Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 53 Au palais Ningguo, la veille du Nouvel An, on sacrifie dans le temple ancestral ; au palais Rongguo, pour la fête des Lanternes, on ouvre le banquet nocturne
寧國府除夕祭宗祠 榮國府元宵開夜宴
Au palais Ningguo, la veille du Nouvel An, on sacrifie dans le temple ancestral
au palais Rongguo, pour la fête des Lanternes, on ouvre le banquet nocturne
話說寳玉見晴雯將雀裘補完,已使得力盡神危,忙命小丫頭子来替他搥着,彼此搥打了一㑹歇下。没一頓飯的工夫,天已大亮。且不出門,只呌快請大夫。一時王大夫來了,胗了脉,疑惑說道:「昨日已好了些,今日如何反虛浮㣲縮起來,敢是吃多了飮食?不然就是勞了神思。外感却倒輕了。這汗後失了調養,非同小可。」一面說,一面出去開了藥方進来。寳玉看時,已將踈散驅邪諸藥减去,倒添了茯苓、地黃、當歸等益神養血之劑。寳玉一面忙命人煎去,一面嘆說:「這怎麽處!倘或有個好歹,都是我的罪孽。」晴雯𪾶在枕上,嗐道:「好二爺!你幹你的去罷,那裡就得了勞病了呢。」寳玉無奈,只得去了。至下半天,說身上不好,就囘來了。晴雯此症雖重,幸虧他素昔是個使力不使心的,再者素昔飮食淸淡,飢飽無傷。這賈宅中的秘法,無論上下,只一畧有些傷風咳𠻳,搃以净餓爲主,次則服藥調養。故於前一日病時,就餓了兩三日,又謹慎服藥調飬,如今雖勞碌了些,又加倍培飬了幾日,便漸漸的好了。近日園中姐妹皆各在房中吃飯,炊爨飮食甚便,寶玉自能要湯要𦎟調停,不必細說。
Baoyu, voyant que Qingwen avait achevé de réparer la pelisse de plumes de paon au prix de ses dernières forces et au péril de sa santé, ordonna vite à une petite servante de venir lui tapoter le corps ; elles se relayèrent un moment, puis s’arrêtèrent. Avant même le temps d’un repas, le jour avait pleinement paru. Sans sortir de chez lui, Baoyu demanda qu’on fît venir au plus vite un médecin. Le docteur Wang arriva bientôt. Après avoir pris le pouls, il déclara, perplexe : « Hier, elle allait déjà un peu mieux ; pourquoi son pouls est-il aujourd’hui au contraire flottant, faible et défaillant ? Aurait-elle trop mangé ? Sinon, elle a dû se fatiguer l’esprit. En revanche, l’atteinte externe s’est allégée. Après cette transpiration, on a négligé les soins nécessaires : ce n’est pas une mince affaire. » Tout en parlant, il sortit rédiger une ordonnance, puis la fit remettre. Baoyu vit qu’il avait retranché les remèdes dispersants destinés à chasser le mal et ajouté du poria, de la rehmannia et de l’angélique chinoise, propres à fortifier l’esprit et nourrir le sang. Il fit aussitôt préparer la décoction, tout en soupirant : « Que faire ? S’il lui arrivait malheur, toute la faute en retomberait sur moi. » Qingwen, étendue sur l’oreiller, s’exclama : « Ah, mon bon second jeune maître ! Allez donc à vos affaires. On n’attrape pas si facilement une maladie d’épuisement ! » Baoyu, impuissant, dut partir. Mais, dans l’après-midi, il prétexta une indisposition et revint.
La maladie de Qingwen était sérieuse ; heureusement, elle avait toujours dépensé ses forces sans tourmenter son esprit et s’était d’ordinaire nourrie sobrement, sans se faire de mal par excès ni par privation. Dans la maison Jia, on avait une méthode secrète : du haut en bas de la maisonnée, dès que quelqu’un prenait un peu froid ou toussait, on commençait toujours par le faire jeûner strictement, puis on lui administrait des remèdes et des soins. Qingwen avait donc déjà jeûné deux ou trois jours au début de sa maladie et suivi avec prudence son traitement. Malgré la fatigue qu’elle venait de s’imposer, quelques jours de soins redoublés suffirent à la remettre progressivement. Depuis peu, les jeunes filles du Jardin prenaient chacune leurs repas dans leurs appartements, ce qui facilitait beaucoup la cuisine ; Baoyu pouvait lui-même commander potages et bouillons pour régler son alimentation. Inutile d’entrer dans les détails.
襲人送母𣩵後,業已囬来,麝月便將墜兒一事,並晴雯攆逐出去、也曾囬過寳玉等語,一一的告訴襲人。襲人也没說别的,只說:「太性急了。」只因李紈亦因時氣感冐。邢夫人正害火眼,迎春岫烟皆過去朝夕侍藥。李紈之病又接了李嬸娘、李紋、李𦂶家去住幾日。寳玉又見襲人常常思母含悲,晴雯又未大愈,因此詩社一事,皆未有人作興,便空了幾社。
Après les funérailles de sa mère, Xiren était déjà revenue. Sheyue lui raconta point par point l’affaire de Zhui’er, comment Qingwen l’avait chassée et comment elle-même en avait informé Baoyu. Xiren ne fit aucune autre remarque que celle-ci : « Elle a été bien trop prompte. » Or Li Wan avait elle aussi contracté la maladie saisonnière ; Madame Xing souffrait d’une inflammation des yeux, et Yingchun comme Xiuyan étaient allées auprès d’elle pour lui administrer matin et soir ses remèdes. À cause de la maladie de Li Wan, la tante Li avait en outre emmené Li Wen et Li Qi chez elle pour quelques jours. Baoyu voyait par ailleurs Xiren sans cesse affligée au souvenir de sa mère, tandis que Qingwen n’était pas encore entièrement rétablie. Aussi personne ne songea-t-il à ranimer la société de poésie, qui laissa passer plusieurs réunions.
當下已是臘月,離年日近,王夫人與鳳姐兒治辦年事。王子騰陞了九省都檢㸃,賈雨村補授了大司馬,協理軍機,叅贊朝政,不題。且說賈珍那邊開了宗祠,着人打掃,收什供器,請神主。又打掃上房,以偹懸供遺真影像。此時榮寧二府,内外上下,皆是忙忙碌碌。這日,寧府中尤氏正起來,同賈蓉之妻打㸃送賈母這邊的針線禮物,正值丫頭捧了一茶盤押歲錁子進来,囬說:「興兒囬奶奶:前兒那一包碎金子,共是一百五十三兩六錢七分,裡頭成色不等,總傾了二百二十個錁子。」說着遞上去。尤氏看了一看,只見也有梅花式的,也有海棠式的,也有筆定如意的,也有八寳聨春的。尤氏命:「收拾起來,呌興兒將銀錁子快快交了進來。」丫𤨔答應去了。
On était à présent au douzième mois, et le Nouvel An approchait. Madame Wang et Xifeng en préparaient les festivités. Wang Ziteng avait été promu inspecteur général des Neuf Provinces ; Jia Yucun avait été nommé grand ministre de la Guerre, chargé de seconder la direction des affaires militaires et de participer au gouvernement. Laissons cela.
Au palais Ningguo, Jia Zhen avait fait ouvrir le temple ancestral ; il avait ordonné de le nettoyer, de mettre en ordre les vases d’offrandes et d’y installer les tablettes des ancêtres. Il avait aussi fait nettoyer les appartements d’honneur afin d’y suspendre les offrandes et les portraits des défunts. Dans les deux palais Rongguo et Ningguo, toute la maisonnée, à l’intérieur comme au-dehors et du plus haut au plus bas, s’affairait sans relâche.
Ce jour-là, au palais Ningguo, Madame You venait de se lever et préparait avec l’épouse de Jia Rong les ouvrages d’aiguille destinés à être offerts à l’aïeule Jia, lorsqu’une servante entra avec un plateau à thé chargé de petits lingots du Nouvel An. Elle annonça : « Xing’er fait dire à Madame que le paquet de fragments d’or de l’autre jour pesait en tout cent cinquante-trois taëls, six qian et sept fen. Comme leur titre variait, on les a tous fondus pour en tirer deux cent vingt petits lingots. » Elle tendit le plateau. Madame You regarda : certains lingots avaient la forme d’une fleur de prunier, d’autres d’un bégonia ; certains figuraient un pinceau avec un sceptre ruyi, d’autres les Huit Trésors unis au printemps. Elle ordonna : « Rangez-les, et dites à Xing’er d’apporter au plus vite les petits lingots d’argent. » La servante acquiesça et sortit.
