Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 47 Le Despote stupide, en faisant des avances, subit une rude correction ; le froid gentilhomme, craignant le malheur, fuit en pays étranger
獃霸王調情遭苦打 冷郎君懼禍走他鄉
Le Despote stupide, en faisant des avances, subit une rude correction
le froid gentilhomme, craignant le malheur, fuit en pays étranger
話說王夫人聼見邢夫人來了,連忙迎了出去。邢夫人猶不知賈母已知鴛鴦之事,正還又來打聼信息,進了院門,早有幾個婆子悄悄的囬了他,他纔知道。待要囬去,裡面已知。又見王夫人接了出來,少不得進來,先與賈母請安。賈母一聲兒不言語,自己也覺得愧悔。鳳姐兒早指一事𢌞避了。鴛鴦也自囬房去生氣。薛姨媽王夫人等恐碍着邢夫人的臉面,也都漸漸退了。邢夫人且不敢出去。
Lorsque Madame Wang apprit l’arrivée de Madame Xing, elle s’empressa de sortir à sa rencontre. Madame Xing ignorait encore que l’aïeule Jia avait été informée de l’affaire de Yuanyang et revenait justement aux nouvelles. Dès qu’elle eut franchi la porte de la cour, plusieurs vieilles servantes l’avertirent tout bas, et elle comprit alors ce qui s’était passé. Elle aurait voulu repartir, mais on savait déjà à l’intérieur qu’elle était là ; voyant en outre Madame Wang venue l’accueillir, elle dut entrer et commencer par présenter ses respects à l’aïeule Jia. Celle-ci ne prononça pas un mot, et Madame Xing elle-même se sentait honteuse et pleine de remords. Xifeng avait depuis longtemps prétexté une affaire pour s’esquiver. Yuanyang, elle aussi, était retournée dans sa chambre ruminer sa colère. La tante Xue, Madame Wang et les autres, craignant de mettre Madame Xing dans l’embarras, se retirèrent peu à peu. Madame Xing, quant à elle, n’osait pas encore sortir.
賈母見無人,方說道:「我聼見你替你老爺說媒來了。你倒也三從四德的。只是這賢惠也太過了!你們如今也是孫子兒子滿眼了,你還怕他使性子。我聞得你𮟃由着你老爺的那性兒閙。」邢夫人滿面通紅,囘道:「我勸過幾次不依。老太太還有什麽不知道的呢,我也是不得已兒。」賈母道:「他逼着你殺人,你也殺去?如今你也想想:你兄弟媳婦,本來老實,又生的多病多痰,上上下下,那不是他操心?你一個媳婦,雖然帮着,也是天天丢下爬兒弄掃箒。凡百事情,我如今自己减了,他們兩個就有些不到的去處,有鴛鴦那孩子𮟃心細些,我的事情他還想着一㸃子,該要的,他就要了來;該添什麽,他就趂空兒告訴他們添了。鴛鴦再不這様,他娘兒兩個,裡頭外頭,大的小的,那裡不忽畧一件半件,我如今反倒自己操心去不成?還是天天盤筭,和他們要東要西去?我這屋裡,有的没有的,剩了他一個,年紀也大些,我凡做事的脾氣性格兒,他還知道些。他二則也還投主子的緣法,他也並不指着我和那位太太要衣裳去,又和那位奶奶要銀子去。所以這幾年,一應事情,他說什麽,從你小嬸和你媳婦起,至家下大大小小,没有不信的。所以不单我得靠,連你小嬸媳婦也都省心。我有了這麽個人,便是媳婦、孫子媳婦想不到的,我也不得缺了,也没氣可生了。這會子,他去了,你們又弄了什麽人来我使?你們就弄他那麽一個真珠的人來,不㑹說話也無用。我正要打發人和你老爺說去,他要什麽人,我這裡有錢,呌他只𬋩一萬八千的買去。就是要這個丫頭,不能留下他伏侍我幾年?就比他日夜伏侍我盡了孝的一般。你来的也巧,就去說,更妥當了。」說𭺾,命人來:「請了姨太太你姑娘們來。纔高興說個話兒,怎麽又都散了!」
Quand l’aïeule Jia vit qu’il ne restait plus personne, elle dit enfin : « J’ai entendu dire que tu étais venue faire une demande en mariage au nom de ton seigneur. Tu pratiques vraiment bien les trois obéissances et les quatre vertus ! Seulement, cette sagesse conjugale va un peu trop loin. À présent, fils et petits-fils vous entourent de toutes parts, et tu crains encore qu’il ne fasse une colère ? J’entends dire que tu laisses toujours ton seigneur faire toutes les scènes que lui dicte son caractère. » Le visage écarlate, Madame Xing répondit : « J’ai essayé plusieurs fois de l’en dissuader, mais il n’a rien voulu entendre. Que pourrait-il y avoir que l’aïeule ignore ? Je n’avais vraiment pas le choix. » L’aïeule Jia reprit : « S’il te forçait à tuer quelqu’un, irais-tu donc le tuer ? Réfléchis un peu. Ta belle-sœur cadette est honnête de nature, mais maladive et toujours encombrée de glaires ; dans toute la maison, en haut comme en bas, de qui n’a-t-elle pas à se soucier ? Ta belle-fille l’aide, certes, mais chaque jour elle lâche le râteau pour empoigner le balai. J’ai maintenant réduit moi-même toutes sortes d’affaires ; pourtant, dès que ces deux-là négligent quelque chose, Yuanyang, qui est plus attentive, pense encore un peu à mes besoins : s’il faut quelque chose, elle le fait apporter ; s’il faut ajouter quelque fourniture, elle profite d’un moment libre pour leur en parler. Sans Yuanyang, entre la mère et la fille, au-dedans comme au-dehors, pour les grandes comme pour les petites choses, comment ne leur arriverait-il pas d’en négliger une ou deux ? Faudrait-il donc que je recommence à m’en préoccuper moi-même, à faire mes comptes tous les jours et à leur réclamer ceci ou cela ? Dans mon appartement, parmi toutes celles qui sont encore là ou qui sont parties, elle reste la seule qui soit déjà un peu âgée et qui connaisse quelque peu mon caractère et mes habitudes. En outre, elle a encore cette affinité qui l’attache à sa maîtresse : elle ne compte pas sur moi pour aller demander des vêtements à telle dame, ni sur telle maîtresse pour obtenir de l’argent. Aussi, depuis quelques années, quoi qu’elle dise au sujet des affaires de la maison, depuis ta jeune belle-sœur et ta belle-fille jusqu’au moindre membre de la domesticité, il n’est personne qui ne lui fasse confiance. Je ne suis donc pas seule à m’appuyer sur elle : ta jeune belle-sœur et ta belle-fille elles-mêmes s’en trouvent soulagées. Avec une telle personne auprès de moi, même si mes belles-filles ou les femmes de mes petits-fils oublient quelque chose, rien ne me manque et je n’ai pas lieu de me fâcher. Maintenant qu’elle s’en va, quelle personne allez-vous encore me trouver pour me servir ? Vous pourriez m’en amener une qui soit une véritable perle : si elle ne savait pas parler, elle ne me servirait à rien. J’allais justement envoyer quelqu’un parler à ton seigneur. S’il lui faut une femme, j’ai de l’argent ici : qu’il en achète une, dût-il y mettre dix ou vingt mille taëls ! Mais s’il veut précisément cette fille, ne peut-il me la laisser encore quelques années pour me servir ? Ce serait comme s’il me témoignait lui-même, jour et nuit, toute sa piété filiale. Tu arrives fort à propos : si tu vas le lui dire, ce sera encore mieux. » Après quoi elle ordonna : « Allez inviter la tante et les jeunes filles. Nous étions justement en train de bavarder gaiement ; pourquoi se sont-elles toutes dispersées ? »
