Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 58 À l’ombre des abricots, un faux phénix pleure sa compagne illusoire ; derrière la fenêtre de gaze pourpre, un sentiment vrai sonde une logique insensée

 

À l’ombre des abricots, un faux phénix pleure sa compagne illusoire

derrière la fenêtre de gaze pourpre, un sentiment vrai sonde une logique insensée

Voyant entrer Tanchun et les autres, tous trois s’empressèrent de taire cette affaire. Tanchun et ses compagnes prirent de leurs nouvelles ; après avoir ri et bavardé quelque temps, tout le monde se sépara.

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Or la vieille princesse douairière dont il a été question au chapitre précédent venait de mourir. Toutes les dames titulaires durent se rendre à la cour avec leurs rangs respectifs et observer le deuil conformément à leur dignité. Un édit impérial ordonna que, dans tout l’empire, les familles pourvues d’un titre s’abstiennent pendant un an de banquets et de musique, et les gens du commun, pendant trois mois, de tout mariage. Chaque jour, l’aïeule Jia, ses brus et ses petits-enfants se rendaient à la cour pour suivre les cérémonies funèbres et ne rentraient qu’après la huitième heure. Au bout de vingt et un jours passés dans un palais latéral de l’enceinte impériale, le cercueil devait être conduit au mausolée ancestral, dans le district de Xiaoci. Comme il fallait une dizaine de jours pour faire l’aller et retour entre ce mausolée et la capitale, et que le cercueil, une fois arrivé, devait encore rester exposé plusieurs jours avant de descendre dans la crypte, toute l’affaire prendrait environ un mois.

Jia Zhen et Madame You, du palais Ning, ne pouvaient manquer eux non plus de s’y rendre. Les deux palais se trouvant sans maître, on se concerta : comme il ne restait personne pour gouverner la maison, on annonça que Madame You venait d’accoucher, afin de la dégager de ses obligations et de lui confier conjointement les affaires des palais Rong et Ning. On pria la tante Xue de veiller dans le Jardin sur les jeunes filles et leurs servantes ; elle dut donc y emménager elle aussi. Comme Xiangyun et Xiangling se trouvaient chez Baochai ; que la tante Li, bien qu’actuellement partie, venait encore de temps à autre chez Li Wan, à des intervalles irréguliers de trois à cinq jours ; et que l’aïeule Jia avait en outre confié Baoqin à cette dernière, il n’était pas indiqué de s’y installer. Chez Tanchun, les affaires domestiques s’accumulaient et la concubine Zhao ainsi que Jia Huan venaient sans cesse faire du tapage : l’endroit était fort peu commode. Les appartements de Xichun étaient trop exigus. Enfin, l’aïeule Jia avait recommandé mille et dix mille fois à la tante Xue de prendre soin de Lin Daiyu. Celle-ci, qui de tout temps lui portait une affection particulière, profita donc de l’occasion pour emménager au pavillon du Xiao et du Xiang et partager la chambre de Daiyu. Elle veilla avec le plus grand soin à ses remèdes comme à sa nourriture. Daiyu lui en fut infiniment reconnaissante et, dès lors, lui donna le même nom que Baochai : devant celle-ci, elle l’appelait directement « grande sœur », et devant Baoqin, « petite sœur ». Elles semblaient toutes issues des mêmes parents et se montraient plus intimes encore que les autres. En voyant cela, l’aïeule Jia fut très heureuse et pleinement rassurée.

La tante Xue se bornait à prendre soin des jeunes filles et à tenir leurs servantes dans la règle ; elle refusait de donner son avis sur les grandes et petites affaires de la maison. Madame You venait bien chaque jour, mais ce n’était que pour la forme, comme afin de répondre à l’appel, et elle se gardait elle aussi d’user arbitrairement de son autorité. D’ailleurs, dans sa propre maison, elle était désormais seule à tout administrer. Elle devait en outre veiller quotidiennement, dans les logements temporaires de l’aïeule Jia et de Madame Wang, à tout ce qui concernait les boissons, les mets, la literie et le mobilier ; elle se trouvait donc fort accablée de travail.

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Ainsi, les maîtres des palais Rong et Ning n’ayant plus un instant à eux, il en allait de même de leurs intendants : les uns les accompagnaient à la cour, d’autres réglaient au-dehors les affaires des logements temporaires, d’autres encore étaient partis d’avance en préparer les lieux. Tous étaient plongés dans la confusion. Aussi les domestiques des deux palais, n’ayant plus personne pour les diriger sérieusement, recherchaient-ils tous leurs aises ; certains profitaient même de l’occasion pour former des factions et, de connivence avec les responsables provisoires, exercer clandestinement leur pouvoir. Au palais Rong, il ne restait que Lai Da et quelques intendants pour s’occuper des affaires extérieures. Plusieurs hommes dont Lai Da se servait habituellement étaient partis ; ceux qu’on leur avait substitués étaient tous novices et lui tombaient mal sous la main. Dans leur ignorance, tantôt ils escroquaient sans mesure, tantôt ils portaient des accusations sans preuve, tantôt ils recommandaient des gens sans motif. Ils commettaient toutes sortes d’abus et suscitaient partout des incidents qu’il serait difficile d’énumérer entièrement.

