Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 92 En commentant les Biographies de femmes, Qiaojie admire sagesse et vertu ; en jouant avec la perle-mère, Jia Zheng médite unions et séparations
評女傳巧姐𪷂賢良 玩母珠賈政叅聚散
En commentant les Biographies de femmes, Qiaojie admire sagesse et vertu
en jouant avec la perle-mère, Jia Zheng médite unions et séparations
話說寳玉從瀟湘館出來,連忙問秋紋道:「老爺呌我作什麼?」秋紋笑道:「没有呌,襲人姐姐呌我請二爺,我怕你不來,纔哄你的。」寳玉聼了纔把心放下,因說:「你們請我也罷了,何苦來唬我。」說着,囬到怡紅院内。襲人便問道:「你這好半天到那裡去了?」寳玉道:「在林姑娘那邊,說起薛姨媽寳姐姐的事來,便坐住了。」襲人又問道:「說些什麽?」寳玉將打禪語的話述了一遍。襲人道:「你們再没個計較,正經說些家常閑話兒,或講究些詩句,也是好的,怎麽又說到禪語上了。又不是和尚。」寶玉道:「你不知道,我們有我們的禪機,别人是挿不下嘴去的。」襲人笑道:「你們叅禪叅番了,又呌我們跟着打悶葫蘆了。」寳玉道:「頭裡我也年紀小,他也孩子氣,所以我說了不留神的話,他就惱了。如今我也留神,他也没有惱的了。只是他近来不常過來,我又念書,偶然到一處,好像生踈了是的。」襲人道:「原該這麽着纔是。都長了幾歲年紀了,怎麽好意思還像小孩子時候的様子。」玉寳㸃頭道:「我也知道。如今且不用說那個。我問你,老太太那裡打發人来說什麽來着没有?」襲人道:「没有說什麽。」寳玉道:「必是老太太忘了。明兒不是十一月初一日麽,年年老太太那裡必是個老規矩,要辦消寒㑹,齊打夥兒坐下喝酒說笑。我今日已經在學房裡告了假了,這會子没有信兒,明兒可是去不去呢?若去了呢,白白的告了假;若不去,老爺知道了又說我偷懶。」
Baoyu, sorti du pavillon du Xiao et du Xiang, demanda précipitamment à Qiuwen : « Pourquoi Monsieur me fait-il appeler ? » Qiuwen répondit en riant : « Il ne vous a pas appelé. C’est grande sœur Xiren qui m’a chargée d’aller chercher le second jeune maître ; comme j’avais peur que vous ne veniez pas, je vous ai raconté cela pour vous tromper. » À ces mots, Baoyu se sentit enfin rassuré : « Vous n’aviez qu’à venir me chercher ; pourquoi me faire une telle frayeur ? » Tout en parlant, il regagna la cour du Bonheur rouge.
Xiren lui demanda : « Où êtes-vous donc resté si longtemps ? — J’étais chez mademoiselle Lin. Nous nous sommes mis à parler de la tante Xue et de grande sœur Bao, et je me suis attardé. — Et de quoi avez-vous parlé ? » Baoyu lui rapporta leur échange d’énigmes chan.
Xiren dit : « Vous ne savez donc vraiment pas quoi faire ! Vous pourriez parler sérieusement de choses ordinaires, ou discuter de quelques vers ; ce serait très bien. Pourquoi en revenir encore au langage chan ? Vous n’êtes pourtant pas des moines. — Tu ne comprends pas. Nous avons nos propres intuitions chan, et personne d’autre ne saurait placer un mot dans la conversation. » Xiren rit : « À force de méditer sur le chan, vous finissez par méditer de travers, puis vous nous laissez devant une énigme indéchiffrable. »
Baoyu reprit : « Autrefois, j’étais jeune, et elle avait encore des réactions d’enfant. Quand je parlais sans réfléchir, elle se fâchait. À présent, je fais attention, et elle ne se fâche plus. Seulement, elle vient rarement ces derniers temps, et moi, j’étudie ; lorsque nous nous retrouvons par hasard, on dirait presque que nous sommes devenus étrangers. — C’est justement ainsi que les choses doivent être, répondit Xiren. Vous avez tous pris quelques années ; comment pourriez-vous encore vous conduire comme de petits enfants ? » Baoyu acquiesça : « Je le sais aussi. Mais n’en parlons plus. Dis-moi plutôt : l’aïeule a-t-elle envoyé quelqu’un annoncer quelque chose ? — Elle n’a rien fait dire. — Elle a sûrement oublié. Demain n’est-il pas le premier jour de la onzième lune ? Chaque année, selon son ancienne coutume, elle organise une réunion pour conjurer le froid : tout le monde s’assied ensemble, boit du vin et plaisante. Aujourd’hui, j’ai déjà demandé congé à l’école. Comme nous n’avons encore reçu aucun message, dois-je y aller demain ou non ? Si j’y vais, j’aurai demandé congé pour rien ; si je n’y vais pas et que Monsieur l’apprend, il m’accusera encore de paresse. »
襲人道:「㨿我說,你竟是去的是。纔念的好些兒了,又想歇着。依我說也該上𦂳些纔好。昨兒聼見太太說,蘭哥兒念書真好,他打學房裡囬來,𮟃各自念書作文章,天天晚上弄到四更多天纔睡。你比他大多了,又是叔叔,倘或赶不上他,又呌老太太生氣。倒不如明兒早起去罷。」麝月道:「這樣冷天,已經告了假又去,倒呌學房裡:旣這麽着就不該告假呀,顯見的是告謊假脫滑兒。依我說,落得歇一天。就是老太太忘記了,偺們這裡就不消寒了麽,偺們也閙個會兒不好麽。」襲人道:「都是你起頭兒,二爺更不肯去了。」麝月道:「我也是樂一天是一天,比不得你要好名兒,使喚一個月再多得二兩銀子!」襲人啐道:「小蹄子,人家說正經話,你又來胡拉混扯的了。」麝月道:「我倒不是混拉扯,我是爲你。」襲人道:「爲我什麽?」麝月道:「二爺上學去了,你又該咕嘟着嘴想着,巴不得二爺早一刻兒囬來,就有說有笑的了,這㑹子又假撇淸,何苦呢!我都看見了。」
