Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 15 Xifeng exerce son pouvoir au temple du Seuil de fer ; Qin Zhong goûte au plaisir à l’ermitage des Petits Pains
王鳯姐弄權鐵寺鏡 秦鯨卿得趣饅頭𢊊
Xifeng exerce son pouvoir au temple du Seuil de fer
Qin Zhong goûte au plaisir à l’ermitage des Petits Pains
話說寳玉舉目見北靜王世榮頭上戴着凈白簮纓銀翅王㡌,穿着江牙海水五𤓰龍白蟒袍,繫着碧玉紅鞓帶。面如美玉,目似明星,眞好秀麗人物。寳玉忙搶上來叅見,世榮忙從轎内伸手挽住,見寳玉戴着束髮銀冠,勒着雙龍出海抹額,穿着白蟒箭袖,圍着攢珠銀帶;面若春花,目如㸃添。
Baoyu leva les yeux et vit le prince de Beijing, Shuirong. Il portait sur la tête une coiffe princière d’argent aux ailettes, d’un blanc pur, ornée d’une épingle et de cordons ; il était vêtu d’une robe blanche au dragon à cinq griffes, sur fond de falaises et de flots marins, et ceint d’une courroie rouge à plaque de jade vert. Son visage semblait taillé dans un beau jade, ses yeux brillaient comme des étoiles : c’était vraiment un homme d’une grâce et d’une beauté remarquables. Baoyu s’empressa de s’avancer pour le saluer, mais Shuirong tendit aussitôt la main hors de son palanquin pour le retenir. Il vit que Baoyu portait une couronne d’argent enserrant ses cheveux, un bandeau frontal brodé de deux dragons surgissant des flots, une tunique blanche à manches d’archer ornée de dragons, et une ceinture d’argent sertie de perles ; son visage était pareil à une fleur printanière et ses yeux à deux points de laque noire.
世榮笑道:「名不虛傳,果然如『寳』似『玉』。」問:「啣的那寳貝在那裡?」寳玉見問,連忙從衣内取出,遞與世榮。世榮細細看了,又念了那上頭的字,因問:「果靈騐否?」賈政忙道:「雖如此說,只是未曾試過。」世榮一靣極口稱竒,一面理順綵縧,親自與寳玉帶上,又携手問寳玉幾歲,現讀何書。寳玉一一答應。世榮見他語言淸朗,談吐有致,一面又向賈政笑道:「令郎眞乃龍駒鳯雛,非小王在世翁前唐突,將來『雛鳯淸于老鳯聲』,未可諒也。」賈政陪笑道:「犬子豈敢𮘸承金獎,賴藩郡餘禎,果如所言,亦廕生輩之幸矣。」世榮又道:「只是一件,令郎如此資質,想老太夫人輩自然鍾愛極矣。但吾輩後生,甚不宜溺愛,溺愛則未免荒失了學業。昔小王曾蹈此轍,想令郎亦未必不如是也。若令郎在家難以用功,不妨常到寒第,小王雖不才,却多𫎇海内衆名士凡至都者,未有不垂靑目,是以寒第高人頗聚,令郎常去談談會會,則學問可以日進矣。」賈政忙躬身答道:「是。」
Shuirong dit en souriant : « Sa réputation n’est pas usurpée : il est vraiment pareil à un “trésor”, semblable au “jade”. Où se trouve donc le joyau qu’il avait dans la bouche à sa naissance ? » À cette question, Baoyu le tira vivement de dessous ses vêtements et le lui tendit. Shuirong l’examina avec soin, lut les caractères qui y étaient gravés, puis demanda : « Ses pouvoirs se sont-ils vraiment manifestés ? » Jia Zheng répondit promptement : « On le dit, mais ils n’ont encore jamais été mis à l’épreuve. »
Tout en s’extasiant sur cette merveille, Shuirong remit en ordre le cordon de soie et rattacha lui-même le joyau au cou de Baoyu. Puis, lui prenant la main, il lui demanda son âge et les livres qu’il étudiait à présent. Baoyu répondit à chacune de ses questions. Trouvant sa voix claire et ses propos pleins d’aisance, Shuirong dit encore à Jia Zheng avec un sourire : « Votre fils est véritablement un jeune coursier-dragon, un phénix encore au nid. Sans vouloir me montrer présomptueux devant vous, vénérable monsieur, peut-être un jour “la voix du jeune phénix sera-t-elle plus limpide que celle du vieux phénix” : son avenir est incommensurable. » Jia Zheng répondit avec un sourire déférent : « Comment mon indigne fils oserait-il recevoir de si précieuses louanges ? S’il peut, grâce aux bienfaits qui rayonnent de votre principauté, devenir tel que vous le dites, ce sera un bonheur pour nous tous qui vivons sous cette protection héréditaire. »
Shuirong poursuivit : « Il n’est qu’un point. Avec de telles dispositions, votre fils doit naturellement être chéri à l’extrême par l’aïeule et les autres dames de sa génération. Mais des jeunes gens comme nous ne doivent surtout pas être gâtés : trop d’indulgence finit inévitablement par ruiner les études. J’ai moi-même autrefois suivi cette mauvaise voie, et j’imagine que votre fils n’y échappe peut-être pas tout à fait. S’il lui est difficile de travailler chez lui, qu’il n’hésite pas à venir souvent dans mon humble demeure. Sans avoir moi-même aucun talent, je bénéficie de la bienveillance de nombreux lettrés célèbres de l’empire : aucun de ceux qui viennent à la capitale ne refuse de m’accorder son attention. Aussi les hommes éminents sont-ils nombreux à se réunir chez moi. Si votre fils venait souvent converser et les rencontrer, son savoir pourrait progresser de jour en jour. » Jia Zheng s’inclina vivement et répondit : « Certainement. »
世榮又將腕上一串念珠卸下來,遞與寶玉,道:「今日初會,倉卒無敬賀之物,此係聖上所賜蕶苓香念珠一串,權爲賀敬之禮。」寶玉連忙接了,囘身奉與賈政。賈政與寶玉一齊謝過了。于是賈赦、賈珍等一齊上來請囘輿,世榮道:「逝者已登仙界,非碌碌你我塵寰中人也。小王雖上叨天恩,虛𨖟郡襲,豈可越仙輀而進也?」賈赦等見執意不從,方得告辭謝恩囘來,命手下人掩樂停音,將𣩵過完,方讓世榮過去。不在話下。
Shuirong détacha ensuite de son poignet un chapelet et le tendit à Baoyu : « Nous nous rencontrons aujourd’hui pour la première fois et, pris au dépourvu, je n’ai rien qui soit digne de vous être offert. Ce chapelet parfumé au lingling m’a été accordé par Sa Majesté ; qu’il me serve pour l’heure de présent de félicitations. » Baoyu le reçut vivement, puis se retourna pour le remettre à Jia Zheng. Tous deux exprimèrent ensemble leurs remerciements.
