Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 105 La Garde aux Habits de brocart perquisitionne le palais Ningguo ; l’Envoyé au cheval pommelé accuse la préfecture de Ping’an

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La Garde aux Habits de brocart perquisitionne le palais Ningguo

l’Envoyé au cheval pommelé accuse la préfecture de Ping’an

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Or donc, Jia Zheng donnait là un banquet, lorsque Lai Da accourut à la salle Rongxi et lui annonça : « Le grand mandarin Zhao, du Bureau des Habits de brocart, vient vous rendre visite avec plusieurs chefs de service. Votre serviteur voulait prendre leurs cartes pour vous les présenter, mais le grand mandarin Zhao a dit : “Nous sommes d’excellents amis, ce n’est pas nécessaire.” Là-dessus, il est descendu de voiture et il entre déjà. Que Monsieur et les jeunes maîtres aillent vite à sa rencontre. » Jia Zheng, en l’entendant, se dit : « Je n’ai aucune relation avec le grand mandarin Zhao ; pourquoi vient-il donc ? J’ai des invités : il serait gênant de le retenir, mais malséant de ne pas le faire. » Tandis qu’il hésitait, Jia Lian lui dit : « Mon oncle, allez vite. À force de réfléchir, vous les laisserez arriver jusqu’ici. » Il parlait encore qu’un domestique de la seconde porte vint annoncer : « Le grand mandarin Zhao a déjà franchi la seconde porte. » Jia Zheng et les autres se précipitèrent à sa rencontre. Le grand mandarin Zhao arrivait tout sourire ; sans rien dire, il se dirigea droit vers la grande salle. Cinq ou six chefs de service le suivaient, dont certains étaient connus et d’autres non, mais aucun ne répondait aux salutations. Jia Zheng et les siens, ne sachant qu’en penser, durent les suivre et les inviter à s’asseoir. Parmi les parents et amis, quelques-uns connaissaient le grand mandarin Zhao ; mais celui-ci, le visage levé, leur prêtait à peine attention et se contenta de prendre Jia Zheng par la main en échangeant avec lui quelques paroles de politesse. Comprenant que cette visite ne présageait rien de bon, certains se glissèrent dans les pièces intérieures, tandis que d’autres restaient debout, les bras pendants.

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Jia Zheng allait engager la conversation avec un sourire quand un domestique vint annoncer, tout affolé : « Le prince de Xiping est arrivé. » Jia Zheng se hâta d’aller à sa rencontre, mais le prince entrait déjà. Le grand mandarin Zhao s’avança précipitamment pour le saluer, puis déclara : « Puisque Votre Altesse est arrivée, que les seigneurs qui l’accompagnent fassent garder les portes de devant et de derrière par les agents du Bureau. » Les fonctionnaires acquiescèrent et sortirent. Jia Zheng et les autres, comprenant que les choses tournaient mal, s’agenouillèrent à la hâte pour recevoir le prince.

Le prince de la commanderie de Xiping les releva des deux mains et leur dit en souriant : « Je ne me serais pas permis de venir sans motif. Sa Majesté m’a chargé d’une affaire : que le vénérable She se prépare à recevoir l’édit. Comme le banquet n’est pas encore terminé et que des parents et amis se trouvent certainement ici, leur présence serait gênante. Que tous les amis de la maison se retirent et que seuls ses membres restent pour entendre les ordres. » Le grand mandarin Zhao répondit : « Votre Altesse leur fait grâce, mais, du côté de l’est, le prince chargé de l’affaire agit avec rigueur ; les portes doivent être scellées depuis longtemps. » Tous comprirent que les deux palais étaient concernés et brûlèrent de pouvoir s’échapper. Le prince dit en souriant : « Messieurs, veuillez partir sans inquiétude. Qu’on vous reconduise de ma part et qu’on dise aux officiers des Habits de brocart que vous êtes tous des parents ou des amis : inutile de vous fouiller, qu’ils vous laissent sortir sur-le-champ. » À ces mots, les invités détalèrent comme une traînée de fumée. Seuls Jia She, Jia Zheng et les leurs demeurèrent là, le visage couleur de terre et tremblant de tout leur corps.

