Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 41 Jia Baoyu goûte le thé à l’ermitage des Bambous verts ; grand-mère Liu, ivre, dort dans la cour du Bonheur rouge
賈寳玉品茶櫳翠𤲅 劉老老醉卧怡紅院
Jia Baoyu goûte le thé à l’ermitage des Bambous verts
grand-mère Liu, ivre, dort dans la cour du Bonheur rouge
話說劉老老兩隻手比著說道:「花兒落了結個大倭瓜。」衆人𦗟了,閧堂大笑起來。於是吃過門杯,因又鬥趣,笑道:「今兒寔說罷,我的手脚子粗,又喝了酒,仔細失手打了這磁杯。有木頭的杯取個來,我便失了手掉了地下也無碍。」衆人聼了又笑起來。
Grand-mère Liu joignit les deux mains pour mimer la chose et dit : « La fleur tombe et donne une grosse citrouille. » À ces mots, toute l’assistance éclata de rire. Après avoir bu la coupe de bienvenue, elle poursuivit pour amuser la compagnie : « Cette fois, je parle sérieusement. J’ai les mains et les pieds grossiers, et j’ai bu ; je risquerais de laisser tomber cette tasse de porcelaine. Apportez-m’en une en bois : si elle m’échappe et tombe par terre, ce ne sera pas grave. » Tout le monde se remit à rire.
鳯姐兒聼如此說,便忙笑道:「果眞要木頭的,我就取了來,可有一句話先說下:這木頭的可比不得磁的,他都是一套,定要吃遍一套方使得。」劉老老𦗟了,心下敁敠道:「我方纔不過是趣話取笑兒,誰知他果眞竟有,我時常在鄉紳大家也赴過席,金杯銀杯倒都也見過,從没見有木頭杯的。哦,是了,想必是小孩子們使的木碗兒,不過誆我多喝兩碗。别管他,橫𥪡這酒𮔉水兒似的,多喝㸃子也無妨。」想𭺾便說:「取來再商量。」
À ces mots, Xifeng s’empressa de dire en riant : « Si vous en voulez vraiment une en bois, je vais vous l’apporter. Mais je vous préviens : celles de bois ne sont pas comme celles de porcelaine. Elles forment toute une série, et il faut boire dans chacune. » Grand-mère Liu se dit en elle-même : « Je n’avais lancé cela que pour plaisanter ; qui aurait cru qu’ils en possèdent vraiment ? J’ai souvent assisté à des banquets chez de riches notables de la campagne ; j’y ai vu des coupes d’or et d’argent, mais jamais de coupes en bois. Ah, je comprends : ce doivent être les petits bols en bois dont se servent les enfants. Ils veulent seulement me faire boire deux bols de plus. Peu importe : ce vin ressemble à de l’eau miellée ; quelques gorgées de plus ne me feront aucun mal. » Là-dessus, elle déclara : « Apportez-les ; nous verrons ensuite. »
鳳姐乃命豐兒:「前面裡間書架子上,有十個竹根套盃,取來。」豐兒聼了,纔要去取,鴛鴦笑道:「我知道,你那十個杯還小。况且你纔說木頭的,這㑹子又拿了竹根的來,倒不好看。不如把我們那裡的黄楊根子整刓的十個大套盃拿來,灌他十下子。」鳯姐兒笑道:「更好了。」鴛鴦果命人取來。劉老老一看,又驚又喜:驚的是一連十個挨次大小分下來,那大的足足的似個小盆子,極小的還有手裡的盃子兩個大。喜的是雕鏤竒絶,一色山水樹木人物,並有草字以及圖印。因忙說道:「拿了那小的來就是了。」鳯姐兒笑道:「這個杯,没有這大量的,所以没人敢使他。老老旣要,好容易找出来,必定要挨次吃一遍纔使得。」劉老老唬的忙道:「這個不敢。好姑奶奶,饒了我罷。」賈母、薛姨媽、王夫人知道他有年紀的人,禁不起,忙笑道:「說是說,笑是笑,不可多吃了,只吃這頭一杯罷。」劉老老道:「阿彌陀佛!我還是小杯吃罷,把這大杯𭣣著,我帶了家去,慢慢的吃罷。」說的衆人又笑起來。鴛鴦無法,只得命人滿斟了一大杯,劉老老兩手捧著喝。賈母、薛姨媽都道:「慢些,不要嗆了。」
Xifeng ordonna alors à Feng’er : « Dans la pièce intérieure, sur l’étagère à livres, il y a une série de dix coupes en racine de bambou. Va les chercher. » Feng’er allait partir quand Yuanyang dit en riant : « Je les connais : tes dix coupes sont encore trop petites. Et puis tu viens de promettre du bois ; apporter maintenant de la racine de bambou ne ferait pas très bon effet. Mieux vaut prendre chez nous les dix grandes coupes emboîtées, entièrement taillées dans une racine de buis, et lui en faire avaler dix rasades. » Xifeng rit : « Ce sera encore mieux. » Yuanyang les fit effectivement apporter.
À leur vue, grand-mère Liu fut à la fois effrayée et ravie. Effrayée, car les dix coupes se succédaient par tailles décroissantes : la plus grande était aussi vaste qu’une petite cuvette, et la plus petite faisait encore deux fois la tasse qu’elle tenait en main. Ravie, car elles étaient merveilleusement sculptées et ajourées, toutes ornées de paysages, d’arbres et de personnages, avec des inscriptions cursives et des sceaux. Elle s’empressa de dire : « Donnez-moi seulement la petite. » Xifeng répondit en riant : « Personne n’a jamais osé employer cette série, faute d’avoir une telle capacité. Puisque grand-mère la réclame et que nous avons eu tant de mal à la retrouver, il faut absolument boire dans chaque coupe à la suite. »
Grand-mère Liu, terrifiée, s’écria : « Je n’oserais jamais ! Bonne grande dame, épargnez-moi ! » L’aïeule Jia, la tante Xue et Madame Wang savaient qu’à son âge elle ne le supporterait pas ; elles dirent donc en riant : « Plaisanter est une chose, boire en est une autre. Ne lui en donnez pas trop : qu’elle prenne seulement la première coupe. » Grand-mère Liu dit : « Amitabha ! Je préfère boire dans une petite. Rangez-moi cette grande coupe ; je l’emporterai chez moi et je boirai tout doucement. » Tout le monde éclata de nouveau de rire. Yuanyang n’eut d’autre choix que de faire remplir une grande coupe. Grand-mère Liu la prit à deux mains pour boire, tandis que l’aïeule Jia et la tante Xue lui recommandaient : « Doucement, ne vous étranglez pas. »
薛姨媽又命鳯姐兒佈個菜。鳯姐笑道:「老老要吃什麽,說出名兒来,我夾了喂你。」劉老老道:「我知道什麽名兒,樣様都是好的。」賈母笑道:「把茄鮝夾些喂他。」鳳姐兒𦗟說,依言夾些茄鮝,送入劉老老口中,因笑道:「你們天天吃茄子,也嚐嚐我們這茄子,弄的來可口不可口。」劉老老笑道:「别哄我了,茄子跑出這個味兒了。我們也不用種糧食,只種茄子了。」衆人笑道:「眞是茄子,我們再不哄你。」劉老老咤異道:「眞是茄子?我白吃了半日。姑奶奶再喂我些,這一口細嚼嚼。」鳯姐兒果又夾了些放入他口内。劉老老細嚼了半日,笑道:「雖有一㸃茄子香,只是還不像是茄子。告訴我是個什麽法子弄的,我也弄著吃去。」鳯姐兒笑道:「這也不難:你把纔下來的茄子,把皮鑤了,只要凈肉,切成碎釘子,用鷄油炸了,再用鷄肉脯子合香菌、新笋、蘑菇、五香豆腐乾子、各色乾果子,都切成釘兒,拿鷄湯喂乾,將香油一𭣣,外加糟油一拌,盛在磁礶子裡,封嚴。要吃時拿出來,用炒的鷄瓜子一拌,就是了。」
