Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 96 Pour cacher la nouvelle, Xifeng ourdit un singulier stratagème ; le secret éventé, Pin’er perd la raison
瞞消息鳳姐設竒謀 洩機關顰兒迷本性
Pour cacher la nouvelle, Xifeng ourdit un singulier stratagème
le secret éventé, Pin’er perd la raison
話說賈璉拿了那塊假玉忿忿走出,到了書房。那個人看見賈璉的氣色不好,心裡先發了虛了,連忙站起來迎着。剛要說話,只見賈璉冷笑道:「好大胆,我把你這個混賬東西!這裡是什麽地方兒,你敢來掉鬼!」囬頭便問:「小厮們呢?」外頭轟雷一般幾個小厮齊聲答應。賈璉道:「取䋲子去綑起他來。等老爺囬來囬明了,把他送到衙門裡去。」衆小厮又一齊答應「預偹着呢。」嘴裡雖如此,𨚫不動身。那人先自唬的手足無措,見這般勢𣲖,知道難逃公道,只得跪下給賈璉碰頭,口口聲聲只呌:「老太爺别生氣。是我一時窮極無奈,纔想出這個没臉的營生来。那玉是我借錢做的,我也不敢要了,只得孝敬府裡的哥兒頑罷。」說𭺾,又連連磕頭。賈璉啐道:「你這個不知死活的東西!這府裡希罕你的那朽不了的浪東西!」正閙着,只見賴大進來,陪着笑向賈璉道:「二爺别生氣了。靠他筭個什麽東西,饒了他,呌他滚出去罷。」賈璉道:「寔在可惡。」頼大賈璉作好作歹,衆人在外頭都說道:「糊塗狗欜的,𮟃不給爺和頼大爺磕頭呢。快快的滚罷,還等窩心脚呢!」那人趕忙磕了兩個頭,抱頭鼠竄而去。從此街上閙動了「賈寳玉弄出『假寳玉』」来。
Jia Lian emporta le faux jade et sortit, furieux, pour gagner son cabinet de travail. En voyant son visage sombre, l’homme prit peur avant même qu’il eût parlé et se leva précipitamment pour l’accueillir. Il allait ouvrir la bouche quand Jia Lian ricana froidement : « Quelle audace ! Misérable vaurien ! Sais-tu seulement où tu te trouves, pour venir jouer ici de pareils tours ? » Puis il se retourna et demanda : « Où sont les valets ? » Du dehors, plusieurs d’entre eux répondirent ensemble d’une voix de tonnerre. Jia Lian ordonna : « Allez chercher des cordes et ligotez-le. Quand le maître sera rentré, je lui rendrai compte de l’affaire, puis nous livrerons cet homme au tribunal. » Les valets répondirent encore tous ensemble : « Tout est prêt ! » Mais, malgré leurs paroles, aucun ne bougea.
L’homme, déjà si effrayé qu’il ne savait plus que faire de ses membres, comprit, devant ce déploiement, qu’il aurait peine à échapper à la justice. Il dut s’agenouiller et se prosterner devant Jia Lian, répétant sans cesse : « Que le vénérable seigneur ne se mette pas en colère ! C’est seulement parce que la misère m’avait réduit à la dernière extrémité que j’ai imaginé ce honteux commerce. J’ai emprunté de l’argent pour faire fabriquer ce jade. Je n’ose plus rien en demander : qu’il me soit seulement permis de l’offrir aux jeunes maîtres de votre demeure pour qu’ils s’en amusent. » Après quoi il se prosterna encore plusieurs fois.
Jia Lian lui cracha au visage : « Misérable qui ne sais pas si tu vivras ou mourras ! Crois-tu que notre demeure fasse grand cas de ta camelote indestructible ? » Au plus fort du tumulte, Lai Da entra et dit à Jia Lian avec un sourire conciliant : « Que le second maître ne se fâche plus. Que vaut donc un pareil individu ? Pardonnez-lui et faites-le déguerpir. » — « Il est véritablement odieux », répondit Jia Lian. Lai Da insista auprès de lui, tandis que tous ceux du dehors criaient : « Chien stupide et bon à rien ! Pourquoi ne te prosternes-tu pas encore devant le maître et devant le seigneur Lai Da ? Déguerpis vite, à moins d’attendre un coup de pied dans l’estomac ! » L’homme se hâta de faire deux prosternations, puis s’enfuit, la tête entre les mains, comme un rat. Dès lors, toute la rue répéta que Jia Baoyu avait fait surgir un « faux Baoyu ».
且說賈政那日拜客囬來,衆人因爲燈節底下,恐怕賈政生氣,已過去的事了,便也都不肯囬。只因元𡚱的事忙碌了好些時,近日寳玉又病着,雖有舊例家宴,大家無興,也無有可記之事。到了正月十七日,王夫人正盼王子騰來京,只見鳯姐進来囬說「今日二爺在外𦗟得有人傳說,我們家大老爺赶着進京,離城只二百多里地,在路上没了。太太聼見了没有?」王夫人吃驚道:「我没有𦘏見,老爺昨晚也没有說起,到底在那裡聽見的?」鳯姐道:「說是在樞宻張老爺家聼見的。」王夫人怔了半天,那眼淚早流下來了,因拭淚說道:「囬來再呌璉兒索性打聼明白了來告訴我。」鳯姐答應去了。王夫人不免暗裡落涙,悲女哭弟,又爲寳玉躭憂。如此連三接二,都是不隨意的事,那裡擱得住,便有些心口疼痛起來。又加賈璉打𦗟明白了來說道:「舅太爺是赶路勞乏,偶然感冐風寒,到了十里屯地方,延醫調治。無奈這個地方没有名醫,誤用了藥,一劑就𭮀了。但不知家眷可到了那裡没有?」王夫人聼了,一陣心酸,便心口疼得坐不住,呌彩雲等扶了上炕,還扎挣着呌賈璉去囘了賈政,「卽速收拾行裝迎到那裡,帮着料理完𭺾,卽刻囬來告訴我們。好呌你媳婦兒放心。」賈璉不敢違抝,只得辭了賈政起身。
Ce jour-là, lorsque Jia Zheng revint de ses visites, personne ne voulut lui rapporter l’affaire : on se trouvait aux approches de la fête des Lanternes, on craignait de l’irriter, et la chose appartenait déjà au passé. La mort de la concubine impériale Yuanchun avait occupé tout le monde pendant longtemps ; depuis peu, Baoyu était en outre malade. Bien qu’un banquet familial fût traditionnellement donné à cette occasion, nul n’avait le cœur à se réjouir, et il ne se produisit rien qui mérite d’être rapporté.
Le dix-septième jour du premier mois, tandis que Madame Wang attendait l’arrivée de Wang Ziteng dans la capitale, Xifeng entra lui faire ce rapport : « Le second maître a entendu dire aujourd’hui, au-dehors, que le grand maître de notre famille, qui se hâtait vers la capitale et n’en était plus qu’à deux cents li, est mort en chemin. Madame en a-t-elle entendu parler ? » Madame Wang s’écria, bouleversée : « Je n’en ai rien entendu, et le maître n’en a pas davantage parlé hier soir. Où cette nouvelle a-t-elle été recueillie ? » — « On dit qu’elle vient de chez le seigneur Zhang, du Conseil privé. » Madame Wang demeura longtemps interdite ; déjà les larmes coulaient sur ses joues. En les essuyant, elle dit : « À son retour, demande à Lian de s’informer à fond et de venir me dire exactement ce qu’il en est. » Xifeng acquiesça et se retira.
