Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 55 Une sotte concubine outrage sa propre fille pour une vaine rancœur ; de rusés esclaves trompent leurs jeunes maîtresses et couvent de perfides desseins
辱親女愚妾争間氣 欺㓜主刁奴蓄險心
Une sotte concubine outrage sa propre fille pour une vaine rancœur
de rusés esclaves trompent leurs jeunes maîtresses et couvent de perfides desseins
且說榮府中剛將年事忙過,鳯姐兒因年内年外操勞太過,一時不及檢㸃,便小月了,不能理事,天天兩三個太醫用藥。鳳姐兒自恃强壯,雖不出門,然籌畵計算,想起什麽事來,便命平兒去囬王夫人,任人諫勸,他只不𦗟。王夫人便覺失了膀臂,一人能有多少精神?凡有了大事,便自己主張。將家中𤨏碎之事,一應都暫令李紈協理。李紈本是個尙德不尙才的,未免逞縱了下人,王夫人便命探春合同李紈裁處,只說過了一月,鳯姐將息好了,仍交與他。誰知鳯姐禀賦氣血不足,兼年㓜不知保飬,平生争强鬪智,心力更𧇊,故雖係小月,竟着實𧇊虛下來。一月之後,又添了下紅之症。他雖不肯說出來,衆人看他面目黄瘦,便知失於調養。王夫人只令他好生服藥調養,不令他操心。他自己也怕成了大症,遺笑于人,便想偷空調養,恨不得一時復舊如常。誰知服藥調養,直到三月間,纔漸漸的起復過來,下紅也漸漸止了,此是後話。
Au palais Rong, les occupations du Nouvel An venaient enfin de s’achever. Xifeng, épuisée par ses travaux avant et après les fêtes, avait un moment négligé de prendre soin d’elle et fait une fausse couche. Incapable de gérer les affaires, elle recevait chaque jour les remèdes de deux ou trois médecins impériaux. Se fiant à sa robuste constitution, elle ne sortait certes plus, mais continuait à tout prévoir et calculer ; dès qu’une affaire lui revenait à l’esprit, elle envoyait Ping’er en rendre compte à Madame Wang. Elle n’écoutait aucune remontrance. Madame Wang se sentit donc privée d’un bras droit : combien d’énergie une seule personne pouvait-elle avoir ? Elle décidait elle-même de toutes les affaires importantes, mais confia provisoirement à Li Wan la gestion des menus détails de la maison. Comme Li Wan prisait davantage la vertu que le talent, elle ne pouvait manquer de laisser trop de liberté aux domestiques. Madame Wang chargea donc Tanchun de prendre les décisions de concert avec elle, en disant qu’au bout d’un mois, lorsque Xifeng serait remise, on lui rendrait ses fonctions. Mais qui aurait cru que Xifeng manquait naturellement de sang et d’énergie vitale et que, trop jeune encore, elle ignorait comment ménager sa santé ? Toute sa vie, elle avait voulu l’emporter sur les autres par sa force et son intelligence, épuisant encore davantage son esprit. Aussi, quoique ce ne fût qu’une fausse couche, elle en resta véritablement très affaiblie. Un mois plus tard apparurent en outre des pertes de sang. Elle refusait d’en parler, mais tous, voyant son visage jauni et amaigri, comprirent qu’elle avait mal pris soin d’elle. Madame Wang lui ordonna seulement de se soigner tranquillement et de prendre ses remèdes, sans plus se tourmenter l’esprit. Xifeng elle-même, craignant de contracter une maladie grave et de prêter à rire, cherchait à se ménager en cachette et aurait voulu retrouver sur-le-champ son état habituel. Malgré les remèdes et les soins, ce ne fut qu’au troisième mois qu’elle commença peu à peu à se rétablir et que les pertes de sang cessèrent graduellement. Mais cela appartient à la suite du récit.
如今且說目今王夫人見他如此,探春與李紈暫難謝事,園中人多,又恐失於照管,特請了寳釵來,托他各處小心。因嘱咐他:「老婆子們不中用,得空兒吃酒鬪牌,白日裡𪾶覺,夜裡鬪牌,我都知道的。鳯丫頭在外頭,他們還有個怕懼,如今他們又該取便了。好孩子,你還是個妥當人,你兄弟妹妹們又小,我又没工夫,你替我辛苦兩天,照看照看。凡有想不到的事,你來告訴我,别等老太太問出來,我没話囬。那些人不好了,你只管說。他們不𦘏,你來囬我。别弄出大事來纔好。」寶釵𦗟說,只得答應了。
Pour l’heure, voyant Xifeng dans cet état et sachant que Tanchun et Li Wan ne pourraient de sitôt se démettre de leur charge, Madame Wang craignit que les nombreux habitants du Jardin ne fussent pas suffisamment surveillés. Elle pria donc spécialement Baochai de veiller avec soin sur tous les quartiers et lui recommanda : « Les vieilles servantes ne valent rien. Dès qu’elles ont un moment, elles boivent et jouent aux cartes ; le jour, elles dorment, et la nuit, elles jouent encore. Je sais tout cela. Quand la petite Feng était aux commandes, elles avaient encore quelqu’un à craindre ; à présent, elles vont de nouveau prendre leurs aises. Ma bonne enfant, tu es une personne sûre. Tes frères et sœurs sont encore jeunes et moi, je n’ai pas le temps : donne-toi donc un peu de peine pendant quelques jours et veille sur eux. S’il arrive quelque chose que nous n’avons pas prévu, viens m’en informer. N’attends pas que l’aïeule le découvre et me demande des explications auxquelles je ne saurais répondre. Si ces gens se conduisent mal, dis-le sans hésiter. S’ils ne t’écoutent pas, viens m’en rendre compte. Surtout, ne les laisse pas provoquer une grave affaire. » Baochai ne put que consentir.
時届季春,黛玉又犯了咳𠻳。湘雲亦因時氣所感,亦卧病於𧄇蕪苑,一天醫藥不㫁。探春同李紈相住間隔,二人近日同事,不比徃年,来徃囬話人等亦甚不便。故二人議定,每日早晨,皆到園門口南邊的三間小花㕔上去㑹齊辦事。吃過早飯于午錯方囬。這三間㕔,原係預偹省親之時衆執事太監起坐之處,故省親已後,也用不着了,每日只有婆子們上夜。如今天已和煖,不用十分修飾,只不過略略的陳設了,便可他二人起坐。這㕔上也有一處匾,題着「補仁諭德」四字。家下俗呼皆只呌「議事㕔兒」。如今他二人每日卯正至此,午正方散,凡一應執事的媳婦等來徃囘話者,絡繹不絶。
On était à la fin du printemps et Daiyu souffrait de nouveau de la toux. Xiangyun, elle aussi atteinte par les miasmes de la saison, gardait le lit dans la Cour des Herbes odorantes et recevait chaque jour sans interruption remèdes et soins. Les logements de Tanchun et de Li Wan étaient éloignés l’un de l’autre. Comme elles administraient désormais ensemble les affaires, contrairement aux années précédentes, cela causait beaucoup d’incommodité aux gens qui venaient leur faire leurs rapports. Elles convinrent donc de se réunir chaque matin, pour travailler, dans les trois petites salles fleuries situées au sud de l’entrée du Jardin. Elles y restaient jusqu’après le déjeuner et ne rentraient qu’à midi. Ces trois salles avaient été aménagées, lors de la visite impériale, pour que les eunuques chargés du service puissent s’y asseoir et s’y reposer. Depuis cette visite, elles ne servaient plus, hormis aux vieilles servantes qui y montaient la garde la nuit. Comme le temps était maintenant doux, il ne fut pas nécessaire de les restaurer avec grand soin : quelques aménagements sommaires suffirent pour que les deux femmes puissent s’y installer. Une plaque y portait les quatre caractères : « Parfaire la bienveillance, instruire en vertu ». Dans la maison, on les appelait couramment la « salle des délibérations ». Chaque jour, les deux femmes y arrivaient à six heures du matin et ne se séparaient qu’à midi. Les épouses des intendants et toutes les autres personnes chargées d’une fonction s’y succédaient sans interruption pour présenter leurs rapports.
