Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 90 Privée de son vêtement ouaté, la pauvre fille endure les criailleries ; recevant des fruits, le jeune homme s’effraie d’un dessein insondable
失綿衣貧女耐嗷嘈 送菓品小郎驚叵測
Privée de son vêtement ouaté, la pauvre fille endure les criailleries
recevant des fruits, le jeune homme s’effraie d’un dessein insondable
𨚫說黛玉自立意自戕之後,漸漸不支,一日竟至絶粒。從前十幾天内,賈母等輪流看望,他有時𮟃說幾句話,這兩日索性不大言語。心裡雖有時昏暈,𨚫也有時淸楚。賈母等見他這病不似無因而起,也將紫鵑雪雁盤問過兩次,兩個那裡敢說。便是紫鵑欲向侍書打聼消息,又怕越閙越真,黛玉更𭮀得快了,所以見了侍書,毫不提起。那雪雁是他傳話弄出這様緣故來,此時恨不得長出百十個嘴來說「我没說」,自然更不敢提起。到了這一天黛玉絶粒之日,紫鵑料無指望了,守着哭了㑹子,因出来偷向雪雁道:「你進屋裡来好好兒的守着他。我去囬老太太、太太和二奶奶去,今日這個光景大非徃常可比了。」雪雁答應,紫鵑自去。
Or, depuis que Daiyu avait résolu de mettre fin à ses jours, ses forces déclinaient peu à peu ; un jour, elle finit même par refuser toute nourriture. Durant la dizaine de jours précédente, l’aïeule Jia et les autres étaient venues la voir à tour de rôle ; elle leur disait encore parfois quelques mots, mais, depuis deux jours, elle ne parlait presque plus du tout. Si son esprit sombrait par moments dans la confusion, il lui arrivait aussi d’être parfaitement lucide. Voyant que sa maladie ne semblait pas sans cause, l’aïeule Jia et les autres avaient interrogé à deux reprises Zijuan et Xueyan, mais comment les deux servantes auraient-elles osé parler ? Zijuan elle-même aurait voulu soutirer des nouvelles à Shishu, mais elle craignait qu’à force de remuer l’affaire, la rumeur ne finît par se réaliser et que Daiyu n’en mourût plus vite encore ; aussi, lorsqu’elle voyait Shishu, ne lui en soufflait-elle mot. Quant à Xueyan, c’était pour avoir transmis un message qu’elle avait provoqué tout cela : à présent, elle aurait voulu avoir cent bouches pour répéter qu’elle n’avait rien dit, et se gardait naturellement plus encore d’aborder le sujet.
Le jour où Daiyu cessa complètement de manger, Zijuan estima qu’il n’y avait plus d’espoir. Après être restée un moment auprès d’elle à pleurer, elle sortit en secret dire à Xueyan : « Entre et veille bien sur elle. Je vais faire mon rapport à l’aïeule, à Madame Wang et à la seconde maîtresse. Son état d’aujourd’hui n’a vraiment plus rien de comparable avec les jours précédents. » Xueyan acquiesça, et Zijuan partit.
這裡雪雁正在屋裡伴着黛玉,見他昏昏沉沉,小孩子家那裡見過這個様兒,只打諒如此便是死的光景了,心中又痛又怕,恨不得紫鵑一時囬来纔好。正怕着,只聼牕外脚歩走响,雪雁知是紫鵑囘來,纔放下心了,連忙站起來掀着裡間簾子等他。只見外面簾子响處,進來了一個人,𨚫是侍書。那侍書是探春打發來看黛玉的,見雪雁在那裡掀着簾子,便問道:「姑娘怎麽様?」雪雁㸃㸃頭兒呌他進來。侍書跟進來,見紫鵑不在屋裡,睄了睄黛玉,只剩得殘喘微延,唬的驚疑不止,因問:「紫鵑姐姐呢?」雪雁道:「告訴上屋裡去了。」那雪雁此時只打諒黛玉心中一無所知了,又見紫鵑不在面前,因悄悄的拉了侍書的手問道:「你前日告訴我說的什麽王大爺給這裡寳二爺說了親,是真話麽?」侍書道:「怎麽不眞。」雪雁道:「多早晚放定的?」侍書道:「那裡就放定了呢。那一天我告訴你時,是我𦗟見小紅說的。後来我到二奶奶那邉去,二奶奶正和平姐姐說呢,說那都是門客們借着這個事討老爺的喜歡,往後好拉攏的意思。别說大太太說不好,就是大太太愿意,說那姑娘好,那大太太眼裡看的出什麽人来!再者老太太心裡早有了人了,就在偺們園子裡的。大太太那裡摸的着底呢。老太太不過因老爺的話,不得不問問罷咧。又𦘏見二奶奶說,寳玉的事,老太太總是要親上作親的,凴誰來說親,橫𥪡不中用。」雪雁𦗟到這裡,也忘了神了,因說道:「這是怎麽說,白白的送了我們這一位的命了!」侍書道:「這是從那裡說起?」雪雁道:「你還不知道呢。前日都是我和紫鵑姐姐說來着,這一位聼見了,就弄到這歩田地了。」侍書道:「你悄悄兒的說罷,看仔細他𦗟見了。」雪雁道:「人事都不醒了,睄睄罷,左不過在這一兩天了。」正說着,只見紫鵑掀簾進来說:「這還了得!你們有什麽話,還不出去說,還在這裡說。索性逼死他就完了。」侍書道:「我不信有這様竒事。」紫鵑道:「好姐姐,不是我說,你又該惱了,你懂得什麽呢,懂得也不傳這些舌了。」
Xueyan tenait donc compagnie à Daiyu dans la chambre. La voyant plongée dans une torpeur profonde, et n’ayant, à son âge, jamais assisté à pareille scène, elle s’imaginait que la mort ressemblait précisément à cela. Partagée entre la douleur et la peur, elle aurait voulu que Zijuan revînt sur-le-champ. Alors qu’elle tremblait encore, elle entendit des pas résonner derrière la fenêtre. Persuadée que Zijuan revenait, elle se rassura, se leva vivement et attendit en soulevant le rideau de la pièce intérieure. Mais lorsque le rideau extérieur bougea, la personne qui entra fut Shishu.
Tanchun l’avait envoyée prendre des nouvelles de Daiyu. Voyant Xueyan qui tenait le rideau levé, elle demanda : « Comment va mademoiselle ? » Xueyan hocha la tête et lui fit signe d’entrer. Shishu la suivit. Constatant que Zijuan n’était pas dans la chambre, elle jeta un coup d’œil à Daiyu, qui ne prolongeait plus qu’un souffle infime et défaillant ; saisie d’effroi et d’incrédulité, elle demanda : « Où est grande sœur Zijuan ? — Elle est allée avertir les appartements principaux », répondit Xueyan.