Jia She, Jia Zhen et les autres s’avancèrent alors pour prier le prince de reprendre la route. Shuirong déclara : « La défunte est déjà montée au séjour des immortels ; elle n’appartient plus, comme vous et moi, à la foule des mortels de ce monde poussiéreux. Bien que je jouisse en haut lieu de la faveur impériale et porte sans mérite un titre princier héréditaire, comment pourrais-je dépasser son char funèbre ? » Voyant qu’il refusait obstinément, Jia She et les autres prirent enfin congé de lui en le remerciant de sa faveur. De retour auprès du convoi, ils ordonnèrent aux musiciens de couvrir leurs instruments et de faire silence. Ils laissèrent passer tout le cortège funèbre avant de céder le chemin à Shuirong. Il n’y a pas lieu d’en dire davantage.
且說寧府送𣩵,一路熱閙非常。剛至城門,又有賈赦、賈政、賈珍等諸同寅屬下各家𥙊棚接𫞴,一一的謝過,然後出城,竟奔鐵檻寺大路而來。彼時賈珍帶賈蓉來到諸長軰前讓坐轎上馬,因而賈赦一輩的各自上了車轎,賈珍一輩的也將要上馬。鳯姐因記𦊱着寶玉,怕他在郊外縱性不服家人的話,賈政管不着,惟恐有閃失,因此命小厮來喚他。寳玉只得到他車前。鳯姐笑道:「好兄弟,你是個尊貴人,同女孩兒一般人品,别學他們猴在馬上。下來,偺們姐兒兩個同車,豈不好麼?」寳玉𦗟說,便下了馬,𭺗上鳯姐車内,二人說笑前進。不一時,只見那邊兩𮪍馬直奔鳯姐車,下馬扶車囘道:「這裡有下處,奶奶請歇歇更衣。」鳯姐命請王邢二夫人示下,那二人囘說:「太太們說不歇了,呌奶奶自便。」鳯姐便命歇歇再走。小厮帶着轅馬岔入人羣,徃北而來。寶玉在車急命請秦相公。那時秦鍾正𮪍着馬隨他父親的轎,忽見寶玉的小厮跑來請他去打尖,秦鍾遠看這寶玉所𮪍的馬,搭着鞍籠,隨着鳯姐的車往北而去,便知寶玉同鳯姐一車,自己也帶馬赶上來,同入一庄門内。
Revenons au cortège funèbre parti du palais Ning : tout au long du chemin, l’animation fut extraordinaire. À peine arrivé aux portes de la ville, il rencontra encore les pavillons funéraires élevés par les collègues et les subordonnés de Jia She, Jia Zheng, Jia Zhen et des autres. Après avoir remercié chacun, le cortège sortit de la ville et prit directement la grande route du temple du Seuil de fer.
Jia Zhen conduisit alors Jia Rong auprès des aînés afin de les inviter à monter en palanquin ou à cheval. Jia She et ceux de sa génération prirent donc place chacun dans une voiture ou un palanquin, tandis que Jia Zhen et les hommes de la sienne s’apprêtaient à monter à cheval. Xifeng, qui gardait Baoyu à l’esprit, craignait qu’une fois à la campagne il ne suivît ses caprices sans écouter les domestiques, hors de la surveillance de Jia Zheng, et qu’il ne lui arrivât quelque accident. Elle envoya donc un jeune serviteur l’appeler. Baoyu dut venir jusqu’à sa voiture.
Xifeng lui dit en souriant : « Mon bon petit frère, tu es une personne délicate et précieuse, de la même étoffe que les jeunes filles. N’imite donc pas ces singes à cheval. Descends : ne serait-il pas mieux que nous voyagions ensemble, sœur et frère, dans la même voiture ? » Baoyu l’écouta, descendit de cheval et monta dans la voiture de Xifeng. Ils poursuivirent leur route en riant et en bavardant.
Peu après, deux cavaliers arrivèrent droit sur la voiture de Xifeng. Ils mirent pied à terre, s’approchèrent du véhicule et annoncèrent : « Il y a ici un endroit où faire halte. Que Madame se repose et change de vêtements. » Xifeng les chargea de demander les instructions de Madame Wang et de Madame Xing. Ils revinrent en disant : « Les dames ne veulent pas s’arrêter ; elles disent que Madame peut faire comme bon lui semble. » Xifeng ordonna donc une halte avant de repartir. Un jeune serviteur mena les chevaux de la voiture hors de la foule et prit vers le nord.
