Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 94 Au banquet des bégonias, l’aïeule Jia admire une fleur prodigieuse ; le Jade magique se perd, présage d’un étrange malheur

 

Au banquet des bégonias, l’aïeule Jia admire une fleur prodigieuse

le Jade magique se perd, présage d’un étrange malheur

宿便,𨚫使

Lai Da emmena donc Jia Qin dehors. La nuit se passa sans incident, et ils attendirent tranquillement le retour de Jia Zheng. Quant aux nonnes bouddhistes et taoïstes qu’on avait fait rentrer dans le jardin, elles étaient ravies et auraient voulu se promener partout avant de se préparer, le lendemain, à entrer au palais. Mais, contre toute attente, Lai Da ordonna aux vieilles femmes et aux jeunes garçons chargés de garder le jardin de les surveiller. On leur donna seulement à manger et à boire, avec interdiction absolue de s’éloigner d’un seul pas. Ces jeunes filles, qui n’y comprenaient rien, durent rester assises à attendre le jour. Les servantes des différentes résidences du jardin savaient bien qu’on avait ramené les religieuses pour les mettre à la disposition du palais, mais elles ignoraient le fond de l’affaire.

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Le lendemain matin, Jia Zheng s’apprêtait à quitter son service lorsque son administration reçut, en provenance de deux provinces, des registres de vérification concernant des travaux urbains, qu’il fallait contrôler sur-le-champ. Ne pouvant rentrer chez lui, il envoya dire à Jia Lian : « Quand Lai Da sera revenu, interroge-le soigneusement. Fais ce qui doit être fait, sans m’attendre. »

Ayant reçu cet ordre, Jia Lian se réjouit d’abord pour Qin’er, puis se dit : « Si je règle l’affaire sans qu’il en reste la moindre trace, Jia Zheng risque de concevoir des soupçons. Mieux vaut en référer à Madame Wang et lui demander comment procéder. Même si cela ne répond pas aux intentions du maître, je n’aurai pas à porter seul une trop lourde responsabilité. » Sa décision prise, il entra voir Madame Wang et lui exposa l’affaire : « Hier, le maître s’est mis en colère en voyant le placard et a fait ramener au manoir Qin’er ainsi que toutes les nonnes bouddhistes et taoïstes, afin de les interroger. Aujourd’hui, il n’a pas le temps de s’occuper d’une affaire aussi indécente et m’a chargé de vous dire d’agir comme vous l’entendriez. Je viens donc vous demander comment il faut la régler. »

Madame Wang s’exclama, stupéfaite : « Que signifie tout cela ? Si Qin’er se conduit ainsi, est-il encore digne d’appartenir à notre famille ? Mais l’auteur du placard est odieux, lui aussi : peut-on débiter à tort et à travers de pareilles choses ? As-tu au moins demandé à Qin’er si elles étaient vraies ? »

Jia Lian répondit : « Je viens de l’interroger. Mais songez-y, madame : qu’il l’ait fait ou non, un homme reconnaîtra-t-il de lui-même avoir commis une infamie ? Pour ma part, je pense que Qin’er n’aurait pas osé agir ainsi. Il savait que toutes ces jeunes filles pouvaient à tout moment être réclamées par Sa Majesté impériale ; si un scandale avait éclaté, qu’aurait-il fait ? À mon avis, il ne serait pas difficile de les interroger ; mais si l’affaire était prouvée, comment voudriez-vous procéder ? »

Madame Wang demanda : « Où sont à présent ces jeunes filles ? — Toutes enfermées dans le jardin. — Les demoiselles sont-elles au courant ? — Elles savent sans doute toutes qu’on les prépare pour le palais ; on n’a rien dit d’autre en leur présence. — Fort bien. On ne peut garder un instant de plus ces créatures. J’avais d’abord voulu les renvoyer, mais vous avez tous prétendu qu’il valait mieux les conserver ; et voilà qu’un scandale se produit ! Charge donc Lai Da et ses gens de les emmener. Qu’ils demandent soigneusement si elles ont de la famille, retrouvent leurs actes, dépensent quelques dizaines de taëls pour louer un bateau et choisissent quelqu’un de sûr afin de les reconduire dans leur pays. Qu’on les renvoie toutes avec leurs papiers, et nous serons débarrassés de cette affaire. Ce serait par trop cruel de les contraindre toutes à retourner à la vie séculière pour la faute d’une ou deux. Si nous les livrions ici aux entremetteuses officielles, même sans rien demander pour elles, celles-ci les vendraient pour leur profit sans se soucier de leur vie ni de leur mort.

« Quant à Qin’er, réprimande-le sévèrement. En dehors des sacrifices et des fêtes, qu’il ne vienne plus ici sans raison. Qu’il prenne garde à ne pas se trouver sur le chemin du maître lorsqu’il est en colère : il s’attirerait un châtiment qu’il ne pourrait supporter. Dis aussi au bureau des comptes de rayer cette dépense des registres. Enfin, envoie quelqu’un à l’ermitage de la Lune sur l’eau porter cet ordre du maître : sauf lorsqu’ils viennent honorer les tombes ou brûler des offrandes de papier, aucun des messieurs de la famille ne devra y être reçu. Si la moindre rumeur fâcheuse se répand encore, la vieille nonne sera chassée avec toutes les autres. »

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Jia Lian acquiesça à tout. Une fois sorti, il transmit à Lai Da les instructions de Madame Wang : « C’est la décision de madame ; exécute-la. Quand tu auras terminé, viens m’en informer afin que je lui rende compte. Dépêche-toi. Lorsque le maître sera rentré, tu lui répondras conformément à ce qu’elle a dit. »

Lai Da répondit : « Notre madame a véritablement un cœur de Bouddha. Puisqu’il faut faire reconduire toute cette troupe et que madame se montre si bienveillante, nous devons choisir quelqu’un de sûr. Pour frère Qin, que le second maître décide lui-même de son sort. Quant à l’auteur du placard, votre serviteur trouvera le moyen de le démasquer ; il faudra alors le châtier sans pitié. » Jia Lian approuva d’un signe de tête et régla aussitôt le cas de Jia Qin. Lai Da se hâta lui aussi d’emmener les religieuses et procéda selon les instructions reçues.

