Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 117 Deux belles empêchent qu’il ne dépasse le monde et protègent ensemble le Jade ; un mauvais fils se réjouit d’ameuter sa bande et assume seul la maison
阻超凡佳人雙䕶玉 欣聚黨惡子獨承家
Deux belles empêchent qu’il ne dépasse le monde et protègent ensemble le Jade
un mauvais fils se réjouit d’ameuter sa bande et assume seul la maison
話說王夫人打發人来呌寶釵過去商量,寳玉聼見說是和尙在外頭,赶忙的獨自一人走到前頭,嘴裡亂嚷道:「我的師父在那裡?」呌了半天,並不見有和尚,只得走到外面。見李貴將和尚攔住,不放他進來。寳玉便說道:「太太呌我請師父進去。」李貴𦗟了鬆了手,那和尚便搖搖擺擺的進去。寶玉看見那僧的形狀與他死去時所見的一般,心裡早有些明白了,便上前施禮,連呌:「師父,弟子迎候来遲。」那僧說:「我不要你們接待,只要銀子,拿了来我就走。」寳玉𦗟來又不像有道行的話,看他滿頭癩瘡,混身𦞴𦢤破爛,心裡想道:「自古說『真人不露相,露相不真人』,也不可當面錯過,我且應了他謝銀,並探探他的口氣。」便說道:「師父不必性急,現在家母料理,請師父坐下略等片刻。弟子請問,師父可是從『太虛幻境』而來?」那和尚道:「什麽幻境,不過是來處來去處去罷了!我是送還你的玉来的。且我問你,那玉是從那裡來的?」寶玉一時對答不來。那僧笑道:「你自己的來路還不知,便來問我!」寳玉本來頴悟,又經㸃化,早把紅塵看破,只是自己的底裡未知;一聞那僧問起玉来,好像當頭一棒,便說道:「你也不用銀子了,我把那玉𮟃你罷。」那僧笑道:「也該𮟃我了。」
Madame Wang avait donc envoyé quelqu’un chercher Baochai afin de se concerter avec elle. Lorsque Baoyu entendit dire que le moine était dehors, il se précipita seul vers l’avant de la demeure en criant à tort et à travers : « Où est mon maître ? » Il eut beau appeler longtemps, il ne vit aucun moine et dut sortir. Là, il trouva Li Gui qui barrait le passage au moine et refusait de le laisser entrer. Baoyu lui dit : « Madame m’envoie inviter mon maître à entrer. » À ces mots, Li Gui relâcha sa prise, et le moine entra en se dandinant. Baoyu reconnut en lui le religieux qu’il avait vu lorsqu’il était passé pour mort ; il commença à comprendre et s’avança pour le saluer, répétant : « Maître, votre disciple a tardé à venir vous accueillir. » Le moine répondit : « Je ne veux pas de votre accueil, je ne veux que de l’argent. Donnez-m’en et je repartirai. » Ces paroles ne parurent guère à Baoyu celles d’un homme accompli dans la Voie ; mais, voyant son crâne couvert de dartres et ses vêtements crasseux et déchirés de la tête aux pieds, il songea : « Depuis toujours, on dit que le véritable sage ne montre pas son apparence et que celui qui la montre n’est pas un véritable sage. Je ne dois pas laisser passer cette rencontre à cause des apparences. Je vais d’abord lui promettre son argent, puis tâcher de le sonder. » Il dit donc : « Maître, inutile de vous impatienter. Ma mère s’occupe en ce moment de tout préparer ; veuillez vous asseoir et attendre un instant. Votre disciple voudrait vous demander si vous venez du Pays illusoire du Grand Vide. » Le moine répondit : « Quel pays illusoire ? On vient seulement du lieu d’où l’on vient, et l’on va au lieu où l’on va ! Je suis venu te rendre ton jade. Mais dis-moi d’abord : d’où vient-il ? » Baoyu ne sut que répondre. Le moine se mit à rire : « Tu ne connais même pas le chemin par lequel tu es venu, et tu prétends m’interroger ! » Baoyu était naturellement perspicace et, après avoir reçu cette révélation, il avait depuis longtemps percé à jour le monde de poussière ; il ignorait seulement sa propre origine. En entendant le moine l’interroger sur le jade, il eut l’impression de recevoir un coup de bâton en plein crâne et répondit : « Vous n’avez plus besoin d’argent : je vais vous rendre ce jade. » Le moine rit : « Il est bien temps de me le rendre. »
寳玉也不答言,徃裡就跑,是到自己院内,見寳釵襲人等都到王夫人那裡去了,忙向自己床邊取了那玉,便走出來,迎面碰見了襲人,撞了一個滿懷,把襲人唬了一跳,說道:「太太說,你陪着和尚坐着狠好,太太在那裡打𮅕送他些銀兩。你又囬来做什麽?」寳玉道:「你快去囘太太,說不用張羅銀兩了,我把這玉𮟃了他就是了。」襲人𦗟說,卽忙拉住寳玉道:「這斷使不得的!那玉就是你的命,若是他拿去了,你又要病着了。」寳玉道:「如今不再病的了,我已經有了心了,要那玉何用!」摔脫襲人,便要想走。襲人急得赶着嚷道:「你囬来,我告訴你一句話。」寳玉囬過頭來道:「没有什麽說的了。」襲人顧不得什麽,一面赶着跑,一面嚷道:「上囬丢了玉,几乎没有把我的命要了!剛剛兒的有了,你拿了去,你也活不成,我也活不成了!你要還他,除非是呌我𭮀了!」說着,赶上一把拉住。
Sans répondre davantage, Baoyu courut à l’intérieur. Arrivé dans sa propre cour, il vit que Baochai, Xiren et les autres étaient toutes chez Madame Wang. Il prit en hâte le jade au chevet de son lit et ressortit. Il se heurta de plein fouet à Xiren, qui en sursauta : « Madame dit qu’il est fort bien que vous teniez compagnie au moine. Elle est en train de préparer de l’argent pour le renvoyer. Pourquoi revenez-vous encore ? » Baoyu répondit : « Va vite dire à Madame qu’il n’est plus nécessaire de préparer de l’argent : je n’ai qu’à lui rendre ce jade. » À ces mots, Xiren le saisit aussitôt : « Cela, jamais ! Ce jade est votre vie même. S’il l’emporte, vous allez encore tomber malade. » Baoyu répondit : « Désormais, je ne serai plus malade. J’ai déjà trouvé mon propre cœur : à quoi ce jade pourrait-il encore me servir ? » Il s’arracha aux mains de Xiren et voulut partir. Affolée, elle le poursuivit en criant : « Revenez ! J’ai quelque chose à vous dire. » Baoyu tourna la tête : « Il n’y a plus rien à dire. » Sans plus se soucier des convenances, Xiren courut derrière lui en criant : « La dernière fois que le jade a disparu, j’ai failli en mourir ! À peine l’avez-vous retrouvé que vous voulez l’emporter : ni vous ni moi n’y survivrons ! Si vous voulez le lui rendre, il faudra d’abord que je sois morte ! » Là-dessus, elle le rattrapa et l’empoigna de nouveau.