Xiren répondit : « À mon avis, vous devriez y aller. À peine avez-vous commencé à mieux étudier que vous songez déjà à vous reposer. Selon moi, vous feriez bien de vous appliquer davantage. Hier, j’ai entendu Madame dire que le jeune maître Lan travaillait vraiment très bien : en revenant de l’école, il continue seul à lire et à composer, et chaque soir il ne se couche qu’après la quatrième veille. Vous êtes bien plus âgé que lui et vous êtes son oncle ; si jamais vous ne parveniez pas à l’égaler, l’aïeule en serait encore fâchée. Mieux vaut vous lever tôt demain et aller en classe. »
Sheyue intervint : « Par un froid pareil, puisqu’il a déjà demandé congé, s’il y retourne, les gens de l’école diront : “S’il en est ainsi, pourquoi demander congé ?” On verra bien qu’il a pris un faux congé pour se défiler. À mon avis, autant profiter de cette journée de repos. Même si l’aïeule a oublié, ne pouvons-nous pas, nous aussi, conjurer le froid ici ? Pourquoi ne pas nous divertir un moment ? — C’est toi qui commences, dit Xiren ; le second jeune maître refusera d’autant plus d’y aller. — Moi, je prends les jours de plaisir comme ils viennent. Je ne suis pas comme toi, qui veux te faire une belle réputation pour obtenir deux taëls de plus après avoir servi un mois ! »
Xiren cracha de dédain : « Petite peste ! On parle sérieusement, et te voilà encore à débiter des sottises. — Ce ne sont pas des sottises ; c’est pour toi que je parle. — Pour moi ? Comment cela ? — Quand le second jeune maître est à l’école, tu fais la moue en pensant à lui et tu meurs d’envie qu’il revienne une heure plus tôt pour pouvoir rire et bavarder avec toi. Et maintenant tu fais semblant de t’en détacher ! À quoi bon ? J’ai tout vu. »
襲人正要罵他,只見老太太那裡打發人來說道:「老太太說了,呌二爺明兒不用上學去呢。明兒請了姨太太来給他解悶,只怕姑娘們都來,家裡的史姑娘、邢姑娘、李姑娘們都請了,明兒來赴什麽消寒㑹呢。」寳玉没有聼完便喜歡道:「可不是,老太太最高興的,明日不上學是過了明路的了。」襲人也便不言語了。那丫頭囘去。寳玉認真念了幾天書,巴不得頑這一天,又聼見薛姨媽過来,想着「寳姐姐自然也来」,心裡喜歡,便說:「快睡罷,明日早些起来。」於是一夜無話。
Xiren s’apprêtait à l’injurier lorsqu’une personne envoyée par l’aïeule vint annoncer : « L’aïeule a dit que le second jeune maître ne devait pas aller à l’école demain. Elle a invité Madame la tante à venir lui tenir compagnie ; les demoiselles viendront sans doute toutes. Mademoiselle Shi, mademoiselle Xing et les demoiselles Li qui sont à la maison ont également été invitées à cette réunion destinée à conjurer le froid. »
Avant même d’avoir entendu la fin, Baoyu s’écria avec joie : « N’est-ce pas ce que je disais ? L’aïeule aime plus que tout ces réunions. Demain, je n’irai pas à l’école, et ce sera parfaitement officiel. » Xiren ne dit plus rien. La servante repartit. Baoyu, après avoir étudié sérieusement plusieurs jours, ne demandait qu’à s’amuser durant celui-ci. Apprenant en outre que la tante Xue viendrait, il pensa : « Baochai viendra naturellement aussi. » Tout heureux, il dit : « Couchons-nous vite, afin de nous lever tôt demain. » La nuit se passa sans autre événement.
到了次日,果然一早到老太太那裡請了安,又到賈政王夫人那裡請了安,囘明了老太太今兒不呌上學,賈政也没言語,便慢慢退出來,走了幾歩,便一溜烟跑到賈母房中。見衆人都没來,只有鳯姐那邊的奶媽子帶了巧姐兒,跟着幾個小丫頭過來,給老太太請了安,說:「我媽媽先呌我來請安,陪着老太太說說話兒。媽媽囬来就來。」賈母笑着道:「好孩子,我一早就起来了,等他們總不来,只有你二叔叔來了。」那奶媽子便說:「姑娘給你二叔叔請安。」寳玉也問了一聲「妞妞好?」巧姐兒道:「我昨夜𦗟見我媽媽說,要請二叔叔去說話。」寳玉道:「說什麼呢?」巧姐兒道:「我媽媽說,跟着李媽認了幾年字,不知道我認得不認得。我說都認得,我認給媽媽瞧。媽媽說我瞎認,不信,說我一天儘子頑,那裡認得。我瞧着那些字也不要𦂳,就是那《女孝經》也是容易念的。媽媽說我哄他,要請二叔叔得空兒的時候給我理理。」賈母𦗟了,笑道:「好孩子,你媽媽是不認得字的,所以說你哄他。明兒呌你二叔叔理給他瞧瞧,他就信了。」寳玉道:「你認了多少字了?」巧姐兒道:「認了三千多字,念了一本《女孝經》,半個月頭裡又上了《列女傳》。」寳玉道:「你念了懂得嗎?你要不懂,我倒是講講這個你𦗟罷。」賈母道:「做叔叔的也該講究給姪女兒𦗟聼。」寶玉道:「那文王后𡚱是不必說了,想來是知道的。那姜后脫簮待罪,齊國的無鹽雖醜,能安邦定國,是后𡚱裡頭的賢能的。若說有才的,是曹大姑、班媫妤、蔡文姬、謝道韞諸人。孟光的荆叙𬒽布,鮑宣妻的提甕出汲,陶侃的母截髮留賓,還有畵荻教子的,這是不厭貧的。那苦的裡頭,有樂昌公主破鏡重圓,蘇蕙的𮞉文感主。那孝的是更多了,木蘭父代從軍,曹娥投水尋父的屍首等𩔗也多,我也說不得許多。那個曹氏的引刀割鼻,是魏國的故事。那守節的更多了,只好慢慢的講。若是那些艶的,王嬙、西子、素、小蠻、絳仙等。姑的是禿妾髮、怨洛神等類,也少。文君、紅拂是女中的……」賈母𦗟到這裡,說:「彀了,不用說了。你講的太多,他那裡還記得呢。」巧姐兒道:「二叔叔纔說的,也有念過的,也有没念過的。念過的二叔叔一講,我更知道了好些。」
Le lendemain, de bonne heure, Baoyu alla effectivement saluer l’aïeule, puis Jia Zheng et Madame Wang. Il leur rapporta que l’aïeule lui avait ordonné de ne pas aller en classe ce jour-là. Jia Zheng ne répondit rien. Baoyu se retira lentement ; après quelques pas, il partit comme une flèche et courut jusqu’à la chambre de l’aïeule Jia.
