Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 107 Dispersant ses derniers biens, l’aïeule Jia manifeste son sens des grands principes ; recouvrant la charge héréditaire, le vieux Zheng reçoit la grâce impériale
散餘資賈母明大義 復世職政老沐天恩
Dispersant ses derniers biens, l’aïeule Jia manifeste son sens des grands principes
recouvrant la charge héréditaire, le vieux Zheng reçoit la grâce impériale
話說賈政進内,見了樞宻院各位大人,又見了各位王爺。北靜王道:「今日我們傳你來,有遵㫖問你的事。」賈政卽忙跪下。衆大人便問道:「你哥哥交通外官,恃强凌弱,縱兒聚賭,强占良民妻女不遂逼死的事,你都知道麽?」賈政囬道:「犯官有從主恩欽㸃學政,任滿後查看賑恤,于上年冬底囬家,又䝉堂派工程,後又徃江西監道,題叅囘都,仍在工部行走,日夜不敢怠惰。一應家務並未留心伺察,寔在糊𡍼,不能𬋩呌子侄,這就是辜負聖恩。亦求主上重重治罪。」
Or donc, Jia Zheng entra au palais, où il fut reçu par les hauts dignitaires du Conseil privé, puis par les différents princes. Le prince de Beijing lui dit : « Si nous vous avons fait appeler aujourd’hui, c’est que, conformément à un décret, nous devons vous interroger sur certaines affaires. » Jia Zheng s’empressa de s’agenouiller. Les dignitaires lui demandèrent alors : « Saviez-vous que votre frère entretenait des intelligences avec des fonctionnaires de province, qu’il abusait de sa puissance pour opprimer les faibles, qu’il laissait son fils organiser des jeux d’argent et qu’il avait causé la mort de femmes et de filles de bonne famille après avoir tenté en vain de se les approprier par la force ? » Jia Zheng répondit : « Votre indigne fonctionnaire, par la faveur souveraine, fut nommé intendant provincial de l’Éducation. À l’expiration de sa charge, il fut chargé d’inspecter les secours aux sinistrés et ne rentra chez lui qu’à la fin de l’hiver dernier. Ses supérieurs lui confièrent ensuite des travaux ; puis il partit inspecter un circuit administratif au Jiangxi. Rappelé à la capitale à la suite d’un mémoire d’accusation, il reprit son service au ministère des Travaux publics, où il n’osa se relâcher ni jour ni nuit. Il n’a prêté aucune attention aux affaires de sa maison et n’a rien surveillé. Son aveuglement l’a empêché de discipliner ses fils et ses neveux : c’est en cela qu’il a trahi la grâce impériale. Il supplie donc Sa Majesté de le châtier sévèrement. »
北靜王㨿說轉奏,不多時傳出㫖來。北靜王便述道:「主上因御史叅奏賈赦交通外官,恃强凌弱。㨿該御史指出安平州互相徃来,賈赦包攬詞訟。嚴鞫賈赦,㨿供平安州原係姻親來往,並未干涉官事。該御史亦不能指寔。惟有𠋣勢强索石獃子古扇一𭭎是寔的,然係玩物,䆒非强索良民之物可比。雖石獃子自盡,亦係瘋儍所致,與逼勒致死者有間。今從寛將賈赦發徃臺站効力贖罪。所叅賈珍强占良民妻女爲妾不從逼死一𭭎,提取都察院原案,看得尤三姐寔係張華指腹爲婚未娶之妻,因伊貧苦自願退婚,尤三姐之母願結賈珍之弟爲妾,並非强占。再尤三姐自刎掩埋並未報官一𭭎,查尤三姐原係賈珍妻妹,本意爲伊擇配,因被逼索定禮,衆人揚言穢亂,以致羞忿自盡,並非賈珍逼勒致死。但身係世襲職員,罔知法紀,私埋人命,本應重治。念伊䆒屬功臣後裔,不忍加罪,亦從寛革去世職,𣲖徃海疆効力贖罪。賈蓉年㓜無干省釋。賈政寔係在外任多年,居官尙屬勤慎,免治伊治家不正之罪。」賈政𦘏了,感激涕零,叩首不及,又叩求王爺代奏下忱。北靜王道:「你該叩謝天恩,更有何奏?」賈政道:「犯官仰𫎇聖恩不加大罪,又𫎇將家產給𮟃,寔在捫心惶愧,願將祖宗遺受重祿積餘置產一并交官。」北静王道:「主上仁慈待下,明慎用刑,賞罰無差。如今旣𫎇莫大深恩,給還財產,你又何必多此一奏。」衆官也說不必。賈政便謝了恩,叩謝了王爺出来。恐賈母不放心,急忙赶囬。
Le prince de Beijing transmit fidèlement ses paroles à l’Empereur. Peu après, un décret fut rendu, que le prince exposa en ces termes : « À la suite du mémoire présenté par un censeur, accusant Jia She d’entretenir des intelligences avec des fonctionnaires de province et d’abuser de sa puissance pour opprimer les faibles, il a été relevé que Jia She fréquentait des gens de la préfecture d’Anping et se chargeait pour eux de procès. Soumis à un interrogatoire rigoureux, Jia She a déclaré que ses relations avec la préfecture de Ping’an étaient uniquement des relations entre familles alliées et qu’il ne s’était jamais mêlé des affaires publiques. Le censeur n’a pu produire aucune preuve formelle. Il est seulement établi que Jia She, fort de son influence, a extorqué à Shi Daizi des éventails anciens. Cependant, il ne s’agissait que d’objets de divertissement, ce qui n’est pas assimilable à la spoliation des biens d’un honnête sujet. Si Shi Daizi s’est donné la mort, ce fut du fait de sa démence ; son cas diffère donc de celui d’un homme poussé à mourir par la contrainte. Par clémence, Jia She sera envoyé servir dans les relais militaires afin de racheter sa faute. Quant à l’accusation portée contre Jia Zhen, selon laquelle il aurait voulu enlever de force la femme ou la fille d’un honnête sujet pour en faire sa concubine et l’aurait poussée à la mort devant son refus, l’examen du dossier original de la Cour des censeurs montre que You Sanjie était bien la fiancée de Zhang Hua, promise à celui-ci avant même sa naissance, mais non encore épousée. En raison de la pauvreté de Zhang Hua, elle avait volontairement rompu les fiançailles, et sa mère désirait la donner comme concubine au frère de Jia Zhen : il n’y eut donc aucune prise par la force. Quant au fait que You Sanjie se soit tranché la gorge et ait été enterrée sans déclaration aux autorités, l’enquête établit qu’elle était la sœur cadette de l’épouse de Jia Zhen et que celui-ci voulait à l’origine lui choisir un parti. Mais, à la suite d’exigences pressantes concernant les présents de fiançailles et de rumeurs publiques d’inconduite, elle se tua de honte et de colère ; Jia Zhen ne l’a donc pas contrainte à mourir. Toutefois, détenteur d’une charge héréditaire, il a méconnu les lois et les règlements en faisant ensevelir clandestinement une personne décédée de mort violente : il devrait être sévèrement puni. Mais, puisqu’il descend après tout d’un sujet méritant, Sa Majesté ne se résout pas à aggraver son châtiment. Par clémence, il sera seulement déchu de sa charge héréditaire et envoyé servir sur la frontière maritime pour racheter sa faute. Jia Rong, encore jeune et étranger à l’affaire, sera libéré. Jia Zheng, qui a longtemps exercé des fonctions hors de la capitale et s’y est montré diligent et prudent, ne sera pas poursuivi pour avoir mal gouverné sa maison. »
À ces mots, Jia Zheng fondit en larmes de reconnaissance et se prosterna à plusieurs reprises. Il pria encore le prince de présenter à l’Empereur l’expression de ses sentiments. Le prince de Beijing lui dit : « Vous devez rendre grâce à la faveur céleste. Qu’avez-vous encore à soumettre au trône ? » Jia Zheng répondit : « Votre indigne fonctionnaire a reçu de Sa Majesté la grâce de n’être pas lourdement condamné ; de plus, les biens de sa famille lui sont restitués. En sondant son cœur, il n’en ressent que honte et effroi. Il désire remettre à l’État toutes les propriétés acquises grâce aux importants traitements laissés par ses ancêtres. » Le prince de Beijing répondit : « Sa Majesté traite ses sujets avec bienveillance, applique les peines avec discernement et prudence, et ne se trompe ni dans les récompenses ni dans les châtiments. Puisqu’une grâce aussi immense vous rend vos biens, à quoi bon présenter encore cette requête ? » Les autres dignitaires dirent eux aussi que ce n’était pas nécessaire. Jia Zheng rendit grâce à l’Empereur, salua le prince et sortit. Craignant que l’aïeule Jia ne fût inquiète, il se hâta de rentrer.