De l’intérieur, Baoyu ordonna aussitôt qu’on invitât le jeune maître Qin. Qin Zhong suivait alors à cheval le palanquin de son père. Lorsqu’il vit accourir le serviteur de Baoyu, qui l’invitait à venir prendre une collation, il aperçut au loin le cheval que montait Baoyu, sa housse de selle rabattue, suivant vers le nord la voiture de Xifeng. Il comprit que Baoyu voyageait avec elle, lança son propre cheval à leur poursuite et entra avec eux dans une propriété rurale.
那庄農人家,無多房舍,婦女無處𢌞避。那些村姑庄婦見了鳯姐、寳玉、秦鍾的人品衣服,幾疑天人下降。鳯姐進入茅屋,先命寶玉等出去頑頑。寶玉㑹意,因同秦鍾帶了小厮們各處遊玩。凡庄家動用之物,俱不曾見過的,寳玉見了,都以爲竒,不知何名何用。小厮中有知道的,一一告訴了名目並其用處。寶玉𦗟了,因㸃頭道:「怪道古人詩上說:『誰知盤中食,粒粒皆辛苦。』正爲此也。」一面說,一面又到一間房内,見炕上有個紡車,越𤼵以爲稀竒。小厮們又告以:「紡線織布之用。」寶玉便上炕摇轉作耍。只見一個村妝丫頭,約有十七八歲,走來說道:「别弄壊了!」衆小厮忙喝住了,寳玉也住了手,說道:「我因不曾見過,所以試一試頑兒。」那丫頭道:「你們不會,我轉給你瞧。」秦鍾暗拉寶玉道:「此鄉大有意趣。」寳玉推他道:「再胡說,我就打了。」說着,只見那丫頭紡起線來,果然好看。忽𦗟那邉老婆子呌道:「二丫頭,快過來!」那丫頭丢了紡車,一徑去了。
Cette ferme ne comptait que peu de bâtiments, et les femmes n’avaient nulle part où se retirer. En voyant la beauté et les vêtements de Xifeng, de Baoyu et de Qin Zhong, les jeunes paysannes et les femmes du village crurent presque que des êtres célestes étaient descendus parmi elles.
Xifeng entra dans une chaumière et ordonna d’abord à Baoyu et aux autres d’aller s’amuser dehors. Baoyu comprit son intention et partit explorer les alentours avec Qin Zhong et les jeunes serviteurs. Il n’avait jamais vu aucun des outils employés dans une ferme : tout lui semblait merveilleux, sans qu’il en connût ni le nom ni l’usage. Parmi les serviteurs, ceux qui s’y connaissaient lui en expliquèrent un à un le nom et la fonction. Baoyu les écouta, puis hocha la tête : « Ce n’est donc pas sans raison que les anciens ont écrit : “Qui sait, devant le repas servi, que chaque grain est fruit de peine ?” C’est bien de cela qu’il s’agit. »
Tout en parlant, il entra dans une autre pièce et vit sur le kang un rouet, qu’il trouva plus extraordinaire encore. Les serviteurs lui dirent : « Cela sert à filer le fil dont on tisse l’étoffe. » Baoyu monta sur le kang et se mit à faire tourner la roue pour s’amuser. Une jeune paysanne d’environ dix-sept ou dix-huit ans entra et lui dit : « Ne le cassez pas ! » Les jeunes serviteurs la rabrouèrent aussitôt. Baoyu cessa également de tourner et expliqua : « Comme je n’en avais jamais vu, je voulais seulement l’essayer pour m’amuser. » La jeune fille répondit : « Vous ne savez pas vous en servir. Je vais le faire tourner pour vous montrer. » Qin Zhong tira Baoyu discrètement par la manche et murmura : « La campagne a vraiment bien des charmes. » Baoyu le repoussa : « Encore une sottise, et je te frappe. »
À ces mots, la jeune fille se mit à filer ; c’était en effet fort joli à voir. Soudain, on entendit une vieille femme appeler de l’autre côté : « Eryatou, viens vite ici ! » La jeune fille abandonna le rouet et s’en alla tout droit.
寶玉悵然無趣。只見鳯姐打發人來呌他兩個進去。鳳姐洗了手,換了衣服,問他換不換,寳玉道:「不換。」也就罷了。僕婦們端上茶食菓品來,又倒上香茶來,鳳姐等吃過茶,待他們收拾完偹,便起身上車。外面旺兒預偹賞封,賞了那庄戸人家,那庄婦人等來謝賞。寳玉留心看時,並不見紡線之女。走不多遠,却見這二丫頭懷裡抱了個小孩子,想是他的兄弟,同着幾個小女孩子說笑而來。寳玉情不自禁,然身在車上,只得以目相送。一時電捲風馳,囘頭已無踪跡了。
Baoyu resta déçu et désemparé. Quelqu’un envoyé par Xifeng vint alors appeler les deux garçons. Xifeng s’était lavé les mains et avait changé de vêtements. Elle demanda à Baoyu s’il voulait se changer lui aussi. « Non », répondit-il, et l’on n’insista pas. Les servantes apportèrent des friandises, des fruits et du thé parfumé. Lorsque Xifeng et les autres eurent bu et que tout fut rangé et préparé, ils remontèrent en voiture.
Dehors, Wang’er avait préparé une enveloppe contenant une gratification, qui fut remise aux fermiers. Les femmes de la maison vinrent remercier pour ce don. Baoyu eut beau les observer attentivement, il ne vit pas la jeune fileuse. La voiture n’avait pourtant pas parcouru une grande distance lorsqu’il aperçut Eryatou qui arrivait en riant et en bavardant avec plusieurs fillettes, un petit enfant dans les bras, sans doute son jeune frère. Baoyu ne put retenir son émotion ; mais comme il se trouvait dans la voiture, il dut se contenter de la suivre des yeux. Bientôt, le véhicule fila comme l’éclair, emporté par le vent ; lorsqu’il se retourna, toute trace d’elle avait disparu.
