Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 14 Lin Ruhai meurt à Yangzhou ; Jia Baoyu rencontre en chemin le prince de Beijing

 

Lin Ruhai meurt à Yangzhou

Jia Baoyu rencontre en chemin le prince de Beijing

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Or donc, au palais Ningguo, l’intendant général Lai Sheng apprit que l’administration intérieure avait été confiée à Xifeng. Il réunit tous ses collègues et leur dit : « À présent, on a prié la seconde maîtresse Lian, du palais de l’Ouest, de diriger les affaires de la maison. Si elle vient réclamer quelque chose ou vous donner des ordres, veillez à la servir avec soin. Arrivez tous tôt et repartez tard chaque jour ; mieux vaut peiner pendant un mois et vous reposer ensuite que perdre la vieille réputation qui est la nôtre. Elle est connue pour être une terrible personne, sévère de visage et dure de cœur : si on la fâche, elle ne ménage personne. » Tous reconnurent qu’il avait raison. L’un d’eux ajouta en riant : « À vrai dire, il est bon qu’elle vienne mettre un peu d’ordre chez nous : nous avons vraiment dépassé les bornes. »

Ils parlaient encore lorsque la femme de Laiwang arriva avec un jeton de contrôle afin de retirer du papier pour les requêtes, les affiches et les billets, dont les quantités étaient inscrites sur le bordereau. Tous s’empressèrent de lui offrir un siège et du thé, tout en faisant préparer le papier selon les quantités indiquées. Laiwang porta lui-même la fourniture jusqu’à la porte des cérémonies ; là seulement, il la remit à sa femme, qui l’emporta à l’intérieur. Xifeng ordonna aussitôt à Caiming d’établir un registre. Elle fit appeler la femme de Lai Sheng et demanda à consulter la liste nominative de tous les domestiques de la maison. Elle fixa également au lendemain matin le rassemblement au palais de toutes les servantes mariées, qui recevraient alors leur tâche. Après avoir parcouru sommairement les listes et posé quelques questions à la femme de Lai Sheng, elle remonta en voiture et rentra chez elle.

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Le lendemain, elle arriva dès six heures et demie. Les vieilles servantes et les femmes mariées du palais Ningguo, averties de se rassembler, n’osaient entrer sans permission et écoutaient sous les fenêtres. Elles entendirent Xifeng dire à la femme de Lai Sheng : « Puisqu’on m’a confié cette charge, je ne pourrai éviter de me faire détester de vous. Je ne suis pas d’aussi bonne composition que votre maîtresse et je ne vous laisserai pas agir à votre guise. Ne venez surtout pas me dire : “Dans notre palais, on a toujours fait ainsi.” Dorénavant, vous devrez suivre mes règles. Pour la moindre faute, sans regarder qui jouit de considération et qui n’en a pas, je punirai tout le monde de la même manière, nettement et sans favoritisme. »

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Cela dit, elle ordonna à Caiming de lire la liste des noms et les fit entrer une par une pour les examiner. Quand elle eut fini, elle répartit ainsi les tâches : « Ces vingt-ci seront divisées en deux équipes de dix. Chaque jour, elles s’occuperont uniquement d’accueillir les visiteurs à l’intérieur et de leur servir le thé ; elles n’auront rien d’autre à faire. Ces vingt-là formeront également deux équipes et seront seules chargées du thé et des repas pour les parents de la famille. Ces quarante autres, encore réparties en deux équipes, veilleront seulement devant l’autel funèbre : elles offriront l’encens, rempliront les lampes, suspendront les tentures, monteront la garde auprès du cercueil, présenteront les repas et le thé et, au signal, entonneront les lamentations. Elles ne s’occuperont de rien d’autre.

« Ces quatre personnes seront affectées exclusivement à l’office du thé, où elles garderont les tasses, les soucoupes et les ustensiles ; s’il manque une seule pièce, elles la rembourseront à quatre. Ces quatre autres auront seules la garde de la vaisselle destinée au vin et aux repas ; toute pièce manquante sera également remboursée entre elles. Ces huit-ci recueilleront uniquement les offrandes funèbres. Ces huit-là seront chargées de l’huile des lampes, des cierges et des objets votifs en papier destinés aux différents endroits. Je ferai délivrer le tout en une seule fois et vous le remettrai ; vous le distribuerez ensuite partout selon les quantités que j’aurai fixées.