La tante Xue demanda encore à Xifeng de lui servir un plat. Xifeng dit en riant : « Grand-mère, dites-moi ce que vous voulez manger, et je vous le mettrai moi-même dans la bouche. » Grand-mère Liu répondit : « Comment saurais-je le nom de tout cela ? Tout est bon. » L’aïeule Jia dit en riant : « Donne-lui un peu de salaison d’aubergine. » Xifeng obéit et en porta une bouchée à la bouche de grand-mère Liu : « Vous mangez des aubergines tous les jours ; goûtez donc les nôtres et dites-nous si elles sont bien préparées. » Grand-mère Liu rit : « Ne vous moquez pas de moi ! Si les aubergines pouvaient prendre ce goût-là, nous ne sèmerions plus de céréales : nous ne planterions que des aubergines. » Tout le monde lui assura : « C’en est vraiment, nous ne vous trompons pas. »
Grand-mère Liu s’étonna : « Vraiment des aubergines ? J’en ai mangé tout ce temps sans les reconnaître. Grande dame, donnez-m’en encore un peu, que je mâche cette bouchée avec soin. » Xifeng lui en remit effectivement dans la bouche. Après avoir longuement mâché, grand-mère Liu dit en riant : « Il y a bien un léger parfum d’aubergine, mais cela n’y ressemble toujours guère. Dites-moi comment on les prépare ; j’essaierai d’en faire chez moi. » Xifeng répondit : « Ce n’est pas difficile. Prenez des aubergines tout juste cueillies, pelez-les, ne gardez que la chair et coupez-la en petits dés. Faites-les frire dans de la graisse de poulet. Coupez également en dés du blanc de poulet, des champignons parfumés, de jeunes pousses de bambou, des champignons, du tofu séché aux cinq épices et diverses sortes de fruits secs. Faites réduire le tout dans du bouillon de poulet, ajoutez de l’huile de sésame à la fin, puis mélangez avec de l’huile parfumée à la lie. Mettez dans une jarre de porcelaine et fermez-la hermétiquement. Au moment de servir, ajoutez des dés de poulet sautés, et voilà. »
劉老老聼了,摇頭吐舌說:「我的佛祖!倒得十来隻鷄來配他,怪道這個味兒!」一靣笑,一面慢慢的吃完了酒,𮟃只管細玩那盃子。鳯姐兒笑道:「還是不足興,再吃一盃罷?」劉老老忙道:「了不得,那就醉死了,我因爲愛這様兒好看,𧇊他怎麽做來。」鴛鴦笑道:「酒吃完了,到底這盃子是什麽木頭的?」劉老老笑道:「怨不得姑娘不認得,你們在這金門綉戸的,如何認得木頭?我們成日家和樹林子做街坊,困了枕著他睡,乏了靠著他坐,荒年間餓了還吃他。眼睛裡天天見他,耳躱裡天天𦗟他,嘴兒裡天天說他,所以好歹眞假,我是認得的,讓我認一認。」一面說,一面細細端詳了半日,道:「你們這様人家,㫁没有那賤東西。那容易得的木頭,你們也不𭣣著了。我掂著這麽體沉,㫁乎不是楊木,一定是黃松做的。」衆人聼了,閧堂大笑起來。
Grand-mère Liu secoua la tête et tira la langue : « Mon Bouddha ! Il faut donc une dizaine de poulets pour accompagner une aubergine ! Pas étonnant qu’elle ait ce goût-là ! » Tout en riant, elle termina lentement son vin, sans cesser d’examiner la coupe. Xifeng demanda : « Vous n’êtes toujours pas pleinement satisfaite ; encore une coupe ? » Grand-mère Liu s’empressa de répondre : « Surtout pas ! J’en mourrais d’ivresse. Si je la regarde, c’est que j’aime sa belle forme et que je cherche à comprendre comment elle est faite. »
Yuanyang dit en riant : « Le vin est fini, mais en quel bois cette coupe est-elle donc faite ? » Grand-mère Liu répondit : « Rien d’étonnant à ce que vous ne le reconnaissiez pas, demoiselle. Vous vivez derrière des portes d’or et des fenêtres brodées : comment connaîtriez-vous le bois ? Nous autres, nous sommes voisins des forêts du matin au soir. Quand nous avons sommeil, nous dormons la tête contre les arbres ; quand nous sommes las, nous nous y adossons ; et les années de famine, nous en mangeons même. Nos yeux les voient chaque jour, nos oreilles les entendent chaque jour et notre bouche en parle chaque jour. Je sais donc distinguer le bon du mauvais et le vrai du faux. Laissez-moi regarder. »
Elle l’examina longuement sous tous les angles, puis déclara : « Dans une maison comme la vôtre, il ne saurait y avoir de bois sans valeur. Quant aux essences faciles à trouver, vous ne vous donnez sûrement pas la peine de les conserver. À la peser, elle est si lourde que ce ne peut absolument pas être du peuplier. Elle est certainement faite en pin jaune. » Toute l’assistance éclata de rire.
只見一個婆子走来,請問賈母說:「姑娘們都到了藕香榭,請示下,就演罷,還是再等一囘子?」賈母忙笑道:「可是倒忘了他們,就呌他們演罷。」那個婆子答應去了,不一時,只𦗟得簫𬋩悠揚,笙笛並發。正值風淸氣𤕤之時,那樂聲穿林度水而来,自然使人神怡心曠。寳玉先禁不住,拿起壺來斟了一盃,一口飮盡,復又斟上。纔要飮,只見王夫人也要飮,命人換煖酒,寳玉連忙將自己的盃捧了過來,送到王夫人口邊,王夫人便就他手内吃了兩口。一時煖酒來了,寳玉仍歸舊坐,王夫人提了煖壺下席來,衆人都出了席,薛姨媽也站起來,賈母忙命李鳯二人接過壺來:「讓你姑媽坐了,大家纔便。」王夫人見如此說,方將壺遞與鳯姐兒,自己歸坐。賈母笑道:「大家吃上兩盃,今日著寔有趣。」說著,擎盃讓薛姨媽,又向湘雲寳釵道:「你姐妹兩個也吃一盃。你林妹妹不大㑹吃,也别饒他。」說著,自己也乾了。湘雲、寳釵、黛玉也都吃了。
Une vieille servante vint alors demander à l’aïeule Jia : « Les demoiselles sont toutes arrivées au kiosque des Lotus parfumés. Faut-il les faire jouer dès maintenant, ou attendre encore un moment ? » L’aïeule Jia s’écria en riant : « Voilà que je les avais oubliées ! Qu’elles commencent. » La servante se retira. Peu après, on entendit s’élever les flûtes de bambou, bientôt rejointes par les orgues à bouche et les flûtes traversières. Le vent était pur et l’air léger ; les sons traversaient les bois et franchissaient les eaux, dilatant naturellement le cœur et réjouissant l’esprit.