Le soir, lorsque Jia Zheng rentra, Jia Lian et Lai Da lui firent leur rapport. Jia Zheng, qui n’aimait pas multiplier les affaires, s’en tint là après les avoir entendus. Mais dès que les vauriens du dehors apprirent que la maison Jia renvoyait vingt-quatre jeunes filles, lequel d’entre eux ne conçut pas quelque dessein ? Pourront-elles finalement rentrer chez elles ? Leur sort demeure inconnu, et l’on ne saurait l’inventer à la légère.

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Comme Daiyu allait peu à peu mieux et que rien ne réclamait Zijuan dans le jardin, celle-ci, ayant entendu dire qu’on préparait les religieuses pour servir au palais sans savoir de quoi il retournait, se rendit chez l’aïeule Jia afin de s’informer. Elle rencontra justement Yuanyang qui descendait ; toutes deux s’assirent un moment pour bavarder, et Zijuan aborda l’affaire des religieuses.

Yuanyang s’étonna : « Je n’en ai rien entendu. Je demanderai tout à l’heure à la seconde maîtresse, et nous saurons. » Comme elle parlait encore, deux femmes de la maison de Fu Shi vinrent présenter leurs respects à l’aïeule Jia. Yuanyang allait les accompagner auprès d’elle, mais, apprenant que l’aïeule faisait sa sieste, elles lui laissèrent un message et repartirent.

Zijuan demanda : « De quelle maison viennent-elles ? — Qu’elles sont agaçantes ! Parce qu’il y a chez elles une fille assez jolie, elles l’exhibent comme un trésor. Elles ne cessent de vanter devant l’aïeule la beauté de leur demoiselle, la bonté de son cœur, ses bonnes manières, sa parole concise et juste, l’adresse de ses mains, son talent pour l’écriture et le calcul, sa piété envers ses aînés et même sa douceur envers les domestiques. Chaque fois qu’elles viennent, elles débitent toute cette tirade à l’aïeule ; moi, cela m’exaspère. Ces vieilles sont vraiment insupportables. Mais notre aïeule aime justement entendre ce genre de propos. Passe encore pour elle ; mais Baoyu, qui d’ordinaire ne peut souffrir la vue des vieilles femmes, ne trouve jamais celles de leur maison déplaisantes. N’est-ce pas étrange ? L’autre jour, elles sont encore venues dire que quantité de familles demandaient leur demoiselle en mariage, mais que leur maître refusait toujours, car il ne consentirait qu’à une alliance avec une famille telle que la nôtre. Tantôt elles la couvrent d’éloges, tantôt elles nous flattent : elles ont fini par ébranler le cœur de l’aïeule. »

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Zijuan demeura interdite, puis demanda avec une feinte indifférence : « Si l’aïeule l’apprécie, pourquoi ne pas la fiancer tout simplement à Baoyu ? » Yuanyang allait lui en expliquer la raison lorsqu’on annonça d’en haut : « L’aïeule s’est réveillée. » Elle se hâta de monter. Zijuan dut repartir seule vers le jardin.

Tout en marchant, elle se disait : « N’y a-t-il donc sous le ciel qu’un seul Baoyu ? Celle-ci le veut, celle-là aussi. Quant à notre demoiselle, elle s’est entichée de lui plus encore : à voir son expression, il est certain que son cœur s’est fixé sur Baoyu. Si elle est tombée malade tant de fois, quelle autre raison pourrait-il y avoir ? Dans cette maison, on ne parvient déjà pas à démêler toutes ces histoires d’or et d’argent ; si une mademoiselle Chuan vient encore s’y ajouter, ce sera bien pire ! Il me semble que Baoyu a lui aussi le cœur attaché à notre demoiselle, mais à entendre Yuanyang, il aimerait chaque nouvelle venue. Notre demoiselle ne se serait-elle pas tourmentée en vain ? »

Zijuan pensait d’abord à Daiyu ; mais, en poursuivant ses réflexions, elle ne sut plus elle-même qu’en penser et se mit à pleurer. Elle aurait voulu dire à Daiyu de ne plus se tourmenter sans raison, mais elle craignait de la chagriner ; et la voir dans cet état lui faisait pitié. Après avoir tourné et retourné l’affaire, elle finit par s’irriter contre elle-même et cracha de dépit : « Pourquoi donc t’inquiéter pour les autres ? Quand bien même mademoiselle Lin épouserait réellement Baoyu, son caractère ne la rendrait pas facile à servir. Baoyu a beau être bon, il veut trop embrasser et ne peut tout mener à bien. Je conseille aux autres de ne pas s’inquiéter à l’aveuglette, alors que c’est moi qui le fais ! Désormais, je mettrai tout mon cœur à servir ma demoiselle et ne m’occuperai plus du reste. » Cette pensée lui rendit quelque sérénité.