Madame Wang ne put s’empêcher de pleurer en secret : elle pleurait sa fille et son frère, tout en s’inquiétant pour Baoyu. Tant de malheurs se succédaient sans répit ; comment aurait-elle pu les supporter ? Elle commença à ressentir des douleurs à la poitrine. Jia Lian revint alors, après avoir recueilli des renseignements précis, et déclara : « Le seigneur notre oncle maternel, épuisé par la hâte du voyage, a pris froid. Arrivé au hameau des Dix-Li, il a fait venir un médecin pour le soigner. Malheureusement, il n’y avait là aucun praticien renommé : on lui a administré par erreur un médicament qui l’a tué dès la première dose. J’ignore seulement si sa famille était déjà arrivée auprès de lui. » À ces mots, Madame Wang sentit son cœur se briser. La douleur dans sa poitrine devint si forte qu’elle ne put rester assise ; elle demanda à Caiyun et aux autres de l’aider à monter sur le kang. Faisant encore effort sur elle-même, elle ordonna à Jia Lian d’en informer Jia Zheng : « Prépare immédiatement tes bagages, va à leur rencontre et aide-les à régler toutes les affaires. Dès que tout sera terminé, reviens nous en rendre compte, afin que ta femme puisse être rassurée. » Jia Lian n’osa s’y opposer ; il prit congé de Jia Zheng et se mit en route.
賈政早已知道;心裡狠不受用。又知寳玉失玉巳後神志惛憒,醫藥無效又值王夫人心疼。那年正值京察,工部將賈政保列一等。二月,吏部帶領引見。皇上念賈政勤儉謹慎,卽放了江西糧道。卽日謝恩,已奏明起程日期。雖有衆親朋賀喜,賈政也無心應酬,只念家中人口不寧,又不敢躭延在家。正在無計可施,只聼見賈母那邊呌「請老爺。」賈政卽忙進去,看見王夫人帶着病也在那裡。便向賈母請了安。賈母呌他坐下,便說:「你不日就要赴任,我有多少話與你說,不知你聽不聼?」說着,掉下淚來。賈政忙站起來說道:「老太太有話只管吩咐,兒子怎敢不遵命呢。」賈母咽哽着說道:「我今年八十一歲的人了,你又要做外任去,偏有你大哥在家,你又不能告親老。你這一去了,我所疼的只有寳玉,偏偏的又病得糊𡍼,還不知道怎麽様呢。我昨日呌頼升媳婦出去呌人給寳玉算筭命,這先生筭得好靈,說要娶了金命的人帮扶他,必要冲冲喜纔好,不然只怕保不住。我知道你不信那些話,所以教你来商量。你的媳婦也在這裡,你們兩個也商量商量,還是要寳玉好呢,𮟃是隨他去呢?」賈政陪笑說道:「老太太當初疼兒子這麽疼的,難道做兒子的就不疼自己的兒子不成麽。只爲寳玉不上進,所以時常恨他,也不過是恨鉄不成剛的意思。老太太旣要給他成家,這也是該當的,豈有逆着老太太不疼他的理。如今寶玉病着,兒子也是不放心。因老太太不呌他見我,所以兒子也不敢言語。我到底瞧瞧寳玉是個什麽病。」王夫人見賈政說着也有些眼圈兒紅,知道心裡是疼的,便呌襲人扶了寳玉來。寳玉見了他父親,襲人呌他請安,他便請了個安。賈政見他臉面狠瘦,目光無神,大有瘋儍之狀,便呌人扶了進去,便想到:「自己也是望六的人了,如今又放外任,不知道幾年囬來。倘或這孩子果然不好,一則年老無嗣,雖說有孫子,到底隔了一層;二則老太太最疼的是寶玉,若有差錯,可不是我的罪名更重了。」瞧瞧王夫人,一包眼淚,又想到他身上,復站起來說:「老太太這麽大年紀,想法兒疼孫子,做兒子的還敢違抝?老太太主意該怎麽便怎麽就是了。但只姨太太那邉不知說明白了没有?」王夫人便道:「姨太太是早應了的。只爲蟠兒的事没有結案,所以這些時總没題起。」賈政又道:「這就是第一層的難處。他哥哥在監裡,妹子怎麽出嫁。况且貴𡚱的事雖不禁婚嫁,寳玉應照已出嫁的姐姐有九個月的功服,此時也難娶親。再者我的起身日期已經奏明,不敢躭擱,這幾天怎麽辦呢?」
Jia Zheng était déjà au courant et en éprouvait une profonde affliction. Il savait aussi que, depuis la perte de son jade, Baoyu avait l’esprit obscurci et confus, sans que les remèdes eussent aucun effet, et voilà que Madame Wang souffrait à présent de la poitrine.
Cette année-là se tenait précisément l’inspection des fonctionnaires de la capitale. Le ministère des Travaux publics recommanda Jia Zheng en première classe. Au deuxième mois, le ministère des Fonctionnaires le conduisit à l’audience impériale. L’empereur, considérant qu’il s’était montré diligent, économe, prudent et circonspect, le nomma aussitôt intendant du grain du Jiangxi. Jia Zheng alla le jour même remercier de la faveur impériale et fit déjà connaître par mémoire la date de son départ. Bien que parents et amis vinssent en foule le féliciter, il n’avait aucun cœur à les recevoir : il ne songeait qu’aux troubles de sa maison, tout en n’osant différer son départ.
