Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 50 Au pavillon des Roseaux sous la neige, on rivalise à enchaîner des vers sur le spectacle présent ; à la Retraite aux parfums tièdes, on compose avec élégance des énigmes pour la fête des lanternes
蘆雪亭争聯卽景詩 暖香塢雅製春燈謎
Au pavillon des Roseaux sous la neige, on rivalise à enchaîner des vers sur le spectacle présent
à la Retraite aux parfums tièdes, on compose avec élégance des énigmes pour la fête des lanternes
話說薛寳釵道:「倒底分個次序,讓我寫出來。」說着,便令衆人拈䦰爲序。起首恰是李氏,然後按次各各開出。鳯姐兒道:「旣這様說,我也說一句在上頭。」衆人都笑起來了,說:「這様更妙了。」寳釵將「稻香老農」之上補了一箇「鳯」字,李紈又將題目講與他𦗟。鳯姐兒想了半日,笑道:「你們别笑話我,我只有了一句粗話,可是五個字的。下剰的我就不知道了。」衆人都笑道:「越是粗話越好。你說了,就只管幹正事去罷。」鳯姐兒笑道:「想下雪必刮北風,昨夜聼見一夜的北風,我有一句,這一句就是『一夜北風𦂳』。使得使不得,我就不𬋩了。」衆人聼說,都相視笑道:「這句雖粗,不見底下的,這正是㑹作詩的起發,不但好,而且留了冩不盡的多少地歩與後人。就是這句爲首,稻香老農快冩上,續下去。」鳳姐和李嬸娘平兒又吃了兩杯酒,自去了。
La parole en vint à Baochai, qui dit : « Il faut tout de même fixer un ordre ; laissez-moi l’écrire. » Là-dessus, elle fit tirer au sort à chacune son rang. Li Wan se trouva la première, puis les autres découvrirent successivement leur lot. Xifeng dit : « Puisqu’il en est ainsi, moi aussi je vais placer un vers en tête. » Toutes éclatèrent de rire : « Ce n’en sera que plus merveilleux ! » Baochai ajouta donc le caractère « Feng » au-dessus du nom de plume « Vieux Laboureur du Village des Épis », et Li Wan lui expliqua le sujet. Après avoir longuement réfléchi, Xifeng dit en riant : « Ne vous moquez pas de moi. Je n’ai qu’une phrase bien grossière, mais elle compte cinq caractères. Pour la suite, je n’en sais rien. » Toutes rirent : « Plus elle est grossière, mieux cela vaut. Dis-la, puis va t’occuper tranquillement de tes affaires sérieuses. » Xifeng répondit en riant : « Quand il doit neiger, le vent du nord se lève forcément. La nuit dernière, je l’ai entendu souffler toute la nuit. J’ai donc ce vers : “Toute la nuit, le vent du nord s’est fait âpre.” Qu’il convienne ou non, je ne m’en soucie plus. » Toutes se regardèrent en souriant : « Ce vers est peut-être grossier, mais, tant qu’on n’en a pas vu la suite, c’est précisément une excellente amorce de poète. Non seulement il est bon, mais il laisse aux suivantes un espace inépuisable où écrire. Qu’il ouvre donc le poème ! Vieux Laboureur du Village des Épis, vite, inscris-le et poursuis. » Xifeng, la tante Li et Ping’er burent encore deux coupes de vin, puis s’en allèrent.
這裡李紈就寫了:
Li Wan écrivit donc :
一夜北風𦂳,
Toute la nuit, le vent du nord s’est fait âpre,
自己聯道:
puis elle enchaîna elle-même :
開門雪尙飄。入泥憐潔白,
À l’ouverture de la porte, la neige vole encore. Dans la boue, on plaint sa blancheur immaculée,
香菱道:
Xiangling dit :
匝地惜瓊瑶。有意榮枯草,
Couvrant toute la terre, on chérit ce jade précieux. Elle veut rendre leur gloire aux herbes desséchées,
探春道:
Tanchun dit :
無心餙萎苗。價高村釀熟,
Sans songer à parer les pousses flétries. Le prix monte, le vin du village est à point,
李𦂶道:
Li Qi dit :
年稔府粱饒。葭動灰飛𬋩,
L’année est féconde, les greniers du palais regorgent. Les roseaux frémissent, la cendre s’envole des tuyaux,
李紋道:
Li Wen dit :
陽囬斗轉杓。寒山已失翠,
Le souffle du yang revient, le manche du Boisseau pivote. Les froides montagnes ont déjà perdu leur vert,
岫烟道:
Xing Xiuyan dit :
凍浦不生潮。易掛踈枝柳,
Sur les rives gelées ne monte plus la marée. Elle s’accroche aisément aux branches clairsemées des saules,
湘雲道:
Xiangyun dit :
難堆破葉蕉。麝煤融寳鼎,
Mais s’amoncelle mal sur les feuilles déchirées des bananiers. Le charbon musqué se consume dans le brûle-parfum précieux,
寳琴道:
Baoqin dit :
𦂶袖籠金貂。光奪窻前鏡,
Des manches de brocart enveloppent la zibeline dorée. Son éclat ravit celui du miroir devant la fenêtre,
黛玉道:
Daiyu dit :
香粘壁上椒。斜風仍故故,
Son parfum adhère aux murs enduits de poivre. Le vent oblique souffle encore à dessein,
寳玉道:
Baoyu dit :
清夢轉聊聊。何處梅花笛?
Et les rêves limpides deviennent plus vagues encore. D’où vient cette flûte jouant Les Fleurs de prunier ?
寳釵道:
Baochai dit :
誰家碧玉簫。鰲愁坤軸䧟,
De quelle maison vient cette flûte de jade vert ? La tortue Ao craint que l’axe terrestre ne s’effondre,
李紈笑道:「我替你們看熱酒去罷。」寳釵命寳琴續聯,只見湘雲起来道:
Li Wan dit en riant : « Je vais voir si le vin est chaud pour vous. » Baochai ordonna à Baoqin de poursuivre, mais Xiangyun se leva soudain et lança :
龍鬬陣雲銷。野岸𢌞孤棹,
Les dragons combattent, et les nuées en bataille se dissipent. Sur la rive sauvage revient une barque solitaire,
寳琴也聨道:
Baoqin enchaîna à son tour :
吟鞭指灞橋。賜裘憐撫戍,
Le fouet du poète désigne le pont Ba. La pelisse accordée par l’empereur console les soldats des frontières,
湘雲那裡肯讓人,且别人也不如他敏㨗,都看他揚眉挺身的說道:
Xiangyun ne voulait céder à personne et nul n’égalait d’ailleurs sa vivacité. Toutes la regardèrent se redresser, sourcils levés, et déclamer :
加絮念征徭。抝垤審夷險,
Ajouter de la ouate rappelle les hommes partis à la corvée. Creux et tertres révèlent terrains plats ou périlleux,
寳釵連聲讃好,也便聯道:
Baochai cria plusieurs fois que c’était excellent, puis enchaîna :
枝柯怕動摇。皚皚輕趂歩,
Les branches craignent de vaciller. Toute blanche, légère, elle suit les pas,
黛玉忙聯道:
Daiyu se hâta d’enchaîner :
剪剪舞隨腰。苦茗成新賞,
Fine et coupante, elle danse autour des tailles. Le thé amer devient un plaisir nouveau,
一面說,一面推寳玉,命他聨。寳玉正看寳釵、寳琴、黛玉三人共戰湘雲,十分有趣,那裡𮟃顧得聯詩?今見黛玉推他,方聯道:
Tout en parlant, elle poussa Baoyu et lui ordonna de poursuivre. Baoyu contemplait avec délices Baochai, Baoqin et Daiyu lutter à elles trois contre Xiangyun : comment aurait-il encore pensé à composer ? Quand Daiyu le poussa, il finit par enchaîner :
孤松訂久要。泥鴻從印跡,
Avec le pin solitaire se renouvelle une ancienne alliance. Dans la boue, l’oie sauvage laisse l’empreinte de son passage,
寶琴接着聨道:
Baoqin poursuivit :
林斧或聞樵。伏象千𡶶凸,
Parmi les arbres, la hache fait peut-être entendre le bûcheron. Éléphants couchés, mille pics se dressent,
湘雲忙聨道:
Xiangyun se hâta d’enchaîner :
盤蛇一逕遙。花緣經冷結,
Serpent lové, un sentier s’éloigne. La fleur doit au froid de s’être formée,
寳釵與衆人又都讃好,探春聨道:
Baochai et les autres applaudirent encore, puis Tanchun enchaîna :
色豈畏霜凋。深院驚寒雀,
Comment sa couleur craindrait-elle de se flétrir sous le givre ? Dans la cour profonde, les oiseaux transis s’effarent,
湘雲正渴了,忙忙的吃茶,已被岫烟搶着聨道:
Xiangyun, qui mourait de soif, buvait précipitamment du thé ; Xing Xiuyan la devança :
空山泣老鴞。堦墀隨上下,
Dans la montagne déserte, la vieille chouette pleure. De degré en degré, elle couvre les marches,
湘雲忙丢了茶杯,聨道:
Xiangyun abandonna aussitôt sa tasse et enchaîna :
池水任浮漂。照耀臨淸曉,
Sur l’eau de l’étang, elle flotte à son gré. Elle resplendit à l’approche de l’aube claire,
黛玉忙聨道:
Daiyu enchaîna vivement :
繽紛入永宵。誠忘三尺冷,
Et tourbillonne jusque dans la longue nuit. En toute sincérité, on oublie un froid de trois pieds,
湘雲忙笑聯道:
Xiangyun poursuivit en riant :
瑞釋九重焦。僵卧誰相問,
Cet heureux présage dissipe l’inquiétude des Neuf Enceintes. Qui s’enquiert de celui qui gît raidi ?