Baoyu fut le premier à ne plus pouvoir se contenir : il prit la cruche, se versa une coupe et la vida d’un trait, puis la remplit de nouveau. Il allait boire quand il vit que Madame Wang le désirait aussi et demandait qu’on changeât le vin pour du chaud. Baoyu lui présenta aussitôt sa propre coupe jusque devant les lèvres, et Madame Wang en but deux gorgées dans sa main. Lorsque le vin chaud arriva, Baoyu regagna sa place. Madame Wang prit la cruche et descendit de son siège pour servir ; tout le monde se leva, y compris la tante Xue. L’aïeule Jia ordonna vite à Li Wan et à Xifeng de prendre la cruche : « Laissez votre tante se rasseoir ; tout le monde sera plus à l’aise. » Madame Wang la tendit alors à Xifeng et reprit sa place.
L’aïeule Jia dit en riant : « Que chacun boive deux coupes : cette journée est vraiment plaisante. » Elle leva sa coupe pour inviter la tante Xue, puis dit à Xiangyun et à Baochai : « Vous deux, buvez aussi une coupe. Votre sœur Lin ne sait guère boire, mais ne l’épargnez pas. » Là-dessus, elle vida elle-même sa coupe. Xiangyun, Baochai et Daiyu burent également.
當下劉老老聼見這般音樂,且又有了酒,越發喜的手舞足蹈起來。寶玉因下席過來,向黛玉笑道:「你瞧劉老老的様子。」黛玉笑道:「當日聖樂一奏,百獸率舞,如今纔一牛耳。」衆姐妹都笑了。
En entendant cette musique, grand-mère Liu, déjà échauffée par le vin, fut si joyeuse qu’elle se mit à danser des mains et des pieds. Baoyu quitta sa place, s’approcha de Daiyu et lui dit en riant : « Regarde un peu grand-mère Liu. » Daiyu répondit : « Jadis, dès que jouait la musique sacrée, les cent animaux se mettaient à danser ; aujourd’hui, nous n’avons encore qu’un seul bœuf. » Toutes les jeunes filles éclatèrent de rire.
須臾樂止,薛姨媽笑道:「大家的酒也都有了,且出去散散再坐罷。」賈母也正要散散,於是大家出席,都隨著賈母遊玩。賈母因要帶著劉老老散悶,遂携了劉老老至山前樹下,盤桓了半晌,又說與他這是什麼樹,這是什麽石,這是什麼花。劉老老一一領會,又向賈母道:「誰知城裡不但人尊貴,連雀兒也是尊貴的。偏這雀兒到了你們這裡,他也變俊了,也㑹說話了。」衆人不解,因問:「什麽雀兒變俊了㑹說話?」劉老老道:「那廊上金架子上站的綠毛紅嘴是鸚哥兒,我是認得的。那籠子裡的黒老鴰子,又長出鳯頭來,也會說話呢。」衆人𦗟了又都笑將起來。
La musique s’arrêta bientôt. La tante Xue dit en riant : « Tout le monde a eu son compte de vin. Sortons nous promener un peu avant de nous rasseoir. » L’aïeule Jia désirait justement marcher ; tous quittèrent donc la table et la suivirent. Voulant distraire grand-mère Liu, elle la prit par la main et la conduisit devant la colline, sous les arbres. Elles s’y attardèrent un bon moment, tandis que l’aïeule lui expliquait quelle était telle espèce d’arbre, de pierre ou de fleur.
Grand-mère Liu écouta soigneusement, puis dit à l’aïeule Jia : « Qui aurait cru qu’en ville les gens ne sont pas seuls à être de haut rang ? Même les oiseaux le sont. Dès qu’ils arrivent chez vous, ils deviennent plus beaux et apprennent à parler. » Personne ne comprit et on lui demanda : « Quel oiseau est devenu beau et sait parler ? » Grand-mère Liu répondit : « Je reconnais bien celui qui se tient sur son perchoir doré dans la galerie, avec ses plumes vertes et son bec rouge : c’est un perroquet. Mais voilà que la corneille noire dans la cage s’est mise à porter une huppe de phénix et à parler, elle aussi ! » Tout le monde se remit à rire.
一時只見丫頭們来請用㸃心,賈母道:「吃了兩杯酒,倒也不餓,也罷,就拿了這裡来,大家隨便吃些罷。」丫頭聼說,便去抬了兩張几來,又端了兩個小捧盒。揭開看時,每個盒内兩様。這盒内是兩様蒸食,一様是藕粉桂花糖糕,一様是松瓤鵝油捲。那盒内是兩様炸的,一様是只有一寸来大的小餃兒。賈母因問:「什麽饀子?」婆子們忙囬:「是螃蠏的。」賈母𦗟了,皺眉說道:「這㑹子油膩膩的,誰吃這個!」又看那一様是奶油炸的各色小麵菓,也不喜歡,因讓姨媽吃,薛姨媽只揀了一塊糕。賈母揀了一個捲子,只嚐了一嚐,剩的半個逓與丫頭了。
Des servantes vinrent bientôt annoncer les rafraîchissements. L’aïeule Jia dit : « Après deux coupes de vin, je n’ai guère faim. Peu importe : apportez-les ici, et chacun en prendra à son gré. » Les servantes installèrent deux petites tables, puis apportèrent deux coffrets. Chacun contenait deux sortes de mets. Dans le premier se trouvaient deux pâtisseries cuites à la vapeur : des gâteaux de fécule de lotus au sucre et à l’osmanthe, et des rouleaux aux pignons et à la graisse d’oie. Dans le second, deux sortes de fritures. L’une consistait en petits raviolis d’à peine un pouce de long.
L’aïeule Jia demanda : « Quelle est la farce ? » Les servantes âgées répondirent aussitôt : « Du crabe. » L’aïeule Jia fronça les sourcils : « Qui voudrait manger quelque chose d’aussi gras en ce moment ? » L’autre sorte était composée de petites pâtisseries de formes variées, frites dans du beurre. Elles ne lui plurent pas davantage. Elle invita donc la tante Xue à manger ; celle-ci choisit seulement un morceau de gâteau. L’aïeule Jia prit un rouleau, n’en goûta qu’une bouchée et donna la moitié restante à une servante.