Il ne savait quel parti prendre lorsqu’on vint l’appeler de chez l’aïeule Jia : « Le maître est prié de venir. » Jia Zheng s’y rendit aussitôt et vit que Madame Wang, malgré sa maladie, s’y trouvait aussi. Après avoir présenté ses respects à l’aïeule Jia, il s’assit sur son ordre. Elle lui dit : « Tu vas bientôt partir prendre ton poste. J’ai quantité de choses à te dire, mais je ne sais si tu m’écouteras. » En parlant, elle se mit à pleurer. Jia Zheng se releva précipitamment : « Que l’aïeule donne seulement ses ordres. Comment votre fils oserait-il ne pas obéir ? » La gorge serrée de sanglots, elle reprit : « J’ai cette année quatre-vingt-un ans, et te voilà encore nommé au-dehors. Comme ton frère aîné demeure à la maison, tu ne peux même pas demander un congé pour prendre soin de ta vieille mère. Quand tu seras parti, il ne me restera que Baoyu, que je chéris entre tous ; or il est justement si malade qu’il ne sait plus ce qu’il fait, et nul ne sait encore ce qu’il adviendra de lui. Hier, j’ai envoyé la femme de Lai Sheng chercher quelqu’un qui lui tire son horoscope. Le devin s’est montré très perspicace : il a dit que Baoyu devait épouser une personne vouée au métal, qui lui apporterait son soutien, et qu’il fallait absolument conjurer son malheur par un mariage heureux ; sinon, il craignait qu’on ne puisse le sauver. Je sais que tu n’ajoutes pas foi à ces paroles, c’est pourquoi je t’ai fait venir pour en discuter. Ta femme est ici elle aussi : concertez-vous tous les deux. Voulez-vous que Baoyu guérisse, ou préférez-vous l’abandonner à son sort ? »
Jia Zheng répondit avec un sourire conciliant : « L’aïeule a jadis tant chéri son fils ; croyez-vous donc que ce fils ne chérisse pas le sien ? Si j’ai souvent montré de la colère contre Baoyu, c’est uniquement parce qu’il ne veut pas progresser : je déplore que le fer refuse de devenir acier, voilà tout. Puisque l’aïeule désire le marier, c’est une chose légitime. Comment pourrais-je lui désobéir et refuser de l’aimer ? À présent qu’il est malade, votre fils est lui aussi inquiet. Comme l’aïeule ne lui permet pas de paraître devant moi, je n’osais rien dire ; mais je dois tout de même voir de quelle maladie il souffre. »
Madame Wang, voyant que les yeux de Jia Zheng rougissaient tandis qu’il parlait, comprit qu’il aimait son fils. Elle demanda donc à Xiren d’amener Baoyu en le soutenant. Lorsqu’il vit son père, Xiren lui dit de le saluer, et il fit une révérence. Jia Zheng lui trouva le visage fort amaigri, le regard sans vie, avec tous les dehors de la folie et de l’idiotie ; il ordonna qu’on le reconduise à l’intérieur. Il songea alors : « J’approche moi-même de la soixantaine et je viens d’être nommé au-dehors, sans savoir dans combien d’années je reviendrai. Si cet enfant ne se rétablit vraiment pas, d’une part je serai vieux et sans héritier direct ; j’ai bien un petit-fils, mais une génération nous sépare. D’autre part, l’aïeule chérit Baoyu plus que tout : s’il lui arrivait malheur, ma faute n’en serait-elle pas plus lourde encore ? »
Il regarda Madame Wang, dont les yeux étaient noyés de larmes, puis pensa de nouveau à sa propre situation. Se relevant, il dit : « À un âge si avancé, l’aïeule cherche un moyen de sauver son petit-fils ; comment son fils oserait-il lui résister ? Qu’il soit fait entièrement selon sa volonté. Seulement, je ne sais si tout a été clairement expliqué à notre tante maternelle. » Madame Wang répondit : « Elle a donné depuis longtemps son consentement. C’est seulement parce que l’affaire de Pan’er n’a pas encore été jugée que nous n’en avons plus parlé ces derniers temps. » Jia Zheng reprit : « Voilà justement la première difficulté. Puisque son frère est en prison, comment sa sœur pourrait-elle se marier ? En outre, bien que le deuil de la Noble Concubine n’interdise pas les mariages, Baoyu doit, pour sa sœur déjà mariée, porter neuf mois le deuil de deuxième degré : il lui est donc difficile de prendre femme maintenant. Enfin, la date de mon départ a déjà été annoncée à l’empereur et je n’ose la différer. Comment tout arranger en quelques jours ? »
賈母想了一想:「說的果然不錯。若是等這幾件事過去,他父親又走了。倘或這病一天重似一天,怎麽好?只可越些禮辦了纔好。」想定主意,便說道:「你若給他辦呢,我自然有個道理,包管都碍不着。姨太太那邊我和你媳婦親自過去求他。蟠兒那裡我央蝌兒去告訴他,說是要救寳玉的命,諸事將就,自然應的。若說服裡娶親,當真使不得。况且寳玉病着,也不可教他成親,不過是冲冲喜,我們兩家愿意,孩子們又有金玉的道理,婚是不用合的了。卽挑了好日子,按着偺們家分兒過了禮。赶着挑個娶親日子,一㮣鼓樂不用,倒按宫裡的様子,用十二對提燈,一乘八人轎子擡了来,照南邊規矩拜了堂,一様坐床撒帳,可不是算娶了親了麽。寶丫頭心地明白,是不用慮的。内中又有襲人,也還是個妥妥當當的孩子。再有個明白人常勸他更好。他又和寳丫頭合的来。再者姨太太曾說,寳丫頭的金鎻也有個和尚說過,只等有玉的便是婚姻,焉知寶丫頭過来,不因金鎻倒招出他那塊玉來,也定不得。從此一天好似一天,豈不是大家的造化。這㑹子只要立刻𭣣拾屋子,鋪排起來。這屋子是要你𣲖的。一㮣親友不請,也不排筵席,待寳玉好了,過了功服,然後再擺席請人。這麽着都赶的上。你也看見了他們小兩口兒的事,也好放心的去。」賈政𦗟了,原不願意,只是賈母做主,不敢違命,勉强陪笑說道:「老太太想得極是,也狠妥當。只是要吩咐家下衆人,不許吵嚷得裡外皆知,這要躭不是的。姨太太那邉,只怕不肯:若是果真應了,也只好按着老太太的主意辦去。」賈母道:「姨太太那裡有我呢。你去罷。」賈政答應出來,心中好不自在。因赴任事多,部裡領凴,親友們薦人,種種應酬不絶,竟把寳玉的事,聼凴賈母交與王夫人鳯姐兒了。惟將榮禧堂後身王夫人内屋旁邊一大跨所二十餘間房屋指與寳玉,餘者一槪不𬋩。賈母定了主意呌人告訴他去,賈政只說狠好,此是後話。
L’aïeule Jia réfléchit : « Ce qu’il dit est parfaitement juste. Mais si nous attendons que toutes ces affaires soient terminées, son père sera déjà parti. Et si sa maladie s’aggravait chaque jour, que ferions-nous ? Il faut passer quelque peu outre aux rites. » Sa décision prise, elle déclara : « Si tu me laisses arranger son mariage, j’ai naturellement un moyen qui ne se heurtera à aucun obstacle. Ta femme et moi irons en personne supplier notre tante maternelle. Pour Pan’er, je demanderai à Ke’er de lui expliquer qu’il s’agit de sauver la vie de Baoyu ; si l’on simplifie tout, il donnera naturellement son accord. Il est vrai qu’un mariage pendant le deuil serait absolument impossible. Mais Baoyu étant malade, il ne s’agit pas non plus de lui faire accomplir véritablement le mariage : nous voulons seulement conjurer le malheur par une réjouissance. Nos deux familles sont consentantes, et les enfants sont liés par la destinée du métal et du jade ; il n’est donc même pas nécessaire de comparer leurs horoscopes.
« Choisissons aussitôt un jour faste et échangeons les présents selon le rang de notre famille. Puis, le jour fixé pour les noces, supprimons toute musique. À l’exemple du palais, faisons venir la mariée avec douze paires de lanternes et une chaise à huit porteurs. Ils se prosterneront devant le Ciel et la Terre selon la coutume du Sud ; ils s’assiéront sur le lit nuptial et l’on répandra les offrandes sous les courtines. Ne sera-ce pas un mariage accompli ? Baochai a l’esprit lucide : il n’y a aucune inquiétude à avoir de son côté. Xiren, qui se trouvera avec eux, est elle aussi une enfant parfaitement sûre. Il sera d’autant mieux que quelqu’un de raisonnable soit toujours là pour le conseiller ; de plus, elle s’entend bien avec Baochai.