一時賈珍進來吃飯,賈蓉之妻𮞉避了。賈珍因問尤氏:「偺們春祭的恩賞可領了不曾?」尤氏道:「今兒我打發蓉兒關去了。」賈珍道:「偺們家雖不等這幾兩銀子使,多少是皇上天恩。早關了來,給那邊老太太送過去,置辦祖宗的供,上領皇上的恩,下則是托祖宗的福。偺們那怕用一萬銀子供祖宗,到底不如這個有體面,又是沾恩錫福。除偺們這様一二家之外,那些世襲窮官兒家,若不仗着這銀子,拿什麼上供過年?真正皇恩浩蕩,想得週到。」尤氏道:「正是這話。」
Jia Zhen entra bientôt pour prendre son repas, et l’épouse de Jia Rong se retira. Il demanda à Madame You : « Avons-nous reçu la gratification impériale pour le sacrifice du printemps ? » — « J’ai envoyé Rong la retirer aujourd’hui », répondit-elle. Jia Zhen poursuivit : « Notre maison n’attend certes pas après ces quelques taëls, mais c’est tout de même une faveur du souverain. Dès qu’ils seront arrivés, envoyons-les à l’aïeule de l’autre palais pour préparer les offrandes aux ancêtres : en haut, nous recevons ainsi la grâce impériale ; en bas, nous bénéficions de la faveur de nos ancêtres. Nous aurions beau dépenser dix mille taëls pour les honorer, cela n’aurait jamais autant de prestige. Nous recevons là tout ensemble la grâce et la bénédiction. À part une ou deux familles comme les nôtres, avec quoi ces pauvres fonctionnaires à charge héréditaire feraient-ils leurs offrandes et célébreraient-ils le Nouvel An, sans cet argent ? La faveur impériale est véritablement immense et pourvoit à tout. » — « C’est exactement cela », répondit Madame You.
二人正說着,只見人囬:「哥兒來了。」賈珍便命:「呌他進來。」只見賈蓉捧了一個小黃布口袋進來。賈珍道:「怎麼去了這一日?」賈蓉陪笑囬說:「今兒不在禮部關領了,又在光祿寺庫上。因又到了光禄寺,纔領下来了。光祿寺官兒們都說,問父親好,多日不見,都着寔想念。」賈珍笑道:「他們那裡是想我?這又到了年下了,不是想我的東西,就是想我的戱酒了。」一面說,一面瞧那黄布口袋,上有封條,就是「皇恩永錫」四個大字。那一邊又有禮部祠祭司的印記。一行小字,道是:「寧國公賈演,榮國公賈法,恩賜永遠春𥙊賞共二分,凈折銀若干兩,某年月日,龍禁尉候補侍衛賈蓉當堂領訖。值年寺丞某人。」下面一個硃筆花押。
Ils parlaient encore lorsqu’on annonça : « Le jeune maître est arrivé. » Jia Zhen ordonna de le faire entrer. Jia Rong parut, portant un petit sac de toile jaune. « Pourquoi cela t’a-t-il pris toute la journée ? demanda Jia Zhen. — Aujourd’hui, répondit Jia Rong avec un sourire empressé, la gratification ne se retirait plus au ministère des Rites, mais au dépôt de la Cour des Banquets impériaux. Il m’a donc fallu aller jusque-là pour la recevoir. Tous les fonctionnaires de la Cour m’ont chargé de saluer mon père ; ils ne vous ont pas vu depuis longtemps et pensent sincèrement à vous. » Jia Zhen rit : « Penser à moi ? Le Nouvel An approche : ils pensent plutôt à mes cadeaux, ou à mes spectacles et à mon vin. »
Tout en parlant, il examina le sac jaune. Sur le sceau figuraient en quatre grands caractères les mots : « Que la grâce impériale soit éternellement dispensée. » À côté se trouvait le cachet du Bureau des sacrifices du ministère des Rites. Une ligne en plus petits caractères portait : « Deux parts de la gratification perpétuelle accordée par faveur impériale pour les sacrifices du printemps au duc Jia Yan de Ningguo et au duc Jia Fa de Rongguo, converties net en tant de taëls d’argent. À telle date, Jia Rong, lieutenant de la Garde du Dragon et candidat à la charge de garde impérial, les a reçues en personne. Untel, sous-directeur de service de la Cour. » Au-dessous figurait un paraphe au vermillon.
賈珍看了,吃過飯,盥漱𭺾,換了靴帽,命賈蓉捧着銀子跟了來。囬過賈母王夫人,又至這邊,囬過賈赦邢夫人,方囬家去,取出銀子,命將口袋向宗祠大爐内焚了。又命賈蓉道:「你去問問你那邊二嬸娘,正月裡請吃年酒的日子擬了没有?若擬定了,呌書房裡明白開了單子來,偺們再請時,就不能重複了。舊年不留神,重了幾家。人家不說偺們不留心,倒像兩宅商議定了,送虛情怕費事的一様。」賈蓉忙答應去了。一時,拿了請人吃年酒的日期单子来了。賈珍看了,命:「交與頼昇去看了,請人别重了這上頭的日子。」因在㕔上看着小厮們抬圍屏,擦抹几案金銀供器。只見小厮手裡拿着一個禀帖,並一篇賬目,囘說:「黒山村烏庄頭来了。」
Après avoir lu le document et fini son repas, Jia Zhen se lava les mains et se rinça la bouche, changea de bottes et de bonnet, puis ordonna à Jia Rong de le suivre en portant l’argent. Il alla en rendre compte à l’aïeule Jia et à Madame Wang, puis, dans l’autre partie du palais, à Jia She et Madame Xing. Revenu chez lui, il retira l’argent du sac et fit brûler celui-ci dans le grand fourneau du temple ancestral.
Il dit ensuite à Jia Rong : « Va demander à ta seconde tante de l’autre palais si elle a fixé les jours où elle invitera à boire le vin du Nouvel An pendant le premier mois. Si elle l’a fait, que le secrétariat nous en dresse clairement la liste : ainsi, lorsque nous lancerons nos propres invitations, nous éviterons les chevauchements. L’an dernier, faute d’attention, nous avons invité plusieurs familles aux mêmes dates. Au lieu de croire à une négligence de notre part, les gens auraient pu penser que nos deux palais s’étaient concertés pour leur offrir de vaines politesses et s’épargner du dérangement. » Jia Rong acquiesça et partit. Il rapporta bientôt la liste des dates retenues. Après l’avoir lue, Jia Zhen ordonna : « Remets-la à Lai Sheng ; qu’il veille à ne pas inviter nos hôtes aux dates qui y figurent. »
Il resta dans la grande salle à surveiller les jeunes domestiques qui dressaient les paravents et nettoyaient les tables ainsi que les vases d’offrandes en or et en argent. Un garçon parut alors, tenant une lettre de rapport et un relevé de comptes : « L’intendant Wu, du domaine de la Montagne-Noire, est arrivé. »
賈珍道:「這個老砍頭的,今兒纔來。」賈蓉接過禀帖和賬目,忙展開捧着,賈珍倒背着兩手,向賈蓉手内看去。那紅禀上冩着:「門下庄頭烏進孝叩請爺奶奶萬福金安,並公子小姐金安。新春大喜大福,榮貴平安,加官進祿,萬事如意。」賈珍笑道:「庄家人有些意思。」賈蓉也忙笑道:「别看文法,只取個吉利兒罷。」一面忙展開單子看時,只見上面寫着:「大鹿三十隻,獐子五十隻,麅子五十隻,暹猪二十個,湯猪二十個,龍猪二十個,野猪二十個,家臘猪二十個,野羊二十個,靑羊二十個,家湯羊二十個,家風羊二十個,鱘鰉魚二百個,各色雜魚二百觔,活鷄、鴨、鵝各二百隻,風鷄、鴨、鵝二百隻,野鷄野猫各二百對,熊掌二十對,鹿筋二十觔,海參五十觔,鹿舌五十條,牛舌五十條,蟶乾二十觔,榛、松、桃、杏瓤各二口袋,大對蝦五十對,乾蝦二百觔,銀霜炭上等選用一千觔,中等二千觔,柴炭三萬觔,御田胭𮌖米二担,碧糯五十斛,白糯五十斛,粉杭五十斛,雜色粱穀各五十斛,下用常米一千担,各色乾菜一車,外賣粱穀牲口各項折銀二千五百兩。外門下孝敬哥兒頑意兒:活鹿兩對,白兎四對,黒兎四對,活錦雞兩對,西洋鴨兩對。」
« Ce vieux bon à décapiter ! Il arrive seulement aujourd’hui », dit Jia Zhen. Jia Rong prit la lettre et le compte, les déplia vivement et les tint devant lui. Les mains derrière le dos, Jia Zhen lut par-dessus ses bras. Sur la lettre rouge était écrit : « Votre humble intendant de domaine, Wu Jinxiao, se prosterne et souhaite au seigneur et à Madame dix mille bonheurs et une paix précieuse, ainsi que paix et santé aux jeunes maîtres et demoiselles. Que le printemps nouveau vous apporte grandes joie et félicité, honneurs et paix, promotions et émoluments, et l’accomplissement de tous vos désirs. » Jia Zhen rit : « Pour un paysan, ce n’est pas sans esprit. » Jia Rong s’empressa de rire à son tour : « Ne regardons pas la syntaxe ; retenons-en seulement l’heureux présage. »
Il déploya la liste et lut : « Trente grands cerfs, cinquante chevreuils, cinquante daims, vingt porcs siamois, vingt porcs à bouillir, vingt porcs “dragon”, vingt sangliers, vingt porcs domestiques séchés, vingt moutons sauvages, vingt moutons bleus, vingt moutons domestiques à bouillir, vingt moutons domestiques séchés ; deux cents esturgeons, deux cents jin de poissons variés ; deux cents poulets, deux cents canards et deux cents oies vivants ; deux cents poulets, canards et oies séchés ; deux cents couples de faisans et de chats sauvages ; vingt paires de pattes d’ours ; vingt jin de tendons de cerf ; cinquante jin de concombres de mer ; cinquante langues de cerf ; cinquante langues de bœuf ; vingt jin de couteaux de mer séchés ; deux sacs chacun de noisettes et d’amandes de pin, de pêche et d’abricot ; cinquante paires de grosses crevettes ; deux cents jin de crevettes séchées ; mille jin de charbon blanc givré de premier choix, deux mille de qualité moyenne et trente mille de charbon ordinaire ; deux charges de riz rouge des champs impériaux ; cinquante hu de riz glutineux vert, cinquante de riz glutineux blanc, cinquante de riz fin de Hangzhou et cinquante de chaque sorte de millet ; mille charges de riz ordinaire pour les domestiques ; une charretée de légumes secs variés. En outre, céréales, bétail et autres denrées vendus, convertis en deux mille cinq cents taëls d’argent. Présents particuliers de votre humble serviteur pour divertir les jeunes maîtres : deux couples de cerfs vivants, quatre couples de lapins blancs, quatre de lapins noirs, deux couples de faisans dorés vivants et deux couples de canards occidentaux. »
