Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 57 Par des paroles de cœur, la perspicace Zijuan éprouve le Jade irréfléchi ; par des mots affectueux, la tendre tante console la Fronceuse éperdue
慧紫鵑情辭試莽玉 慈姨媽愛語慰痴顰
Par des paroles de cœur, la perspicace Zijuan éprouve le Jade irréfléchi
par des mots affectueux, la tendre tante console la Fronceuse éperdue
話說寳玉聼王夫人喚他,忙至前邊來,原來是王夫人要帶他拜甄夫人去。寳玉自是歡喜,忙去換衣服,跟了王夫人到那裡。見其家形景,自與榮寧不甚差别,或有一二稍盛者。細問,果有一寳玉。甄夫人留席,竟一日方囬,寳玉不信。因晚間囬家來,王夫人又吩咐預偹上等的席面,定名班大戲,請過甄夫人母女。後二日,他母女便不作辭,囬任去了,無話。
Lorsque Baoyu entendit Madame Wang l’appeler, il se hâta de la rejoindre sur le devant. Elle voulait l’emmener rendre visite à Madame Zhen. Tout heureux, Baoyu alla vite changer de vêtements, puis suivit Madame Wang. Il constata que la demeure des Zhen différait fort peu des palais Rong et Ning, et les surpassait même légèrement en un ou deux points. S’étant renseigné avec soin, il apprit qu’il y avait bien chez eux un Baoyu. Madame Zhen les retint à dîner, et ils ne rentrèrent qu’au bout de la journée ; Baoyu avait peine à le croire. Le soir, une fois revenue chez elle, Madame Wang ordonna de préparer un banquet de premier ordre et de retenir une célèbre troupe de théâtre, afin d’inviter Madame Zhen et sa fille. Deux jours plus tard, celles-ci repartirent sans autre cérémonie pour le poste qu’occupait leur famille. Il n’y a rien de plus à en dire.
這日寶玉因見湘雲漸愈,然後去看黛玉。正值黛玉纔歇午覺,寳玉不敢驚動,因紫鵑正在𢌞廊上手裡做針線,便上来問他:「昨日夜裡咳𠻳的可好了?」紫鵑道:「好些了。」寳玉笑道:「阿彌陀佛!寧可好了罷。」紫鵑笑道:「你也念起佛來,真是新聞!」寳玉笑道:「所謂『病急亂投醫』了。」一面說,一面見他穿着弹墨綾薄綿袄,外面只穿着青縀夾背心,寶玉便伸手向他身上抹了一抹,說道:「穿這様单薄,還在風口裡坐着,時氣又不好,你再病了,越發難了。」紫鵑便說道:「從此偺們只可說話,别動手動脚的。一年大,二年小的,呌人看着不尊重。打𦂳的那起混賬行子們背地裡說你。你搃不留心,還自𬋩和小時一般行爲,如何使得。姑娘常常吩咐我們,不呌和你說笑。你近来瞧他,遠着你還恐遠不及呢。」說着,便起身擕了針線進别的房裡去了。
Ce jour-là, voyant Xiangyun presque guérie, Baoyu alla rendre visite à Daiyu. Celle-ci venait justement de s’endormir pour sa sieste et il n’osa pas la déranger. Comme Zijuan cousait dans la galerie couverte, il s’approcha et lui demanda : « Sa toux de la nuit dernière va-t-elle mieux ? »
« Un peu mieux. »
Baoyu sourit : « Amitabha ! Pourvu qu’elle guérisse ! »
Zijuan rit : « Voilà que tu invoques le Bouddha ! C’est nouveau ! »
« Comme on dit, quand la maladie presse, on consulte n’importe quel médecin. »
Tout en parlant, il remarqua qu’elle portait une mince veste ouatée de damas moucheté, avec pour seul vêtement extérieur un gilet doublé de satin bleu. Il passa la main sur son vêtement et dit : « Tu es si peu couverte, et tu restes assise dans un courant d’air ! Avec les maladies qui courent en ce moment, si tu tombais malade à ton tour, ce serait encore pire. »
Zijuan répondit : « Désormais, nous pouvons parler, mais ne pose plus les mains sur moi. Tu grandis d’année en année, et tu continues à te conduire en petit garçon : si quelqu’un nous voit, cela ne sera guère convenable. Surtout, ces misérables domestiques jasent sur ton compte en secret. Tu ne fais jamais attention et tu te conduis toujours comme lorsque tu étais enfant. Ce n’est plus possible. Mademoiselle nous recommande sans cesse de ne pas plaisanter avec toi. À la voir ces derniers temps, tu devrais bien comprendre qu’elle ne saurait se tenir assez loin de toi. »
Sur ces mots, elle se leva, prit son ouvrage et passa dans une autre pièce.
寳玉見了這般景况,心中像澆了一盆冷水一般,只瞅着竹子發了一囘獃。因祝媽正在那裡刨土種竹,掃竹葉子,頓覺一時魂魄失守,隨便坐在一塊山石上出神,不覺滴下淚來。直獃了一頓飯工夫,千思萬想,摠不知如何是可。偶值雪雁從王夫人房中取了人參來,從此經過,忽扭頭看見桃花樹下石上一人,手托着腮頰正出神呢——不是别人,却是寳玉。雪雁疑惑道:「怪冷的,他一個人在這裡做什麽?春天凡有殘疾的人肯犯病,敢是他也犯了獃病了?」一邊想,一邊便走過來,蹲下笑道:「你在這裡做什麽呢?」寳玉忽見了雪鴈,便說道:「你又做什麼來找我?你難道不是女兒?他旣防嫌,不許你們理我,你又來尋我,倘被人看見,豈不又生口舌?你快家去罷了。」
Devant une telle attitude, Baoyu eut l’impression qu’on venait de lui verser une bassine d’eau froide sur la tête. Il resta un moment à contempler les bambous d’un air hébété. Mama Zhu bêchait la terre pour en planter d’autres et balayait les feuilles. Baoyu se sentit soudain l’âme égarée ; il s’assit machinalement sur un rocher et demeura plongé dans ses pensées, tandis que des larmes lui échappaient. Il resta ainsi le temps d’un repas, retournant mille pensées dans son esprit sans savoir que faire.
Il se trouva que Xueyan revenait de chez Madame Wang, où elle était allée chercher du ginseng. En passant par là, elle tourna la tête et aperçut sous les pêchers un homme assis sur un rocher, la joue appuyée dans la main, tout à sa rêverie. Ce n’était autre que Baoyu. Elle se demanda : « Par ce froid, que fait-il ici tout seul ? Au printemps, les gens qui ont quelque infirmité rechutent facilement. Sa maladie d’hébétude l’aurait-elle repris ? »
Tout en réfléchissant, elle s’approcha, s’accroupit devant lui et demanda en souriant : « Que fais-tu ici ? »
En apercevant soudain Xueyan, Baoyu répondit : « Pourquoi viens-tu encore me chercher ? Ne serais-tu donc pas une fille, toi aussi ? Puisqu’elle veut éviter les soupçons et vous interdit de vous occuper de moi, pourquoi viens-tu me trouver ? Si quelqu’un nous voyait, cela ne ferait-il pas encore jaser ? Rentre vite chez toi. »
雪雁𦗟了,只當是他又受了黛玉的委屈,只得囬至房中。黛玉未醒,將人參交與紫鵑。紫鵑因問他:「太太做什麽呢?」雪雁道:「也歇中覺呢,所以等了這半日。姐姐,你聼笑話兒:我因等太太的工夫,和玉釧兒姐姐坐在下房裡說話兒,誰知趙姨奶奶招手兒呌我。我只當有什麽話說,原來他和太太告了假,出去給他兄弟伴宿坐夜,明日送𣩵去。跟他的小丫頭子小吉祥兒没衣裳,要借我的月白綾子袄兒。我想他們一般也有兩件子的,徃這地方去,恐怕弄壊了,自己的捨不得穿,故此借别人的。借我的,弄壊了也是小事,只是我想他素日有什麽好處到偺們跟前,所以我說了:『我的衣裳簮𤨔,都是姑娘呌紫鵑姐姐𭣣着呢。如今先得去告訴他,還得囘姑娘,費多少事,别悞了你老人家出門,不如再轉借罷。』」紫鵑笑道:「你這個小東西兒,倒也巧。你不借給他,你徃我和姑娘身上,推呌人怨不着你。他這會子就去呀,還是等明日一早纔去呢?」雪雁道:「這㑹子就去的,只怕此時已去了。」紫鵑㸃頭。雪雁道:「姑娘還没醒呢,是誰給了寳玉氣受?坐在那裡哭呢!」紫鵑𦘏了,忙問:「在那裡?」雪雁道:「在沁芳亭後頭桃花底下呢。」
Xueyan crut que Daiyu lui avait encore fait quelque affront et retourna dans la chambre. Daiyu ne s’était pas réveillée ; elle remit le ginseng à Zijuan. Celle-ci lui demanda : « Que faisait Madame ? »
« Elle faisait aussi la sieste ; voilà pourquoi j’ai dû attendre si longtemps. Grande sœur, écoute donc cette histoire amusante. Pendant que j’attendais Madame, j’étais assise dans la chambre des servantes à bavarder avec grande sœur Yuchuan. Soudain, la concubine Zhao m’a fait signe de venir. Je croyais qu’elle avait quelque chose à me dire, mais elle avait en réalité demandé à Madame la permission de sortir : elle doit veiller cette nuit auprès de son frère défunt et accompagner demain le convoi funèbre. La petite Xiao Jixiang, qui doit l’accompagner, n’a pas de vêtement convenable ; elle voulait donc m’emprunter ma veste de damas bleu de lune. Je me suis dit qu’elles avaient bien, elles aussi, un ou deux vêtements, mais qu’elles craignaient de les abîmer dans un pareil endroit et, n’osant porter les leurs, voulaient emprunter ceux des autres. Si elles abîmaient le mien, ce ne serait pas bien grave ; seulement, comme la concubine Zhao ne nous a jamais fait le moindre bien, je lui ai répondu : “Mes vêtements et mes bijoux sont tous gardés par grande sœur Zijuan sur l’ordre de mademoiselle. Il faudrait d’abord que je l’en informe, puis que j’en réfère à mademoiselle : que de démarches ! Cela risquerait de retarder votre départ. Vous feriez mieux de l’emprunter ailleurs.” »
Zijuan rit : « Petite maligne ! Pour ne pas lui prêter ta veste, tu t’es abritée derrière mademoiselle et moi, si bien qu’elle ne peut pas t’en vouloir. Part-elle dès maintenant ou seulement demain matin ? »
« Dès maintenant. À cette heure, elle est sans doute déjà partie. »
