Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 72 Wang Xifeng, forte de son caractère, a honte d’avouer sa maladie ; la femme de Laiwang, forte de son influence, impose un mariage

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Wang Xifeng, forte de son caractère, a honte d’avouer sa maladie

la femme de Laiwang, forte de son influence, impose un mariage

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Yuanyang franchit donc la porte latérale. Elle avait encore le visage brûlant et le cœur lui battait follement : l’aventure était vraiment inattendue. Elle songea que l’affaire était fort grave ; si elle la révélait, débauche et vol se trouveraient mêlés, une vie humaine serait en jeu, et d’autres risqueraient encore d’être entraînés là-dedans. Après tout, cela ne la concernait pas : elle résolut de le garder en son cœur et de n’en parler à personne. De retour dans sa chambre, elle rendit compte de sa mission à l’aïeule Jia, puis tout le monde alla se reposer. N’en parlons plus.

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Depuis l’enfance, Siqi avait l’habitude de jouer avec un cousin, fils d’une tante paternelle. Ce qui n’avait d’abord été qu’une plaisanterie d’enfants les avait conduits à se promettre que lui n’en épouserait aucune autre et qu’elle ne se marierait à personne d’autre. Ces dernières années, ils avaient grandi et acquis tous deux charme et beauté. Chaque fois que Siqi rentrait chez elle, ils échangeaient des œillades et leur ancien attachement ne se démentait pas, mais ils ne trouvaient aucun moyen de se rejoindre. Craignant l’un et l’autre que leurs parents ne consentissent pas à leur union, ils avaient soudoyé, du dedans et du dehors, de vieilles servantes du jardin afin qu’elles laissassent une porte ouverte et surveillassent les chemins. Ce jour-là seulement, profitant du désordre, le jeune homme avait pu entrer de l’extérieur. Pour la première fois ils avaient gagné le port ; sans encore s’unir tout à fait, ils s’étaient juré fidélité par les mers et les montagnes et avaient échangé en secret des gages d’amour, au milieu d’infinies tendresses. Soudain surpris et séparés par Yuanyang, le garçon s’était déjà glissé parmi les fleurs et les saules pour ressortir par la porte latérale.

Siqi ne put fermer l’œil de la nuit et n’en finissait pas de se repentir. Le lendemain, lorsqu’elle vit Yuanyang, son visage passa naturellement du rouge au blanc ; dévorée de honte et la conscience chargée, elle perdit l’appétit et demeura hébétée, assise ou debout. Deux jours passèrent sans qu’elle entendît parler de rien, et elle commença seulement alors à se rassurer. Mais, ce soir-là, une vieille servante vint lui dire tout bas : « Ton cousin s’est bel et bien enfui. Voilà trois ou quatre jours qu’il n’est pas rentré chez lui, et l’on a maintenant envoyé des gens le chercher partout. » À ces mots, Siqi fut à la fois inquiète, furieuse et désolée. Elle pensa : « Quand bien même l’affaire aurait éclaté, nous aurions dû mourir ensemble. Les hommes n’ont vraiment aucun cœur : lui, il a commencé par s’enfuir ! » Son dépit n’en devint que plus vif. Dès le lendemain, elle se sentit mal, ne put se soutenir, s’abattit sur son lit et tomba peu à peu malade.

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Yuanyang apprit qu’un jeune domestique avait disparu sans raison de l’autre côté, tandis que Siqi, gravement malade dans le jardin, devait être transportée au-dehors. Elle comprit aussitôt que tous deux avaient agi par peur du châtiment : « Ils craignent que je ne raconte tout. » Elle s’en voulut alors. Sous prétexte de venir prendre des nouvelles de Siqi, elle fit sortir les autres et se mit elle-même à jurer : « Si j’en parle à une seule personne, que je meure sur-le-champ et sois punie sans délai ! Soigne-toi donc sans crainte et ne va pas gâcher inutilement ta pauvre vie. »

Siqi la saisit par la main et, tout en pleurant, lui dit : « Ma chère grande sœur, depuis l’enfance nous avons vécu joue contre joue. Tu ne m’as jamais traitée en étrangère, et je… je n’ai jamais osé te manquer d’égards. Cette fois, j’ai fait un faux pas ; mais si vraiment tu n’en souffles mot à personne, tu seras pour moi comme ma propre mère. Désormais, chaque jour que je vivrai, c’est à toi que je le devrai. Si je guéris, je t’érigerai une tablette de longue vie ; chaque jour, j’y brûlerai de l’encens et m’y prosternerai pour que tu jouisses toute ta vie du bonheur et de la longévité. Si je meurs, je deviendrai âne ou chien pour te rendre tes bienfaits. Et si nous sommes séparées, le jour où je te retrouverai, je saurai encore comment te récompenser. » Elle parlait et pleurait tout ensemble.