上下男女人等不知傳進賈政是何吉凶,都在外頭打聼,一見賈政囬家,都略略的放心,也不敢問。只見賈政忙忙的走到賈母跟前,將𫎇聖恩寛免的事,細細告訴了一遍。賈母雖則放心,只是兩個世職革去,賈赦又往台站効力,賈珍又往海疆,不免又悲傷起来。邢夫人尤氏𦗟見那話,更哭起來。賈政便道:「老太太放心。大哥雖則台站効力,也是爲國家辦事,不致受苦,只要辦得妥當,就可復職。珍兒正是年輕,狠該出力。若不是這様,便是祖父的餘德,亦不能久享。」說了些寛慰的話。賈母素來本不大喜歡賈赦,那邊東府賈珍䆒竟隔了一層。只有邢夫人、尤氏痛哭不已。邢夫人想着「家產一空,丈夫年老遠出,𦡀下雖有璉兒,又是素來順他二叔的,如今是都靠着二叔,他兩口子更是順着那邊去了。獨我一人孤苦伶仃,怎麽好。」那尤氏本來獨掌寧府的家計,除了賈珍也筭是惟他爲尊,又與賈珍夫婦相和,「如今犯事遠出,家財抄盡,依住榮府,雖則老太太疼愛,終是依人門下。又帶了偕鸞、佩鳯,蓉兒夫婦又是不能興家立業的人。」又想着「二妹妹三妹妹俱是璉二叔閙的,如今他們倒安然無事,依舊夫婦完聚。只留我們幾人,怎生度日!」想到這裡,痛哭起來。
Dans toute la maison, maîtres, serviteurs, hommes et femmes ignoraient si la convocation de Jia Zheng au palais annonçait bonheur ou malheur et s’informaient au-dehors. Lorsqu’ils le virent revenir, tous furent quelque peu rassurés, sans pourtant oser l’interroger. Jia Zheng se rendit en hâte auprès de l’aïeule Jia et lui raconta en détail comment la grâce impériale les avait épargnés. Elle fut certes soulagée ; mais les deux charges héréditaires avaient été supprimées, Jia She devait servir dans les relais militaires et Jia Zhen partir pour la frontière maritime : elle ne put s’empêcher de s’affliger de nouveau. À cette nouvelle, Madame Xing et Madame You éclatèrent davantage encore en sanglots. Jia Zheng dit : « Que l’aïeule se rassure. Si mon frère aîné doit servir dans les relais, il travaillera néanmoins pour l’État et ne devrait pas souffrir. Pourvu qu’il s’acquitte convenablement de sa tâche, il pourra recouvrer sa charge. Quant à Zhen, il est encore jeune et il est bien juste qu’il donne toute sa mesure. Sans cela, même les mérites accumulés par nos aïeux ne pourraient nous assurer éternellement une telle fortune. » Il ajouta quelques paroles de consolation.
L’aïeule Jia n’avait jamais beaucoup aimé Jia She ; quant à Jia Zhen, du palais de l’Est, il lui était après tout d’une branche plus éloignée. Seules Madame Xing et Madame You pleuraient sans discontinuer. Madame Xing songeait : « Tous nos biens ont disparu et mon mari, déjà âgé, doit partir au loin. J’ai bien Lian’er auprès de moi, mais il a toujours obéi à son deuxième oncle. Maintenant que tout dépend de celui-ci, Lian et sa femme se rangeront plus encore de leur côté. Je resterai seule, abandonnée et malheureuse : comment pourrai-je m’en tirer ? » Madame You, de son côté, administrait seule les affaires domestiques du palais Ning ; après Jia Zhen, elle y occupait la place la plus respectée et vivait en parfaite entente avec lui. Elle pensait : « À présent qu’il est condamné et envoyé au loin, tous nos biens ont été confisqués. Nous devons vivre au palais Rong ; l’aïeule a beau m’aimer, je demeure sous le toit d’autrui. J’ai encore avec moi Xieluan et Peifeng, tandis que Jia Rong et sa femme sont incapables de relever la maison. Mes deux sœurs cadettes ont toutes deux été perdues par l’oncle Lian ; et voici que lui et sa femme sont sains et saufs, de nouveau réunis. Nous ne restons plus que quelques-uns : comment vivrons-nous ? » À cette pensée, elle redoubla de sanglots.