劉老老因見那小麵菓子都玲瓏剔透,各式各樣,又揀了一朶牡丹花樣的,笑道:「我們鄉裡最巧的姐兒們,剪子也不能絞出這麽個紙的來。我又愛吃,又捨不得吃,包些家去給他們做花様子去倒好。」衆人都笑了。賈母笑道:「家去我送你一磁罈子,你先趂熱吃這個罷。」别人不過揀各人愛吃的揀了一兩樣就筭了,劉老老原不曾吃過這些東西,且都做的小巧,不顯堆垜的,他和板兒每様吃了些,就去了半盤了。剩的,鳯姐又命攢了兩盤,並一個攢盒,與文官等吃去。忽見奶子抱了大姐兒來,大家哄他頑了一㑹,那大姐兒因抱著一個大柚子頑,忽見板兒抱著一個佛手,大姐便要,丫𤨔哄他取去,大姐兒等不得,便哭了。衆人忙把柚子給了板兒,將板兒的佛手哄過來與他纔罷。那板兒因頑了半日佛手,此刻又兩手㧓着些菓子吃,又忽見這個柚子又香又圓,更覺好頑,且當毬踢著頑去,也就不要佛手了。
Voyant que les petites pâtisseries étaient délicatement ouvragées et de toutes les formes, grand-mère Liu en choisit une en forme de pivoine et dit en riant : « Chez nous, même les filles les plus habiles ne pourraient découper un pareil modèle dans du papier avec leurs ciseaux. J’ai envie de la manger, mais je ne peux m’y résoudre. Le mieux serait d’en envelopper quelques-unes pour les rapporter chez moi et leur servir de modèles. » Tout le monde rit. L’aïeule Jia dit : « Quand vous repartirez, je vous en offrirai une jarre de porcelaine. Pour l’instant, mangez celle-ci pendant qu’elle est chaude. »
Les autres se contentèrent de choisir une ou deux choses à leur goût. Mais grand-mère Liu n’avait jamais mangé de tels mets ; comme ils étaient petits et délicats, ils ne semblaient pas s’accumuler. Ban’er et elle goûtèrent de tout et firent disparaître la moitié d’un plateau. Xifeng fit réunir les restes sur deux plateaux et dans un coffret compartimenté, qu’elle envoya à Wen Guan et aux autres.
Une nourrice arriva soudain, portant la petite demoiselle. Tout le monde joua un moment avec elle. L’enfant tenait un gros pomélo ; apercevant Ban’er avec une main-de-bouddha, elle la voulut. Les servantes essayèrent de la lui obtenir par ruse, mais la petite demoiselle ne pouvait attendre et se mit à pleurer. On donna vite le pomélo à Ban’er et l’on récupéra sa main-de-bouddha pour la lui remettre. Ban’er, qui avait joué longtemps avec la main-de-bouddha et tenait à présent des gâteaux dans les deux mains, trouva ce pomélo rond et parfumé encore plus amusant. Il partit le pousser du pied comme une balle et ne réclama plus la main-de-bouddha.
當下賈母等吃過了茶,又帶了劉老老至櫳翠𢊊來。妙玉忙接了進去。衆人至院中,見花木繁盛,賈母笑道:「倒底是他們修行人,没事常常修理,比别處越發好看。」一面說,一靣便徃東禪堂來。妙玉笑往裡讓,賈母道:「我們纔都吃了酒肉,你這裡頭有菩薩,冲了罪過。我們這裡坐坐,把你的好茶拿來,我們吃一盃就去了。」寳玉留神看他是怎麽行事。只見妙玉親自捧了一個海棠花式雕𣾰填金「雲龍獻壽」的小茶盤,裡面放一個成窑五彩小蓋鍾,捧與賈母。賈母道:「我不吃六安茶。」妙玉笑說:「知道。這是老君眉。」賈母接了,又問:「是什麽水?」妙玉道:「是舊年蠲的雨水。」賈母便吃了半盞,笑著遞與劉老老,說:「你嚐嚐這個茶。」劉老老便一口吃盡,笑道:「好是好,就是淡些,再熬濃些更好了。」賈母衆人都笑起來。然後衆人都是一色的官窑脫胎填白蓋碗。
Après le thé, l’aïeule Jia conduisit grand-mère Liu à l’ermitage des Bambous verts. Miaoyu vint aussitôt les recevoir. En entrant dans la cour, tous virent combien les fleurs et les arbres y étaient luxuriants. L’aïeule Jia dit en riant : « On reconnaît bien les personnes qui se consacrent à la religion. Elles n’ont rien d’autre à faire et entretiennent sans cesse les lieux ; c’est encore plus beau qu’ailleurs. » Tout en parlant, elle se dirigea vers la salle de méditation orientale. Miaoyu les invita à entrer, mais l’aïeule Jia dit : « Nous venons tous de manger de la viande et de boire du vin. Il y a des bodhisattvas chez vous : nous commettrions un péché en souillant les lieux. Nous allons nous asseoir ici. Apportez-nous votre meilleur thé ; nous en prendrons une tasse et repartirons. »
Baoyu observa attentivement la manière dont Miaoyu s’y prendrait. Elle apporta elle-même un petit plateau à thé en forme de fleur de bégonia, sculpté, laqué et incrusté d’or, orné du motif « Le Dragon des nuées offre la longévité ». Dessus était posée une petite tasse couverte polychrome des fours Chenghua, qu’elle présenta à l’aïeule Jia. Celle-ci dit : « Je ne bois pas de thé de Lu’an. » Miaoyu répondit en souriant : « Je le sais. Ce sont des Sourcils du Vieux Seigneur. » L’aïeule prit la tasse et demanda : « Avec quelle eau ? » Miaoyu répondit : « De l’eau de pluie recueillie l’an dernier. »
L’aïeule Jia en but une demi-tasse, puis la tendit en souriant à grand-mère Liu : « Goûtez donc ce thé. » Grand-mère Liu l’avala d’un trait et dit en riant : « Il est bon, certes, mais un peu léger. Il serait meilleur si on le faisait infuser plus fort. » L’aïeule Jia et les autres éclatèrent de rire. Tous reçurent ensuite des bols couverts identiques, de fine porcelaine blanche des fours impériaux.