寳琴也忙笑聨道:
Baoqin se hâta elle aussi d’enchaîner en riant :
狂遊客喜招。天機㫁縞帶,
Mais le joyeux voyageur aime à l’inviter. Le métier céleste tranche ses rubans de soie blanche,
湘雲又忙道:
Xiangyun se hâta encore de dire :
海市失鮫綃。
Et le mirage marin perd la gaze des femmes-poissons.
林黛玉不容他道出,接著便道:
Lin Daiyu ne lui laissa pas le temps de poursuivre et lança :
寂寞封台榭,
Solitaire, elle scelle terrasses et pavillons,
湘雲忙聨道:
Xiangyun enchaîna vivement :
淸貧懐簞瓢。
Dans la pure pauvreté, on songe à la corbeille et à la gourde.
寳琴也不容情,也忙道:
Baoqin ne lui fit pas davantage quartier et lança :
烹茶水漸沸,
Pour préparer le thé, la glace peu à peu bouillonne,
湘雲見這般,自爲得趣,又是笑,又忙聯道:
Xiangyun, qui prenait goût à cette lutte, poursuivit en riant et en toute hâte :
煑酒葉難燒。
Pour chauffer le vin, les feuilles brûlent mal.
黛玉也笑道:
Daiyu dit aussi en riant :
没帚山僧掃,
Sans balai, le moine de la montagne balaie,
寶琴也笑道:
Baoqin dit à son tour en riant :
埋琴稚子挑。
Le jeune garçon déterre le luth enseveli.
湘雲笑灣了腰,忙念了一句,衆人問道:「到底說的是什麽?」湘雲道:
Xiangyun riait à s’en courber en deux ; elle récita précipitamment un vers. Toutes demandèrent : « Mais enfin, qu’as-tu dit ? » Xiangyun répéta :
石樓閑睡鶴,
Dans la tour de pierre, la grue dort oisive,
黛玉笑得握着胸口,高聲嚷道:
Daiyu, serrant sa poitrine tant elle riait, cria à pleine voix :
錦罽煖親猫。
Sur la couverture de brocart, le chat familier se réchauffe.
寳琴也忙笑道:
Baoqin se hâta de dire en riant :
月窟翻銀浪,
Dans la grotte lunaire se soulèvent des vagues d’argent,
湘雲忙聨道:
Xiangyun enchaîna vivement :
霞城隱赤標。
La cité des nuées roses cache son étendard rouge.
黛玉忙笑道:
Daiyu dit vivement en riant :
沁梅香可嚼,
Imprégné dans le prunier, son parfum se laisse mâcher,
寳釵笑稱好句,也忙聨道:
Baochai loua l’excellence du vers et enchaîna aussitôt :
淋竹醉堪調。
Ruisselant sur les bambous, il se prête à de grisants accords.
寳琴也忙道:
Baoqin se hâta à son tour de dire :
或濕夗央帶,
Tantôt elle mouille les ceintures aux canards mandarins,
湘雲忙聨道:
Xiangyun poursuivit vivement :
時凝翡翠翹。
Tantôt elle se fige sur les épingles de plumes de martin-pêcheur.
黛玉又忙道:
Daiyu se hâta encore de dire :
無風仍脉脉,
Même sans vent, elle demeure tendre et silencieuse,
寶琴又忙笑聨道:
Baoqin poursuivit vivement en riant :
不雨亦瀟瀟。
Même sans pluie, elle murmure et ruisselle.
湘雲伏着,已笑軟了。衆人看他三人對搶,也都不顧作詩,看着也只是笑。黛玉還推他往下聨,又道:「你也有才盡力窮之時。我聼聼,還有什麼舌頭嚼了?」湘雲只伏在寳釵懐裡,笑個不住。寳釵推他起來,道:「你有本事,把『二蕭』的韻全用完了,我纔服你。」湘雲起身笑道:「我也不是做詩,竟是搶命呢!」衆人笑道:「倒是你自己說罷。」探春早已料定没有自己聨的了,便早寫出來,因說:「𮟃没收住呢。」李紋聼了,接過來,便聨了一句道:
Xiangyun, affalée, n’avait plus de forces à force de rire. Voyant les trois jeunes filles se disputer ainsi les vers, toutes les autres avaient cessé de composer et ne faisaient plus que les regarder en riant. Daiyu pressait encore Xiangyun de poursuivre : « Toi aussi, tu finis donc par épuiser ton talent et tes ressources ! Voyons un peu ce que ta langue peut encore nous ressasser. » Xiangyun, blottie contre Baochai, riait sans pouvoir s’arrêter. Baochai la repoussa pour la faire se lever : « Si tu as tant de talent, emploie donc toutes les rimes de la section Deuxième Xiao ; alors seulement je m’avouerai vaincue. » Xiangyun se redressa en riant : « Je ne compose plus des vers, je lutte carrément pour ma vie ! » Toutes rirent : « Voilà au moins une chose que tu reconnais toi-même. » Tanchun avait depuis longtemps compris qu’elle n’aurait plus l’occasion d’enchaîner et avait déjà écrit la suite. Elle dit : « Ce n’est pas encore conclu. » Li Wen prit le feuillet et ajouta :
欲誌今朝樂,
Pour consigner la joie de ce matin,
李𦂶收了一句道:
Li Qi donna le vers final :
凴詩祝舜堯。
Par ces vers, célébrons Shun et Yao.