« Ces trente personnes monteront la garde de nuit à tour de rôle, surveilleront les portes et les risques d’incendie, et nettoieront les lieux. Toutes celles qui restent seront réparties entre les bâtiments. Chacune gardera l’endroit qui lui aura été attribué : depuis les tables, les sièges et les objets anciens jusqu’aux crachoirs, aux plumeaux, au moindre brin d’herbe et à la moindre pousse, tout ce qui sera perdu ou endommagé devra être remplacé par la gardienne du lieu.

« La femme de Lai Sheng fera chaque jour une inspection générale. Si quelqu’un paresse, joue de l’argent, boit, se bat ou se querelle, elle devra m’en informer sur-le-champ. Si tu te laisses fléchir et que je le découvre moi-même, je ne pourrai plus ménager le vieux visage que ta famille porte ici depuis trois ou quatre générations. Désormais, tout est réglé : si le désordre apparaît dans un service, je ne m’adresserai qu’à ce service.

« Les gens qui me servent d’ordinaire portent tous une montre sur eux ; toute affaire, grande ou petite, a son heure fixée. De toute façon, il y a aussi une horloge dans vos appartements principaux. J’arriverai à six heures et demie pour l’appel ; le déjeuner sera pris à dix heures. Les jetons ne seront délivrés et les rapports ne seront reçus qu’à onze heures et demie. À dix-neuf heures, après qu’on aura brûlé le papier du crépuscule, je ferai moi-même une ronde générale ; à mon retour, les gardiennes de nuit remettront les clefs. Le lendemain, je reviendrai encore à six heures et demie. Il faudra bien que nous nous donnions toutes de la peine pendant quelques jours ; une fois l’affaire achevée, votre maître saura naturellement vous récompenser. »

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Après quoi, elle fit distribuer, suivant les quantités fixées, le thé, l’huile, les cierges, les plumeaux, les balais et autres fournitures. On apportait en même temps le matériel : parements de tables, tentures, coussins, tapis de feutre, crachoirs, repose-pieds et autres objets. À mesure qu’elle les remettait, elle notait de sa propre main qui était responsable de tel endroit et qui recevait tel objet, avec la plus grande précision.

Chacune ayant reçu sa tâche, toutes savaient désormais où se rendre. Ce n’était plus comme auparavant, quand chacune choisissait les besognes faciles et que personne ne voulait des corvées pénibles. Il n’était plus possible non plus de profiter du désordre pour faire disparaître des objets dans les différentes pièces. Malgré le va-et-vient des visiteurs, tout était devenu calme, loin de la confusion sans tête ni ordre qui régnait jusque-là. La paresse, les petits larcins et tous les abus de ce genre avaient été entièrement supprimés. Xifeng, dont l’autorité s’imposait et dont les ordres étaient exécutés, en éprouvait une vive satisfaction.

Voyant Madame You malade et Jia Zhen, accablé par le chagrin, ne presque plus rien manger, elle faisait préparer chaque jour au palais Rong diverses bouillies délicates et de fins petits plats, qu’elle leur envoyait pour les engager à se nourrir. De son côté, Jia Zhen ordonna que des mets de premier choix fussent servis quotidiennement à Xifeng seule, dans le pavillon annexe. Sans craindre la fatigue, elle arrivait tous les jours à l’heure pour faire l’appel et régler les affaires. Elle demeurait seule dans ce pavillon, sans se mêler aux autres belles-sœurs de la famille, et ne se dérangeait pas pour accueillir ou raccompagner les visiteurs.

