Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 86 Touchant des pots-de-vin, le vieux magistrat retourne le dossier ; confiant ses sentiments oisifs, la vertueuse jeune fille explique les livres du qin

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Touchant des pots-de-vin, le vieux magistrat retourne le dossier

confiant ses sentiments oisifs, la vertueuse jeune fille explique les livres du qin

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Or donc, après avoir entendu lire la lettre de Xue Ke, la tante Xue fit entrer le jeune valet et lui demanda : « As-tu entendu ton maître raconter comment, au juste, il en est venu à tuer cet homme ? » Le valet répondit : « Je n’ai pas tout entendu clairement. Ce jour-là, le maître racontait au second maître que… » Là-dessus, il tourna la tête et regarda autour de lui ; ne voyant personne, il poursuivit : « Le maître disait que, depuis que les troubles à la maison avaient pris de telles proportions, il n’avait plus goût à rien et voulait donc aller acheter des marchandises dans le Sud. Ce jour-là, il comptait proposer à quelqu’un de faire route avec lui ; cet homme habite à plus de deux cents lis au sud de notre ville. Le maître était allé le chercher quand il rencontra Jiang Yuhan, avec qui il était autrefois lié, qui entrait en ville avec quelques jeunes acteurs. Le maître mangea et but avec lui dans une auberge. Comme le garçon chargé du vin ne cessait de lancer des œillades à Jiang Yuhan, le maître se mit en colère. Puis Jiang Yuhan s’en alla. Le lendemain, le maître invita à boire l’homme qu’il était venu chercher. Après avoir bu, il repensa à ce qui s’était passé la veille et ordonna au garçon de changer le vin. Comme celui-ci tardait, le maître se mit à l’injurier. L’autre ne voulut pas se laisser faire, et le maître prit son bol de vin pour le frapper. Mais cet homme était lui aussi un vaurien : il tendit la tête en invitant le maître à frapper. Le maître lui asséna alors un coup de bol sur le crâne. Le sang jaillit et coula par terre ; au début, l’homme injuriait encore le maître, puis il ne dit plus rien. » La tante Xue demanda : « Personne n’a donc essayé de les séparer ? » Le valet répondit : « Je n’ai pas entendu le maître en parler ; je n’oserais rien inventer. » La tante Xue dit : « Va d’abord te reposer. » Le valet acquiesça et sortit. La tante Xue alla alors trouver Madame Wang et la pria d’intercéder pour elle auprès de Jia Zheng. Après s’être renseigné sur toute l’affaire, Jia Zheng ne put que donner une réponse évasive : il fallait attendre que Xue Ke eût présenté sa requête et voir ce que déciderait le magistrat du district avant d’aviser.

La tante Xue alla encore convertir des valeurs en argent chez un prêteur sur gages, puis pressa le valet de repartir. Trois jours plus tard, une réponse arriva comme prévu. Dès qu’elle l’eut reçue, la tante Xue envoya une petite servante prévenir Baochai et la fit venir en toute hâte pour la lire. Voici ce qui était écrit :

使便便

L’argent emporté a servi à couvrir les dépenses auprès de tous les gens du tribunal. Mon frère ne souffre pas trop en prison ; je prie Madame de se rassurer. Seulement, les gens d’ici sont d’une âpreté et d’une ruse extrêmes : la famille du mort et les témoins refusent tous de céder, et même l’ami que mon frère avait invité s’est rangé de leur côté. Li Xiang et moi sommes tous deux étrangers à ces lieux. Par bonheur, nous avons trouvé un bon conseiller ; après que nous lui avons promis de l’argent, il nous a suggéré une solution. Il fallait impliquer Wu Liang, qui buvait avec mon frère, trouver quelqu’un pour se porter garant et le faire sortir, puis lui promettre de l’argent afin qu’il démêle l’affaire. S’il refusait, nous devions déclarer que c’était lui qui avait tué Zhang San et qu’il voulait ouvertement en rejeter la faute sur un étranger ; incapable de supporter cette accusation, il deviendrait plus facile à manœuvrer. J’ai suivi ce conseil et Wu Liang est effectivement sorti. À présent, nous achetons la famille du mort et les témoins, et nous avons rédigé une nouvelle requête. Je l’ai déposée avant-hier et la décision est arrivée aujourd’hui ; vous comprendrez en lisant la copie de la requête.

Elle lut ensuite la copie de la requête :

