Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 110 La douairière Shi, au terme de sa vie, regagne le séjour souterrain ; Wang Xifeng, à bout de forces, perd le cœur des siens

 

La douairière Shi, au terme de sa vie, regagne le séjour souterrain

Wang Xifeng, à bout de forces, perd le cœur des siens

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Or donc, l’aïeule Jia se redressa et dit : « Voilà plus de soixante ans que je suis entrée dans votre famille. De ma jeunesse à ma vieillesse, j’ai joui de tous les bonheurs. À commencer par vos maîtres, mes fils et mes petits-fils ont tous été plutôt bons. Quant à Baoyu, je l’ai tendrement chéri. » Arrivée là, elle promena les yeux autour de la pièce. Madame Wang poussa Baoyu jusqu’au lit. L’aïeule Jia sortit une main de sous la couverture, prit celle de Baoyu et lui dit : « Mon enfant, il faut te montrer digne de nous ! » Baoyu acquiesça ; le cœur serré, il sentit les larmes lui monter aux yeux, mais n’osa pleurer et resta debout à écouter l’aïeule Jia poursuivre : « Si seulement je pouvais voir encore un arrière-petit-fils, je partirais tranquille. Où est mon petit Lan ? » Li Wan poussa à son tour Jia Lan en avant. L’aïeule Jia lâcha Baoyu, prit Jia Lan par la main et dit : « Tu dois être filial envers ta mère. Quand tu seras devenu un homme, fais en sorte qu’elle connaisse elle aussi les honneurs. Et la petite Feng ? » Xifeng se tenait déjà auprès de l’aïeule Jia ; elle s’empressa de s’avancer : « Je suis ici. » L’aïeule Jia dit : « Mon enfant, tu es beaucoup trop intelligente. Tâche désormais d’amasser quelques mérites. Moi-même, je n’en ai guère acquis : je me suis seulement laissée léser par droiture. Je n’ai pas beaucoup pratiqué le jeûne ni récité le nom du Bouddha. L’an dernier, j’ai seulement fait copier quelques exemplaires du Sūtra du Diamant pour les distribuer. Je ne sais s’ils l’ont tous été ? » Xifeng répondit : « Pas encore. » L’aïeule Jia reprit : « Il aurait fallu les offrir depuis longtemps. Jia She et mon petit Zhen sont au-dehors à prendre du bon temps. Mais la plus détestable est cette fille Shi, qui n’a aucun cœur : pourquoi ne vient-elle jamais me voir ? » Yuanyang et les autres, qui en savaient la raison, gardèrent toutes le silence.

L’aïeule Jia regarda encore Baochai et poussa un soupir ; soudain, son visage s’empourpra. Jia Zheng comprit que c’était le dernier regain précédant la mort et lui fit aussitôt donner une décoction de ginseng. Les mâchoires de l’aïeule Jia étaient déjà serrées. Elle ferma un moment les yeux, puis les rouvrit et regarda encore toute la pièce. Madame Wang et Baochai s’avancèrent pour la soutenir doucement, tandis que Madame Xing, Xifeng et les autres s’empressaient de l’habiller. Les vieilles servantes avaient déjà préparé le lit funèbre et disposé matelas et couvertures. On entendit un léger bruit dans la gorge de l’aïeule Jia ; son visage prit une expression souriante et elle s’en alla. Elle avait quatre-vingt-trois ans.

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Les vieilles servantes s’empressèrent de déposer le corps sur le lit funèbre. Jia Zheng et les hommes s’agenouillèrent au-dehors ; Madame Xing et les femmes s’alignèrent à genoux à l’intérieur, puis tous ensemble éclatèrent en lamentations. Les domestiques avaient préparé au-dehors tout ce qui était nécessaire. Dès que la nouvelle leur fut transmise, toutes les portes, depuis l’entrée du palais Rong jusqu’aux appartements intérieurs, furent grandes ouvertes et uniformément tendues de papier blanc immaculé. On dressa une haute tente de deuil, et un portique funèbre s’éleva aussitôt devant la grande porte. Maîtres et serviteurs revêtirent sur-le-champ les vêtements de deuil. Jia Zheng déclara son congé de deuil. Le ministère des Rites en informa le trône. Dans sa profonde bienveillance, le souverain se souvint des mérites acquis par la famille au fil des générations et considéra en outre que la défunte était la grand-mère de la concubine impériale Yuanchun : il accorda mille taëls d’argent et ordonna au ministère des Rites de présider aux sacrifices. Les domestiques allèrent annoncer le décès en tous lieux. Bien que parents et amis connussent le déclin de la famille Jia, ils virent combien la faveur impériale restait grande et vinrent tous présenter leurs condoléances.