衆人先聼見李紈獨辦,各各心中暗喜,以爲李紈素日是個厚道多恩無罰的,自然比鳯姐兒好搪塞。便添了一個探春,也都想著不過是個未出閨閣的輕年小姐,且素日也最平和恬淡,因此都不在意,比鳳姐兒前便懈怠了許多。只三四日後,幾件事過手,漸覺探春精細處不讓鳯姐,只不過是言語安靜、性情和順而已。可巧連日有王公侯伯世襲官員十幾處,皆係榮寧非親卽世交之家,或有陞遷,或有黜降,或有婚喪紅白等事,王夫人賀弔迎送,應酬不暇,前邊更無人照管。他二人便一日皆在㕔上起坐,寳釵便一日在上房監察,至王夫人囬方散。每於夜間針線暇時,臨寢之先,坐了轎,帶領園中上夜人等,各處廵察一次。他三人如此一理,更覺比鳳姐兒當權時倒更謹慎了些。因而裡外下人,都暗中抱怨說:「剛剛的倒了一箇『廵海夜义』,又添了三個『鎭山太歲』,越發連夜裡偷着吃酒頑的工夫都没了。」
Lorsqu’ils apprirent que Li Wan administrerait seule les affaires, tous les domestiques s’en réjouirent secrètement. Li Wan avait toujours été indulgente, généreuse et peu portée à punir ; ils pensaient donc qu’il serait naturellement plus facile de l’abuser que Xifeng. Même quand Tanchun lui fut adjointe, ils ne virent en elle qu’une jeune demoiselle qui n’avait pas encore quitté l’appartement des femmes et qui s’était toujours montrée des plus paisibles et réservées. Ils n’y prêtèrent donc aucune attention et se relâchèrent beaucoup par rapport au temps où Xifeng gouvernait. Mais, au bout de trois ou quatre jours et après quelques affaires passées entre ses mains, ils s’aperçurent peu à peu que Tanchun ne le cédait en rien à Xifeng pour la minutie : seules ses paroles étaient plus calmes et son caractère plus doux. Or, il se trouva justement que, plusieurs jours de suite, une dizaine de familles de princes, ducs, marquis, comtes et fonctionnaires héréditaires, toutes parentes ou depuis longtemps liées aux palais Rong et Ning, connurent qui une promotion, qui une disgrâce, qui un mariage, des funérailles ou quelque autre cérémonie heureuse ou funèbre. Madame Wang, occupée à féliciter, présenter ses condoléances, accueillir et raccompagner les visiteurs, n’avait plus le temps de veiller aux appartements extérieurs. Li Wan et Tanchun passaient donc toute la journée dans la salle, tandis que Baochai surveillait les appartements principaux jusqu’au retour de Madame Wang. Chaque soir, lorsque ses travaux d’aiguille lui en laissaient le loisir, avant de se coucher, elle montait en palanquin et, accompagnée des gens chargés de la garde nocturne du Jardin, faisait une ronde dans tous les quartiers. Sous le gouvernement de ces trois femmes, la surveillance paraissait encore plus rigoureuse que lorsque Xifeng détenait le pouvoir. Les domestiques de l’intérieur et de l’extérieur se plaignaient donc secrètement : « À peine une Yaksha des rondes maritimes est-elle tombée que trois Grands Astres gardiens de la montagne sont venus prendre sa place ! Nous n’avons même plus le temps de boire et de nous amuser en cachette la nuit. »
這日王夫人正是往錦鄉侯府去赴席,李紈與探春,早已梳洗,伺侯出門去後,囬至㕔上坐了。剛吃茶時,只見吳新登的媳婦進来囘說:「趙姨娘的兄弟趙國基昨日出了事,已囬過老太太、太太,說知道了,呌囘姑娘來。」說𭺾,便𡸁手傍侍,再不言語。彼時來囘話者不少,都打聼他二人辦事如何:若辦得妥當,大家則安箇畏懼之心。若少有嫌𨻶不當之處,不但不畏服,一出二門,還說出許多笑話來取笑。吳新登的媳婦心中已有主意:若是鳯姐前,他便早已獻勤,說出許多主意、又查出許多舊例來,任鳯姐揀擇施行。如今他藐視李紈老實,探春是輕年的姑娘,所以只說出這一句話来,試他二人有何主見。探春便問李紈,李紈想了一想,便道:「前日襲人的媽死了,𦗟見說賞銀四十兩,這也賞他四十兩罷了。」吳新登的媳婦聼了,忙答應了個「是」,接了對牌就走。探春道:「你且囬来。」吳新登家的只得囬來。探春道:「你且别支銀子。我且問你:那几年老太太屋裡的幾位老姨奶奶,也有家裡的,也有外頭的,有兩個分别。家裡的若死了人是賞多少?外頭的死了人是賞多少?你且說兩個我們𦗟聼。」一問,吳新登家的便都忘了,忙陪笑囘說道:「這也不是什麼大事,賞多賞少,誰還敢争不成?」探春笑道:「這話胡閙。依我說,賞一百倒好。若不按理,别說你們笑話,明兒也難見你二奶奶。」吳新登家的笑道:「旣這麽說,我查舊賬去。此時却不記得。」探春笑道:「你辦事辦老了的,還不記得,到來難我們。你素日囬你二奶奶也現查去?若有這道理,鳯姐姐還不筭利害,也就算是寛厚了。還不快找了來我瞧。再遲一日,不說你們粗心,倒像我們没主意了。」吳新登家的滿面通紅,忙轉身出来。衆媳婦們都伸舌頭。這裡又囘别的事。
Ce jour-là, Madame Wang était précisément partie assister à un banquet dans la résidence du marquis de Jinxiang. Li Wan et Tanchun, déjà lavées et coiffées, l’avaient attendue jusqu’à son départ, puis étaient revenues prendre place dans la salle. Elles venaient de commencer à boire le thé lorsque l’épouse de Wu Xindeng entra et rapporta : « Zhao Guoji, le frère de la concubine Zhao, est mort hier. On en a déjà informé l’aïeule et Madame Wang ; elles ont dit qu’elles le savaient et qu’il fallait attendre le retour des demoiselles. » Cela dit, elle resta debout à côté d’elles, les mains pendantes, sans ajouter un mot. De nombreuses personnes étaient alors venues présenter leurs rapports, toutes désireuses de voir comment les deux femmes conduiraient les affaires. Si leurs décisions étaient judicieuses, chacun apprendrait à les craindre ; à la moindre erreur ou inconvenance, non seulement on ne les respecterait plus, mais, sitôt la seconde porte franchie, on raconterait quantité de plaisanteries à leurs dépens. L’épouse de Wu Xindeng avait déjà son idée. Devant Xifeng, elle se serait empressée depuis longtemps de proposer toutes sortes de solutions et de rechercher de nombreux précédents afin que Xifeng choisît la conduite à suivre. Mais elle méprisait maintenant l’honnêteté de Li Wan et la jeunesse de Tanchun. Elle se contenta donc de cette seule phrase pour éprouver leur jugement. Tanchun interrogea Li Wan. Après un moment de réflexion, celle-ci répondit : « L’autre jour, quand la mère de Xiren est morte, j’ai entendu dire qu’on lui avait accordé quarante taëls d’argent. Donnons-lui donc aussi quarante taëls. » L’épouse de Wu Xindeng répondit vivement : « Bien », prit la plaque d’autorisation et allait partir lorsque Tanchun dit : « Revenez un instant. » Elle dut revenir. Tanchun poursuivit : « Ne faites pas encore verser l’argent. Je veux d’abord vous demander quelque chose. Parmi les anciennes dames concubines des appartements de l’aïeule, certaines venaient de la maison, d’autres de l’extérieur ; il y avait deux catégories. Combien accordait-on à celles de la maison lorsqu’un membre de leur famille mourait ? Et combien à celles qui venaient de l’extérieur ? Dites-nous ces deux sommes. » À cette question, l’épouse de Wu Xindeng avait tout oublié. Elle répondit précipitamment avec un sourire conciliant : « Ce n’est tout de même pas une grande affaire. Que l’on donne plus ou moins, qui oserait protester ? » Tanchun sourit : « Voilà qui n’a aucun sens. À ce compte-là, autant donner cent taëls. Si nous n’agissons pas selon les règles, vous vous moquerez de nous et, demain, nous n’oserons plus paraître devant votre seconde maîtresse. » L’épouse de Wu Xindeng dit en souriant : « Puisque vous le prenez ainsi, je vais consulter les anciens comptes. Pour l’instant, je ne m’en souviens plus. » Tanchun sourit encore : « Vous traitez ces affaires depuis tant d’années et vous ne vous en souvenez pas ; vous venez donc nous mettre dans l’embarras. Quand vous faisiez vos rapports à votre seconde maîtresse, alliez-vous aussi consulter les comptes sur-le-champ ? Si elle tolérait pareille chose, sœur Xifeng n’était vraiment pas aussi redoutable qu’on le dit : elle était même fort indulgente. Allez vite chercher ces comptes pour que je les voie. Si vous attendez encore un jour, on ne dira pas que vous avez été négligentes, mais que nous ne savons pas nous décider. » Le visage écarlate, l’épouse de Wu Xindeng se retourna précipitamment et sortit. Les autres femmes en tirèrent toutes la langue. On passa ensuite à d’autres affaires.