寳玉急了道:「你死也要𮟃,你不死也要還!」狠命的把襲人一推,抽身要走。怎奈襲人兩隻手繞着寳玉的帶子不放鬆,哭喊着坐在地下。裡面的丫頭𦗟見連忙赶來,瞧見他兩個人的神情不好,只聼見襲人哭道:「快告訴太太去,寳二爺要把那玉去還和尚呢!」丫頭赶忙飛報王夫人。那寳玉更加生氣,用手来掰開了襲人的手,幸𧇊襲人忍痛不放。紫鵑在屋裡聽見寳玉要把玉給人,這一急比别人更甚,把素日冷談寳玉的主意都忘在九霄雲外了,連忙跑出來帮着抱住寳玉。那寳玉雖是個男人,用力摔住,怎奈兩個人死命的抱住不放,也難脫身,嘆口氣道:「爲一塊玉這様死命的不放,若是我一個人走了,又待怎麽様呢?」襲人紫鵑聼到那裡,不禁嚎啕大哭起来。
Baoyu s’emporta : « Morte ou vivante, tu ne m’empêcheras pas de le rendre ! » Il repoussa Xiren de toutes ses forces et voulut s’échapper. Mais elle avait passé ses deux bras autour de sa ceinture et ne la lâchait plus ; assise par terre, elle pleurait et criait. En entendant le vacarme, les servantes accoururent de l’intérieur. Voyant leur attitude à tous deux, elles comprirent que l’affaire tournait mal et entendirent Xiren sangloter : « Allez vite prévenir Madame ! Le second maître Bao veut emporter le jade pour le rendre au moine ! » Une servante courut porter la nouvelle à Madame Wang. Baoyu, de plus en plus irrité, essaya d’ouvrir de force les mains de Xiren ; malgré la douleur, elle s’obstinait heureusement à ne pas lâcher prise. Dans la chambre, Zijuan entendit que Baoyu voulait donner le jade à quelqu’un. Son affolement fut plus grand encore que celui des autres : elle oublia jusqu’à sa résolution habituelle de traiter Baoyu avec froideur, courut dehors et aida Xiren à l’enserrer. Baoyu avait beau être un homme et se débattre de toutes ses forces, les deux jeunes femmes s’accrochaient à lui comme si leur vie en dépendait, si bien qu’il ne parvenait pas à se dégager. Il soupira : « Pour un morceau de jade, vous vous cramponnez à moi comme si vous alliez mourir. Mais si je partais tout seul, que feriez-vous donc ? » En entendant cela, Xiren et Zijuan éclatèrent en grands sanglots.
正在難分難解,王夫人寳釵急忙赶來,見是這様形景,便哭着喝道:「寳玉,你又瘋了嗎!」寳玉見王夫人來了,明知不能脫身,只得陪笑說道:「這當什麽,又呌太太着急。他們總是這様大驚小怪的,我說那和尙不近人情,他必要一萬銀子,少一個不能。我生氣進來拿這玉還他,就說是假的,要這玉幹什麽。他見得我們不希罕那玉,便隨意給他些就過去了。」王夫人道:「我打諒眞要還他,這也罷了。爲什麽不告訴明白了他們,呌他們哭哭喊喊的像什麽。」寳釵道:「這麽說呢倒還使得。要是眞拿那玉給他,那和尚有些古怪,倘或一給了他,又閙到家口不寧,豈不是不成事了麽?至於銀錢呢,就把我的頭面折變了,也還彀了呢。」王夫人聼了道:「也罷了,且就這麽辦罷。」寳玉也不囘答。只見寳釵走上來在寶玉手裡拿了這玉,說道:「你也不用出去,我合太太給他錢就是了。」寳玉道:「玉不還他也使得,只是我還得當面見他一見纔好。」襲人等仍不肯放手,到底寳釵明决,說:「放了手由他去就是了。」襲人只得放手。寳玉笑道:「你們這些人原來重玉不重人哪。你們旣放了我,我便跟着他走了,看你們就守着那塊玉怎麽様!」襲人心裡又着急起來,仍要拉他,只碍着王夫人和寳釵的面前,又不好太露輕薄。恰好寳玉一撒手就走了。襲人忙呌小丫頭在三門口傳了焙茗等,「告訴外頭照應着二爺,他有些瘋了。」小丫頭答應了出去。
Tandis que la lutte se poursuivait sans que personne pût l’emporter, Madame Wang et Baochai arrivèrent en toute hâte. À cette vue, Madame Wang cria en pleurant : « Baoyu, es-tu encore devenu fou ? » Sachant qu’il ne pouvait plus s’échapper, Baoyu prit un sourire conciliant : « Ce n’est rien, et voilà encore Madame alarmée. Elles font toujours toute une histoire du moindre incident. Je disais seulement que ce moine était déraisonnable : il exigeait absolument dix mille taëls, sans en rabattre un seul. Dans ma colère, je suis revenu prendre ce jade pour le lui rendre en prétendant qu’il était faux et que nous n’en avions aucun usage. Quand il verra que nous n’y tenons pas, il acceptera ce qu’on voudra bien lui donner et l’affaire sera réglée. » Madame Wang répondit : « Je croyais que tu voulais vraiment le lui rendre. Soit ! Mais pourquoi ne pas leur avoir expliqué clairement les choses, au lieu de les laisser pleurer et crier de la sorte ? » Baochai dit : « Présentée ainsi, l’idée peut encore se défendre. Mais si vous lui donniez réellement le jade, ce moine est assez étrange pour provoquer de nouveaux désordres dans la famille dès qu’il l’aurait reçu ; l’affaire deviendrait alors impossible à réparer. Quant à l’argent, même s’il fallait vendre toutes mes parures, nous en aurions encore assez. » Madame Wang répondit : « Soit, faisons donc ainsi pour le moment. » Baoyu ne répondit pas. Baochai s’avança, lui prit le jade des mains et dit : « Vous n’avez pas besoin de ressortir. Madame et moi nous lui donnerons l’argent. » Baoyu répondit : « Je peux ne pas lui rendre le jade, mais il faut tout de même que je le revoie face à face. » Xiren et les autres refusaient encore de le lâcher ; Baochai trancha enfin avec fermeté : « Lâchez-le et laissez-le aller. » Xiren dut obéir. Baoyu rit : « Ainsi, vous autres, vous tenez au jade et non à l’homme ! Puisque vous m’avez lâché, je vais partir avec lui ; nous verrons ce que vous deviendrez en gardant votre morceau de jade ! » Xiren s’alarma de nouveau et voulut encore l’arrêter, mais devant Madame Wang et Baochai elle n’osa montrer trop ouvertement une telle familiarité. Baoyu en profita pour s’échapper. Xiren chargea aussitôt une petite servante de transmettre un ordre à Beiming et aux autres, près de la troisième porte : « Dis à ceux de l’extérieur de veiller sur le second maître : il a quelque peu perdu la raison. » La petite servante acquiesça et sortit.
王夫人寳釵等進來坐下,問起襲人來由,襲人便將寳玉的話細細說了。王夫人寳釵甚是不放心,又呌人出去吩咐衆人伺候,聼着和尚說些什麽。囬来小丫頭傳話進來囬王夫人道:「二爺真有些瘋了。外頭小厮們說,裡頭不給他玉,他也没法,如今身子出來了,求着那和尙帶了他去。」王夫人聼了說道:「這還了得!那和尙說什麽來着?」小丫頭囘道:「和尙說要玉不要人。」寶釵道:「不要銀子了麽?」小丫頭道:「没聼見說,後来和尙合二爺兩個人說着笑着,有好些話外頭小厮們都不大懂。」王夫人道:「糊𡍼東西,𦗟不出來,學是自然學得來的。」便呌小丫頭:「你把那小厮呌進來。」小丫頭連忙出去呌進那小厮,站在廊下,隔着𥦗戸請了安。
Madame Wang, Baochai et les autres rentrèrent s’asseoir et interrogèrent Xiren sur l’origine de la scène. Elle leur rapporta en détail les paroles de Baoyu. Madame Wang et Baochai demeuraient fort inquiètes ; elles envoyèrent encore quelqu’un ordonner à tous de le surveiller et d’écouter ce que dirait le moine. Peu après, une petite servante revint faire son rapport à Madame Wang : « Le second maître a vraiment un peu perdu la raison. Les jeunes domestiques de l’extérieur disent que, puisqu’on ne lui donne pas le jade, il ne peut rien faire ; mais maintenant qu’il est lui-même ressorti, il supplie le moine de l’emmener. » Madame Wang s’écria : « Voilà qui dépasse toutes les bornes ! Qu’a répondu le moine ? » La servante répondit : « Le moine a dit qu’il voulait le jade, non l’homme. » Baochai demanda : « Ne veut-il plus d’argent ? » La servante répondit : « Je ne l’ai pas entendu en parler. Ensuite, le moine et le second maître ont causé et ri ensemble ; ils ont dit beaucoup de choses que les jeunes domestiques n’ont guère comprises. » Madame Wang dit : « Ces imbéciles n’ont peut-être pas compris, mais ils doivent bien pouvoir répéter ce qu’ils ont entendu. » Elle ordonna à la petite servante : « Fais entrer l’un de ces garçons. » Celle-ci sortit aussitôt le chercher. Il se tint sous la galerie et, à travers la fenêtre, présenta ses respects.