On choisit une heure faste pour la mise en bière et l’on exposa le cercueil dans la salle principale. Jia She étant absent, Jia Zheng était l’aîné présent. Baoyu, Jia Cong et Jia Lan, petits-fils directs et encore jeunes, devaient tous veiller auprès du cercueil. Jia Lian, bien qu’il fût lui aussi un petit-fils direct, pouvait, avec Jia Rong, répartir les tâches entre les domestiques. On avait certes invité quelques parents des deux sexes à prêter main-forte ; mais, à l’intérieur, Madame Xing, Madame Wang, Li Wan, Xifeng, Baochai et les autres devaient rester près du cercueil pour pleurer. Madame You aurait pu diriger les opérations, mais, depuis le départ de Jia Zhen, elle vivait au palais Rong sans jamais se mettre en avant et connaissait mal les affaires de cette maison. Quant à la femme de Jia Rong, il était encore moins besoin d’en parler. Xichun était jeune ; bien qu’elle eût grandi ici, elle ignorait tout des affaires domestiques. Il ne se trouvait donc absolument personne pour tenir les choses en main à l’intérieur, sinon Xifeng. Comme Jia Lian dirigeait au-dehors, mari et femme convenaient d’ailleurs parfaitement à cette double tâche.

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Forte de ses talents, Xifeng avait depuis longtemps pensé qu’à la mort de l’aïeule elle aurait un grand rôle à jouer. Madame Xing et Madame Wang savaient qu’elle avait autrefois organisé les funérailles de Qin Keqing et qu’elle s’en était acquittée sans faute ; elles lui confièrent donc une fois encore la direction générale des affaires intérieures. Xifeng n’avait aucune raison de refuser et accepta naturellement. Elle songea : « Ces affaires relèvent déjà de moi, et tous ces domestiques sont sous mes ordres. Les gens des dames et de Madame You, l’épouse de Jia Zhen, ont toujours été plus difficiles à manier, mais ils sont maintenant tous partis. Pour ces dépenses, il n’y a certes plus de jetons d’autorisation, mais l’argent est disponible ; et c’est lui qui s’occupe des affaires extérieures. Malgré mon mauvais état de santé, je ne devrais pas m’attirer de critiques. Ce sera sûrement plus facile encore que lorsque j’ai officié au palais Ning. » Sa décision prise, elle attendit que fût accompli, le lendemain, le rite du troisième jour. Le surlendemain de bon matin, elle ordonna à la femme de Zhou Rui de transmettre ses instructions et de lui apporter les registres du personnel. Xifeng les examina un à un : il ne restait en tout que vingt et un domestiques hommes et dix-neuf femmes de service ; les autres n’étaient que de jeunes servantes. Même en comptant celles de tous les appartements, on dépassait à peine la trentaine : impossible de distribuer convenablement les tâches. Elle se dit : « Pour les funérailles de l’aïeule, nous avons cette fois moins de monde qu’au palais de l’Est. » Elle fit encore venir quelques personnes des domaines ruraux, sans parvenir à disposer d’assez de bras.

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Elle réfléchissait encore à ses dispositions lorsqu’une petite servante vint lui dire : « Grande sœur Yuanyang vous demande, seconde maîtresse. » Xifeng dut se rendre auprès d’elle. Elle trouva Yuanyang noyée de larmes. Celle-ci saisit aussitôt Xifeng par la main et dit : « Asseyez-vous, seconde maîtresse. Je dois me prosterner devant vous. On ne rend certes pas de salut pendant le deuil, mais cette prosternation, je dois la faire. » Sur ces mots, Yuanyang se mit à genoux. Alarmée, Xifeng la retint vivement : « Quelle cérémonie est-ce là ? Si tu as quelque chose à dire, parle-moi tranquillement. » Yuanyang restant agenouillée, Xifeng la releva.

Yuanyang dit : « Toutes les affaires intérieures et extérieures des funérailles de l’aïeule sont entre les mains du second maître Lian et de la seconde maîtresse. L’argent prévu pour cela a été laissé par l’aïeule. De toute sa vie, elle n’a jamais gaspillé d’argent ; maintenant qu’arrive cette dernière grande affaire, je dois supplier la seconde maîtresse de l’organiser avec toute la dignité requise. Tout à l’heure, j’ai entendu le maître citer les Classiques et Confucius ; je n’y comprends rien. Il a aussi dit : “Dans le deuil, mieux vaut la douleur que l’apparat.” Je n’ai pas compris davantage. J’ai interrogé la seconde maîtresse Bao, qui m’a expliqué la pensée du maître : seule une profonde affliction témoignerait d’une véritable piété filiale ; inutile de gaspiller pour faire belle figure. Mais je me dis qu’une personne telle que l’aïeule mérite bien des funérailles dignes d’elle ! Je ne suis qu’une servante et n’ose rien dire ; pourtant, après toute l’affection que l’aïeule a portée à la seconde maîtresse et à moi-même, ne lui accorderait-on pas, à sa mort, les honneurs qu’elle mérite ? Je sais la seconde maîtresse capable de mener les grandes affaires ; c’est pourquoi je vous ai fait venir et vous supplie de prendre la décision. Vivante, j’appartenais à l’aïeule ; morte, je la suivrai encore. Si je ne vois pas comment ses funérailles sont conduites, comment pourrai-je plus tard paraître devant elle ? » Xifeng trouva ces paroles étranges et répondit : « Rassure-toi. Il ne sera pas difficile de faire les choses dignement. Même si le maître demande des économies, l’apparat exigé ne saurait être négligé. Quand bien même tout cet argent serait dépensé pour l’aïeule, ce ne serait que justice. »

