Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 33 Un frère aux aguets remue légèrement lèvres et langue ; un fils indigne, pour ses multiples fautes, subit une rude bastonnade
手足耽耽小動唇舌 不肖種種大承笞撻
Un frère aux aguets remue légèrement lèvres et langue
un fils indigne, pour ses multiples fautes, subit une rude bastonnade
𨚫說王夫人喚上他母親來,拿幾件簮𤨔,當面賞與,又吩咐請幾衆僧人念經超度他。他母親磕頭,謝了出去。
Revenons à Madame Wang. Elle fit venir la mère de Jinchuan, lui donna en personne quelques épingles de coiffure et bracelets, puis ordonna d’inviter plusieurs moines à réciter des sutras pour assurer le salut de la morte. La mère se prosterna pour la remercier, puis se retira.
原來寳玉㑹過雨村囘來,𦗟見了金釧兒含羞自盡,心中早已五内摧傷,進來又被王夫人數說教訓了一番,也無可囘說。看見寳釵進來,方得便走出,茫然不知何往,背着手,低着頭,一面感嘆,一面慢慢的信歩來至㕔上。剛轉過屏門,不想對面來了一人,正徃裡走,可巧撞了一個滿懷。只聼那人喝一聲:「站住!」寳玉唬了一跳,抬頭看時,不是别人,却是他父親,早不覺倒抽了一口氣,只得垂手一旁站了。賈政道:「好端端的,你𡸁頭喪氣嗐些什麽?方纔雨村來了,要見你,那半天纔出來。旣出來了,全無一㸃慷慨揮灑的談吐,仍是葳葳蕤蕤的。我看你臉上一團私慾愁悶氣色,這會子又噯聲嘆氣,你那些還不足,還不自在?無故這様,却是爲何?」寶玉素日雖然口角伶俐,只是此時一心搃爲金釧兒感傷,恨不得此時也身亡命殞,跟了金釧兒去,如今見他父親說這些話,究竟不曾聼見,只是怔怔的站着。
Après avoir vu Yucun, Baoyu était rentré et avait appris que Jinchuan, accablée de honte, s’était donné la mort. Il en avait déjà les entrailles déchirées ; à son arrivée, Madame Wang l’avait encore longuement réprimandé et sermonné, sans qu’il pût rien répondre. Lorsqu’il vit entrer Baochai, il trouva enfin l’occasion de sortir. Ne sachant où aller, il marcha lentement au hasard, les mains derrière le dos et la tête baissée, tout en soupirant et en se lamentant, jusqu’à la grande salle. À peine avait-il tourné derrière le paravent qu’il heurta de plein fouet quelqu’un qui venait en sens inverse. L’homme cria : « Arrête ! » Baoyu sursauta et leva les yeux : ce n’était autre que son père. Il retint aussitôt son souffle et resta debout à l’écart, les bras le long du corps. Jia Zheng lui dit : « Pourquoi baisses-tu ainsi la tête et soupires-tu d’un air abattu, alors que tout va bien ? Yucun est venu tout à l’heure et voulait te voir : tu as mis une éternité à paraître. Et quand tu es enfin venu, tu n’as montré dans ta conversation ni élan ni aisance ; tu es resté aussi timoré que jamais. Je ne vois sur ton visage que désirs égoïstes, chagrin et morosité, et te voilà encore à geindre et à soupirer. Tout ce que tu as ne te suffit donc pas ? Tu ne vis pas assez à ton aise ? Pourquoi te comportes-tu ainsi sans raison ? » Baoyu avait ordinairement la répartie vive ; mais, tout entier à sa douleur pour Jinchuan, il aurait voulu mourir sur-le-champ et la suivre dans la mort. Aussi n’entendit-il rien de ce que disait son père et resta-t-il là, figé.
賈政見他惶悚,應對不似徃日,原本無氣的,這一來,倒生了三分氣。方欲說話,忽有囬事人來囘:「忠順親王府裡有人來,要見老爺。」賈政𦘏了,心下疑惑,暗暗思忖道:「素日並不與忠順府來徃,爲什麽今日打發人來?」一面想,一面命:「快請㕔上坐。」急忙進内更衣。
Voyant son effroi et constatant qu’il ne répondait pas comme à l’ordinaire, Jia Zheng, qui n’était d’abord nullement en colère, commença à s’irriter. Il allait parler lorsqu’un préposé aux rapports vint annoncer : « Quelqu’un de la résidence du prince Zhongshun demande à voir Monsieur. » Jia Zheng en fut surpris. Perplexe, il se dit : « Je n’ai d’ordinaire aucun rapport avec cette résidence ; pourquoi m’envoie-t-elle quelqu’un aujourd’hui ? » Tout en réfléchissant, il ordonna : « Qu’on le prie vite de s’asseoir dans la grande salle. » Puis il se hâta de rentrer changer de vêtements.
