Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 116 Le Jade magique retrouvé, dans le monde illusoire il comprend ses liens d’immortel ; escortant le cercueil vénéré au pays natal, il accomplit pleinement son devoir filial
得通靈幻境悟仙緣 送慈柩故鄉全孝道
Le Jade magique retrouvé, dans le monde illusoire il comprend ses liens d’immortel
escortant le cercueil vénéré au pays natal, il accomplit pleinement son devoir filial
話說寳玉一𦗟麝月的話,身往後仰,復又死去,急得王夫人等哭呌不止。麝月自知失言致禍,此時王夫人等也不及說他。那麝月一面哭着,一面打定主意,心想:「若是寳玉一𭮀,我便自盡跟了他去!」不言麝月心裡的事。且言王夫人等見呌不囬来,赶着呌人出來找和尙救治。豈知賈政進内出去時,那和尙已不見了。賈政正在咤異,聼見裡頭又閙,急忙進來。見寳玉又是先前的様子,口關𦂳閉,脉息全無。用手在心窩中一摸,尙是温熱。賈政只得急忙請醫灌藥救治。
À ces mots de Sheyue, Baoyu renversa la tête en arrière et mourut de nouveau. Madame Wang et les autres, affolées, ne cessaient de pleurer et de l’appeler. Sheyue savait que sa parole malencontreuse avait causé le malheur, mais Madame Wang et les autres n’avaient alors pas le loisir de lui faire des reproches. Tout en pleurant, Sheyue prit intérieurement sa résolution : « Si Baoyu meurt, je me tuerai pour le suivre ! » Laissons ce qui se passait dans son cœur.
Voyant que leurs appels ne le ramenaient pas à lui, Madame Wang et les autres pressèrent quelqu’un de sortir chercher le moine afin qu’il le sauvât. Mais lorsque Jia Zheng était ressorti après être entré dans les appartements, le moine avait déjà disparu. Jia Zheng s’en étonnait encore quand il entendit une nouvelle agitation au-dedans et rentra précipitamment. Baoyu était de nouveau dans le même état que précédemment : les mâchoires serrées, sans aucun pouls. Jia Zheng posa la main sur sa poitrine et la trouva encore tiède. Il ne put que faire venir d’urgence un médecin pour lui administrer des remèdes et tenter de le ranimer.
那知那寳玉的魂魄早已出了竅了。你道死了不成?𨚫原来恍恍惚惚赶到前㕔,見那送玉的和尙坐着,便施了禮。那知和尙站起身来,拉着寳玉就走。寳玉跟了和尙,覺得身輕如葉,飄飄䬙䬙,也没出大門,不知從那裡走了出來。行了一程,到了個荒野地方,遠遠的望見一座牌樓,好像曾到過的。正要問那和尙時,只見恍恍惚惚来了一個女人。寳玉心裡想道:「這様曠野地方,那得有如此的麗人,必是神仙下界了。」寶玉想着,走近前來細細一看,竟有些認得的,只是一時想不起来。見那女人合和尙打了一個照面就不見了。寳玉一想,竟是尤三姐的様子,越發納悶:「怎麽他也在這裡?」又要問時,那和尚拉着寳玉過了那牌樓,只見牌上寫着「真如福地」四大字,兩邊一幅對聨,乃是:
Or l’âme de Baoyu avait déjà quitté son enveloppe. Était-il donc mort ? Pas du tout : dans un état confus, il était parvenu jusqu’à la salle de devant, où il vit assis le moine qui avait rapporté le Jade, et le salua. Mais le moine se leva, saisit Baoyu et l’entraîna. Baoyu le suivit, le corps léger comme une feuille, flottant dans les airs. Sans même franchir la grande porte, il ne sut par où il était sorti.
Après avoir cheminé un temps, ils arrivèrent dans une contrée déserte. Au loin, Baoyu aperçut un portique qui lui semblait familier. Comme il allait interroger le moine, une femme apparut vaguement devant eux. Baoyu pensa : « Comment une si belle femme se trouverait-elle en pareille solitude ? Ce doit être une immortelle descendue ici-bas. » Il s’approcha et la regarda attentivement : il croyait bien la reconnaître, mais ne parvenait pas à se rappeler qui elle était. La femme croisa le moine et disparut aussitôt. Baoyu comprit alors qu’elle avait les traits de You Sanjie, ce qui accrut encore sa perplexité : « Comment se fait-il qu’elle soit ici, elle aussi ? » Il allait de nouveau questionner le moine, mais celui-ci l’entraîna sous le portique. Sur la tablette étaient inscrits quatre grands caractères : « Terre fortunée de la Vraie Ainsité ». De chaque côté figurait un vers parallèle :
假去真来真勝假,無原有是有非無。
Le faux s’en va, le vrai vient : le vrai l’emporte sur le faux ; le non-être engendre l’être, et l’être n’est pas le non-être.
轉過牌坊,便是一座宮門。門上橫書四個大字道:「福善禍淫」。又有一副對子,大書雲:
Après avoir contourné le portique, ils arrivèrent devant la porte d’un palais. Au-dessus étaient tracés horizontalement quatre grands caractères : « Le bonheur récompense le bien, le malheur punit la débauche ». Une autre sentence parallèle était écrite en grands caractères :
過去未来,莫謂智賢能打破。前因後果,須知親近不相逢。
Passé et avenir : ne prétendez pas que sages et savants puissent les percer.
Causes antérieures et fruits ultérieurs : sachez que les plus proches ne se rencontrent pas.
寳玉看了,心下想道:「原來如此。我倒要問問因果來去的事了。」怎麽一想,只見鴛鴦站在那裡招手兒呌他。寳玉想道:「我走了半日,原不曾出園子,怎麽攺了様子了呢?」趕着要合鴛鴦說話,豈知一轉眼便不見了,心裡不免疑惑起來。走到鴛鴦站的地方兒,乃是一溜配殿,各處都有匾額。寳玉無心去看,只向鴛鴦立的所在奔去。見那一間配殿的門半掩半開,寳玉也不造次進去。心裡正要問那和尚一聲,囘顧頭來,和尚早已不見了。寳玉恍惚,見那殿宇巍峩,絶非大觀園景像。便立住脚,抬頭看那匾額上寫道:「引覺情痴」。兩邊寫的對聨道:
Après les avoir lus, Baoyu pensa : « Voilà donc ce qu’il en est. Je veux justement m’informer des causes, des conséquences, des départs et des retours. » À peine eut-il cette pensée qu’il vit Yuanyang debout, lui faisant signe de la main et l’appelant. Il songea : « Voilà longtemps que je marche, mais je n’ai donc jamais quitté le Jardin ? Pourquoi tout a-t-il changé d’aspect ? » Il se hâta vers Yuanyang pour lui parler ; mais, en un clin d’œil, elle avait disparu, ce qui ne manqua pas de l’intriguer.
À l’endroit où elle s’était tenue s’alignait une rangée de salles latérales, chacune portant une tablette. Baoyu ne se soucia pas de les lire et courut droit vers celle devant laquelle Yuanyang était apparue. La porte en était entrouverte, mais il n’osa pas entrer sans façon. Comme il allait interroger le moine, il se retourna et constata que celui-ci avait disparu depuis longtemps. Tout étourdi, Baoyu contempla les édifices imposants, qui ne ressemblaient aucunement au Jardin aux Grandes Vues. Il s’arrêta et leva les yeux vers la tablette, où était écrit : « Éveiller l’insensé des passions ». De chaque côté se lisait un vers parallèle :
喜笑悲哀都是假,貪求思𪷂總因痴。
Joie et rire, chagrin et douleur ne sont que faux-semblants ; convoitise, désir, nostalgie et regret naissent tous de l’aveuglement.