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Yuanyang dit : « Dans ses dernières volontés, l’aïeule a déclaré que tout ce qui resterait devait nous revenir. Si la somme ne vous suffit pas, seconde maîtresse, prenez donc ces objets pour les vendre et compléter les dépenses. Quoi que dise le maître, je ne saurais aller contre les dernières volontés de l’aïeule. Le maître n’était-il pas présent, ce jour-là, quand elle a réparti ses biens ? » Xifeng répondit : « Toi qui as toujours été si raisonnable, pourquoi t’affoles-tu ainsi aujourd’hui ? » Yuanyang dit : « Je ne m’affole pas. Mais la première dame ne se mêle pas des affaires, et le maître craint l’ostentation. Si la seconde maîtresse pense comme lui et se dit que, dans une maison qui a subi la confiscation, des funérailles trop fastueuses risqueraient d’en provoquer une autre, alors on pourrait finir par ne plus se soucier du tout de l’aïeule. Que ferait-on ? Moi, je ne suis qu’une servante : quoi qu’il arrive, cela ne m’atteindra guère. Mais c’est la réputation de cette maison qui est en jeu. » Xifeng répondit : « J’ai compris. Sois tranquille : je suis là ! » Yuanyang lui confia l’affaire en la remerciant mille fois.

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En sortant, Xifeng se dit : « Cette Yuanyang est bien étrange. Je me demande ce qu’elle a en tête. À vrai dire, les funérailles de l’aïeule doivent être dignes. Bah ! Ne nous occupons pas d’elle et faisons selon les usages d’autrefois dans notre maison. » Elle appela la femme de Wang’er et lui fit transmettre un message invitant le second maître Lian à entrer. Peu après, Jia Lian arriva et demanda : « Pourquoi me cherchais-tu ? Tu n’as qu’à surveiller les choses à l’intérieur. De toute façon, c’est Jia Zheng qui décide : nous ferons ce qu’il dira. » Xifeng répondit : « Toi aussi, tu tiens ce langage ! Les paroles de Yuanyang se vérifient donc déjà. » Jia Lian demanda : « Quelles paroles de Yuanyang ? » Xifeng lui rapporta ce qu’elle lui avait dit.

Jia Lian répondit : « Que valent leurs paroles ? Jia Zheng vient justement de me faire appeler. Il m’a dit que les funérailles de l’aïeule devaient certes être conduites sérieusement, mais que ceux qui connaissent la vérité diraient qu’elle avait elle-même pourvu à sa fin, tandis que les autres prétendraient seulement que nous avions dissimulé nos biens et que nous étions maintenant fort à l’aise. Qui songerait à s’emparer de l’argent qu’elle avait réservé ? Il doit naturellement servir à l’aïeule. Notre famille possède bien un cimetière dans le Sud, mais il n’y a pas encore de demeure funéraire pour elle. Son cercueil devra être ramené là-bas. Gardons donc cet argent pour bâtir quelques maisons près des tombes ancestrales, puis employons le reste à acheter plusieurs centaines d’arpents de terres sacrificielles. Si nous retournons là-bas, nous en profiterons ; si nous n’y retournons pas, les membres pauvres du clan pourront y loger, brûler de l’encens matin et soir aux dates prescrites et entretenir régulièrement les tombes. Ne trouves-tu pas que c’est là une décision raisonnable ? À t’entendre, il faudrait donc tout dépenser ? »