Zijuan hocha la tête. Xueyan reprit : « Mademoiselle ne s’est pas encore réveillée. Qui donc a contrarié Baoyu ? Il est assis là-bas à pleurer ! »
Zijuan demanda vivement : « Où cela ? »
« Derrière le kiosque Qinfang, sous les pêchers. »
紫鵑𦗟說,忙放下針線,又囑咐雪雁:「好生聼呌。若問我,答應我就来。」說着,便出了瀟湘館,一竟来尋寶玉。走至寳玉跟前,含笑說道:「我不過說了那兩句話,爲的是大家好,你就一氣,跑了這風地裡來哭,弄出病來還了得!」寳玉忙笑道:「誰賭氣了!我因爲聼你說得有理,我想你們旣這様說,自然别人也是這様說,將來漸漸的都不理我了,我所以想到這裡,自己傷起心来了。」紫鵑也便挨他坐着。寳玉笑道:「方纔對面說話,你尙走開,這會子如何又来挨我坐着?」紫鵑道:「你都忘了?几日前,你們姊妹兩個正說話,趙姨娘一頭走了進來,我纔𦗟見他不在家,所以我来問你。正是前日你和他纔說了一句『燕窩』,就歇住了,摠没提起,我正想着問你。」寳玉道:「也没什麽要𦂳,不過我想着寳姐姐也是客中,旣吃燕窩,又不可間㫁,若只𬋩和他要,也太托寔。雖不便和太太要,我已經在老太太跟前略露了個風聲,只怕老太太和鳯姐姐說了。我告訴他的,竟没告訴完。如今我𦘏見一日給你們一兩燕窩,這也就完了。」紫鵑道:「原來是你說了,這又多謝你費心。我們正疑惑,老太太怎麽忽然想起來呌人每一日送一兩燕窩來呢?這就是了。」
À ces mots, Zijuan posa précipitamment son ouvrage et recommanda à Xueyan : « Écoute bien si l’on t’appelle. Si mademoiselle me demande, dis-lui que je reviens tout de suite. »
Elle quitta le pavillon du Xiao et du Xiang et alla droit à la recherche de Baoyu. Arrivée devant lui, elle dit avec un sourire : « Je n’ai prononcé que deux phrases, et pour notre bien à tous. Voilà que, par dépit, tu es venu pleurer dans ce courant d’air ! Si tu te rends malade, qu’allons-nous devenir ? »
Baoyu sourit aussitôt : « Qui agit par dépit ? Comme je trouvais tes paroles raisonnables, je me suis dit que, si vous pensiez ainsi, les autres devaient penser de même. Peu à peu, tout le monde finira par ne plus s’occuper de moi. C’est cette pensée qui m’a rendu triste. »
Zijuan vint s’asseoir tout près de lui. Baoyu sourit : « Tout à l’heure, tu t’éloignais quand je te parlais en face ; pourquoi viens-tu maintenant t’asseoir contre moi ? »
« As-tu déjà oublié ? Il y a quelques jours, mademoiselle et toi étiez justement en train de parler lorsque la concubine Zhao est entrée. Je viens d’apprendre qu’elle est sortie, voilà pourquoi je suis venue te questionner. L’autre jour, vous aviez à peine dit un mot au sujet des nids d’hirondelle que vous vous êtes interrompus ; vous n’en avez plus reparlé. Je voulais justement t’interroger là-dessus. »
Baoyu répondit : « Ce n’était rien de très important. Je pensais seulement que grande sœur Bao est elle aussi une invitée dans cette maison. Puisqu’elle mange des nids d’hirondelle, elle ne peut interrompre ce régime ; mais les lui demander sans cesse serait abuser de son hospitalité. Comme il ne m’était pas commode d’en demander à Madame Wang, j’en ai glissé un mot devant l’aïeule. Elle en aura sans doute parlé à Xifeng. Je voulais l’expliquer à Daiyu, mais je n’avais pas eu le temps de finir. J’ai entendu dire qu’on vous en envoyait maintenant un liang chaque jour : l’affaire est donc réglée. »
« C’est donc toi qui en as parlé ! Merci d’avoir pris cette peine. Nous nous demandions justement comment l’aïeule avait soudain pensé à nous faire porter chaque jour un liang de nids d’hirondelle. Voilà l’explication. »
寳玉笑道:「這要天天吃慣了,吃上三二年就好了。」紫鵑道:「在這裡吃慣了,明年家去,那裡有這閑錢吃這個?」寳玉聼了,吃了一驚,忙問:「誰家去?」紫鵑道:「妹妹囬蘓州去。」寳玉笑道:「你又說白話。蘇州雖是原籍,因没了姑母,無人照看,纔就了来的。明年囬去找誰?可見撒扯謊。」紫鵑冷笑道:「你太看小了人。你們賈家獨是大族,人口多的。除了你家,别人只得一父一母,房族中真個再無人了不成?我們姑娘來時,原是老太太心疼他年小,雖有叔伯,不如親父母,故此接来住幾年。大了該出閣時,自然要送還林家的,終不成林家女兒在你賈家一世不成?林家雖貧到没飯吃,也是世代書香人家,㫁不肯將他家的人丢與親戚,落的恥笑。所以早則明年春天,遲則秋天,這裡摠不送去,林家亦必有人来接的。前日夜裡姑娘和我說了,呌我告訴你,將從前小時頑的東西,有他送你的,呌你都打㸃出來還他。他也將你送他的打㸃在那裡呢。」
Baoyu sourit : « Il faut en manger tous les jours et en prendre pendant deux ou trois ans ; alors, elle guérira. »
Zijuan répondit : « Elle s’habituera à en manger ici, mais lorsqu’elle rentrera chez elle l’année prochaine, où trouvera-t-on l’argent superflu pour lui en acheter ? »
Baoyu sursauta : « Qui rentrera chez soi ? »
« Ma petite maîtresse retournera à Suzhou. »
Baoyu sourit : « Tu racontes encore des absurdités. Suzhou est bien son pays d’origine, mais c’est parce que sa mère était morte et que personne ne pouvait prendre soin d’elle qu’elle est venue ici. Qui irait-elle retrouver l’année prochaine ? Tu mens à l’évidence. »
Zijuan ricana : « Tu tiens vraiment les autres pour peu de chose. La famille Jia serait-elle seule à former un grand clan aux nombreux membres ? À part vous, tous les autres n’auraient-ils qu’un père et une mère, sans le moindre parent dans leur lignée ? Quand notre demoiselle est venue, l’aïeule avait pitié de son jeune âge : bien qu’elle eût des oncles, ils ne valaient pas des parents, et c’est pourquoi l’aïeule l’a fait venir pour quelques années. Une fois en âge de se marier, il faudra naturellement la rendre à la famille Lin. Une fille des Lin ne peut tout de même pas demeurer toute sa vie chez les Jia ! Même si les Lin étaient pauvres au point de manquer de nourriture, ils appartiennent depuis des générations à une famille de lettrés ; jamais ils n’abandonneraient l’une des leurs chez des parents, au risque de devenir la risée de tous. Au plus tôt, elle partira donc au printemps prochain ; au plus tard, à l’automne. Et si personne d’ici ne la reconduit, quelqu’un des Lin viendra certainement la chercher. L’autre nuit, mademoiselle m’a chargée de te dire de rassembler tous les jouets de votre enfance qu’elle t’a offerts, afin de les lui rendre. Elle a déjà réuni de son côté tout ce que tu lui as donné. »
寳玉聼了,便如頭頂上响了一個焦雷一般。紫鵑看他怎麽囬答,等了半天,見他只不作聲,纔要再問,只見晴雯找來,說:「老太太呌你呢。誰知在這裡。」紫鵑笑道:「他這裡問姑娘的病症,我告訴了他半日,他只不信,你倒拉他去罷。」說着,自己便走囬房去了。晴雯見他獃獃的,一頭熱汗,滿臉紫脹,忙拉他的手一直到怡紅院中。襲人見了這般,慌起來了,只說時氣所感,熱身被風撲了。無奈寳玉發熱事猶小可,更覺兩個眼珠兒直直的起來,口角邊津液流出,皆不知覺。給他個枕頭,他便睡下;扶他起來,他便坐着;倒了茶来,他便吃茶。衆人見了這様,一時忙亂起来,又不敢造次去囬賈母,先便差人去請李嬷嬷来。一時李嬷嬷來了,看了半日,問他幾句話,也無囬答。用手向他脉上摸了摸,嘴唇人中上着力搯了兩下,搯得指印如許來深,竟也不覺疼。李嬷嬷只說了一聲:「可了不得了!」「呀」的一聲,便摟頭放聲大哭起來。急得襲人忙拉他說:「你老人家瞧瞧可怕不怕,且告訴我們,去囘老太太、太太去。你老人家怎麽先哭起來?」李嬷嬷搥床倒枕說:「這可不中用了!我白操了一世的心了!」
À ces mots, Baoyu crut entendre éclater un coup de tonnerre juste au-dessus de sa tête. Zijuan attendit sa réponse ; mais, après un long moment, comme il demeurait silencieux, elle allait le questionner de nouveau quand Qingwen arriva à sa recherche : « L’aïeule t’appelle. Qui aurait pensé te trouver ici ? »
Zijuan sourit : « Il m’interrogeait sur la maladie de mademoiselle. J’ai eu beau lui répondre longuement, il ne me croyait pas. Emmène-le donc. »
Puis elle retourna seule dans la chambre. Qingwen vit Baoyu figé sur place, le front brûlant couvert de sueur et le visage gonflé, d’un rouge violacé. Elle le prit précipitamment par la main et le conduisit jusqu’à la cour du Bonheur rouge.
En le voyant ainsi, Xiren prit peur. Elle crut qu’il avait attrapé la maladie qui courait, son corps échauffé ayant été saisi par le vent. La fièvre n’était pourtant que le moindre mal : ses yeux devinrent fixes et sa salive se mit à couler aux coins de sa bouche sans qu’il en eût conscience. Si on lui donnait un oreiller, il se couchait ; si on le relevait, il s’asseyait ; si on lui versait du thé, il le buvait. À ce spectacle, tout le monde s’affola. N’osant prévenir inconsidérément l’aïeule, on envoya d’abord chercher la nourrice Li.
Lorsqu’elle arriva, elle l’examina longuement et lui posa quelques questions, sans obtenir de réponse. Elle lui tâta le pouls, puis le pinça vigoureusement deux fois aux lèvres et sous le nez, laissant dans sa peau de profondes marques de doigts ; il ne parut même pas sentir la douleur. La nourrice Li s’écria seulement : « C’est épouvantable ! » Puis, avec un grand cri, elle lui prit la tête dans ses bras et éclata en sanglots.