寶玉看了,便㸃頭嘆息。想要進去找鴛鴦問他是什麽所在,細細想来甚是熟識,便仗着胆子推門進去。滿屋一瞧,並不見鴛鴦,裡頭只是黑𣾰𣾰的,心下害怕。正要退出,見有十數個大橱,橱門半掩。
Baoyu lut, puis hocha la tête en soupirant. Il voulait entrer chercher Yuanyang et lui demander où il se trouvait. À bien y réfléchir, l’endroit lui paraissait extrêmement familier ; prenant son courage à deux mains, il poussa donc la porte et entra. Il eut beau regarder partout, il ne vit nulle trace de Yuanyang. L’intérieur était plongé dans une obscurité d’encre, et la peur le saisit. Il allait ressortir lorsqu’il aperçut une dizaine de grandes armoires dont les portes étaient entrouvertes.
寳玉忽然想起:「我少時做夢曾到過這様個地方。如今能個親身到此,也是大幸。」恍惚間,把找鴛鴦的念頭忘了。便壯着胆把上首的大橱開了橱門一瞧,見有好幾本冊子,心裡更覺喜歡,想道:「大凡人做夢,說是假的,豈知有這夢便有這事。我常說還要做這個夢再不能的,不料今兒被我找着了。但不知那册子是那個見過的不是?」伸手在上頭取了一本,册上寫着「金陵十二釵正册」。寳玉拿着一想道:「我恍惚記得是那個,只恨記不得清楚。」便打開頭一頁看去,見上頭有畵,但是畵跡糢糊,再瞧不出来。後面有幾行字跡也不淸楚,尚可摹擬,便細細的看去,見有什麽「玉帶」,上頭有個好像「林」字,心裡想道:「不要是說林妹妹罷?」便認真看去,底下又有「金簮雪裡」四字,咤異道:「怎麽又像他的名字呢。」復將前後四句合起来一念道:「也没有什麽道理,只是暗藏着他兩個名字,並不爲竒。獨有那『憐』字『嘆』字不好。這是怎麽解?」想到那裡,又自啐道:「我是偷着看,若只管呆想起來,倘有人來,又看不成了。」遂徃後看去,也無暇細玩那畵圖,只從頭看去。看到尾兒有幾句詞,什麽「相逢大夢歸」一句,便恍然大悟道:「是了,果然機關不𤕤,這必是元春姐姐了。若都是這樣明白,我要抄了去細玩起來,那些姊妹們的壽夭窮通没有不知的了。我囬去自不肯洩漏,只做一個未卦先知的人,也省了多少間想。」又向各處一瞧,並没有筆硯,又恐人來,只得忙着看去。只見圖上影影有一個放風筝的人兒,也無心去看。急急的將那十二首詩詞都看遍了。也有一看便知的,也有一想便得的,也有不大明白的,心下牢牢記着。一面嘆息,一面又取那《金陵又副册》一看,看到「堪羡優伶有福,誰知公子無緣」,先前不懂,見上靣尚有花席的影子,便大驚痛哭起來。
Baoyu se souvint soudain : « Dans mon enfance, je suis venu en rêve dans un endroit pareil. Pouvoir aujourd’hui m’y rendre en personne est une grande chance. » Dans sa confusion, il oublia qu’il cherchait Yuanyang. S’enhardissant, il ouvrit la porte de la première grande armoire et y découvrit plusieurs registres, ce qui le réjouit davantage encore. Il pensa : « On dit généralement que les rêves sont faux ; qui aurait cru qu’à chaque rêve correspond une réalité ? J’ai souvent souhaité refaire ce rêve sans jamais y parvenir, et voilà qu’aujourd’hui j’ai retrouvé cet endroit. Reste à savoir si ce registre est bien celui que j’ai déjà vu. »
Il tendit la main, prit le volume posé au-dessus des autres et lut sur la couverture : « Registre principal des Douze Beautés de Jinling ». Le tenant en main, il se dit : « Il me semble que c’est bien celui-là ; malheureusement, mes souvenirs sont trop confus. » Il ouvrit la première page. Il y avait une peinture, mais les traits en étaient indistincts et il ne put la discerner. Les quelques lignes qui suivaient étaient elles aussi peu nettes, quoiqu’il fût encore possible de les déchiffrer approximativement. Il les examina avec soin et distingua quelque chose comme « ceinture de jade », au-dessus de quoi se trouvait un caractère ressemblant à « Lin ». Il pensa : « Cela parlerait-il de ma sœur Daiyu ? » Regardant plus attentivement, il vit en dessous les quatre caractères « épingle d’or sous la neige ». Stupéfait, il s’écria : « Voilà qui ressemble encore à son nom ! »
Il réunit les quatre lignes et les relut : « Cela n’a guère de sens ; il n’est d’ailleurs pas bien extraordinaire que leurs deux noms y soient cachés. Mais les caractères “plaindre” et “déplorer” sont de mauvais augure. Comment faut-il les comprendre ? » Puis il se rabroua lui-même : « Je regarde cela en cachette. Si je continue à rêvasser stupidement, quelqu’un va survenir et je ne pourrai plus rien lire. » Il poursuivit donc, sans prendre le temps d’examiner les images, et lut depuis le début. Vers la fin, il rencontra dans un poème une ligne disant à peu près : « Lors de la rencontre, elle retourne du grand rêve. » Il comprit soudain : « C’est cela ! Le secret est effectivement bien agencé : il doit s’agir de ma sœur Yuanchun. Si tout est aussi clair, je vais copier ces textes et les étudier à loisir. Je connaîtrai ainsi la longévité ou la mort précoce, l’infortune ou la réussite de toutes mes sœurs. Une fois rentré, je n’en révélerai rien et passerai pour quelqu’un qui sait avant même de consulter les sorts ; cela m’épargnera bien des soucis inutiles. »
Il regarda autour de lui, mais ne vit ni pinceau ni encrier. Craignant en outre que quelqu’un ne survînt, il dut se hâter de poursuivre sa lecture. Sur une image se dessinait vaguement une personne faisant voler un cerf-volant, mais il ne prit pas le temps de l’examiner. Il parcourut rapidement les douze poèmes. Il en comprit certains au premier regard, d’autres après un instant de réflexion, tandis que quelques-uns lui demeurèrent obscurs ; il les grava tous solidement dans sa mémoire. Tout en soupirant, il prit encore le « Second registre supplémentaire de Jinling ». Lorsqu’il arriva aux mots : « Combien enviable est le bonheur de l’acteur ! Qui aurait cru que le jeune seigneur serait privé de ce lien ? », qu’il n’avait pas compris autrefois, il aperçut au-dessus l’image indistincte d’une fleur sur une natte ; alors, bouleversé, il éclata en sanglots.