Xifeng demanda : « L’argent a-t-il été débloqué ? » Jia Lian répondit : « Qui en a seulement aperçu la couleur ? Lorsque notre dame a entendu la proposition de Jia Zheng, elle s’est mise à pousser de toutes ses forces Madame Wang et lui à l’adopter. Que veux-tu que je fasse ? Il faut immédiatement verser plusieurs centaines de taëls pour les installations funéraires extérieures et les porteurs, mais rien n’a encore été remis. Quand je veux partir, ils me répondent tous que l’argent existe et qu’il faut d’abord faire exécuter les travaux, après quoi l’on réglera les comptes. Réfléchis : parmi ces esclaves, ceux qui avaient de l’argent se sont enfuis depuis longtemps. Quand on les convoque d’après les registres, l’un se dit malade, l’autre parti sur un domaine. Il n’en reste que quelques-uns qui ne puissent se sauver. Ils savent tous gagner de l’argent ; crois-tu qu’ils sachent aussi en avancer à perte ? » À ces mots, Xifeng demeura longtemps interdite, puis dit : « Dans ces conditions, que peut-on encore organiser ? »

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Ils parlaient encore lorsqu’une servante vint dire : « La première dame demande à la seconde maîtresse comment il se fait qu’au troisième jour tout soit encore sens dessus dessous à l’intérieur. Quand le repas est servi, faut-il encore faire attendre les parents ? On a beau appeler pendant une demi-journée, les plats arrivent, mais il manque le riz. Est-ce là une manière de conduire les affaires ? » Xifeng rentra précipitamment, cria pour faire venir du monde et parvint tant bien que mal à faire servir le déjeuner. Par malchance, les visiteurs étaient nombreux ce jour-là, et les gens de l’intérieur restaient là, désemparés, à se regarder. Xifeng dut surveiller un moment les opérations ; mais, se souvenant qu’il lui fallait encore répartir le personnel, elle ressortit en hâte et ordonna à la femme de Wang’er de rassembler tous les domestiques, hommes et femmes, puis assigna à chacun sa tâche. Tous acquiescèrent sans bouger. Xifeng dit : « À quoi attendez-vous ? Il faut encore servir à manger ! » Ils répondirent : « Transmettre l’ordre du repas est facile. Mais il faut d’abord nous remettre les objets nécessaires de l’intérieur, pour que nous puissions nous en charger. » Xifeng répliqua : « Imbéciles ! Puisque les tâches sont réparties, vous aurez forcément ce qu’il faut. » Ils durent promettre à contrecœur de s’exécuter.

Xifeng se rendit aussitôt dans les appartements principaux pour faire délivrer le matériel nécessaire. Elle voulait demander les instructions de Madame Xing et de Madame Wang, mais il y avait trop de monde pour parler. Voyant que le soleil descendait déjà vers l’ouest, elle dut chercher Yuanyang et lui demander l’un des services de vaisselle conservés par l’aïeule. Yuanyang répondit : « Tu viens encore me le demander ? Celui que le second maître Lian avait mis en gage a-t-il donc été racheté ? » Xifeng dit : « Je ne veux ni or ni argent, seulement un service ordinaire. » Yuanyang répondit : « D’où crois-tu que viennent ceux dont se servent la première dame et Madame You ? » Xifeng réfléchit et reconnut qu’elle avait raison. Elle repartit aussitôt et alla trouver Yuchuan et Caiyun chez Madame Wang. Ce fut seulement alors qu’elle obtint un service. Elle fit rapidement inscrire la sortie par Caiming et remit les objets aux domestiques qui devaient en prendre soin.

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Voyant Xifeng dans un tel affolement, Yuanyang n’osa pas la rappeler et se dit : « Autrefois, elle agissait avec tant de décision et pensait à tout ; comment peut-elle aujourd’hui être à ce point entravée ? Depuis deux ou trois jours, elle semble avoir perdu toute direction. L’aïeule l’aurait-elle donc tant chérie en vain ? » Elle ignorait que Madame Xing, en entendant les propos de Jia Zheng, les avait trouvés parfaitement conformes à ses inquiétudes sur les futures difficultés financières de la maison et ne demandait qu’à préserver quelque chose pour assurer l’avenir. De plus, les funérailles de l’aïeule relevaient en principe de la branche aînée. Jia She était absent, et Jia Zheng, prisonnier des règles, demandait pour chaque affaire l’avis de la première maîtresse. Madame Xing connaissait depuis longtemps la prodigalité de Xifeng et les manigances de Jia Lian ; aussi tenait-elle fermement les cordons de la bourse sans rien lâcher. Yuanyang croyait que la somme avait déjà été remise. En voyant Xifeng si entravée, elle la soupçonna donc de ne pas s’appliquer et ne cessa de pleurer et de se lamenter à mots couverts devant l’esprit de l’aïeule Jia. Madame Xing et les autres entendirent les sous-entendus ; sans songer que c’étaient elles qui empêchaient Xifeng d’agir à sa guise, elles dirent au contraire que la petite Feng ne mettait effectivement guère de cœur à l’ouvrage.

