n’étaient guère favorables : tout venait des esclaves. Vous devriez vous en méfier. Vos biens n’ont pas été touchés cette fois, mais si Sa Majesté venait de nouveau à concevoir des soupçons, il en résulterait bien des ennuis. » Jia Zheng, alarmé, demanda : « Quelles rumeurs avez-vous donc entendues sur moi ? » Tous répondirent : « Nous n’avons rien appris de certain ; nous avons seulement entendu dire au-dehors que, lorsque vous dirigiez l’intendance des grains, vos portiers et domestiques exigeaient de l’argent. » Jia Zheng répondit : « Je peux en répondre devant le Ciel : jamais je n’ai eu la pensée d’exiger de l’argent. Mais si mes esclaves répandent des mensonges, trompent les gens au-dehors et provoquent un scandale, je ne pourrai pas en supporter les conséquences. » Tous dirent : « Il est désormais inutile d’avoir peur. Le mieux serait d’enquêter rigoureusement sur tous les intendants actuellement en fonction. Si vous découvrez des esclaves qui défient leur maître, punissez-les sévèrement. » Jia Zheng acquiesça. À cet instant, un portier entra annoncer : « Le gendre Sun a envoyé quelqu’un dire qu’une affaire l’empêchait de venir en personne, mais il nous charge de prendre des nouvelles. Il prétend aussi que le premier seigneur lui doit une certaine somme d’argent et veut que le second seigneur la lui rembourse. » Accablé, Jia Zheng se contenta de répondre : « J’ai compris. » Tous les visiteurs ricanèrent : « On dit que votre parent Sun Shaozu est un misérable ; cela semble bien vrai. Maintenant que son beau-père a subi la confiscation, non seulement il ne vient ni le voir ni lui porter secours, mais il s’empresse de réclamer de l’argent. C’est véritablement déraisonnable. » Jia Zheng dit : « Ne parlons pas de lui pour le moment. Ce mariage avait été mal arrangé par mon frère aîné. Ma nièce a déjà assez expié sa faute ; et maintenant, cet homme vient encore s’en prendre à moi. » Pendant qu’il parlait, Xue Ke entra et dit : « D’après ce que j’ai appris, le haut magistrat Zhao, à l’Office de la Garde aux habits de brocart, entend absolument traiter l’affaire selon l’accusation du censeur. Je crains que le premier seigneur et le seigneur Zhen ne puissent le supporter. » Tous dirent : « Second seigneur, il faut encore que vous alliez supplier les princes et cherchiez un moyen de renverser la situation. Sinon, les deux maisons sont perdues. » Jia Zheng acquiesça et les remercia ; tous se retirèrent.
那時天已㸃燈時候,賈政進去請賈母的安,見賈母畧畧好些。囘到自己房中,埋怨賈璉夫婦不知好歹,如今閙出放賬取利的事情,大家不好。方見鳯姐所爲,心裡狠不受用。鳯姐現在病重,知他所有什物盡被抄搶一光,心内欝結,一時未便埋怨,暫且隱忍不言。一夜無話。次早賈政進内謝恩,並到北靜王府西平王府兩處叩謝,求兩位王爺照應他哥哥姪兒。兩位應許。賈政又在同寅相好處託情。
Il était déjà l’heure d’allumer les lampes. Jia Zheng entra prendre des nouvelles de l’aïeule Jia et la trouva un peu mieux. Revenu dans ses appartements, il reprocha intérieurement à Jia Lian et à sa femme de n’avoir pas su discerner le bien du mal : maintenant que cette affaire de prêts à intérêt avait éclaté, toute la famille en portait la honte. Il comprenait désormais ce qu’avait fait Xifeng et en éprouvait un profond déplaisir. Mais comme elle était gravement malade et qu’elle savait tous ses biens saisis ou pillés, elle en avait le cœur oppressé ; il ne convenait pas encore de l’accabler de reproches, et il contint provisoirement sa colère. Rien d’autre ne se produisit cette nuit-là. Le lendemain matin, Jia Zheng entra au palais remercier Sa Majesté, puis alla se prosterner dans les résidences du prince de Beijing et du prince de Xiping. Il pria les deux princes de protéger son frère et son neveu ; tous deux le lui promirent. Jia Zheng sollicita encore l’aide de collègues et d’amis proches.