À cet instant, Xueyan s’imaginait que Daiyu n’avait plus conscience de rien. Voyant en outre que Zijuan était absente, elle prit discrètement la main de Shishu et demanda : « Ce que tu m’as raconté l’autre jour, que le maître aîné Wang avait proposé un mariage au second maître Bao, était-ce vrai ? — Comment cela ne le serait-il pas ? — Quand les présents de fiançailles ont-ils été remis ? — Mais ils ne l’ont pas encore été ! Le jour où je t’en ai parlé, je venais de l’entendre dire à Xiaohong. Plus tard, je suis allée chez la seconde maîtresse et je l’ai entendue en parler avec grande sœur Ping’er. Elle disait que les clients de la maison se servaient seulement de cette affaire pour plaire au maître et pouvoir ensuite gagner ses faveurs. Sans compter que Madame Xing avait dit que ce parti ne convenait pas ; mais même si elle l’avait approuvé et déclaré la jeune fille excellente, quelles personnes Madame Xing est-elle capable de juger ? D’ailleurs, l’aïeule a depuis longtemps quelqu’un en tête, et cette personne habite dans notre Jardin. Comment Madame Xing pourrait-elle connaître ses intentions ? L’aïeule n’a posé la question que parce que le maître en avait parlé et qu’elle ne pouvait faire autrement. J’ai encore entendu la seconde maîtresse dire que, pour le mariage de Baoyu, l’aïeule voulait de toute façon renforcer les liens de parenté par une nouvelle union ; qui que ce soit qui vienne proposer un parti, cela ne servira absolument à rien. »
À ces mots, Xueyan en oublia toute prudence et s’écria : « Alors, qu’est-ce que cela signifie ? Nous aurons causé pour rien la mort de notre demoiselle ! — D’où sors-tu cela ? demanda Shishu. — Tu ne sais donc pas ? L’autre jour, grande sœur Zijuan et moi parlions justement de cette affaire. Elle nous a entendues, et voilà ce qui l’a mise dans cet état. — Parle moins fort, dit Shishu. Prends garde qu’elle ne t’entende. — Elle n’a même plus conscience de rien. Regarde-la : elle n’en a plus que pour un jour ou deux. »
Elles parlaient encore lorsque Zijuan entra en soulevant le rideau : « Mais vous avez perdu la tête ! Si vous avez quelque chose à vous dire, pourquoi ne pas sortir ? Il faut encore que vous en parliez ici ! Autant l’acculer à la mort et que tout soit fini ! — Je ne peux croire qu’il se produise chose aussi étrange, dit Shishu. — Ma bonne sœur, ne te fâche pas encore contre moi, mais qu’est-ce que tu y comprends ? Si tu y comprenais quelque chose, tu n’irais pas colporter de pareils bavardages. »
這裡三個人正說着,只聼黛玉忽然又𠻳了一聲。紫鵑連忙跑到炕沿前跕着,侍書雪雁也都不言語了。紫鵑灣着腰,在黛玉身後輕輕問道:「姑娘喝口水罷。」黛玉㣲㣲答應了一聲。雪雁連忙倒了半鍾滾白水,紫鵑接了托着,侍書也走近前来。紫鵑和他搖頭兒,不呌他說話,侍書只得咽住了。站了一囬,黛玉又𠻳了一聲。紫鵑趂勢問道:「姑娘喝水呀?」黛玉又㣲㣲應了一聲,那頭似有欲抬之意,那裡抬得起。紫鵑𭺗上炕去,𭺗在黛玉傍邉,端著水試了冷熱,送到唇邉,扶了黛玉的頭,就到碗邊,喝了一口。紫鵑纔要拿時,黛玉意思𮟃要喝一口,紫鵑便托著那碗不動。黛玉又喝了一口,𢳸𢳸頭兒不喝了,喘了一口氣,仍舊躺下。半日,㣲㣲睁眼說道:「剛纔說話不是侍書麽?」紫鵑答應道:「是。」侍書尙未出去,因連忙過來問候。黛玉睁眼看了,㸃㸃頭兒,又歇了一歇,說道:「囘去問你姑娘好罷。」侍書見這番光景,只當黛玉嫌煩,只得悄悄的退出去了。
Toutes trois parlaient encore lorsque Daiyu toussa soudain. Zijuan courut aussitôt au bord du lit chauffé et s’y tint debout ; Shishu et Xueyan se turent. Penchée derrière Daiyu, Zijuan lui demanda doucement : « Mademoiselle, voulez-vous boire un peu d’eau ? » Daiyu répondit par un son presque imperceptible. Xueyan versa aussitôt une demi-tasse d’eau bouillie encore brûlante ; Zijuan la prit et la tint entre ses mains, tandis que Shishu s’approchait elle aussi. Zijuan lui fit signe de la tête de ne pas parler, et Shishu dut retenir ses mots.
Après un moment, Daiyu toussa de nouveau. Zijuan en profita pour demander : « Mademoiselle, voulez-vous de l’eau ? » Daiyu répondit encore faiblement et parut vouloir lever la tête, mais elle n’en avait pas la force. Zijuan monta à genoux sur le lit, s’agenouilla près d’elle, prit l’eau, en éprouva la température, puis l’approcha de ses lèvres. Soutenant la tête de Daiyu, elle l’amena jusqu’au bord du bol, et Daiyu but une gorgée. Zijuan allait le retirer, mais Daiyu semblait en vouloir encore ; elle garda donc le bol immobile. Daiyu but une seconde gorgée, remua légèrement la tête pour indiquer qu’elle n’en voulait plus, reprit son souffle et se recoucha.
Longtemps après, elle entrouvrit les yeux et demanda d’une voix faible : « N’était-ce pas Shishu qui parlait à l’instant ? — Si », répondit Zijuan. Shishu, qui n’était pas encore sortie, s’empressa de venir prendre de ses nouvelles. Daiyu ouvrit les yeux, la regarda et hocha la tête ; après s’être reposée un instant, elle dit : « Retourne auprès de ta maîtresse et présente-lui mes salutations. » Devant ce spectacle, Shishu crut que Daiyu était importunée par sa présence et se retira sans bruit.