Le soir, Madame Wang fit appeler Xifeng et lui dit : « Notre maison a beau être en mauvaise posture, il faut sauver les apparences au-dehors. Depuis deux ou trois jours, les visiteurs vont et viennent ; je vois que personne ne s’occupe d’eux. Tu as sans doute omis de donner tes instructions. Il faut encore que tu prennes un peu de peine pour nous. » Xifeng resta un moment interdite. Elle aurait voulu expliquer qu’elle ne disposait pas de l’argent nécessaire ; mais les finances relevaient des hommes du dehors, tandis que Madame Wang lui reprochait seulement de négliger les invités. Elle n’osa donc se défendre et garda le silence. Madame Xing, qui se trouvait là, ajouta : « En principe, ce serait à nous, les belles-filles, de nous en soucier ; ce n’est pas l’affaire des femmes des petits-fils. Mais nous ne pouvons nous déplacer, et c’est pourquoi nous t’en avons chargée. Tu ne peux abandonner en chemin. » Le visage de Xifeng devint pourpre. Elle allait répondre lorsqu’un concert de tambours et d’instruments s’éleva au-dehors : l’heure était venue de brûler les offrandes de papier du crépuscule. Tous éclatèrent en lamentations, et elle ne put parler. Xifeng comptait s’expliquer à son retour, mais Madame Wang la pressa de sortir régler les affaires : « Nous restons ici. Va vite préparer ce qu’il faudra demain. »

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Xifeng n’osa rien ajouter. Elle sortit en contenant son chagrin et ses larmes, fit de nouveau rassembler tout le personnel et donna encore des instructions : « Mes bonnes dames, mes bonnes tantes, ayez pitié de moi ! J’ai essuyé bien des reproches de mes supérieures parce que vous ne faites pas les choses correctement et que vous nous exposez aux moqueries. Demain, je vous en prie, donnez-vous un peu de mal. » Elles répondirent : « Ce n’est pas la première fois que la seconde maîtresse dirige une affaire. Oserions-nous lui désobéir ? Seulement, cette fois, les exigences d’en haut sont beaucoup trop compliquées. Prenons seulement ce repas : les uns mangent ici, les autres veulent manger chez eux ; on invite telle dame, mais telle maîtresse ne vient pas. Avec toutes ces difficultés, comment tout prévoir ? Nous demandons seulement à la seconde maîtresse de persuader les demoiselles de ne pas chercher sans cesse la petite bête. » Xifeng dit : « Les premières et les plus difficiles sont les servantes de l’aïeule ; celles des dames ne sont pas commodes non plus. Qui voulez-vous que j’envoie leur parler ? »

Les domestiques dirent : « Lorsque la seconde maîtresse administrait le palais de l’Est, ce n’était pourtant qu’une charge temporaire ; mais qu’il fallût frapper ou injurier, vous étiez si tranchante que personne n’osait désobéir. Et maintenant vous n’arrivez même plus à tenir ces demoiselles ? » Xifeng soupira : « Au palais de l’Est, on m’avait certes confié les affaires, mais la dame qui s’y trouvait n’osait guère intervenir. Aujourd’hui, c’est une affaire de notre propre maison et, comme elle concerne tout le monde, chacun se croit autorisé à parler. En outre, mes ordres n’ont plus aucun effet sur l’argent du dehors. Si, par exemple, la tente funèbre réclame un objet, l’ordre est transmis, mais l’objet n’arrive jamais. Que voulez-vous que j’y fasse ? » Elles demandèrent : « Le second maître Lian ne peut-il donc pas s’en charger au-dehors ? » Xifeng répondit : « Ne me parlez pas de lui ! Il est tout aussi embarrassé. D’abord, l’argent n’est pas entre ses mains : pour chaque chose qu’il demande, il doit aller en rendre compte. Comment pourrait-il suffire à tout ? » Les domestiques demandèrent : « L’argent laissé par l’aïeule n’est-il donc pas entre ses mains ? » Xifeng répondit : « Demandez-le à ceux qui administrent les fonds, et vous le saurez. »

Ils dirent : « Nous comprenons maintenant pourquoi nous avons entendu les hommes du dehors se plaindre : “Dans une affaire aussi importante, nous ne pouvons toucher un sou et n’avons que les corvées pour nous !” Comment voulez-vous que chacun y mette du sien ? » Xifeng répondit : « Inutile d’en dire davantage. Pour le moment, que chacun veille attentivement aux affaires urgentes. S’il se produit un désordre et que mes supérieures aient quelque chose à reprocher, vous aurez affaire à moi. » Ils répondirent : « Si la seconde maîtresse exige quelque chose, qui oserait se plaindre ? Seulement, là-haut, chacun a son idée, et il nous est réellement impossible de contenter tout le monde. » À bout d’expédients, Xifeng dut les supplier : « Mes bonnes dames ! Aidez-moi seulement pendant la journée de demain. Ensuite, quand je me serai expliquée avec les demoiselles, nous aviserons. » Tous obéirent et se retirèrent.