Ces paroles fendirent à leur tour le cœur de Yuanyang, qui se mit elle aussi à pleurer. Elle hocha la tête et dit : « C’est toi-même qui as voulu courir à ta perte ! Pourquoi irais-je me mêler de ces affaires, ruiner ta réputation et faire du zèle sans qu’on me le demande ? D’ailleurs, je ne saurais moi-même comment en parler aux autres. Sois donc tranquille. Mais une fois guérie, tiens-toi sagement, et ne recommence plus tes folies. » Sur son oreiller, Siqi ne cessait d’acquiescer.

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Après l’avoir encore consolée quelque temps, Yuanyang sortit. Elle savait que Jia Lian n’était pas à la maison et avait remarqué, ces deux derniers jours, que Xifeng semblait plus lasse et moins vive qu’à l’ordinaire ; elle passa donc lui rendre visite. À peine entrée dans la cour de Xifeng, les gens de la seconde porte, en la voyant venir, se levèrent pour la laisser passer. Arrivée dans la grande salle, elle vit Ping’er sortir de l’appartement intérieur. Celle-ci s’avança vivement et lui dit tout bas en souriant : « Elle vient de manger une bouchée et s’est couchée pour sa sieste. Assieds-toi un moment dans cette pièce. » Yuanyang dut donc suivre Ping’er dans la chambre de l’est. Une petite servante leur versa du thé.

Yuanyang demanda à voix basse : « Qu’a donc ta maîtresse depuis deux jours ? Ces derniers temps, je la trouve toute languissante. » Comme il n’y avait personne dans la pièce, Ping’er soupira : « Cette langueur ne date pas d’aujourd’hui. Voilà plus d’un mois qu’elle est ainsi. Ces derniers jours, elle a été très occupée et a encore essuyé quelques contrariétés, ce qui a tout réveillé. Depuis deux jours, son mal s’est aggravé ; elle ne peut plus tenir et cela commence à se voir. — Dans ce cas, pourquoi n’avez-vous pas fait venir plus tôt un médecin ? demanda Yuanyang. — Ma chère grande sœur, tu connais pourtant son caractère ! Ne parlons même pas de faire venir un médecin et de prendre des remèdes. Si, n’y tenant plus, je lui demande seulement comment elle se sent, elle se met en colère et m’accuse de lui souhaiter une maladie. Malgré son état, elle continue chaque jour à se renseigner sur tout et à tout surveiller, au lieu de lâcher un peu prise et de soigner sa santé. — Quoi qu’il en soit, il faudrait faire venir un médecin pour savoir ce qu’elle a ; tout le monde serait rassuré. — À mon avis, reprit Ping’er en soupirant, ce n’est pas un petit mal. — De quelle maladie s’agit-il donc ? » demanda vivement Yuanyang.

Ping’er se rapprocha encore et lui souffla à l’oreille : « Depuis ses règles du mois dernier, cela n’a pas cessé de couler goutte à goutte de tout le mois. N’est-ce pas une grave maladie ? — Hélas ! s’écria Yuanyang, à t’entendre, ne serait-ce pas une “montagne de sang qui s’effondre” ? » Ping’er cracha vivement de côté, puis sourit à voix basse : « Une jeune fille comme toi ! Comment peux-tu parler ainsi et jeter ce mauvais sort aux gens ? » Yuanyang rougit malgré elle et répondit avec un petit rire : « Au fond, je ne sais même pas ce que signifie cet “effondrement”. Mais l’aurais-tu oublié ? Ma sœur aînée est morte de cette maladie. Je ne savais pas ce qu’elle avait ; un jour, j’ai entendu par hasard ma mère en parler avec sa commère et cela m’a intriguée. Ce n’est que plus tard, quand j’en ai entendu la raison, que j’en ai compris une ou deux choses. »

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Elles parlaient encore lorsqu’une petite servante dit à Ping’er : « Dame Zhu est revenue tout à l’heure. Nous lui avons répondu que Madame venait de s’endormir pour sa sieste, et elle est allée chez Madame Wang. » Ping’er hocha la tête. Yuanyang demanda : « Quelle dame Zhu ? — C’est la marieuse officielle, dame Zhu. Un certain seigneur Sun veut demander une alliance avec notre famille ; depuis deux jours, elle apporte chaque jour un billet et nous assomme avec cela. »

Elle n’avait pas achevé qu’une petite servante accourut annoncer : « Le deuxième maître entre ! » Jia Lian arrivait déjà devant la porte de la grande salle. Ping’er se hâta d’aller à sa rencontre. La voyant dans la chambre de l’est, il s’y dirigea aussi ; arrivé sur le seuil, il aperçut soudain Yuanyang assise sur le kang et s’arrêta net : « Grande sœur Yuanyang, quel honneur pour cet humble lieu que d’y recevoir aujourd’hui vos nobles pas ! » Sans se lever, Yuanyang répondit en souriant : « Je venais présenter mes respects à Monsieur et à Madame, mais l’un n’est pas là et l’autre dort. — Grande sœur, vous vous épuisez toute l’année au service de l’aïeule, et moi-même je ne suis pas encore allé vous voir ; comment oserais-je vous imposer la peine de venir chez nous ? Quelle heureuse rencontre ! Justement, j’allais vous chercher. Comme j’avais trop chaud dans cette robe, je suis d’abord venu enfiler une robe doublée avant de passer chez vous. Le Ciel a eu pitié de moi et m’a épargné ce trajet. » Tout en parlant, il s’assit sur une chaise.

