Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 84 À l’épreuve des lettres, on parle enfin de marier Baoyu ; venu voir l’enfant saisie de convulsions, Jia Huan renoue une vieille haine
試文字寳玉始提親 探驚風賈𤨔重結怨
À l’épreuve des lettres, on parle enfin de marier Baoyu
venu voir l’enfant saisie de convulsions, Jia Huan renoue une vieille haine
𨚫說薛姨媽一時因被金桂這塲氣慪得肝氣上逆,左脇作痛。寳釵明知是這個原故,也等不及醫生來看,先呌人去買了幾錢鈎藤來,濃濃的煎了一碗,給他母親吃了;又和秋菱給薛姨媽搥腿揉胸,停了一會兒,畧𮗜安頓。這薛姨媽只是又悲又氣,氣的是金桂撒撥,悲的是寳釵有㴠養,倒覺可憐。寳釵又勸了一囬,不知不覺的睡了一覺,肝氣也漸漸平復了。寶釵便說道:「媽媽,你這種閒氣不要放在心上纔好。過幾天走的動了,樂得往那邊老太太姨媽處去說說話兒散散悶也好。家裡横竪有我和秋菱照看著,靠他也不敢怎麽様。」薛姨媽㸃㸃頭道:「過兩日看罷了。」
Or donc, la tante Xue, suffoquée de colère par cette scène avec Jingui, sentit le souffle de son foie remonter et une douleur lui prendre le flanc gauche. Baochai, qui en connaissait parfaitement la cause, n’attendit même pas la venue du médecin : elle fit acheter quelques qian de gou teng, qu’on lui prépara en décoction bien concentrée, puis en donna un bol à boire à sa mère. Avec Qiuling, elle lui massa aussi les jambes et la poitrine. Au bout d’un moment, la tante Xue se sentit un peu apaisée. Elle demeurait cependant tout ensemble affligée et furieuse : furieuse des éclats de Jingui, affligée de voir Baochai supporter tout cela avec tant de maîtrise, au point de lui faire pitié. Baochai l’exhorta encore quelque temps ; peu à peu, la tante Xue s’endormit, et le souffle de son foie se calma progressivement.
Baochai lui dit alors : « Maman, surtout, ne garde pas en toi cette vaine colère. Dans quelques jours, quand tu pourras marcher, tu n’auras qu’à te rendre chez l’aïeule et ma tante, pour bavarder un peu et dissiper ton chagrin. À la maison, Qiuling et moi veillerons sur tout ; elle n’osera sans doute rien faire de bien grave. » La tante Xue hocha la tête : « Nous verrons dans deux jours. »
且說元𡚱疾愈之後,家中俱各喜歡。過了幾日,有幾個老公走來,帶著東西銀兩,宣貴𡚱娘娘之命,因家中省問勤勞,俱有賞賜。把物件銀兩一一交代淸楚。賈赦賈政等禀明了賈母,一齊謝恩𭺾,太監吃了茶去了。大家囬到賈母房中,說笑了一囘。外面老婆子傳進來說:「小厮們来囬道,那邊有人請大老爺說要𦂳的話呢。」賈母便向賈赦道:「你去罷。」賈赦答應著,退出來自去了。
Après le rétablissement de la concubine impériale Yuanchun, toute la maisonnée fut en joie. Quelques jours plus tard, plusieurs eunuques arrivèrent avec des présents et de l’argent. Ils proclamèrent les ordres de Sa Majesté la Noble Concubine : en récompense des soins assidus que sa famille avait pris de sa santé, chacun recevait une gratification. Ils remirent avec précision chaque objet et chaque somme. Jia She, Jia Zheng et les autres en informèrent l’aïeule Jia, puis tous ensemble rendirent grâce à la faveur impériale. Après avoir pris le thé, les eunuques repartirent.
Tout le monde revint dans l’appartement de l’aïeule Jia, où l’on bavarda et plaisanta quelque temps. Une vieille servante vint alors annoncer : « Les jeunes domestiques rapportent que quelqu’un, de l’autre côté, demande le premier maître pour une affaire urgente. » L’aïeule Jia dit à Jia She : « Vas-y donc. » Jia She acquiesça, se retira et partit de son côté.
這裡賈母忽然想起,合賈政笑道:「娘娘心裡𨚫甚寔惦記著寳玉,前兒還特特的問他來著呢。」賈政陪笑道:「只是寳玉不大肯念書,辜負了娘娘的美意。」賈母道:「我倒給他上了個好兒,說他近日文章都做上來了。」賈政笑道:「那裡能像老太太的話呢。」賈母道:「你們時常呌他出去作詩作文,難道他都没作上來麽。小孩子家漫漫的教導他,可是人家說的,『胖子也不是一口兒吃的』。」賈政𦗟了這話,忙陪笑道:「老太太說的是。」賈母又道:「提起寳玉,我還有一件事和你商量。如今他也大了,你們也該留神看一個好孩子給他定下。這也是他終身的大事。也别論遠近親戚,什麽窮啊富的,只要深知那姑娘的脾性兒好模様兒周正的就好。」賈政道:「老太太吩咐的狠是。但只一件,姑娘也要好,第一要他自己學好纔好,不然不稂不莠的,反倒躭悞了人家的女孩兒,豈不可惜。」賈母聼了這話,心裡𨚫有些不喜歡,便說道:「論起来,現放着你們作父母的,那裡用我去張心。但只我想寳玉這孩子從小兒跟着我,未免多疼他一㸃兒,躭悞了他成人的正事也是有的。只是我看他那生來的模様兒也還齊整,心性兒也還寔在,未必一定是那種没出息的,必至遭塌了人家的女孩兒。也不知是我偏心,我看着橫𥪡比𤨔兒略好些,不知你們看着怎麽様。」幾句話說得賈政心中甚寔不安,連忙陪笑道:「老太太看的人也多了,旣說他好有造化的,想來是不錯的。只是兒子望他成人性兒太急了一㸃,或者竟合古人的話相反,倒是『莫知其子之美』了。」一句話把賈母也慪笑了,衆人也都陪着笑了。賈母因說道:「你這㑹子也有了幾歲年紀,又居着官,自然越歴練越老成。」說到這裡,囬頭瞅着邢夫人合王夫人笑道:「想他那年輕的時候,那一種古怪脾氣,比寳玉還加一倍呢。直等娶了媳婦,纔畧畧的懂了些人事兒。如今只抱怨寳玉,這㑹子我看寳玉比他還略體些人情兒呢。」說的邢夫人王夫人都笑了。因說道:「老太太又說起逗笑兒的話兒来了。」說着,小丫頭子們進来告訴鴛鴦:「請示老太太,晚飯伺候下了。」賈母便問:「你們又咕咕唧喞的說什麼?」鴛鴦笑著囬明了。賈母道:「那麽着,你們也都吃飯去罷,單留鳯姐兒和珍哥媳婦跟着我吃罷。」賈政及邢王二夫人都答應着,伺候擺上飯来,賈母又催了一遍,纔都退出各散。
L’aïeule Jia, se souvenant soudain de quelque chose, dit en souriant à Jia Zheng : « Sa Majesté pense vraiment beaucoup à Baoyu ; l’autre jour encore, elle s’est spécialement enquise de lui. » Jia Zheng répondit avec un sourire déférent : « Seulement, Baoyu n’aime guère étudier et déçoit ainsi ses bonnes intentions. » — « Moi, je lui ai fait un bel éloge : je lui ai dit que, ces derniers temps, il réussissait tous ses devoirs. » Jia Zheng sourit : « Comment les faits pourraient-ils être à la hauteur des paroles de l’aïeule ? » — « Vous lui demandez souvent de sortir pour composer des poèmes et des dissertations ; ne réussit-il donc jamais rien ? Il faut instruire peu à peu les enfants. Comme on dit : “Un gros homme ne s’engraisse pas en une seule bouchée.” » Jia Zheng s’empressa de sourire : « L’aïeule a raison. »
L’aïeule Jia poursuivit : « Puisque nous parlons de Baoyu, j’ai encore une affaire à examiner avec toi. À présent qu’il est grand, vous devriez songer sérieusement à lui choisir une bonne jeune fille et à conclure ses fiançailles. C’est l’affaire de toute sa vie. Peu importe qu’elle soit ou non de notre parenté, qu’elle soit riche ou pauvre : il suffit de bien connaître son caractère, de savoir qu’il est bon, et que son apparence soit avenante. » Jia Zheng répondit : « Les instructions de l’aïeule sont fort justes. Mais il reste une chose : si bonne que soit la jeune fille, il faut d’abord que Baoyu lui-même apprenne à bien se conduire. Sinon, s’il ne devient ni bon grain ni mauvaise herbe, il ne fera que compromettre la fille d’autrui, et ce serait grand dommage. »
Ces paroles déplurent quelque peu à l’aïeule Jia. Elle dit : « À bien y réfléchir, il a ses parents sous les yeux, et je ne devrais pas avoir à m’en préoccuper. Mais comme cet enfant a grandi auprès de moi, il se peut que je l’aie trop choyé et que j’aie retardé son apprentissage des choses sérieuses. Pourtant, je trouve qu’il est né avec des traits assez réguliers et un naturel assez honnête. Il n’est pas forcément de ces incapables qui ne peuvent que faire le malheur de la fille d’autrui. Peut-être suis-je partiale, mais, de quelque côté que je regarde, je le trouve un peu meilleur que Jia Huan. Je ne sais ce que vous en pensez. »
Ces quelques mots mirent Jia Zheng fort mal à l’aise. Il s’empressa de répondre avec un sourire déférent : « L’aïeule a vu bien des gens. Puisqu’elle dit qu’il est bon et promis à un bel avenir, elle ne doit pas se tromper. Seulement, votre fils est trop impatient de le voir devenir un homme. Peut-être vais-je tout à fait à l’encontre du proverbe ancien et suis-je de ceux qui “ne savent pas voir les qualités de leur propre fils”. » Cette répartie fit rire l’aïeule Jia malgré son irritation, et tous les autres rirent avec elle.