原来那黛玉雖則病勢沉重,心裡𨚫還明白。起先侍書雪雁說話時,他也糢糊𦗟見了一半句,却只作不知,也因實無精神答理。及聽了雪雁侍書的話,纔明白過前頭的事情原是議而未成的,又兼侍書說是鳯姐說的,老太太的主意親上作親,又是園中住著的,非自己而誰?因此一想,陰極陽生,心神頓覺淸𤕤許多。所以纔喝了兩口水,又要想問侍書的話。恰好賈母、王夫人、李紈、鳯姐聼見紫鵑之言,都赶著來看。黛玉心中疑團已破,自然不似先前尋死之意了。雖身體軟弱,精神短少,却也勉强答應一兩句了。鳳姐因呌過紫鵑問道:「姑娘也不至這様,這是怎麽說,你這様唬人。」紫鵑道:「寔在頭裡看着不好,纔敢去告訴的。囬來見姑娘竟好了許多,也就怪了。」賈母笑道:「你也别怪他,他懂得什麽。看見不好就言語,這倒是他明白的地方,小孩子家,不嘴嬾脚嫩就好。」說了一囬,賈母等料着無妨,也就去了。正是:
En réalité, si grave que fût la maladie de Daiyu, son esprit demeurait lucide. Au début de la conversation entre Shishu et Xueyan, elle en avait vaguement saisi quelques bribes, mais avait feint de ne rien entendre, faute aussi d’avoir la force de leur répondre. En écoutant la suite de leurs propos, elle comprit enfin que le projet dont elles avaient parlé n’avait encore abouti à rien. De plus, d’après ce que Shishu avait entendu dire à Xifeng, l’aïeule voulait resserrer par ce mariage des liens de parenté déjà existants, et la jeune fille qu’elle avait en tête habitait dans le Jardin : qui pouvait-ce être, sinon elle-même ? À cette pensée, l’extrême du yin engendra le yang, et son esprit se trouva soudain beaucoup plus clair et dispos. Voilà pourquoi elle avait bu deux gorgées d’eau et voulu interroger Shishu.
À ce moment précis, l’aïeule Jia, Madame Wang, Li Wan et Xifeng, averties par Zijuan, arrivèrent toutes en hâte. Le nœud des soupçons de Daiyu s’étant dénoué, elle n’avait naturellement plus la même volonté de mourir. Son corps restait faible et ses forces lui manquaient, mais elle parvenait à répondre tant bien que mal par une ou deux phrases. Xifeng appela alors Zijuan et lui demanda : « Mademoiselle ne semblait pourtant pas devoir en arriver là. Que s’est-il donc passé ? Tu nous as fait une belle peur ! — Tout à l’heure, son état paraissait vraiment désespéré ; autrement, je n’aurais pas osé venir vous prévenir. À mon retour, je l’ai trouvée beaucoup mieux, et cela m’étonne moi-même. » L’aïeule Jia sourit : « Ne lui en veux pas. Que peut-elle y comprendre ? Elle a vu que cela allait mal et elle est venue le dire : voilà justement où elle a fait preuve de bon sens. Chez les enfants, il suffit qu’ils ne soient ni trop paresseux pour parler ni trop timides pour agir. » Après être restées quelque temps, l’aïeule Jia et les autres jugèrent qu’il n’y avait plus de danger et repartirent. Comme on dit :
心病終須心藥治,解鈴還是繫鈴人。
Le mal du cœur ne peut se guérir que par un remède du cœur ; celui qui dénoue la clochette est encore celui qui l’avait attachée.
不言黛玉病漸減退,且說雪雁紫鵑背地裡都念佛。雪雁向紫鵑說道:「虧他好了,只是病的竒怪,好的也竒怪。」紫鵑道:「病的倒不怪,就只好的竒怪。想来寳玉和姑娘必是姻𡟇,人家說的『好事多磨』,又說道『是姻緣棒打不囬』。這様看起來,人心天意,他們兩個竟是天配的了。再者,你想那一年我說了林姑娘要囬南去,把寳玉没急死了,閙得家翻宅亂。如今一句話,又把這一個弄得死去活來。可不說的三生石上百年前結下的麽。」說着,兩個悄悄的抿着嘴笑了一囬。雪雁又道:「幸虧好了。偺們明兒再别說了,就是寳玉娶了别的人家兒的姑娘,我親見他在那裡結親,我也再不露一句話了。」紫鵑笑道:「這就是了。」不但紫鵑和雪雁在私下裡講䆒,就是衆人也都知道黛玉的病也病得竒怪,好也好得竒怪,三三兩兩,唧喞噥噥議論着。不多幾時,連鳯姐兒也知道了,邢王二夫人也有些疑惑,倒是賈母畧猜着了八九。
Laissons Daiyu, dont la maladie diminuait peu à peu, et disons que Xueyan et Zijuan invoquaient toutes deux le Bouddha en secret. Xueyan dit à Zijuan : « Heureusement qu’elle va mieux ! Mais sa maladie était étrange, et sa guérison l’est tout autant. — La maladie n’avait rien d’étrange, répondit Zijuan ; seule la guérison est étonnante. À bien y penser, Baoyu et mademoiselle doivent être destinés au mariage. On dit que “les heureux événements rencontrent bien des obstacles”, mais aussi que “lorsque l’union est prédestinée, même les coups de bâton ne peuvent la rompre”. À voir les choses ainsi, volontés humaines et décret du Ciel s’accordent : ces deux-là sont vraiment assortis par le Ciel. Songe aussi à l’année où j’ai prétendu que mademoiselle Lin allait retourner dans le Sud : Baoyu a failli en mourir d’angoisse et a mis toute la maison sens dessus dessous. À présent, une seule phrase a suffi pour faire passer celle-ci de vie à trépas et de trépas à vie. Ne dit-on pas que leur lien fut noué il y a cent ans sur la Pierre des Trois Existences ? » Toutes deux se couvrirent un moment la bouche pour rire en silence.
Xueyan ajouta : « Heureusement qu’elle s’est remise ! Mais désormais, ne disons plus jamais rien. Quand bien même Baoyu épouserait une jeune fille d’une autre famille et que je verrais de mes propres yeux célébrer leur union, je n’en soufflerais plus un mot. — Voilà qui est sage », répondit Zijuan en riant.
Zijuan et Xueyan n’étaient pas seules à discuter de l’affaire en privé. Tout le monde savait que la maladie de Daiyu avait été aussi étrange dans son apparition que dans sa guérison ; par groupes de deux ou trois, on chuchotait et l’on commentait. Peu après, Xifeng elle-même l’apprit. Madame Xing et Madame Wang conçurent quelques soupçons, mais l’aïeule Jia, elle, devina presque toute la vérité.