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Ce jour-là était le trente-cinquième jour du deuil, celui du cinquième septénaire. Les moines chargés des rites bouddhiques ouvraient les registres et brisaient les prisons infernales, transmettaient la lampe pour éclairer la défunte, comparaissaient devant le souverain des Enfers, convoquaient les esprits de la capitale infernale, invitaient le roi Kshitigarbha, ouvraient le cadenas d’or et guidaient les bannières sacrées. Les taoïstes présentaient des mémoires au ciel, rendaient hommage aux Trois Purs et se prosternaient devant l’Empereur de Jade. Les moines chan pratiquaient la circumambulation avec l’encens, célébraient le rite de la Bouche embrasée et récitaient le Repentir de l’eau. Douze jeunes nonnes, vêtues de robes brodées et chaussées de souliers rouges sans talon, murmuraient devant l’autel funèbre les formules destinées à conduire l’âme. L’animation était extrême.

Sachant que les visiteurs seraient nombreux ce jour-là, Xifeng s’était levée dès quatre heures pour se coiffer et faire sa toilette. Une fois prête, elle changea de vêtements, se lava les mains, prit deux gorgées de lait et se rinça la bouche : il était exactement six heures et demie. La femme de Laiwang et toutes les autres l’attendaient depuis longtemps. Xifeng sortit devant la grande salle et monta en voiture. Devant elle, deux lanternes de corne transparente portaient en grands caractères les mots : « Palais Rongguo ».

Lorsqu’elle arriva à la grande porte du palais Ning, les lanternes suspendues brillaient avec éclat ; de chaque côté, une rangée uniforme de hautes lanternes éclairait comme en plein jour. Deux files de domestiques, tout blancs dans leurs vêtements de deuil, se tenaient debout en attente. La voiture fut conduite jusqu’à la porte principale. Les jeunes valets se retirèrent et les servantes mariées vinrent relever le rideau. Xifeng descendit en s’appuyant d’une main sur Feng’er ; deux femmes éclairaient le chemin avec des lanternes à poignée et toutes l’escortèrent à l’intérieur. Les servantes mariées du palais Ning se succédaient pour la saluer.

Xifeng entra d’un pas lent dans le Jardin où se réunissent les parfums et se rendit devant l’autel funèbre du Pavillon de l’Ascension aux Immortels. À la vue du cercueil, ses larmes roulèrent comme les perles d’un collier dont le fil se serait rompu. Dans la cour, quantité de jeunes valets attendaient, les bras pendants, qu’on leur ordonnât de brûler le papier funèbre. Xifeng dit seulement : « Présentez le thé et brûlez le papier. » Un gong retentit, puis tous les instruments jouèrent ensemble. On avait déjà apporté un grand fauteuil à dossier circulaire, qu’on plaça devant l’autel. Xifeng s’assit et éclata en sanglots ; aussitôt, dedans comme dehors, maîtres et domestiques, hommes et femmes réglèrent leurs lamentations sur les siennes.

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Au bout d’un moment, Jia Zhen et Madame You envoyèrent quelqu’un la prier de se calmer, et Xifeng cessa enfin de pleurer. La femme de Laiwang lui servit du thé pour qu’elle se rinçât la bouche. Xifeng se leva alors, prit congé des membres du clan et se rendit seule au pavillon annexe. Elle fit l’appel, nom par nom : tout le monde était présent, à l’exception d’une femme affectée à l’accueil et à l’accompagnement des parents et des visiteurs. Elle ordonna aussitôt qu’on la fît venir.

La femme arriva terrifiée. Xifeng ricana : « Ainsi, c’est toi qui es en retard ! Tu dois être plus respectable que les autres, puisque tu n’as pas à écouter mes ordres. » La femme répondit : « Votre petite servante est venue tôt tous les jours ; aujourd’hui seulement, j’ai eu un pas de retard. Je supplie maîtresse de me pardonner cette première faute. »

Elle parlait encore lorsque la femme de Wang Xing, venue du palais Rongguo, apparut devant la porte et passa la tête à l’intérieur. Sans encore décider du sort de la retardataire, Xifeng demanda : « Que vient faire la femme de Wang Xing ? » Celle-ci s’avança et répondit : « Je viens chercher un jeton afin de retirer du fil pour fabriquer les filets des voitures et des palanquins. » Elle lui tendit un billet. Xifeng le fit lire par Caiming : « Deux grands palanquins, quatre petits, quatre voitures ; pour l’ensemble, tant de grands et de petits filets, exigeant chacun tant de livres de fil à perles. » Les chiffres étant conformes, Xifeng ordonna à Caiming de les inscrire, puis jeta le jeton du palais Rongguo. La femme de Wang Xing le ramassa et partit.