L’aïeule Jia reprit : « Tu as maintenant un certain âge et tu occupes une charge officielle ; naturellement, l’expérience te rend toujours plus posé. » Puis elle se tourna vers Madame Xing et Madame Wang : « Songez à l’étrange caractère qu’il avait dans sa jeunesse : c’était deux fois pire que Baoyu ! Il a fallu attendre qu’il prenne femme pour qu’il commence à comprendre un peu les usages du monde. À présent, il ne fait que se plaindre de Baoyu, mais je trouve Baoyu un peu plus sensible que lui aux sentiments d’autrui. » Madame Xing et Madame Wang se mirent toutes deux à rire : « L’aïeule recommence à dire des choses pour nous amuser. »
À cet instant, de jeunes servantes vinrent prévenir Yuanyang : « Veuillez demander à l’aïeule si nous pouvons servir le dîner. » L’aïeule Jia demanda : « Qu’êtes-vous encore à marmonner là-bas ? » Yuanyang lui expliqua en souriant. L’aïeule dit : « Dans ce cas, allez tous dîner. Que seules Xifeng et la femme de Jia Zhen restent manger avec moi. » Jia Zheng, Madame Xing et Madame Wang acquiescèrent. Ils attendirent que le repas fût servi et, après que l’aïeule Jia les eut encore une fois pressés de partir, ils se retirèrent chacun de son côté.
𨚫說邢夫人自去了。賈政同王夫人進入房中。賈政因提起賈母方纔的話來,說道:「老太太這様疼寳玉,𭺾竟要他有些寔學,日後可以混得功名,纔好不枉老太太疼他一塲,也不至遭塌了人家的女兒。」王夫人道:「老爺這話自然是該當的。」賈政因着個屋裡的丫頭傳出去告訴李貴:「寶玉放學囘來,索性吃飯後再呌他過来,說我還要問他話呢。」李貴答應了「是」。至寳玉放了學剛要過來請安,只見李貴道:「二爺先不用過去。老爺吩咐了,今日呌二爺吃了飯再過去呢,聼見𮟃有話問二爺呢。」寳玉聼了這話,又是一個悶雷。只得見過賈母,便囬園吃飯。三口兩口吃完,忙漱了口,便徃賈政這邉來。
Madame Xing s’en alla donc. Jia Zheng et Madame Wang regagnèrent leur appartement. Revenant sur les paroles de l’aïeule Jia, Jia Zheng dit : « Puisque l’aïeule aime tant Baoyu, il faut vraiment lui faire acquérir un savoir solide, afin que, plus tard, il puisse tant bien que mal obtenir un titre aux examens. Ainsi, l’aïeule ne l’aura pas choyé en vain et il ne fera pas non plus le malheur de la fille d’autrui. » Madame Wang répondit : « Ce que dit le maître est naturellement fort juste. »
Jia Zheng chargea une servante de transmettre cet ordre à Li Gui : « Quand Baoyu reviendra de l’école, qu’il mange d’abord, puis qu’il vienne me voir. J’ai encore des questions à lui poser. » Li Gui répondit : « Oui. » Lorsque Baoyu, de retour de l’école, voulut aller présenter ses respects, Li Gui lui dit : « Le second maître n’a pas besoin d’y aller tout de suite. Le maître a ordonné qu’aujourd’hui vous ne veniez qu’après avoir dîné ; il paraît qu’il a encore des questions à vous poser. » Pour Baoyu, ces paroles furent un nouveau coup de tonnerre. Il dut aller saluer l’aïeule Jia, puis retourna dîner au jardin. Il avala son repas en trois bouchées, se rinça rapidement la bouche et se rendit chez Jia Zheng.
賈政此時在内書房坐着,寳玉進來請了安,一傍侍立。賈政問道:「這幾日我心上有事,也忘了問你。那一日你說你師父呌你講一個月的書就要給你開筆,如今筭来將兩個月了,你到底開了筆了没有?」寳玉道:「纔做過三次。師父說且不必囬老爺知道,等好些再囬老爺知道罷。因此這兩天總没敢囘。」賈政道:「是什麽題目?」寳玉道:「一個是《吾十有五而志於學》,一個是《人不知而不慍》,一個是《則歸墨》三字。」賈政道:「都有稿兒麽?」寳玉道:「都是作了抄出來師父又攺的。」賈政道:「你帶了家來了還是在學房裡呢?」寶玉道:「在學房裡呢。」賈政道:「呌人取了來我瞧。」寳玉連忙呌人傳話與焙茗:「呌他徃學房中去,我書桌子抽屜裡有一本薄薄兒竹紙本子,上面寫着『牕課』兩字的就是,快拿來。」一囘兒焙茗拿了来遞給寳玉。寳玉呈與賈政。賈政翻開看時,見頭一篇寫着題目是《吾十有五而志於學》。他原本破的是「聖人有志於學,㓜而已然矣。」代儒却將㓜字抹去,明用「十五」。賈政道:「你原本『㓜』字便扣不淸題目了。『㓜』字是從小起至十六已前都是『㓜』。這章書是聖人自言學問工夫與年俱進的話,所以十五、三十、四十、五十、六十、七十俱要明㸃出來,纔見得到了幾時有這麽個光景,到了幾時又有那麽個光景。師父把你『㓜』字攺了『十五』,便明白了好些。」看到承題,那抹去的原本云:「夫不志于學,人之常也。」賈政𢳸頭道:「不但是孩子氣,可見你本性不是個學者的志氣。」又看後句「聖人十五而志之,不亦難乎」,說道:「這更不成話了。」然後看代儒的攺本云:「夫人孰不學,而志於學者卒鮮。此聖人所爲自信於十五時歟。」便問「攺的懂得麽?」寳玉答應道:「懂得。」
Jia Zheng était alors assis dans son cabinet intérieur. Baoyu entra, le salua et se tint debout à ses côtés. Jia Zheng lui demanda : « Ces derniers jours, j’avais l’esprit occupé et j’ai oublié de t’interroger. Tu m’avais dit que ton maître te ferait commencer à composer après un mois d’explications des Classiques. Voilà bientôt deux mois : as-tu commencé, oui ou non ? » — « Je n’ai composé que trois fois. Mon maître m’a dit de ne pas encore en informer le maître et d’attendre que mes travaux soient meilleurs. C’est pourquoi je n’ai rien osé rapporter ces derniers jours. » — « Quels étaient les sujets ? » — « Le premier était : “À quinze ans, je résolus de m’appliquer à l’étude” ; le deuxième : “Les hommes ne me connaissent pas, mais je ne m’en irrite point” ; et le troisième, les trois caractères : “Alors ils reviennent à Mo”. » — « As-tu les brouillons ? » — « Je les ai tous mis au propre après les avoir composés, puis mon maître les a corrigés. » — « Les as-tu rapportés à la maison, ou sont-ils encore à l’école ? » — « Ils sont à l’école. » — « Fais-les chercher, que je les voie. »
Baoyu s’empressa de faire transmettre cet ordre à Beiming : « Qu’il aille à l’école. Dans le tiroir de mon bureau, il y a un mince cahier en papier de bambou portant les deux caractères “Exercices de classe”. C’est celui-là ; qu’il l’apporte vite. » Peu après, Beiming revint avec le cahier et le remit à Baoyu, qui le présenta à Jia Zheng.
