Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 81 Quatre belles augurent de leur prospérité en pêchant les poissons joueurs ; sous de sévères injonctions, il rentre une seconde fois à l’école familiale
占旺相四美釣游魚 奉嚴詞兩番入家塾
Quatre belles augurent de leur prospérité en pêchant les poissons joueurs
sous de sévères injonctions, il rentre une seconde fois à l’école familiale
且說迎春歸去之後,邢夫人像没有這事,倒是王夫人撫養了一塲,却甚實傷感,在房中自己歎息了一囬。只見寳玉走來請安,看見王夫人臉上似有淚痕,也不敢坐,只在傍邉站着。王夫人呌他坐下,寳玉纔捱上炕来,就在王夫人身旁坐了。
Après le départ de Yingchun, Madame Xing fit comme si rien ne s’était passé. Madame Wang, en revanche, qui l’avait élevée, en éprouva un chagrin véritable et soupira quelque temps, seule dans sa chambre. Baoyu entra pour lui présenter ses respects. Voyant sur le visage de Madame Wang ce qui semblait être des traces de larmes, il n’osa pas s’asseoir et resta debout à côté d’elle. Madame Wang l’invita à prendre place ; Baoyu se glissa alors sur le kang et s’assit tout près d’elle.
王夫人見他呆呆的瞅着,似有欲言不言的光景,便道:「你又爲什麽這様呆呆的?」寳玉道:「並不爲什麽,只是昨兒𦗟見二姐姐這種光景,我實在替他受不得。雖不敢告訴老太太,却這兩夜只是𪾶不著。我想咱們這様人家的姑娘,那裡受得這様的委屈。况且二姐姐是個最懦弱的人,向来不㑹和人拌嘴,偏偏兒的遇見這様没人心的東西,竟一㸃兒不知道女人的苦處。」說着,幾乎滴下淚來。王夫人道:「這也是没法兒的事。俗語說的,『嫁出去的女孩兒潑出去的水』,呌我能怎麽様呢。」寳玉道:「我昨兒夜裡倒想了一個主意:咱們索性囘明了老太太,把二姐姐接囬来,還呌他紫菱洲住着,仍舊我們姐妹弟兄們一塊兒吃,一塊兒頑,省得受孫家那混賬行子的氣。等他来接,偺們硬不呌他去。由他接一百囬,咱們留一百囘,只說是老太太的主意。這個豈不好呢!」王夫人𦗟了,又好笑,又好惱,說道:「你又發了獃氣了,混說的是什麽!大凡做了女孩兒,終久是要出門子的,嫁到人家去,娘家那裡顧得,也只好看他自己的命運,碰得好就好,碰得不好也就没法兒。你難道没聼見人說『嫁鷄隨鷄,嫁狗隨狗』?那裡個個都像你大姐姐做娘娘呢。况且你二姐姐是新媳婦,孫姑爺也還是年輕的人,各人有各人的脾氣,新來乍到,自然要有些扭别的。過几年大家摸着脾氣兒,生兒長女以後那就好了。你㫁㫁不許在老太太跟前說起半個字,我知道了是不依你的。快去幹你的去罷,不要在這裡混說。」說得寶玉也不敢作聲,坐了一囘,無精打彩的出来了,鱉着一肚子悶氣無處可泄,走到園中,一逕徃瀟湘舘来。
Madame Wang le vit qui la regardait fixement, l’air de vouloir parler sans s’y résoudre, et lui demanda : « Pourquoi restes-tu encore ainsi, tout hébété ? » Baoyu répondit : « Ce n’est rien. Seulement, hier, quand j’ai appris ce qui arrivait à ma seconde sœur, je n’ai vraiment pas pu le supporter pour elle. Je n’ose rien dire à l’aïeule, mais voilà deux nuits que je ne dors pas. Je me demande comment une demoiselle d’une famille comme la nôtre pourrait endurer pareille humiliation. Ma seconde sœur est en outre la plus timide des personnes ; elle n’a jamais su se quereller avec personne, et il a fallu qu’elle tombe précisément sur cet être sans cœur, qui ne comprend absolument rien aux souffrances des femmes. » En parlant, il fut tout près de verser des larmes. Madame Wang dit : « Il n’y a rien à y faire. Comme dit le proverbe : “Une fille mariée est de l’eau qu’on a jetée dehors.” Que veux-tu que je fasse ? » Baoyu reprit : « Cette nuit, justement, une idée m’est venue. Nous n’avons qu’à tout raconter à l’aïeule et à faire revenir ma seconde sœur. Elle habitera de nouveau l’îlot des Châtaignes d’eau ; nous autres frères et sœurs mangerons et nous amuserons encore tous ensemble, et elle n’aura plus à subir les brutalités de cette canaille de la famille Sun. Quand il viendra la chercher, nous refuserons absolument de la laisser partir. Qu’il revienne cent fois, nous la garderons cent fois, et nous dirons simplement que telle est la volonté de l’aïeule. Ne serait-ce pas parfait ? » En l’entendant, Madame Wang fut partagée entre l’envie de rire et l’irritation : « Te voilà encore pris de folie ! Quelles absurdités racontes-tu ? Toute fille doit finir par quitter sa famille pour se marier. Une fois qu’elle est entrée dans une autre maison, comment sa famille natale pourrait-elle veiller sur elle ? Il ne reste qu’à s’en remettre à son destin : si elle tombe bien, tant mieux ; si elle tombe mal, on n’y peut rien. N’as-tu donc jamais entendu dire : “Épouse une poule, suis la poule ; épouse un chien, suis le chien” ? Toutes ne peuvent pas devenir impératrice comme ta sœur aînée. D’ailleurs, ta seconde sœur est une nouvelle mariée et notre gendre Sun est encore jeune. Chacun a son caractère ; quand deux personnes commencent à vivre ensemble, il est naturel qu’il y ait quelques heurts. Dans quelques années, lorsqu’ils auront appris à se connaître et qu’ils auront eu des fils et des filles, tout ira mieux. Je t’interdis absolument d’en souffler un seul mot devant l’aïeule. Si je l’apprends, tu auras affaire à moi. Va donc t’occuper de ce qui te regarde et cesse de débiter ici tes sottises. » Baoyu n’osa plus répondre. Après être resté assis un moment, il sortit, abattu. Le cœur gonflé d’un chagrin qu’il ne pouvait épancher nulle part, il traversa le jardin et se dirigea droit vers le pavillon des Bambous de Xiaoxiang.