« Notre tante maternelle a raconté autrefois qu’un moine avait prédit, à propos du cadenas d’or de Baochai, qu’elle devait attendre pour se marier celui qui posséderait un jade. Qui sait si, lorsque Baochai sera venue, son cadenas d’or ne fera pas reparaître le jade disparu ? Rien ne permet de l’exclure. Baoyu ira dès lors chaque jour un peu mieux : ne serait-ce pas une bénédiction pour nous tous ? Il suffit maintenant de faire préparer immédiatement ses appartements et de tout y disposer. C’est à toi de les lui assigner. Nous n’inviterons aucun parent ni ami et ne dresserons aucun banquet. Lorsque Baoyu sera guéri et que son deuil sera terminé, nous donnerons une réception. De cette façon, nous aurons le temps de tout faire. Tu auras vu toi-même le jeune couple établi et pourras partir l’esprit tranquille. »
Jia Zheng n’approuvait nullement ce projet ; mais comme l’aïeule Jia en décidait, il n’osa lui désobéir et répondit avec un sourire forcé : « L’aïeule a pensé à tout ; l’arrangement est fort judicieux. Il faudra seulement ordonner à tous les gens de la maison de ne pas faire de tapage et de ne pas ébruiter l’affaire au-dedans comme au-dehors, car cela pourrait causer de graves ennuis. Quant à notre tante maternelle, je crains qu’elle n’accepte pas. Mais si elle donne vraiment son consentement, il ne restera qu’à suivre le dessein de l’aïeule. » — « Je me charge de notre tante maternelle. Tu peux partir », dit l’aïeule Jia.
Jia Zheng acquiesça et sortit, le cœur extrêmement troublé. Comme son départ entraînait mille occupations — recevoir au ministère ses lettres de nomination, répondre aux parents et amis qui lui recommandaient des gens, et quantité d’autres obligations incessantes —, il finit par abandonner entièrement l’affaire de Baoyu à l’aïeule Jia, à Madame Wang et à Xifeng. Il se contenta d’attribuer à Baoyu une vaste dépendance de plus de vingt pièces, située derrière la salle Rongxi, à côté des appartements intérieurs de Madame Wang, et ne s’occupa de rien d’autre. Lorsque l’aïeule Jia eut arrêté ses dispositions, elle envoya quelqu’un l’en informer ; Jia Zheng répondit seulement que tout était fort bien. Mais cela appartient à la suite du récit.
且說寳玉見過賈政,襲人扶囘裡間炕上。因賈政在外,無人敢與寳玉說話,寳玉便昏昏沉沉的睡去。賈母與賈政所說的話,寳玉一句也没有𦗟見。襲人等𨚫静靜兒的聼得明白。頭裡雖也聼得些風聲,到底影响,只不見寳釵過來,𨚫也有些信真。今日聼了這些話,心裡方纔水落歸漕,倒也喜歡。心裡想道:「果然上頭的眼力不錯,這纔配得是。我也造化。若他來了,我可以卸了好些擔子。但是這一位的心裡只有一個林姑娘,幸虧他没有𦗟見,若知道了,又不知要閙到什麽分兒了。」襲人想到這裡,轉喜爲悲,心想:「這件事怎麽好?老太太、太太那裡知道他們心裡的事。一時高興說給他知道,原想要他病好。若是他仍似前的心事,初見林姑娘便要摔玉砸玉。况且那年夏天在園裡把我當作林姑娘,說了好些私心話。後来因爲紫鵑說了句頑話兒,便哭得死去活來。若是如今和他說要娶寳姑娘,竟把林姑娘撂除開,非是他人事不知還可,若稍明白些,只怕不但不能冲喜,竟是催命了!我再不把話說明,那不是一害三個人了麽。」襲人想定主意,待等賈政出去,呌秋紋照看着寳玉,便從裡間出來,走到王夫人身傍,悄悄的請了王夫人到賈母後身屋裡去說話。賈母只道是寳玉有話,也不理會,還在那裡打𮅕怎麽過禮,怎麽娶親。那襲人同了王夫人到了後間,便跪下哭了。王夫人不知何意,把手拉着他說:「好端端的,這是怎麽說?有什麽委屈起來說。」襲人道:「這話奴才是不該說的,這㑹子因爲没有法兒了。」王夫人道:「你慢慢的說。」襲人道:「寳玉的親事老太太、太太已定了寳姑娘了,自然是極好的一件事。只是奴才想着,太太看去寶玉和寳姑娘好,還是和林姑娘好呢?」王夫人道:「他兩個因從小兒在一處,所以寳玉和林姑娘又好些。」襲人道:「不是好些。」便將寳玉素與黛玉這些光景一一的說了,𮟃說:「這些事都是太太親眼見的。獨是夏天的話我從没敢和别人說。」王夫人拉着襲人道:「我看外面兒已瞧出幾分來了。你今兒一說,更加是了。但是剛纔老爺說的話想必都聽見了,你看他的神情兒怎麽様?」襲人道:「如今寳玉若有人和他說話他就笑,没人和他說話他就睡。所以頭裡的話𨚫倒都没聼見。」王夫人道:「倒是這件事呌人怎麽様呢?」襲人道:「奴才說是說了,𮟃得太太告訴老太太,想個萬全的主意纔好。」王夫人便道:「旣這麽着,你去幹你的,這時候滿屋子的人,暫且不用提起,等我瞅空兒囬明老太太,再作道理。」
Après avoir vu Jia Zheng, Baoyu fut reconduit par Xiren sur le kang de la pièce intérieure. Comme Jia Zheng se trouvait encore au-dehors, personne n’osait adresser la parole à Baoyu ; celui-ci s’endormit bientôt dans un état de torpeur. Il n’avait pas entendu un seul mot de l’entretien entre l’aïeule Jia et Jia Zheng, mais Xiren et les autres, demeurées silencieuses, en avaient tout saisi.
Xiren avait déjà surpris quelques rumeurs, mais ce n’étaient que des bruits vagues ; comme Baochai ne venait jamais, elle commençait pourtant à les croire. Après ce qu’elle venait d’entendre, tout était enfin parfaitement clair, et elle s’en réjouit. Elle pensa : « Les anciens ont véritablement le coup d’œil juste : voilà une union bien assortie. C’est aussi une chance pour moi. Quand elle sera venue, je pourrai me décharger de bien des fardeaux. Mais celui-ci n’a dans le cœur que mademoiselle Lin. Par bonheur, il n’a rien entendu ; s’il l’apprenait, qui sait jusqu’où irait le tumulte ? »
À cette pensée, sa joie se changea en tristesse : « Comment arranger cette affaire ? L’aïeule et Madame ignorent ce qu’ils ont dans le cœur. Dans leur joie, elles pourraient tout lui annoncer, croyant le guérir. Mais s’il éprouve toujours les mêmes sentiments qu’autrefois ? Dès qu’il a connu mademoiselle Lin, il a voulu jeter et briser son jade. Et cet été-là, dans le jardin, me prenant pour mademoiselle Lin, il m’a confié tant de pensées secrètes ! Plus tard, il a suffi d’une plaisanterie de Zijuan pour qu’il pleure à en mourir. Si on lui annonce maintenant qu’il doit épouser mademoiselle Bao et qu’on écarte entièrement mademoiselle Lin, peut-être cela serait-il encore possible s’il n’avait plus conscience de rien ; mais s’il lui reste la moindre lucidité, loin de conjurer le malheur, ce mariage hâtera sa mort ! Si je n’explique pas clairement la situation, ne causerai-je pas la perte de trois personnes ? »
Sa résolution prise, Xiren attendit que Jia Zheng fût sorti, chargea Qiuwen de veiller sur Baoyu, puis quitta la pièce intérieure. Elle s’approcha de Madame Wang et lui demanda à voix basse de venir parler dans la chambre située derrière celle de l’aïeule Jia. Celle-ci crut que Baoyu avait quelque chose à dire et n’y prit pas garde : elle continuait à calculer comment échanger les présents et célébrer les noces.