出來接見時,却是忠順府長府官,一面彼此見了禮,歸坐獻茶。未及叙談,那長府官先就說道:「下官此來,並非擅造潭府,皆因奉命而來,有一件事相求。看王爺面上,敢煩老先生做主。不但王爺知情,且連下官軰亦感謝不盡。」賈政聼了這話,找不着頭腦,忙陪笑起身問道:「大人旣奉王命而來,不知有何見諭?望大人宣明,學生好遵諭承辦。」那長府官冷笑道:「也不必承辦,只用老先生一句話就完了。我們府裏有一個做小旦的琪官,一向好好在府,如今竟三五日不見囘去,各處去找,又摸不着他的道路,因此各處察訪。這一城内,十停人倒有八停人都說,他近日和啣玉的那位令郎相與甚厚。下官軰𦗟了,尊府不比别家,可以擅來索取,因此啟明王爺。王爺亦說:『若是别的𭟼子呢,一百個也罷了。只是這琪官,隨機應答,謹慎老成,甚合我老人家的心境,㫁㫁少不得此人。』故此求老先生轉逹令郎,請將琪官放囬,一則可慰王爺諄諄奉懇之意,二則下官輩也可免撡勞求覔之苦。」說𭺾,忙打一躬。
Lorsqu’il revint recevoir le visiteur, il vit que c’était l’intendant en chef de la résidence du prince Zhongshun. Ils échangèrent les salutations, prirent place et se firent servir du thé. Avant même qu’ils eussent commencé à converser, l’intendant déclara : « Si votre humble serviteur vient aujourd’hui, ce n’est pas qu’il se soit permis de se présenter de sa propre initiative en votre noble demeure : il obéit à un ordre et doit vous demander un service. Pour l’amour de Son Altesse, j’ose prier le vénérable maître de bien vouloir régler cette affaire. Non seulement Son Altesse vous en saura gré, mais tous ceux de mon rang vous en garderont une reconnaissance infinie. » Jia Zheng, incapable de deviner où il voulait en venir, se leva vivement avec un sourire conciliant et demanda : « Puisque Votre Excellence vient sur l’ordre du prince, quelles instructions daigne-t-elle m’apporter ? Veuillez vous expliquer clairement, afin que votre élève puisse s’y conformer et s’occuper de l’affaire. » L’intendant ricana : « Il n’y a pas lieu de vous en occuper ; une seule parole du vénérable maître suffira. Nous avons dans notre résidence un acteur de rôles de jeune fille nommé Qiguan. Il y demeurait tranquillement depuis toujours, mais voilà trois à cinq jours qu’il n’y est pas rentré. Nous l’avons cherché partout sans parvenir à retrouver sa piste et avons donc mené notre enquête de tous côtés. Dans toute la ville, huit personnes sur dix affirment qu’il est depuis peu fort lié avec votre honorable fils, celui qui porte un jade. À cette nouvelle, nous n’avons pas osé venir le réclamer chez vous comme nous l’aurions fait dans une autre maison ; nous en avons donc informé Son Altesse. Le prince nous a dit : “S’il s’agissait d’un autre comédien, je pourrais en perdre cent sans m’en soucier. Mais ce Qiguan sait toujours répondre selon les circonstances ; il est prudent et posé, et convient tout à fait à l’humeur d’un vieil homme comme moi. Je ne puis absolument pas me passer de lui.” C’est pourquoi nous prions le vénérable maître de transmettre notre demande à votre fils et de lui faire rendre Qiguan. D’une part, cela répondra aux instances répétées de Son Altesse ; d’autre part, cela épargnera à vos humbles serviteurs la peine de poursuivre leurs recherches. » Ayant ainsi parlé, il s’inclina profondément.
賈政聼了這話,又驚又氣,卽命喚寶玉出來。寶玉也不知是何原故,忙忙趕來,賈政便問:「該死的奴才!你在家不讀書也罷了,怎麽又做出這些無法無天的事來!那琪官現是忠順王爺駕前承奉的人,你是何等草莽,無故引逗他出來,如今禍及于我。」寳玉𦗟了,唬了一跳,忙囬道:「實在不知此事。究竟『琪官』兩個字,不知爲何物,况更加以『引逗』二字!」說着便哭。
À ces mots, Jia Zheng fut à la fois stupéfait et furieux. Il ordonna aussitôt qu’on fît venir Baoyu. Celui-ci, ignorant ce qui se passait, accourut en hâte. Jia Zheng lui demanda : « Maudit esclave ! Passe encore que tu ne lises pas quand tu es à la maison ; mais comment as-tu pu commettre de tels actes, au mépris de toute loi et de toute règle ? Ce Qiguan est au service personnel du prince Zhongshun. Qu’es-tu donc, pauvre rustre, pour l’avoir attiré dehors sans raison ? Et maintenant, le malheur retombe sur moi ! » Baoyu sursauta de frayeur et répondit précipitamment : « Je ne sais réellement rien de cette affaire. J’ignore même ce que peuvent désigner les deux caractères “Qiguan”, et plus encore ce que signifie ici “attirer dehors” ! » Ce disant, il se mit à pleurer.