說笑間,忽已赶上大𣩵。早又前面法皷金鐃,幢幡寳蓋,鐵檻寺中僧衆已列路旁。少時到了寺中,另演佛事,重設香壇,安靈于内殿偏室之中,寳珠安理寢室爲伴。外面賈珍𭭎待一應親友,也有擾飯的,也有就告辭的,一一謝過乏,從公、侯、伯、子、男,一起一起的,散至未末方散盡了。裡面的堂客皆是鳯姐陪伴接待,先從誥命散起,也到晌午方散完了。只有幾個近親本族,等做過三日道塲方去呢。那時邢王二夫人知鳯姐必不能囬家,便要進城。王夫人要帶了寶玉同去,寳玉乍到郊外,那裡肯囘去?只要跟鳳姐住着,王夫人只得交與鳯姐而去。
Tout en riant et en conversant, ils rejoignirent soudain le grand cortège funèbre. Déjà retentissaient devant eux les tambours rituels et les cymbales de bronze ; bannières, oriflammes et dais précieux se dressaient dans les airs, tandis que les moines du temple du Seuil de fer s’étaient rangés de chaque côté de la route.
Ils arrivèrent bientôt au temple, où de nouveaux offices bouddhiques furent célébrés. Un autel à encens fut dressé de nouveau et la tablette de l’âme installée dans une pièce latérale du sanctuaire intérieur. Baozhu aménagea la chambre où elle devait lui tenir compagnie. Dehors, Jia Zhen recevait les parents et les amis : certains restaient pour le repas, d’autres prenaient aussitôt congé. Il les remercia tous de leur peine. Ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons partirent groupe après groupe ; ce ne fut que vers la fin de l’heure de la Chèvre que tous se furent dispersés.
À l’intérieur, Xifeng accueillait et accompagnait les parentes et les autres invitées. Les dames pourvues d’un titre impérial furent les premières à partir, mais ce ne fut que vers midi que toutes eurent quitté les lieux. Seuls quelques proches parents et membres du clan devaient attendre la fin des trois jours de cérémonies taoïstes avant de s’en aller.
Madame Xing et Madame Wang, sachant que Xifeng ne pourrait certainement pas rentrer, se disposèrent à retourner en ville. Madame Wang voulut emmener Baoyu ; mais celui-ci, qui venait à peine d’arriver à la campagne, n’avait aucune envie de repartir. Il exigeait de rester avec Xifeng. Madame Wang dut donc le confier à cette dernière avant de s’en aller.
原來這鐵檻寺是寧榮二公當日修造的,現今還有香火地𤱔,以備京中老了人口,在此停靈。其中陰陽兩宅俱是預備妥貼的,好爲送靈人口𭔃居。不想如今後人繁盛,其中貧富不一,或情性參啇,有那家艱難安分的,便住在這裡了;有那有錢𫝑尙排塲的,只說這裡不方便,一定另外或村庄,或尼𤲅,𡬶個下處,爲事𭺾宴退之所。卽今秦氏之喪,族中諸人,皆權在鉄檻寺下榻。獨鳯姐嫌不方便,因遣人來和饅頭𤲅的姑子净虛說了,騰出兩間房子來做下處。
Le temple du Seuil de fer avait jadis été construit par les deux ducs Ning et Rong. Il possédait encore des terres affectées au financement des offrandes, afin que les membres de la famille morts dans la capitale puissent y demeurer provisoirement avant les funérailles. Des logements pour les morts comme pour les vivants y avaient été aménagés avec soin, afin d’héberger commodément ceux qui accompagnaient les cercueils.
Mais les descendants étaient devenus nombreux ; tous n’avaient ni la même fortune ni les mêmes dispositions, et certaines branches étaient brouillées entre elles. Les familles pauvres qui acceptaient leur condition logeaient donc sur place ; celles qui avaient de l’argent et du pouvoir, et tenaient au faste, prétendaient que l’endroit manquait de commodités. Elles cherchaient ailleurs, dans une propriété rurale ou un couvent de nonnes, un lieu où résider pendant les cérémonies et où se retirer après les banquets.
Pour les funérailles de Qin Keqing, tous les membres du clan avaient provisoirement pris leurs quartiers au temple du Seuil de fer. Seule Xifeng le trouvait incommode. Elle avait donc envoyé quelqu’un prévenir Jingxu, la nonne de l’ermitage des Petits Pains, afin qu’elle libérât deux chambres pour son séjour.
原來這饅頭𤲅就是水月寺,因他廟裡做的饅頭好,就起了這個渾號,離鐵檻寺不遠。當下和尙工課已完,奠過晚茶,賈珍便命賈蓉請鳯姐歇息。鳯姐見還有幾個妯娌陪着女親,自己便辭了衆人,帶了寳玉秦鍾往水月𢊊來。原來秦業年邁多病,不能在此,只命秦鍾等待安靈罷,那秦鍾只跟着鳯姐寳玉。一時到了水月𢊊,凈虛帶領智善智能兩個徒弟出來迎接,大家見過。鳯姐等至凈室更衣净手𭺾,因見智能兒越發長高了,模樣兒越發出息了,因說道:「你們師徒怎麼這些日子也不往我們那裡去?」净虚道:「可是這幾日都没工夫,因胡老爺府裡産了公子,太太送了十兩銀子來這裡,呌請幾位師父念三日『血盆經』,忙的没個空兒,就没來請奶奶的安。」
Cet ermitage des Petits Pains n’était autre que l’ermitage de la Lune sur l’eau. Comme les petits pains qu’on y confectionnait étaient excellents, on lui avait donné ce sobriquet. Il se trouvait non loin du temple du Seuil de fer.