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Xifeng avait le cœur rempli d’amertume ; plus elle y pensait, plus sa colère montait. Dès l’aube, elle dut pourtant retourner à son poste. Elle aurait voulu remettre en ordre le personnel des différents services, mais craignait de fâcher Madame Xing ; elle aurait voulu parler à Madame Wang, mais Madame Xing la montait contre elle. Voyant que Madame Xing et les autres ne soutenaient plus l’autorité de Xifeng, les servantes se mirent à la malmener davantage encore. Heureusement, Ping’er prit sa défense : « La seconde maîtresse ne demande pas mieux que de bien faire ; mais les maîtres et les dames ont ordonné au-dehors qu’on évite toute dépense excessive. Voilà pourquoi notre seconde maîtresse ne peut répondre à toutes les demandes. » Il fallut qu’elle répétât plusieurs fois cette explication pour que le calme revînt un peu.

Les récitations de sūtras par les moines, les offices de pénitence des taoïstes, les offrandes et les tentures se succédaient certes sans interruption ; mais comme on lésinait toujours sur l’argent, qui aurait mis du zèle à la tâche ? Tout était expédié à la hâte. De nombreuses princesses et dames titulaires vinrent plusieurs jours de suite ; Xifeng ne pouvait même pas monter les recevoir. Elle devait rester en bas à tout organiser : à peine avait-elle appelé l’un qu’un autre disparaissait ; elle se fâchait un moment, suppliait l’instant d’après, expédiait tant bien que mal un groupe de visiteurs, puis en faisait repartir un autre. Yuanyang et les autres ne furent pas seules à trouver que cela n’avait aucune tenue : Xifeng elle-même n’en pouvait plus de honte. Madame Xing, bien qu’elle fût la belle-fille principale, se retranchait derrière les quatre mots “la douleur fait la piété filiale” et ne s’occupait de rien. Madame Wang en profitait pour suivre sa conduite ; quant aux autres, il était encore moins besoin d’en parler.

Seule Li Wan comprit les difficultés de Xifeng, mais elle n’osa plaider sa cause et se contenta de soupirer : « Comme dit le proverbe, “Si belle que soit la pivoine, elle a besoin du soutien des feuilles vertes.” Si les dames cessent d’appuyer la petite Feng, comment les autres l’aideraient-ils ? Si la troisième demoiselle était à la maison, les choses iraient encore ; maintenant, Xifeng n’a plus que quelques personnes à elle pour s’agiter à l’aveuglette. Devant elle comme derrière son dos, elles se plaignent de ne pouvoir toucher un sou et de ne même plus sauver la face. Le maître ne pense qu’à témoigner sa piété filiale et comprend mal les affaires ordinaires. Comment mener une entreprise de cette importance sans délier un peu la bourse ? Pauvre petite Feng ! Après s’être démenée toutes ces années, voilà que, précisément lors des funérailles de l’aïeule, elle risque de perdre toute sa réputation. »

Profitant d’un moment libre, Li Wan appela ses gens et leur donna ces instructions : « Ne prenez pas exemple sur les autres pour vous mettre, vous aussi, à maltraiter la seconde maîtresse Lian. Ne croyez pas qu’il suffise de porter le deuil et de veiller auprès du cercueil pour avoir accompli une grande tâche : il ne s’agit que de traverser ainsi quelques jours. Si vous voyez les autres débordés, rien ne vous empêche de leur prêter la main. C’est une affaire commune, et chacun doit fournir son effort. » Les gens qui lui obéissaient habituellement répondirent : « La première maîtresse a parfaitement raison. Nous n’oserions pas nous conduire ainsi. Nous avons seulement entendu les paroles de grande sœur Yuanyang et des autres ; elles semblaient reprocher quelque chose à la seconde maîtresse Lian. »

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Li Wan dit : « J’en ai même parlé à Yuanyang. Je lui ai expliqué que la seconde maîtresse Lian ne négligeait nullement les funérailles de l’aïeule, mais que ni l’argent ni les fonds n’étaient entre ses mains. Même la plus habile des ménagères peut-elle faire une bouillie sans riz ? Yuanyang le sait maintenant et ne lui en veut plus. Seulement, son comportement n’est vraiment plus le même qu’autrefois, et cela aussi est étrange. Lorsque l’aïeule la chérissait, elle n’a jamais abusé de sa faveur ; maintenant que l’aïeule est morte et qu’elle n’a plus personne pour la soutenir, je trouve au contraire son humeur un peu inquiétante. Autrefois, je me faisais du souci pour elle ; heureusement que Jia She est absent cette fois-ci, et qu’elle a ainsi échappé au danger. Sans cela, quel recours aurait-elle eu ? »