剛進了門,便放聲大哭起來。黛玉正在梳洗纔𭺾,見寳玉這個光景,倒嚇了一跳,問:「是怎麽了?合誰慪了氣了?」連問几聲。寳玉低着頭,伏在棹子上,嗚嗚咽咽,哭的說不出話來。黛玉便在椅子上怔怔的瞅着他,一㑹子問道:「到底是别人合你慪了氣了,𮟃是我得罪了你呢?」寳玉搖手道:「都不是,都不是。」黛玉道:「那麽着,爲什麽這麽傷起心来?」寳玉道:「我只想着偺們大家越早些死的越好,活着真真没有趣兒!」黛玉𦗟了這話,更覺驚訝,道:「這是什麽話,你眞正發了瘋了不成!」寳玉道:「也並不是我𤼵瘋,我告訴你,你也不能不傷心。前兒二姐姐囘來的様子和那些話,你也都𦗟見看見了。我想人到了大的時候,爲什麽要嫁?嫁出去受人家這般苦楚!還記得偺們初結『海棠社』的時候,大家吟詩做東道,那時候何等熱閙。如今寳姐姐家去了,連香菱也不能過来,二姐姐又出了門子了,几個知心知意的人都不在一處,弄得這様光景。我原打𮅕去告訴老太太接二姐姐囬來,誰知太太不依,倒說我獃,混說,我又不敢言語。這不多几時,你瞧瞧,園中光景,已經大變了。若再過几年,又不知怎麽様了。故此越想不由人不心裡難受起來。」黛玉聼了這番言語,把頭漸漸的低了下去,身子漸漸的退至炕上,一言不發,嘆了口氣,便向裡躺下去了。
À peine eut-il franchi la porte qu’il éclata en sanglots. Daiyu venait tout juste d’achever sa toilette. Le voyant dans cet état, elle sursauta et demanda : « Qu’y a-t-il ? Avec qui t’es-tu fâché ? » Elle répéta plusieurs fois sa question. Baoyu, la tête basse, s’affaissa sur la table et sanglota sans parvenir à parler. Daiyu, assise sur une chaise, le regarda fixement. Au bout d’un moment, elle demanda : « Enfin, est-ce quelqu’un d’autre qui t’a contrarié, ou bien est-ce moi qui t’ai offensé ? » Baoyu agita la main : « Ni l’un ni l’autre. Ni l’un ni l’autre. » Daiyu dit : « Alors pourquoi te désoles-tu ainsi ? » Baoyu répondit : « Je me dis seulement que mieux vaudrait que nous mourions tous le plus tôt possible. Vraiment, vivre n’a aucun intérêt ! » Ces paroles étonnèrent plus encore Daiyu : « Que dis-tu là ? Tu es donc réellement devenu fou ? » Baoyu reprit : « Je ne suis pas fou. Si je te raconte tout, toi non plus tu ne pourras t’empêcher d’avoir du chagrin. Tu as vu l’état dans lequel ma seconde sœur est revenue l’autre jour, et tu as entendu ce qu’elle a dit. Je me demande pourquoi, lorsqu’on devient grande, il faut se marier. Pourquoi quitter sa famille pour aller subir de pareilles souffrances chez les autres ? Te souviens-tu du temps où nous avons fondé le Cercle des Bégonias ? Chacun composait des poèmes et recevait les autres à son tour ; quelle animation c’était alors ! Aujourd’hui, grande sœur Bao est retournée chez elle ; même Xiangling ne peut plus venir ; ma seconde sœur s’est mariée. Tous ceux qui se comprennent vraiment sont dispersés, et voilà ce que tout est devenu. J’avais l’intention de demander à l’aïeule de faire revenir ma seconde sœur, mais Madame s’y est opposée ; elle m’a traité d’idiot et m’a reproché de dire n’importe quoi. Je n’ai plus osé parler. Pourtant, en si peu de temps, regarde comme le jardin a déjà changé. Dans quelques années, qui sait ce qu’il sera devenu ? Plus j’y pense, plus mon cœur se serre malgré moi. » À ces mots, Daiyu baissa peu à peu la tête et recula lentement jusqu’au kang. Sans prononcer une parole, elle poussa un soupir, puis se coucha tournée vers l’intérieur.
紫鵑剛拿進茶來,見他兩個這様,正在納悶。只見襲人來了,進來看見寳玉,便道:「二爺在這裡呢麼,老太太那裡呌呢。我估量着二爺就是在這裡。」黛玉聼見是襲人,便欠身起來讓坐。黛玉的兩個眼圈兒已經哭的通紅了。寳玉看見道:「妹妹,我剛纔說的不過是些獃話,你也不用傷心。你要想我的話時,身子更要保重纔好。你歇歇兒罷,老太太那邊呌我,我看看去就來。」說着,往外走了。襲人悄問黛玉道:「你兩個人又爲什麽?」黛玉道:「他爲他二姐姐傷心。我是剛纔眼睛發癢揉的,並不爲什麽。」襲人也不言語,忙跟了寶玉出來,各自散了。寶玉來到賈母那邉,賈母却已經歇晌,只得囘到怡紅院。
Zijuan venait d’apporter le thé et les vit tous deux dans cet état, sans comprendre ce qui se passait. Xiren entra alors. Apercevant Baoyu, elle dit : « Vous êtes donc ici, Second Jeune Maître ? L’aïeule vous appelle. Je me doutais bien que vous seriez ici. » Reconnaissant la voix de Xiren, Daiyu se redressa pour l’inviter à s’asseoir. Elle avait déjà le contour des yeux tout rouge d’avoir pleuré. Baoyu le remarqua et dit : « Petite sœur, ce que je viens de dire n’était qu’un tas de sottises. Il ne faut pas t’en affliger. Et si tu dois penser à mes paroles, prends d’autant plus soin de ta santé. Repose-toi. Puisque l’aïeule m’appelle, je vais voir ce qu’elle veut et je reviens. » Sur ces mots, il sortit. Xiren demanda tout bas à Daiyu : « Qu’est-ce qui s’est encore passé entre vous deux ? » Daiyu répondit : « Il se désole pour sa seconde sœur. Moi, j’avais seulement les yeux qui me démangeaient et je les ai frottés ; ce n’est rien. » Xiren ne répondit pas et se hâta de rejoindre Baoyu. Chacun partit de son côté. Lorsque Baoyu arriva chez l’aïeule Jia, celle-ci faisait déjà sa sieste ; il dut donc regagner la cour du Bonheur rouge.
到了午後,寳玉𪾶了中覺起來,甚覺無聊,隨手拿了一本書看。襲人見他看書,忙去沏茶伺候。誰知寳玉拿的那本書𨚫是《古樂府》,隨手翻来,正看見曹孟德「對酒當歌,人生几何」一首,不覺剌心。因放下這一本,又拿一本看時,𨚫是晋文,翻了幾頁,忽然把書掩上,托着腮,只𬋩痴癡的坐着。襲人倒了茶來,見他這般光景便道:「你爲什麽又不看了?」寳玉也不答言,接過茶来喝了一口,便放下了。襲人一時摸不着頭腦,也只𬋩站在傍邉獃獃的看着他。忽見寳玉站起来,嘴裡咕咕噥噥的說道:「好一個『放浪形骸之外』!」襲人聼了,又好笑,又不敢問他,只得勸道:「你若不愛看這些書,不如還到園裡逛逛,也省得悶出毛病来。」那寳玉只𬋩口中答應,只𬋩出着神徃外走了。
Dans l’après-midi, Baoyu se réveilla de sa sieste. Se sentant fort désœuvré, il prit au hasard un livre et se mit à lire. En le voyant, Xiren alla aussitôt préparer du thé pour le servir. Or le livre qu’il avait pris était l’Ancien Yuefu. En le feuilletant, il tomba précisément sur le poème de Cao Mengde qui commence par : « Face au vin, il faut chanter ; combien dure une vie humaine ? » Ces mots lui transpercèrent le cœur. Il posa donc ce volume et en prit un autre : c’était un recueil de prose des Jin. Après en avoir tourné quelques pages, il referma brusquement le livre, appuya la joue sur sa main et resta assis, perdu dans ses pensées. Xiren revint avec le thé et, le voyant ainsi, demanda : « Pourquoi ne lisez-vous plus ? » Baoyu ne répondit pas. Il prit la tasse, but une gorgée et la reposa. Xiren, incapable de comprendre ce qui lui passait par la tête, resta debout à côté de lui et le regarda avec perplexité. Soudain, Baoyu se leva en marmonnant : « Quelle admirable formule : “errer librement par-delà les contraintes du corps” ! » Xiren eut envie de rire, mais n’osa pas l’interroger. Elle se contenta de lui conseiller : « Si vous n’aimez pas lire ces livres, vous feriez mieux d’aller vous promener dans le jardin. Cela vous évitera au moins de tomber malade d’ennui. » Baoyu acquiesça machinalement et sortit, toujours absorbé dans ses pensées.