王夫人便問道:「和尙和二爺的話你們不懂,難道學也學不来嗎?」那小厮囘道:「我們只聼見說什麼『大荒山』,什麽『青埂峯』,又說什麼『太虛境』,『斬㫁塵緣』這些話。」王夫人聼了也不懂。寳釵聼了,唬得兩眼直瞪,半句話都没有了。正要呌人出去拉寳玉進来,只見寳玉笑嘻嘻的進來說:「好了,好了。」寳釵仍是發怔。王夫人道:「你瘋瘋顛顛的說的是什麽?」寳玉道:「正經話又說我瘋顛。那和尚與我原認得的,他不過也是要來見我一見。他何嘗是眞要銀子呢,也只當化個善緣就是了。所以說明了他自己就飄然而去了。這可不是好了麽!」王夫人不信,又隔着窻戸問那小厮。那小厮連忙出去問了門上的人,進來囬說:「果然和尚走了。說請太太們放心,我原不要銀子,只要寳二爺時常到他那裡去去就是了。諸事只要隨緣,自有一定的道理。」王夫人道:「原來是個好和尚,你們曾問住在那裡?」門上道:「奴才也問來著,他說我們二爺是知道的。」王夫人問寳玉道:「他到底住在那裡?」寳玉笑道:「這個地方說遠就遠,說近就近。」寳釵不待說完,便道:「你醒醒兒罷,别儘着迷在裡頭。現在老爺太太就疼你一個人,老爺還吩咐呌你幹功名長進呢。」寳玉道:「我說的不是功名麽!你們不知道,『一子出家,七祖昇天』呢。」王夫人聼到那裡,不覺傷心起來,說:「我們的家運怎麽好,一個四丫頭口口聲聲要出家,如今又添出一個来了。我這様個日子過他做什麽!」說着,大哭起來。寳釵見王夫人傷心,只得上前苦勸。寳玉笑道:「我說了這一句頑話,太太又認起真来了。」王夫人止住哭聲道:「這些話也是混說的麽!」
Madame Wang lui demanda : « Vous n’avez pas compris la conversation du moine avec le second maître ; mais ne pouvez-vous donc même pas la répéter ? » Le jeune domestique répondit : « Nous avons seulement entendu parler de la montagne des Grandes-Solitudes, du pic Qinggeng, du monde du Grand Vide, puis de “trancher les liens du monde de poussière”, et d’autres choses semblables. » Madame Wang n’y comprit rien non plus. Mais Baochai, terrifiée, ouvrit de grands yeux et resta sans voix. Elle allait ordonner qu’on ramenât Baoyu de force lorsqu’il entra, tout souriant, en disant : « Tout va bien, tout va bien ! » Baochai demeurait interdite. Madame Wang demanda : « Quelles folies racontes-tu encore ? » Baoyu répondit : « Dès que je dis quelque chose de sérieux, vous prétendez que je délire. Ce moine et moi nous connaissions déjà ; il voulait seulement venir me revoir. Il n’a jamais réellement désiré d’argent : il faisait seulement semblant de demander une aumône afin de nouer une bonne affinité. Après que nous nous sommes expliqués, il est reparti de lui-même, léger comme le vent. N’est-ce pas la preuve que tout va bien ? » Madame Wang, qui n’en croyait rien, interrogea de nouveau le jeune domestique à travers la fenêtre. Celui-ci sortit aussitôt questionner les gens de la porte, puis revint rapporter : « Le moine est effectivement parti. Il a dit : “Que ces dames se rassurent. Je n’ai jamais voulu d’argent ; je demande seulement que le second maître Bao vienne de temps à autre chez moi. En toute chose, il faut suivre les affinités : tout obéit naturellement à un principe fixé.” » Madame Wang dit : « C’était donc un bon moine. Lui avez-vous demandé où il demeurait ? » Le portier répondit : « Votre serviteur le lui a demandé ; il a dit que notre second maître le savait. » Madame Wang interrogea Baoyu : « Mais enfin, où demeure-t-il ? » Baoyu sourit : « Ce lieu est loin si on le dit loin, et proche si on le dit proche. » Sans lui laisser finir sa phrase, Baochai dit : « Réveillez-vous donc et cessez de vous perdre dans ces rêveries. À présent, Monsieur et Madame n’ont plus que vous à chérir, et Monsieur vous a ordonné de travailler afin d’acquérir un nom et de progresser dans le monde. » Baoyu répondit : « Ne suis-je pas justement en train de parler d’acquérir un nom ? Vous ne savez donc pas que, lorsqu’un fils entre en religion, sept générations de ses ancêtres montent au ciel ? » En entendant cela, Madame Wang ne put retenir son chagrin : « Comme le destin de notre famille est heureux ! La quatrième demoiselle répète sans cesse qu’elle veut entrer en religion, et voilà qu’il en vient maintenant un autre ! Pourquoi continuerais-je à vivre ainsi ? » Elle éclata en sanglots. Voyant son chagrin, Baochai dut s’avancer pour la consoler de son mieux. Baoyu rit : « Je n’ai dit qu’une plaisanterie, et Madame la prend encore au sérieux. » Madame Wang cessa de pleurer et répondit : « Sont-ce donc des choses que l’on peut dire à la légère ? »
正閙着,只見丫頭来囘話:「璉二爺囬來了,顔色大變,說請太太囬去說話。」王夫人又吃了一驚,說道:「將就些,呌他進來罷,小嬸子也是舊親,不用𢌞避了。」賈璉進来,見了王夫人請了安。寳釵迎着也問了賈璉的安。囬說道:「剛纔接了我父親的書信,說是病重的狠,呌我就去,若遲了恐怕不能見面。」說到那裡,眼淚便掉下來了。王夫人道:「書上寫的是什麽病?」賈璉道:「寫的是感冐風寒起來的,如今成了癆病了。現在危急,耑差一個人連日連夜赶来的,說如若再躭擱一兩天就不能見面了。故来囬太太,侄兒必得就去纔好。只是家裡没人照𬋩。薔兒芸兒雖說糊塗,到底是個男人,外頭有了事來𮟃可傳個話。侄兒家裡倒没有什麽事,秋桐是天天哭着喊着不願意在這裡,侄兒呌了他娘家的人來領了去了,倒省了平兒好些氣。雖是巧姐没人照應,還虧平兒的心不狠壊。妞兒心裡也明白,只是性氣比他娘還剛硬些,求太太時常𬋩教𬋩教他。」說着眼圈兒一紅,連忙把腰裡拴㯽榔荷包的小絹子拉下来擦眼。王夫人道:「放着他親祖母在那裡,托我做什麽。」賈璉輕輕的說道:「太太要說這個話,侄兒就該活活兒的打死了。没什麽說的,總求太太始終疼姪兒就是了。」說着,就跪下來了。王夫人也眼圈兒紅了,說:「你快起來,娘兒們說話兒,這是怎麽說。只是一件,孩子也大了,倘或你父親有個一差二錯又躭擱住了,或者有個門當戸對的来說親,𮟃是等你囬來,𮟃是你太太作主?」賈璉道:「現在太太們在家,自然是太太們做主,不必等我。」王夫人道:「你要去,就冩了禀帖給二老爺送個信,說家下無人,你父親不知怎様,快請二老爺將老太太的大事早早的完結,快快囬来。」
Au milieu de cette agitation, une servante vint annoncer : « Le second maître Lian est rentré. Son visage est complètement bouleversé et il prie Madame de revenir pour lui parler. » Madame Wang eut un nouveau saisissement : « Qu’il fasse avec la situation et entre ici. Sa jeune belle-sœur est aussi une parente de longue date ; il n’est pas nécessaire qu’elle se retire. » Jia Lian entra et présenta ses respects à Madame Wang. Baochai vint également le saluer. Il dit : « Je viens de recevoir une lettre de mon père. Il est très gravement malade et me demande de partir aussitôt ; si je tarde, il craint que je n’arrive pas à temps pour le revoir. » À ces mots, les larmes lui vinrent aux yeux. Madame Wang demanda : « De quelle maladie parle la lettre ? » Jia Lian répondit : « Il est écrit que cela a commencé par un refroidissement, mais que c’est maintenant devenu une maladie de consomption. Il est en danger de mort. On a spécialement envoyé un homme qui a voyagé jour et nuit ; il dit que, si je tarde encore d’un jour ou deux, je ne le verrai plus vivant. Je suis donc venu en informer Madame : votre neveu doit partir sans délai. Seulement, il ne restera personne pour veiller sur la maison. Qiang et Yun sont certes des étourdis, mais ce sont tout de même des hommes ; s’il se produit quelque chose à l’extérieur, ils pourront