賈母不忍,便問賈政道:「你大哥和珍兒現已定案,可能囘家?蓉兒旣没他的事,也該放出来了。」賈政道:「若在定例,大哥是不能囬家的。我已托人狥個私情,呌我們大老爺同侄兒囬家好置辦行裝,衙門内業已應了。想来蓉兒同着他爺爺父親一起出来。只請老太太放心,兒子辦去。」賈母又道:「我這几年老的不成人了,總没有問過家事。如今東府是全抄去了,房屋入官不消說的。你大哥那邊璉兒那裡也都抄去了。咱們西府銀庫,東省地土,你知道到底還剰了多少?他兩個起身,也得給他們几千銀子纔好。」賈政正是没法,聼見賈母一問,心想着:「若是說明,又恐老太太着急。若不說明,不用說將來,現在怎様辦法?」定了主意,便囬道:「若老太太不問,兒子也不敢說。如今老太太旣問到這裡,現在璉兒也在這裡,昨日兒子已查了,舊庫的銀子早已虛空,不但用盡,外頭𮟃有𧇊空。現今大哥這件事若不花銀托人,雖說主上寛恩,只怕他們爺兒兩個也不大好。就是這項銀子尙無打算。東省的地畝早已寅年吃了卯年的租兒了,一時也算不轉來,只好儘所有的𫎇聖恩没有動的衣服首飾,拆變了給大哥、珍兒作盤費罷了。過日的事只可再打筭。」賈母聼了,又急得眼淚直淌,說道:「怎麽着,咱們家到了這様田地了麽!我雖没有經過,我想起我家向日比這裡還强十倍,也是擺了几年虛架子,没有出這様事已經塌下来了,不消一二年就完了。㨿你說起來,咱們竟一兩年就不能支了。」賈政道:「若是這兩個世俸不動,外頭𮟃有些挪移。如今無可指稱,誰肯接濟?」說着,也淚流滿面,「想起親戚來,用過我們的如今都窮了,没有用過我們的又不肯照應了。昨日兒子也没有細查,只看家下的人丁冊子,别說上頭的錢一無所出,那底下的人也飬不起許多。」
L’aïeule Jia ne put le supporter et demanda à Jia Zheng : « Les affaires de ton frère aîné et de Zhen étant maintenant jugées, peuvent-ils rentrer à la maison ? Puisque Rong n’est mêlé à rien, il devrait lui aussi être relâché. » Jia Zheng répondit : « Selon la règle, mon frère aîné ne devrait pas pouvoir revenir. Mais j’ai demandé à quelqu’un d’obtenir une faveur particulière, afin que notre Premier Seigneur et mon neveu puissent rentrer préparer leurs bagages, et les autorités y ont déjà consenti. Je suppose que Rong sortira avec son grand-père et son père. Que l’aïeule se rassure : votre fils va s’en occuper. » L’aïeule reprit : « Depuis quelques années, je suis si vieille et décrépite que je ne me suis plus du tout occupée des affaires domestiques. Le palais de l’Est a été entièrement confisqué ; il va sans dire que ses bâtiments reviennent à l’État. Chez ton frère aîné aussi, tout ce qui dépendait de Lian a été saisi. Quant à notre trésor du palais de l’Ouest et à nos terres des provinces de l’Est, sais-tu exactement ce qu’il en reste ? Il faudra bien donner quelques milliers de taëls à chacun d’eux pour leur départ. »
Jia Zheng se trouvait précisément sans solution. En entendant cette question, il se dit : « Si je lui expose clairement la situation, je crains de l’affoler. Mais si je ne la lui expose pas, sans même parler de l’avenir, comment régler les besoins présents ? » Ayant pris son parti, il répondit : « Si l’aïeule ne m’avait pas interrogé, votre fils n’aurait pas osé parler. Mais puisque vous en venez à cette question et que Lian est ici, je dois dire qu’après vérification, hier, j’ai découvert que l’ancien trésor était vide depuis longtemps. Non seulement tout a été dépensé, mais il reste encore des déficits au-dehors. Sans argent pour solliciter des appuis dans l’affaire de mon frère aîné, malgré la clémence impériale, je crains que le père et le fils ne soient assez mal traités. Or nous ne savons même pas où trouver cette somme. Quant aux terres des provinces de l’Est, elles consomment depuis longtemps, dès l’année du Tigre, les fermages de l’année du Lièvre ; il est impossible de rétablir les comptes en peu de temps. Nous ne pouvons que vendre les vêtements et les bijoux qui nous restent grâce à la clémence de Sa Majesté, pour payer le voyage de mon frère aîné et de Zhen. Pour nos dépenses quotidiennes, nous aviserons ensuite. »
À ces mots, les larmes de l’aïeule Jia coulèrent à flots. « Comment ! s’écria-t-elle. Notre famille en est donc arrivée là ! Sans en avoir moi-même fait l’expérience, je me rappelle que ma famille natale était autrefois dix fois plus puissante encore que celle-ci. Elle a maintenu quelques années une façade vide ; puis, sans qu’un tel malheur se produise, tout s’est déjà écroulé, et en moins d’un an ou deux il ne resta plus rien. À t’entendre, notre maison ne pourra même pas tenir encore un ou deux ans. » Jia Zheng répondit : « Si les traitements attachés aux deux charges héréditaires nous étaient restés, nous aurions encore pu procéder à quelques arrangements au-dehors. Maintenant que nous n’avons plus rien à donner en garantie, qui voudra nous secourir ? » En parlant, lui aussi avait le visage baigné de larmes. « Quand je pense à nos parents et alliés, ceux qui ont autrefois profité de nous sont maintenant pauvres ; ceux qui n’ont pas eu besoin de nous refusent de nous venir en aide. Hier, votre fils n’a pas encore tout examiné en détail ; il a seulement regardé le registre des gens de la maison. Sans même parler des maîtres, qui n’ont plus aucune ressource, nous ne pouvons entretenir un si grand nombre de serviteurs. »
賈母正在憂慮,只見賈赦、賈珍、賈蓉一齊進來給賈母請安。賈母看這般光景,一隻手拉着賈赦,一隻手拉着賈珍,便大哭起来。他兩人臉上羞慚,又見賈母哭泣,都跪在地下哭着說道:「兒孫們不長進,將祖上功勲丢了,又累老太太傷心,兒孫們是死無𦵏身之地的了!」滿屋中人看這光景,又一齊大哭起来。賈政只得勸解:「倒先要打算他兩個的使用,大約在家只可住得一兩日,遲則人家就不依了。」老太太含悲忍淚的說道:「你兩個且各自同你們媳婦們說說話兒去罷。」又吩咐賈政道:「這件事是不能久待的,想来外面挪移恐不中用,那時悞了欽限怎麽好。只好我替你們打𮅕罷了。就是家中如此亂糟糟的,也不是常法兒。」一面說着,便呌鴛鴦吩咐去了。這裡賈赦等出来,又與賈政哭泣了一會,都不免將從前任性過後惱悔如今分離的話說了一㑹,各自同媳婦那邊悲傷去了。賈赦年老,倒也拋的下。獨有賈珍與尤氏怎忍分離,賈璉、賈蓉兩個也只有拉着父親啼哭。雖說是比軍流减等,究竟生離死别,這也是事到如此,只得大家硬着心腸過去。
L’aïeule Jia était encore plongée dans ses inquiétudes lorsque Jia She, Jia Zhen et Jia Rong entrèrent ensemble pour la saluer. À ce spectacle, elle saisit Jia She d’une main, Jia Zhen de l’autre, et éclata en sanglots. Tous deux avaient le visage couvert de honte ; voyant pleurer l’aïeule, ils s’agenouillèrent et dirent eux-mêmes en pleurant : « Vos fils et petits-fils n’ont rien valu. Ils ont perdu les honneurs gagnés par leurs ancêtres et causent encore du chagrin à l’aïeule : même morts, ils ne mériteraient pas de trouver un lieu où être enterrés ! » Devant cette scène, tous ceux qui remplissaient la pièce se mirent à pleurer de concert. Jia Zheng dut les exhorter au calme : « Il faut d’abord prévoir les dépenses nécessaires à leur départ. Ils ne pourront sans doute rester ici qu’un jour ou deux ; s’ils tardent davantage, les autorités ne l’accepteront pas. » Retenant ses larmes au milieu de sa douleur, l’aïeule dit : « Allez d’abord chacun parler un moment avec vos femmes. » Puis elle ordonna à Jia Zheng : « Cette affaire ne peut attendre. Je crains qu’il ne serve à rien de chercher des avances au-dehors ; et s’ils dépassaient le délai fixé par décret, que ferions-nous ? Il faudra que je fasse moi-même mes comptes pour vous. Quant à ce désordre qui règne dans la maison, il ne peut se prolonger. » Tout en parlant, elle appela Yuanyang et lui donna ses instructions.