一時走到沁芳亭,但見蕭踈景象,人去房空。又来至𧄇蕪院,更是香草依然,門𥦗掩閉。轉過藕香榭來,遠遠的只見几個人在蓼溆一帶闌干上靠着,有几個小丫頭蹾在地下找東西。寳玉輕輕的走在假山背後聼着。只聼一個說道:「看他洑上來不洑上來。」好似李紋的語音。一個笑道:「好,下去了。我知道他不上來的。」這個却是探春的聲音。一個又道:「是了,姐姐你别動,只𬋩等着。他橫𥪡上來。」一個又說:「上來了。」這兩個是李𦂶邢岫烟的聲兒。寳玉忍不住,拾了一塊小磚頭兒,徃那水裡一撂,咕咚一聲,四個人都嚇了一跳,驚訝道:「這是誰這麽促狹?唬了我們一跳。」寳玉笑着從山子後直跳出來,笑道:「你們好樂啊,怎麽不呌我一聲兒?」探春道:「我就知道再不是别人,必是二哥哥這樣淘氣。没什麽說的,你好好兒的賠我們的魚罷。剛纔一個魚上來,剛剛兒的要釣着,呌你唬跑了。」寶玉笑道:「你們在這裡頑竟不找我,我還要罰你們呢。」大家笑了一囬。
Il arriva bientôt au pavillon Qinfang. Le spectacle était désolé : les habitants étaient partis, les chambres demeuraient vides. Il poursuivit jusqu’à la cour des Herbes odorantes ; les plantes parfumées y étaient toujours les mêmes, mais portes et fenêtres restaient closes. Contournant le kiosque des Lotus parfumés, il aperçut au loin plusieurs personnes appuyées contre la balustrade, du côté de la berge aux Renouées, tandis que quelques petites servantes, accroupies par terre, cherchaient quelque chose. Baoyu se glissa doucement derrière une rocaille pour écouter. Il entendit quelqu’un dire : « Voyons s’il remonte ou non. » La voix ressemblait à celle de Li Wen. Une autre rit : « Voilà, il a replongé. Je savais bien qu’il ne remonterait pas. » C’était la voix de Tanchun. Une autre encore dit : « Oui, grande sœur, ne bougez pas. Attendez seulement : tôt ou tard, il remontera. » Puis quelqu’un s’écria : « Le voilà ! » Ces deux dernières voix étaient celles de Li Qi et de Xing Xiuyan. Incapable de se retenir, Baoyu ramassa un morceau de brique et le lança dans l’eau. Il y eut un grand plouf, et toutes quatre sursautèrent : « Qui donc est assez malicieux pour nous faire une peur pareille ? » Baoyu bondit de derrière la rocaille en riant : « Vous vous amusez bien ! Pourquoi ne m’avez-vous pas appelé ? » Tanchun répondit : « Je savais que ce ne pouvait être personne d’autre que mon second frère, toujours aussi espiègle. Pas d’excuse : vous allez nous rendre notre poisson. Il venait justement de remonter et nous allions l’attraper quand vous l’avez effrayé. » Baoyu répliqua en riant : « Vous venez vous amuser ici sans même me chercher, et c’est moi qui devrais vous punir. » Tous rirent un moment.
寳玉道:「偺們大家今兒釣魚,占占誰的運氣好。看誰釣得着就是他今年的運氣好,釣不着就是他今年運氣不好。偺們誰先釣?」探春便讓李紋,李紋不肯。探春笑道:「這様就是我先釣。」囬頭向寳玉說道:「二哥哥,你再赶走了我的魚,我可不依了。」寳玉道:「頭裡原是我要唬你們頑,這會子你只𬋩釣罷。」探春把絲䋲拋下,没十來句話的工夫,就有一個楊葉竄兒吞着鈎子把漂兒墜下去,探春把竿一挑,往地下一撩,𨚫是活迸的。侍書在滿地上亂㧓,兩手捧着,擱在小磁罈内淸水養着。探春把釣竿遞與李紋。李紋也把釣竿𡸁下,但覺絲兒一動,忙挑起來,𨚫是個空鈎子。又垂下去,半晌鈎絲一動,又挑起來,還是空鈎子。李紋把那鈎子拿上来一瞧,原来徃裡鈎了。李紋笑道:「怪不得釣不着。」忙呌素雲把鈎子敲好了,換上新虫子,上邊貼好了葦片兒。垂下去一會兒,見葦片直沉下去,急忙提起來,倒是一個二寸長的鯽瓜兒。李紋笑着道:「寳哥哥釣罷。」寳玉道:「索性三妹妹合邢妹妹釣了我再釣。」岫烟𨚫不答言。只見李𦂶道:「寳哥哥先釣罷。」說着水面上起了一個泡兒。探春道:「不必儘着讓了。你看那魚都在三妹妹那邉呢,還是三妹妹快着釣罷。」李𦂶笑着接了釣竿兒,果然沉下去就釣了一個。然後岫烟也釣着了一個,隨將竿子仍舊遞給探春,探春纔遞與寳玉。寳玉道:「我是要做姜太公的。」便走下石磯,坐在池邉釣起來,豈知那水裡的魚看見人影兒,都躱到别處去了。寳玉掄着釣竿等了半天,那釣絲兒動也不動。剛有一個魚兒在水邊吐沫,寳玉把竿子一幌又唬走了。急的寳玉道:「我最是個性兒急的人,他偏性兒慢,這可怎麽様呢。好魚兒,快來罷!你也成全成全我呢。」說得四人都笑了。一言未了,只見釣絲㣲㣲一動。寳玉喜得滿懷,用力徃上一兠,把釣竿往石上一碰,折作兩叚,絲也振斷了,鈎子也不知往那裡去了。衆人越發笑起来。探春道:「再没見像你這様鹵人。」
Baoyu dit : « Aujourd’hui, pêchons tous ensemble pour voir qui aura de la chance. Celui qui attrapera un poisson aura une année heureuse ; celui qui n’en attrapera pas aura une mauvaise année. Qui commence ? » Tanchun céda la place à Li Wen, mais celle-ci refusa. Tanchun dit en riant : « Dans ce cas, je commence. » Puis elle se tourna vers Baoyu : « Second frère, si vous faites encore fuir mon poisson, je ne vous le pardonnerai pas. » Baoyu répondit : « Tout à l’heure, je voulais seulement vous effrayer pour rire. Cette fois, pêche tranquillement. » Tanchun lança sa ligne. Avant même qu’ils aient eu le temps d’échanger dix phrases, un petit poisson effilé comme une feuille de saule avala l’hameçon et fit plonger le flotteur. Tanchun releva la canne d’un coup et jeta le poisson sur le sol, où il frétille vivement. Shishu le poursuivit de tous côtés, puis le prit dans ses deux mains et le déposa dans une petite jarre de porcelaine remplie d’eau claire. Tanchun tendit la canne à Li Wen. Celle-ci laissa descendre la ligne ; la sentant bouger, elle la releva précipitamment, mais l’hameçon était vide. Elle recommença. Au bout d’un long moment, la ligne remua encore ; elle la releva, mais l’hameçon était toujours vide. Li Wen l’examina et s’aperçut que sa pointe était recourbée vers l’intérieur. « Pas étonnant que je n’attrape rien ! » dit-elle en riant. Elle demanda aussitôt à Suyun de redresser l’hameçon, y fixa un nouvel insecte et remit convenablement la lamelle de roseau servant de flotteur. Peu après qu’elle eut replongé la ligne, la lamelle s’enfonça tout droit. Elle tira vivement et ramena un carassin long de deux pouces. Li Wen dit en riant : « À vous de pêcher, frère Baoyu. » Baoyu répondit : « Que ma troisième sœur et petite sœur Xing pêchent d’abord ; je passerai après elles. » Xiuyan ne répondit pas. Li Qi dit alors : « Frère Baoyu devrait passer le premier. » À cet instant, une bulle apparut à la surface. Tanchun intervint : « Inutile de vous céder sans fin la place. Regardez, tous les poissons sont du côté de ma troisième sœur. Qu’elle se dépêche donc de