transmettre un message. Dans ma propre maison, il ne reste plus guère de difficulté : Qiutong pleurait et criait chaque jour qu’elle ne voulait plus demeurer ici ; j’ai fait venir les gens de sa famille pour la reprendre, ce qui a épargné bien des contrariétés à Ping’er. Qiaojie n’aura certes personne d’autre pour veiller sur elle, mais heureusement Ping’er n’a pas mauvais cœur. La petite comprend aussi les choses ; seulement, son caractère est encore plus inflexible que celui de sa mère. Je prie Madame de la surveiller et de l’instruire de temps à autre. » Ses yeux rougirent. Il détacha précipitamment de sa ceinture le petit mouchoir fixé à sa bourse à noix de bétel et s’essuya les yeux. Madame Wang dit : « Puisqu’elle a sa propre grand-mère ici, pourquoi me la confier ? » Jia Lian répondit à voix basse : « Si Madame tient ce langage, votre neveu mériterait d’être battu à mort sur-le-champ. Je n’ai rien d’autre à dire : je supplie seulement Madame de continuer jusqu’au bout à témoigner son affection à votre neveu. » Là-dessus, il s’agenouilla. Les yeux de Madame Wang rougirent à leur tour : « Relève-toi vite. Nous parlons entre mère et fils ; à quoi bon agir ainsi ? Il n’y a qu’une chose : l’enfant a déjà grandi. Si ton père avait quelque accident et que tu fusses retenu là-bas, et si une famille de condition assortie venait demander sa main, faudrait-il attendre ton retour ou laisser Madame Xing décider ? » Jia Lian répondit : « Puisque ces dames sont actuellement à la maison, il leur appartient naturellement de décider ; nul besoin de m’attendre. » Madame Wang dit : « Si tu pars, rédige une requête pour avertir Jia Zheng. Dis-lui qu’il ne reste personne à la maison et que l’on ignore l’état de ton père ; prie-le d’achever au plus tôt les funérailles de l’aïeule et de revenir sans tarder. »
賈璉答應了「是」,正要走出去,復轉囬来囬說道:「偺們家的家下人家裡還彀使喚,只是園裡没有人太空了。包勇又跟了他們老爺去了;姨太太住得房子,薛二爺已搬到自己的房子内住了;園裡一帶屋子都空着,惑没照應,還得太太呌人常查看查看。那櫳翠菴原是偺們家的地基,如今妙玉不知那裡去了,所有的根基他的當家女尼不敢自己作主,要求府裡一個人管理管理。」王夫人道:「自己的事𮟃閙不淸,還擱得住外頭的事麽。這句話好歹别呌四丫頭知道,若是他知道了,又要吵着出家的念頭出來了。你想偺們家什麽様的人家,好好的姑娘出了家,𮟃了得!」賈璉道:「太太不提起姪兒也不敢說,四妹妹倒底是東府裡的,又没有父母,他親哥哥又在外頭,他親嫂子又不大說的上話。姪兒𦗟見要尋𭮀覔活了好幾次。他旣是心裡這麽着的了,若是牛着他,將來倘或認真尋了死,比出家更不好了。」王夫人聼了㸃頭道:「這件事真真呌我也難擔。我也做不得主,由他大嫂子去就是了。」
Jia Lian répondit qu’il obéirait et allait sortir, mais il revint encore sur ses pas : « Nous avons assez de domestiques dans la maison pour assurer le service ; seulement, il ne reste personne dans le jardin, qui est beaucoup trop désert. Baoyong est reparti avec son maître ; le second maître Xue a quitté les appartements où demeurait sa tante maternelle pour retourner dans sa propre maison. Tous les bâtiments du jardin sont donc vides. De peur qu’il ne s’y produise quelque incident faute de surveillance, Madame devra faire envoyer régulièrement quelqu’un pour les inspecter. Quant à l’ermitage des Bambous verts, le terrain appartient à notre famille. Maintenant que personne ne sait où est passée Miaoyu, la religieuse qui administre l’ermitage n’ose prendre seule aucune décision concernant les lieux et demande que le palais désigne quelqu’un pour s’en charger. » Madame Wang répondit : « Nous ne parvenons déjà pas à mettre de l’ordre dans nos propres affaires ; comment pourrions-nous encore nous occuper de celles du dehors ? Quoi qu’il arrive, ne laisse pas la quatrième demoiselle apprendre cela. Si elle le savait, son idée d’entrer en religion lui reprendrait de plus belle. Songe à la sorte de famille qu’est la nôtre : si une jeune fille de bonne maison entrait en religion, où en serions-nous ? » Jia Lian répondit : « Si Madame n’en avait pas parlé, votre neveu n’aurait pas osé aborder le sujet. Ma quatrième sœur appartient après tout au palais de l’Est. Elle n’a plus ni père ni mère, son frère germain est au loin et sa belle-sœur n’a guère d’autorité sur elle. J’ai entendu dire qu’elle avait déjà tenté plusieurs fois de se donner la mort. Puisqu’elle a cette idée au cœur, si nous nous obstinons à l’en empêcher et qu’un jour elle se tue réellement, ce sera pire encore que son entrée en religion. » Madame Wang hocha la tête : « Cette affaire est vraiment trop lourde pour moi aussi. Je ne peux pas en décider ; que sa belle-sœur aînée en fasse donc à son gré. »
賈璉又說了幾句纔出來,呌了衆家人來交代淸楚,寫了書,收拾了行裝,平兒等不免叮嚀了好些話。只有巧姐兒𢡖傷的了不得,賈璉又欲托王仁照應,巧姐到底不願意。聼見外頭托了芸薔二人,心裡更不受用,嘴裡𨚫說不出來,只得送了他父親,謹謹慎慎的隨着平兒過日子。豐兒小紅因鳳姐去世,告假的告假,告病的告病,平兒意欲接了家中一個姑娘來,一則給巧姐作伴,二則可以帶量他。遍想無人,秖有喜鸞四姐兒是賈母舊日鍾愛的,偏偏四姐兒新近出了嫁了,喜鸞也有了人家兒,不日就要出閣,也只得罷了。
Jia Lian ajouta encore quelques paroles avant de sortir. Il convoqua tous les intendants, leur donna des instructions précises, écrivit ses lettres et prépara ses bagages. Ping’er et les autres lui firent naturellement mille recommandations. Seule Qiaojie était inconsolable. Jia Lian voulut encore la confier à Wang Ren, mais elle s’y refusa absolument. Lorsqu’elle apprit qu’à l’extérieur il avait remis les affaires à Jia Yun et Jia Qiang, elle en fut plus malheureuse encore, sans pouvoir exprimer ce qu’elle ressentait. Elle dut laisser partir son père et continua à vivre auprès de Ping’er avec la plus grande prudence. Depuis la mort de Xifeng, Feng’er et Xiaohong avaient, l’une après l’autre, demandé congé ou prétexté une maladie. Ping’er songea à faire venir de sa propre famille une jeune fille qui, d’une part, tiendrait compagnie à Qiaojie et, d’autre part, l’aiderait à veiller sur elle. Elle eut beau chercher, elle ne trouva personne. Il n’y avait que Xiluan et Sijie’er, autrefois particulièrement chéries de l’aïeule Jia ; mais Sijie’er venait précisément de se marier, et Xiluan était elle aussi promise et devait bientôt quitter le gynécée. Ping’er dut donc renoncer.