賈珍看完,說:「帶進他來。」一時只見烏進孝進來,只在院内磕頭請安。賈珍命人拉起他來,笑說:「你還硬朗?」烏進孝笑道:「不瞞爺說,小的們走慣了,不來也悶的慌。他們可不是都愿意來見見天子脚下世面?他們到底年輕,怕路上有閃失,再過幾年就可以放心了。」賈珍道:「你走了幾日?」烏進孝道:「囬爺的話,今年雪大,外頭都是四五尺深的雪,前日忽然一暖一化,路上竟難走得狠,躭擱了幾日。雖走了一個月零兩日,日子有限,怕爺心焦,可不赶着來了。」賈珍道:「我說呢,怎麽今兒纔來。我纔看那單子上,今年你這老貨又来打擂臺來了。」烏進孝忙進前兩歩囬道:「囘爺說,今年年成寔在不好。從三月下雨,接連着直到八月,竟没有一連晴過五六日。九月一場碗大的雹子,方近二三百里地方,連人帶房,並牲口粮食,打傷了上千上萬的,所以纔這様。小的並不敢說謊。」賈珍縐眉道:「我筭定你至少也有五千銀子来,這彀做什麽的!如今你們一共只剰了八九個庄子,今年倒有兩處報了旱潦,你們又打擂臺,眞眞是呌别過年了。」烏進孝道:「爺的這地方𮟃筭好呢!我兄弟離我那裡只一百多地,竟又大差了。他現𬋩着那府八處庄地,比爺這邊多着幾倍,今年也是這些東西,不過二三千兩銀子,也是有饑荒打呢。」賈珍道:「正是呢。我這邊倒可已,没什麽外項大事,不過是一年的費用。我受用些就費些,我受些委曲就省些。再者年例送人請人,我把臉皮厚些,也就完了。比不得那府裡,這幾年添了許多花錢的事,一定不可免是要花的,却又不添些銀子產業。這一二年裡賠了許多,不和你們要找誰去?」烏進孝笑道:「那府裡如今雖添了事,有去有來。娘娘和萬歲爺豈不賞呢?」
Après avoir fini de lire, Jia Zhen ordonna : « Faites-le entrer. » Wu Jinxiao parut bientôt et se prosterna dans la cour pour présenter ses respects. Jia Zhen le fit relever et lui demanda en riant : « Tu es toujours solide ? » Wu Jinxiao répondit avec un sourire : « À vrai dire, Seigneur, nous autres sommes habitués au voyage ; lorsque nous ne venons pas, nous nous ennuyons. Les jeunes ne désirent-ils pas tous découvrir le monde au pied du Fils du Ciel ? Mais ils sont encore jeunes et je crains qu’il ne leur arrive un accident en chemin. Dans quelques années, je pourrai les laisser venir sans inquiétude. — Combien de jours as-tu voyagé ? demanda Jia Zhen. — Cette année, Seigneur, la neige a été abondante : au-dehors, elle atteignait partout quatre ou cinq pieds. Avant-hier, il a soudain fait plus doux ; elle s’est mise à fondre et les routes sont devenues terriblement difficiles. J’ai donc perdu plusieurs jours. Le voyage m’a pris un mois et deux jours, mais, comme l’échéance approchait et que je craignais de vous inquiéter, je me suis bien dépêché d’arriver. »
« Je comprends pourquoi tu n’arrives qu’aujourd’hui, dit Jia Zhen. Mais je viens de lire ta liste : cette année encore, vieille canaille, tu viens me livrer bataille ! » Wu Jinxiao s’avança vivement de deux pas : « Seigneur, la récolte a vraiment été mauvaise. Il a commencé à pleuvoir au troisième mois, et jusqu’au huitième il n’y a pas eu cinq ou six jours de beau temps d’affilée. Au neuvième mois, il est tombé des grêlons gros comme des bols sur une région de deux à trois cents li : ils ont frappé hommes et maisons, bétail et récoltes, et causé des milliers et des milliers de pertes. Voilà pourquoi je n’apporte que cela. Votre serviteur n’oserait mentir. » Jia Zhen fronça les sourcils : « J’avais compté que tu apporterais au moins cinq mille taëls. À quoi ceci peut-il suffire ? Il ne vous reste plus en tout que huit ou neuf domaines ; cette année, deux ont signalé sécheresse ou inondation, et vous autres encore venez me livrer bataille. À croire qu’on veut vraiment nous empêcher de célébrer le Nouvel An ! »
Wu Jinxiao reprit : « Le domaine de Votre Seigneurie s’en tire encore bien ! Celui de mon frère n’est qu’à un peu plus de cent li du mien, et pourtant la différence est énorme. Il administre actuellement huit domaines de l’autre palais, qui sont plusieurs fois plus vastes que les vôtres ; cette année, ils n’ont produit que les mêmes denrées et deux ou trois mille taëls d’argent. Là-bas aussi, on invoque la disette. » Jia Zhen répondit : « C’est bien là le problème. De mon côté, cela peut encore aller : il n’y a pas de dépense extraordinaire, seulement les frais de l’année. Si je veux mes aises, je dépense davantage ; si je consens à quelques privations, j’économise. Pour les présents annuels et les invitations, il me suffit encore de m’endurcir le visage. Mais l’autre palais a engagé depuis quelques années quantité de nouvelles dépenses inévitables, sans accroître pour autant ses revenus ni ses propriétés. Il a beaucoup perdu ces deux dernières années : à qui demanderait-il de combler le manque, sinon à vous ? » Wu Jinxiao sourit : « Même si l’autre palais a maintenant davantage de dépenses, il reçoit aussi davantage. Sa Majesté l’Impératrice et l’empereur ne lui accordent-ils pas des récompenses ? »
賈珍𦘏了,笑向賈蓉等道:「你們聼聼,他說的可笑不可笑?」賈蓉等忙笑道:「你們山㘭海沿子上的人,那裡知道這道理。娘娘難道把皇上的庫給我們不成!他心裡縂有這心,他不能作主。豈有不賞之禮,按時按節,不過是些彩縀、古董、頑意兒。就是賞,也不過一百兩金子,纔值一千多兩銀子,彀什麽?這二年,那一年不賠出幾千兩銀子來?頭一年,省親連蓋花園子,你算算那一注花了多少,就知道了。再二年,再省一囬親,只怕就精窮了。」賈珍笑道:「所以他們庄客老寔人,外明不知裡暗的事,黃栢木作了磬搥子——外頭体面裡頭苦。」賈蓉又說又笑向賈珍道:「果眞那府裡窮了,前兒我聼見二嬸娘和鴛鴦悄悄商議,要偷老太太的東西去當銀子呢。」賈珍笑道:「那又是鳯姑娘的鬼,那裡就窮到如此?他必定是見去路大了,寔在賠得狠了,不知又要省那一項的錢,先設出這法子來,使人知道,說窮到如此了。我心裡却有個𮅕盤,𮟃不至此田地。」說着,便命人帶了烏進孝出去,好生待他,不在話下。
À ces mots, Jia Zhen se tourna en riant vers Jia Rong et les autres : « Écoutez-le ! N’est-ce pas risible ? » Jia Rong et les autres répondirent en riant : « Vous autres, gens des vallées perdues et des bords de mer, que pouvez-vous comprendre à cela ? Croyez-vous que Sa Majesté l’Impératrice puisse nous livrer le trésor de l’empereur ? Elle aurait beau en avoir l’intention, elle ne décide pas elle-même. Bien sûr, il serait inconcevable qu’elle n’accordât aucune récompense ; mais, aux dates et aux fêtes prescrites, ce ne sont que soieries de couleur, antiquités et objets d’agrément. Même lorsqu’elle donne cent taëls d’or, cela ne vaut qu’un peu plus de mille taëls d’argent : à quoi cela suffit-il ? Laquelle de ces deux dernières années ne nous a pas coûté plusieurs milliers de taëls ? La première année, entre la visite impériale et la construction du Jardin, calculez seulement ce qu’a coûté ce poste, et vous comprendrez. Si, dans deux ans, elle revient encore une fois visiter sa famille, nous serons probablement ruinés jusqu’au dernier sou. »
Jia Zhen rit : « Ces fermiers sont des gens simples : ils ne voient que l’éclat extérieur et ignorent les difficultés cachées. C’est un battant de pierre sonore taillé dans du phellodendron : honorable au-dehors, amer au-dedans. » Jia Rong dit alors à Jia Zhen, entre deux rires : « Si l’autre palais est vraiment pauvre, j’ai entendu l’autre jour ma seconde tante discuter tout bas avec Yuanyang : elles voulaient dérober des objets à l’aïeule et les mettre en gage. » Jia Zhen rit : « Encore un tour de cette fille Feng ! On n’en est tout de même pas réduit à pareille extrémité. Elle a certainement vu que les sorties d’argent grossissaient et que les pertes devenaient trop lourdes. Ne sachant plus quel poste réduire, elle a commencé par inventer ce moyen de faire savoir à tous qu’on était tombé dans une telle pauvreté. Pour ma part, j’ai mes propres comptes : ils n’en sont pas encore là. » Il fit ensuite reconduire Wu Jinxiao et ordonna de bien le traiter. Laissons cela.