且說賈璉打𦗟得父兄之事不狠妥,無法可施,只得囘到家中。平兒守着鳳姐哭泣,秋桐在耳房中抱怨鳳姐。賈璉走近旁邉,見鳯姐𡘤𡘤一息,就有多少怨言,一時也說不出来。平兒哭道:「如今事已如此,東西已去不能復來。奶奶這様,還得再請個大夫調治調治纔好。」賈璉啐道:「我的性命還不保,我𮟃管他麽!」鳯姐𦗟見,睁眼一睄,雖不言語,那眼淚流個不盡,見賈璉出去,便與平兒道:「你别不逹事務了,到了這様田地,你還顧我做什麽。我巴不得今兒就死纔好。只要你能彀眼裡有我,我𭮀之後,你扶養大了巧姐兒,我在隂司裡也感激你的。」平兒聼了放聲大哭。鳳姐道:「你也是聰明人。他們雖没有來說我,他必抱怨我。雖說事是外頭閙的,我若不貪財,如今也没有我的事,不但是枉費心計,挣了一輩子的强,如今落在人後頭。我只恨用人不當,恍惚聽得那邉珍大爺的事,說是强占良民妻子爲妾,不從逼死,有個姓張的在裡頭,你想想還有誰。若是這件事審出來,偺們二爺是脫不了的,我那時怎様見人。我要卽時就死,又躭不起吞金服毒的。你到還要請大夫,可不是你爲顧我反倒害了我了麽。」平兒愈聼愈𢡖,想來實在難處,恐鳳姐自尋短見,只得𦂳𦂳守着。
Jia Lian, ayant appris que la situation de son père et de son cousin aîné était fort mauvaise, ne trouva aucun moyen d’agir et dut rentrer chez lui. Ping’er veillait Xifeng en pleurant, tandis que Qiutong, dans la pièce latérale, se plaignait d’elle. Jia Lian s’approcha et vit que Xifeng respirait à peine. Il avait bien des reproches à lui adresser, mais ne put les prononcer sur-le-champ. Ping’er dit en pleurant : « Puisque les choses en sont arrivées là, ce qui est perdu ne reviendra pas. Mais dans l’état de Madame, il faudrait encore appeler un médecin pour la soigner. » Jia Lian cracha de dépit : « Je ne suis même pas sûr de sauver ma propre vie ; comment pourrais-je encore m’occuper d’elle ? » Xifeng l’entendit, ouvrit les yeux et lui jeta un regard. Sans rien dire, elle laissa couler des larmes sans fin. Lorsqu’elle vit Jia Lian sortir, elle dit à Ping’er : « Cesse donc de ne rien comprendre à la situation. Maintenant que nous en sommes là, pourquoi t’occuper encore de moi ? Je ne demande qu’à mourir aujourd’hui même. Pourvu que tu gardes quelque affection pour moi et qu’après ma mort tu élèves Qiaojie jusqu’à l’âge adulte, je t’en serai reconnaissante jusque dans le monde souterrain. » Ping’er éclata en sanglots. Xifeng poursuivit : « Tu es pourtant intelligente. Ils ne sont pas encore venus m’accuser, mais lui m’en veut certainement. Le scandale a beau avoir éclaté au-dehors, si je n’avais pas été avide d’argent, je ne serais pas impliquée aujourd’hui. Non seulement toutes mes ruses ont été vaines, mais moi qui me suis battue toute ma vie pour l’emporter sur les autres, me voici maintenant derrière eux. Je regrette seulement d’avoir mal choisi mes gens. J’ai cru entendre, à propos de l’affaire du seigneur Zhen, qu’il aurait arraché la femme d’un honnête homme pour en faire sa concubine et l’aurait poussée à la mort parce qu’elle refusait. Un certain Zhang serait mêlé à l’affaire : réfléchis, qui cela pourrait-il être ? Si cette affaire est jugée, notre second maître ne pourra pas s’en tirer. Comment pourrais-je alors paraître devant les gens ? Je voudrais mourir sur-le-champ, mais je n’ai même pas la force d’avaler de l’or ou du poison. Et toi, tu veux encore appeler un médecin : en prétendant prendre soin de moi, ne serais-tu pas plutôt en train de me faire du mal ? » Plus Ping’er l’écoutait, plus elle s’effrayait. Elle comprenait que la situation était véritablement sans issue et, craignant que Xifeng n’attente à ses jours, resta étroitement auprès d’elle.