pêcher. » Li Qi prit la canne en riant et, sitôt la ligne plongée, attrapa effectivement un poisson. Xiuyan en pêcha ensuite un à son tour, puis rendit la canne à Tanchun, qui la passa enfin à Baoyu. « Moi, dit-il, je veux faire comme Jiang Taigong. » Il descendit de l’éperon rocheux, s’assit au bord de l’étang et se mit à pêcher. Mais les poissons, apercevant son ombre dans l’eau, s’étaient tous cachés ailleurs. Baoyu tenait sa canne et attendit longtemps, sans que la ligne remuât le moins du monde. Un poisson vint enfin faire des bulles près de la rive, mais Baoyu agita sa canne et l’effraya de nouveau. Impatient, il s’écria : « Je suis l’homme le plus pressé du monde, et il faut justement que celui-là soit lent ! Qu’est-ce que je vais faire ? Mon bon poisson, viens vite ! Fais-moi donc ce plaisir ! » Toutes quatre éclatèrent de rire. Il n’avait pas achevé que la ligne frémit légèrement. Fou de joie, Baoyu tira de toutes ses forces ; la canne heurta une pierre et se brisa en deux, la ligne cassa net et nul ne sut où l’hameçon était parti. Les autres rirent de plus belle. Tanchun dit : « Jamais je n’ai vu quelqu’un d’aussi maladroit que vous. »
正說着,只見麝月慌慌張張的跑來說:「二爺,老太太醒了,呌你快去呢。」五個人都唬了一跳。探春便問麝月道:「老太太呌二爺什麽事?」麝月道:「我也不知道。就只聼見說是什麽閙破了,呌寳玉来問,𮟃要呌璉二奶奶一塊兒查問呢。」嚇得寳玉發了一囘獃,說道:「不知又是那個丫頭遭了瘟了。」探春道:「不知什麽事,二哥哥你快去,有什麽信兒,先呌麝月來告訴我們一聲兒。」說着,便同李紋李𦂶岫烟走了。
Ils parlaient encore lorsque Sheyue accourut, tout affolée : « Second Jeune Maître, l’aïeule est réveillée et vous demande de venir vite. » Tous les cinq sursautèrent. Tanchun demanda à Sheyue : « Pourquoi l’aïeule appelle-t-elle mon second frère ? » Sheyue répondit : « Je n’en sais rien. J’ai seulement entendu dire qu’une affaire venait d’être découverte et qu’on appelait Baoyu pour l’interroger ; il serait même question de faire venir la seconde maîtresse Lian pour mener l’enquête avec lui. » Baoyu en resta un moment pétrifié de peur, puis dit : « Je me demande encore quelle servante est victime de cette maudite affaire. » Tanchun dit : « Nous ignorons ce qui se passe. Second frère, allez vite. Dès que vous aurez des nouvelles, envoyez d’abord Sheyue nous les donner. » Puis elle s’en alla avec Li Wen, Li Qi et Xiuyan.
寳玉走到賈母房中,只見王夫人陪着賈母摸牌。寳玉看見無事,纔把心放下了一半。賈母見他進來,便問道:「你前年那一次大病的時候,後來虧了一個瘋和尙和個瘸道士治好了的。那㑹子病裡,你覺得是怎麽様?」寳玉想了一囬,道:「我記得得病的時候兒,好好的站着,倒像背地裡有人把我攔頭一棍,疼的眼睛前頭𣾰黑。看見滿屋子裡都是些青面獠牙、拿刀舉棒的惡鬼。躺在炕上,𮗜着腦袋上加了几個腦篐是的。已後便疼的任什麽不知道了。到好的時候,又記得堂屋裡一片金光直照到我房裡來,那些鬼都跑着躱避,便不見了。我的頭也不疼了,心上也就清楚了。」賈母告訴王夫人道:「這個様兒也就差不多了。」
Baoyu arriva dans la chambre de l’aïeule Jia et vit Madame Wang qui lui tenait compagnie en jouant aux cartes. Constatant qu’il ne s’était rien passé, il se sentit à moitié rassuré. Dès qu’elle le vit entrer, l’aïeule Jia lui demanda : « Lorsque tu as eu cette grave maladie, il y a deux ans, tu as fini par être guéri grâce à un bonze fou et à un taoïste boiteux. Pendant ta maladie, qu’éprouvais-tu ? » Baoyu réfléchit un moment : « Je me souviens qu’au début, alors que je me tenais tranquillement debout, j’ai eu l’impression que quelqu’un, derrière moi, m’assenait un grand coup de bâton sur le crâne. La douleur m’a obscurci la vue. J’ai vu toute la chambre remplie de démons hideux, au visage bleu et aux crocs saillants, qui brandissaient des sabres et des bâtons. Quand je me suis couché sur le kang, j’ai eu l’impression qu’on me serrait plusieurs cercles de fer autour du crâne. Ensuite, la douleur était telle que je n’ai plus rien su. Au moment de guérir, je me souviens encore qu’une lumière dorée, venue de la grande salle, a pénétré jusque dans ma chambre. Tous les démons ont couru se cacher, puis ils ont disparu. Ma tête a cessé de me faire mal et mon esprit est redevenu clair. » L’aïeule Jia dit à Madame Wang : « Cela correspond à peu près. »
說着鳯姐也進來了,見了賈母,又囘身見過了王夫人,說道:「老祖宗要問我什麽?」賈母道:「你前年害了邪病,你還記得怎麽様?」鳯姐兒笑道:「我也全不記得。但覺自己身子不由自主,倒像有些鬼怪拉拉扯扯要我殺人纔好,有什麽,拿什麽,見什麽,殺什麽。自己原覺狠乏,只是不能住手。」賈母道:「好的時候還記得麽?」鳯姐道:「好的時候好像空中有人說了几句話是的,却不記得說什麽來着。」賈母道:「這麽看起來竟是他了。他姐兒兩個病中的光景合纔說的一様。這老東西竟這様壊心,寶玉枉認了他做乾媽。倒是這個和尙道人,阿彌陀佛,纔是救寳玉性命的,只是没有報答他。」鳯姐道:「怎麽老太太想起我們的病來呢?」賈母道:「你問你太太去,我懶待說。」王夫人道:「纔剛老爺進來說起寳玉的乾媽竟是個混賬東西,邪魔外道的。如今閙破了,被錦衣府拿住送入刑部監,要問死罪的了,前几天被人告發的。那個人呌做什麽潘三保,有一所房子買與斜對過當舖裡。這房子加了几倍價錢,潘三保還要加,當舖裡那裏還肯。潘三保更買嘱了這老東西,因他常到當舖裡去,那當舖裡人的内眷都與他好的。他就使了個法兒,呌人家的内人便得了邪病,家翻宅亂起來。他又去說這個病他能治,就用些神馬紙錢燒献了,果然見效。他又向人家内眷們要了十几兩銀子。豈知老佛爺有眼,應該敗露了。這一天急要囘去,掉了一個絹包兒。當舖裡人檢起来一看,裡頭有許多紙人,還有四丸子狠香的香。正咤異着呢,那老東西倒囬來找這絹包兒。這裡的人就把他拿住,身邊一搜,搜出一個匣子,裡面有象牙刻的一男一女,不穿衣服,光着身子的兩個魔王,還有七根硃紅繡花針。立時送到錦衣府去,問出許多官員家大戸太太姑娘們的隱情事來。所以知會了營裡,把他家中一抄,抄出好些泥塑的煞神,几匣子閙香。炕背後空屋子裡掛着一盞七星燈,燈下有几個草人,有頭上戴着腦篐的,有胸前穿著釘子的,有項上拴着鎻子的。櫃子裡無數紙人兒,底下几篇小賬,上面記著某家騐過,應找銀若干。得人家油錢香分也不計其數。」