Personne n’était encore arrivé. Seule la nourrice de Qiaojie, venue de chez Xifeng avec quelques petites servantes, avait amené l’enfant saluer l’aïeule. Qiaojie dit : « Maman m’a envoyée la première vous présenter mes respects et tenir compagnie à l’aïeule. Elle viendra dès son retour. » L’aïeule Jia répondit en riant : « Ma bonne enfant, je suis levée depuis l’aube et je les attends, mais personne ne vient. Seul ton second oncle est arrivé. » La nourrice dit alors : « Mademoiselle, saluez votre second oncle. » Baoyu lui demanda aussi : « Comment va ma petite demoiselle ? »
Qiaojie répondit : « Hier soir, j’ai entendu maman dire qu’elle voulait inviter mon second oncle à venir parler avec moi. — De quoi ? — Maman dit que j’apprends les caractères avec nourrice Li depuis plusieurs années, mais qu’elle ignore si je les reconnais vraiment. Je lui ai dit que je les reconnaissais tous et que j’allais les lui lire. Elle prétend que je les reconnais au hasard et ne me croit pas : comme je ne fais que jouer toute la journée, comment pourrais-je les connaître ? Pourtant, à mes yeux, ces caractères ne sont pas bien difficiles ; même le Classique de la Piété filiale des femmes est facile à lire. Maman dit que je la trompe et veut demander à mon second oncle de m’interroger quand il en aura le loisir. »
L’aïeule Jia rit : « Ma bonne enfant, ta mère ne sait pas lire ; voilà pourquoi elle prétend que tu la trompes. Demain, ton second oncle t’interrogera devant elle, et elle te croira. » Baoyu demanda : « Combien de caractères connais-tu ? — Plus de trois mille. J’ai lu le Classique de la Piété filiale des femmes, et, il y a une quinzaine de jours, j’ai commencé les Biographies de femmes exemplaires. — Comprends-tu ce que tu lis ? Si tu ne comprends pas, je peux t’en donner quelques explications. » L’aïeule Jia dit : « Un oncle doit en effet expliquer ces choses à sa nièce. »
Baoyu commença : « Il n’est pas nécessaire de parler de l’épouse du roi Wen ; j’imagine que tu la connais. La reine Jiang retira son épingle pour attendre son châtiment ; Wuyan du royaume de Qi, malgré sa laideur, sut pacifier et gouverner l’État : ce sont des épouses souveraines pleines de mérite. Parmi les femmes de talent, il y eut dame Cao, Ban Jieyu, Cai Wenji, Xie Daoyun et plusieurs autres. Meng Guang portait une épingle d’épine et une jupe de toile ; la femme de Bao Xuan allait puiser l’eau en portant sa jarre ; la mère de Tao Kan coupa ses cheveux afin de recevoir un hôte ; il y eut encore celle qui traçait des caractères dans le sable avec une tige de roseau pour instruire son fils : toutes méprisaient la pauvreté. Parmi celles qui connurent les épreuves, la princesse Lechang vit son miroir brisé se réunir, et Su Hui émut son seigneur par son poème palindrome. Les filles pieuses sont plus nombreuses encore : Mulan partit à la guerre à la place de son père, Cao E se jeta dans le fleuve pour chercher le corps du sien ; il en existe quantité d’autres, et je ne saurais toutes les citer. La dame Cao qui se trancha le nez appartient à l’histoire du royaume de Wei. Les veuves fidèles sont plus nombreuses encore ; il faudra t’en parler peu à peu. Parmi les beautés, il y eut Wang Qiang, Xizi, Fan Su, Xiaoman, Jiangxian et d’autres. Les jalouses, telle celle qui rasa les cheveux d’une concubine, ou celle qui jalousait la déesse de la Luo, sont moins nombreuses. Wenjun et Hongfu sont, parmi les femmes… »
L’aïeule Jia l’interrompit : « Cela suffit, inutile de continuer. Tu lui en dis trop ; comment pourrait-elle tout retenir ? » Qiaojie répondit : « Parmi celles que mon second oncle vient de citer, il y en a dont j’ai déjà lu l’histoire et d’autres non. Quand il m’explique celles que j’ai lues, je les comprends bien mieux. »
寳玉道:「那字是自然認得的了,不用再理。明兒我還上學去呢。」巧姐兒道:「我𮟃聼見我媽媽昨兒說,我們家的小紅頭裡是二叔叔那裡的,我媽媽要了來,還没有補上人呢。我媽媽想着要把什麽柳家的五兒補上,不知二叔叔要不要。」寳玉𦗟了更喜歡,笑着道:「你𦗟你媽媽的話!要補誰就補誰罷咧,又問什麽要不要呢。」因又向賈母笑道:「我瞧大妞妞這個小模様兒,又有這個聰明兒,只將來比鳯姐姐還强呢,又比他認的字。」賈母道:「女孩兒家認得字呢也好,只是女工針黹倒是要𦂳的。」巧姐兒道:「我也跟着劉媽媽學着做呢,什麽扎花兒咧、拉鎻子,我雖弄不好,𨚫也學着㑹做幾針兒。」賈母道:「偺們這様人家固然不伏着自己做,但只到底知道些,日後纔不受人家的拿揑。」巧姐兒答應着「是」,還要寳玉解說《列女𫝊》,見寳玉呆呆的,也不敢再說。
Baoyu dit : « Tu reconnais donc certainement les caractères ; il n’est plus nécessaire de t’interroger. Demain, je retournerai à l’école. » Qiaojie reprit : « J’ai aussi entendu maman dire hier que Xiaohong, qui est maintenant chez nous, appartenait autrefois au service de mon second oncle. Maman l’a prise, mais personne ne l’a encore remplacée. Elle songe à mettre à sa place Wu’er, la fille des Liu ; je ne sais pas si mon second oncle la veut. »
Baoyu se réjouit plus encore et répondit en riant : « Écoute donc ce que dit ta mère ! Qu’elle choisisse qui elle veut ; pourquoi demander encore si j’en veux ou non ? » Puis il dit en souriant à l’aïeule Jia : « Quand je regarde le joli petit visage de notre grande demoiselle et que je vois son intelligence, je me dis qu’elle surpassera un jour Xifeng ; elle saura même lire mieux qu’elle. »
L’aïeule Jia répondit : « Il est bon qu’une fille sache lire, mais les travaux féminins et la couture sont encore plus importants. — J’apprends aussi avec gouvernante Liu, dit Qiaojie. Je m’exerce à broder des fleurs et à faire le point de chaînette. Je ne travaille pas encore bien, mais je sais déjà faire quelques points. — Les femmes de maisons comme la nôtre n’ont certes pas à vivre de leur propre ouvrage ; il leur faut néanmoins en connaître un peu, pour ne pas se laisser tromper plus tard par les autres. » Qiaojie répondit que oui. Elle voulait encore demander à Baoyu de lui expliquer les Biographies de femmes exemplaires, mais, le voyant absorbé dans ses pensées, elle n’osa plus parler.
你道寳玉呆的是什麽?只因柳五兒要進怡紅院,頭一次是他病了不能進來,第二次王夫人攆了晴雯,大凡有些姿色的,都不敢挑。後來又在吳貴家看晴雯去,五兒跟着他媽給晴雯送東西去,見了一面,更覺嬌娜嫵媚。今日𧇊得鳳姐想着,呌他補入小紅的窩兒,竟是喜出望外了。所以呆呆的想他。賈母等着那些人,見這時候還不來,又呌丫頭去請。囘来李紈同着他妹子,探春、惜春、史湘雲、黛玉都來了,大家請了賈母的安。衆人厮見,獨有薛姨媽未到,賈母又呌請去。果然姨媽帶着寳琴過来。寳玉請了安,問了好。只不見寳釵邢岫烟二人。黛玉便問起「寳姐姐爲何不来?」薛姨媽假說身上不好。邢岫烟知道薛姨媽在坐,所以不來。寳玉雖見寳釵不來,心中納悶,因黛玉来了,便把想寳釵的心暫且擱開。不多時,邢王二夫人也來了。鳯姐聽見婆婆們先到了,自己不好落後,只得打發平兒先來告假,說是正要過来,因身上發熱,過一囬兒就來。賈母道:「旣是身上不好,不來也罷。偺們這時候狠該吃飯了。」丫頭們把火盆徃後挪了一挪兒,就在賈母榻前一溜擺下兩桌,大家序次坐下。吃了飯,依舊圍爐閑談,不須多贅。
Pourquoi Baoyu était-il ainsi absorbé ? C’est que Wu’er devait entrer à la cour du Bonheur rouge. La première fois, sa maladie l’en avait empêchée ; la seconde, Madame Wang avait chassé Qingwen et l’on n’avait plus osé choisir aucune fille ayant quelque beauté. Plus tard, lorsque Qingwen se trouvait chez Wu Gui, Wu’er avait accompagné sa mère pour lui apporter quelque chose. Baoyu l’avait alors aperçue et l’avait trouvée plus gracieuse et séduisante encore. Or voici que Xifeng avait pensé à elle pour occuper la place laissée par Xiaohong : il en était transporté de joie et rêvait à elle, l’air absent.