丫頭忙答應找去了。衆人赶忙的又来。只有薛姨媽向那丫鬟道:「我纔来了,又做什麽去?你就說我𪾶了。」那丫頭道:「好親親的姨太太,姨祖宗!我們老太太生氣呢,你老人家不去,没個開交了,只當疼我們罷!你老人家怕走,我背了你老人家去。」薛姨媽笑道:「小鬼頭兒,你怕些什麽,不過罵幾句就完了。」說着,只得和這小丫頭子走來。賈母忙讓坐,又笑道:「偺們鬥牌罷,姨太太的牌也生,偺們一處坐着,别呌鳯姐兒混了我們去。」薛姨媽笑道:「正是呢!老太太替我看着些兒。就是偺們娘兒四個鬬呢,還是添一兩個人呢?」王夫人笑道:「可不只四個人。」鳳姐兒道:「再添一個人,熱閙些。」賈母道:「呌鴛鴦來,呌他在這下手裡坐着,姨太太的眼花了,偺們兩個的牌,都呌他看着些兒。」鳯姐笑了一聲,向探春道:「你們知書識字的,倒不學筭命?」探春道:「這又竒了,這會子你不打㸃精神𫎣老太太幾個錢,又想筭命?」鳯姐兒道:「我正要筭筭今兒該輸多少,我還想𫎣呢?你瞧瞧,塲兒没上,左右都埋伏下了。」說的賈母薛姨媽都笑起来。
Une servante répondit aussitôt et partit les chercher. Toutes revinrent en hâte. Seule la tante Xue dit à la petite servante : « Je viens à peine de partir ; pourquoi faudrait-il que j’y retourne ? Dis seulement que je me suis endormie. » La servante répondit : « Ma bonne, ma chère tante ! Vénérable tante-aïeule ! Notre aïeule est en colère. Si vous n’y allez pas, il n’y aura aucun moyen de l’apaiser. Faites-le seulement par affection pour nous ! Si vous craignez de marcher, je vous porterai sur mon dos. » La tante Xue rit : « Petite diablesse, qu’est-ce qui t’effraie ? Elle nous grondera quelques phrases, et ce sera fini. » Tout en parlant, elle dut suivre la fillette. L’aïeule Jia l’invita aussitôt à s’asseoir et dit en riant : « Jouons donc aux tuiles. La tante manque aussi d’entraînement ; restons assises ensemble et ne laissons pas Xifeng nous embrouiller. » La tante Xue répondit en riant : « Justement ! Que l’aïeule garde un peu l’œil sur mon jeu. Jouons-nous seulement toutes les quatre, ou ajoutons-nous encore une ou deux personnes ? » Madame Wang dit en souriant : « Il n’en faut pourtant que quatre. » Xifeng intervint : « Ajoutons-en encore une, ce sera plus animé. » L’aïeule Jia dit : « Faites venir Yuanyang et qu’elle s’asseye à ma gauche. La tante a la vue trouble ; elle surveillera un peu nos deux jeux. » Xifeng partit d’un rire et dit à Tanchun : « Vous qui connaissez les livres et les caractères, comment se fait-il que vous n’appreniez pas à dire la bonne aventure ? » Tanchun répondit : « Voilà qui est étrange ! Au lieu de rassembler tes esprits pour gagner quelques pièces à l’aïeule, tu songes maintenant à faire dire ta bonne aventure ? » Xifeng dit : « Je veux justement calculer combien je dois perdre aujourd’hui. Et tu crois encore que je songe à gagner ? Regarde donc : la partie n’est pas commencée que des embuscades sont déjà dressées à droite et à gauche. » Ces mots firent rire l’aïeule Jia et la tante Xue.
一時鴛鴦来了,便坐在賈母下首。鴛鴦之下,便是鳯姐兒。鋪下紅毡,洗牌告么,五人起牌,鬬了一囬。鴛鴦見賈母的牌已十成,只等一張二餅,便遞了暗號兒與鳯姐兒。鳯姐兒正該發牌,便故意躇蹰了半晌,笑道:「我這一張牌定在姨媽手裡扣着呢,我若不發這一張牌,再頂不下來的。」薛姨媽道:「我手裡並没有你的牌。」鳳姐兒道:「我囬來是要查的。」薛姨媽道:「你只管查。你且發下來,我睄睄是張什麽。」鳳姐兒便送在薛姨媽跟前,薛姨媽一看,是個二餅,便笑道:「我倒不稀罕他,只怕老太太滿了。」鳳姐𦗟了,忙笑道:「我發錯了。」賈母笑的已擲下牌來,說:「你敢拿囬去!誰呌你錯的不成?」鳯姐兒道:「可是我要筭一筭命呢!這是自己發的,也怨不得人了。」賈母笑道:「可是你自己打着你那嘴,問着你自己纔是。」又向薛姨媽笑道:「我不是小氣愛𫎣錢,原是個彩頭兒。」薛姨媽笑道:「我們可不是這様想,那裡有那様糊𡍼人,說老太太愛錢呢?」
Yuanyang arriva bientôt et s’assit à gauche de l’aïeule Jia ; à côté d’elle prit place Xifeng. On étendit le feutre rouge, on mêla les tuiles, on annonça le premier joueur, et les cinq femmes prirent leur jeu. Après quelque temps, Yuanyang vit que celui de l’aïeule Jia était entièrement formé et qu’il ne lui manquait plus que la tuile des Deux Cercles. Elle fit donc secrètement signe à Xifeng. C’était justement à celle-ci de jouer ; elle hésita exprès un long moment, puis dit en riant : « Cette tuile à moi doit être retenue dans le jeu de ma tante. Si je ne la joue pas, je n’en recevrai vraiment aucune autre. » La tante Xue répondit : « Je n’ai aucune de tes tuiles. » Xifeng dit : « Je vérifierai tout à l’heure. » La tante Xue répondit : « Vérifie autant que tu voudras. Joue-la donc d’abord, que je voie ce que c’est. » Xifeng la posa devant elle. La tante Xue vit que c’était un Deux Cercles et dit en riant : « Pour ma part, je n’en ai nul besoin ; mais je crains que l’aïeule n’ait ainsi son jeu complet. » À ces mots, Xifeng s’écria précipitamment en riant : « Je me suis trompée de tuile ! » Mais l’aïeule Jia avait déjà jeté son jeu sur la table et riait : « Oserais-tu la reprendre ? Qui t’a donc obligée à te tromper ? » Xifeng répondit : « Voilà bien pourquoi je voulais faire calculer mon destin ! Puisque je l’ai jouée moi-même, je ne puis m’en prendre à personne. » L’aïeule Jia dit en riant : « Tu n’as qu’à te gifler toi-même et à t’interroger toi-même. » Puis elle ajouta à l’adresse de la tante Xue : « Ce n’est pas que je sois mesquine et que j’aime gagner de l’argent ; je cherche seulement un heureux présage. » La tante Xue répondit en souriant : « Nous ne pensons nullement cela. Qui pourrait être assez sot pour dire que l’aïeule aime l’argent ? »
鳯姐兒正數着錢,𦗟了這話,忙又把錢穿上了,向衆人笑道:「彀了我的了。竟不爲𫎣錢,單爲𫎣彩頭兒。我到底小器,輸了就數錢。快收起來罷。」賈母是規矩鴛鴦代洗牌的,因和薛姨媽說笑。不見鴛鴦動手。賈母道:「你怎麽惱了,連牌也不替我洗?」鴛鴦拿起牌來笑道:「奶奶不給錢。」賈母道:「他不給錢,那是他交運了。」便命小丫頭子:「把他那一吊錢都拿過來!」小丫頭子真就拿了,擱在賈母傍邊。鳯姐兒忙笑道:「賞我罷!照數兒給就是了。」薛姨媽笑道:「果然鳯姐兒小器,不過頑兒罷了。」