李紈道:「彀了,彀了,雖没作完了韻,騰挪的字,若生扭了,倒不好了。」說着大家来細細評論一囘,獨湘雲的多,都笑道:「這都是那塊鹿肉的功勞。」李紈笑道:「逐句評去,却還一氣,只是寳玉又落了第了。」寳玉笑道:「我原不會聨句,只好擔待我罷。」李紈笑道:「也没有社社擔待的:又說韻險了,又整悞了,又不會聨句,今日必罰你。我纔看見櫳翠𢊊的紅梅有趣,我要折一枝來挿瓶,可厭妙玉爲人,我不理他,如今罰你取一枝来,挿着頑兒。」衆人都道:「這罰的又雅又有趣。」寳玉也樂爲,答應著就要走,湘雲黛玉一齊說道:「外頭冷得狠,你且吃杯熱酒再去。」於是湘雲早執起壺来。黛玉遞了一個大杯,滿斟了一杯,湘雲笑道:「你吃了我們這酒,要取不來,加倍罰你!」寶玉忙吃了一杯,冐雪而去。
Li Wan dit : « Assez, assez ! Nous n’avons pas épuisé toutes les rimes, mais si nous nous torturions pour y faire entrer des caractères, ce serait moins bon. » Là-dessus, toutes examinèrent minutieusement le poème. Xiangyun avait fourni à elle seule le plus grand nombre de vers, et toutes rirent : « C’est la viande de cerf qui a fait tout cela. » Li Wan dit en riant : « À les juger vers après vers, ils forment pourtant un seul souffle. Mais Baoyu a encore échoué au concours. » Baoyu répondit en riant : « Je n’ai jamais su composer par enchaînements ; pardonnez-moi donc. » Li Wan rit : « On ne peut pas te pardonner à chaque réunion. Tantôt les rimes étaient trop difficiles, tantôt tu avais perdu du temps, et maintenant tu ne sais pas enchaîner les vers : aujourd’hui, je dois te punir. Je viens de voir que les pruniers rouges de l’ermitage des Bambous verts sont charmants. Je voudrais en casser une branche pour la mettre dans un vase, mais Miaoyu est si déplaisante que je ne veux pas avoir affaire à elle. Ta punition sera d’aller m’en chercher une, pour que nous la mettions ici et nous en amusions. » Toutes approuvèrent : « Voilà une punition à la fois élégante et plaisante. » Baoyu, ravi de s’en charger, accepta et s’apprêtait à partir quand Xiangyun et Daiyu dirent ensemble : « Il fait terriblement froid dehors ; bois d’abord une coupe de vin chaud. » Xiangyun saisit déjà la cruche ; Daiyu tendit une grande coupe et la remplit à ras bord. Xiangyun dit en riant : « Après avoir bu notre vin, si tu ne rapportes rien, ta punition sera doublée ! » Baoyu vida rapidement la coupe et partit sous la neige.
李紈命人好好跟着,黛玉忙攔說:「不必,有了人,反不得了。」李紈㸃頭道是。一面命丫鬟將一個美女聳肩瓶拿來,貯了水,準偹挿梅,因又笑道:「囬來該吟紅梅了。」湘雲忙道:「我先作一首。」寳釵笑道:「今日㫁不容你再作了!你都搶了去,别人都閒着也没趣。囬來罰寶玉。他說不㑹聨句,如今就呌他自己做去。」黛玉笑道:「這話狠是。我𮟃有主意:方纔聨句不彀,莫若揀那聨得少的人做紅梅詩。」寳釵笑道:「這話是極。方纔邢李三位屈才,且又是客。琴兒和顰兒雲兒他們搶了許多,我們一槪都别做,只他們三人做纔是。」李紈因說:「𦂶兒也不大㑹做,還是讓琴妹妹罷。」寳釵只得依允。又道:「就用『紅梅花』三個字做韻,每人一首七言律:邢大妹妹做『紅』字,你們李大妹妹做『梅』字,琴兒做『花』字。」李紈道:「饒過寳玉去,我不服。」湘雲忙道:「有箇好題目命他做。」衆人問何題?湘雲道:「命他就做『訪妙玉乞紅梅』,豈不有趣?」衆人𦗟了,都說有趣。
Li Wan ordonna à des gens de bien l’accompagner, mais Daiyu l’arrêta vivement : « Inutile. Avec quelqu’un, il échouera au contraire. » Li Wan approuva d’un signe de tête. Elle fit apporter par une servante un vase aux épaules dressées en forme de belle femme, le fit remplir d’eau et préparer pour recevoir la branche de prunier ; puis elle dit en riant : « À son retour, il faudra composer sur le prunier rouge. » Xiangyun s’écria : « Je ferai le premier poème. » Baochai rit : « Aujourd’hui, il est absolument hors de question de te laisser encore composer ! Tu as tout raflé et, si les autres restent oisives, il n’y aura aucun plaisir. À son retour, nous punirons Baoyu. Il dit ne pas savoir enchaîner les vers ; eh bien, qu’il compose seul. » Daiyu dit en riant : « Tu as tout à fait raison. J’ai encore une idée : comme nous n’avons pas assez participé à l’enchaînement, choisissons celles qui ont donné le moins de vers pour composer sur le prunier rouge. » Baochai rit : « Excellente idée. Tout à l’heure, les trois demoiselles Xing et Li n’ont pu montrer leur talent ; de plus, elles sont nos invitées. Baoqin, Fronce-Sourcils et Xiangyun ont raflé tant de vers que nous autres ne devons plus rien faire : que ces trois-là composent seules. » Li Wan dit alors : « Qi’er n’est guère habile à composer ; cédons sa place à petite sœur Baoqin. » Baochai dut y consentir. Elle ajouta : « Prenons comme rimes les trois caractères “rouge”, “prunier” et “fleur”. Chacune composera un poème régulier de huit vers heptasyllabiques : l’aînée des demoiselles Xing prendra “rouge”, l’aînée de vos demoiselles Li prendra “prunier”, et Baoqin prendra “fleur”. » Li Wan dit : « Si Baoyu est épargné, je ne l’accepte pas. » Xiangyun s’écria : « J’ai un excellent sujet à lui donner. » Toutes demandèrent lequel. Xiangyun répondit : « Qu’on lui impose justement : “Visite à Miaoyu pour mendier une branche de prunier rouge”. Ne serait-ce pas amusant ? » Toutes déclarèrent que ce serait fort plaisant.
一語未了,只見寳玉笑欣欣擎了一枝紅梅進來。衆丫鬟忙已接過,挿入瓶内。衆人都過來賞玩。寳玉笑道:「你們如今賞罷,也不知費了我多少精神呢!」說着,探春早又遞過一鍾煖酒来。衆丫鬟上来接了簑笠撣雪,各人房中丫鬟都添送衣服來。襲人也遣人送了半舊的狐腋褂來。李紈命人將那蒸的大芋頭盛了一盤,又將硃橘、黃橙、橄欖等物盛了兩盤,命人帶與襲人去。湘雲且告訴寳玉方纔的詩題,又催寳玉快做。寳玉道:「好姐姐好妹妹們,讓我自己用韻罷,别限韻了。」衆人都說:「隨你做去罷。」
Elle achevait à peine que Baoyu entra tout souriant, tenant bien haut une branche de prunier rouge. Les servantes se hâtèrent de la prendre et de la placer dans le vase. Toutes s’approchèrent pour l’admirer. Baoyu dit en riant : « Admirez-la maintenant ; vous ne savez pas tout le mal que je me suis donné ! » Tanchun lui tendait déjà une coupe de vin chaud. Les servantes vinrent lui retirer sa cape et son chapeau de paille et en secouer la neige ; les servantes attachées aux chambres de chacun apportèrent des vêtements supplémentaires. Xiren envoya elle aussi une veste d’aisselles de renard déjà un peu portée. Li Wan fit remplir un plat de gros taros cuits à la vapeur et deux autres de mandarines rouges, d’oranges jaunes et d’olives, puis ordonna qu’on les portât à Xiren. Xiangyun expliqua à Baoyu le sujet qu’elles venaient de choisir et le pressa de composer. Baoyu dit : « Mes bonnes grandes et petites sœurs, laissez-moi choisir moi-même mes rimes ; ne m’en imposez pas. » Toutes répondirent : « Compose donc à ta guise. »
一面說,一面大家看梅花。原來這一枝梅花只有二尺來高,傍有一枝,縱橫而出,約有二三尺長,其間小枝分岐,或如蟠螭,或如僵蚓,或孤削如筆,或宻聚如林,真乃花吐胭𮌖,香欺蘭蕙,各各稱賞。誰知岫烟、李紋、寳琴三人都已吟成,各自寫了出來,衆人便依「紅」「梅」「花」三字之序看去,寫道:
Tout en parlant, chacune contemplait la branche. Celle-ci n’avait qu’un peu plus de deux pieds de haut, mais une branche latérale, lancée de travers, s’étendait sur deux ou trois pieds. Les petites ramifications s’y divisaient, les unes pareilles à des dragons lovés, d’autres à des vers raidis ; certaines se dressaient, solitaires et aiguës comme des pinceaux, d’autres se pressaient aussi dru qu’une forêt. C’était vraiment une floraison de fard rouge dont le parfum surpassait orchidées et eupatoires. Toutes en faisaient l’éloge. Or Xing Xiuyan, Li Wen et Baoqin avaient déjà achevé leurs poèmes et chacune venait de les mettre par écrit. On les lut donc dans l’ordre des trois caractères « rouge », « prunier » et « fleur ». Il était écrit :
賦得紅梅花邢岫烟桃未芳菲杏未紅,冲寒先喜笑東風。魂飛庾嶺春難辨,霞隔羅浮夢未通。緑萼添粧融寳炬,縞仙扶醉跨殘虹。看来豈是尋常色,濃淡由他氷雪中。又李紋白梅懶賦賦紅梅,逞艶先迎醉眼開。凍臉有痕皆是血,酸心無恨亦成灰。誤吞丹藥移眞骨,偷下瑶池脫舊胎。江北江南春燦爛,𭔃言𧊵蝶漫疑猜。又寳琴疎是枝條艶是花,春粧兒女竸奢華。閒庭曲檻無餘雪,流水空山有落霞。幽夢冷隨紅袖笛,遊仙香泛絳河槎。前身定是瑶台種,無復相疑色相差。
Poème sur les fleurs du prunier rouge, par Xing Xiuyan
Les pêchers ne sont pas encore odorants, les abricotiers pas encore rouges ; bravant le froid, il sourit le premier au vent d’est.