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À ce moment, Jia Lan arriva et dit : « Mère, allez dormir. Avec tous ces visiteurs qui vont et viennent du matin au soir, vous devez être fatiguée. Reposez-vous donc. Depuis quelques jours, je n’ai pas même touché un livre. Aujourd’hui, grand-père m’a permis de dormir à la maison ; j’en suis très heureux et voudrais revoir un ou deux ouvrages. Sans quoi, si j’attends la fin du deuil, j’aurai tout oublié. » Li Wan répondit : « Bon enfant, lire est naturellement une bonne chose. Mais repose-toi aujourd’hui. Tu reprendras tes livres quand nous aurons accompagné l’aïeule à sa sépulture. » Jia Lan dit : « Si vous voulez dormir, mère, je peux moi aussi me coucher et réfléchir à mes livres sous la couverture. »

Tous ceux qui l’entendaient firent son éloge : « Quel bon garçon ! Si jeune, et dès qu’il a un instant de loisir, il pense à ses livres ! Il ne ressemble pas au second maître Bao : il est marié et reste pourtant aussi puéril. Depuis quelques jours, il demeure agenouillé auprès du maître, et cela lui est visiblement insupportable. Dès que le maître bouge, il ne demande qu’à courir retrouver la seconde maîtresse Bao. On ne sait ce qu’il lui chuchote sans cesse ; il a fini par l’agacer au point qu’elle ne lui répond même plus. Alors il va chercher la demoiselle Qin, mais elle l’évite de loin. La demoiselle Xing ne lui parle guère non plus. En revanche, avec la demoiselle Xi de notre clan et la quatrième demoiselle, il est tout miel : elles lui donnent sans cesse du “grand frère” par-ci, “grand frère” par-là. À notre avis, le second maître Bao ne sait que folâtrer avec les maîtresses et les demoiselles ; il n’a probablement aucune autre pensée. L’aïeule a gaspillé toute sa sollicitude à l’élever et à le chérir ainsi. Il n’arrive pas à la cheville du jeune maître Lan ! Première maîtresse, vous n’aurez aucun souci à l’avenir. »

Li Wan répondit : « Il a beau être bon, il est encore jeune. J’ai seulement peur que, lorsqu’il sera grand, nul ne sache ce que notre famille sera devenue. Et le jeune maître Cong, que pensez-vous de lui ? » Tous répondirent : « Celui-là est encore moins convenable ! Ses deux yeux sont ceux d’un singe vivant : ils roulent à droite et à gauche. Même quand il est là à hurler des lamentations, dès qu’une maîtresse ou une demoiselle arrive, il se cache derrière les tentures de deuil pour l’épier. » Li Wan dit : « En vérité, il n’est plus si jeune. J’ai entendu dire l’autre jour qu’on voulait lui chercher une femme ; il va maintenant devoir attendre. Ah ! Encore une chose… Les gens de notre maison, à ce que je vois, sont impossibles à comprendre. Laissons ces bavardages. Comment a-t-on réglé les voitures de chaque appartement pour le cortège funèbre d’après-demain ? »

Ils répondirent : « Ces derniers jours, la seconde maîtresse Lian s’est démenée comme si elle avait perdu l’âme, mais nous ne l’avons pas vue transmettre d’instructions. Hier, mon mari m’a dit que le second maître Lian avait chargé le second maître Qiang de s’en occuper. Il paraît que notre maison n’a pas assez de voitures et manque aussi de cochers ; il faudra aller en emprunter chez les parents. » Li Wan rit : « On peut donc emprunter jusqu’aux voitures ? » Ils répondirent : « La maîtresse plaisante ! Pourquoi ne pourrait-on pas en emprunter ? Seulement, tous les parents se serviront de leurs voitures ce jour-là, et il sera sans doute difficile d’en obtenir. À la réflexion, il faudra encore en louer. » Li Wan demanda : « Les gens d’en bas peuvent louer les leurs, mais loue-t-on aussi des voitures blanches de deuil pour les maîtres ? » Ils répondirent : « En ce moment, ni la première dame, ni la première maîtresse du palais de l’Est, ni la jeune maîtresse Rong n’ont de voiture. Si on ne les loue pas, d’où viendront-elles ? » Li Wan soupira : « Autrefois, lorsque des dames et des maîtresses de familles comme la nôtre venaient dans des voitures de louage, nous nous moquions toutes d’elles. C’est maintenant notre tour. Demain, dis à ton mari de préparer très tôt notre voiture et nos chevaux, afin que nous ne soyons pas prises dans la cohue. » Tous acquiescèrent et sortirent. N’en parlons plus.