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De retour au pavillon des Bambous-pourpres, elle trouva Daiyu seule sur le kang, occupée à classer ses anciens poèmes, essais et chants. Daiyu leva la tête et lui demanda : « Où étais-tu ? — Je suis allée voir les autres demoiselles. — Tu cherchais peut-être sœur Xiren ? — Pourquoi serais-je allée la chercher ? »

Daiyu se demanda comment cette parole lui avait échappé si naturellement et, prise de gêne, cracha de dépit : « Que m’importe qui tu cherchais ! Va me verser du thé. » Retenant un sourire, Zijuan sortit préparer le thé. Elle entendit alors une succession de cris confus dans le jardin. Sans cesser de verser le thé, elle envoya quelqu’un s’informer.

On revint lui dire : « Dans la cour du Bonheur rouge, plusieurs bégonias étaient flétris, et personne ne les arrosait plus. Hier, Baoyu est allé les voir et a cru apercevoir des boutons au bout des branches. Personne ne l’a cru ni n’y a prêté attention. Or, aujourd’hui, les bégonias se sont soudain couverts de fleurs magnifiques. Tout le monde, stupéfait, se presse pour les voir. Même l’aïeule et Madame Wang ont été mises en émoi et viennent admirer les fleurs. C’est pourquoi la jeune maîtresse a ordonné de débarrasser le jardin des feuilles mortes et des branches sèches : tous ces gens courent transmettre ses ordres. »

Daiyu avait entendu elle aussi. Sachant que l’aïeule allait venir, elle changea de vêtements et envoya Xueyan aux nouvelles : « Si l’aïeule est arrivée, reviens aussitôt me prévenir. » Peu après, Xueyan revint en courant : « L’aïeule, les deux dames et beaucoup d’autres personnes sont arrivées. Mademoiselle doit s’y rendre sans tarder. »

Daiyu se regarda brièvement dans le miroir, lissa ses cheveux aux tempes, puis, appuyée sur Zijuan, gagna la cour du Bonheur rouge. L’aïeule était déjà assise sur la couche où Baoyu dormait habituellement. Daiyu lui présenta ses respects, puis salua Madame Xing et Madame Wang avant d’échanger les politesses d’usage avec Li Wan, Tanchun, Xichun et Xing Xiuyan. Xifeng seule n’était pas venue, à cause de sa maladie. Shi Xiangyun avait été reprise par sa famille, son oncle ayant été muté et étant revenu dans la capitale. Xue Baoqin était partie habiter chez sa sœur. Enfin, comme les événements se multipliaient dans le jardin, la tante Li avait emmené les sœurs Li loger à l’extérieur. Daiyu ne trouva donc ce jour-là que peu de personnes.

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Après avoir ri et bavardé quelque temps, toutes discutèrent de l’étrangeté de cette floraison. L’aïeule Jia dit : « Ces fleurs devraient s’ouvrir au troisième mois. Nous sommes certes au onzième mois, mais, comme les saisons ont pris du retard, on peut encore compter que nous sommes au dixième. C’est l’époque du petit printemps, où les fleurs peuvent s’épanouir quand le temps reste doux. »

Madame Wang répondit : « L’aïeule a beaucoup vu et parle avec raison. Il n’y a là rien de prodigieux. » Madame Xing dit : « J’ai entendu dire que cette plante était flétrie depuis un an. Si elle refleurit cette fois hors de saison, il doit y avoir une cause. »

Li Wan dit en riant : « L’aïeule et madame ont toutes deux raison. Selon ma pauvre idée, c’est qu’un heureux événement attend Baoyu, et que cette fleur est venue l’annoncer. » Tanchun ne dit rien, mais pensa : « Cette floraison ne saurait être un bon présage. En règle générale, ce qui suit l’ordre prospère, ce qui s’y oppose périt. Les plantes ressentent les mouvements du destin : lorsqu’elles fleurissent hors de saison, c’est nécessairement un prodige funeste. » Elle jugea toutefois préférable de garder cette pensée pour elle.

Daiyu seule, en entendant parler d’un heureux événement, se sentit émue et dit avec animation : « Jadis, une famille possédait un gainier. Quand les trois frères partagèrent leurs biens et se séparèrent, l’arbre se dessécha. Plus tard, touchés par ce prodige, ils se réunirent de nouveau, et l’arbre retrouva toute sa vigueur. On voit donc que les plantes suivent elles aussi les hommes. À présent, second frère étudie sérieusement et mon oncle maternel en est satisfait ; cet arbre a donc refleuri. »

L’aïeule Jia et Madame Wang, charmées, déclarèrent : « La comparaison de mademoiselle Lin est raisonnable et pleine de sens. »

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Pendant qu’elles parlaient, Jia She, Jia Zheng, Jia Huan et Jia Lan entrèrent tous voir les fleurs. Jia She déclara : « À mon avis, il faut couper cet arbre. Ce doit être un démon floral qui fait des siennes. » Jia Zheng répondit : « Si l’on ne s’étonne pas d’un prodige, le prodige se défait de lui-même. Inutile de le couper ; laissons-le. »

En les entendant, l’aïeule Jia s’écria : « Cessez donc de dire des absurdités ici ! Un heureux événement s’annonce dans notre maison : en quoi serait-ce un prodige funeste ? Si quelque bonheur arrive, vous en jouirez ; s’il arrive un malheur, je le prendrai seule sur moi. Je vous interdis de débiter de pareilles sottises. » Jia Zheng n’osa plus parler et ressortit, fort embarrassé, avec Jia She et les autres.