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On vit en outre que, dans toutes les familles de fonctionnaires qui entretenaient des acteurs ou des actrices, ceux-ci étaient sans exception relevés de leur service et renvoyés. Madame You et les autres convinrent donc d’attendre le retour de Madame Wang pour lui proposer de congédier également les douze fillettes. Mais on dit aussi : « Elles ont été achetées ; à présent qu’elles n’apprennent plus à chanter, on pourrait parfaitement les garder pour le service et ne renvoyer que leurs maîtres. » Madame Wang répondit : « Celles qui apprenaient le théâtre ne sont pas comme des domestiques ordinaires. Elles aussi étaient les filles de familles honorables ; c’est par nécessité qu’on les a vendues pour faire ce métier et qu’elles se griment en monstres depuis plusieurs années. Puisque l’occasion se présente, mieux vaut donner à chacune quelques taëls pour son voyage et les laisser repartir. Au temps de nos ancêtres, on procédait déjà ainsi. Si nous les gardions aujourd’hui, nous léserions la vertu secrète, nous nuirions à notre mérite et, de surcroît, nous ferions preuve de mesquinerie. S’il reste encore ici quelques-unes des anciennes, c’est qu’elles avaient chacune leurs raisons de ne pas vouloir rentrer ; voilà pourquoi on les a gardées au service, puis, devenues grandes, mariées à de jeunes serviteurs de notre maison. »

Madame You dit : « Demandons donc leur avis aux douze. Celles qui voudront rentrer feront porter un message à leurs parents, afin qu’ils viennent eux-mêmes les reprendre ; on leur donnera quelques taëls pour la route, et tout sera réglé convenablement. Si nous ne faisons pas venir leurs proches, quelque vaurien pourrait se présenter sous un faux nom, les emmener, puis les revendre : ne trahirions-nous pas le bienfait que nous voulons leur accorder ? Celles qui ne voudront pas repartir resteront ici. » Madame Wang répondit en souriant : « Voilà qui est judicieux. »

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Madame You et les autres envoyèrent prévenir Xifeng. Elles firent en même temps savoir au bureau de l’intendance que chaque maître recevrait huit taëls et serait libre de partir. Tous les objets de la cour du Parfum des poiriers furent inventoriés avec soin, inscrits au registre et remis en dépôt, puis on désigna des hommes pour monter la garde de nuit. On fit venir les douze fillettes et on les interrogea minutieusement en personne. Plus de la moitié ne voulaient pas retourner chez elles. Les unes disaient : « Nos parents vivent encore, mais ils ne songent qu’à vendre leurs filles ; si nous repartons, ils nous revendront. » D’autres avaient perdu leurs parents ou avaient été vendues par des oncles ou des frères ; certaines disaient ne savoir auprès de qui chercher refuge ; d’autres encore ne pouvaient se résoudre à quitter leurs bienfaiteurs. Quatre ou cinq seulement désiraient partir. Madame Wang, prise de compassion, dut garder les autres. Les quatre ou cinq qui s’en allaient furent confiées à leurs mères adoptives, chez qui elles attendraient que leurs vrais parents viennent les reprendre ; celles qui ne voulaient pas partir furent réparties dans le Jardin pour y servir.

L’aïeule Jia garda Wenguan à son propre service. Elle assigna Fangguan, qui jouait les premiers rôles féminins, à Baoyu ; envoya Ruiguan, qui jouait les jeunes filles, à Baochai ; attribua Ouguan, qui jouait les jeunes premiers, à Daiyu ; donna Kuiguan, qui tenait les grands rôles à visage peint, à Xiangyun ; envoya Douguan, qui tenait les petits rôles à visage peint, à Baoqin ; et donna Aiguan, spécialisée dans les rôles d’hommes âgés, à Tanchun. Madame You demanda pour elle Jiaguan, qui jouait les vieilles femmes. Chacune se trouva ainsi à sa place et, tels des oiseaux las enfin sortis de leur cage, elles s’amusèrent chaque jour dans le Jardin. Tout le monde savait qu’elles ne connaissaient rien aux travaux d’aiguille et n’avaient pas l’habitude du service ; on se montrait donc peu exigeant envers elles. Une ou deux, plus avisées que les autres, s’inquiétaient pourtant de n’avoir plus tard aucun talent utile en toute circonstance. Elles abandonnèrent leur ancien art et se mirent à apprendre la couture, le filage, le tissage et les autres ouvrages féminins.