Xiren, affolée, la tira par la manche : « Vous qui êtes âgée, dites-nous donc si c’est dangereux ! Il faut que nous en informions l’aïeule et Madame Wang. Pourquoi commencez-vous par pleurer ? »
La nourrice Li frappa le lit et renversa les oreillers : « Il est perdu ! J’aurai pris soin de lui toute ma vie pour rien ! »
襲人因他年老多知,所以請他來看。如今見他這般一說,都信以爲實,也哭起來了。晴雯便告訴襲人方纔如此這般,襲人聼了,便忙到瀟湘館來,見紫鵑正伏侍黛玉吃藥,也顧不得什麽,便走上來問紫鵑道:「你纔和我們寳玉說了些什麼話?你瞧瞧他去!你囬老太太去,我也不𬋩了!」說着,便坐在椅上。黛玉忽見襲人滿面急怒,又有泪痕,舉止大變,更不免也着了忙,因問:「怎麽了?」襲人定了一囘,哭道:「不知紫鵑姑奶奶說了些什麽話,那個獃子眼也直了,手脚也冷了,話也不說了,李媽媽掐着也不疼了,已死了大半個了!連媽媽都說不中用了,那裡放聲大哭,只怕這會子都死了!」
Xiren l’avait fait venir parce qu’elle était âgée et expérimentée. En l’entendant parler ainsi, toutes la crurent et se mirent à pleurer. Qingwen raconta à Xiren ce qui venait de se passer. Celle-ci courut aussitôt au pavillon du Xiao et du Xiang. Zijuan aidait Daiyu à prendre son remède, mais Xiren, sans plus se soucier des convenances, s’avança vers elle : « Qu’as-tu donc dit tout à l’heure à notre Baoyu ? Va le voir ! Tu rendras toi-même des comptes à l’aïeule ; moi, je ne m’en mêle plus ! »
Puis elle se laissa tomber sur une chaise. En voyant soudain le visage de Xiren plein de colère et d’angoisse, encore marqué par les larmes, et son maintien entièrement bouleversé, Daiyu ne put s’empêcher de s’alarmer : « Que s’est-il passé ? »
Après avoir repris son souffle, Xiren répondit en pleurant : « Je ne sais ce que notre auguste demoiselle Zijuan lui a raconté. Les yeux de cet idiot sont devenus fixes, ses mains et ses pieds sont glacés, il ne parle plus, et il n’a rien senti quand la nourrice Li l’a pincé. Il est déjà plus qu’à moitié mort ! Même la nourrice dit qu’il est perdu et sanglote à grands cris là-bas. À cette heure, il est peut-être déjà mort ! »
黛玉𦗟此言,李媽媽乃久經老嫗,說不中用了,可知必不中用,「哇」的一聲,將所服之葯,一口嘔出,抖腸搜肺、炙胃扇肝的,啞聲大𠻳了几陣,一時面紅髮亂,目腫筋浮,喘的抬不起頭來。紫鵑忙上來搥背,黛玉伏枕喘息了半晌,推紫鵑道:「你不用搥,你竟拿绳子來勒死我是正經!」紫鵑哭道:「我並没說什麽,不過是說了几句頑話,他就認真了。」襲人道:「你還不知道他那儍子,每每頑話認了真。」黛玉道:「你說了什麽話?趂早兒去解說,他只怕就醒過來了。」紫鵑聼說,忙下床,同襲人到了怡紅院。
À ces paroles, Daiyu se dit que la nourrice Li était une vieille femme d’expérience et que, si elle le déclarait perdu, il devait réellement l’être. Avec un « Ah ! », elle vomit d’un seul jet le remède qu’elle venait de prendre. Une toux déchirante lui retourna les entrailles, fouilla ses poumons, brûla son estomac et secoua son foie. Elle eut plusieurs violentes quintes d’une voix rauque ; bientôt, le visage rouge, les cheveux en désordre, les yeux gonflés et les veines saillantes, elle haletait au point de ne plus pouvoir relever la tête.
Zijuan se précipita pour lui frapper le dos. Daiyu demeura un long moment penchée sur son oreiller, à chercher son souffle, puis repoussa Zijuan : « Inutile de me frapper le dos. Apporte plutôt une corde et étrangle-moi : ce sera plus raisonnable ! »
Zijuan pleura : « Je ne lui ai rien dit. Je n’ai fait que plaisanter un peu, mais il m’a prise au sérieux. »
Xiren dit : « Tu ne sais donc pas que cet imbécile prend toujours les plaisanteries au sérieux ? »
Daiyu demanda : « Que lui as-tu dit ? Va vite lui expliquer ; peut-être reprendra-t-il connaissance. »
À ces mots, Zijuan descendit précipitamment du lit et suivit Xiren jusqu’à la cour du Bonheur rouge.
誰知賈母王夫人等已都在那裡了。賈母一見了紫鵑,便眼内出火,罵道:「你這小蹄子,和他說了什麽?」紫鵑忙道:「並没敢說什麽,不過說几句頑話。」誰知寶玉見了紫鵑,方「噯呀」了一聲,哭出來了。衆人一見,都放下心来。賈母便拉住紫鵑,只當他得罪了寳玉,所以拉紫鵑命他陪罪。誰知寳玉一把拉住紫鵑,死也不放,說:「要去連我帶了去。」衆人不解,細問起來,方知紫鵑說要囬蘇州去,一句頑話引出來的。賈母流淚道:「我當有什麽要𦂳大事,原來是這句頑話。」又向紫鵑道:「你這孩子,素日是個伶俐聰敏的,你又知道他有個獃根子,平白的哄他做什麽?」薛姨媽勸道:「寳玉本来心實,可巧林姑娘又是從小兒來的,他姊妹兩個一處長得這麽大,比別的姊妹更不同。這㑹子熱剌剌的說一個去,别說他是個實心的儍孩子,便是冷心腸的大人,也要傷心。這並不是什麽大病,老太太和姨太太只管萬安,吃一兩劑藥就好了。」
L’aïeule Jia, Madame Wang et les autres s’y trouvaient déjà. Dès qu’elle aperçut Zijuan, l’aïeule eut les yeux en feu et l’injuria : « Petite peste ! Qu’est-ce que tu lui as dit ? »
Zijuan répondit vivement : « Je n’ai rien osé lui dire ; j’ai seulement plaisanté un peu. »
Or, dès que Baoyu la vit, il poussa enfin un « Aïe ! » et éclata en sanglots. Tout le monde en fut soulagé. L’aïeule saisit Zijuan, croyant qu’elle avait offensé Baoyu, et lui ordonna de lui demander pardon. Mais Baoyu agrippa Zijuan et refusa obstinément de la lâcher : « Si elle part, qu’elle m’emmène avec elle ! »
Personne ne comprenait. Après l’avoir interrogé avec soin, on apprit que Zijuan avait annoncé son retour à Suzhou et qu’une seule plaisanterie avait provoqué tout cela. L’aïeule dit en pleurant : « Je croyais qu’un événement terrible était arrivé, et ce n’était que cette plaisanterie ! »
Puis elle se tourna vers Zijuan : « Toi qui es d’ordinaire si vive et si intelligente, tu sais pourtant que l’idiotie est enracinée en lui. Pourquoi t’amuser à le tromper sans raison ? »
La tante Xue les rassura : « Baoyu est naturellement candide, et mademoiselle Lin vit ici depuis son enfance. Tous deux ont grandi ensemble jusqu’à cet âge, et leur affection diffère de celle qui l’unit aux autres filles. Si on lui annonce tout à coup, de manière aussi brutale, que l’une d’elles va partir, non seulement un enfant simple et naïf comme lui, mais même un adulte au cœur froid en serait affligé. Ce n’est pas une maladie grave. Que l’aïeule et Madame Wang se rassurent : une ou deux doses de remède le guériront. »
正說着,人囬:「林之孝家的,單大家的,都來瞧哥兒來了。」賈母道:「難爲他們想着,呌他們來瞧瞧。」寶玉聽了一個「林」字,便滿床閙起來,說:「了不得了,林家的人接他們來了,快打出去罷!」賈母聼了,也忙說:「打出去罷。」又忙安慰說:「那不是林家的人,林家的人都死絶了,没人來接他的,你只放心罷。」寳玉哭道:「凴他是誰,除了林妹妹,都不許姓林的!」賈母道:「没姓林的來,凡姓林的都打出去了。」一面吩咐衆人:「已後别呌林之孝家的進園来,你們也别說『林』字,孩子們,你們𦗟了我這一句話罷!」衆人忙答應,又不敢笑。一時寳玉又一眼看見了十錦槅子上陳設的一雙金西洋自行船,便指着亂說:「那不是接他們来的船來了?灣在那裡呢!」賈母忙命拿下来。襲人忙拿下來。寳玉伸手要,襲人𨔛過去,寳玉便掖在被中,笑道:「這可去不成了!」一面說,一面死拉着紫鵑不放。
Pendant qu’elle parlait, on annonça : « La femme de Lin Zhixiao et la femme de Shan Da sont venues prendre des nouvelles du jeune maître. »
L’aïeule répondit : « C’est bien aimable à elles d’y avoir pensé. Qu’elles entrent le voir. »
Au seul mot de « Lin », Baoyu se mit à s’agiter sur son lit : « C’est épouvantable ! Les Lin sont venus les chercher ! Chassez-les vite ! »
L’aïeule s’empressa de dire : « Chassez-les ! » Puis elle le rassura : « Ce ne sont pas des membres de la famille Lin. Tous les Lin sont morts, il ne reste personne pour venir la chercher. Sois tranquille. »
Baoyu pleura : « Peu importe qui c’est : à part petite sœur Lin, personne n’a le droit de porter le nom de Lin ! »
« Aucun Lin n’est venu. Tous ceux qui portent ce nom ont été chassés. » Puis l’aïeule ordonna à l’entourage : « Désormais, ne laissez plus entrer dans le jardin la femme de Lin Zhixiao, et ne prononcez plus non plus le mot “Lin”. Mes enfants, écoutez-moi au moins cette fois ! »
Tous s’empressèrent d’acquiescer, sans oser rire. Baoyu aperçut alors, sur une étagère à compartiments multicolores, une paire de bateaux mécaniques occidentaux en or. Il les montra du doigt en criant : « Voilà le bateau venu les chercher ! Il a jeté l’ancre là-bas ! »
L’aïeule ordonna aussitôt de le descendre. Xiren s’en chargea. Baoyu tendit la main ; elle lui donna les bateaux, qu’il dissimula sous sa couverture. Il sourit : « Maintenant, elles ne pourront plus partir ! »
Et tout en parlant, il continuait de retenir Zijuan de toutes ses forces.
一時人囬:「大夫來了。」賈母忙命快進来。王夫人、薛姨媽、寳釵等暫避入裡間。賈母便端坐在寶玉身傍。王太醫進来,見許多的人,忙上去請了賈母的安,拿了寳玉的手胗了一囘。那紫鵑少不得低了頭,王太醫也不解何意,起身說道:「世兄這症,乃是急痛迷心。古人曾云:『痰迷有别:有氣血𧇊柔飮食不能鎔化痰迷者,有怒惱中痰急而迷者,有急痛壅塞者。』此亦痰迷之症,係急痛所致,不過一時壅蔽,較諸痰迷似輕。」賈母道:「你只說怕不怕,誰同你背藥書呢!」王太醫忙躬身笑道:「不妨,不妨。」賈母道:「果眞不妨?」王太醫道:「寔在不妨。都在晚生身上。」賈母道:「旣如此,請到外面坐,開藥方。若吃好了,我另外預偹好謝禮,呌他親自捧了,送去磕頭。若躭悞了,我打發人去折了太醫院的大堂。」王太醫只躬身陪笑說:「不敢,不敢。」他原𦗟了說:「另具上等謝禮命寳玉去磕頭」,故滿口說「不敢」,竟未𦗟見賈母後來說「折太醫院」之𭟼語,猶說「不敢」,賈母與衆人反到笑了。一時按方煎藥,藥來服下,果覺比先安靜。無奈寳玉只不肯放紫鵑,只說他去了,便是要囬蘇州去了。賈母王夫人無法,只得命紫鵑守着他,另將琥珀去侍黛玉。
Bientôt, on annonça l’arrivée du médecin. L’aïeule ordonna de le faire entrer sans délai. Madame Wang, la tante Xue, Baochai et les autres se retirèrent momentanément dans la pièce intérieure, tandis que l’aïeule s’asseyait bien droite auprès de Baoyu.
