Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 76 À la salle du Jade saillant, la flûte goûtée éveille une tristesse limpide ; au pavillon du Cristal creux, les vers enchaînés pleurent la solitude
凸碧堂品笛感淒清 凹晶館聯詩悲寂寞
À la salle du Jade saillant, la flûte goûtée éveille une tristesse limpide
au pavillon du Cristal creux, les vers enchaînés pleurent la solitude
話說賈赦賈政帶領賈珍等散去,不題。且說賈母這裡命將圍屏撤去,兩席併作一席。衆媳婦另行擦棹整菓,更杯洗箸,陳設一番。賈母等都添了衣,盥漱吃茶,方又坐下,團團圍繞。賈母看時,寶釵姊妹二人不在坐内,知他家去圓月,且李紈鳯姐二人又病。少了這四個人,便覺冷淸了好些。賈母因笑道:「徃年你老爺們不在家,偺們越發請過姨太太來,大家賞月,却十分熱閙。忽一時想起你老爺來,又不免想到母子夫妻兒女不能一處,也都没興。及至今年,你老爺来了,正該大家團圓取樂,又不便請他們娘兒們来說笑說笑。况且他們今年又添了兩口人,也難丢了他們,跑到這裡來。偏又把鳳丫頭病了,有他一人來說說笑笑,還抵得十個人的空兒。可見天下事總難十全。」說𭺾,不覺長嘆一聲,隨命拿大杯來斟熱酒。王夫人笑道:「今日得母子團圓,自比徃年有趣。往年娘兒們雖多,終不似今年骨肉齊全的好。」賈母笑道:「正是爲此,所以我纔高興,拿大杯來吃酒。你們也換大杯纔是。」邢夫人等只得換上大杯來。因夜深體乏,且不能勝酒,未免都有些倦意。無奈賈母興猶未闌,只得陪飮。
Jia She, Jia Zheng, emmenant Jia Zhen et les autres, se dispersèrent : n’en parlons plus. Du côté de l’aïeule Jia, celle-ci fit retirer les paravents et réunir les deux tables en une seule. Les brus essuyèrent de nouveau la table, arrangèrent les fruits, changèrent les coupes, lavèrent les baguettes et remirent tout en ordre. L’aïeule Jia et les autres se couvrirent davantage, firent leurs ablutions, prirent du thé, puis se rassirent en cercle. Voyant que Baochai et sa sœur n’étaient pas parmi elles, l’aïeule comprit qu’elles étaient rentrées fêter la pleine lune en famille ; Li Wan et Xifeng étaient en outre toutes deux malades. L’absence de ces quatre personnes rendait déjà l’assemblée beaucoup plus morne. L’aïeule Jia dit en riant : « Les autres années, lorsque vos maîtres n’étaient pas à la maison, nous invitions en plus Madame la Tante maternelle et admirions toutes ensemble la lune : c’était fort animé. Mais dès que nous songions à vos maîtres, nous ne pouvions nous empêcher de penser que mères et fils, époux et épouses, parents et enfants ne pouvaient être réunis, et toute notre joie tombait. Cette année, maintenant que vos maîtres sont là, nous devrions justement tous nous réunir et nous réjouir ; mais il ne convient plus d’inviter ces dames et leurs filles à venir bavarder et rire avec nous. De plus, leur famille compte cette année deux personnes de plus : il leur serait difficile de les abandonner pour accourir ici. Et voilà justement que la petite Feng est tombée malade ! À elle seule, quand elle vient plaisanter et rire, elle remplit le vide que laisseraient dix personnes. On voit bien qu’en ce monde rien ne saurait jamais être parfaitement complet. » Sur ces mots, elle poussa malgré elle un long soupir, puis ordonna d’apporter de grandes coupes et d’y verser du vin chaud. Madame Wang dit en souriant : « Aujourd’hui, mère et fils sont réunis ; c’est naturellement plus réjouissant que les années passées. Si nombreuses que fussent alors les dames et les jeunes filles, rien ne vaut la famille au complet comme cette année. » L’aïeule Jia répondit en riant : « C’est justement pour cela que je suis contente et que j’ai demandé une grande coupe. Vous devez, vous aussi, prendre de grandes coupes. » Madame Xing et les autres durent donc les imiter. Comme la nuit était avancée, qu’elles étaient fatiguées et tenaient mal le vin, elles manifestaient déjà quelque lassitude. Mais l’aïeule Jia était encore en pleine joie : force leur fut de continuer à boire avec elle.
賈母又命將毡毯鋪在堦上,命將月餅、西瓜、菓品等類都呌搬下去,令丫頭媳婦們也都團團圍坐賞月。賈母因見月至天中,比先越發精彩可愛,因說:「如此好月,不可不聞笛。」因命又將十番上女子傳来,賈母道:「音樂多了,反失雅致,只用吹笛的遠遠的吹起來,就彀了。」說𭺾,剛纔去吹時,只見跟邢夫人的媳婦走来向邢夫人說了兩句話,賈母便問:「什麽事?」邢夫人便囬說:「方纔大老爺出去,被石頭絆了一下,歪了腿。」賈母𦗟說,忙命兩個婆子快看去,又命邢夫人快去。邢夫人遂告辭起身。賈母便又說:「珍哥媳婦也趂着便就家去罷,我也就睡了。」尤氏笑道:「我今日不囘去了,定要和老祖宗吃一夜。」賈母笑道:「使不得。你們小夫妻家,今夜不要團團圓圓,如何爲我擔擱了。」尤氏紅了臉,笑道:「老祖宗說的我們太不堪了。我們雖是年輕,已經是二十来年的夫妻,也奔四十歲的人了。况且孝服未滿,陪着老太太頑一夜是正理。」賈母𦗟說,笑道:「這話狠是。我倒也忘了孝未滿。可怜你公公已死了二年多了,可是我倒忘了,該罰我一大杯。旣這様,你就别送,竟陪着我罷。呌蓉兒媳婦送去,就順便囬去罷。」尤氏說了,賈蓉媳婦答應着,送出邢夫人,一同至大門,各自上車囬去。不在話下。
L’aïeule Jia fit encore étendre des tapis de feutre sur les marches et ordonna de descendre les gâteaux de lune, les pastèques et les autres fruits, afin que servantes et brus pussent, elles aussi, s’asseoir en cercle et contempler la lune. Voyant celle-ci arrivée au milieu du ciel, plus éclatante et charmante encore qu’auparavant, elle déclara : « Sous une si belle lune, on ne saurait se passer de flûte. » Elle fit donc revenir les musiciennes de l’ensemble des Dix Musiques, puis leur dit : « Trop de musique nuirait au raffinement. Il suffira que la flûtiste joue au loin. » À peine celle-ci était-elle partie se mettre en place qu’une bru attachée au service de Madame Xing vint lui glisser quelques mots. L’aïeule Jia demanda aussitôt : « Qu’y a-t-il ? » Madame Xing répondit : « En sortant tout à l’heure, le grand maître a trébuché sur une pierre et s’est foulé la jambe. » À ces mots, l’aïeule dépêcha deux vieilles servantes pour aller voir et pressa Madame Xing de s’y rendre elle-même. Celle-ci prit donc congé et se leva. L’aïeule ajouta : « Que l’épouse de frère Zhen en profite aussi pour rentrer. Je vais bientôt me coucher. » Madame You répondit en riant : « Aujourd’hui, je ne rentrerai pas ; je veux absolument boire toute la nuit avec la Vieille Aïeule. » L’aïeule Jia rit : « Cela ne se peut. Vous autres jeunes époux, ne devez-vous pas être réunis cette nuit ? Comment pourriez-vous vous attarder à cause de moi ? » Madame You rougit et répondit en souriant : « La Vieille Aïeule nous dépeint vraiment comme des gens bien indignes ! Nous sommes peut-être encore jeunes, mais voilà plus de vingt ans que nous sommes mariés et nous approchons tous deux de la quarantaine. De plus, notre deuil n’est pas achevé : il est tout naturel que je passe la nuit auprès de l’aïeule. » L’aïeule Jia dit en riant : « Voilà qui est très juste. J’avais oublié que votre deuil n’était pas terminé. Votre pauvre beau-père est mort depuis plus de deux ans, et moi, je l’oublie ! Je mérite pour cela une grande coupe. Puisqu’il en est ainsi, ne va pas raccompagner Madame Xing et reste donc avec moi. Que l’épouse de Rong s’en charge et en profite pour rentrer elle aussi. » Madame You transmit l’ordre ; l’épouse de Jia Rong acquiesça, reconduisit Madame Xing et l’accompagna jusqu’à la grande porte. Là, chacune monta dans sa voiture et rentra chez elle. N’en parlons plus.
