Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 70 Lin Daiyu refonde la Société des Fleurs de pêcher ; Shi Xiangyun compose par hasard un air sur les chatons de saule
林黛玉重建桃花社 史湘雲偶填柳絮詞
Lin Daiyu refonde la Société des Fleurs de pêcher
Shi Xiangyun compose par hasard un air sur les chatons de saule
話說賈璉自在梨香院伴宿七日夜,天天僧道不斷做佛事。賈母喚了他去,吩咐不許送往家廟中,賈璉無法,只得又和時覺說了,就在尤三姐之上㸃了一個穴,破土埋𦵏。那日送𣩵,只不過族中人與王姓夫婦、尤氏婆媳而已。鳯姐一應不管,只凴他自去辦理。
Jia Lian passa sept jours et sept nuits à veiller dans la cour du Parfum des poiriers, tandis que, chaque jour, bonzes et taoïstes se succédaient pour accomplir les rites funéraires. L’aïeule Jia le fit appeler et lui ordonna de ne pas transporter la défunte au temple ancestral. Ne sachant que faire, Jia Lian dut s’entendre de nouveau avec Shijue : on choisit un emplacement au-dessus de la tombe de You Sanjie, puis on ouvrit la terre et on l’y ensevelit. Le jour des obsèques, il n’y eut guère que des membres du clan, les époux Wang, ainsi que Madame You et ses belles-filles. Xifeng ne s’occupa de rien et laissa Jia Lian tout organiser lui-même.
又因年近歲逼,諸事煩雜不筭外,又有林之孝開了一個人单子來囬,共有八個二十五歲的单身小厮,應該娶妻成房的,等裡面有該放的丫頭,好求指配。鳳姐看了,先来問賈母和王夫人。大家商議,雖有幾個應該𤼵配的,奈各人皆有緣故。第一個鴛鴦,發誓不去。自那日之後,一向未與寳玉說話,也不盛粧濃餙。衆人見他志堅,也不好相强。第二個琥珀,現又有病,這次不能了。彩雲因近日和賈環分崩,也𣑱了無醫之症。只有鳳姐兒和李紈房中粗使的大丫頭發出去了。其餘年紀未足,令他們外頭自娶去了。
Comme la fin de l’année approchait et que les affaires s’accumulaient, Lin Zhixiao vint encore présenter une liste de huit jeunes domestiques célibataires âgés de vingt-cinq ans, auxquels il convenait de donner une épouse et un ménage : on demandait donc que les servantes de l’intérieur qui devaient être libérées leur fussent attribuées. Après avoir lu la liste, Xifeng alla d’abord consulter l’aïeule Jia et Madame Wang. Toutes convinrent que plusieurs servantes étaient en âge d’être mariées, mais chacune avait son empêchement. La première, Yuanyang, avait juré de ne pas partir. Depuis le jour de son serment, elle n’avait plus adressé la parole à Baoyu et ne portait plus ni riche toilette ni parure voyante. Comme chacun voyait sa résolution, on ne pouvait guère la contraindre. La seconde, Hupo, était alors malade : ce ne pouvait être pour cette fois. Depuis sa récente rupture avec Jia Huan, Caiyun avait, elle aussi, contracté une maladie incurable. On ne fit donc sortir que les grandes servantes chargées des gros travaux chez Xifeng et Li Wan. Les autres n’avaient pas encore l’âge requis ; on ordonna aux jeunes gens de chercher eux-mêmes femme au-dehors.
原来這一向因鳯姐兒病了,李紈探春料理家務,不得閒暇,接着過年過節,許多雜事,竟將詩社擱起。如今仲春天氣,雖得了工夫,争奈寶玉因柳湘蓮遁跡空門,又聞得尤三姐自刎,尤二姐被鳯姐逼死,又兼柳五兒自那夜監禁之後,病越重了。連連接接,閒愁胡恨,一重不了一重添,弄的情色若痴,話言常亂,似𣑱怔忡之病。慌的襲人等又不敢囘賈母,只百般逗他頑笑。
Depuis quelque temps, la maladie de Xifeng obligeait Li Wan et Tanchun à administrer la maison, sans leur laisser le moindre loisir. Puis étaient venues les multiples occupations du Nouvel An et des fêtes, si bien que la société de poésie avait été complètement délaissée. Maintenant que le deuxième mois du printemps leur rendait quelque liberté, Baoyu restait pourtant accablé : Liu Xianglian avait disparu dans la vie religieuse ; il avait appris que You Sanjie s’était tranché la gorge, que You Erjie avait été poussée à la mort par Xifeng et que Wu’er, depuis la nuit où on l’avait enfermée, était tombée plus gravement malade. Chagrins oiseux et regrets sans cause se succédaient sans relâche : avant que l’un fût apaisé, un autre venait s’y ajouter. Il en était devenu hébété, parlait souvent à tort et à travers, comme atteint de palpitations et d’angoisse. Xiren et les autres, fort alarmées, n’osaient cependant rien rapporter à l’aïeule Jia et s’ingéniaient de mille façons à le distraire et à le faire rire.