L’aïeule Jia, tout à sa joie, fit ordonner aux cuisines de préparer au plus vite un banquet afin que tous admirent les fleurs. Elle ajouta : « Que Baoyu, Huan’er et Lan’er composent chacun un poème pour célébrer cet heureux présage. Mademoiselle Lin se remet à peine de sa maladie : qu’elle ne se fatigue pas. Si cela l’amuse, elle corrigera vos vers. » Puis elle dit à Li Wan : « Vous boirez toutes avec moi. »

Li Wan répondit : « Oui », puis dit à Tanchun en riant : « Tout cela est encore de ta faute. — Même si l’on ne nous demandait pas de composer des poèmes, en quoi serait-ce notre faute ? — N’est-ce pas toi qui as fondé le Cercle des Bégonias ? Voilà que ce bégonia veut maintenant entrer dans le cercle ! » Tout le monde éclata de rire.

On servit bientôt le vin et les mets. Chacun buvait en s’efforçant de réjouir l’aïeule, et tous tenaient des propos joyeux. Baoyu s’avança pour lui verser du vin, puis improvisa quatre vers. Il les mit par écrit et les lut à l’aïeule Jia :

隤,

Pourquoi le bégonia s’était-il soudain flétri ? Pourquoi se couvre-t-il aujourd’hui de fleurs ?

Sans doute la dame du Pavillon du Nord gagne-t-elle en longévité ; le yang renaît, devançant même le prunier.

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Jia Huan apporta lui aussi son poème et le lut :

𤼵

Au printemps, plantes et arbres devraient pousser en bourgeons ; mais le bégonia s’est trompé de saison.

Qui sait combien le monde renferme de prodiges ? En plein mois d’hiver, il ne fleurit que chez nous.

Jia Lan recopia soigneusement son poème en écriture régulière et le présenta à l’aïeule Jia, qui ordonna à Li Wan de le lire :

Sous les brumes, sa grâce se fana avant le printemps ; humecté de givre, son rouge léger s’ouvre après la neige.

Ne dites pas que cette fleur manque de discernement : florissante et joyeuse, elle seconde d’avance les coupes de réunion.

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Après les avoir entendus, l’aïeule Jia déclara : « Je ne comprends guère la poésie, mais, à l’oreille, celui de Lan’er me semble le meilleur. Celui de Huan’er n’est pas réussi. Venez tous manger. » Voyant l’aïeule ravie, Baoyu s’anima davantage.

Il se rappela alors : « Le bégonia est mort l’année où Qingwen est morte. Puisqu’il refleurit aujourd’hui, tous les gens de notre cour connaîtront naturellement le bonheur. Mais Qingwen, elle, ne saurait comme cette fleur mourir et revenir à la vie. » Sa joie se changea aussitôt en tristesse. Puis il se souvint que Qiaojie avait récemment parlé de l’intention de Xifeng de prendre Wu’er à son service. Peut-être cette fleur s’était-elle ouverte pour elle. Sa tristesse redevint joie, et il recommença à rire et à bavarder.

L’aïeule Jia resta encore une bonne partie de la journée, puis repartit appuyée sur Zhenzhu. Madame Wang et les autres l’accompagnèrent. Ping’er s’avança alors tout sourire : « Notre maîtresse savait que l’aïeule admirait les fleurs ici. Comme elle ne pouvait venir elle-même, elle a envoyé votre servante se mettre au service de l’aïeule et de ces dames. Elle offre aussi au second maître Bao deux pièces d’étoffe rouge afin d’en envelopper cette fleur : ce sera son présent de félicitations. »

Xiren vint prendre les étoffes et les présenta à l’aïeule Jia, qui dit en riant : « Il faut toujours que la petite Feng trouve quelque chose à faire : c’est à la fois convenable, original et fort amusant. » Xiren dit en souriant à Ping’er : « À ton retour, remercie la seconde maîtresse de la part du second maître Bao. S’il y a un heureux événement, nous nous en réjouirons tous. »

L’aïeule Jia rit : « Ah, je l’avais oublié ! Bien que la petite Feng soit malade, elle seule a pensé à cela, et son présent tombe à merveille. » Tout en parlant, elle repartit avec les autres.

Ping’er dit alors à voix basse à Xiren : « Notre maîtresse trouve cette floraison étrange. Elle te demande de couper un morceau de satin rouge et de le suspendre à l’arbre : ainsi le présage se réalisera sous la forme d’un heureux événement. Désormais, il ne faudra plus bavarder sans cesse de ce prodige. » Xiren acquiesça et raccompagna Ping’er. N’en parlons plus.

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Ce jour-là, Baoyu se reposait chez lui dans une pelisse à pans ronds. Depuis qu’il avait vu les fleurs éclore, il ne cessait de sortir pour les regarder, les admirer, soupirer devant elles et les chérir ; toutes les joies et les peines, les séparations et les réunions innombrables qui emplissaient son cœur se trouvaient reportées sur cette plante.