這裡衆人賞了一囬桂花,又入席換煖酒來。正說着閑話,猛不防那壁廂桂花樹下,嗚咽悠揚,吹出笛聲來。趂着這明月淸風,天空地靜,眞令人煩心頓釋,萬慮齊除,肅然危坐,黙然相賞。聼約兩盞茶時,方纔止住,大家稱讃不已。於是遂又斟上暖酒来,賈母笑道:「果然好聼麽?」衆人笑道:「實在可聼!我們也想不到這様。須得老太太帶領着,我們也得開些心兒。」賈母道:「這還不大好,須得揀那曲譜越慢的吹來越好聼。」便命斟一大杯酒,送給吹笛之人,慢慢的吃了,再細細的吹一套来。媳婦們答應了,方送去,只見方纔看賈赦的兩個婆子囘来說:「瞧了。右脚面上白腫了些,如今調服了藥,疼的好些了,也無甚大關係。」賈母㸃頭嘆道:「我也太撡心。打𦂳說我偏心,我反這様。」說着,鴛鴦拿巾兠與大斗蓬來,說:「夜深了,恐露水下了,風吹了頭。坐坐也該歇了。」賈母道:「偏今兒高興,你又來催。難道我醉了不成,偏到天亮!」因命再斟酒來,一面戴上兠巾,披了斗蓬,大家陪着又飮,說些笑話。只聼桂花陰裡又發出一縷笛音來,果然比先越發凄凉,大家都寂然而坐。夜静月明,衆人不禁傷感,忙轉身陪笑發語解釋,又命換酒止笛。
Les autres admirèrent encore un moment les fleurs d’osmanthe, puis reprirent place à table et firent apporter du vin réchauffé. Elles bavardaient lorsqu’une plainte douce et prolongée s’éleva soudain sous les osmanthes, du côté opposé : c’était la flûte. Sous cette lune claire, dans cette brise pure, entre le ciel vide et la terre silencieuse, elle dissipait véritablement toute contrariété et chassait mille soucis. Chacune se redressa avec gravité et écouta en silence. La musique dura le temps de boire environ deux tasses de thé, puis cessa ; toutes la louèrent sans fin. On versa de nouveau du vin chaud. L’aïeule Jia demanda en riant : « Était-ce vraiment agréable à entendre ? » Toutes répondirent : « C’était admirable ! Nous ne nous attendions pas à cela. Il faut que l’aïeule nous guide pour que nous sachions nous divertir un peu. » L’aïeule dit : « Ce n’est pas encore ce qu’il y a de mieux. Plus on choisira un air lent, plus il sera beau. » Elle fit remplir une grande coupe et l’envoya à la flûtiste, afin que celle-ci la bût à loisir avant d’exécuter posément une suite entière. Les brus acquiescèrent et allaient porter la coupe lorsque les deux vieilles servantes envoyées auprès de Jia She revinrent : « Nous avons regardé. Le dessus du pied droit est un peu enflé et blanc. Il a pris un remède ; la douleur s’est calmée et ce n’est pas bien grave. » L’aïeule Jia hocha la tête et soupira : « Je me tourmente vraiment trop. On a beau dire que je suis partiale, voyez comme je suis ! » Yuanyang apporta alors un capuchon et une grande cape : « La nuit est avancée ; la rosée va tomber et le vent pourrait vous saisir à la tête. Après être restée encore un peu, vous devriez vous reposer. » L’aïeule répondit : « Justement, je suis de bonne humeur aujourd’hui, et te voilà qui me presses ! Crois-tu donc que je sois ivre et veuille rester jusqu’au jour ? » Elle fit de nouveau verser du vin, mit son capuchon, revêtit sa cape et continua à boire avec les autres en échangeant quelques plaisanteries. Alors, sous l’ombre des osmanthes, un mince filet de flûte s’éleva de nouveau, plus désolé encore que le précédent. Toutes demeurèrent assises en silence. Dans la nuit paisible, sous la lune claire, elles ne purent se défendre d’une douloureuse émotion ; elles s’empressèrent donc de se tourner vers l’aïeule, de lui sourire et de lui parler pour la distraire, puis firent changer le vin et arrêter la flûte.
尤氏笑說道:「我也就學了一個笑話,說與老太太解解悶。」賈母勉强笑道:「這様更好,快說來我𦗟。」尤氏乃說道:「一家子養了四個兒子:大兒子只一個眼睛,二兒子只一個耳躱,三兒子只一個鼻子眼,四兒子到都齊全,偏又是個啞吧。」正說到這裡,只見席上賈母已朦朧雙眼,似有𪾶去之態。尤氏方住了,忙和王夫人輕輕呌請。賈母睁眼笑道:「我不困,白閉閉眼養神。你們只管說,我聼着呢。」王夫人等道:「夜已深了,風露也大,請老太太安歇罷了。明日再賞十六,月色也好。」賈母道:「什麽時候?」王夫人笑道:「已交四更。他們姊妹們熬不過,都去𪾶了。」賈母𦗟說,細看了一看,果然都散了,只有探春一人在此。賈母笑道:「也罷。你們也熬不慣。况且弱的弱,病的病,去了倒省心。只是三丫頭可憐,尙還等着。你也去罷,我們散了。」說着,便起身,吃了一口淸茶,便坐竹椅小轎,兩個婆子搭起,衆人圍隨,出園去了,不在話下。
Madame You dit en riant : « J’ai moi aussi appris une histoire drôle ; je vais la raconter à l’aïeule pour la distraire. » L’aïeule Jia se força à sourire : « Voilà qui est encore mieux. Raconte vite, je t’écoute. » Madame You commença : « Une famille élevait quatre fils. L’aîné n’avait qu’un œil, le deuxième qu’une oreille, le troisième qu’une narine ; le quatrième, lui, avait tout au complet, mais c’était justement un muet. » Elle en était là lorsqu’elle vit que l’aïeule Jia avait déjà les yeux embrumés et paraissait s’assoupir. Elle s’interrompit aussitôt et, avec Madame Wang, l’appela doucement. L’aïeule rouvrit les yeux et dit en souriant : « Je ne dors pas. Je fermais seulement les yeux pour reposer mon esprit. Continuez donc, je vous écoute. » Madame Wang et les autres dirent : « La nuit est profonde, le vent et la rosée se renforcent. Que l’aïeule aille se reposer. Demain, nous admirerons encore la lune du seizième jour : elle sera belle elle aussi. » L’aïeule demanda : « Quelle heure est-il ? » Madame Wang répondit en souriant : « La quatrième veille a déjà commencé. Les jeunes filles n’ont pas tenu et sont toutes allées dormir. » L’aïeule regarda attentivement : elles s’étaient en effet toutes dispersées, et seule Tanchun était encore là. Elle rit : « Soit. Vous n’avez pas l’habitude de veiller. L’une est fragile, l’autre malade ; puisqu’elles sont parties, je serai moins inquiète. Seule ma pauvre troisième fille est encore restée à attendre. Va-t’en toi aussi, nous allons nous séparer. » Elle se leva, but une gorgée de thé clair, puis s’assit dans une chaise à porteurs de bambou. Deux vieilles servantes la soulevèrent et toutes les autres l’entourèrent pour la raccompagner hors du jardin. N’en parlons plus.