這裡賈珍吩咐將方纔各物留出供祖宗的來,將各様取了些,命賈蓉送過榮府裡去,然後自己留了家中所用的,餘者𣲖出等第,一分一分的堆在月臺底下。命人將族中子姪喚来,分與他們。接着榮國府也送了許多供祖之物及與賈珍之物。賈珍看着𭣣拾完偹供器,靸着鞋,披着一件猞猁猻大皮袄,命人在㕔柱下石堦上太陽中,鋪了一個大狼皮褥子負暄,閑看各子弟們來領取年物。因見賈芹亦来領物,賈珍呌他過來,說道:「你做什麽也来了,誰呌你來的?」賈芹𡸁手囘說:「聼見大爺這裡呌我們領東西,我没等人去就來了。」賈珍道:「我這東西,原是給你那些間着無事没進益的叔叔兄弟們的,那二年你閑着,我也給過你的。你如今在那府裡𬋩事,家廟裡管和尙道士們,一月又有你的分例外,這些和尙的分例銀錢都從你手裡過,你𮟃來取這個來,太也貪了!你自己瞧瞧,你穿的可像個手裡使錢辦事的?先前你說没進益,如今又怎麽了?比先倒不像了。」賈芹道:「我家裡原人口多,費用大。」賈珍冷笑道:「你又支吾我,你在家廟裡幹的事,打諒我不知呢!你到了那裡,自然是爺了,没人敢抗違你。你手裡又有了錢,離着我們又遠,你就爲王稱霸起來,夜夜招聚匪𩔗賭錢,養老婆小子。這會子花得這個形像,你還敢領東西來?領不成東西,領一頓馱水棍去纔罷!等過了年,我必你和二叔說囬你來。」賈芹紅了臉,不敢答言。
Jia Zhen ordonna de mettre à part, parmi toutes les denrées reçues, celles qui serviraient aux offrandes ancestrales. Il préleva aussi un peu de chaque sorte et chargea Jia Rong de les porter au palais Rong. Après avoir réservé ce qui serait consommé chez lui, il fit répartir tout le reste par rang et disposer chaque lot au pied de la terrasse. Il convoqua les neveux et cousins du clan afin de leur en faire la distribution. Le palais Rongguo envoya de son côté quantité de denrées pour les offrandes ancestrales, ainsi que des présents destinés à Jia Zhen.
Lorsque tout fut rangé et les vases d’offrandes préparés, Jia Zhen, les chaussures passées sans les relever et vêtu d’une grande pelisse de peau de lynx, fit étendre au soleil, sur les degrés de pierre sous les colonnes de la salle, une grande couverture en peau de loup. Il s’y chauffa tranquillement tout en regardant les jeunes gens de la famille venir chercher leurs provisions du Nouvel An. Apercevant Jia Qin parmi eux, il l’appela : « Que viens-tu faire ici ? Qui t’a dit de venir ? » Jia Qin, les bras respectueusement baissés, répondit : « J’ai entendu dire que l’aîné nous faisait distribuer des choses ; je suis venu avant même qu’on ne m’envoie chercher. »
Jia Zhen dit : « Ces biens sont destinés à tes oncles et cousins qui restent oisifs, sans emploi ni ressources. Les années où tu ne faisais rien, je t’en ai donné. Mais à présent tu as une charge dans l’autre palais : tu diriges les bonzes et les taoïstes du temple familial, tu reçois chaque mois ton allocation et toutes les sommes qui leur sont versées passent entre tes mains. Et tu viens encore réclamer ceci ! Tu es vraiment trop avide. Regarde-toi : ta tenue ressemble-t-elle à celle d’un homme qui manie de l’argent et dirige des affaires ? Autrefois, tu disais n’avoir aucun revenu ; quelle est maintenant ton excuse ? Tu as encore moins d’apparence qu’auparavant. » Jia Qin répondit : « Nous sommes nombreux à la maison, et nos dépenses sont lourdes. »
Jia Zhen ricana : « Tu cherches encore à m’embrouiller ! Tu crois donc que j’ignore ce que tu fais au temple familial ? Une fois là-bas, tu es naturellement le seigneur et maître, et nul n’ose te résister. Tu as de l’argent entre les mains et tu es loin de nous : te voilà devenu tyran et despote. Toutes les nuits, tu rassembles une bande de mauvais sujets pour jouer, entretenir des femmes et nourrir des garçons. Après t’être dépensé jusqu’à te mettre dans cet état, tu oses encore venir chercher des provisions ? Tu n’en recevras aucune ; une volée de bâton à transporter l’eau, voilà tout ce que tu mérites ! Après le Nouvel An, j’en parlerai certainement à ton second oncle et te ferai rappeler. » Jia Qin rougit et n’osa répondre.
人囘:「北府王爺送了對聨荷包來了。」賈珍𦗟說,忙命賈蓉:「出去𭭎待,只說我不在家。」賈蓉去了。這裡賈珍攆走賈芹,看着領完東西,囬房與尤氏吃𭺾晚飯,一宿無話。至次日更忙,不必細說。
On vint annoncer : « Le prince du Palais du Nord envoie des sentences parallèles et des bourses. » En l’entendant, Jia Zhen ordonna vivement à Jia Rong : « Va le recevoir et dis seulement que je ne suis pas chez moi. » Jia Rong sortit. Jia Zhen chassa Jia Qin, attendit que la distribution fût terminée, puis regagna ses appartements et dîna avec Madame You. La nuit se passa sans incident. Le lendemain fut encore plus affairé ; inutile d’entrer dans les détails.
已到了臘月二十九日了,各色齋供,兩府中都換了門神、聯對、掛牌,新油了桃符,煥然一新。寧國府從大門、儀門、大㕔、煖閣、内㕔、内三門、内儀門並内塞門,直到正堂,一路正門大開,兩邊堦下一色硃紅大高燭,㸃的兩條金龍一般。次日由賈母有封誥者,皆按品級着朝服,先坐八人大轎,帶領衆人進宮朝賀行禮。領宴𭺾囬來,便到寧府煖閣下轎。諸子弟有未隨入朝者,皆在寧府門前排班伺侯,然後引入宗祠。
On était arrivé au vingt-neuvième jour du douzième mois. Toutes les offrandes végétariennes étaient prêtes. Dans les deux palais, on avait remplacé les dieux des portes, les sentences parallèles et les écriteaux suspendus, et repeint à neuf les charmes de bois de pêcher : tout resplendissait de fraîcheur. Au palais Ningguo, depuis la grande porte, la porte cérémonielle, la grande salle, le pavillon chauffé, la salle intérieure, les trois portes intérieures, la porte cérémonielle intérieure et la porte-écran, jusqu’à la salle principale, toutes les portes axiales étaient grandes ouvertes. Sous les degrés, de chaque côté, une rangée de hauts cierges vermillon allumés dessinait comme deux dragons d’or.