Lorsque Xiren et Madame Wang furent dans l’arrière-chambre, Xiren s’agenouilla et se mit à pleurer. Madame Wang, qui n’en comprenait pas la raison, lui prit la main : « Tout allait bien ; que signifie ceci ? Si tu as subi quelque injustice, relève-toi et parle. » Xiren répondit : « Une servante ne devrait pas prononcer ces paroles, mais il n’y a maintenant plus d’autre moyen. » — « Parle lentement », dit Madame Wang. Xiren reprit : « L’aïeule et Madame ont décidé que Baoyu épouserait mademoiselle Bao ; c’est naturellement une excellente chose. Seulement, à ce que pense votre servante, avec qui Madame trouve-t-elle Baoyu le plus lié : mademoiselle Bao ou mademoiselle Lin ? » Madame Wang répondit : « Comme ils ont grandi ensemble depuis l’enfance, Baoyu est un peu plus proche de mademoiselle Lin. » — « Ce n’est pas seulement un peu », dit Xiren.
Elle lui raconta alors en détail tout ce qui s’était passé entre Baoyu et Daiyu, puis ajouta : « Madame a vu de ses propres yeux toutes ces choses. Seules les paroles qu’il a prononcées cet été-là, je n’ai jamais osé les répéter à personne. » Madame Wang saisit la main de Xiren : « J’avais déjà deviné une partie de la vérité en observant leurs dehors. Après ce que tu viens de dire, il n’y a plus de doute. Mais il a sans doute entendu tout à l’heure les paroles du maître : quelle expression avait-il ? » Xiren répondit : « À présent, si quelqu’un lui parle, il sourit ; si personne ne lui parle, il dort. Il n’a donc rien entendu de ce qui vient d’être dit. » Madame Wang demanda : « Que devons-nous faire, alors ? » — « Votre servante a dit ce qu’elle devait dire. Il faut encore que Madame en informe l’aïeule, afin de trouver une solution sans aucun risque. » Madame Wang répondit : « Puisqu’il en est ainsi, retourne à tes occupations. La chambre est pleine de monde ; n’en parlons pas encore. J’attendrai de trouver un moment pour en faire rapport à l’aïeule, puis nous aviserons. »
說着,仍到賈母跟前。賈母正在那裡和鳳姐兒啇議,見王夫人進來,便問道:「襲人丫頭說什麽?這麽鬼鬼祟祟的。」王夫人趂問,便將寳玉的心事,細細囬明賈母。賈母聼了,半日没言語。王夫人和鳳姐也都不再說了。只見賈母歎道:「别的事都好說。林丫頭倒没有什麽。若寳玉眞是這様,這可呌人作了難了。」只見鳯姐想了一想,因說道:「難倒不難,只是我想了個主意,不知姑媽肯不肯。」王夫人道:「你有主意只管說給老太太𦗟,大家娘兒們商量着辦罷了。」鳯姐道:「依我想,這件事只有一個掉包兒的法子。」賈母道:「怎麽掉包兒?」鳯姐道:「如今不𬋩寳兄弟明白不明白,大家吵嚷起来,說是老爺做主,將林姑娘配了他了。瞧他的神情兒怎麽様。要是他全不管,這個包兒也就不用掉了。若是他有些喜歡的意思,這事却要大費周折呢。」王夫人道:「就筭他喜歡,你怎麽様辦法呢?」鳯姐走到王夫人耳邊,如此這般的說了一遍。王夫人㸃了幾㸃頭兒,笑了一笑說道:「也罷了。」賈母便問道:「你娘兒兩個搗鬼,到底告訴我是怎麽着呀?」鳯姐恐賈母不懂,露洩機關,便也向耳邊輕輕的告訴了一遍。賈母果真一時不懂,鳯姐笑着又說了幾句。賈母笑道:「這麽着也好,可就只忒苦了寳丫頭了。倘或吵嚷出來,林丫頭又怎麽様呢?」鳳姐道:「這個話原只說給寳玉𦗟,外頭一槩不許題起,有誰知道呢。」
Madame Wang retourna donc auprès de l’aïeule Jia, qui discutait encore avec Xifeng. En la voyant entrer, l’aïeule demanda : « Que te disait cette fille de Xiren, avec tous ces airs mystérieux ? » Profitant de la question, Madame Wang lui exposa minutieusement les sentiments de Baoyu. L’aïeule Jia demeura longtemps silencieuse. Madame Wang et Xifeng n’osèrent rien ajouter. Enfin l’aïeule soupira : « Pour tout le reste, il serait facile de s’arranger. La petite Lin elle-même ne pose pas de difficulté. Mais si Baoyu éprouve réellement de tels sentiments, nous voilà bien embarrassées. »
Après un moment de réflexion, Xifeng dit : « Ce n’est pas vraiment difficile. J’ai imaginé un moyen, mais j’ignore si ma tante l’approuvera. » Madame Wang répondit : « Si tu as une idée, expose-la à l’aïeule. Nous sommes entre femmes de la famille : discutons-en et agissons. » Xifeng dit : « À mon avis, il n’existe qu’un moyen : substituer un paquet à l’autre. » — « Comment cela ? » demanda l’aïeule Jia. Xifeng expliqua : « Peu importe que frère Bao soit lucide ou non. Faisons grand bruit autour de lui et disons que le maître a décidé de lui donner mademoiselle Lin. Nous observerons sa réaction. S’il ne s’en soucie aucunement, il ne sera même pas nécessaire de procéder à la substitution. Mais s’il manifeste quelque joie, l’affaire exigera de grands détours. »
Madame Wang demanda : « En admettant qu’il s’en réjouisse, comment t’y prendras-tu ? » Xifeng s’approcha de son oreille et lui expliqua son projet à voix basse. Madame Wang hocha plusieurs fois la tête, sourit et dit : « Cela peut aller. » L’aïeule Jia demanda : « Quels tours manigancez-vous toutes les deux ? Dites-moi donc enfin ce que vous comptez faire ! » Craignant qu’elle ne comprît mal et ne trahît le secret, Xifeng se pencha à son oreille et le lui expliqua doucement. L’aïeule ne comprit effectivement pas tout de suite ; Xifeng ajouta quelques mots en riant. L’aïeule Jia sourit : « Ce moyen peut convenir, mais il fera vraiment souffrir Baochai. Et si la nouvelle s’ébruitait, qu’adviendrait-il de la petite Lin ? » Xifeng répondit : « Nous ne dirons cela qu’à Baoyu. Il sera absolument interdit d’en parler au-dehors ; qui pourrait donc le savoir ? »
正說間,丫頭傳進話來說:「璉二爺囬來了。」王夫人恐賈母問及,使個眼色與鳯姐。鳯姐便出來迎着賈璉𢫓了個嘴兒,同到王夫人屋裡等着去了。一囬兒王夫人進来,已見鳳姐哭的兩眼通紅。賈璉請了安,將到十里屯料理王子騰的喪事的話說了一遍,便說:「有恩㫖賞了内閣的職銜,謚了文勤公,命本宗扶柩囘籍,着沿途地方官員照料。昨日起身,連家眷囬南去了。舅太太呌我囘來請安問好,說如今想不到不能進京,有多少話不能說。𦗟見我大舅子要進京,若是路上遇見了,便呌他来到偺們這裡細細的說。」王夫人聽𭺾,其悲痛自不必言。鳯姐勸慰了一番,「請太太畧歇一歇,晚上來再商量寶玉的事罷。」說𭺾,同了賈璉囬到自己房中,告訴了賈璉,呌他派人收拾新房。不題。
Pendant qu’elles parlaient, une servante vint annoncer : « Le second maître Lian est de retour. » Madame Wang, craignant que l’aïeule Jia ne l’interrogeât sur les funérailles, fit un signe à Xifeng. Celle-ci sortit à la rencontre de Jia Lian, lui adressa une moue significative et l’emmena attendre dans les appartements de Madame Wang.