À ce moment, Xifeng entra. Après avoir salué l’aïeule Jia, elle se retourna pour présenter ses respects à Madame Wang, puis demanda : « Que voulait me demander la Vieille Aïeule ? » L’aïeule Jia dit : « Lorsque tu as souffert de cette maladie maléfique, il y a deux ans, te souviens-tu encore de ce qui t’arrivait ? » Xifeng répondit en riant : « Je ne me souviens de presque rien. Je sentais seulement que mon corps ne m’obéissait plus, comme si des démons me tiraient de tous côtés et voulaient absolument me faire tuer quelqu’un. Je saisissais tout ce qui me tombait sous la main et je frappais tout ce que je voyais. Je me sentais pourtant épuisée, mais je ne pouvais pas m’arrêter. » L’aïeule Jia demanda : « Te souviens-tu du moment où tu as guéri ? » Xifeng répondit : « À ce moment-là, j’ai eu l’impression que quelqu’un prononçait quelques paroles dans les airs, mais je ne me rappelle pas ce qu’il disait. » L’aïeule Jia conclut : « À ce compte-là, c’était bien elle. Ce qu’ils ont éprouvé tous les deux pendant leur maladie correspond à ce qu’on vient de nous raconter. Cette vieille créature avait donc un cœur si mauvais ! Baoyu l’a reconnue pour marraine bien à tort. Ce sont plutôt ce bonze et ce taoïste — Amitabha ! — qui lui ont sauvé la vie, et nous ne les avons jamais récompensés. » Xifeng demanda : « Pourquoi l’aïeule s’est-elle tout à coup souvenue de nos maladies ? » L’aïeule Jia répondit : « Demande-le à ta tante ; je n’ai pas envie de tout raconter. » Madame Wang expliqua : « Tout à l’heure, le maître est entré et nous a appris que la marraine de Baoyu était une véritable scélérate, adepte de pratiques démoniaques et hétérodoxes. L’affaire vient d’être découverte. Le Bureau de la Garde en brocart l’a arrêtée et envoyée dans la prison du ministère des Châtiments, où elle risque la peine capitale. Quelqu’un l’a dénoncée il y a quelques jours. Cet homme, appelé Pan Sanbao, possédait une maison qu’il voulait vendre au mont-de-piété situé en diagonale de chez lui. Il en avait déjà multiplié le prix plusieurs fois, mais il en demandait encore davantage, ce que le mont-de-piété refusait naturellement. Pan Sanbao a donc acheté les services de cette vieille créature. Comme elle se rendait souvent au mont-de-piété, elle était en bons termes avec toutes les femmes de la maison. Elle usa d’un sortilège qui rendit malade la maîtresse du logis et mit toute la famille sens dessus dessous. Puis elle revint prétendre qu’elle savait guérir cette maladie. Elle brûla en offrande des chevaux de papier et de la monnaie funéraire, et le remède produisit effectivement son effet. Elle réclama encore plus de dix taëls d’argent aux femmes de la maison. Mais le Bouddha ouvre les yeux : le moment était venu que tout fût découvert. Un jour où elle repartait en hâte, elle laissa tomber un paquet de soie. Les gens du mont-de-piété le ramassèrent et trouvèrent à l’intérieur quantité de figurines en papier ainsi que quatre boulettes d’un encens très parfumé. Tandis qu’ils s’en étonnaient, la vieille revint chercher son paquet. Ils l’arrêtèrent et la fouillèrent. Ils trouvèrent sur elle une boîte contenant un homme et une femme sculptés dans l’ivoire, deux démons entièrement nus, ainsi que sept aiguilles à broder d’un rouge vermillon. Elle fut aussitôt livrée au Bureau de la Garde en brocart. Son interrogatoire révéla quantité de secrets concernant les épouses et les demoiselles de hauts fonctionnaires et de grandes familles. La garnison en fut donc informée et l’on perquisitionna chez elle. On découvrit de nombreuses divinités maléfiques modelées dans l’argile et plusieurs boîtes d’encens à semer le trouble. Dans une pièce vide, derrière le kang, était suspendue une lampe aux Sept Étoiles. Sous cette lampe se trouvaient plusieurs mannequins de paille : certains portaient des cercles de fer autour de la tête, d’autres avaient des clous plantés dans la poitrine, d’autres encore une chaîne nouée au cou. Une armoire contenait d’innombrables figurines de papier. Tout au fond se trouvaient plusieurs feuillets de comptes où l’on avait noté : telle famille, sortilège vérifié, tant d’argent à recouvrer. Quant aux dons reçus pour l’huile des lampes et les offrandes d’encens, ils étaient innombrables. »
鳯姐道:「偺們的病,一準是他。我記得偺們病後,那老妖精向趙姨媽處來過几次,要向趙姨媽討銀子,見了我,便臉上變貌變色,兩眼黧雞是的。我當初還猜疑了几遍,總不知什麽原故。如今說起來,𨚫原来都是有因的。但只我在這裡當家,自然惹人恨怨,怪不得人治我。寳玉可合人有什麽讐呢,忍得下這様毒手。」賈母道:「焉知不因我疼寳玉不疼環兒,竟給你們種了毒了呢。」王夫人道:「這老貨已經問了罪,决不好呌他來對証。没有對証,趙姨娘那裡肯認賬。事情又大,閙出來,外面也不雅,等他自作自受,少不得要自己敗露的。」賈母道:「你這話說的也是,這様事,没有對証,也難作準。只是佛爺菩薩看的眞,他們姐兒兩個,如今又比誰不濟了呢。罷了,過去的事,鳯哥兒也不必提了。今日你合你太太都在我這邉吃了晚飯再過去罷。」遂呌鴛鴦琥珀等傳飯。鳳姐赶忙笑道:「怎麽老祖宗倒操起心来!」王夫人也笑了。只見外頭幾個媳婦伺候。鳯姐連忙告訴小丫頭子傳飯:「我合太太都跟着老太太吃。」
Xifeng dit : « Il est certain que nos maladies venaient d’elle. Je me souviens qu’après notre guérison cette vieille démone est venue plusieurs fois chez la concubine Zhao pour lui réclamer de l’argent. Quand elle me voyait, son visage changeait aussitôt et ses yeux devenaient noirs comme ceux d’une poule. À l’époque, j’ai eu plusieurs fois des soupçons, mais sans jamais en comprendre la raison. Maintenant que vous le racontez, je vois que tout avait une cause. Pour moi, qui dirige la maison, il est naturel que je suscite rancune et ressentiment ; il n’est donc pas étonnant que quelqu’un ait voulu me faire du mal. Mais quelle inimitié pouvait-on avoir contre Baoyu pour se résoudre à lui porter un coup aussi cruel ? » L’aïeule Jia répondit : « Qui