這裡衆媳婦收什盃盤,𨚫少了個細茶盃,各處尋覔不見,又問衆人:「必是失手打了。撂在那裡,告訴我,拿了磁𭺜去交𭣣,是証見,不然,又說偷起來了。」衆人都說:「没有打碎,只怕跟姑娘的人打了,也未可知。你細想想,或問問他們去。」一語提醒了那媳婦,笑道:「是了。那一會記得是翠縷拿著的,我去問他。」說着便找時,剛到了甬道,就遇見紫鵑和翠縷來了。翠縷便問道:「老太太散了?可知我們姑娘那裡去了?」這媳婦道:「我来問你,一個茶鍾那裡去了,你倒問我要姑娘。」翠縷笑道:「我因倒茶給姑娘吃的,展眼囬頭,就連姑娘也没了。」那媳婦道:「太太纔說都睡覺去了。你不知那裡頑去了,𮟃不知道呢。」翠縷和紫鵑道:「㫁乎没有悄悄睡去之理,只怕在那裡走了一走。如今老太太走了,赶過前邊送去,也未可知,我們且往前邉找去。有了姑娘,自然你的茶鍾也有了。你明日一早再找罷,有什麽忙的。」媳婦笑道:「有了下落,就不必忙了,明兒和你要罷。」說𭺾,囬去查收家伙。這裡紫鵑和翠縷便徃賈母處來,不在話下。
Pendant ce temps, les brus rangeaient les coupes et les plats lorsqu’elles s’aperçurent qu’il manquait une petite tasse à thé. Elles la cherchèrent partout sans la trouver, puis demandèrent aux autres : « Quelqu’un a sûrement dû la casser par mégarde. Dites-moi où vous l’avez laissée : j’emporterai les tessons de porcelaine pour les remettre au service chargé du compte, comme preuve. Sinon, on dira encore qu’elle a été volée. » Toutes répondirent : « Personne ne l’a cassée. Peut-être une servante accompagnant les jeunes filles l’a-t-elle brisée ; cela se pourrait. Réfléchis bien ou va leur demander. » Ces mots éclairèrent la bru, qui dit en souriant : « C’est cela ! Je me souviens que Cuilü la tenait. Je vais l’interroger. » Elle partit à sa recherche et, arrivée près de l’allée pavée, rencontra justement Zijuan et Cuilü. Celle-ci demanda : « L’aïeule s’est-elle retirée ? Sais-tu où notre demoiselle est allée ? » La bru répondit : « Je viens te demander où est passée une tasse à thé, et c’est toi qui me réclames ta demoiselle ! » Cuilü rit : « Je lui avais versé du thé ; je me suis retournée un instant et, quand j’ai regardé de nouveau, la demoiselle avait disparu avec la tasse. » La bru dit : « Madame vient de dire qu’elles étaient toutes parties dormir. Qui sait où vous êtes allées vous amuser sans même vous en rendre compte ? » Cuilü et Zijuan répondirent : « Il est absolument impossible qu’elles soient allées se coucher en cachette. Elles auront sans doute fait un tour quelque part. Maintenant que l’aïeule est partie, peut-être l’ont-elles devancée pour la reconduire. Allons d’abord les chercher devant. Quand nous aurons retrouvé les demoiselles, ta tasse réapparaîtra naturellement. Cherche-la demain matin : pourquoi te presser ? » La bru rit : « Puisque nous avons une piste, rien ne presse. Je te la réclamerai demain. » Sur ce, elle retourna vérifier et ranger la vaisselle. Zijuan et Cuilü se dirigèrent, elles, vers les appartements de l’aïeule Jia. N’en parlons plus.
原來黛玉和湘雲二人並未去睡,只因黛玉見賈府中許多人賞月,賈母猶嘆人少,又提寳釵姊妹家去,母女弟兄自去賞月,不覺對景感懐,自去𠋣欄垂淚。寳玉近因晴雯病勢甚重,諸務無心,王夫人再四遣他去𪾶,他從此去了。探春又因近日家事惱着,無心遊玩。雖有迎春惜春二人,偏又數日不大甚合。所以只剰湘雲一人寛慰他。因說:「你是個明白人,還不自己保養。可恨寳姐姐琴妹妹,天天說親道熱,早已說今年中秋,要大家一處賞月,必要起詩社,大家聯句。到今日便𣓪了偺們,自己賞月去了。社也散了,詩也不做了。倒是他們父子叔侄縱橫起來。你可知宋太祖說得好:『卧榻之側,豈容他人酣睡。』他們不來,偺們兩個竟聨起句來,明日羞他們一羞。」
En réalité, Daiyu et Xiangyun n’étaient nullement allées dormir. Daiyu avait vu combien de gens, dans la maison Jia, admiraient la lune, tandis que l’aïeule Jia déplorait encore leur petit nombre ; elle l’avait aussi entendue dire que Baochai et sa sœur étaient rentrées chez elles contempler la lune entre mère, fille et frères. Émue malgré elle par ce spectacle, Daiyu s’était éloignée pour s’appuyer à une balustrade et verser des larmes. Depuis que l’état de Qingwen s’était beaucoup aggravé, Baoyu ne prenait plus intérêt à rien ; Madame Wang l’ayant envoyé se coucher à plusieurs reprises, il était parti. Tanchun, irritée depuis peu par les affaires domestiques, n’avait pas davantage le cœur à s’amuser. Yingchun et Xichun étaient bien là, mais depuis quelques jours elles ne s’entendaient guère avec Daiyu. Il ne restait donc que Xiangyun pour la consoler. Elle lui dit : « Tu es pourtant une personne raisonnable : pourquoi ne prends-tu pas soin de toi ? Quelle détestable conduite que celle de grande sœur Bao et de petite sœur Qin ! Tous les jours, elles se montrent tendres et affectueuses ; elles avaient promis depuis longtemps que, pour la fête de la Mi-Automne de cette année, nous admirerions toutes ensemble la lune, que nous fonderions sans faute une société de poésie et composerions des vers enchaînés. Et aujourd’hui, elles nous ont abandonnées pour aller contempler la lune entre elles. La société s’est dispersée, les poèmes ne se font plus ; ce sont au contraire les pères, fils, oncles et neveux qui se déploient à leur aise. Tu connais cette excellente parole de l’empereur Taizu des Song : “Au flanc de mon lit, comment tolérer qu’un autre dorme à poings fermés ?” Puisqu’elles ne viennent pas, enchaînons donc des vers toutes les deux et, demain, couvrons-les un peu de honte. »
黛玉見他這般勸慰,也不肯負他的豪興,因笑道:「你看這裡這等人聲嘈雜,有何詩興。」湘雲笑道:「這山上賞月雖好,總不及近水賞月更妙。你知道這山坡底下就是池沿,山凹裡近水一個所在就是凹晶舘。可知當日蓋這園子就有學問。這山之高處,就呌凸碧;山之低窪近水處,就呌凹晶。這『凸』『凹』二字,歴來用的人最少,如今直用作軒舘之名,更𮗜新鮮,不落窠臼。可知這兩處,一上一下,一明一暗,一高一矮,一山一水,竟是特因玩月而設此處。有愛那山高月小的,便徃那裡来;有愛那皓月淸波的,便徃那裡去。只是這兩個字俗念作『窪』『拱』二音,便說俗了,不大見用。只陸放翁用了一個『凹』字,『古硯㣲凹聚墨多』,還有人批他俗,豈不可笑?」黛玉道:「也不秖放翁纔用,古人中用者太多。如《靑苔賦》,東方朔《神異經》,以致《畵記》上云,張僧繇畵一乘寺的故事,不可勝舉。只是今人不知,悞作俗字用了。實和你說罷,這兩個字,還是我擬的呢。因那年試寶玉,寶玉擬了未妥,我們擬寫出來,送與大姐姐瞧了,他又帶出來,命給舅舅瞧過,所以都用了。如今偺們就往凹晶舘去。」