Les moines ayant achevé leurs offices et présenté le thé du soir en offrande, Jia Zhen ordonna à Jia Rong d’inviter Xifeng à aller se reposer. Voyant que plusieurs femmes du clan restaient auprès des parentes de la défunte, Xifeng prit congé de tout le monde et partit pour l’ermitage de la Lune sur l’eau avec Baoyu et Qin Zhong. Qin Ye, âgé et souvent malade, n’avait pu rester sur place ; il avait seulement ordonné à Qin Zhong d’attendre l’installation de la tablette de l’âme. Qin Zhong suivit donc Xifeng et Baoyu.
À leur arrivée, Jingxu sortit à leur rencontre avec ses deux disciples, Zhishan et Zhineng, et tous échangèrent les salutations d’usage. Xifeng et les autres gagnèrent une chambre propre pour changer de vêtements et se laver les mains. Voyant que Zhineng avait encore grandi et que sa beauté s’était épanouie, Xifeng lui dit : « Pourquoi votre maîtresse et vous n’êtes-vous pas venues chez nous depuis si longtemps ? » Jingxu répondit : « C’est que nous n’avons vraiment pas eu un moment de libre ces derniers jours. Comme l’épouse de Monsieur Hu a mis au monde un fils, elle nous a envoyé dix taëls d’argent et demandé à plusieurs maîtres religieux de réciter pendant trois jours le “Sūtra de l’Étang de sang”. Nous avons été si occupées que nous n’avons pas trouvé le temps d’aller présenter nos respects à Madame. »
不言老尼陪着鳯姐,且說秦鍾寳玉二人正在殿上頑耍,因見智能過來,寳玉笑道:「能兒來了。」秦鍾說:「理那東西作什麽?」寶玉笑道:「你别弄鬼!那一日在老太太房裡,一個人没有,你摟着他作什麼?這會子還哄我。」秦鍾笑道:「這可是没有的話。」寶玉道:「有没有也不管你,你只呌住他倒碗茶來我吃,就丢開手。」秦鍾笑道:「這又竒了!你呌他倒去,還怕他不倒?何必要我說呢。」寳玉道:「我呌他倒的是無情意的,不及你呌他倒的是有情意的。」秦鍾只得說道:「能兒倒碗茶來。」那能兒自㓜在榮府走動,無人不識,常與寶玉秦鍾頑笑,如今長大了,漸知風月,便看上了秦鍾人物風流,那秦鍾也愛他妍媚,二人雖未上手,𨚫已情投意合了。智能走去倒了茶來。秦鍾笑說:「給我。」寳玉又呌:「給我!」智能兒抿嘴笑道:「一碗茶也争,難道我手上有𮔉!」寳玉先搶得了,喝着,方要問話,只見智善來呌智能去擺菓碟子,一時來請他兩個去吃茶菓。他兩個那裡吃這些東西?略坐一坐仍出來頑耍。
Laissons la vieille nonne tenir compagnie à Xifeng et parlons de Qin Zhong et de Baoyu, qui s’amusaient dans le sanctuaire. Voyant approcher Zhineng, Baoyu dit en souriant : « Voilà Neng’er. » Qin Zhong répliqua : « Pourquoi t’occuper de cette créature ? » Baoyu rit : « Ne joue pas au fantôme avec moi ! L’autre jour, dans la chambre de l’aïeule, quand il n’y avait personne, pourquoi la tenais-tu dans tes bras ? Et tu veux encore me tromper maintenant ! » Qin Zhong répondit en riant : « Cela n’est jamais arrivé. »
Baoyu dit : « Que ce soit arrivé ou non ne me regarde pas. Appelle-la seulement et demande-lui de me verser un bol de thé ; après cela, je te laisserai tranquille. » Qin Zhong rit : « Voilà qui est étrange ! Demande-le-lui toi-même : crois-tu qu’elle refusera ? Pourquoi faudrait-il que ce soit moi qui parle ? » Baoyu répondit : « Si c’est moi qui lui demande de verser le thé, ce sera sans affection ; si c’est toi, ce sera avec affection. » Qin Zhong dut donc dire : « Neng’er, apporte-nous un bol de thé. »
Depuis son enfance, Zhineng allait et venait au palais Rong, où tout le monde la connaissait. Elle avait souvent joué et plaisanté avec Baoyu et Qin Zhong. À présent qu’elle grandissait, elle commençait à comprendre les affaires d’amour. Séduite par l’élégance de Qin Zhong, tandis que lui-même aimait sa grâce et sa beauté, elle s’accordait déjà de cœur avec lui, bien qu’ils n’en fussent pas encore venus aux actes.
Zhineng alla chercher le thé. Qin Zhong dit en souriant : « Donne-le-moi. » Baoyu cria à son tour : « Donne-le-moi ! » Zhineng pinça les lèvres avec un sourire : « Vous vous disputez même un bol de thé ! Est-ce que j’aurais du miel sur les mains ? » Baoyu réussit à s’en emparer le premier et se mit à boire. Il allait poser une question lorsque Zhishan vint appeler Zhineng pour qu’elle disposât les assiettes de fruits. Peu après, on invita les deux garçons à venir prendre du thé et des fruits. Mais comment auraient-ils eu envie de manger ces choses-là ? Ils restèrent assis un instant, puis ressortirent jouer.