且說賈芸賈薔送了賈璉,便進來見了邢王二夫人。他兩個倒替着在外書房住下,日間便與家人厮閙,有時找了幾個朋友吃個車篐轆㑹,甚至聚賭,裡頭那裡知道。一日邢大舅王仁來,瞧見了賈芸賈薔住在這裡,知他熱閙,也就借着照看的名兒時常在外書房設局賭錢喝酒。所有幾個正經的家人,賈政帶了幾個去,賈璉又跟去了幾個,只有那頼林諸家的兒子姪兒。那些少年托着老子娘的福吃喝慣了的,那知當家立計的道理。况且他們長輩都不在家,便是没籠頭的馬了,又有兩個旁主人慫恿,無不樂爲。這一閙,把個榮國府閙得没上没下,没裡没外。那賈薔還想勾引寳玉,賈芸攔住道:「寳二爺那個人去運氣的,不用惹他。那一年我給他說了一門子絶好的親,父親在外頭做稅官,家裡開幾個當舖,姑娘長的比仙女兒𮟃好看。我巴巴兒的細細的寫了一封書子給他,誰知他没造化——」說到這裡,瞧了瞧左右無人,又說:「他心裡早和偺們這個二嬸娘好上了。你没聼見說,𮟃有一個林姑娘呢,弄的害了相思病𭮀的,誰不知道。這也罷了,各自的姻𡟇罷咧。誰知他爲這件事倒惱了我了,摠不大理。我打諒誰必是借誰的光兒呢。」賈薔聽了㸃㸃頭,纔把這個心歇了。
Jia Yun et Jia Qiang, après avoir accompagné Jia Lian à son départ, rentrèrent présenter leurs respects à Mesdames Xing et Wang. Ils s’installèrent à tour de rôle dans le cabinet d’étude extérieur et, pendant la journée, faisaient du tapage avec les domestiques. Parfois, ils invitaient quelques amis à une tournée de boissons à frais partagés ; ils allaient même jusqu’à se réunir pour jouer de l’argent, sans que les femmes de l’intérieur en sussent rien. Un jour, le grand-oncle Xing et Wang Ren vinrent leur rendre visite. Voyant Jia Yun et Jia Qiang établis là et sachant qu’ils aimaient l’animation, ils prirent eux aussi prétexte de surveiller la maison pour installer fréquemment, dans le cabinet extérieur, des parties de jeu accompagnées de beuveries. Parmi les domestiques sérieux, Jia Zheng en avait emmené quelques-uns et plusieurs autres avaient suivi Jia Lian. Il ne restait que les fils et neveux des familles Lai, Lin et de quelques autres. Ces jeunes gens, habitués grâce à leurs parents à boire et manger sans souci, ne connaissaient rien à l’art de tenir une maison et d’en régler les dépenses. Leurs aînés étant tous absents, ils étaient comme des chevaux sans bride ; encouragés de surcroît par deux maîtres de branches collatérales, ils ne demandaient pas mieux. Par leur tapage, ils mirent le palais Rongguo sens dessus dessous, sans plus respecter ni supérieurs ni inférieurs, ni dedans ni dehors. Jia Qiang songea même à entraîner Baoyu, mais Jia Yun l’arrêta : « Le second maître Bao est un homme qui suit sa propre chance ; inutile de le provoquer. Une année, je lui avais trouvé un parti absolument merveilleux : le père était percepteur des taxes en province, la famille possédait plusieurs monts-de-piété et la demoiselle était encore plus belle qu’une immortelle. Je m’étais donné la peine de lui écrire une longue lettre très détaillée, mais il n’avait pas la fortune de l’apprécier… » Arrivé là, il regarda autour de lui pour s’assurer que personne ne les écoutait, puis ajouta : « Dans son cœur, il était depuis longtemps en bonnes relations avec notre seconde tante. Et n’as-tu pas entendu parler aussi d’une certaine mademoiselle Lin ? Il en a contracté une maladie d’amour dont elle est morte : tout le monde le sait. Après tout, chacun a ses affinités conjugales, et cela pourrait encore se comprendre. Mais, à cause de cette affaire, il s’est mis à m’en vouloir et ne me prête presque plus aucune attention. Comme si j’avais besoin de profiter de la faveur de qui que ce soit ! » Jia Qiang hocha la tête et renonça dès lors à son projet.
他兩個還不知道寳玉自會那和尚已後,他是欲㫁塵緣。一則在王夫人跟前不敢任性,已與寳釵襲人等皆不大𭭎洽了。那些丫頭不知道,還要逗他,寳玉那裡看得到眼裡。他也並不將家事放在心裡。時常王夫人寳釵勸他念書,他便假作攻書,一心想着那個和尙引他到那仙境的机關。心目中觸處皆爲俗人,𨚫在家難受,間來倒與惜春閒講。他們兩個人講得上了,那種心更加准了幾分,那裡還𬋩賈環賈蘭等。那賈𤨔爲他父親不在家,趙姨娘已死,王夫人不大理㑹他,便入了賈薔一路。倒是彩雲時常規勸,反被賈𤨔辱罵。玉釧兒見寶玉瘋顛更甚,早和他娘說了要求着出去。如今寶玉賈環他哥兒兩個各有一種脾氣,閙得人人不理。獨有賈蘭跟着他母親上𦂳攻書,作了文字送到學裡請教代儒。因近來代儒老病在床,只得自己刻苦。李紈是素來沉靜,除了請王夫人的安,㑹會寳釵,餘者一歩不走,只有看着賈蘭攻書。所以榮府住的人雖不少,竟是各自過各自的,誰也不肯做誰的主。賈𤨔賈薔等愈閙的不像事了,甚至偷典偷賣,不一而足。賈環更加宿娼爛賭,無所不爲。
Tous deux ignoraient encore que, depuis sa rencontre avec le moine, Baoyu désirait trancher les liens du monde de poussière. Devant Madame Wang, il n’osait se livrer à ses caprices, mais il n’était déjà plus guère en harmonie avec Baochai, Xiren et les autres. Les servantes, qui ne comprenaient pas, cherchaient encore à le taquiner ; Baoyu ne les voyait même plus. Il ne prenait pas davantage à cœur les affaires de la famille. Lorsque Madame Wang ou Baochai l’exhortaient à étudier, il faisait semblant de se plonger dans les livres, tandis qu’il cherchait uniquement à comprendre par quel moyen le moine pourrait le conduire au pays des immortels. Partout où se portaient ses yeux et son esprit, il ne voyait que gens vulgaires ; la vie dans la maison lui était insupportable. Dans ses moments libres, il allait en revanche causer avec Xichun. Tous deux se comprenaient si bien que sa résolution s’en trouva encore affermie. Comment aurait-il pu se soucier de Jia Huan, Jia Lan et des autres ? Jia Huan, profitant de l’absence de son père, de la mort de la concubine Zhao et de l’indifférence de Madame Wang à son égard, avait rejoint la bande de Jia Qiang. Caiyun tentait souvent de le ramener à la raison, mais ne recevait en retour que ses injures. Yuchuan, voyant la folie de Baoyu empirer encore, avait depuis longtemps demandé à sa mère d’obtenir son départ. Baoyu et Jia Huan, les deux frères, avaient maintenant chacun leurs lubies, et nul ne voulait plus s’occuper d’eux. Seul Jia Lan, sous la conduite de sa mère, étudiait avec ardeur. Il rédigeait des compositions et les envoyait à l’école afin de demander conseil à Jia Dairu. Mais, depuis quelque temps, Jia Dairu était âgé et malade, alité chez lui ; Jia Lan devait donc travailler seul avec assiduité. Li Wan, depuis toujours calme et retirée, ne sortait pas d’un pas, hormis pour présenter ses respects à Madame Wang et rendre parfois visite à Baochai ; elle se consacrait seulement à surveiller les études de Jia Lan. Ainsi, bien que le palais Rong comptât encore de nombreux habitants, chacun vivait de son côté et personne ne voulait gouverner les autres. Jia Huan, Jia Qiang et leurs compagnons se conduisirent de plus en plus scandaleusement, allant jusqu’à mettre en gage ou vendre en secret les biens de la maison, sans parler de bien d’autres méfaits. Jia Huan, surtout, fréquentait les prostituées, jouait avec frénésie et ne reculait devant rien.