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Yuanyang lui demanda : « Qu’avez-vous encore à me dire ? » Jia Lian sourit avant de répondre : « J’avais complètement oublié une chose, mais peut-être vous en souvenez-vous. L’an dernier, pour l’anniversaire de l’aïeule, un moine venu d’une autre province lui avait offert une main-de-Bouddha en pierre dite “gelée de cire”. Comme elle lui plaisait, l’aïeule l’avait aussitôt fait exposer. Or, après son anniversaire de l’autre jour, il me reste un article à porter sur le registre des antiquités, et j’ignore où cet objet a abouti. Les gens du dépôt des antiquités m’en ont déjà parlé deux fois : ils attendent que je le vérifie pour pouvoir l’inscrire. Je voulais donc vous demander si l’aïeule l’expose encore ou si elle l’a confié à quelqu’un. »

Yuanyang répondit : « L’aïeule l’a exposé quelques jours, puis elle s’en est lassée et l’a donné à votre épouse. Et maintenant, vous venez m’interroger ! Je me rappelle même la date : c’est moi qui ai chargé la femme de Wang l’Ancien de l’apporter ici. Si vous l’avez oublié, demandez à votre épouse ou à Ping’er. » Ping’er, qui préparait des vêtements, entendit ces mots et vint aussitôt répondre : « On nous l’a bien remis ; il se trouve maintenant à l’étage. Madame avait déjà envoyé quelqu’un les en informer. Ce sont eux qui ont la tête à l’envers et ne l’ont pas noté ; voilà qu’ils reviennent nous tracasser avec ces vétilles. — Puisqu’on l’a donnée à ta maîtresse, dit Jia Lian en riant, comment se fait-il que je n’en sache rien ? Vous l’avez donc escamotée. — Madame vous l’avait dit, mais vous vouliez encore l’offrir à quelqu’un. Elle a refusé et a eu toutes les peines du monde à la garder. Maintenant que vous l’avez oublié, vous nous accusez de l’avoir escamotée ! Comme si c’était un si bel objet ! Nous n’avons jamais détourné des choses dix fois plus précieuses ; et voilà que nous nous serions éprises de cette babiole ! »

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Jia Lian baissa la tête en souriant, réfléchit un instant, puis frappa dans ses mains : « Je deviens vraiment stupide ! Je perds ceci, j’oublie cela, et je donne aux autres de quoi se plaindre. Je ne suis plus du tout comme autrefois. — On ne peut pas vous en vouloir, répondit Yuanyang en riant. Vous avez tant d’affaires, tant de gens qui vous parlent ; ajoutez-y deux coupes de vin, et comment vous souviendriez-vous de tout ? » Tout en parlant, elle se leva pour partir.

Jia Lian se leva vivement lui aussi : « Ma bonne grande sœur, restez encore un petit moment. Votre petit frère a une autre faveur à vous demander. » Puis il gronda la petite servante : « Pourquoi n’apportes-tu pas du bon thé ? Vite, prends une tasse couverte bien propre et prépare-lui le thé nouveau offert hier ! » Il se tourna ensuite vers Yuanyang : « Ces derniers jours, l’anniversaire de l’aïeule nous a coûté plusieurs milliers de taels. Les loyers des maisons et les fermages ne rentreront tous qu’au neuvième mois, et pour l’instant nous sommes à court. Demain, il faut encore envoyer des présents au palais de Nanan, préparer la fête du Double Neuf de la Consort impériale, sans compter plusieurs grands cadeaux de noces ou de funérailles. Il nous faudra au moins deux ou trois mille taels, et il est difficile de les emprunter sur-le-champ. Le proverbe dit bien : “Mieux vaut compter sur soi que supplier autrui.” Il va donc falloir, grande sœur, que vous preniez le risque d’un reproche : sortez secrètement une caisse de vaisselle d’or et d’argent que l’aïeule ne vérifiera pas, et mettons-la provisoirement en gage pour obtenir un millier de taels environ et passer ce mauvais moment. Avant quinze jours, l’argent sera rentré ; je dégagerai la caisse et la rendrai. Jamais je ne vous laisserai porter la faute. »

Yuanyang rit : « Vous savez vraiment inventer des expédients ! Comment avez-vous pu songer à celui-là ? — Je ne mens pas, répondit Jia Lian. À part vous, il y en a bien d’autres qui ont sous leur garde pour un millier de taels d’argenterie ; mais aucun n’a votre clairvoyance ni votre courage. Si je leur en parlais, je ne ferais que les effrayer. Aussi, “mieux vaut frapper une fois la cloche d’or que trois mille fois les petites cymbales”. » Il n’avait pas fini qu’une petite servante de l’aïeule Jia accourut chercher Yuanyang : « L’aïeule vous demande. Voilà une demi-journée que je vous cherche partout, et vous étiez ici ! » Yuanyang se hâta de partir retrouver l’aïeule Jia.