Xifeng était justement en train de compter ses sapèques. À ces mots, elle les remit aussitôt sur leur cordelette et dit à toutes en riant : « En voilà assez pour moi ! Ainsi, ce n’est pas pour gagner de l’argent, mais seulement pour gagner un heureux présage. C’est moi qui suis mesquine : à peine ai-je perdu que je compte déjà mes pièces. Rangez-les vite. » D’ordinaire, c’était Yuanyang qui rebattait les tuiles pour l’aïeule Jia ; mais celle-ci, occupée à plaisanter avec la tante Xue, ne la vit pas se mettre à l’ouvrage. Elle lui demanda : « Pourquoi te fâches-tu ? Tu ne veux même plus mêler les tuiles pour moi ? » Yuanyang les ramassa et répondit en souriant : « La maîtresse ne paie pas. » L’aïeule Jia dit : « Si elle ne paie pas, c’est qu’elle a passé le cap de la chance. » Puis elle ordonna à une petite servante : « Apporte-moi toute sa ligature de sapèques ! » La fillette alla vraiment la prendre et la posa à côté de l’aïeule Jia. Xifeng s’empressa de dire en riant : « Faites-m’en cadeau ! Je vous en donnerai exactement la même somme. » La tante Xue rit : « Décidément, Xifeng est bien mesquine ; ce n’est pourtant qu’un jeu. »
鳯姐兒𦗟說,便站起來,拉住薛姨媽,囬頭指着賈母素日放錢的一個木箱子,笑道:「姨媽悄悄,那個裡頭不知頑了我多少去了!這一吊錢頑不了半個時辰,那裡頭的錢就招手兒呌他了。只等把這一吊也呌進去了,牌也不用鬬了,老祖宗氣也平了,又有正經事差我辦去了。」話未說完,引的賈母衆人笑個不住。正說着,偏平兒怕錢不彀,又送了一吊來。鳯姐兒道:「不用放在我跟前,也放在老太太的那一處罷:一齊呌進去,倒省事,不用做兩次,呌箱子裡的錢費事。」賈母笑的手裡的牌撒了一桌子,推着鴛鴦,呌:「快撕他的嘴!」
À ces mots, Xifeng se leva, saisit la tante Xue par la main et, se retournant, lui montra du doigt un coffret de bois où l’aïeule Jia avait coutume de déposer son argent. Elle dit en riant : « Ma tante, tout bas ! Vous ne savez pas combien ce coffret m’a déjà pris au jeu ! Cette ligature-ci ne durera pas une demi-heure : l’argent qui se trouve là-dedans lui fait déjà signe de venir. Dès qu’il l’aura fait entrer, lui aussi, nous n’aurons plus besoin de jouer ; la Vieille Aïeule aura retrouvé son calme et elle me confiera quelque affaire sérieuse. » Elle n’avait pas fini que l’aïeule Jia et toutes les autres riaient sans pouvoir s’arrêter. À ce moment précis, Ping’er, craignant que l’argent ne suffît pas, apporta encore une ligature. Xifeng lui dit : « Inutile de la poser devant moi ; mets-la plutôt au même endroit, auprès de l’aïeule. Que le coffret l’appelle en même temps que l’autre : cela simplifiera les choses et lui évitera la peine de recommencer deux fois. » L’aïeule Jia rit si fort que les tuiles qu’elle tenait se répandirent sur toute la table. Poussant Yuanyang, elle cria : « Vite, va lui déchirer la bouche ! »
平兒依言,放錢下,也笑了一囬,方囬來。至院門前,遇見賈璉,問他:「太太在那裡呢?老爺呌我請過去呢。」平兒忙笑道:「在老太太跟前站了這半日,還没動呢。趂早兒丢開手罷。老太太生了半日氣,這會子,虧二奶奶凑了半日的趣兒,纔畧好了些。」賈璉道:「我過去,只說討老太太示下,十四徃頼大家去不去,好預偹轎子的。又請了太太,又凑了趣兒,豈不好。」平兒笑道:「依我說,你竟别過去罷。合家子連太太寶玉都有了不是,這㑹子你又填限去了。」賈璉道:「已經完了,難道還找補不成?况且與我又無干。二則老爺親自吩咐我請太太的,這會子我打𤼵了人去,倘或知道了,正没好氣呢,指着這個拿我出氣罷。」說着就走。平兒見他說的有理,也便跟了過來。
Ping’er posa l’argent comme on le lui avait dit et rit elle aussi un moment avant de repartir. Près de la porte de la cour, elle rencontra Jia Lian, qui lui demanda : « Où est Madame ? Mon seigneur m’envoie la chercher. » Ping’er répondit précipitamment en souriant : « Elle se tient depuis une bonne partie de la journée auprès de l’aïeule et n’a pas encore bougé. Vous feriez mieux d’abandonner au plus vite. L’aïeule a été en colère pendant la moitié de la journée ; ce n’est que grâce aux plaisanteries dont la seconde maîtresse l’a régalée tout ce temps qu’elle va un peu mieux. » Jia Lian dit : « J’irai seulement demander les instructions de l’aïeule : veut-elle se rendre chez Lai Da le quatorze ? Il faut préparer les palanquins. J’en profiterai pour inviter Madame et pour égayer l’aïeule ; ne sera-ce pas très bien ? » Ping’er sourit : « À mon avis, vous feriez mieux de ne pas y aller. Dans toute la famille, Madame et Baoyu lui-même ont déjà reçu leur part de reproches ; et voilà que vous allez vous jeter à votre tour dans le piège. » Jia Lian répondit : « Puisque tout est déjà fini, va-t-elle vraiment recommencer ? De plus, cette affaire ne me concerne en rien. Ensuite, mon seigneur m’a ordonné lui-même d’aller chercher Madame. Si j’envoyais maintenant quelqu’un à ma place et qu’il l’apprenait, il est justement de mauvaise humeur : il profiterait de l’occasion pour passer sa colère sur moi. » Là-dessus, il se mit en route. Ping’er trouvant son raisonnement juste, elle le suivit.
賈璉到了堂屋裡,便把脚歩放輕了,往裡間探頭,只見邢夫人站在那裡。鳯姐兒眼尖,先瞧見了,便使眼色兒,不命他進来,又使眼色與邢夫人。邢夫人不便就走,只得倒了一碗茶來,放在賈母跟前。賈母一囬身,賈璉不防,便没躱過。賈母便問:「外頭是誰?倒像個小子一伸頭的是的。」鳯姐兒忙起身說:「我也恍惚看見有一個人影兒。」一面說,一面起身出來。賈璉忙進去,陪笑道:「打聼老太太十四可出門?好預備轎子。」賈母道:「旣這麽様,怎麽不進來,又做鬼做神的?」賈璉陪笑道:「見老太太頑牌,不敢驚動,不過呌媳婦出来問問。」賈母道:「就忙到這一時,等他家去,你問他多少問不得?那一遭兒你這麽小心來着?又不知是来做耳報神的,也不知是来做探子的,鬼鬼祟祟,倒嚇我一跳。什麽好下流種子!你媳婦和我頑牌呢,還有半日的空兒,你家去再和那趙二家的商量治你媳婦去罷。」說着,衆人都笑了。鴛鴦笑道:「鮑二家的,老宗祖又拉上趙二家的去。」賈母也笑道:「可是,我那裡記得什麽抱着背着的,提起這些事來,不由我不生氣。我進了這門子,做重孫媳婦起,到如今,我也有個重孫子媳婦了,連頭帶尾五十四年,凴着大驚大險、千竒百怪的事,也經了些,從没經過這些事。還不離了我這裡呢!」