sait si ce n’est pas parce que je chérissais Baoyu sans chérir Huan qu’on vous a tous deux empoisonnés ? » Madame Wang dit : « Cette vieille créature a déjà été mise en accusation ; il est impossible de la faire venir pour une confrontation. Et sans confrontation, la concubine Zhao niera forcément tout. L’affaire est en outre fort grave : si elle s’ébruitait, ce serait fort disgracieux aux yeux du dehors. Laissons-la recueillir ce qu’elle a semé ; tôt ou tard, elle finira bien par se trahir elle-même. » L’aïeule Jia dit : « Tu as raison. Sans confrontation, il est difficile d’établir une certitude. Mais le Bouddha et les bodhisattvas voient clair : lequel de ces deux-là se porte moins bien que les autres aujourd’hui ? Allons, l’affaire est passée. Xifeng, inutile d’en reparler. Puisque ta tante et toi êtes ici aujourd’hui, vous prendrez le dîner avec moi avant de repartir. » Elle ordonna donc à Yuanyang, Hupo et aux autres de faire servir le repas. Xifeng s’empressa de dire en riant : « Comment la Vieille Aïeule peut-elle se donner tant de peine ! » Madame Wang sourit également. Plusieurs femmes de service attendaient dehors. Xifeng ordonna aussitôt à une petite servante de faire servir : « Madame et moi mangerons avec l’aïeule. »
正說着,只見玉釧兒走來對王夫人道:「老爺要找一件什麽東西,請太太伺候了老太太的飯完了自己去找一找呢。」賈母道:「你去罷,保不住你老爺有要𦂳的事。」王夫人答應着,便留下鳯姐兒伺候,自己退了出来。囘至房中,合賈政說了些閒話,把東西找了出來。賈政便問道:「迎兒已經囬去了,他在孫家怎麼様?」王夫人道:「迎丫頭一肚子眼淚,說孫姑爺兇橫的了不得。」因把迎春的話述了一遍。賈政嘆道:「我原知不是對頭,無奈大老爺已說定了,教我也没法。不過迎丫頭受些委屈罷了。」王夫人道:「這𮟃是新媳婦,只指望他已後好了好。」說着,𠷣的一笑。賈政道:「笑什麽?」王夫人道:「我笑寳玉,今兒早起特特的到這屋裡来,說的都是些孩子話。」賈政道:「他說什麽?」王夫人把寳玉的言語笑述了一遍。賈政也忍不住的笑。因又說道:「你提寳玉,我正想起一件事来。這小孩子天天放在園裡,也不是事。生女兒不得濟,還是别人家的人。生兒若不濟事,關係非淺。前日倒有人和我提起一位先生来,學問人品都是極好的,也是南邉人。但我想南邊先生性情最是和平,偺們城裡的孩子,個個踢天弄井,鬼聰明倒是有的,可以搪塞就搪塞過去了。胆子又大,先生再要不肯給没臉,一日哄哥兒是的,没的白躭悞了。所以老輩子不肯請外頭的先生,只在本家擇出有年紀再有㸃學問的請来掌家塾。如今儒大太爺雖學問也只中平,但還弹壓的住這些小孩子們,不至以顢頇了事。我想寳玉閒着總不好,不如仍舊呌他家塾中讀書去罷了。」王夫人道:「老爺說的狠是。自從老爺外任去了,他又常病,竟躭擱了好几年。如今且在家學裡温習温習,也是好的。」賈政㸃頭,又說些閒話,不題。
À ce moment, Yuchuan entra et dit à Madame Wang : « Le maître cherche un objet. Il prie Madame de finir de servir le repas de l’aïeule, puis d’aller le chercher elle-même. » L’aïeule Jia dit : « Vas-y donc. Ton maître a peut-être quelque chose d’urgent. » Madame Wang acquiesça, laissa Xifeng s’occuper du repas et se retira. Revenue dans sa chambre, elle échangea quelques propos sans importance avec Jia Zheng et retrouva l’objet. Jia Zheng lui demanda alors : « Yingchun est déjà repartie. Comment vit-elle dans la famille Sun ? » Madame Wang répondit : « La pauvre avait le cœur rempli de larmes. Elle dit que notre gendre Sun est d’une brutalité effroyable. » Elle lui rapporta toutes les paroles de Yingchun. Jia Zheng soupira : « Je savais dès le début que cette alliance ne convenait pas. Mais le maître aîné avait déjà tout conclu et je ne pouvais rien y faire. Yingchun devra seulement endurer quelques humiliations. » Madame Wang dit : « Elle n’est encore qu’une nouvelle mariée. Espérons seulement que les choses s’amélioreront plus tard. » Puis elle laissa échapper un petit rire. Jia Zheng demanda : « Pourquoi ris-tu ? » Madame Wang répondit : « Je ris de Baoyu. Ce matin, il est venu exprès dans cette chambre et n’a dit que des enfantillages. » Jia Zheng demanda ce qu’il avait dit, et Madame Wang lui répéta en riant les propos de Baoyu. Jia Zheng lui-même ne put s’empêcher de rire. Puis il ajouta : « Puisque tu parles de Baoyu, une chose me revient à l’esprit. On ne peut pas laisser chaque jour cet enfant dans le jardin. Qu’une fille ne vaille rien, elle finira toujours par appartenir à une autre famille ; mais si un fils ne vaut rien, les conséquences sont autrement graves. L’autre jour, quelqu’un m’a parlé d’un précepteur dont le savoir et la conduite seraient tous deux excellents. Il vient également du Sud. Mais, à mon avis, les maîtres du Sud sont d’un caractère trop doux. Les enfants de notre capitale remueraient ciel et terre ; ils ont tous une intelligence de diablotins et se tirent de tout par des faux-fuyants. Ils sont en outre fort hardis. Si le maître n’ose pas se montrer sévère avec eux et passe ses journées à les flatter comme de petits seigneurs, il ne fera que leur faire perdre leur temps. Voilà pourquoi nos anciens ne voulaient pas engager de maître extérieur à la famille : ils choisissaient dans notre propre clan un homme d’âge et de quelque savoir pour diriger l’école familiale. Le vénérable Dairu n’a certes qu’un savoir moyen, mais il sait encore tenir ces enfants en respect et ne laisse pas les choses aller à vau-l’eau. Je pense qu’il n’est jamais bon de laisser Baoyu désœuvré. Autant le renvoyer étudier à l’école familiale. » Madame Wang répondit : « Le maître a tout à fait raison. Depuis que vous êtes parti occuper une charge en province, comme il était en outre souvent malade, ses études ont été interrompues pendant plusieurs années. Il serait bon qu’il commence par revoir ses leçons à l’école familiale. » Jia Zheng acquiesça, puis ils parlèrent d’autres choses sans importance.