Lorsque celle-ci entra quelque temps plus tard, Xifeng avait déjà les yeux tout rouges d’avoir pleuré. Jia Lian présenta ses respects, raconta comment il avait réglé à Shilitun les funérailles de Wang Ziteng, puis ajouta : « Une faveur impériale lui a conféré un titre du Grand Secrétariat, et il a reçu le nom posthume de duc Wenqin. Il a été ordonné aux membres de son clan de ramener le cercueil dans son pays natal, sous la protection des autorités locales tout au long de la route. Le convoi est parti hier, et toute la famille a repris le chemin du Sud. La tante par alliance m’a chargé de revenir vous présenter ses respects et prendre de vos nouvelles. Elle dit qu’elle n’aurait jamais imaginé ne pouvoir entrer dans la capitale et qu’elle avait tant de choses qui resteront inexprimées. Ayant appris que mon frère aîné par alliance doit venir à la capitale, elle lui a demandé, s’ils se rencontraient en chemin, de passer chez nous et de tout raconter en détail. »
La douleur de Madame Wang après ce récit se conçoit sans qu’il soit nécessaire de la décrire. Xifeng la consola un moment, puis dit : « Que Madame se repose un peu. Nous reviendrons ce soir discuter de l’affaire de Baoyu. » Après quoi elle regagna ses appartements avec Jia Lian, lui raconta le projet et lui demanda d’envoyer des gens préparer la chambre nuptiale. Nous n’en dirons pas davantage pour l’instant.
一日,黛玉早飯後帶着紫鵑到賈母這邊来,一則請安,二則也爲自己散散悶。出了瀟湘館,走了幾歩,忽然想起忘了手絹子來,因呌紫鵑囬去取來,自己𨚫慢慢的走着等他。剛走到沁芳橋那邊山石背後,當日同寳玉𦵏花之處,忽𦗟一個人嗚嗚咽咽在那裡哭。黛玉煞住脚𦗟時,又聼不出是誰的聲音,也聼不出哭着叨叨的是些什麽話。心裡甚是疑惑,便慢慢的走去。及到了跟前,却見一個濃眉大眼的丫頭在那裡哭呢。黛玉未見他時,還只疑府裡這些大丫頭有什麽說不出的心事,所以來這裡發洩發洩;及至見了這個丫頭,𨚫又好笑,因想到:這種蠢貨有什麽情種,自然是那屋裡作粗活的丫頭受了大女孩子的氣了。細瞧了一瞧,𨚫不認得。那丫頭見黛玉来了,便也不敢再哭,跕起來拭眼涙。黛玉問道:「你好好的爲什麽在這裡傷心?」那丫頭聼了這話,又流淚道:「林姑娘你評評這個理。他們說話我又不知道,我就說錯了一句話,我姐姐也不犯就打我呀。」黛玉𦗟了,不懂他說的是什麼,因笑問道:「你姐姐是那一個?」那丫頭道:「就是珍珠姐姐。」黛玉𦗟了,纔知他是賈母屋裡的,因又問:「你呌什麽?」那丫頭道:「我呌儍大姐兒。」黛玉笑了一笑,又問:「你姐姐爲什麼打你?你說錯了什麽話了?」那丫頭道:「爲什麽呢,就是爲我們寳二爺娶寳姑娘的事情。」黛玉聼了這句話,如同一個疾雷,心頭亂跳。略定了定神,便呌這丫頭「你跟了我這裡來。」
Un jour, après le repas du matin, Daiyu partit avec Zijuan pour se rendre chez l’aïeule Jia, à la fois pour lui présenter ses respects et pour dissiper un peu sa propre mélancolie. Elle avait quitté le pavillon du Xiao et du Xiang et fait quelques pas lorsqu’elle se souvint d’avoir oublié son mouchoir. Elle demanda donc à Zijuan de retourner le chercher et poursuivit lentement son chemin en l’attendant.
Comme elle arrivait derrière les rochers, près du pont Qinfang, à l’endroit même où elle avait autrefois enterré les fleurs avec Baoyu, elle entendit soudain quelqu’un sangloter. Daiyu s’arrêta pour écouter, mais ne reconnut ni la voix ni les paroles marmonnées au milieu des pleurs. Fort intriguée, elle s’approcha lentement. Elle aperçut alors une servante aux épais sourcils et aux grands yeux qui pleurait là.
Avant de l’avoir vue, Daiyu avait supposé que l’une des grandes servantes de la demeure, tourmentée par quelque peine indicible, était venue ici soulager son cœur. Mais à la vue de cette fille, elle eut envie de rire : « Quelle passion pourrait donc habiter une pareille sotte ? Ce doit être une servante chargée des gros travaux qui a subi la colère de l’une des grandes filles. » Elle l’examina attentivement sans la reconnaître. En voyant arriver Daiyu, la servante n’osa plus pleurer ; elle se releva et essuya ses larmes.