Arrivé dans la salle principale, Jia Lian ralentit le pas et passa la tête dans la pièce intérieure. Il vit Madame Xing debout à l’intérieur. Xifeng, qui avait la vue perçante, l’aperçut la première et lui fit signe de ne pas entrer ; elle adressa aussi un signe à Madame Xing. Celle-ci ne pouvait cependant partir immédiatement : elle versa donc un bol de thé et le posa devant l’aïeule Jia. Cette dernière se retourna soudain ; pris au dépourvu, Jia Lian ne put se cacher. Elle demanda : « Qui est dehors ? On aurait dit un garçon qui passait la tête. » Xifeng se leva aussitôt et dit : « Moi aussi, il m’a semblé apercevoir une silhouette. » Tout en parlant, elle sortit. Jia Lian entra précipitamment et dit avec un sourire flatteur : « Je venais demander si l’aïeule sortira le quatorze, afin de préparer les palanquins. » L’aïeule Jia répondit : « Puisque c’est pour cela, pourquoi n’es-tu pas entré ? Pourquoi jouer encore au fantôme et à l’esprit ? » Jia Lian répondit toujours en souriant : « Voyant l’aïeule jouer, je n’osais pas la déranger. Je voulais seulement demander à ma femme de sortir pour l’interroger. » L’aïeule Jia dit : « Est-ce donc si pressé ? Quand elle sera rentrée chez elle, ne pourras-tu lui poser toutes les questions que tu voudras ? Depuis quand es-tu si circonspect ? Je ne sais si tu es venu jouer les rapporteurs ou les espions ; à rôder ainsi comme un voleur, tu m’as fait sursauter. Quel ignoble rejeton ! Ta femme joue avec moi et il reste encore la moitié de la journée. Retourne chez toi discuter avec la femme de Zhao Er de la façon dont vous allez maltraiter ton épouse. » Toutes se mirent à rire. Yuanyang dit en souriant : « C’était la femme de Bao Er ; notre vénérable ancêtre y mêle encore la femme de Zhao Er. » L’aïeule Jia rit elle aussi : « Évidemment ! Comment me souviendrais-je de tous ces Bao et de tous ces Zhao ? Mais il me suffit d’évoquer ces choses pour me remettre en colère. Je suis entrée dans cette maison comme femme d’un arrière-petit-fils ; aujourd’hui, j’ai moi-même une arrière-petite-fille par alliance. Du commencement à la fin, cela fait cinquante-quatre ans. J’ai traversé bien des périls, vu bien des prodiges et toutes sortes d’étrangetés ; jamais encore je n’avais connu de pareilles histoires. Et elles se passent sans même quitter ma maison ! »
賈璉一聲兒不敢說,忙退了出來。平兒在窗外站着,悄悄笑道:「我說你不聼,倒底碰在網裡了。」正說着,只見邢夫人也出來。賈璉道:「都是老爺閙的,如今都擱在我和太太身上。」邢夫人道:「我把你這没孝心的種子!人家還替老子𭮀呢。白說了幾句,你就抱怨天、抱怨地了。你還不好好的呢,這幾日生氣,仔細他搥你。」賈璉道:「太太快過去罷,呌我来請了好半日了。」說着,送他母親出来過那邊去。邢夫人將方纔的話只略說了幾句,賈赦無法,又且含愧,自此便告了病,且不敢見賈母,只打發邢夫人及賈璉每日過去請安。只得又各處遣人搆求尋覔,終久費了八百兩銀子,買了一個十七歲女孩子來,名喚嫣紅,𭣣在屋裡,不在話下。
Jia Lian n’osa souffler mot et se retira en hâte. Ping’er, restée sous la fenêtre, lui dit tout bas en riant : « Je vous avais prévenu, mais vous n’avez pas voulu m’écouter ; vous êtes tout de même tombé dans le filet. » Tandis qu’elle parlait, Madame Xing sortit à son tour. Jia Lian dit : « C’est mon seigneur qui a provoqué tout ce tapage, et maintenant tout retombe sur Madame et sur moi. » Madame Xing répondit : « Espèce de fils sans piété filiale ! D’autres iraient jusqu’à mourir pour leur père. On t’a seulement adressé quelques reproches, et déjà tu te plains du Ciel et de la Terre. Veille encore à bien te conduire : il est en colère depuis plusieurs jours ; prends garde qu’il ne te rosse. » Jia Lian dit : « Madame ferait mieux de se hâter. Il m’a envoyé vous chercher depuis longtemps. » Là-dessus, il reconduisit sa mère et l’accompagna de l’autre côté. Madame Xing rapporta brièvement quelques-unes des paroles qu’elle venait d’entendre. Jia She, ne sachant que faire et se sentant honteux, se déclara dès lors malade et n’osa plus se présenter devant l’aïeule Jia. Il se contenta d’envoyer chaque jour Madame Xing et Jia Lian lui présenter leurs respects. Il dépêcha des gens de tous côtés pour chercher et solliciter des entremetteurs ; finalement, il dépensa huit cents taëls d’argent pour acheter une jeune fille de dix-sept ans, nommée Yanhong, qu’il prit dans son appartement. Mais ceci n’appartient pas à notre récit.
這裡闘了半日牌,吃晚飯纔罷。此一二日間無話。
Ici, la partie se poursuivit pendant une bonne partie de la journée et ne prit fin qu’après le dîner. Il ne se passa rien de notable durant le jour ou les deux jours suivants.
轉眼到了十四黒早,頼大的媳婦又進來請。賈母高興,便帶了王夫人薛姨媽及寳玉姊妹等,至賴大花園中坐了半日。那花園雖不及大觀園,𨚫也十分齊整寛濶,泉石林木,樓臺亭軒,也有好幾處動人的。外面大㕔上,薛蟠、賈珍、賈璉、賈蓉並幾個近族的都來了。那頼大家内,也請了幾個現任的官長並幾個大家子弟作陪。因其中有個柳湘蓮,薛蟠自上次會過了一次,已念念不忘,又打聼他最喜串戱,且都串的是生旦風月𭟼文,不免錯㑹了意,悞認他做了風月子弟,正要與他相交,恨没有個引進,這日可巧遇見,樂得無可不可。且賈珍等也慕他的名,酒葢住了臉,就求他串了兩齣戲。下來移席和他一處坐着,問長問短,說東說西。
En un clin d’œil arriva le matin du quatorze. La femme de Lai Da vint de nouveau présenter son invitation. L’aïeule Jia, de bonne humeur, emmena Madame Wang, la tante Xue, Baoyu et les jeunes filles passer une bonne partie de la journée dans le jardin de Lai Da. Bien que ce jardin ne pût se comparer au Jardin aux Grandes Vues, il était parfaitement ordonné, vaste et dégagé ; sources, rochers, bosquets, arbres, pavillons à étages, terrasses, kiosques et galeries y offraient plus d’un site charmant. Dans la grande salle extérieure étaient venus Xue Pan, Jia Zhen, Jia Lian, Jia Rong et plusieurs proches parents. La maison de Lai Da avait également convié quelques hauts fonctionnaires en exercice et plusieurs jeunes gens de grandes familles à leur tenir compagnie. Parmi eux se trouvait Liu Xianglian. Depuis leur précédente rencontre, Xue Pan ne cessait de penser à lui. Ayant en outre appris qu’il aimait particulièrement jouer la comédie en amateur, et qu’il interprétait toujours des rôles de jeunes hommes ou de jeunes femmes dans des scènes d’amour, il avait inévitablement compris de travers et l’avait pris pour un débauché. Il brûlait donc de se lier avec lui, mais regrettait de n’avoir personne pour les présenter. Le rencontrant par bonheur ce jour-là, il fut transporté de joie. Jia Zhen et les autres admiraient également sa réputation ; lorsque le vin leur eut couvert le visage, ils le prièrent d’interpréter deux scènes. Une fois descendu de scène, on déplaça les sièges pour l’installer avec eux, et chacun lui posa mille questions et l’entretint de tout et de rien.