𡨚,𭔃西貿。㨿𨻶。。𫎇𫎇𡨚,尙,冐

Le soussigné Un Tel présente respectueusement cette requête afin d’obtenir réparation de l’injustice subie par son frère, victime d’un malheur soudain. Mon frère utérin Xue Pan, originaire de Nankin, réside actuellement dans la Capitale de l’Ouest. À telle date de telle année, il se prépara à se rendre dans le Sud pour y faire du commerce. Quelques jours à peine après son départ, un serviteur de la famille nous fit savoir qu’il se trouvait impliqué dans une affaire d’homicide. Je me rendis aussitôt dans la juridiction de Votre Excellence et appris que mon frère avait accidentellement causé la mort d’un certain Zhang, à la suite de quoi il avait été jeté en prison. D’après ce que mon frère m’a déclaré en pleurant, il ne connaissait nullement cet homme et n’avait aucun différend avec lui. Une querelle ayant fortuitement éclaté au sujet d’un changement de vin, mon frère jeta le vin par terre. À cet instant précis, Zhang San se baissait pour ramasser un objet ; dans un geste malencontreux, le bol de vin heurta accidentellement le sommet de son crâne et causa sa mort. Grâce à la faveur de Votre Excellence, il fut arrêté et interrogé ; craignant d’être soumis à la torture, mon frère reconnut avoir causé la mort au cours d’une rixe. Dans sa bonté céleste, Votre Excellence a compris qu’une injustice pouvait avoir été commise et n’a pas encore prononcé son jugement. Comme mon frère est détenu et que les règlements lui interdisent de présenter lui-même une requête pour sa défense, moi qui songe aux liens du sang, je risque ma vie pour la présenter en son nom. Prosterné, j’implore la miséricorde de Votre Excellence : daignez faire comparaître les témoins, les confronter et nous accorder votre immense clémence. Toute notre famille portera à jamais au-dessus de sa tête votre sublime bienveillance, sans jamais l’oublier. C’est dans une extrême urgence que je présente cette requête.

La décision portait :

騐,㨿𨯳。

L’examen du cadavre sur les lieux et les témoignages fournissent des preuves certaines. En outre, aucune torture n’a été employée : votre frère a reconnu de lui-même avoir tué au cours d’une rixe, et ses aveux figurent au dossier. Arrivé de loin et n’ayant rien vu de vos yeux, comment osez-vous fabriquer une déposition et porter une accusation mensongère ? Vous devriez être puni conformément à la loi ; mais, considérant que vous agissez par vive affection fraternelle, nous vous pardonnons pour cette fois. Requête rejetée.

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Lorsque la tante Xue en fut là, elle s’écria : « Cela ne veut-il pas dire qu’on ne peut plus le sauver ? Que faire ? » Baochai dit : « La lettre de mon second frère n’est pas terminée ; il y en a encore après. » Puis elle lut : « Pour toute question urgente, interrogez le messager. » La tante Xue questionna donc l’homme, qui lui répondit : « Le district sait depuis longtemps que notre famille possède une grande fortune. Il faut obtenir dans la capitale une puissante intervention et offrir encore un présent considérable ; alors on pourra faire réexaminer l’affaire et obtenir une peine plus légère. Madame doit agir au plus vite. Si elle tarde encore, je crains que le maître n’ait à souffrir. »

便便:「𭮀。』。」便:「𡨚,。」便:「?」:「。」:「。」:「,聼囬,便。』便便。」:「?」:「。」便:「,㨿。」:「𣉊。」:「。」:「便。」

Après l’avoir entendu, la tante Xue renvoya le valet et se rendit aussitôt à la maison Jia. Elle expliqua toute l’affaire à Madame Wang et supplia Jia Zheng d’intervenir. Jia Zheng consentit seulement à charger quelqu’un de parler en leur faveur au magistrat du district, sans vouloir entendre parler d’argent. Craignant que cela ne suffît pas, la tante Xue pria Xifeng d’en parler à Jia Lian. Il fallut dépenser plusieurs milliers de taëls pour acheter le magistrat. Xue Ke, de son côté, parvint lui aussi à gagner les gens qu’il fallait. Alors seulement le magistrat fit afficher l’avis d’audience et siégea au tribunal. On convoqua au complet les voisins, garants, témoins et parents du mort concernés, et Xue Pan fut extrait de prison. Les greffiers de la chambre criminelle appelèrent chacun par son nom. Le magistrat ordonna d’abord au chef local de confirmer la première déposition, puis fit comparaître Zhang Wangshi, parente du mort, ainsi que Zhang Er, son oncle.

Zhang Wangshi déclara en pleurant : « Mon mari, Zhang Da, qui habitait la campagne au sud, est mort il y a dix-huit ans. Mon fils aîné et mon second fils sont morts eux aussi ; il ne me restait que ce malheureux fils, Zhang San, âgé de vingt-trois ans cette année et qui n’avait pas encore pris femme. Comme nous étions pauvres et n’avions pas de quoi vivre, il servait le vin à l’auberge des Li. Ce jour-là, à midi, quelqu’un de l’auberge est venu me chercher en disant : “Votre fils a été battu à mort.” Ô monseigneur, ciel de justice, j’en ai failli mourir de frayeur ! J’ai couru là-bas et j’ai vu mon fils étendu par terre, le crâne fendu, couvert de sang et respirant encore. Il ne pouvait répondre à mes questions et mourut peu après. J’ai alors voulu saisir ce petit bâtard et jouer ma vie contre la sienne. » Les satellites poussèrent tous un cri menaçant. Zhang Wangshi se prosterna et dit : « Je supplie monseigneur, ciel de justice, de réparer mon injustice ! C’était mon unique fils. »