L’aïeule Jia, qui attendait les autres, voyant qu’elles n’arrivaient toujours pas, envoya encore une servante les inviter. Li Wan vint alors avec sa sœur ; Tanchun, Xichun, Shi Xiangyun et Daiyu arrivèrent également. Toutes saluèrent l’aïeule Jia, puis échangèrent leurs salutations. Seule la tante Xue manquait encore ; l’aïeule envoya de nouveau quelqu’un la chercher. La tante arriva effectivement avec Baoqin. Baoyu lui présenta ses respects et s’enquit de sa santé. Mais Baochai et Xing Xiuyan n’étaient pas là.
Daiyu demanda alors : « Pourquoi grande sœur Bao n’est-elle pas venue ? » La tante Xue prétendit qu’elle était souffrante. Xing Xiuyan, sachant que la tante Xue serait présente, avait préféré ne pas venir. Baoyu était contrarié par l’absence de Baochai ; mais, puisque Daiyu était là, il mit momentanément de côté ses pensées pour Baochai.
Peu après arrivèrent aussi Mesdames Xing et Wang. Xifeng, ayant appris que ses belles-mères étaient arrivées avant elle, ne pouvait décemment rester en arrière. Elle envoya donc Ping’er demander congé pour elle : elle s’apprêtait à venir, mais avait de la fièvre et les rejoindrait un peu plus tard. L’aïeule Jia dit : « Puisqu’elle est souffrante, autant qu’elle ne vienne pas. Il est grand temps pour nous de manger. » Les servantes reculèrent un peu les braseros, puis alignèrent deux tables devant le lit de repos de l’aïeule Jia. Chacun s’assit selon son rang. Après le repas, tous se rassemblèrent de nouveau autour du feu pour bavarder ; inutile de s’y attarder davantage.
且說鳯姐因何不來?頭裡爲着倒比邢王二夫人遲了,不好意思;後來旺兒家的來囬說:「迎姑娘那裡打發人来請奶奶安,還說並没有到上頭,只到奶奶這裡來。」鳳姐𦗟了納悶,不知又是什麽事,便呌那人進來,問:「姑娘在家好?」那人道:「有什麽好的,奴才並不是姑娘打發來的,寔在是司棋的母親央我來求奶奶的。」鳯姐道:「司棋已經出去了,爲什麽来求我?」那人道:「自從司棋出去,終日啼哭。忽然那一日他表兄來了,他母親見了,恨得什麽是的,說他害了司棋,一把拉住要打。那小子不敢言語。誰知司棋𦗟見了,急忙出來老着臉和他母親道:『我是爲他出來的,我也恨他没良心。如今他来了,媽要打他,不如勒死了我。』他母親罵他:『不害臊的東西,你心裡要怎麽様?』司棋說道:『一個女人配一個男人。我一時失脚上了他的當,我就是他的人了,决不肯再失身給别人的。我恨他爲什麽這様胆小,一身作事一身當,爲什麽要逃。就是他一輩子不來了,我也一輩子不嫁人的。媽要給我配人,我原拚着一𭮀的。今兒他來了,媽問他怎麽樣。若是他不攺心,我在媽跟前磕了頭,只當是我死了,他到那裡,我跟到那裡,就是討飯吃也是愿意的。』他媽氣得了不得,便哭着罵着說:『你是我的女兒,我偏不給他,你敢怎麽着。』那知道那司棋這東西糊塗,便一頭撞在墻上,把腦袋撞破,鮮血直流,竟死了。他媽哭着救不過來,便要呌那小子償命。他表兄也竒:『你們不用着急。我在外頭原發了財,因想着他纔囬來的,心也算是真了。你們若不信,只管瞧。』說着,打懷裡掏出一匣子金珠首飾来。他媽媽看見了便心軟了,說:『你旣有心,爲什麽總不言語?』他外甥道:『大凡女人都是水性楊花,我若說有錢,他便是貪圖銀錢了。如今他只爲人,就是難得的。我把金珠給你們,我去買棺盛殮他。』那司棋的母親接了東西,也不顧女孩兒了,便由着外甥去。那裡知道他外甥呌人抬了兩口棺材來。司棋的母親看見咤異,說:『怎麽棺材要兩口?』他外甥笑道:『一口裝不下,得兩口纔好。』司棋的母親見他外甥又不哭,只當是他心疼的儍了。豈知他忙着把司棋收拾了,也不啼哭,眼錯不見,把帶的小刀子往脖子裡一抹,也就抹死了。司棋的母親懊悔起來,倒哭得了不得。如今坊上知道了,要報官。他急了,央我來求奶奶說個人情,他再過來給奶奶磕頭。」鳯姐聼了,咤異道:「那有這様儍丫頭,偏偏的就碰見這個儍小子!怪不得那一天番出那些東西來,他心裡没事人是的,敢只是這麽個烈性孩子。論起來,我也没這麽大工夫管他這些閑事,但只你纔說的呌人聼着怪可憐見兒的。也罷了,你囘去告訴他,我和你二爺說,打發旺兒給他撕擄就是了。」鳯姐打發那人去了,纔過賈母這邊來,不提。
Mais pourquoi Xifeng ne venait-elle pas ? D’abord, elle s’était sentie gênée d’être devancée par Mesdames Xing et Wang. Ensuite, la femme de Wang’er était venue lui rapporter : « De chez mademoiselle Yingchun, quelqu’un est venu présenter ses respects à Madame. Cette personne a précisé qu’elle ne s’était rendue chez aucune des maîtresses et qu’elle était venue directement ici. »
Intriguée, Xifeng ne savait ce qui se passait encore. Elle fit entrer la visiteuse et lui demanda : « Mademoiselle se porte-t-elle bien chez elle ? — Comment pourrait-elle se porter bien ? Ce n’est pas mademoiselle qui m’envoie. En vérité, c’est la mère de Siqi qui m’a suppliée de venir demander l’aide de Madame. — Siqi est déjà partie d’ici ; pourquoi vient-elle encore me supplier ? »
La femme répondit : « Depuis son départ, Siqi pleurait à longueur de journée. Un jour, son cousin est soudain revenu. En le voyant, sa mère entra dans une fureur indescriptible : elle l’accusa d’avoir causé le malheur de Siqi, l’empoigna et voulut le battre. Le garçon n’osait rien dire. Mais Siqi, qui avait entendu, sortit précipitamment et déclara sans plus aucune honte à sa mère : “C’est à cause de lui que j’ai dû partir, et moi aussi je lui en veux de s’être montré sans cœur. Mais puisqu’il est revenu, si maman veut le battre, autant m’étrangler d’abord.” Sa mère l’injuria : “Créature sans pudeur ! Que veux-tu donc au juste ?”
« Siqi répondit : “Une femme ne s’unit qu’à un homme. Dans un moment d’égarement, je suis tombée dans son piège ; je suis donc à lui et jamais je ne consentirai à me donner à un autre. Je lui en veux seulement d’avoir été si lâche. Chacun doit répondre de ses propres actes : pourquoi s’est-il enfui ? Même s’il n’était jamais revenu de toute sa vie, je ne me serais jamais mariée. Si maman voulait me donner à quelqu’un, j’étais résolue à mourir. Maintenant qu’il est ici, demandez-lui ce qu’il compte faire. S’il n’a pas changé de cœur, je me prosternerai devant maman ; vous n’aurez qu’à me tenir pour morte. Où qu’il aille, je le suivrai, dussé-je mendier ma nourriture.”