Le médecin impérial Wang entra et, voyant tant de monde, s’avança pour saluer l’aïeule. Il prit la main de Baoyu et examina longuement son pouls. Zijuan dut baisser la tête ; le médecin impérial Wang n’en comprit pas la raison. Il se releva et déclara : « Le mal dont souffre notre jeune confrère est une douleur soudaine qui a obscurci son esprit. Les Anciens ont dit : “L’égarement causé par les mucosités revêt plusieurs formes. Il peut provenir d’une faiblesse du souffle et du sang empêchant de transformer les aliments ; il peut survenir lorsque la colère et le tourment font brusquement monter les mucosités ; il peut enfin venir de l’obstruction causée par une douleur soudaine.” Il s’agit ici également d’un égarement dû aux mucosités, provoqué par une douleur subite. Ce n’est qu’une obstruction passagère et, comparé aux autres formes, le cas paraît bénin. »
L’aïeule l’interrompit : « Dites-moi seulement si c’est dangereux ! Qui vous demande de me réciter vos livres de médecine ? »
Le médecin impérial Wang se courba précipitamment avec un sourire : « Il n’y a aucun danger, aucun danger. »
« Vraiment aucun ? »
« Aucun, en vérité. J’en réponds personnellement. »
L’aïeule dit : « Dans ce cas, veuillez vous asseoir dehors et rédiger votre ordonnance. S’il guérit, je vous préparerai un présent de choix et je lui ferai vous l’apporter lui-même, afin qu’il se prosterne pour vous remercier. Mais si vous le laissez dépérir, j’enverrai des hommes démolir la grande salle de l’Académie impériale de médecine. »
Le médecin impérial Wang ne cessait de s’incliner avec un sourire : « Je n’oserais, je n’oserais. » Ayant entendu qu’on lui offrirait un présent de choix et que Baoyu irait se prosterner devant lui, il répétait qu’il n’oserait accepter ; mais il n’avait pas entendu la plaisanterie de l’aïeule sur la démolition de l’Académie et continuait de dire : « Je n’oserais. » L’aïeule et les autres finirent par rire.
On prépara le remède selon l’ordonnance et on le fit prendre à Baoyu, qui parut effectivement plus calme. Mais il refusait toujours de lâcher Zijuan, affirmant que si elle partait, ce serait pour retourner à Suzhou. L’aïeule et Madame Wang ne savaient plus que faire ; elles durent ordonner à Zijuan de rester auprès de lui et envoyèrent Hupo servir Daiyu à sa place.
黛玉不時遣雪雁來探消息。這晚間寳玉稍安,賈母王夫人等方囬去了,一夜還遣人來問信幾次。李奶媽帶宋媽等幾個年老人用心看守,紫鵑、襲人、晴雯等日夜相伴。有時寳玉𪾶去,必從夢中驚醒,不是哭了,說黛玉已去,便是說有人來接。每一驚時,必得紫鵑安慰一番方罷。彼時賈母又命將祛邪守靈丹及開竅通神散各様上方秘製諸藥,按方飮服,次日又服了王太醫藥,漸次好了起来。寳玉心下明白,因恐紫鵑囬去,倒故意作出佯狂之態。紫鵑自那日也着寔後悔,如今日夜辛苦,並没有怨意。襲人等皆心安神定,因向紫鵑笑道:「都是你閙的,還得你來治。也没見我們這獃子,『𦗟了風就是雨』,徃後怎麽好。」暫且按下。
Daiyu envoyait régulièrement Xueyan demander des nouvelles. Ce soir-là, Baoyu s’étant quelque peu apaisé, l’aïeule, Madame Wang et les autres repartirent enfin ; elles envoyèrent pourtant plusieurs fois s’informer de son état pendant la nuit. La nourrice Li, Mama Song et quelques autres femmes âgées veillèrent soigneusement sur lui, tandis que Zijuan, Xiren et Qingwen demeuraient jour et nuit à ses côtés.
Chaque fois que Baoyu s’assoupissait, il se réveillait en sursaut : tantôt il pleurait en affirmant que Daiyu était partie, tantôt il disait que quelqu’un venait la chercher. À chacune de ces frayeurs, Zijuan devait longuement le rassurer avant qu’il se calmât. L’aïeule ordonna aussi de lui administrer, conformément aux prescriptions, diverses préparations secrètes de la pharmacopée du palais, dont les Pilules pour chasser les influences néfastes et préserver l’esprit, et la Poudre pour ouvrir les orifices et communiquer avec les esprits. Le lendemain, il prit encore le remède du médecin impérial Wang et se rétablit peu à peu.
Baoyu avait désormais toute sa conscience ; mais, de peur que Zijuan ne repartît, il feignait encore délibérément quelques accès de folie. Zijuan, qui regrettait sincèrement son geste, le soignait jour et nuit sans la moindre plainte. Xiren et les autres, enfin rassurées, lui dirent en riant : « C’est toi qui as provoqué cette crise, c’est donc à toi de la guérir. Nous n’avons jamais vu un idiot pareil : dès qu’il entend parler de vent, il croit qu’il pleut. Comment ferons-nous à l’avenir ? »
Laissons-les pour le moment.
且說此時湘雲之症已愈,天天過來瞧看,見寳玉明白了,便將他病中狂態形容與他瞧,引得寳玉自己伏枕而笑。原來他起先那様,竟是不知的,如今𦗟人說還不信。無人時,紫鵑在側,寳玉又拉他的手問道:「你爲什麽唬我?」紫鵑道:「不過是哄你頑的,你就認真。」寳玉道:「你說得那様有情有理,如何是頑話呢?」紫鵑笑道:「那些頑話都是我編的。林家寔没了人口。摠有,也是極遠的族中,也都不在蘇州住,各省流寓不定。縱有人來接,老太太也必不放去的。」寳玉道:「便老太太放去,我也不依!」紫鵑笑道:「果真的不依?只怕是口裡的話。你如今也大了,連親也定下了,過二三年再娶了親,你眼睛裡𮟃有誰了。」寳玉聼了,又驚問:「誰定了親,定了誰?」紫鵑笑道:「年裡我就𦗟見老太太說要定了琴姑娘呢。不然,那麽疼他?」寳玉笑道:「人人只說我儍,你比我更儍!不過是句頑話,他已經許給梅翰林家了。果然定下了他,我還是這個形景了?先是我發誓賭咒砸這撈什子,你都没勸過嗎?我疼的剛剛的這幾日纔好了,你又來慪我。」一面說,一面咬牙切齒的,又說道:「我只願這會子立刻我死了,把心迸出来,你們瞧見了,然後連皮帶骨,一槪都化成一股灰,再化成一股煙,一陣大風,吹得四面八方,都登時散了,這纔好!」一面說,一面又滚下泪來。
Xiangyun était alors complètement guérie et venait chaque jour rendre visite à Baoyu. Quand elle le vit redevenu lucide, elle lui imita ses extravagances pendant sa maladie, si bien qu’il enfouit lui-même son visage dans l’oreiller pour rire. En réalité, il n’avait eu conscience de rien au début de sa crise et refusait encore de croire ce qu’on lui racontait.
Un jour qu’ils étaient seuls avec Zijuan, Baoyu lui prit de nouveau la main : « Pourquoi m’as-tu fait si peur ? »
« Je voulais seulement te taquiner, mais tu m’as prise au sérieux. »
« Tout ce que tu disais était si bien raisonné et si vraisemblable ! Comment cela aurait-il pu être une plaisanterie ? »
Zijuan sourit : « J’avais tout inventé. Il ne reste réellement plus personne dans la famille Lin. Même s’il existe quelques parents, ils appartiennent à des branches très éloignées, ne vivent plus à Suzhou et séjournent çà et là dans différentes provinces. Et quand bien même quelqu’un viendrait chercher mademoiselle, l’aïeule ne la laisserait certainement pas partir. »
« Même si l’aïeule la laissait partir, moi, je ne le permettrais pas ! »
Zijuan rit : « Tu ne le permettrais vraiment pas ? Je crains que ce ne soient que des paroles. Tu es déjà grand, et tes fiançailles sont même conclues. Dans deux ou trois ans, une fois marié, qui verras-tu encore autour de toi ? »
Baoyu demanda de nouveau avec effroi : « Qui a été fiancé ? Et à qui ? »
« Au début de l’année, j’ai entendu l’aïeule dire qu’elle voulait te fiancer à mademoiselle Baoqin. Pourquoi, sinon, l’aimerait-elle tant ? »
Baoyu sourit : « Tout le monde dit que je suis idiot, mais tu l’es plus encore que moi ! Ce n’était qu’une plaisanterie. Elle est déjà promise à la famille de l’académicien Mei. Si l’on m’avait réellement fiancé à elle, serais-je encore dans l’état où tu me vois ? Tu étais pourtant là quand j’ai juré et maudit, puis fracassé cette saleté de jade ; n’as-tu pas essayé de m’en empêcher ? La douleur vient à peine de me quitter depuis quelques jours, et tu recommences à me tourmenter ! »
Il grinçait des dents en parlant, puis ajouta : « Je voudrais mourir à l’instant même, que mon cœur jaillisse de ma poitrine pour que vous puissiez le voir ; puis que ma peau et mes os se changent entièrement en cendres, que ces cendres deviennent fumée et qu’un grand vent les disperse aussitôt aux quatre coins du monde. Alors seulement tout serait bien ! »
Et les larmes recommencèrent à rouler sur ses joues.
紫鵑忙上來握他的嘴,替他擦眼淚。又忙笑解釋道:「你不用着急。這原是我心裡着急,故來試你。」寳玉𦗟了,更又咤異,問道:「你又着什麽急?」紫鵑笑道:「你知道,我並不是林家的人,我也和襲人鴛鴦是一夥的,偏把我給了林姑娘使,偏生他又和我極好,比他蘇州帶來的𮟃好十倍,一時一刻,我們兩個離不開。我如今心裡𨚫愁他倘或要去了,我必要跟了他去的。我是合家在這裡,我若不去,辜負了我們素日的情長;若去,又𣓪了本家。所以我疑惑,故說出這謊話來問你,誰知你就儍閙起來。」寳玉笑道:「原来是你愁這個,所以你是儍子!從此後再别愁了。我告訴你一句打躉兒的話:活着,偺們一處活着。不活着,偺們一處化灰、化烟,如何?」
Zijuan se précipita pour lui couvrir la bouche et essuya ses larmes. Elle lui expliqua en souriant : « Ne t’affole pas. C’est justement parce que je m’inquiétais que j’ai voulu t’éprouver. »
Encore plus surpris, Baoyu demanda : « Et de quoi t’inquiétais-tu ? »
Zijuan sourit : « Tu sais bien que je ne suis pas une domestique des Lin. J’appartiens au même groupe que Xiren et Yuanyang ; c’est par hasard que l’on m’a donnée au service de mademoiselle Lin. Or elle s’est prise d’une affection particulière pour moi, dix fois plus grande que pour les servantes venues avec elle de Suzhou, et nous ne pouvons nous séparer un seul instant. Je craignais donc que, si elle devait partir, je sois obligée de la suivre. Toute ma famille vit ici. Si je ne partais pas, je trahirais la profonde affection qui nous unit depuis si longtemps ; mais si je partais, j’abandonnerais ma propre famille. Dans mon incertitude, j’ai inventé ce mensonge pour t’interroger. Qui aurait cru que tu déclencherais sottement une pareille crise ? »
Baoyu sourit : « C’était donc cela qui te tourmentait ! C’est toi l’idiote. Désormais, ne t’inquiète plus. Je vais te donner une réponse définitive : tant que nous vivrons, nous vivrons tous ensemble. Et quand nous ne vivrons plus, nous deviendrons ensemble cendres et fumée. Qu’en dis-tu ? »
紫鵑𦗟了,心下暗暗籌畵。忽有人囘:「𤨔爺蘭哥兒問候。」寳玉道:「就說難爲他們,我纔𪾶了,不必進來。」婆子答應去了。紫鵑笑道:「你也好了,該放我囘去瞧瞧我們那一個去了。」寳玉道:「正是這話。我昨夜就要呌你去的,偏又忘了。我已經大好了,你就去罷。」紫鵑聽說,方打叠鋪蓋粧奩之類。寳玉笑道:「我看見你文具裡頭有兩三面鏡子,你把那面小菱花的給我留下罷。我擱在枕頭傍邊,睡着好照,明日出門帶着也輕巧。」紫鵑聼說,只得與他留下。先命人將東西送過去,然後别了衆人,自囘瀟湘館來。
Zijuan l’écouta et réfléchit secrètement. Soudain, quelqu’un annonça : « Maître Lian et le jeune Lan font demander de vos nouvelles. »
Baoyu répondit : « Dites-leur que c’est bien aimable. Je viens de m’endormir ; inutile qu’ils entrent. »
La vieille servante acquiesça et repartit. Zijuan sourit : « Puisque tu vas mieux, tu devrais me laisser retourner voir la personne dont je m’occupe. »
« Tu as raison. Je voulais déjà te le proposer hier soir, mais j’ai oublié. Je suis presque guéri ; tu peux repartir. »
Zijuan rassembla alors sa literie, son nécessaire de toilette et ses autres affaires. Baoyu lui dit en souriant : « J’ai vu deux ou trois miroirs dans ton nécessaire à écrire. Laisse-moi le petit miroir en forme de fleur de châtaigne d’eau. Je le poserai près de mon oreiller pour m’y regarder quand je serai couché ; il sera aussi facile à emporter lorsque je sortirai. »
Zijuan dut le lui laisser. Elle fit d’abord porter ses affaires, puis prit congé de tout le monde et retourna seule au pavillon du Xiao et du Xiang.