一日,邢大舅王仁都在賈家外書房喝酒,一時高興,呌了幾個陪酒的來唱着喝着勸酒。賈薔便說:「你們閙的太俗。我要行個令兒。」衆人道:「使得。」賈薔道:「偺們『月』字流觴罷。我先說起『月』字,數到那個便是那個喝酒,還要酒面酒底。須得依着令官,不依者罰三大盃。」衆人都依了。賈薔喝了一盃令酒,便說:「飛羽觴而醉月。」順飮數到賈環。賈薔說:「酒面要個『桂』子。」賈環便說道:「『冷露無聲濕桂花』。酒底呢?」賈薔道:「說個『香』字。」賈𤨔道:「天香雲外飄。」大舅說道:「没趣,没趣。你又懂得什麽字了,也假斯文起來!這不是取樂,竟是慪人了。偺們都蠲了,倒是搳搳拳,輸家喝輸家唱,呌做『苦中苦』。若是不曾唱的,說個笑話兒也使得,只要有趣。」衆人都道:「使得。」於是亂搳起來。王仁輸了,喝了一盃,唱了一個。衆人道好,又搳起來了。是個部酒的輸了,唱了一個什麽「小姐小姐多丰彩」。以後邢大舅輸了,衆人要他唱曲兒,他道:「我唱不上來的,我說個笑話兒罷。」賈薔道:「苦說不笑仍要罰的。」邢大舅就喝了盃,便說道:「諸位𦗟着:村庄上有一座元帝廟,旁邉有個土地祠。那元帝老爺常呌土地來說閒話兒。一日元帝廟裡被了盗,便呌土地去查訪。土地禀道:『這地方没有賊的,必是神將不小心,被外賊偷了東西去。』元帝道:『胡說,你是土地,失了盗不問你問誰去呢?你倒不去拿賊,反說我的神將不小心嗎?』土地禀道:『雖說是不小心,倒底是廟裡的風水不好。』元帝道:『你倒㑹看風水麽?』土地道:『待小神看看。』那土地向各處瞧了一會,便来囬禀道:『老爺坐的身子背後兩扇紅門就不謹慎。小神坐的背後是砌的墻,自然東西丢不了。以後老爺的背後亦攺了𫮶就好了。』元帝老爺𦗟來有理,便呌神將𣲖人打墻。衆神將嘆口氣道:『如今香火一炷也没有,那裡有磚灰人工来打墻!』元帝老爺没法,呌衆神將作法,却都没有主意。那元帝老爺脚下的龜將軍站起來道:『你們不中用,我有主意。你們將紅門折下來,到了夜裡拿我的肚子墊住這門口,難道當不得一堵牆麽?』衆神將都說道:『好,又不花錢,又便當結寔。』于是𬺞將軍便當這個差使,竟安靜了。豈知過了幾天,那廟裡又丢了東西。衆神將呌了土地來說道:『你說砌了墻就不丢東西,怎麽如今有了墻還要丢?』那土地道:『這墻砌的不結寔。』衆神將道:『你瞧去。』土地一看,果然是一堵好墻,怎麽還有失事?把手摸了一摸道:『我打諒是真墻,那裡知道是個假牆!』」衆人𦗟了大笑起来。賈薔也忍不住的笑,說道:「儍大舅,你好!我没有罵你,你爲什麽罵我!快拿盃来罰一大盃。」
Un jour, le grand-oncle Xing et Wang Ren buvaient dans le cabinet d’étude extérieur de la famille Jia. Échauffés par le vin, ils firent venir plusieurs chanteurs et chanteuses pour les divertir, chanter et les engager à boire. Jia Qiang déclara : « Votre tapage est bien vulgaire. Je veux diriger un jeu à boire. » Tous répondirent : « Volontiers. » Jia Qiang dit : « Jouons aux coupes flottantes sur le mot “lune”. Je commencerai par prononcer le mot “lune”, puis nous compterons les convives : celui sur qui tombera le compte boira et devra fournir une citation d’ouverture et une citation de clôture. Chacun obéira au maître du jeu ; qui refusera sera puni de trois grandes coupes. » Tous acceptèrent. Jia Qiang but la coupe inaugurale et récita : « Fais voler la coupe ailée et enivre-toi sous la lune. » En comptant dans le sens des buveurs, le tour échut à Jia Huan. Jia Qiang dit : « Pour l’ouverture, il faut le mot “osmanthe”. » Jia Huan récita : « La froide rosée, sans bruit, mouille les fleurs d’osmanthe. Et pour la clôture ? » Jia Qiang répondit : « Il faut le mot “parfum”. » Jia Huan récita : « Un parfum céleste flotte au-delà des nuages. » Le grand-oncle Xing s’écria : « Aucun plaisir, aucun plaisir ! Depuis quand connais-tu les caractères, toi, pour faire ainsi le lettré ? Cela ne nous amuse pas, cela ne fait que nous agacer. Supprimons tout cela et jouons plutôt à deviner les doigts. Le perdant boira et chantera : nous appellerons cela “peine sur peine”. Celui qui ne sait pas chanter pourra raconter une plaisanterie, pourvu qu’elle soit drôle. » Tous approuvèrent et se mirent à jouer dans le plus grand désordre. Wang Ren perdit, but une coupe et chanta un air. Tous l’applaudirent, puis le jeu reprit. L’un des chanteurs perdit à son tour et entonna une chanson qui disait : « Demoiselle, demoiselle, que vous avez d’attraits ! » Ensuite, le grand-oncle Xing perdit. Comme tous exigeaient qu’il chantât, il dit : « Je ne sais pas chanter ; laissez-moi raconter une plaisanterie. » Jia Qiang répondit : « Si vous racontez sans faire rire, vous serez tout de même puni. » Le grand-oncle Xing but une coupe et commença : « Écoutez tous. Dans un village s’élevait un temple de l’Empereur Yuan, avec, à côté, un sanctuaire du dieu du Sol. L’Empereur Yuan faisait souvent venir le dieu du Sol pour bavarder. Un jour, le temple fut cambriolé et l’Empereur envoya le dieu du Sol enquêter. Celui-ci rapporta : “Il n’y a pas de voleur dans cette contrée. Vos généraux divins ont certainement manqué de vigilance et un voleur du dehors est venu emporter les objets.” L’Empereur Yuan répondit : “Sottises ! Tu es le dieu du Sol de cet endroit : si je ne te demande pas compte d’un vol, à qui le demanderai-je ? Au lieu d’arrêter le voleur, tu accuses mes généraux divins de négligence !” Le dieu du Sol répondit : “Ils ont certes manqué de vigilance, mais c’est surtout que le fengshui du temple est mauvais.” L’Empereur demanda : “Sais-tu donc examiner le fengshui ?” Le dieu répondit : “Que votre petite divinité regarde.” Il inspecta tous les côtés, puis revint faire son rapport : “Les deux battants rouges placés derrière le siège de Votre Seigneurie n’offrent aucune sécurité. Derrière mon propre siège, il y a un mur maçonné ; naturellement, rien ne peut disparaître. Si Votre Seigneurie faisait également bâtir un mur derrière elle, tout irait bien.” L’Empereur Yuan trouva le conseil raisonnable et ordonna aux généraux divins de faire venir des ouvriers pour construire le mur. Ceux-ci soupirèrent : “Nous ne recevons même plus un bâtonnet d’encens en offrande ; où trouverions-nous les briques, la chaux et les salaires nécessaires ?” L’Empereur Yuan, à court de ressources, leur ordonna d’employer leurs pouvoirs magiques, mais aucun ne trouva de solution. Alors le général Tortue, qui se tenait aux pieds de l’Empereur, se leva et dit : “Vous êtes tous incapables ! Moi, j’ai une idée. Enlevez les portes rouges et, pendant la nuit, je boucherai l’ouverture avec mon ventre. Ne vaudra-t-il pas un mur ?” Tous les généraux répondirent : “Excellente idée ! Elle ne coûte rien, elle est commode et solide.” Le général Tortue fut donc chargé de cette fonction, et le calme revint. Or, quelques jours plus tard, des objets disparurent encore du temple. Les généraux convoquèrent le dieu du Sol : “Tu disais qu’avec un mur, rien ne disparaîtrait. Pourquoi y a-t-il encore des vols maintenant que nous en avons un ?” Le dieu répondit : “Ce mur n’a pas été solidement construit.” Les généraux dirent : “Va donc l’examiner.” Le dieu du Sol regarda : c’était en apparence un excellent mur. Comment un vol avait-il encore pu se produire ? Il le palpa de la main, puis s’écria : “Je croyais que c’était un vrai mur ; comment aurais-je deviné que c’était un Jia Qiang, un faux mur !” » Tous éclatèrent de rire. Jia Qiang lui-même ne put s’en empêcher et dit : « Imbécile de grand-oncle, vous êtes joli ! Je ne vous ai pas insulté : pourquoi m’insultez-vous ? Apportez vite une coupe, qu’on lui en fasse boire une grande pour le punir ! »