那妙玉便把寳釵黛玉的衣襟一拉,二人隨他出去。寳玉悄悄的隨後跟了來。只見妙玉讓他二人在耳房内,寳釵便坐在榻上,黛玉便坐在妙玉的蒲團上。妙玉自向風爐上煽滚了水,另泡了一壺茶。寶玉便走了進來,笑道:「偏你們吃體己茶呢。」二人都笑道:「你又赶了來撤茶吃,這裡並没你吃的。」妙玉剛要去取杯,只見道婆𭣣了上面茶盞来,妙玉忙命:「將那成窑的茶杯别𭣣了,擱在外頭去罷。」寳玉㑹意,知爲劉老老吃了,他嫌𦞴臢,不要了。又見妙玉另拿出兩隻盃來,一個傍邊有一耳,盃上鐫着「𤫫瓟斚」三個隸字,後有一行小真字,是「王愷珍玩」,又有「宋元豊五年四月眉山蘇軾見於秘府」一行小字。妙玉斟了一斚遞與寳釵。那一隻形似鉢而小,也有三個埀珠篆字,鐫着「㸃犀䀉」。妙玉斟了一䀉與黛玉。仍將前番自己常日吃茶的那隻緑玉斗來斟與寳玉。寳玉笑道:「常言『世法平等』,他兩個就用那様古玩竒珍,我就是個俗器了?」妙玉道:「這是俗器?不是我說狂話,只怕你家裡未必找的出這麽一個俗器來呢。」寳玉笑道:「俗語說:『隨鄉入鄉』,到了你這裡,自然把這金珠玉寳一槪貶爲俗器了。」
Miaoyu tira alors Baochai et Daiyu par le pan de leur robe, et toutes deux la suivirent dehors. Baoyu se glissa discrètement derrière elles. Miaoyu les fit entrer dans une petite pièce latérale. Baochai s’assit sur le lit de repos, et Daiyu sur le coussin de méditation de Miaoyu. Celle-ci attisa elle-même le brasero jusqu’à ce que l’eau bouillît, puis prépara une autre théière. Baoyu entra en disant avec un sourire : « Ainsi, vous buvez du thé entre intimes ! » Toutes deux rirent : « Te voilà encore venu quémander du thé. Il n’y en a pas pour toi ici. »
Miaoyu allait chercher des tasses lorsqu’elle vit une religieuse rapporter celles qui avaient servi dehors. Elle lui ordonna aussitôt : « Ne rangez pas la tasse des fours Chenghua. Posez-la dehors. » Baoyu comprit que, grand-mère Liu y ayant bu, Miaoyu la trouvait sale et n’en voulait plus.
Miaoyu prit ensuite deux autres coupes. L’une avait une anse sur le côté et portait, gravés en caractères sigillaires, les trois mots « Calice en gourde tachetée ». Au revers, une petite inscription en caractères réguliers disait : « Précieux objet de Wang Kai », suivie d’une autre ligne : « Le quatrième mois de la cinquième année Yuanfeng des Song, Su Shi de Meishan le vit dans le Trésor secret. » Miaoyu la remplit et la tendit à Baochai. L’autre coupe, petite et en forme de bol, portait trois caractères sigillaires aux traits semblables à des perles pendantes : « Coupe du Rhinocéros touché ». Miaoyu la remplit pour Daiyu.
Puis elle prit le godet de jade vert dont elle se servait habituellement et y versa du thé pour Baoyu. Celui-ci dit en riant : « On dit toujours que toutes choses sont égales. Elles deux ont droit à de rares antiquités, et moi à un vulgaire ustensile ? » Miaoyu répondit : « Un vulgaire ustensile ? Sans vouloir me vanter, je crains qu’on ne puisse trouver chez vous un seul ustensile aussi vulgaire. » Baoyu rit : « Comme dit le proverbe, il faut suivre les usages du pays où l’on se trouve. Ici, il est naturel que l’or, les perles, le jade et les joyaux soient tous ravalés au rang d’objets vulgaires. »
妙玉聼如此說,十分歡喜,遂又尋出一隻九曲十𤨔一百二十節蟠虬整雕竹根的一個大盞出來,笑道:「就剰了這一個,你可吃的了這一海?」寳玉喜的忙道:「吃的了。」妙玉笑道:「你雖吃的了,也没這些茶你遭塌。豈不聞『一杯爲品,二杯卽是解渴的蠢物,三盃便是飮驢了』。你吃這一海,更成什麽?」說的寳釵、黛玉、寳玉都笑了。妙玉执壺,只向海内斟了約有一盃,寳玉細細吃了,果覺輕淳無比,賞讃不絶。妙玉正色道:「你這遭吃茶,是托他兩個的福,獨你来了,我是不能給你吃的。」寶玉笑道:「我深知道,我也不領你的情,只謝他二人便了。」妙玉𦗟了,方說:「這話明白。」
Miaoyu fut enchantée de cette réponse. Elle dénicha une grande coupe faite d’une racine de bambou entièrement sculptée en dragon lové, avec neuf courbes, dix anneaux et cent vingt nœuds, puis demanda en riant : « Il ne reste que celle-ci. Pourras-tu boire cette mer entière ? » Baoyu répondit avec empressement : « Je le pourrai. » Miaoyu rit : « Quand bien même tu le pourrais, je n’ai pas tant de thé à te laisser gaspiller. N’as-tu jamais entendu dire : “À la première tasse, on déguste ; à la deuxième, on n’est plus qu’un sot qui étanche sa soif ; à la troisième, on boit comme un âne” ? Que deviendrais-tu après avoir avalé toute cette mer ? » Baochai, Daiyu et Baoyu éclatèrent de rire.
Miaoyu ne versa dans la grande coupe que l’équivalent d’une tasse. Baoyu but lentement et trouva le thé d’une légèreté et d’une pureté incomparables ; il ne tarit pas d’éloges. Miaoyu reprit d’un ton sérieux : « Si tu as bu du thé cette fois, tu le dois à toutes les deux. Si tu étais venu seul, je ne t’en aurais pas donné. » Baoyu répondit en souriant : « Je le sais fort bien. Je ne vous en suis donc nullement reconnaissant ; je ne remercierai qu’elles. » Miaoyu dit alors : « Voilà qui est clair. »
黛玉因問:「這也是舊年的雨水?」妙玉冷笑道:「你這麽個人,竟是大俗人,連水也嚐不出來。這是五年前我在𤣥墓蟠香寺住著,收的梅花上的雪,統共得了那一鬼臉靑的花甕一甕,總捨不得吃,埋在地下,今年夏天纔開了。我只吃過一囬,這是第二囘了。你怎麽嚐不出來?隔年蠲的雨水,那有這様淸淳?如何吃得。」黛玉知他天性怪僻,不好多話,亦不好多坐,吃過茶,便約著寶釵走了出來。
Daiyu demanda : « Est-ce également de l’eau de pluie de l’an dernier ? » Miaoyu ricana : « Une personne comme toi est donc à ce point vulgaire qu’elle ne sait même pas reconnaître l’eau ! C’est de la neige tombée sur les fleurs de prunier que j’ai recueillie il y a cinq ans, lorsque j’habitais le temple de l’Encens lové, sur le mont Xuanmu. Je n’en ai obtenu qu’une seule jarre à fleurs bleu Visage-de-démon. Je ne pouvais me résoudre à la boire et je l’ai enterrée. Je ne l’ai ouverte que cet été. Je n’en ai bu qu’une fois ; c’est aujourd’hui la seconde. Comment peux-tu ne pas la reconnaître ? Comment l’eau de pluie recueillie l’année précédente aurait-elle cette pureté et cette douceur ? Elle serait imbuvable. » Daiyu connaissait son naturel bizarre et solitaire ; elle ne voulut ni discuter ni rester plus longtemps. Après avoir bu son thé, elle proposa à Baochai de sortir avec elle.