林黛玉近日聞得寳玉如此形景,未免又添些病症,多哭幾塲。今兒紫鵑來了,問其原故,已知大愈,仍遣琥珀去伏侍賈母。夜間人靜後,紫鵑已寛衣卧下之時,悄向黛玉笑道:「寶玉的心倒寔,聽見偺們去,就那様起來。」黛玉不答。紫鵑停了半晌,自言自語的說道:「一動不如一靜,我們這裡就筭好人家,别的都容易,最難得的是從小兒一處長大,脾氣情性都彼此知道的了。」黛玉啐道:「你這幾天還不乏,趂這㑹子不歇一歇,還嚼什麽蛆!」紫鵑笑道:「倒不是白嚼蛆,我倒是一片真心爲姑娘。替你愁了這幾年了,無父母無兄弟,誰是知冷知熱的人?趂早兒,老太太還明白硬朗的時節,作定了大事要𦂳。俗語說:『老健春寒秋後熱。』倘或老太太一時有個好歹,那時雖也完事,只怕躭悞了時光,還不得趂心如意呢。公子王孫雖多,那一個不是三房五妾,今日朝東,明日朝西?娶一個天仙來,也不過三夜五夜,也就丢在脖子後頭了。甚至於怜新𣓪舊,反目成仇的。若娘家有人有勢的,還好些。若姑娘這様的人,有老太太一日還好,一日若没了老太太,也只是凴人去欺負罷了。所以說,拿主意要𦂳。姑娘是個明白人,豈不聞俗語說的『萬兩黄金容易得,知心一個也難求』!」黛玉𦘏了,便說道:「這丫頭今日可瘋了,怎麽去了幾日,忽然變了一個人?我明日必囬老太太,退囬你去,我不敢要你了。」紫鵑笑道:「我說的是好話,不過呌你心裡留神,並没呌你去爲非作歹。何苦囬老太太,呌我吃了虧,又有什麽好處?」說着,竟自己睡了。黛玉聼了這話,口内雖如此說,心内未嘗不傷感。待他𪾶了,便直哭了一夜,至天明,方打了一個盹兒。次日勉强盥漱了,吃了些燕窩粥。便有賈母等親來看視了,又囑咐了許多話。
Depuis qu’elle avait appris l’état de Baoyu, Lin Daiyu avait vu ses symptômes s’aggraver et avait beaucoup pleuré. Lorsque Zijuan revint ce jour-là et lui en expliqua la cause, elle sut qu’il était presque guéri et renvoya Hupo au service de l’aïeule.
La nuit, lorsque tout fut silencieux et que Zijuan, dévêtue, se fut couchée, elle dit doucement à Daiyu avec un sourire : « Le cœur de Baoyu est vraiment sincère : il lui a suffi d’entendre que nous partirions pour se mettre dans un état pareil. »
Daiyu ne répondit pas. Après un long silence, Zijuan reprit, comme si elle se parlait à elle-même : « Mieux vaut ne pas bouger que changer de place. Notre maison compte tout de même parmi les bonnes familles. Tout le reste serait facile à trouver ; le plus rare, c’est d’avoir grandi ensemble depuis l’enfance et de connaître mutuellement son caractère et ses sentiments. »
Daiyu cracha de dédain : « Ces derniers jours ne t’ont donc pas assez fatiguée ? Au lieu de profiter de ce moment pour te reposer, pourquoi débites-tu encore toutes ces sottises ? »
Zijuan sourit : « Ce ne sont pas de vaines sottises. Je parle de tout mon cœur pour le bien de mademoiselle. Voilà plusieurs années que je m’inquiète pour vous. Sans père, sans mère ni frère, qui prendra soin de savoir si vous avez froid ou chaud ? L’essentiel est de régler cette grande affaire au plus tôt, tandis que l’aïeule a encore toute sa lucidité et sa vigueur. Comme dit le proverbe : “Vieillard vigoureux, froid de printemps, chaleur d’arrière-saison.” Si jamais il arrivait soudain quelque chose à l’aïeule, l’affaire pourrait certes encore se conclure, mais on risquerait de perdre le bon moment et de ne plus obtenir ce que l’on souhaite. Il y a beaucoup de princes et de fils de grandes familles ; mais lequel n’a pas trois épouses et cinq concubines, tourné aujourd’hui vers l’est et demain vers l’ouest ? Même s’il épousait une immortelle, après trois ou cinq nuits, il la rejetterait derrière lui. Certains aiment la nouvelle et abandonnent l’ancienne, jusqu’à devenir ennemis de leur femme. Quand une épouse a une famille puissante pour la soutenir, cela va encore. Mais pour une personne dans la situation de mademoiselle, tout ira bien tant que vivra l’aïeule ; dès qu’elle ne sera plus là, chacun pourra vous maltraiter à son gré. Voilà pourquoi il importe de prendre une décision. Mademoiselle est intelligente : n’avez-vous jamais entendu ce proverbe ? “Dix mille taels d’or sont faciles à trouver ; un seul cœur qui vous comprenne est difficile à rencontrer.” »
Daiyu répondit : « Cette fille est devenue folle aujourd’hui ! Comment quelques jours d’absence ont-ils pu la changer à ce point ? Demain, j’en informerai l’aïeule et je te rendrai à son service. Je n’ose plus te garder. »
Zijuan sourit : « Je ne vous ai dit que de bonnes paroles, pour vous inviter à rester attentive ; je ne vous ai jamais demandé de commettre quelque faute. Pourquoi vous plaindre à l’aïeule et me faire punir ? Quel avantage en tireriez-vous ? »
Sur ce, elle s’endormit. Daiyu avait beau avoir répondu ainsi, ces paroles l’avaient profondément peinée. Lorsqu’elle vit Zijuan endormie, elle pleura toute la nuit et ne s’assoupit qu’à l’aube. Le lendemain, elle se força à faire sa toilette et mangea un peu de bouillie aux nids d’hirondelle. L’aïeule et les autres vinrent en personne lui rendre visite et lui adressèrent de nombreuses recommandations.
目今是薛姨媽的生日,自賈母起,諸人皆有祝賀之禮,黛玉亦只得備了兩色針線送去。是日也定了一班小戲,請賈母與王夫人等。獨有寳玉與黛玉二人不曾去得。至晚散時,賈母等順路又瞧了他二人一遍,方囘房去。次日,薛姨媽家又命薛蝌陪諸夥計吃了一天酒,連忙了三四天,方纔完結。因薛姨媽看見邢岫烟生得端雅穩重,且家道貧寒,是個釵荆裙布的女兒,便欲說與薛蟠爲妻。因薛蟠素昔行止浮奢,又恐遭塌了人家女兒,正在躊躇之際,忽想起薛蝌未娶,看他二人,恰是一對天生地設的夫妻,因謀之于鳯姐兒。鳯姐兒笑道:「姑媽素知我們太太有些左性的,這事等我慢謀。」因賈母去瞧鳯姐兒時,鳯姐兒便和賈母說:「薛姨媽有一件事求老祖宗,只是不好啟齒的。」賈母忙問何事,鳯姐便將求親一事說了。賈母笑道:「這有什麽不好啟齒,這是極好的好事,等我和你婆婆說了,怕他不依?」因囬房來,卽刻就命人來請了邢夫人過来,硬作保山。邢夫人想了一想:薛家根基不錯,且現今大富。薛蝌生得又好。且賈母又作保山。將計就計,便應了。
C’était alors l’anniversaire de la tante Xue. À commencer par l’aïeule Jia, tout le monde lui offrit ses félicitations et des présents. Daiyu dut elle aussi préparer deux ouvrages d’aiguille pour les lui envoyer. On avait engagé ce jour-là une petite troupe de théâtre et invité l’aïeule, Madame Wang et les autres. Seuls Baoyu et Daiyu ne purent s’y rendre. Le soir, après la dispersion des invités, l’aïeule et les autres passèrent encore les voir tous les deux avant de regagner leurs appartements.
Le lendemain, la tante Xue chargea Xue Ke de tenir compagnie aux commis de la maison pour une journée de festin. Après trois ou quatre journées affairées, les célébrations prirent enfin fin.
La tante Xue avait remarqué la grâce, la dignité et le calme de Xing Xiuyan. Comme sa famille était pauvre et que la jeune fille ne portait que de simples épingles de bois et des jupes de toile, elle songea d’abord à la donner pour épouse à Xue Pan. Mais la conduite de celui-ci avait toujours été frivole et prodigue ; craignant qu’il ne gâchât la vie de cette jeune fille, elle hésitait. Elle se souvint alors que Xue Ke n’était pas marié. À les voir, tous deux formaient précisément un couple créé par le Ciel et façonné par la Terre. Elle en parla donc à Xifeng.
Xifeng sourit : « Ma tante sait bien que Madame Xing a parfois l’esprit contrariant. Laissez-moi préparer l’affaire peu à peu. »
Lorsque l’aïeule vint voir Xifeng, celle-ci lui dit : « La tante Xue a une faveur à demander à la Vieille Aïeule, mais elle n’ose pas en parler. »
L’aïeule lui demanda aussitôt de quoi il s’agissait, et Xifeng lui exposa la demande en mariage. L’aïeule sourit : « Pourquoi n’oserait-elle pas en parler ? C’est une excellente affaire. Je vais m’en entretenir avec ta belle-mère ; crois-tu qu’elle refusera ? »
De retour dans ses appartements, elle fit aussitôt chercher Madame Xing et s’imposa comme entremetteuse. Madame Xing réfléchit : la famille Xue avait de solides fondements et possédait actuellement une grande fortune ; Xue Ke était en outre fort bien fait, et l’aïeule se portait elle-même garante. Elle décida donc de tirer parti de la situation et donna son accord.