« Sa mère, exaspérée, se mit à pleurer et à l’injurier : “Tu es ma fille et moi, je refuse de te donner à lui. Qu’oses-tu faire contre cela ?” Qui aurait cru que cette folle de Siqi irait aussitôt se jeter la tête contre le mur ? Elle se fracassa le crâne ; le sang jaillit et elle mourut. Sa mère pleura et tenta vainement de la sauver, puis voulut obliger le garçon à payer de sa vie. Mais son cousin se montra tout aussi extraordinaire : “Ne vous affolez pas. J’avais fait fortune au-dehors et je ne suis revenu qu’en pensant à elle ; mon cœur était donc sincère. Si vous ne me croyez pas, regardez.” Il tira de son vêtement une cassette pleine d’or, de perles et de bijoux.
« À cette vue, la mère s’adoucit : “Si tu étais sincère, pourquoi n’as-tu jamais rien dit ?” Son neveu répondit : “Les femmes, en général, sont aussi inconstantes que l’eau et les fleurs de saule. Si j’avais déclaré que j’étais riche, elle aurait peut-être convoité mon argent. Mais elle ne s’est attachée qu’à ma personne : c’est chose rare. Je vous laisse l’or et les perles ; je vais acheter un cercueil pour la mettre en bière.” La mère de Siqi prit les objets et, sans plus se soucier de sa fille, laissa son neveu partir.
« Mais il revint en faisant porter deux cercueils. Étonnée, la mère de Siqi demanda : “Pourquoi deux cercueils ?” Son neveu répondit en riant : “Un seul ne suffirait pas ; il en faut deux.” Comme il ne pleurait pas, elle crut que le chagrin l’avait rendu fou. Il s’empressa de préparer le corps de Siqi, toujours sans verser une larme ; puis, dès qu’on détourna les yeux, il passa sur sa gorge le petit couteau qu’il portait et se tua lui aussi. Alors seulement la mère de Siqi fut prise de remords et se mit à pleurer désespérément. À présent, le voisinage a appris l’affaire et veut la dénoncer aux autorités. Affolée, elle m’a suppliée de demander à Madame d’intervenir en sa faveur ; elle viendra ensuite se prosterner devant vous. »
Xifeng s’étonna : « Comment peut-il exister une fille aussi folle, qui justement rencontre un garçon aussi fou qu’elle ! Je comprends maintenant pourquoi, le jour où l’on découvrit tous ces objets, elle gardait l’air de quelqu’un à qui rien n’était arrivé : elle avait donc ce caractère inflexible. À vrai dire, je n’ai pas le loisir de m’occuper de toutes ces affaires étrangères à la maison ; mais ce que tu viens de raconter fait vraiment pitié. Soit. Retourne lui dire que j’en parlerai à votre second maître et que j’enverrai Wang’er régler l’affaire pour elle. » Xifeng congédia la femme, puis se rendit chez l’aïeule Jia. N’en parlons plus.
且說賈政這日正與詹光下大碁,通局的輸𫎣也差不多,單爲着一隻角兒死活未分,在那裡打結。門上的小厮進來囬道:「外面馮大爺要見老爺。」賈政道:「請進来。」小厮出去請了,馮紫英走進門來。賈政卽忙迎着。馮紫英進來,在書房中坐下,見是下碁,便道:「只𬋩下碁,我来觀局。」詹光笑道:「晚生的碁是不堪睄的。」馮紫英道:「好說,請下罷。」賈政道:「有什麽事麽?」馮紫英道:「没有什麽話。老伯只管下碁,我也學幾着兒。」賈政向詹光道:「馮大爺是我們相好的,旣没事,我們索性下完了這一局再說話兒。馮大爺在旁邊瞧着。」馮紫英道:「下釆不下釆?」詹光道:「下釆的。」馮紫英道:「下釆的是不好多嘴的。」賈政道:「多嘴也不妨,橫𥪡他輸了十來兩銀子,終久是不拿出來的。徃後只好罰他做東便了。」詹光笑道:「這倒使得。」馮紫英道:「老伯和詹公對下麽?」賈政笑道:「從前對下,他輸了;如今讓他兩個子兒,他又輸了。時常還要悔𭙌着,不呌他悔他就急了。」詹光也笑道:「没有的事。」賈政道:「你試試瞧。」大家一靣說笑,一面下完了。做起碁來,詹光還了碁頭,輸了七個子兒。馮紫英道:「這盤終吃虧在打結裡頭。老伯結少,就便完了。」
Ce jour-là, Jia Zheng jouait une grande partie de go avec Zhan Guang. Sur l’ensemble du jeu, leurs gains et leurs pertes s’équilibraient presque ; seul un coin restait indécis, et les pierres s’y trouvaient prises dans une lutte inextricable. Un jeune domestique de la porte entra annoncer : « Maître Feng attend dehors et désire voir Monsieur. — Faites-le entrer. »
Le domestique sortit le chercher, et Feng Ziying franchit la porte. Jia Zheng se leva aussitôt pour l’accueillir. Une fois assis dans le cabinet de travail, Feng Ziying vit la partie et dit : « Continuez donc à jouer ; je regarderai la position. » Zhan Guang répondit en riant : « Le jeu de votre cadet ne mérite pas d’être regardé. — Vous êtes trop modeste. Continuez, je vous prie. »
Jia Zheng demanda : « Avez-vous quelque affaire ? — Rien de particulier. Que mon vénérable oncle poursuive sa partie ; j’apprendrai quelques coups. » Jia Zheng dit à Zhan Guang : « Maître Feng est de nos bons amis. Puisqu’il n’a aucune affaire pressante, autant terminer la partie avant de parler. Maître Feng nous regardera. »
Feng Ziying demanda : « Y a-t-il un enjeu ? — Oui, répondit Zhan Guang. — Quand il y a un enjeu, un spectateur ne doit pas trop parler. — Cela ne fait rien, dit Jia Zheng. De toute façon, il a perdu une dizaine de taëls et ne les sortira jamais de sa bourse. Désormais, il suffira de le condamner à nous inviter. — Cela me convient », répondit Zhan Guang en riant.
Feng Ziying demanda : « Mon vénérable oncle et maître Zhan jouent-ils à égalité ? » Jia Zheng rit : « Autrefois, nous jouions à égalité et il perdait. À présent, je lui laisse deux pierres et il perd encore. En outre, il veut toujours reprendre ses coups ; si je l’en empêche, il se fâche. — Cela n’est jamais arrivé », protesta Zhan Guang en riant. Jia Zheng répondit : « Vous allez voir. »
Ils achevèrent ainsi la partie en riant et en bavardant. Au décompte, Zhan Guang rendit ses pierres d’avance et perdit de sept pierres. Feng Ziying dit : « Dans cette partie, votre tort est venu de cette lutte inextricable. Mon vénérable oncle avait moins de groupes liés dans le combat ; il lui a donc été facile de conclure. »
賈政對馮紫英道:「有罪,有罪。咱們說話兒罷。」馮紫英道:「小侄與老伯久不見面,一來㑹會,二来因廣西的同知進来引見,帶了四種洋貨,可以做得貢的。一件是圍屏,有二十四扇槅子,都是紫檀雕刻的,中間雖說不是玉,𨚫是絶好的硝子石,石上鏤出山水人物樓臺花鳥等物。一扇上有五六十個人,都是宫粧的女子,名爲《漢宮春曉》。人的眉目口鼻以及出手衣褶,刻得又清楚又細膩。㸃綴布置都是好的。我想尊府大觀園中正㕔上𨚫可用得着。還有一個鐘表,有三尺多高,也是一個小童兒拿着時辰牌,到了什麽時候他就報什麼時辰。裡頭也有些人在那裡打十番的。這是兩件重笨的,却還没有拿来。現在我帶在這裡兩件𨚫有些意思兒。」就在身邉拿出一個錦匣子,見幾重白綿𮖐着,揭開了綿子,第一層是一個玻璃盒子,裡頭金托子大紅縐紬托底,上放着一顆桂圓大的珠子,光華耀目。馮紫英道:「㨿說這就呌做母珠。」因呌拿一個盤兒来。詹光卽忙端過一個黒𣾰茶盤,道:「使得麼?」馮紫英道:「使得。」便又向懷裡掏出一個白絹包兒,將包兒裡的珠子都倒在盤裡散着,把那顆母珠擱在中間,將盤置于桌上。看見那些小珠子兒滴溜滴溜都滚到大珠身邊来,一囬兒把這顆大珠子抬高了,别處的小珠子一顆也不剩,都粘在大珠上。詹光道:「這也竒怪。」賈政道:「這是有的,所以呌做母珠,原是珠之母。」
Jia Zheng dit à Feng Ziying : « Pardonnez-nous. Parlons à présent. » Feng Ziying répondit : « Voilà longtemps que votre neveu ne vous avait vu. Je suis d’abord venu vous rendre visite ; ensuite, un vice-préfet du Guangxi, arrivé dans la capitale pour être présenté à l’audience, a apporté quatre objets étrangers susceptibles de servir de tribut.