幸賈母不知底細,因近日身子好些,又見賈政無事,寳玉寳釵在旁天天不離左右,略覺放心。素來最疼鳯姐,便呌鴛鴦,「將我體己東西拿些給鳯丫頭,再拿些銀錢交給平兒,好好的伏侍好了鳯丫頭,我再慢慢的分派。」又命王夫人照看了邢夫人。又加了寧國府第入官,所有財產房地等並家奴等俱造冊𭣣盡,這裡賈母命人將車接了尤氏婆媳等過來。可憐赫赫寧府,只剩得他們婆媳兩個並佩鳯、偕鸞二人,連一個下人没有。賈母指出房子一所居住,就在惜春所住的間壁。又𣲖了婆子四人丫頭兩個伏侍。一夜飯食起居在大厨房内分送,衣裙什物又是賈母送去,零星需用亦在賬房内開銷,俱照榮府每人月例之數。那賈赦、賈珍、賈蓉在錦衣府便用,賬房内實在無項可支。
Par bonheur, l’aïeule Jia ignorait les détails de l’affaire. Comme sa santé s’était quelque peu améliorée ces derniers jours, qu’elle voyait Jia Zheng hors de danger et que Baoyu et Baochai demeuraient quotidiennement à ses côtés sans jamais la quitter, elle se sentit un peu rassurée. Ayant toujours éprouvé une affection particulière pour Xifeng, elle appela Yuanyang et lui dit : « Prends quelques objets dans mes réserves personnelles et donne-les à la petite Feng. Remets aussi de l’argent à Ping’er et dis-lui de bien prendre soin d’elle. Je déciderai peu à peu du reste. » Elle ordonna encore à Madame Wang de veiller sur Madame Xing. Comme le palais Ningguo avait lui aussi été confisqué, tous ses biens, maisons, terres et esclaves avaient été intégralement recensés et saisis. L’aïeule Jia fit donc envoyer des voitures pour amener Madame You et sa belle-fille. Hélas ! De l’illustre palais Ning, il ne restait plus que ces deux femmes, avec Peifeng et Xieluan, sans même un domestique. L’aïeule Jia leur assigna une maison voisine de celle qu’occupait Xichun. Elle leur donna aussi quatre servantes âgées et deux jeunes servantes. Leurs repas et tout ce qui concernait leur vie quotidienne leur étaient envoyés par les grandes cuisines ; leurs vêtements et leurs effets leur furent encore donnés par l’aïeule Jia, tandis que leurs menues dépenses étaient réglées par le bureau des comptes, selon l’allocation mensuelle accordée à chacun au palais Rong. Quant aux dépenses de Jia She, Jia Zhen et Jia Rong à l’Office de la Garde aux habits de brocart, le bureau des comptes ne disposait réellement d’aucun fonds pour les payer.
如今鳯姐一無所有,賈璉况又多債務滿身,賈政不知家務,只說已經托人,自有照應。賈璉無計可施,想到那親戚裡頭薛姨媽家已敗,王子騰已死,餘在親戚雖有,俱是不能照應,只得暗暗差人下屯將地畝暫賣了數千金作爲監中使費。賈璉如此一行,那些家奴見主家勢敗,也便趂此弄鬼,並將東莊租稅也就指名借用些。此是後話,暫且不提。
Xifeng ne possédait désormais plus rien, tandis que Jia Lian était accablé de dettes. Jia Zheng, qui ne connaissait rien aux affaires domestiques, croyait qu’après avoir sollicité des protecteurs tout serait naturellement pris en charge. Ne sachant que faire, Jia Lian songea à leurs parents : la maison de la tante Xue était ruinée, Wang Ziteng était mort, et tous les autres, quoiqu’assez nombreux, étaient incapables de les aider. Il dut donc envoyer secrètement des hommes aux domaines ruraux afin de vendre provisoirement des terres pour quelques milliers de taels destinés aux dépenses de la prison. Voyant la famille de leurs maîtres sur le déclin, les esclaves profitèrent de cette opération pour se livrer à des manœuvres frauduleuses ; ils s’approprièrent même, sous prétexte d’emprunt, une partie des fermages et impôts du Domaine de l’Est. Mais cela appartient à la suite de l’histoire ; n’en parlons pas pour le moment.