賈政未及開口,只見那長府官冷笑道:「公子也不必隱飾,或藏在家,或知其下落,早說了出來,我們也少受些辛苦,豈不念公子之德?」寳玉連說:「實在不知。恐是訛傳,也未見得。」那長官冷笑兩聲道:「現有証㨿,必定當着老大人說了出來,公子豈不吃虧?旣說不知此人,那紅汗巾子怎得到了公子腰裏?」寶玉聼了這話,不覺轟了魂魄,目瞪口呆,心下自思:「這話他如何得知?他旣連這様機宻事都知道了,大約别的瞞他不過,不如打發他去了,免得再說出别的事來。」因說道:「大人旣知他的底細,如何連他置買房舍這様大事倒不曉得了?𦗟得說,他如今在東郊離城二十里有個什麽紫檀堡,他在那裡置了幾畝田地,幾間房舍。想是在那裡,也未可知。」那長府官𦘏了,笑道:「這様說,一定是在那裡。我且去找一囬,若有了便罷。若没有,還要來請教。」說着,便忙忙的告辭走了。
Avant que Jia Zheng eût pu répondre, l’intendant ricana : « Inutile de dissimuler, jeune seigneur. Que vous le cachiez chez vous ou que vous sachiez où il se trouve, dites-le-nous sans tarder : vous nous épargnerez ainsi bien des peines, et nous vous en saurons gré. » Baoyu répéta : « Je ne sais vraiment rien. Ce ne sont probablement que de faux bruits. » L’intendant ricana deux fois : « Nous possédons des preuves. S’il faut les exposer devant votre vénérable père, n’est-ce pas vous qui en pâtirez ? Puisque vous prétendez ne pas connaître cet homme, comment sa ceinture rouge est-elle arrivée autour de votre taille ? » À ces mots, Baoyu sentit son âme frappée par la foudre. Les yeux écarquillés et la bouche muette, il se dit : « Comment a-t-il appris cela ? S’il connaît même un secret pareil, je ne pourrai sans doute rien lui cacher d’autre. Mieux vaut le faire partir, de peur qu’il ne révèle encore d’autres choses. » Il déclara donc : « Puisque Votre Excellence connaît si bien ses affaires, comment se fait-il qu’elle ignore un fait aussi important que l’achat de sa maison ? J’ai entendu dire qu’à vingt lis de la ville, dans les faubourgs de l’est, il existe un endroit nommé le fort du Santal pourpre, où il aurait acheté quelques arpents de terre et plusieurs pièces d’habitation. Il se pourrait qu’il soit là-bas. » L’intendant sourit : « D’après ce que vous dites, il doit certainement s’y trouver. Je vais commencer par aller l’y chercher. Si je le trouve, tout sera réglé ; sinon, je reviendrai solliciter vos lumières. » Là-dessus, il prit congé en toute hâte.
賈政此時氣得目瞪口歪,一面送那官員,一面囘頭命寶玉:「不許動!囬來有話問你!」一直送那官員去了。纔囘身,忽見賈𤨔帶着幾個小厮一陣亂跑,賈政喝命小厮:「給我快打!」賈𤨔見了他父親,嚇得骨軟筋酥,趕忙低頭站住。賈政便問:「你跑什麽?帶着你的那些人都不𬋩你,不知往那裡去,由你野馬一般!」喝呌:「跟上學的人呢?」賈𤨔見他父親甚怒,便乘機說道:「方纔原不曾跑,只因從那井邊一過,那井裡淹𭮀了一個丫頭,我看人頭這様大,身子這様粗,泡得實在可怕,所以纔赶着跑了過來。」賈政𦗟了,驚疑問道:「好端端,誰去跳井?我家從無這樣事情,自祖宗以來,皆是寛柔待下。大約我近年于家務踈懶,自然執事人撡尅奪之權,致使弄出這𭧂殞輕生的禍患。若外人知道,祖宗的顔面何在!」喝命:「呌賈璉、賴大來!」
Jia Zheng avait alors les yeux exorbités de fureur et la bouche de travers. Tout en raccompagnant l’intendant, il se retourna pour ordonner à Baoyu : « Ne bouge pas ! À mon retour, j’ai des questions à te poser ! » Il accompagna l’homme jusqu’à la sortie. À peine revenait-il sur ses pas qu’il vit Jia Huan accourir en désordre avec plusieurs valets. Jia Zheng cria aux valets : « Frappez-le-moi, et vite ! » À la vue de son père, Jia Huan sentit ses os et ses tendons se dérober sous lui ; il baissa précipitamment la tête et s’immobilisa. Jia Zheng lui demanda : « Pourquoi cours-tu ? Tous ces gens qui t’accompagnent ne te surveillent donc pas ? Sans savoir où tu vas, ils te laissent galoper comme un cheval sauvage ! Où est celui qui doit t’accompagner à l’école ? » Voyant son père en grande colère, Jia Huan saisit l’occasion pour dire : « Je ne courais pas, tout à l’heure. Mais en passant près de ce puits, j’ai vu qu’une servante s’y était noyée. Sa tête était gonflée à ce point, et son corps était devenu si gros ! Elle avait trempé dans l’eau et faisait vraiment peur ; c’est pour cela que j’ai couru jusqu’ici. » Jia Zheng, stupéfait et inquiet, demanda : « Pourquoi quelqu’un irait-il soudain se jeter dans un puits ? Jamais pareille chose ne s’est produite dans notre maison. Depuis nos ancêtres, nous avons toujours traité nos inférieurs avec indulgence et douceur. Sans doute ai-je négligé ces dernières années les affaires domestiques, et les responsables en ont-ils profité pour s’arroger un pouvoir tyrannique et oppressif, jusqu’à provoquer cette mort brutale et ce suicide. Si les gens du dehors l’apprennent, que restera-t-il de l’honneur de nos ancêtres ? Appelez Jia Lian et Lai Da ! »
小厮們答應了一聲,方欲去呌,賈𤨔忙上前,拉住賈政袍襟,貼𰯌跪下,道:「父親不用生氣。此事除太太房裡的人,别人一㸃也不知道,我𦗟見我母親說……」說到這句,便囬頭四顧一看。賈政知其意,將眼色一丢,小厮們明白,都往兩邊後面退去。賈𤨔便悄悄說道:「我母親告訴我說,寳玉哥哥前日在太太房裡,拉着太太的丫頭金釧兒强奸不遂,打了一頓,金釧兒便賭氣投井死了。」話未說完,把個賈政氣得面如金紙,大喝:「拿寳玉來!」一面說,一面便往書房去,喝命:「今日再有人來勸我,我把這冠帶家私一應就交與他與寶玉過去,我免不得做個罪人,把這幾根煩惱鬓毛剃去,尋個干凈去處自了,也免得上辱先人、下生逆子之罪!」衆門客僕從見賈政這個形景,便知又是爲寳玉了,一個個咬指吐舌,連忙退出。賈政喘吁吁直挺挺的坐在𬃪子上,滿面淚痕,一叠連聲:「拿寳玉!拿大棍,拿繩綑上!把門都關上!有人傳信到裡頭去,立刻打死!」衆小厮們只得齊聲答應着,有幾個來找寳玉。