一時吳家的取了舊賬來,探春看時,兩個家裡的賞過皆二十四兩,兩個外頭的皆賞過四十兩。外還有兩個外頭的,一個賞過一百兩,一個賞過六十兩。這兩筆底下皆有原故:一箇是隔省遷父母之柩,外賞六十兩。一個是現買𦵏地,外賞二十兩。探春便遞與李紈看了,探春便說:「給他二十兩銀子,把這賬留下我們細看。」吳新登家的去了。
Peu après, Madame Wu revint avec les anciens comptes. Tanchun vit que, pour deux concubines venues de la maison, on avait chaque fois accordé vingt-quatre taëls, et pour deux venues de l’extérieur, quarante taëls. Il y avait encore deux autres cas de femmes venues de l’extérieur : l’une avait reçu cent taëls, l’autre soixante. Les raisons en étaient inscrites au-dessous de chaque somme : dans un cas, on avait dû transporter dans une autre province les cercueils des parents et soixante taëls supplémentaires avaient été accordés ; dans l’autre, il fallait acheter sur-le-champ une sépulture et vingt taëls supplémentaires avaient été donnés. Tanchun tendit le registre à Li Wan, puis déclara : « Donnez-lui vingt taëls d’argent et laissez-nous ces comptes pour que nous les examinions en détail. » Madame Wu se retira.
忽見趙姨娘進來,李紈探春忙讓坐,趙姨娘開口便說道:「這屋裡的人,都踹下我的頭去還罷了,姑娘,你也想一想,該替我出氣纔是。」一面說,一面便眼淚鼻涕哭起來。探春忙道:「姨娘這話說誰,我竟不懂。誰踹姨娘的頭?說出来,我替姨娘出氣。」趙姨娘道:「姑娘現踹我,我告訴誰去!」探春𦗟說,忙站起來說道:「我並不敢。」李紈也忙站起來勸。趙姨娘道:「你們請坐下,聼我說。我這屋裡熬油似的熬了這麽大年紀,又有你兄弟,這會子連襲人都不如了,我𮟃有什麽臉?連你也没臉面,别說是我呀!」探春笑道:「原来爲這箇。我說我並不敢犯法違禮。」一面便坐了,拿賬番與趙姨娘瞧,又念與他𦗟。又說道:「這是祖宗手裡舊規矩,人人都依著,偏我攺了不成?這也不但襲人,將來𤨔兒𭣣了外頭的,自然也是同襲人一樣。這原不是什麽争大争小的事,講不到有臉没臉的話上。他是太太的奴才,我是按著舊規矩辦。說辦的好,領祖宗的恩典,太太的恩典。若說辦的不勻,那是他糊𡍼不知福,也只好凴他抱怨去。太太連房子賞了人,我有什麽有臉之處。一文不賞,我也没什麽没臉之處。依我說,太太不在家,姨娘安靜些飬神罷了,何苦只要操心。太太滿心疼我,因姨娘每每生事,幾次寒心。我但凡是箇男人,可以出得去,我必早走了,立一番事業,那時自有我一番道理。偏我是女孩兒家,一句多話也没我亂說的。太太滿心裡都知道,如今因看我重,纔呌我照𬋩家務。𮟃没有做一件好事,姨娘倒先来作賤我。倘或太太知道了,怕我爲難,不呌我管,那纔正經没臉呢,連姨娘真也没臉了!」一面說,一面不禁滚下泪来。
Soudain, la concubine Zhao entra. Li Wan et Tanchun s’empressèrent de lui offrir un siège. Elle commença aussitôt : « Que tous les gens de cette maison me foulent aux pieds, passe encore ; mais vous, mademoiselle, vous devriez songer à prendre ma défense ! » Tout en parlant, elle se mit à pleurer, larmes et morve mêlées. Tanchun demanda vivement : « De qui parlez-vous, madame ? Je ne comprends vraiment pas. Qui vous foule aux pieds ? Dites-le-moi et je prendrai votre défense. » La concubine Zhao répondit : « C’est vous-même qui me foulez aux pieds ; à qui voulez-vous que j’aille me plaindre ? » À ces mots, Tanchun se leva précipitamment : « Je ne me le permettrais pas. » Li Wan se leva aussi pour les apaiser. La concubine Zhao dit : « Asseyez-vous et écoutez-moi. J’ai passé tant d’années dans cette maison à me consumer comme de l’huile, et je vous ai donné un frère. Or, aujourd’hui, je suis moins considérée encore que Xiren. Quel honneur me reste-t-il ? Vous-même en êtes déshonorée, sans même parler de moi ! » Tanchun sourit : « Ainsi, c’est de cela qu’il s’agit. Je savais bien que je n’avais enfreint ni la loi ni les convenances. » Elle se rassit, ouvrit le registre devant la concubine Zhao et lui en lut les mentions. Puis elle ajouta : « C’est une ancienne règle établie par nos ancêtres et chacun s’y conforme. Serait-ce à moi seule de la changer ? D’ailleurs, cela ne concerne pas uniquement Xiren. Lorsque Huan prendra plus tard une femme de l’extérieur, on la traitera naturellement comme Xiren. Il ne s’agit nullement ici de disputer sur la grandeur ou la petitesse du rang, et il n’est pas question d’honneur ou de déshonneur. Xiren est la servante de Madame Wang ; moi, j’ai agi selon l’ancienne règle. Si l’affaire est bien réglée, elle reçoit la faveur des ancêtres et celle de Madame Wang. Si elle prétend que la décision est injuste, c’est qu’elle est assez sotte pour méconnaître son bonheur ; il ne reste qu’à la laisser se plaindre. Madame Wang pourrait donner jusqu’aux maisons à quelqu’un que cela ne m’apporterait aucun honneur ; elle pourrait ne pas accorder une seule sapèque que cela ne me déshonorerait en rien. À mon avis, puisque Madame Wang est absente, vous devriez rester tranquille et prendre soin de vous plutôt que de vous tourmenter ainsi. Madame Wang m’aime de tout son cœur, mais vos querelles incessantes l’ont plusieurs fois profondément peinée. Si seulement j’étais un homme et pouvais partir d’ici, je serais depuis longtemps allée faire ma carrière ; alors, je saurais bien faire valoir mes propres raisons. Mais je suis une fille : je n’ai même pas le droit de prononcer un mot de trop. Madame Wang sait parfaitement tout cela. Si elle me tient aujourd’hui en estime, c’est pour cela qu’elle m’a chargée des affaires domestiques. Je n’ai pas encore pu accomplir une seule bonne chose et déjà vous venez m’humilier. Si Madame Wang l’apprend et, craignant de me mettre dans l’embarras, me retire cette charge, voilà ce qui serait véritablement déshonorant ; et vous-même, madame, en seriez bel et bien déshonorée ! » Tout en parlant, elle ne put retenir les larmes qui roulèrent sur ses joues.
趙姨娘没了别話答對,便說道:「太太疼你,你越發拉扯拉扯我們。你只顧討太太的疼,就把我們忘了。」探春道:「我怎麽忘了?呌我怎麼拉扯?這也問他們各人,那一箇主子不疼出力得用的人?那一個好人用人拉扯的?」李紈在傍只管勸說:「姨娘别生氣,也怨不得姑娘。他滿心裡要拉扯,口裡怎麽說的出來?」探春忙道:「這大嫂子也糊𡍼了。我拉扯誰?誰家姑娘們拉扯奴才了?他們的好歹,你們該知道,與我什麽相干。」趙姨娘氣得問道:「誰呌你拉扯别人去了?你不當家,我也不來問你。你如今現在說一是一,說二是二。如今你舅舅死了,你多給了二三十兩銀子,難道太太就不依你?分明太太是好太太,都是你們尖酸剋薄,可惜太太有恩無處使。姑娘放心,這也使不著你的銀子!明日等出了閣,我還想你額外照看趙家呢。如今没有長翎毛兒就忘了根本,只揀高枝兒飛去了。」
La concubine Zhao ne trouvant rien d’autre à répondre, elle dit : « Puisque Madame Wang vous aime, vous devriez d’autant plus nous soutenir. Vous ne songez qu’à gagner son affection et vous nous oubliez. » Tanchun répondit : « En quoi vous ai-je oubliés ? Et comment voulez-vous que je vous soutienne ? Demandez-le à chacun d’eux : quel maître n’aime pas ceux qui le servent avec zèle et compétence ? Et quelle personne de mérite a besoin qu’on la favorise ? » À côté d’elles, Li Wan ne cessait de les apaiser : « Ne vous mettez pas en colère, madame. On ne peut pas non plus blâmer la demoiselle. Elle désire de tout cœur vous soutenir, mais comment pourrait-elle le dire ouvertement ? » Tanchun s’écria : « Même vous, ma belle-sœur aînée, vous perdez la raison ! Qui donc voudrais-je favoriser ? Depuis quand les demoiselles d’une famille favorisent-elles les esclaves ? C’est à vous de savoir s’ils sont bons ou mauvais ; en quoi cela me concerne-t-il ? » Furieuse, la concubine Zhao demanda : « Qui vous parle de favoriser des étrangers ? Quand vous ne gouverniez pas la maison, je ne venais pas vous interroger. Mais maintenant, ce que vous dites fait loi. Votre oncle maternel vient de mourir : si vous aviez donné vingt ou trente taëls de plus, Madame Wang s’y serait-elle opposée ? Madame Wang est manifestement une bonne maîtresse ; c’est vous autres qui êtes tous acerbes et mesquins. Quel dommage qu’elle ait tant de bonté sans pouvoir l’exercer ! Soyez tranquille, mademoiselle : cet argent ne sortirait pas de votre poche. Pourtant, lorsque vous serez mariée, j’espère encore que vous prendrez particulièrement soin de la famille Zhao. Vous n’avez pas encore toutes vos plumes que déjà vous oubliez vos racines et ne cherchez qu’une haute branche où vous envoler ! »
探春没聼完,已氣得臉白氣噎,抽抽咽咽的一面哭一面問道:「誰是我舅舅?我舅舅年下纔陞了九省檢㸃,那裡又跑出一箇舅舅来?我到素昔按禮尊敬,越發敬出這些親戚来了。旣這麽說,每日嬛兒出去,爲什麽趙國基又站起來,又跟他上學?爲什麽不拿出舅舅的𭭎来?何苦來,誰不知道我是姨娘飬的,必要過兩三個月尋出由頭來,徹底來番騰一陣,怕人不知道,故意表白表白。也不知道是誰給誰没臉?幸𧇊我還明白,但凡糊塗不知禮的,早急了!」李紈急得只𬋩勸,趙姨娘只𬋩還唠叨。
Avant même qu’elle eût achevé, Tanchun, le visage blême et le souffle étranglé par la colère, pleurait à sanglots et demanda : « Qui est mon oncle maternel ? Le mien vient justement d’être promu, à la fin de l’année, inspecteur général des neuf provinces. D’où sort donc cet autre oncle ? J’ai toujours scrupuleusement respecté les convenances, et voilà que ce respect me vaut toute une parenté nouvelle ! Puisqu’il en est ainsi, chaque jour, quand Huan sort, pourquoi Zhao Guoji se lève-t-il devant lui et l’accompagne-t-il à l’école ? Pourquoi ne prend-il pas les manières d’un oncle maternel ? À quoi bon tout cela ? Qui ignore que j’ai été mise au monde par une concubine ? Il faut absolument que, tous les deux ou trois mois, vous trouviez un prétexte pour tout remuer de fond en comble, de peur que quelqu’un ne l’oublie, et que vous le proclamiez exprès. Je ne sais vraiment pas qui déshonore qui ! Heureusement que je comprends encore les choses ; si j’avais été sotte et ignorante des convenances, il y a longtemps que je me serais emportée ! » Li Wan, très inquiète, ne cessait de les exhorter au calme, tandis que la concubine Zhao continuait à maugréer.