Son âme vole au col Yu, où le printemps reste indiscernable ; les nuées roses voilent le mont Luofu, et le rêve ne peut l’atteindre.
Ses calices verts se parent et se fondent dans l’éclat des torches précieuses ; un immortel vêtu de blanc, soutenu dans son ivresse, chevauche un reste d’arc-en-ciel.
À le voir, comment serait-ce une couleur ordinaire ? Qu’elle soit vive ou pâle, il s’en remet à la glace et à la neige.
Autre poème, par Li Wen
Dédaignant de chanter le prunier blanc, je chante le rouge ; étalant sa splendeur, il s’ouvre d’abord aux regards enivrés.
Les marques de son visage gelé ne sont que sang ; son cœur acide, sans haine, lui-même devient cendre.
Ayant par erreur avalé l’élixir de cinabre, il a changé ses os véritables ; descendu en secret de l’Étang de Jade, il a dépouillé son ancienne enveloppe.
Au nord comme au sud du Fleuve, le printemps resplendit ; dites aux abeilles et aux papillons de ne pas se perdre en soupçons.
Autre poème, par Baoqin
Clairsemés sont les rameaux, éclatante est la fleur ; parées pour le printemps, les jeunes filles rivalisent de magnificence.
Dans la cour paisible aux balustrades courbes, il ne reste plus de neige ; sur les eaux courantes, dans les monts déserts, demeure une nuée du couchant.
Un rêve secret et glacé suit la flûte d’une manche rouge ; dans le voyage des immortels, son parfum porte un radeau sur la Rivière pourpre.
Dans une vie antérieure, il fut certainement une essence de la Terrasse de Jade ; désormais, nul ne saurait plus douter de la différence de sa couleur.
衆人看了,都笑着稱贊了一囬,又指末一首更好。寳玉見寳琴年紀最小,才又敏㨗。黛玉湘雲二人斟了一小杯酒,齊賀寶琴。寳釵笑道:「三首各有好處。你們兩個天天捉弄厭了我,如今又捉弄他来了。」李紈又問寳玉:「你可有了?」寳玉忙道:「我倒有了,纔一看見這三首,又唬忘了,等我再想。」湘雲聼說,便拿了一支銅火箸擊着手爐,笑道:「我擊了,若鼓絶不成,又要罸的。」寳玉笑道:「我已有了。」黛玉提起筆来,笑道:「你念我寫。」湘雲便擊了一下,笑道:「一鼓絶。」寳玉笑道:「有了,你寫罷。」衆人𦘏他念道:
Après les avoir lus, toutes les louèrent un moment en riant, et jugèrent le dernier particulièrement réussi. Baoyu constatait que Baoqin, malgré son jeune âge, avait l’esprit très prompt. Daiyu et Xiangyun remplirent une petite coupe et félicitèrent ensemble Baoqin. Baochai dit en riant : « Chacun des trois poèmes a ses mérites. Vous deux, après m’avoir tourmentée tous les jours jusqu’à satiété, vous vous mettez maintenant à la tourmenter, elle aussi. » Li Wan demanda encore à Baoyu : « As-tu trouvé ? » Il répondit vivement : « J’avais bien quelque chose, mais la vue de ces trois poèmes m’a tellement intimidé que j’ai tout oublié. Laissez-moi réfléchir encore. » À ces mots, Xiangyun prit une baguette de cuivre destinée au brasero et en frappa le chauffe-mains : « Je vais battre la mesure. Si tu n’as pas terminé au dernier coup, tu seras encore puni. » Baoyu rit : « Je l’ai maintenant. » Daiyu prit le pinceau : « Récite, j’écrirai. » Xiangyun frappa un coup et dit en riant : « Finis au premier roulement. » Baoyu répondit : « J’y suis. Écris. » Toutes l’entendirent réciter :
酒未開罇句未裁,
Le vin n’est pas encore offert, le vers pas encore taillé,
黛玉寫了,摇頭笑道:「起得平平。」湘雲又道:「快着!」寳玉笑道:
Daiyu l’écrivit, puis secoua la tête en riant : « Le début est bien plat. » Xiangyun cria encore : « Plus vite ! » Baoyu poursuivit :
尋春問臘到蓬萊。
En quête du printemps, interrogeant l’hiver, j’arrive à Penglai.
黛玉湘雲都㸃頭笑道:「有些意思了。」寳玉又道:
Daiyu et Xiangyun hochèrent la tête en souriant : « Cela commence à avoir quelque intérêt. » Baoyu poursuivit :
不求大士瓶中露,爲乞孀娥檻外梅。
Je ne demande pas la rosée du flacon de la Grande Compatissante ; je viens mendier au-delà de la balustrade le prunier de la veuve immortelle.
黛玉寫了,摇頭說:「小巧而已。」湘雲將手又敲了一下,寳玉笑道:
Daiyu l’écrivit et secoua la tête : « Ce n’est qu’adroit et menu. » Xiangyun frappa de nouveau. Baoyu poursuivit en riant :
入世冷挑紅雪去,離塵香割紫雲来。槎枒誰惜詩肩瘦,衣上猶沾佛院苔。
Entrant dans le monde, je cueille froidement la neige rouge ; quittant la poussière, je coupe un parfum de nuée pourpre.
Qui plaindra cette branche noueuse sur les maigres épaules du poète ? À mon vêtement adhère encore la mousse de la cour bouddhique.
黛玉寫𭺾,湘雲大家纔評論時,只見几個丫鬟跑進來道:「老太太來了!」衆人忙迎出來,大家又笑道:「怎麽這等高興!」說着,遠遠見賈母圍了大斗篷,帶着灰鼠煖兠,坐着小竹轎,打着青紬油傘,鴛鴦琥珀等五六個丫鬟,每人都是打着傘,擁轎而来。李紈等忙徃上𨒖。賈母命人止住,說:「只站在那裡就是了。」来至跟前,賈母笑道:「我瞞着你太太和鳯丫頭來了。大雪地下,我坐着這個無妨,没的呌他娘兒們跴雪。」衆人忙一面上前接斗篷,攙扶着,一面答應着。
Daiyu venait d’achever d’écrire et toutes allaient donner leur avis lorsque plusieurs servantes accoururent : « L’aïeule arrive ! » Toutes se hâtèrent de sortir à sa rencontre en s’écriant avec joie : « Comment se fait-il que vous soyez d’aussi belle humeur ? » Au loin, elles aperçurent l’aïeule Jia, enveloppée dans une grande cape et coiffée d’un capuchon chaud en petit-gris, assise dans une petite chaise à porteurs de bambou sous une ombrelle de soie bleue huilée. Yuanyang, Hupo et cinq ou six autres servantes l’entouraient, chacune munie d’une ombrelle. Li Wan et les autres se portèrent vivement à sa rencontre, mais l’aïeule Jia les fit arrêter : « Restez simplement où vous êtes. » Lorsqu’elle fut arrivée devant elles, elle dit en riant : « Je suis venue en cachette de votre tante et de la petite Feng. Avec toute cette neige, je ne risque rien dans cette chaise ; il n’était pas nécessaire de faire marcher ces jeunes femmes dans la neige. » Toutes s’avancèrent pour lui retirer sa cape et l’aider à descendre, tout en lui répondant.