« Le premier est un paravent de vingt-quatre panneaux ajourés, tous sculptés dans du bois de santal rouge. La partie centrale n’est pas en jade, il est vrai, mais dans une pierre de verre d’excellente qualité. On y a gravé des paysages, des personnages, des pavillons, des terrasses, des fleurs et des oiseaux. Chaque panneau porte cinquante ou soixante personnages, tous des femmes en costume de palais. L’ensemble s’intitule Matin de printemps au palais des Han. Les sourcils, les yeux, la bouche et le nez des personnages, jusqu’à leurs mains et aux plis de leurs vêtements, sont sculptés avec une finesse et une netteté extrêmes. Les ornements et la composition sont également excellents. J’ai pensé que ce paravent conviendrait parfaitement à la grande salle du Jardin aux Grandes Vues.
« Il y a aussi une horloge haute de plus de trois pieds. Un petit garçon y tient une tablette indiquant les heures et, à chaque heure, il en annonce le nom. À l’intérieur, de petits personnages jouent aussi de la musique en ensemble. Ces deux objets sont trop lourds et encombrants ; je ne les ai pas encore fait apporter. Mais j’en ai ici deux autres qui ne manquent pas d’intérêt. »
Il prit près de lui une cassette de brocart. Plusieurs épaisseurs d’ouate blanche enveloppaient ce qu’elle contenait. Après avoir écarté l’ouate, on découvrit d’abord une boîte de verre. À l’intérieur, sur un support d’or garni de crêpe de soie rouge vif, reposait une perle grosse comme un longane, dont l’éclat éblouissait les yeux.
Feng Ziying dit : « On prétend que cela s’appelle une perle-mère. » Il demanda qu’on apportât un plateau. Zhan Guang présenta aussitôt un plateau à thé en laque noire : « Celui-ci conviendra-t-il ? — Parfaitement. » Feng Ziying tira encore de son vêtement un paquet de soie blanche et répandit sur le plateau toutes les petites perles qu’il contenait. Il plaça la perle-mère au milieu, puis posa le plateau sur la table.
Sous leurs yeux, toutes les petites perles roulèrent en tournoyant vers la grande. Bientôt, elles la soulevèrent ; il n’en resta plus une seule ailleurs, toutes adhéraient à la perle-mère. Zhan Guang dit : « Voilà qui est étrange. » Jia Zheng répondit : « Une telle chose existe bel et bien. C’est justement pourquoi on l’appelle perle-mère : elle est la mère des perles. »
那馮紫囬頭看着他跟來的小厮道:「那個匣子呢?」那小厮赶忙捧過一個花梨木匣子來。大家打開看時,原來匣内襯着虎紋錦,錦上叠着一束藍紗。詹光道:「這是什麽東西?」馮紫英道:「這呌做鮫綃帳。」在匣子裡拿出來時,叠得長不滿五寸,𫝗不上半寸,馮紫英一層一層的打開,打到十來層,已經桌上鋪不下了。馮紫英道:「你看裡頭還有兩摺,必得高屋裡去纔張得下。這就是鮫𢇁所織,暑熱天氣張在堂屋裡頭,蒼蠅蚊子一個不能進来,又輕又亮。」賈政道:「不用全打開,怕叠起來倒費事。」詹光便與馮紫英一層一層折好收拾。馮紫英道:「這四件東西價兒也不狠貴,兩萬銀他就賣。母珠一萬,鮫綃帳五干,《漢宫春曉》與自鳴鐘五千。」賈政道:「那裡買得起。」馮紫英道:「你們是個國戚,難道宮裡頭用不着麽?」賈政道:「用得着的狠多,只是那裡有這些銀子。等我呌人拿進去給老太太瞧瞧。」馮紫英道:「狠是。」
Feng Ziying se retourna vers le jeune domestique qui l’avait accompagné : « Où est l’autre cassette ? » Le garçon s’empressa d’apporter une cassette en bois de huanghuali. Lorsqu’ils l’ouvrirent, ils virent qu’elle était doublée d’un brocart à motifs de tigre, sur lequel reposait un rouleau de gaze bleue.
Zhan Guang demanda : « Qu’est-ce donc ? — Cela s’appelle une moustiquaire de gaze des hommes-poissons. » Feng Ziying la sortit de la cassette. Une fois pliée, elle mesurait moins de cinq pouces de long et moins d’un demi-pouce d’épaisseur. Il l’ouvrit couche après couche ; après une dizaine de plis, la table ne suffisait déjà plus à la contenir.
Feng Ziying dit : « Regardez, il reste encore deux plis à défaire. Il faudrait aller dans une haute salle pour pouvoir la déployer entièrement. Elle est tissée de fils d’hommes-poissons. Quand on la suspend dans la grande salle durant les chaleurs de l’été, pas une mouche ni un moustique ne peut entrer ; elle est en outre légère et transparente. »
Jia Zheng dit : « Inutile de l’ouvrir complètement ; il serait trop difficile de la replier. » Zhan Guang aida donc Feng Ziying à la plier soigneusement, couche après couche.
Feng Ziying reprit : « Ces quatre objets ne sont pas excessivement chers : leur propriétaire les céderait pour vingt mille taëls. Dix mille pour la perle-mère, cinq mille pour la moustiquaire de gaze des hommes-poissons, et cinq mille pour Matin de printemps au palais des Han et l’horloge automatique. — Comment pourrions-nous nous les offrir ? demanda Jia Zheng. — Votre famille est alliée à la maison impériale ; le palais ne pourrait-il en faire usage ? — Le palais pourrait employer quantité de choses, mais où trouver autant d’argent ? Je vais demander qu’on porte ces objets à l’intérieur afin de les montrer à l’aïeule. — Certainement », répondit Feng Ziying.