Le lendemain, à commencer par l’aïeule Jia, toutes les dames pourvues d’un titre impérial revêtirent, selon leur rang, leurs habits de cour. Elles montèrent d’abord dans des palanquins à huit porteurs et conduisirent toute la suite au palais impérial pour présenter leurs félicitations et accomplir les rites. Après avoir assisté au banquet de la cour, elles revinrent et descendirent de leurs palanquins devant le pavillon chauffé du palais Ningguo. Tous les jeunes hommes qui ne les avaient pas accompagnées à la cour attendaient en rang devant la porte du palais ; ils les conduisirent ensuite au temple ancestral.
且說寳琴是初次進賈祠觀看,一面細細留神,打諒這宗祠。原来寧府西邊另一個院子,黒油柵欄内五間大門,上面懸一匾,冩着是「賈氏宗祠」四個字,傍書「特晋爵太𫝊前翰林掌院事王希獻書」,兩邊有一副長聨,寫道:
C’était la première fois que Baoqin entrait dans le temple ancestral des Jia. Elle observa donc avec attention et examina les lieux. À l’ouest du palais Ningguo se trouvait une cour distincte. Derrière une grille laquée de noir s’élevait une grande porte à cinq travées, surmontée d’une plaque portant les quatre caractères : « Temple ancestral du clan Jia ». À côté était inscrit : « Calligraphié par Wang Xixian, promu à titre exceptionnel grand précepteur, ancien directeur de l’Académie Hanlin. » De part et d’autre figurait une longue sentence parallèle :
肝腦𡍼地,兆姓頼保育之恩。功名貫天,百代仰蒸嘗之盛。
Foies et cervelles répandus sur la terre : les innombrables familles du peuple reçurent leur protection bienfaisante ; mérites et renommée atteignant le ciel : cent générations vénéreront la magnificence de leurs sacrifices.
也是王太𫝊所書。進入院中,白石甬路,兩邊皆是蒼松翠栢,月臺上設着古銅鼎𢑱等器。抱厦前面懸一塊九龍金匾,寫道:「星輝輔弼」。乃先皇御筆。兩邊一副對聯,寫道是:
Cette inscription était elle aussi de la main du grand précepteur Wang. Dans la cour, une allée de pierre blanche était bordée de vieux pins et de cyprès verdoyants. Sur la terrasse étaient disposés d’antiques tripodes et vases de bronze. À la façade de l’avant-corps pendait une plaque d’or aux Neuf Dragons, portant les mots : « Les étoiles resplendissent auprès du trône. » C’était une calligraphie du défunt empereur. De part et d’autre, un distique également tracé de sa main disait :
勲業有光昭日月。功名無間及兒孫。
Leurs hauts faits brillent à l’égal du soleil et de la lune ;
Leur gloire, sans interruption, atteint fils et petits-fils.
也是御筆。五間正殿前,懸一塊閙龍填靑匾,冩道是:「慎終追遠」。傍邊一副對聨,寫道是:
Devant la salle principale à cinq travées était suspendue une plaque à dragons entrelacés sur fond bleu portant les mots : « Accomplir avec soin les derniers devoirs et se souvenir des lointains ancêtres. » À côté figurait ce distique :
已後兒孫承福德。至今黎庶念榮寧。
Leurs descendants recueillent encore leur bonheur et leur vertu ;
Jusqu’à ce jour, le peuple se souvient des ducs Rong et Ning.
俱是御筆。裡邊燈燭輝煌,錦幛繡幙,雖列着些神主,𨚫看不真。只見賈府人分了昭穆,排班立定。賈敬主𥙊,賈赦陪祭,賈珍獻爵,賈璉賈琮献帛,寳玉捧香,賈菖賈菱展拜塾,守焚池。青衣樂奏,三献爵,興拜𭺾,焚帛,奠酒。禮𭺾,樂止,退出。衆人圍隨賈母至正堂上。影前錦帳高掛,彩屏張䕶,香燭輝煌。上面正房中,懸着寧榮二祖遺像,皆是披蟒腰玉。兩邊還有幾軸列祖遺像。賈荇賈芷等從内儀門挨次列站,直到正堂廊下。檻外方是賈敬賈赦,檻内是各女眷。衆家人小厮皆在儀門之外。每一道菜至,傳至儀門,賈荇賈芷等便接了,按次傳至堦下賈敬手中。賈蓉係長房長孫,獨他隨女眷在檻裡,每賈敬捧菜至,傳於賈蓉,賈蓉便傳於他媳婦,又傳於鳳姐尤氏諸人,直傳至供棹前,方傳與王夫人。王夫人傳與賈母,賈母方捧放在桌上。邢夫人在供桌之西,東向立,同賈母供放。直至將菜飯湯㸃酒茶傳完,賈蓉方退出去,歸入賈芹階位之首。當時凡從「文」旁之名者,賈敬爲首,下則從「玉」者,賈珍爲首,再下從「草頭」者,賈蓉爲首,左昭右穆,男東女西。俟賈母拈香下拜,衆人方一齊跪下,將五間大㕔,三間抱厦,内外廊簷,堦上堦下,兩丹墀内,花團錦簇,塞的無一些空地。鴉雀無聞,只聼鏘鏗叮噹,金鈴玉珮微㣲摇曳之聲,並起跪靴履颯沓之響。
Tout était également de la main impériale. À l’intérieur, lampes et cierges jetaient un vif éclat parmi les tentures de brocart et les rideaux brodés. Bien que plusieurs tablettes ancestrales fussent alignées, on ne pouvait les distinguer clairement. Les membres de la maison Jia se répartirent selon l’ordre des branches aînées et cadettes et prirent place en rang. Jia Jing présidait le sacrifice ; Jia She l’assistait ; Jia Zhen présentait les coupes ; Jia Lian et Jia Cong offraient les soieries ; Baoyu tenait l’encens ; Jia Chang et Jia Ling déployaient les nattes de prosternation et gardaient le bassin où brûlaient les offrandes. Les musiciens en robe bleue jouèrent. On présenta trois fois les coupes, se releva et se prosterna, puis brûla les soieries et répandit le vin. Une fois les rites achevés, la musique cessa et tous se retirèrent.
La foule entoura l’aïeule Jia et la suivit jusque dans la salle principale. Devant les portraits, de hautes tentures de brocart étaient relevées ; des paravents colorés les protégeaient, et encens comme cierges brillaient de tous leurs feux. Dans la travée centrale étaient suspendus les portraits des deux ancêtres Ning et Rong, tous deux vêtus d’une robe aux pythons et ceints de jade. Plusieurs rouleaux représentaient encore d’autres ancêtres. Depuis la porte cérémonielle intérieure jusqu’à la galerie de la grande salle, Jia Xing, Jia Zhi et les autres se tenaient successivement en ligne. Hors du seuil se plaçaient Jia Jing et Jia She ; au-dedans, toutes les femmes. Serviteurs et jeunes domestiques restaient au-delà de la porte cérémonielle.
À l’arrivée de chaque plat, on le transmettait jusqu’à cette porte ; Jia Xing, Jia Zhi et les autres se le passaient dans l’ordre jusqu’à Jia Jing, au pied des degrés. Comme Jia Rong était l’aîné des petits-fils de la branche aînée, lui seul se tenait au-delà du seuil avec les femmes. Chaque fois que Jia Jing lui présentait un plat, Jia Rong le passait à son épouse, qui le transmettait à Xifeng, à Madame You et aux autres. De main en main, il arrivait devant la table des offrandes et était remis à Madame Wang. Celle-ci le donnait à l’aïeule Jia, qui le déposait enfin sur la table. Madame Xing, placée à l’ouest de celle-ci et tournée vers l’est, déposait les offrandes avec l’aïeule. Plats, riz, potages, pâtisseries, vin et thé furent ainsi transmis jusqu’au dernier. Alors seulement Jia Rong sortit et reprit, devant Jia Qin, la première place de sa génération.
À cette époque, parmi ceux dont le nom portait l’élément « lettres », Jia Jing venait en tête ; dans la génération suivante, dont les noms comportaient l’élément « jade », Jia Zhen venait en tête ; plus bas encore, parmi ceux dont les noms portaient la clef de l’herbe, Jia Rong était le premier. Les branches aînées étaient à gauche et les cadettes à droite, les hommes à l’est et les femmes à l’ouest. Lorsque l’aïeule Jia prit l’encens et se prosterna, tous s’agenouillèrent ensemble. Les cinq travées de la grande salle, les trois travées de l’avant-corps, les galeries intérieures et extérieures, le haut et le bas des degrés et les deux cours dallées de rouge se trouvèrent emplis d’une foule parée comme un massif de fleurs et de brocarts, sans le moindre espace vide. Nul bruit d’oiseau ne s’entendait : seulement le léger tintement métallique des clochettes d’or et des pendants de jade qui oscillaient, et le froissement pressé des bottes et des souliers lorsque tous se levaient ou s’agenouillaient.