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Xifeng allait reprendre la parole lorsque quatre préposés du palais Rongguo entrèrent à leur tour, tous venus retirer des fournitures avec des jetons. Elle leur fit remettre leurs billets et les fit lire. Après avoir entendu les quatre demandes, elle en désigna deux : « Ces dépenses sont mal calculées. Refaites vos comptes avant de revenir. » Là-dessus, elle leur rejeta leurs billets. Les deux hommes repartirent, tout déconfit.

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Apercevant près d’elle la femme de Zhang Cai, Xifeng lui demanda : « Qu’as-tu à faire ? » La femme s’empressa de présenter son billet : « Les garnitures des voitures et des palanquins dont il vient d’être question sont terminées. Je viens retirer tant de taëls pour le salaire des tailleurs. » Xifeng prit le billet et ordonna à Caiming de l’inscrire. Elle attendrait que Wang Xing eût remis les fournitures et présenté un reçu conforme avant d’autoriser la femme de Zhang Cai à toucher l’argent.

Elle fit ensuite lire la dernière demande : les travaux du cabinet d’étude extérieur de Baoyu étant achevés, il fallait retirer de quoi acheter le papier et les autres matériaux nécessaires à la tapisserie des murs. Xifeng ordonna de conserver et d’inscrire le billet ; elle ne donnerait son autorisation qu’après que la femme de Zhang Cai aurait apuré le compte précédent.

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Xifeng déclara alors : « Demain, une autre arrivera en retard ; après-demain, ce sera mon tour, et bientôt il ne restera plus personne. Je voulais te pardonner, mais si je me montre indulgente la première fois, il me sera difficile de gouverner les autres par la suite. Mieux vaut régler ton cas. » Son visage se glaça aussitôt. Elle ordonna qu’on emmenât la femme et qu’on lui donnât vingt coups de planche. Voyant Xifeng en colère, nul n’osa traîner : on emmena la coupable, on lui administra le nombre exact de coups, puis on revint en rendre compte.

Xifeng jeta encore un jeton du palais Ning et ordonna : « Dites à Lai Sheng de lui supprimer pendant un mois ses gages en argent et sa ration de riz. » Puis elle ajouta : « Vous pouvez vous disperser. » Tous retournèrent alors à leur besogne. La femme battue, pleine de honte et pleurant en silence, se retira elle aussi. Pendant ce temps, les gens venus prendre ou rendre des jetons pour les deux palais Rong et Ning se succédaient sans interruption, et Xifeng expédiait chaque affaire l’une après l’autre. Les gens du palais Ning comprirent enfin à qui ils avaient affaire. Dès lors, tous s’acquittèrent de leurs devoirs avec crainte et vigilance, sans plus oser rechercher leurs aises.

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Parlons maintenant de Baoyu. Voyant la foule et craignant que Qin Zhong n’y fût malmené, il l’emmena s’asseoir un moment chez Xifeng. Celle-ci était en train de manger. En les voyant entrer, elle rit : « Quels voyageurs aux longues jambes ! Venez vite vous asseoir. » Baoyu répondit : « Nous avons déjà mangé. » Xifeng demanda : « Ici, dans les salles extérieures, ou là-bas ? » Baoyu répondit : « Pourquoi manger avec tous ces rustres ? C’était là-bas, bien sûr ; j’ai même mangé avec l’aïeule. » Tout en parlant, ils prirent place.

Lorsque Xifeng eut fini son repas, une servante mariée du palais Ning vint demander un jeton afin de retirer de l’encens et de l’huile pour les lampes. Xifeng lui dit en riant : « J’avais calculé que tu devais venir les chercher aujourd’hui. Tu avais dû oublier. Si tu les avais oubliés jusqu’au bout, tu aurais naturellement dû les payer de ta poche, et j’y aurais gagné. » La femme répondit en riant : « Je les avais bel et bien oubliés. Cela vient seulement de me revenir ; un pas plus tard et je n’aurais plus pu obtenir le jeton. » Là-dessus, elle le prit et partit.