Le magistrat la fit emmener, puis demanda aux gens de l’auberge des Li : « Zhang San était-il employé chez vous ? » Li Er répondit : « Ce n’était pas un domestique ; il servait le vin. » Le magistrat reprit : « Lors de l’examen du cadavre, tu as déclaré que Xue Pan avait tué Zhang San en le frappant avec un bol. L’as-tu vu de tes propres yeux ? » Li Er répondit : « J’étais au comptoir quand j’ai entendu qu’on demandait du vin dans une chambre. Peu après, j’ai entendu crier : “Malheur ! Quelqu’un est blessé !” J’ai couru à l’intérieur et n’ai vu que Zhang San étendu par terre, incapable de parler. J’ai aussitôt crié qu’on avertît le chef local et envoyé quelqu’un prévenir sa mère. Comment ils se sont battus, je n’en sais vraiment rien. Que Votre Honneur interroge celui qui buvait avec eux, et il le saura. » Le magistrat cria : « Lors du premier interrogatoire, tu as dit avoir tout vu ; pourquoi prétends-tu aujourd’hui n’avoir rien vu ? » Li Er répondit : « L’autre jour, j’étais affolé et j’ai parlé à tort et à travers. » Les satellites poussèrent de nouveau un cri menaçant.

Le magistrat fit alors comparaître Wu Liang et lui demanda : « Buvais-tu avec eux ? Comment Xue Pan l’a-t-il frappé ? Dépose selon la vérité. » Wu Liang répondit : « Ce jour-là, j’étais chez moi lorsque ce grand maître Xue m’invita à boire. Trouvant le vin mauvais, il voulut le faire changer, mais Zhang San refusa. Le grand maître Xue, furieux, lui jeta le vin au visage ; je ne sais comment, le bol lui heurta alors le crâne. Je l’ai vu de mes propres yeux. » Le magistrat dit : « Mensonge ! Lors de l’examen du cadavre, Xue Pan a reconnu l’avoir tué en le frappant avec le bol, et tu prétendais l’avoir vu de tes propres yeux. Pourquoi ta déposition d’aujourd’hui ne concorde-t-elle pas ? Qu’on le gifle ! » Les satellites acquiescèrent et s’apprêtèrent à le frapper. Wu Liang supplia : « Xue Pan ne s’est réellement pas battu avec Zhang San. Le bol lui a échappé et l’a heurté au crâne. Que Votre Honneur interroge Xue Pan : ce sera une grâce insigne. »

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Le magistrat fit amener Xue Pan et lui demanda : « Quel différend avais-tu donc avec Zhang San ? Comment est-il mort au juste ? Avoue toute la vérité. » Xue Pan répondit : « Je supplie Votre Excellence de me faire grâce. Je ne l’ai réellement pas frappé. Comme il refusait de changer le vin, je lui ai jeté le vin dessus. Mais, dans un geste malencontreux, le bol lui a accidentellement heurté le crâne. J’ai aussitôt essayé d’arrêter le sang ; comment aurais-je su que rien ne pourrait l’endiguer ? Il en perdit tant qu’il mourut peu après. Lors de l’examen du cadavre, craignant que Votre Excellence ne me fît battre, j’ai dit l’avoir frappé avec le bol. Je supplie seulement Votre Excellence de me faire grâce. » Le magistrat cria : « Quel imbécile achevé ! Quand je t’ai demandé pourquoi tu l’avais frappé avec le bol, tu as déclaré que c’était parce qu’il refusait de changer le vin ; aujourd’hui, tu prétends que le bol l’a heurté accidentellement. »

Le magistrat fit mine de vouloir le battre et le mettre aux brodequins, mais Xue Pan s’en tint obstinément à cette version. Il ordonna au médecin légiste de lui rapporter fidèlement les blessures consignées lors de l’examen du cadavre. Celui-ci déclara : « Lors de l’examen, nous avons constaté que le corps de Zhang San ne portait aucune blessure, hormis au sommet du crâne une plaie causée par un objet de porcelaine, longue d’un pouce et sept dixièmes et profonde de cinq dixièmes. La peau était ouverte, et l’os fragile du sommet du crâne était fendu sur trois dixièmes. Il s’agit bien d’une blessure causée par un choc accidentel. » Le magistrat vérifia que cela concordait avec la fiche du cadavre. Il savait depuis longtemps que les greffiers avaient atténué les constatations, mais ne souleva aucune objection et ordonna négligemment à chacun de signer sa déposition.

Zhang Wangshi cria en pleurant : « Ô monseigneur, ciel de justice ! L’autre jour, j’ai vu de mes yeux tant d’autres blessures ! Comment se fait-il qu’elles aient toutes disparu aujourd’hui ? » Le magistrat répondit : « Cette femme dit des absurdités. La fiche du cadavre est là sous tes yeux ; ne le sais-tu donc pas ? » Il fit comparaître Zhang Er, l’oncle du mort, et lui demanda : « Combien de blessures portait le corps de ton neveu ? » Zhang Er s’empressa de répondre : « Une blessure à la tête. » Le magistrat dit : « Voilà qui est clair. » Il ordonna au greffier de montrer la fiche du cadavre à Zhang Wangshi, et au chef local ainsi qu’à l’oncle du mort de lui en expliquer les constatations. Puisque les signatures apposées sur les lieux, les témoignages et toutes les dépositions établissaient qu’il n’y avait pas eu de bagarre et qu’il ne s’agissait pas d’une rixe, il ordonna de signer les dépositions concluant à un homicide accidentel. Xue Pan fut reconduit en prison dans l’attente de la ratification du jugement, tandis que les autres furent remis à leurs garants. L’audience fut levée. Zhang Wangshi criait et pleurait dans le désordre ; le magistrat ordonna aux satellites de la chasser. Zhang Er lui-même lui dit pour la calmer : « C’était vraiment un accident ; pourquoi accuser quelqu’un à tort ? Son Excellence vient de trancher clairement l’affaire. Cesse donc de faire du tapage. »