Jia She et les autres sortirent. Ils pleurèrent encore un moment avec Jia Zheng et évoquèrent leurs caprices d’autrefois, les regrets qui les prenaient maintenant et la séparation prochaine ; puis chacun alla s’affliger auprès de sa femme. Jia She, étant âgé, pouvait encore se résigner à tout quitter. Mais comment Jia Zhen et Madame You auraient-ils supporté leur séparation ? Jia Lian et Jia Rong ne pouvaient que s’agripper à leur père en pleurant. Le châtiment était certes inférieur à la déportation militaire ; pourtant, c’était bien une séparation d’hommes vivants aussi cruelle qu’un adieu devant la mort. Puisque les choses en étaient arrivées là, tous durent s’endurcir le cœur pour traverser cette épreuve.
𨚫說賈母呌邢、王二夫人同了鴛鴦等,開箱倒籠,將做媳婦到如今積儧的東西都拿出來,又呌賈赦、賈政、賈珍等,一一的分派說:「這裡現有的銀子,交賈赦三千兩,你拿二千兩去做你的盤費使用,留一干給大太太另用。這三千給珍兒,你只許拿一千去,留下二千交你媳婦過日子。仍舊各自度日,房子是在一處,飯食各自吃罷。四丫頭將來的親事還是我的事。只可憐鳯丫頭操心了一輩子,如今弄得精光,也給他三千兩,呌他自己收着,不許呌璉兒用。如今他還病得神昏氣喪,呌平兒來拿去。這是你祖父留下來的衣服,𮟃有我少年穿的衣服首飾,如今我用不着。男的呢,呌大老爺、珍兒、璉兒、蓉兒拿去分了,女的呢,呌大太太、珍兒媳婦、鳯丫頭拿了分去。這五百兩銀子交給璉兒,明年將林丫頭的棺材送囬南去。」
Cependant, l’aïeule Jia fit venir Madame Xing et Madame Wang avec Yuanyang et les autres. Elle fit ouvrir coffres et malles, et sortir tous les biens qu’elle avait accumulés depuis son entrée dans la famille comme jeune épouse. Elle convoqua ensuite Jia She, Jia Zheng, Jia Zhen et les autres, puis répartit chaque chose : « Sur l’argent qui se trouve ici, trois mille taëls seront remis à Jia She. Tu en prendras deux mille pour tes frais de voyage et tu laisseras les mille autres à la Première Dame pour ses dépenses personnelles. Voici trois mille taëls pour Zhen : tu n’as le droit d’en emporter que mille ; tu laisseras les deux mille autres à ta femme pour qu’elle puisse vivre. Chacune de vos familles continuera à subvenir séparément à ses besoins. Vous habiterez sous le même toit, mais prendrez vos repas chacun de votre côté. Le futur mariage de la quatrième demoiselle reste mon affaire. Quant à la petite Feng, la malheureuse s’est tourmentée toute sa vie et se retrouve aujourd’hui dépouillée de tout. Je lui donne aussi trois mille taëls : qu’elle les garde elle-même, sans permettre à Lian de les utiliser. Comme elle est encore malade, l’esprit confus et les forces abattues, faites venir Ping’er pour qu’elle les emporte. Voici les vêtements laissés par votre grand-père, ainsi que les habits et les bijoux que je portais dans ma jeunesse et dont je n’ai plus l’usage. Pour les objets d’homme, que le Premier Seigneur, Zhen, Lian et Rong se les partagent ; pour ceux de femme, que la Première Dame, la femme de Zhen et la petite Feng se les répartissent. Ces cinq cents taëls seront remis à Lian afin que, l’année prochaine, il reconduise dans le Sud le cercueil de la petite Lin. »
分派定了,又呌賈政道:「你說現在𮟃該着人的使用,這是少不得的。你呌拿這金子變賣償還。這是他們閙掉了我的,你也是我的兒子,我並不偏向。寳玉已經成了家,我剰下這些金銀等物,大約還值幾千兩銀子,這是都給寳玉的了。珠兒媳婦向來孝順我,蘭兒也好,我也分給他們些。這便是我的事情完了。」賈政見母親如此明㫁分𥇦,俱跪下哭着說:「老太太這麽大年紀,兒孫們没㸃孝順,承受老祖宗這様恩典,呌兒孫們更無地自容了!」賈母道:「别瞎說,若不閙出這個亂兒,我還𭣣着呢。只是現在家人過多,只有二老爺是當差的,留幾個人就彀了。你就吩咐管事的,將人呌齊了,他分派妥當。各家有人便就罷了。譬如了誰知了,怎麽様呢?我們裡頭的,也要呌人分𣲖,該配人的配說,只見的賞去。如今雖說偺們這房子不入官,你到底把這園三千給纔好。那些田地原交璉兒淸理,該賣的該賣留的留,㫁看各自架子做空頭。我索性說了罷,江南甄家還有幾兩銀子,大太太那裡收着,該呌人就送去罷。倘或再有㸃事出來,可不是他們躱過了風暴又遇了雨了麽。」
Sa répartition achevée, elle appela encore Jia Zheng : « Tu dis qu’il faut actuellement rembourser ce que nous devons aux gens ; c’est en effet indispensable. Fais vendre cet or afin d’acquitter les dettes. Ce sont eux qui ont dissipé mes biens, mais toi aussi tu es mon fils : je ne favorise personne. Baoyu est maintenant marié. Les objets d’or et d’argent qui me restent valent sans doute encore quelques milliers de taëls ; ils lui reviendront tous. La veuve de Zhu’er m’a toujours témoigné une grande piété filiale, et Lan’er est lui aussi un bon enfant : je leur donnerai également quelque chose. Ainsi, mes affaires seront toutes réglées. » Voyant sa mère décider et distinguer chaque chose avec une telle clairvoyance, Jia Zheng et les autres s’agenouillèrent en pleurant : « L’aïeule est parvenue à un si grand âge sans recevoir la moindre piété de ses fils et petits-fils ; après de tels bienfaits de la Vieille Aïeule, ils ne sauront plus où cacher leur honte ! »
L’aïeule répondit : « Ne dites pas de sottises. Si vous n’aviez pas provoqué tout ce désordre, j’aurais encore gardé ces choses. Mais il y a maintenant trop de monde dans la maison, tandis que seul le Deuxième Seigneur est en fonctions ; il suffira de conserver quelques personnes. Ordonne aux intendants de rassembler tout le monde et de procéder convenablement à la répartition. Dès que chaque maisonnée aura les gens dont elle a besoin, cela suffira. Et ceux qui resteront, qu’en ferons-nous ? Parmi les femmes de notre intérieur aussi, il faudra charger quelqu’un de les répartir : que celles qui doivent être mariées le soient, et que les autres soient simplement données en récompense. Bien que notre demeure ne soit pas confisquée, tu dois tout de même faire administrer correctement le jardin. Pour les terres, Lian reste chargé de mettre les comptes au net : il faudra vendre ce qui doit l’être et conserver le reste. Surtout, ne maintenez pas chacun une vaine façade sur du vide. Puisque j’ai commencé, je vais tout dire : la famille Zhen du Jiangnan a encore quelques taëls déposés chez la Première Dame ; il faut envoyer quelqu’un les lui rendre. Si un nouveau malheur survenait, ne serait-ce pas, pour ces gens qui viennent d’échapper à la tempête, tomber aussitôt sous la pluie ? »