Les valets répondirent et allaient les chercher lorsque Jia Huan s’avança vivement, saisit le pan de la robe de Jia Zheng et s’agenouilla contre ses jambes. « Père, ne vous mettez pas en colère. Hormis les gens de l’appartement de Madame, personne ne sait rien de cette affaire. J’ai entendu ma mère dire que… » Arrivé là, il se retourna pour regarder autour de lui. Jia Zheng comprit son intention et lança un regard aux valets ; ceux-ci saisirent le signal et reculèrent de part et d’autre. Jia Huan dit alors à voix basse : « Ma mère m’a raconté qu’avant-hier, dans l’appartement de Madame, le frère Baoyu avait saisi Jinchuan, la servante de Madame, et tenté de la violer. Comme il n’y était pas parvenu, elle avait été battue ; de dépit, Jinchuan s’était jetée dans le puits. » Il n’avait pas achevé que le visage de Jia Zheng était devenu jaune comme du papier doré. Il hurla : « Amenez Baoyu ! » Puis, tout en parlant, il se dirigea vers son cabinet de travail et cria : « Si quelqu’un vient encore aujourd’hui intercéder auprès de moi, je lui abandonnerai mon bonnet officiel, ma ceinture et tous mes biens, et il pourra s’en aller vivre avec Baoyu ! Quant à moi, puisque je ne puis éviter d’être un coupable, je raserai ces quelques cheveux blancs qui me tourmentent et chercherai un lieu pur où en finir, afin de ne plus porter le crime d’avoir déshonoré mes ancêtres et engendré un fils rebelle ! » À voir Jia Zheng dans cet état, tous les clients et domestiques comprirent qu’il s’agissait encore de Baoyu. Ils se mordirent les doigts et tirèrent la langue de stupeur, puis se retirèrent précipitamment. Jia Zheng s’assit tout raide sur une chaise, haletant, le visage couvert de larmes, et répéta sans arrêt : « Amenez Baoyu ! Apportez le gros bâton ! Apportez une corde et ligotez-le ! Fermez toutes les portes ! Si quelqu’un va prévenir les femmes à l’intérieur, qu’on le tue sur-le-champ ! » Les valets ne purent que répondre tous ensemble, et plusieurs partirent chercher Baoyu.
那寳玉𦗟見賈政吩咐他「不許動」,早知𠒋多吉少。那裡知道賈𤨔又添了許多的話?正在㕔上旋轉,怎得個人來徃裡頭梢信,偏生没個人來,連焙茗也不知在那裡。正盼望時,只見一個老媽媽出來,寶玉如得了珍寳,便赶上來拉他,說道:「快進去告訴,老爺要打我呢!快去,快去!要𦂳,要𦂳!」寳玉一則急了,說話不明白。二則老婆子偏生又耳聾,不曾聼見是什麽話,把「要𦂳」二字,只𦗟做「跳井」二字,便笑道:「跳井讓他跳去,二爺怕什麽?」寳玉見是個聾子,便着急道:「你出去呌我的小厮來罷!」那婆子道:「有什麽不了的事?老早的完了,太太又賞了銀子,怎麽不了事呢?」
Dès que Baoyu avait entendu Jia Zheng lui ordonner de ne pas bouger, il avait compris que le malheur l’emportait de loin sur la chance. Comment aurait-il pu savoir que Jia Huan ajouterait tant de choses ? Il tournait en rond dans la grande salle, cherchant désespérément quelqu’un qui pût aller avertir les appartements intérieurs ; mais, comme par un fait exprès, personne ne venait, et même Beiming avait disparu on ne savait où. Tandis qu’il attendait avec anxiété, une vieille servante sortit. Baoyu crut découvrir un trésor, courut à elle et la retint : « Vite, entrez les prévenir ! Monsieur veut me battre ! Allez vite, vite ! C’est urgent, urgent ! » D’une part, Baoyu était si affolé qu’il articulait mal ; d’autre part, la vieille était justement sourde. Au lieu d’entendre « c’est urgent », elle crut entendre « se jeter dans le puits » et répondit en riant : « Qu’elle s’y jette donc ! Pourquoi le second jeune maître aurait-il peur ? » Comprenant qu’elle était sourde, Baoyu s’écria avec angoisse : « Allez plutôt chercher mes valets ! » La vieille répondit : « Qu’y a-t-il donc qui ne soit pas réglé ? Tout est fini depuis longtemps, et Madame a même donné de l’argent. Comment l’affaire ne serait-elle pas réglée ? »
寳玉急得手脚正没㧓尋處,只見賈政的小厮走來,逼着他出去了。賈政一見,眼都紅了,也不暇問他在外流蕩優伶,表贈私物,在家荒疎學業,淫逼母婢,只喝命:「堵起嘴來,着實打𭮀!」小厮們不敢違,只得將寳玉按在櫈上,舉起大板,打了十來下。寳玉自知不能討饒,只是嗚嗚的哭。賈政還嫌打的輕,一脚踢開掌板的,自己奪過板子來,狠命的又打了十幾下。
Baoyu ne savait plus où donner de la tête lorsqu’il vit arriver les valets de Jia Zheng, qui le contraignirent à sortir. Dès qu’il l’aperçut, Jia Zheng eut les yeux injectés de sang. Sans même prendre le temps de l’interroger sur ses relations vagabondes avec un comédien et l’échange de présents privés, sur ses études négligées à la maison ou sur ses violences lubriques envers la servante de sa mère, il cria seulement : « Bâillonnez-le et battez-le à mort sans retenir vos coups ! » Les valets n’osèrent désobéir. Ils plaquèrent Baoyu sur un banc, levèrent la lourde planche et lui assénèrent une dizaine de coups. Sachant qu’il ne pouvait obtenir grâce, Baoyu se contentait de sangloter sourdement. Jia Zheng trouva encore qu’on frappait trop doucement : d’un coup de pied, il écarta l’homme qui maniait la planche, la lui arracha et porta lui-même, de toutes ses forces, plus de dix nouveaux coups.