Voyant comme Xiangyun la consolait, Daiyu ne voulut pas décevoir son bel enthousiasme et répondit en souriant : « Écoute tout ce vacarme autour de nous : comment pourrais-je avoir le goût de composer ? » Xiangyun rit : « Admirer la lune sur cette hauteur est agréable, mais rien ne vaut la lune contemplée au bord de l’eau. Tu sais qu’au pied de cette pente s’étend la rive de l’étang et que, dans le creux de la colline, tout près de l’eau, se trouve le pavillon du Cristal creux. On voit bien que ceux qui ont construit ce jardin savaient ce qu’ils faisaient. Le point élevé de la colline s’appelle le Jade saillant ; le creux, près de l’eau, le Cristal creux. Les caractères “saillant” et “creux” ont toujours été très rarement employés. Les prendre aujourd’hui directement pour nommer des pavillons paraît d’autant plus neuf et sort des formules rebattues. Ces deux lieux, l’un en haut et l’autre en bas, l’un clair et l’autre sombre, l’un élevé et l’autre encaissé, l’un sur la montagne et l’autre au bord de l’eau, semblent avoir été aménagés tout exprès pour contempler la lune. Ceux qui aiment la haute montagne sous une lune qui paraît petite vont là-haut ; ceux qui préfèrent la lune blanche sur les ondes limpides viennent ici. Seulement, le vulgaire prononce ces deux caractères comme “wa” et “gong”, ce qui leur donne une allure triviale ; aussi ne les emploie-t-on guère. Lu Fangweng a pourtant écrit le caractère “creux” dans ce vers : “Dans le léger creux de l’antique pierre à encre s’amasse une encre abondante.” Et certains le lui ont reproché comme une vulgarité ! N’est-ce pas risible ? » Daiyu répondit : « Fangweng n’est pas le seul à l’avoir employé ; les Anciens l’ont fait en quantité d’endroits. On le trouve notamment dans la Rhapsodie de la mousse verte, dans le Livre des merveilles divines de Dongfang Shuo, et jusque dans les Notes sur la peinture, à propos de l’histoire des peintures exécutées par Zhang Sengyou au temple Yicheng : les exemples sont innombrables. Mais les gens d’aujourd’hui l’ignorent et le prennent à tort pour un caractère vulgaire. Pour te dire la vérité, c’est moi qui ai proposé ces deux noms. Cette année-là, lorsqu’on éprouva Baoyu, ses propositions ne furent pas tout à fait satisfaisantes. Nous écrivîmes les nôtres et les envoyâmes à notre sœur aînée ; elle les fit ressortir du palais et ordonna de les montrer à notre oncle maternel. C’est ainsi qu’ils furent adoptés. Allons maintenant au pavillon du Cristal creux. »
說着,二人同下山坡,只一轉灣,就是池沿上一帶竹欄相接,直通着那邉藕香榭的路徑。只有兩個婆子上夜,因知在凸碧山庄賞月,與他們無干,早已息燈睡了。黛玉湘雲見息了燈,都笑道:「倒是他們睡了好,偺們就在捲蓬底下賞這水月,何如?」二人遂在兩個竹墩上坐下,只見天上一輪皓月,池中一個月影,上下争輝,如值身於晶宫鮫室之内。㣲風一過,粼粼然池面皺碧叠紊,真令人神氣清𤕤。湘雲笑道:「怎得這㑹子上船吃酒倒好。要是我家裡這様,我就立刻坐船了。」黛玉道:「正是古人常說的:『事若求全何所樂。』㨿我說,這也罷了,偏要坐船起來?」湘雲笑道:「得隴望蜀,人之常情。」
Tout en parlant, elles descendirent ensemble la pente. Après un seul tournant, elles arrivèrent au bord de l’étang, où une longue balustrade de bambou conduisait directement au sentier du kiosque des Lotus parfumés. Deux vieilles servantes seulement y montaient la garde de nuit. Sachant que la lune était contemplée au domaine du Jade saillant et qu’elles n’avaient rien à y faire, elles avaient depuis longtemps éteint leur lampe et s’étaient endormies. Voyant la lumière éteinte, Daiyu et Xiangyun rirent : « Tant mieux qu’elles dorment ! Installons-nous sous l’auvent enroulé pour contempler la lune sur l’eau. Qu’en dis-tu ? » Elles s’assirent donc sur deux tabourets de bambou. Au ciel brillait une lune ronde et blanche ; dans l’étang flottait son reflet. Les deux clartés rivalisaient, en haut et en bas, comme si elles se trouvaient au Palais de Cristal, dans la demeure des hommes-poissons. Au passage d’une brise légère, la surface de l’étang se ridait d’écailles lumineuses et ses vagues vertes se repliaient en désordre : l’esprit s’en trouvait véritablement rafraîchi. Xiangyun dit en riant : « Comme il serait agréable de monter maintenant dans une barque pour y boire ! Si nous avions cela chez moi, je serais déjà embarquée. » Daiyu répondit : « Comme disent souvent les Anciens : “À vouloir que tout soit parfait, où trouver encore son plaisir ?” À mon avis, ceci suffit. Pourquoi faudrait-il absolument monter en barque ? » Xiangyun rit : « Après avoir obtenu Long, désirer encore Shu : c’est dans la nature humaine. »
正說間,只聽笛韻悠揚起來。黛玉笑道:「今日老太太、太太高興了,這笛子吹得有趣,倒是助偺們的興趣了。偺兩個都愛五言,就還是五言排律罷。」湘雲道:「限何韻?」黛玉笑道:「偺們數這箇欄杆上的直棍,這頭到那頭爲止,他是第幾根,就是第幾韻。」湘雲笑道:「這倒别緻。」於是二人起身,便從頭數至盡頭,止得十三根。湘雲道:「偏又是『十三元』了。這個䪨可用的少,作排律只怕牽强不能壓韻呢。少不得你先起一句罷了。」黛玉笑道:「倒要試試偺們誰强誰弱,只是没有紙筆記。」湘雲道:「明兒再寫,只怕這一㸃聰明還有。」黛玉道:「我先起一句現成的俗語罷。」因念道:
Tandis qu’elles parlaient, les accents prolongés de la flûte s’élevèrent. Daiyu sourit : « L’aïeule et Madame sont de belle humeur aujourd’hui. Cette flûte est pleine de charme ; elle vient justement soutenir notre inspiration. Nous aimons toutes deux les vers de cinq caractères : composons donc encore une longue suite régulière de cette forme. » Xiangyun demanda : « Quelle rime imposerons-nous ? » Daiyu répondit en riant : « Comptons les barreaux verticaux de cette balustrade, d’ici jusqu’à l’autre extrémité. Le nombre obtenu désignera la rime correspondante. » Xiangyun rit : « Voilà qui est original. » Elles se levèrent et comptèrent d’un bout à l’autre : il y avait treize barreaux. Xiangyun dit : « Il faut justement que ce soit la treizième rime, yuan ! Elle offre peu de caractères utilisables ; dans une longue suite régulière, nous risquons de forcer le sens sans parvenir à tenir la rime. Il ne te reste qu’à commencer. » Daiyu rit : « Voyons laquelle de nous deux sera la plus forte. Seulement, nous n’avons ni papier ni pinceau pour noter. » Xiangyun répondit : « Nous l’écrirons demain. J’espère que nous garderons encore assez d’esprit pour nous en souvenir. » Daiyu dit : « Je commencerai par une expression toute faite. » Puis elle récita :
三五中秋夕,
Au soir du quinze, à la Mi-Automne,
湘雲想了一想,道:
Xiangyun réfléchit un instant, puis dit :
淸遊擬上元。撒天箕斗燦,
Notre pure promenade égale la fête des Lanternes.