忽聼有人說:「二奶奶打發平姑娘說話來了。」趙姨娘𦘏說,方把嘴止住。只見平兒走來,趙姨娘忙陪笑讓坐,又忙問:「你奶奶好些?我正要瞧去,就只没得空兒。」李紈見平兒進來,因問他:「來作什麼?」平兒笑道:「奶奶說:趙姨奶奶的兄弟没了,恐怕奶奶和姑娘不知有舊例。若照常例,只得二十兩。如今請姑娘裁度着,再添些也使得。」探春早已拭去淚痕,忙說道:「又好好的添什麽,誰又是二十四個月養的?不然,也是出兵放馬、背着主人逃出命來過的人不成?你主子真個倒巧:呌我開了例,他做好人,拿着太太不心疼的錢,樂得做人情。你告訴他,我不敢添減混出主意。他添他施恩,等他好了出來,愛怎麽添怎麽添。」平兒一来時,已明白了對半。今𦗟這話,越發會意。見探春有怒色,便不敢以徃日喜樂之時相待,只一邊𡸁手黙侍。
Soudain, on annonça : « La seconde maîtresse envoie mademoiselle Ping transmettre un message. » En l’entendant, la concubine Zhao se tut enfin. Ping’er entra. La concubine Zhao s’empressa de lui offrir un siège avec un sourire flatteur et demanda aussitôt : « Votre maîtresse va-t-elle mieux ? Je voulais justement lui rendre visite, mais je n’ai pas encore trouvé un moment. » Voyant Ping’er entrer, Li Wan lui demanda : « Qu’est-ce qui vous amène ? » Ping’er répondit en souriant : « Ma maîtresse dit que, puisque le frère de dame Zhao est mort, elle craint que la première maîtresse et la demoiselle ne connaissent pas l’ancien précédent. Selon la règle ordinaire, il ne doit recevoir que vingt taëls. Mais elle prie la demoiselle d’en décider et dit que l’on peut aussi ajouter quelque chose. » Tanchun avait déjà essuyé ses larmes. Elle répondit vivement : « Pourquoi donc ajouter quoi que ce soit ? Qui a été porté vingt-quatre mois dans le ventre de sa mère ? Ou bien cet homme aurait-il lâché les chevaux pour une expédition, ou porté son maître sur son dos afin de lui sauver la vie ? Votre maîtresse est vraiment habile : elle veut que j’établisse un précédent tandis qu’elle jouera le beau rôle ; avec l’argent de Madame Wang, qu’elle ne regrettera pas, elle se fera volontiers une réputation de générosité. Dites-lui que je n’ose ni ajouter ni retrancher, ni inventer des décisions confuses. Si elle veut ajouter quelque chose et dispenser ses bienfaits, qu’elle attende d’être remise ; elle pourra alors ajouter tout ce qu’elle voudra. » Dès son arrivée, Ping’er avait déjà compris la moitié de ce qui s’était passé ; ces paroles lui firent saisir tout le reste. Voyant la colère sur le visage de Tanchun, elle n’osa pas la traiter avec la familiarité joyeuse des jours ordinaires et resta silencieusement debout à côté d’elle, les mains pendantes.
時值寳釵也從上房中來,探春等忙起身讓坐,未及開言,又有一個媳婦進來囬事,因探春纔哭了,便有三四個小丫鬟捧了臉盆、巾帕、靶鏡等物來。此時探春因盤𰯌坐在矮板榻上,那捧盆丫鬟走至跟前,便雙𦡀跪下,高捧臉盆,那兩個丫鬟也都在旁屈𰯌捧着巾帕並靶鏡𮌖粉之飾。平兒見侍書不在這裡,便忙上来與探春挽袖卸鐲,又接過一条大手巾來,將探春面前衣衿掩了,探春方伸手向臉盆中盥沐。媳婦便囬道:「奶奶,姑娘:家學裡支𤨔爺和蘭哥兒一年的公費。」平兒先道:「你忙什麽?你睁著眼看見姑娘洗臉,你不出去伺候著,倒先說話来。二奶奶跟前,你也這様没眼色來著?姑娘雖恩寛,我去囬了二奶奶,只說你們眼裡都没姑娘,你們都吃了虧,可别怨我!」唬得那個媳婦忙陪笑說:「我粗心了。」一面說,一面忙退出去。
À cet instant, Baochai arriva elle aussi des appartements principaux. Tanchun et les autres se levèrent vivement pour lui offrir un siège. Avant qu’elles aient pu parler, une autre épouse d’intendant entra présenter une affaire. Comme Tanchun venait de pleurer, trois ou quatre petites servantes apportèrent une cuvette, une serviette, un miroir à manche et d’autres objets. Tanchun était assise les jambes croisées sur un lit bas de bois. La servante portant la cuvette s’avança, s’agenouilla sur les deux genoux et la leva bien haut ; les deux autres, agenouillées à côté d’elle, tenaient la serviette, le miroir à manche, la poudre et les accessoires de toilette. Voyant que Shishu n’était pas là, Ping’er s’avança vivement pour retrousser les manches de Tanchun et lui retirer ses bracelets. Puis elle prit une grande serviette et en couvrit le devant de sa robe. Alors seulement Tanchun plongea les mains dans la cuvette pour se laver. L’épouse d’intendant commença son rapport : « Première maîtresse, mademoiselle : l’école familiale demande l’allocation annuelle du jeune maître Huan et du jeune Lan. » Ping’er l’interrompit aussitôt : « Pourquoi tant de hâte ? Vous voyez de vos propres yeux que la demoiselle se lave le visage. Au lieu d’attendre dehors pour la servir, vous vous mettez à parler. Devant la seconde maîtresse, manquiez-vous déjà à ce point de discernement ? La demoiselle a beau être indulgente, si je vais dire à la seconde maîtresse que vous n’avez toutes aucun respect pour elle, vous en pâtirez ; ne venez pas ensuite vous plaindre de moi ! » Effrayée, la femme s’empressa de sourire humblement : « J’ai été étourdie. » Tout en parlant, elle recula précipitamment hors de la salle.