寳玉生來未經過這樣苦楚,起先覺得打的疼不過,還亂嚷亂哭,後來漸漸氣弱聲嘶,哽咽不出。衆門客見打的不祥了,赶着上來,懇求奪勸。賈政那裡肯聼?說道:「你們問問他幹的勾當,可饒不可饒!素日皆是你們這些人把他釀壊了,到這歩田地,還來勸解。明日釀到他弒父弒君,你們纔不勸不成?」
Jamais, depuis sa naissance, Baoyu n’avait enduré pareille souffrance. Au début, trouvant la douleur insupportable, il criait et pleurait à grands éclats ; peu à peu, son souffle faiblit, sa voix s’enroua et ses sanglots ne purent plus sortir. Voyant que les coups prenaient un tour funeste, les clients de la maison se pressèrent autour de Jia Zheng, le suppliant de s’arrêter et tentant de lui enlever la planche. Mais comment aurait-il consenti à les écouter ? « Demandez-lui donc ce qu’il a fait et s’il mérite qu’on l’épargne ! C’est vous tous qui, jour après jour, l’avez gâté jusqu’à le mener où il en est ; et maintenant, vous venez encore intercéder pour lui ! Faut-il attendre que vous l’ayez poussé à tuer son père et son souverain pour que vous cessiez enfin de le défendre ? »
衆人聼這話不好𦗟,知道氣急了,忙亂着覔人進去給信。王夫人不敢先囬賈母,只得忙穿衣出來,也不顧有人没人,忙忙扶了一個丫頭,趕往書房中來。慌得衆門客小厮等避之不及。賈政方要再打,一見王夫人進来,更加火上澆油,那板子越下去的又狠又快。按寳玉的兩個小厮,忙鬆手走開,寳玉早已動弹不得了。賈政還欲打時,早被王夫人抱住板子。賈政道:「罷了,罷了!今日必定要氣死我纔罷!」王夫人哭道:「寳玉雖然該打,老爺也要保重。且炎暑天氣,老太太身上又不大好,打死寳玉事小,倘或老太太一時不自在了,豈不事大?」賈政冷笑道:「倒休提這話!我養了這不肖的孽障,我已不孝。平昔教訓他一番,又有衆人䕶持,不如趂今日結果了他的狗命,以絶將來之患!」說着,便要绳來勒𭮀。王夫人連忙抱住哭道:「老爺雖然應當𬋩教兒子,也要看夫妻分上。我如今已五十歲的人,只有這個孽障,必定苦苦的以他爲法,我也不敢深勸。今日越發要他死了,豈不是有意絶我?旣要勒死他,快拿绳先勒死我,再勒𭮀他。我們娘兒們不如一同𭮀了,在隂司裡也得個𠋣靠。」說𭺾,抱住寶玉,放聲大哭起來。賈政𦗟了此話,不覺長嘆一聲,向椅上坐了,淚如雨下。
Ces paroles blessèrent les oreilles de tous. Comprenant que Jia Zheng était hors de lui, ils cherchèrent en hâte quelqu’un qui pût aller porter la nouvelle à l’intérieur. Madame Wang n’osa pas prévenir d’abord l’aïeule Jia. Elle s’habilla précipitamment et, sans se soucier de savoir qui se trouvait là, se fit soutenir par une servante et courut au cabinet de travail. Les clients, valets et autres domestiques furent si déconcertés qu’ils eurent à peine le temps de s’écarter. Jia Zheng allait encore frapper ; mais la vue de Madame Wang ne fit que jeter de l’huile sur le feu, et la planche s’abattit avec plus de force et de rapidité. Les deux valets qui maintenaient Baoyu le lâchèrent et s’enfuirent ; Baoyu était déjà incapable du moindre mouvement. Jia Zheng voulait continuer lorsque Madame Wang saisit la planche dans ses bras. Il s’écria : « Très bien, très bien ! Vous ne serez satisfaits aujourd’hui que lorsque vous m’aurez fait mourir de rage ! » Madame Wang pleura : « Baoyu mérite certes d’être battu, mais vous devez aussi prendre soin de vous. Nous sommes en pleine chaleur, et l’aïeule ne se porte pas très bien. Que Baoyu soit battu à mort serait peu de chose ; mais si l’aïeule venait soudain à se trouver mal, ne serait-ce pas bien plus grave ? » Jia Zheng ricana : « Ne me parle surtout pas de cela ! Puisque j’ai élevé ce monstre indigne, c’est moi qui ai manqué à la piété filiale. Chaque fois que j’ai voulu le corriger, tout le monde l’a protégé. Mieux vaut profiter de ce jour pour en finir avec sa vie de chien et supprimer tout malheur à venir ! » Là-dessus, il réclama une corde pour l’étrangler. Madame Wang le retint précipitamment et cria en pleurant : « Vous avez certes le devoir de corriger votre fils, mais songez aussi au lien qui nous unit comme mari et femme. J’ai maintenant cinquante ans et il ne me reste que ce monstre. Si vous tenez absolument à faire de lui un exemple, je n’ose insister davantage. Mais si vous exigez aujourd’hui sa mort, n’est-ce pas vouloir délibérément mettre fin à ma propre vie ? Puisque vous voulez l’étrangler, prenez vite la corde et étranglez-moi d’abord ; vous le tuerez ensuite. Mieux vaut que la mère et le fils meurent ensemble : au tribunal des ombres, nous pourrons encore nous appuyer l’un sur l’autre. » Ayant ainsi parlé, elle serra Baoyu contre elle et éclata en grands sanglots. À ces paroles, Jia Zheng poussa involontairement un long soupir, se rassit et versa des larmes comme une pluie battante.