𥙊,便𭺾,退西便便西𡚱𡚱

Un jour où devait avoir lieu un grand sacrifice à la cour, l’aïeule Jia et les autres partirent dès la cinquième veille. Elles prirent quelques pâtisseries et légers en-cas dans leur logement temporaire, puis entrèrent au palais. Le sacrifice du matin achevé, elles se retirèrent dans ce logement pour s’y reposer. Après avoir déjeuné et pris un bref repos, elles retournèrent à la cour pour assister aux sacrifices de midi et du soir ; ensuite seulement elles regagnèrent leur logement, y dînèrent et rentrèrent chez elles.

Par un heureux hasard, leur logement se trouvait dans le temple familial d’un haut dignitaire, desservi par des nonnes bouddhistes. Les bâtiments, nombreux et d’une extrême propreté, formaient deux cours, l’une à l’est, l’autre à l’ouest. Le palais Rong avait loué la cour orientale et la maison du prince de Beijing la cour occidentale. Comme la princesse douairière et la jeune princesse y prenaient chaque jour leur repos et voyaient l’aïeule Jia et les autres dans la cour orientale, les deux groupes entraient et sortaient ensemble et pouvaient s’entraider. Il n’est pas nécessaire de relater en détail les autres affaires du dehors.

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Revenons au Jardin aux Grandes Vues. Comme l’aïeule Jia et Madame Wang étaient chaque jour absentes, et qu’elles allaient partir un mois pour accompagner le cercueil, servantes et vieilles domestiques avaient beaucoup de loisir et passaient leur temps à se promener dans le Jardin. De plus, toutes les vieilles femmes qui servaient dans la cour du Parfum des poiriers avaient été rappelées et dispersées dans le Jardin pour y être employées selon les besoins : il s’y trouvait donc soudain plusieurs dizaines de personnes de plus. Parmi Wenguan et ses compagnes, les unes étaient hautaines, les autres abusaient de leurs appuis pour maltraiter leurs inférieures ; certaines faisaient les difficiles sur les vêtements et la nourriture, d’autres avaient la langue acérée. Dans l’ensemble, rares étaient celles qui se tenaient tranquillement à leur place. Les vieilles femmes en avaient conçu du ressentiment, mais n’osaient pas leur chercher querelle ouvertement. À présent que l’école de théâtre était dissoute, chacune y trouvait son compte. Certaines laissèrent tomber l’affaire ; d’autres, d’un naturel étroit, gardaient leurs anciennes rancunes. Toutefois, comme les fillettes avaient toutes été réparties entre les différents appartements, les vieilles femmes n’osaient venir les molester.

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Ce jour-là se trouvait être celui de Qingming. Jia Lian avait préparé les offrandes prescrites pour le sacrifice annuel et conduisit Jia Huan, Jia Cong et Jia Lan au temple du Seuil de fer, afin d’y sacrifier devant les cercueils et d’y brûler du papier funéraire. Du palais Ning, Jia Rong partit lui aussi avec d’autres membres du clan accomplir des sacrifices en divers lieux. Baoyu, dont la maladie n’était pas encore tout à fait guérie, n’avait pu les accompagner. Après le repas, il se sentit somnolent. Xiren lui dit : « Il fait très beau. Va donc te promener un peu, au lieu de t’endormir sitôt ton bol de bouillie posé : cela te resterait sur l’estomac. » Baoyu dut se résoudre à prendre une canne, enfila ses chaussures sans en relever le talon et sortit de la cour.

Depuis peu, les différentes parties du Jardin avaient été confiées aux vieilles domestiques, chacune chargée d’une tâche particulière, et toutes étaient fort occupées. Les unes entretenaient les bambous, les autres taillaient les arbres, plantaient des fleurs ou semaient des haricots. Sur l’étang, des batelières conduisaient des barques pour curer la vase ou planter des lotus. Xiangyun, Xiangling, Baoqin et plusieurs servantes, assises sur les rochers, les regardaient travailler pour se divertir. Baoyu s’approcha lentement. En le voyant, Xiangyun s’écria en riant : « Vite, mettez cette barque à l’eau ! Elles vont chercher petite sœur Lin ! » Tout le monde éclata de rire. Baoyu rougit, puis dit en riant lui aussi : « Quand quelqu’un est malade, chacun devrait lui vouloir du bien ; mais toi, tu imites encore son état pour t’en moquer. » Xiangyun répondit : « Sa maladie n’est semblable à celle de personne ; elle prête naturellement à rire, et voilà qu’on nous fait des reproches ! » Baoyu s’assit avec elles et regarda quelque temps toute cette agitation. Xiangyun lui dit alors : « Il y a du vent ici et les pierres sont froides. Ne reste pas assis ; va-t’en. »

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Baoyu voulait justement rendre visite à Daiyu. Il se leva, prit sa canne, quitta les jeunes filles et suivit la digue qui partait du pont Qinfang. Les saules laissaient pendre leurs fils d’or et les pêchers exhalaient des nuées écarlates. Derrière les rochers se dressait un grand abricotier : toutes ses fleurs étaient tombées, son feuillage épais répandait une ombre verte, et une multitude de petits abricots gros comme des pois avaient déjà paru sur ses branches. Baoyu pensa : « Il m’a suffi d’être malade quelques jours pour manquer toute la floraison des abricotiers ! Nous voici déjà au temps où “le feuillage donne son ombre et les fruits emplissent les branches” ! » Il leva donc les yeux vers les abricots sans pouvoir s’en détacher.