便便𡚱,「。」:「使便。」㫁,便𦗟:「𡚱。」:「𦗟𡚱𡚱?」:「𡚱便𡚱𡚱?』:『𡚱退。』:『。』𦗟𡚱竒!」

Xue Ke, resté au-dehors, apprit en détail ce qui s’était passé et s’en réjouit. Il envoya aussitôt quelqu’un porter la nouvelle à la maison. Dès que la ratification du jugement serait revenue, il serait possible d’arranger le paiement permettant de racheter la peine ; en attendant, il demeura sur place. Or il entendit des gens, par groupes de deux ou trois, raconter sur la route qu’une noble concubine impériale venait de mourir et que l’empereur suspendait les audiences pendant trois jours. Comme l’endroit n’était pas loin du tombeau impérial, le magistrat devait préparer le service officiel et faire remettre les routes en état ; il ne serait sans doute pas libre de sitôt. Jugeant inutile de rester là, Xue Ke préféra aller dire à son frère en prison de patienter sans inquiétude : « Je rentre à la maison et reviendrai dans quelques jours. » Xue Pan, qui craignait lui aussi de faire souffrir leur mère, lui fit transmettre ce message : « Je n’ai rien à craindre. Il faudra encore graisser plusieurs fois les gens du tribunal, puis je pourrai rentrer. Surtout, qu’on ne regrette pas l’argent. »

Xue Ke laissa Li Xiang sur place pour veiller aux affaires et rentra directement. Lorsqu’il vit la tante Xue, il lui raconta comment le magistrat s’était laissé fléchir, comment il avait instruit et jugé l’affaire, et comment il avait finalement retenu l’homicide accidentel. Il suffirait désormais de dépenser encore un peu d’argent auprès de la famille du mort : le rachat de la peine serait certainement accordé et tout serait terminé. La tante Xue, rassurée pour le moment par ces paroles, lui dit : « J’espérais justement ton retour pour que tu t’occupes de la maison. Il faudrait aller remercier la maison Jia ; de plus, depuis la mort de la noble concubine impériale Zhou, ils vont chaque jour au palais et la maison reste toute vide. Je pensais aller seconder ta tante et lui tenir compagnie, mais il n’y a personne chez nous. Tu arrives à point nommé. »

Xue Ke répondit : « Dehors, j’avais entendu dire que c’était la concubine impériale Jia qui était morte ; c’est précisément pour cela que je suis revenu en toute hâte. Notre concubine impériale Yuanchun se porte bien : comment aurait-on pu dire qu’elle était morte ? » La tante Xue répondit : « L’an dernier, elle avait bien été malade une fois, mais elle s’était remise. Cette fois, nous n’avions pas entendu dire que Yuanchun souffrît de quoi que ce fût. Seulement, on racontait que, quelques jours auparavant, l’aïeule ne se sentait pas très bien et que, dès qu’elle fermait les yeux, elle voyait la concubine impériale Yuanchun. Tout le monde s’en inquiétait ; mais, après s’être renseigné, on apprit qu’il ne s’était rien passé. Or, l’avant-veille au soir, l’aïeule dit de sa propre bouche : “Pourquoi Yuanchun est-elle venue ici toute seule ?” Tous pensèrent que c’étaient des paroles inspirées par la maladie et n’en crurent rien. L’aïeule ajouta : “Vous ne me croyez pas, mais Yuanchun m’a encore dit que gloire et prospérité s’épuisent aisément, et qu’il faut savoir reculer et se retirer.” Tout le monde répondit : “Qui ne songe à de telles choses ? Ce sont les pensées d’une personne âgée qui médite sur le passé et l’avenir.” On n’y attacha donc aucune importance. Mais, le lendemain matin précisément, une agitation s’éleva au palais : on disait que Sa Majesté la concubine était gravement malade, et toutes les dames titrées furent appelées à venir prendre de ses nouvelles. Ils furent extrêmement alarmés et s’y rendirent en hâte. Avant même leur retour, nous avions appris ici la mort de la noble concubine impériale Zhou. Songe donc : la rumeur du dehors et les soupçons de la maison sont tombés juste au même moment. N’est-ce pas étrange ? »