賈母十分喜歡,忙命人請了薛姨媽来,二人見了,自然有許多謙辭。邢夫人卽刻命人去告訴邢忠夫婦。他夫婦原是此来投靠邢夫人的,如何不依,早極口的說妙極。賈母笑道:「我最愛𬋩閒事,今日又管成了一件事,不知得多少謝媒錢?」薛姨媽笑道:「這是自然的。搃抬了整萬銀子來,只怕不稀罕。但只一件,老太太旣是作媒,還得一位主親纔好。」賈母笑道:「别的没有,我們家折腿爛手的人還有兩個。」說着,便命人去呌過尤氏婆媳二人來。賈母告訴他原故,彼此忙都道喜。賈母吩咐道:「偺們家的規矩,你是盡知的,從没有兩親家争禮争面的。如今你算替我在當中料理,不可太省,也不可太費,把他兩家的事週全了囬我。」尤氏忙答應了。薛姨媽喜之不盡,囬家命冩了請帖,補送過寧府。尤氏深知邢夫人性情,本不欲管,無奈賈母親自嘱咐,只得應了。惟忖度邢夫人之意行事。薛姨媽是個無可無不可的人,倒還易說。這且不在話下。
L’aïeule en fut ravie et fit aussitôt appeler la tante Xue. Lorsqu’elles se rencontrèrent, toutes deux échangèrent naturellement quantité de formules modestes. Madame Xing envoya immédiatement quelqu’un prévenir Xing Zhong et sa femme. Comme ceux-ci étaient venus chercher protection auprès d’elle, comment auraient-ils refusé ? Ils ne tarirent pas d’éloges sur ce projet.
L’aïeule sourit : « J’adore me mêler des affaires des autres. Aujourd’hui, j’en ai encore mené une à bien. Combien vais-je donc recevoir pour mes services d’entremetteuse ? »
La tante Xue rit : « Cela va de soi. Même si l’on vous apportait dix mille taels d’argent, j’ai peur que vous ne les dédaigniez. Il ne reste qu’un point : puisque l’aïeule sert d’entremetteuse, il faudrait aussi quelqu’un pour présider aux rites de la parenté. »
L’aïeule répondit en riant : « Nous n’avons rien d’autre, mais notre famille compte bien deux estropiés aux jambes cassées et aux mains pourries. » Puis elle fit appeler Madame You et sa belle-fille. Après leur avoir expliqué l’affaire, toutes deux présentèrent aussitôt leurs félicitations.
L’aïeule ordonna à Madame You : « Tu connais parfaitement les usages de notre famille : jamais les deux familles alliées ne rivalisent de cérémonies et d’apparat. Tu régleras donc pour moi toutes les démarches entre elles. Ne sois ni trop économe ni trop prodigue ; arrange convenablement leurs affaires, puis viens m’en rendre compte. »
Madame You acquiesça. La tante Xue, au comble de la joie, rentra chez elle, fit rédiger une invitation et l’envoya officiellement au palais Ning. Madame You connaissait bien le caractère de Madame Xing et n’aurait pas voulu s’occuper de l’affaire ; mais, puisque l’aïeule le lui avait personnellement ordonné, elle dut accepter. Elle se proposa seulement d’agir selon les intentions de Madame Xing. La tante Xue, qui s’accommodait de tout, serait plus facile à contenter. Laissons cela.
如今薛姨媽旣定了邢岫烟爲媳,合宅皆知。邢夫人本欲接出岫烟去住,賈母因說:「這又何妨?兩個孩子又不能見面,就是姨太太和他一個大姑子,一個小姑子,又何妨?况且都是女孩兒,正好親近些呢。」邢夫人方罷。那薛蝌岫烟二人,前次途中,曾有一面之遇,大約二人心中皆如意,只是那岫烟未免比先時拘泥了些,不好與寳釵姐妹共處閒談。又兼湘雲是個愛取笑的,更覺不好意思。幸他是個知書逹禮的,雖是女兒,還不是那種佯羞詐鬼、一味輕薄造作之輩。寳釵自那日見他起,想他家業貧寒,二則别人的父母皆是年高有德之人,獨他的父母偏是酒糟透了的人,于女兒分中平常;邢夫人也不過是臉面之情,亦非真心疼愛;且岫烟爲人雅重,迎春是個老實人,連他自己尙未照管齊全,如何能管到他身上。凡閨閣中家常一應需用之物,或有𧇊乏,無人照管,他又不與人張口,寳釵倒暗中每相體貼接濟,也不敢與邢夫人知道,也恐怕是多心閒話之故。如今𨚫是衆人意料之外竒緣,作成這門親事。岫煙心中先取中寳釵,有時仍與寳釵閒話,寶釵仍以姊妹相呼。
Les fiançailles de Xing Xiuyan avec Xue Ke, décidées par la tante Xue, furent bientôt connues de toute la maisonnée. Madame Xing voulait d’abord faire sortir Xiuyan du jardin pour la loger ailleurs, mais l’aïeule lui dit : « Quel mal y aurait-il à ce qu’elle reste ? Les deux jeunes gens ne peuvent se rencontrer. Quant à la tante Xue et à elle, elles seront seulement tante par alliance et nièce par alliance ; quel inconvénient cela présente-t-il ? D’ailleurs, ce sont toutes des jeunes filles : elles feront bien de se rapprocher. » Madame Xing abandonna alors son projet.
Xue Ke et Xing Xiuyan s’étaient déjà aperçus une fois au cours de leur voyage. Tous deux semblaient au fond satisfaits de ce mariage. Xiuyan devint cependant plus réservée qu’autrefois et n’osait plus bavarder librement avec Baochai et les autres filles. Comme Xiangyun aimait à plaisanter, elle se sentait encore plus embarrassée. Heureusement, Xiuyan connaissait les livres et les convenances. Bien qu’elle fût une jeune fille, elle n’appartenait pas à cette catégorie de personnes affectant une fausse pudeur et multipliant les minauderies frivoles.
Dès le jour où elle l’avait rencontrée, Baochai avait songé à la pauvreté de sa famille. Les parents des autres étaient généralement des gens âgés et respectables, tandis que ceux de Xiuyan étaient tous deux profondément abrutis par l’alcool et ne se conduisaient envers leur fille que de façon fort ordinaire. L’affection de Madame Xing n’était que de façade et nullement sincère. Xiuyan était digne et réservée ; Yingchun, honnête mais simple, ne savait même pas prendre entièrement soin d’elle-même : comment aurait-elle pu veiller sur Xiuyan ?
Lorsque quelque objet nécessaire à la vie des jeunes filles venait à manquer, personne ne s’en occupait, et Xiuyan n’osait rien demander. Baochai lui apportait donc discrètement aide et soutien. Elle se gardait d’en informer Madame Xing, de peur de provoquer des soupçons et des commérages. Or voici qu’à la surprise générale une heureuse rencontre avait mené à ces fiançailles. Xiuyan avait dès le début pris Baochai en affection ; elle continuait parfois de s’entretenir avec elle, et Baochai la traitait toujours en sœur.
這日寳釵因来瞧黛玉,恰值岫烟也來瞧黛玉,二人在半路相遇,寶釵含笑喚他到跟前,二人同走。至一塊石壁後,寳釵笑問他:「這天還冷的狠,你怎麽到全換了夾的了?」岫煙見問,低頭不答。寳釵便知道又有了原故,因又笑問道:「必定是這個月的月錢又没得?鳯丫頭如今也這様没心没計了。」岫烟道:「他倒想着不錯日子給的。因姑媽打發人和我說道:一個月用不了二兩銀子,呌我省一兩給爹媽送出去。要使什麽,橫𥪡有二姐姐的東西,能着些搭着就使了。姐姐想:二姐姐是個老實人,也不大留心。我使他的東西,他雖不說什麽,他那些媽媽丫頭,那一個是省事的?那一個是嘴裡不尖的?我雖在那屋裡,𨚫不敢狠使喚他們。過三天五天,我倒得拿些錢出來,給他們打酒買㸃心吃纔好。因此一月二兩銀子還不彀使。如今又去了一兩。前日我悄悄的把棉衣服呌人當了幾吊錢盤纒。」寳釵聼了,愁嘆道:「偏梅家又合家在任上,後年纔進来。若是在這裡,琴兒過去了,好再商議你這事,離了這裡就完了。如今不完了他妹妹的事,也斷不敢先娶親的。如今倒是一件難事。再遲兩年,我又怕你熬煎出病來。等我和媽媽再商議。」
Ce jour-là, Baochai allait rendre visite à Daiyu. Xiuyan se dirigeait elle aussi vers le pavillon du Xiao et du Xiang, et elles se rencontrèrent à mi-chemin. Baochai l’appela auprès d’elle avec un sourire, puis elles poursuivirent leur route ensemble.
Arrivée derrière une paroi rocheuse, Baochai lui demanda : « Il fait encore très froid. Pourquoi as-tu déjà remplacé tous tes vêtements ouatés par des vêtements simplement doublés ? »
Xiuyan baissa la tête sans répondre. Baochai comprit qu’il y avait encore quelque raison cachée et demanda en souriant : « Tu n’as certainement pas reçu ton allocation mensuelle. La petite Feng est donc devenue si négligente ? »
Xiuyan répondit : « Elle y pense et me la remet toujours à la date prévue. Mais ma tante m’a fait dire que je ne devais pas dépenser deux taels par mois et qu’il fallait en économiser un pour l’envoyer à mes parents. Si j’avais besoin de quelque chose, je pourrais toujours me servir parmi les affaires de deuxième grande sœur et me débrouiller ainsi. Songez-y, grande sœur : deuxième grande sœur est une personne honnête qui ne prête guère attention à ces choses. Même si elle ne dit rien lorsque j’utilise ses affaires, laquelle de ses nourrices et de ses servantes n’est pas tracassière ? Laquelle n’a pas la langue acérée ? Bien que je loge dans ses appartements, je n’ose pas trop leur donner d’ordres. Tous les trois ou cinq jours, je dois au contraire dépenser un peu d’argent pour leur acheter du vin et des friandises. Ainsi, deux taels par mois ne me suffisaient déjà pas. Maintenant, on m’en retire encore un. L’autre jour, j’ai secrètement fait mettre en gage mes vêtements ouatés pour obtenir quelques ligatures de sapèques et couvrir mes dépenses. »
Baochai soupira avec tristesse : « Par malheur, toute la famille Mei se trouve au poste de l’académicien et ne reviendra que dans deux ans. Si elle était ici, une fois Baoqin mariée, nous pourrions discuter de ton affaire ; mais lorsqu’elle aura quitté cette maison, tout sera fini. Tant que le mariage de sa petite sœur ne sera pas réglé, Xue Ke n’osera certainement pas se marier le premier. Voilà une véritable difficulté. Et si nous attendons encore deux ans, je crains que ces tourments ne te rendent malade. Je vais en reparler avec ma mère. »
寳釵又指他裙上一個璧玉珮問道:「這是誰給你的?」岫烟道:「這是三姐姐給的。」寳釵㸃頭道:「他見人人皆有,獨你一個没有,怕人笑話,故此送一個,這是他聰明細緻之處。」岫烟又問:「姐姐此時那裡去?」寳釵道:「我到瀟湘館去。你且囬去,把那當票子呌丫頭送来我那裡,悄悄的取出来,晚上再悄悄的送給你去,早晚好穿。不然,風閃着還了得。但不知當在那裡了?」岫烟道:「呌做什麽恒舒,是鼓樓西大街的。」寳釵笑道:「這閙在一家去了!夥計們倘或知道了,好說人没過来,衣裳先到了。」岫烟𦘏說,便知是他家的本錢,也不答,紅了臉一笑。
Baochai montra ensuite un pendentif de jade rond fixé à la jupe de Xiuyan : « Qui te l’a donné ? »
« Troisième grande sœur. »
Baochai hocha la tête : « Elle a remarqué que tout le monde en portait un sauf toi et elle a craint que l’on se moque de toi ; elle t’en a donc offert un. Voilà bien sa finesse et son intelligence. »
Xiuyan demanda : « Où allez-vous maintenant, grande sœur ? »
« Au pavillon du Xiao et du Xiang. Retourne chez toi et fais-moi envoyer par une servante le billet du mont-de-piété. Je retirerai discrètement tes vêtements et te les ferai rapporter en secret ce soir, afin que tu puisses les porter matin et soir. Si le vent te saisissait, ce serait grave. Mais dans quelle boutique les as-tu engagés ? »
« Dans une maison appelée quelque chose comme Hengshu, dans la grande rue à l’ouest de la Tour du Tambour. »
Baochai rit : « Quelle histoire ! Tes affaires sont arrivées dans notre maison avant toi ! Si les commis l’apprennent, ils diront que la fiancée n’est pas encore entrée chez nous, mais que ses vêtements l’ont précédée. »
Xiuyan comprit alors que le mont-de-piété appartenait aux Xue. Sans répondre, elle rougit et sourit.