那時正值邢王二夫人鳳姐等在賈母房中說閒話,說起黛玉的病來。賈母道:「我正要告訴你們,寳玉和林丫頭是從小兒在一處的,我只說小孩子們,怕什麽?以後時常𦗟得林丫頭忽然病,忽然好,都爲有了些知覺了。所以我想他們若儘着擱在一塊兒,𭺾竟不成體統。你們怎麽說?」王夫人聼了,便呆了一呆,只得答應道:「林姑娘是個有心計兒的。至于寳玉,獃頭獃惱,不避嫌疑是有的,看起外面,𨚫𮟃都是個小孩兒形像。此時若忽然或把那一個分出園外,不是倒露了什麽㾗跡了麽。古來說的:『男大須婚,女大須嫁。』老太太想,倒是赶着把他們的事辦辦也罷了。」賈母皺了一皺眉,說道:「林丫頭的乖僻,雖也是他的好處,我的心裡不把林丫頭配他,也是爲這㸃子。况且林丫頭這様虛弱,恐不是有壽的。只有寳丫頭最妥。」王夫人道:「不但老太太這麽想,我們也是這様。但林姑娘也得給他說了人家兒纔好,不然女孩兒家長大了,那個没有心事?倘或眞與寳玉有些私心,若知道寳玉定下寳丫頭,那倒不成事了。」賈母道:「自然先給寳玉娶了親,然後給林丫頭說人家,再没有先是外人後是自己的。况且林丫頭年紀到底比寶玉小兩歲。依你們這様說,倒是寳玉定親的話不許呌他知道倒罷了。」鳯姐便吩咐衆丫頭們道:「你們聼見了,寳二爺定親的話,不許混吵嚷。若有多嘴的,隄防着他的皮。」賈母又向鳯姐道:「鳯哥兒,你如今自從身上不大好,也不大管園裡的事了。我告訴你,須得經㸃兒心。不但這個,就像前年那些人喝酒耍錢,都不是事。你還精細些,少不得多分㸃心兒,嚴𦂳嚴𦂳他們纔好,况且我看他們也就只還服你。」鳯姐答應了。娘兒們又說了一囘話,方各自散了。
Un jour que Madame Xing, Madame Wang, Xifeng et les autres bavardaient dans les appartements de l’aïeule Jia, la conversation tomba sur la maladie de Daiyu. L’aïeule déclara : « Je voulais justement vous en parler. Baoyu et cette petite Lin ont grandi ensemble. Je me disais qu’ils n’étaient que des enfants et qu’il n’y avait rien à craindre. Mais par la suite, j’ai souvent entendu dire que la petite Lin tombait subitement malade, puis se rétablissait tout aussi soudainement : c’est qu’ils commencent à prendre conscience de certaines choses. À mon avis, si on continue à les laisser constamment ensemble, cela finira par être tout à fait inconvenant. Qu’en dites-vous ? »
Madame Wang resta un instant interdite, puis dut répondre : « Mademoiselle Lin est une jeune fille qui réfléchit beaucoup. Quant à Baoyu, il est assez sot et étourdi pour ne pas prendre garde aux convenances ; mais, à le voir, il a encore tout à fait l’air d’un enfant. Si nous faisions soudain sortir l’un d’eux du Jardin, ne serait-ce pas justement révéler qu’il y a quelque chose ? Comme le dit l’ancien adage : “Un garçon devenu grand doit se marier, une fille devenue grande doit prendre époux.” À la réflexion, l’aïeule pourrait aussi bien hâter le règlement de leur avenir. »
L’aïeule Jia fronça les sourcils : « L’originalité farouche de la petite Lin est aussi, sans doute, l’une de ses qualités ; mais si je ne veux pas la donner à Baoyu, c’est précisément à cause de ce trait. De plus, elle est si frêle que je crains qu’elle ne soit pas destinée à vivre longtemps. Seule Baochai conviendrait parfaitement. — L’aïeule n’est pas seule à le penser, répondit Madame Wang ; nous sommes du même avis. Mais il faudrait aussi trouver un parti à mademoiselle Lin. Autrement, quelle jeune fille, une fois grande, n’a pas ses pensées secrètes ? Si elle nourrissait vraiment des sentiments pour Baoyu et apprenait qu’il est promis à Baochai, il pourrait arriver un malheur. — Il va de soi que nous marierons d’abord Baoyu, puis que nous chercherons un parti pour la petite Lin. Il n’est pas question de faire passer une personne extérieure avant l’un des nôtres. D’ailleurs, la petite Lin a tout de même deux ans de moins que Baoyu. À vous entendre, il suffirait donc de ne pas lui faire savoir que Baoyu est fiancé. »
Xifeng ordonna alors aux servantes : « Vous avez entendu : interdiction de bavarder à propos des fiançailles du second maître Bao. Que celles qui ont la langue trop longue prennent garde à leur peau ! » Puis l’aïeule Jia se tourna vers elle : « Ma chère Feng, depuis que ta santé est moins bonne, tu t’occupes aussi beaucoup moins des affaires du Jardin. Je te le dis : il faut que tu y prêtes davantage attention. Et ce n’est pas seulement cette affaire ; ceux qui, il y a deux ans, buvaient et jouaient de l’argent, ce n’était pas tolérable non plus. Sois plus vigilante, consacre-leur davantage de soin et resserre un peu la discipline. À ce que je vois, tu es encore la seule à qui ils obéissent. » Xifeng acquiesça. Les dames bavardèrent encore un moment, puis chacune se retira.
從此鳯姐常到園中照料。一日,剛走進大觀園,到了紫菱洲畔,只聼見一個老婆子在那裡嚷。鳳姐走到跟前,那婆子纔瞧見了,早𡸁手侍立,口裡請了安。鳳姐道:「你在這裡閙什麽?」婆子道:「𫎇奶奶們派我在這裡看守花菓,我也没有差錯,不料邢姑娘的丫頭說我們是賊。」鳯姐道:「爲什麼呢?」婆子道:「昨兒我們家的黒兒跟着我到這裡頑了一囬,他不知道,又徃邢姑娘那邊去瞧了一瞧,我就呌他囬去了。今兒早起聼見他們丫頭說丢了東西了。我問他丢了什麽,他就問起我來了。」鳯姐道:「問了你一聲,也犯不着生氣呀。」婆子道:「這裡園子到底是奶奶家裡的,並不是他們家裡的。我們都是奶奶𣲖的,賊名兒怎麽敢認呢。」鳯姐照臉啐了一口,厲聲道:「你少在我跟前撈撈叨叨的!你在這裡照看,姑娘丢了東西,你們就該問哪,怎麽說出這些没道理的話来。把老林呌了來,攆出他去。」丫頭們答應了。只見邢岫烟赶忙出來,迎着鳳姐陪笑道:「這使不得,没有的事,事情早過去了。」鳯姐道:「姑娘不是這個話。倒不講事情,這名分上太豈有此理了。」岫烟見婆子跪在地下告饒,便忙請鳯姐到裡邊去坐。鳯姐道:「他們這種人我知道,他除了我,其餘都没上没下的了。」岫烟再三替他討饒,只說自己的丫頭不好。鳯姐道:「我看着邢姑娘的分上,饒你這一次。」婆子纔起来,磕了頭,又給岫烟磕了頭,纔出去了。
Dès lors, Xifeng se rendit souvent dans le Jardin pour y veiller aux affaires. Un jour, elle venait d’entrer dans le Jardin aux Grandes Vues et arrivait au bord de l’îlot des Châtaignes d’eau lorsqu’elle entendit une vieille servante qui criait. Xifeng s’approcha ; la femme la vit enfin, laissa aussitôt retomber les bras le long du corps et se tint respectueusement debout en lui présentant ses salutations. « Pourquoi fais-tu tout ce tapage ? demanda Xifeng. — Les maîtresses m’ont chargée de surveiller ici les fleurs et les fruits, et je n’ai commis aucune faute. Pourtant, la servante de mademoiselle Xing nous traite de voleuses. — Pourquoi donc ? — Hier, notre Hei’er m’a suivie ici et s’est amusé un moment. Ne connaissant pas les lieux, il est ensuite allé regarder du côté de mademoiselle Xing, mais je l’ai aussitôt rappelé. Ce matin, j’ai entendu ses servantes dire qu’elles avaient perdu quelque chose. Je leur ai demandé quoi, et elles se sont mises à m’interroger. — Ce n’est pas parce qu’on t’a posé une question qu’il faut te mettre en colère. — Après tout, ce Jardin appartient à la famille des maîtresses, et non à la leur. Nous avons toutes été placées ici par les maîtresses : comment pourrions-nous accepter d’être traitées de voleuses ? »
Xifeng lui cracha au visage et lança sévèrement : « Cesse de radoter devant moi ! Tu es chargée de surveiller cet endroit ; si une demoiselle y perd quelque chose, il est naturel qu’on vous interroge. Comment oses-tu tenir des propos aussi déraisonnables ? Qu’on appelle Lao Lin et qu’on la chasse ! » Les servantes acquiescèrent.