那柳湘蓮原係世家子弟,讀書不成,父母早喪,素性𤕤侠,不拘細事,酷好耍鎗舞劔,賭博吃酒,已至眠花卧柳,吹笛弹筝,無所不爲。因他年紀又輕,生得又美,不知他身分的人,都悞認作優伶一類。那頼大之子頼尙榮,與他素昔交好,故今日請來做陪。不想酒後别人猶可,獨薛蟠又犯了舊病,心中早已不快,得便意欲走開完事,無奈頼尙榮又說:「方纔寳二爺又囑咐我,纔一進門,雖見了,只是人多不好說話,呌我嘱咐你,散的時候别走,他還有話說呢。你旣一定要去,等我呌出他来,你兩個見了再走,與我無干。」說着,便命小厮們:「到裡頭,找一個老婆子,悄悄告訴,請出寳二爺來。」那小厮去了,没一杯茶時,果見寳玉出來了。賴尙榮向寳玉笑道:「好叔叔,把他交給你,我張羅人去了。」說着,已經去了。
Liu Xianglian était le rejeton d’une ancienne famille. Il n’avait pas réussi dans ses études et avait perdu ses parents de bonne heure. D’un naturel indépendant et chevaleresque, il ne s’embarrassait pas de vétilles. Il adorait manier la lance et danser avec l’épée, jouer, boire, fréquenter les fleurs et les saules, souffler dans la flûte et pincer la cithare ; il n’était rien qu’il ne fît. Comme il était encore très jeune et d’une grande beauté, ceux qui ignoraient son rang le prenaient tous, à tort, pour un comédien. Lai Shangrong, fils de Lai Da, était depuis longtemps son ami ; c’était pourquoi il l’avait invité ce jour-là. Après avoir bu, les autres se tinrent encore convenablement, mais Xue Pan seul retomba dans son ancien travers. Liu Xianglian en fut bientôt contrarié et n’attendit qu’une occasion de s’esquiver pour en finir. Malheureusement, Lai Shangrong lui dit encore : « Tout à l’heure, le second maître Bao m’a fait une recommandation. Il t’a vu dès son arrivée, mais, comme il y avait trop de monde, il ne pouvait te parler. Il m’a chargé de te dire de ne pas partir à la fin du banquet, car il a encore quelque chose à te dire. Puisque tu tiens absolument à t’en aller, attends que je le fasse sortir. Vous vous verrez avant ton départ, et ensuite cela ne me regardera plus. » Puis il ordonna aux petits valets : « Allez à l’intérieur, trouvez une vieille servante et dites-lui discrètement de faire sortir le second maître Bao. » Le valet partit et, avant le temps de boire une tasse de thé, Baoyu apparut effectivement. Lai Shangrong lui dit en riant : « Mon bon petit oncle, je vous le confie ; je dois aller m’occuper des invités. » Là-dessus, il s’en alla.
寳玉便拉了柳湘蓮到㕔側書房中坐下,問他:「這幾日可到秦鍾的坟上去了?」湘蓮道:「怎麽不去?前日我們幾個放鷹去,離他坟上還有二里,我想今年夏天雨水勤,恐怕他的坟站不住,我背着衆人走到那裡去瞧了一瞧,略又動了一㸃子。囬家來就便弄了幾百錢,第三日一早出去,僱了兩個人,收什好了。」寳玉說:「怪道呢。上月我們大觀園的池子裡頭結了蓮蓬,我摘了十個,呌焙茗出去,到坟上供他去。囬來我也問他,可被雨冲壊了没有。他說不但没冲,更比上囬新了些。我想着,必是這幾個朋友新𭣣拾了。我只恨我天天圈在家裡,一㸃兒做不得主,行動就有人知道,不是這個攔,就是那個勸的,能說不能行。雖然有錢,又不由我使。」柳湘蓮道:「這個事也用不着你操心,外頭有我,你只心裡有了就是了。眼前十月初一日,我已經打㸃下上坟的花消。你知道,我一貧如洗,家裡是没的積聚的。總有幾個錢來,隨手就光的。不如趂空兒留下這一分,省的到了跟前扎煞手。」寳玉道:「我也正爲這個,要打發焙茗找你,你又不大在家,知道你天天萍踪浪跡,没個一定的去處。」柳湘蓮道:「你也不用找我,這個事也不過各盡其道。眼前我還要出門去走走,外頭逛逛,三年五載再囬來。」寳玉𦘏了,忙問:「這是爲何?」柳湘蓮冷笑道:「我的心事,等到跟前,你自然知道。我如今要别過了。」寳玉道:「好容易會着,晚上同散,豈不好?」湘蓮道:「你那令姨表兄𮟃是那様。再坐着,未免有事,不如我𢌞避了倒好。」寳玉想一想,說道:「旣是這麼様,倒是𢌞避他爲是。只是你要果真遠行,必須先告訴我一聲,千萬别悄悄的去了。」說着,便滴下淚来。
Baoyu emmena Liu Xianglian par la main dans le cabinet d’étude attenant à la salle et le fit asseoir. Il lui demanda : « Es-tu allé ces jours-ci sur la tombe de Qin Zhong ? » Xianglian répondit : « Comment n’y serais-je pas allé ? Avant-hier, nous étions plusieurs à faire voler des faucons à deux lis environ de sa tombe. Comme les pluies ont été fréquentes cet été, je craignais que le tertre n’ait pas tenu. J’ai quitté les autres sans les prévenir pour aller y jeter un coup d’œil et j’ai vu que la terre avait un peu bougé. En rentrant, j’ai aussitôt réuni quelques centaines de sapèques ; le surlendemain, de bon matin, j’ai engagé deux hommes et fait remettre la tombe en état. » Baoyu dit : « Je comprends maintenant. Le mois dernier, des gousses de lotus avaient poussé dans l’étang de notre Jardin aux Grandes Vues. J’en ai cueilli dix et j’ai envoyé Beiming les offrir sur sa tombe. À son retour, je lui ai demandé si la pluie l’avait endommagée. Il m’a répondu que non seulement elle ne l’avait pas abîmée, mais qu’elle paraissait même plus neuve que la fois précédente. Je me suis dit que quelques-uns de ses amis avaient dû la réparer. Je déteste seulement d’être enfermé chez moi chaque jour, incapable de décider de quoi que ce soit. Dès que je fais un mouvement, quelqu’un le sait : l’un m’arrête, l’autre me dissuade. Je sais parler, mais je ne puis agir. J’ai beau avoir de l’argent, je ne suis même pas libre de m’en servir. » Liu Xianglian répondit : « Tu n’as pas à te tourmenter pour cela. Je suis dehors, moi ; il suffit que tu gardes cette intention dans ton cœur. La fête du premier jour du dixième mois approche : j’ai déjà mis de côté les frais nécessaires pour aller sur sa tombe. Tu le sais, je suis pauvre comme Job et je n’ai aucune réserve chez moi. Quand quelques pièces me viennent, elles disparaissent aussitôt. Mieux vaut profiter de l’occasion pour mettre cette part de côté, afin de ne pas me retrouver les mains vides au dernier moment. » Baoyu dit : « C’était justement pour cela que je voulais envoyer Beiming te chercher. Mais tu es rarement chez toi : je sais que tu erres chaque jour comme une lentille d’eau, sans demeure fixe. » Liu Xianglian répondit : « Inutile de me chercher. Dans cette affaire, chacun ne fait que son devoir. Pour le moment, j’ai encore l’intention de partir et de courir le monde ; je reviendrai dans trois ou cinq ans. » À ces mots, Baoyu demanda vivement : « Pourquoi donc ? » Liu Xianglian eut un froid sourire : « Quant à ce que j’ai en tête, quand le moment sera venu, tu le sauras naturellement. Pour l’instant, je vais te faire mes adieux. » Baoyu dit : « Nous avons eu tant de peine à nous rencontrer ; pourquoi ne pas attendre ce soir pour partir avec tout le monde ? » Xianglian répondit : « Ton cousin, le fils de ta tante maternelle, est toujours tel qu’il était. Si je reste assis ici, il finira forcément par arriver quelque chose. Mieux vaut que je l’évite. » Baoyu réfléchit et dit : « Puisqu’il en est ainsi, tu fais bien de l’éviter. Seulement, si tu comptes vraiment partir au loin, tu dois absolument m’en avertir auparavant. Surtout, ne t’en va pas en secret. » En disant cela, il laissa couler ses larmes.