鳳姐也略坐片時,便囘至凈室歇息。老尼相送。此時衆婆娘媳婦見無事,都陸續散了,自去歇息,跟前不過幾個心腹小婢,老尼便趂機說道:「我有一事,要到府裡求太太,先請奶奶一個示下。」鳯姐問:「何事?」老尼道:「阿彌陀佛!只因當日我先在長安縣善才𤲅内出家的時節,那時有個施主姓張,是大財主。他有個女兒小名金哥,那年都徃我廟裡來進香,不想遇見了長安府太爺的小舅子李衙内。那李衙内一心看上,要娶金哥,打發人來求親,不想金哥已受了原任長安守偹的公子的聘定。張家若退親,又怕守偹不依,因此說已有了人家。誰知李公子執意要娶他女兒,張家正無計策,兩處爲難。不料守偹家一知此信,也不問靑紅皂白,便來作踐辱罵,說:『一個女兒許幾家人家?』偏不許退定禮,就打官司告狀起來。那家急了,只得着人上京來𡬶門路,賭氣偏要退定禮。我想如今長安節度雲老爺,與府上相契,可以求太太與老爺說聲,發一封書,求雲老爺和那守偹說一聲,不怕他不依。若是肯行,張家連傾家孝順也都情願。」
Xifeng ne resta elle aussi assise qu’un moment avant de regagner la chambre propre pour se reposer. La vieille nonne l’y accompagna. Comme il n’y avait plus rien à faire, les servantes mariées et les vieilles domestiques s’étaient peu à peu dispersées pour aller se reposer ; seules quelques jeunes servantes de confiance demeuraient auprès de Xifeng. La vieille nonne saisit alors l’occasion : « J’ai une affaire pour laquelle je voulais solliciter Madame au palais ; permettez-moi d’abord de demander les instructions de Madame Xifeng. »
« De quoi s’agit-il ? » demanda Xifeng. La vieille nonne répondit : « Amitābha ! Jadis, lorsque je venais de prendre le voile au couvent Shancai, dans le district de Chang’an, il y avait parmi nos bienfaiteurs un très riche monsieur du nom de Zhang. Il avait une fille dont le petit nom était Jin’ge. Toute la famille venait cette année-là brûler de l’encens dans notre couvent. Or le jeune Li, frère cadet de l’épouse du préfet de Chang’an, rencontra la jeune fille. Il s’éprit d’elle et voulut absolument l’épouser ; il envoya donc quelqu’un demander sa main.
« Malheureusement, Jin’ge était déjà promise au fils de l’ancien commandant militaire de Chang’an. Si les Zhang rompaient les fiançailles, ils craignaient que le commandant ne l’acceptât pas ; ils répondirent donc que leur fille était déjà engagée. Mais le jeune Li s’obstina à vouloir l’épouser, et la famille Zhang, prise entre les deux partis, ne savait plus que faire. Lorsque la famille du commandant apprit la nouvelle, elle ne chercha même pas à distinguer le vrai du faux : elle vint les humilier et les injurier en disant qu’ils promettaient une même fille à plusieurs familles. Elle refusa catégoriquement de reprendre les présents de fiançailles et engagea un procès.
« Acculés, les Zhang ont dû envoyer quelqu’un à la capitale pour chercher des appuis ; par dépit, ils tiennent désormais absolument à rompre les fiançailles. Or Monsieur Yun, l’actuel gouverneur militaire de Chang’an, est en excellents termes avec votre palais. On pourrait demander à Madame Wang d’en parler à Monsieur Jia et de faire envoyer une lettre à Monsieur Yun, afin qu’il dise un mot au commandant. Celui-ci n’oserait certainement pas refuser. Si vous acceptez d’intervenir, la famille Zhang serait prête à se ruiner pour témoigner sa reconnaissance. »
鳯姐聼了笑道:「這事到不大,只是太太再不管這樣的事。」老尼道:「太太不管,奶奶可以主張了。」鳳姐笑道:「我也不等銀子使,也不做這樣的事。」凈虛𦗟了,打去妄想,半晌嘆道:「雖如此說,只是張家已知我來求府裡。如今不管這事,張家不知道没工夫管這事,不希罕他的謝禮,到像府裡連這㸃子手叚也没有的一般。」
Xifeng écouta et répondit en souriant : « L’affaire n’est pas bien importante ; seulement, Madame Wang ne se mêle jamais de choses pareilles. » La vieille nonne dit : « Si Madame Wang ne s’en occupe pas, Madame Xifeng peut en décider elle-même. » Xifeng sourit : « Je ne manque pas d’argent et je ne fais pas ce genre de choses. »
À ces mots, Jingxu renonça à ses vaines espérances. Après un long moment, elle soupira : « C’est vrai. Seulement, la famille Zhang sait déjà que je suis venue solliciter le palais. Si l’on refuse maintenant de s’occuper de l’affaire, les Zhang ne comprendront pas que vous n’avez ni le temps de vous en charger ni le moindre besoin de leur présent de remerciement. Ils croiront plutôt que votre palais n’a même pas assez d’influence pour régler une aussi petite chose. »
鳯姐聼了這話,便發了興頭,說道:「你是素日知道我的,從來不信什麽隂司地獄報應的,凴是什麽事,我說要行就行。你呌他拿三千兩銀子來,我就替他出這口氣。」老尼𦗟說,喜之不勝,忙說:「有,有!這個不難。」鳯姐又道:「我比不得他們扯蓬拉𪺮的圖銀子。這三千兩銀子,不過是給打發去說的小厮們作盤纏,使他賺幾個辛苦錢,我一個錢也不要。便是三萬兩我此刻還拿的出來。」老尼忙答應道:「旣如此,奶奶明日就開恩也罷了。」鳯姐道:「你瞧瞧我忙得,那一處少了我?旣應了你,自然快快的了結。」老尼道:「這㸃子事,在别人眼前,就忙的不知怎麽樣。若是奶奶跟前,再添上些,也不勾奶奶一發揮的。只是俗語說的:能者多勞。太太見奶奶大小事都妥貼,越發都推給奶奶了,奶奶也要保重貴體才是。」一路奉承的話,鳯姐越發受用,也不顧勞乏,更攀談起來。
Ces paroles piquèrent Xifeng au vif. Elle déclara : « Tu me connais depuis longtemps : je n’ai jamais cru aux enfers, aux juges de l’ombre ni à la rétribution des actes. Quelle que soit l’affaire, si je dis qu’elle se fera, elle se fera. Dis-leur d’apporter trois mille taëls d’argent, et je leur obtiendrai réparation. » La vieille nonne, au comble de la joie, s’empressa de répondre : « Ils les ont, ils les ont ! Cela ne présente aucune difficulté. »