待要徃後再看,聽見有人說道:「你又發呆了!林妹妹請你呢。」好似鴛鴦的聲氣,囬頭都不見人。心中正自驚疑,忽鴛鴦在門外招手。寳玉一見,喜得赶出來。但見鴛鴦在前影影綽綽的走,只是赶不上。寳玉呌道:「好姐姐,等等我。」那鴛鴦並不理,只顧前走。寳玉無奈,儘力赶去,忽見别有一洞天,楼閣高聳,殿角玲瓏,且有好些宮女隱約其間。寳玉貪看景致,竟將鴛鴦忘了。寳玉順歩走入一座宫門,内有竒花異卉,都也認不明白。惟有白石花闌圍着一顆靑草,葉頭上略有紅色,但不知是何名草,這様矜貴,只見㣲風動處,那靑草已摇擺不休,雖說是一枝小草,又無花朶,其娬媚之態,不禁心動神怡,魂消魄喪。寳玉只管呆呆的看着,只聼見旁邊有一人說道:「你是那裡來的蠢物,在此窺探仙草!」寳玉𦗟了,吃了一驚,囬頭看時,却是一位仙女,便施禮道:「我找鴛鴦姐姐,誤入仙境,恕我冐昧之罪。請問神仙姐姐,這裡是何地方?怎麽我鴛鴦姐姐到此還說是林妹妹呌我?望乞明示。」那人道:「誰知你的姐姐妹妹,我是看𬋩仙草的,不許凡人在此逗留。」寳玉欲待要出来,又捨不得,只得央告道:「神仙姐姐旣是那管理仙草的,必然是花神姐姐了。但不知這草有何好處?」那仙女道:「你要知道這草,說起來話長着呢。那草本在靈河岸上,名曰絳珠草。因那時萎敗,幸得一個神瑛侍者日以甘露灌溉,得以長生。後來降凡歴刼,還報了灌溉之恩,今返歸真境。所以警幻仙子命我看管,不令𧊵纒蝶戀。」寳玉𦗟了不解,一心疑定必是遇見了花神了,今日斷不可當面錯過,便問:「𬋩這草的是神仙姐姐了。還有無數名花必有專管的,我也不敢煩問,只有看管芙蓉花的是那位神仙?」那仙女道:「我𨚫不知,除是我主人方曉。」寳玉便問道:「姐姐的主人是誰?」那仙女道:「我主人是瀟湘𡚱子。」寳玉𦗟道:「是了,你不知道這位𡚱子就是我的表妹林黛玉。」那仙女道:「胡說。此地乃上界神女之所,雖號爲瀟湘𡚱子,並不是娥皇女英之軰,何得與凡人有親。你少來混說,瞧着呌力士打你出去。」
Il allait poursuivre quand il entendit quelqu’un dire : « Te voilà encore plongé dans la stupeur ! Mademoiselle Lin te demande. » La voix ressemblait à celle de Yuanyang, mais il eut beau se retourner, il ne vit personne. Tandis qu’il s’étonnait et doutait, Yuanyang apparut soudain devant la porte et lui fit signe. Ravi, Baoyu courut dehors. Yuanyang avançait devant lui comme une ombre indistincte, mais il ne parvenait pas à la rejoindre. Il cria : « Ma bonne sœur, attendez-moi ! » Sans lui répondre, Yuanyang continua droit devant elle. Impuissant, Baoyu rassembla toutes ses forces pour la poursuivre.
Soudain, il découvrit un nouveau monde : de hautes tours se dressaient dans les airs, les angles ouvragés des palais se découpaient avec finesse, et de nombreuses dames de cour apparaissaient vaguement entre les bâtiments. Absorbé par le paysage, Baoyu en oublia Yuanyang. Il entra au hasard de ses pas par la porte d’un palais, où poussaient des fleurs et des plantes merveilleuses qu’il était incapable d’identifier. Seule une herbe verte, entourée d’une balustrade fleurie en pierre blanche, portait une légère teinte rouge à la pointe de ses feuilles. Baoyu ignorait le nom de cette herbe traitée avec tant de déférence. Au moindre souffle de vent, elle se balançait sans répit. Ce n’était pourtant qu’un petit brin d’herbe dépourvu de fleurs, mais sa grâce séduisante émut son cœur, ravit son esprit et lui fit perdre âme et raison.
Il la contemplait stupidement lorsqu’une voix s’éleva à côté de lui : « D’où vient donc l’imbécile qui ose épier l’herbe immortelle ? » Baoyu sursauta. Se retournant, il vit une immortelle et la salua : « Je cherchais ma sœur Yuanyang et je suis entré par erreur dans ce séjour des immortels. Pardonnez ma témérité. Puis-je demander à ma sœur immortelle où nous sommes ? Comment se fait-il que ma sœur Yuanyang soit venue ici et m’ait dit que mademoiselle Lin me demandait ? Je vous supplie de m’éclairer. »
L’immortelle répondit : « Que m’importent tes sœurs aînées ou cadettes ? Je suis chargée de garder l’herbe immortelle, et aucun mortel n’a le droit de s’attarder ici. » Baoyu voulait se retirer, mais ne pouvait se résoudre à partir. Il la supplia donc : « Puisque ma sœur immortelle veille sur cette herbe, vous devez être la déesse des Fleurs. Mais quelles vertus possède-t-elle ? » L’immortelle répondit : « Si tu veux connaître son histoire, elle est fort longue. Cette herbe poussait autrefois sur la rive de la Rivière des Esprits et se nommait l’herbe Perle-Cramoisie. Comme elle dépérissait, elle eut la chance que le page Shenying l’arrosât chaque jour de douce rosée, grâce à quoi elle put vivre éternellement. Plus tard, elle descendit parmi les mortels pour traverser ses épreuves et s’acquitta de sa dette envers celui qui l’avait arrosée. Elle est à présent revenue dans le séjour du vrai. C’est pourquoi l’immortelle Jinghuan m’a ordonné de la garder, afin que ni insectes ne s’y enroulent ni papillons ne s’en éprennent. »
Baoyu ne comprit pas. Persuadé qu’il avait rencontré la déesse des Fleurs et qu’il ne devait surtout pas laisser échapper une telle occasion, il demanda : « Ainsi, c’est ma sœur immortelle qui garde cette herbe. Les innombrables fleurs renommées doivent elles aussi avoir chacune leur gardienne ; je n’oserais vous importuner de questions, mais quelle immortelle veille sur les hibiscus ? » Elle répondit : « Je l’ignore. Seule ma maîtresse pourrait le savoir. » Baoyu demanda : « Qui est votre maîtresse ? » — « Ma maîtresse est la Dame de la Xiaoxiang. » Baoyu s’écria : « Je comprends ! Vous ignorez donc que cette dame est ma cousine Lin Daiyu. »
L’immortelle répondit : « Quelle absurdité ! Ce lieu est la demeure des déesses du monde supérieur. Bien qu’elle porte le titre de Dame de la Xiaoxiang, elle n’appartient pas pour autant à la suite d’Ehuang et de Nüying. Comment pourrait-elle avoir quelque parenté avec un mortel ? Cesse tes sottises, ou prends garde que je ne fasse venir les colosses pour te chasser à coups de bâton ! »