賈政本是不知當家立計的人,一聼賈母的話,一一領命,心想:「老太太實在真真是理家的人,都是我們這些不長進的閙壊了。」賈政見賈母勞乏,求着老太太歇歇養神。賈母又道:「我所剰的東西也有限,等我死了做結果我的使用。餘的都給我伏侍的丫頭。」賈政等𦘏到那裡,更加傷感。大家跪下:「請老太太寛懷,只願兒子們托老太太的福,過了些時都𨖟了恩眷,那時兢兢業業的治起家來,以贖前愆,奉養老太太到一百歲的時候。」賈母道:「但願這様纔好,我死了也好見祖宗。你們别打諒我是享得富貴,受不得貧窮的人哪,不過這幾年看着你們轟轟烈烈,我落得都不管,說說笑笑養身子罷了,那知道家運一敗直到這様!若說外頭好看裡頭空虚,是我早知道的了。只是『居移氣,養移體』,一時下不得臺來。如今借此正好收歛,守住這個門頭,不然呌人笑話你。你還不知,只打諒我知道窮了便着急的要死,我心裡是想着祖宗莫大的功勲,無一日不指望你們比祖宗還强,能彀守住也就罷了。誰知他們爺兒兩個做些什麽勾當!」
Jia Zheng n’avait jamais su gouverner une maison ni établir des comptes. En entendant les paroles de l’aïeule Jia, il reçut une à une ses instructions et pensa : « L’aïeule sait véritablement administrer une famille ; c’est nous tous, qui ne valons rien, qui avons tout ruiné. » Voyant qu’elle était épuisée, il la supplia de se reposer et de reprendre ses esprits. Elle ajouta : « Ce qui me reste est d’ailleurs limité. Après ma mort, on s’en servira pour mes funérailles ; le surplus ira aux servantes qui m’auront servie. » En l’entendant parler ainsi, Jia Zheng et les autres furent plus affligés encore. Tous s’agenouillèrent : « Que l’aïeule se tranquillise. Nous souhaitons seulement que, grâce à votre bonheur, vos fils recouvrent quelque faveur impériale après un certain temps. Alors, avec crainte et application, ils remettront la maison en ordre pour racheter leurs fautes passées, et ils prendront soin de l’aïeule jusqu’à son centième anniversaire. »
L’aïeule répondit : « Plaise au Ciel qu’il en soit ainsi ! Je pourrai alors paraître devant nos ancêtres après ma mort. Ne vous imaginez pas que je sois de ces gens capables de jouir de la richesse, mais incapables de supporter la pauvreté. Ces dernières années, je vous ai vus mener une existence éclatante ; j’en profitais pour ne m’occuper de rien, bavarder, rire et entretenir ma santé. Comment aurais-je su que la fortune de notre famille déclinerait jusqu’à ce point ? Que tout fût beau au-dehors et vide au-dedans, je le savais depuis longtemps. Seulement, “la demeure transforme le souffle, comme l’entretien transforme le corps” : je ne pouvais renoncer d’un seul coup à notre train de vie. Ce malheur nous fournit maintenant l’occasion de nous restreindre et de préserver au moins le renom de cette maison, sans quoi les gens se moqueraient de vous. Tu ne me connais pas : tu t’imagines qu’en découvrant notre pauvreté, je devrais m’affoler au point d’en mourir. Moi, je pense aux immenses mérites de nos ancêtres ; il ne s’est pas passé un jour sans que j’espère vous voir les surpasser. Si vous aviez seulement su préserver ce qu’ils ont fondé, cela aurait suffi. Qui aurait cru que ce père et ce fils se livreraient à de pareilles affaires ! »
賈母正自長篇大論的說,只見豐兒慌慌張張的跑来囬王夫人道:「今早我們奶奶聼見外頭的事,哭了一場,如今氣都接不上來。平兒呌我来囬太太。」豐兒没有說完,賈母聽見,便問:「到底怎麽様?」王夫人便代囬道:「如今說是不大好。」賈母起身道:「噯,這些𡨚家竟要磨死我了!」說着,呌人扶着,要親自看去。賈政卽忙攔住勸道:「老太太傷了好一囬的心,又分𣲖了好些事,這㑹該歇歇。便是孫子媳婦有什麽事,該呌媳婦睄去就是了,何必老太太親身過去呢。倘或再傷感起来,老太太身上要有一㸃兒不好,呌做兒子的怎麽處呢。」賈母道:「你們各自出去,等一㑹子再進來。我還有話說。」賈政不敢多言,只得出來料理兄姪起身的事,又呌賈璉挑人跟去。這裡賈母纔呌鴛鴦等派人拿了給鳯姐的東西跟着過來。
L’aïeule Jia développait encore ce long discours lorsque Feng’er accourut, affolée, et annonça à Madame Wang : « Ce matin, notre jeune maîtresse a appris ce qui s’était passé au-dehors et a beaucoup pleuré. Maintenant, elle ne parvient plus à reprendre haleine. Ping’er m’a envoyée prévenir Madame. » Avant même que Feng’er eût fini, l’aïeule demanda : « Comment va-t-elle exactement ? » Madame Wang répondit à sa place : « Il paraît qu’elle va très mal. » L’aïeule se leva : « Hélas ! Ces fléaux finiront donc par me tourmenter à mort ! » Elle ordonna qu’on la soutînt et voulut aller voir elle-même Xifeng. Jia Zheng l’arrêta aussitôt et tenta de l’en dissuader : « L’aïeule vient de s’affliger longuement et de régler tant d’affaires ; elle doit maintenant se reposer. Quoi qu’il arrive à votre petite-fille par alliance, il suffit que ma femme aille la voir. Pourquoi l’aïeule s’y rendrait-elle en personne ? Si vous vous affligiez encore et qu’il vous arrivât le moindre mal, que deviendrait votre fils ? » L’aïeule répondit : « Sortez tous. Revenez dans un moment : j’ai encore quelque chose à vous dire. » Jia Zheng n’osa insister. Il sortit s’occuper du départ de son frère et de son neveu, et ordonna à Jia Lian de choisir les hommes qui les accompagneraient. Alors seulement l’aïeule fit porter par Yuanyang et les autres les objets destinés à Xifeng, et se rendit chez elle.