且說賈母見祖宗世職革去,現在子孫在監質審,邢夫人、尤氏等日夜啼哭,鳯姐病在埀危,雖有寳玉寳釵在側,只可解勸,不能分憂,所以日夜不寧,思前想後,眼涙不乾。一日傍晚,呌寳玉囬去,自己扎挣坐起,呌鴛鴦等各處佛堂上香,又命自己院内焚起斗香,用柺住着出到院中。琥珀知是老太太拜佛,鋪下大紅短毡拜墊。賈母上香跪下磕了好些頭,念了一囬佛,含淚祝告天地道:「皇天菩薩在上,我賈門史氏,䖍誠禱告,求菩薩慈悲。我賈門數世以來,不敢行兇霸道。我帮夫助子,雖不能爲善,亦不敢作惡。必是後輩兒孫驕侈暴佚,𭧂殄夭物,以致閤府抄檢。現在兒孫監禁,自然兇多吉少,皆由我一人罪孽,不教兒孫,所以至此。我今卽求皇天保佑:在監違凶化吉,有病的早早安身。總有閤家罪孽,情願一人承當,只求饒恕兒孫。若皇天見憐,念我䖍誠,早早賜我一死,寛免兒孫之罪。」黙黙說到此,禁傷心,嗚嗚咽咽的哭泣起来。鴛鴦、珍珠一面解勸,一面扶進房去。
L’aïeule Jia voyait les charges héréditaires de ses ancêtres abolies, ses descendants détenus et soumis à interrogatoire, Madame Xing et Madame You pleurer jour et nuit, et Xifeng à l’article de la mort. Baoyu et Baochai avaient beau demeurer à ses côtés, ils pouvaient seulement la consoler sans partager le poids de ses soucis. Elle ne trouvait donc de repos ni le jour ni la nuit ; elle retournait dans son esprit le passé et l’avenir, sans que ses larmes tarissent. Un soir, elle renvoya Baoyu, puis se força à s’asseoir et ordonna à Yuanyang et aux autres d’aller brûler de l’encens dans tous les oratoires bouddhiques. Elle fit également allumer dans sa cour un encensoir en forme de Boisseau et, appuyée sur sa canne, sortit dans la cour. Hubo, comprenant que l’aïeule allait prier le Bouddha, étendit un petit tapis de feutre rouge vif pour qu’elle puisse s’y agenouiller. L’aïeule Jia offrit l’encens, s’agenouilla et se prosterna maintes fois. Après avoir récité quelque temps le nom du Bouddha, elle invoqua en larmes le Ciel et la Terre : « Ciel souverain, bodhisattvas qui êtes là-haut, moi, née Shi et entrée dans la maison Jia, je vous adresse cette prière sincère et implore votre compassion. Depuis plusieurs générations, notre maison Jia n’a jamais osé commettre de violences ni opprimer autrui. J’ai soutenu mon mari et secondé mes fils ; si je n’ai pas su faire le bien, du moins n’ai-je jamais osé faire le mal. Ce sont certainement nos descendants, arrogants, prodigues et débauchés, qui ont gaspillé sans scrupule les dons du Ciel et provoqué la perquisition de tout le palais. Mes fils et petits-fils sont aujourd’hui emprisonnés ; naturellement, ils ont plus de malheur que de bonheur à attendre. Tout vient de mes propres péchés : je n’ai pas su instruire mes descendants, et c’est pourquoi nous en sommes arrivés là. J’implore maintenant la protection du Ciel souverain : que le malheur de ceux qui sont emprisonnés se change en bonheur, et que les malades recouvrent promptement la santé. Si toute notre famille est coupable, j’accepte d’en porter seule le poids ; je demande seulement que mes descendants soient pardonnés. Si le Ciel souverain me prend en pitié et considère la sincérité de ma prière, qu’il m’accorde au plus tôt la mort et remette les fautes de mes descendants. » Parvenue à ces mots murmurés en silence, elle ne put contenir son chagrin et se mit à sangloter. Yuanyang et Zhenzhu la consolaient tout en la soutenant pour la reconduire dans sa chambre.
只見王夫人帶了寳玉、寳釵過来請晚安,見賈母悲傷,三人也大哭起來。寳釵更有一層苦楚:想哥哥也在外監,將來要處决,不知可减緩否;翁姑雖然無事,是見家業蕭條;寶玉依然瘋儍,豪無志氣。想到後來終身,更比賈母、王夫人哭得更痛。寳玉見寳釵如此大慟,他亦有一番悲戚。想的是老太太年老不得安,老爺、太太見此光景不免悲傷,衆姐妹風流雲散,一日少似一日。追想在園中吟詩起社,何等熱閙,自從林妹妹一死,我欝悶到今,又有寳姐姐過來,未使時常悲切。見他憂兄思女,日夜難得笑容,今見他悲哀欲絶,心裡更加不忍,竟嚎陶大哭。鴛鴦、彩雲、鶯兒、襲人見他們如此,也個有所思,便也嗚咽起來。餘者丫頭們看得傷心,也便陪哭,竟無人解慰。滿屋中哭聲驚天動地,將外頭上夜婆子嚇慌,急報于賈政知道。那賈政正在書房納悶,聼見賈母的人來報,心中着忙,飛奔進内。遠遠聽得哭聲甚衆,打諒老太太不好,急得魂魄俱喪,疾忙進來,只見坐着悲啼,神魂方定。說是「老太太傷心,你們該勸解,怎麽的齊打夥兒哭起來了。」衆人𦗟得賈政聲氣,急忙止哭,大家對面發怔。賈政上前安慰了老太太,又說了衆人几句。各自心想道:「我們原恐老太太悲傷,故来勸解,怎麽忘情大家痛哭起來。」