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Le jeton fut aussitôt inscrit au registre. Qin Zhong demanda en riant : « Les deux palais emploient donc ces jetons. Mais si quelqu’un en fabriquait secrètement un faux et s’en servait pour retirer de l’argent, que feriez-vous ? » Xifeng répondit : « À t’entendre, il n’y aurait donc plus ni loi ni règle ! »

Baoyu demanda alors : « Pourquoi personne de chez nous ne vient-il prendre un jeton pour retirer des fournitures ? » Xifeng répondit : « Quand ils sont venus, tu rêvais encore. Mais dis-moi : quand commencerez-vous donc vos lectures du soir ? » Baoyu dit : « Je ne demande pas mieux que de commencer aujourd’hui même. Seulement, ils ne se pressent pas d’aménager le cabinet d’étude, et je n’y peux rien. » Xifeng rit : « Demande-le-moi gentiment, et je te garantis que cela ira vite. » Baoyu répondit : « Même toi, tu n’y peux rien. Quand le moment sera venu pour eux d’achever le travail, ce sera naturellement prêt. »

Xifeng répliqua : « Même pour travailler, il leur faut des fournitures. Si je refuse le jeton de contrôle, ils auront bien du mal à avancer. » À ces mots, Baoyu se jeta aussitôt contre elle et réclama le jeton : « Ma bonne grande sœur, donne-le-leur pour qu’ils puissent prendre les fournitures et tout arranger. » Xifeng dit : « Je suis si lasse que j’ai mal partout, et tu viens encore me pétrir ainsi ! Rassure-toi : ils ont justement retiré aujourd’hui le papier pour tapisser les murs. Ils attendent encore qu’on leur annonce ce dont ils auront besoin ensuite. Crois-tu donc qu’ils soient stupides ? » Baoyu ne la croyait pas ; Xifeng ordonna alors à Caiming de chercher le registre et de le lui montrer.

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Ils plaisantaient encore lorsqu’on vint annoncer : « Zhao’er, qui était parti à Suzhou, est revenu. » Xifeng ordonna vivement de le faire entrer. Zhao’er fit sa révérence et la salua. Xifeng demanda : « Pourquoi es-tu revenu ? » Zhao’er répondit : « Le second maître m’a renvoyé. Monsieur Lin est mort le troisième jour de la neuvième lune, à l’heure si. Le second maître a accompagné mademoiselle Lin et le cercueil de monsieur Lin jusqu’à Suzhou. Ils devraient revenir vers la fin de l’année. Le second maître m’a envoyé donner des nouvelles, présenter ses respects et demander les instructions de l’aïeule. Il me charge aussi de voir si tout va bien chez maîtresse et d’emporter plusieurs vêtements de grosse fourrure. »

Xifeng demanda : « As-tu déjà vu les autres ? » Zhao’er répondit : « Je les ai tous vus. » Puis il se retira précipitamment. Xifeng dit à Baoyu en souriant : « Ta cousine Lin va pouvoir demeurer longtemps chez nous. » Baoyu répondit : « C’est terrible ! J’imagine combien elle a dû pleurer ces derniers jours. » Il fronça tristement les sourcils et poussa un long soupir.

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Zhao’er étant revenu, Xifeng n’avait pu, devant tout le monde, l’interroger en détail sur Jia Lian ; elle n’en demeurait pas moins inquiète. Elle aurait voulu rentrer, mais les affaires n’étaient pas terminées et elle dut patienter jusqu’au soir. De retour chez elle, elle fit rappeler Zhao’er et l’interrogea minutieusement sur le voyage et sur la santé de Jia Lian. Pendant la nuit, elle prépara les vêtements de grosse fourrure et, avec Ping’er, vérifia elle-même les paquets. Elle réfléchit encore soigneusement à tout ce qui pouvait être nécessaire, joignit le tout aux bagages et les remit à Zhao’er.

Elle lui recommanda longuement : « Au-dehors, sers ton second maître avec le plus grand soin et ne le mets pas en colère. Exhorte-le souvent à boire moins de vin. Et surtout, ne l’aide pas à faire la connaissance de femmes de rien, ou, à ton retour, je te briserai les jambes ! » Quand tout fut enfin achevé au milieu de cette agitation, on en était déjà à la quatrième veille. Elle se coucha, mais l’aube arriva presque aussitôt. Elle se leva en hâte, se coiffa, fit sa toilette et repartit pour le palais Ning.