Au ciel, la Corbeille et le Boisseau étincellent ;
林黛玉笑道:
Lin Daiyu dit en riant :
匝地管絃繁。幾處狂飛盞?
Sur toute la terre abondent flûtes et cordes.
En combien de lieux les coupes volent-elles follement ?
湘雲笑道:「這一句『幾處狂飛盞』有些意思,這倒要對得好呢。」想了一想,笑道:
Xiangyun rit : « Ce vers, “En combien de lieux les coupes volent-elles follement ?”, a quelque saveur. Il faut lui trouver une bonne réplique. » Après un instant de réflexion, elle récita en souriant :
誰家不啟軒?輕寒風剪剪,
Quelle maison n’ouvre pas ses galeries ?
Dans le léger froid, le vent coupe et recoupe ;
黛玉道:「好對!比我的𨚫好。只是這句又說俗話了,就該加勁說了去纔是。」湘雲笑道:「詩多韻險,也要鋪陳些纔是。總有好的,且留在後頭。」黛玉笑道:「到後頭没有好的,我看你羞不羞。」因聨道:
Daiyu dit : « Belle réplique ! Elle est même meilleure que la mienne. Mais ce nouveau vers relève encore du langage courant : il faut à présent redoubler de vigueur. » Xiangyun répondit en riant : « Plus le poème est long et les rimes difficiles, plus il faut prendre le temps de déployer le sujet. Je garde mes bons vers pour la fin. » Daiyu rit : « S’il ne t’en reste aucun à la fin, nous verrons si tu n’as pas honte. » Puis elle enchaîna :
良夜景暄暄。争餅嘲黃髮,
La douce nuit répand partout sa tiédeur.
On se dispute les gâteaux en raillant les têtes jaunes ;
湘雲笑道:「這句不好,杜撰,用俗事來難我了。」黛玉笑道:「我說你不曾見過書呢,『吃餅』是舊典。《唐書》《唐志》,你看了来再說。」湘雲笑道:「這也難不倒,我也有了。」因聨道:
Xiangyun rit : « Ce vers n’est pas bon. Tu l’as inventé et tu me mets en difficulté avec une coutume vulgaire. » Daiyu répondit en riant : « Je le disais bien, tu n’as jamais lu de livres ! “Manger des gâteaux” est une ancienne allusion. Consulte le Livre des Tang et les Annales des Tang avant de parler. » Xiangyun rit : « Cela non plus ne me déconcerte pas. J’ai trouvé. » Et elle enchaîna :
分瓜笑緑媛。香新榮玉桂,
On partage le melon en riant des belles vertes.
Son parfum neuf glorifie le cassier de jade ;
黛玉道:「這可是實實你的杜撰了。」湘雲笑道:「明日偺們對查了出來,大家看看,這㑹子别躭擱工夫。」黛玉笑道:「雖如此,下句也不好,不犯又用『玉桂』『金蘭』等字様來塞責。」因聨道:
Daiyu dit : « Voilà qui, cette fois, est bel et bien de ton invention. » Xiangyun répondit en riant : « Demain, nous vérifierons les textes et chacun jugera. Pour le moment, ne perdons pas de temps. » Daiyu rit : « Quand bien même, ton vers suivant n’est pas bon non plus. Garde-toi de t’en tirer encore avec des expressions comme “cassier de jade” ou “orchidée d’or”. » Puis elle enchaîna :
色健茂金萱。蠟燭輝瓊宴,
Sa robuste couleur fait prospérer l’hémérocalle d’or.
Les cierges illuminent le banquet de jade ;
湘雲笑道:「『金萱』二字,便宜了你,省了多少力。這様現成的韻,被你得了,只不犯着替他們頌聖去。况且下句你也是塞責了。」黛玉笑道:「你不說『玉桂』,我難道强對個『金萱』罷?再也要鋪陳些富麗,方是卽景之實事。」湘雲只得又聯道:
Xiangyun rit : « Ces deux caractères, “hémérocalle d’or”, t’ont bien facilité la tâche et épargné beaucoup d’efforts. Tu as eu la chance de trouver une rime toute prête ; prends seulement garde à ne pas te mettre à chanter leurs louanges. Et ton vers suivant, lui aussi, n’est qu’un expédient. » Daiyu répondit en riant : « Puisque tu as dit “cassier de jade”, allais-je lui opposer de force autre chose qu’une “hémérocalle d’or” ? Il faut aussi déployer quelque magnificence pour rendre fidèlement le spectacle présent. » Xiangyun dut donc poursuivre :
觥籌亂𦂶園。分曹尊一令,
Coupes et jetons s’embrouillent dans le jardin brodé.
Partagés en équipes, tous respectent une règle ;
黛玉笑道:「下句好,只難對些。」因想了一想,聨道:
Daiyu dit en riant : « Le second vers est bon, mais il sera difficile d’y répondre. » Après un instant de réflexion, elle enchaîna :
射覆𦗟三宣。骰彩紅成㸃,
Au jeu des objets cachés, on écoute les trois appels.
Les dés colorés deviennent des points rouges ;
湘雲笑道:「『三宣』有趣,竟化俗成雅了。只是下句又說上骰子。」少不得聨道:
Xiangyun rit : « Les “trois appels” sont amusants : tu as changé le vulgaire en raffinement. Mais ton second vers parle encore des dés. » Force lui fut d’enchaîner :
傳花鼓濫喧。晴光搖院宇,
Au jeu de la fleur transmise, le tambour tonne sans mesure.
La claire lumière fait trembler cours et bâtiments ;
黛玉笑道:「對得𨚫好。下句又溜了,只管拿些風月來塞責。」湘雲道:「究竟没說到月上,也要㸃綴㸃綴,方不落題。」黛玉道:「且姑存之,明日再斟酌。」因聨道:
Daiyu rit : « La réplique est bonne. Mais le vers suivant t’a encore échappé : tu te contentes de vent et de lune pour t’en tirer. » Xiangyun répondit : « Nous n’avions toujours pas parlé directement de la lune ; il fallait bien la faire paraître un peu pour ne pas sortir du sujet. » Daiyu dit : « Gardons-le provisoirement et nous le repèserons demain. » Puis elle enchaîna :
素彩接乾坤。賞罰無賓主,
Son pur éclat rejoint le ciel et la terre.
Dans récompenses et gages, plus d’hôtes ni de maîtres ;
湘雲道:「又到說他們做什麽,不如說咱們。」因聨道:
Xiangyun dit : « Pourquoi revenir encore à ce qu’ils font ? Mieux vaut parler de nous. » Et elle enchaîna :
吟詩序仲昆。搆思時𠋣檻,
Pour déclamer les vers, nous prenons rang d’aînée et de cadette.
Cherchant l’idée, parfois nous nous appuyons à la balustrade ;
黛玉道:「這可以入上你我了。」因聯道:
Daiyu dit : « Voilà qui nous fait enfin entrer toutes deux dans le poème. » Puis elle enchaîna :
擬句或依門。酒盡情猶在,
Pour façonner un vers, parfois nous nous adossons à la porte.
Le vin est épuisé, mais l’ardeur demeure ;
湘雲說道:「這時候了。」乃聨道:
Xiangyun dit : « Nous en sommes justement là. » Et elle poursuivit :
更殘樂已諼。漸聞語笑寂,
La veille s’achève, la joie est déjà oubliée.
Peu à peu, paroles et rires s’éteignent ;
黛玉道說:「這時候,可知一歩難似一歩了。」因聨道:
Daiyu dit : « À ce point, chaque pas devient plus difficile que le précédent. » Puis elle enchaîna :
空剰雪霜痕。堦露團朝茵,
Il ne reste que des traces de neige et de givre.