Puis il se rappela que Xing Xiuyan avait été promise à un époux. Certes, le mariage est une grande affaire pour un homme comme pour une femme et ne saurait être évité ; mais il n’en perdrait pas moins encore une excellente jeune fille. Dans deux ans à peine, elle aussi verrait « le feuillage donner son ombre et les fruits emplir les branches ». Peu après, les fruits de cet abricotier tomberaient et ses branches resteraient nues ; quelques années encore, et Xiuyan ne pourrait éviter de voir ses cheveux noirs devenir argent et son visage rose aussi blanc que la soie. Cette pensée l’attrista, et il ne put que soupirer devant l’abricotier.

Au moment où il allait pousser un soupir, un oiseau vint soudain se poser sur une branche et se mit à piailler éperdument. Baoyu retomba dans ses rêveries extravagantes : « Cet oiseau est certainement déjà venu quand l’abricotier était en fleur. Maintenant qu’il ne voit plus de fleurs, mais seulement des feuilles, il se met à crier ainsi. Ces accents sont sûrement des sanglots. Quel dommage que Gongye Chang ne soit pas devant moi : je ne peux pas l’interroger ! Mais quand l’arbre refleurira l’année prochaine, cet oiseau se souviendra-t-il encore de revenir ici rencontrer les fleurs d’abricotier ? »

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Tandis qu’il se perdait dans ces pensées, une flamme jaillit soudain de derrière les rochers et fit fuir l’oiseau. Baoyu sursauta, puis entendit quelqu’un crier au-dehors : « Ouguan, tu cherches la mort ! Comment oses-tu apporter ici du papier funéraire pour le brûler ? Je vais le rapporter à ces dames ; gare à ta peau ! » Intrigué davantage encore, Baoyu contourna vivement les rochers. Il aperçut Ouguan, le visage baigné de larmes, accroupie à cet endroit. Elle tenait encore du feu à la main et contemplait tristement les cendres de papier funéraire.

Baoyu lui demanda aussitôt : « Pour qui brûles-tu ce papier ? Surtout, ne le brûle pas ici ! Si c’est pour tes parents ou tes frères, donne-moi leurs noms : je ferai préparer dehors un paquet par les jeunes serviteurs, ils y inscriront les noms et le brûleront pour toi. » À la vue de Baoyu, Ouguan ne souffla mot. Il l’interrogea plusieurs fois sans obtenir de réponse. Une vieille domestique arriva soudain d’un air féroce et voulut entraîner Ouguan en disant : « J’ai déjà prévenu ces dames, elles sont dans une colère terrible ! » En entendant cela, Ouguan, qui n’était encore qu’une enfant, craignit d’être humiliée et de perdre la face ; elle refusa donc de la suivre. La vieille femme dit : « Je vous avais bien dit de ne pas trop vous monter la tête ! Croyez-vous être encore dehors, libres de semer le désordre ? Ici, chaque pouce de terrain a son maître. » Montrant Baoyu, elle ajouta : « Même notre jeune maître observe les règles. Quelle espèce de créature es-tu donc, toi, pour venir faire du tapage ici ? Ta peur n’y changera rien : suis-moi, et vite ! » Baoyu intervint : « Elle n’a pas brûlé de papier funéraire. C’est petite sœur Lin qui lui a demandé de brûler des feuilles où elle avait raté ses caractères. Vous avez mal regardé et l’avez accusée à tort. »

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Ouguan, qui ne savait plus que faire et dont la vue de Baoyu avait encore accru la crainte, l’entendit soudain la couvrir de la sorte. Sa joie remplaça son inquiétude et elle affirma avec aplomb : « Avez-vous seulement bien vu que c’était du papier funéraire ? Je brûlais les feuilles où mademoiselle Lin avait mal écrit ses caractères. » La vieille femme se pencha, ramassa dans les cendres un fragment qui n’avait pas entièrement brûlé et déclara : « Tu oses encore t’obstiner ? J’ai la preuve en main ; viens t’expliquer devant l’intendance. » Elle saisit Ouguan par la manche et voulut l’entraîner.