賈政便着人呌賈璉把這兩件東西送倒老太太那邊去,並呌人請了邢、王二夫人鳯姐兒都來瞧着,又把兩様東西一一試過。賈璉道:「他還有兩件:一件是圍屏,一件是樂鍾。共總要賣二萬銀子呢。」鳯姐兒接着道:「東西自然是好的,但是那裡有這些閒錢。偺們又不比外任督撫要辦貢。我已經想了好些年了,像偺們這種人家,必得置些不動搖的根基纔好,或是祭地,或是義庄,再置些坟屋。徃後子孫遇見不得意的事,𮟃是㸃兒底子,不到一敗𡍼地。我的意思是這様,不知老太太、老爺太太們怎麽様。若是外頭老爺們要買,只𬋩買。」賈母與衆人都說:「這話說的倒也是。」賈璉道:「還了他罷。原是老爺呌我送給老太太瞧,爲的是宫裡好進。誰說買來擱在家裡?老太太還没開口,你便說了一大些喪氣話!」說着,便把兩件東西拿了出去,告訴了賈政,說老太太不要。便與馮紫英道:「這兩件東西好可好,就只没銀子。我替你留心,有要買的人,我便送信給你去。」馮紫英只得𭣣拾好,坐下說些閒話,没有興頭,就要起身。賈政道:「你在我這裡吃了晚飯去罷。」馮紫英道:「罷了,來了就叨擾老伯嗎!」賈政道:「說那裡的話。」
Jia Zheng envoya chercher Jia Lian et lui ordonna de porter les deux objets chez l’aïeule. Il fit aussi inviter Madame Xing, Madame Wang et Xifeng à venir les regarder. On leur en montra successivement les propriétés.
Jia Lian dit : « Il possède encore deux objets : un paravent et une horloge musicale. Il veut vendre l’ensemble vingt mille taëls. » Xifeng répondit aussitôt : « Les objets sont assurément beaux, mais où trouver tant d’argent disponible ? Nous ne sommes pas des gouverneurs ou des vice-rois en poste dans les provinces, obligés de préparer un tribut.
« J’y réfléchis depuis plusieurs années : une famille comme la nôtre devrait se constituer des fondations inébranlables, telles que des terres consacrées aux sacrifices, un domaine charitable pour le clan, ou encore quelques maisons près des tombes. Si plus tard nos descendants rencontraient le malheur, il leur resterait au moins un petit fonds et ils ne seraient pas ruinés sans recours. Voilà mon idée ; j’ignore ce qu’en pensent l’aïeule, Messieurs et Mesdames. Mais si Messieurs veulent acheter ces objets, qu’ils les achètent. »
L’aïeule Jia et les autres dirent toutes : « Ces paroles sont raisonnables. » Jia Lian répliqua : « Je vais donc les lui rendre. Monsieur m’avait seulement ordonné de les montrer à l’aïeule parce qu’ils pourraient convenir au palais. Qui a parlé de les acheter pour les garder ici ? L’aïeule n’avait pas encore ouvert la bouche que tu débitais déjà toute une série de propos funestes ! »
Sur ce, il emporta les deux objets et rapporta à Jia Zheng que l’aïeule n’en voulait pas. Il dit à Feng Ziying : « Ces objets sont beaux, certes, mais nous n’avons pas l’argent nécessaire. Je resterai attentif ; si j’apprends que quelqu’un souhaite les acheter, je vous enverrai un message. » Feng Ziying dut les ranger. Il se rassit et échangea quelques propos sans importance ; mais, ayant perdu tout entrain, il voulut prendre congé.
Jia Zheng dit : « Restez dîner ici ce soir. — Non, je viens à peine d’arriver et j’importunerais déjà mon vénérable oncle ! — Pourquoi parler ainsi ? »
正說着,人囬:「大老爺来了。」賈赦早已進來。彼此相見,叙些寒温。不一時擺上酒來,餚饌羅列,大家喝着酒。至四五巡後,說起洋貨的話,馮紫英道:「這種貨本是難消的,除非要像尊府這種人家,還可消得,其餘就難了。」賈政道:「這也不見得。」賈赦道:「我們家裡也比不得從前了,這囬兒也不過是個空門面。」馮紫英又問:「東府珍大爺可好麽?我前兒見他,說起家常話兒来,提到他令郎續娶的媳婦,遠不及頭裡那位秦氏奶奶了。如今後娶的到底是那一家的,我也没有問起。」賈政道:「我們這個姪孫媳婦兒,也是這裡大家,從前做過京畿道的胡老爺的女孩兒。」紫英道:「胡道長我是知道的。但是他家教上也不怎麽様。也罷了,只要姑娘好就好。」
Ils parlaient encore lorsqu’on annonça : « Le grand maître vient d’arriver. » Jia She était déjà entré. Tous échangèrent des salutations et prirent des nouvelles les uns des autres. Peu après, on servit le vin et quantité de mets furent disposés devant eux.
Après quatre ou cinq tournées, la conversation revint sur les objets étrangers. Feng Ziying dit : « Ces marchandises sont difficiles à écouler. Seules des familles telles que la vôtre peuvent encore les absorber ; ailleurs, ce serait difficile. — Ce n’est pas certain, répondit Jia Zheng. — Notre famille non plus n’est plus ce qu’elle était, dit Jia She. À présent, il ne nous reste guère qu’une façade vide. »
Feng Ziying demanda encore : « Maître Zhen, au palais de l’Est, se porte-t-il bien ? Je l’ai rencontré il y a quelques jours. En parlant des affaires familiales, il a mentionné la nouvelle épouse de son fils : elle est loin de valoir la précédente, Madame Qin Keqing. De quelle famille vient celle qu’il a épousée ensuite ? Je ne le lui ai pas demandé. »
Jia Zheng répondit : « Cette petite-nièce par alliance vient elle aussi d’une grande famille de la capitale. C’est la fille de maître Hu, autrefois intendant du Circuit métropolitain. — Je connais l’intendant Hu, dit Feng Ziying. Cependant, l’éducation donnée dans sa famille n’est pas fameuse. Enfin, peu importe : pourvu que la demoiselle soit bonne. »
賈璉道:「𦗟得内閣裡人說起,賈雨村又要陞了。」賈政道:「這也好,不知准不准。」賈璉道:「大約有意思的了。」馮紫英道:「我今兒從吏部裡来,也𦘏見這様說。雨村老先生是貴本家不是?」賈政道:「是。」馮紫英道:「是有服的還是無服的?」賈政道:「說也話長。他原籍是浙江湖州府人,流寓到蘇州,甚不得意。有個甄士隱和他相好,時常周濟他。已後中了進士,得了榜下知縣,便娶了甄家的丫頭。如今的太太不是正配。豈知甄士隱弄到零落不堪,没有找處。雨村革了職以後,那時還與我家並未相識,只因舍妹丈林如海林公在揚州廵鹽的時候,請他在家做西席,外甥女兒是他的學生。因他有起復的信要進京来,恰好外甥女兒要上來探親,林姑老爺便托他照應上來的,還有一封薦書,托我吹噓吹噓。那時看他不錯,大家常會。豈知雨村也竒,我家世襲起,從代字軰下來,寧榮兩宅人口房舍以及起居事宜,一㮣都明白,因此遂覺得親熟了。」因又笑說道:「幾年間門子也會鑽了。由知府推陞轉了御史。不過幾年,陞了吏部侍郎,署兵部尚書。爲着一件事降了三級,如今又要陞了。」馮紫英道:「人世的榮枯,仕途的得失,終屬難定。」賈政道:「像雨村筭便宜的了。還有我們差不多的人家就是甄家,從前一様功勲,一様的世襲,一様的起居,我們也是時常徃來。不多幾年,他們進京来差人到我這裡請安,狠還熱閙。一囬兒抄了原籍的家財,至今杳無音信,不知他近况若何,心下也着實惦記。看了這様,你想做官的怕不怕?」賈赦道:「偺們家是最没有事的。」馮紫英道:「果然,尊府是不怕的。一則裡頭有貴𡚱照應,二則故舊好親戚多,三則你家自老太太起至於少爺們,没有一個刁鑽刻薄的。」賈政道:「雖無刁鑽刻薄,却没有德行才情。白白的衣租食稅,那裡當得起。」賈赦道:「偺們不用說這些話,大家吃酒罷。」大家又喝了几盃,擺上飯来。吃𭺾,喝茶。馮家的小厮走來輕輕的向紫英說了一句,馮紫英便要告辭了。賈赦賈政道:「你說什麽?」小厮道:「外面下雪,早已下了梆子了。」賈政呌人看時,已是雪深一寸多了。賈政道:「那兩件東西你收拾好了麽?」馮紫英道:「𭣣好了。若尊府要用,價錢還自然讓些。」賈政道:「我留神就是了。」紫英道:「我再聼信罷。天氣冷,請罷,别送了。」賈赦賈政便命賈璉送了出去。未知後事如何,下囬分解。
Jia Lian dit : « J’ai entendu des gens du Grand Secrétariat raconter que Jia Yucun allait encore être promu. — Ce serait une bonne chose, répondit Jia Zheng, mais j’ignore si la nouvelle est certaine. — Il semble qu’elle soit assez fondée. »
Feng Ziying dit : « Je viens aujourd’hui du ministère des Fonctionnaires, et j’y ai entendu la même chose. Le vénérable maître Yucun appartient bien à votre illustre famille ? — Oui. — Êtes-vous parents assez proches pour porter le deuil l’un de l’autre, ou non ? — Ce serait une longue histoire, répondit Jia Zheng. Sa famille est originaire de la préfecture de Huzhou, dans le Zhejiang, mais il vivait en exil à Suzhou et se trouvait dans une situation fort misérable. Un certain Zhen Shiyin, qui était de ses amis, lui venait souvent en aide.