這日淸晨方醒,只𦗟得外間屋内咭咭呱呱,笑聲不㫁。襲人因笑說:「你快出去拉拉罷,晴雯和麝月兩個人按住芳官那裡隔肢呢。」寳玉聼了,忙披上灰鼠長袄出來一瞧,只見他三人被褥尙未叠起,大衣也未穿。那晴雯只穿着葱綠杭紬小袄,紅紬子小衣兒,披着頭髮,𮪍在芳官身上。麝月是紅綾抹胸,披着一身舊衣,在那裡㧓芳官的肋肢。芳官𨚫仰在炕上,穿着撒花𦂳身兒,紅褲緑襪,兩脚亂蹬,笑的喘不過氣來。寳玉忙笑說:「兩個大的欺負一個小的,等我來撓你們。」說着也上床來隔肢晴雯。晴雯觸癢,笑的忙丢下芳官,來合寳玉對抓,芳官趂勢將晴雯按倒。襲人看他四人滾在一處,倒好笑,因說道:「仔細凍着了,可不是頑的。都穿上衣裳罷!」
Un matin, à peine éveillé, il entendit dans la pièce extérieure un joyeux vacarme et des rires continuels. Xiren lui dit en riant : « Va donc les séparer ! Qingwen et Sheyue tiennent Fangguan et la chatouillent. » Baoyu enfila vite sa longue veste de petit-gris et sortit voir. Toutes trois avaient encore leurs couvertures en désordre et n’avaient pas passé leurs vêtements de dessus. Qingwen ne portait qu’une petite veste de satin de Hangzhou vert tendre et un sous-vêtement de satin rouge ; les cheveux défaits, elle était assise à califourchon sur Fangguan. Sheyue, vêtue d’un cache-poitrine de soie rouge et d’un vieil habit jeté sur elle, lui grattait les côtes. Fangguan, renversée sur le kang, portait un corsage ajusté à fleurs éparses, un pantalon rouge et des chaussettes vertes ; elle lançait les jambes en tous sens et riait à en perdre haleine. Baoyu s’écria en riant : « Deux grandes qui en maltraitent une petite ! Attendez que je vous chatouille ! » Il monta sur le kang et se mit à chatouiller Qingwen. Très sensible, celle-ci lâcha Fangguan en riant pour lutter avec Baoyu ; Fangguan en profita pour la renverser. Voyant tous les quatre rouler ensemble, Xiren ne put s’empêcher de rire : « Prenez garde d’attraper froid ! Ce ne serait plus un jeu. Habillez-vous toutes ! »
忽見碧月進來說:「昨兒晚上,奶奶在這裡把塊手絹子忘了,不知可在這裡没有?」春燕忙應道:「有。我在地下撿起來,不知是那一位的,纔洗了,剛晾着,還没有乾呢。」碧月見他四人亂滚,因笑道:「倒是你們這裡熱閙,大淸早起就咭咭呱呱的頑到一處。」寳玉笑道:「你們那裡人也不少,怎麽不頑?」碧月道:「我們奶奶不頑,把兩個姨娘和姑娘也都拘住了。如今琴姑娘跟了老太太前頭去,更冷冷淸淸的了。兩個姨娘到明年冬天,也都家去了,那纔更冷淸呢。你瞧瞧,寳姑娘那裡出去了一個香菱,就像短了多少人是的,把個雲姑娘落了單了。」
Biyue entra soudain et demanda : « Hier soir, notre jeune maîtresse a oublié ici un mouchoir. Ne l’auriez-vous pas trouvé ? » Chunyan répondit aussitôt : « Si. Je l’ai ramassé par terre sans savoir à qui il appartenait. Je viens de le laver et de l’étendre ; il n’est pas encore sec. » Voyant les quatre autres se rouler pêle-mêle, Biyue ajouta en riant : « C’est chez vous qu’on s’amuse ! Dès le petit matin, vous voilà déjà réunis à piailler et à jouer. » Baoyu demanda : « Vous êtes pourtant nombreuses chez vous ; pourquoi ne jouez-vous pas ? » Biyue répondit : « Notre jeune maîtresse ne joue pas, et elle tient aussi sous sa férule les deux jeunes dames et les demoiselles. Maintenant que mademoiselle Baoqin a rejoint l’aïeule, c’est encore plus désert. L’hiver prochain, les deux jeunes dames retourneront aussi chez elles : ce sera alors plus désert que jamais. Regardez donc : depuis que Xiangling a quitté mademoiselle Bao, on croirait que toute une foule est partie, et mademoiselle Yun se retrouve toute seule. »
正說着,見湘雲又打發了翠縷来說:「請二爺快出去瞧好詩。」寳玉𦗟了,忙梳洗出來,果見黛玉、寳釵、湘雲、寳琴、探春都在那裡,手裡拿着一篇詩看。見他来時,都笑道:「這㑹子還不起來!偺們的詩社散了一年,也没有一個人作興作興。如今正是初春時節,萬物更新,正該鼓舞另立起來纔好。」湘雲笑道:「一起詩社時是秋天,就不應發逹的。如今𨚫好萬物逢春,偺們重新整裡起這個社來,自然要有生趣兒。况這首桃花詩又好,就把海棠社攺作桃花社,豈不大妙?」寳玉聼着㸃頭,說:「狠好。」且忙着要詩看。衆人都又說:「偺們此時就訪稻香老農去,大家議定好起社。」說着,一齊站起来,都往稲香村来。寳玉一壁走,一壁看,寫着是:
Elle parlait encore lorsque Xiangyun envoya Cuilü dire : « Que le deuxième jeune maître vienne vite voir un beau poème ! » Baoyu se hâta de se laver, de se coiffer et de sortir. Il trouva Daiyu, mademoiselle Bao, Xiangyun, Baoqin et Tanchun réunies, un poème à la main. En le voyant, elles rirent : « Tu n’es pas encore levé à cette heure ! Notre société de poésie est dispersée depuis un an, sans que personne songe à la ranimer. Maintenant que le printemps commence et que tout se renouvelle, il serait temps de nous remuer et de la refonder. » Xiangyun ajouta en riant : « Quand nous l’avons fondée, c’était l’automne ; elle ne pouvait donc pas prospérer. À présent que tout renaît avec le printemps, remettons notre société en ordre : elle retrouvera naturellement sa vitalité. Et puisque ce poème sur les fleurs de pêcher est si beau, pourquoi ne pas changer la Société des Bégonias en Société des Fleurs de pêcher ? Ce serait merveilleux ! » Baoyu approuva : « Excellente idée. » Mais il réclamait déjà le poème. Toutes dirent encore : « Allons tout de suite trouver le Vieux Laboureur des Épis parfumés, et décidons ensemble de la fondation de la société. » Elles se levèrent donc et partirent toutes pour le hameau des Épis parfumés. Tout en marchant, Baoyu lut ce qui suit :
桃花行桃花簾外東風軟,桃花簾内晨粧懶。簾外桃花簾内人,人與桃花隔不遠。東風有意揭簾櫳,花欲窺人簾不捲。桃花簾外開仍舊,簾中人比桃花瘦。花解憐人花也愁,隔簾消息風吹透。風透簾櫳花滿庭,庭前春色倍傷情。閒苔院落門空掩,斜日欄杆人自凭。凭欄人向東風泣,茜𬒽偷傍桃花立。桃花桃葉亂紛紛,花綻新紅葉凝碧。樹樹煙封一萬株,烘照樓壁紅糢糊。天机燒破鴛鴦錦,春酣欲醒移珊枕。侍女金盆進水来,香泉飮醮胭𮌖冷。胭𮌖鮮艶何相類,花之顔色人之淚。若將人淚比桃花,淚自長流花自媚。淚眼觀花淚易乾,淚乾春盡花憔悴。憔悴花遮憔悴人,花飛人倦易黄昏。一聲杜宇春歸盡,寂寞簾櫳空月痕。
Ballade des fleurs de pêcher
Le vent d’est s’adoucit devant le rideau aux fleurs de pêcher ; derrière le rideau, la toilette matinale se fait languissante.