寳玉聼了發怔,只覺自形穢濁,正要退出,又𦗟見有人赶來說道:「裡面呌請神瑛侍者。」那人道:「我奉命等了好些時,縂不見有神瑛侍者過來,你呌我那裡請去。」那一個笑道:「纔退去的不是麽?」那侍女慌忙赶出來說:「請神瑛侍者囬來。」寶玉只道是問别人,又怕被人追赶,只得踉蹌而逃。正走時,只見一人手提寳劔迎面攔住說:「那裡走!」唬得寶玉驚惶無措,仗着胆抬頭一看,𨚫不是别人,就是尤三姐。寳玉見了,略定些神,央告道:「姐姐怎麽你也來逼起我來了。」那人道:「你們弟兄没有一個好人,敗人名節,破人婚姻。今兒你到這裡,是不饒你的了!」寳玉𦗟去話頭不好,正自着急,只聼後面有人呌道:「姐姐快快攔住,不要放他走了。」尤三姐道:「我奉𡚱子之命等候已久,今兒見了,必定要一劍斬㫁你的塵緑。」寳玉𦗟了益發着忙,又不懂這些話到底是什麽意思,只得囬頭要跑。豈知身後說話的並非别人,𨚫是晴雯。寳玉一見,悲喜交集,便說:「我一個人走迷了道兒,遇見仇人,我要逃囬,𨚫不見你們一人跟着我。如今好了,晴雯姐姐,快快的帶我囬家去罷。」晴雯道:「侍者不必多疑,我非晴雯,我是奉𡚱子之命特來請你一㑹,並不難爲你。」寳玉蒲腹狐疑,只得問道:「姐姐說是𡚱子呌我,那𡚱子究是何人?」晴雯道:「此時不必問,到了那裡自然知道。」寳玉没法,只得跟着走。細看那人背後舉動恰是晴雯,那面目聲音是不錯的了,「怎麽他說不是?我此時心裡糢糊。且别𬋩他,到了那邉見了𡚱子,就有不是,那時再求是,到底女人的心腸是慈悲的,必是恕我冐失。」
Baoyu resta interdit. Se sentant lui-même impur et souillé, il allait se retirer lorsqu’il entendit quelqu’un accourir et dire : « On demande à l’intérieur que le page Shenying soit invité à entrer. » La gardienne répondit : « J’ai reçu l’ordre de l’attendre depuis longtemps, mais je n’ai jamais vu venir aucun page Shenying. Où veux-tu que j’aille le chercher ? » L’autre rit : « Celui qui vient de partir, n’était-ce pas lui ? » La servante s’élança précipitamment dehors en criant : « Que le page Shenying veuille bien revenir ! »
Baoyu crut qu’elle appelait quelqu’un d’autre. Craignant aussi d’être poursuivi, il s’enfuit en trébuchant. Tandis qu’il courait, une personne brandissant une précieuse épée lui barra soudain le chemin et cria : « Où vas-tu ? » Terrifié et désemparé, Baoyu rassembla son courage et leva les yeux : ce n’était autre que You Sanjie. Un peu rassuré en la voyant, il la supplia : « Ma sœur, pourquoi venez-vous, vous aussi, me tourmenter ? » Elle répondit : « Parmi vous autres frères, il n’y en a pas un seul qui vaille quelque chose : vous ruinez la réputation des femmes et brisez leurs mariages. Puisque tu es venu ici aujourd’hui, je ne t’épargnerai pas ! »
Comprenant que l’affaire prenait un mauvais tour, Baoyu s’affola. Derrière lui, une voix cria : « Ma sœur, arrêtez-le vite ! Ne le laissez pas s’enfuir ! » You Sanjie dit : « Sur l’ordre de la Dame, je t’attends depuis longtemps. Maintenant que je te tiens, je trancherai d’un coup d’épée les liens qui t’attachent au monde de poussière. » Baoyu s’agita davantage encore. Ne comprenant absolument pas le sens de ces paroles, il se retourna pour fuir ; mais celle qui venait de parler derrière lui n’était autre que Qingwen.
À sa vue, Baoyu fut partagé entre la joie et la douleur. Il lui dit : « Je me suis égaré tout seul et je suis tombé sur une ennemie. Je veux rentrer chez moi, mais aucun de vous ne m’accompagne. Maintenant tout va bien : ma sœur Qingwen, ramène-moi vite à la maison. » Qingwen répondit : « Que le page ne nourrisse aucun doute. Je ne suis pas Qingwen. Je suis venue spécialement, sur l’ordre de la Dame, vous inviter à une entrevue ; nul ne veut vous faire de mal. » Baoyu, plein de soupçons, demanda : « Vous dites que la Dame m’appelle ; mais qui est-elle au juste ? » Qingwen répondit : « Il est inutile de le demander maintenant. Quand vous serez arrivé, vous le saurez naturellement. »
Baoyu n’eut d’autre choix que de la suivre. En observant sa silhouette et ses gestes par-derrière, il trouvait qu’elle ressemblait parfaitement à Qingwen ; son visage et sa voix ne pouvaient pas non plus le tromper. « Pourquoi affirme-t-elle donc qu’elle ne l’est pas ? Mon esprit est trop confus pour le moment. Peu importe : quand je serai arrivé auprès de la Dame, même si j’ai commis quelque faute, je la supplierai alors. Après tout, les femmes ont le cœur compatissant et elle pardonnera certainement ma témérité. »
正想着,不多時到了一個所在。只見殿宇精緻,彩色輝煌,庭中一叢翠竹,戸外數本蒼松。廊簷下立着幾個侍女,都是宮粧打扮,見了寳玉進來,便悄悄的說道:「這就是神瑛侍者麽?」引着寶玉的說道:「就是。你快進去通報罷。」有一侍女笑着招手,寳玉便跟着進去。過了幾層房舍,見一正房,珠簾高掛。那侍女說:「站着候㫖。」寳玉聼了,也不敢則聲,只得在外等着。那侍女進去不多時,出來說:「請侍者叅見。」又有一人捲起珠簾。只見一女子,頭戴花冠,身穿繡服,端坐在内。寶玉略一抬頭,見是黛玉的形容,便不禁的說道:「妹妹在這裡!呌我好想。」那簾外的侍女悄咤道:「這侍者無禮,快快出去。」說猶未了,又見一個侍兒將珠簾放下。
Tout en pensant ainsi, il arriva bientôt en un autre lieu. Les palais étaient raffinés et leurs couleurs resplendissantes ; une touffe de bambous verdoyait au milieu de la cour, et plusieurs vieux pins se dressaient devant les portes. Sous les galeries se tenaient quelques servantes vêtues comme des dames de cour. En voyant entrer Baoyu, elles chuchotèrent : « Est-ce donc le page Shenying ? » Celle qui le conduisait répondit : « C’est bien lui. Va vite l’annoncer. »
Une servante souriante lui fit signe, et Baoyu la suivit. Après avoir traversé plusieurs corps de logis, ils arrivèrent devant la salle principale, où un rideau de perles était suspendu très haut. La servante dit : « Restez ici dans l’attente des ordres. » Baoyu n’osa souffler mot et attendit dehors. Peu après, la servante ressortit et annonça : « Que le page entre rendre ses hommages. » Une autre personne releva le rideau de perles.
Baoyu aperçut alors une femme portant une couronne fleurie et une robe brodée, assise avec dignité à l’intérieur. Il leva légèrement les yeux et reconnut les traits de Daiyu. Incapable de se retenir, il s’écria : « Ma petite sœur, tu es ici ! Comme tu m’as manqué ! » La servante derrière le rideau le réprimanda à voix basse : « Quel page insolent ! Sortez sur-le-champ ! » Elle n’avait pas fini de parler qu’une autre servante laissa retomber le rideau de perles.