二人走開,寳釵就徃瀟湘館來,恰正值他母親也來瞧黛玉,正說閒話呢。寳釵笑道:「媽媽多早晚来的?我竟不知道。」薛姨媽道:「我這幾日忙,摠没來瞧瞧寶玉和他,所以今日瞧他兩人,都也好了。」黛玉忙讓寳釵坐了,因向寶釵道:「天下的事,眞是人想不到的。拿着姨媽和大舅母說起,怎麽又作一門親家。」薛姨媽道:「我的兒,你們女孩兒家那裡知道?自古道:『千里姻緣一線牽。』管姻緣的有一位月下老人,預先註定,暗裡只用一根紅絲,把這兩個人的脚絆住,凴你兩家那怕隔着海呢國,若有姻緣的,終久有机會作了夫婦。這一件事,都是出人意料之外。凴父母本人都願意了,或是年年在一處,已爲是定了的親事,若是月下老人不用紅線拴的,再不能到一處。比如你姐妹兩個的婚姻,此刻也不知在眼前,也不知在山南海北呢!」寳釵道:「惟有媽媽說動話拉上我們!」一面說,一面伏在母親懷裡,笑說:「偺們走罷。」黛玉就笑道:「你瞧,這麽大了,離了姨媽,他就是個最老到的。見了姨媽,他就撒姣兒。」
Elles se séparèrent, et Baochai se rendit au pavillon du Xiao et du Xiang. Sa mère était justement venue voir Daiyu et bavardait avec elle.
Baochai demanda avec un sourire : « Mère, quand êtes-vous arrivée ? Je n’en savais rien. »
La tante Xue répondit : « J’ai été si occupée ces derniers jours que je n’ai pas trouvé le temps de venir voir Baoyu et elle. Je suis donc venue aujourd’hui prendre de leurs nouvelles ; tous deux vont mieux. »
Daiyu invita vivement Baochai à s’asseoir, puis lui dit : « Les événements de ce monde sont vraiment imprévisibles. Qui aurait imaginé que ma tante et mon épouse de grand-oncle deviendraient parentes par alliance ? »
La tante Xue répondit : « Mon enfant, que savez-vous de ces choses, vous autres jeunes filles ? Depuis l’Antiquité, on dit : “Un mariage prédestiné à mille lis est noué par un seul fil.” Il existe un Vieillard sous la lune qui préside aux mariages. Il fixe d’avance les unions et, dans l’ombre, attache les pieds des deux personnes avec un simple fil rouge. Quand bien même leurs familles seraient séparées par des mers et des pays, si le mariage est prédestiné, l’occasion finira toujours par en faire des époux. Cette affaire-ci a surpris tout le monde. Les parents comme les intéressés peuvent être d’accord, et les deux jeunes gens peuvent vivre ensemble année après année au point que l’on tienne déjà leur union pour certaine : si le Vieillard sous la lune ne les attache pas de son fil rouge, ils ne pourront jamais s’unir. Ainsi, pour vos mariages à vous deux, qui sait s’ils se trouvent en ce moment sous vos yeux ou bien au sud des montagnes et au nord des mers ? »
Baochai protesta : « Il suffit que mère ouvre la bouche pour nous mêler à ses histoires ! » Puis elle se blottit dans les bras de sa mère et dit en riant : « Partons. »
Daiyu sourit : « Regardez-la ! Elle est déjà si grande. Dès que ma tante n’est plus là, c’est la personne la plus posée qui soit ; mais dès qu’elle la voit, elle recommence à faire l’enfant gâtée. »
薛姨媽將手摩弄着寳釵,向黛玉歎道:「你這姐姐,就和鳯哥兒在老太太跟前一樣:着了正經事,就有話和他商量,没有了事,幸虧他開我的心。我見了他這様,有多少愁不散的。」黛玉聽說,流淚嘆道:「他偏在這裡這様,分明是氣我没娘的人,故意來形容我!」寳釵笑道:「媽媽,你瞧他這輕狂様兒,倒說我撒姣兒!」薛姨媽道:「也怨不得他傷心,可憐没父母,到底没個親人。」又摩挲黛玉,笑道:「好孩子,别哭。你見我疼你姐姐,你傷心,你知我心裡更疼你呢!你姐姐雖没父親,到底有我,有親哥哥,這就比你强了。我每每和你姐姐說,心裡狠疼你,只是外頭不好帶出來的。你這裡人多嘴雜,說好話的人少,說歹話的人多:不說你無依靠,爲人做人可配人疼。只說我們看太太疼你,我們也伏上水去了。」黛玉笑道:「姨媽旣這麽說,我明日就認姨媽做娘。姨媽若是𣓪𭒡,便是假意疼我。」薛姨媽道:「你不厭我,就認了。」寳釵忙道:「認不得的。」黛玉道:「怎麽認不得?」寶釵笑道:「我且問你,我哥哥還没定親事,爲什麽反將邢妹妹先說與我兄弟了?是什麽道理?」黛玉道:「他不在家,或是屬相生日不對,所以先說與兄弟了。」寳釵笑道:「不是這様。我哥哥已經相準了,只等來家就放定,也不必提出人來。我說你認不得娘,你細想去!」說着,便和他母親擠眼兒發笑。
La tante Xue caressa Baochai et dit à Daiyu en soupirant : « Ta grande sœur est pour moi ce que le jeune Feng est pour l’aïeule. Quand une affaire sérieuse se présente, j’ai quelqu’un avec qui en discuter ; et quand il ne se passe rien, elle sait heureusement me distraire. En la voyant ainsi, combien de mes soucis ne se dissipent-ils pas ? »
Daiyu se mit à pleurer : « Elle se conduit exprès ainsi devant moi ! C’est évidemment pour narguer celle qui n’a plus de mère et me donner le spectacle de leur tendresse ! »
Baochai rit : « Mère, regardez donc cette écervelée ! Et c’est elle qui m’accuse de faire l’enfant gâtée ! »
La tante Xue répondit : « On ne peut lui reprocher son chagrin. La pauvre n’a plus ni père ni mère, et finalement aucun proche. » Elle caressa Daiyu à son tour : « Ma bonne enfant, ne pleure pas. Tu me vois chérir ta grande sœur et cela t’afflige ; mais si tu savais combien je te chéris davantage encore ! Ta grande sœur a perdu son père, mais elle m’a toujours, ainsi qu’un frère de même sang : en cela, son sort est meilleur que le tien. Je lui dis souvent combien je t’aime au fond du cœur ; seulement, il ne m’est pas commode de le montrer devant tout le monde. Ici, il y a tant de gens et tant de langues : peu parlent avec bienveillance, beaucoup avec malveillance. Au lieu de dire que tu es sans soutien et que ton caractère te rend digne d’affection, ils prétendraient seulement que, voyant Madame Wang te chérir, nous suivons nous aussi le courant pour lui plaire. »
Daiyu sourit : « Puisque ma tante parle ainsi, demain je vous reconnaîtrai pour mère. Si vous me refusez, c’est que votre affection n’est pas sincère. »
« Si tu ne me trouves pas indigne, accepte-moi donc. »
Baochai intervint vivement : « Elle ne le peut pas. »
Daiyu demanda : « Pourquoi ne le pourrais-je pas ? »
Baochai sourit : « Réponds-moi d’abord. Mon frère aîné n’est pas encore fiancé ; pourquoi a-t-on pourtant promis petite sœur Xing à mon frère cadet ? Quelle en est la raison ? »
« Ton frère aîné est absent ; peut-être les signes zodiacaux ou les dates de naissance ne convenaient-ils pas. Voilà pourquoi on a commencé par la donner à ton frère cadet. »
Baochai rit : « Ce n’est pas cela. Mon frère aîné a déjà choisi quelqu’un ; on attend seulement son retour pour remettre les présents de fiançailles. Inutile de dire de qui il s’agit. Je t’ai dit que tu ne pouvais reconnaître ma mère : réfléchis bien ! »
Puis elle échangea un clin d’œil avec sa mère et se mit à rire.
黛玉聼了,便一頭伏在薛姨媽身上,說道:「姨媽不打他,我不依!」薛姨媽摟着他笑道:「你别信你姐姐的話,他是和你頑呢。」寳釵笑道:「真個媽媽明日和老太太求了,聘作媳婦,豈不比外頭尋的好?」黛玉便攏上來要抓他,口内笑說:「你越發瘋了!」薛姨媽忙笑勸,用手分開方罷。又向寳釵道:「連邢姑娘我還怕你哥哥遭塌了他,所以給你兄弟,别說這孩子,我也㫁不肯給他。前日老太太要把你妹妹說給寳玉,偏生又有了人家。不然倒是門子好親事。前日我說定了邢姑娘,老太太還取笑說:『我原要說他的人,誰知他的人没到手,倒被他說了我們一個去了。』雖是頑話,細想来倒也有些意思。我想寶琴雖有了人家,我雖無人可給,難道一句話也不說?我想你寳兄弟,老太太那様疼他,他又生得那様,若要外頭說去,老太太㫁不中意,不如把你林妹妹定與他,豈不四角俱全?」
À ces mots, Daiyu se jeta contre la tante Xue : « Si ma tante ne la frappe pas, je ne serai pas contente ! »
La tante Xue la serra dans ses bras en riant : « Ne crois pas ta grande sœur ; elle te taquine. »
Baochai dit en riant : « Si demain mère demandait vraiment ta main à l’aïeule pour faire de toi sa belle-fille, ne vaudrais-tu pas mieux qu’une inconnue choisie au-dehors ? »
Daiyu se précipita pour la griffer : « Tu es décidément devenue folle ! » La tante Xue s’empressa de les séparer en riant.