賈母來至室中,先笑道:「好俊梅花!你們也㑹樂,我也不饒你們。」說着,李紈早命人拿了一個大狼皮褥子來,鋪在當中。賈母坐了,因笑道:「你們只𬋩照舊頑笑吃喝。我因爲天短了,不敢睡中覺,抹了一㑹牌,想起你們来了,我也来凑個趣兒。」李紈早又捧過手爐來。探春另拿了一付盃筯來,親自斟了煖酒,奉與賈母。賈母便飮了一口,問:「那個盤子是什麽東西?」衆人忙捧了過來,囬說:「是糟鵪鶉。」賈母道:「這倒罷了,撕一㸃子腿兒來。」李紈忙答應了,要水洗手,親自來撕。賈母道:「你們仍舊坐下說笑,我聼着纔喜歡。」又命李紈:「你也只管坐下,就如同我没来的一樣纔好。不然,我就走了。」衆人聼了,方纔依次坐下,只李紈挪到儘下邊。賈母因問:「你們作什麽頑呢?」衆人便說:「做詩呢。」賈母道:「有做詩的,不如做些燈謎兒,大家正月裡好頑。」衆人答應。說笑了一㑹,賈母便說:「這裡潮濕,你們别久坐,仔細着了凉。倒是你四妹妹那裡煖和,我們倒那裡瞧瞧他的畵兒,赶年可能有了不能。」衆人笑道:「那裡能年下就有了?只怕明年端陽纔有呢。」賈母道:「這還了得!他竟比蓋這園子還費工夫了。」
Une fois dans la pièce, l’aïeule Jia s’écria d’abord en riant : « Quel beau prunier ! Vous savez donc vous divertir ; je ne vais pas vous laisser vous amuser sans moi. » Li Wan avait déjà fait apporter une grande fourrure de loup, que l’on étendit au milieu. L’aïeule s’assit et dit en riant : « Continuez donc à rire, à jouer, à manger et à boire comme auparavant. Les jours sont courts et je n’ai pas osé faire la sieste. Après avoir joué un moment aux cartes, j’ai pensé à vous et je suis venue partager vos plaisirs. » Li Wan lui apporta un chauffe-mains. Tanchun prit un couvert et une coupe supplémentaires, versa elle-même du vin chaud et les lui présenta. L’aïeule Jia but une gorgée et demanda : « Qu’y a-t-il dans ce plat ? » On le lui apporta aussitôt : « Des cailles marinées au marc de vin. » Elle dit : « Voilà qui me convient. Déchirez-moi un peu de chair de la cuisse. » Li Wan acquiesça vivement, demanda de l’eau pour se laver les mains et voulut s’en charger elle-même. L’aïeule Jia dit : « Rasseyez-vous comme auparavant, bavardez et riez ; c’est seulement en vous entendant que je serai contente. » Puis elle ordonna à Li Wan : « Toi aussi, assieds-toi tranquillement, exactement comme si je n’étais pas venue. Sinon, je m’en vais. » Toutes reprirent alors leurs places dans l’ordre ; seule Li Wan se déplaça tout au bout. L’aïeule demanda : « À quoi vous amusiez-vous ? » Elles répondirent : « Nous composions des vers. » L’aïeule Jia dit : « Au lieu de poèmes, vous devriez faire quelques énigmes de lanternes ; nous pourrions tous nous en amuser au premier mois. » Toutes acquiescèrent. Après avoir bavardé et ri un moment, l’aïeule ajouta : « Cet endroit est humide. Ne restez pas trop longtemps, de peur de prendre froid. Il fait plus chaud chez votre quatrième sœur ; allons plutôt voir sa peinture et demander si elle pourra être achevée pour la fin de l’année. » Toutes rirent : « Comment pourrait-elle être terminée avant la fin de l’année ? Elle ne le sera sans doute pas avant la fête du Double Cinq de l’an prochain. » L’aïeule Jia s’écria : « Ce serait un comble ! Cette peinture lui demanderait donc plus de travail que la construction de tout ce jardin ! »
說著,仍坐了竹椅轎,大家圍隨,過了藕香榭,穿入一條夾道,東西兩邊皆是過街門,門楼上裡外都嵌著石頭匾,如今進的是西門,向外的匾上𨯳著「穿雲」二字,向裡的𨯳著「度月」兩字。來至堂中,進了向南的正門,賈母下了轎,惜春已接了出來。從裡面遊廊過去,便是惜春卧房,門斗上有「暖香塢」三字,早有幾個人打起猩紅毡簾,已覺温香拂臉。大家進入房中,賈母並不歸坐,只問惜春:「畵在那裡?」惜春因笑囘:「天氣寒冷了,膠性皆凝澁不潤,畵了恐不好看,故此收起來了。」賈母笑道:「我年下就要的,你别托懶兒,快拿出來給我快畵!」
Sur ces mots, elle reprit sa chaise de bambou et toutes l’entourèrent. Elles dépassèrent le kiosque des Lotus parfumés et s’engagèrent dans un passage bordé, à l’est comme à l’ouest, de portes ouvrant sous des bâtiments. Les deux faces de ces portes portaient des plaques de pierre incrustées. Elles entrèrent cette fois par la porte occidentale : la plaque extérieure était gravée des mots « Percer les nuages », et la plaque intérieure, « Franchir la lune ». Arrivée dans la salle, l’aïeule Jia franchit la porte principale orientée au sud et descendit de sa chaise ; Xichun était déjà venue l’accueillir. Une galerie intérieure conduisait à la chambre de Xichun. Au-dessus de la porte figuraient les trois caractères « Retraite aux parfums tièdes ». Plusieurs personnes avaient déjà relevé la portière de feutre écarlate et une chaleur odorante leur caressa aussitôt le visage. Une fois entrée, l’aïeule Jia ne s’assit même pas et demanda à Xichun : « Où est la peinture ? » Xichun répondit en souriant : « Avec le froid, la colle s’est figée, elle est rêche et ne s’étend plus. Comme la peinture risquait d’être laide, je l’ai rangée. » L’aïeule Jia rit : « Je la veux pour la fin de l’année. Ne prends pas ce prétexte pour paresser : ressors-la et peins-la-moi bien vite ! »
一語未了,忽見鳯姐兒披著紫羯絨褂笑嘻嘻来了,口内說道:「老祖宗今兒也不告訴人,私自就來了,要我好找!」賈母見他來了,心中喜歡,道:「我怕你們冷著了,所以不許人告訴你們去。你真是個鬼靈精兒,到底找了我來。論禮孝敬也不在這上頭。」鳳姐兒笑道:「我那裡是孝敬的心找了來?我因爲到了老祖宗那裡,鴉没雀靜的,問小丫頭子們,他又不肯呌我找到園裡來。我正疑惑,忽然又來了兩三個姑子,我心裡纔明白了:那姑子必是来送年䟽或要年例香例銀子,老祖宗年下的事也多,一定是躱債来了。我赶忙問了那姑子,果然不錯。我連忙把年例給了他們去了。如今來囬老祖宗,債主兒已去了,不用躱着了。已預偹下稀嫩的野雞,請用晚飯去罷,再遲一囘就老了。」
Elle achevait à peine que Xifeng parut soudain, vêtue d’une veste de laine violette et le visage tout souriant. Elle disait : « La Vieille Aïeule est partie aujourd’hui sans même avertir personne ; comme vous m’avez fait chercher ! » Heureuse de la voir, l’aïeule Jia répondit : « Je craignais que vous ne preniez froid, c’est pourquoi j’avais défendu qu’on vous prévienne. Tu es vraiment un petit démon de finesse : il a fallu que tu finisses par me trouver. Le respect filial ne se mesure pourtant pas à cela. » Xifeng rit : « Croyez-vous que je vous aie cherchée par piété filiale ? En arrivant chez la Vieille Aïeule, j’ai trouvé un silence de corbeaux et de moineaux. J’ai interrogé les petites servantes, mais elles refusaient de me dire que vous étiez dans le jardin. Je restais perplexe quand deux ou trois nonnes sont arrivées ; j’ai aussitôt compris. Elles venaient sûrement apporter leur liste du Nouvel An ou réclamer les allocations annuelles et l’argent pour les encens. Comme la Vieille Aïeule a beaucoup d’affaires à la fin de l’année, elle s’était certainement cachée de ses créancières. J’ai vite interrogé les nonnes : c’était bien cela. Je leur ai versé leurs allocations annuelles et les ai congédiées. Je viens maintenant informer la Vieille Aïeule que ses créancières sont parties et qu’elle n’a plus besoin de se cacher. On a préparé de jeunes faisans bien tendres : venez donc dîner, je vous prie. Si nous tardons, ils seront trop vieux. »