王夫人抱着寶玉,只見他面白氣弱,底下穿着一條綠紗小衣,一片皆是血蹟。禁不住解下汗巾去,由腿看至豚脛,或靑或紫,或整或破,竟無一㸃好處,不覺失聲大哭起「苦命的兒」來。因哭出「苦命兒」來,又想起賈珠來,便呌着賈珠,哭道:「若有你活着,便死一百個,我也不𬋩了。」此時裡面的人聞得王夫人出來,那李宫裁、王熙鳯與迎春姊妹早已出來了。王夫人哭着賈珠的名字,别人還可,惟有李宫裁禁不住也放聲哭了。賈政聼了,那淚更似走珠一般滾了下來。
Madame Wang tenait Baoyu dans ses bras. Son visage était blanc et son souffle faible ; il ne portait au-dessous de la taille qu’un caleçon de gaze verte, tout couvert de sang. Incapable de se contenir, elle dénoua sa ceinture et examina ses cuisses, ses fesses et ses jambes : partout la peau était bleue ou violette, tantôt intacte, tantôt déchirée ; il n’en restait pas un seul endroit indemne. Elle éclata en sanglots et cria : « Mon malheureux enfant ! » Ces mots lui rappelèrent Jia Zhu. Elle appela son nom et pleura : « Si seulement tu étais encore vivant, cent autres pourraient mourir que je ne m’en soucierais pas ! » Lorsque les femmes des appartements intérieurs avaient appris que Madame Wang était sortie, Li Gongcai, Wang Xifeng, Yingchun et ses sœurs étaient déjà venues. Les autres purent encore se contenir en entendant Madame Wang appeler Jia Zhu ; seule Li Gongcai ne put retenir ses larmes et se mit à sangloter à haute voix. En l’entendant, Jia Zheng versa des larmes qui roulèrent comme des perles rompues.
正没開交處,忽聽丫鬟來說:「老太太來了。」一句話未了,只𦗟窗外顫巍巍的聲氣說道:「先打死我,再打死他,豈不干凈了!」賈政見他母親來了,又急又痛,連忙迎出來。只見賈母扶着丫頭,摇頭喘氣的走來。賈政上前躬身陪笑說道:「大暑熱天,母親有何生氣的自己走有來,話只呌兒子進去吩咐便了。」賈母聼了,便止歩喘息,一面厲聲道:「你原來和我說話!我倒有話吩咐,只是我一生没養個好兒子,𨚫呌我和誰說去!」
Alors que le tumulte était à son comble, une servante vint soudain annoncer : « L’aïeule arrive. » Elle n’avait pas fini sa phrase qu’une voix tremblante s’éleva derrière la fenêtre : « Qu’il me tue d’abord, puis qu’il le tue, et tout sera proprement réglé ! » En voyant arriver sa mère, Jia Zheng fut à la fois bouleversé et affligé ; il se hâta d’aller à sa rencontre. Soutenue par une servante, l’aïeule Jia s’avançait en secouant la tête et en haletant. Jia Zheng s’inclina devant elle et lui dit avec un sourire conciliant : « Par cette chaleur accablante, pourquoi mère s’est-elle fâchée au point de venir elle-même ? Il vous suffisait de faire appeler votre fils pour lui donner vos instructions. » L’aïeule s’arrêta pour reprendre haleine, puis répondit d’une voix sévère : « Ainsi, tu consens encore à me parler ! J’aurais bien des instructions à donner, mais je n’ai jamais eu de bon fils de toute ma vie : à qui veux-tu donc que je parle ? »
賈政聼這話不像,忙跪下含泪說道:「爲兒的教訓兒子,也爲的是光宗耀祖。母親這話,我做兒的如何當得起?」賈母聼說,便啐了一口,說道:「我說了一句話,你就禁不起!你那様下死手的板子,難道寳玉就禁得起了?你說教訓兒子是光宗耀祖,當日你父親是怎麽教訓你來!」說着,也不覺滾下泪來。賈政又陪笑道:「母親也不必傷感,皆是做兒子的一時性急,從此以後,再不打他了。」賈母便冷笑幾聲道:「你也不必和我賭氣,你的兒子,自然你要打就打。想來你也厭煩我們娘兒們,不如我們早離了你,大家干净!」說着,便命人:「去看轎!我和你太太、寳玉立刻囬南京去。」家下人只得答應着。
Trouvant ces paroles inquiétantes, Jia Zheng s’agenouilla précipitamment et dit, les larmes aux yeux : « Si votre fils corrige son propre fils, c’est pour qu’il fasse honneur à ses ancêtres et apporte gloire à sa famille. Comment pourrais-je supporter de telles paroles de ma mère ? » L’aïeule Jia lui cracha au visage : « Je ne prononce qu’une phrase et déjà tu ne peux la supporter ! Crois-tu donc que Baoyu pouvait supporter les coups mortels que tu lui portais ? Tu prétends corriger ton fils pour qu’il fasse honneur à ses ancêtres : comment ton propre père te corrigeait-il autrefois ? » Tout en parlant, elle se mit elle aussi à pleurer. Jia Zheng répondit avec un sourire conciliant : « Mère ne doit pas s’affliger. Votre fils s’est seulement laissé emporter un instant ; désormais, je ne le frapperai plus. » L’aïeule ricana : « Inutile de te fâcher contre moi. C’est ton fils : naturellement, tu peux le battre quand bon te semble. J’imagine que tu ne supportes plus ni ta mère ni ton épouse. Mieux vaut que nous te quittions au plus vite ; nous serons tous tranquilles ! » Puis elle ordonna : « Qu’on prépare les palanquins ! Ton épouse, Baoyu et moi repartons immédiatement pour Nankin. » Les domestiques ne purent que répondre qu’ils obéiraient.