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Après son départ, Jia Lian dut retourner voir Xifeng. Celle-ci s’était déjà réveillée. Ayant entendu qu’il demandait à Yuanyang de mettre des objets en gage, elle n’avait pas jugé convenable d’intervenir et était restée allongée sur le lit de repos. Quand elle entendit Yuanyang partir et Jia Lian entrer, elle demanda : « A-t-elle accepté ? — Il suffirait que tu lui en reparles pour que l’affaire soit tout à fait conclue, répondit Jia Lian en souriant. Elle n’a pas encore dit oui, mais il y a bon espoir. — Je ne me mêle pas de ces affaires. Si elle accepte, tout paraît facile à présent ; mais lorsque l’argent sera rentré, tu rejetteras cela derrière ta tête. Qui devra ensuite se quereller avec elle ? Et si l’aïeule l’apprend, j’y perdrai toute la considération que j’ai acquise depuis des années. — Ma bonne amie, si tu m’arranges cela, je t’en remercierai. — Et comment me remercieras-tu ? — Demande ce que tu voudras, tu l’auras. »

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Ping’er, à côté d’eux, dit en riant : « Madame ne demande rien d’autre. Nous parlions justement d’une affaire qu’elle voudrait régler, mais il lui manque cent ou deux cents taels. Quand vous aurez obtenu l’emprunt, laissez-lui donc cette somme : les deux parties y trouveront leur compte. — Heureusement que tu as parlé pour moi, dit Xifeng en souriant. À cette condition, cela peut aller. — Vous êtes vraiment impitoyables ! s’écria Jia Lian. Sans parler d’un objet à mettre en gage pour mille taels, même s’il vous fallait trois ou cinq mille taels comptants, vous ne seriez probablement pas embarrassées. Passe encore que je ne vous les emprunte pas ; mais pour vous demander maintenant un seul mot, il faut encore vous payer des intérêts ! C’est tout de même incroyable. »

Xifeng se retourna et se redressa : « Mes trois ou cinq mille taels, ce n’est pas à toi que je les ai gagnés. Aujourd’hui, dans toute la maison, du haut en bas et du dedans au dehors, ils sont nombreux à médire de moi en cachette ; il ne manquait plus que toi. Voilà bien la preuve que “sans complice dans la famille, aucun démon du dehors ne peut entrer”. À vous voir, on croirait votre famille riche comme Shi Chong ou Deng Tong, et qu’en balayant seulement les miettes tombées dans les fentes de la maison Wang, on aurait de quoi vous entretenir toute votre vie ! Tu n’as donc pas honte de parler ainsi ? La preuve est sous nos yeux : examine attentivement et compare la dot de Madame Wang et la mienne. Laquelle de nos choses était indigne de votre famille ? — Ce n’était qu’une plaisanterie, et te voilà fâchée ! répondit Jia Lian en riant. Pourquoi prendre cela ainsi ? Si tu as besoin de cent ou deux cents taels, ce n’est rien. Je n’en ai pas davantage, mais cette somme, je peux encore la trouver. Prenons d’abord l’argent ; tu le dépenseras, et nous verrons ensuite. — Je ne suis tout de même pas à l’agonie, à attendre de quoi garnir la bouche et le dos de mon cadavre ! Pourquoi cette hâte ? — À quoi bon ? Cela ne mérite pas une telle poussée de colère. »

Xifeng se remit à rire : « Ce n’est pas que je me mette en colère, mais tes paroles me percent le cœur. Je songeais qu’après-demain serait l’anniversaire de la mort de You Erjie. Nous avons été si proches ! À défaut d’autre chose, il faudrait tout de même aller entretenir sa tombe et brûler pour elle une feuille de papier votif, puisqu’elle fut ma sœur. Elle n’a laissé ni fils ni fille ; gardons-nous que “la terre jetée par ceux d’avant n’aveugle ceux qui viennent après”. » Longtemps, Jia Lian resta silencieux, puis dit : « Il faut te savoir gré de penser à tout. » Ces paroles de Xifeng l’avaient réduit au silence. Il baissa la tête, fit ses comptes et ajouta : « Puisque tu n’en auras besoin qu’après-demain, si nous obtenons cet argent demain, tu pourras en prendre autant que tu voudras. »