寳玉和妙玉陪笑道:「那茶盃雖然𦞴𦢤了,白撩了豈不可惜?依我說,不如就給了那貧婆子罷,他賣了也可以度日。你道使得麽?」妙玉𦗟了,想了一想,㸃頭說道:「這也罷了。幸而那盃子是我没吃過的,若是我吃過的,我就砸碎了也不能給他。你要給他,我也不管,你只交給他,快拿了去罷。」寳玉道:「自然如此,你那裡和他說話去?越發連你都𦞴𦢤了。只交與我就是了。」妙玉便命人拿來遞與寳玉。寳玉接了,又道:「等我們出去了,我呌幾個小么兒來河裡打幾桶水来洗地如何?」妙玉笑道:「這更好了。只是你囑咐他們,抬了水,只擱在山門外頭牆根下,别進門来。」寳玉道:「這是自然的。」說著,便袖着那盃,遞與賈母房中的小丫頭子拿著,說:「明日劉老老家去,給他帶去罷。」交代明白,賈母已經出來要囬去,妙玉亦不甚留,送出山門,囬身便將門閉了,不在話下。
Baoyu dit à Miaoyu d’un ton conciliant : « Même si cette tasse a été salie, il serait dommage de la jeter pour rien. À mon avis, vous devriez la donner à cette pauvre femme : elle pourra la vendre et en vivre quelque temps. Qu’en dites-vous ? » Miaoyu réfléchit, puis acquiesça : « Soit. Heureusement, je n’y ai jamais bu. Si je m’en étais servie, je la briserais plutôt que de la lui donner. Si tu veux la lui offrir, cela ne me regarde pas ; remets-la-lui toi-même et qu’elle l’emporte vite. »
Baoyu répondit : « Naturellement. Pourquoi iriez-vous lui parler ? Ce contact vous souillerait encore davantage. Donnez-la-moi, voilà tout. » Miaoyu la fit apporter et la remit à Baoyu. Celui-ci ajouta : « Après notre départ, je ferai venir quelques jeunes domestiques pour puiser plusieurs seaux d’eau dans la rivière et laver le sol. Cela vous convient-il ? » Miaoyu sourit : « Ce sera encore mieux. Mais recommande-leur de déposer l’eau au pied du mur, hors de la porte du monastère, et de ne pas entrer. » Baoyu répondit : « Cela va de soi. »
Il glissa la tasse dans sa manche, puis la confia à une petite servante de l’appartement de l’aïeule Jia en lui disant : « Quand grand-mère Liu repartira demain, donne-la-lui pour qu’elle l’emporte. » Il lui expliqua clairement ses instructions. L’aïeule Jia était déjà sortie et désirait rentrer. Miaoyu ne chercha guère à les retenir ; elle les accompagna hors de la porte du monastère, revint sur ses pas et referma aussitôt la porte.
且說賈母因覺身上乏倦,便命王夫人和迎春姊妹陪了薛姨媽去吃酒,自己便徃稻香村来歇息。鳯姐忙命人將小竹椅抬來,賈母坐上,兩個婆子抬起,鳯姐李紈和衆丫頭婆子圍隨去了,不在話下。這裡薛姨媽也就辭出。王夫人打發文官等出去,將攢盒散與衆丫頭們吃去,自己便也乘空歇著,隨便歪在方纔賈母坐的榻上,命一個小丫頭放下簾子來,又命搥著腿,吩咐他:「老太太那裡有信,你就呌我。」說着也歪着睡着了。寳玉湘雲等看着丫頭們將攅盒擱在山石上,也有坐在山石上的,也有坐在草地下的,也有靠着樹的,也有傍着水的,倒也十分熱閙。一時又見鴛鴦來了,要帶著劉老老逛,衆人也都跟著取笑。一時來至省親别墅的牌坊底下,劉老老道:「噯呀!這裡還有大廟呢。」說著,便爬下磕頭。衆人笑灣了腰。劉老老道:「笑什麽?這牌樓上字我都認得。我們那裡這様的廟宇最多,都是這様的牌坊,那字就是廟的名字。」衆人笑道:「你認得這是什麽廟?」。劉老老便抬頭指那字道:「這不是『玉皇寳殿』四字?」衆人笑的拍手打掌,還要拿他取笑。劉老老覺得腹内一陣亂響,忙的拉着一個丫頭,要了兩張紙,就解衣。衆人又是笑,又忙喝他:「這裡使不得!」忙命一個婆子,帶了東北角上去了。那婆子指與他地方,便樂得走開去歇息。
L’aïeule Jia, se sentant lasse, demanda à Madame Wang, à Yingchun et à ses sœurs de tenir compagnie à la tante Xue et de continuer à boire, tandis qu’elle-même irait se reposer au hameau des Épis parfumés. Xifeng fit aussitôt apporter une petite chaise de bambou. L’aïeule Jia s’y assit ; deux vieilles servantes la soulevèrent, et Xifeng, Li Wan, les servantes et les femmes de service les suivirent en foule.
La tante Xue prit également congé. Madame Wang renvoya Wen Guan et les autres, fit distribuer le contenu du coffret compartimenté aux servantes, puis profita de ce moment pour se reposer. Elle s’étendit sans façon sur le lit de repos où l’aïeule Jia venait de s’asseoir, demanda à une petite servante de baisser le rideau et de lui masser les jambes, puis lui dit : « Dès qu’il y aura des nouvelles de l’aïeule, appelle-moi. » Sur ces mots, elle s’endormit.
Baoyu, Xiangyun et les autres regardaient les servantes poser le coffret sur les rocailles. Certaines s’asseyaient sur les pierres, d’autres sur l’herbe ; les unes s’adossaient aux arbres, les autres s’installaient au bord de l’eau. La scène était fort animée. Yuanyang arriva bientôt pour emmener grand-mère Liu en promenade, et tous les autres les suivirent afin de continuer à s’amuser à ses dépens.
Lorsqu’ils parvinrent sous le portique de la Villa de la Visite impériale, grand-mère Liu s’écria : « Oh ! Il y a même ici un grand temple ! » Elle se prosterna aussitôt pour frapper le sol du front. Tous rirent à s’en plier en deux. Grand-mère Liu demanda : « Pourquoi riez-vous ? Je reconnais les caractères de ce portique. Dans notre région, il y a quantité de temples semblables, tous avec ce genre de portique ; les caractères donnent le nom du temple. » On lui demanda en riant : « Et quel est ce temple ? » Grand-mère Liu leva la tête, montra l’inscription et répondit : « N’est-ce pas écrit : “Palais précieux de l’Empereur de Jade” ? » Tous battirent des mains en riant et voulurent continuer à la taquiner.
Grand-mère Liu sentit soudain son ventre se mettre à gronder. Elle attrapa précipitamment une servante, lui demanda deux feuilles de papier et commença à défaire ses vêtements. Tout le monde riait tout en lui criant : « Pas ici ! » On chargea vite une vieille servante de la conduire dans le coin nord-est. Celle-ci lui indiqua l’endroit, puis s’éloigna avec soulagement pour aller se reposer.