Baoyu retint précipitamment Ouguan et, de sa canne, écarta la main de la vieille femme : « Emportez toujours cela pour le rapporter. Mais je vais vous dire la vérité : cette nuit, j’ai rêvé que la divinité des fleurs d’abricotier me réclamait une ligature de sapèques blanches. Il ne fallait pas qu’elles soient brûlées par quelqu’un de mes appartements, mais par une personne étrangère ; ainsi ma maladie guérirait plus vite. J’ai donc fait chercher ces sapèques et prié tout spécialement Ouguan de venir les brûler pour moi. C’est seulement aujourd’hui que j’ai pu me lever, et il a fallu que vous la surpreniez ! À présent je vais retomber malade, et tout cela parce que vous avez contrarié le rite ! Et vous voulez encore la dénoncer ? Ouguan, va donc les trouver et raconte exactement ce que je viens de dire. » Ouguan, désormais plus assurée encore, saisit à son tour la vieille femme pour l’emmener. Celle-ci lâcha aussitôt le papier, prit un sourire obséquieux et supplia Baoyu : « Je ne savais rien de tout cela. Si j’en informe Madame, ne suis-je pas perdue ? » Baoyu répondit : « Si vous promettez de ne plus rien rapporter, je ne dirai rien non plus. » La vieille femme dit : « Mais je l’ai déjà rapporté, et on m’a ordonné de l’amener. Je ne pourrai que dire que mademoiselle Lin l’a fait appeler. » Baoyu acquiesça d’un signe de tête, et la vieille femme s’en alla.

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Resté seul avec Ouguan, Baoyu l’interrogea minutieusement : « Pour qui brûlais-tu ce papier ? Ce ne pouvait être ni pour tes parents ni pour tes frères ; tu avais sûrement quelque raison secrète. » Reconnaissante de la protection qu’il venait de lui accorder, Ouguan comprit qu’il était du même monde qu’elle. Comme il lui était désormais difficile de lui cacher la vérité, elle répondit en retenant ses larmes : « À part Fangguan, qui est chez toi, et Ruiguan, qui est chez mademoiselle Bao, personne au monde ne connaît cette affaire. Puisque tu m’as surprise aujourd’hui, je ne peux éviter de te la révéler ; mais tu ne dois en parler à personne. » Puis elle reprit en pleurant : « Je ne peux pas te le dire en face. Rentre et, quand personne ne pourra vous entendre, interroge discrètement Fangguan : elle te l’apprendra. » Sur ces mots, elle s’éloigna, le cœur lourd.

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Baoyu demeura perplexe. Il dut poursuivre jusqu’au pavillon du Xiao et du Xiang pour voir Daiyu. Elle avait encore maigri à faire pitié, mais, lorsqu’il l’interrogea, elle lui dit aller beaucoup mieux que les jours précédents. Daiyu vit qu’il avait lui aussi beaucoup maigri depuis leur dernière rencontre. Au souvenir des événements passés, elle ne put retenir ses larmes. Ils échangèrent quelques mots, puis elle pressa Baoyu de rentrer se reposer et reprendre des forces. Il dut donc revenir chez lui. Il brûlait de demander à Fangguan le fin mot de l’affaire ; mais justement Xiangyun et Xiangling étaient arrivées et riaient avec Xiren et Fangguan. Il ne pouvait appeler celle-ci à part, de peur d’éveiller les questions ; il dut prendre patience.

便:「西!」便:「西,凴!」:「。」:「戱,!」:「。」寳:「:『。』!」:「𭣣𬋩?」:「。」便

Un peu plus tard, Fangguan suivit sa mère adoptive pour se laver les cheveux. Mais celle-ci fit d’abord laver sa propre fille et ne s’occupa qu’ensuite de Fangguan. Celle-ci lui reprocha son favoritisme : « Tu me donnes pour me laver l’eau qui reste après ta fille ! C’est toi qui gardes toute ma solde mensuelle ; non contente de profiter de moi, tu ne me donnes encore que les restes des autres ! » La mère adoptive, dont la honte se changea en colère, se mit à l’injurier : « Petite ingrate ! Ce n’est pas pour rien que tout le monde dit qu’il n’y a pas une comédienne avec qui l’on puisse s’entendre. Si bonne qu’on soit, dès qu’on entre dans ce métier, on se corrompt. Une petite morveuse comme toi fait déjà la difficile sur tout, critique le salé comme le fade et mord ses compagnes comme une mule vicieuse dans un troupeau ! » La mère et la fille se mirent à se quereller.