鳯姐正在氣厥,平兒哭得眼紅,聼見賈母帶着王夫人、寶玉、寳釵過来,疾忙出來迎接。賈母便問:「這會子怎麽様了?」平兒恐驚了賈母,便說:「這㑹子好些。老太太旣來了,請進去瞧瞧。」他先跑進去輕輕的揭開帳子。鳯姐開眼瞧着,只見賈母進來,滿心慚愧。先前原打筭賈母等惱他,不疼的了,是死活由他的,不料賈母親自來瞧,心裡一寛,覺那擁塞的氣略鬆動些,便要扎挣坐起。賈母呌平兒按着,「不要動,你好些麽?」鳯姐含淚道:「我從小兒過来,老太太、太太怎麽様疼我。那知我福氣薄,呌神鬼支使的失魂落魄,不但不能彀在老太太跟前盡㸃孝心,婆前討個好,還是這様把我常人,呌我帮着料理家務,被我閙的七顛八倒,我還有什麽臉兒見老太太、太太呢!今日老太太、太太親自過來,我更當不起了,恐怕該活三天的又折上了兩天去了。」說着,悲咽。賈母道:「那些事原是外頭閙起來的,與你什麽相干。就是你的東西被人拿去,這也筭不了什麽呀。我帶了好些東西給你,任你自便。」說着,呌人拿上來給他瞧瞧。
Xifeng était évanouie par suffocation et Ping’er avait les yeux rougis à force de pleurer. Apprenant que l’aïeule Jia arrivait avec Madame Wang, Baoyu et Baochai, Ping’er se hâta d’aller à leur rencontre. L’aïeule demanda aussitôt : « Comment va-t-elle maintenant ? » Craignant de l’effrayer, Ping’er répondit : « Elle va un peu mieux. Puisque l’aïeule est venue, veuillez entrer la voir. » Elle courut la première dans la chambre et souleva doucement le rideau du lit.
Xifeng ouvrit les yeux et aperçut l’aïeule. Le cœur plein de honte, elle avait d’abord pensé que l’aïeule et les autres lui en voulaient et ne l’aimaient plus, qu’elles l’abandonneraient donc à la vie ou à la mort. Elle ne s’attendait pas à ce que l’aïeule vînt en personne. Son cœur se détendit ; sentant se dégager quelque peu le souffle qui l’oppressait, elle s’efforça de s’asseoir. L’aïeule ordonna à Ping’er de la maintenir couchée : « Ne bouge pas. Vas-tu mieux ? » Xifeng répondit en larmes : « Depuis mon enfance, comme l’aïeule et Madame m’ont chérie ! Mais mon bonheur était mince : dieux et démons m’ont poussée jusqu’à me faire perdre l’âme et la raison. Non seulement je n’ai pu manifester quelque piété filiale auprès de l’aïeule ni gagner l’approbation de ma belle-mère, mais vous avez continué à me traiter comme quelqu’un de digne de confiance et vous m’avez chargée de vous aider à administrer la maison ; or j’y ai semé un désordre effroyable. De quel visage pourrais-je encore paraître devant l’aïeule et Madame ? Aujourd’hui, l’aïeule et Madame viennent me voir elles-mêmes : je ne suis que plus indigne d’un tel honneur. Si je devais encore vivre trois jours, j’ai peur que cela ne m’en retranche deux ! » Elle s’étrangla de sanglots. L’aïeule répondit : « Toutes ces affaires ont commencé au-dehors ; en quoi te concernent-elles ? Même si tes biens ont été emportés, cela ne compte pas vraiment. Je t’ai apporté beaucoup de choses : tu en disposeras comme tu l’entendras. » Et elle ordonna qu’on les apportât pour les lui montrer.
鳳姐本是貪得無厭的人,如今被抄盡淨,本是愁苦,又恐人埋怨,正是幾不欲生的時候,今兒賈母仍舊疼他,王夫人也嗔怪,過来安慰他,又想賈璉無事,心下安放好些,便在枕上與賈母磕頭,說道:「請老太太放心。若是我的病托着老太太的福好了些,我情願自己當個粗使丫頭,盡心竭力的伏侍老太太、太太罷。」賈母𦗟他說得傷心,不免掉下淚來。寳玉是從來没有經過這大風浪的,心下只知安樂、不知憂患的人,如今碰來碰去都是哭泣的事,所以他竟比儍子尤甚,見人哭他就哭。鳯姐看見衆人憂悶,反倒勉强說幾句寛慰賈母的話,求着「請老太太、太太囘去,我畧好些過來磕頭。」說着,將頭仰起。賈母呌平兒「好生服侍,短什麽到我那裡要去。」說着,帶了王夫人將要囬到自己房中。只聼見兩三處哭聲,賈母寔在不忍聞見,便呌王夫人散去,呌寳玉「去見你大爺大哥,送一送就囬來。」自己躺在榻上下淚。幸喜鴛鴦等能用百樣言語勸解,賈母暫且安歇。
Xifeng avait toujours été d’une avidité insatiable. À présent, entièrement dépouillée, elle était accablée de chagrin et craignait encore les reproches : elle en était presque à ne plus vouloir vivre. Mais l’aïeule Jia lui témoignait aujourd’hui la même affection qu’autrefois ; Madame Wang, elle non plus, ne la réprimandait pas et était venue la consoler. Songeant aussi que Jia Lian n’était impliqué dans aucune affaire, elle se sentit beaucoup plus tranquille. Elle se prosterna donc devant l’aïeule depuis son oreiller et dit : « Que l’aïeule se rassure. Si, grâce à votre bonheur, ma maladie s’améliore, je consens volontiers à devenir moi-même une servante de gros travaux et à servir de toutes mes forces l’aïeule et Madame. » En l’entendant parler avec tant de douleur, l’aïeule ne put s’empêcher de verser des larmes.
Baoyu n’avait jamais connu de tempête aussi terrible. Il ne savait jusque-là que vivre dans le plaisir, sans rien connaître aux peines ; maintenant, partout où il se tournait, il ne rencontrait que des gens en larmes. Il était donc devenu plus hébété encore qu’un sot : dès qu’il voyait quelqu’un pleurer, il pleurait aussi. Voyant l’affliction générale, Xifeng se força au contraire à prononcer quelques paroles pour réconforter l’aïeule et la supplia : « Que l’aïeule et Madame rentrent. Quand j’irai un peu mieux, je viendrai me prosterner devant vous. » Ce disant, elle releva la tête. L’aïeule recommanda à Ping’er : « Prends bien soin d’elle. S’il lui manque quoi que ce soit, viens me le demander. » Puis elle repartit avec Madame Wang vers ses appartements. Mais des pleurs s’élevaient de deux ou trois endroits ; ne pouvant vraiment les entendre davantage, elle renvoya Madame Wang et ordonna à Baoyu : « Va voir ton oncle aîné et ton cousin aîné, accompagne-les un peu, puis reviens. » Elle-même s’étendit sur son lit de repos en versant des larmes. Heureusement, Yuanyang et les autres trouvèrent cent façons de la consoler, et elle finit par prendre quelque repos.
不言賈赦等分離悲痛。那些跟去的人誰是願意的?不免心中抱怨,呌苦連天。正是生離果勝𭮀别,看者比受者更加傷心。好好的一個榮國府,閙到人嚎鬼哭。賈政最循規矩,在倫常上也講究的,執手分别後,自己先𮪍馬赶至城外舉酒送行,又叮嚀了好些國家軫恤勲臣,已圖報稱的話。賈赦等揮淚分頭而别。
Ne parlons pas de la douleur que causa leur séparation à Jia She et aux autres. Parmi les hommes choisis pour les accompagner, lequel partait de bon gré ? Tous ne pouvaient s’empêcher de se plaindre intérieurement et de se lamenter à grands cris. En vérité, une séparation entre vivants est pire encore qu’un adieu devant la mort, et ceux qui assistaient à la scène semblaient plus affligés que ceux qui la subissaient. Le magnifique palais Rongguo tout entier retentissait maintenant de hurlements d’hommes et de lamentations de fantômes. Jia Zheng, particulièrement respectueux des règles et très attentif aux devoirs entre parents, prit leurs mains pour leur faire ses adieux ; puis il monta le premier à cheval, se hâta hors de la ville et leur offrit le vin du départ. Il leur répéta longuement que l’État témoignait de la sollicitude aux descendants des sujets méritants et qu’ils devaient s’appliquer à payer de retour cette faveur. Jia She et les autres, répandant des larmes, se séparèrent pour prendre chacun leur route.