賈母又呌王夫人道:「你也不必哭了,如今寳玉年紀小,你疼他。他將來長大,爲官作宦的,也未必想着你是他母親了。你如今倒不要疼他,只怕將來還少生一口氣呢!」賈政聼說,忙叩頭說道:「母親如此說,兒子無立足之地了!」賈母冷笑道:「你分明使我無立足之地,你反說起你來!只是我們囬去了,你心裡干凈,看有誰來不許你打。」一面說,一面只命:「快打㸃行李車輛轎馬囘去!」賈政直挺挺跪着,叩頭認罪。
L’aïeule Jia dit encore à Madame Wang : « Toi non plus, ne pleure plus. Baoyu est jeune aujourd’hui, et tu le chéris. Mais quand il sera grand et devenu fonctionnaire, rien ne dit qu’il se souviendra encore que tu es sa mère. Tu ferais mieux de ne pas tant l’aimer maintenant ; peut-être t’épargneras-tu ainsi plus tard une colère. » À ces mots, Jia Zheng se prosterna vivement : « Si mère parle ainsi, votre fils n’a plus de lieu où se tenir ! » L’aïeule ricana : « C’est manifestement toi qui ne me laisses plus de lieu où me tenir, et voilà que tu te plains de ton propre sort ! Dès que nous serons repartis, tu auras l’esprit en paix ; nous verrons bien qui viendra encore t’empêcher de le battre. » Tout en parlant, elle répétait ses ordres : « Préparez vite les bagages, les voitures, les palanquins et les chevaux : nous repartons ! » Jia Zheng resta agenouillé, tout raide, se prosternant et reconnaissant sa faute.
賈母一面說,一面來看寳玉,只見今日這頓打,不比徃日,又是心疼,又是生氣,也抱着哭個不了。王夫人與鳯姐等解勸了一會,方漸漸的止住。早有丫鬟媳婦等,上來要攙寳玉,鳯姐便罵:「糊塗東西!也不睁開眼瞧瞧,這個様兒,如何攙著走得?還不快進去把那籐屜子春凳抬出來呢!」衆人𦗟了,連忙進去,果然抬出春凳來,將寶玉抬放凳上,隨著賈母王夫人等進去,送至賈母房中。
Tout en parlant, l’aïeule Jia s’approcha pour voir Baoyu. Constatant que la correction de ce jour ne ressemblait en rien aux précédentes, elle fut à la fois déchirée de douleur et transportée de colère ; elle le prit dans ses bras et pleura sans pouvoir s’arrêter. Madame Wang, Xifeng et les autres la consolèrent un long moment avant qu’elle ne s’apaise peu à peu. Des servantes et des femmes de service s’avancèrent pour aider Baoyu à marcher, mais Xifeng les injuria : « Imbéciles ! Ouvrez donc les yeux et regardez-le ! Dans cet état, comment pourrait-il marcher, même soutenu ? Allez plutôt chercher le banc long à assise de rotin ! » Elles coururent à l’intérieur et rapportèrent en effet le banc. On y déposa Baoyu, puis on suivit l’aïeule Jia, Madame Wang et les autres jusqu’à l’appartement de l’aïeule.