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Voyant approcher le jour du départ du convoi funèbre, Jia Zhen prit lui-même une voiture et, accompagné d’un greffier du Bureau du Yin et du Yang, se rendit au temple du Seuil de fer pour examiner l’endroit où le cercueil serait provisoirement déposé. Il recommanda point par point à Sekong, le supérieur du temple, de préparer soigneusement des installations propres et neuves, et d’inviter de nombreux moines renommés afin que tout fût prêt pour recevoir le cercueil. Sekong fit préparer en hâte un repas végétarien du soir. Jia Zhen, qui n’avait aucun goût à boire ni à manger, vit qu’il était trop tard pour rentrer en ville et passa tant bien que mal la nuit dans une cellule paisible.

Le lendemain matin, il revint en ville pour régler les préparatifs des obsèques. Il envoya aussi des gens au temple du Seuil de fer afin qu’ils remissent en état, pendant la nuit, le lieu où reposerait le cercueil, qu’ils organisassent les cuisines et le service du thé, et qu’ils préparassent l’accueil de la suite funèbre. De son côté, Xifeng, voyant l’échéance approcher, répartissait d’avance toutes les tâches dans le moindre détail. Elle détacha du palais Rong des gens chargés des voitures et des palanquins pour accompagner Madame Wang au convoi, et fit retenir à l’avance ses propres quartiers sur le trajet des obsèques.

Or l’épouse du duc Pacificateur du royaume, titrée par décret impérial, venait de mourir : Madame Wang et Madame Xing devaient aller présenter leurs offrandes et suivre ses funérailles. C’était aussi l’anniversaire de la princesse consort de Xi’an, à qui il fallait envoyer des présents. L’épouse du duc Gardien du royaume avait donné naissance à un fils aîné, ce qui exigeait la préparation de cadeaux de félicitations. En outre, Wang Ren, le frère de Xifeng, repartait dans le Sud avec toute sa maisonnée : il fallait écrire aux parents, leur présenter respectueusement les nouvelles de la famille et préparer les objets à leur faire porter. Enfin, Yingchun souffrait de la fièvre des marais ; chaque jour, on appelait le médecin et on lui administrait des remèdes, tout en examinant les billets du praticien, son diagnostic et ses prescriptions. Il serait difficile d’énumérer toutes ces affaires embrouillées. Comme le départ du convoi funèbre pressait par surcroît, Xifeng en perdait l’envie de manger et ne trouvait de repos ni assise ni couchée.

À peine arrivée au palais Ning, elle était suivie par les gens du palais Rong ; dès qu’elle rentrait au palais Rong, ceux du palais Ning accouraient derrière elle. Malgré ce tourbillon, son tempérament ambitieux lui faisait redouter plus que tout les critiques. Elle dépensa donc toutes ses forces et organisa chaque chose avec un ordre parfait, si bien que, dans tout le clan, maîtres et serviteurs ne tarissaient pas d’éloges.

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Ce soir-là était la veillée précédant les obsèques. À l’intérieur, deux troupes de jeunes comédiens et des artistes de toutes sortes donnaient des représentations tandis que parents et amis veillaient la défunte. Madame You demeurait couchée dans ses appartements ; Xifeng assumait donc seule tous les préparatifs, l’accueil et le service. Parmi les nombreuses belles-sœurs du clan, certaines étaient trop timides pour parler ou se montrer, d’autres n’avaient pas l’habitude de recevoir, d’autres encore tremblaient devant les grands personnages et les fonctionnaires. Aucune n’égalait Xifeng par la noblesse de ses manières et la justesse de ses paroles. Aussi ne faisait-elle aucun cas des autres : elle dépensait et commandait à sa guise, agissant comme si personne ne se trouvait à ses côtés. Toute la nuit, les lampes brillèrent et les feux étincelèrent ; on reconduisait les invités et accueillait les dignitaires. Inutile de décrire toute cette agitation.