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Peu après, d’innombrables sbires firent irruption et montèrent la garde à toutes les portes. Nul, dans toute la maison, ne pouvait plus faire un pas à sa guise. Le grand mandarin Zhao changea aussitôt de visage et dit au prince : « Que Votre Altesse proclame les volontés impériales, afin que nous puissions nous mettre à l’œuvre. » Les sbires retroussaient déjà leurs vêtements et se découvraient les bras, dans l’attente de l’ordre.

Le prince de Xiping déclara lentement : « Sur ordre impérial, je suis venu avec Zhao Quan, du Bureau des Habits de brocart, examiner les biens de Jia She. » À ces mots, Jia She et les autres se prosternèrent tous. Le prince, debout au haut de la salle, proclama : « Voici l’édit : “Jia She a entretenu des intelligences avec des fonctionnaires des provinces et, fort de sa position, opprimé les faibles. Il a trahi Notre faveur et déshonoré la vertu de ses ancêtres. Que sa charge héréditaire lui soit retirée. Respect à ceci.” » Le grand mandarin Zhao cria à plusieurs reprises : « Saisissez Jia She ! Que tous les autres soient gardés à vue ! »

À ce moment se trouvaient là Jia She, Jia Zheng, Jia Lian, Jia Zhen, Jia Rong, Jia Qiang, Jia Zhi et Jia Lan. Seul Baoyu avait prétexté une maladie et faisait du tapage chez l’aïeule Jia ; quant à Jia Huang, qui se montrait rarement, il était absent. On plaça donc sous surveillance tous ceux qui étaient présents. Le grand mandarin Zhao ordonna aussitôt à ses hommes : « Rassemblez tous les chefs de service. Avec les sbires, qu’ils se répartissent les appartements, perquisitionnent et inscrivent tout sur les registres. » Ces quelques mots suffirent à faire échanger à Jia Zheng et à tous les gens de la maison des regards terrifiés, tandis que les sbires et les hommes de Zhao, ravis, se frottaient les mains et s’apprêtaient à se répandre partout.

Le prince de Xiping dit : « J’ai entendu dire que le vénérable She et le vénérable Zheng, bien qu’issus de la même branche, tiennent chacun leur propre ménage. Conformément à l’édit, seuls les biens de Jia She doivent être examinés. Pour le reste, scellez provisoirement les appartements ; nous attendrons une nouvelle décision après avoir rendu compte à Sa Majesté. » Le grand mandarin Zhao se leva et répondit : « Votre Altesse, Jia She et Jia Zheng n’ont jamais partagé le patrimoine. J’ai appris que leur neveu Jia Lian administre actuellement l’ensemble de la maison : il est donc impossible de ne pas tout perquisitionner. » Le prince de Xiping ne répondit rien. Zhao reprit : « Il faut que votre serviteur conduise lui-même la perquisition dans les appartements de Jia Lian et de Jia She. » Le prince dit : « Rien ne presse. Prévenez d’abord les appartements intérieurs et priez les femmes de se retirer ; il sera encore temps de fouiller ensuite. »

Il n’avait pas achevé que les esclaves et les sbires du vieux Zhao avaient déjà saisi des domestiques de la maison pour leur servir de guides et s’étaient dispersés afin de tout perquisitionner. Le prince leur cria : « Pas de tumulte ! J’irai examiner les lieux moi-même. » Puis il se leva lentement pour partir et ajouta : « Que pas un seul de mes hommes ne bouge. Restez tous ici à attendre ; à mon retour, nous assisterons ensemble à l’enregistrement des biens. »

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À cet instant, un officier des Habits de brocart s’agenouilla pour faire ce rapport : « Nous avons découvert à l’intérieur des robes et des jupes réservées à l’usage impérial, ainsi qu’un certain nombre d’objets interdits. Nous n’avons pas osé y toucher sans autorisation et venons demander les ordres de Votre Altesse. » Peu après, un autre groupe arrêta le prince pour lui annoncer : « Dans les appartements latéraux de l’est, nous avons saisi deux coffres de titres de propriété et un coffre de reconnaissances de dettes ; les intérêts qui y figurent sont tous contraires aux règlements. »