彼時賈政見賈母怒氣未消,不敢自便,也跟了進來。看看寳玉果然打重了,再看看王夫人一聲「肉」一聲「兒」的哭道:「你替珠兒早死了,留著珠兒,也免你父親生氣,我也不白操這半世的心了。這㑹子你倘或有個好歹,丢下我,呌我靠那一個?」數落一塲,又哭「不争氣的兒」。賈政𦗟了,也就灰心自己不該下毒手打到如此地歩。先勸賈母,賈母含淚說道:「兒子不好,原是要𬋩的,不該打到這個分兒。你不出去,還在這裡做什麽!難道于心不足,還要眼看着他死了纔去不成?」賈政聼說,方退了出來。
Voyant que la colère de l’aïeule Jia n’était pas encore tombée, Jia Zheng n’osa se retirer de sa propre initiative et les suivit à l’intérieur. Il regarda Baoyu et constata que les coups avaient réellement été très lourds ; puis il entendit Madame Wang pleurer en répétant « ma chair » et « mon enfant » : « Pourquoi n’es-tu pas mort à la place de Zhu ? Si Zhu était resté en vie, tu aurais épargné de la colère à ton père, et je ne me serais pas tourmentée en vain pendant la moitié de mon existence. Si maintenant il t’arrivait malheur et que tu m’abandonnes, sur qui pourrais-je encore compter ? » Après ces lamentations, elle pleura encore sur son « enfant incapable ». En l’entendant, Jia Zheng perdit courage et reconnut en lui-même qu’il n’aurait pas dû frapper avec une telle cruauté. Il commença par tenter de consoler l’aïeule, mais celle-ci lui dit à travers ses larmes : « Quand un fils se conduit mal, il faut naturellement le corriger ; mais tu n’aurais pas dû le battre à ce point. Pourquoi restes-tu encore ici au lieu de sortir ? N’es-tu donc pas satisfait ? Veux-tu le regarder mourir avant de t’en aller ? » À ces mots, Jia Zheng se retira enfin.
此時薛姨媽同寳釵、香菱、襲人、史湘雲等也都在這裡。襲人滿心委屈,只不好十分使出來。見衆人圍着,灌水的灌水,打扇的打扇,自己挿不下手去,便索性走出門,到二門前,命小厮們找了焙茗來細問:「方纔好端端的,爲什麽打起來?你也不早來透個信兒!」焙茗急的說:「偏生我没在跟前,打到中間,我纔𦗟見了,忙打𦗟原故,𨚫是爲琪官同金釧姐姐的事。」襲人道:「老爺怎麽知道的?」焙茗道:「那琪官的事,多半是薛大爺素昔吃醋,没法兒出氣,不知在外頭挑唆了誰來,在老爺跟前下的火。那金釧兒的事,大約是三爺說的,我也是聽見跟老爺的人說。」襲人聼了這兩件事都對景,心中也就信了八九分,然後囬來,只見衆人都替寶玉療治調停完偹。賈母命:「好生擡到他房内去。」衆人一聲答應,七手八脚,忙把寳玉送入怡紅院内自己床上卧好,又亂了半日,衆人漸漸散去,襲人方進前來經心服侍,問他端的。且𦗟下囬分解。
La tante Xue, Baochai, Xiangling, Xiren, Shi Xiangyun et les autres se trouvaient également là. Xiren avait le cœur plein de griefs, mais ne pouvait les laisser trop ouvertement paraître. Voyant tout le monde entourer Baoyu, les unes lui faisant boire de l’eau et les autres l’éventant, elle ne trouvait aucun moyen d’intervenir. Elle sortit donc et se rendit près de la seconde porte, où elle ordonna aux valets de retrouver Beiming. Lorsqu’il fut là, elle l’interrogea en détail : « Tout allait bien tout à l’heure ; pourquoi Monsieur s’est-il mis à le battre ? Et toi, pourquoi n’es-tu pas venu nous prévenir plus tôt ? » Beiming répondit avec agitation : « Justement, je n’étais pas là. Je n’ai appris la chose qu’au milieu de la bastonnade. Je me suis vite renseigné : il paraît que c’était à cause de Qiguan et de sœur Jinchuan. » Xiren demanda : « Comment Monsieur l’a-t-il appris ? » Beiming répondit : « Pour l’affaire de Qiguan, c’est probablement le jeune maître Xue qui, par jalousie, ne trouvait aucun moyen de se défouler. Il aura poussé je ne sais qui à venir du dehors mettre le feu aux poudres devant Monsieur. Quant à l’affaire de Jinchuan, c’est sans doute le troisième jeune maître qui l’a racontée ; du moins, c’est ce que j’ai entendu dire aux gens de Monsieur. » Ces deux explications correspondant aux faits, Xiren les crut vraies à huit ou neuf dixièmes. Elle revint alors à l’intérieur et vit que les soins de Baoyu avaient été entièrement organisés. L’aïeule Jia ordonna : « Qu’on le reporte avec précaution dans son appartement. » Tous répondirent ensemble et, dans une grande agitation, emportèrent Baoyu jusqu’à la cour du Bonheur rouge, où ils le couchèrent dans son propre lit. Après encore une demi-journée de tumulte, chacun se retira peu à peu. Xiren put enfin s’avancer pour le soigner attentivement et lui demander ce qui s’était réellement passé. Mais écoutons la suite au prochain récit.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; ce calembour accompagne toute la famille Jia.
手足耽耽 : « le frère aux aguets » désigne Jia Huan, qui profite de la colère de son père pour accuser Baoyu.
琪官 : nom de scène d’un acteur spécialisé dans les rôles de 小旦, jeunes femmes du théâtre traditionnel.
啣玉 : « celui qui porte un jade » désigne Baoyu, né avec le Jade magique dans la bouche.
紅汗巾子 : le 汗巾 est une étoffe portée nouée à la taille ; cette ceinture rouge secrètement échangée révèle les liens entre Baoyu et Qiguan.
要緊/跳井 : la surdité de la vieille servante lui fait confondre « c’est urgent » avec « se jeter dans le puits », d’où son contresens sur la demande de Baoyu.
春凳 : long banc étroit sur lequel on peut étendre et transporter une personne, ici muni d’une assise de rotin.