邢大舅喝了,已有醉意。衆人又喝了几盃,都醉起來。邢大舅說他姐姐不好,王仁說他妹妹不好,都說的狠狠毒毒的。賈環𦗟了,趁着酒興也說鳯姐不好,怎様苛刻我們,怎麽様踏我們的頭。衆人道:「大凡做個人,原要𫝗道些。看鳯姑娘仗着老太太這様的利害,今如焦了尾巴梢子了,只剩了一個姐兒,只怕也要現世現報呢。」賈芸想着鳳姐待他不好,又想起巧姐兒見他就哭,也信着嘴兒混說。還是賈薔道:「喝酒罷,說人家做什麽。」那兩個陪酒的道:「這位姑娘多大年紀了?長得怎麽様?」賈薔道:「模様兒是好的狠的。年紀也有十三四歲了。」那陪酒的說道:「可惜這様人生在府裡這様人家,若生在小戸人家,父母兄弟都做了官,還發了財呢。」衆人道:「怎麽様?」那陪酒的說:「現今有個外潘王爺,最是有情的,要選一個𡚱子。若合了式,父母兄弟都跟了去。可不是好事兒嗎?」衆人都不大理會,只有王仁心裡畧動了一動,仍舊喝酒。
Après avoir bu, le grand-oncle Xing était déjà pris de vin. Les autres burent encore plusieurs coupes et s’enivrèrent tous peu à peu. Le grand-oncle Xing se mit à dire le plus grand mal de sa sœur, tandis que Wang Ren disait le plus grand mal de la sienne ; tous deux parlaient avec une extrême méchanceté. Jia Huan, emporté lui aussi par l’ivresse, se mit à dénigrer Xifeng : il racontait combien elle avait été dure envers eux et comment elle les avait foulés aux pieds. Les autres dirent : « Un être humain devrait toujours laisser quelque marge aux autres. Xifeng était si redoutable parce qu’elle s’appuyait sur l’aïeule ; maintenant, elle a fini comme une bête à la queue brûlée. Il ne reste plus que sa fille, et celle-ci recevra peut-être à son tour, dès cette vie, le châtiment de leurs actes. » Jia Yun se rappelait que Xifeng l’avait mal traité ; il songeait aussi que Qiaojie pleurait dès qu’elle le voyait et se mit à débiter lui aussi tout ce qui lui passait par la bouche. Jia Qiang fut le seul à dire : « Buvons donc. À quoi bon parler des affaires d’autrui ? » L’une des chanteuses demanda : « Quel âge a cette demoiselle ? À quoi ressemble-t-elle ? » Jia Qiang répondit : « Elle est très jolie et doit avoir treize ou quatorze ans. » La chanteuse dit : « Quel dommage qu’une telle personne soit née dans une grande famille comme celle de ce palais ! Si elle était née dans une petite maison, ses parents et ses frères pourraient tous devenir mandarins et faire fortune. » Tous demandèrent : « Comment cela ? » La chanteuse répondit : « Il y a actuellement un prince d’une dépendance extérieure, homme fort sensible, qui cherche une concubine. Si elle répondait à ses exigences, ses parents et ses frères partiraient tous avec elle. Ne serait-ce pas une excellente affaire ? » Les autres n’y prêtèrent guère attention ; seul Wang Ren sentit son cœur s’agiter légèrement, mais il continua à boire comme auparavant.
只見外頭走進頼林兩家的子弟來,說:「爺們好樂呀!」衆人站起來說道:「老大老三怎麽這時候纔來?呌我們好等!」那兩個人說道:「今早𦘏見一個謠言,說是偺們家又閙出事来了,心裡着急,趕到裡頭打𦘏去,並不是偺們。」衆人道:「不是偺們就完了,爲什麽不就来?」那兩個說道:「雖不是偺們,也有些千係。你們知道是誰,就是賈雨村老爺。我們今兒進去,看見帶着鎻子,說要解到三法司衙門裡審問去呢。我們見他常在偺們家裡來往,恐有什麽事,便跟了去打𦗟。」賈芸道:「到底老大用心,原該打𦗟打聽。你且坐下喝一盃再說。」
On vit alors entrer des jeunes gens des familles Lai et Lin, qui s’écrièrent : « Comme ces messieurs s’amusent ! » Tous se levèrent : « L’Aîné, le Troisième, pourquoi n’arrivez-vous qu’à cette heure ? Vous nous avez fait attendre ! » Les deux nouveaux venus répondirent : « Ce matin, nous avons entendu une rumeur : il paraissait qu’un nouveau malheur était arrivé à notre famille. Inquiets, nous sommes allés nous renseigner à l’intérieur ; il ne s’agissait pas de nous. » Les autres dirent : « Dès lors que ce n’était pas nous, tout était réglé. Pourquoi n’êtes-vous pas venus aussitôt ? » Ils répondirent : « Même si cela ne nous concernait pas directement, l’affaire avait tout de même quelque rapport avec nous. Savez-vous de qui il s’agissait ? De monsieur Jia Yucun. Nous l’avons vu aujourd’hui conduit avec une cangue : on disait qu’il allait être déféré aux Trois Offices judiciaires pour y être interrogé. Comme nous l’avons souvent vu fréquenter notre famille, nous avons craint quelque complication et nous l’avons suivi pour nous renseigner. » Jia Yun dit : « L’Aîné a décidément l’esprit prévoyant : il fallait en effet s’informer. Asseyez-vous d’abord, buvez une coupe et racontez-nous la suite. »
兩人讓了一囬,便坐下,喝着酒道:「這位雨村老爺人也能幹,也會鑽營,官也不小了,只是貪財,被人家叅了個婪索屬員的幾𭭎。如今的萬歲爺是最聖明最仁慈的,獨𦗟了一個『貪』字,或因遭蹋了百姓,或因恃勢欺良,是極生氣的,所以㫖意便呌拿。若是問出来了,只怕擱不住。若是没有的事,那叅的人也不便。如今真真是好時候,只要有造化做個官兒就好。」衆人道:「你的哥哥就是有造化的,現做知縣還不好麽。」賴家的說道:「我哥哥雖是做了知縣,他的行爲只怕也保不住怎麽様呢。」衆人道:「手也長麽?」頼家的㸃㸃頭兒,便舉起盃來喝酒。衆人又道:「裡頭還聼見什麽新聞?」兩人道:「别的事没有,只聼見海疆的賊㓂拿住了好些,也解到法司衙門裡審問。𮟃審出好些賊㓂,也有藏在城裡的,打𦗟消息,抽空兒就刼搶人家。如今知道朝裡那些老爺們都是能文能武,出力報効,所到之處早就消減了。」衆人道:「你𦗟見有在城裡的,不知審出偺們家失盗了一案来没有?」兩人道:「倒没有𦗟見。恍惚有人說是有個内地裡的人,城裡犯了事,搶了一個女人下海去了。那女人不依,被這賊㓂殺了。那賊㓂正要跳出關去,被官兵拿住了,就在拿獲的地方正了法了。」衆人道:「偺們櫳翠菴的什麽妙玉不是呌人搶去,不要就是他罷?」賈𤨔道:「必是他!」衆人道:「你怎麽知道?」賈𤨔道:「妙玉這個東西是最討人嫌的。他一日家捏酸,見了寳玉就眉開眼笑了。我若見了他,他從不拿正眼瞧我一瞧。直要是他,我纔趂願呢!」衆人道:「搶的人也不少,那裡就是他。」賈芸道:「有㸃信兒。前日有見人說,他菴裡的道婆做夢,說看見是妙玉呌人殺了。」衆人笑道:「夢話算不得。」邢大舅道:「管他夢不夢,偺們快吃飯罷。今夜做個大輸𫎣。」衆人願意,便吃𭺾了飯,大賭起來。
Après avoir décliné quelque temps l’invitation par politesse, les deux hommes s’assirent et dirent en buvant : « Ce monsieur Yucun est capable et sait fort bien se ménager des protections ; il avait atteint un rang élevé. Mais il aime trop l’argent, et quelqu’un l’a dénoncé pour plusieurs chefs d’accusation, notamment celui d’avoir extorqué ses subordonnés. L’empereur actuel est souverainement éclairé et bienveillant ; mais dès qu’il entend le mot “corruption”, qu’un fonctionnaire ait ruiné le peuple ou abusé de son pouvoir pour opprimer les honnêtes gens, il entre dans une colère extrême. Un décret a donc ordonné son arrestation. Si l’enquête confirme les accusations, il aura du mal à s’en tirer ; si elles sont fausses, le dénonciateur ne sera pas non plus à son aise. C’est vraiment une excellente époque : pourvu que l’on ait la fortune de devenir mandarin, tout va bien. » Les autres dirent : « Votre frère a justement cette fortune. Il est maintenant magistrat de district : n’est-ce pas assez beau ? » Le jeune homme de la famille Lai répondit : « Mon frère est certes magistrat, mais, à voir sa conduite, je crains qu’il ne puisse pas davantage conserver longtemps sa position. » On lui demanda : « A-t-il lui aussi la main longue ? » Il hocha la tête et leva sa coupe pour boire. Les autres demandèrent encore : « Quelles nouvelles avez-vous entendues à l’intérieur ? » Les deux hommes répondirent : « Rien d’autre, sinon que l’on