Le vieux Zhao s’écria : « Voilà donc une belle usure ! Toute la maison mérite assurément d’être confisquée ! Que Votre Altesse reste assise ici et permette à votre serviteur d’aller tout saisir ; vous déciderez ensuite. » Il parlait encore lorsque le grand secrétaire du palais princier vint annoncer : « Les soldats de garde aux portes font savoir que Sa Majesté a spécialement envoyé le prince de Beijing proclamer un édit. Votre Altesse est priée d’aller à sa rencontre. » À ces mots, le grand mandarin Zhao se réjouit intérieurement : « Quelle malchance d’être tombé sur ce prince pédant ! Maintenant que l’autre arrive, je pourrai déployer mon autorité. » Tout en pensant ainsi, il sortit lui aussi à sa rencontre.

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Le prince de Beijing était déjà arrivé dans la grande salle. Restant debout tourné vers l’extérieur, il déclara : « Un édit impérial ! Que Zhao Quan, du Bureau des Habits de brocart, l’entende à genoux. » Puis il proclama : « Ordre de Sa Majesté : “Que les agents des Habits de brocart n’emmènent que Jia She pour l’interroger. Tout le reste est confié au prince de Xiping, qui procédera conformément à l’édit. Respect à ceci.” » Le prince de Xiping reçut l’édit avec une joie extrême, puis s’assit avec le prince de Beijing et ordonna au grand mandarin Zhao d’emmener Jia She dans ses bureaux. Les hommes occupés à la perquisition, ayant appris l’arrivée du prince de Beijing, sortirent tous ensemble. Quand ils surent que le grand mandarin Zhao était parti, ils furent fort dépités et durent rester debout dans l’attente des ordres. Le prince de Beijing choisit deux chefs de service honnêtes et une dizaine de sbires âgés ; tous les autres furent chassés.

Le prince de Xiping dit : « J’étais justement en colère contre le vieux Zhao. Heureusement que Votre Altesse est arrivée avec cet édit ; sans quoi cette maison aurait terriblement souffert. » Le prince de Beijing répondit : « Lorsque j’ai appris à la Cour que Votre Altesse avait reçu l’ordre de perquisitionner la résidence des Jia, j’ai été tout à fait rassuré : je pensais qu’on ne les maltraiterait pas ici. Je n’imaginais pas que le vieux Zhao fût un pareil misérable. Mais où sont maintenant le vénérable Zheng et Baoyu ? Et jusqu’où le désordre est-il allé à l’intérieur ? » On lui répondit : « Jia Zheng et les autres sont gardés dans les communs. À l’intérieur, la perquisition a déjà tout mis sens dessus dessous. » Le prince de Xiping ordonna alors aux chefs de service : « Amenez vite Jia Zheng pour que nous l’interrogions. »

Jia Zheng fut conduit devant eux. Il s’agenouilla pour les saluer et, les larmes aux yeux, les remercia de leur bienveillance. Le prince de Beijing se leva, le prit par la main et lui dit : « Que le vénérable Zheng se rassure. » Il lui rapporta alors les termes de l’édit. Jia Zheng, versant des larmes de reconnaissance, se tourna vers le nord pour remercier une nouvelle fois de la grâce impériale, puis revint attendre les ordres.

Le prince lui dit : « Vénérable Zheng, tout à l’heure, lorsque le vieux Zhao était encore ici, les sbires ont signalé des objets interdits et des reconnaissances de dettes à intérêts usuraires. Il nous serait difficile de les dissimuler. Les objets interdits avaient à l’origine été préparés pour la Noble Consort ; il suffira de le déclarer et cela ne portera pas à conséquence. Mais il faut trouver une solution pour les reconnaissances de dettes. Pour l’heure, conduisez les chefs de service et présentez fidèlement tous les biens du vénérable She : l’affaire pourra ainsi être close. Gardez-vous surtout de rien dissimuler davantage, sous peine de vous rendre vous-même coupable. » Jia Zheng répondit : « Votre serviteur criminel ne l’oserait jamais. Mais l’héritage laissé par nos aïeux n’a jamais été partagé ; seuls les objets placés dans les appartements occupés par chacun sont considérés comme lui appartenant. » Les deux princes répondirent : « Cela ne présente aucune difficulté. Remettez seulement tout ce qui se trouve du côté du vénérable She. » Ils ordonnèrent aux chefs de service de procéder ainsi, sans confusion ni pillage. Ceux-ci reçurent leurs ordres et partirent.