他一行說,衆人一行笑。鳯姐兒也不等賈母說話,便命人擡過轎來,賈母笑着挽了鳯姐兒的手,仍上了轎,帶着衆人,說笑出了夾道東門,一看四面粉粧銀砌,忽見寳琴披着鳬靨裘,站在山坡背後遙等。身後一個丫鬟,抱着一瓶紅梅。衆人都笑道:「怪道少了兩個,他却在這裡等着,也弄梅花去了。」賈母喜的忙笑道:「你們瞧,這雪坡兒上,配上他這個人物兒,又是這件衣裳,後頭又是這梅花,像個什麼?」衆人都笑道:「就像老太太屋裡掛的仇十州畵的『艷雪圖』。」賈母𢳸頭笑道:「那畵的那裡有這件衣裳?人也不能這様好!」一語未了,只見寶琴身後又轉出一個穿大紅猩猩毡的人来。賈母道:「那又是那個女孩兒?」衆人笑道:「我們都在這裡,那是寳玉。」賈母笑道:「我的眼越發花了。」說話之間,来至跟前,可不是寳玉和寳琴兩個。寳玉笑向寳釵黛玉等道:「我纔又到了櫳翠𤲅,妙玉竟每人送你們一枝梅花,我已經打發人送去了。」衆人都笑說:「多謝你費心。」
Plus elle parlait, plus toutes riaient. Sans attendre la réponse de l’aïeule Jia, Xifeng fit apporter la chaise. L’aïeule prit sa main en riant, remonta dans la chaise et repartit avec toutes les autres. Elles sortirent en bavardant par la porte orientale du passage et virent de tous côtés un monde poudré de blanc et bâti d’argent. Soudain, elles aperçurent Baoqin, vêtue de sa pelisse en duvet de canard sauvage, qui les attendait au loin derrière une pente neigeuse. Une servante derrière elle portait un vase contenant une branche de prunier rouge. Toutes rirent : « Nous nous demandions pourquoi deux personnes manquaient. La voilà qui nous attend ici ; elle aussi s’est procuré des fleurs de prunier. » L’aïeule Jia, ravie, s’écria : « Regardez-la : sur cette pente neigeuse, avec sa beauté, ce vêtement et les fleurs de prunier derrière elle, à quoi ressemble-t-elle ? » Toutes répondirent en riant : « Exactement aux Beautés dans la neige, le tableau de Qiu Shizhou suspendu dans votre chambre. » L’aïeule Jia secoua la tête : « Le tableau ne montre pas un tel vêtement, et la personne n’y est pas aussi belle ! » Elle achevait à peine qu’une autre silhouette, vêtue de grand feutre écarlate, surgit derrière Baoqin. L’aïeule demanda : « Qui est encore cette jeune fille ? » Toutes rirent : « Puisque nous sommes toutes ici, ce ne peut être que Baoyu. » L’aïeule Jia dit en riant : « Ma vue baisse décidément de plus en plus. » Pendant qu’elles parlaient, les deux silhouettes approchèrent : c’étaient bien Baoyu et Baoqin. Baoyu dit en riant à Baochai, Daiyu et aux autres : « Je suis retourné tout à l’heure à l’ermitage des Bambous verts. Miaoyu a décidé d’offrir à chacune de vous une branche de prunier ; j’ai déjà chargé quelqu’un de vous les porter. » Toutes répondirent en riant : « Merci de t’être donné cette peine. »
說話之間,已出了園門,來至賈母房中,吃𭺾飯,大家又說笑了一囬。忽見薛姨媽也來了,說:「好大雪,一日也没過來望候老太太。今日老太太倒不高興?正該賞雪纔是。」賈母笑道:「何曾不高興了!我找了他們姊妹去頑了一會子。」薛姨媽笑道:「昨日晚上我原想著今日要和我們姨太太借一日園子,擺兩桌粗酒,請老太太賞雪的。又見老太太安息的早,我聞得寶兒說:『老太太心上不大𤕤。』因此今日也不敢驚動。早知如此,我竟該請了纔是呢。」賈母笑道:「這纔是十月,是頭塲雪,往後下雪的日子多着呢,再破費姨太太不遲。」薛姨媽笑道:「果然如此,算我的孝心䖍了。」
Tout en parlant, elles quittèrent le jardin et regagnèrent les appartements de l’aïeule Jia. Après le repas, toutes bavardèrent et rirent encore un moment. La tante Xue arriva soudain : « Quelle abondante neige ! Je ne suis pas venue de toute la journée prendre des nouvelles de l’aïeule. Seriez-vous donc de mauvaise humeur aujourd’hui ? C’est justement un temps à contempler la neige. » L’aïeule Jia répondit en riant : « Pourquoi serais-je de mauvaise humeur ? Je suis allée retrouver les jeunes filles et me suis amusée un moment avec elles. » La tante Xue dit : « Hier soir, j’avais justement pensé demander aujourd’hui le jardin à notre tante, y dresser deux tables avec un vin sans façons et inviter l’aïeule à contempler la neige. Mais comme vous vous étiez couchée tôt et que Bao’er m’avait dit : “L’aïeule n’est pas très gaie”, je n’ai pas osé vous déranger. Si j’avais su, j’aurais dû vous inviter malgré tout. » L’aïeule Jia répondit : « Nous ne sommes encore qu’au dixième mois et ce n’est que la première neige. Il y aura bien d’autres jours de neige ; il ne sera pas trop tard pour vous mettre en frais. » La tante Xue rit : « Soit ; considérez donc que mon offrande filiale est mise en réserve. »
鳳姐兒笑道:「姨媽仔細忘了。如今現秤五十兩銀子來,交給我收着,一下雪,我就預偹下酒,姨媽也不用操心,也不得忘了。」賈母笑道:「旣這麽說,姨太太給他五十兩銀子收着,我和他每人分二十五兩,到下雪的日子,我粧心裡不快,混過去了。姨太太更不用操心,我和鳳姐到得實惠。」鳯姐將手一拍,笑道:「妙極了!這和我的主意一様。」衆人都笑了。賈母笑道:「呸!没臉的,就順着竿子爬上來了!你不說姨太太是客,在偺們家受屈,我們該請姨太太纔是,那裡有破費姨太太的理?不這様說呢,還有臉先要五十兩銀子,真不害臊!」鳯姐笑道:「我們老祖宗最是有眼色的,試一試姨媽:若鬆呢,拿出五十兩來,就和我分。這會子估量着不中用了,翻過來拿我做法子,說出這些大方話來。如今我也不和姨媽要銀子了,我竟替姨媽出銀子,治了酒,請老祖宗吃了,我另外再封五十兩銀子孝敬老祖宗,算是罰我個包覽閑事,這可好不好?」話未說完,衆人已笑倒在炕上。
Xifeng dit en riant : « Ma tante risque fort de l’oublier. Faites peser dès maintenant cinquante taëls d’argent et confiez-les-moi. Dès qu’il neigera, je préparerai le vin ; ma tante n’aura plus à s’en soucier et ne pourra pas oublier. » L’aïeule Jia rit : « Dans ce cas, donnez-lui cinquante taëls à garder. Elle et moi en partagerons vingt-cinq chacune. Le jour où il neigera, je feindrai d’être de mauvaise humeur et nous laisserons passer l’occasion. Vous n’aurez plus aucun souci, et Xifeng et moi garderons le bénéfice. » Xifeng frappa dans ses mains : « Merveilleux ! C’est exactement mon idée. » Toutes éclatèrent de rire. L’aïeule Jia lui dit : « Pouah ! Effrontée ! On te tend une perche et te voilà déjà tout en haut ! Au lieu de dire que notre tante est notre invitée, qu’elle supporte bien des désagréments chez nous et que ce serait à nous de la recevoir, tu as encore le front de lui réclamer la première cinquante taëls ! Tu n’as vraiment aucune honte ! » Xifeng répondit en riant : « Notre Vieille Aïeule est la plus perspicace des femmes. Elle voulait mettre ma tante à l’épreuve : si celle-ci déliait aisément sa bourse et sortait les cinquante taëls, elle les partagerait avec moi. Maintenant qu’elle estime que cela ne marchera pas, elle retourne sa veste, me prend pour cible et débite ces grands propos généreux. Eh bien, je ne demanderai plus d’argent à ma tante. Je paierai moi-même le vin et inviterai la Vieille Aïeule ; en outre, je mettrai cinquante taëls sous enveloppe pour les lui offrir. Ce sera ma punition pour m’être mêlée de ce qui ne me regardait pas. Cela vous convient-il ? » Avant même qu’elle eût fini, toutes riaient déjà à en tomber sur le lit de briques.