Xifeng poursuivit : « Je ne suis pas comme ces gens qui tendent les voiles et tirent les cordages pour gagner de l’argent en servant d’intermédiaires. Ces trois mille taëls ne serviront qu’aux frais de route des jeunes serviteurs chargés de porter le message, afin qu’ils gagnent quelque chose pour leur peine. Je n’en veux pas un seul sapèque. Même s’il me fallait trente mille taëls à l’instant, je pourrais encore les sortir. »
La vieille nonne s’empressa de répondre : « Puisqu’il en est ainsi, que Madame nous accorde sa faveur dès demain. » Xifeng dit : « Regarde donc comme je suis occupée : y a-t-il un seul endroit où l’on puisse se passer de moi ? Mais puisque je t’ai donné ma parole, l’affaire sera naturellement réglée au plus vite. » La vieille nonne répondit : « Devant quelqu’un d’autre, une aussi petite affaire causerait un embarras inimaginable. Mais pour Madame, quand bien même on en ajouterait plusieurs, un seul geste suffirait à toutes les régler. Comme dit le proverbe : plus on est capable, plus on vous impose de peine. Madame Wang voit que vous arrangez à la perfection les grandes affaires comme les petites ; elle vous les abandonne donc chaque jour davantage. Madame doit pourtant prendre soin de sa précieuse santé. »
Flattée ainsi sans relâche, Xifeng y prit un plaisir croissant. Oubliant sa fatigue, elle prolongea encore la conversation.
誰想秦鍾趂黑晚無人,來𡬶智能,剛至後面房中,只見智能獨在那裡洗茶碗,秦鍾便摟着親嘴。智能急的跥脚說:「做什麽!」就要呌喚。秦鍾道:「好人,我已急死了!你今兒再不依我,我就死在這裡。」智能道:「你想怎麽様?除非等我出這牢炕,離了這些人,纔好呢。」秦鍾道:「這也容易,只是遠水救不得近火。」說着一口吹了燈,滿屋𣾰黒,將智能抱到炕上,就雲雨起來。那智能百般挣挫不起,又不好呌的,少不得依的。正在得趣,只見一人進來,將他二人按住,也不出聲,他二人唬得魂飛魄喪。倒是那人「𠷣」的一聲笑了,方知是寳玉。秦鍾連忙起來抱怨道:「這筭什麽?」寳玉道:「你倒不依?偺們就呌喊起來。」羞得智能趂暗中跑了。寶玉拉了秦鍾出來道:「你可還和我强?」秦鍾笑道:「好人,你只别嚷的衆人知道,你要怎樣我都依你。」寶玉笑道:「這會子也不用說,等一會𪾶下再細細的𮅕賬。」一時寛衣安歇的時節,鳯姐在裡間,秦鍾、寶玉在外間,滿地下皆是家下婆子打鋪坐更。鳳姐因怕通靈玉失落,便等寶玉𪾶下,令人拿來㩙在自己枕邉。寶玉不知與秦鍾筭何賬目,未見真切,此係疑案,不敢纂創。一宿無語。
Or Qin Zhong profita de l’obscurité et de l’absence de témoins pour chercher Zhineng. À peine arrivé dans une pièce à l’arrière, il la trouva seule en train de laver des bols à thé. Il la prit aussitôt dans ses bras et l’embrassa. Zhineng, affolée, frappa du pied : « Que faites-vous ? » Elle allait appeler à l’aide. Qin Zhong lui dit : « Ma bonne amie, je meurs de désir ! Si tu ne cèdes pas aujourd’hui, je mourrai ici même. » Zhineng répondit : « Que voulez-vous que je fasse ? Il faudrait d’abord que je sorte de cette prison chauffée, loin de tous ces gens ; alors seulement ce serait possible. » Qin Zhong dit : « Ce serait facile, mais l’eau lointaine ne peut éteindre le feu tout proche. »
Sur ces mots, il souffla la lampe. La pièce entière fut plongée dans une obscurité d’encre. Il porta Zhineng sur le kang et se livra avec elle au jeu des nuages et de la pluie. Zhineng eut beau se débattre de toutes ses forces, elle ne put se dégager ; et comme elle n’osait pas crier, elle dut se soumettre. Ils commençaient à goûter au plaisir lorsque quelqu’un entra, les immobilisa tous les deux sans dire un mot et leur fit presque rendre l’âme de terreur. Mais l’intrus éclata soudain de rire : ils reconnurent alors Baoyu.
Qin Zhong se releva vivement et protesta : « Qu’est-ce que cela signifie ? » Baoyu répondit : « Tu refuses encore d’avouer ? Alors appelons tout le monde à grands cris. » Zhineng, morte de honte, profita de l’obscurité pour s’enfuir. Baoyu entraîna Qin Zhong dehors : « Vas-tu encore me tenir tête ? » Qin Zhong répondit en riant : « Mon bon ami, ne crie surtout pas et ne laisse pas les autres l’apprendre. Je ferai tout ce que tu voudras. » Baoyu sourit : « Inutile d’en parler maintenant. Quand nous serons couchés, nous réglerons nos comptes en détail. »
Au moment de se dévêtir pour la nuit, Xifeng s’installa dans la pièce intérieure, tandis que Qin Zhong et Baoyu occupaient la pièce extérieure. Partout sur le sol, les vieilles domestiques de la maison avaient étendu leur literie pour monter la garde. Craignant que le Jade magique ne se perdît, Xifeng attendit que Baoyu fût couché, puis le fit apporter et le plaça auprès de son propre oreiller. Quant aux comptes que Baoyu régla avec Qin Zhong, on n’a pu en connaître exactement la nature. L’affaire demeure douteuse, et l’on n’oserait rien inventer. La nuit se passa sans autre incident.