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Il n’avait pas achevé que la femme de Wang’er entra. Xifeng lui demanda : « Cela s’est-il fait ? — Cela ne marche vraiment pas. J’avais bien dit que l’affaire ne réussirait que si Madame en décidait elle-même. — De quoi s’agit-il encore ? demanda Jia Lian. — Ce n’est rien de bien important, répondit Xifeng. Wang’er a un fils qui a maintenant dix-sept ans et n’est pas encore marié. Il voudrait obtenir Caixia, de l’appartement de Madame Wang, mais nous ignorions ce qu’en pensait Madame Wang. L’autre jour, considérant que Caixia était déjà grande et, d’autre part, souvent malade, Madame Wang lui a accordé la faveur de la renvoyer chez elle, en laissant son père lui choisir librement un mari. La femme de Wang’er est donc venue me solliciter. Je pensais que leurs deux familles étaient de condition assortie et qu’il suffirait d’en parler pour que l’affaire se fît naturellement. Mais elle revient maintenant nous dire que cela ne marche pas. — Ce n’est pas une grande affaire, dit Jia Lian. Il y en a beaucoup de meilleures que Caixia. »

La femme de Wang’er sourit : « Monsieur a beau parler ainsi, puisque même sa famille nous méprise, les autres nous mépriseront plus encore. Nous avions enfin trouvé une jeune fille qui nous convenait ; je pensais seulement demander à Monsieur et à Madame la faveur d’arranger ce mariage, et Madame disait qu’ils accepteraient certainement. J’ai donc prié quelqu’un d’aller les sonder ; mais je n’y ai gagné qu’une rebuffade. La jeune fille, à vrai dire, est fort bien : d’après tout ce que j’ai pu observer d’elle, je n’ai rien à lui reprocher. Ce sont seulement son père et sa mère, ces deux vieux, qui ont des prétentions trop élevées. »

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Ces mots touchèrent Xifeng et Jia Lian au vif. Comme Jia Lian était présent, Xifeng ne dit rien et se contenta d’observer sa réaction. Jia Lian avait l’esprit occupé et ne prêtait guère attention à cette petite affaire. Il aurait volontiers refusé de s’en mêler ; mais la femme de Wang’er faisait partie des gens que Xifeng avait apportés en mariage et leur avait souvent rendu service. Il lui était vraiment difficile de lui faire perdre la face. Il dit donc : « Qu’y a-t-il de si important pour que vous marmonniez ainsi ? Va-t’en tranquille. Demain, je servirai d’entremetteur : j’enverrai deux personnes respectables qui parleront tout en apportant les présents de fiançailles, et diront que telle est ma volonté. Si le père refuse absolument, qu’il vienne me voir. »

La femme de Wang’er regarda Xifeng, qui avança les lèvres pour lui faire signe. Comprenant, elle se jeta à genoux et se prosterna devant Jia Lian pour le remercier. Celui-ci dit vivement : « Contente-toi de te prosterner devant ta maîtresse. Même si j’ai dit que l’on procéderait ainsi, il vaudrait tout de même mieux que ta maîtresse fasse venir la mère de Caixia et lui parle gentiment. Autrement, ce serait trop tyrannique, et vos deux familles auraient ensuite du mal à se fréquenter. — Puisque même toi, tu leur accordes cette grâce et prends tant de peine, répondit aussitôt Xifeng, pourrais-je rester les bras croisés ? Femme de Wang’er, tu as entendu. Une fois cette affaire réglée, dépêche-toi aussi de terminer la mienne. Dis à ton mari que tous les comptes du dehors doivent sans exception être recouvrés avant la fin de l’année. S’il manque une seule sapèque, je ne l’accepterai pas. Ma réputation est déjà mauvaise ; si je laisse encore passer une année, ils voudront tous me dévorer vive. »

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La femme de Wang’er sourit : « Madame est vraiment trop craintive. Qui oserait la critiquer ? Mais si nous recouvrons tout, j’aurai déployé tout ce zèle pour rien. — Crois-tu donc que j’attende réellement cet argent pour quelque chose ? répondit Xifeng. C’est seulement que les dépenses quotidiennes sont fortes et les rentrées faibles. Pour tout ce qu’il faut dans cet appartement, les allocations mensuelles de votre gendre et de moi-même, ajoutées à celles de quatre servantes, ne font en tout qu’une dizaine ou une vingtaine de taels : il n’y en a pas même assez pour trois ou cinq jours. Si je ne rassemblais pas mille ressources et ne déplaçais pas l’argent de tous côtés, qui sait dans quel four en ruine nous habiterions déjà ! Et malgré cela, on m’a fait une réputation d’usurière. Puisqu’il en est ainsi, je vais rappeler tout l’argent. Qui sait moins que moi comment le dépenser ? Désormais, nous resterons assis à le consommer, et cela durera ce que cela durera.