寳玉此時欲待進去又不敢,要走又不捨,待要問明,見那些侍女並不認得,又被驅遂,無奈出來。心想要問晴雯,囬頭四顧,並不見有晴雯。心下狐疑,只得快快出来,又無人引着,正欲找原路而去,却又找不出舊路了。正在爲難,見鳯姐站在一所房簷下招手。寳玉看見喜歡道:「可好了,原來囘到自己家裡了。我怎麽一時迷亂如此。」急奔前來說:「姐姐在這裡麽,我被這些人捉弄到這個分兒。林妹妹又不肯見我,不知是何原故。」說着,走到鳳姐站的地方,細看起来並不是鳯姐,原來𨚫是賈蓉的前妻秦氏。寳玉只得立住脚要問「鳯姐姐在那裡」,那秦氏也不答言,竟自往屋裡去了。寳玉恍恍惚惚的又不敢跟進去,只得呆呆的跕着,嘆道:「我今兒得了麽不是,衆人都不理我。」便痛哭起来。見有幾個黃巾力士執鞭赶來,說是「何處男人敢闖入我們這天仙福地來,快走出去!」寶玉聼得,不敢言語。正要尋路出來,遠遠望見一羣女子說笑前來。寳玉看時,又像有迎春等一干人走來,心裡喜歡,呌道:「我迷住在這裡,你們快來救我!」正嚷着,後面力士赶来。寳玉急得徃前亂跑,忽見那一羣女子都變作鬼怪形像,也来追撲。
Baoyu aurait voulu entrer, mais n’osait pas ; il voulait partir, mais ne pouvait s’y résoudre. Il aurait souhaité demander des explications, mais il ne connaissait aucune des servantes et venait d’être chassé. Il dut donc ressortir. Il voulut interroger Qingwen, mais eut beau se retourner et regarder de tous côtés, elle avait disparu. Plein de doutes, il se hâta de partir. Personne ne le guidait plus ; il chercha le chemin par lequel il était venu, mais ne put le retrouver.
Tandis qu’il ne savait que faire, il aperçut Xifeng sous l’avant-toit d’un bâtiment, qui lui faisait signe. Ravi, Baoyu s’écria : « Quelle chance ! Me voilà donc revenu chez moi. Comment ai-je pu m’égarer à ce point ? » Il courut vers elle et dit : « Ma sœur, vous êtes donc ici ! Ces gens m’ont tourmenté de toutes les manières. Mademoiselle Lin elle-même refuse de me voir, et j’ignore pourquoi. » Arrivé auprès d’elle, il la regarda attentivement : ce n’était pas Xifeng, mais Qin Keqing, la défunte première épouse de Jia Rong.
Baoyu s’arrêta et voulut lui demander où se trouvait Xifeng, mais Qin Keqing ne répondit pas et rentra directement dans la maison. Toujours plongé dans la confusion, Baoyu n’osa pas la suivre. Il demeura planté là, hébété, et soupira : « Qu’ai-je donc fait aujourd’hui ? Personne ne veut me prêter attention. » Puis il éclata en sanglots.
Quelques colosses aux Turbans jaunes accoururent, le fouet à la main, en criant : « Quel homme ose s’introduire dans notre terre fortunée des immortelles ? Va-t’en vite ! » Baoyu n’osa rien répondre. Comme il cherchait un chemin pour sortir, il aperçut au loin un groupe de femmes qui s’avançaient en riant et en bavardant. Elles lui semblèrent être Yingchun et plusieurs autres. Tout heureux, il cria : « Je me suis égaré ici ! Venez vite me sauver ! » Tandis qu’il appelait, les colosses se rapprochaient par-derrière. Baoyu, affolé, se mit à courir droit devant lui ; mais soudain toutes les femmes se changèrent en monstres et se jetèrent elles aussi à sa poursuite.
寳玉正在情急,只見那送玉來的和尚手裡拿着一面鏡子一照,說道:「我奉元𡚱娘娘㫖意,特來救你。」登時鬼怪全無,仍是一片荒郊。寳玉拉着和尚說道:「我記得是你領我到這裡,你一時又不見了。看見了好些親人,只是都不理我,忽又變作鬼怪,到底是夢是真,望老師明白指示。」那和尚道:「你到這裡曾偷看什麼東西没有?」寳玉一想道:「他旣能帶我到天仙福地,自然也是神仙了,如何瞞得他。况且正要問個明白。」便道:「我倒見了好些册子來着。」那和尚道:「可又来,你見了冊子還不解麽!世上的情緣都是那些魔障。只要把歴過的事情細細記着,將來我與你說明。」說着,把寳玉狠命的一推,說:「囬去罷!」寳玉跕不住脚,一交趺倒,口裡嚷道:「呵喲!」
Au moment où Baoyu était au comble de la détresse, le moine qui avait rapporté le Jade apparut, tenant un miroir. Il en projeta l’éclat sur les monstres et dit : « Sur l’ordre de Sa Grâce la concubine impériale Yuanchun, je viens spécialement te sauver. » Tous les démons disparurent aussitôt, et Baoyu se retrouva dans une plaine déserte.
Il saisit le moine et lui dit : « Je me souviens que c’est vous qui m’avez conduit ici, puis vous avez soudain disparu. J’ai vu beaucoup de mes proches, mais aucun ne voulait me prêter attention ; ensuite, ils se sont changés en monstres. Était-ce un rêve ou la réalité ? Je vous prie, maître, de me l’expliquer clairement. » Le moine demanda : « As-tu regardé quelque chose en cachette depuis que tu es ici ? »
Baoyu pensa : « Puisqu’il a pu me conduire dans la terre fortunée des immortelles, c’est naturellement un immortel lui aussi. Comment pourrais-je le tromper ? D’ailleurs, je veux justement obtenir de lui une explication. » Il répondit donc : « J’ai effectivement vu plusieurs registres. » Le moine dit : « Eh bien ! Tu as vu les registres et tu ne comprends toujours pas ? Tous les liens du sentiment en ce monde ne sont que des entraves démoniaques. Il te suffit de conserver soigneusement le souvenir de tout ce que tu as traversé ; plus tard, je t’en donnerai l’explication. »
À ces mots, il poussa Baoyu de toutes ses forces en disant : « Retourne-t’en ! » Baoyu perdit l’équilibre, tomba à la renverse et cria : « Aïe ! »
王夫人等正在哭泣,聼見寳玉甦來,連忙呌喚。寳玉睁眼看時,仍躺在炕上,見王夫人寳釵等哭的眼泡紅腫。定神一想,心裡說道:「是了,我是死去過來的。」遂把神魂所厯的事呆的細想,幸喜多還記得,便哈哈的笑道:「是了,是了。」王夫人只道舊病復發,便好延醫調治,卽命丫頭婆子快去告訴賈政,說是「寳玉囬過來了,頭裡原是心迷住了,如今說出話,不用偹辦後事了。」賈政𦗟了,卽忙進來看視,果見寳玉甦來,便道:「没的痴兒你要唬死誰麽!」說着,眼淚也不知不覺流下來了。又嘆了幾口氣,仍出去呌人請醫生胗脉服藥。這裡麝月正思自盡,見寳玉一過来,也放了心。只見王夫人呌人端了桂園湯呌他喝了幾口,漸漸的定了神。王夫人等放心,也没有說麝月,只呌人仍把那玉交給寳釵給他帶上,「想起那和尚來,這玉不知那裡找來的,也是古怪。怎麽一時要銀一時又不見了,莫非是神仙不成?」寳釵道:「說起那和尚來的踪跡去的影響,那玉並不是找来的。頭裡丢的時候,必是那和尚取去的。」王夫人道:「玉在家裡怎麽能取的了去?」寳釵道:「旣可送来,就可取去。」襲人麝月道:「那年丢了玉,林大爺測了個字,後來二奶奶過了門,我還告訴過二奶奶,說測的那字是什麽『賞』字。二奶奶還記得麽?」寳釵想道:「是了。你們說測的是當舖裡找去,如今纔明白了,竟是個和尚的『尚』字在上頭,可不是和尚取了去的麽。」王夫人道:「那和尚本來古怪。那年寳玉病的時候,那和尚來說是我們家有寳貝可解,說的就是這塊玉了。他旣知道,自然這塊玉到底有些來歴。况且你女婿飬下來就嘴裡含着的。古往今來,你們聽見過這麽第二個麼。只是不知終久這塊玉到底是怎麽着,就連偺們這一個也還不知是怎麽着。病也是這塊玉,好也是這塊玉,生也是這塊玉——」說到這裡忽然住了,不免又流下淚來。寳玉聼了,心裡𨚫也明白,更想死去的事愈加有因,只不言語,心裡細細的記憶。那時惜春便說道:「那年失玉,還請妙玉請過仙,說是『青埂𡶶下𠋣古松』,還有什麽『入我門來一笑逢』的話,想起来『入我門』三字大有講䆒。佛教的法門最大,只怕二哥不能入得去。」寳玉𦗟了,又冷笑幾聲。寳釵聼了,不覺的把眉頭兒肐瞅着發起怔来。尤氏道:「偏你一說又是佛門了。你出家的念頭還没有歇麽?」惜春笑道:「不瞞嫂子說,我早已㫁了葷了。」王夫人道:「好孩子,阿彌陀佛,這個念頭是起不得的。」惜春聼了,也不言語。寶玉想「青燈古佛前」的詩句,不禁連嘆幾聲;忽又想起一床蓆一枝花的詩句来,拿眼睛看着襲人,不覺又流下淚來。衆人都見他忽笑忽悲,也不解是何意,只道是他的舊病。豈知寳玉觸處機來,竟能把偷看册上詩句俱牢牢記住了,只是不說出来,心中早有一個成見在那裡了。暫且不題。