Daiyu lui demanda : « Pourquoi viens-tu ici te désoler, alors que tout allait bien ? » À ces mots, la fille pleura de nouveau : « Mademoiselle Lin, jugez vous-même si c’est juste. Je ne savais rien de ce qu’elles avaient dit ; j’ai seulement prononcé une parole de travers, mais ma grande sœur n’avait tout de même pas à me frapper ! » Daiyu ne comprit pas ce qu’elle voulait dire et demanda en souriant : « Qui est ta grande sœur ? » — « C’est grande sœur Zhenzhu. » Daiyu comprit alors que la fille appartenait aux appartements de l’aïeule Jia. Elle demanda encore : « Comment t’appelles-tu ? » — « Je m’appelle Sha Dajie. » Daiyu sourit, puis reprit : « Pourquoi ta grande sœur t’a-t-elle frappée ? Qu’as-tu dit de travers ? » La servante répondit : « C’est à cause du mariage de notre second maître Bao avec mademoiselle Bao. » À ces mots, Daiyu reçut comme un coup de tonnerre et son cœur se mit à battre follement. Après s’être un peu ressaisie, elle dit à la servante : « Suis-moi par ici. »
那丫頭跟着黛玉到那𰣍角兒上𦵏桃花的去處,那裡背静。黛玉因問道:「寳二爺娶寶姑娘,他爲什麽打你呢?」儍大姐道:「我們老太太和太太二奶奶商量了,因爲我們老爺要起身,說就赶着往姨太太商量把寶姑娘娶過来罷。頭一宗,給寳二爺冲什麽喜,第二宗——」說到這裡,又瞅着黛玉笑了一笑,纔說道:「趕着辦了,還要給林姑娘說婆婆家呢。」黛玉已經聼呆了。這丫頭只管說道:「我又不知道他們怎麽啇量的,不呌人吵嚷,怕寳姑娘𦗟見害臊。我白和寳二爺屋裡的襲人姐姐說了一句:『偺們明兒更熱閙了,又是寳姑娘,又是寳二奶奶,這可怎麽呌呢!』林姑娘,你說我這話害着珍珠姐姐什麽了嗎,他走過来就打了我一個嘴巴,說我混說,不遵上頭的話,要攆出我去。我知道上頭爲什麽不呌言語呢,你們又没告訴我,就打我。」說着,又哭起來。
La servante suivit Daiyu jusqu’au coin du talus où l’on enterrait les fleurs de pêcher, en un lieu retiré. Daiyu lui demanda : « Pourquoi t’a-t-elle frappée à cause du mariage du second maître Bao avec mademoiselle Bao ? » Sha Dajie répondit : « Notre aïeule, Madame et la seconde maîtresse en ont discuté. Comme notre maître doit partir, elles ont dit qu’il fallait se hâter d’aller consulter notre tante maternelle et de faire venir mademoiselle Bao comme épouse. Premièrement, ce serait pour conjurer je ne sais quel malheur du second maître Bao ; deuxièmement… »
Arrivée là, elle regarda Daiyu et lui sourit avant de poursuivre : « Une fois ce mariage vite arrangé, il faudra encore chercher une belle-famille pour mademoiselle Lin. » Daiyu était déjà pétrifiée. La servante continua sans s’interrompre : « Je ne savais pas ce qu’elles avaient décidé. Elles ont interdit qu’on fasse du bruit, de peur que mademoiselle Bao ne l’apprenne et n’en soit gênée. J’ai seulement dit à grande sœur Xiren, des appartements du second maître Bao : “Comme ce sera animé chez nous demain ! Il y aura à la fois mademoiselle Bao et la jeune seconde maîtresse Bao : comment faudra-t-il donc l’appeler ?” Mademoiselle Lin, dites-moi en quoi mes paroles pouvaient offenser grande sœur Zhenzhu ! Elle s’est avancée et m’a donné une gifle, en disant que je racontais des sottises, que je désobéissais aux ordres des maîtres et qu’elle me ferait chasser. Comment aurais-je pu savoir pourquoi les maîtres interdisaient d’en parler ? Personne ne m’avait rien dit, et pourtant elle m’a frappée ! » Là-dessus, elle recommença à pleurer.
那黛玉此時心裡竟是油兒醬兒糖兒醋兒倒在一處的一般,甜苦醋鹹,竟說不上什麼味兒來了。停了一會兒,顫巍巍的說道:「你别混說了。你再混說,呌人聼見又要打你了。你去罷。」說着,自己轉身要囘瀟湘舘去。那身子竟有千百觔重的,兩隻脚却像跴着綿花一般,早已軟了,只得一歩一歩慢慢的走將来。走了半天,還没到沁芳橋畔,原来脚下軟了。走的慢,且又迷迷痴痴,信着脚從那邊繞過來,更添了兩箭地的路。這時剛到沁芳轎畔,𨚫又不知不覺的順着堤往囬裡走起來。紫鵑取了絹子來,𨚫不見黛玉。正在那裡看時,只見黛玉顔色雪白,身子恍恍蕩蕩的,眼睛也直直的,在那裡東轉西轉。又見一個丫頭往前頭走了,離的遠,也看不出是那一個來。心中驚疑不定,只得赶過來輕輕的問道:「姑娘怎麽又囬去?是要往那裡去?」黛玉也只糢糊聼見,隨口應道:「我問問寳玉去!」紫鵑𦘏了,摸不着頭腦,只得攙着他到賈母這邊來。
À cet instant, Daiyu eut le cœur comme si l’on y avait mêlé huile, sauce, sucre et vinaigre : douceur, amertume, acidité et sel s’y confondaient, sans qu’elle pût dire quelle saveur elle éprouvait. Après un moment, elle murmura d’une voix tremblante : « Ne raconte plus de sottises. Si tu recommences et que quelqu’un t’entend, on te frappera encore. Va-t’en. » Puis elle se retourna pour regagner le pavillon du Xiao et du Xiang.
Son corps lui pesait des centaines et des milliers de jin, tandis que ses pieds semblaient fouler du coton ; ses jambes s’étaient amollies et elle ne pouvait avancer que pas à pas, avec lenteur. Après avoir marché longtemps, elle n’avait toujours pas atteint le pont Qinfang. Ses pieds sans force la ralentissaient ; l’esprit égaré et confus, elle avait suivi au hasard le chemin qui faisait le tour et ajouté deux portées de flèche à son trajet. Lorsqu’elle arriva enfin près du pont Qinfang, elle se remit inconsciemment à suivre la digue en sens inverse.
Zijuan était revenue avec le mouchoir, mais ne trouvait plus Daiyu. Tandis qu’elle regardait de tous côtés, elle aperçut celle-ci, le visage blanc comme neige, le corps vacillant et les yeux fixes, qui tournait çà et là sans but. Elle vit aussi une servante qui s’éloignait ; mais la distance l’empêchait de reconnaître qui c’était. Alarmée et pleine de soupçons, Zijuan se hâta de rejoindre Daiyu et lui demanda doucement : « Pourquoi mademoiselle revient-elle sur ses pas ? Où veut-elle aller ? » Daiyu n’entendit que confusément et répondit au hasard : « Je vais interroger Baoyu ! » Zijuan, qui n’y comprenait rien, dut la soutenir jusqu’aux appartements de l’aïeule Jia.
黛玉走到賈母門口,心裡微覺明晰,囬頭看見紫鵑攙着自己,便站住了問道:「你作什麽來的?」紫鵑陪笑道:「我找了絹子來了。頭裡見姑娘在橋那邉呢,我赶着過去問姑娘,姑娘没理㑹。」黛玉笑道:「我打量你來睄寶二爺来了呢,不然怎麽徃這裡走呢。」紫鵑見他心裡迷惑,便知黛玉必是聽見那丫頭什麽話了,惟有㸃頭微笑而已。只是心裡怕他見了寳玉,那一個已經是瘋瘋儍儍,這一個又這様恍恍惚惚,一時說出些不大體統的話来,那時如何是好?心裡雖如此想,𨚫也不敢違抝,只得攙他進去。那黛玉𨚫又竒怪了,這時不似先前那様軟了,也不用紫鵑打簾子,自己掀起簾子進来,𨚫是寂然無聲。因賈母在屋裡歇中覺,丫頭們也有脫滑頑去,也有打盹兒的,也有在那裡伺候老太太的。倒是襲人𦗟見簾子响,從屋裡出來一看,見是黛玉,便讓道:「姑娘屋裡坐罷。」黛玉笑着道:「寳二爺在家麽?」襲人不知底裡,剛要答言,只見紫鵑在黛玉身後和他𢫓嘴兒,指着黛玉,又搖搖手兒。襲人不解何意,也不敢言語。黛玉却也不理㑹,自己走進房来。看見寳玉在那裡坐着,也不起來讓坐,只瞅着嘻嘻的儍笑。黛玉自己坐下,𨚫也瞅着寳玉笑。兩個人也不問好,也不說話,也無推讓,只𬋩對着臉儍笑起來。
Arrivée devant la porte de l’aïeule Jia, Daiyu retrouva un peu de lucidité. Se retournant, elle vit que Zijuan la soutenait ; elle s’arrêta et demanda : « Pourquoi es-tu venue ? » Zijuan répondit avec un sourire : « Je suis allée chercher le mouchoir. Tout à l’heure, j’ai vu mademoiselle près du pont ; je vous ai rejointe et vous ai parlé, mais vous ne m’avez pas répondu. » Daiyu sourit : « Je croyais que tu étais venue jeter un coup d’œil au second maître Bao. Sinon, pourquoi aurais-tu pris ce chemin ? »
Voyant son esprit égaré, Zijuan comprit que Daiyu avait certainement entendu quelque chose de la bouche de la servante. Elle se contenta de hocher la tête en souriant légèrement. Mais elle craignait qu’en présence de Baoyu — l’un étant déjà fou et stupide, l’autre si égarée — ils ne prononçassent des paroles fort inconvenantes. Que faire alors ? Malgré cette inquiétude, elle n’osait s’opposer à Daiyu et dut la soutenir à l’intérieur.