Dehors, les fleurs de pêcher ; dedans, une personne : de la personne aux fleurs, la distance est mince.
Le vent d’est voudrait soulever le rideau ajouré ; les fleurs voudraient épier la personne, mais le rideau ne s’enroule pas.
Au-dehors, les fleurs de pêcher s’épanouissent comme autrefois ; derrière le rideau, la personne est plus maigre que les fleurs.
Si les fleurs savaient la plaindre, elles aussi s’affligeraient ; à travers le rideau, le vent transmet leurs nouvelles.
Le vent traverse le rideau ajouré, les fleurs emplissent la cour ; devant la cour, le printemps redouble la douleur.
Dans la cour moussue et déserte, la porte reste à demi close ; au soleil oblique, une personne s’appuie seule à la balustrade.
Appuyée à la balustrade, elle pleure face au vent d’est ; sa robe rouge sombre se glisse furtivement près des fleurs de pêcher.
Fleurs et feuilles de pêcher tourbillonnent en désordre ; les fleurs déploient leur rouge neuf, les feuilles condensent le vert de jade.
La brume enveloppe dix mille arbres ; leur éclat embrasé rougit confusément les murs du pavillon.
Le métier du Ciel a brûlé la brocatelle aux canards mandarins ; ivre de printemps et près de s’éveiller, elle déplace son oreiller de corail.
Une servante apporte de l’eau dans un bassin d’or ; l’eau parfumée baigne le fard refroidi.
À quoi comparer l’éclat frais du fard ? À la couleur des fleurs et aux larmes de la personne.
Si l’on compare ses larmes aux fleurs de pêcher, les larmes coulent sans fin, tandis que les fleurs sourient.
Des yeux en larmes contemplent les fleurs, puis leurs larmes se tarissent ; les larmes taries, le printemps finit et les fleurs dépérissent.
Les fleurs fanées cachent la personne amaigrie ; les fleurs s’envolent, la personne se lasse, le soir vient vite.
Au cri du coucou, le printemps s’en est allé tout entier ; dans le rideau désert ne demeure qu’une trace de lune.
寶玉看了,並不稱讃,痴痴呆呆,竟要滾下淚來,又怕衆人看見,忙自己拭了。因問:「你們怎麽得来?」寳琴笑道:「你猜是誰做的?」寶玉笑道:「自然是瀟湘子的稿子。」寳琴笑道:「現是我做的呢。」寳玉笑道:「我不信。這聲調口氣,逈乎不像。」寳琴笑道:「所以你不通,難道杜工部首首都作『叢菊兩開他日淚』之句不成!一般的也有『紅綻雨肥梅』、『水荇牽風翠帶長』等語。」寳玉笑道:「固然如此,但我知道姐姐㫁不許妹妹有此傷悼語句,妹妹本有此才,𨚫也㫁不肯做的。比不得林妹妹曾經離喪,作此哀音。」衆人聼說,都笑了。
Après l’avoir lu, Baoyu ne fit aucun éloge. Il demeura là, stupide et hébété, sur le point de fondre en larmes ; craignant d’être vu, il s’essuya vivement les yeux. Puis il demanda : « Où avez-vous trouvé cela ? » Baoqin répondit en riant : « Devine qui l’a composé. » — « C’est naturellement un manuscrit du Maître du Xiao et du Xiang. » — « Mais non, c’est moi qui l’ai fait. » Baoyu rit : « Je ne te crois pas. Le ton et l’accent ne te ressemblent pas du tout. » Baoqin répondit : « Voilà bien la preuve que tu n’y comprends rien ! Crois-tu que le ministre Du ait écrit dans tous ses poèmes des vers comme : “Deux fois les chrysanthèmes ont fleuri, suscitant les larmes des jours futurs” ? Il a aussi écrit : “Sous la pluie, les prunes rouges s’épanouissent, gonflées” et “Les rubans verts des nymphéas s’allongent, tirés par le vent”. » Baoyu reprit : « Sans doute. Mais je sais que ta sœur ne te permettrait jamais d’écrire des paroles aussi désolées. Tu en aurais certes le talent, mais tu ne voudrais pas les écrire. Il en va autrement de petite sœur Lin, qui a connu séparation et deuil : c’est à elle qu’il appartient de faire entendre une pareille plainte. » Toutes éclatèrent de rire.
已至稻香村中,將詩與李紈看了,自不必說,稱賞不已。說起詩社,大家議定:明日乃三月初二日,就起社,便攺「海棠社」爲「桃花社」,黛玉爲社主。明日飯後,齊集瀟湘館。因又大家擬題。黛玉便說:「大家就要桃花詩一百韻。」寳釵道:「使不得。古来桃花詩最多,總作了,必落套,比不得你這一首古風。須得再擬。」正說着,人囬:「舅太太来了,請姑娘們出去請安。」因此大家都徃前頭來見王子騰的夫人,陪着說話。飯𭺾,又陪着入園中來遊玩一遍,至晚飯後掌燈方去。
Ils étaient arrivés au hameau des Épis parfumés. On montra le poème à Li Wan, qui, cela va sans dire, ne tarit pas d’éloges. Quant à la société, on décida de l’inaugurer le lendemain, deuxième jour du troisième mois, de remplacer le nom de « Société des Bégonias » par celui de « Société des Fleurs de pêcher » et de prendre Daiyu pour présidente. Tous se réuniraient après le repas au pavillon du Xiao et du Xiang. On se mit ensuite à chercher un sujet. Daiyu proposa : « Chacun composera un poème de cent rimes sur les fleurs de pêcher. » Mademoiselle Bao objecta : « Impossible. Depuis l’Antiquité, on a composé trop de poèmes sur les fleurs de pêcher : quoi que nous écrivions, nous tomberions dans les lieux communs. Ce n’est pas comme ton poème à l’ancienne. Il faut trouver autre chose. » À cet instant, quelqu’un vint annoncer : « La tante, épouse de l’oncle maternel, est arrivée ; les demoiselles sont priées d’aller la saluer. » Toutes se rendirent donc dans les appartements de devant pour recevoir l’épouse de Wang Ziteng et lui tenir compagnie. Après le repas, elles l’accompagnèrent dans une promenade à travers le jardin ; elle ne repartit qu’à la nuit, lorsque les lampes furent allumées.