Madame Wang et les autres étaient encore en pleurs lorsqu’elles entendirent Baoyu revenir à lui ; elles se hâtèrent de l’appeler. Baoyu ouvrit les yeux et vit qu’il était toujours couché sur le kang. Madame Wang, Baochai et les autres avaient les paupières rouges et gonflées d’avoir pleuré. Il rassembla ses esprits et se dit : « Je comprends : je suis passé par la mort avant de revenir. » Il réfléchit stupidement à tout ce que son âme avait vécu. Heureusement, il s’en souvenait encore en grande partie. Il éclata de rire : « C’est cela ! C’est cela ! »
Madame Wang crut que son ancienne maladie avait récidivé et jugea qu’il fallait faire venir un médecin pour le soigner. Elle ordonna aussitôt aux servantes et aux domestiques d’aller annoncer à Jia Zheng : « Baoyu est revenu à lui. Son esprit s’était seulement égaré tout à l’heure ; maintenant il parle de nouveau. Il n’est plus nécessaire de préparer ses funérailles. » À cette nouvelle, Jia Zheng accourut. Voyant que Baoyu avait réellement repris connaissance, il lui dit : « Maudit garçon insensé ! Qui voulais-tu donc faire mourir de peur ? » En parlant, des larmes lui coulèrent involontairement des yeux. Après quelques soupirs, il ressortit ordonner qu’on fît venir un médecin pour prendre le pouls de Baoyu et lui prescrire des remèdes.
Sheyue, qui songeait à se tuer, fut rassurée en voyant Baoyu revenir à lui. Madame Wang fit apporter un bouillon de longanes et lui en donna quelques gorgées ; peu à peu, il retrouva ses esprits. Madame Wang et les autres furent soulagées et ne firent aucun reproche à Sheyue. Madame Wang fit remettre le Jade à Baochai pour qu’elle le rattachât à Baoyu, puis dit : « Quand je pense à ce moine ! On ignore où il a retrouvé ce Jade, et toute cette affaire est étrange. Il exigeait à l’instant de l’argent, puis il a disparu. Serait-ce un immortel ? »
Baochai répondit : « À en juger par la façon dont ce moine est venu et reparti sans laisser de trace, le Jade n’a pas été retrouvé. Lorsque nous l’avons perdu, c’est certainement lui qui l’avait emporté. » Madame Wang demanda : « Comment aurait-il pu l’emporter alors qu’il se trouvait dans la maison ? » Baochai répondit : « Puisqu’il pouvait le rapporter, il pouvait aussi l’emporter. » Xiren et Sheyue dirent : « L’année où le Jade fut perdu, maître Lin décomposa un caractère pour en tirer un présage. Plus tard, quand la seconde maîtresse entra dans la famille, je lui racontai que le caractère obtenu était “récompense”. La seconde maîtresse s’en souvient-elle ? »
Baochai réfléchit : « C’est vrai. Vous disiez alors que le présage annonçait qu’on le retrouverait dans une boutique de prêteur sur gages. Je comprends seulement aujourd’hui : la partie supérieure du caractère est précisément le caractère shang de “moine”. N’est-ce donc pas un moine qui l’avait emporté ? » Madame Wang dit : « Ce moine a toujours été étrange. L’année où Baoyu tomba malade, il vint nous dire que notre famille possédait un trésor capable de le guérir : il parlait justement de ce Jade. Puisqu’il le savait, cette pierre doit nécessairement avoir une origine extraordinaire. Et puis ton mari l’avait déjà dans la bouche à sa naissance. De l’Antiquité jusqu’à nos jours, avez-vous jamais entendu parler d’un second cas pareil ? Seulement, nous ignorons ce qu’il adviendra finalement de ce Jade, tout comme nous ignorons ce qu’il adviendra finalement de notre Baoyu. Sa maladie tient à ce Jade, sa guérison aussi ; sa naissance elle-même tient à ce Jade… »
Elle s’interrompit soudain et ne put empêcher ses larmes de couler de nouveau. En l’écoutant, Baoyu comprenait désormais bien des choses ; le souvenir de son passage par la mort lui paraissait plus significatif encore. Il ne dit pourtant rien et s’efforça de tout rappeler soigneusement à sa mémoire.
Xichun dit alors : « L’année où le Jade fut perdu, nous avons aussi demandé à Miaoyu de consulter les immortels. Elle avait obtenu ces mots : “Sous le pic Qinggeng, appuyé contre un vieux pin”, et encore quelque chose comme : “Entre sous ma porte, un rire t’accueillera.” À bien y penser, les trois caractères “entre sous ma porte” sont fort significatifs. De toutes les portes de la Loi, celle du Bouddha est la plus vaste ; je crains seulement que mon second frère ne puisse y entrer. » Baoyu ricana encore plusieurs fois. En l’entendant, Baochai fronça les sourcils et resta interdite.
Madame You dit à Xichun : « Dès que tu ouvres la bouche, te voilà encore revenue à la porte du Bouddha. N’as-tu donc toujours pas renoncé à te faire religieuse ? » Xichun sourit : « Je ne vous le cacherai pas, ma belle-sœur : depuis longtemps déjà, j’ai renoncé à la nourriture carnée. » Madame Wang dit : « Ma bonne enfant, Amitabha ! Il ne faut pas nourrir pareille pensée. » Xichun garda le silence.
Baoyu songea au vers : « Devant la lampe verte et l’antique Bouddha », et ne put s’empêcher de soupirer plusieurs fois. Puis il se rappela les vers de la natte sur un lit et de l’unique fleur. Il regarda Xiren et des larmes lui vinrent encore aux yeux. Tous le voyaient passer brusquement du rire à la tristesse sans en comprendre la raison ; ils attribuaient cela à son ancienne maladie. Ils ignoraient qu’à chaque chose Baoyu discernait désormais le ressort secret et qu’il avait gravé dans sa mémoire tous les vers des registres consultés en cachette. Sans rien révéler, il avait déjà pris intérieurement sa résolution. N’en parlons pas pour le moment.