Madame Wang arriva alors avec Baoyu et Baochai pour souhaiter le bonsoir à l’aïeule Jia. En la voyant si affligée, tous trois éclatèrent eux aussi en sanglots. Baochai avait encore une douleur particulière : elle songeait que son frère était lui aussi détenu au-dehors et qu’il devait être condamné, sans savoir si sa peine pourrait être réduite ou différée ; son beau-père et sa belle-mère étaient certes hors de danger, mais les biens de la famille se trouvaient ruinés ; Baoyu, enfin, restait aussi fou et stupide qu’auparavant, sans la moindre ambition. Lorsqu’elle songeait à tout ce que lui réservait sa vie future, elle pleurait plus amèrement encore que l’aïeule Jia et Madame Wang. En voyant Baochai livrée à une telle douleur, Baoyu éprouvait lui aussi une profonde tristesse. Il pensait que l’aïeule, malgré son grand âge, ne connaissait aucun repos ; que son père et sa mère ne pouvaient manquer d’être affligés par un tel spectacle ; que toutes ses cousines et compagnes s’étaient dispersées comme nuages au vent et qu’elles devenaient chaque jour moins nombreuses. Il se rappelait le temps où ils composaient des poèmes et fondaient des sociétés dans le jardin : quelle animation alors ! Depuis la mort de petite sœur Lin, il était resté plongé dans la mélancolie ; l’arrivée de grande sœur Bao l’avait seule empêché de s’abandonner constamment à son chagrin. Mais il la voyait tourmentée au sujet de son frère, absorbée dans ses pensées et incapable de sourire jour ou nuit ; maintenant qu’elle semblait près de mourir de douleur, il ne put le supporter davantage et éclata en grands sanglots. Yuanyang, Caiyun, Ying’er et Xiren, les voyant ainsi, pensèrent chacune à ses propres peines et se mirent à sangloter. Les autres servantes, émues par ce spectacle, pleurèrent à leur tour ; il ne resta personne pour les consoler. Les pleurs qui emplissaient la chambre semblaient ébranler le Ciel et la Terre. Les vieilles servantes de garde, au-dehors, en furent terrifiées et coururent prévenir Jia Zheng. Celui-ci se morfondait dans son cabinet de travail. Lorsqu’il entendit le message envoyé par les gens de l’aïeule Jia, il s’alarma et se précipita à l’intérieur. Entendant de loin tant de personnes pleurer, il crut qu’un malheur était arrivé à l’aïeule et sentit son âme l’abandonner. Il entra en toute hâte et, lorsqu’il vit qu’elle était seulement assise là à pleurer, reprit enfin ses esprits. « Puisque l’aïeule est affligée, vous devriez la consoler. Pourquoi vous êtes-vous toutes mises à pleurer ensemble ? » En entendant le ton de Jia Zheng, tous s’empressèrent de se taire et se regardèrent, interdits. Jia Zheng s’avança pour consoler l’aïeule, puis adressa quelques paroles aux autres. Chacun pensa : « Nous étions justement venus la consoler, de peur qu’elle ne s’afflige ; comment nous sommes-nous oubliés au point d’éclater tous ensemble en sanglots ? »
正自不解,只見老婆子帶了史侯家的兩個女人進來,請了賈母的安,又向衆人請安𭺾,便說:「我們家老爺、太太、姑娘打發我來,說聼見府裡的事原没有什麽大事,不過一時受驚。恐怕老爺太太煩惱,呌我們過來告訴一聲,說這裡二老爺是不怕的了。我們姑娘本要自己来的,因不多几日就要出閣,所以不能來了。」賈母聼了,不便道謝,說:「你囬去給我問好。這是我們的家運合該如此。承你老爺太太惦記,過一日再来奉謝。你家姑娘出閣,想來你們姑爺是不用說的了。他們的家計如何?」兩個女人囘道:「家計倒不怎麽着,只是姑爺長的狠好,爲人又和平。我們見過好几次,看來與這裡寳二爺差不多,還𦗟得說才情學問都好的。」賈母聼了,喜歡道:「偺們都是南邊人,雖在這裡住久了,那些大規矩還是從南方禮兒,所以新姑爺我們都没見過。我前兒還想起我娘家的人來,最疼的就是你們家姑娘,一年三百六十天,在我跟前的日子倒有二百多天,渾得這麽大了。我原想給他說個好女壻,又爲他妹妹不在家,我又不便作主。他旣造次配了個好姑娘,我也放心。月裡出閣我原想過來吃盃喜酒的,不料我家閙出這様事來,我的心就像在熟鍋裡熬的似的,那裡能彀再到你們家去。你囬去說我問好,我們這裡的人都說請安問好。你替另告訴你家姑娘,不要將我放在心裡。我是八十多歲的人了,就死也筭不得没福的了。只願他過了門,兩口子和順,百年到老,我便安心了。」說着,不覺棹下淚來。那女人道:「老太太也不必傷心。姑娘過了門,等囬了九,少不得同姑爺過來請老太太的安,那時老太太見了纔喜歡呢。」賈母㸃頭。