次日乃是探春的壽日,元春早打發了兩個小太監,送了幾件玩器。合家皆有壽禮,自不必細說。飯後,探春換了禮服,各處行禮。黛玉笑向衆人道:「我這一社開的又不巧了,偏忘了這兩日是他的生日。雖不擺酒唱戱,少不得都要陪他在老太太、太太跟前頑笑一日,如何能得閒空兒。」因此,攺至初五。
Le lendemain était l’anniversaire de Tanchun. Yuanchun avait envoyé de bonne heure deux jeunes eunuques lui apporter plusieurs objets d’agrément. Tous les membres de la famille lui firent naturellement des présents, mais il n’est pas besoin d’en donner le détail. Après le repas, Tanchun revêtit sa tenue de cérémonie et alla partout accomplir les salutations rituelles. Daiyu dit en riant aux autres : « J’ai vraiment mal choisi mon jour pour inaugurer cette société : j’avais justement oublié que c’était son anniversaire. Même sans banquet ni spectacle, nous devrons passer la journée à nous divertir avec elle auprès de l’aïeule et de Madame Wang. Comment trouverions-nous un moment libre ? » La réunion fut donc reportée au cinquième jour.
這日衆姊妹皆在房中侍早膳𭺾,便有賈政書信到了。寳玉請安,將請賈母的安禀拆開,念與賈母聽,上面不過是請安的話,說六月准進京等語。其餘家信事物之帖,自有賈璉和王夫人開讀。衆人𦗟說六七月囬京,都喜之不盡。偏生這日王子騰之女許與保寧侯之子爲妻,擇于五月間過門,鳳姐兒又忙着張羅,常三五日不在家。這日王子騰的夫人又來接鳯姐兒,一並請衆甥男甥女閑樂一日。賈母和王夫人命寶玉、探春、林黛玉、寳釵四人同鳯姐去。衆人不敢違抝,只得囬房去,另粧餙了起来。五人去了一日,掌燈方囬。
Ce jour-là, après avoir servi le premier repas de l’aïeule Jia dans ses appartements, les jeunes filles apprirent qu’une lettre de Jia Zheng était arrivée. Baoyu s’enquit de sa santé, ouvrit le message de salutations adressé à l’aïeule Jia et le lui lut. Il ne contenait que les formules d’usage et annonçait que Jia Zheng serait autorisé à rentrer dans la capitale au sixième mois. Jia Lian et Madame Wang se chargèrent de lire les autres lettres familiales et les listes d’affaires. Tous furent transportés de joie en apprenant son retour pour le sixième ou le septième mois. Mais il se trouva justement que la fille de Wang Ziteng avait été promise au fils du marquis de Baoning et que le mariage devait avoir lieu au cinquième mois. Xifeng, occupée par tous les préparatifs, s’absentait souvent trois ou cinq jours de suite. Ce jour-là, l’épouse de Wang Ziteng vint encore la chercher et invita en même temps tous ses neveux et nièces à passer une journée de plaisir. L’aïeule Jia et Madame Wang ordonnèrent à Baoyu, Tanchun, Lin Daiyu et mademoiselle Bao d’accompagner Xifeng. N’osant désobéir, ils retournèrent dans leurs chambres changer de toilette. Tous les cinq partirent pour la journée et ne revinrent qu’après l’allumage des lampes.
寶玉進入怡紅院,歇了半刻,襲人便乘機見景勸他收一𭣣心,閒時把書理一理,預備着。寳玉屈指筭一筭,說:「還早呢。」襲人道:「書還是第二件,到那時總然你有了書,你的字寫的在那裡呢?」寳玉笑道:「我時常也有寫了的好些,難道都没收着?」襲人道:「何曾没收着?你昨兒不在家,我就拿出來,統共數了一數,纔有五百六十𭙌篇,這三四年的工夫,難道只有這幾張字不成!依我說,明日起,把别的心都收了起來,天天快臨幾張字補上。雖不能按日都有,也要大㮣看得過去。」寳玉聼了,忙得自己又親檢了一遍,寔在搪㩙不過,便說:「明日爲始,一天寫一百字纔好。」說話時,大家睡下。至次日起來,梳洗了,便在窻下恭楷臨帖。賈母因不見他,只當病了,忙使人來問。寳玉方去請安,便說:「寫字之故,因此出來遲了。」賈母𦗟說,十分歡喜,就吩咐他:「以後只管寫字念書,不用出來也使得。你去囘你太太知道。」寶玉𦗟說,便往王夫人房中來說明。王夫人便道:「臨陣磨鎗,也不中用。有這㑹子着急,天天寫寫念念,有多少完不了的。這一赶,又赶出病來纔罷。」寳玉囬說:「不妨事。」寳釵探春等都笑說:「太太不用着急。書雖替不得他,字都替得的,我們每日每人臨一篇給他,搪㩙過這一歩兒去就完了。一則老爺不生氣,二則他也急不出病來。」王夫人𦗟說,喜之不盡。
De retour dans la cour du Bonheur rouge, Baoyu se reposa un moment. Xiren saisit l’occasion pour lui conseiller de se reprendre et, pendant ses loisirs, de remettre ses livres en ordre afin de se préparer. Baoyu compta sur ses doigts : « Il est encore bien tôt. » Xiren répondit : « Les livres ne sont encore que le second problème. Quand le moment viendra, quand bien même tu connaîtrais tes livres, où seront donc tes pages de calligraphie ? » Baoyu rit : « J’en ai pourtant souvent écrit un bon nombre. Tu ne les as pas gardées ? » — « Bien sûr que si. Hier, pendant ton absence, je les ai sorties et comptées : il n’y en a en tout que cinq cent soixante. Après trois ou quatre ans, est-il possible que tu n’aies produit que ces quelques pages ? Si tu veux mon avis, dès demain, détourne ton esprit de tout le reste et copie chaque jour à toute vitesse plusieurs feuillets. Même si le compte n’y est pas exactement pour chaque journée, il faut au moins que l’ensemble puisse passer. » Baoyu, alarmé, vérifia lui-même et constata qu’il était vraiment impossible de donner le change. Il déclara donc : « À partir de demain, il faudra que j’écrive cent caractères par jour. » Là-dessus, tous se couchèrent.