« Mais on ne peut pas continuer ainsi. Pour l’anniversaire de l’aïeule, Madame Wang s’est tourmentée pendant deux mois sans trouver de solution. C’est encore moi qui lui ai rappelé qu’il restait, dans l’étage de derrière, quatre ou cinq caisses de grands ustensiles de cuivre et d’étain sans importance. On les a sortis pour obtenir trois cents taels, et Madame Wang a tout juste pu faire bonne figure avec ses présents. Vous me connaissez : cette horloge d’or à sonnerie a été vendue cinq cent soixante taels ; en moins de quinze jours, dix affaires grandes ou petites ont suffi à tout engloutir. Aujourd’hui, le dehors est lui aussi à court ; je ne sais qui a eu l’idée d’aller fouiller jusque chez l’aïeule. Dans un an, on en sera à chercher parmi les parures et les vêtements : ce sera parfait ! — Les parures et les vêtements de quelle dame de cette maison, une fois vendus, ne suffiraient pas à la faire vivre toute une existence ? demanda la femme de Wang’er en souriant. C’est seulement qu’aucune ne veut s’en défaire. — Je ne dis pas cela par incapacité, mais si les choses continuent ainsi, je n’y pourrai vraiment plus rien. La nuit dernière, j’ai soudain fait un rêve assez drôle. J’y ai vu quelqu’un dont le visage m’était familier, mais dont j’ignorais le nom. Il est venu me dire qu’une Consort impériale l’envoyait réclamer cent pièces de brocart. Je lui ai demandé de quelle Consort il s’agissait ; celle qu’il m’a nommée n’était pas la nôtre. J’ai donc refusé de les lui donner, et il a voulu me les arracher. Je me suis réveillée en pleine lutte. — C’est que Madame se tourmente le jour et doit sans cesse répondre aux demandes du palais », dit la femme de Wang’er.

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Elle n’avait pas achevé qu’on annonça : « L’eunuque Xia envoie un jeune eunuque porter un message. » Jia Lian fronça aussitôt les sourcils : « Que veut-il encore ? En une année, ils nous en ont pourtant assez emporté ! — Cache-toi, répondit Xifeng. Je vais le recevoir. Si c’est une petite affaire, passe encore ; si c’est une grosse, je saurai quoi répondre. » Jia Lian se dissimula donc dans la pièce intérieure.

Xifeng fit entrer le jeune eunuque, l’invita à s’asseoir sur une chaise et lui servit du thé, puis lui demanda ce qui l’amenait. Celui-ci répondit : « Le seigneur Xia a vu aujourd’hui une maison qui lui plaît, mais il lui manque justement deux cents taels. Il m’a envoyé demander si Madame notre tante n’aurait pas chez elle cent ou deux cents taels disponibles à lui prêter provisoirement. Il les rendra dans un jour ou deux. — Pourquoi parler de les rendre ? répondit Xifeng en souriant. Nous avons de l’argent ; qu’il le fasse simplement prendre. Une autre fois, si nous sommes à court, nous lui en emprunterons à notre tour : cela reviendra au même. — Le seigneur Xia m’a encore chargé de dire qu’il reste, des deux fois précédentes, mille deux cents taels qu’il ne vous a pas rendus. À la fin de cette année, il vous les remettra naturellement tous ensemble. — Ton seigneur Xia est bien mesquin ! Cela vaut-il la peine de le garder en mémoire ? Je vais dire une chose, sans craindre qu’il ne s’en formalise : si nous devions tenir aussi exactement le compte de tout ce qu’ils ont à nous rendre, Dieu sait quelle somme cela ferait ! Tant que nous avons de l’argent, qu’ils le prennent. »

Elle appela alors la femme de Wang’er : « Va dehors et trouve-moi d’abord deux cents taels, où que ce soit. — C’est justement parce que je ne pouvais plus rien obtenir ailleurs que je venais demander de l’argent à Madame », répondit celle-ci, qui avait compris. Xifeng reprit : « Vous ne savez que venir réclamer de l’argent à l’intérieur. Dès qu’on vous demande d’en trouver au-dehors, vous n’en êtes plus capables. » Puis elle appela Ping’er : « Emporte mes deux colliers d’or et mets-les provisoirement en gage pour quatre cents taels. »

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Ping’er acquiesça et revint effectivement avec une boîte de brocart contenant deux paquets enveloppés de brocart. Lorsqu’elle les ouvrit, on vit un collier d’or en filigrane garni de perles grosses comme des graines de lotus, et un autre orné de plumes de martin-pêcheur et incrusté de pierreries. Tous deux valaient presque des objets du palais. On les emporta et l’on en rapporta effectivement quatre cents taels. Xifeng fit préparer la moitié pour le jeune eunuque ; elle donna l’autre moitié à la femme de Wang’er, afin qu’elle s’en servît aux préparatifs de la fête de la Mi-Automne, au huitième mois.