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Baochai dit : « La rumeur du dehors n’était pas seule à se tromper : même à la maison, dès qu’on entendit les deux mots “Sa Majesté la concubine”, tout le monde s’affola ; ce n’est qu’ensuite qu’on comprit. Ces deux derniers jours, des servantes et des femmes de service de cette maison sont venues dire qu’elles savaient depuis longtemps qu’il ne s’agissait pas de notre concubine. Je leur ai demandé : “Comment pouviez-vous en être si sûres ?” Elles m’ont répondu : “Il y a quelques années, au premier mois, on recommanda de province un devin réputé très exact. L’aïeule fit mêler les huit caractères de Yuanchun à ceux de plusieurs servantes et les lui envoya pour qu’il établît leurs destins. Pour la jeune fille née le premier jour du premier mois, il fut seul à dire que l’heure de naissance devait être erronée ; autrement, c’était réellement une personne de haute destinée, qui ne pouvait demeurer dans cette maison. Le maître et les autres lui dirent de ne pas se demander si l’heure était juste ou fausse, mais de calculer d’après les huit caractères. Le devin déclara alors que, parmi les quatre caractères “année jia-shen, premier mois bing-yin”, se trouvaient l’Officier blessé et la Fortune ruinée ; seul le signe shen recelait l’Officier régulier ainsi que la Dignité et le Cheval. Cela signifiait qu’on ne pourrait la garder dans la famille, sans pourtant qu’on y vît encore rien de particulièrement heureux. Le jour était yi-mao : au début du printemps, le Bois est vigoureux. Bien qu’il y eût des Égaux, plus ils se multipliaient, plus le destin devenait favorable ; comme une bonne pièce de bois, qui ne devient un grand ouvrage qu’à force d’être taillée. Il se réjouissait surtout de je ne sais quel Métal xin à l’heure de naissance, qui apportait la noblesse, et de l’Officier régulier, de la Dignité et du Cheval, seuls florissants dans le signe si : c’est ce qu’on appelle la configuration du Cheval de dignité volant dans le ciel. Il disait aussi que la Dignité du jour revenait à l’heure, signe d’une très haute noblesse, et que les deux Vertus, céleste et lunaire, siégeaient dans le destin natal : cette personne, devenue noble, recevrait les faveurs des appartements au poivre. Si l’heure de cette jeune fille était exacte, elle deviendrait certainement une souveraine, une concubine impériale. Le calcul ne s’est-il pas révélé juste ? Nous nous rappelons aussi qu’il disait : malheureusement, gloire et prospérité seraient de courte durée ; il faudrait craindre une année yin et un mois mao. Alors les Égaux se multiplieraient encore, de même que les Pilleurs ; ce serait comme si l’on voulait ciseler une bonne pièce de bois avec trop de délicatesse : sa matière même finirait par manquer de solidité. Elles avaient oublié toutes ces paroles et ne faisaient que s’agiter à l’aveuglette. C’est moi qui m’en suis souvenue et qui ai dit à notre jeune maîtresse : cette année n’est pourtant ni une année yin ni un mois mao.” »

Baochai n’avait pas fini que Xue Ke s’écria précipitamment : « Laissons donc les affaires des autres ! Puisqu’il existe un devin aussi merveilleux, je voudrais savoir quel astre néfaste gouverne cette année le destin de mon frère et lui vaut un malheur aussi soudain. Donne-moi vite ses huit caractères : je les lui porterai pour savoir s’il court encore quelque danger. » Baochai répondit : « Il venait de province ; j’ignore s’il se trouve encore dans la capitale. »

便便:「?」:「。」便:「。」:「𡚱。」便:「。」:「。」:「?」:「使。」:「使?」:「。」便

Là-dessus, on aida la tante Xue à préparer son départ pour la maison Jia. Lorsqu’elle y arriva, seules Li Wan, Tanchun et quelques autres étaient restées à la maison pour la recevoir. Elles lui demandèrent : « Où en est l’affaire du grand maître ? » La tante Xue répondit : « Il faut attendre la décision de l’autorité supérieure ; mais, à ce qu’il semble, il n’encourra pas la peine de mort. » Tout le monde fut alors rassuré. Tanchun dit : « Hier soir, Madame pensait qu’au dernier malheur survenu dans notre maison, nous avions entièrement compté sur l’aide de ma tante ; et maintenant que vous avez vous-même des soucis, il est difficile de vous demander quoi que ce soit. Elle ne peut pourtant s’empêcher de s’inquiéter. »

La tante Xue répondit : « Moi aussi, je me tourmente chez nous. Mais votre frère aîné a eu ce malheur, votre second frère est parti régler l’affaire, et votre grande sœur reste seule à la maison : à quoi pourrait-elle suffire ? De plus, notre bru n’est guère entendue aux affaires. Je ne pouvais donc me libérer pour venir. En ce moment, le magistrat du district prépare en outre le service funèbre de la noble concubine impériale Zhou et ne peut achever le procès. C’est pourquoi j’ai attendu le retour de votre second frère avant de venir vous voir. » Li Wan dit : « Ce serait encore mieux si ma tante voulait rester quelques jours parmi nous. » La tante Xue acquiesça : « Je voudrais moi aussi rester ici et tenir compagnie à vous autres sœurs ; seulement, votre sœur Bao se retrouvera bien seule. » Xichun dit : « Si ma tante s’en soucie, pourquoi ne pas inviter aussi grande sœur Bao à venir ? » La tante Xue répondit en souriant : « Cela ne se peut pas. » Xichun demanda : « Pourquoi donc ? Elle habitait bien ici auparavant. » Li Wan dit : « Tu ne comprends pas. Il se passe maintenant des choses dans leur famille ; comment pourrait-elle venir ? » Xichun la crut et n’osa plus poser de questions.