且說衆人見寳玉死去復生,神氣淸𤕤,又加連日服藥,一天好似一天,漸漸的復原起来。便是賈政見寳玉已好,現在丁憂無事,想起賈赦不知幾時遇赦,老太太的靈柩久停寺内,終不放心,欲要扶柩囬南安𦵏,便呌了賈璉來啇議。賈璉便道:「老爺想得極是,如今趁着丁憂,幹了一件大事更好。將来老爺起了服,生恐又不能遂意了。但是我父親不在家,姪兒呢又不敢僣越。老爺的主意狠好,只是這件事也得好幾千銀子。衙門裡緝賍那是再緝不出來的。」賈政道:「我的主意是定了,只爲大爺不在家,呌你来商議商議怎麽個辦法。你是不能出的。現在這裡没有人,我爲是好幾口材都要帶囬去的,一個怎麽様的照應呢,想起把蓉哥兒帶了去。况且有他媳媳的棺材也在裡頭。還有你林妹妹的,那是老太太的遺言說跟着老太太一塊兒囬去的。我想這一項銀子只好在那裡挪借幾千,也就彀了。」賈璉道:「如今的人情過于淡薄。老爺呢,又丁憂。我們老爺呢,又在外頭,一時借是借不出來的了。只是拿房地文書出去押去。」賈政道:「住的房子是官盖的,那裡動得。」賈璉道:「住房是不能動的。外頭𮟃有幾所可以出脫的,等老爺起復後再贖也使得。將来我父親囬來了,倘能也再起用,也好贖的。只是老爺這麽大年紀,辛苦這一場,侄兒們心裡狠不安。」賈政道:「老太太的事,是應該的。只要你在家謹慎些,把持定了纔好。」賈璉道:「老爺這倒只管放必,侄兒雖糊𡍼,㫁不敢不認真辦理的。况且老爺囬南少不得多帶些人去,所留下的人也有限了,這㸃子費用還可以過的來。就是老爺路上短少些,必經過賴尙榮的地方,可也呌他出㸃力兒。」賈政道:「自己的老家人的事,呌人家帮什麽。」賈璉答應了「是」,便退出來打筭銀錢。
Voyant Baoyu revenu de la mort à la vie, l’esprit clair et dispos, tous furent rassurés. Après plusieurs jours de remèdes, il alla de mieux en mieux et finit peu à peu par se rétablir. Jia Zheng, voyant Baoyu guéri, n’avait aucune charge à exercer pendant son deuil réglementaire. Il songea que nul ne savait quand Jia She bénéficierait d’une amnistie et que le cercueil de l’aïeule restait depuis longtemps déposé dans un temple ; ne pouvant s’en tranquilliser, il résolut de l’escorter vers le Sud afin de l’inhumer dans le pays natal. Il appela donc Jia Lian pour en discuter.
Jia Lian dit : « Votre décision est parfaitement juste. Puisque vous êtes en deuil, autant profiter de ce temps pour mener à bien cette grande affaire. Lorsque vous aurez quitté le deuil et repris vos fonctions, il est à craindre que vous ne puissiez plus agir à votre gré. Seulement, mon père n’est pas ici, et moi, votre neveu, je n’ose usurper son autorité. Votre projet est excellent, mais il faudra encore plusieurs milliers de taëls. Quant aux biens détournés que les autorités cherchent à recouvrer, il n’y a aucun espoir d’en tirer davantage. »
Jia Zheng répondit : « Ma résolution est prise. C’est seulement parce que ton père est absent que je t’ai fait venir pour discuter des moyens. Tu ne peux pas m’accompagner. Comme il ne reste personne ici, et que plusieurs cercueils doivent être ramenés, je me demande comment je pourrais veiller seul sur tout. J’ai pensé emmener avec moi Rong. D’autant que le cercueil de sa femme est là-bas lui aussi. Il y a encore celui de mademoiselle Lin : l’aïeule avait laissé pour instruction qu’il retournât avec le sien. Pour l’argent, il faudra seulement emprunter quelques milliers de taëls ; cela devrait suffire. »
Jia Lian dit : « Les sentiments humains sont aujourd’hui trop tièdes. Vous êtes en deuil, tandis que notre maître est au loin ; nous ne pourrons pas trouver immédiatement quelqu’un qui nous prête cette somme. Il ne reste qu’à mettre en gage des actes de propriété. » Jia Zheng répondit : « Notre demeure a été bâtie par l’administration ; il est impossible d’y toucher. » Jia Lian dit : « Bien sûr, nous ne pouvons disposer de la maison où nous habitons. Mais nous possédons encore quelques propriétés à l’extérieur dont nous pouvons nous défaire. Vous pourrez les racheter après votre retour aux fonctions. Plus tard, lorsque mon père reviendra, s’il est lui aussi rappelé au service, nous aurons les moyens de les racheter. Seulement, vous imposer à votre âge toutes ces fatigues nous met fort mal à l’aise, nous autres vos neveux. »
Jia Zheng répondit : « C’est pour l’aïeule ; je ne fais que mon devoir. Toi, sois seulement prudent ici et tiens fermement les rênes de la maison. » Jia Lian dit : « Sur ce point, soyez sans inquiétude. Si borné que soit votre neveu, je n’oserais certes pas négliger ces affaires. D’ailleurs, vous devrez emmener beaucoup de monde vers le Sud, et ceux qui resteront ici seront peu nombreux ; nous pourrons encore faire face à leurs dépenses. Si vous manquez d’argent en chemin, vous passerez nécessairement par la région où se trouve Lai Shangrong : vous pourrez lui demander d’apporter sa contribution. » Jia Zheng répondit : « Il s’agit d’une affaire concernant les défunts de notre propre famille ; pourquoi demander l’aide d’autrui ? » Jia Lian acquiesça et se retira pour réunir l’argent.
賈政便告訴了王夫人,呌他管了家,自己便擇了發引長行的日子,就要起身。寳玉此時身體復元,賈𤨔賈蘭倒認眞念書,賈政都交付給賈璉,呌他𬋩教,「今年是大比的年頭。𤨔兒是有服的,不能入塲。蘭兒是孫子,服滿了也可以考的。務必呌寳玉同着侄兒考去。能彀中一個舉人,也好贖一贖偺們的罪名。」賈璉等唯唯應命。賈政又吩咐了在家的人,說了好些話,纔别了宗祠,便在城外念了幾天經,就發引下船,帶了林之孝等而去。也没有驚動親友,惟有自家男女送了一程囬來。
Jia Zheng informa Madame Wang et lui confia la direction de la maison. Il choisit un jour propice pour la mise en route du convoi funèbre et se prépara au départ. Baoyu était alors rétabli, tandis que Jia Cong et Jia Lan s’appliquaient sérieusement à leurs études. Jia Zheng les confia tous à Jia Lian, avec ordre de veiller sur eux et de les instruire : « Cette année est celle du grand concours provincial. Cong est encore en deuil et ne pourra pas entrer dans l’enceinte des examens. Lan, qui n’est qu’un petit-fils, aura terminé son deuil et pourra se présenter. Il faut absolument que Baoyu aille passer l’examen avec son neveu. Si l’un d’eux peut obtenir le grade de licencié provincial, cela rachètera quelque peu les fautes attachées à notre nom. » Jia Lian et les autres acquiescèrent respectueusement.