且說寶玉次日起來,梳洗已𭺾,早有小厮們傳進話來說:「老爺呌二爺說話。」寳玉忙整理了衣服,來至賈政書房中,請了安站着。賈政道:「你近來作些什麽功課?雖有幾篇字,也𮅕不得什麽。我看你近来的光景,越發比頭几年散蕩了,况且每每𦗟見你推病不肯念書。如今可大好了,我還聼見你天天在園子裡和姊妹們頑頑笑笑,甚至和那些丫頭們混閙,把自己的正經事,總丢在腦袋後頭。就是做得幾句詩詞,也並不怎麽様,有什麽稀罕處!比如應試選舉,到底以文章爲主,你這上頭倒没有一㸃兒工夫。我可嘱咐你:自今日起,再不許做詩做對的了,單要習學八股文章。限你一年,若毫無長進,你也不用念書了,我也不願有你這様的兒子了。」遂呌李貴來,說:「明兒一早,傳焙茗跟了寳玉去收拾應念的書籍,一齊拿過來我看看,親自送他到家學裡去。」喝命寳玉:「去罷!明日起早來見我。」寳玉𦗟了,半日竟無一言可答,因囬到怡紅院來。
Le lendemain, Baoyu se leva et acheva sa toilette. Des valets vinrent bientôt annoncer : « Le maître demande à parler au Second Jeune Maître. » Baoyu rajusta rapidement ses vêtements, se rendit dans le cabinet de travail de Jia Zheng, lui présenta ses respects et resta debout. Jia Zheng demanda : « Quel travail as-tu fait dernièrement ? Tu as bien écrit quelques pages, mais elles ne comptent guère. À te voir ces derniers temps, tu es encore plus dissipé qu’il y a quelques années. J’entends en outre sans cesse dire que tu prétextes la maladie pour refuser d’étudier. À présent que tu es parfaitement guéri, j’apprends encore que tu passes tes journées dans le jardin à rire et à t’amuser avec tes sœurs, et même à faire du tapage avec les servantes, tandis que tu rejettes toujours tes devoirs sérieux au fond de ta mémoire. Quant aux quelques vers et poèmes que tu composes, ils n’ont rien de remarquable. Qu’y a-t-il là d’admirable ? Pour les examens et la sélection aux charges, ce sont en définitive les compositions qui comptent, et tu n’y consacres pas le moindre effort. Je te préviens : à compter d’aujourd’hui, je t’interdis de composer encore des poèmes ou des sentences parallèles. Tu étudieras uniquement les dissertations en huit parties. Je te donne un an. Si tu ne fais aucun progrès, tu pourras cesser d’étudier, et moi, je ne voudrai plus d’un fils tel que toi. » Il fit alors appeler Li Gui et lui ordonna : « Demain matin, dis à Beiming d’accompagner Baoyu. Qu’il rassemble tous les livres dont il aura besoin et me les apporte pour que je les examine. Je le conduirai moi-même à l’école familiale. » Puis il lança à Baoyu : « Va-t’en ! Demain, lève-toi tôt et viens me voir. » Baoyu resta longtemps sans trouver un mot à répondre, puis regagna la cour du Bonheur rouge.
襲人正在着急𦗟信,見說取書,倒也歡喜。獨是寳玉要人卽刻送信與賈母,欲呌攔阻。賈母得信,便命人呌過寳玉來告訴他說:「只𬋩放心先去,别呌你老子生氣。有什麽難爲你,有我呢。」寳玉没法,只得囬来嘱咐了丫頭們:「明日早早呌我,老爺要等着送我到家學裡去呢。」襲人等答應了,同麝月兩個倒替着醒了一夜。
Xiren attendait des nouvelles avec inquiétude. Lorsqu’elle apprit qu’on devait rassembler les livres, elle en fut plutôt heureuse. Baoyu, lui, voulut qu’on prévienne aussitôt l’aïeule Jia, dans l’espoir qu’elle interviendrait pour l’en empêcher. Dès qu’elle reçut le message, l’aïeule Jia fit appeler Baoyu et lui dit : « Pars donc sans inquiétude et garde-toi de mettre ton père en colère. S’il veut te rendre les choses trop difficiles, je serai là. » Baoyu, ne voyant plus aucun recours, rentra et recommanda aux servantes : « Demain, réveillez-moi de très bonne heure. Le maître veut m’attendre pour me conduire à l’école familiale. » Xiren et Sheyue promirent de le faire et veillèrent à tour de rôle toute la nuit.
次日一早,襲人便呌醒寳玉,梳洗了,換了衣服,打發小丫頭子傳了焙茗在二門上伺候,拿着書籍等物。襲人又催了兩遍,寳玉只得出来過賈政書房中來,先打聼「老爺過來了没有?」書房中小厮答應:「方纔一位清客相公請老爺囬話,裡邊說梳洗呢,命淸客相公出去候着去了。」寳玉𦗟了,心裡稍稍安頓,連忙到賈政這邉來。恰好賈政着人来呌,寶玉便跟着進去。賈政不免又囑咐幾句話,帶了寶玉上了車,焙茗拿着書籍,一直到家塾中來。
Le lendemain de bonne heure, Xiren réveilla Baoyu, l’aida à faire sa toilette et à changer de vêtements, puis envoya une petite servante prévenir Beiming de l’attendre à la seconde porte avec les livres et le reste. Xiren dut encore le presser à deux reprises avant que Baoyu se décidât à sortir pour gagner le cabinet de travail de Jia Zheng. Il commença par demander : « Le maître est-il déjà venu ? » Un valet du cabinet répondit : « Tout à l’heure, un lettré familier est venu demander audience au maître. On lui a répondu depuis l’intérieur que le maître faisait sa toilette et on lui a ordonné d’attendre dehors. » En entendant cela, Baoyu se sentit un peu rassuré et se hâta de gagner les appartements de Jia Zheng. Justement, celui-ci envoyait quelqu’un l’appeler. Baoyu suivit le messager à l’intérieur. Jia Zheng lui adressa encore quelques recommandations, puis le fit monter avec lui en voiture. Beiming, chargé des livres, les suivit jusqu’à l’école familiale.