賈母因又說及寳琴雪下折梅,比畵兒上還好。又細問他的年庚八字並家内景况。薛姨媽度其意思,大約是要與他求配。薛姨媽心中因也遂意,只是已許過梅家了,因賈母尙未明說,自己也不好擬定,遂半吐半露告訴賈母道:「可惜了這孩子没福,前年他父親就没了。他從小兒見的世面倒多,跟他父親四山五岳都走遍了。他父親好樂的,各處因有買賣,帶了家眷,這一省逛半年,明年又到那一省逛半年,所以天下十停走了有五六停了。那年在這裡,把他許了梅翰林的兒子,偏第二年他父親就辭世了。如今他母親又是痰症。」鳯姐兒也不等說完,便嗐聲跥脚的說:「偏不巧,我正要做個媒呢,又已經許了人家。」賈母笑道:「你要給誰說媒?」鳳姐兒笑道:「老祖宗别管。心裡看准了,他們兩個是一對。如今已許了人,說也無益,不如不說罷了。」賈母也知鳯姐兒之意,聼見已有人家,也就不提了。大家又閒話了一會方散。一宿無話。
L’aïeule Jia reparla alors de Baoqin cassant une branche de prunier sous la neige, spectacle plus beau encore qu’une peinture. Elle s’enquit minutieusement de sa date de naissance, de ses huit caractères astrologiques et de la situation de sa famille. La tante Xue devina qu’elle songeait probablement à lui chercher un parti. Cette idée lui agréait, mais Baoqin avait déjà été promise à la famille Mei. Comme l’aïeule Jia ne s’était pas encore déclarée clairement, elle ne pouvait elle-même rien supposer ; elle lui fit donc comprendre les choses à demi-mot : « Quel dommage que cette enfant ait si peu de bonheur ! Son père est mort il y a deux ans. Depuis son enfance, elle a pourtant beaucoup vu le monde ; avec son père, elle a parcouru les quatre montagnes et les cinq pics. Son père aimait voyager et, comme il avait des affaires en maint endroit, il emmenait sa famille : ils passaient six mois dans une province, puis, l’année suivante, six mois dans une autre. Elle a ainsi parcouru cinq ou six dixièmes de l’empire. Une année, ici même, on l’a promise au fils de l’académicien Hanlin Mei ; malheureusement, son père est mort l’année suivante. À présent, sa mère souffre d’une maladie de mucosités. » Sans attendre la fin, Xifeng poussa un soupir et frappa du pied : « Quel contretemps ! Je voulais justement arranger un mariage, et la voilà déjà promise. » L’aïeule Jia demanda en riant : « Pour qui voulais-tu servir d’entremetteuse ? » Xifeng répondit : « Que la Vieille Aïeule ne s’en mêle pas. J’avais bien choisi : ces deux-là formaient un couple parfait. Mais puisqu’elle est déjà promise, il ne sert à rien d’en parler ; autant me taire. » L’aïeule Jia comprit l’intention de Xifeng et, ayant appris que Baoqin était déjà fiancée, n’en parla plus. Après quelques propos sans conséquence, tout le monde se sépara. La nuit se passa sans incident.
次日雪晴。飯後,賈母又嘱咐惜春:「不𬋩冷煖,你只畵去。赶到年下,十分不能,便罷了。第一要𦂳把昨日琴兒和丫頭、梅花,照様一筆别錯快快添上。」惜春聽了,雖是爲難的事,只得應了。一時衆人都来看他如何畵。惜春只是出神。
Le lendemain, le ciel s’éclaircit après la neige. Après le repas, l’aïeule Jia recommanda encore à Xichun : « Qu’il fasse froid ou chaud, continue seulement à peindre. Si vraiment tu ne peux terminer pour la fin de l’année, nous laisserons cela. Mais avant tout, dépêche-toi d’ajouter exactement la scène d’hier : Baoqin, sa servante et les fleurs de prunier. Pas un trait ne doit manquer. » Bien que la tâche fût difficile, Xichun dut accepter. Bientôt, toutes vinrent voir comment elle allait peindre. Xichun demeurait seulement plongée dans ses pensées.