Tandis que tous restaient perplexes, une vieille servante fit entrer deux femmes de la maison du marquis Shi. Elles saluèrent l’aïeule Jia, puis toutes les personnes présentes, avant de dire : « Notre seigneur, notre dame et notre demoiselle nous ont envoyées. Ils ont appris ce qui s’était passé dans votre palais et disent qu’en vérité ce n’est rien de très grave, mais seulement une frayeur passagère. Craignant que Monsieur et Madame ne se tourmentent, ils nous ont chargées de venir vous dire que le second seigneur n’a désormais plus rien à redouter. Notre demoiselle voulait venir elle-même, mais comme elle doit se marier dans quelques jours, elle n’a pas pu le faire. » L’aïeule Jia, qui ne pouvait se lever pour les remercier, répondit : « Transmettez-leur mes salutations. Le destin de notre maison voulait qu’il en fût ainsi. Je suis reconnaissante à votre seigneur et à votre dame de penser à nous ; j’irai les remercier dans quelques jours. Quant au mariage de votre demoiselle, j’imagine que votre futur gendre est irréprochable. Quelle est la situation de sa famille ? » Les deux femmes répondirent : « Sa fortune n’a rien d’extraordinaire, mais le futur gendre est fort beau et d’un caractère paisible. Nous l’avons vu plusieurs fois ; à ce qu’il nous semble, il ressemble beaucoup au second maître Bao. Nous avons aussi entendu dire qu’il avait du talent et une excellente instruction. » Ravie, l’aïeule Jia dit : « Nous sommes tous originaires du Sud. Nous avons beau habiter ici depuis longtemps, nos grandes règles suivent encore les usages méridionaux ; c’est pourquoi nous n’avons jamais vu le nouveau gendre. Ces jours derniers, je pensais encore aux gens de ma famille natale. Celle que j’ai toujours le plus chérie, c’est votre demoiselle : sur les trois cent soixante jours de l’année, elle en passait plus de deux cents auprès de moi, et c’est ainsi qu’elle a grandi. J’aurais voulu lui choisir moi-même un bon époux ; mais comme sa sœur cadette n’était pas à la maison, il ne m’était pas commode de décider. Puisqu’on lui a, même un peu précipitamment, trouvé un bon parti, j’ai l’esprit tranquille. J’avais l’intention de venir boire une coupe au mariage ce mois-ci ; mais voilà qu’une telle affaire a éclaté dans notre famille. Mon cœur est comme plongé dans une marmite bouillante : comment pourrais-je encore aller chez vous ? Transmettez-leur mes salutations, et dites-leur que tous les gens d’ici les saluent et prennent de leurs nouvelles. Dites séparément à votre demoiselle de ne pas se tourmenter à mon sujet. J’ai plus de quatre-vingts ans ; même si je meurs, on ne pourra pas dire que j’ai manqué de bonheur. Je souhaite seulement qu’après son mariage les deux époux vivent en harmonie et vieillissent ensemble jusqu’au terme de leur vie. Alors, j’aurai l’esprit en paix. » En parlant, elle ne put retenir ses larmes. L’une des femmes dit : « L’aïeule ne doit pas s’affliger. Après le mariage, lorsque notre demoiselle aura accompli la visite du neuvième jour, elle viendra certainement avec son époux vous présenter ses respects. Vous serez heureuse de les voir à ce moment-là. » L’aïeule Jia acquiesça.