Xing Xiuyan sortit précipitamment, vint à la rencontre de Xifeng et lui dit avec un sourire conciliant : « Il ne faut pas faire cela. Il ne s’est rien passé ; l’affaire était déjà réglée. — Ce n’est pas ainsi qu’il faut parler, mademoiselle. L’objet perdu n’importe même plus : c’est le mépris de la hiérarchie qui est absolument intolérable. » Voyant la vieille servante à genoux qui implorait son pardon, Xiuyan invita vivement Xifeng à entrer s’asseoir. Xifeng déclara : « Je connais les gens de cette espèce. Moi exceptée, ils ne respectent plus personne, ni au-dessus ni au-dessous d’eux. » Xiuyan intercéda plusieurs fois en sa faveur, rejetant toute la faute sur sa propre petite servante. Xifeng finit par dire : « Pour l’amour de mademoiselle Xing, je te pardonne cette fois. » La vieille servante se releva, se prosterna devant Xifeng, puis devant Xiuyan, avant de sortir.
這裡二人讓了坐。鳯姐笑問道:「你丢了什麽東西了?」岫烟笑道:「没有什麽要𦂳的,是一件紅小袄兒,已經舊了的。我原呌他們找,找不着就罷了。這小丫頭不懂事,問了那婆子一聲,那婆子自然不依了。這都是小丫頭糊𡍼不懂事,我也罵了幾句,已經過去了,不必再提了。」鳯姐把岫烟内外一瞧,看見雖有些皮綿衣服,已是半新不舊的,未必能暖和。他的被窩多半是薄的。至于房中桌上擺設的東西,就是老太太拿来的,却一些不動,𭣣拾的乾乾净净。鳯姐心上便狠愛敬他,說道:「一件衣服原不要𦂳,這時候冷,又是貼身的,怎麽就不問一聲兒呢。這撒野的奴才了不得了!」說了一囬,鳯姐出来,各處去坐了一坐,就囬去了。到了自己房中,呌平兒取了一件大紅洋縐的小袄兒,一件松花色綾子一抖珠兒的小皮袄,一條寳藍盤錦廂花綿裙,一件佛青銀鼠褂子,包好呌人送去。
Les deux femmes s’invitèrent à prendre place. Xifeng demanda en souriant : « Qu’as-tu donc perdu ? — Rien de bien important, répondit Xiuyan avec un sourire. Une petite veste rouge déjà usée. Je leur avais dit de la chercher, mais de laisser tomber si elles ne la trouvaient pas. Cette petite servante, qui manque de jugement, a interrogé la vieille femme, laquelle l’a naturellement mal pris. Tout vient de l’étourderie et de l’ignorance de cette enfant. Je l’ai déjà réprimandée ; l’affaire est terminée et il n’est plus nécessaire d’en parler. »
Xifeng examina Xiuyan de la tête aux pieds. Elle vit que ses vêtements, quoique doublés de fourrure ou ouatés, étaient déjà à demi usés et ne devaient guère tenir chaud. Sa literie était probablement mince, elle aussi. Quant aux objets disposés sur la table de sa chambre, c’étaient ceux que l’aïeule lui avait donnés ; elle n’y avait pas touché et les entretenait dans une propreté parfaite. Xifeng en conçut beaucoup d’affection et d’estime pour elle. « Une pièce de vêtement n’a certes rien de capital, dit-elle, mais il fait froid en cette saison et tu la portais à même le corps. Pourquoi ne pas avoir posé la question ? Ces esclaves insolentes dépassent vraiment les bornes ! »
Après avoir encore parlé un moment, Xifeng sortit, alla s’asseoir quelque temps en différents endroits, puis rentra chez elle. Dans sa chambre, elle demanda à Ping’er de prendre une petite veste de crêpe étranger écarlate, une petite veste de fourrure en satin couleur pollen de pin à semis de perles, une jupe ouatée bleu saphir bordée de brocart fleuri, ainsi qu’une casaque bleu sombre doublée de fourrure de petit-gris. Elle fit envelopper le tout et l’envoya à Xiuyan.