Xiren envoya aussitôt quelqu’un leur dire : « Cessez ce vacarme ! Vous profitez de l’absence de l’aïeule pour ne plus être capables de prononcer une seule parole paisible ! » Qingwen dit : « C’est Fangguan qui manque de bon sens. De quoi s’enorgueillit-elle donc ? Elle sait jouer deux ou trois pièces, et se donne des airs de générale qui aurait tué le roi des brigands et capturé un rebelle ! » Xiren répondit : « Une seule paume ne saurait applaudir : la vieille est vraiment trop injuste, mais la petite se montre aussi trop détestable. » Baoyu dit : « On ne peut pas blâmer Fangguan ! Comme on le dit depuis l’Antiquité : “Ce qui subit une injustice pousse un cri.” Elle est ici sans parents ni proches, et personne ne veille sur elle. On empoche son argent, puis on la maltraite : comment lui en faire grief ? » Il demanda encore à Xiren : « Combien reçoit-elle chaque mois, au juste ? Désormais, tu ferais mieux de prendre son argent et de t’occuper d’elle : cela éviterait bien des ennuis. » Xiren répondit : « Si je veux prendre soin d’elle, rien ne m’en empêche. Ai-je besoin de ses quelques sapèques pour le faire ? Ce serait seulement aller chercher les injures. » Elle se leva, passa dans la pièce voisine et prit un flacon d’huile parfumée à la rosée de fleurs, des œufs, du savon parfumé, des cordons à cheveux et d’autres objets. Elle appela une vieille domestique, les lui remit pour Fangguan et fit dire à celle-ci de demander de l’eau propre pour se laver elle-même, sans plus se quereller.

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Sa mère adoptive, plus honteuse encore, dit à Fangguan : « Petite sans-cœur ! Tu vas encore prétendre que je retiens ton argent ! » Puis elle lui donna plusieurs tapes. Fangguan éclata en sanglots. Baoyu allait sortir, mais Xiren le retint vivement : « Qu’allez-vous faire ? J’irai lui parler. » Qingwen était déjà accourue. Montrant du doigt la mère adoptive, elle lui lança : « À votre âge, vous manquez vraiment trop de jugement ! C’est parce que vous ne vouliez pas lui laver correctement les cheveux que nous lui avons donné ces objets. Vous-même n’en avez pas honte, et vous osez encore la frapper ! Si elle apprenait toujours son art à l’école, auriez-vous osé la battre ? » La vieille femme répondit : « “Qui m’appelle un jour mère reste mon enfant toute sa vie.” Puisqu’elle fait de moi son souffre-douleur, j’ai le droit de la battre ! »

Xiren appela Sheyue : « Je ne sais pas me quereller, et Qingwen a le caractère trop vif. Va donc lui dire deux mots pour lui rabattre son arrogance. » Sheyue s’approcha aussitôt : « Cessez d’abord de crier, et répondez-moi. Sans même parler de nos appartements, voyez tout le Jardin : quelle mère vient encore faire la leçon à sa fille dans la chambre d’un maître ? Même s’il s’agissait de votre propre fille, dès lors qu’elle a été affectée à des appartements et qu’elle a un maître, c’est à celui-ci qu’il appartient de la battre ou de la gronder. Les demoiselles et les servantes principales peuvent également la frapper ou la réprimander. Mais qui vous permet, à vous, père ou mère, de venir encore vous mêler à mi-chemin de ce qui ne vous regarde plus ? Si vous vous en mêlez toutes ainsi, à quoi bon leur demander de suivre notre enseignement ? Plus vous vieillissez, moins vous connaissez les règles ! Vous avez vu l’autre jour la mère de Zhui’er venir faire une scène, et maintenant vous l’imitez ! Rassurez-vous : ces derniers jours, l’une était malade, puis une autre ; l’aïeule n’avait d’ailleurs aucun loisir, et je ne suis pas allée le rapporter. Mais attendons encore deux jours : nous ferons un rapport complet, et il sera bon de rabattre un peu l’arrogance de tout le monde ! Baoyu commence à peine à se remettre ; même nous, nous n’osons parler haut, tandis que vous faites hurler les gens comme des loups et sangloter comme des revenants ! Les maîtres sont sortis quelques jours, et déjà vous ne connaissez plus ni loi ni ciel et ne voyez plus personne devant vous. Encore deux jours et vous vous mettrez à nous battre ! Elle n’a aucun besoin de vous pour mère adoptive. Craignez-vous donc qu’elle reste sans personne pour l’enterrer sous une couche de fumier ? »

Furieux, Baoyu frappa le seuil de sa canne et s’écria : « Ces vieilles ont toutes un cœur de fer et des entrailles de pierre. C’est vraiment prodigieux ! Au lieu de prendre soin de ces fillettes, elles les tourmentent. Si cela doit durer jusqu’à la fin des temps, qu’allons-nous faire ? » Qingwen répondit : « Que veut dire : “Qu’allons-nous faire” ? Qu’on les chasse toutes ! Nous n’avons que faire de ces gens qui ont bonne apparence mais ne servent à rien ! » La vieille femme, accablée de honte, ne prononça plus un mot.