那女人出去。别人都不理論,只有寳玉𦗟了發了一囬怔,心裡想道:「如今一天一天的都過不得了。爲什麽人家飬了女兒到大了必要出嫁,一出了嫁就攺變。史妹妹這様一個人,又被他妹妹硬壓着配人了,他將來見了我必是又不理我了。我想一個人到了這個没人理的分兒,還活着做什麽。」想到那裡,又是傷心。見賈母此時纔安,又不敢哭泣,只是悶悶的。
Les deux femmes sortirent. Personne d’autre ne s’attarda sur leurs paroles, mais Baoyu resta un long moment interdit après les avoir entendues. Il pensa : « Désormais, chaque journée devient plus insupportable que la précédente. Pourquoi faut-il que les familles marient leurs filles après les avoir élevées jusqu’à l’âge adulte ? Aussitôt mariées, elles changent. Une personne comme petite sœur Shi a encore été contrainte par sa sœur cadette à épouser quelqu’un. Quand elle me reverra, elle ne voudra certainement plus me parler. Quand on en est arrivé au point que personne ne fait plus attention à vous, à quoi bon vivre encore ? » Cette pensée le remplit de nouveau de chagrin. Mais comme l’aïeule Jia venait à peine de se calmer, il n’osa pas pleurer et resta seulement sombre et abattu.
一時賈政不放心,又進來瞧瞧老太太,見是好些,便出來傳了頼大,呌他將閤府裡管事家人的花名册子拿来,一齊㸃了一㸃,除去賈赦入官的人,當有三十餘家,共男女二百十二名。賈政呌現在府内當差的男人共二十一名進來,問起歴年居家用度,共有若干進來,該用若干出去。那管摠的家人將近來支用薄子呈上。賈政看時,所入不敷所出,又加連年宮裡花用,賬上有在外浮借的也不少。再查東省地租,近年頭交不及祖上一半,如今用度比祖上更加十倍。賈政不看則已,看了急得跥脚道:「這了不得!我打諒雖是璉兒𬋩事,在家自有把持,豈知好几年頭裡已就寅年用了卯年的,𮟃是這様裝好看,竟把世職俸祿當作不打𦂳的事情,爲什麽不敗呢!我如今要就省儉起来,已是遲了。」想到那裡,背着手跛来踱去,竟無方法。
Quelque temps plus tard, Jia Zheng, toujours inquiet, revint voir l’aïeule. La trouvant un peu mieux, il ressortit et fit appeler Lai Da. Il lui ordonna d’apporter le registre nominatif de tous les intendants et domestiques du palais, puis les passa tous en revue. Une fois retranchés ceux de Jia She qui avaient été remis à l’État, il restait plus de trente familles, soit deux cent douze hommes et femmes. Jia Zheng fit entrer les vingt et un hommes qui servaient encore dans le palais et les interrogea sur les recettes et les dépenses annuelles de la maison : combien entrait-il, et combien fallait-il dépenser ? L’intendant général lui présenta les livres des dépenses récentes. Jia Zheng constata que les recettes ne couvraient pas les dépenses ; il fallait y ajouter les sommes consacrées chaque année au palais impérial, et les comptes faisaient apparaître un grand nombre d’emprunts contractés au-dehors. Il vérifia ensuite les fermages de la province orientale : ces dernières années, ils n’atteignaient pas la moitié de ce qu’ils rapportaient au temps des ancêtres, tandis que les dépenses étaient dix fois supérieures. Jia Zheng aurait mieux fait de ne rien regarder. Après avoir vu les comptes, il trépigna d’angoisse : « C’est épouvantable ! Je croyais que, même si Lian administrait les affaires, quelqu’un gardait ici la situation en main. Qui aurait pensé que, depuis plusieurs années déjà, on dépensait pendant l’année du Tigre les revenus de l’année du Lièvre ? Et l’on continuait ainsi à sauver les apparences, comme si les traitements attachés à nos charges héréditaires ne comptaient pour rien ! Comment la maison n’aurait-elle pas été ruinée ? Même si je veux désormais économiser, il est déjà trop tard. » Les mains derrière le dos, il se mit à tourner en rond en boitant, sans trouver aucun moyen d’agir.