李紈因笑向衆人道:「讓他自己想去,咱們且說話兒。昨兒老太太只呌做燈謎兒,囬到家和𦂶兒紋兒睡不著,我就編了兩個《四書》的。他兩個每人也編了兩個。」衆人聼了,都笑道:「這倒該做的。先說了,我們猜猜。」李紈笑道:「『觀音未有世家傳』,打《四書》一句。」湘雲接著就說道:「在止于至善。」寳釵笑道:「你也想一想『世家傳』三個字的意思再猜。」李紈笑道:「再想。」黛玉笑道:「我猜罷。可是『雖善無徴』?」衆人都笑道:「這句是了。」李紈又道:「一池靑草草何名。」湘雲又忙道:「這一定是『蒲蘆也』。再不是不成?」李紈笑道:「這難爲你猜。紋兒的是『水向石邊流出冷』,打一古人名。」探春笑著問道:「可是山濤?」李紈道:「是。」李紈又道:「𦂶兒是個『螢』字,打一個字。」衆人猜了半日,寳琴道:「這個意思𨚫深,不知可是花草的『花』字?」李𦂶笑道:「恰是了。」衆人道:「螢與花何干?」黛玉笑道:「妙的狠!螢可不是草化的?」衆人㑹意,都笑了,說好。寳釵道:「這些雖好,不合老太太的意。不如做些淺近的物兒,大家雅俗共賞纔好。」衆人都道:「也要做些淺近的俗物纔是。」湘雲想了一想,笑道:「我編了一支『㸃絳唇』,𨚫真是個俗物,你們猜猜。」說著,便念道:
Li Wan dit alors aux autres en riant : « Laissons-la réfléchir seule et bavardons entre nous. Hier, l’aïeule nous a demandé de faire des énigmes de lanternes. Une fois rentrée, je n’arrivais pas à dormir avec Qi’er et Wen’er ; j’en ai donc composé deux à partir des Quatre Livres. Elles en ont également composé deux chacune. » Toutes rirent : « C’est justement ce qu’il fallait faire. Dis-les d’abord, nous essaierons de les résoudre. » Li Wan dit : « “Guanyin ne possède pas de chronique familiale transmise.” Il faut trouver une phrase des Quatre Livres. » Xiangyun répondit aussitôt : « “Elle demeure dans le souverain bien.” » Baochai rit : « Réfléchis donc au sens des trois mots “chronique familiale transmise” avant de répondre. » Li Wan dit : « Cherche encore. » Daiyu sourit : « Je vais essayer. Serait-ce : “Quoique bonne, elle n’est pas attestée” ? » Toutes rirent : « C’est bien cela. » Li Wan poursuivit : « “Un étang d’herbe verte : quel est le nom de cette herbe ?” » Xiangyun répondit aussitôt : « Ce doit être : “C’est le roseau et la gourde.” Cela ne peut être autre chose, n’est-ce pas ? » Li Wan rit : « Bravo d’avoir trouvé. Celle de Wen’er dit : “L’eau coule au bord de la pierre et en sort froide.” Il faut trouver le nom d’un homme de l’Antiquité. » Tanchun demanda en souriant : « Serait-ce Shan Tao ? » Li Wan répondit : « Oui. » Puis elle ajouta : « Celle de Qi’er donne le caractère “luciole” et demande de trouver un autre caractère. » Toutes cherchèrent longtemps. Baoqin dit : « L’idée est profonde. Serait-ce par hasard le caractère hua, “fleur”, des plantes et des fleurs ? » Li Qi rit : « C’est précisément cela. » Toutes demandèrent : « Quel rapport y a-t-il entre une luciole et une fleur ? » Daiyu répondit en riant : « C’est merveilleux ! La luciole ne naît-elle pas de la métamorphose de l’herbe ? » Toutes comprirent et applaudirent en riant. Baochai dit : « Tout cela est fort bon, mais ne répond pas aux goûts de l’aïeule. Il vaudrait mieux choisir des objets simples et familiers, que gens raffinés et gens ordinaires puissent apprécier ensemble. » Toutes approuvèrent : « Il faut en effet composer aussi quelques énigmes sur des objets communs. » Après avoir réfléchi, Xiangyun dit en riant : « J’en ai composé une sur l’air Lèvres fardées de carmin. Elle concerne vraiment une chose vulgaire ; essayez de deviner. » Et elle récita :
溪壑分離,紅塵遊𭟼,真何趣?名利猶虛,後事終難謎。
Séparé des ravins et des vallées, il s’ébat dans la poussière rouge : quel véritable plaisir ? Renom et profit ne sont que vanité ; ce qui vient derrière demeure enfin difficile à deviner.
衆人都不解,想了半日,也有猜是和尙的,也有猜是道士的,也有猜是偶戱人的。寳玉笑了半日道:「都不是。我猜著了,必定是耍的猴兒。」湘雲笑道:「正是這個了。」衆人道:「前頭都好,末後一句怎麽様解?」湘雲道:「那一個耍的猴兒不是刴了尾巴去的?」衆人𦗟了,都笑起来,說:「偏他編個謎兒也是刁鑽古怪的。」
Personne ne comprit. Après avoir longuement réfléchi, certaines proposèrent un moine, d’autres un taoïste, d’autres encore un montreur de marionnettes. Baoyu rit un bon moment : « Rien de tout cela. J’ai trouvé : c’est certainement un singe de spectacle. » Xiangyun répondit en riant : « C’est exactement cela. » Toutes demandèrent : « Le début s’explique bien, mais que signifie le dernier vers ? » Xiangyun répondit : « Quel singe de spectacle n’a-t-il pas la queue coupée ? » Toutes éclatèrent de rire : « Même quand elle compose une énigme, il faut qu’elle soit retorse et bizarre. »
李紈道:「昨日姨媽說,琴妹妹見得世面多,走的道路也多,你正該編謎兒。况且你的詩又好,爲什麽不編幾個兒我們猜一猜?」寳琴聼了,㸃頭含笑,自去尋思。寳釵也有一個,念道:
Li Wan dit : « Hier, notre tante racontait que petite sœur Baoqin avait beaucoup vu le monde et parcouru bien des routes. C’est justement toi qui devrais composer des énigmes. Puisque tes poèmes sont en outre excellents, pourquoi ne pas en faire quelques-unes pour que nous les devinions ? » Baoqin acquiesça avec un sourire et se mit à réfléchir. Baochai en avait elle aussi composé une, qu’elle récita :
鏤檀鐫梓一層層,豈係良工堆砌成?雖是半天風雨過,何曾聞得梵鈴聲?
Santal ciselé, catalpa gravé, étage après étage : est-ce donc l’œuvre amoncelée d’un habile artisan ?
Bien que le vent et la pluie traversent la moitié du ciel, quand y a-t-on jamais entendu résonner les clochettes d’un temple ?
衆人猜時,寳玉也有一個,念道:
Pendant que toutes cherchaient, Baoyu en proposa lui aussi une :
天上人間兩渺茫,琅玕節過謹隄防。鸞音鶴信須凝睇,好把唏噓答上蒼。
Au ciel comme parmi les hommes, tout s’étend dans une immensité brumeuse ; lorsque passent les nœuds du bambou de jade, veillez avec soin.
Au chant du phénix, au message de la grue, il faut fixer les yeux ; sachez répondre au ciel par un profond soupir.
黛玉也有了一個,念道:
Daiyu en avait également composé une, qu’elle récita :
騄駬何勞縛紫绳?馳城逐塹勢猙獰。主人指示風雲動,鰲背三山獨立名。
Pourquoi attacher le coursier Lü’er avec une longe pourpre ? Franchissant remparts et fossés, son élan est farouche.
Son maître désigne, vents et nuées se meuvent ; sur le dos de la tortue Ao, les trois montagnes se dressent seules dans la gloire.
探春也有了一個,方欲念時,寳琴走来笑道:「從小兒所走的地方的古蹟不少,我如今揀了十個地方古蹟,做了十首『懷古詩』。詩雖粗鄙,𨚫懷徃事,又暗隱俗物十件,姐姐們請猜一猜。」衆人𦗟了,都說:「這倒巧,何不寫出來大家一看?」要知端的,且看下囬分解。
Tanchun en avait elle aussi composé une et s’apprêtait à la réciter lorsque Baoqin revint en riant : « Depuis mon enfance, j’ai vu beaucoup de vestiges anciens dans les contrées que j’ai parcourues. J’en ai choisi dix et composé dix poèmes intitulés “Méditations sur le passé”. Mes vers sont peut-être grossiers, mais ils évoquent les événements d’autrefois et cachent en même temps dix objets familiers. Que mes grandes sœurs veuillent bien les deviner. » Toutes s’écrièrent : « Voilà qui est ingénieux ! Pourquoi ne pas les écrire pour que nous les lisions ensemble ? » Pour connaître la suite exacte, voyez les explications du prochain chapitre.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque accompagne toute la famille Jia.
葭動灰飛管 : au solstice d’hiver, la cendre de roseau placée dans les tuyaux musicaux était censée s’envoler au retour du souffle yang.
梅花笛 : allusion à l’air de flûte ancien 梅花落, « Les Fleurs de prunier tombent ».
灞橋 : le pont Ba est associé aux poètes cherchant l’inspiration dans la neige, notamment à Meng Haoran en quête de fleurs de prunier.
簞瓢 : la corbeille de bambou et la gourde évoquent Yan Hui, disciple de Confucius célèbre pour sa pauvreté vertueuse.
九重 : les « Neuf Enceintes » désignent le palais impérial et, par extension, l’empereur inquiet de la récolte.
螢與花 : l’énigme repose sur l’ancienne croyance 腐草化螢, « l’herbe pourrie se change en lucioles » ; 花, « fleur », s’analyse comme l’élément de l’herbe 艹 au-dessus de 化, « se transformer ».
後事 : dans l’énigme de Xiangyun, l’expression signifie à la fois « ce qui vient après » et « ce qui se trouve derrière » ; elle désigne plaisamment la queue coupée du singe.