Jia Zheng l’ouvrit. Le premier devoir avait pour sujet : « À quinze ans, je résolus de m’appliquer à l’étude. » Dans son amorce initiale, Baoyu avait écrit : « Le Sage avait résolu d’étudier, et cela dès l’enfance. » Dairu avait barré le mot « enfance » et l’avait clairement remplacé par « quinze ans ». Jia Zheng dit : « Dans ton texte original, le mot “enfance” ne répondait pas exactement au sujet. L’enfance s’étend depuis le premier âge jusqu’avant seize ans. Dans ce chapitre, le Sage explique lui-même comment son effort dans l’étude progressa avec les années. Il faut donc expressément mentionner quinze, trente, quarante, cinquante, soixante et soixante-dix ans ; on voit alors à quel âge il atteignit tel état, puis à quel autre âge tel autre état. En remplaçant ton mot “enfance” par “quinze ans”, ton maître a rendu les choses beaucoup plus claires. »
Il passa au développement du sujet. Dans la version barrée, on lisait : « Ne pas aspirer à l’étude est le lot ordinaire des hommes. » Jia Zheng secoua la tête : « Non seulement cela sent l’enfantillage, mais on voit bien que, par nature, tu n’as pas les aspirations d’un homme d’étude. » Il lut ensuite : « Que le Sage y ait aspiré dès quinze ans, n’était-ce pas difficile ? » et déclara : « Voilà qui n’a plus aucun sens. » Puis il regarda la correction de Dairu : « Parmi les hommes, qui n’étudie pas ? Pourtant, rares sont finalement ceux qui aspirent véritablement à l’étude. Serait-ce pourquoi le Sage se savait déjà assuré de lui-même à quinze ans ? » Il demanda : « Comprends-tu cette correction ? » Baoyu répondit : « Oui. »
又看第二藝,題目是《人不知而不慍》,便先看代儒的攺本云:「不以不知而慍者,終無攺其說樂矣。」方覻着眼看那抹去的底本,說道:「你是什麽?——『能無慍人之心,純乎學者也。』上一句似單做了『而不慍』三個字的題目,下一句又犯了下文君子的分界。必如攺筆纔合題位呢。且下句找淸上文,方是書理。須要細心領略。」寳玉答應着。賈政又往下看,「夫不知,未有不慍者也。而竟不然。是非由說而樂者,曷克臻此。」原本末句「非純學者乎。」賈政道:「這也與破題同病的。這攺的也罷了,不過淸苦,還說得去。」
Il examina ensuite le deuxième devoir, dont le sujet était : « Les hommes ne me connaissent pas, mais je ne m’en irrite point. » Il commença par lire la correction de Dairu : « Celui qui ne s’irrite pas de n’être pas connu ne renoncera jamais à ce qu’il appelle sa joie. » Puis, plissant les yeux, il regarda la version barrée : « Qu’es-tu donc allé écrire ? “Pouvoir bannir de son cœur toute irritation contre autrui, voilà le parfait homme d’étude.” La première proposition ne traite isolément que les trois caractères “ne s’en irrite point” ; la seconde empiète déjà sur la partie suivante, consacrée à l’homme de bien. Seule la correction respecte exactement les limites du sujet. De plus, la dernière proposition reprend clairement le texte précédent : voilà qui est conforme au sens du Classique. Il faut y réfléchir avec soin. » Baoyu acquiesça.
Jia Zheng poursuivit sa lecture : « Quand on n’est pas connu, il n’est personne qui ne s’en irrite. Pourtant, cet homme-là ne le fait aucunement. Si cela ne vient pas de la joie qu’il trouve à mettre en pratique ce qu’il a appris, comment pourrait-il atteindre un tel état ? » La dernière phrase du texte original disait : « N’est-ce pas là le parfait homme d’étude ? » Jia Zheng observa : « Elle a le même défaut que l’amorce. La correction est passable ; elle est seulement un peu sèche et laborieuse, mais elle peut aller. »
第三藝是《則歸墨》,賈政看了題目,自己揚着頭想了一想,因問寳玉道:「你的書講到這裡了麽?」寳玉道:「師父說,《孟子》好懂些,所以倒先講《孟子》,大前日纔講完了。如今講『上論語』呢。」賈政因看這個破承倒没大攺。破題云:「言於舍楊之外,若别無所歸者焉。」賈政道:「第二句倒難爲你。」「夫墨,非欲歸者也。而墨之言已半天下矣,則舍楊之外,欲不歸於墨,得乎?」賈政道:「這是你做的麽?」寶玉答應道:「是。」賈政㸃㸃頭兒,因說道:「這也並没有什麽出色處,但初試筆能如此,還算不離。前年我在任上時,還出過《惟士爲能》這個題目。那些童生都讀過前人這篇,不能自出心裁,每多抄襲。你念過没有?」寳玉道:「也念過。」賈政道:「我要你另換個主意,不許雷同了前人,只做個破題也使得。」寳玉只得答應着,低頭搜索枯腸。賈政背着手,也在門口站着作想。只見一個小小厮往外飛走,看見賈政,連忙側身𡸁手站住。賈政便問道:「作什麽?」小厮囬道:「老太太那邊姨太太來了,二奶奶傳出話來,呌預偹飯呢。」賈政聼了,也没言語。那小厮自去了。
Le troisième devoir avait pour sujet : « Alors ils reviennent à Mo. » Après avoir lu le sujet, Jia Zheng leva la tête et réfléchit un moment, puis demanda à Baoyu : « Ton explication des Classiques en est-elle déjà arrivée là ? » Baoyu répondit : « Mon maître a dit que le Mengzi était plus facile à comprendre, aussi nous l’a-t-il expliqué en premier. Il ne l’a achevé qu’avant-hier ; à présent, nous étudions la première partie des Entretiens. »
Jia Zheng constata que l’amorce et son développement n’avaient guère été corrigés. L’amorce disait : « Cela signifie qu’en dehors de l’abandon de Yang Zhu, il semble n’exister nul autre recours. » Jia Zheng dit : « Pour ta deuxième proposition, tu t’es tout de même donné du mal. » Le développement continuait : « Certes, Mo Di n’est pas celui auquel on souhaiterait revenir. Mais ses doctrines ont déjà gagné la moitié de l’empire ; dès lors, si l’on abandonne Yang Zhu, comment pourrait-on ne pas revenir à Mo Di ? » Jia Zheng demanda : « Est-ce toi qui as composé cela ? » Baoyu répondit : « Oui. » Jia Zheng hocha la tête : « Rien là de particulièrement remarquable ; mais, pour un premier essai, tu ne t’es pas trop écarté du sujet. »
Il reprit : « Avant-dernière année, alors que j’étais en fonctions, j’avais donné pour sujet : “Seul l’homme instruit en est capable.” Tous les jeunes candidats avaient lu un ancien devoir sur ce sujet et, incapables de concevoir une idée personnelle, ils le plagiaient pour la plupart. L’as-tu lu ? » — « Oui. » — « Je veux que tu trouves une tout autre idée, sans rien reprendre de tes prédécesseurs. Contente-toi d’une amorce, cela suffira. »
Baoyu dut acquiescer. La tête baissée, il se creusa en vain la cervelle. Les mains derrière le dos, Jia Zheng se tenait près de la porte et réfléchissait lui aussi. Un petit domestique passa soudain en courant vers l’extérieur. À la vue de Jia Zheng, il se rangea aussitôt de côté et s’immobilisa, les bras pendants. Jia Zheng demanda : « Que fais-tu ? » Le garçon répondit : « La tante est arrivée chez l’aïeule, et la seconde maîtresse a fait dire de préparer le repas. » Jia Zheng entendit cela sans rien répondre, et le domestique s’en alla.