柳湘蓮說道:「自然要辭你去。你只别和别人說就是了。」說着,就站起來要走。又道:「你就進去罷,不必送我。」一面說,一面出了書房。剛至大門前,早遇見薛蟠在那裡亂呌:「誰放了小柳兒走了?」柳湘蓮聼了,火星亂迸,恨不得一拳打𭮀。復思酒後揮拳,又碍着頼尙榮的臉面,只得忍了又忍。薛蟠忽見他走出來,如得了珍寳,忙趔趄着走上去,一把拉住,笑道:「我的兄弟!你徃那裡去了?」湘蓮道:「走走就來。」薛蟠笑道:「你一去都没了興頭了,好歹坐一坐,就算疼我了。凴你什麽要𦂳的事,交給哥哥,只别忙。你有這個哥哥,你要做官𤼵財都容易。」湘蓮見他如此不堪,心中又恨又愧,早生一計,拉他到避净處,笑道:「你眞心和我好,𮟃是假心和我好呢?」薛蟠聼見這話,喜得心癢難撓,乜斜著眼笑道:「好兄弟,你怎麽問起我這様話來?我要是假心,立刻死在眼前!」湘蓮道:「旣如此,這裡不便。等坐一坐,我先走,你隨後出來,跟到我下處,偺們索性喝一夜酒。我那裡𮟃有兩個絶好的孩子,從没出門的。你可連一個跟的人也不用帶,到了那裡,伏侍人都是現成的。」薛蟠聼如此說,喜的酒醒了一半,說:「果然如此?」湘蓮笑道:「如何!人拿真心待你,你倒不信了!」薛蟠忙笑道:「我又不是獃子,怎麽有個不信的呢!旣如此,我又不認得,你先去了,我在那裡找你?」湘蓮道:「我這下處在北門外頭,你可捨得家,城外住一夜去?」薛蟠道:「有了你,我還要家做什麽?」湘蓮道:「旣如此,我在北門外頭橋上等你。偺們席上且吃酒去。你看我走了之後,你再走,他們就不留神了。」薛蟠𦗟了,連忙答應道是。
Liu Xianglian répondit : « Naturellement, je viendrai prendre congé de toi. Garde-toi seulement d’en parler aux autres. » Là-dessus, il se leva pour partir, puis ajouta : « Rentre donc ; inutile de me raccompagner. » Tout en parlant, il quitta le cabinet d’étude. Il venait d’atteindre la grande porte lorsqu’il entendit Xue Pan crier à tue-tête : « Qui a laissé partir le petit Liu ? » À ces mots, des étincelles de colère jaillirent dans l’esprit de Liu Xianglian, qui brûla de l’abattre d’un seul coup de poing. Mais il songea qu’une rixe entre gens ivres ferait perdre la face à Lai Shangrong et se contint encore et encore. Dès que Xue Pan le vit sortir, il crut découvrir un trésor ; il s’avança en titubant, lui saisit le bras et dit en riant : « Mon frère ! Où donc es-tu allé ? » Xianglian répondit : « Je faisais un tour ; je vais revenir. » Xue Pan dit en riant : « Dès que tu pars, toute la fête perd son agrément. Reste un moment, je t’en prie ; fais-le seulement par affection pour moi. Quelle que soit ton affaire urgente, confie-la à ton grand frère et ne te presse pas. Avec un frère comme moi, il te sera facile de devenir fonctionnaire et de faire fortune. » Voyant à quel point il était méprisable, Xianglian éprouva à la fois haine et honte. Une idée lui vint aussitôt. Il entraîna Xue Pan dans un endroit écarté et lui demanda en souriant : « Est-ce sincèrement que tu m’aimes, ou feins-tu seulement de m’aimer ? » À ces mots, Xue Pan fut si ravi que son cœur le démangeait sans qu’il pût se gratter. L’œil oblique, il répondit en souriant : « Mon bon frère, pourquoi me poser pareille question ? Si je ne suis pas sincère, que je tombe mort sur-le-champ ! » Xianglian dit : « Dans ce cas, cet endroit ne convient pas. Restons encore assis un moment ; je partirai le premier, puis tu sortiras derrière moi et tu me suivras jusqu’à mon logement. Là, nous boirons toute la nuit. J’ai aussi chez moi deux garçons d’une beauté incomparable qui ne sont jamais sortis. Tu n’auras pas besoin d’emmener un seul domestique : sur place, tout le monde sera prêt à nous servir. » À ces mots, Xue Pan fut si heureux qu’il dégrisa de moitié. Il demanda : « Est-ce bien vrai ? » Xianglian sourit : « Comment donc ! On t’offre son cœur sincère, et voilà que tu n’y crois pas ! » Xue Pan répondit précipitamment en riant : « Je ne suis tout de même pas un imbécile ; comment pourrais-je ne pas te croire ? Mais puisque je ne connais pas l’endroit, si tu pars le premier, où te trouverai-je ? » Xianglian dit : « Mon logement est hors de la Porte du Nord. Pourras-tu te passer de ta maison et passer une nuit hors des murs ? » Xue Pan répondit : « Dès lors que je t’ai, que ferais-je encore de ma maison ? » Xianglian dit : « Alors, je t’attendrai sur le pont, hors de la Porte du Nord. Pour le moment, retournons boire au banquet. Quand tu m’auras vu partir, tu t’en iras à ton tour ; ainsi, ils n’y prendront pas garde. » Xue Pan accepta avec empressement.
二人復又入席,飮了一囬。那薛蟠難熬,只拿眼看湘蓮,心内越想越樂,左一壺,右一壺,並不用人讓,自己便吃了又吃,不覺酒有八九分了。湘蓮便起身出來,瞅人不防,出至門外,命小厮杏奴:「先家去罷,我到城外就來。」說𭺾,已跨馬直出北門,橋上等候薛蟠。一頓飯的工夫,只見薛蟠𮪍著一匹大馬,遠遠的赶了来,張著嘴,瞪著眼,頭似撥浪鼓一般,不住左右亂瞧。及至從湘蓮馬前過去,只顧徃遠處瞧,不曾留心近處。湘蓮又笑又恨。他便也撒馬隨後跟來。薛蟠徃前看時,漸漸人烟稀少,便又圈馬囬來。再不想一囬頭見了湘蓮,如獲竒珍,忙笑道:「我說你是個再不失信的。」湘蓮笑道:「快往前走,仔細人看見跟了來,就不好了。」說著,先就撒馬前去。薛蟠也就𦂳𦂳跟來。
Tous deux retournèrent à table et burent encore un moment. Xue Pan ne tenait plus en place : il ne cessait de regarder Xianglian du coin de l’œil et se réjouissait de plus en plus à mesure qu’il imaginait ce qui l’attendait. Une cruche à gauche, une cruche à droite, sans attendre que personne l’y invitât, il but encore et encore, si bien qu’il fut bientôt ivre à huit ou neuf dixièmes. Xianglian se leva alors et sortit. Profitant d’un moment où personne ne le regardait, il franchit la porte et ordonna à son petit valet Xingnu : « Rentre d’abord à la maison ; je vais hors de la ville et je reviendrai bientôt. » Cela dit, il enfourcha son cheval, sortit droit par la Porte du Nord et attendit Xue Pan sur le pont. Au bout du temps d’un repas, il vit au loin Xue Pan arriver sur un grand cheval. La bouche ouverte, les yeux écarquillés, la tête tournant sans arrêt de droite et de gauche comme un tambour à boules, celui-ci regardait partout. Quand il passa devant le cheval de Xianglian, il ne songeait qu’à scruter le lointain et ne prêta aucune attention à ce qui se trouvait près de lui. Xianglian en riait autant qu’il s’en irritait. Il lança son cheval et le suivit. Voyant que les habitations se faisaient de plus en plus rares, Xue Pan fit faire demi-tour à sa monture. Il ne s’attendait nullement à apercevoir Xianglian derrière lui. Comme s’il venait de trouver un trésor merveilleux, il s’écria en souriant : « Je savais bien que tu ne manquerais jamais à ta parole. » Xianglian répondit en riant : « Avance vite. Si quelqu’un nous voit et nous suit, ce ne sera pas commode. » Là-dessus, il lança le premier son cheval en avant. Xue Pan le suivit de près.