衆人知賈政不知理家,也是白撡心着急,便說道:「老爺也不用焦心,這是家家這様的。若是統摠筭起來,連王爺家𮟃不彀。不過是裝着門面,過到那裡就到那裡。如今老爺到底得了主上的恩典,纔有這㸃子家產,若是一並入了官,老爺就不用過了不成。」賈政嗔道:「放屁!你們這班奴才最没有良心的,仗着主子好的時候任意開銷,到弄光了,走的走,跑的跑,還顧主子的死活嗎!如今你們道是没有查封是好,那知道外頭的名聲。大本兒都保不住,還擱得住你們在外頭支架子說大話誆人騙人,到閙出事来望主子身上一推就完了。如今大老爺與珍大爺的事,說是偺們家人鮑二在外傳播的,我看這人口册上并没有鮑二,這是怎麽說?」衆人囬道:「這鮑二是不在册檔上的。先前在寧府冊上,爲二爺見他老實,把他們兩口子呌過來了。及至他女人死了,他又囬寧府去。後来老爺衙門事,老太太們爺們徃陵上去,珍大爺替理家事帶過來的,已後也就去了。老爺數年不管家事,那裡知道這些事來。老爺打諒冊上有這名字就只有這個人,不知一個人手下親戚們也有,奴才還有奴才呢。」賈政道:「這還了得!」想去一時不能淸理,只得喝退重人,早打了主意在心裡了,且聼賈赦等事審得怎様再定。
Tous savaient que Jia Zheng ignorait l’administration domestique et qu’il se tourmentait en vain. Ils lui dirent donc : « Monsieur ne doit pas tant s’inquiéter : toutes les familles vivent ainsi. Si l’on additionnait réellement toutes les dépenses, même les maisons princières n’auraient pas assez de revenus. Chacun sauve seulement les apparences et va aussi loin qu’il le peut. Monsieur a tout de même reçu la faveur de Sa Majesté et conservé ces quelques biens. Si tout avait été confisqué, Monsieur aurait-il pour autant cessé de vivre ? » Jia Zheng se mit en colère : « Balivernes ! Vous autres esclaves êtes les gens les plus dépourvus de conscience. Tant que vos maîtres prospèrent, vous dépensez à votre guise ; une fois tout dilapidé, les uns s’en vont, les autres s’enfuient, sans vous soucier de savoir si vos maîtres vivront ou mourront ! Vous croyez que l’absence de confiscation est une bonne chose ; mais vous ignorez les rumeurs qui courent au-dehors. Nos fondements mêmes ne sont plus assurés, et vous continuez à faire étalage de grandeur, à vous vanter, à duper et escroquer les gens ; lorsque cela provoque un scandale, vous rejetez tout sur vos maîtres, et l’affaire est réglée ! On dit maintenant que Bao Er, un domestique de notre famille, a répandu au-dehors les affaires du premier seigneur et du seigneur Zhen. Pourtant, je ne vois aucun Bao Er sur ce registre de la maisonnée. Comment l’expliquez-vous ? » Tous répondirent : « Bao Er ne figure pas dans les registres. Autrefois, il était inscrit dans ceux du palais Ning. Comme le second maître le trouvait honnête, il avait fait venir ici Bao Er et sa femme. Lorsque celle-ci mourut, il retourna au palais Ning. Plus tard, pendant que Monsieur était retenu par ses fonctions au yamen et que les dames et les maîtres se rendaient aux tombeaux, le seigneur Zhen, qui administrait la maison à votre place, le ramena ici ; puis il repartit encore. Monsieur ne s’est pas occupé des affaires de la maison pendant plusieurs années : comment aurait-il pu connaître tous ces détails ? Monsieur s’imagine qu’un nom porté sur le registre ne désigne qu’une seule personne ; mais chacun a encore ses parents sous ses ordres, et les esclaves eux-mêmes ont leurs propres esclaves. » Jia Zheng s’écria : « C’est intolérable ! » Comprenant qu’il ne pourrait pas tout démêler en un instant, il dut renvoyer sévèrement tout le monde. Il avait cependant déjà formé une résolution et voulait attendre de savoir comment serait jugée l’affaire de Jia She et des autres avant de décider.
一日正在書房籌筭,只見一人飛奔進来說:「請老爺快進内廷問話。」賈政𦗟了心下着忙,只得進去。未知凶吉,下囬分解。
Un jour qu’il faisait ses calculs dans son cabinet de travail, un homme accourut à toute vitesse et lui dit : « Monsieur est prié de se rendre immédiatement à la Cour intérieure pour y être interrogé. » Jia Zheng, alarmé, n’eut d’autre choix que de s’y rendre. On ignore si la nouvelle était heureuse ou funeste ; l’explication viendra au chapitre suivant.
Notes
賈 — Le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque accompagne toute la destinée de la famille.
金 — Dans ce contexte comptable, le mot désigne des sommes d’argent évaluées en taels, non des pièces d’or au sens moderne.
錦衣府 — L’Office de la Garde aux habits de brocart est ici une institution judiciaire et carcérale, héritière de la redoutable police impériale.
斗香 — Encens disposé ou brûlé dans un récipient évoquant le Boisseau, c’est-à-dire la Grande Ourse, à laquelle on adresse des prières de protection et de longévité.
回九 — Visite rituelle accomplie par la jeune épouse dans sa famille après le mariage, ici fixée au neuvième jour.
寅年用了卯年的 — Littéralement, « dépenser pendant l’année du Tigre les revenus de l’année du Lièvre » : vivre dès aujourd’hui sur les recettes de l’année suivante.