a capturé de nombreux pirates sur les frontières maritimes et qu’on les a eux aussi envoyés aux tribunaux pour interrogatoire. Leurs aveux en ont révélé beaucoup d’autres, dont certains se cachaient dans la capitale, recueillaient des renseignements et profitaient d’une occasion pour dévaliser les familles. Mais ils savent maintenant que les hauts personnages de la cour excellent aussi bien dans les lettres que dans les armes et servent l’empereur de toutes leurs forces ; partout où ils passent, les bandits sont bientôt exterminés. » Les autres dirent : « Puisque vous avez appris que certains se trouvaient dans la capitale, savez-vous si l’enquête a éclairci le cambriolage de notre maison ? » Ils répondirent : « Nous n’en avons rien entendu. Quelqu’un disait confusément qu’un homme venu de l’intérieur du pays avait commis un crime dans la capitale, enlevé une femme et gagné la mer. Comme la femme refusait de lui obéir, le bandit l’avait tuée. Il tentait ensuite de franchir la passe quand les soldats l’ont capturé ; il a été exécuté sur le lieu même de son arrestation. » Les autres dirent : « Miaoyu, de notre ermitage des Bambous verts, n’a-t-elle pas été enlevée ? Serait-ce elle ? » Jia Huan s’écria : « Ce doit être elle ! » On lui demanda : « Comment le sais-tu ? » Jia Huan répondit : « Cette Miaoyu était une créature absolument détestable. Elle prenait toute la journée des airs précieux ; dès qu’elle voyait Baoyu, son visage s’épanouissait, mais, lorsqu’elle me rencontrait, elle ne daignait jamais me regarder en face. Si c’était réellement elle, je serais enfin satisfait ! » Les autres dirent : « Bien des femmes ont été enlevées ; pourquoi serait-ce nécessairement elle ? » Jia Yun dit : « Il y a tout de même quelque indice. L’autre jour, quelqu’un racontait qu’une religieuse de son ermitage avait rêvé de Miaoyu assassinée. » Tous rirent : « Les rêves ne comptent pas. » Le grand-oncle Xing dit : « Rêve ou non, peu importe. Mangeons vite. Cette nuit, nous jouerons vraiment gros. » Tous approuvèrent ; après le repas, ils se mirent à jouer des sommes considérables.
賭到三更多天,只𦗟見裡頭亂嚷,說是四姑娘合珍大奶奶拌嘴,把頭髮都絞掉了,赶到邢夫人王夫人那裡去磕了頭,說是要求容他做尼姑呢,送他一個地方,若不容他,他就死在眼前。那邢王兩位太太没主意,呌請薔大爺芸二爺進去。賈芸𦗟了,便知是那囬看家的時候起的念頭,想来是勸不過來的了,便合賈薔啇議道:「太太呌我們進去,我們是做不得主的。况且也不好做主,只好勸去。若勸不住,只好由他們罷。偺們商量了寫封書給璉二叔,便卸了我們的干係了。」兩人商量定了主意,進去見了邢王兩位太太,便假意的勸了一囬。無奈惜春立意必要出家,就不放他出去,只求一兩間凈屋子給他誦經拜佛。尤氏見他兩個不肯作主,又怕惜春尋死,自己便硬做主張,說是:「這個不是索性我躭了罷。說我做嫂子的容不下小姑子,逼他出了家了就完了。若說到外頭去呢,斷㫁使不得。若在家裡呢,太太們都在這裡,筭我的主意罷。呌薔哥兒寫封書子給你珍大爺璉二叔就是了。」賈薔等答應了。不知邢王二夫人依與不依,下囬分解。
Ils jouèrent jusqu’après la troisième veille. Soudain, ils entendirent un grand tumulte dans les appartements intérieurs. On disait que la quatrième demoiselle s’était querellée avec Madame You, qu’elle s’était coupé tous les cheveux, puis qu’elle était allée se prosterner devant Mesdames Xing et Wang. Elle les suppliait de lui permettre de devenir nonne et de lui donner un lieu où se retirer ; si elles refusaient, elle mourrait sous leurs yeux. Mesdames Xing et Wang, ne sachant que décider, envoyèrent chercher le jeune maître Qiang et le second maître Yun. Dès qu’il entendit la nouvelle, Jia Yun comprit que cette résolution remontait à l’époque où ils avaient gardé la maison et qu’ils ne parviendraient sans doute pas à l’en détourner. Il se concerta avec Jia Qiang : « Ces dames nous font appeler, mais nous n’avons pas autorité pour décider ; il ne conviendrait d’ailleurs pas que nous le fassions. Nous pouvons seulement tenter de la persuader. Si nous n’y réussissons pas, il faudra les laisser agir à leur gré. Concertons-nous pour écrire une lettre au second oncle Lian : nous serons ainsi dégagés de toute responsabilité. » Leur décision prise, ils entrèrent voir Mesdames Xing et Wang et firent semblant de conseiller longuement Xichun. Mais celle-ci était irrévocablement décidée à entrer en religion. Elle ne demandait même pas à quitter la maison : elle souhaitait seulement qu’on lui accordât une ou deux chambres pures où elle pourrait réciter les sutras et adorer le Bouddha. Voyant que les deux hommes refusaient de décider et craignant que Xichun ne se donnât la mort, Madame You prit résolument la responsabilité sur elle : « Tant pis, j’en porterai seule la faute. On dira que moi, sa belle-sœur, je ne pouvais supporter la jeune sœur de mon mari et que je l’ai contrainte à entrer en religion : que l’affaire s’arrête là. Il est absolument hors de question qu’elle aille vivre au-dehors. Mais si elle reste dans la maison, puisque ces dames sont toutes ici, que l’on considère la décision comme mienne. Que Qiang écrive seulement une lettre à son maître Zhen et au second oncle Lian. » Jia Qiang et les autres acquiescèrent. Nous ignorons si Mesdames Xing et Wang donnèrent ou non leur accord ; ce sera expliqué au chapitre suivant.
Notes
賈雨村 : le nom Jia Yucun fait entendre 假語存, « les propos feints conservés » ; le patronyme 賈 de la famille Jia est en outre homophone de 假, « faux ».
假牆 : « faux mur » se prononce exactement comme 賈薔, Jia Qiang ; la plaisanterie du grand-oncle Xing est donc une insulte directe à celui-ci.
超凡 : « dépasser le monde ordinaire » désigne l’entrée dans la vie religieuse et le détachement des liens terrestres ; le titre oppose ce désir de Baoyu aux deux femmes qui protègent son jade.
飛羽觴而醉月 : citation adaptée de Li Bai, où les convives font circuler des coupes légères comme des ailes et s’enivrent sous la lune.
冷露無聲濕桂花 : vers de Wang Jian ; il fournit ici le mot 桂, « osmanthe », imposé par le jeu à boire.
一子出家,七祖昇天 : proverbe religieux selon lequel l’entrée en religion d’un fils assure le salut de sept générations d’ancêtres ; Baoyu l’emploie ironiquement pour présenter son renoncement comme une forme de réussite familiale.
月字流觴 : jeu à boire fondé sur le mot 月, « lune » ; le joueur désigné doit réciter des formules contenant les mots imposés par le maître du jeu.
三法司 : appellation collective des trois grandes institutions judiciaires de l’empire : le ministère des Peines, la Cour de révision judiciaire et le Censorat.