湘蓮見前面人煙已稀,且有一帶葦塘,便下馬,將馬拴在樹上,向薛蟠笑道:「你下來,偺們先設個誓,日後要變了心,告訴人去的,便應誓。」薛蟠笑道:「這話有禮。」連忙下了馬,也拴在樹上,便跪下說道:「我要日久變心,告訴人去的,天誅地滅……」一言未了,只聼「鏜」的一聲,背後好似鐵鎚砸下來,只覺得一陣黒,滿眼金星亂迸,身不由己,便倒下了。湘蓮走上來瞧瞧,知道他是個不慣捱打的,只使了三分氣力,向他臉上拍了幾下,登時便「開了菓子舖」。薛蟠先還要扎挣起身,又被湘蓮用脚尖㸃了一㸃,仍舊跌倒。口内說道:「原来是兩家情愿,你不依,只管好說,爲什麽哄出我来打我?」一面說,一面亂罵。湘蓮道:「我把你這瞎了眼的,你認認柳大爺是誰!你不說哀求,你還傷我!我打死你也無益,只給你個利害罷!」說著,便取了馬鞭過來,從背後至脛,打了三四十下。薛蟠的酒早已醒了大半,不覺得疼痛難禁,不禁有「噯喲」之聲。湘蓮冷笑道:「也只如此!我只當你是不怕打的。」一面說,一面又把薛蟠的左腿拉起来,向葦中濘泥處拉了幾歩,滚的滿身泥水,又問道:「你可認得我了?」薛蟠不應,只伏著哼哼。湘蓮又擲下鞭子,用拳頭向他身上擂了幾下,薛蟠便亂滚亂呌,說:「肋條折了!我知道你是正經人,因爲我錯聼了傍人的話了。」湘蓮道:「不用拉傍人,你只說現在的。」薛蟠道:「現在也没什麽說的。不過你是個正經人,我錯了。」湘蓮道:「還要說軟些纔饒你。」薛蟠哼哼的道:「好兄弟。」湘蓮便又一拳。薛蟠「噯」了一聲,道:「好哥哥。」湘蓮又連兩拳。薛蟠忙「噯喲」呌道:「好老爺,饒了我這没眼睛的瞎子罷!從今已後,我敬你怕你了。」湘蓮道:「你把那水喝兩口。」
Quand Xianglian vit qu’il n’y avait presque plus d’habitations devant eux et qu’une longue roselière bordait un étang, il mit pied à terre, attacha son cheval à un arbre et dit à Xue Pan en souriant : « Descends. Commençons par prêter serment : si plus tard l’un de nous change de cœur et raconte cela à quelqu’un, que le serment retombe sur lui. » Xue Pan répondit en riant : « Voilà qui est raisonnable. » Il descendit en hâte, attacha lui aussi son cheval à un arbre, puis se mit à genoux et déclara : « Si, avec le temps, je change de cœur et raconte cela à quelqu’un, que le Ciel me frappe et que la Terre m’anéantisse… » Il n’avait pas achevé qu’un grand « clang ! » retentit : il lui sembla qu’un marteau de fer s’abattait dans son dos. Tout devint noir devant lui, mille étincelles d’or jaillirent sous ses yeux et, incapable de se maîtriser, il s’écroula. Xianglian s’avança pour l’examiner. Sachant que cet homme n’avait pas l’habitude des coups, il n’avait employé que trois dixièmes de sa force. Il lui appliqua quelques gifles et, en un instant, lui ouvrit sur le visage une véritable boutique de fruits. Xue Pan tenta d’abord de se relever, mais Xianglian lui donna un petit coup de la pointe du pied et le fit retomber. Xue Pan dit : « Il fallait que nous soyons consentants tous les deux. Si tu ne voulais pas, tu n’avais qu’à le dire gentiment. Pourquoi m’avoir attiré ici par ruse pour me battre ? » Tout en parlant, il se mit à l’injurier. Xianglian répondit : « Aveugle que tu es ! Regarde donc bien qui est maître Liu ! Au lieu de me supplier, tu oses encore m’insulter ! Il ne me servirait à rien de te tuer ; je vais seulement t’apprendre à qui tu as affaire. » Il prit alors sa cravache et lui en asséna trente ou quarante coups, du dos jusqu’aux tibias. Xue Pan avait déjà dégrisé de plus de moitié ; incapable de supporter la douleur, il ne put retenir ses gémissements. Xianglian eut un froid sourire : « Ce n’est donc que cela ! Je te croyais insensible aux coups. » Tout en parlant, il saisit la jambe gauche de Xue Pan, le traîna de quelques pas dans la boue d’une fondrière parmi les roseaux et le roula dans l’eau fangeuse jusqu’à ce qu’il en fût couvert. Puis il demanda : « Me reconnais-tu maintenant ? » Xue Pan ne répondit pas et resta à plat ventre en gémissant. Xianglian jeta sa cravache et lui martela encore le corps de plusieurs coups de poing. Xue Pan se mit à rouler et à hurler : « J’ai les côtes cassées ! Je sais que tu es un homme respectable ; c’est moi qui ai eu tort d’écouter ce que disaient les autres. » Xianglian répondit : « Ne mêle pas les autres à cela. Parle seulement de ce qui se passe maintenant. » Xue Pan dit : « Il n’y a rien d’autre à dire. Tu es un homme respectable, et j’ai eu tort. » Xianglian reprit : « Il faudra parler encore plus humblement pour que je t’épargne. » Xue Pan gémit : « Mon bon frère… » Xianglian lui asséna un nouveau coup de poing. Xue Pan poussa un « aïe ! » et dit : « Mon bon grand frère… » Xianglian lui donna encore deux coups de suite. Xue Pan s’écria précipitamment : « Aïe, aïe ! Mon bon seigneur, épargnez l’aveugle qui n’a pas su vous reconnaître ! Dorénavant, je vous respecterai et je vous craindrai. » Xianglian dit : « Bois deux gorgées de cette eau. »
薛蟠一面𦗟了,一面皺眉道:「這水實在𦞴𦢤,怎麼喝的下去!」湘蓮舉拳就打。薛蟠忙道:「我喝,我喝。」說著,只得俯頭向葦根下喝了一口,猶未嚈下去,只聽「哇」的一聲,把方纔吃的東西都吐了出來。湘蓮道:「好𦞴臢東西,你快吃完了,饒你。」薛蟠𦗟了,叩頭不迭,說:「好歹積隂功饒我罷!這至𭮀不能吃的。」湘蓮道:「這樣氣息,倒熏壊了我!」說著,丢下薛蟠,便牽馬認鐙去了。這裡薛蟠見他已去,方放下心來,後悔自己不該誤認了人。待要扎挣起來,無奈遍體疼痛難禁。
À ces mots, Xue Pan grimaça et dit : « Cette eau est vraiment immonde ; comment pourrais-je l’avaler ? » Xianglian leva le poing pour frapper. Xue Pan s’empressa de dire : « Je bois, je bois. » Il dut baisser la tête et avaler une gorgée au pied des roseaux. Avant même d’avoir pu la faire descendre, il fit « ouah ! » et vomit tout ce qu’il venait de manger. Xianglian dit : « Quelle belle saleté ! Mange vite tout cela et je t’épargnerai. » Xue Pan se mit à se prosterner sans relâche : « Je vous en supplie, accomplissez une bonne action secrète et épargnez-moi ! Même si je devais mourir, je ne pourrais pas manger cela. » Xianglian répondit : « Cette puanteur finirait plutôt par m’asphyxier ! » Là-dessus, il abandonna Xue Pan, amena son cheval et passa le pied à l’étrier. Xue Pan, le voyant enfin parti, se rassura. Il regrettait d’avoir pris cet homme pour ce qu’il n’était pas. Il voulut se relever, mais tout son corps lui faisait trop mal.