探春一面勻臉,一面向平兒冷笑道:「你遲了一歩,没見還有可笑的。連吳姐姐這麽個辦老了事的也不查淸楚了就来混我們。幸虧我們問他,他竟有臉說『忘了』。我說他囘二奶奶事也忘了再找去?我料着你主子未必有耐性兒等他去找。」平兒笑道:「他有這麽一次,包管腿上的筋早折了兩根。姑娘别信他們。那是他們瞅著大奶奶是個菩薩,姑娘又是腼腆小姐,固然是托懶來混。」說着,又向門外說道:「你們只管撒野,等奶奶大安了,偺們再說。」門外的衆媳婦都笑道:「姑娘,你是個最明白的人,俗語說:『一人作罪一人當。』我們並不敢欺𡚁主子。如今主子是姣客,若認眞惹惱了,𭮀無𦵏身之地!」平兒冷笑道:「你們明白就好了。」又陪笑向探春道:「姑娘知道,二奶奶本來事多,那裡照看得這些?保不住不忽畧。俗語說:『傍觀者淸。』這幾年姑娘冷眼看着,或有該添該减的去處,二奶奶没行到,姑娘竟一添减,頭一件與太太有益,第二件,也不枉姑娘待我們奶奶的情義了。」
Tout en se repoudrant le visage, Tanchun dit à Ping’er avec un rire froid : « Vous êtes arrivée un instant trop tard : vous avez manqué quelque chose de plus risible encore. Même sœur Wu, qui traite les affaires depuis tant d’années, est venue nous embrouiller sans avoir vérifié les choses. Heureusement que nous l’avons interrogée ; elle a même eu l’aplomb de répondre qu’elle avait oublié. Je lui ai demandé si elle oubliait aussi les affaires dont elle rendait compte à la seconde maîtresse et allait ensuite chercher les registres. J’imagine que votre maîtresse n’aurait pas eu la patience de l’attendre. » Ping’er sourit : « Si elle lui avait fait cela une seule fois, je vous garantis qu’elle aurait eu deux tendons des jambes rompus. Ne les croyez pas, mademoiselle. Elles ont vu que la première maîtresse était un bouddha vivant et que vous étiez une jeune demoiselle réservée ; naturellement, elles ont voulu se dérober à leur travail et vous tromper. » Puis elle lança vers la porte : « Continuez donc à vous conduire sans frein ! Quand notre maîtresse sera tout à fait remise, nous en reparlerons. » Les épouses d’intendants qui se trouvaient dehors rirent toutes : « Mademoiselle, vous êtes la personne la plus clairvoyante qui soit. Comme dit le proverbe : “Chacun répond de sa propre faute.” Nous n’oserions jamais tromper nos maîtresses. Notre maîtresse est aujourd’hui une fille choyée de la maison ; si nous la mettions sérieusement en colère, nous mourrions sans même trouver où nous faire enterrer ! » Ping’er répondit avec un rire froid : « Tant mieux si vous le comprenez. » Puis, se tournant vers Tanchun avec un sourire conciliant, elle poursuivit : « Vous savez, mademoiselle, que la seconde maîtresse a toujours une foule d’affaires. Comment pourrait-elle veiller à tout ? Elle ne peut manquer de négliger certaines choses. Comme dit le proverbe : “Le spectateur voit clair.” Depuis quelques années, vous observez tout cela avec un regard impartial. S’il existe des dépenses qu’il faudrait augmenter ou réduire et auxquelles la seconde maîtresse n’a pas touché, faites-le sans hésiter. Premièrement, ce sera profitable à Madame Wang ; deuxièmement, vous ne décevrez pas l’affection que vous portez à notre maîtresse. »
話未說完,寳釵李紈皆笑道:「好丫頭,真怨不得鳯丫頭偏疼他!本來無可添减之事,如今聼你一說,倒要找出兩件來斟酌斟酌,不辜負你這話。」探春笑道:「我一肚子氣,正要拿他奶奶出氣去,偏他碰了來,說了這些話,呌我也没了主意了。」一面說,一面呌進方纔那媳婦来問:「𤨔爺和蘭哥家學裡這一年的銀子,是做那一項用的?」那媳婦便囬說:「一年學裡吃㸃心或者買紙筆,每位有八兩銀子的使用。」探春道:「凡爺們的使用,都是各屋裡支月錢的。𤨔哥的是姨娘領二兩,寳玉的,老太太屋裡襲人領二兩。蘭哥兒是大奶奶屋裡領:怎麽學裡每人多這八兩?原來上學去的是爲這八兩銀子。從今日起,把這一項蠲了。平兒囬去,告訴你奶奶,說我的話,把這一條務必免了。」平兒笑道:「早就該免。舊年奶奶原說要免的,因年下忙,就忘了。」那個媳婦只得答應著去了。
Avant même qu’elle eût fini, Baochai et Li Wan rirent toutes deux : « Bonne fille ! On comprend vraiment pourquoi la petite Feng a pour elle une affection particulière. Il n’y avait rien à augmenter ni à retrancher, mais, après ce que vous venez de dire, il nous faut trouver deux ou trois articles à examiner, afin de ne pas rendre vos paroles vaines. » Tanchun sourit : « J’avais le ventre plein de colère et je voulais justement me défouler sur sa maîtresse. Mais voilà qu’elle arrive à point nommé et me tient ce discours : je ne sais plus que faire. » Tout en parlant, elle rappela l’épouse d’intendant qui venait de sortir et lui demanda : « À quoi sert l’argent versé cette année par l’école familiale pour le jeune maître Huan et le jeune Lan ? » La femme répondit : « Pour les collations prises à l’école et pour acheter du papier et des pinceaux ; chacun reçoit huit taëls d’argent pour ces dépenses. » Tanchun dit : « Toutes les dépenses des jeunes maîtres sont couvertes par les allocations mensuelles de leurs appartements. Pour Huan, sa mère reçoit deux taëls ; pour Baoyu, Xiren les reçoit dans les appartements de l’aïeule ; et pour le jeune Lan, c’est l’appartement de la première maîtresse qui les perçoit. Pourquoi l’école leur donne-t-elle encore huit taëls chacun ? À ce compte-là, ils ne vont à l’école que pour toucher ces huit taëls. À partir d’aujourd’hui, cette dépense est supprimée. Ping’er, à votre retour, dites à votre maîtresse que, sur mon ordre, cet article doit absolument être aboli. » Ping’er sourit : « Il aurait dû l’être depuis longtemps. L’an dernier, notre maîtresse avait justement dit qu’il fallait le supprimer, mais les occupations de la fin de l’année le lui ont fait oublier. » L’épouse d’intendant ne put qu’acquiescer et se retirer.
就有大觀園中媳婦捧了飯盒子來,侍書素雲早已抬過一張小飯桌來,平兒也忙着上菜,探春笑道:「你說完了話,幹你的去罷,在這裡又忙什麽?」平兒笑道:「我原没事的,二奶奶打𤼵了我來,一則說話,二則恐這裡人不方便,原是呌我帮着妹妹們伏侍奶奶姑娘的。」探春因問:「寳姑娘的怎麽不端來一處吃?」丫鬟們𦗟說,忙出至簷外,命媳婦們去說:「寶姑娘如今在㕔上一處吃,呌他們把飯送了這裡來。」探春聼說,便高聲說道:「你别混支使人!那都是辦大事的管家娘子們,你們支使他要飯要茶的,連箇高低都不知道!平兒這裡跕着,呌他呌去。」
Une femme du Jardin aux Grandes Vues arriva alors avec des boîtes contenant le repas. Shishu et Suyun avaient déjà apporté une petite table. Ping’er s’empressa, elle aussi, de disposer les plats. Tanchun lui dit en souriant : « Vous avez transmis votre message ; retournez donc à vos occupations. Pourquoi vous affairez-vous encore ici ? » Ping’er répondit : « Je n’avais rien d’autre à faire. La seconde maîtresse m’a envoyée d’abord pour transmettre son message, ensuite parce qu’elle craignait que les gens d’ici ne soient pas suffisamment à l’aise. Elle m’a donc expressément chargée d’aider mes jeunes sœurs à servir la première maîtresse et les demoiselles. » Tanchun demanda : « Pourquoi n’apporte-t-on pas aussi le repas de mademoiselle Bao, afin que nous mangions ensemble ? » À ces mots, les servantes sortirent précipitamment sous l’auvent et ordonnèrent aux femmes d’aller annoncer : « Mademoiselle Bao mange aujourd’hui dans la salle ; qu’on apporte son repas ici. » En les entendant, Tanchun déclara d’une voix forte : « Ne donnez pas des ordres à tort et à travers ! Ce sont toutes des intendantes chargées des affaires importantes. Vous leur commandez d’aller chercher à manger ou à boire sans même connaître les rangs ! Puisque Ping’er est ici, dites-lui d’aller transmettre l’ordre. »