Apprenant soudain que l’aïeule Jia allait venir, il ôta sa pelisse pour revêtir une veste d’archer en aisselles de renard et passa par-dessus un manteau en pattes de renard noir, puis sortit l’accueillir. Dans la précipitation, il oublia de remettre le Jade magique. Lorsque l’aïeule fut repartie, il changea de nouveau de vêtements. Voyant que rien ne pendait à son cou, Xiren lui demanda : « Où est le jade ? — Tout à l’heure, en changeant précipitamment de vêtements, je l’ai retiré et posé sur la table du kang. Je ne l’ai pas remis. »

Xiren regarda la table : le jade n’y était pas. Elle se mit à le chercher partout, mais n’en trouva aucune trace. Une sueur glacée lui couvrit tout le corps. Baoyu dit : « Ne t’affole pas. Il est forcément dans la chambre. Interroge-les, et nous saurons. »

Pensant que Sheyue et les autres l’avaient caché pour plaisanter, Xiren leur dit en souriant : « Petites pestes, il y a des limites aux plaisanteries ! Où avez-vous caché cet objet ? Prenez garde de le perdre pour de bon : aucune de nous n’en réchapperait. »

Sheyue et les autres répondirent gravement : « Qu’est-ce que tu racontes ? Une plaisanterie reste une plaisanterie, mais cette affaire n’est pas un jeu. Ne dis pas n’importe quoi. Tu as perdu la tête : réfléchis donc à l’endroit où tu l’as posé, au lieu d’accuser les autres sans raison. »

Voyant qu’elles ne plaisantaient pas, Xiren s’affola : « Ciel souverain, bodhisattvas, petit ancêtre ! Où l’as-tu donc mis ? — Je me souviens parfaitement de l’avoir posé sur la table du kang. Cherchez donc ! »

Xiren, Sheyue, Qiuwen et les autres, n’osant laisser personne apprendre la nouvelle, fouillèrent secrètement tous les recoins. Après une bonne partie de la journée, elles n’avaient toujours rien trouvé. Elles vidèrent même coffres et malles, mais le jade demeurait introuvable. Elles en vinrent à soupçonner les visiteurs de tout à l’heure : peut-être l’un d’eux l’avait-il ramassé.

Xiren dit : « Parmi ceux qui sont entrés, qui ignore que ce jade est aussi précieux que la vie même ? Qui oserait l’emporter ? Surtout, n’ébruitez pas encore l’affaire. Allez vite interroger partout. Si l’une des sœurs l’a ramassé et le cache pour nous effrayer, prosternez-vous devant elle et suppliez-la de le rendre. Si une petite servante l’a volé, promettez de ne pas la dénoncer ; quoi qu’elle demande en échange, donnez-le-lui pour récupérer le jade. Ce n’est pas une petite affaire : sa perte serait plus grave encore que celle du second maître Bao lui-même. »

Sheyue et Qiuwen allaient sortir lorsque Xiren les rattrapa pour leur recommander : « N’interrogez pas tout de suite ceux qui mangeaient ici tantôt. Si nous ne le retrouvons pas, nous aurons seulement provoqué de nouveaux troubles. »

Sheyue et les autres se séparèrent pour questionner discrètement tout le monde. Personne ne savait rien, et chacun s’alarmait. Elles revinrent bientôt, les yeux écarquillés, se regardant les unes les autres sans savoir que faire. Baoyu lui-même restait paralysé par la peur. Xiren, désespérée, ne pouvait que pleurer sans larmes. Il n’y avait nulle part où chercher et l’on n’osait faire de rapport : dans la cour du Bonheur rouge, tous semblaient changés en statues de bois ou d’argile.

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Tous demeuraient interdits lorsque les personnes déjà informées arrivèrent des différentes résidences. Tanchun fit fermer la porte du jardin. Elle chargea d’abord une vieille femme, accompagnée de deux servantes, de recommencer les recherches partout ; puis elle fit annoncer qu’une forte récompense serait remise à quiconque retrouverait le jade.

D’une part, chacun voulait se disculper ; d’autre part, la récompense était tentante. Tous recommencèrent donc à chercher avec une ardeur désespérée, jusque dans les latrines. Mais le jade semblait devenu aussi petit qu’une aiguille à broder : après une journée entière, on n’en avait toujours aucune nouvelle.

À bout de patience, Li Wan dit : « Cette affaire n’est pas un jeu. Je vais devoir prononcer des paroles inconvenantes. — Lesquelles ? demandèrent les autres. — Dans la situation présente, nous ne pouvons plus nous embarrasser de scrupules. À part Baoyu, il n’y a ici que des femmes. Je dois demander à toutes les dames, jeunes et moins jeunes, de faire déshabiller les servantes qui les accompagnent, afin que nous les fouillions. Si nous ne trouvons rien, les servantes fouilleront à leur tour les vieilles femmes et les filles chargées des gros travaux. »

Toutes répondirent : « Ces paroles sont raisonnables. Avec tant de monde et de mains qui s’agitent, toutes sortes de gens se trouvent mêlés. De cette façon, vous pourrez également vous laver de tout soupçon. » Seule Tanchun gardait le silence. Les servantes, elles aussi, désiraient prouver leur innocence.

Ping’er s’avança la première : « Commencez par me fouiller. » Chacune ouvrit donc ses vêtements, et Li Wan entreprit de les fouiller l’une après l’autre.