Puis elle dit à Baochai : « Même pour mademoiselle Xing, je craignais que ton frère ne gâche sa vie, et c’est pourquoi je l’ai donnée à ton frère cadet. À plus forte raison refuserais-je absolument de lui donner cette enfant-ci ! L’autre jour, l’aïeule voulait fiancer ta petite sœur à Baoyu, mais elle était malheureusement déjà promise. Sans cela, l’alliance aurait été excellente. Quand j’ai arrangé les fiançailles de mademoiselle Xing, l’aïeule m’a encore taquinée : “Je voulais à l’origine obtenir une jeune fille de leur famille ; mais avant que j’aie pu y parvenir, voilà qu’ils nous en prennent une.” Ce n’était qu’une plaisanterie, mais à y réfléchir, elle n’était pas sans intention. Baoqin est déjà promise ; moi, je n’ai personne d’autre à offrir, mais dois-je pour autant ne rien dire ? Je songe à ton frère Baoyu : l’aïeule l’aime tant, et il est si bien fait que, si l’on cherchait une épouse au-dehors, elle ne serait certainement satisfaite de personne. Pourquoi ne pas le fiancer à ta petite sœur Lin ? Tout ne serait-il pas alors parfaitement arrangé ? »
黛玉先還怔怔的聼,後來見說到自己身上,便啐了寳釵一口,紅了臉,拉着寳釵笑道:「我只打你!爲什麽招出姨媽這些老没正經的話來?」寳釵笑道:「這可竒了!媽媽說你,爲什麽打我?」紫鵑忙跑來笑道:「姨太太旣有這主意,爲什麽不和太太說去?」薛姨媽笑道:「這孩子急什麽!想必催着姑娘出了閣,你也要早些尋一個小女婿子去了。」紫鵑也紅了臉,笑道:「姨太太真個𠋣老賣老的!」說着便轉身去了。黛玉先罵:「又與你這蹄子什麽相干!」後來見了這様,也笑道:「阿彌陀佛!該,該,該!也臊了一鼻子灰去了!」薛姨媽母女及婆子丫𤨔都笑起來。
Daiyu avait d’abord écouté d’un air interdit. Quand elle comprit que l’on parlait d’elle, elle cracha de dédain en direction de Baochai, rougit, puis la saisit en riant : « Je vais te battre ! Pourquoi as-tu amené ma tante à tenir tous ces propos indécents pour une personne de son âge ? »
Baochai rit : « Voilà qui est étrange ! C’est mère qui parle de toi ; pourquoi me frappes-tu ? »
Zijuan accourut et dit en souriant : « Puisque Madame ma tante a cette idée, pourquoi ne va-t-elle pas en parler à Madame Wang ? »
La tante Xue rit : « Pourquoi cette enfant est-elle si pressée ? Elle veut certainement hâter le mariage de sa demoiselle afin de se trouver elle-même au plus tôt un petit mari. »
Zijuan rougit elle aussi : « Madame ma tante profite vraiment de son âge pour se moquer des autres ! » Puis elle se retourna et s’éloigna.
Daiyu l’injuria d’abord : « De quoi te mêles-tu, petite peste ? » Mais en la voyant ainsi, elle éclata de rire : « Amitabha ! Bien fait, bien fait, bien fait ! Elle aussi est repartie le nez couvert de cendre ! »
La tante Xue, Baochai, les vieilles servantes et les jeunes filles se mirent toutes à rire.
一語未了,忽見湘雲走来,手裡拿着一張當票,口内笑道:「這是什麼賬篇子?」黛玉瞧了,不認得。地下婆子都笑道:「這可是一件好東西!這個乖不是白教的。」寳釵忙一把接了看時,正是岫煙纔說的當票子,忙摺了起來。薛姨媽忙說:「那必是那個媽媽的當票子失落了,囘來急得他們找。那裡得的?」湘雲道:「什麼是當票子?」衆人都笑道:「眞真是個獃子,連當票子也不知道!」薛姨媽嘆道:「怨不得他,眞真是侯門千金,而且又小,那裡知道這個?那裡去看這個?便是家下人有這個,他如何得見?别笑他是獃子,若給你們家的姑娘看了,也都成了獃子。」衆婆子笑道:「林姑娘方纔也不認得。别說姑娘們,就如寳玉,倒是外頭常走出去的,這怕也還没見過呢。」薛姨媽忙將原故講明,湘雲黛玉二人聽了,方笑道:「這人也太會想錢了!姨媽家當鋪也有這個不成?」衆人笑道:「這又獃了!『天下老鴰一般黒』,豈有兩様的。」薛姨媽因又問:「是那裡拾的?」湘雲方欲說時,寳釵忙說:「是一張死了没用的,不知是那年勾了賬的。香菱拿着哄他們頑的。」薛姨媽𦗟了此話是真,也就不問了。
Elles n’avaient pas fini de parler que Xiangyun entra, tenant à la main un billet de mont-de-piété : « Qu’est-ce que cette feuille de comptes ? »
Daiyu l’examina sans la reconnaître. Les vieilles servantes présentes rirent : « Voilà pourtant un bel objet ! Toute son intelligence ne lui a pas appris cela. »
Baochai s’empressa de prendre le papier. Reconnaissant le billet dont Xiuyan venait de lui parler, elle le plia rapidement. La tante Xue dit : « Ce doit être le billet perdu par quelque nourrice. Quand elle reviendra, elle s’affolera en le cherchant. Où l’as-tu trouvé ? »
Xiangyun demanda : « Qu’est-ce donc qu’un billet de mont-de-piété ? »
Tout le monde rit : « Quelle véritable sotte ! Elle ne sait même pas ce que c’est ! »
La tante Xue soupira : « Ne le lui reprochez pas. C’est réellement une noble demoiselle élevée dans la demeure d’un marquis, et elle est encore jeune. Comment connaîtrait-elle cela ? Où aurait-elle pu en voir ? Même si les domestiques de sa maison en possédaient, comment seraient-ils tombés sous ses yeux ? Ne riez pas de sa sottise : montrez cela aux demoiselles de vos maisons, et elles deviendront toutes aussi sottes qu’elle. »
Les vieilles servantes dirent en riant : « Mademoiselle Lin non plus ne le reconnaissait pas. Et sans parler des demoiselles, même Baoyu, qui sort pourtant souvent, n’en a sans doute jamais vu. »
La tante Xue leur expliqua donc ce que c’était. Xiangyun et Daiyu s’écrièrent en riant : « Les gens savent vraiment trouver tous les moyens d’obtenir de l’argent ! Les monts-de-piété de ma tante ont-ils eux aussi de tels billets ? »
Les autres rirent : « Voilà qu’elles redeviennent sottes ! Tous les corbeaux sous le ciel sont également noirs : comment les boutiques différeraient-elles ? »
La tante Xue demanda encore : « Où l’as-tu ramassé ? »
Xiangyun allait répondre, mais Baochai l’interrompit vivement : « C’est un vieux billet périmé, sans aucune valeur. On ne sait de quelle année datent les comptes déjà rayés. Xiangling l’avait pris pour taquiner les autres. »
La tante Xue crut cette explication et ne posa plus de questions.
一時人來囘:「那府裡大奶奶過来請姨太太說話呢。」薛姨媽起身去了。這裡屋内無人時,寶釵方問湘雲何處拾的?湘雲笑道:「我見你令弟媳的丫頭篆兒悄悄的遞與鶯兒,鶯兒便隨手夾在書裡,只當我没看見。我等他們出去了,我偷着看,竟不認得,知道你們都在這裡,所以拿來大家認認。」黛玉忙問:「怎麼他也當衣裳不成?旣當了,怎麽又給你?」寳釵見問,不好隱瞞他兩個,便將方纔之事,都告訴了他二人。黛玉便說:「兎死狐悲,物傷其類。」不免也要感嘆起來了。史湘雲聼了,便動了氣,說:「等我問着二姐姐去!我罵那起老婆子丫頭一頓,給你們出氣,何如?」說着,便要走出去,寳釵忙一把拉住,笑道:「你又發瘋了,還不給我坐下呢!」黛玉笑道:「你要是個男人,出去打一個抱不平兒。你又充什麽荆軻、聶政?真眞好笑。」湘雲道:「旣不呌問他去,明日也可把他接到偺們院裡一處住去,豈不是好?」寳釵笑道:「明日再商量。」說着,人報:「三姑娘四姑娘来了。」三人𦗟說,忙掩了口不提此事。要知端詳,且𦘏下囬分解。
Bientôt, quelqu’un annonça : « La jeune maîtresse du palais voisin est venue demander à Madame notre tante de s’entretenir avec elle. » La tante Xue se leva et partit.
Lorsqu’il ne resta plus personne d’étranger dans la chambre, Baochai demanda à Xiangyun où elle avait trouvé le billet. Xiangyun sourit : « J’ai vu la servante Zhuan’er, qui appartient à ta future belle-sœur cadette, le remettre discrètement à Ying’er. Celle-ci l’a aussitôt glissé dans un livre, croyant que je n’avais rien vu. J’ai attendu qu’elles soient sorties pour le regarder en cachette. Comme je ne le reconnaissais absolument pas et que je savais que vous étiez toutes ici, je l’ai apporté afin que nous l’examinions ensemble. »
Daiyu demanda vivement : « Xiuyan aurait-elle, elle aussi, mis ses vêtements en gage ? Et puisqu’elle les a engagés, pourquoi t’a-t-elle donné le billet ? »
Ne pouvant leur dissimuler la vérité, Baochai raconta aux deux jeunes filles tout ce qui venait de se passer. Daiyu dit : « Quand le lièvre meurt, le renard s’afflige ; les êtres souffrent pour ceux de leur espèce. » Elle ne put s’empêcher de soupirer à son tour.
Shi Xiangyun se mit en colère : « Attendez que j’interroge deuxième grande sœur ! Je vais injurier toute cette bande de vieilles servantes et de petites filles, afin de vous venger. Qu’en dites-vous ? »
Elle allait sortir, mais Baochai la retint vivement : « Te voilà encore prise de folie ! Assieds-toi donc ! »
Daiyu rit : « Si tu étais un homme, tu pourrais sortir défendre les victimes d’une injustice. Mais à quoi bon jouer les Jing Ke et les Nie Zheng ? C’est vraiment risible. »
Xiangyun répondit : « Puisque vous m’interdisez d’aller les interroger, nous pourrions au moins, demain, faire venir Xiuyan dans notre cour pour qu’elle vive avec nous. Ne serait-ce pas bien ? »
Baochai sourit : « Nous en reparlerons demain. »
À cet instant, on annonça : « La troisième et la quatrième demoiselle arrivent. » En l’entendant, les trois jeunes filles se turent aussitôt et ne dirent plus un mot de l’affaire. Pour connaître la suite en détail, écoutez les explications du prochain chapitre.
Notes
慧紫鵑、莽玉、痴顰 : le titre oppose la « perspicace » Zijuan au « Jade irréfléchi », Baoyu, puis désigne Daiyu par son surnom poétique de « Fronceuse éperdue ».
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; ce jeu de mots traverse tout le roman.
燕窩 : les nids d’hirondelle, en réalité produits par des salanganes, étaient un aliment médicinal coûteux réservé aux maisons riches.
一兩 : le liang est une unité traditionnelle de poids, variable selon les époques, valant ici environ une trentaine de grammes.
月下老人 : le Vieillard sous la lune est la divinité qui prédestine les mariages et relie les futurs époux par un fil rouge invisible.
老健春寒秋後熱 : ce proverbe rapproche trois phénomènes réputés trompeurs et de courte durée : la vigueur d’un vieillard, le froid printanier et la chaleur d’arrière-saison.
荆軻、聶政 : Jing Ke et Nie Zheng sont deux célèbres assassins de l’Antiquité, célébrés pour avoir risqué leur vie au nom de la loyauté et de la vengeance.
天下老鴰一般黒 : « tous les corbeaux sous le ciel sont également noirs » signifie que les gens d’un même métier se ressemblent partout, généralement dans leurs défauts.