誰知寳玉自從寳釵搬囬家去,十分想念,𦗟見薛姨媽来了,只當寳釵同来,心中早已忙了,便乍着胆子囬道:「破題倒作了一個,但不知是不是。」賈政道:「你念來我聼。」寳玉念道:「天下不皆士也,能無產者亦僅矣。」賈政𦗟了,㸃着頭道:「也還使得。已後作文,搃要把界限分清,把神理想明白了再去動筆。你來的時候老太太知道不知道?」寳玉道:「知道的。」賈政道:「旣如此,你𮟃到老太太處去罷。」寳玉答應了個「是」,只得拿捏着漫漫的退出,剛過穿廊月洞門的影屏,便一溜烟跑到老太太院門口。急得焙茗在後頭赶着呌:「看跌倒了!老爺來了。」
Or, depuis que Baochai était retournée chez elle, Baoyu pensait beaucoup à elle. En apprenant que la tante Xue venait d’arriver, il supposa que Baochai l’accompagnait et son cœur s’agita aussitôt. Rassemblant soudain son courage, il dit : « J’ai bien trouvé une amorce, mais je ne sais pas si elle convient. » Jia Zheng répondit : « Récite-la-moi. » Baoyu déclama : « Tous les hommes sous le Ciel ne sont pas des hommes instruits ; ceux qui peuvent se passer d’un bien constant sont donc fort rares. » Jia Zheng l’écouta et hocha la tête : « Cela peut encore aller. Désormais, quand tu composeras, tu devras toujours distinguer clairement les limites du sujet et en pénétrer l’esprit et le sens avant de prendre le pinceau. Quand tu es venu, l’aïeule le savait-elle ? » — « Oui. » — « Dans ce cas, retourne donc auprès d’elle. »
Baoyu répondit : « Oui. » Il se contint et se retira lentement. Mais à peine eut-il dépassé l’écran placé derrière la porte de lune de la galerie qu’il détala comme une volute de fumée jusqu’à l’entrée de la cour de l’aïeule. Beiming courait derrière lui en criant avec inquiétude : « Vous allez tomber ! Le maître arrive ! »
寳玉那裡聼得見。剛進得門來,便聼見王夫人、鳳姐、探春等笑語之聲。丫嬛們見寶玉來了,連忙打起簾子,悄悄告訴道:「姨太太在這裡呢。」寳玉赶忙進來給薛姨媽請安,過來纔給賈母請了晚安。賈母便問:「你今兒怎麼這早晚纔散學?」寳玉悉把賈政看文章並命作破題的話述了一遍。賈母笑容滿面。寳玉因問衆人道:「寳姐姐在那裡坐着呢?」薛姨媽笑道:「你寶姐姐没過來,家裡和香菱作活呢。」寳玉𦗟了心中索然,又不好就走。只見說着話兒已擺上飯来,自然是賈母薛姨媽上坐,探春等陪坐。薛姨媽道:「寳哥兒呢?」賈母忙笑說道:「寳玉跟着我這邉坐罷。」寳玉連忙囘道:「頭裡散學時李貴傳老爺的話,呌吃了飯過去。我赶着要了一碟菜,泡茶吃了一碗飯,就過去了。老太太和姨媽姐姐們用罷。」賈母道:「旣這麽着,鳯丫頭就過來跟着我。你太太纔說他今兒吃齋,呌他們自己吃去罷。」王夫人也道:「你跟着老太太姨太太吃罷,不用等我,我吃齋呢。」於是鳯姐告了坐,丫頭安了盃筯,鳯姐執壺斟了一廵,纔歸坐。
Mais Baoyu n’entendait rien. À peine entré, il perçut les rires et les conversations de Madame Wang, de Xifeng, de Tanchun et des autres. Les servantes, en le voyant arriver, s’empressèrent de relever la portière et l’avertirent à voix basse : « La tante est ici. » Baoyu entra vivement saluer la tante Xue, puis souhaita seulement ensuite une bonne soirée à l’aïeule Jia. Celle-ci demanda : « Pourquoi l’école a-t-elle fini si tard aujourd’hui ? » Baoyu lui raconta en détail comment Jia Zheng avait examiné ses devoirs et lui avait ordonné de composer une amorce. Le visage de l’aïeule Jia s’épanouit de joie.
Baoyu demanda alors : « Où grande sœur Bao est-elle assise ? » La tante Xue répondit en souriant : « Grande sœur Bao n’est pas venue. Elle travaille à l’aiguille à la maison avec Xiangling. » Le cœur de Baoyu se vida soudain, mais il ne pouvait décemment repartir aussitôt. Tandis qu’ils bavardaient, le repas fut servi. Naturellement, l’aïeule Jia et la tante Xue prirent les places d’honneur, et Tanchun et les autres s’assirent pour leur tenir compagnie.
La tante Xue demanda : « Et Baoyu ? » L’aïeule Jia s’empressa de dire en souriant : « Baoyu, assieds-toi ici auprès de moi. » Baoyu répondit aussitôt : « Lorsque je suis sorti de l’école, Li Gui m’a transmis l’ordre du maître : je devais manger avant de me rendre chez lui. J’ai donc demandé rapidement une assiette de légumes, j’ai mangé un bol de riz arrosé de thé, puis je suis allé le voir. Que l’aïeule, ma tante et mes sœurs prennent leur repas. »
L’aïeule Jia dit : « Dans ce cas, que la petite Feng vienne manger auprès de moi. Ta mère disait tout à l’heure qu’elle faisait maigre aujourd’hui ; qu’ils mangent donc de leur côté. » Madame Wang ajouta : « Mange avec l’aïeule et ta tante. Inutile de m’attendre, je fais maigre. » Xifeng demanda alors la permission de prendre place. Les servantes disposèrent devant elle une coupe et des baguettes ; Xifeng prit la cruche, servit une tournée de vin, puis regagna son siège.
大家吃着酒。賈母便問道:「可是纔姨太太提香菱,我𦗟見前兒丫頭們說『秋菱』,不知是誰,問起来纔知道是他。怎麽那孩子好好的又攺了名字呢?」薛姨媽滿臉飛紅,歎了口氣道:「老太太再别提起。自從蟠兒娶了這個不知好歹的媳婦,成日家咕咕唧喞,如今閙的也不成個人家了。我也說過他幾次,他牛心不聽說,我也没那麽大精神和他們儘着吵去,只好由他們去。可不是他嫌這丫頭的名兒不好攺的。」賈母道:「名兒什麽要𦂳的事呢?」薛姨媽道:「說起來我也怪臊的,其實老太太這邊有什麽不知道的。他那裡是爲這名兒不好,𦘏見說他因爲是寳丫頭起的,他纔有心要攺。」賈母道:「這又是什麽原故呢?」薛姨媽把手絹子不住的擦眼淚,未從說,又歎了一口氣,道:「老太太還不知道呢,這如今媳婦子專和寳丫頭慪氣。前日老太太打發人看我去,我們家裡正閙呢。」賈母連忙接着問道:「可是前兒聼見姨太太肝氣疼,要打發人看去,後來聽見說好了,所以没着人去。依我,勸姨太太竟把他們别放在心上。再者,他們也是新過門的小夫妻,過些時自然就好了。我看寳丫頭性格兒温𫝗和平,雖然年輕,比大人還强幾倍。前日那小丫頭子囘來說,我們這邊還都讃歎了他一㑹子,都像寳丫頭那様心胸兒脾氣兒,真是百裡挑一的。不是我說句冐失話,那給人家作了媳婦兒,怎麽呌公婆不疼,家裡上上下下的不賔服呢。」寳玉頭裡已經聽煩了,推故要走,及𦗟見這話,又坐了獃獃的徃下𦗟。薛姨媽道:「不中用。他雖好,到底是女孩兒家。養了蟠兒這個糊𡍼孩子,眞眞呌我不放心,只怕在外頭喝㸃子酒,閙出事来。幸虧老太太這裡的大爺二爺常和他在一塊兒,我還放㸃兒心。」寶玉聼到這裡,便接口道:「姨媽更不用懸心。薛大哥相好的都是些正經買賣大客人,都是有體面的,那裡就閙出事來。」薛姨媽笑道:「依你這様說,我敢只不用操心了。」說話間,飯已吃完。寳玉先告辭了,晚間還要看書,便各自去了。
Tandis que chacun buvait, l’aïeule Jia demanda : « Puisque la tante vient de parler de Xiangling, je me rappelle avoir entendu les servantes dire l’autre jour “Qiuling”. Je ne savais pas qui c’était et, lorsque j’ai posé la question, j’ai appris qu’il s’agissait d’elle. Pourquoi donc a-t-on encore changé le nom de cette enfant, qui était fort convenable ? »
Le visage de la tante Xue devint écarlate. Elle soupira : « Que l’aïeule ne m’en parle plus ! Depuis que Pan a épousé cette femme qui ne sait distinguer le bien du mal, ce ne sont que grognements et querelles à longueur de journée ; à présent, notre maison ne ressemble même plus à une maison. Je lui ai fait plusieurs remontrances, mais elle est entêtée comme un bœuf et refuse d’écouter. Je n’ai pas assez de forces pour me disputer sans cesse avec eux, aussi dois-je les laisser faire. C’est bien elle qui, trouvant mauvais le nom de cette servante, l’a changé. »
L’aïeule Jia demanda : « Quelle importance peut bien avoir un nom ? » La tante Xue répondit : « J’ai honte de le dire, bien que rien de tout cela ne puisse être ignoré ici. Ce n’est pas qu’elle trouvait ce nom mauvais : elle a entendu dire que Baochai l’avait choisi, et c’est précisément pour cela qu’elle a voulu le changer. » — « Mais pour quelle raison ? » demanda l’aïeule Jia.