Tanchun lui dit avec irritation : « Belle-sœur aînée, voilà que tu imites toi aussi ces incapables ! Celui qui a volé le jade le garderait-il encore sur lui ? D’ailleurs, cet objet est un trésor dans notre maison ; dehors, pour qui ne le connaît pas, ce n’est qu’une chose inutile. Pourquoi le voler ? À mon avis, quelqu’un a voulu faire une mauvaise plaisanterie. »

En l’entendant, toutes remarquèrent que Huan’er n’était pas là. Comme il avait couru partout dans les chambres la veille, chacun le soupçonna sans oser le dire. Tanchun poursuivit : « Il n’y a que Huan’er pour faire une pareille farce. Envoyez quelqu’un le chercher discrètement. À l’écart, amadouez-le pour qu’il rende le jade ; ensuite, faites-lui peur afin qu’il n’ébruite rien. Et tout sera réglé. » Toutes approuvèrent.

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Li Wan dit à Ping’er : « Toi seule peux tirer cette affaire au clair. » Ping’er accepta et partit en hâte. Peu après, elle revint avec Huan’er.

Tous feignirent de ne se soucier de rien. On fit préparer un bol de thé que l’on plaça dans la pièce intérieure, puis chacun s’éloigna sous un prétexte. Puisqu’on avait chargé Ping’er de l’amadouer, elle lui demanda en souriant : « Ton second frère a perdu son jade. Ne l’aurais-tu pas vu ? »

Le visage de Jia Huan devint violet de colère. Il ouvrit de grands yeux et s’écria : « Quand les autres perdent quelque chose, pourquoi me faites-vous venir pour m’interroger et me soupçonner ? Suis-je donc un voleur déjà condamné ? »

Devant cette réaction, Ping’er n’osa poursuivre et reprit d’un ton conciliant : « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Nous pensions seulement que le troisième maître avait pu le prendre pour effrayer les autres ; je te demandais simplement si tu l’avais vu, afin de les aider à chercher. »

Jia Huan répondit : « Son jade se porte sur lui : c’est à lui qu’il faut demander si quelqu’un l’a vu, pas à moi. Il ne manque pourtant pas de gens pour le flatter ! Quand quelque chose de bon leur arrive, personne ne vient m’en parler ; mais dès qu’un objet disparaît, on vient m’interroger ! » Sur ce, il se leva et partit. Personne ne pouvait décemment le retenir.

Baoyu s’alarma davantage : « C’est encore cette maudite chose qui provoque tout ce désordre ! Je n’en veux plus. Cessez donc de vous agiter. Dès que Huan’er sera parti, il criera la nouvelle dans toute la cour ; ne sera-ce pas un beau scandale ? »

Xiren et les autres recommencèrent à pleurer : « Petit ancêtre, tu peux croire que la perte du jade n’a aucune importance ; mais si les maîtres l’apprennent, nous serons toutes réduites en poussière ! » Et elles éclatèrent en sanglots.

Tous furent encore plus accablés. Sachant qu’ils ne pourraient cacher l’affaire, ils durent convenir d’une version à donner à l’aïeule Jia et aux autres. Baoyu dit : « Inutile de discuter : dites simplement que je l’ai brisé, et ce sera fini. »

Ping’er répondit : « Mon maître, comme vous en parlez légèrement ! Les maîtres demanderont pourquoi vous l’avez brisé, et elles seront tout de même condamnées à mort. Et s’ils exigent les fragments, que ferez-vous ? — Alors, dites que je l’ai perdu l’autre jour en sortant. »

Après réflexion, tous jugèrent que l’explication pouvait passer. Mais depuis deux jours, il n’était allé ni à l’école ni ailleurs. Baoyu reprit : « Comment cela ? Avant-hier encore, je suis allé voir une pièce à la résidence du prince de Nan’an. Dites que je l’ai perdu ce jour-là. » Tanchun objecta : « Cela ne convient pas davantage. Si tu y es allé avant-hier, pourquoi ne l’as-tu pas signalé le jour même ? »

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Tous se perdaient dans leurs réflexions, cherchant comment arranger un mensonge, lorsqu’ils entendirent la concubine Zhao arriver en pleurant et en criant : « Vous perdez quelque chose et, au lieu de le chercher vous-mêmes, vous faites secrètement torturer Huan’er ! Je vous l’amène : je le livre une fois pour toutes à votre bande qui piétine ceux qui sont tombés à l’eau. Tuez-le, mettez-le en pièces, faites-en ce que vous voudrez ! »

Elle poussa Huan’er en avant : « Puisque tu es un voleur, avoue vite ! » Furieux, Huan’er se mit lui aussi à pleurer et à crier. Li Wan allait tenter de les calmer lorsqu’une servante annonça : « Madame Wang arrive. »

Xiren et les autres auraient voulu disparaître sous terre. Baoyu et les autres sortirent en hâte à sa rencontre. La concubine Zhao n’osa plus faire de bruit et les suivit.

Voyant tous les visages bouleversés, Madame Wang ajouta enfin foi à ce qu’elle venait d’entendre et demanda : « Ce jade est-il vraiment perdu ? » Personne n’osa répondre. Elle entra s’asseoir dans la chambre et fit appeler Xiren. Celle-ci, terrifiée, se hâta de s’agenouiller et voulut faire son rapport en larmes.

Madame Wang dit : « Relève-toi. Envoie vite les gens chercher soigneusement ; si vous vous affolez, cela ne fera qu’empirer les choses. » Xiren sanglotait sans pouvoir parler.