至次日一早,便有賈母王夫人打發了人來看寳玉,又命多穿兩件衣服,無事寧可囬去。寳玉那裡肯囬去,又有秦鍾戀着智能,調唆寳玉求鳯姐再住一天。鳯姐想了一想:喪儀大事雖妥,還有些小事未安排,可以指此再住一日,豈不又在賈珍跟前送了滿情;二則又可以完了淨虛的那件事;三則順了寳玉的心。因有此三益,便向寶玉道:「我的事都完了。你要在這裡逛,少不得越發辛苦了,明兒是一定要走的了。」寳玉聼說,千「姐姐」萬「姐姐」的央求:「只住一日,明兒必囬去的。」于是又住了一夜。鳯姐便命悄悄將昨日老尼之事說與來旺兒,旺兒心中俱已明白,急忙進城,找着主文的相公,假托賈璉所嘱,修書一封,連夜徃長安縣來。不過百里之遙,兩日工夫,俱已妥協。那節度使名喚雲光,久見賈府之情,這些小事,豈有不允之理,給了囬書,旺兒囘來,不在話下。
Dès le lendemain matin, l’aïeule Jia et Madame Wang envoyèrent quelqu’un prendre des nouvelles de Baoyu. Elles lui recommandaient aussi de mettre deux vêtements de plus et, s’il n’avait rien à faire, de rentrer de préférence. Mais Baoyu n’avait aucune envie de revenir. Qin Zhong, retenu de son côté par Zhineng, poussa Baoyu à supplier Xifeng de rester encore une journée.
Xifeng réfléchit : les grandes dispositions des funérailles étaient certes réglées, mais quelques détails restaient à arranger ; elle pourrait s’en prévaloir pour demeurer une journée de plus et montrer ainsi à Jia Zhen toute l’étendue de son dévouement. Ensuite, elle pourrait achever l’affaire de Jingxu. Enfin, elle satisferait le désir de Baoyu. Voyant ces trois avantages, elle lui dit : « Mes affaires sont toutes terminées. Si tu veux encore t’amuser ici, il faudra bien que je me donne davantage de peine. Mais demain, nous partirons sans faute. » Baoyu l’entoura alors de mille « grande sœur » et de dix mille « grande sœur », la suppliant : « Restons seulement un jour ; demain, je rentrerai certainement. » Ils demeurèrent donc une nuit de plus.
Xifeng ordonna alors que l’affaire exposée la veille par la vieille nonne fût discrètement rapportée à Laiwang. Celui-ci comprit aussitôt tout ce qu’on attendait de lui et se hâta de regagner la ville. Il trouva le secrétaire chargé de la correspondance et, prétendant agir sur les instructions de Jia Lian, lui fit rédiger une lettre. Il partit dans la nuit pour le district de Chang’an. La distance n’était que d’une centaine de lis, et tout fut arrangé en deux jours.
Le gouverneur militaire se nommait Yun Guang. Depuis longtemps conscient des relations qui l’unissaient à la maison Jia, comment aurait-il pu refuser une affaire aussi insignifiante ? Il remit une réponse écrite, et Laiwang revint. Il n’y a pas lieu d’en dire davantage.
說鳯姐等又過了一日,次日方别了老尼,着他三日後往府裡去討信。那秦鍾與智能,百般不忍分離,背地裡多少幽期宻約,俱不用細述,只得含恨而别。鳯姐又到鉄鑑寺中照望一畨。寶珠執意不肯囘家,賈珍只得𣲖婦女相伴。且𦗟下囘分解。
Xifeng et les autres passèrent donc encore une journée sur place. Le lendemain seulement, elle prit congé de la vieille nonne, en lui disant de venir chercher la réponse au palais trois jours plus tard. Qin Zhong et Zhineng ne pouvaient se résoudre à se séparer. En secret, ils échangèrent bien des promesses de rendez-vous clandestins, qu’il n’est pas nécessaire de rapporter en détail ; ils durent enfin se quitter, pleins de regret.
Xifeng repassa par le temple du Seuil de fer afin d’y veiller une nouvelle fois à toutes choses. Baozhu refusait obstinément de rentrer chez elle ; Jia Zhen dut donc désigner des femmes pour lui tenir compagnie. Écoutons les explications du prochain récit.
Notes
寶玉 : le prince décompose ici le nom de Baoyu en 寶, « trésor », et 玉, « jade », en rapport avec le joyau trouvé dans sa bouche à sa naissance.
雛鳳清於老鳳聲 : citation d’un poème de Li Shangyin ; le « jeune phénix » dont la voix surpasse celle du vieux annonce qu’un fils pourra dépasser son père.
鐵檻寺/饅頭庵 : les deux noms évoquent un dicton bouddhique selon lequel même un seuil de fer ne protège pas de la mort, qui finit par imposer à tous le « petit pain de terre », c’est-à-dire le tertre funéraire.
血盆經 : texte rituel récité pour délivrer les femmes de l’« Étang de sang », enfer auquel certaines croyances populaires associaient le sang de l’accouchement.
扯蓬拉縴 : littéralement « tendre la voile et tirer le câble » ; image des intermédiaires qui manœuvrent en coulisse et prélèvent une commission.
雲雨 : « nuages et pluie », expression littéraire désignant l’union sexuelle, issue de l’allusion à la déesse du mont Wu.
三千兩 : Xifeng présente cette somme considérable comme de simples frais de route, manière ironique de masquer l’extorsion sous une faveur désintéressée.