平兒忙答應了一聲出來。那些媳婦們都悄悄的拉住笑道:「那裡用姑娘去呌,我們已有人呌去了。」一面說,一面用手帕担石磯上,說:「姑娘跕了半天,乏了,這太陽地裡且歇歇。」平兒便坐下。又有茶房裡的兩個婆子拿了箇坐褥鋪下,說:「石頭冷,這是極乾净的,姑娘將就坐一坐兒罷。」平兒忙陪笑道:「多謝。」一個又捧了一碗精緻新茶出來,也悄悄笑說:「這不是我們常用的茶,原是伺候姑娘們的,姑娘且潤一潤罷。」平兒忙欠身接了,因指衆媳婦悄悄說道:「你們太閙的不像了。他是個姑娘家,不肯發威動怒,這是他尊重,你們就藐視欺負他。果然招他動了大氣,不過說他一個粗糙就完了,你們就現吃不了的虧!他撒個姣,太太也得讓他一二分,二奶奶也不敢怎様。你們就這麼大胆子小看他,可是鷄蛋往石頭上碰!」衆人都忙道:「我們何嘗敢大胆了,都是趙姨娘閙的!」平兒也悄悄的道:「罷了,好奶奶們,『墻倒衆人推』,那趙姨奶奶原有些顛倒着三不着兩,有了事都就頼他。你們素日那眼裡没人,心術利害,我這幾年難道還不知道!二奶奶若是料差一㸃兒的,早被你們這些奶奶們治倒了。饒這麽着,得一㸃空兒,還要難他一難,好幾次没落了你們的口聲。衆人都道他利害,你們都怕他,惟我知道他心裡也就不筭不怕的。前日我們還議論到這裡,再不能依頭順尾,必有兩塲氣生。那三姑娘雖是個姑娘,你們都橫看了他。二奶奶在這些大姑子小姑子裡頭,也就只單怕他五分。你們這會子倒不把他放在眼裡了!」
Ping’er répondit aussitôt et sortit. Les femmes la retinrent discrètement en riant : « Pourquoi faudrait-il que vous y alliez vous-même, mademoiselle ? Nous avons déjà envoyé quelqu’un. » Tout en parlant, l’une d’elles épousseta de son mouchoir un banc de pierre et dit : « Vous êtes restée debout une bonne partie de la journée et devez être fatiguée. Reposez-vous un instant ici, au soleil. » Ping’er s’assit. Deux vieilles femmes de l’office du thé apportèrent encore un coussin qu’elles étendirent : « La pierre est froide. Ce coussin est parfaitement propre ; veuillez vous en accommoder un moment. » Ping’er les remercia avec un sourire. Une autre lui apporta un bol de thé nouveau soigneusement préparé et dit tout bas en souriant : « Ce n’est pas le thé que nous buvons d’ordinaire ; il est réservé au service des demoiselles. Humectez-vous donc la gorge. » Ping’er se souleva vivement pour le recevoir, puis, désignant les femmes, leur dit à voix basse : « Vous dépassez vraiment toutes les bornes. Comme elle est une demoiselle et ne veut ni imposer son autorité ni se mettre en colère, elle garde sa dignité ; mais vous la méprisez et la malmenez. Si vous parvenez réellement à provoquer sa fureur, on dira tout au plus qu’elle a été brusque, et l’affaire sera close ; mais vous, vous en subirez aussitôt les conséquences ! Si elle se montre seulement un peu capricieuse, Madame Wang elle-même doit lui céder d’un ou deux points, et la seconde maîtresse n’ose pas lui faire grand-chose. Comment pouvez-vous avoir l’audace de la sous-estimer ainsi ? C’est lancer un œuf contre une pierre ! » Toutes répondirent vivement : « Nous n’avons jamais eu cette audace. C’est la concubine Zhao qui a provoqué tout ce tapage ! » Ping’er dit encore à voix basse : « Allons, mes bonnes dames ! “Quand un mur s’écroule, chacun vient le pousser.” Dame Zhao a certes l’esprit un peu dérangé et parle souvent à tort et à travers, mais dès qu’il arrive quelque chose, vous rejetez tout sur elle. Vous qui, d’ordinaire, ne respectez personne et avez l’esprit si retors, croyez-vous que je ne vous connaisse pas après toutes ces années ? Si la seconde maîtresse s’était trompée tant soit peu dans ses calculs, vous l’auriez depuis longtemps renversée. Et malgré tout, dès que vous trouvez une ouverture, vous cherchez encore à lui créer des difficultés ; plusieurs fois déjà, elle n’a pu échapper à vos médisances. Tout le monde dit qu’elle est redoutable et que vous la craignez, mais moi seule sais qu’au fond elle n’est pas sans inquiétude. L’autre jour encore, nous en parlions : elle ne peut plus continuer à tout accepter sans résistance, sinon il y aura certainement deux ou trois violentes querelles. La troisième demoiselle a beau n’être qu’une jeune fille, vous vous trompez toutes sur son compte. Parmi toutes les belles-sœurs et jeunes sœurs de la famille, la seconde maîtresse ne craint vraiment qu’elle, au moins pour moitié. Et maintenant, vous ne la prenez même plus au sérieux ! »
正說著,只見秋紋走来,衆媳婦忙赶著問好,又說:「姑娘也且歇一歇,裡頭擺飯呢。等撤下飯棹子來,再囬話去。」秋紋笑道:「我比不得你們,我那裡等得!」說着,便直要上㕔去。平兒忙呌:「快囘來!」秋紋囬頭,見了平兒,笑道:「你又在這裡充什麽外圍子的防䕶?」一面囬身便坐在平兒褥上。平兒悄問:「囬什麽?」秋紋道:「問一問寳玉的月錢。我們的月錢多早晚纔領?」平兒道:「這什麽大事!你快囬去告訴襲人,說我的話:凴有什麽事,今日都别囬。若囬一件,管駁一件。囬一百件,管駁一百件。」秋紋𦗟了,忙問:「這是爲什麽?」平兒與衆媳婦等都忙告訴他原故。又說:「正要找幾處利害事與有體面的人来開例,作法子鎭壓,與衆人作榜様呢。何苦你們先來碰在這釘子上?你這一去說了,他們若拿你們也作一二件榜様,又碍着老太太、太太。若不拿着你們做一二件,人家又說偏一個向一個,仗着老太太、太太威勢的就怕,不敢熏,只拿著軟的做鼻子頭。你聼聼罷,二奶奶的事,他𮟃要駁兩件,纔壓得衆人口聲呢!」秋紋𦗟了,伸了伸舌頭,笑道:「幸而平姐姐在這裡,没得臊一鼻子灰,趂早知會他們去。」說著,便起身走了。
Pendant qu’elles parlaient, Qiuwen arriva. Les femmes s’empressèrent de venir la saluer et lui dirent : « Reposez-vous aussi un instant, mademoiselle. On sert le repas à l’intérieur. Attendez que la table soit retirée avant d’aller présenter votre rapport. » Qiuwen rit : « Je ne suis pas comme vous ; je ne peux pas attendre ! » Et elle se dirigea droit vers la salle. Ping’er l’appela vivement : « Revenez vite ! » Qiuwen se retourna, aperçut Ping’er et dit en riant : « Quel rôle de garde des défenses extérieures jouez-vous encore ici ? » Elle revint s’asseoir avec elle sur le coussin. Ping’er lui demanda tout bas : « Quel rapport venez-vous faire ? » Qiuwen répondit : « Je viens demander quand nous pourrons enfin toucher l’allocation mensuelle de Baoyu. » Ping’er dit : « Ce n’est pas une affaire importante ! Retournez vite dire à Xiren, de ma part, de ne présenter aucune affaire aujourd’hui, quelle qu’elle soit. Si elle en présente une, elle sera rejetée ; si elle en présente cent, les cent seront rejetées. » Qiuwen demanda précipitamment : « Pourquoi cela ? » Ping’er et les femmes lui racontèrent toute l’affaire, puis ajoutèrent : « Elles cherchent justement quelques cas importants, impliquant des personnes respectées, afin d’établir un précédent, d’imposer une règle et de donner un exemple à tous. Pourquoi faudrait-il que vous veniez la première vous heurter à ce clou ? Si vous allez faire votre rapport et qu’elles se servent de vous pour établir un ou deux exemples, elles se trouveront gênées par l’aïeule et Madame Wang. Mais si elles ne vous choisissent pas, les autres diront qu’elles favorisent les unes aux dépens des autres, qu’elles craignent ceux qui s’appuient sur l’autorité de l’aïeule et de Madame Wang et n’osent pas les réprimander, mais qu’elles prennent les plus faibles pour cible. Rendez-vous compte : elles veulent même réfuter deux décisions de la seconde maîtresse afin de faire taire tout le monde ! » Qiuwen tira la langue et rit : « Heureusement que grande sœur Ping se trouve ici ! Je me serais fait couvrir de honte. Je vais vite prévenir les autres. » Sur ce, elle se leva et repartit.