賈政帶了寳玉囬家,未及進門,只見門上有好些人在那裡亂嚷說:「今日㫖意,將榮國公世職着賈政承襲。」那些人在那裡要喜錢,門上人和他們分争,說是「本來的世職我們本家襲了,有什麽喜報。」那些人說道:「那世職的榮耀比任什麽還難得,你們大老爺閙掉了,想要這個再不能的了。如今的聖人在位,赦過宥罪,還賣給二老爺襲了,這是千載難的,怎麽不給喜錢。」正閙着,賈政囬家,門上囬了,雖則喜歡,究是哥哥犯事所致,反覺感極涕零,赶着進内告訴賈母。王夫人正恐賈母傷心,過來安慰,𦗟得世職復還,自是歡喜。又見賈政進來,賈母拉了說些勤黽報恩的話。獨有邢夫人尤氏心下悲苦,只不好露出來。
Jia Zheng rentrait avec Baoyu. Avant même qu’ils eussent franchi la porte, ils virent une foule de gens qui criaient dans le tumulte : « Le décret rendu aujourd’hui ordonne que Jia Zheng hérite de la charge héréditaire de duc de Rongguo ! » Ces gens réclamaient l’argent de la bonne nouvelle, tandis que les portiers discutaient avec eux : « La charge héréditaire de notre propre famille revient à un autre membre de cette même famille ; quelle heureuse nouvelle apportez-vous donc ? » Les autres répliquaient : « L’honneur d’une charge héréditaire est plus difficile à obtenir que n’importe quelle fonction ! Votre Premier Seigneur l’avait perdue par ses agissements ; vous ne pouviez espérer la retrouver. Mais le sage souverain qui règne aujourd’hui pardonne les fautes et remet les peines : il vient d’accorder au Deuxième Seigneur le droit d’en hériter. C’est une chance qui ne se présente pas en mille ans ! Comment pourriez-vous refuser l’argent de la bonne nouvelle ? »
La dispute continuait lorsque Jia Zheng arriva. Les portiers lui annoncèrent la nouvelle. Il en éprouva certes de la joie ; mais, comme cette faveur résultait de la faute de son frère aîné, son émotion le fit plutôt fondre en larmes. Il se hâta d’entrer pour en informer l’aïeule Jia. Madame Wang, qui craignait que celle-ci ne s’abandonnât à son chagrin, était venue la consoler. En apprenant que la charge héréditaire leur était rendue, elle se réjouit naturellement. Jia Zheng étant entré à son tour, l’aïeule le prit par la main et lui recommanda longuement de se montrer diligent afin de répondre à la grâce impériale. Seules Madame Xing et Madame You avaient le cœur plein d’amertume, mais elles ne pouvaient la laisser paraître.
且說外面這些趨炎奉勢的親戚朋友,先前賈宅有事都遠避不來,今兒賈政襲職,知聖眷尚好,大家都來賀喜。那知賈政純𫝗性成,因他襲哥哥的職,心内反生煩惱,只知感激天恩。于第二日進内謝恩,到底將賞還府第園子偹摺奏請入官。内廷降㫖不必,賈政纔得放心。囬家已後,循分供職,但是家計蕭條,入不敷出。賈政又不能在外應酬。家人們見賈政忠𫝗,鳳姐抱病不能理家,賈璉的𧇊缺一日重似一日,難免典房賣地。府内家人几個有錢的,怕賈璉纒擾,都裝窮躱事,甚至告假不來,各自另尋門路。獨有一個包勇,雖是新投到此,恰遇榮府壊事,他倒有些真心辦事,見那些人欺瞞主子,便時常不忿。奈他是個新来乍到的人,一句話也挿不上,他便生氣,每天吃了就睡。衆人嫌他不肯隨和,便在賈政前說他終日貪杯生事,並不當差。賈政道:「隨他去罷。原是甄府荐來,不好意思,橫𥪡家内添這一人吃飯,雖說是窮,也不在他一人身上。」並不呌來驅逐。衆人又在賈璉跟前說他怎様不好,賈璉此時也不敢自作威福,只得由他。
Cependant, au-dehors, tous ces parents et amis qui recherchaient la faveur des puissants s’étaient tenus à distance lorsque le malheur avait frappé la famille Jia. Maintenant que Jia Zheng héritait de la charge et qu’ils voyaient que la faveur impériale ne s’était pas entièrement retirée, ils accouraient tous présenter leurs félicitations. Mais Jia Zheng était d’une honnêteté naturelle : puisqu’il héritait de la charge de son frère, il en ressentait au contraire du tourment et ne songeait qu’à sa reconnaissance envers la grâce céleste. Le lendemain, il entra au palais pour rendre grâce et finit par présenter un mémoire demandant que la résidence et le jardin rendus par l’Empereur fussent remis à l’État. La cour répondit par décret que ce n’était pas nécessaire ; alors seulement Jia Zheng eut l’esprit en paix.
Après son retour, il remplit consciencieusement sa charge, mais les finances de la maison étaient désolées et les recettes ne couvraient plus les dépenses. Jia Zheng était en outre incapable de solliciter des appuis au-dehors. Les gens de la maison le savaient d’une probité rigide ; Xifeng, malade, ne pouvait plus administrer les affaires, et le déficit de Jia Lian s’aggravait de jour en jour. Il devint inévitable d’engager des maisons et de vendre des terres. Parmi les serviteurs du palais qui possédaient de l’argent, plusieurs, craignant que Jia Lian ne les harcelât, feignirent la pauvreté et se dérobèrent à leurs tâches ; certains prirent même congé et cessèrent de venir, chacun cherchant ailleurs une nouvelle protection.
Seul un nommé Bao Yong, tout récemment entré à leur service, était arrivé précisément au moment où le palais Rong tombait dans le malheur. Il montrait pourtant quelque sincérité dans son travail et s’indignait souvent de voir les autres tromper leurs maîtres. Mais, nouveau venu, il n’avait pas voix au chapitre ; de dépit, il mangeait puis passait ses journées à dormir. Les autres lui reprochaient son refus de se plier à leurs usages. Ils racontèrent donc à Jia Zheng qu’il buvait du matin au soir, provoquait des incidents et ne remplissait aucun service. Jia Zheng répondit : « Laissez-le donc. Il nous a été recommandé par le palais Zhen et je serais gêné de le renvoyer. Après tout, si notre maison doit nourrir une personne de plus, ce n’est pas lui seul qui nous appauvrira. » Il ne le fit donc pas appeler pour le chasser. Les serviteurs allèrent encore dire à Jia Lian tout le mal qu’ils pensaient de Bao Yong ; mais Jia Lian n’osait plus à cette époque exercer arbitrairement son autorité, et il dut lui aussi le laisser tranquille.