誰知賈珍等席上忽不見了他兩個,各處尋找不見。有人說:「恍惚出北門去了。」薛蟠的小厮素日是惧他的,他吩咐了不許跟去,誰敢找去?後來𮟃是賈珍不放心,命賈蓉帶着小厮們尋踪問跡的,直找出北門,下橋二里多路,忽見葦坑傍邊薛蟠的馬拴在那裡。衆人都道:「好了,有馬必有人!」一齊来至馬前,只聼葦中有人呻吟。大家忙走來一看,只見薛蟠的衣衫零碎,面目腫破,没頭没臉,遍身内外,滾的似個泥母猪一般。賈蓉心内已猜著八九了,忙下馬命人攙了起來,笑道:「薛大叔天天調情,今日調到葦子坑裡坑裡,必定是龍王爺也愛上你風流,要你招駙馬去,你就碰到龍犄角上了。」薛蟠羞的没地縫兒趲進去,那裡爬的上馬去?賈蓉命人赶到關廂里僱了一乘小轎子,薛蟠坐了,一齊進城。賈蓉𮟃要抬徃頼家去赴席,薛蟠百般苦告,央及他不用告訴人,賈蓉方依𠃔了,讓他各自囬家。賈蓉仍往賴家囬覆賈珍並方纔的形景。賈珍也知湘蓮所打,也笑道:「他須得吃個虧纔好!」至晚散了,便来問候。薛蟠自在卧房將養,推病不見。
Or Jia Zhen et les autres, ne les voyant plus tous les deux au banquet, les avaient cherchés partout sans les trouver. Quelqu’un dit : « Il m’a semblé qu’ils sortaient par la Porte du Nord. » Les petits valets de Xue Pan le craignaient habituellement. Comme il leur avait interdit de le suivre, lequel aurait osé partir à sa recherche ? Mais Jia Zhen, toujours inquiet, ordonna à Jia Rong de prendre des valets et de suivre leur trace en se renseignant. Ils sortirent tout droit par la Porte du Nord et parcoururent plus de deux lis au-delà du pont. Soudain, ils aperçurent le cheval de Xue Pan attaché près d’une fosse bordée de roseaux. Tous s’écrièrent : « Parfait ! Là où il y a un cheval, il doit y avoir un homme ! » Ils s’approchèrent ensemble et entendirent quelqu’un gémir parmi les roseaux. Ils accoururent et découvrirent Xue Pan : ses vêtements étaient en lambeaux, son visage gonflé et fendu, tout son corps, de la tête aux pieds, roulé dans la boue comme celui d’une truie. Jia Rong avait déjà deviné l’essentiel. Il descendit en hâte de cheval, ordonna aux serviteurs de relever Xue Pan et dit en riant : « Oncle Xue fait chaque jour des avances galantes ; aujourd’hui, il les a poussées jusque dans une fosse aux roseaux. Le Roi-Dragon a certainement été séduit par votre charme et voulait faire de vous son gendre : vous vous êtes donc heurté à l’une de ses cornes. » Xue Pan aurait voulu disparaître dans une fissure du sol, mais comment aurait-il pu remonter à cheval ? Jia Rong envoya quelqu’un louer un petit palanquin dans le faubourg voisin de la porte. On y installa Xue Pan et tous rentrèrent en ville. Jia Rong voulait encore le faire porter chez les Lai pour reprendre part au banquet ; Xue Pan le supplia de mille façons et le pria de ne rien raconter à personne. Jia Rong finit par y consentir et le laissa rentrer chez lui. Il retourna lui-même chez les Lai pour rapporter à Jia Zhen ce qui s’était passé et l’état dans lequel ils l’avaient trouvé. Jia Zhen comprit lui aussi que Liu Xianglian l’avait battu et dit en riant : « Il était bon qu’il reçût enfin une leçon ! » Après la dispersion du banquet, il vint le soir prendre de ses nouvelles. Xue Pan resta couché dans sa chambre pour se remettre et, prétextant la maladie, refusa de le voir.
賈母等囬來,各自歸家時,薛姨媽與寳釵見香菱哭的眼睛腫了,問起原故,忙來瞧薛蟠時,臉上身上雖見傷痕,並末傷筋動骨。薛姨媽又是心疼,又是發恨,罵一囬薛蟠,又罵一囘柳湘蓮,意欲告訴王夫人,遣人尋拿柳湘蓮。寳釵忙勸道:「這不是什麽大事,不過他們一處吃酒,酒後反臉常情。誰醉了,多挨幾下子打,也是有的。况且偺們家的無法無天,人所共知。媽媽不過是心疼的原故。要出氣也容易:等三五天,哥哥好了,出得去的時候,那邊珍大爺璉二爺這干人,也未必白丢開了,自然偹個東道,呌了那個人來,當著衆人替哥哥賠不是認罪就是了。如今媽媽先當件大事,告訴衆人,倒顯的媽媽偏心溺愛,縱容他生事招人,今兒偶然吃了一次虧,媽媽就這様興師動衆,𠋣著親戚之勢,欺壓常人。」薛姨媽𦗟了道:「我的兒,到底是你想的到,我一時氣糊𡍼了。」寳釵笑道:「這纔好呢。他又不怕媽媽,又不聼人勸,一天縱似一天。吃過兩三個虧,他也罷了。」
Lorsque l’aïeule Jia et les autres furent revenues et que chacune eut regagné son appartement, la tante Xue et Baochai virent que Xiangling avait les yeux gonflés à force de pleurer. Elles lui en demandèrent la raison, puis se hâtèrent d’aller voir Xue Pan. Son visage et son corps portaient bien des traces de coups, mais il n’avait ni muscle ni os endommagé. La tante Xue, partagée entre la douleur et la fureur, gronda d’abord Xue Pan, puis Liu Xianglian. Elle voulait prévenir Madame Wang et envoyer des hommes arrêter Liu Xianglian. Baochai s’empressa de l’en dissuader : « Ce n’est pas une affaire si grave. Ils buvaient ensemble et se sont querellés après avoir bu : rien de plus ordinaire. Quand l’un est ivre, il arrive qu’il reçoive quelques coups supplémentaires. De plus, tout le monde sait que notre homme ne respecte ni loi ni règle. Maman ne réagit ainsi que parce qu’elle a mal pour lui. Il sera facile d’obtenir réparation. Dans trois ou cinq jours, quand mon frère sera remis et pourra sortir, le maître Zhen, le second maître Lian et leurs compagnons ne laisseront certainement pas l’affaire en suspens. Ils offriront naturellement un banquet, feront venir cet homme et lui demanderont de présenter ses excuses et de reconnaître sa faute devant tout le monde. Mais si Maman commence par en faire une grande affaire et en informe chacun, elle semblera partiale et aveuglée par son affection : après l’avoir laissé provoquer des incidents et chercher querelle aux autres, voilà qu’il subit par hasard une seule déconvenue, et Maman mobiliserait tant de monde, s’appuyant sur la puissance de ses parents pour opprimer un simple particulier. » La tante Xue répondit : « Mon enfant, toi seule as pensé à tout. La colère m’avait un instant troublé l’esprit. » Baochai sourit : « C’est très bien ainsi. Il ne craint pas Maman et n’écoute les conseils de personne ; chaque jour, il se donne davantage licence. Après deux ou trois leçons de ce genre, il se calmera. »
薛蟠睡在炕上,痛罵湘蓮,又命小厮去拆他的房子,打死他,和他打官司。薛姨媽喝住小厮們,只說柳湘蓮一時酒後放肆,如今酒醒,後悔不及,惧罪逃走了。薛蟠𦗟見如此說了,要知端的,且看下囬分解。
Étendu sur le kang, Xue Pan couvrait Xianglian d’injures. Il ordonna encore à ses petits valets d’aller démolir sa maison, de le tuer et de lui intenter un procès. La tante Xue arrêta les serviteurs d’un cri et affirma seulement que Liu Xianglian, emporté par le vin, s’était montré insolent, mais qu’une fois dégrisé il avait été accablé de remords et s’était enfui par crainte du châtiment. Xue Pan ayant entendu ces paroles, pour savoir ce qu’il advint exactement, veuillez écouter les explications du chapitre suivant.
Notes
三從四德 : les « trois obéissances » et les « quatre vertus » résument l’idéal moral traditionnel imposé aux femmes ; l’aïeule Jia emploie ici la formule avec ironie.
二餅 : la tuile des « Deux Cercles » appartient à un jeu chinois de tuiles ; Yuanyang signale secrètement à Xifeng qu’elle permettra à l’aïeule Jia de compléter son jeu.
生旦 : sheng et dan sont les rôles masculins et féminins du théâtre chinois. Les rôles galants joués par Liu Xianglian amènent Xue Pan à se méprendre sur ses mœurs.
十月初一日 : le premier jour du dixième mois lunaire était notamment consacré aux offrandes faites aux morts et à l’entretien des tombes.
開了菓子舖 : « ouvrir une boutique de fruits » décrit plaisamment un visage couvert de bosses et de meurtrissures de diverses couleurs.
龍王爺 : le Roi-Dragon règne sur les eaux ; Jia Rong construit sa raillerie sur la fosse humide où Xue Pan a été retrouvé et sur la « corne du dragon » qu’il aurait heurtée.
香菱 : Xiangling est la même personne que Yinglian, la fillette enlevée au début du roman.
炕 : plateforme maçonnée et chauffée par-dessous, servant à la fois de lit et de siège dans les habitations du nord de la Chine.