Le lendemain, après sa toilette, il s’assit sous la fenêtre et copia des modèles d’écriture régulière avec le plus grand sérieux. Ne le voyant pas paraître, l’aïeule Jia le crut malade et envoya vite quelqu’un prendre de ses nouvelles. Baoyu alla alors lui rendre ses devoirs et expliqua : « J’écrivais ; voilà pourquoi je suis sorti tard. » L’aïeule, ravie, lui ordonna : « À l’avenir, consacre-toi donc à écrire et à étudier ; tu peux même te dispenser de venir. Va le faire savoir à ta mère. » Baoyu se rendit chez Madame Wang pour lui expliquer la chose. Celle-ci déclara : « Aiguiser sa lance au moment de livrer bataille ne sert à rien. Si tu avais écrit et étudié chaque jour, combien te resterait-il à faire ? À te presser ainsi, tu finiras encore par tomber malade. » Baoyu répondit que ce n’était pas grave. Mademoiselle Bao, Tanchun et les autres dirent en riant : « Madame ne doit pas s’inquiéter. Nous ne pouvons pas étudier à sa place, mais nous pouvons fort bien écrire pour lui. Chacune de nous lui copiera chaque jour un feuillet, et nous l’aiderons à franchir cette mauvaise passe. Ainsi, Monsieur ne se fâchera pas et Baoyu ne tombera pas malade d’affolement. » Madame Wang fut enchantée.
原來林黛玉聞得賈政囬家,必問寳玉的功課,寳玉一向分心,到臨期自然要吃𧇊。因自己只粧不奈煩,把詩社更不提起。探春寳釵二人,每日也臨一篇楷書字與寳玉。寳玉自己每日也加功,或冩二百三百不拘。至三月下旬,便將字又積了許多。這日正等着再得五十篇,也就搪得過了。誰知紫鵑走來,送了一卷東西,寳玉拆開看時,却是一色去油紙上臨的鍾王蠅頭小楷,字跡且與自己十分相𩔗。喜的寳玉和紫鵑作了一個揖,又親自來道謝。接着湘雲寳琴二人也都臨了幾篇相送。凑成雖不足功課,亦可搪塞了。寳玉放了心,于是將應讀之書,又温理過幾次。正是天天用功,可巧近海一帶海嘯,又遭塌了幾處生民,地方官題本奏聞,奉㫖就着賈政順路查看賑濟囬來。如此𮅕去,至七月底方囬。寳玉聼了,便把書字又丢過一邉,仍是照舊遊蕩。
En réalité, Lin Daiyu avait appris que Jia Zheng, dès son retour, ne manquerait pas d’interroger Baoyu sur son travail. Comme celui-ci s’était depuis longtemps laissé distraire, il se trouverait forcément en difficulté au dernier moment. Feignant donc de n’avoir goût à rien, elle ne parla plus de la société de poésie. Tanchun et mademoiselle Bao copièrent chaque jour pour Baoyu un feuillet en écriture régulière. Lui-même redoubla d’efforts, écrivant indifféremment deux ou trois cents caractères par jour. Vers la fin du troisième mois, il avait ainsi accumulé un grand nombre de pages. Ce jour-là, il comptait qu’avec cinquante feuillets de plus il pourrait donner le change. Or Zijuan arriva et lui remit un rouleau. Baoyu l’ouvrit : c’étaient, sur un même papier dégraissé, de minuscules caractères réguliers dans le style de Zhong et Wang, dont l’écriture ressemblait en outre parfaitement à la sienne. Transporté de joie, Baoyu salua Zijuan les mains jointes, puis alla lui-même remercier Daiyu. Xiangyun et Baoqin lui envoyèrent à leur tour plusieurs feuillets. Le total ne suffisait pas à remplir exactement le compte, mais permettait du moins de faire illusion. Rassuré, Baoyu révisa encore plusieurs fois les livres qu’il devait lire.
Il travaillait donc tous les jours lorsque, par hasard, un raz-de-marée frappa les régions du littoral et ravagea plusieurs zones habitées. Les autorités locales adressèrent un mémoire au trône. Un décret ordonna à Jia Zheng d’aller, sur le chemin du retour, inspecter les lieux et distribuer les secours. À tout compter, il ne rentrerait donc qu’à la fin du septième mois. Dès que Baoyu l’apprit, il rejeta de nouveau livres et calligraphies de côté et recommença à vagabonder comme auparavant.
時值暮春之際,湘雲無聊,因見柳花飄舞,便偶成一小令,調𭔃《如夢令》。其詞曰:
On était à la fin du printemps. Xiangyun, qui s’ennuyait, vit voltiger les fleurs de saule et improvisa une petite pièce sur l’air « Comme en un rêve ». En voici les paroles :
豈是綉絨纔吐,捲起半簾香霧。纖手自拈來,空使鵑啼燕妬。且住,且住!莫使春光别去。
Est-ce donc une broderie duveteuse qui vient d’éclore ? Elle s’enroule en une brume parfumée devant la moitié du rideau. Une main délicate la cueille elle-même, ne faisant qu’éveiller les cris jaloux du coucou et de l’hirondelle. Restez, restez ! Ne laissez pas s’en aller l’éclat du printemps.
自己做了,心中得意,便用一条紙兒寫好,與寳釵看了,又来找黛玉。黛玉看𭺾,笑道:「好新鮮有趣兒,我𨚫不能。」湘雲說道:「偺們這幾社縂没有填詞,你明日何不起社填詞,豈不新鮮些。」黛玉聽了,偶然興動,便說:「這話也倒是。」湘雲道:「偺們趂今日天氣好,爲什麽不就是今日?」黛玉道:「也使得。」說着,一面吩咐預偹了幾色菓㸃,一面就打發人分頭去請。
Satisfaite de sa composition, Xiangyun la recopia sur une bande de papier et la montra à mademoiselle Bao, puis alla chercher Daiyu. Après l’avoir lue, Daiyu dit en riant : « C’est frais et plein d’intérêt ; moi, je n’en serais pas capable. » Xiangyun répondit : « Dans nos dernières réunions, nous n’avons jamais composé de chansons. Pourquoi ne pas réunir demain la société pour en écrire ? Ce serait quelque chose de neuf. » Cette idée inspira soudain Daiyu, qui dit : « Tu n’as pas tort. » Xiangyun reprit : « Puisqu’il fait beau aujourd’hui, pourquoi ne pas le faire dès maintenant ? » — « Cela se peut aussi. » Daiyu ordonna donc de préparer plusieurs sortes de fruits et de pâtisseries, tout en envoyant des gens inviter séparément les autres.