接著寳釵的飯至,平兒忙進來伏侍。那時趙姨娘已去,三人在板床上吃飯,寳釵面南,探春面西,李紈面東。衆媳婦皆在廊下靜候,裡頭只有他們𦂳跟常侍的丫鬟伺侯,别人一槩不敢擅入。這些媳婦們都悄悄的議論說:「大家省事罷!别安著没良心的主意。連吳大娘纔都討了没意思,偺們又是什麽有臉的!」他們一邊悄議,等飯完囬事。只覺裡面鴉雀無聞,並不聞碗箸之响。一時,只見一箇丫頭將簾櫳高揭,又有兩個將桌抬出。茶房内有三個丫鬟,捧著三個沐盆兒。見飯棹已出,三人便進去了。一囬又捧出沐盆並漱盂來,方有侍書、素雲、鶯兒三個人,每人用茶盤捧了三蓋碗茶進去。一時等他三人出來,侍書命小丫頭子:「好生伺侯著,我們吃飯來換你們,可又别偷坐著去。」衆媳婦們方慢慢的安分囬事,不敢如先前輕慢踈忽了。探春氣方漸平,因向平兒道:「我有一件大事,早要和你奶奶商議,如今可巧想起來。你吃了飯快来。寳姑娘也在這裡,偺們四個人商議了,再細細的問你奶奶可行可止。」
Le repas de Baochai arriva ensuite et Ping’er entra vivement pour servir. La concubine Zhao était déjà partie. Les trois femmes mangèrent sur le lit de bois : Baochai tournée vers le sud, Tanchun vers l’ouest et Li Wan vers l’est. Toutes les épouses d’intendants attendaient silencieusement sous la galerie. À l’intérieur, seules les servantes qui les suivaient et les servaient habituellement étaient présentes ; personne d’autre n’osait entrer sans permission. Les femmes se disaient tout bas : « Épargnons-nous donc des ennuis et ne nourrissons pas de mauvaises intentions. Même dame Wu vient d’être humiliée ; quelle importance avons-nous, nous autres ? » Elles discutaient à voix basse en attendant la fin du repas pour présenter leurs rapports. De l’intérieur ne venait pas le moindre bruit : on n’entendait même pas le choc des bols et des baguettes. Au bout d’un moment, une servante souleva bien haut le rideau tandis que deux autres emportaient la table. Trois servantes de l’office du thé, tenant chacune une petite cuvette, attendirent que la table fût sortie, puis entrèrent. Elles ressortirent bientôt avec les cuvettes et les crachoirs. Shishu, Suyun et Ying’er entrèrent alors à leur tour, chacune portant sur un plateau trois bols de thé couverts. Lorsqu’elles ressortirent, Shishu ordonna aux petites servantes : « Servez-les avec soin. Nous allons manger et reviendrons vous remplacer. Surtout, n’allez pas vous asseoir en cachette. » Les épouses d’intendants commencèrent alors à présenter paisiblement et docilement leurs rapports, sans plus oser se montrer aussi méprisantes et négligentes qu’auparavant. La colère de Tanchun s’apaisa peu à peu. Elle dit à Ping’er : « Il est une affaire importante dont je voulais depuis longtemps discuter avec votre maîtresse ; elle me revient justement à l’esprit. Après votre repas, revenez vite. Mademoiselle Bao est également ici : nous quatre en délibérerons, puis nous demanderons en détail à votre maîtresse si la chose peut ou non se faire. »
平兒答應囬去。鳯姐因問:「爲何去這半日?」平兒便笑着將方纔的原故細細說與他聼了。鳯姐兒笑道:「好好好!好個三姑娘!我說不錯。只可惜他命薄,没托生在太太肚裡。」平兒笑道:「奶奶也說糊𡍼話了。他便不是太太養的,難道誰敢小看他,不與别的一様看待麼?」鳯姐嘆道:「你那裡知道?雖然庻出一様,女兒𨚫比不得男人,將来攀親時,如今有一種輕狂人,先要打聼姑娘是正出是庶出,多有爲庻出不要的。殊不知别說庶出,便是我們的丫頭,比人家的小姐還强呢!將来不知那個没造化的,爲挑庶正悞了事呢。也不知那個有造化的,不挑庻正的得了去。」說著,又向平兒笑道:「你知道我這幾年生了多少省儉的法子,一家子大約也没個背地裡不恨我的。我如今也是『𮪍上老虎』了,雖然看破些,無奈一時也難寛放。二則家裡出去的多,進来的少,凢百大小事兒,仍是照著老祖宗手裡的規矩,却一年進的產業,又不及先時多。省儉了,外人又笑話,老太太、太太也受委屈,家下也抱怨剋簿;若不趂早兒料理省儉之計,再幾年就都賠盡了。」平兒道:「可不是這話!將來還有三四位姑娘,還有兩三個小爺們,一位老太太,這幾件大事未完呢。」
Ping’er acquiesça et retourna auprès de Xifeng. Celle-ci lui demanda : « Pourquoi êtes-vous restée si longtemps ? » Ping’er lui raconta alors en souriant, dans tous ses détails, ce qui venait de se passer. Xifeng s’écria : « Bien, bien, très bien ! Voilà une remarquable troisième demoiselle ! Je ne m’étais pas trompée. Quel dommage seulement que son destin soit si mince et qu’elle ne soit pas née du ventre de Madame Wang. » Ping’er sourit : « Vous aussi, maîtresse, vous dites des sottises. Elle n’a peut-être pas été mise au monde par Madame Wang, mais qui oserait la mépriser et ne pas la traiter comme les autres ? » Xifeng soupira : « Que pouvez-vous en savoir ? Les enfants de concubines ont beau être traités de même, une fille n’est pas dans la même situation qu’un homme. Lorsqu’il faudra lui chercher une alliance, il existe aujourd’hui des gens frivoles qui commenceront par s’informer si la demoiselle est née de l’épouse principale ou d’une concubine ; beaucoup refusent celles qui sont nées d’une concubine. Ils ignorent que, sans même parler de nos filles de concubines, nos servantes valent encore mieux que les demoiselles de certaines familles ! Je ne sais quel malchanceux laissera passer une belle occasion à force de distinguer les filles légitimes des autres, ni quel homme heureux, sans s’en soucier, saura l’obtenir. » Puis elle ajouta en riant à Ping’er : « Vous savez combien de moyens d’économiser j’ai imaginés ces dernières années. Dans toute la famille, il ne doit guère y avoir quelqu’un qui ne me haïsse pas en secret. À présent, je “chevauche le tigre” : même si j’ai compris certaines choses, je ne peux pas relâcher les rênes du jour au lendemain. D’autre part, la maison dépense beaucoup et reçoit peu. Pour toutes les affaires, grandes ou petites, nous suivons encore les règles du temps de la Vieille Aïeule ; pourtant, les revenus annuels des propriétés sont bien moindres qu’autrefois. Si nous économisons, les gens du dehors se moquent de nous, l’aïeule et Madame Wang doivent subir des privations, et les domestiques se plaignent de notre mesquinerie. Mais si nous ne prenons pas assez tôt des mesures d’économie, dans quelques années nous aurons tout perdu. » Ping’er répondit : « C’est bien vrai ! Il reste encore trois ou quatre demoiselles, deux ou trois jeunes maîtres et l’aïeule : toutes ces grandes affaires restent à régler. »
鳯姐兒笑道:「我也慮到這裡,倒也彀了。寳玉和林妹妹,他兩個一娶一嫁,可以使不著官中錢,老太太自有體己拿出来。二姑娘是大老爺那邊的,也不筭。剩了三四個,滿破著每人花上一萬銀子。𤨔哥娶親有限,花上三千兩銀子。若不彀,那裡省一抿子也就彀了。老太太的事出來,一應都是全了的,不過零星雜項便費些,滿破三五千兩。如今再儉省些,陸續就彀了。只怕如今平空再生出一兩件事來,可就了不得了。偺們且别慮後事,你且吃了飯,快𦗟他們商議什麽。這正碰了我的機㑹,我正愁没個膀背,雖有個寳玉,他又不是這裡頭的貨,總收伏了他,也不中用。大奶奶是個佛爺,也不中用。二姑娘更不中用,亦且不是這屋裡的人。四姑娘小呢,蘭小子與𤨔兒更是個𤌥毛的小凍猫子,只等有熱竈火炕讓他鑽去罷,眞真一個娘肚子裡跑出這様天懸地隔的兩個人來,我想到那裡就不服。再者林丫頭和寶姑娘他兩個人倒好,偏又都是親戚,又不好𬋩偺們家務事。况且一個是美人燈兒,風吹吹就壊了。一個是拿定了主意,『不干己事不張口,一問摇頭三不知』,也難十分去問他。倒只剰了三姑娘一個,心裡嘴裡都也来得,又是偺家的正人,太太又疼他,雖然面上淡淡的,皆因是趙姨娘那老東西閙的,心裡却是和寳玉一様呢。比不得環兒,實在令人難疼,要依我的性子,早攆出去了!如今他旣有這主意,正該和他協同,大家做個膀背,我也不孤不獨了。按正禮天理良心上論,偺們有他這一個人帮着,偺們也省些心,與太太的事也有益。若按私心藏奸上論,我也太行毒了,也該抽囬退歩,囬頭看看。再要窮追苦剋,人恨極了,他們笑裡藏刀,偺們兩個纔四個眼睛兩個心,一時不防,倒弄壊了。趂着𦂳溜之中,他出頭一料理,衆人就把徃日偺們的恨暫可解了。還有一件,我雖知你極明白,恐怕你心裡挽不過來,如今嘱咐你:他雖是姑娘家,心裡却事事明白,不過是言語謹慎。他又比我知書識字,更利害一層了。如今俗語說:『擒賊必先擒王。』他如今要作法開端,一定是先拿我開端,倘或他要駁我的事,你可别分辯,你只越恭敬越說駁的是纔好。千萬别想著怕我没臉,和他一强,就不好了。」