一時禮𭺾,賈敬賈赦等便忙退出至榮府,耑候與賈母行禮。尤氏上房地下鋪滿紅毡,當地放着象鼻三足泥鰍流金金琺瑯大火盆,正面炕上鋪着新猩紅毡,設着大紅彩繡「雲龍捧壽」的靠肯、引枕、坐褥,外另有黒狐皮的袱子,搭在上面。大白狐皮坐褥。請賈母上去坐了。兩邊又鋪皮褥,讓賈母一輩的兩三個妯娌坐了。這邊橫頭排挿之後小炕上,也鋪了皮褥,讓邢夫人等坐了。地下兩面相對十二張雕𣾰椅上,都是一色灰鼠椅搭小褥,每一張𬃪下一個大銅脚爐,讓寶琴等姐妹坐。尤氏用茶盤親捧茶與賈母,賈蓉媳婦捧與衆老祖母,然後尤氏又捧與邢夫人等,賈蓉媳婦又捧與衆姊妹。鳯姐李紈等只在地下伺候。
Quand les rites furent achevés, Jia Jing, Jia She et les autres se hâtèrent de gagner le palais Rong afin d’y attendre spécialement le moment de saluer l’aïeule Jia. Dans les appartements d’honneur de Madame You, le sol était entièrement couvert de feutre rouge. Au milieu se trouvait un grand brasero d’émail cloisonné doré, à trois pieds en forme de nez d’éléphant et à bec en forme de loche. Sur le kang faisant face à la pièce, on avait étendu un feutre écarlate neuf et disposé dossiers, longs coussins et coussins de siège en brocart rouge, brodés du motif « Dragons parmi les nuages présentant le caractère Longévité ». Une housse de renard noir était encore posée dessus, ainsi qu’un coussin de siège en renard blanc. On invita l’aïeule Jia à s’y asseoir.
Des fourrures avaient été étendues de part et d’autre pour deux ou trois belles-sœurs de sa génération. Sur le petit kang placé transversalement derrière une rangée de cloisons, d’autres fourrures accueillaient Madame Xing et les autres. Au sol, douze sièges de bois sculpté et laqué se faisaient face ; chacun portait une garniture et un petit coussin uniformément en petit-gris, et un grand chauffe-pieds de cuivre était posé dessous. Baoqin et les autres jeunes filles y prirent place. Madame You présenta elle-même du thé à l’aïeule Jia sur un plateau, tandis que l’épouse de Jia Rong en servait aux autres grand-mères du clan. Madame You servit ensuite Madame Xing et les autres, et sa bru les jeunes filles. Xifeng, Li Wan et les autres restèrent debout pour assurer le service.
茶𭺾,邢夫人等便先起身来侍賈母吃茶。賈母與年老妯娌們閒話了兩三句,便命看轎,鳯姐兒忙上去纔起來。尤氏笑囘說:「已經預偹下老太太的晚飯。每年都不肯賞些體面,用過晚飯再過去。果然我們就不濟鳯丫頭不成?」鳯姐兒攙着賈母笑道:「老祖宗走罷。偺們家去吃去,别理他。」賈母笑道:「你這裡供着祖宗,忙得什麽似的,那裡還擱得住我閙?况且我每年不吃,你們也要送去的。不如𮟃送了來,我吃不了,留着明兒再吃,豈不多吃些?」說得衆人都笑了。又吩咐他:「好生𣲖妥當人夜裡坐着看香火,不是大意得的。」尤氏答應了。一面走出来,至煖閣前,尤氏等閃過屏風,小厮們纔領轎夫,請了轎出大門。尤氏亦隨邢夫人等同至榮府。這裡轎出大門,這一條街上,東一邊設立着寧國公的儀仗執事樂器,來往行人皆屏退不從此過。
Après le thé, Madame Xing et les autres se levèrent les premières afin de servir l’aïeule Jia. Celle-ci échangea quelques paroles avec ses belles-sœurs âgées, puis ordonna de préparer son palanquin. Xifeng s’avança aussitôt pour l’aider à se lever. Madame You dit en riant : « Nous avons déjà préparé le dîner de l’aïeule. Chaque année, vous refusez de nous faire l’honneur de rester. Prenez au moins votre dîner avant de repartir ! Serions-nous donc vraiment incapables de rivaliser avec la petite Feng ? » Soutenant l’aïeule Jia, Xifeng dit en riant : « Partons, Vieille Aïeule. Rentrons manger chez nous, sans nous occuper d’elle. »
L’aïeule Jia répondit avec un sourire : « Vous avez ici les offrandes aux ancêtres et vous êtes débordés ; comment pourriez-vous encore supporter le trouble que je vous causerais ? D’ailleurs, même si chaque année je ne mange pas ici, vous ne manquez pas de m’envoyer les plats. Autant me les envoyer encore : si je ne peux tout finir, j’en garderai pour demain et j’en mangerai davantage, n’est-ce pas ? » Tous rirent. Elle recommanda encore à Madame You : « Choisissez des gens sûrs pour veiller cette nuit sur l’encens et les flammes. Il ne faut surtout pas être négligent. » Madame You promit d’y veiller.
Elles sortirent. Arrivées devant le pavillon chauffé, Madame You et les autres s’écartèrent derrière le paravent ; alors seulement les jeunes domestiques firent avancer les porteurs et amenèrent le palanquin jusqu’à la grande porte. Madame You accompagna Madame Xing et les autres au palais Rong. Lorsque le palanquin franchit la grande porte, on vit, le long du côté est de la rue, les insignes d’apparat, accessoires cérémoniels et instruments de musique du duc de Ningguo. Les passants avaient tous été écartés et ne pouvaient emprunter cette voie.
一時來至榮府,也是大門正門一直開到裡頭。如今便不在煖閣下轎了,過了大㕔,轉灣向西,至賈母這邊正㕔上下轎。衆人圍隨同至賈母正室之中,亦是錦䄄綉屏,煥然一新。當地火盆内焚着松栢香、百合草。賈母歸了坐,老嬤嬷來囘:「老太太們來行禮。」賈母忙起身要迎,只見兩三個老妯娌已進來了。大家挽手笑了一囘,讓了一囬,吃茶去後,賈母只送至内儀門便囬來。歸了正坐,賈敬賈赦等領了諸子弟進來,賈母笑道:「一年家難爲你們,不行禮罷。」一靣男一起,女一起,一起一起俱行過了禮。左右設下交椅,然後又按長㓜挨次歸坐受禮。兩府男女、小厮、丫嬛,亦按差役上、中、下行禮𭺾。然後散了押歲錢並荷包金銀錁等物。擺上合歡宴来,男東女西歸坐,献屠蘇酒、合歡湯、吉祥菓、如意糕𭺾。賈母起身進内間更衣,衆人方各散出。那晚各處佛堂灶王前焚香上供。王夫人正房院内設着天地紙馬香供。大觀園正門上挑着角燈,兩傍高照,各處皆有路燈。上下人等,打扮的花團錦簇。一夜人聲雜沓,語笑喧填,爆竹起火,絡繹不絶。
Elles arrivèrent bientôt au palais Rong. Là aussi, toutes les portes axiales, depuis la grande entrée jusqu’au fond, étaient ouvertes. Cette fois, l’aïeule ne descendit pas devant le pavillon chauffé : le palanquin dépassa la grande salle, tourna vers l’ouest et s’arrêta devant la salle principale de ses appartements. Tous l’entourèrent et l’accompagnèrent dans sa pièce d’honneur, elle aussi resplendissante de tentures de brocart et de paravents brodés tout neufs. Dans le brasero central brûlaient de l’encens de pin et de cyprès et de l’herbe aux cent unions.
À peine l’aïeule Jia avait-elle repris sa place qu’une vieille gouvernante annonça : « Les vénérables dames sont venues présenter leurs salutations. » L’aïeule se leva vite pour les accueillir, mais deux ou trois de ses vieilles belles-sœurs entraient déjà. Elles se prirent les mains, rirent un moment, échangèrent les politesses et prirent le thé. Lorsqu’elles partirent, l’aïeule Jia ne les raccompagna que jusqu’à la porte cérémonielle intérieure, puis revint s’asseoir à sa place d’honneur.
Jia Jing et Jia She entrèrent à la tête de tous les jeunes hommes. L’aïeule Jia dit en riant : « Vous vous donnez assez de peine toute l’année ; dispensez-vous donc des salutations. » Pourtant les hommes par groupes, puis les femmes par groupes, accomplirent tous les rites. On plaça ensuite des fauteuils à droite et à gauche ; chacun, dans l’ordre de l’âge, prit place pour recevoir à son tour les hommages. Les hommes, femmes, garçons et servantes des deux palais vinrent aussi saluer selon la classe supérieure, moyenne ou inférieure de leur service. On distribua ensuite l’argent du Nouvel An, des bourses et de petits lingots d’or et d’argent.