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Cependant, du côté de l’aïeule Jia, les femmes de la famille avaient elles aussi dressé un banquet privé. Madame Wang disait justement : « S’il ne va pas devant, son père risque de se fâcher. » Xifeng, malade et gémissante, répondit : « À mon avis, Baoyu ne cherche pas à éviter les gens. Il a vu qu’il y avait déjà assez de monde devant pour tenir compagnie aux invités et s’est dit qu’il pourrait aussi veiller sur les choses ici. Si jamais Monsieur s’avise qu’il manque quelqu’un pour s’occuper des appartements intérieurs, Madame n’aura qu’à lui livrer notre frère Baoyu : ne sera-ce pas parfait ? » L’aïeule Jia rit : « Même malade à ce point, la petite Feng garde une langue aussi vive et adroite. »

Elles conversaient gaiement quand les gens de Madame Xing entrèrent en hurlant d’une traite : « L’aïeule ! Mesdames ! C’est… c’est terrible ! Une foule de brigands en bottes et en bonnets officiels sont arrivés ! Ils vident les coffres et renversent les armoires pour emporter les objets ! » L’aïeule Jia et les autres restèrent interdites. Ping’er parut alors, les cheveux dénoués, tirant Qiaojie par la main et pleurant : « C’est terrible ! Je mangeais avec la jeune demoiselle quand j’ai vu Laiwang entrer ligoté. Il m’a dit : “Mademoiselle, faites vite prévenir l’intérieur ! Que les dames se retirent : un prince va entrer pour confisquer les biens de la maison.” Affolée, j’allais rentrer prendre les objets indispensables, mais une bande d’hommes m’a poussée et chassée de la pièce. Ramassons vite ici tout ce que nous devons porter sur nous ! »

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À ces mots, Madame Wang, Madame Xing et les autres sentirent leur âme s’envoler et ne surent plus que faire. Xifeng seule avait d’abord écouté les yeux grands ouverts ; soudain, elle se renversa et tomba à terre, sans connaissance. L’aïeule Jia, qui n’avait pas encore fini d’entendre, fut si effrayée que les larmes lui coulèrent à flots et qu’elle ne put plus parler. Toute la pièce fut alors sens dessus dessous, les unes tirant celle-ci, les autres relevant celle-là. On entendit de nouveau crier à plusieurs reprises : « Que les femmes se retirent ! Le prince entre ! »

Les malheureux Baochai, Baoyu et les autres ne savaient plus que faire. Les servantes et les vieilles domestiques soulevaient et tiraient pêle-mêle les personnes étendues à terre quand Jia Lian accourut hors d’haleine en criant : « C’est fini ! C’est fini ! Heureusement, le prince nous a sauvés ! » Tous allaient l’interroger, mais, voyant Xifeng étendue comme morte et entendant les cris autour d’elle, tandis qu’il craignait que l’aïeule ne succombât à la frayeur, Jia Lian fut si bouleversé qu’il mourait et revenait à la vie tour à tour. Grâce encore à Ping’er, Xifeng reprit connaissance et on la fit soutenir. L’aïeule revint elle aussi à elle ; suffoquant de pleurs, l’esprit égaré, elle s’allongea sur le kang. Li Wan s’efforça longtemps de la rassurer.

Jia Lian finit par reprendre ses esprits et expliqua la grâce accordée par les deux princes. Craignant que l’aïeule Jia et Madame Xing, si elles apprenaient l’arrestation de Jia She, ne fussent de nouveau terrassées par l’effroi, il n’osa encore leur dire toute la vérité et sortit s’occuper de ses propres appartements.