這裡二人便擬了「柳絮」爲題,又限出幾個調來,寫了粘在壁上。衆人来看時:以柳絮爲題,限各色小調。又都看了湘雲的,稱賞了一囬。寳玉笑道:「這詞我倒平常,少不得也要胡謅起來。」於是大家拈䦰。寳釵炷了一支夢甜香,大家思索起來。一時,黛玉有了,寫完。接着寳琴也忙寫出來。寳釵笑道:「我已有了。瞧了你們的,再看我的。」探春笑道:「今兒這香怎麽這様快!我纔有了半首。」因又問寶玉:「你可有了?」寳玉雖做了些,自己嫌不好,又都抹了,要另做,囬頭看,香已盡了。李紈等笑道:「寳玉又輸了。蕉丫頭的呢?」探春𦗟說,冩了出來。衆人看時,上面却只半首《南柯子》,寫道是:
Toutes deux choisirent pour sujet les chatons de saule, fixèrent plusieurs airs et affichèrent le tout au mur. À leur arrivée, les autres lurent : « Sujet : les chatons de saule. Composer librement sur l’un des airs indiqués. » Toutes lurent ensuite la pièce de Xiangyun et la louèrent un moment. Baoyu dit en riant : « Pour une fois, ces chansons ne m’effraient pas trop ; il faudra bien que je me mette à divaguer moi aussi. » Chacun tira alors son sort. Mademoiselle Bao alluma un bâton d’encens Doux-Rêve et tous se mirent à réfléchir. Daiyu trouva bientôt son inspiration et acheva sa pièce. Baoqin écrivit aussitôt la sienne. Mademoiselle Bao dit en riant : « J’ai déjà composé la mienne. Je lirai les vôtres avant de vous la montrer. » Tanchun s’écria : « Comme cet encens brûle vite aujourd’hui ! Je n’ai encore qu’une demi-pièce. » Puis elle demanda à Baoyu : « As-tu trouvé quelque chose ? » Baoyu avait bien écrit quelques lignes, mais, les jugeant mauvaises, les avait toutes rayées pour recommencer. Lorsqu’il se retourna, l’encens était consumé. Li Wan et les autres rirent : « Baoyu a encore perdu. Et celle de la Petite du Bananier ? » Tanchun écrivit alors sa pièce. On vit qu’elle n’avait composé que la première moitié de l’air « Chant du Rêve austral » :
空掛纖纖縷,徒垂絡絡絲。也難綰繫也難覊,一任東西南北,各分離。
En vain pendent les mèches délicates, en vain retombent les fils entrelacés. Impossible de les nouer, impossible de les retenir : qu’ils aillent à l’est, à l’ouest, au sud, au nord, chacun se séparant des autres.
李紈笑道:「這也𨚫好,何不再續上?」寳玉見香没了,情願認輸,不肯免强塞責,將筆擱下,來瞧這半首。見没完時,反倒動了興,乃提筆續道:
Li Wan dit en riant : « C’est pourtant fort bien. Pourquoi ne pas continuer ? » Voyant l’encens consumé, Baoyu acceptait volontiers sa défaite et refusait de remplir sa feuille par contrainte. Il posa son pinceau et vint lire cette demi-pièce. Mais, constatant qu’elle était inachevée, il se sentit au contraire inspiré, reprit le pinceau et ajouta :
落去君休惜,飛来我自知。鶯愁蝶倦晚芳時,總是明春再見,隔年期。
Ne regrettez pas ce qui tombe ; ce qui revient en volant, je saurai le reconnaître. Quand le loriot s’afflige et que le papillon se lasse, aux derniers jours des fleurs, nous nous reverrons pourtant au printemps prochain : le rendez-vous est pour l’autre année.
衆人笑道:「正經你分内的又不能,這𨚫偏有了。總然好,也筭不得。」說着,看黛玉的,是一闋《唐多令》:
Toutes rirent : « Tu n’as rien su faire pour ta propre composition, mais pour celle-ci, te voilà soudain inspiré ! Si bon que ce soit, cela ne compte pas. » Elles lurent ensuite la pièce de Daiyu, sur l’air « Tangduoling » :
粉墮百花洲,香殘燕子楼。一團團逐隊成毬。飄泊亦如人命薄,空繾綣,說風流。草木也知愁,韶華竟白頭。嘆今生誰捨誰收?嫁與東風春不管,凴爾去,忍淹留。
La poudre tombe sur l’île aux Cent Fleurs, le parfum s’épuise à la tour des Hirondelles. Par groupes serrés, ils se poursuivent et forment des pelotes. Leur errance ressemble aussi au destin fragile des humains : vains attachements, vaines grâces dont on parle.
Même herbes et arbres connaissent la tristesse ; en pleine jeunesse, leurs têtes blanchissent déjà. Hélas ! En cette vie, qui les abandonne, qui les recueille ? Donnés en mariage au vent d’est, tandis que le printemps ne s’en soucie plus, ils vont à leur gré : comment supporteraient-ils de s’attarder ?
衆人看了,俱㸃頭感嘆說:「太作悲了!好是果然好的。」因又看寳琴的《西江月》:
Toutes hochèrent la tête avec émotion : « C’est vraiment trop triste ! Mais c’est assurément très beau. » Elles lurent ensuite la pièce de Baoqin, sur l’air « La Lune sur le fleuve de l’Ouest » :
漢苑零星有限,隋堤㸃綴無窮。三春事業付東風,明月梅花一夢。幾處落紅庭院,誰家香雪簾櫳?江南江北一般同,偏是離人恨重。
Dans les jardins des Han, quelques flocons clairsemés ; sur les digues des Sui, une profusion sans fin. L’œuvre des trois mois de printemps est livrée au vent d’est : lune claire et fleurs de prunier ne furent qu’un rêve.
Dans combien de cours aux fleurs rouges tombées ? Derrière les rideaux ajourés de quelle demeure, cette neige parfumée ? Au sud comme au nord du Fleuve, tout est pareil ; pourtant, chez ceux qui sont séparés, le regret pèse davantage.
衆人都笑說:「到底是他的聲調悲壯。『幾處』『誰家』兩句最妙。」寳釵笑道:「終不免過于喪敗。我想,柳絮原是一件輕薄無根的東西,依我的主意,偏要把他說好了,纔不落套。所以我謅了一首來,未必合你們的意思。」衆人笑道:「不要太謙,自然是好的,我們賞鑒賞鑒。」因看這一闋《臨江仙》道:
Toutes dirent en riant : « Son ton reste décidément grave et héroïque. Les deux vers “dans combien de cours” et “de quelle demeure” sont les plus merveilleux. » Mademoiselle Bao sourit : « Cela reste malgré tout trop funèbre. À mon sens, les chatons de saule sont, par nature, légers et sans racines. J’ai justement voulu en dire du bien, afin d’éviter les lieux communs. J’en ai donc improvisé une pièce, mais elle ne vous plaira peut-être pas. » Toutes rirent : « Ne sois pas si modeste. Elle est certainement belle ; laisse-nous en juger. » Elles lurent alors cette pièce sur l’air « L’Immortelle au bord du fleuve » :
白玉堂前春解舞,東風捲得均勻。
Devant la salle de Jade blanc, le printemps leur apprend à danser ; le vent d’est les enroule en un mouvement harmonieux.