Jia Zheng donna encore de nombreuses instructions à ceux qui demeuraient à la maison. Après avoir pris congé au temple des Ancêtres, il fit réciter des prières pendant quelques jours hors de la ville. Puis le convoi funèbre se mit en route et embarqua ; Jia Zheng emmena Lin Zhixiao et plusieurs autres. Les parents et amis ne furent pas dérangés : seuls les hommes et les femmes de la famille accompagnèrent quelque temps le cortège avant de rentrer.
寳玉因賈政命他赴考,王夫人便不時催逼查考起他的工課來。那寳釵襲人時常勸勉,自不必說。那知寳玉病後雖精神日長,他的念頭一𤼵更竒僻了,竟換了一種。不但厭𣓪功名仕進,竟把那兒女情緣也看淡了好些。只是衆人不大理㑹,寳玉也並不說出來。一日,恰遇紫鵑送了林黛玉的靈柩囘來,悶坐自己屋裡啼哭,想着:「寳玉無情,見他林妹妹的靈柩囬去並不傷心落淚,見我這樣痛哭也不來勸慰,反瞅着我笑。這様負心的人,從前都是花言巧語來哄着我們!前夜𧇊我想得開,不然幾乎又上了他的當。只是一件呌人不解,如今我看他待襲人等也是冷冷兒的。二奶奶是本來不喜歡親熱的,麝月那些人就不抱怨他麽?我想女孩子們多半是痴心的,白操了那些時的心,看將来怎様結局!」正想着,只見五兒走来瞧他,見紫鵑滿面淚㾗,便說:「姐姐又想林姑娘了?想一個人聞名不如眼見,頭裡𦘏着寳二爺女孩子跟前是最好的。我母親再三的把我弄進來。豈知我進來了,盡心竭力的伏侍了幾次病,如今病好了,連一句好話也没有剰出來,如今索性連眼兒也都不瞧了。」紫鵑𦗟他說的好笑,便噗𠷣的一笑,啐道:「呸,你這小蹄子,你心裡要寳玉怎麽個様兒待你纔好?女孩兒家也不害臊,連名公正氣的屋裡人瞧着他還没事人一大堆呢,有功夫理你去!」因又笑着拿個指頭往臉上抹着問道:「你到底筭寳玉的什麼人哪?」那五兒𦘏了,自知失言,便飛紅了臉。待要解說不是要寳玉怎様看待,說他近來不憐下的話,只𦗟院門外亂嚷說:「外頭和尚又來了,要那一萬銀子呢。太太着急,呌璉二爺和他講去,偏偏璉二爺又不在家。那和尚在外頭說些瘋話,太太呌請二奶奶過去商量。」不知怎様打發那和尚,下囬分解。
Comme Jia Zheng avait ordonné à Baoyu de se présenter aux examens, Madame Wang se mit à le presser fréquemment et à contrôler son travail. Il va sans dire que Baochai et Xiren ne cessaient de l’encourager. Mais, après sa maladie, si les forces de Baoyu revenaient de jour en jour, ses pensées devenaient toujours plus singulières et avaient complètement changé de nature. Non seulement il éprouvait du dégoût pour les honneurs et la carrière officielle, mais même les liens amoureux lui paraissaient désormais beaucoup plus légers. Les autres ne s’en rendaient guère compte, et Baoyu n’en parlait pas.
Un jour, Zijuan venait d’accompagner le cercueil de Lin Daiyu à son retour et pleurait, assise tristement dans sa chambre. Elle pensait : « Baoyu est sans cœur. Il n’a versé aucune larme en voyant repartir le cercueil de mademoiselle Lin ; et maintenant qu’il me voit pleurer ainsi, au lieu de me consoler, il me regarde en riant. Quel ingrat ! Autrefois, il ne faisait donc que nous tromper par de belles paroles ! Heureusement que, l’autre soir, j’ai réussi à voir clair ; sans cela, je serais presque encore tombée dans son piège. Une seule chose demeure incompréhensible : je le vois traiter désormais Xiren et les autres avec la même froideur. La seconde maîtresse n’a jamais aimé les démonstrations de tendresse, mais Sheyue et les autres ne doivent-elles pas se plaindre de lui ? Je crois que les jeunes filles ont presque toutes le cœur entiché : elles se sont donné tant de peine en vain. Voyons comment tout cela finira ! »
Elle en était là de ses pensées lorsque Wu’er vint lui rendre visite. Voyant le visage de Zijuan couvert de larmes, elle dit : « Ma sœur pense encore à mademoiselle Lin ? On dit bien que la réputation ne vaut pas ce qu’on voit de ses propres yeux. Autrefois, j’entendais dire que le second maître Bao était le meilleur des hommes avec les jeunes filles, et ma mère a remué ciel et terre pour me faire entrer ici. Mais, depuis mon arrivée, je l’ai servi de tout mon cœur pendant plusieurs de ses maladies ; maintenant qu’il est guéri, il ne lui reste même pas une bonne parole pour moi. Il ne daigne plus seulement poser les yeux sur moi. »
Amusée par ses paroles, Zijuan éclata de rire et cracha par terre : « Fi donc, petite effrontée ! Comment voudrais-tu que Baoyu te traite pour être satisfaite ? Une fille comme toi n’a donc aucune honte ? Il y a déjà toute une troupe de celles qui appartiennent en bonne et due forme à ses appartements, et il les regarde comme si elles n’existaient pas. Où trouverait-il le loisir de s’occuper de toi ? » Puis, riant toujours, elle passa un doigt sur sa joue en signe de honte et demanda : « Après tout, qu’es-tu donc pour Baoyu ? »
Wu’er comprit qu’elle avait parlé trop vite et devint écarlate. Elle allait expliquer qu’elle ne réclamait aucun traitement particulier de Baoyu, mais voulait seulement dire qu’il ne témoignait plus aucune bonté à ses inférieurs, lorsqu’une clameur s’éleva au-dehors de la cour : « Le moine est revenu ! Il réclame ses dix mille taëls ! Madame est affolée et demande au second maître Lian de parlementer avec lui, mais justement le second maître Lian n’est pas à la maison. Le moine tient dehors des propos insensés, et Madame fait appeler la seconde maîtresse pour en discuter. » Comment allaient-ils se débarrasser de ce moine ? On le saura au chapitre suivant.
Notes
假去真來 : l’opposition entre 假, « faux », et 真, « vrai », rappelle le calembour constant du roman sur le patronyme 賈, Jia, homophone de 假.
真如 : terme bouddhique désignant l’ainsité, la réalité absolue qui demeure au-delà des apparences et des distinctions.
玉帶/金簪雪裡 : « ceinture de jade » réordonne les éléments de 林黛玉, Lin Daiyu ; « épingle d’or » évoque 寶釵, Baochai, tandis que 雪, « neige », est homophone de son patronyme 薛, Xue.
花席 : la fleur 花 et la natte 席, xi, homophone de 襲, Xi, forment un rébus sur le nom de Xiren ; le distique annonce que son destin sera lié à un acteur plutôt qu’au jeune seigneur.
娥皇女英 : Ehuang et Nüying, filles de l’empereur Yao et épouses de Shun, devinrent dans la tradition les déesses de la rivière Xiang.
賞/尚 : 賞, « récompense », contient dans sa partie supérieure 尚, shang, caractère également employé dans 和尚, « moine » ; Baochai y reconnaît après coup un présage sur celui qui avait pris le Jade.
丁憂 : deuil réglementaire imposé à un fonctionnaire après la mort d’un père ou d’une mère ; il entraînait normalement son retrait temporaire du service.
大比 : appellation du concours provincial triennal donnant accès au grade de 舉人, « licencié provincial ».