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Dès qu’il en franchit la porte, il vit les coffres ouverts, les armoires brisées et la moitié des objets emportés. Dans son désespoir, il resta là, les yeux fixes, pleurant sans mot dire. Entendant qu’on l’appelait dehors, il dut ressortir. Jia Zheng et les chefs de service y faisaient enregistrer les biens, tandis qu’un homme lisait l’inventaire : « Cent vingt-trois bijoux en or fin, avec toutes leurs pierres et perles. Treize colliers de perles ; deux plats en or pâle ; deux paires de bols en or ; deux bols à anses en or ; quarante cuillères en or ; quatre-vingts grandes coupes en argent ; vingt plats en argent ; deux paires de baguettes d’ivoire ornées de trois incrustations d’or ; quatre aiguières dorées ; trois paires de crachoirs pliants dorés ; deux soucoupes à thé ; soixante-seize petites assiettes en argent ; trente-six coupes à vin en argent.

« Dix-huit peaux de renard noir ; six de renard bleu ; trente-six de martre ; trente de renard jaune ; douze de lynx ; trois peaux dites “feuille de chanvre” ; soixante peaux grises d’outre-mer ; quarante assemblages de pattes de renard gris ; vingt peaux de mouton couleur sauce ; deux peaux de singe ; deux assemblages de pattes de renard jaune ; vingt morceaux de peau de petit renard blanc ; trente pièces de drap occidental ; vingt-trois pièces de serge ; douze pièces de velours gu ; dix fourrures tubulaires de rat musqué ; quatre carrés de peau de rat des pois ; un rouleau de velours ras ; un carré de peau de cerf tacheté ; deux fourrures tubulaires de renard des neiges ; un rouleau de peau de jeune chien viverrin ; sept assemblages de peau de canard ; cent soixante peaux d’écureuil gris ; huit peaux de blaireau ; six peaux de tigre ; trois peaux de phoque ; seize peaux de loutre marine ; quarante assemblages de peau de mouton grise ; soixante-trois peaux de mouton noires ; dix garnitures de bord pour bonnet noir ; douze garnitures japonaises de bord de bonnet ; deux garnitures en martre ; seize peaux de petit renard ; deux peaux de chien viverrin du Jiangnan ; deux peaux de loutre ; trente-cinq peaux de chat.

« Douze pièces de tissu japonais ; cent trente rouleaux de soieries et de satins ; cent quatre-vingts rouleaux de gaze et de damas ; trente-deux rouleaux de crêpe de plume ; trente rouleaux de laine tibétaine ; huit rouleaux de satin à dragons brodés ; trois ballots de toile de kudzu ; trois ballots de toiles de diverses couleurs ; cent trente-deux vêtements de fourrures diverses ; trois cent quarante vêtements ouatés, doublés ou simples, en gaze ou en soie. Trente-deux objets de jade ; neuf ornements de ceinture ; plus de cinq cents objets de cuivre ou d’étain ; dix-huit horloges et montres ; neuf chapelets de cour ; trente-quatre ensembles de vêtements à dragons brodés de diverses couleurs ; trois ensembles de coussins d’accoudoir et de dossier en satin à dragons réservés à l’usage impérial ; huit ensembles de robes et de jupes de cour ; une ceinture annulaire en jade ; douze rouleaux de satin jaune. Cinq mille deux taëls d’argent pur, cinquante taëls d’or fin et sept mille ligatures de sapèques. »

Tous les ustensiles d’usage furent rassemblés, scellés et inscrits, et la demeure de Rongguo, accordée par l’empereur, fut elle aussi portée article par article sur l’inventaire. Les titres de propriété des maisons et des terres, ainsi que les contrats des domestiques, furent mis sous scellés. Jia Lian écoutait furtivement à côté ; n’entendant mentionner aucun de ses propres biens, il s’en étonnait intérieurement.