湘雲先笑道:「好一個『東風捲得均勻』!這一句就出人之上了。」
Xiangyun s’écria la première : « Quel beau vers : “le vent d’est les enroule en un mouvement harmonieux” ! À lui seul, il dépasse déjà tout le reste. »
𧊵圍蝶陣亂紛紛。幾曾隨逝水,豈必委芳塵?萬縷千𢇁終不攺,任他隨聚隨分。韶華休笑本無根,好風憑借力,送我上青雲!
Cercles d’abeilles, bataillons de papillons, tout tourbillonne en désordre. Quand donc ont-ils suivi les eaux qui s’enfuient ? Pourquoi devraient-ils tomber dans la poussière parfumée ?
Dix mille mèches, mille fils ne changent jamais, qu’on les laisse se réunir ou se disperser. Ô jeunesse, ne raille pas ce qui naquit sans racines : qu’un vent favorable me prête sa force et me porte jusqu’aux nuées d’azur !
衆人拍案呌絶,都說:「果然翻得好。自然這首爲尊。纒綿悲慼,讓瀟湘子;情致嫵媚,𨚫是枕霞。小薛與蕉客,今日落第,要受罰的。」寶琴笑道:「我們自然受罰,但不知交白卷子的,又怎麽罰?」李紈道:「不用忙,這定要重重的罰他,下次爲例。」
Toutes frappèrent la table et crièrent merveille : « Voilà qui renverse admirablement le thème ! Cette pièce doit naturellement tenir le premier rang. Pour la mélancolie tendre, laissons la place au Maître du Xiao et du Xiang ; pour la grâce séduisante, c’est à la Dormeuse des Nuées. Petite Xue et le Visiteur du Bananier ont aujourd’hui échoué et doivent être punis. » Baoqin dit en riant : « Nous accepterons bien sûr notre punition ; mais que fera-t-on de celui qui a rendu feuille blanche ? » Li Wan répondit : « N’ayez crainte, il recevra une lourde punition, qui servira d’exemple à l’avenir. »
一語未了,只聼𥦗外竹子上一聲响,恰似𥦗屜子倒了一般,衆人嚇了一跳。丫嬛們出去瞧時,簾外丫頭子們囬道:「一個大蝴蝶風筝,掛在竹稍上了。」衆丫嬛笑道:「好一個齊整風筝!不知是誰家放的,㫁了線。偺們拿下他來。」寶玉等聽了,也都出來看時,寳玉笑道:「我認得這風筝,這是大老爺那院裡嫣紅姑娘放的。拿下来給他送過去罷。」紫鵑笑道:「難道天下没有一様的風筝,单他有這個不成?二爺也太死心眼兒了。我不𬋩,我且拿起來。」探春笑道:「紫鵑也太小器了,你們一般有,這㑹子拾人走了的,也不嫌個忌諱?」黛玉笑道:「可是呢。把偺們的拿出来,偺們也放放晦氣。」
Elle n’avait pas achevé que l’on entendit un grand bruit dans les bambous devant la fenêtre, comme si le châssis venait de tomber. Toutes sursautèrent. Les servantes sortirent voir, et celles qui se trouvaient derrière le rideau annoncèrent : « Un grand cerf-volant en forme de papillon s’est pris au sommet des bambous. » Les servantes rirent : « Quel beau cerf-volant bien fait ! On ignore à qui il appartient ; sa ficelle s’est rompue. Décrochons-le. » Baoyu et les autres sortirent aussi. Baoyu dit en riant : « Je reconnais ce cerf-volant. C’est celui que mademoiselle Yanhong faisait voler dans la cour du grand maître. Décrochez-le et rapportez-le-lui. » Zijuan répondit : « Il ne peut donc exister deux cerfs-volants semblables sous le ciel ? Serait-elle seule à en posséder un ? Deuxième jeune maître, vous avez vraiment l’esprit trop étroit. Peu m’importe : moi, je le prends. » Tanchun rit : « Zijuan, te voilà bien mesquine ! Vous en avez de pareils, et tu veux tout de même garder aujourd’hui un objet perdu par quelqu’un d’autre, sans même craindre le mauvais présage ? » Daiyu dit en riant : « C’est vrai. Sortez plutôt les nôtres : nous allons, nous aussi, chasser notre malchance. »
丫頭們聼見放風箏,巴不得一聲兒,七手八脚,都忙着拿出來,也有美人兒的,也有沙雁兒的。丫頭們搬高墩,綑剪子股兒,一面撥起籰子來。寳釵等立在院門前,命丫頭們在院外敞地下放去。寶琴笑道:「你這個不好看,不如三姐姐的一個軟翅子大鳳凰好。」寳釵囘頭向翠墨笑道:「你去把你們的拿来也放放。」寳玉又興頭起來,也打發個小丫頭子家去,說:「把昨日頼大娘送的那個大魚取來。」小丫頭去了半天,空手囬来,笑道:「晴雯姑娘昨兒放走了。」寳玉道:「我還没放一遭兒呢。」探春笑道:「橫竪是給你放晦氣罷了。」寳玉道:「再把大螃蠏拿來罷。」丫頭去了,同了幾個人,扛了一個美人並籰子來,囬說:「襲姑娘說:昨兒把螃蠏給了三爺了,這一個是林大娘纔送來的,放這一個罷。」寶玉細看了一囬,只見這美人做的十分精緻,心中歡喜,便呌放起来。此時探春的也取了來了,丫頭們在那山坡上已放起来。寳琴呌丫頭放起一個大蝙蝠来,寶釵也放起個一連七個大雁來,獨有寳玉的美人,再放不起來。寳玉說丫頭們不㑹放,自己放了半天,只起房高,便落下來了,急得寳玉頭上的汗都出來了。衆人又笑,寶玉恨得擲在地下,指着風箏說道:「若不是個美人,我一頓脚跥個稀爛!」黛玉笑道:「那是頂線不好,拿去呌人換好了,就好放了。再取一個來放罷。」
Dès qu’elles entendirent parler de lancer des cerfs-volants, les servantes ne demandèrent pas mieux. Toutes s’affairèrent en même temps et en sortirent de toutes sortes : certains représentaient de belles femmes, d’autres des oies sauvages des sables. Elles apportèrent de hauts tabourets, attachèrent les brides fourchues et commencèrent à dérouler les dévidoirs. Mademoiselle Bao et les autres se tenaient devant la porte de la cour et ordonnèrent aux servantes d’aller les lancer sur le terrain découvert. Baoqin dit en riant : « Le tien n’est pas beau. Il ne vaut pas le grand phénix aux ailes souples de troisième sœur. » Mademoiselle Bao se retourna vers Cuimo : « Va chercher le vôtre et faites-le voler aussi. » Baoyu retrouva tout son entrain et envoya une petite servante chez lui : « Apporte le grand poisson que dame Lai m’a offert hier. » La petite servante revint longtemps après, les mains vides : « Mademoiselle Qingwen l’a lâché hier. » Baoyu protesta : « Mais je ne l’ai même pas fait voler une seule fois ! » Tanchun répondit en riant : « De toute façon, elle l’aura lâché pour chasser ta malchance. » Baoyu ordonna : « Alors, apportez le grand crabe. » La servante repartit et revint avec plusieurs personnes portant un cerf-volant en forme de belle femme et son dévidoir. Elle annonça : « Mademoiselle Xiren dit qu’elle a donné hier le crabe au troisième jeune maître. Celui-ci vient seulement d’être offert par dame Lin ; faites donc voler celui-là. » Baoyu l’examina attentivement : la belle femme était exécutée avec un grand raffinement. Enchanté, il ordonna de la lancer.