那劉老老因喝了些酒,他脾氣不與黃酒相宜,且吃了許多油膩飮食發渴,多喝了幾碗茶,不免通㵼起來,蹲了半日方完。及出厠来,酒被風吹,且年邁之人,蹲了半天,忽一起身,只覺得眼花頭暈,辨不出路徑,四顧一望,皆是樹木山石,樓臺房舍,却不知那一處是往那一路去的了,只得順著一條石子路慢慢的走来。及至到了房舍跟前,又找不著門,再找了半日,忽見一帶竹籬。劉老老心中自忖道:「這裡也有扁荳架子?」一面想,一面順著花障走了來,得了一個月洞門,進去,只見迎面一帶水池,只有七八尺寛,石頭砌岸,裡面碧波淸水,流徃那邊去了,上面有一塊白石,橫架在上面。劉老老便踱過石去,順著石子甬路走去。轉了兩箇灣子,只見有個房門,於是進了房門,便見迎面一個女孩兒,滿面含笑迎出來。劉老老忙笑道:「姑娘們把我丢下了,呌我磞頭磞到這裡來。」說了,只覺那女孩兒不答,劉老老便赶來拉他的手,「咕咚」一聲,便撞到板壁上,把頭磞的生疼。細瞧了一瞧,原來是一幅畵兒。
Grand-mère Liu avait bu du vin, et son tempérament s’accordait mal avec le vin jaune. Comme tous ces mets gras lui avaient donné soif, elle avait aussi avalé plusieurs bols de thé et fut prise d’une violente diarrhée. Elle resta longtemps accroupie avant d’en finir. Lorsqu’elle sortit des latrines, le vent aviva son ivresse. Âgée comme elle l’était, elle avait passé trop longtemps accroupie ; en se relevant brusquement, elle eut la vue brouillée et la tête qui tournait. Incapable de reconnaître son chemin, elle regarda autour d’elle : partout des arbres, des rocailles, des pavillons et des bâtiments, sans qu’elle sût par où aller.
Elle suivit donc lentement un sentier de cailloux. Arrivée près des bâtiments, elle ne trouva pas de porte. Après avoir encore cherché un long moment, elle aperçut une longue haie de bambou et se dit : « Tiens, ils ont aussi des treilles de haricots ici ? » Tout en réfléchissant, elle longea la haie fleurie et atteignit une porte ronde en forme de lune. Elle entra et vit devant elle un bassin large de sept ou huit pieds, bordé de pierres. Une eau limpide aux reflets verts y coulait vers l’autre côté. Une grande pierre blanche formait un pont au-dessus. Grand-mère Liu la franchit, puis suivit une allée pavée. Après deux tournants, elle aperçut une porte et entra.
Une jeune fille souriante vint aussitôt à sa rencontre. Grand-mère Liu lui dit avec un sourire : « Les demoiselles m’ont abandonnée, et j’ai trébuché jusqu’ici au hasard. » Comme la jeune fille ne répondait pas, elle s’approcha pour lui prendre la main. Avec un bruit sourd, elle se cogna contre la cloison et se fit très mal à la tête. En regardant attentivement, elle découvrit que ce n’était qu’une peinture.
劉老老自忖道:「原來畵兒有這様凸出來的。」一面想,一面看,一面又用手摸去,却是一色平的,㸃頭嘆了兩聲。一轉身,方得了一個小門,門上掛着葱緑撒花軟簾。劉老老掀簾進去,抬頭一看,只見四面墻壁,玲瓏剔透,琴劒瓶爐,皆貼在墻上。錦籠紗罩,金彩珠光,連地下跴的磚皆是碧綠𨯳花,竟越發把眼花了,找門出去,那裡有門?左一架書,右一架屏。剛從屏後得了一個門,只見一個老婆子也從外面迎了他進來。劉老老咤異,心中恍惚,莫非是他親家母?因連忙問道:「你想是見我這幾日没家去,𧇊你找我來。那位姑娘帶你進來的?」又見他戴着滿頭花,劉老老笑道:「你好没見世面!見這園裡的花好,你就没𭮀活戴了一頭。」說着,那老婆子只是笑,也不答言。便心中忽然想起:「常聼富貴人家有一種穿衣鏡,這别是我在鏡子裡頭嗎?」想𭺾,伸手一抹,再細一看,可不是四面雕空紫檀板壁,將這鏡子嵌在中間。因說:「這已經攔住如何走出去呢?」一面說,一面只管用手摸。這鏡子原是西洋機括,可以開合,不意劉老老亂摸之間,其力巧合,便撞開了消息,掩過鏡子,露出門來。劉老老又驚又喜,遂走出來,忽見有一副最精緻的床帳。他此時又帶了七八分的酒,又走乏了,便一屁股坐在床上,只說歇歇,不承望身不由己,便前仰後合的,朦朧著兩眼,一歪身,就𪾶熟在床上。
Grand-mère Liu se dit : « Ainsi, une peinture peut ressortir à ce point ! » Tout en la contemplant, elle passa encore la main dessus et découvrit que la surface était parfaitement plane. Elle hocha deux fois la tête avec admiration. En se retournant, elle aperçut enfin une petite porte, où pendait un souple rideau vert poireau semé de fleurs. Elle le souleva et entra.
Elle vit des murs délicatement ajourés de tous côtés, où étaient disposés des cithares, des épées, des vases et des brûle-parfums. Entre les cages de brocart et les voiles de gaze brillaient l’or et les perles ; même les briques du sol étaient vert émeraude et ornées de motifs gravés. Sa vue s’en brouilla davantage encore. Elle chercha une sortie, mais où donc était la porte ? À gauche se dressait une étagère de livres, à droite un paravent. Elle venait enfin d’apercevoir une ouverture derrière le paravent lorsqu’une vieille femme entra de l’extérieur à sa rencontre.
Grand-mère Liu, stupéfaite et l’esprit embrumé, se demanda si ce n’était pas la belle-mère de son enfant. Elle lui dit avec empressement : « Tu as dû voir que je n’étais pas rentrée depuis plusieurs jours et venir me chercher. Quelle demoiselle t’a fait entrer ? » Puis, voyant sa tête couverte de fleurs, elle ajouta en riant : « Tu n’as donc jamais rien vu ! Parce que les fleurs de ce jardin sont belles, tu en as cueilli toute une tête sans te soucier de les abîmer. » Mais la vieille femme se contentait de sourire sans répondre.
Grand-mère Liu se souvint soudain d’avoir entendu dire que les riches possédaient des miroirs où l’on se voyait en pied. « Serais-je donc dans un miroir ? » pensa-t-elle. Elle étendit la main pour le toucher et, en regardant de plus près, vit qu’il s’agissait bien d’un miroir enchâssé dans une cloison de bois de santal rouge ajouré. Elle dit : « Mais s’il bouche le passage, comment sortir ? » Tout en parlant, elle continuait de le palper.
Ce miroir était muni d’un mécanisme occidental qui permettait de l’ouvrir et de le refermer. Sans le savoir, grand-mère Liu toucha par hasard le bon ressort : le miroir pivota et découvrit une porte. À la fois surprise et ravie, elle la franchit et aperçut un lit aux tentures d’une extrême délicatesse. Elle était ivre aux sept ou huit dixièmes et épuisée par sa marche. Elle s’assit lourdement sur le lit, pensant se reposer un instant ; mais, sans pouvoir se maîtriser, elle se mit à tanguer d’avant en arrière. Les yeux embrumés, elle se laissa tomber sur le côté et s’endormit profondément.