Sur les marches, la rosée perle au tapis de l’aube ;
湘雲道:「這一句怎麽叶韻,讓我想想。」因起身負手想了一想,笑道:「彀了。幸而想出一個字來,不然,幾乎敗了。」因聨道:
Xiangyun dit : « Comment faire rimer ce vers ? Laisse-moi réfléchir. » Elle se leva et fit quelques pas, les mains derrière le dos, puis sourit : « C’est bon ! Par bonheur, j’ai trouvé un caractère ; sans lui, j’allais presque perdre la partie. » Elle enchaîna :
庭烟歛夕棔。秋湍㵼石髓,
Dans la cour, la brume se resserre autour de l’albizia du soir.
Le torrent d’automne répand la moelle des rochers ;
黛玉𦘏了,不禁也起身呌妙,說:「這促狹鬼!果然留下好的。這會子方說『棔』字,𧇊你想得出。」湘雲道:「幸而昨日看厯朝文選,見了這個字,我不知是何樹,因要查一查。寳姐姐說不用查,這就是如今俗呌做「朝開夜合」的。我信不及,到底查了一查,果然不錯。看來寳姐姐知道的竟多。」黛玉笑道:「『棔』字用在此時更恰,也還罷了。只是『秋湍』一句,𧇊你好想!只這一句,别的都要抹倒。我少不得打起精神来對這一句,只是再不能似這一句了。」因想了一想道:
À ces mots, Daiyu se leva malgré elle et s’écria que c’était merveilleux : « Quel petit démon malicieux ! Tu gardais donc vraiment tes bons vers en réserve. Et voilà que tu emploies le caractère “hun”, albizia ! Comment as-tu pu y penser ? » Xiangyun répondit : « Hier encore, en lisant une anthologie des différentes dynasties, j’ai rencontré ce caractère. Comme j’ignorais de quel arbre il s’agissait, j’ai voulu le vérifier. Grande sœur Bao m’a dit que c’était inutile : c’est l’arbre que l’on appelle couramment aujourd’hui “celui qui s’ouvre le matin et se referme la nuit”. Je n’étais pas tout à fait convaincue et j’ai tout de même cherché : elle avait parfaitement raison. Grande sœur Bao sait vraiment beaucoup de choses. » Daiyu rit : « Le caractère “hun” convient particulièrement bien à cette heure-ci ; mais passons. C’est surtout ton vers sur le “torrent d’automne” qui est merveilleusement trouvé ! À lui seul, il efface tous les autres. Il faut que je rassemble toute mon énergie pour y répondre, encore que je ne puisse plus égaler un tel vers. » Après avoir réfléchi, elle récita :
風葉聚雲根。寳婺情孤潔,
Les feuilles au vent s’amassent aux racines des nuages.
La précieuse Demoiselle Wu garde un cœur solitaire et pur ;
湘雲道:「這對得也還好。只是這一句,你也溜了,幸而是景中情,不單用『寶婺』來塞責。」因聯道:
Xiangyun dit : « La réplique est assez bonne. Mais ce vers t’a encore échappé ; heureusement, le sentiment naît ici du paysage et tu ne t’es pas contentée d’invoquer la “précieuse Demoiselle Wu” pour t’en tirer. » Elle enchaîna :
銀蟾氣吐吞。藥催靈兎搗,
Le crapaud d’argent exhale et ravale son souffle.
Le remède presse le lièvre magique de piler ;
黛玉不語㸃頭,半日,隨念道:
Daiyu hocha la tête sans parler. Après un long moment, elle récita :
人向廣寒奔。犯斗𨖟牛女,
Les hommes s’élancent vers le Palais du Grand Froid.
Franchissant le Boisseau, ils approchent le Bouvier et la Tisserande ;
湘雲也望月㸃首,聨道:
Xiangyun contempla elle aussi la lune, hocha la tête et enchaîna :
乘搓訪帝孫。盈虛輪莫定,
Sur un radeau, ils visitent la Petite-Fille de l’Empereur céleste.
Pleineur et déclin : la roue jamais ne se fixe ;
黛玉道:「對句不好,合掌。下句推開一歩,倒還是『急脉緩受法』。」因又聨道:
Daiyu dit : « La réplique n’est pas bonne : elle répète mon idée. Le vers suivant prend un peu de recul ; c’est encore la méthode qui consiste à traiter lentement une urgence. » Elle enchaîna :
晦朔魄空存。壺漏聲將涸,
Aux nuits obscures et nouvelles, seule demeure en vain l’âme lunaire.
Le bruit de la clepsydre est près de tarir ;
湘雲方欲聨時,黛玉指池中黒影與湘雲看道:「你看那河裡,怎麼像個人,到黑影裡去了,敢是個鬼?」湘雲笑道:「可是又見鬼了。我是不怕鬼的,等我打他一下。」因灣腰拾了一塊小石片,向那池中打去,只𦗟打得水响,一個大圓圈將月影繳湯,散而復聚者𭙌次。只聼那黑影裡「戞」的一聲,𨚫飛起一個白鶴来,直往藕香榭去了。黛玉笑道:「原是他,猛然想不到,反嚇了一跳。」湘雲笑道:「正是這個鶴有趣,到助了我了。」因聨道:
Xiangyun allait poursuivre lorsque Daiyu lui montra une ombre noire dans l’étang : « Regarde dans l’eau : on dirait quelqu’un qui vient d’entrer dans cette ombre. Serait-ce un fantôme ? » Xiangyun rit : « Te voilà encore à voir des fantômes ! Moi, je ne les crains pas. Attends que je le frappe. » Elle se baissa, ramassa un petit éclat de pierre et le lança dans l’étang. L’eau résonna ; un grand cercle brouilla le reflet de la lune, qui se dispersa puis se reforma plusieurs fois. Soudain, un cri rauque partit de l’ombre noire et une grue blanche s’envola droit vers le kiosque des Lotus parfumés. Daiyu rit : « Ce n’était donc qu’elle ! Je n’y ai pas songé sur-le-champ et elle m’a fait sursauter. » Xiangyun répondit en riant : « Cette grue arrive fort à propos : elle vient justement à mon aide. » Et elle enchaîna :
牕燈熖已昏。寒塘渡鶴影,
À la fenêtre, la flamme de la lampe déjà pâlit.
Sur l’étang froid passe l’ombre d’une grue ;
林黛玉聼了,又呌好,又跥足,說:「了不得,這鶴真是助他的了!這一句更比『秋湍』不同,呌我對什麽纔好?『影』字只有一個『魂』字可對,况且『河塘渡鶴』,何等自然,何等現成,何等有景,且又新鮮,我竟要擱筆了。」湘雲笑道:「大家細想就有了,不然就放着明日再聨也可。」黛玉只看天,不理他,半日,猛然笑道:「你不必撈嘴,我也有了,你聼聼。」因對道:
À ces mots, Lin Daiyu s’écria encore que c’était admirable et frappa du pied : « C’est insoutenable ! Cette grue lui est véritablement venue en aide. Ce vers est plus extraordinaire encore que celui du “torrent d’automne”. Que veux-tu que je lui oppose ? Au caractère “ombre”, il n’est qu’un seul caractère qui puisse répondre : “âme”. Et puis, “sur l’étang froid passe une grue” : quelle aisance, quel naturel, quel paysage, et quelle nouveauté ! Je devrais abandonner le pinceau. » Xiangyun rit : « En réfléchissant bien, tu trouveras. Sinon, laissons cela jusqu’à demain et nous reprendrons. » Daiyu se contenta de regarder le ciel sans lui répondre. Après un long moment, elle sourit soudain : « Inutile de fanfaronner. J’ai trouvé moi aussi. Écoute. » Et elle répondit :
冷月𦵏詩魂。
La lune froide ensevelit l’âme du poème.