Les deux princes demandèrent alors à Jia Zheng : « Parmi les biens saisis se trouvent des reconnaissances de dettes qui prouvent véritablement une pratique usuraire. Qui s’en occupait ? Vénérable Zheng, mieux vaut dire la vérité. » Jia Zheng s’agenouilla, se prosterna jusqu’à terre et répondit : « Votre serviteur criminel ne s’occupe réellement pas des affaires de la maison et ignore tout de cela. Interrogez mon neveu Jia Lian : lui seul le sait. » Jia Lian s’avança précipitamment, s’agenouilla et déclara : « Puisque ce coffre de documents a été découvert dans les appartements de votre serviteur, comment oserais-je prétendre ne rien savoir ? Je supplie seulement Vos Altesses de faire grâce : mon oncle n’en savait rien. »

Les deux princes dirent : « Ton père a déjà été reconnu coupable ; cette affaire pourra être jointe à la sienne. Il est juste que tu l’avoues maintenant. Que l’on place donc Jia Lian sous surveillance. Que tous les autres se dispersent, mais restent à l’intérieur de la résidence. Vénérable Zheng, attendez prudemment les ordres impériaux. Nous allons rentrer au palais rendre compte à Sa Majesté ; des officiers et des gardes resteront ici. » Là-dessus, ils montèrent dans leurs palanquins et sortirent. Jia Zheng et les autres les accompagnèrent à genoux jusqu’à la seconde porte. Le prince de Beijing tendit la main en disant : « Soyez sans inquiétude. » Son visage exprimait une profonde compassion.

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L’âme de Jia Zheng commençait seulement à se rasseoir, mais il restait encore hébété. Jia Lan lui dit : « Grand-père, entrez voir l’aïeule, puis trouvez un moyen de vous renseigner sur le palais de l’Est. » Jia Zheng se leva précipitamment et entra. Aux différentes portes, les femmes couraient en tous sens sans savoir que faire. Il n’avait pas le cœur à les interroger et alla droit aux appartements de l’aïeule Jia.

Tous avaient le visage couvert de larmes. Madame Wang, Baoyu et les autres entouraient l’aïeule Jia ; nul ne disait mot et chacun pleurait. Seule Madame Xing sanglotait convulsivement. En voyant entrer Jia Zheng, tous s’écrièrent : « Tout va bien ! Tout va bien ! » Puis ils dirent à l’aïeule : « Monsieur est revenu sain et sauf. Que l’aïeule se rassure. » Haletant faiblement, l’aïeule Jia entrouvrit les yeux et dit : « Mon fils, je ne pensais pas te revoir encore ! » À peine avait-elle parlé qu’elle éclata en sanglots. Tous ceux qui se trouvaient dans la pièce se mirent alors à pleurer sans pouvoir s’arrêter.

Craignant que sa vieille mère ne se rendît malade à force de pleurer, Jia Zheng essuya aussitôt ses larmes et dit : « Rassurez-vous, l’affaire était certes grave, mais Sa Majesté, dans sa grâce céleste, et les deux princes, dans leur bonté, nous ont témoigné une compassion infinie. Mon frère aîné n’est retenu que provisoirement pour être interrogé. Lorsque les faits auront été éclaircis, Sa Majesté lui accordera encore sa grâce. Désormais, on ne touchera plus à rien dans la maison. » Voyant que Jia She n’était pas là, l’aïeule recommença à se désoler. Jia Zheng dut la rassurer à plusieurs reprises avant qu’elle ne s’apaisât.

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Nul n’osait se disperser. Madame Xing seule retourna de son côté, mais trouva toutes les portes scellées ; servantes et vieilles domestiques avaient elles-mêmes été enfermées dans plusieurs pièces. N’ayant nulle part où aller, elle éclata en sanglots et dut se rendre chez Xifeng. Les bâtiments voisins de la seconde porte portaient eux aussi des scellés ; seule la porte des appartements restait ouverte, et des sanglots ininterrompus en sortaient.