Le jeune eunuque prit congé. Xifeng chargea quelqu’un de porter l’argent pour lui et de le reconduire jusqu’à la grande porte. Jia Lian sortit alors de sa cachette et dit en riant : « Quand en aurons-nous fini avec toute cette bande de démons du dehors ? — Nous venions justement d’en parler, et en voilà une troupe qui arrive, répondit Xifeng. — Hier, l’eunuque Zhou est venu et a réclamé d’emblée mille taels. Comme j’ai un peu tardé à lui répondre, il l’a mal pris. À l’avenir, nous risquons d’offenser beaucoup de monde. Il ne nous manquerait plus que de faire une nouvelle fortune de deux ou trois millions ! » Pendant qu’il parlait, Ping’er aida Xifeng à se laver de nouveau le visage et à changer de vêtements, puis celle-ci se rendit auprès de l’aïeule Jia pour la servir au repas du soir.

:「,𨚫。」:「,偺。」:「?」:「𥪡。」,𨚫便:「,『』,使使使使𮅕。」:「囬,。」:「。」

Jia Lian sortit de son côté. Il venait d’arriver au cabinet de travail extérieur lorsqu’il vit Lin Zhixiao s’approcher. Il lui demanda ce qui l’amenait. Lin Zhixiao répondit : « Je viens d’apprendre que Yucun a été rétrogradé, mais j’ignore pour quelle raison. Ce n’est peut-être pas vrai. — Que ce soit vrai ou non, son poste ne sera probablement pas durable. Il pourrait lui arriver des ennuis ; mieux vaudrait pour nous garder nos distances. — Assurément, mais il est difficile de nous éloigner de lui du jour au lendemain. Le grand maître du palais de l’Est est maintenant encore plus lié avec lui, et notre maître l’apprécie aussi. Ils se fréquentent sans cesse : qui l’ignore ? — Tant que nous ne tramons rien avec lui, cela ne nous concerne pas. Va vérifier si la nouvelle est vraie et pour quelle raison. »

Lin Zhixiao acquiesça, mais ne se leva pas. Assis sur une chaise, il continua de bavarder et en vint aux difficultés de la maison. Il saisit l’occasion pour dire : « Il y a trop de monde. Un jour où nous aurons du loisir, il vaudrait mieux en faire rapport à l’aïeule et à notre maître, afin qu’ils accordent la faveur de libérer quelques familles parmi les anciens domestiques qui ont rendu des services mais ne sont plus utiles. D’une part, ils pourraient chacun gagner leur vie ; d’autre part, la maison économiserait chaque année leur nourriture et leurs allocations. En outre, il y a beaucoup trop de servantes à l’intérieur. Comme dit le proverbe : “Une époque n’en vaut pas une autre.” Nous ne pouvons plus suivre les usages d’autrefois ; tout le monde devra supporter quelques restrictions. Là où il en fallait huit, on en emploiera six ; là où il en fallait quatre, on en emploiera deux. En faisant le compte de tous les appartements, nous économiserions chaque année beaucoup de rations de riz et d’allocations. De plus, la moitié des filles de l’intérieur sont déjà grandes : celles qui doivent être mariées devraient l’être et se mettre en ménage, sans quoi elles ne feront qu’accroître encore le nombre des gens. »

Jia Lian répondit : « J’ai eu la même idée. Seulement, notre maître vient à peine de rentrer, et tant de grandes affaires ne lui ont pas encore été rapportées : comment pourrions-nous déjà discuter de celle-ci ? L’autre jour, la marieuse officielle a apporté un billet des huit caractères pour demander une alliance. Madame Wang a dit que notre maître venait seulement de rentrer et parlait chaque jour avec joie de la famille enfin réunie ; évoquer soudain ce sujet risquerait de l’attrister de nouveau. Elle a donc ordonné de n’en rien dire pour le moment. — C’est fort raisonnable, répondit Lin Zhixiao. Madame Wang a pensé à tout. »

:「𬋩。」:「𬋩,𦗟。」:「様,𮟃。」:「。」

Jia Lian reprit : « Justement, ces paroles me rappellent une affaire. Le fils de notre Wang’er voudrait épouser Caixia, de l’appartement de Madame Wang. Il m’a sollicité hier. Je me suis dit que ce n’était rien de bien important et qu’il suffirait d’envoyer quelqu’un en parler de ma part. » Lin Zhixiao acquiesça. Après un long moment, il sourit et dit : « À mon avis, le deuxième maître ferait mieux de ne pas se mêler de cette affaire. Le fils de Wang’er est encore jeune, mais, dehors, il boit, joue et se livre à toutes sortes de désordres. Ils ont beau être tous des domestiques, c’est tout de même l’affaire d’une vie. Je n’ai pas vu Caixia depuis plusieurs années, mais j’entends dire qu’elle est devenue plus belle et plus accomplie encore. Pourquoi la sacrifier ainsi ? — Son fils est donc depuis toujours un ivrogne et un vaurien ? demanda Jia Lian. Dans ce cas, comment pourrait-on encore lui donner une femme ? Qu’on commence par lui administrer une volée de bâton et l’enfermer, puis qu’on interroge son père et sa mère. — Rien ne presse, répondit Lin Zhixiao en souriant. C’est moi qui ai eu tort d’en parler. Attendons qu’il commette une nouvelle faute ; nous en ferons alors naturellement rapport à Monsieur, qui le punira. Pour le moment, pardonnons-lui. » Jia Lian ne répondit rien. Peu après, Lin Zhixiao sortit.