La tante Xue essuya sans cesse ses larmes avec son mouchoir. Avant même de pouvoir parler, elle soupira encore : « L’aïeule ne le sait pas : à présent, cette bru cherche spécialement querelle à Baochai. L’autre jour, quand l’aïeule a envoyé quelqu’un prendre de mes nouvelles, il y avait justement une scène chez nous. »
L’aïeule Jia demanda vivement : « N’avais-je pas entendu dire que ta colère t’avait donné mal au foie ? Je voulais envoyer quelqu’un te voir, puis on m’a appris que tu allais mieux, et je ne l’ai pas fait. À mon avis, tu devrais ne plus prendre leurs affaires à cœur. D’ailleurs, ce sont de jeunes mariés, tout récemment unis ; avec le temps, cela s’arrangera naturellement. Baochai a, je trouve, un caractère doux, généreux et paisible. Malgré sa jeunesse, elle vaut plusieurs fois certains adultes. Lorsque la petite servante est revenue l’autre jour, nous l’avons tous louée ici pendant un bon moment. Un cœur et un caractère comme ceux de Baochai, voilà vraiment ce qu’on ne trouve qu’une fois sur cent. Pardonne-moi cette remarque indiscrète : si elle devenait la bru d’une famille, comment ses beaux-parents pourraient-ils ne pas l’aimer, et comment tous, du haut en bas de la maison, pourraient-ils ne pas lui obéir avec respect ? »
Baoyu, que la conversation avait déjà lassé, avait prétexté vouloir partir. Mais, en entendant ces paroles, il se rassit et écouta la suite d’un air hébété. La tante Xue dit : « Cela ne sert à rien. Elle a beau être bonne, elle n’est après tout qu’une jeune fille. C’est Pan, cet enfant brouillon que j’ai élevé, qui me cause vraiment du souci. J’ai toujours peur qu’il ne boive dehors et ne provoque quelque accident. Heureusement, vos premier et second jeunes maîtres sont souvent avec lui ; cela me rassure un peu. »
Baoyu intervint : « Ma tante n’a vraiment pas à s’inquiéter. Les amis intimes de grand frère Xue sont tous d’importants négociants parfaitement respectables et de bonne réputation. Comment pourrait-il causer quelque accident ? » La tante Xue sourit : « À t’entendre, je n’ai donc absolument plus besoin de m’inquiéter. » Pendant qu’ils parlaient, le repas s’acheva. Baoyu prit congé le premier, car il devait encore étudier le soir, puis chacun se retira.
這裡丫頭們剛捧上茶來,只見琥珀走過來向賈母耳𦕰旁邊說了幾句,賈母便向鳳姐兒道:「你快去罷,瞧瞧巧姐兒去罷。」鳯姐聼了,還不知何故,大家也怔了。琥珀遂過来向鳯姐道:「剛纔平兒打發小丫頭子來囘二奶奶,說巧姐兒身上不大好,請二奶奶忙着些過来纔好呢。」賈母因說道:「你快去罷,姨太太也不是外人。」鳯姐連忙答應,在薛姨媽跟前告了辞。又見王夫人說道:「你先過去,我就去。小孩子家魂兒還不全呢,别呌丫頭們大驚小怪的,屋裡的猫兒狗兒,也呌他們留㸃神兒。儘着孩子貴氣,偏有這些𤨏碎。」鳯姐答應了,然後帶了小丫頭囬房去了。
Les servantes venaient d’apporter le thé lorsque Hubo s’approcha et murmura quelques mots à l’oreille de l’aïeule Jia. Celle-ci dit aussitôt à Xifeng : « Va vite voir Qiaojie. » Xifeng ne savait encore ce qui se passait, et tous demeurèrent interdits. Hubo s’avança alors vers elle : « Ping’er vient d’envoyer une petite servante prévenir la seconde maîtresse que Qiaojie ne se sent pas très bien et qu’il faudrait revenir au plus vite. »
L’aïeule Jia dit : « Va vite. Ta tante n’est pas une étrangère. » Xifeng acquiesça aussitôt et prit congé de la tante Xue. Madame Wang ajouta : « Passe devant, je vais venir. Chez les petits enfants, l’âme n’est pas encore tout entière fixée ; que les servantes ne fassent pas de tapage, et qu’elles prennent garde aussi aux chats et aux chiens de l’appartement. Plus un enfant est précieux, plus ces petites contrariétés viennent s’abattre sur lui. » Xifeng acquiesça, puis regagna son appartement avec une petite servante.
這裡薛姨媽又問了一囬黛玉的病。賈母道:「林丫頭那孩子倒罷了,只是心重些,所以身子就不大狠結寔了。要賭靈性兒,也合寶丫頭不差什麽。要賭寛𫝗待人裡頭,𨚫不濟他寳姐姐有躭待、有儘讓了。」薛姨媽又說了兩句閒話兒,便道:「老太太歇着罷。我也要到家裡去看看,只剩下寳丫頭和香菱了。打那麽同着姨太太看看巧姐兒。」賈母道:「正是。姨太太上年紀的人看看是怎麽不好,說給他們,也得㸃主意兒。」薛姨媽便告辞,同着王夫人出來,徃鳯姐院裡去了。
La tante Xue s’enquit encore quelque temps de la maladie de Daiyu. L’aïeule Jia répondit : « La petite Daiyu ne va pas trop mal ; seulement, elle prend trop les choses à cœur, et son corps n’est donc pas très robuste. Pour l’intelligence, elle ne le cède en rien à Baochai. Mais pour la générosité envers autrui, elle n’égale pas grande sœur Bao, qui sait prendre patience et céder en toute chose. »
La tante Xue bavarda encore un peu, puis dit : « Que l’aïeule se repose. Je dois aussi rentrer voir ce qui se passe chez moi : il n’y reste que Baochai et Xiangling. Mais je vais d’abord accompagner ma sœur pour voir Qiaojie. » L’aïeule Jia répondit : « C’est cela. Une personne de ton âge pourra examiner ce qui ne va pas et leur donner un avis. » La tante Xue prit donc congé et sortit avec Madame Wang pour se rendre dans la cour de Xifeng.