忽一日,包勇奈不過,吃了幾杯酒,在榮府街上閒逛,見有兩個人說話。那人說道:「你瞧,怎麽個大府,前兒抄了家,不知如今怎麽様了。」那人道:「他家怎麽能敗,聼見說裡頭有位娘娘是他家的姑娘,雖是死了,到底有根基的。况且我常見他們来徃的都是王公侯伯,那裡没有照應。便是現在的府尹前任的兵部是他們的一家,難道有這些人還䕶庇不來麽?」那人道:「你白住在這裡,别人猶可,獨是那個賈大人更了不得!我常見他在兩府來往,前兒御史雖叅了,主子還呌府尹查明實蹟再辦。你道他怎麽様?他本沾過兩府的好處,怕人說他𢌞䕶一家,他便狠狠的踢了一脚,所以兩府裡纔到底抄了。你道如今的世情𮟃了得嗎!」兩人無心說閒話,豈知旁邊有人跟着聼的明白。包勇心下暗想:「天下有這様負恩的人!但不知是我老爺的什麽人。我若見了他,便打他一個死,閙出事來我承當去。」
Un jour, Bao Yong n’y tint plus. Après avoir bu quelques coupes de vin, il flâna dans la rue du palais Rong et aperçut deux hommes qui conversaient. L’un disait : « Regardez-moi cette immense résidence ! Elle a été confisquée il y a quelques jours ; je me demande dans quel état elle se trouve maintenant. » L’autre répondit : « Comment leur famille pourrait-elle tomber ? J’ai entendu dire qu’une de leurs filles était devenue dame impériale. Elle est morte, certes, mais ils n’en gardent pas moins de profondes racines. De plus, je vois constamment entrer et sortir de chez eux princes, ducs, marquis et comtes : comment ne trouveraient-ils personne pour les soutenir ? Même l’actuel préfet de la capitale, qui était auparavant au ministère de la Guerre, est des leurs. Avec tant de gens, comment pourraient-ils ne pas être protégés ? »
Le premier reprit : « Tu vis ici pour rien ! Passe encore pour les autres ; mais ce haut fonctionnaire Jia est plus redoutable que tous. Je l’ai souvent vu aller et venir entre les deux palais. Lorsque le censeur a présenté son accusation, le souverain a encore ordonné au préfet de vérifier les faits avant de procéder. Et sais-tu ce qu’il a fait ? Il avait autrefois profité des bienfaits des deux palais ; mais, craignant qu’on ne l’accusât de protéger une famille proche, il leur a assené un coup impitoyable. Voilà pourquoi les deux palais ont finalement été confisqués. Dis-moi si les mœurs de ce temps sont encore supportables ! » Les deux hommes bavardaient sans arrière-pensée ; comment auraient-ils su qu’à côté d’eux quelqu’un les suivait et entendait distinctement chaque mot ? Bao Yong se dit : « Il existe donc sous le ciel des hommes assez ingrats ! Mais j’ignore quelles relations il entretient avec notre seigneur. Si jamais je le rencontre, je le battrai à mort ; et s’il en sort une affaire, j’en répondrai moi-même. »
那包勇正在酒後胡思亂想,忽𦗟那邊喝道而来。包勇遠遠跕着。只見那兩人輕輕的說道:「這来的就是那個賈大人了。」包勇聼了,心裡懷恨,趂了酒興,便大聲的道:「没良心的男女!怎麽忘了我們賈家的恩了。」雨村在轎内,聼得一個「賈」字,便留神觀看,見是一個醉漢,便不理㑹過去了。那包勇醉着不知好歹,便得意洋洋囬到府中,問起同伴,知是方纔見的那位大人是這府裡提拔起來的。「他不念舊恩,反來踢弄偺們家裡,見了他罵他几句,他竟不敢答言。」那榮府的人本嫌包勇,只是主人不計較他,如今他又在外闖禍,不得不囬,趂賈政無事,便將包勇喝酒閙事的話囬了。賈政此時正怕風波,𦗟得家人囬禀,便一時生氣,呌進包勇罵了几句,便派去看園,不許他在外行走。那包勇本是直𤕤的脾氣,投了主子他便赤心䕶主,豈知賈政反倒責罵他。他也不敢再辨,只得收拾行李往園中看守澆灌去了。未知後事如何,下囬分解。
Bao Yong, échauffé par le vin, se livrait encore à ces divagations lorsqu’il entendit approcher un cortège dont les gens criaient pour dégager le passage. Il se tint à distance pour l’observer. Les deux hommes dirent tout bas : « Celui qui arrive, c’est précisément ce haut fonctionnaire Jia. » En les entendant, Bao Yong sentit monter sa rancune. Profitant de son ivresse, il cria : « Misérable sans cœur ! Comment as-tu pu oublier les bienfaits de notre famille Jia ? » Dans sa chaise à porteurs, Yucun entendit le mot « Jia » et regarda attentivement. Voyant que ce n’était qu’un ivrogne, il n’en tint aucun compte et poursuivit sa route.
Ivre au point de ne plus distinguer le bon du mauvais, Bao Yong rentra au palais, tout glorieux. Il interrogea ses compagnons et apprit que le haut fonctionnaire qu’il venait de voir avait été élevé grâce à cette maison. « Il oublie ses anciens bienfaiteurs et vient au contraire donner des coups à notre famille ! Je l’ai aperçu et lui ai lancé quelques injures ; il n’a même pas osé répondre. » Les gens du palais Rong détestaient déjà Bao Yong, mais leurs maîtres ne voulaient pas sévir contre lui. Puisqu’il venait maintenant encore de provoquer un incident au-dehors, ils ne pouvaient manquer de le signaler. Profitant d’un moment où Jia Zheng était libre, ils lui rapportèrent que Bao Yong buvait et causait du désordre.
Jia Zheng redoutait alors plus que tout un nouveau scandale. À ce rapport, il se mit en colère, fit venir Bao Yong, le réprimanda et l’envoya garder le jardin, avec interdiction de circuler au-dehors. Bao Yong était d’un caractère franc et impétueux : dès qu’il se donnait à un maître, il le défendait avec un dévouement absolu. Comment aurait-il imaginé que Jia Zheng le réprimanderait au contraire ? N’osant cependant discuter davantage, il rassembla ses effets et partit garder et arroser le jardin. Pour connaître la suite, il faudra attendre le prochain récit.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque traverse toute la représentation de la famille.
賈雨村 : le nom de Jia Yucun fait entendre 假語存, « les propos feints conservés » ; son ingratitude envers les Jia redouble ici l’ironie du nom.
指腹為婚 : promesse de mariage conclue par les familles avant la naissance des enfants, littéralement « désigner le ventre pour conclure les fiançailles ».
臺站 : relais administratifs et militaires des régions éloignées ; y être envoyé « servir » constituait une forme de bannissement pénal.
寅年吃了卯年的租兒 : « consommer dès l’année du Tigre les fermages de l’année du Lièvre », c’est-à-dire vivre systématiquement sur les revenus de l’année suivante.
居移氣,養移體 : formule tirée de Mencius ; le rang et le milieu modifient les manières, tandis que l’entretien matériel transforme le corps.
榮國公 : titre ducal héréditaire reçu par l’ancêtre fondateur des Jia ; sa restitution à Jia Zheng maintient officiellement le prestige de la branche Rong.
安平州/平安州 : le décret nomme successivement Anping puis Ping’an ; cette inversion figure dans le texte imprimé.