Fangguan ne portait qu’une petite veste ouatée rouge bégonia et un pantalon doublé de soie verte semé de fleurs. Les jambes du pantalon largement ouvertes, ses cheveux noirs et luisants comme de l’huile répandus dans le dos, elle pleurait à en être toute baignée de larmes. Sheyue dit en riant : « Voilà qu’on a changé mademoiselle Yingying en Hongniang tout juste sortie de la torture ! Tu ne veux plus te coiffer maintenant ? Tu comptes rester ainsi ? » Qingwen alla la prendre par la main, lui lava soigneusement les cheveux, les essora avec une serviette et les releva sans les serrer en un chignon négligé. Puis elle lui ordonna de s’habiller et de venir dans leur pièce.

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Une vieille femme chargée des cuisines intérieures vint alors demander : « Le dîner est prêt. Faut-il le servir ? » Une petite servante entra transmettre la question à Xiren. Celle-ci dit en riant : « Avec tout le vacarme de tout à l’heure, je n’ai pas fait attention à l’heure. Combien de coups ont sonné ? » Qingwen dit : « Cette maudite chose s’est encore détraquée, je ne sais comment ; il faudra de nouveau la faire réparer ! » Elle prit la montre, la regarda et déclara : « Attendez encore le temps d’une demi-tasse de thé, et ce sera l’heure. » La petite servante ressortit.

Sheyue dit en riant : « Puisque nous parlons de sottises, Fangguan mériterait bien elle aussi deux tapes. Hier, elle a joué une demi-journée avec cette breloque et l’a cassée. » Tout en parlant, elles préparèrent la vaisselle. Peu après, une petite servante entra avec une boîte à provisions et resta debout. Qingwen et Sheyue l’ouvrirent : c’étaient encore les quatre mêmes petits plats. Qingwen dit en riant : « Il commence à aller mieux, et vous ne lui donnez toujours pas deux plats légers ! Combien de temps allons-nous continuer avec cette bouillie et ces légumes salés ? » Tandis qu’elle disposait les mets, elle regarda de nouveau dans la boîte et y découvrit un bol de soupe au jambon et aux jeunes pousses de bambou. Elle le plaça vivement devant Baoyu.

Baoyu en but aussitôt une gorgée à table et dit : « Quelle bonne soupe ! » Toutes rirent : « Bodhisattva ! Cela ne fait pourtant que quelques jours que vous n’avez pas vu de viande, et vous voilà déjà si affamé ! » Elles soulevèrent le bol en parlant et soufflèrent doucement dessus. Voyant Fangguan à côté d’elle, Xiren le lui tendit : « Apprends donc un peu à servir, au lieu de ne songer qu’à jouer bêtement et à dormir comme une sotte. Souffle doucement, et ne projette pas de salive dedans. » Fangguan obéit et souffla plusieurs fois avec beaucoup de soin.

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Sa mère adoptive, qui attendait aussi à la porte avec le repas, s’empressa d’entrer en disant avec un sourire : « Elle manque d’expérience et pourrait casser le bol. Laissez-moi souffler. » Tout en parlant, elle tendit la main pour le prendre. Qingwen cria aussitôt : « Dehors ! Quand bien même elle casserait le bol, ce ne serait pas à vous de souffler ! Depuis quand vous permettez-vous d’entrer dans les appartements intérieurs ? » Puis elle invectiva les petites servantes : « Vous êtes aveugles ? Si elle ne sait pas les règles, vous deviez les lui expliquer ! »

Les petites servantes répondirent toutes : « Nous n’arrivions pas à la faire sortir ; quand nous lui parlions, elle ne nous croyait pas. Maintenant, elle nous attire encore des reproches : à quoi bon ? Vous nous croyez, à présent ? Vous pouvez entrer dans la moitié des endroits où nous allons ; l’autre moitié vous est interdite. Mais non seulement vous courez jusque dans les endroits où même nous ne pouvons pénétrer, vous allez encore y tendre les mains et approcher la bouche ! » Tout en parlant, elles la poussèrent dehors. Plusieurs vieilles femmes qui attendaient au pied des marches les boîtes et la vaisselle vides la virent sortir et dirent en riant : « Belle-sœur, vous auriez dû vous regarder dans un miroir avant d’entrer ! » La vieille femme, partagée entre honte et colère, dut tout ravaler et se retirer.

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Après que Fangguan eut soufflé plusieurs fois, Baoyu lui demanda en riant : « Goûte donc pour voir si c’est assez refroidi. » Croyant à une plaisanterie, Fangguan se contenta de sourire en regardant Xiren et les autres. Xiren dit : « Quel mal y aurait-il à en goûter une gorgée ? » Qingwen ajouta en riant : « Regarde-moi faire. » Et elle en but une gorgée. Voyant cela, Fangguan goûta à son tour et dit : « C’est bon. » Elle tendit le bol à Baoyu, qui en but la moitié, mangea quelques lamelles de bambou, puis un demi-bol de bouillie, et s’arrêta là. On emporta les plats. Une petite servante apporta une cuvette ; quand Baoyu se fut rincé la bouche et lavé, Xiren et les autres allèrent dîner.