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Pendant qu’elles parlaient, l’aïeule Jia et les autres revinrent. En voyant la tante Xue, elles n’eurent même pas le loisir d’échanger des salutations et lui demandèrent aussitôt des nouvelles de Xue Pan. La tante Xue raconta l’affaire en détail. Baoyu, qui se tenait à côté, entendit le passage concernant Jiang Yuhan. Il n’osa poser de questions devant tout le monde, mais se demanda en lui-même : « Puisqu’il est revenu dans la capitale, pourquoi n’est-il pas venu me voir ? » Il constata aussi que Baochai n’était pas venue et ignorait pour quelle raison. Il restait là, absorbé dans ses pensées, quand Daiyu arriva justement présenter ses respects. Baoyu s’en réjouit quelque peu et cessa de souhaiter la venue de Baochai. Il dîna avec les jeunes filles chez l’aïeule. Quand chacun se fut retiré, la tante Xue s’installa tant bien que mal dans une pièce attenante aux appartements de l’aïeule.

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De retour dans sa chambre, Baoyu changea de vêtements. Soudain, il se rappela la ceinture absorbante que Jiang Yuhan lui avait donnée et demanda à Xiren : « As-tu encore cette ceinture rouge que tu n’avais pas mise, cette année-là ? » Xiren répondit : « Je l’ai rangée. Pourquoi me le demandes-tu ? » Baoyu dit : « Comme cela, sans raison. » Xiren reprit : « N’as-tu pas entendu ? C’est parce que le grand maître Xue fréquente ces vauriens qu’il a fini par se trouver mêlé à une affaire de vie et de mort. Pourquoi parles-tu encore de ces gens-là ? Au lieu de te tourmenter inutilement de la sorte, tu ferais mieux de lire tranquillement quelques livres et d’abandonner toutes ces affaires sans importance. » Baoyu répondit : « Je ne fais aucun tapage. Cela m’est revenu par hasard ; que tu l’aies encore ou non m’est bien égal. Je pose une simple question, et vous voilà aussitôt avec tous ces discours. »

Xiren dit en souriant : « Ce n’est pas que je veuille trop parler. Quand on connaît les livres et les principes, on doit s’efforcer de s’élever. Ainsi, même si la personne qu’on aime vient vous voir, elle éprouvera du plaisir et du respect en vous regardant. » Cette remarque de Xiren fit soudain dire à Baoyu : « Quelle catastrophe ! Tout à l’heure, chez l’aïeule, il y avait trop de monde et je n’ai pas parlé à petite sœur Lin. Elle non plus ne s’est pas occupée de moi et elle est partie la première quand nous nous sommes séparés. Elle doit être dans sa chambre à présent. J’y vais et je reviens. » Là-dessus, il partit. Xiren lui cria : « Reviens vite ! C’est moi qui ai lancé le sujet, et voilà que je t’ai donné envie de courir là-bas. »

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Sans lui répondre, Baoyu baissa la tête et se rendit tout droit au pavillon des Bambous diaprés. Il y trouva Daiyu, appuyée sur une table et plongée dans un livre. S’approchant d’elle, il lui dit avec un sourire : « Petite sœur est rentrée bien tôt. » Daiyu répondit en souriant elle aussi : « Puisque tu ne t’occupais pas de moi, à quoi bon rester là-bas ? » Baoyu dit en riant : « Ils étaient si nombreux à parler que je ne pouvais placer un mot ; voilà pourquoi je ne t’ai pas parlé. » En même temps, il regardait le livre que lisait Daiyu. Il n’en reconnaissait pas un seul caractère : certains ressemblaient à « shao », d’autres à « mang » ; ailleurs, il voyait un signe « grand » accompagné d’un « neuf » auquel s’ajoutait un crochet, avec un « cinq » au milieu ; ailleurs encore, un « cinq » et un « six » au-dessus, augmentés d’un « bois », puis un autre « cinq » au-dessous. Plus il regardait, plus cela lui paraissait étrange et incompréhensible. Il dit donc : « Petite sœur fait chaque jour de nouveaux progrès : te voilà maintenant à lire des livres célestes. »

Daiyu éclata de rire : « Quel beau lettré tu fais, toi qui n’as jamais même vu une tablature de qin ! » Baoyu répondit : « Bien sûr que je connais les tablatures de qin ; mais pourquoi n’en reconnais-je pas un seul signe ? Et toi, petite sœur, les reconnais-tu ? » Daiyu dit : « Si je ne les reconnaissais pas, pourquoi les regarderais-je ? » Baoyu reprit : « Je ne te crois pas. Je n’ai jamais entendu dire que tu savais jouer du qin. Plusieurs instruments sont suspendus dans notre cabinet d’étude. Il y a deux ans, un lettré attaché à la maison, nommé Ji Haogu, est venu nous voir ; le maître le pria de jouer un morceau. Il décrocha les qin, puis déclara qu’aucun ne convenait et ajouta : “Si monsieur le souhaite, j’apporterai un autre jour mon propre qin afin de recevoir ses enseignements.” Notre maître n’y entendait sans doute rien non plus, car cet homme n’est jamais revenu. Comment se fait-il que tu aies caché un pareil talent ? »