Craignant qu’elle ne révèle directement la vérité, Baoyu dit : « Madame, cette affaire n’a rien à voir avec Xiren. L’autre jour, je suis allé voir une pièce à la résidence du prince de Nan’an, et je l’ai perdu en chemin. — Pourquoi ne l’as-tu pas cherché ce jour-là ? — Je craignais qu’on ne l’apprenne, alors je ne leur ai rien dit. J’ai chargé Beiming et les autres de le chercher partout dehors. »

Madame Wang répliqua : « Absurdités ! N’est-ce pas Xiren et les autres qui t’aident à changer de vêtements ? Lorsqu’un jeune maître rentre d’une sortie, il faut déjà rendre compte d’un mouchoir ou d’une bourse qui manquerait ; à plus forte raison auraient-elles pu ne pas demander où était ce jade ? » Baoyu ne sut que répondre.

La concubine Zhao, ravie de ce qu’elle entendait, intervint aussitôt : « Il perd son bien dehors, et l’on accuse encore Huan’er ! » Elle n’avait pas achevé que Madame Wang la rabroua : « Nous parlons de cette affaire-ci ; cesse donc tes propos inutiles ! » La concubine Zhao n’osa plus rien dire.

Li Wan et Tanchun racontèrent alors franchement toute l’affaire à Madame Wang. Celle-ci, affolée à son tour, versa des larmes comme la pluie et résolut d’en informer l’aïeule Jia, puis d’interroger les personnes venues avec Madame Xing.

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Xifeng, quoique malade, avait elle aussi appris la disparition du jade. Sachant que Madame Wang était venue et comprenant qu’elle ne pourrait rester à l’écart, elle se fit soutenir par Feng’er et entra dans le jardin. Madame Wang se levait justement pour repartir. Xifeng, faible et languissante, lui présenta ses respects, tandis que Baoyu et les autres vinrent prendre de ses nouvelles.

Madame Wang lui dit : « Tu l’as appris, toi aussi ? N’est-ce pas une chose étrange ? Il a suffi qu’on le perde un instant de vue pour qu’il disparaisse, et on ne le retrouve nulle part. Réfléchis donc : depuis les servantes de l’aïeule jusqu’à votre Ping’er, laquelle a les mains peu sûres ? Laquelle aime les mauvaises plaisanteries ? Je veux tout rapporter à l’aïeule et mener une véritable enquête. Sans cela, on aura tranché la racine même de la vie de Baoyu. »

Xifeng répondit : « Notre maison compte beaucoup de monde et toutes sortes de mains. Comme le dit l’ancien proverbe : “On connaît le visage d’un homme, non son cœur.” Comment garantir que chacun est honnête ? Mais maintenant que l’affaire a fait du bruit, tout le monde est au courant. Si le voleur sait que madame veut le démasquer et comprend qu’il n’aura plus de lieu où reposer son corps après sa mort, il pourrait, dans son désespoir, détruire l’objet et supprimer toute preuve. Que ferions-nous alors ?

« Selon ma pauvre idée, il faudrait simplement dire que Baoyu, qui n’aimait pas ce jade, l’a jeté et qu’il n’y a là rien de grave. Que tous gardent rigoureusement le secret, surtout devant l’aïeule et le maître. Pendant ce temps, nous enverrons discrètement des gens enquêter partout et amener le coupable à restituer le jade par la ruse. Ainsi, nous récupérerons l’objet et pourrons ensuite établir la faute. Je ne sais ce qu’en pense madame. »

Madame Wang hésita longtemps avant de répondre : « Tes paroles ne sont pas déraisonnables. Mais comment pourrions-nous le cacher au maître ? » Elle fit alors venir Huan’er : « Ton second frère a perdu son jade. On t’a posé une simple question, et tu t’es mis à crier partout ! Si le bruit se répand et pousse quelqu’un à détruire l’objet, je verrai si tu peux rester en vie ! »

Effrayé, Jia Huan pleura : « Je ne crierai plus, je n’oserai plus. » En entendant cela, la concubine Zhao n’osa souffler mot.

Madame Wang ordonna ensuite à tous : « Il doit rester quelque endroit où vous n’avez pas cherché. L’objet était ici, bien en sûreté ; il ne peut tout de même pas s’être envolé. Mais il est interdit d’ébruiter l’affaire. Je donne trois jours à Xiren pour le retrouver. Si elle ne l’a pas retrouvé au bout de trois jours, nous ne pourrons sans doute plus garder le secret, et aucun de vous ne connaîtra plus un jour tranquille. »

Sur ce, elle demanda à Xifeng de la suivre chez Madame Xing pour décider comment poursuivre l’enquête. N’en parlons plus.

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Li Wan et les autres discutèrent encore longuement. Elles firent appeler tous les gardiens du jardin et ordonnèrent : « Fermez les portes du jardin et faites venir sans tarder la femme de Lin Zhixiao. » Lorsqu’elle fut là, elles lui expliquèrent discrètement l’affaire et lui demandèrent de transmettre cet ordre aux portes de devant et de derrière : pendant trois jours, les domestiques, hommes ou femmes, pourraient circuler à l’intérieur, mais nul ne serait autorisé à sortir. On dirait seulement qu’un objet avait disparu et que les sorties reprendraient lorsqu’on saurait ce qu’il était devenu.

La femme de Lin Zhixiao répondit : « Oui », puis ajouta : « L’autre jour, un objet sans grande importance a également disparu chez vos serviteurs. Lin Zhixiao a absolument voulu tirer l’affaire au clair. Il est allé dans la rue consulter un devin qui interprète les caractères, un certain Liu Tiezui. Celui-ci a analysé un caractère avec tant de précision qu’à notre retour nous avons cherché de nouveau et retrouvé l’objet. »

À ces mots, Xiren la supplia : « Ma bonne dame Lin, sortez vite et demandez au maître Lin d’aller consulter ce devin pour nous ! » La femme de Lin Zhixiao accepta et partit.