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Or Shi Xiangyun, dont le mari était malade, n’était venue qu’une fois depuis la mort de l’aïeule Jia. En comptant les jours, elle vit que le cortège funèbre aurait lieu le surlendemain et qu’elle ne pouvait manquer d’y assister. Comme la maladie de son mari s’était déjà changée en consomption, mais qu’il n’était pas pour l’heure en danger immédiat, elle dut venir la veille de la veillée funèbre. Elle se rappela combien l’aïeule Jia l’avait toujours aimée. Elle songea aussi à son propre destin malheureux : à peine avait-elle épousé un homme accompli par le talent comme par la beauté, et de surcroît excellent de caractère, que cette fatale maladie l’avait frappé ; il ne faisait plus que prolonger ses jours. Sa douleur redoubla et elle pleura jusqu’au milieu de la nuit. Yuanyang et les autres eurent beau la consoler à plusieurs reprises, elles ne purent l’arrêter.

Baoyu, qui l’observait, était lui aussi accablé de tristesse, mais n’osait s’avancer pour la consoler. Il la vit sobrement coiffée et vêtue de deuil, sans fard ni poudre : sa beauté surpassait encore de quelques degrés celle qu’elle avait avant son mariage. Puis, se retournant, il regarda Baoqin et les autres dans leurs sobres atours, qui faisaient ressortir une grâce naturelle. Baochai seule était entièrement vêtue de deuil ; qui aurait cru qu’elle possédait ainsi une élégance plus raffinée encore que lorsqu’elle portait ses habits de couleur ordinaires ? Il se dit : « Si, parmi les cent rouges et les dix mille pourpres, la fleur de prunier demeure la reine, ce n’est donc pas parce qu’elle fleurit la première : c’est que nul ne saurait l’égaler en blancheur immaculée et en pur parfum. Mais si, en cet instant, petite sœur Lin était ici, vêtue de la même manière, quelle grâce aurait-elle donc ? » À cette pensée, son cœur se serra et ses larmes se mirent à rouler sans arrêt. Profitant des funérailles de l’aïeule Jia, il put sans inconvénient éclater en sanglots. Tout le monde s’efforçait encore de calmer Xiangyun lorsqu’un autre pleureur se fit entendre dans la pièce voisine. Chacun crut que Baoyu se rappelait les bontés de l’aïeule et pleurait de chagrin ; qui aurait su qu’ils portaient tous deux une peine différente ? Leurs grands sanglots arrachèrent des larmes à toute la maisonnée. La tante Xue, la tante Li et les autres finirent cependant par les apaiser.

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Le lendemain était le jour de la veillée funèbre, et l’animation fut plus grande encore. Ce jour-là, Xifeng fut véritablement à bout de forces. Faute de tout autre moyen, elle dépensa toute son énergie et cria jusqu’à s’en briser la voix pour parvenir tant bien que mal au milieu de la journée. Dans l’après-midi, les visiteurs furent encore plus nombreux et les affaires plus compliquées : lorsqu’elle regardait devant elle, elle ne pouvait plus veiller à ce qui se passait derrière. Elle était en pleine anxiété lorsqu’une petite servante accourut et dit : « La seconde maîtresse est donc ici ! Rien d’étonnant que la première dame ait dit qu’il y avait trop de monde à l’intérieur pour qu’on puisse s’occuper de tous, tandis que la seconde maîtresse se cachait pour prendre ses aises. »

À ces mots, Xifeng sentit un souffle lui monter brusquement à la gorge. Elle tenta de le ravaler, tandis que les larmes coulaient de ses yeux. Soudain, tout devint noir devant elle ; elle sentit une saveur douce dans sa gorge et cracha une gorgée de sang écarlate. Incapable de rester debout, elle s’affaissa sur le sol. Heureusement, Ping’er accourut pour la soutenir. Mais Xifeng ne cessait de vomir du sang. On ignore si elle survivra : la suite au prochain chapitre.

Notes

賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque accompagne toute la famille Jia.

回光返照 : littéralement « le reflet lumineux qui revient briller » ; expression désignant le bref regain de vitalité précédant parfois la mort.

丁憂 : congé officiel imposé à un fonctionnaire lors de la mort de son père ou de sa mère.

接三 : rite accompli le troisième jour après la mort afin d’accueillir l’âme du défunt.

喪與其易,寧戚 : formule des Entretiens de Confucius ; 易 signifie ici l’observance aisée ou l’apparat convenable, auquel Confucius préfère une douleur sincère.

祭田 : terres dont les revenus sont réservés aux sacrifices ancestraux et à l’entretien des tombeaux.

坐夜 : veillée funèbre tenue la nuit précédant le départ du cercueil.

鴛鴦 : Jia She avait autrefois voulu faire de Yuanyang sa concubine ; son absence explique pourquoi Li Wan estime qu’elle a provisoirement échappé au danger.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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