À l’heure propice, au point du jour, soixante-quatre hommes vêtus de bleu vinrent inviter l’âme à prendre le chemin. Sur la grande bannière funèbre placée en tête du cortège, on lisait en grands caractères : « Cercueil de l’honorable dame Qin de la maison Jia, épouse du petit-fils aîné du duc Ningguo de premier rang, titrée par décret impérial, belle-fille du Garde des voies de la Cité interdite intérieure, officier de la Garde impériale et commandant Longjin, laquelle a joui d’une robuste longévité. » Tous les insignes et ornements du cortège avaient été fabriqués à la hâte pour l’occasion ; flambant neufs et uniformes, ils éblouissaient les regards. Baozhu accomplit les rites d’une fille non mariée : elle brisa le bol funèbre et guida l’âme, en proie à une douleur extrême.

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Parmi les dignitaires venus accompagner le convoi se trouvaient Niu Jizong, petit-fils de Niu Qing, duc Gardien du royaume, et actuel comte de premier rang ; Liu Fang, petit-fils de Liu Biao, duc Ordonnateur du royaume, et actuel vicomte de premier rang ; Chen Ruiwen, petit-fils de Chen Yi, duc Harmonisateur du royaume, et général héréditaire de troisième rang, Terreur des Garnisons ; Ma Shang, petit-fils de Ma Kui, duc Gouverneur du royaume, et général héréditaire de troisième rang, Terreur des Lointains ; enfin Hou Xiaokang, petit-fils de Hou Xiaoming, duc Restaurateur du royaume, et vicomte héréditaire de premier rang. L’épouse du duc Pacificateur du royaume, titrée par décret impérial, venant de mourir, son petit-fils Shi Guangzhu observait le deuil et ne pouvait être présent. Ces six maisons, jointes aux deux palais Rong et Ning, étaient précisément celles qu’on appelait autrefois les « Huit Ducs ».

On comptait encore le petit-fils du prince de Nan’an, celui du prince de Xining, Shi Ding, marquis Zhongjing, Jiang Zining, petit-fils du marquis de Pingyuan et baron héréditaire de deuxième rang, Xie Kun, petit-fils du marquis de Dingcheng, baron héréditaire de deuxième rang et commandant mobile de la garnison de la capitale, Qi Jianhui, petit-fils du marquis de Xiangyang et baron héréditaire de deuxième rang, ainsi que Qiu Liang, petit-fils du marquis de Jingtian et officier du Bureau militaire des Cinq Quartiers. Venaient encore Han Qi, fils du comte de Jinxiang, Feng Ziying, fils du général Shenwu, Chen Yejun, Wei Ruolan et tant d’autres princes et jeunes nobles qu’il serait impossible de tous les énumérer.

Les dames invitées occupaient à elles seules une dizaine de grands palanquins et trente ou quarante petits. En comptant les palanquins et les voitures de leurs suites, il y avait bien cent dix véhicules. Les insignes de toute sorte, les ornements et les spectacles qui ouvraient la marche formaient un déploiement immense, dont la file s’étendait sur trois ou quatre lis.

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Le cortège n’avait pas beaucoup avancé lorsque apparurent, dressés au bord de la route, de hauts pavillons ornés, avec tables de banquet et musiciens jouant en harmonie : chaque grande maison avait préparé là une offrande funèbre de passage. Le premier pavillon appartenait à la maison du prince de Dongping ; le deuxième à celle du prince de Nan’an ; le troisième à celle du prince de Xining ; le quatrième à celle du prince de Beijing.

Parmi ces quatre princes, celui de Beijing avait autrefois rendu les plus grands services ; ses descendants portaient donc encore le titre princier. Le prince actuel, Shi Rong, n’avait pas vingt ans. Il était d’une beauté et d’une distinction exceptionnelles, avec un caractère humble et affable. Ayant appris la mort de l’épouse du petit-fils aîné du palais Ningguo, il s’était rappelé les liens d’amitié qui unissaient jadis leurs grands-pères, compagnons dans l’adversité comme dans les honneurs, et qui ne s’étaient jamais traités en étrangers malgré la différence de leurs noms de famille. Aussi ne se prévalait-il pas de son rang princier. Il était déjà venu, quelques jours plus tôt, présenter ses condoléances et ses offrandes ; à présent, il avait encore fait dresser un autel sur le parcours et ordonné aux fonctionnaires de sa suite d’y attendre le convoi.