那時岫烟被那老婆子聒噪了一塲,雖有鳳姐來壓住,心上終是不安。想起「許多姊妹們在這裡,没有一個下人敢得罪他的,獨自我這裡,他們言三語四,剛剛鳯姐來碰見。」想來想去,終是没意思,又說不出来。正在吞聲飮泣,看見鳯姐那邉的豐兒送衣服過来。岫烟一看,决不肯受。豐兒道:「奶奶吩咐我說,姑娘要嫌是舊衣裳,將来送新的來。」岫烟笑謝道:「承奶奶的好意,只是因我丢了衣服,他就拿來,我㫁不敢受。你拿囬去千萬謝你們奶奶,承你奶奶的情,我筭領了。」倒拿個荷包給了豐兒。那豐兒只得拿了去了。不多時,又見平兒同着豐兒過來,岫烟忙𨒖着問了好,讓了坐。平兒笑說道:「我們奶奶說,姑娘特外道的了不得。」岫烟道:「不是外道,實在不過意。」平兒道:「奶奶說,姑娘要不𭣣這衣裳,不是嫌太舊,就是瞧不起我們奶奶。剛纔說了,我要拿囘去,奶奶不依我呢。」岫烟紅著臉笑謝道:「這様說了,呌我不敢不收。」又讓了一囘茶。平兒同豐兒囘去,將到鳯姐那邊,碰見薛家差來的一個老婆子,接著問好。平兒便問道:「你那裡來的?」婆子道:「那邊太太姑娘呌我來請各位太太、奶奶、姑娘們的安。我纔剛在奶奶前問起姑娘來,說姑娘到園中去了。可是從邢姑娘那裡來麼?」平兒道:「你怎麽知道?」婆子道:「方纔聼見說。眞眞的二奶奶和姑娘們的行事呌人感念。」平兒笑了一笑說:「你囬来坐著罷。」婆子道:「我還有事,攺日再過來瞧姑娘罷。」說著走了。平兒囬来,囬復了鳯姐。不在話下。
Après avoir subi les criailleries de la vieille servante, Xiuyan demeurait mal à l’aise, bien que Xifeng fût venue remettre cette femme à sa place. Elle songeait : « Tant de jeunes demoiselles vivent ici sans qu’aucun domestique ose les offenser ; mais chez moi seule, ils se permettent toutes sortes de réflexions. Et il a fallu que Xifeng arrive juste à ce moment-là. » Plus elle y pensait, plus elle se sentait mortifiée, sans pouvoir en parler à personne. Elle étouffait justement ses sanglots lorsque Feng’er arriva de chez Xifeng avec les vêtements. À leur vue, Xiuyan refusa catégoriquement de les accepter.
Feng’er lui dit : « Notre maîtresse m’a chargée de vous dire que, si vous trouvez ces vêtements trop vieux, elle vous en enverra des neufs. » Xiuyan la remercia avec un sourire : « Je suis très touchée par la bonté de ta maîtresse. Mais si elle m’envoie ces vêtements parce que j’en ai perdu un, je n’oserai jamais les accepter. Rapporte-les-lui et remercie-la mille fois de ma part. Je tiens sa bienveillance pour reçue. » Elle donna même une bourse à Feng’er, qui dut repartir avec le paquet.
Peu après, Ping’er revint avec Feng’er. Xiuyan s’empressa d’aller à leur rencontre, les salua et les invita à s’asseoir. Ping’er lui dit en souriant : « Notre maîtresse trouve que mademoiselle fait vraiment trop de façons. — Ce ne sont pas des façons ; je suis sincèrement confuse. — La maîtresse dit que, si mademoiselle refuse ces vêtements, c’est soit qu’elle les trouve trop vieux, soit qu’elle méprise notre maîtresse. Elle vient encore de me dire que, si je les rapportais, elle ne me le pardonnerait pas. » Xiuyan rougit et répondit avec un sourire reconnaissant : « Présenté ainsi, je n’ose plus refuser. » Elle les retint encore un moment pour prendre le thé.
Ping’er et Feng’er repartirent. Comme elles approchaient des appartements de Xifeng, elles rencontrèrent une vieille servante envoyée par la maison Xue, qui les salua. Ping’er lui demanda : « D’où viens-tu ? — Madame et la demoiselle m’ont envoyée présenter leurs salutations à toutes les dames, jeunes maîtresses et demoiselles. Je viens justement de demander de tes nouvelles à la maîtresse, et elle m’a dit que tu étais allée dans le Jardin. Reviens-tu de chez mademoiselle Xing ? — Comment le sais-tu ? — Je viens de l’entendre raconter. En vérité, la conduite de la seconde maîtresse et des demoiselles inspire la reconnaissance. » Ping’er sourit : « Reviens donc t’asseoir chez nous. — J’ai encore à faire. Je viendrai te voir un autre jour. » Sur ces mots, la vieille servante partit. Ping’er rentra rendre compte à Xifeng. N’en parlons pas davantage.
且說薛姨媽家中被金桂攪得翻江倒海,看見婆子囘來,述起岫烟的事,寳釵母女二人不免滴下淚來。寳釵道:「都爲哥哥不在家,所以呌邢姑娘多吃幾天苦。如今還𧇊鳯姐姐不錯。偺們底下也得留心,到底是偺們家裡人。」說着,只見薛蝌進来說道:「大哥哥這幾年在外頭相與的都是些什麽人,連一個正經的也没有,來一起子,都是些狐羣狗黨。我看他們那裡是不放心,不過將來探探消息兒罷咧。這兩天都被我乾出去了。以後吩咐了門上,不許傳進這種人來。」薛姨媽道:「又是蔣玉凾那些人哪?」薛蝌道:「蔣玉函却倒没來,倒是别人。」薛姨媽𦘏了薛蝌的話,不覺又傷心起來,說道:「我雖有兒,如今就像没有的了,就是上司准了,也是個廢人。你雖是我姪兒,我看你還比你哥哥明白些,我這後輩子全靠你了。你自己從今更要學好。再者,你聘下的媳婦兒,家道不比徃時了。人家的女孩兒出門子不是容易,再没别的想頭,只盼着女婿能幹,他就有日子過了。若刑丫頭也像這個東西,」說着把手往裡頭一指,道,「我也不說了。邢丫頭實在是個有廉恥有心計兒的,又守得貧,耐得富。只是等偺們的事情過去了,早些把你們的正經事完結了,也了我一宗心事。」薛蝌道:「琴妹妹𮟃没有出門子,這倒是太太煩心的一件事。至于這個,可算什麽呢。」大家又說了一囬閒話。
Dans la maison de la tante Xue, Xia Jingui avait tout mis sens dessus dessous. Lorsque la vieille servante revint et raconta l’affaire de Xiuyan, Baochai et sa mère ne purent retenir leurs larmes. Baochai dit : « C’est parce que mon frère n’est pas à la maison que mademoiselle Xing doit endurer encore quelques jours de souffrance. Heureusement, grande sœur Xifeng ne se conduit pas mal envers elle. Il faudra aussi que nos domestiques y prennent garde : après tout, elle va devenir l’une des nôtres. »
À ce moment, Xue Ke entra et déclara : « Avec quelle sorte de gens mon frère aîné a-t-il donc frayé toutes ces années au-dehors ? Il n’y en a pas un seul de convenable. Toute une bande est venue, rien que des renards et des chiens. À mon avis, ils ne s’inquiètent nullement de lui ; ils veulent seulement venir aux nouvelles. Ces deux derniers jours, je les ai tous chassés. J’ai désormais donné l’ordre aux portiers de ne plus laisser entrer de tels individus. — Encore Jiang Yuhan et ses pareils ? demanda la tante Xue. — Jiang Yuhan n’est pas venu ; c’étaient d’autres gens. »
À ces mots, la tante Xue retomba dans l’affliction : « J’ai bien un fils, mais c’est aujourd’hui comme si je n’en avais pas. Quand bien même l’autorité supérieure rendrait une décision favorable, ce serait encore un homme ruiné. Tu n’es que mon neveu, mais je te trouve plus raisonnable que ton frère ; pour le reste de ma vie, je dépends entièrement de toi. Désormais, applique-toi plus encore à bien agir. De plus, la famille de la jeune fille qui t’est promise n’a plus sa prospérité d’autrefois. Pour une fille, quitter sa famille n’est pas chose facile : elle n’a pas d’autre espoir que d’avoir un mari capable, afin de pouvoir mener une vie convenable. Si cette petite Xing ressemblait à cette créature… » Elle tendit la main vers la pièce intérieure. « Je n’en dirai pas davantage. Mais la petite Xing a véritablement de la dignité et du jugement ; elle sait supporter la pauvreté comme la richesse. Dès que nos affaires seront réglées, il faudra seulement achever au plus tôt ce mariage en bonne et due forme. Cela m’ôtera encore un souci. — Ma jeune sœur Qin n’est pas encore mariée, répondit Xue Ke ; voilà bien une affaire qui mérite que ma tante s’en préoccupe. Quant à la mienne, qu’a-t-elle donc de si urgent ? » Ils bavardèrent encore un moment.