Daiyu répondit : « Je ne sais nullement en jouer pour de bon. L’autre jour, comme je me sentais un peu mieux, j’ai cherché des livres sur la grande étagère et trouvé une série de tablatures de qin fort élégantes. La théorie de l’instrument y était exposée avec beaucoup de pénétration, et les techniques des doigts clairement expliquées. C’était vraiment un art par lequel les anciens apaisaient leur cœur et cultivaient leur nature. À Yangzhou, j’avais déjà entendu parler de cet art et je l’avais même étudié ; mais, comme je ne pratiquais plus, j’ai tout perdu. Il est bien vrai que “trois jours sans jouer, et les épines poussent aux doigts”. Les quelques morceaux que j’ai lus l’autre jour ne donnaient pas de texte, mais seulement le titre de la pièce. J’ai donc cherché ailleurs un autre ouvrage contenant les paroles des airs ; la lecture en devenait plus intéressante. Pourtant, parvenir à bien jouer est réellement difficile. Les livres disent que, lorsque Shi Kuang enseignait le qin, il pouvait faire venir le vent et le tonnerre, les dragons et les phénix ; que le saint Confucius lui-même étudia auprès de Shi Xiang et qu’après avoir joué une pièce, il reconnut qu’elle avait été composée par le roi Wen ; et qu’au milieu des Hautes Montagnes et des Eaux courantes, on eut la chance de rencontrer celui qui comprenait la musique. » Arrivée là, ses paupières frémirent légèrement et elle baissa lentement la tête.

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Baoyu, qui l’écoutait avec ravissement, dit : « Bonne petite sœur, ce que tu viens de raconter est vraiment passionnant. Seulement, je ne reconnais aucun des signes que j’ai vus. Enseigne-m’en quelques-uns. » Daiyu répondit : « Nul besoin de les enseigner ; une explication suffit pour les comprendre. » Baoyu dit : « Je suis un sot. Explique-moi celui qui ressemble au signe “grand” avec un crochet et un “cinq” au milieu. » Daiyu répondit en souriant : « Les signes “grand” et “neuf” indiquent qu’avec le pouce de la main gauche on presse la corde à la hauteur du neuvième repère du qin ; le crochet suivi du “cinq” indique qu’avec la main droite on pince en crochet la cinquième corde. Ce n’est pas un caractère, mais un son, et c’est extrêmement simple. Il existe encore les techniques dites vibrer, frotter, relever, appuyer, heurter, glisser, voler et pousser : elles concernent le mouvement des doigts. » Ravi, Baoyu se mit à gesticuler de joie : « Bonne petite sœur, puisque tu comprends la théorie du qin, pourquoi ne nous mettrions-nous pas à l’étudier ? »

Daiyu répondit : « Le qin, c’est la retenue. Les anciens l’ont créé pour régler leur conduite, nourrir leur tempérament, réprimer leurs penchants dissolus et se défaire du luxe. Pour en jouer, il faut choisir une chambre paisible dans une haute demeure, ou le sommet d’une tour, le milieu des bois et des rochers, la cime d’une montagne ou le bord de l’eau. Il faut encore que le ciel et la terre soient purs et harmonieux, que le vent soit limpide et la lune brillante. Alors on brûle de l’encens et l’on s’assied en silence, sans laisser son esprit se tourner vers le dehors ; lorsque souffle et sang sont en harmonie, on peut enfin unir son esprit aux puissances invisibles et atteindre avec la Voie une merveilleuse concorde. C’est pourquoi les anciens disaient : “Rare est celui qui comprend la musique.” Faute d’un tel ami, mieux vaut jouer seul devant le vent pur et la lune brillante, les pins verts et les rochers étranges, les singes sauvages et les vieilles grues, afin de confier à l’instrument son inspiration : ainsi seulement ne se montre-t-on pas indigne du qin.

Il faut encore une bonne technique des doigts et une belle sonorité. Avant de jouer, on doit mettre en ordre sa tenue et sa coiffure, revêtir soit un manteau de grue, soit une robe profonde, et se conformer à l’apparence extérieure des anciens ; alors seulement peut-on être digne de cet instrument des sages. Ensuite, on se lave les mains, on brûle de l’encens, on prend place près du lit de repos, on pose le qin sur la table et l’on s’assied à la hauteur du cinquième repère, qui doit faire face au milieu de la poitrine. Alors seulement les deux mains se lèvent avec aisance, le cœur et le corps étant tous deux parfaitement droits. Il faut encore savoir varier le léger et le puissant, le rapide et le lent, se déployer ou se ramasser avec naturel, tout en gardant une attitude grave et digne. » Baoyu répondit : « Nous voulons apprendre pour nous amuser ; s’il faut observer tant de règles, cela devient difficile. »