Madame Xing entra et vit Xifeng, le visage gris comme du papier brûlé, couchée les yeux fermés. Ping’er pleurait silencieusement à son côté. Croyant Xifeng morte, Madame Xing recommença à se lamenter. Ping’er s’approcha et lui dit : « Madame, ne pleurez pas. Quand on a rapporté notre maîtresse, elle semblait déjà morte. Heureusement, après un moment de repos, elle a repris connaissance et a pleuré quelques instants. Maintenant, sa respiration s’est apaisée et elle repose un peu son esprit. Madame devrait elle aussi essayer de se calmer. Mais comment va l’aïeule ? »

Madame Xing ne répondit pas et retourna auprès de l’aïeule Jia. Elle ne voyait autour d’elle que les gens de Jia Zheng ; son mari était détenu, sa belle-fille en danger de mort, sa fille accablée de souffrances, et elle-même n’avait désormais plus de toit. Comment aurait-elle pu le supporter ? Tous s’efforcèrent de la consoler. Li Wan et les autres firent préparer une chambre où Madame Xing pourrait loger provisoirement, et Madame Wang affecta des gens à son service.

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Dehors, Jia Zheng attendait les volontés impériales, le cœur battant d’effroi, tirant sa barbe et se frottant les mains. Il entendit les soldats de garde crier confusément : « De quel côté es-tu donc ? Puisque tu es tombé entre nos mains, ton nom sera inscrit sur notre registre. Attachez-le et livrez-le à ces messieurs du Bureau des Habits de brocart qui sont à l’intérieur ! » Jia Zheng sortit voir et reconnut Jiao Da. Il lui demanda : « Comment es-tu arrivé ici ? »

Jiao Da, levant les bras au ciel et frappant du pied, se mit à hurler : « Tous les jours, je donnais des conseils à ces messieurs incapables, et ils me traitaient comme leur ennemi ! Même Monsieur ne sait pas tout ce que Jiao Da a souffert au service du vieux maître ! Et voilà où nous en sommes aujourd’hui ! Monsieur Zhen et le jeune Rong ont été emmenés par je ne sais quel prince. Les maîtresses de l’intérieur ont été dépouillées par les sbires de je ne sais quel Bureau, qui les ont jetées, les cheveux épars, dans une pièce vide. Quant à ces chiens et ces chiennes bons à rien, on les a parqués comme des porcs ! Tout ce qu’ils possédaient a été saisi et entassé ; les meubles ont été brisés à coups de marteau, la porcelaine réduite en miettes. Et ils veulent encore m’attacher ! J’ai vécu quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans ; j’ai toujours attaché les autres au service du vieux maître, jamais on ne m’avait attaché ! J’ai dit que j’étais du palais de l’Ouest et j’ai pris la fuite. Ces gens n’ont rien voulu entendre et m’ont poussé jusqu’ici ; je ne pensais pas qu’ici ce serait la même chose. À présent, je ne tiens plus à la vie : je vais me battre avec eux jusqu’à la mort ! » Là-dessus, il voulut se fracasser la tête.

Les agents, voyant son grand âge et se souvenant des ordres des deux princes, n’osèrent pas le maltraiter. Ils lui dirent : « Calmez-vous, vénérable grand-père. Tout ceci se fait sur ordre impérial. Reposez-vous ici et attendez des nouvelles. » Jia Zheng avait parfaitement compris. Sans s’occuper de lui, il sentit pourtant son cœur se tordre comme sous un couteau et s’écria : « Tout est fini ! Tout est fini ! Qui aurait pensé que notre chute serait aussi complète ! »

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Il attendait anxieusement des nouvelles du palais quand Xue Ke entra en courant, hors d’haleine : « J’ai eu toutes les peines du monde à entrer ! Où est mon oncle ? » Jia Zheng répondit : « Tu arrives à propos. Mais comment t’a-t-on laissé passer ? » Xue Ke dit : « J’ai dû les supplier encore et encore, et leur promettre de l’argent. C’est seulement ainsi que je peux entrer et sortir. » Jia Zheng lui raconta la perquisition et le pria d’aller prendre des renseignements : « Même nos bons amis ne peuvent guère nous envoyer de nouvelles au plus fort de la tourmente ; mais toi, tu peux communiquer avec nous. »