滿便滿:「?」:「𦗟。」:「?」:「退𬋩。」

Le soir, Xifeng avait déjà fait appeler la mère de Caixia pour lui proposer le mariage. Celle-ci, malgré toute sa répugnance intérieure, considéra quel honneur c’était de voir Xifeng lui parler elle-même ; incapable de résister, elle accepta tout avec empressement et se retira. Xifeng demanda ensuite à Jia Lian : « En as-tu parlé ? — J’avais l’intention de le faire, mais j’ai appris que leur fils était un grand vaurien, et je n’ai encore rien dit. Si c’est vraiment un bon à rien, qu’on le corrige pendant deux jours ; il sera toujours temps ensuite de lui donner une femme. — Même nous autres de la famille Wang ne sommes pas à votre goût, à commencer par moi ; à plus forte raison nos domestiques ! répondit Xifeng en riant. J’en ai déjà parlé à sa mère, et elle s’en est allée ravie. Faudrait-il maintenant la rappeler pour lui dire que nous n’en voulons plus ? — Puisque tu as parlé, à quoi bon revenir en arrière ? Demain, dis à son père de bien surveiller son fils, voilà tout. » Laissons-les à leur conversation.

𤨔,尙𨠯愽,𤨔,調𤨔𤨔𤨔便便:「𤨔𮟃。」𦗟

Caixia, depuis qu’elle avait quitté la maison afin d’attendre que ses parents lui choisissent un mari, gardait bien au cœur son ancienne liaison avec Jia Huan, mais rien n’avait encore été décidé. Or elle voyait maintenant la famille de Wang’er multiplier ses demandes en mariage. Elle savait depuis longtemps que le fils de Wang’er s’adonnait à la boisson et au jeu, et qu’il était laid ; cette union ne pouvait lui convenir. Elle en conçut un dépit croissant et, redoutant que Wang’er n’imposât ce mariage par son influence et ne ruinât toute sa vie, elle devint extrêmement anxieuse.

Le soir venu, elle chargea secrètement sa sœur cadette Xiaoxia d’entrer par la seconde porte et d’aller trouver la concubine Zhao pour connaître exactement la situation. La concubine Zhao avait toujours été fort attachée à Caixia et ne demandait pas mieux que de la donner à Jia Huan, afin d’avoir ainsi une alliée. Elle ne s’était pas attendue que Madame Wang la renvoyât chez elle. À plusieurs reprises, elle avait poussé Jia Huan à la réclamer ; mais, d’une part, Jia Huan avait honte d’ouvrir la bouche et, d’autre part, il n’y attachait guère d’importance. Après tout, ce n’était qu’une servante : puisqu’elle était partie, il y en aurait naturellement une autre plus tard. Il avait donc laissé traîner l’affaire et entendait y renoncer.

Mais la concubine Zhao ne pouvait s’y résoudre. Voyant maintenant la sœur de Caixia venir l’interroger, elle profita d’un moment libre, ce soir-là, pour présenter d’abord sa requête à Jia Zheng. Celui-ci répondit : « Pourquoi cette hâte ? Attendons qu’ils aient encore étudié un an ou deux avant de leur donner quelqu’un. J’ai déjà choisi deux servantes, l’une pour Baoyu, l’autre pour Huan. Mais elles sont encore jeunes et je crains qu’elles ne les détournent de leurs études. Nous en reparlerons dans un an ou deux. » La concubine Zhao allait insister lorsqu’un bruit retentit soudain dehors, sans que l’on sût ce qui l’avait causé. Tout le monde sursauta. Pour savoir ce qui advint, il faut lire le récit suivant.

Notes

賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; l’écho vaut ici notamment pour Jia Lian et Jia Huan.

賈雨村 : Yucun s’entend comme 假語存, « les propos feints conservés ».

來旺婦 / 旺兒媳婦 : le titre nomme la femme de Laiwang, tandis que le récit emploie la forme Wang’er pour le même foyer de serviteurs.

血山崩 : littéralement « effondrement d’une montagne de sang », expression populaire désignant une hémorragie utérine abondante.

蠟油凍 : nom d’une pierre fine translucide, à l’aspect de cire figée, employée pour les objets sculptés.

石崇、鄧通 : deux figures proverbiales de l’Antiquité chinoise, célèbres pour leur immense richesse.

千秋 : « mille automnes », formule honorifique employée pour l’anniversaire d’un personnage de haut rang.

銜口墊背 : allusion aux objets placés dans la bouche du mort et sous son corps lors des funérailles ; Xifeng dit qu’elle n’est pas pressée au point d’être à l’agonie.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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