且說衆人等他不見,板兒没了他老老,急的哭了。衆人都笑道:「别是掉在茅厮裡了?快呌人去瞧瞧。」因命兩個婆子去找。囘來說没有。衆人各處搜尋不見,襲人敁敠道:「一定他醉了,迷了路,順着這一條路往我們後院子裡去了。若進了花障子,到後房門進去,雖然磞頭,還有小丫頭子們知道。若不進花障子去,再徃西南上去,若遶出去還好,若遶不出去,可彀他遶一會子好的。我且瞧瞧去。」一面說着,一面囘來,進了怡紅院便呌人,誰知那幾個在房裡的小丫頭已偷空頑去了。
Pendant ce temps, les autres attendaient grand-mère Liu sans la voir revenir. Ban’er, qui ne retrouvait plus sa grand-mère, se mit à pleurer d’angoisse. Tous plaisantèrent : « Elle ne serait pas tombée dans les latrines ? Envoyez vite quelqu’un voir. » Deux vieilles servantes partirent à sa recherche, mais revinrent sans l’avoir trouvée. On fouilla partout, en vain.
Xiren réfléchit : « Elle doit être ivre, avoir perdu son chemin et suivi cette allée jusqu’à notre cour de derrière. Si elle a traversé la haie fleurie et est entrée par la porte du fond, elle aura beau se cogner partout, les petites servantes l’auront vue. Si elle n’a pas franchi la haie et a continué vers le sud-ouest, tout ira bien si elle réussit à en sortir ; sinon, elle pourra tourner là-dedans un bon moment. Je vais aller voir. » Tout en parlant, elle rebroussa chemin. À peine entrée dans la cour du Bonheur rouge, elle appela les servantes ; mais les petites qui devaient rester dans la chambre avaient profité de l’occasion pour aller s’amuser.
襲人一直進了房門,轉過集錦槅子,就𦗟的鼾齁如雷,忙進来,只聞見酒屁臭氣滿屋。一瞧,只見劉老老扎手舞脚的仰卧在床上。襲人這一驚不小,慌忙的趕上来將他没死活的推醒。那劉老老驚醒,睁眼見襲人,連忙爬起來,道:「姑娘,我該𭮀了!我失錯並没弄𦞴𦢤了床。」一面說,一面用手去掸。襲人恐驚動了人,被寳玉知道了,只向他𢳸手,不呌他說話。忙將當地大鼎内貯了三四把百合香,仍用罩子罩上。所喜不曾嘔吐。忙悄悄的笑道:「不相干,有我呢。你隨我出来。」劉老老答應着,跟了襲人,出至小丫頭子們房中,命他坐下,向他道:「你說醉倒在山子石上,打了個盹兒。」劉老老答應是。又與他兩碗茶吃,方覺酒醒了。因問道:「這是那個小姐的綉房?這様精緻。我就像到了天宫裡的一様。」襲人㣲㣲笑道:「這個麽,是寳二爺的卧室。」那劉老老嚇的不敢做聲。襲人帶他從前面出去,見了衆人,只說:「他在草地下睡著了,帶了他來的。」衆人都不理㑹,也就罷了。
Xiren entra directement, contourna la cloison ajourée aux motifs variés et entendit soudain des ronflements pareils au tonnerre. Elle se précipita dans la pièce, où régnait une puanteur de vin et de vents lâchés. Elle aperçut grand-mère Liu étendue sur le dos au milieu du lit, bras et jambes écartés.
Saisie d’effroi, Xiren courut à elle et la secoua rudement jusqu’à ce qu’elle se réveillât. Grand-mère Liu ouvrit les yeux, reconnut Xiren et se redressa précipitamment : « Demoiselle, je mérite la mort ! J’ai commis une faute, mais j’espère ne pas avoir sali le lit. » Tout en parlant, elle l’époussetait de la main. Craignant que quelqu’un ne les entendît et que Baoyu ne l’apprît, Xiren lui fit vivement signe de se taire. Elle plaça trois ou quatre poignées d’encens de lys dans le grand brûle-parfum tripode de la pièce, puis remit le couvercle. Heureusement, grand-mère Liu n’avait pas vomi.
Xiren lui dit doucement en souriant : « Ce n’est rien, je m’en charge. Suivez-moi dehors. » Grand-mère Liu obéit et la suivit jusqu’à la chambre des petites servantes. Xiren la fit asseoir et lui recommanda : « Vous direz que vous vous êtes endormie un moment sur une pierre de la rocaille. » Grand-mère Liu promit de le faire. Xiren lui donna encore deux bols de thé ; elle commença alors à dessoûler.
Grand-mère Liu demanda : « À quelle demoiselle appartient cette chambre brodée ? Elle est si raffinée ! J’avais l’impression d’être arrivée au palais céleste. » Xiren répondit avec un léger sourire : « Eh bien, c’est la chambre à coucher du second maître Bao. » Grand-mère Liu eut si peur qu’elle n’osa plus parler. Xiren la ramena par l’entrée principale et expliqua aux autres : « Elle s’était endormie dans l’herbe ; je l’ai ramenée. » Personne n’y prêta davantage attention, et l’affaire en resta là.
一時賈母醒了,就在稲香村擺晚飯。賈母因覺懶懶的,也没吃飯,便坐了竹椅小敞轎,囬至房中歇息,命鳯姐兒等去吃飯。他姊妹方復進園來。未知如何,且看下囬分解。
Lorsque l’aïeule Jia se réveilla, on dressa le repas du soir au hameau des Épis parfumés. Se sentant encore languissante, elle ne mangea rien. Elle s’assit dans sa chaise de bambou aménagée comme une petite litière découverte et rentra se reposer dans son appartement, en ordonnant à Xifeng et aux autres d’aller dîner. Les jeunes filles regagnèrent alors le jardin. Pour savoir ce qu’il advint ensuite, il faudra lire le récit du prochain chapitre.
Notes
賈 : le patronyme Jia se prononce comme 假, « faux » ; cette homophonie s’applique à toute la famille Jia.
茄鮝 : 鮝 désigne normalement une salaison de poisson ; le nom raffiné du plat transforme ici l’aubergine au point de la rendre méconnaissable.
百獸率舞 : allusion au Classique des documents, où les cent animaux dansent au son de la musique harmonieuse ; Daiyu ravale plaisamment grand-mère Liu au rang de bœuf.
成窑 : porcelaine produite sous l’empereur Chenghua des Ming, particulièrement célèbre pour ses pièces polychromes fines et précieuses.
𤫫瓟斚 : nom archaïsant d’un vase à boire en gourde tachetée ; 斚 désigne une ancienne coupe rituelle à vin.
㸃犀䀉 : le « rhinocéros touché » évoque la corne de rhinocéros, réputée merveilleuse, et l’image littéraire du point de subtile communion entre deux esprits.
元豊五年 : la cinquième année Yuanfeng correspond à 1082 ; l’inscription attribue à la coupe un prestigieux pedigree lié à Su Shi et au Trésor impérial.
省親别墅 : « Villa de la Visite impériale » est l’inscription véritable du portique ; grand-mère Liu la transforme comiquement en 玉皇寳殿, « Palais précieux de l’Empereur de Jade ».