Xing Xiuyan dit alors : « Les devins du dehors qui analysent les caractères ou tirent les trigrammes ne sont guère fiables. Dans le Sud, j’ai entendu dire que Miaoyu savait interroger les esprits par la planchette. Pourquoi ne pas lui demander une consultation ? De plus, ce jade possède, dit-on, un mystérieux pouvoir immortel ; elle pourra sans doute apprendre où il se trouve. »

Toutes s’étonnèrent : « Nous la voyons souvent, mais nous ne l’avons jamais entendue parler de cela. » Sheyue demanda aussitôt à Xiuyan : « Elle refuserait sans doute si quelqu’un d’autre la priait. Bonne demoiselle, je me prosterne devant vous : allez donc la trouver. Si vous obtenez une réponse, je n’oublierai jamais votre bonté. » Et elle voulut s’agenouiller. Xiuyan se hâta de la retenir. Daiyu et les autres la pressèrent également de se rendre sans délai à l’ermitage de la Verdure enclose.

Au même moment, la femme de Lin Zhixiao revint : « Mesdemoiselles, réjouissez-vous ! Lin Zhixiao revient de la consultation. Le devin affirme que ce jade ne peut être perdu et que, tôt ou tard, quelqu’un le rapportera. »

Toutes furent partagées entre la foi et le doute ; seules Xiren et Sheyue étaient transportées de joie. Tanchun demanda : « Quel caractère a-t-il interprété ? — Il a beaucoup parlé, et votre servante ne saurait tout répéter. Je me souviens seulement que Lin Zhixiao a tiré le caractère 賞, “récompenser”. Sans rien lui demander, Liu Tiezui a aussitôt dit : “Vous avez perdu un objet, n’est-ce pas ?” — Cela seul est déjà remarquable, dit Li Wan.

La femme de Lin Zhixiao poursuivit : « Il a encore dit : “Le caractère 賞 porte en haut le caractère 小, ‘petit’, puis le caractère 口, ‘bouche’. Cet objet peut aisément tenir dans la bouche : ce doit être une perle ou une pierre précieuse.” » Toutes s’exclamèrent : « C’est véritablement un immortel ! Qu’a-t-il dit ensuite ? »

Elle répondit : « Il a dit que le caractère 貝, en bas, se décompose de façon à former 見, ‘voir’ : l’objet n’est donc plus visible. Puisque la partie supérieure se retrouve dans 當, il faut vite chercher dans les monts-de-piété. Enfin, si l’on ajoute 人, ‘homme’, au caractère 賞, on obtient 償, ‘restituer’. Il suffit donc de trouver le mont-de-piété pour trouver un homme ; cet homme permettra de racheter l’objet, qui sera ainsi restitué.” »

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Toutes dirent : « Puisqu’il en est ainsi, commençons par les environs. Nous finirons bien par avoir visité tous les monts-de-piété et nous retrouverons certainement l’objet. Une fois que nous l’aurons, il sera facile de questionner le coupable. »

Li Wan répondit : « Pourvu que nous récupérions l’objet, peu importe même que nous n’interrogions personne. Belle-sœur Lin, veuillez vite transmettre la prédiction à la seconde maîtresse. Qu’elle en informe madame afin de la rassurer et qu’elle envoie sans tarder des gens faire des recherches. » La femme de Lin Zhixiao accepta et partit.

Toutes, un peu rassurées, attendirent avec anxiété le retour de Xiuyan. Pendant qu’elles attendaient ainsi, elles aperçurent Beiming, le jeune serviteur de Baoyu, qui leur faisait signe de l’extérieur de la porte et appelait une petite servante. Celle-ci se hâta de sortir.

Beiming lui dit : « Vite, rentre annoncer à notre second maître, ainsi qu’aux dames et aux demoiselles, une nouvelle aussi grande que le ciel ! — Parle vite ! Pourquoi tant de détours ? »

Beiming frappa des mains en riant : « Si je te le dis et que tu vas le rapporter, nous recevrons tous deux une récompense. Qu’imagines-tu donc ? Le jade du second maître Bao… j’ai obtenu une information certaine à son sujet ! »

Pour savoir ce qu’il advint, il faudra attendre le prochain récit.

Notes

小陽春 : nom donné à une période de douceur autour du dixième mois lunaire, comparable à un bref retour du printemps.

荆樹 : allusion à l’histoire de Tian Zhen et de ses deux frères ; le gainier familial se dessèche lorsqu’ils se séparent et reverdit lorsqu’ils renoncent au partage.

北堂 : le « Pavillon du Nord » désigne traditionnellement la demeure de la mère ; dans le poème de Baoyu, il souhaite ainsi longue vie à l’aïeule Jia.

一陽旋復 : allusion au retour du principe yang au solstice d’hiver, premier signe du renouveau avant même la floraison du prunier.

見怪不怪,其怪自敗 : maxime signifiant qu’un prodige perd son pouvoir dès lors qu’on refuse de s’en effrayer.

扶乩 : divination où un stylet ou une planchette guidée par les esprits trace des caractères dans du sable ou de la cendre.

賞 : la prédiction repose sur la décomposition graphique et phonétique de 賞, rapproché successivement de 小, 口, 貝, 見, 當 et 償.

通靈寳玉 : le « Jade magique » est à la fois l’objet porté par Baoyu depuis sa naissance et le garant symbolique de sa vie.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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