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Ils parlaient encore quand Zijuan entra. Voyant Baoyu, elle dit en souriant : « Le second maître Bao est bien joyeux aujourd’hui ! » Baoyu répondit : « Les explications de petite sœur m’ont soudain ouvert l’esprit ; plus je l’écoute, plus j’ai envie de l’entendre. » Zijuan dit : « Ce n’est pas de cette joie-là que je parle, mais de celle qui vous fait venir chez nous. » Baoyu répondit : « Auparavant, petite sœur ne se sentait pas bien, et je craignais que mon tapage ne l’importunât. En outre, j’allais en classe ; voilà pourquoi j’ai paru m’éloigner d’elle. » Sans le laisser achever, Zijuan dit : « Mademoiselle commence seulement à se rétablir. Puisque le second maître s’est expliqué, après être resté un moment, il devrait laisser mademoiselle se reposer, au lieu de l’obliger à se fatiguer l’esprit en explications. » Baoyu dit en souriant : « C’est vrai : je ne songeais qu’au plaisir d’écouter et j’ai oublié que petite sœur se fatiguait. »

Daiyu répondit en souriant : « Parler de tout cela me distrait et ne me fatigue guère. Je crains seulement de continuer à parler tandis que toi, tu continuerais à ne rien comprendre. » Baoyu dit : « Peu importe : lentement, cela finira naturellement par devenir clair. » Puis il se leva et ajouta : « Petite sœur doit vraiment se reposer. Demain, j’irai en parler à ma troisième et à ma quatrième sœur ; je les ferai toutes étudier pour pouvoir les écouter. » Daiyu sourit : « Tu saurais bien profiter des autres ! Mais, quand même nous apprendrions toutes à jouer, puisque tu n’y comprends rien, ne serait-ce pas jouer pour… » Arrivée là, elle se rappela ce qui pesait sur son cœur, s’interrompit brusquement et refusa d’achever. Baoyu dit en riant : « Pourvu que vous sachiez jouer, j’aimerai vous entendre ; peu m’importe que je sois un bœuf ou non. » Daiyu rougit et sourit. Zijuan et Xueyan se mirent elles aussi à rire.

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Ils sortirent alors. Qiuwen arrivait justement avec une petite servante qui portait un petit pot d’orchidées. Elle leur dit : « Quelqu’un a envoyé quatre pots d’orchidées chez Madame. Comme les affaires du palais ne lui laissent aucun loisir de s’en occuper, elle en donne un au second maître et un à mademoiselle Lin. » Daiyu regarda les fleurs : plusieurs tiges portaient deux corolles. Soudain remuée au fond du cœur, sans savoir elle-même si elle en éprouvait de la joie ou de la tristesse, elle resta immobile à les contempler. Mais Baoyu, qui n’avait alors que le qin en tête, dit : « Maintenant que petite sœur a des orchidées, elle pourra jouer la Pièce des Orchidées luxuriantes. » Ces paroles ne firent qu’assombrir Daiyu.

Revenue dans sa chambre, elle contempla les fleurs et pensa : « Au printemps, les plantes et les arbres ont des fleurs fraîches et des feuilles luxuriantes. Moi, malgré mon jeune âge, je ressemble déjà aux saules et aux roseaux à la fin de l’automne. Si mon vœu pouvait s’accomplir, peut-être irais-je peu à peu mieux ; sinon, je crains de ressembler aux fleurs et aux saules quand le printemps décline : comment résisteraient-ils au vent qui les presse et à la pluie qui les emporte ? » À cette pensée, elle ne put retenir de nouvelles larmes. Zijuan, qui observait la scène, ne parvenait pas à en comprendre la cause. Baoyu était encore là un instant auparavant, si plein de joie ; pourquoi Daiyu, qui ne faisait que regarder des fleurs, s’affligeait-elle soudain ? Elle cherchait avec inquiétude comment la consoler quand une personne envoyée par Baochai arriva. Pour savoir ce qui l’amenait, il faudra lire la suite.

Notes

當槽兒 : garçon d’auberge chargé de tirer et de servir le vin ; ce n’est pas un simple domestique.

使費 : littéralement « frais » ; dans le langage judiciaire du passage, il s’agit de pots-de-vin distribués à tous les échelons du tribunal.

屍格 : fiche médico-légale consignant les blessures du cadavre ; sa falsification permet ici de requalifier le meurtre en homicide accidentel.

八字 : les « huit caractères » formés par les troncs célestes et les branches terrestres de l’année, du mois, du jour et de l’heure de naissance, utilisés pour établir un destin astrologique.

椒房 : les « appartements au poivre », nom traditionnel des appartements de l’impératrice et, par extension, des faveurs impériales accordées aux femmes du palais.

琴者,禁也 : ancienne étymologie par jeu homophonique entre 琴, le qin, et 禁, « interdire, retenir » ; elle présente l’instrument comme un moyen de discipliner les passions.

高山流水、知音 : allusion à la rencontre du joueur de qin Boya et de Zhong Ziqi, seul capable de comprendre dans sa musique les « hautes montagnes » et les « eaux courantes » ; 知音 désigne dès lors l’ami qui comprend intimement.

對牛彈琴 : Daiyu s’interrompt avant 牛, « bœuf », dans l’expression « jouer du qin devant un bœuf », c’est-à-dire parler d’un art subtil à qui ne peut le comprendre ; Baoyu complète lui-même la plaisanterie.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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