On servit le banquet de l’Union joyeuse. Les hommes s’assirent à l’est et les femmes à l’ouest ; on offrit le vin de Tusu, le potage de l’Union joyeuse, les fruits d’heureux augure et les gâteaux ruyi. Après quoi l’aïeule Jia se leva et passa dans la pièce intérieure pour changer de vêtements ; alors seulement chacun se retira. Cette nuit-là, on brûla de l’encens et présenta des offrandes dans tous les oratoires bouddhiques et devant le dieu du Fourneau. Dans la cour des appartements principaux de Madame Wang étaient dressées des effigies de papier et des offrandes d’encens au Ciel et à la Terre. À la grande porte du Jardin aux Grandes Vues pendaient des lanternes d’angle, flanquées de deux hautes lampes ; partout, des lanternes éclairaient les chemins. Du haut en bas de la maison, tous étaient parés comme fleurs et brocarts. Toute la nuit, les voix se mêlèrent, les conversations et les rires emplirent l’air, tandis que pétards et fusées se succédaient sans interruption.
至次日五鼓,賈母等人按品大粧,擺全副執事進宫朝賀,兼祝元春千秋。領宴囬來,又至寧府𥙊過列祖,方囬來。受禮𭺾,便換衣歇息。所有賀節來的親友,一㮣不會,只和薛姨媽李嬸娘二人說話取便,或同寳玉寳釵等姊妹赶圍棋摸牌作𭟼。王夫人與鳯姐天天忙着請人吃年酒,那邊㕔上與院内皆是戱酒,親友絡繹不絶。一連忙了七八日,纔完了,早又元宵將近,寧榮二府皆張燈結彩。十一日是賈赦請賈母等,次日賈珍又請賈母,王夫人和鳯姐兒也連日被人請去吃年酒,不能勝記。
Le lendemain, à la cinquième veille, l’aïeule Jia et les autres revêtirent leurs grands atours selon leur rang, déployèrent tout leur cortège d’apparat et se rendirent au palais impérial pour présenter leurs félicitations, tout en célébrant l’anniversaire de Yuanchun. Après le banquet de la cour, elles retournèrent encore au palais Ningguo sacrifier aux ancêtres, puis rentrèrent. Une fois les hommages reçus, elles changèrent de vêtements et se reposèrent.
Elles refusèrent sans exception de recevoir les parents et amis venus présenter leurs vœux ; elles se contentèrent de converser à leur aise avec la tante Xue et la tante Li, ou jouèrent au go, aux cartes et à d’autres jeux avec Baoyu, Baochai et les jeunes filles. Madame Wang et Xifeng passaient chaque jour à offrir des banquets du Nouvel An. Dans les salles et les cours de l’autre palais se succédaient spectacles et festins, et parents comme amis affluaient sans cesse. Cette agitation dura sept ou huit jours avant de prendre fin ; déjà approchait la fête des Lanternes, et les deux palais Ningguo et Rongguo se couvrirent de lanternes et de festons. Le onzième jour, Jia She invita l’aïeule Jia et les autres ; le lendemain, ce fut Jia Zhen. Madame Wang et Xifeng furent elles aussi invitées plusieurs jours de suite à des banquets du Nouvel An : impossible de les énumérer tous.
至十五這一晚上,賈母便在大花㕔上命擺幾席酒,定一班小𭟼,滿挂各色花燈,帶領榮寧二府各子侄孫男孫媳等家宴。賈敬素不飮酒茹葷,因此不去請他,十七日祀祖已完,他便出城修養。就是這幾日在家,也只靜室黙處,一槪無聞,不在話下。賈赦領了賈母之賞,告辞而去。賈母知他在此不便,也隨他去了。賈赦到家中,與衆門客賞燈吃酒,笙歌聒耳,錦綉盈眸,其取樂與這裡不同。
Le soir du quinzième jour, l’aïeule Jia fit dresser plusieurs tables dans la grande salle des Fleurs, engagea une petite troupe de théâtre, suspendit partout des lanternes de toutes sortes et réunit pour un banquet familial les fils, neveux, petits-fils et brus des deux palais Rongguo et Ningguo. Jia Jing s’abstenait depuis toujours de vin et de viande ; on ne l’avait donc pas invité. Les sacrifices ancestraux achevés le dix-septième jour, il quitterait la ville pour reprendre sa retraite. Même durant les quelques jours qu’il passait chez lui, il demeurait silencieux dans une chambre retirée, entièrement indifférent à ce qui se faisait. Laissons-le.
Jia She reçut les présents de l’aïeule Jia, puis prit congé. Sachant qu’il se serait senti gêné en sa présence, elle le laissa partir. Rentré chez lui, Jia She admira les lanternes et but avec ses clients. Le son des orgues à bouche et des chants assourdissait les oreilles, tandis que brocarts et broderies emplissaient les yeux : ses plaisirs n’étaient pas ceux de l’autre palais.
這裡賈母花㕔之上擺了十來席,每席傍邊設一,几几上設爐瓶三事,焚着御賜百合宮香。又有八寸来長、四五寸寛、二三寸高,㸃綴着山石的小盆景,俱是新鮮花卉。又有小洋𣾰茶盤放着舊窑十錦小茶盃,又有紫檀雕嵌的大紗透繡花草詩字的纓絡。各色舊窯小瓶中,都㸃綴着歲寒三友、玉棠富貴等鮮花。上面兩席是李嬸娘薛姨媽坐,東邊單設一席,乃是雕夔龍𫉬屏矮足短榻,靠背、引枕、皮褥俱全。榻上設一個輕巧洋𣾰描金小几,几上放着茶碗、漱盂、洋巾之類,又有一個眼鏡匣子。
Dans la salle des Fleurs de l’aïeule Jia étaient dressées une dizaine de tables. Près de chacune se trouvait une petite table portant les trois objets du brûle-parfum : encensoir, vase et boîte, où brûlait l’encens impérial aux cent unions. On y voyait encore de petits paysages en pot, longs de quelque huit pouces, larges de quatre ou cinq et hauts de deux ou trois, ornés de rochers et garnis de fleurs fraîches. Sur de petits plateaux à thé en laque occidentale reposaient des tasses miniatures d’anciens fours, décorées de dix motifs variés. Il y avait aussi de grandes guirlandes en bois de santal rouge sculpté et incrusté, avec gaze ajourée brodée de fleurs, de plantes et de vers. De petits vases variés, eux aussi issus d’anciens fours, contenaient des arrangements frais figurant les Trois Amis de la saison froide ou « Jade et pommetier apportent richesse et honneurs ».
Aux deux tables d’honneur s’assirent la tante Li et la tante Xue. À l’est, une place particulière avait été aménagée : un lit bas aux pieds courts, orné d’un écran sculpté de dragons kui, avec dossier, long coussin et fourrure. Sur le lit se trouvait une élégante petite table en laque occidentale peinte d’or, portant bol à thé, crachoir, serviette occidentale et autres objets, ainsi qu’un étui à lunettes.
賈母歪在榻上,與衆人說笑一囬,又取眼鏡向戱臺上照一囘,又說:「恕我老了骨頭疼,容我放肆些,歪着相陪罷。」又命琥珀坐在榻上,拿着美人拳搥腿。榻下並不擺席面,只一張高几,設着高架纓絡、花瓶、香爐等物,外另設一小高桌,擺着杯著。傍邊一席,命寳琴、湘雲、黛玉、寳玉四人坐著。每饌菓菜来,先捧與賈母看,喜則留在小桌上,嚐一嚐,仍撒了放在席上,只算他四人跟著賈母坐。下面方是邢夫人王夫人之位。下邊便是尤氏、李紈、鳳姐、賈蓉之妻。西邊便是寳釵、李紋、李𦂶、岫烟、迎春姊妹等。兩邊大梁上掛着聨三聚五玻璃彩穗燈,每席前𥪡着倒𡸁荷葉一柄,柄上有彩燭挿着。這荷葉乃是洋鏨琺瑯活信,可以扭轉向外,將燈影逼住,照着看戲,分外真切。𥦗槅門戸,一齊摘下,全掛彩穗各種宮燈。廊簷内外及兩邊遊廊罩棚,將羊角、玻瓈、戳紗、料絲、或繡或畵、或絹或紙諸燈掛滿。廊上幾席,便是賈珍、賈璉、賈𤨔、賈琮、賈蓉、賈芹、賈芸、賈菖、賈菱等。
L’aïeule Jia, à demi couchée sur le lit bas, plaisanta un moment avec tous les convives. De temps en temps, elle prenait ses lunettes pour regarder la scène, puis déclara : « Pardonnez-moi : je suis vieille et j’ai mal aux os. Permettez que je manque un peu aux façons et vous tienne compagnie à demi couchée. » Elle ordonna à Hupo de s’asseoir sur le lit et de lui tapoter les jambes avec les poings de beauté. Aucun couvert n’était disposé au pied du lit : seulement une table haute portant une guirlande montée sur support, un vase à fleurs, un brûle-parfum et d’autres objets. Une petite table haute placée à côté portait tasse et baguettes.