𨚫說賈政試了寳玉一番,心裡却也喜歡,走向外面和那些門客閒談。說起方纔的話來,便有新進到來最善大碁的一個王爾調名作梅的說道:「㨿我們看来,寳二爺的學問已是大進了。」賈政道:「那有進益,不過畧懂得些罷咧,『學問』兩個字早得狠呢。」詹光道:「這是老世翁過謙的話。不但王大兄這般說,就是我們看,寳二爺必定要高發的。」賈政笑道:「這也是諸位過愛的意思。」那王爾調又道:「晚生還有一句話,不揣冐昧,合老世翁商議。」賈政道:「什麽事?」王爾調陪笑道:「也是晚生的相與,做過南韶道的張大老爺家有一位小姐,說是生得德容功貌俱全,此時尚未受聘。他又没有兒子,家資巨萬。但是要富貴雙全的人家,女婿又要出衆,纔肯作親。晚生来了兩個月,睄着寳二爺的人品學業,都是必要大成的。老世翁這様門楣,還有何說。若晚生過去,包𬋩一說就成。」賈政道:「寳玉說親却也是年紀了,並且老太太常說起。但只張大老爺素來尚未深悉。」詹光道:「王兄所提張家,晚生𨚫也知道。况合大老爺那邉是舊親,老世翁一問便知。」賈政想了一囬,道:「大老爺那邊不曾聼得這門親戚。」詹光道:「老世翁原来不知,這張府上原和邢舅太爺那邊有親的。」賈政𦗟了,方知是邢太太的親戚。坐了一囘,進來了,便要向王夫人說知,轉問邢夫人去。誰知王夫人陪了薛姨媽到鳯姐那邉看巧姐兒去了。那天已經掌燈時候,薛姨媽去了,王夫人纔過来了。賈政告訴了王爾調和詹光的話,又問巧姐兒怎麽了。王夫人道:「怕是驚風的光景。」賈政道:「不甚利害呀?」王夫人道:「看着是搐風的來頭,秖還没搐出來呢。」賈政聼了,便不言語,各自安歇,一宿晚景不提。
Après avoir mis Baoyu à l’épreuve, Jia Zheng se sentit lui aussi satisfait. Il sortit bavarder avec ses hôtes. Lorsqu’il leur raconta ce qui venait de se passer, un nouveau venu, Wang Ertiao, nommé Zuomei, qui excellait au jeu de go, déclara : « À notre avis, les connaissances du second maître Bao ont déjà fait de grands progrès. » Jia Zheng répondit : « Quels progrès aurait-il faits ? Il commence seulement à comprendre quelques petites choses. Il est encore bien trop tôt pour parler de “connaissances”. »
Zhan Guang intervint : « Notre vénérable oncle parle ainsi par excès de modestie. Ce n’est pas seulement l’avis de notre frère Wang : nous aussi, nous pensons que le second maître Bao connaîtra certainement une brillante réussite. » Jia Zheng sourit : « C’est que vous lui témoignez tous beaucoup trop d’affection. »
Wang Ertiao reprit : « Votre cadet aurait encore une proposition à soumettre à notre vénérable oncle, si vous pardonnez son audace. » — « De quoi s’agit-il ? » Wang Ertiao répondit avec un sourire déférent : « L’un des amis de votre cadet, Maître Zhang, ancien intendant du circuit de Nanshao, a une fille dont on dit qu’elle réunit au plus haut degré la vertu, la tenue, les talents et la beauté. Elle n’est encore promise à personne. Comme il n’a pas de fils et possède une fortune qui se compte par millions, il exige une famille réunissant richesse et dignité, ainsi qu’un gendre hors du commun, avant de consentir à l’alliance. Voici deux mois que votre cadet est arrivé ici, et il a observé les qualités et les études du second maître Bao : elles promettent nécessairement un grand accomplissement. Quant au rang de la maison de notre vénérable oncle, que pourrait-on encore demander ? Si votre cadet va lui parler, il vous garantit que l’affaire sera conclue dès le premier entretien. »
Jia Zheng répondit : « Baoyu a effectivement l’âge où il convient de parler mariage, et l’aïeule évoque souvent la question. Seulement, je connais encore fort peu Maître Zhang. » Zhan Guang dit : « Votre cadet connaît lui aussi cette famille Zhang dont parle notre frère Wang. De plus, elle est anciennement apparentée à la branche du premier maître ; notre vénérable oncle n’a qu’à s’informer auprès de lui. » Jia Zheng réfléchit un instant : « Je n’ai jamais entendu dire que le premier maître eût de tels parents. » Zhan Guang reprit : « Notre vénérable oncle l’ignore donc : la famille Zhang est en réalité apparentée à l’oncle Xing. » Jia Zheng comprit alors qu’il s’agissait de parents de Madame Xing.
Après être resté encore quelque temps, il rentra dans ses appartements avec l’intention d’en informer Madame Wang, afin qu’elle interroge Madame Xing. Mais Madame Wang avait accompagné la tante Xue chez Xifeng pour voir Qiaojie. Les lampes étaient déjà allumées lorsque la tante Xue repartit et que Madame Wang revint enfin. Jia Zheng lui rapporta les propos de Wang Ertiao et de Zhan Guang, puis demanda ce qu’avait Qiaojie. Madame Wang répondit : « On dirait le début de convulsions infantiles. » — « Ce n’est pas trop grave, j’espère ? » — « Elle semble sur le point d’être prise de spasmes, mais ils ne se sont pas encore déclarés. » Jia Zheng ne dit plus rien. Chacun alla se reposer, et rien d’autre ne mérite d’être rapporté de cette nuit.
𨚫說次日邢夫人過賈母這邊來請安,王夫人便提起張家的事,一面囬賈母,一面問邢夫人。邢夫人道:「張家雖係老親,但近年來久已不通音信,不知他家的姑娘是怎麽様的。倒是前日孫親家太太打發老婆子來問安,𨚫說起張家的事。說他家有個姑娘,托孫親家那邉有對勁的提一提。𦗟見說只這一個女孩兒,十分嬌養,也識得幾個字,見不得大陣仗兒,常在房中不出來的。張大老爺又說,只有這一個女孩兒,不肯嫁出去,怕人家公婆嚴,姑娘受不得委屈,必要女婿過門贅在他家,給他料理些家事。」賈母聼到這裡,不等說完便道:「這㫁使不得。我們寳玉别人伏侍他𮟃不彀呢,倒給人家當家去。」邢夫人道:「正是老太太這個話。」賈母因向王夫人道:「你囬来告訴你老爺,就說我的話,這張家的親事是作不得的。」王夫人答應了。賈母便問:「你們昨日看巧姐兒怎麽様?頭裡平兒來囬我說狠不大好,我也要過去看看呢。」邢王二夫人道:「老太太雖疼他,他那裡躭的住。」賈母道:「𨚫也不止爲他,我也要走動走動,活活筋骨兒。」說着,便吩咐:「你們吃飯去罷,囬來同我過去。」邢王二夫人答應着出來,各自去了。
Le lendemain, Madame Xing vint saluer l’aïeule Jia. Madame Wang aborda alors l’affaire de la famille Zhang, tout en en informant l’aïeule et en interrogeant Madame Xing. Celle-ci répondit : « Les Zhang sont certes de vieux parents, mais depuis bien des années nous n’avons plus aucun échange avec eux, et je ne sais pas ce que vaut leur fille. L’autre jour, cependant, Madame Sun, notre parente par alliance, a envoyé une vieille servante prendre de mes nouvelles ; elle m’a parlé de la famille Zhang. Elle disait qu’ils avaient une fille et avaient chargé les Sun de la signaler s’ils rencontraient un parti convenable. À ce que j’ai entendu, c’est leur unique enfant ; elle est fort choyée, connaît quelques caractères, ne supporte pas les grandes assemblées et reste constamment dans sa chambre sans sortir. Maître Zhang dit aussi que, puisqu’il n’a que cette fille, il refuse de la marier au-dehors : il craint que des beaux-parents sévères ne lui fassent subir des contrariétés. Il exige donc que le gendre entre dans sa maison et y demeure pour administrer les affaires familiales. »
Sans même attendre la fin, l’aïeule Jia déclara : « Voilà qui est absolument impossible. Baoyu n’a déjà jamais assez de gens pour le servir ; et il irait encore administrer la maison d’autrui ! » Madame Xing répondit : « C’est exactement ce que dit l’aïeule. » Celle-ci se tourna vers Madame Wang : « Quand tu rentreras, dis à ton maître que je m’oppose à cette alliance avec les Zhang. » Madame Wang acquiesça.