« Plus tard, il réussit aux examens de docteur présenté et obtint aussitôt un poste de magistrat de district. Il épousa alors une servante de la famille Zhen. Son épouse actuelle n’est donc pas sa femme légitime d’origine. Mais Zhen Shiyin tomba dans une misère complète et disparut sans laisser d’adresse.
« Après que Yucun eut été destitué, il ne connaissait pas encore notre famille. Or mon beau-frère Lin Ruhai, monsieur Lin, était alors commissaire du sel à Yangzhou ; il l’engagea comme précepteur dans sa maison, et ma nièce fut son élève. Comme Yucun apprit qu’il allait être réintégré et devait se rendre dans la capitale, tandis que ma nièce devait justement venir ici voir ses parents, mon beau-frère Lin lui demanda de veiller sur elle durant le voyage. Il lui remit aussi une lettre de recommandation en me priant de dire quelques mots en sa faveur.
« À cette époque, il me fit bonne impression, et nous nous rencontrâmes souvent. Mais Yucun est vraiment remarquable : il apprit dans tous leurs détails l’histoire de notre charge héréditaire, depuis la génération dont les noms portent le caractère Dai, la population et les demeures des palais Ning et Rong, jusqu’aux moindres habitudes de la maison. Nous en vînmes ainsi à nous croire intimes. » Jia Zheng ajouta en riant : « En quelques années, il a aussi appris à se faufiler par toutes les portes. De préfet, il fut recommandé, promu et transféré comme censeur. Quelques années à peine plus tard, il devint vice-ministre des Fonctionnaires, puis ministre de la Guerre par intérim. Une affaire lui valut d’être rétrogradé de trois rangs ; à présent, il va de nouveau être promu. »
Feng Ziying dit : « Prospérité et déclin dans le monde, succès et revers dans la carrière officielle, tout cela demeure impossible à prévoir. — Yucun, lui, s’en est encore bien tiré, répondit Jia Zheng. Il est une autre famille comparable à la nôtre : la famille Zhen. Elle avait autrefois les mêmes mérites, les mêmes charges héréditaires et le même train de vie ; nous entretenions avec elle des relations fréquentes.
« Il y a seulement quelques années, lorsqu’ils vinrent à la capitale, ils envoyèrent quelqu’un ici présenter leurs respects, et ils étaient encore très prospères. Puis, soudain, leurs biens dans leur province d’origine furent confisqués. Depuis lors, nous n’avons reçu absolument aucune nouvelle. J’ignore quelle est leur situation présente et je pense souvent à eux avec une réelle inquiétude. À voir de tels exemples, croyez-vous qu’il n’y ait pas de quoi redouter une carrière officielle ? »
Jia She dit : « Notre famille est précisément celle qui n’a rien à craindre. — En effet, répondit Feng Ziying, votre illustre maison ne craint rien. Premièrement, vous avez au palais une Noble Consort qui veille sur vous ; deuxièmement, vous possédez quantité de vieux amis et de bons parents ; troisièmement, depuis l’aïeule jusqu’aux jeunes maîtres, personne chez vous n’est retors ni cruel. — Nous ne sommes ni retors ni cruels, dit Jia Zheng, mais nous n’avons pas davantage de vertu ni de talent. Nous vivons gratuitement des revenus fonciers et des impôts : comment pourrions-nous en être dignes ? — Ne parlons plus de cela, dit Jia She. Buvons plutôt. »
Ils burent encore quelques coupes, puis on servit le repas. Après avoir mangé, ils prirent le thé. Un jeune domestique de la famille Feng entra et murmura quelques mots à l’oreille de Feng Ziying, qui se leva aussitôt pour prendre congé.
Jia She et Jia Zheng demandèrent : « Que vient-il de dire ? — Il neige dehors, et la veille a sonné depuis longtemps. » Jia Zheng envoya quelqu’un regarder : la neige dépassait déjà un pouce d’épaisseur.
Il demanda : « Avez-vous bien rangé les deux objets ? — Oui. Si votre illustre maison souhaite les employer, le prix pourra naturellement être quelque peu réduit. — Je resterai attentif. — J’attendrai donc de vos nouvelles. Il fait froid ; je vous en prie, ne me raccompagnez pas. » Jia She et Jia Zheng chargèrent Jia Lian de le reconduire. Pour savoir ce qui arriva ensuite, il faut attendre le chapitre suivant.
Notes
評女傳 : 女傳 renvoie ici aux récits édifiants de femmes exemplaires, en particulier au 列女傳, traditionnellement attribué à Liu Xiang.
女孝經 : traité didactique modelé sur le Classique de la Piété filiale et destiné à enseigner aux femmes les devoirs confucéens.
畫荻教子 : allusion à la mère d’Ouyang Xiu, qui, trop pauvre pour acheter papier et pinceaux, lui enseignait les caractères en les traçant dans le sable avec une tige de roseau.
破鏡重圓 : « le miroir brisé se réunit » est devenu une expression désignant la réunion d’époux séparés ; elle vient de l’histoire de la princesse Lechang.
母珠 : objet merveilleux censé attirer à lui toutes les petites perles ; son nom signifie littéralement « perle-mère ».
鮫綃帳 : la gaze est supposée être tissée par les 鮫人, êtres marins légendaires dont les larmes deviennent des perles.
有服、無服 : la proximité d’une parenté se mesure rituellement à l’obligation, ou non, de porter le deuil pour le parent défunt.
賈雨村、甄士隱 : Jia Yucun évoque 假語存, « les propos feints conservés », et Zhen Shiyin 真事隱, « les faits vrais cachés » ; 賈, patronyme des Jia, est homophone de 假, « faux ».