Lui-même était entré à la cour à la cinquième veille. Sitôt les affaires publiques achevées, il revêtit une tenue de deuil sobre et vint dans un grand palanquin, précédé de gongs et abrité sous un parasol. Il descendit devant le pavillon. Les officiers de sa suite se pressaient à ses côtés, tandis que soldats et gens du peuple ne pouvaient approcher. Bientôt, on vit l’immense convoi du palais Ning arriver du nord, pareil à une montagne d’argent couvrant la terre. Les éclaireurs chargés de frayer la voie allèrent aussitôt en avertir Jia Zhen. Celui-ci fit immédiatement arrêter le cortège ; avec Jia She et Jia Zheng, il se hâta au-devant du prince et le salua selon le cérémonial dû à son rang.

Shi Rong se pencha légèrement dans son palanquin et répondit au salut avec un sourire, continuant à les traiter en amis de famille et sans marquer la moindre hauteur. Jia Zhen dit : « Pour les funérailles de ma bru, Votre Altesse nous a fait l’insigne honneur de venir en personne. Comment des hommes qui ne doivent leur rang qu’aux mérites de leurs ancêtres pourraient-ils en être dignes ? » Shi Rong répondit en souriant : « Entre familles liées depuis des générations par une amitié si profonde, pourquoi tenir pareil langage ? » Il se retourna alors et ordonna au premier officier de sa maison de présider l’offrande en son nom. Jia She et les autres rendirent les saluts sur le côté, puis vinrent de nouveau le remercier en personne. Shi Rong se montra d’une extrême courtoisie.

Il demanda alors à Jia Zheng : « Lequel est celui qui naquit avec un morceau de jade dans la bouche ? Depuis longtemps, je souhaite vivement le rencontrer. Il doit certainement se trouver ici aujourd’hui ; pourquoi ne pas le faire venir ? » Jia Zheng se retira aussitôt, ordonna à Baoyu de changer de vêtements et le conduisit devant le prince.

Baoyu avait souvent entendu dire que Shi Rong était un prince sage, aussi accompli par ses talents que par sa beauté, d’une élégance libre et généreuse, que ne contraignaient ni la vulgarité des fonctionnaires ni les raideurs du protocole d’État. Il avait souvent désiré le rencontrer, mais la sévérité de son père l’en avait toujours empêché. À présent que le prince lui-même le faisait appeler, il était naturellement ravi. Tout en avançant, il aperçut Shi Rong assis dans son palanquin : quelle admirable prestance ! Quant à savoir comment se passa leur rencontre lorsqu’il se fut approché, écoutons l’explication du prochain récit.

Notes

賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; ce jeu de mots s’étend à toute la famille Jia.

卯正二刻 : les heures traditionnelles sont des périodes doubles ; cette indication correspond approximativement à six heures et demie. 寅正 vaut environ quatre heures, 巳正 dix heures, 午初二刻 onze heures et demie, et 戌初 dix-neuf heures.

五七 : le « cinquième septénaire » est le trente-cinquième jour après la mort, chaque période de sept jours donnant lieu à des rites pour le défunt.

破獄、放熖口、水讖 : rites funéraires bouddhiques et taoïstes destinés à délivrer les âmes des enfers, nourrir les esprits affamés et effacer les fautes du défunt.

打千兒 : révérence masculine consistant à fléchir un genou, geste de salutation respectueuse accompli ici par Zhao’er.

誥命、宜人 : titres honorifiques conférés par décret impérial aux épouses ou mères de dignitaires ; 宜人 correspond ici au rang officiel attribué à Qin Keqing.

八公 : les « Huit Ducs » désignent les six maisons ducales énumérées, auxquelles s’ajoutent les maisons Rongguo et Ningguo.

路祭 : offrande funèbre installée sur le parcours d’un convoi ; les grandes maisons y dressent un pavillon, un autel et parfois un banquet accompagné de musique.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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