Xue Ke répondit : « Je n’aurais jamais imaginé ce qui arrive ici. Mais j’ai déjà entendu parler de l’affaire du palais de l’Est : tout est fini. » Jia Zheng demanda : « De quoi l’accuse-t-on au juste ? » Xue Ke répondit : « Ce matin, je me renseignais au tribunal sur la sentence de mon frère. J’ai appris que deux censeurs avaient entendu dire que Monsieur Zhen entraînait les fils de grandes familles à jouer. Ce crime est encore léger ; il y en a un autre, bien plus grave : il aurait arraché de force des épouses et des filles de gens libres pour en faire ses concubines et, comme l’une d’elles refusait, l’aurait persécutée jusqu’à la mort. Craignant que leur accusation ne fût pas admise, les censeurs ont aussi fait arrêter Bao Er, de notre maison, et retrouvé un certain Zhang. Je crains même que la Cour des censeurs n’ait des torts dans cette affaire, car ce Zhang avait autrefois déposé une plainte. »

Jia Zheng ne l’avait pas encore entendu jusqu’au bout qu’il frappa du pied : « C’est effroyable ! Tout est perdu, tout est perdu ! » Il poussa un soupir et les larmes se mirent à ruisseler. Xue Ke le consola en quelques mots, puis ressortit prendre des renseignements. Une demi-journée plus tard, il revint et dit : « Les choses vont mal. Je me suis renseigné auprès du Bureau des affaires criminelles. Je n’ai rien appris du rapport présenté par les deux princes, mais on dit que le censeur Li a, ce matin, accusé la préfecture de Ping’an de flatter les hauts fonctionnaires de la capitale et ses supérieurs, tout en opprimant et en maltraitant la population. Il a relevé plusieurs crimes graves. »

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Jia Zheng demanda avec inquiétude : « Que nous importent les affaires des autres ? As-tu enfin appris ce qu’il en est de nous ? » Xue Ke répondit : « Notre famille est justement mêlée à l’affaire de la préfecture de Ping’an, et le fonctionnaire de la capitale visé par l’accusation est le vénérable She. On lui reproche d’avoir accaparé des procès pour en tirer profit. Cela ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Même les fonctionnaires qui siègent avec vous à la Cour s’empressent tous de se cacher : qui consentirait à nous transmettre des nouvelles ? Quant aux parents et amis qui viennent de partir, certains sont rentrés directement chez eux, tandis que d’autres se sont arrêtés au loin pour prendre des renseignements. Le plus odieux, ce sont ces nobles membres du clan qui disaient en chemin : “L’œuvre léguée par les ancêtres vient de causer un désastre. On ignore encore sur quelle tête elle va tomber ; alors chacun pourra montrer son autorité.” »

Sans attendre la fin, Jia Zheng frappa de nouveau du pied : « Tout cela vient de ce que notre frère aîné était par trop aveugle, et du scandaleux désordre qui régnait au palais de l’Est ! À présent, je ne sais même pas si l’aïeule et la femme de Lian sont mortes ou vivantes. Va encore aux nouvelles. Je vais voir l’aïeule. Si tu apprends quelque chose, mieux vaut nous le faire savoir un instant plus tôt. » Il parlait encore lorsqu’on entendit crier à l’intérieur : « L’aïeule va mal ! » Jia Zheng se précipita aussitôt auprès d’elle. On ignore encore si elle vivra ou mourra : la suite l’expliquera.

Notes

錦衣府 — le Bureau des Habits de brocart est ici une police impériale chargée des arrestations et des confiscations, sur le modèle des 錦衣衛 des Ming.

𩦸馬使 — « Envoyé au cheval pommelé » est un surnom littéraire du censeur, associé depuis les Han aux fonctionnaires chargés de dénoncer les fautes.

賈 — le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; la ruine de la famille du « faux » prolonge le jeu directeur du roman.

欽此 — formule concluant un édit impérial : elle enjoint de respecter et d’exécuter ce qui précède.

面北謝恩 — se tourner vers le nord pour remercier l’empereur s’explique par l’orientation rituelle : le souverain siège face au sud.

朝珠 — le chapelet de cour est un insigne réglementé du costume officiel sous les Qing.

刑科 — bureau de surveillance administrative chargé notamment des affaires relevant de la justice pénale.

包攬詞訟 — l’expression désigne l’accaparement intéressé des procès par un puissant qui intervient comme intermédiaire et en retire profit.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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