薛蝌囬到自己房中,吃了晚飯,想起邢岫烟住在賈府園中,終是𭔃人籬下,况且又窮,日用起居,不想可知;况兼當初一路同來,模様兒性格兒都知道的。可知天意不均:如夏金桂這種人,偏教他有錢,嬌養得這般潑辣。邢岫烟這種人,偏教他這様受苦。閻王判命的時候,不知如何判法的。想到悶来也想吟詩一首,寫出来出出胸中的悶氣。又苦自己没有工夫,只得混寫道:
Xue Ke regagna sa chambre et prit son repas du soir. Il songea que Xing Xiuyan vivait dans le Jardin de la maison Jia, sous le toit d’autrui, et qu’elle était pauvre de surcroît : il n’était pas difficile d’imaginer ce que devait être sa vie quotidienne. Ils avaient d’ailleurs fait autrefois le voyage ensemble, et il connaissait aussi bien son apparence que son caractère. Le Ciel, décidément, répartissait inégalement les destinées : il avait donné de l’argent à une femme telle que Xia Jingui et l’avait gâtée au point de la rendre si brutale, tandis qu’il condamnait une femme telle que Xing Xiuyan à tant de souffrances. Comment le roi Yama prononçait-il donc ses jugements lorsqu’il assignait à chacun son destin ?
Accablé par ces pensées, Xue Ke voulut composer un poème afin de soulager l’amertume qui emplissait son cœur. Mais, déplorant son propre manque de talent, il ne put que griffonner ces vers :
蛟龍失水似枯魚,兩地情懐感索居。同在泥𡍼多受苦,不知何日向淸虛。
Un dragon des eaux privé d’eau ressemble à un poisson desséché ; en deux lieux, nos cœurs souffrent d’habiter dans la solitude.
Tous deux plongés dans la boue, nous endurons mille peines ; qui sait quel jour nous monterons vers le pur éther ?
寫𭺾看了一囬,意欲拿來粘在壁上,又不好意思。自己沉吟道:「不要被人看見笑話。」又念了一遍,道:「𬋩他呢,左右粘上自己看着解悶兒罷。」又看了一囬,到底不好,拿來夾在書裡。又想自己年紀可也不小了,家中又碰見這様飛灾橫禍,不知何日了局,致使幽閨弱質,弄得這般凄凉寂寞。正在那裡想時,只見寳蟾推進門來,拿着一個盒子,笑嘻嘻放在棹上。薛蝌站起來讓坐。寳蟾笑着向薛蝌道:「這是四碟菓子,一小壺兒酒,大奶奶呌給二爺送來的。」薛蝌陪笑道:「大奶奶費心。但是呌小丫頭們送來就完了,怎麽又勞動姐姐呢。」寳蟾道:「好說。自家人,二爺何必說這些套話。再者我們大爺這件事,寔在呌二爺操心,大奶奶久已要親自弄㸃什麽兒謝二爺,又怕别人多心。二爺是知道的,偺們家裡都是言合意不合,送㸃子東西没要𦂳,倒没的惹人七嘴八舌的講䆒。所以今日些徴的弄了一兩様菓子,一壸酒,呌我親自悄悄兒的送来。」說着,又笑瞅了薛蝌一眼,道:「明兒二爺再别說這些話,呌人聼着怪不好意思的。我們不過也是底下的人,伏侍的着大爺就伏侍的着二爺,這有何妨呢。」薛蝌一則秉性忠𫝗,二則到底年輕,只是向來不見金桂和寶蟾如此相待,心中想到剛才寳蟾說爲薛蟠之事也是情理,因說道:「菓子留下罷,這個酒兒,姐姐只𬋩拿囘去。我向來的酒上寔在狠有限,擠住了偶然喝一鍾,平白無事是不能喝的。難道大奶奶和姐姐𮟃不知道麽。」寳蟾道:「别的我作得主,獨這一件事,我可不敢應。大奶奶的脾氣兒,二爺是知道的。我拿囘去,不說二爺不喝,倒要說我不盡心了。」薛蝌没法,只得留下。寳蟾方纔要走,又到門口往外看看,囬過頭來向着薛蟾一笑,又用手指着裡面說道:「他還只怕要来親自給你道乏呢。」薛蝌不知何意,反倒赸赸的起來,因說道:「姐姐替我謝大奶奶罷。天氣寒,看凉着。再者,自己叔嫂,也不必拘這些個禮。」寳蟾也不答言,笑着走了。
Après avoir écrit, il relut un moment son poème et voulut le coller au mur, mais la gêne le retint. Il se dit : « Il ne faudrait pas que quelqu’un le voie et se moque de moi. » Puis il le récita encore une fois : « Bah ! Je vais tout de même le coller ; je le lirai moi-même pour dissiper mon ennui. » Il l’examina de nouveau, mais le trouva finalement trop mauvais et le glissa dans un livre.
Il songea encore qu’il n’était déjà plus si jeune et que sa famille venait d’être frappée par une catastrophe aussi imprévue. Nul ne savait quand l’affaire prendrait fin ; en attendant, une frêle jeune fille retirée dans ses appartements se trouvait réduite à une existence aussi désolée et solitaire. Il était absorbé dans ces pensées lorsque Baochan poussa la porte, entra avec une boîte et la posa sur la table en souriant. Xue Ke se leva et l’invita à s’asseoir.