L’aïeule demanda ensuite : « Comment avez-vous trouvé Qiaojie hier ? Ping’er est venue tout à l’heure me dire qu’elle allait vraiment mal. Je voudrais aller la voir moi aussi. » Madame Xing et Madame Wang répondirent : « L’aïeule a beau l’aimer, l’enfant ne pourrait supporter de la voir se déplacer pour elle. » — « Ce n’est pas seulement pour elle. Je veux aussi marcher un peu et délier mes membres. » Elle ordonna alors : « Allez dîner, puis revenez m’accompagner là-bas. » Madame Xing et Madame Wang acquiescèrent et repartirent chacune de son côté.
一時吃了飯,都來陪賈母到鳯姐房中。鳯姐連忙出來接了進去。賈母便問巧姐兒到底怎麽様。鳯姐兒道:「只怕是搐風的來頭。」賈母道:「這麽着還不請人赶著瞧!」鳯姐道:「已經請去了。」賈母因同邢、王二夫人進房來看,只見奶子抱著,用桃紅綾子小綿被兒裹著,臉皮趣青,眉稍鼻翅㣲有動意。賈母同邢王二夫人看了看,便出外間坐下。正說間,只見一個小丫頭囘鳯姐道:「老爺打發人問姐兒怎麽樣。」鳯姐道:「替我囬老爺,就說請大夫去了。一㑹兒開了方子,就過去囘老爺。」賈母忽然想起張家的事來,向王夫人道:「你該就去告訴你老爺,省得人家去說了囘來又駁囬。」又問邢夫人道:「你們和張家如今爲什麽不走了?」邢夫人因又說:「論起那張家行事,也難合偺們作親,太嗇剋,没的玷辱了寳玉。」鳯姐𦗟了這話,已知八九,便問道:「太太不是說寳兄弟的親事?」邢夫人道:「可不是麽。」賈母接著因把剛纔的話告訴鳯姐。鳳姐笑道:「不是我當著老祖宗太太們跟前說句大胆的話,現放著天配的姻𡟇,何用别處去找。」賈母笑問道:「在那裡?」鳯姐道:「一個『寳玉』,一個『金鎻』,老太太怎麽忘了?」賈母笑了一笑,因說:「昨日你姑媽在這裡,你爲什麽不提?」鳯姐道:「老祖宗和太太們在前頭,那裡有我們小孩子家說話的地方兒。况且姨媽過來睄老祖宗,怎麽提這些個,這也得太太們過去求親纔是。」賈母笑了,邢王二夫人也都笑了。賈母因道:「可是我背晦了。」
Après le repas, toutes deux revinrent accompagner l’aïeule Jia dans l’appartement de Xifeng. Celle-ci sortit vivement les accueillir et les fit entrer. L’aïeule demanda comment allait réellement Qiaojie. Xifeng répondit : « Je crains que ce ne soit le début de convulsions. » — « Dans ce cas, pourquoi ne pas faire venir quelqu’un au plus vite pour l’examiner ? » — « Nous avons déjà envoyé chercher le médecin. »
L’aïeule Jia entra dans la chambre avec Madame Xing et Madame Wang. La nourrice tenait l’enfant dans ses bras, enveloppée dans une petite couverture ouatée de satin rose. Son teint tirait sur le bleu, et l’extrémité de ses sourcils comme les ailes de son nez frémissaient légèrement. Après l’avoir examinée, l’aïeule Jia et les deux dames ressortirent s’asseoir dans la pièce extérieure.
Tandis qu’elles parlaient, une petite servante vint dire à Xifeng : « Le maître a envoyé quelqu’un demander comment va la petite demoiselle. » Xifeng répondit : « Dis au maître de ma part que nous avons fait chercher le médecin. Dès qu’il aura prescrit une ordonnance, j’irai lui faire mon rapport. »
L’aïeule Jia se souvint soudain de la famille Zhang et dit à Madame Wang : « Tu devrais aller tout de suite en informer ton maître, afin d’éviter qu’on ne laisse les gens faire leur proposition pour ensuite la rejeter. » Puis elle demanda à Madame Xing : « Pourquoi avez-vous cessé de fréquenter les Zhang ? » Madame Xing expliqua encore : « À vrai dire, leur conduite rendrait difficile une alliance avec nous. Ils sont beaucoup trop mesquins et avares ; inutile de laisser Baoyu subir une telle indignité. »
À ces paroles, Xifeng avait déjà deviné presque toute l’affaire. Elle demanda : « Madame ne parlerait-elle pas du mariage de notre frère Baoyu ? » — « Précisément », répondit Madame Xing. L’aïeule Jia raconta alors à Xifeng ce qui venait d’être dit. Xifeng sourit : « Si j’ose parler hardiment devant la Vieille Aïeule et Mesdames, nous avons sous les yeux une alliance faite par le Ciel ; pourquoi aller chercher ailleurs ? » L’aïeule Jia demanda en souriant : « Où donc ? » — « D’un côté, un “Jade précieux” ; de l’autre, un “Verrou d’or”. Comment l’aïeule a-t-elle pu l’oublier ? »
L’aïeule Jia sourit : « Pourquoi ne l’as-tu pas proposé hier, lorsque ta tante était ici ? » Xifeng répondit : « Quand la Vieille Aïeule et Mesdames sont présentes, ce n’est pas à des enfants comme nous de prendre la parole. De plus, ma tante était venue rendre visite à la Vieille Aïeule : comment aurais-je pu évoquer une telle affaire ? C’est à Mesdames d’aller faire officiellement la demande. » L’aïeule Jia rit, et Madame Xing comme Madame Wang rirent aussi. L’aïeule dit : « C’est vrai, je perds la mémoire. »
說著人囬:「大夫来了。」賈母便坐在外間,邢王二夫人畧避。那大夫同賈璉進來,給賈母請了安,方進房中。看了出來,站在地下躬身囘賈母道:「妞兒一半是内熱,一半是驚風。須先用一劑發散風痰藥,還要用四神散纔好,因病勢來得不輕。如今的牛黃都是假的,要找真牛黄方用得。」賈母道了乏,那大夫同賈璉出去開了方子,去了。鳯姐道:「人參家裡常有,這牛黄倒怕未必有,外頭買去,只是要眞的纔好。」王夫人道:「等我打發人到姨太太那邉去找找。他家蟠兒是向與那些西客們做買賣,或者有真的也未可知。我呌人去問問。」正說話間,衆姊妹都來睄來了,坐了一囬,也都跟著賈母等去了。
On vint alors annoncer : « Le médecin est arrivé. » L’aïeule Jia resta assise dans la pièce extérieure tandis que Madame Xing et Madame Wang se retiraient quelque peu. Le médecin entra avec Jia Lian, salua l’aïeule Jia, puis pénétra dans la chambre. Après avoir examiné l’enfant, il ressortit et, debout devant l’aïeule, lui fit son rapport en s’inclinant : « La petite souffre pour moitié de chaleur interne et pour moitié de convulsions causées par l’effroi. Il faut commencer par une dose de remède dispersant le vent et les mucosités, puis lui administrer de la poudre des Quatre Esprits, car l’affection n’est pas légère. Le bézoard de bœuf que l’on trouve aujourd’hui est toujours faux : il faudra en découvrir du véritable avant de pouvoir l’employer. »
L’aïeule Jia le remercia de sa peine. Le médecin sortit avec Jia Lian, rédigea son ordonnance et repartit. Xifeng dit : « Nous avons toujours du ginseng à la maison, mais je crains que nous n’ayons pas de bézoard. Si nous en achetons au-dehors, il faudra surtout qu’il soit véritable. » Madame Wang répondit : « Je vais envoyer quelqu’un en chercher chez ta tante. Pan commerce depuis toujours avec les négociants de l’Ouest ; peut-être en possède-t-il du vrai. Je vais faire demander. »
Pendant qu’elles parlaient, toutes les jeunes filles vinrent prendre des nouvelles. Elles restèrent quelque temps, puis repartirent avec l’aïeule Jia et les autres.