Baoyu adressa un signe à Fangguan. Celle-ci était naturellement vive d’esprit et avait étudié le théâtre pendant plusieurs années : que pouvait-elle ne pas comprendre ? Elle feignit donc d’avoir mal au ventre et refusa de manger. Xiren lui dit : « Puisque tu ne manges pas, reste ici pour lui tenir compagnie. Nous laisserons la bouillie ; tu en prendras si tu as faim. » Sur quoi elle s’en alla.

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Baoyu raconta minutieusement à Fangguan comment il avait surpris Ouguan, quel mensonge il avait inventé pour la protéger et comment elle lui avait demandé de venir l’interroger. Puis il demanda : « Pour qui faisait-elle réellement cette offrande ? » Les yeux de Fangguan rougirent ; elle soupira et dit : « Dans cette affaire, Ouguan se conduit vraiment de manière absurde. » Baoyu s’empressa de demander : « Comment cela ? » Fangguan répondit : « Celle à qui elle faisait cette offrande, c’est Yaoguan, qui est morte. » Baoyu dit : « Elles étaient amies ; c’est donc bien naturel. »

Fangguan répondit : « Des amies ? Pas du tout ! Ce ne sont que des idées insensées. Ouguan jouait les jeunes premiers et Yaoguan les jeunes filles. Autrefois, elles tenaient les rôles d’un couple ; chaque jour, au théâtre, elles faisaient semblant de se montrer très tendres. À force de recommencer, elles se sont laissé tromper par leur propre jeu, comme si tout cela était vrai. Elles ont fini par s’aimer et se chérir réellement. Quand Yaoguan est morte, Ouguan a tant pleuré qu’elle semblait mourir et revenir à la vie. Elle ne l’a toujours pas oubliée et lui brûle du papier à chaque fête. Plus tard, quand Ruiguan a remplacé Yaoguan, nous avons vu Ouguan se comporter avec elle de la même façon. Nous lui avons demandé : “Pourquoi oublies-tu l’ancienne dès que tu en as trouvé une nouvelle ?” Elle nous a répondu : “Je ne l’oublie pas. Quand un homme perd sa femme, il peut aussi se remarier ; tant qu’il ne rejette pas la morte dans l’oubli et continue de penser à elle, c’est qu’il a du cœur.” Dis-moi donc si elle n’est pas folle ! »

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Ces paroles extravagantes s’accordaient justement avec la propre folie de Baoyu. Il en éprouva tout ensemble de la joie et de la tristesse, s’en émerveilla et les déclara admirables. Prenant Fangguan par la main, il lui recommanda : « Puisqu’il en est ainsi, je dois te confier une chose que tu transmettras à Ouguan : désormais, elle ne doit absolument plus brûler de papier. Aux fêtes et aux dates prescrites, qu’elle prépare seulement un brûle-parfum et se recueille avec sincérité ; son offrande sera alors reçue. Moi-même, je n’ai qu’un seul brûle-parfum sur ma table. Quand j’ai quelque chose au cœur, sans tenir compte de la date, j’y brûle souvent de l’encens. Il suffit d’offrir une tasse d’eau fraîche ou de thé nouvellement préparé. Si l’on a des fleurs ou des fruits frais, voire des mets gras ou maigres, tout convient également. Seule compte la dévotion du cœur, non les vaines apparences. Dis-lui vite de ne plus brûler de papier. » Fangguan promit d’obéir.

Peu après, quand tous eurent fini leur bouillie, quelqu’un vint annoncer : « L’aïeule est rentrée. » Pour connaître la suite des événements, voyez les explications du prochain chapitre.

Notes

假鳳/虛凰 : le titre joue sur le phénix mâle et sa compagne ; il désigne ici Ouguan et Yaoguan, actrices tenant respectivement les rôles masculin et féminin d’un couple.

綠葉成陰子滿枝 : vers de Du Mu évoquant une femme autrefois aimée, désormais mariée et mère ; 子 signifie ici à la fois les fruits de l’arbre et, en filigrane, les enfants.

公冶長 : disciple de Confucius auquel la tradition attribuait le pouvoir de comprendre le langage des oiseaux.

清明 : fête printanière consacrée notamment au nettoyage des tombes et aux offrandes faites aux défunts.

物不平則鳴 : formule de Han Yu ; littéralement, toute chose qui subit un déséquilibre ou une injustice fait entendre sa voix.

鶯鶯/紅娘 : héroïne et servante de « L’Histoire du pavillon de l’Ouest » ; Hongniang y est soumise à un interrogatoire violent.

一日叫娘,終身是母 : adaptation du proverbe « Maître un jour, père toute la vie », invoquée ici par la mère adoptive pour justifier son autorité.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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