Xifeng sourit : « J’y ai pensé moi aussi, et l’argent devrait suffire. Pour le mariage de Baoyu et celui de petite sœur Lin, il ne sera pas nécessaire de puiser dans la caisse commune : l’aïeule sortira ses économies personnelles. La seconde demoiselle appartient à la branche du maître aîné et ne compte donc pas. Il en reste trois ou quatre autres ; mettons, au pire, dix mille taëls pour chacune. Pour le mariage du jeune Huan, la dépense sera limitée : trois mille taëls suffiront. Si ce n’est pas assez, on rognera une petite somme ailleurs. Lorsque viendra l’affaire de l’aïeule, tout le nécessaire est déjà complet ; seuls les menus articles divers coûteront encore quelque chose, tout au plus trois à cinq mille taëls. En économisant encore un peu dès maintenant, nous réunirons progressivement la somme nécessaire. Je crains seulement qu’une ou deux affaires imprévues ne surgissent entre-temps : ce serait alors terrible. Ne nous inquiétons pas encore de l’avenir. Allez manger et revenez vite écouter ce qu’elles veulent discuter. L’occasion tombe parfaitement : je me désolais justement de n’avoir aucun soutien. Il y a bien Baoyu, mais il n’est pas fait pour ces affaires ; même si je parvenais à le soumettre entièrement, il ne me serait d’aucune utilité. La première maîtresse est un bouddha vivant : elle ne sert à rien non plus. La seconde demoiselle sert encore moins et, de plus, elle n’appartient pas à notre branche. La quatrième demoiselle est trop jeune. Quant au petit Lan et à Huan, ce ne sont que de petits chats gelés au poil roussi, qui attendent seulement un poêle chaud et un kang bien chauffé pour s’y fourrer. Vraiment, voir deux personnes aussi différentes que le ciel et la terre sortir du ventre de la même mère, voilà qui me révolte chaque fois que j’y pense ! La petite Lin et mademoiselle Bao, elles, conviendraient bien, mais ce sont toutes deux des parentes et elles ne peuvent décemment s’occuper des affaires de notre maison. De plus, l’une est une lanterne peinte d’une belle femme : un souffle de vent suffirait à la briser. L’autre s’en tient fermement à la maxime : “Si cela ne me concerne pas, je n’ouvre pas la bouche ; si on m’interroge, je secoue la tête et ne sais rien de rien.” Il est donc difficile de lui demander sérieusement son avis. Il ne reste que la troisième demoiselle. Elle a autant de jugement dans le cœur que d’adresse dans la parole ; elle est un membre véritable de notre famille et Madame Wang l’aime. Si elle paraît froide en surface, c’est uniquement à cause des scènes de cette vieille chose de concubine Zhao ; au fond, Madame Wang l’aime autant que Baoyu. Il n’en va pas de même de Huan : il est vraiment impossible de s’attacher à lui. Si je n’avais écouté que mon caractère, je l’aurais chassé depuis longtemps ! Puisque Tanchun a maintenant de telles intentions, il faut précisément que je coopère avec elle et que nous nous soutenions mutuellement ; je ne serai plus seule. À considérer les convenances, la justice naturelle et la conscience, son aide nous épargnera des soucis et profitera aux affaires de Madame Wang. À parler au contraire selon l’intérêt privé et la dissimulation, je me suis déjà montrée trop impitoyable ; il est temps que je recule et regarde derrière moi. Si je continue à poursuivre les gens et à les pressurer sans relâche, leur haine deviendra extrême. Ils cachent des couteaux dans leurs sourires ; nous deux, nous n’avons que quatre yeux et deux esprits. À la moindre inattention, ils pourraient nous perdre. Si Tanchun intervient et met de l’ordre tandis que les rênes sont encore serrées, tous oublieront provisoirement la haine qu’ils nous portaient. Il y a encore une chose. Je sais que vous comprenez parfaitement les affaires, mais je crains que votre affection ne vous empêche d’agir ; je dois donc vous prévenir. Elle a beau être une demoiselle, elle comprend tout. Elle se contente de parler avec prudence. Comme elle connaît en outre les livres et les caractères mieux que moi, elle est plus redoutable encore. Un proverbe dit : “Pour prendre les brigands, il faut d’abord capturer leur chef.” Si elle veut maintenant établir une règle, elle commencera certainement par moi. Si elle réfute une de mes décisions, ne cherchez surtout pas à me défendre. Montrez-lui au contraire d’autant plus de respect et dites qu’elle a raison. Ne craignez surtout pas qu’elle me fasse perdre la face et n’entrez pas en rivalité avec elle : ce serait très mauvais. »
平兒不等說完,便笑道:「你太把人看糊塗了!我纔已經行在先了,這㑹子纔嘱咐我!」鳯姐兒笑道:「我是恐怕你心裡眼裡只有了我、一㮣没有他人之故,不得不囑咐。旣已行在先,更比我明白了。這不是你又急了,滿嘴裡『你』呀『我』的起來了!」平兒道:「偏說『你』!你不依,這不是嘴把子,再打一頓。難道這臉上𮟃没嘗過的不成!」鳯姐兒笑道:「你這小蹄子兒,要掂多少過兒纔罷。你看我病的這個様兒,還來慪我呢!過來坐下,橫竪没人来,偺們一處吃飯是正經。」
Sans attendre qu’elle eût fini, Ping’er rit : « Vous me prenez vraiment pour une sotte ! J’avais déjà pris les devants avant même que vous me donniez ces instructions. » Xifeng sourit : « Je craignais seulement que vous n’ayez que moi dans le cœur et devant les yeux, sans faire aucun cas des autres ; il fallait donc vous prévenir. Puisque vous avez déjà pris les devants, c’est que vous avez compris encore mieux que moi. Mais vous voilà de nouveau impatiente, avec des “vous” et des “moi” plein la bouche ! » Ping’er répondit : « Justement, je dirai “vous” ! Si cela ne vous plaît pas, voici ma bouche : vous n’avez qu’à me gifler encore une fois. Comme si ce visage n’y avait jamais goûté ! » Xifeng rit : « Petite garce, combien de fautes voulez-vous donc accumuler avant d’être satisfaite ? Voyez dans quel état je suis malade, et vous venez encore me contrarier ! Venez vous asseoir. Puisque personne ne viendra, le mieux est que nous mangions ensemble. »
說着,豐兒等三四個小丫頭子進來,放小炕桌。鳯姐只吃燕窩粥,兩碟子精緻小菜,每日分例菜已暫减去。豐兒便將平兒的四様分例菜端至桌上,與平兒盛了飯来。平兒屈一𦡀於炕沿之上,半身猶立於炕下,陪着鳯姐兒吃了飯,伏侍漱口𭺾,吩咐了豐兒些話,方徃探春處來。只見院中寂靜,人已散出。要知端的,且𦗟下囘分解。
À ces mots, Feng’er et trois ou quatre petites servantes entrèrent et installèrent une petite table sur le kang. Xifeng ne mangeait que de la bouillie de nids de salangane et deux petites assiettes de mets délicats ; sa ration quotidienne de plats ordinaires avait été provisoirement supprimée. Feng’er disposa sur la table les quatre plats revenant à Ping’er et lui servit du riz. Ping’er posa un genou sur le bord du kang, tout en gardant la moitié du corps debout au-dessous, et accompagna ainsi Xifeng pendant son repas. Après l’avoir servie pour se rincer la bouche, elle donna quelques instructions à Feng’er, puis se rendit chez Tanchun. La cour était silencieuse et tous s’étaient déjà dispersés. Pour connaître le fin mot de l’affaire, écoutez les explications du prochain chapitre.
Notes
小月 : euphémisme traditionnel désignant une fausse couche, littéralement une « petite lune » ou de brèves relevailles.
卯正、午正 : selon les heures doubles traditionnelles, 卯正 correspond à environ six heures du matin et 午正 à midi.
巡海夜叉、鎮山太歲 : surnoms tirés de figures redoutables du folklore religieux ; les domestiques comparent Xifeng à une Yaksha et ses trois remplaçantes à des divinités terrifiantes.
二十四個月養的 : allusion plaisante à une gestation miraculeusement longue, qui signalerait un être exceptionnel et justifierait un traitement de faveur.
騎上老虎 : « chevaucher le tigre » signifie s’être engagé dans une situation dangereuse dont on ne peut plus se retirer aisément.
美人燈兒 : lanterne peinte d’une belle femme, image d’une beauté délicate et fragile ; Xifeng désigne ainsi Daiyu.