Baochan lui dit gaiement : « Voici quatre assiettes de fruits et une petite cruche de vin. La jeune maîtresse aînée m’a demandé de les apporter au second jeune maître. — La jeune maîtresse aînée se donne trop de peine, répondit Xue Ke avec un sourire courtois. Il suffisait d’envoyer une petite servante ; pourquoi déranger encore grande sœur Baochan ? — Allons donc ! Nous sommes de la même famille ; pourquoi le second jeune maître emploierait-il avec moi toutes ces formules ? D’ailleurs, l’affaire de notre maître aîné vous cause véritablement beaucoup de tracas. Depuis longtemps, la jeune maîtresse aînée voulait préparer elle-même quelque chose pour vous remercier de vos peines, mais elle craignait d’éveiller les soupçons. Vous savez bien que, dans notre famille, les paroles s’accordent alors que les cœurs sont en désaccord. Envoyer quelques petites choses n’aurait aucune importance, mais cela donnerait inutilement matière à tous les bavardages. C’est pourquoi elle a préparé aujourd’hui, très modestement, une ou deux sortes de fruits et une cruche de vin, et m’a chargée de vous les apporter moi-même en secret. »
Elle lança encore à Xue Ke un regard souriant : « Une autre fois, ne dites plus ce genre de choses ; si quelqu’un vous entendait, j’en serais vraiment confuse. Après tout, nous ne sommes que des servantes. Si nous pouvons servir le maître aîné, nous pouvons tout aussi bien servir le second jeune maître : où serait le mal ? »
Xue Ke était d’un naturel honnête et droit ; de plus, il était encore jeune. Comme Xia Jingui et Baochan ne lui avaient jamais témoigné de pareilles attentions, il se dit que les propos de Baochan au sujet de l’affaire de Xue Pan étaient après tout raisonnables. Il répondit : « Laissez les fruits. Quant au vin, grande sœur, remportez-le, je vous en prie. Je n’ai jamais bien supporté l’alcool. Quand on m’y pousse, il peut m’arriver d’en boire une tasse, mais je ne bois jamais sans raison. La jeune maîtresse aînée et vous-même ne le savez-vous donc pas ? — Pour toute autre chose, je pourrais décider seule, mais je n’ose répondre de celle-ci. Vous connaissez le caractère de la jeune maîtresse aînée. Si je rapporte le vin, au lieu de croire que vous n’en voulez pas, elle dira que je n’ai pas fait tous mes efforts. »
Xue Ke, à court d’arguments, dut garder le vin. Baochan allait partir, mais, arrivée à la porte, elle regarda encore au-dehors, puis se retourna et lui sourit. Montrant du doigt la pièce intérieure, elle ajouta : « Elle voudra peut-être encore venir en personne vous remercier de vos peines. » Xue Ke ne comprit pas ce qu’elle voulait dire et en devint au contraire tout embarrassé. Il répondit : « Remerciez de ma part la jeune maîtresse aînée. Il fait froid ; qu’elle prenne garde de se refroidir. Et puis, entre belle-sœur et beau-frère, il n’est nul besoin de s’astreindre à tant de cérémonies. » Baochan ne répondit pas et s’en alla en souriant.
薛蝌始而以爲金桂爲薛蝌之事,或者真是不過意,偹此酒菓給自己道乏,也是有的。及見了寳蟾這種鬼鬼祟祟不尷不尬的光景,也覺了幾分。却自己囬心一想:「他到底是嫂子的名分,那裡就有别的講究了呢。或者寶蟾不老成,自己不好意思怎麽様,𨚫指着金桂的名兒,也未可知。然而倒底是哥哥的屋裡人,也不好。」忽又一轉念:「那金桂素性爲人毫無閨閣理法,况且有時高興,打扮得妖調非常,自以爲美,又焉知不是懷着壊心呢?不然,就是他和琴妹妹也有了什麽不對的地方兒,所以設下這個毒法兒,要把我拉在渾水裡,弄一個不淸不白的名兒,也未可知。」想到這裡,索性倒怕起来。正在不得主意的時候,忽聼牕外撲哧的笑了一聲,把薛蝌倒唬了一跳。未知是誰,下囬分解。
Au début, Xue Ke s’était dit qu’à cause de ce qui le concernait, Xia Jingui éprouvait peut-être réellement quelque confusion et qu’il était possible qu’elle eût préparé ces fruits et ce vin afin de le remercier de ses peines. Mais après avoir observé les manières équivoques et furtives de Baochan, il commença à entrevoir quelque chose. Puis il se ravisa : « Après tout, Jingui a le rang de ma belle-sœur ; comment pourrait-il y avoir là quelque autre intention ? Peut-être Baochan, qui manque de retenue, éprouve-t-elle elle-même je ne sais quel embarras et se sert-elle du nom de Jingui comme prétexte. Ce n’est pas impossible. Mais elle appartient tout de même à la chambre de mon frère : cela ne conviendrait pas davantage. »
Une autre pensée lui vint soudain : « Xia Jingui n’a jamais eu le moindre respect des règles qui gouvernent les appartements féminins. Quand elle est d’humeur joyeuse, elle se pare avec une extravagance provocante et se croit d’une beauté incomparable. Qui sait si elle ne nourrit pas elle-même de mauvaises intentions ? À moins qu’il n’y ait quelque différend entre elle et ma jeune sœur Qin, et qu’elle n’ait imaginé ce stratagème venimeux pour m’entraîner dans l’eau trouble et me faire une réputation honteuse et suspecte. Ce n’est pas impossible non plus. » À cette pensée, il prit franchement peur.
Il ne savait quel parti adopter lorsqu’un éclat de rire étouffé retentit soudain derrière la fenêtre et le fit sursauter. Qui était-ce ? On le saura au chapitre suivant.
Notes
親上作親 : expression désignant un mariage entre deux familles déjà parentes, destiné à resserrer encore leurs liens.
陰極陽生 : principe cosmologique selon lequel, lorsque le yin atteint son extrême, le yang commence à naître ; il figure ici le brusque retour à la vie de Daiyu.
三生石 : la « Pierre des Trois Existences » est associée aux liens prédestinés noués au cours de vies antérieures.
解鈴還是繫鈴人 : proverbe signifiant que seul l’auteur d’un trouble est en mesure d’y remédier.
閻王 : le roi Yama, juge infernal qui fixe ou examine le destin des morts dans l’imaginaire bouddhique chinois.
蛟龍失水 : le dragon des eaux privé de son élément figure Xue Ke et Xing Xiuyan, tous deux réduits à l’impuissance par les malheurs familiaux.
金桂爲薛蝌之事 : le texte imprimé attribue ici l’affaire à Xue Ke, alors que le contexte précédent évoquait l’affaire de Xue Pan.