Daiyu se comporta pourtant d’une façon étrange : elle ne se montrait plus aussi faible qu’auparavant. Sans attendre que Zijuan soulevât le rideau, elle le releva elle-même et entra. Tout était parfaitement silencieux. L’aïeule Jia faisait la sieste ; parmi les servantes, certaines s’étaient esquivées pour jouer, d’autres somnolaient, d’autres encore veillaient auprès de l’aïeule.
Xiren entendit le rideau bouger et sortit de la chambre. En voyant Daiyu, elle l’invita : « Que mademoiselle entre s’asseoir. » Daiyu demanda en souriant : « Le second maître Bao est-il ici ? » Xiren, qui ignorait ce qui s’était passé, allait répondre lorsqu’elle vit Zijuan, derrière Daiyu, lui faire une moue, désigner Daiyu et agiter la main. Xiren ne comprit pas ce qu’elle voulait dire et n’osa parler.
Sans s’occuper d’elles, Daiyu entra seule dans la chambre. Baoyu était assis là. Il ne se leva pas pour lui offrir un siège et se contenta de la regarder en ricanant stupidement. Daiyu s’assit et le regarda elle aussi en souriant. Ils ne se saluèrent pas, ne prononcèrent aucune parole, ne se cédèrent aucune place : ils restèrent simplement face à face, à se sourire comme deux idiots.
襲人看見這番光景,心裡大不得主意,只是没法兒。忽然聼着黛玉說道:「寳玉,你爲什麽病了?」寳玉笑道:「我爲林姑娘病了。」襲人紫鵑兩個嚇得面目攺色,連忙用言語來岔。兩個却又不答言,仍舊儍笑起来。襲人見了這様,知道黛玉此時心中迷惑不減於寶玉,因悄和紫鵑說道:「姑娘纔好了,我呌秋紋妹妹同着你攙囬姑娘歇歇去罷。」因囬頭向秋紋道:「你和紫鵑姐姐送林姑娘去罷,你可别混說話。」秋紋笑着,也不言語,便來同着紫鵑攙起黛玉。那黛玉也就站起來,瞅着寶玉只管笑,只𬋩㸃頭兒。紫鵑又催道:「姑娘囬家去歇歇罷。」黛玉道:「可不是,我這就是囘去的時候兒了。」說着,便囬身笑着出来了,仍舊不用丫頭們攙扶,自己𨚫走得比往常飛快。紫鵑秋紋後面赶忙跟着走。黛玉出了賈母院門,只管一直走去。紫鵑連忙攙住呌道:「姑娘徃這麽來。」黛玉仍是笑着隨了徃瀟湘舘來。離門口不遠,紫鵑道:「阿彌陀佛,可到了家了!」只這一句話没說完,只見黛玉身子往前一裁,哇的一聲,一口血直吐出來。未知性命如何,且𦗟下囬分解。
À ce spectacle, Xiren ne savait absolument plus quel parti prendre et ne voyait aucun moyen d’intervenir. Soudain, Daiyu demanda : « Baoyu, pourquoi es-tu malade ? » Baoyu répondit en souriant : « Je suis malade à cause de mademoiselle Lin. » Xiren et Zijuan changèrent de visage sous l’effet de la frayeur et tentèrent aussitôt de détourner la conversation. Mais les deux autres ne répondirent pas et recommencèrent à sourire stupidement.
Xiren comprit alors que l’esprit de Daiyu n’était pas moins égaré que celui de Baoyu. Elle dit à voix basse à Zijuan : « Mademoiselle venait à peine de se rétablir. Je vais demander à petite sœur Qiuwen de t’aider à la reconduire pour qu’elle se repose. » Puis, se tournant vers Qiuwen : « Accompagne grande sœur Zijuan pour reconduire mademoiselle Lin. Surtout, ne prononce pas de sottises. » Qiuwen sourit sans répondre et vint avec Zijuan aider Daiyu à se relever.
Daiyu se leva aussitôt. Elle regardait toujours Baoyu en souriant et ne faisait que hocher la tête. Zijuan la pressa encore : « Que mademoiselle rentre se reposer. » Daiyu répondit : « Mais oui, le moment est venu pour moi de m’en retourner. » Là-dessus, elle se retourna et sortit en souriant. Elle refusa encore l’aide des servantes et marcha d’elle-même beaucoup plus vite qu’à l’ordinaire. Zijuan et Qiuwen durent se hâter derrière elle.
Une fois sortie de la cour de l’aïeule Jia, Daiyu continua droit devant elle. Zijuan la rattrapa précipitamment par le bras et lui dit : « Mademoiselle, c’est par ici. » Toujours souriante, Daiyu la suivit vers le pavillon du Xiao et du Xiang. Lorsqu’elles ne furent plus très loin de l’entrée, Zijuan s’écria : « Amitabha ! Nous voilà enfin arrivées ! » Elle n’avait pas achevé ces mots que Daiyu bascula en avant et, dans un grand haut-le-cœur, vomit soudain une pleine gorgée de sang. Pour savoir ce qu’il advint de sa vie, écoutez les explications du prochain récit.
Notes
賈寳玉/假寳玉 : 賈 se prononce comme 假, « faux » ; l’expression fait donc entendre à la fois « Jia Baoyu » et « faux Baoyu », tandis que le faux jade redouble le jeu de mots.
顰兒 : Pin’er, « la petite qui fronce les sourcils », est un surnom de Daiyu ; le titre l’emploie au moment où elle perd la maîtrise d’elle-même.
冲喜 : mariage ou réjouissance célébré en urgence afin de conjurer une maladie ou un malheur et de rétablir l’équilibre du destin.
金玉 : le « métal et le jade » désignent l’union prédestinée de Baochai, porteuse d’un cadenas d’or, et de Baoyu, possesseur du Jade magique.
功服 : degré de deuil familial imposant ici à Baoyu le port d’un vêtement de deuil pendant neuf mois pour sa sœur mariée.
掉包兒 : littéralement « substituer un paquet à un autre » ; Xifeng projette de faire croire à Baoyu qu’il épouse Daiyu, puis de mettre Baochai à la place de la mariée.
儍大姐兒 : Sha Dajie signifie littéralement « grande sœur Sotte » ; ce sobriquet correspond à la naïveté du personnage.
珍珠 : Zhenzhu, « Perle », est l’ancien nom de Xiren, encore employé par Sha Dajie.