湘雲拍手贊道:「果然好極,非此不能對。好個『𦵏詩魂』!」因又嘆道:「詩固新竒,只是太頺喪了些。你現病着,不該作此過于凄淸竒譎之語。」黛玉笑道:「不如此,如何壓倒你。只爲用工在這一句了。」
Xiangyun applaudit : « C’est véritablement parfait ! Rien d’autre ne pouvait répondre à mon vers. Admirable “ensevelit l’âme du poème” ! » Puis elle soupira : « Le vers est certes neuf et singulier, mais par trop accablé. Tu es malade en ce moment : tu ne devrais pas composer des paroles d’une désolation si froide et si étrange. » Daiyu rit : « Sans cela, comment aurais-je pu te vaincre ? J’ai concentré tout mon effort dans ce seul vers. »
一語未了,只見欄外山石後轉出一個人來,笑道:「好詩,好詩!果然太悲凉了,不必再徃下做。若底下只這様去,反不顯這兩句了,倒弄得堆砌牽强。」二人不防,倒嚇了一跳。細看時不是别人,𨚫是妙玉。二人皆咤異,因問:「你如何到了這裡?」妙玉笑道:「我𦗟見你們大家賞月,又吹得好笛,我也出來玩賞這淸池皓月。順脚走到這裡,忽聽見你們兩個吟詩,更覺淸雅異常,故此就聼住了。只是方纔我聼見這一首中,有幾句雖好,只是過於頺敗凄楚。此亦關人之氣數而有,所以我出來止住。如今老太太都已早散了,滿園的人想俱已睡熟了,你兩個的丫頭𮟃不知在那裡找你們呢。你們也不怕冷了?快同我來,到我那裡去吃杯茶,只怕就天亮了。」黛玉笑道:「誰知道就這個時候了。」
Elle n’avait pas achevé qu’une personne surgit de derrière les rochers, au-delà de la balustrade, et dit en riant : « Beaux vers, beaux vers ! Mais ils sont vraiment trop désolés. Il est inutile de poursuivre. Si la suite restait sur ce ton, ces deux vers mêmes ne ressortiraient plus et le tout deviendrait une accumulation laborieuse et forcée. » Prises à l’improviste, les deux jeunes filles sursautèrent. En regardant mieux, elles reconnurent Miaoyu. Toutes deux s’étonnèrent et demandèrent : « Comment es-tu arrivée ici ? » Miaoyu répondit en souriant : « J’ai entendu que vous contempliez toutes la lune et que la flûte jouait fort bien. Je suis donc sortie, moi aussi, jouir de cet étang limpide et de cette lune blanche. Mes pas m’ont conduite jusqu’ici ; puis je vous ai entendues toutes deux déclamer des vers, que j’ai trouvés d’une pureté et d’une élégance extraordinaires. Je me suis donc arrêtée pour écouter. Seulement, parmi les vers que je viens d’entendre, plusieurs sont fort beaux, mais par trop découragés et douloureux. Ces choses ne sont pas sans rapport avec le souffle et le destin de celui qui les compose ; c’est pourquoi je suis sortie vous arrêter. L’aïeule s’est retirée depuis longtemps, et tout le monde doit dormir profondément dans le jardin. Vos servantes, elles, sont sans doute je ne sais où à vous chercher. Ne craignez-vous pas le froid ? Venez vite avec moi boire une tasse de thé. Le jour va bientôt se lever. » Daiyu rit : « Qui aurait cru qu’il fût déjà si tard ? »
三人遂一同来至櫳翠菴中。只見龕熖猶青,爐香未燼,幾個老嬷嬷也都𪾶了,只有小丫頭在蒲團上𡸁頭打盹。妙玉喚他起来現烹茶。忽聼扣門之聲,小嬛忙去開門看時,却是紫鵑翠縷與幾個老嬤嬷来找他姊妹兩個。進來見他們正吃茶,因都笑道:「呌我們好找!一個園裡走遍了,連姨太太那裡都找到了。那小亭裡找時,可巧那裡上夜的正睡醒了。我們問他們,他們說,方纔亭外頭棚下兩個人說話,後來又添了一個人,聼見說大家往菴裡去。我們就知道是這裡了。」
Toutes trois se rendirent donc ensemble à l’ermitage des Bambous verts. La flamme de la niche sacrée brûlait encore d’une lueur bleue et l’encens du brûle-parfum n’était pas consumé. Plusieurs vieilles servantes dormaient déjà ; seule une petite fille de service somnolait, la tête penchée, sur un coussin de méditation. Miaoyu la réveilla et lui ordonna de préparer du thé frais. Soudain, on frappa à la porte. La petite servante courut ouvrir : c’étaient Zijuan, Cuilü et plusieurs vieilles femmes venues chercher les deux jeunes filles. En les voyant occupées à boire du thé, elles rirent : « Comme vous nous avez fait chercher ! Nous avons parcouru tout le jardin, jusque chez Madame la Tante maternelle. Quand nous sommes arrivées au petit pavillon, les gardiennes de nuit venaient justement de se réveiller. Nous les avons interrogées ; elles ont dit qu’un peu plus tôt deux personnes parlaient sous l’auvent, devant le pavillon, puis qu’une troisième les avait rejointes, et qu’elles les avaient entendues dire qu’elles se rendaient toutes à l’ermitage. Nous avons aussitôt compris que vous étiez ici. »
妙玉忙命丫嬛引他們到那邊去坐着歇息吃茶,自却取了筆硯紙墨出來,將方纔的詩,命他二人念着,遂從頭寫出來。黛玉見他今日十分高興,便笑道:「從來没見你這様高興,我也不敢唐突請教。這還可以見教否?若不堪時,便就燒了;若或可攺,卽請攺正攺正。」妙玉笑道:「也不敢妄評。只是這纔有二十二韻。我意思想着你二位警句已出,再續時,到恐後力不加。我竟要續貂,又恐有玷。」黛玉從没見妙玉做過詩,今見他高興如此,忙說:「果然如此,我們雖不好,亦可以帶好了。」妙玉道:「如今𭣣結,到底還歸到本来面目上去。若只𬋩丢了眞情眞事,且去搜竒檢怪,一則失了偺們的閨閣面目,二則也與題目無涉了。」林史二人皆道極是。妙玉提筆,一揮而就,遞與他二人,道:「休要見笑。依我必須如此,方番轉過來。雖前頭有凄楚之句,亦無甚碍了。」二人接了看時,只見他續道:
Miaoyu ordonna à la petite servante de les conduire de l’autre côté pour s’asseoir, se reposer et boire du thé. Elle-même prit pinceau, pierre à encre, papier et encre, puis demanda aux deux autres de lui réciter le poème qu’elles venaient de composer et le transcrivit depuis le commencement. Voyant Miaoyu d’une humeur exceptionnellement joyeuse, Daiyu lui dit en riant : « Je ne t’ai jamais vue si gaie et n’osais pas te déranger pour solliciter tes lumières. Ces vers peuvent-ils encore être soumis à ton jugement ? S’ils ne valent rien, brûlons-les ; s’ils peuvent être corrigés, je te prie de les rectifier. » Miaoyu répondit en souriant : « Je n’oserais porter un jugement à la légère. Mais vous n’avez encore que vingt-deux rimes. À mon avis, vous avez déjà produit vos vers les plus saisissants ; si vous poursuivez, vos forces risquent de ne plus suffire. J’aimerais ajouter ma queue de chien à votre zibeline, mais je crains de ternir l’ensemble. » Daiyu n’avait encore jamais vu Miaoyu composer. La voyant aujourd’hui si enthousiaste, elle s’empressa de dire : « S’il en est vraiment ainsi, tes bons vers pourront entraîner les nôtres, même s’ils sont médiocres. » Miaoyu dit : « Pour conclure, il faut tout de même revenir à notre véritable nature. Si nous abandonnons absolument les sentiments sincères et les faits réels pour ne rechercher que l’étrange et l’insolite, d’une part nous perdrons notre caractère de femmes des appartements intérieurs, et d’autre part nous nous écarterons du sujet. » Daiyu et Xiangyun approuvèrent pleinement. Miaoyu prit son pinceau et écrivit d’un seul jet. Elle leur tendit ensuite la feuille : « Ne vous moquez pas. À mon sens, il fallait nécessairement ce retournement. Ainsi, malgré les vers douloureux du début, l’ensemble ne présentera plus grand inconvénient. » Elles prirent la feuille et lurent la suite :
香篆銷金鼎,氷𮌖膩玉盆。簫憎婺婦泣,衾倩侍兒温。空帳悲金鳯,閒屏投彩鴛。露濃苔更滑,霜重竹難捫。猶歩縈紆沼,還登寂厯原。石竒神鬼縛,木怪虎狼蹲。贔屭朝光透,罘罳露曉屯。振林千樹鳥,啼谷一聲猿。岐熟焉忘逕,泉知不問源。鐘鳴櫳翠寺,鷄唱稻香村。有興悲何極,無愁意豈煩。芳情只自遣,雅趣向誰言。徹旦休云倦,烹茶更細論。
Le sceau d’encens s’efface dans le brûle-parfum d’or, et la cire figée graisse le bassin de jade.