早有人先搶一歩囬代儒說:「老爺來了。」代儒站起身来,賈政早已走入,向代儒請了安。代儒拉着手問了好,又問:「老太太近日安麽?」寶玉過来也請了安。賈政站著,請代儒坐了,然後坐下。賈政道:「我今日自己送他來,因要求托一番。這孩子年紀也不小了,到底要學個成人的舉業,纔是終身立身成名之事。如今他在家中只是和些孩子們混閙,雖懂得幾句詩詞,也是胡謅亂道的。就是好了,也不過是風雲月露,與一生的正事毫無關涉。」代儒道:「我看他相貌也𮟃體面,靈性也還去得,爲什麽不念書,只是心野貪頑。詩詞一道,不是學不得的,只要發逹了已後,再學還不遲呢。」賈政道:「原是如此。目今只求呌他讀書、講書、作文章。倘或不𦗟教訓,還求太爺認真的管教管教他,纔不至有名無寔的白躭悞了他的一世。」說𭺾,站起來又作了一個揖,然後說了些閒話,纔辭了出去。代儒送至門首,說:「老太太前替我問好請安罷。」賈政答應着,自己上車去了。
Quelqu’un avait pris les devants pour annoncer à Dairu : « Le maître arrive. » Dairu se leva, mais Jia Zheng entrait déjà. Celui-ci lui présenta ses respects. Dairu le prit par la main, s’enquit de sa santé, puis demanda : « L’aïeule se porte-t-elle bien ces derniers temps ? » Baoyu s’avança à son tour pour le saluer. Jia Zheng resta debout jusqu’à ce que Dairu se fût assis, puis prit place lui-même. Il dit : « Si je l’ai conduit ici en personne aujourd’hui, c’est que j’ai une requête à vous adresser. Cet enfant n’est plus si jeune. Il faut désormais qu’il étudie sérieusement en vue des examens : c’est ainsi seulement qu’il pourra établir sa position et acquérir un nom pour toute sa vie. À la maison, il ne fait que chahuter avec des enfants. Il connaît bien quelques formules poétiques, mais ce ne sont que divagations. Même ce qu’il fait de mieux ne parle jamais que de vent, de nuages, de lune et de rosée, sans le moindre rapport avec les affaires sérieuses d’une existence. » Dairu répondit : « Je lui trouve une apparence fort convenable et une intelligence assez satisfaisante. S’il n’étudie pas, c’est seulement qu’il a l’esprit vagabond et aime trop s’amuser. Il ne lui est pas interdit d’apprendre la poésie ; mais il pourra toujours le faire plus tard, une fois sa carrière établie. » Jia Zheng dit : « C’est exactement mon avis. Pour le moment, je vous demande seulement de lui faire lire et expliquer les Classiques, et composer des dissertations. S’il refuse d’écouter vos enseignements, je prie le vénérable maître de le discipliner sérieusement, afin qu’il ne garde pas une réputation sans réalité et ne perde pas inutilement toute son existence. » Après ces mots, il se leva et salua encore Dairu les mains jointes. Ils échangèrent ensuite quelques propos sans importance, puis Jia Zheng prit congé. Dairu le raccompagna jusqu’à la porte et dit : « Veuillez présenter à l’aïeule mes respects et mes souhaits de bonne santé. » Jia Zheng promit de le faire, puis remonta seul dans sa voiture.
代儒囬身進来,看見寳玉在西南角靠窻戸擺着一張花梨小棹,右邊堆下兩套舊書,薄薄兒的一本文章,呌焙茗將紙墨筆硯都擱在抽屜裡藏着。代儒道:「寳玉,我聼見說你前兒有病,如今可大好了?」寳玉站起來道:「大好了。」代儒道:「如今論起来,你可也該用功了。你父親望你成人懇切的狠。你且把從前念過的書,打頭兒理一遍。每日早起理書,飯後寫字,晌午講書,念幾遍文章就是了。」寳玉答應了個「是」,囬身坐下時,不免四面一看。見昔時金蓉輩不見了幾個,又添了幾個小學生,都是些粗俗異常的。忽然想起秦鐘來,如今没有一個做得伴說句知心話兒的,心上凄然不樂,𨚫不敢作聲,只是悶着看書。代儒告訴寶玉道:「今日頭一天,早些放你家去罷。明日要講書了。但是你又不是狠愚夯的,明日我倒要你先講一兩章書我聼,試試你近来的工課何如,我纔𣉊得你到怎麽個分兒上頭。」說得寶玉心中亂跳。欲知明日𦗟解何如,且𦗟下囘分解。
Dairu rentra et vit que Baoyu avait installé, dans l’angle sud-ouest près de la fenêtre, une petite table en bois de huali. À sa droite étaient empilées deux collections de vieux livres et un mince recueil de dissertations. Il ordonnait à Beiming de ranger dans le tiroir le papier, l’encre, les pinceaux et la pierre à encre. Dairu lui demanda : « Baoyu, j’ai entendu dire que tu avais été malade il y a quelque temps. Es-tu maintenant tout à fait guéri ? » Baoyu se leva et répondit : « Tout à fait. » Dairu reprit : « À présent, tu devrais vraiment te mettre au travail. Ton père désire ardemment te voir devenir un homme accompli. Commence par reprendre depuis le début tous les livres que tu as étudiés autrefois. Chaque matin, tu réviseras tes leçons ; après le repas, tu t’exerceras à la calligraphie ; à midi, tu expliqueras les textes ; puis tu liras plusieurs fois quelques dissertations. Cela suffira. » Baoyu répondit : « Oui. » En se rasseyant, il ne put s’empêcher de regarder tout autour de lui. Plusieurs garçons de l’ancienne bande de Jinrong avaient disparu, et quelques jeunes élèves s’étaient ajoutés ; tous lui parurent d’une vulgarité extrême. Soudain, il se souvint de Qin Zhong. À présent, il n’avait plus personne qui pût lui tenir compagnie et échanger avec lui quelques paroles venues du cœur. Il en éprouva une tristesse profonde, mais n’osa rien laisser paraître et se plongea silencieusement dans ses livres. Dairu lui dit : « Puisque c’est ton premier jour, je vais te laisser rentrer tôt. Demain, cependant, tu devras expliquer les textes. Comme tu n’es pas particulièrement sot ni lourdaud, je veux que tu commences par m’expliquer un ou deux chapitres. Je verrai ainsi ce que vaut ton travail récent et pourrai juger précisément du niveau où tu en es. » À ces mots, le cœur de Baoyu se mit à battre follement. Pour savoir comment se passera l’explication du lendemain, écoutez le récit du prochain épisode.
Notes
旺相 : terme divinatoire désignant une phase de pleine vigueur et de prospérité ; la réussite à la pêche sert ici de présage pour l’année.
曹孟德 : nom de courtoisie de Cao Cao ; « 對酒當歌,人生幾何 » ouvre son célèbre Chant bref, méditation sur la brièveté de la vie.
放浪形骸之外 : formule apparentée à la Préface du pavillon des Orchidées de Wang Xizhi, où elle désigne ceux qui s’affranchissent des contraintes corporelles et sociales.
姜太公 : Jiang Taigong est traditionnellement représenté pêchant avec un hameçon droit, dans l’attente du prince capable de reconnaître sa valeur.
七星燈 : lampe rituelle associée aux sept étoiles de la Grande Ourse, employée ici dans un dispositif de sorcellerie.
八股文章 : dissertation en huit parties, forme rigoureusement codifiée exigée aux examens mandarinaux.
風雲月露 : « vent, nuages, lune et rosée » désigne avec dédain une poésie élégante mais jugée futile, sans utilité pour la carrière officielle.