À la table voisine, elle fit asseoir Baoqin, Xiangyun, Daiyu et Baoyu. Chaque fois qu’arrivaient mets, fruits ou légumes, on les présentait d’abord à l’aïeule Jia. Si quelque chose lui plaisait, elle le gardait sur sa petite table, y goûtait, puis le faisait remettre au banquet ; les quatre jeunes gens étaient ainsi censés partager sa propre table. Plus bas venaient les places de Madame Xing et de Madame Wang ; ensuite celles de Madame You, Li Wan, Xifeng et l’épouse de Jia Rong. À l’ouest se trouvaient Baochai, Li Wen, Li Qi, Xiuyan, Yingchun et les autres jeunes filles.
Aux grandes poutres, de chaque côté, étaient suspendues des lanternes de verre réunies par groupes de trois ou de cinq, avec des houppes multicolores. Devant chaque table se dressait une tige portant une feuille de lotus renversée, dans laquelle était fiché un cierge coloré. Ces feuilles de lotus étaient en émail occidental ciselé et montées sur des articulations mobiles : on pouvait les tourner vers l’extérieur afin d’arrêter la lumière et de la rabattre sur les spectateurs, qui distinguaient ainsi la pièce avec une netteté exceptionnelle.
Tous les châssis de fenêtres et les portes avaient été retirés. À leur place pendaient des lanternes de palais de diverses formes, ornées de houppes multicolores. Sous les galeries, à l’intérieur comme à l’extérieur, ainsi que dans les corridors latéraux couverts, on avait accroché partout des lanternes de corne, de verre, de gaze ajourée ou de soie filée, brodées ou peintes, en soie ou en papier. Aux tables dressées sous la galerie siégeaient Jia Zhen, Jia Lian, Jia Huan, Jia Cong, Jia Rong, Jia Qin, Jia Yun, Jia Chang, Jia Ling et les autres.
賈母也曾差人去請衆族中男女,奈他們有年老的,懶于熱閙。有家内没有人,又有疾病淹留,欲來竟不能来。有一等妒富愧貧,不肯来的。更有憎畏鳯姐之爲人,賭氣不來的。更有羞手羞脚,不慣見人,不敢来的。因此族中雖多,女眷来者,不過賈藍之母婁氏帶了賈藍来,男人只有賈芹、賈芸、賈菖、賈菱四個,現在鳯姐麾下辦事的来了。當下人雖不全,在家庭小宴,也筭熱閙的了。當下又有林之孝之妻,帶了六個媳婦,抬了三張炕桌,每一張上搭着一條紅毡,放着選净一般大新出局的銅錢,用大紅绳串穿著,每二人搭一張,共三張。林之孝家的呌將那兩張擺至薛姨媽李嬸娘的席下,將一張送至賈母榻下。賈母便說:「放在當地罷。」這媳婦素知規矩,放下棹子,一並將錢都打開,將紅绳抽去,堆在桌上。此時正唱《西樓楼會》,這齣將終,于叔夜賭氣去了。那文豹便𤼵科渾道:「你賭氣去了。恰好今日正月十五,榮國府中老祖宗家宴,待我𮪍了這馬,赶進去討些菓子吃,是要𦂳的。」說𭺾,引得賈母等都笑了。薛姨媽等都說:「好個鬼頭孩子,可憐見的。」鳳姐便說:「這孩子纔九歲了。」賈母笑說:「難爲他說得巧。」說了一個「賞」字,早有三個媳婦已經手下預偹下小笸籮,聼見一個「賞」字,走上去,將棹上散堆錢,每人撮了一笸籮,走出來,向𭟼臺說:「老祖宗,姨太太、親家太太賞文豹買菓子吃的!」說𭺾,向臺一撒,只聼「豁啷啷」,滿臺的錢响。賈珍賈璉已命小厮們抬大笸籮的錢預偹。未知怎生賞去,且聼下囬分解。
L’aïeule Jia avait également envoyé inviter les hommes et les femmes de tout le clan. Mais certains, trop âgés, n’avaient aucun goût pour l’agitation ; d’autres ne pouvaient laisser personne chez eux ; d’autres encore étaient retenus par la maladie et ne pouvaient venir malgré leur désir. Il s’en trouvait qui, jaloux des riches et honteux de leur pauvreté, refusaient de paraître ; d’autres qui détestaient ou redoutaient Xifeng et s’abstenaient par dépit ; d’autres enfin, timides et empruntés, n’osaient venir parce qu’ils n’avaient pas l’habitude du monde. Aussi, malgré l’étendue du clan, la seule femme à paraître fut Madame Lou, mère de Jia Lan, qui amena son fils. Parmi les hommes vinrent seulement Jia Qin, Jia Yun, Jia Chang et Jia Ling, tous quatre actuellement employés sous les ordres de Xifeng.
Les invités n’étaient donc pas au complet, mais, pour un petit banquet familial, l’assemblée était encore animée. La femme de Lin Zhixiao arriva alors avec six servantes mariées, qui portaient trois petites tables de kang. Chacune était couverte d’une bande de feutre rouge et chargée de sapèques neuves, fraîchement sorties de la fonderie, toutes choisies de même taille et enfilées sur de grosses cordes rouges. Deux femmes portaient chaque table. La femme de Lin Zhixiao fit placer deux tables devant les places de la tante Xue et de la tante Li, et porter la troisième au pied du lit de l’aïeule Jia. Celle-ci dit : « Mettez-la plutôt au milieu. » Connaissant bien les usages, les femmes déposèrent les tables, défirent toutes les ligatures, retirèrent les cordes rouges et entassèrent les sapèques sur les plateaux.
On jouait alors La Rencontre à la tour de l’Ouest. La scène touchait à sa fin : Yu Shuye venait de partir sous le coup de la colère. Wenbao lança alors une bouffonnerie : « Toi, tu es parti par dépit. Mais justement, nous sommes aujourd’hui le quinzième jour du premier mois : la Vieille Aïeule du palais Rongguo offre un banquet familial. Je vais monter ce cheval et me dépêcher d’aller lui demander quelques fruits à manger : voilà l’affaire urgente ! » Ces paroles firent rire l’aïeule Jia et toutes les autres. La tante Xue et ses voisines s’exclamèrent : « Quel petit démon plein d’esprit ! Le cher enfant ! » Xifeng dit : « Il n’a encore que neuf ans. » L’aïeule Jia sourit : « C’est bien habilement dit. »
À peine eut-elle prononcé le mot « récompense » que trois servantes mariées, qui tenaient déjà de petites corbeilles prêtes, s’avancèrent. Chacune remplit sa corbeille de la monnaie entassée sur les tables, puis elles se tournèrent vers la scène et annoncèrent : « La Vieille Aïeule, les vénérables tantes et la vénérable parente offrent ceci à Wenbao pour s’acheter des fruits ! » À ces mots, elles lancèrent les sapèques sur la scène ; un fracas retentissant de monnaie l’emplit tout entière. Jia Zhen et Jia Lian avaient déjà ordonné aux jeunes domestiques de préparer de grandes corbeilles pleines de sapèques. Comment seraient-elles distribuées ? Vous l’apprendrez au chapitre suivant.
Notes
雀裘 : cette pelisse tissée de plumes de paon est celle que Qingwen a réparée durant la nuit malgré sa maladie.
皇恩永錫 : formule de sceau signifiant que la faveur impériale doit être « dispensée à jamais » ; la gratification des sacrifices était accordée aux maisons ducales héréditaires.
黃栢木作了磬搥子 : le phellodendron, ou huangbo, est réputé amer ; le dicton oppose ainsi la dignité visible du battant rituel à son amertume intérieure.
昭穆 : ordre rituel alternant les générations et les branches du clan, disposées à gauche et à droite de l’ancêtre fondateur.
從文、從玉、從草頭 : les générations masculines Jia se reconnaissent ici aux éléments graphiques communs de leurs prénoms : « lettres », « jade », puis clef de l’herbe.
屠蘇酒 : vin médicinal traditionnellement bu au Nouvel An afin d’écarter les maladies et les influences funestes.
歲寒三友 : les « Trois Amis de la saison froide » sont le pin, le bambou et le prunier, symboles de constance dans l’adversité.
玉棠富貴 : arrangement floral propitiatoire fondé sur des homophonies et associations entre magnolia, pommetier, pivoine et osmanthe, évoquant une demeure riche et honorée.