À la flûte redoublent les pleurs de la veuve ; la couche attend qu’une servante la réchauffe.
La tenture vide pleure son phénix d’or ; sur le paravent désert se posent des canards mandarins diaprés.
Plus épaisse est la rosée, plus glissante devient la mousse ; plus lourd est le givre, plus difficile est le bambou à toucher.
Nous longeons encore les méandres de l’étang ; nous remontons encore la lande déserte.
Des rochers étranges semblent des esprits et des démons enchaînés ; des arbres monstrueux, des tigres et des loups accroupis.
À travers le Bixi pénètre la lumière du matin ; sur le treillis s’amasse la rosée de l’aube.
Mille oiseaux s’ébranlent parmi les arbres ; un singe pousse son cri dans la vallée.
Quand les embranchements sont familiers, comment oublier le sentier ? Quand la source est connue, nul besoin d’en demander l’origine.
La cloche sonne au temple des Bambous verts ; le coq chante au hameau des Épis parfumés.
Quand vient l’inspiration, pourquoi pousser la tristesse à l’extrême ? Sans chagrin, pourquoi tourmenter son esprit ?
Les tendres sentiments ne cherchent qu’à se dissiper eux-mêmes ; à qui confier cette élégante fantaisie ?
Après toute une nuit, ne parlons pas de fatigue : préparons du thé et discutons-en plus finement.
後書「右中秋夜大觀園卽景聨句三十五韻」。
Elle écrivit ensuite : « Ci-dessus, vers enchaînés en trente-cinq rimes, composés sur le spectacle du Jardin aux Grandes Vues, la nuit de la Mi-Automne. »
黛玉湘雲二人稱贊不已,說:「可見我們天天是捨近求遠,現有這様詩人在此,𨚫天天去紙上談兵。」妙玉笑道:「明日再潤色。此時已天明了,到底也歇息歇息纔是。」林史二人𦗟說,便起身告辭,帶領了丫鬟出来。妙玉送至門外,看他們去遠,方掩門進來,不在話下。
Daiyu et Xiangyun ne cessèrent de louer le poème : « Voilà qui prouve que, chaque jour, nous abandonnons ce qui est proche pour chercher au loin. Nous avons ici même une poétesse de cette valeur, et pourtant nous passons nos journées à parler de stratégie sur le papier. » Miaoyu répondit en souriant : « Nous le polirons encore demain. Le jour s’est déjà levé ; il faut tout de même prendre un peu de repos. » À ces mots, Daiyu et Xiangyun se levèrent, prirent congé et sortirent avec leurs servantes. Miaoyu les accompagna jusqu’à la porte ; lorsqu’elles furent au loin, elle referma et rentra. N’en parlons plus.
這裡翠縷向湘雲道:「大奶奶那裡還有人等着偺們睡去呢。如今還是那裡去好?」湘雲笑道:「你順路告訴他們,呌他們睡罷。我這一去,未免驚動病人,不如閙林姑娘去罷。」說着,大家走至瀟湘館中,有一半人已𪾶去。二人進去,方卸粧寛衣,盥洗已𭺾,方上床安歇。紫鵑放下綃帳,移燈掩門出去。誰知湘雲有擇席之病,雖在枕上,只怕𪾶不着。黛玉又是個心血不足,常常失眠的,今日又錯過困頭,自然也是𪾶不着。二人在枕上翻來覆去。黛玉因問道:「怎麽還不睡着?」湘雲微笑道:「我有個擇席的病,况且走了困,只好躺躺兒罷。你怎也睡不着?」黛玉嘆道:「我這睡不着,也並非一日了。大約一年之中,通共也只好𪾶十夜滿足的。」湘雲道:「你這病就怪不得了。」要知端底,下囬分解。
Dehors, Cuilü dit à Xiangyun : « Chez la jeune maîtresse aînée, quelqu’un nous attend encore pour dormir. Où vaut-il mieux aller maintenant ? » Xiangyun répondit en riant : « En passant, dis-leur de se coucher. Si j’y vais à cette heure, je risque de déranger une malade ; mieux vaut aller importuner mademoiselle Lin. » Tout le monde gagna donc le pavillon du Xiao et du Xiang, où la moitié des gens dormaient déjà. Les deux jeunes filles entrèrent, défirent leur coiffure, desserrèrent leurs vêtements, firent leurs ablutions, puis se couchèrent. Zijuan abaissa la moustiquaire de gaze, déplaça la lampe, referma la porte et sortit. Or Xiangyun souffrait de ne pouvoir dormir dans un lit étranger ; bien qu’elle eût la tête sur l’oreiller, elle craignait de ne pouvoir trouver le sommeil. Daiyu, de son côté, manquait de sang et d’énergie et souffrait souvent d’insomnie ; comme elle avait cette nuit laissé passer le moment où elle avait sommeil, elle ne pouvait naturellement plus dormir. Toutes deux se tournaient et se retournaient sur leurs oreillers. Daiyu demanda : « Pourquoi ne dors-tu toujours pas ? » Xiangyun sourit légèrement : « J’ai du mal à dormir dans un lit qui n’est pas le mien ; et maintenant que le sommeil est passé, je ne peux que rester étendue. Mais toi, pourquoi ne dors-tu pas ? » Daiyu soupira : « Pour moi, l’insomnie ne date pas d’aujourd’hui. Sur toute une année, je ne dois pas avoir en tout plus de dix nuits de sommeil complet. » Xiangyun répondit : « Alors, rien d’étonnant à ta maladie. » Pour connaître le fin mot de l’histoire, lisez le chapitre suivant.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque traverse tout le roman.
凸碧、凹晶 : les noms opposent littéralement ce qui « saille » à ce qui est « creux », le haut lumineux de la colline au bas sombre près de l’eau.
十三元 : dans les tables traditionnelles de rimes, 元 est la treizième rime de la catégorie supérieure des tons plats ; elle offre ici peu de mots utiles.
棔 : l’albizia est appelé 朝開夜合, « qui s’ouvre le matin et se referme la nuit » ; son nom rare fournit la rime en yuan.
寶婺 : 婺女 est une constellation associée aux femmes ; son emploi introduit dans le paysage lunaire un sentiment de solitude féminine.
銀蟾、靈兔、廣寒 : le crapaud d’argent, le lièvre pilant l’élixir et le Palais du Grand Froid sont trois images mythologiques de la lune.
乘槎 : l’allusion vient des récits d’un voyageur qui gagne la Voie lactée sur un radeau et rencontre le Bouvier et la Tisserande.
續貂 : « ajouter une queue de chien à une zibeline » désigne modestement une suite indigne de l’œuvre qu’elle prolonge.