Entre-temps, on avait apporté celui de Tanchun, que les servantes lançaient déjà du haut de la pente. Baoqin fit lancer une grande chauve-souris ; mademoiselle Bao, une chaîne de sept grandes oies sauvages. Seule la belle femme de Baoyu refusait de s’élever. Baoyu accusa les servantes de ne pas savoir s’y prendre et essaya lui-même pendant longtemps ; le cerf-volant ne montait pas plus haut que les maisons avant de retomber. Baoyu en eut le front couvert de sueur. Comme toutes riaient encore, il jeta rageusement le cerf-volant à terre et le menaça du doigt : « Si tu n’étais pas une belle femme, je te réduirais en miettes à coups de talon ! » Daiyu rit : « C’est la bride supérieure qui est mauvaise. Fais-la remplacer et il volera bien. En attendant, prends-en un autre. »
寶玉等大家都仰面看天上,這幾個風筝起在空中。一時風𦂳,衆丫鬟都用手帕墊手。黛玉果見風力𦂳大,過去將籰子一鬆,只聼得一陣「豁喇喇」响,登時線盡,風筝隨風去了。黛玉因讓衆人来放,衆人都說:「林姑娘的病根兒都放了去了,偺們大家都放了罷。」於是丫頭們拿過一把剪子来,鉸㫁了線,那風筝都飄飄颻䬙的隨風而去。一時只有雞蛋大,一展眼只剩了一㸃黑星兒,一㑹兒就不見了。衆人仰面說道:「有趣,有趣!」說着,有丫頭来請吃飯,大家方散。
Baoyu et les autres levèrent tous la tête pour regarder les cerfs-volants dans le ciel. Le vent se mit bientôt à souffler avec force, et les servantes durent protéger leurs mains avec des mouchoirs. Voyant combien il était puissant, Daiyu relâcha brusquement son dévidoir. On entendit un grand « hou-la-la » ; en un instant, toute la ficelle se déroula et le cerf-volant partit avec le vent. Daiyu invita les autres à venir lâcher le leur, mais toutes répondirent : « La racine de la maladie de mademoiselle Lin vient de s’envoler. Lâchons tous les nôtres ! » Les servantes prirent donc des ciseaux et tranchèrent les ficelles. Tous les cerfs-volants partirent en flottant et en tanguant au gré du vent. Bientôt, ils ne furent pas plus gros qu’un œuf ; en un clin d’œil, ils se réduisirent à un point noir, puis disparurent. Toutes, le visage tourné vers le ciel, s’écrièrent : « Que c’est amusant ! » Une servante vint alors les inviter à passer à table, et le groupe se dispersa.
從此寳玉的工課也不敢像先竟撂在脖子後頭了。有時寫寫字,有時念念書,悶了也出来合姐妹們頑笑半天,或往瀟湘舘去閒話一囬。衆姐妹都知他工課虧欠,大家自去吟詩取樂,或講習針黹之事,也不肯去擾他。便是黛玉更怕賈政囬來寳玉受氣,每每推𪾶,不大兠攬他。寳玉也只得在自己屋裡,隨便用些工課。
Dès lors, Baoyu n’osa plus rejeter complètement son travail derrière lui comme auparavant. Tantôt il écrivait, tantôt il lisait ; lorsqu’il s’ennuyait, il sortait se divertir une demi-journée avec ses cousines ou allait bavarder un moment au pavillon du Xiao et du Xiang. Toutes savaient qu’il avait pris du retard. Elles composaient donc entre elles des poèmes pour se distraire ou s’exerçaient aux travaux d’aiguille, sans vouloir le déranger. Daiyu, surtout, craignait que Jia Zheng ne lui fît subir sa colère à son retour ; elle prétextait souvent la fatigue et l’attirait beaucoup moins auprès d’elle. Baoyu devait donc rester dans ses appartements et travailler un peu, selon son humeur.
展眼間已是夏末秋初。一日,賈母處兩個小丫頭,匆匆忙忙來呌寳玉。不知何事,下囬分解。
En un clin d’œil, la fin de l’été et le début de l’automne étaient arrivés. Un jour, deux petites servantes de l’aïeule Jia accoururent en toute hâte appeler Baoyu. On ignore ce qui s’était produit ; la suite l’expliquera.
Notes
賈 : le patronyme Jia est homophone de 假, « faux » ; cette équivoque porte sur toute la famille Jia.
瀟湘子 : nom de société de Daiyu, formé sur sa résidence, le pavillon du Xiao et du Xiang.
稻香老農、枕霞、蕉客 : noms de société respectifs de Li Wan, Xiangyun et Tanchun ; 寳琴 est familièrement appelée 小薛, « Petite Xue ».
杜工部 : désignation de Du Fu par sa charge honorifique au ministère des Travaux publics ; les trois citations du bloc 8 sont tirées de ses poèmes.
百花洲、燕子樓 : l’île aux Cent Fleurs est associée à Suzhou ; la tour des Hirondelles évoque la fidélité endeuillée de la courtisane Guan Panpan.
漢苑、隋堤 : les jardins impériaux des Han et les digues plantées de saules attribuées à l’empereur Yang des Sui opposent deux lieux historiques célèbres.
鍾王 : désignation conjointe de Zhong Yao et Wang Xizhi, maîtres canoniques de la calligraphie régulière.
放晦氣 : lâcher un cerf-volant après en avoir coupé la ficelle est censé emporter maladies, malchance et influences néfastes.