這裡煎了藥給巧姐兒灌了下去,只見喀的一聲,連藥帶痰都吐出來,鳯姐纔略放了一㸃兒心。只見王夫人那邊的小丫頭拿着一㸃兒的小紅紙包兒說道:「二奶奶,牛黃有了。太太說了,呌二奶奶親自把分兩對準了呢。」鳯姐答應著接過来,便呌平兒配齊了眞珠、氷片、硃砂,快熬起来;自己用戥子按方秤了,攙在裡面,等巧姐兒醒了好給他吃。只見賈𤨔掀簾進来說:「二姐姐,你們巧姐兒怎麽了?媽呌我来瞧瞧他。」鳳姐見了他母子便嫌,說:「好些了。你囬去說,呌你們姨娘想着。」那賈𤨔口裡答應,只管各處瞧看。看了一囬,便問鳳姐兒道:「你這裡聼的說有牛黃,不知牛黄是怎麽個様兒,給我瞧瞧呢。」鳳姐道:「你别在這裡閙了,妞兒纔好些。那牛黄都煎上了。」賈𤨔聼了,便去伸手拿那銱子睄時,豈知措手不及,沸的一聲,銱子倒了,火已潑滅了一半。賈𤨔見不是事,自覺没趣,連忙跑了。鳯姐急的火星直爆,罵道:「真眞那一世的對頭𡨚家!你何苦來𮟃來使促狹!從前你媽要想害我,如今又來害妞兒。我和你幾軰子的仇呢!」一面罵平兒不照應。
On prépara le remède et on le fit avaler à Qiaojie. Soudain, dans un haut-le-cœur, elle rejeta tout ensemble le médicament et les mucosités. Xifeng se sentit alors un peu rassurée.
Une petite servante de Madame Wang arriva avec un minuscule paquet de papier rouge : « Seconde maîtresse, nous avons trouvé du bézoard. Madame a dit que la seconde maîtresse devait personnellement en vérifier très exactement le poids. » Xifeng acquiesça et prit le paquet. Elle ordonna à Ping’er de préparer sans tarder les quantités nécessaires de perles, de bornéol et de cinabre, puis pesa elle-même le bézoard selon l’ordonnance avec une petite balance de précision et le mêla aux autres ingrédients. Le remède serait prêt à être administré dès le réveil de Qiaojie.
Jia Huan souleva alors la portière et entra : « Deuxième sœur, qu’est-il arrivé à votre Qiaojie ? Maman m’a envoyé prendre de ses nouvelles. » Xifeng ne pouvait souffrir ni la mère ni le fils. Elle répondit : « Elle va mieux. Retourne le dire à ta mère, la concubine, afin qu’elle cesse de s’inquiéter. » Jia Huan acquiesça des lèvres, mais continua à fureter partout.
Après avoir regardé un moment, il demanda à Xifeng : « J’ai entendu dire que vous aviez du bézoard. Je ne sais pas à quoi cela ressemble ; laissez-moi donc le voir. » Xifeng répondit : « Cesse de faire du tapage ici. La petite commence seulement à aller mieux. Tout le bézoard est déjà dans le remède. » Jia Huan tendit alors la main vers le poêlon pour regarder. Mais il s’y prit si maladroitement que, dans un bouillonnement, le poêlon se renversa et éteignit la moitié du feu.
Voyant qu’il avait fait une sottise et se sentant confus, Jia Huan s’enfuit précipitamment. Xifeng enrageait au point d’en faire jaillir des étincelles. Elle l’injuria : « Quel ennemi fatal de quelque existence passée ! Pourquoi es-tu encore venu ici nous jouer ce méchant tour ? Autrefois, ta mère voulait me faire du mal ; à présent, tu viens faire du mal à la petite. Depuis combien d’existences sommes-nous donc ennemis ? » Tout en l’injuriant, elle reprochait à Ping’er son manque de vigilance.
正罵著,只見丫頭來找賈環。鳯姐道:「你去告訴趙姨娘,說他操心也太苦了。巧姐兒死定了,不用他惦着了!」平兒急忙在那裡配藥再熬,那丫頭摸不著頭腦,便悄悄問平兒道:「二奶奶爲什麽生氣?」平兒將𤨔哥弄倒藥銱子說了一遍。丫頭道:「怪不得他不敢囬來,躱了别處去了。這環哥兒明日𮟃不知怎麽様呢。平姐姐,我替你𭣣拾罷。」平兒說:「這倒不消。幸𧇊牛黄𮟃有一㸃,如今配好了,你去罷。」丫頭道:「我一准囬去告訴趙姨奶奶,也省得他天天說嘴。」丫頭囬去果然告訴了趙姨娘。趙姨娘氣的呌:「快找環兒!」環兒在外間屋子裡躱着,被丫頭找了來。趙姨娘便罵道:「你這個下作種子!你爲什麽弄潵了人家的藥,招的人家咒罵。我原呌你去問一聲,不用進去。你偏進去,又不就走,還要虎頭上捉虱子。你看我囬了老爺,打你不打!」這裡趙姨娘正說著,只聼賈環在外間屋子裡更說出些驚心動魄的話来。未知何言,下囘分解。
Elle grondait encore lorsqu’une servante vint chercher Jia Huan. Xifeng lui dit : « Va prévenir la concubine Zhao qu’elle se donne vraiment beaucoup trop de peine. Qiaojie est condamnée à mourir : inutile qu’elle s’inquiète davantage ! »
Ping’er s’empressait de refaire le mélange et de remettre le remède à cuire. La servante, qui n’y comprenait rien, lui demanda à voix basse : « Pourquoi la seconde maîtresse est-elle en colère ? » Ping’er lui raconta comment le jeune maître Huan avait renversé le poêlon. La servante répondit : « Il n’est pas étonnant qu’il n’ose pas rentrer et soit allé se cacher ailleurs. Qui sait encore ce qui va lui arriver demain ? Grande sœur Ping, laissez-moi vous aider à remettre tout cela en ordre. »
Ping’er répondit : « Ce n’est pas nécessaire. Heureusement, il nous restait encore un peu de bézoard. Le mélange est prêt à présent ; tu peux partir. » La servante dit : « Je vais certainement tout raconter à dame Zhao, afin qu’elle cesse de se vanter à tout propos. »
De retour, la servante raconta effectivement l’affaire à la concubine Zhao. Furieuse, celle-ci cria : « Retrouvez-moi vite Huan ! » Jia Huan se cachait dans une pièce extérieure ; une servante le découvrit et le ramena. La concubine Zhao l’injuria : « Misérable graine de vaurien ! Pourquoi as-tu renversé le remède des autres et attiré leurs malédictions sur nous ? Je t’avais seulement envoyé prendre des nouvelles, sans même entrer dans la chambre. Mais il a fallu que tu y entres, que tu refuses de repartir, et que tu ailles encore chercher des poux sur la tête d’un tigre ! Tu verras si le maître ne te bat pas quand je lui aurai tout raconté ! »
Tandis que la concubine Zhao parlait ainsi, Jia Huan, dans la pièce extérieure, prononça des paroles plus terrifiantes encore. Mais pour savoir ce qu’il dit, il faut lire la suite.
Notes
秋菱 : « Caltrop d’automne », nouveau nom imposé à Xiangling par Jingui ; 香菱 signifie « Caltrop parfumé ».
開筆 : commencement de la composition selon les règles de la dissertation d’examen en huit parties ; 破題 et 承題 en sont l’amorce et le premier développement.
吾十有五而志於學 : citation des Entretiens de Confucius, II, 4 ; elle ouvre l’énumération des étapes spirituelles atteintes de quinze à soixante-dix ans.
則歸墨 : citation du Mengzi, où les doctrines rivales de Yang Zhu et de Mo Di sont condamnées comme des déviations.
贅 : le gendre uxorilocal entre dans la famille de son épouse, y réside et en continue la lignée, situation jugée ici incompatible avec le rang de Baoyu.
寳玉/金鎻 : « Jade précieux » désigne Baoyu et le jade qu’il porte ; le « Verrou d’or » de Baochai porte une inscription réputée assortie à celle du jade, signe d’une union prédestinée.
牛黃 : bézoard extrait de la vésicule d’un bovin, remède rare auquel la pharmacopée chinoise attribuait des vertus contre la fièvre et les convulsions.