Lavis à l’encre : un pavillon de jardin aux balustrades laquées de rouge au bord d’un étang, un arbre en fleurs dont les pétales tombent sur l’eau, un saule pleureur et un pont en dos d’âne dans la brume.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

Le Rêve dans le pavillon rouge

Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre

Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. La traduction française de cette œuvre n’a pas été recopiée d’une édition ancienne : elle a été établie à partir du texte chinois par un modèle de langue (OpenAI gpt-5.6-sol), chapitre par chapitre, puis relue. Il n’existe aucune traduction française libre de droits du « Rêve dans le pavillon rouge » — la première traduction intégrale date de 1981 et reste protégée. Le texte chinois, lui, est celui de l’édition de 1791, recopié sans retouche : il est affiché en regard, passage par passage, et permet de contrôler la traduction caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 117 Deux belles empêchent qu’il ne dépasse le monde et protègent ensemble le Jade ; un mauvais fils se réjouit d’ameuter sa bande et assume seul la maison

 

Deux belles empêchent qu’il ne dépasse le monde et protègent ensemble le Jade

un mauvais fils se réjouit d’ameuter sa bande et assume seul la maison

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Madame Wang avait donc envoyé quelqu’un chercher Baochai afin de se concerter avec elle. Lorsque Baoyu entendit dire que le moine était dehors, il se précipita seul vers l’avant de la demeure en criant à tort et à travers : « Où est mon maître ? » Il eut beau appeler longtemps, il ne vit aucun moine et dut sortir. Là, il trouva Li Gui qui barrait le passage au moine et refusait de le laisser entrer. Baoyu lui dit : « Madame m’envoie inviter mon maître à entrer. » À ces mots, Li Gui relâcha sa prise, et le moine entra en se dandinant. Baoyu reconnut en lui le religieux qu’il avait vu lorsqu’il était passé pour mort ; il commença à comprendre et s’avança pour le saluer, répétant : « Maître, votre disciple a tardé à venir vous accueillir. » Le moine répondit : « Je ne veux pas de votre accueil, je ne veux que de l’argent. Donnez-m’en et je repartirai. » Ces paroles ne parurent guère à Baoyu celles d’un homme accompli dans la Voie ; mais, voyant son crâne couvert de dartres et ses vêtements crasseux et déchirés de la tête aux pieds, il songea : « Depuis toujours, on dit que le véritable sage ne montre pas son apparence et que celui qui la montre n’est pas un véritable sage. Je ne dois pas laisser passer cette rencontre à cause des apparences. Je vais d’abord lui promettre son argent, puis tâcher de le sonder. » Il dit donc : « Maître, inutile de vous impatienter. Ma mère s’occupe en ce moment de tout préparer ; veuillez vous asseoir et attendre un instant. Votre disciple voudrait vous demander si vous venez du Pays illusoire du Grand Vide. » Le moine répondit : « Quel pays illusoire ? On vient seulement du lieu d’où l’on vient, et l’on va au lieu où l’on va ! Je suis venu te rendre ton jade. Mais dis-moi d’abord : d’où vient-il ? » Baoyu ne sut que répondre. Le moine se mit à rire : « Tu ne connais même pas le chemin par lequel tu es venu, et tu prétends m’interroger ! » Baoyu était naturellement perspicace et, après avoir reçu cette révélation, il avait depuis longtemps percé à jour le monde de poussière ; il ignorait seulement sa propre origine. En entendant le moine l’interroger sur le jade, il eut l’impression de recevoir un coup de bâton en plein crâne et répondit : « Vous n’avez plus besoin d’argent : je vais vous rendre ce jade. » Le moine rit : « Il est bien temps de me le rendre. »

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Sans répondre davantage, Baoyu courut à l’intérieur. Arrivé dans sa propre cour, il vit que Baochai, Xiren et les autres étaient toutes chez Madame Wang. Il prit en hâte le jade au chevet de son lit et ressortit. Il se heurta de plein fouet à Xiren, qui en sursauta : « Madame dit qu’il est fort bien que vous teniez compagnie au moine. Elle est en train de préparer de l’argent pour le renvoyer. Pourquoi revenez-vous encore ? » Baoyu répondit : « Va vite dire à Madame qu’il n’est plus nécessaire de préparer de l’argent : je n’ai qu’à lui rendre ce jade. » À ces mots, Xiren le saisit aussitôt : « Cela, jamais ! Ce jade est votre vie même. S’il l’emporte, vous allez encore tomber malade. » Baoyu répondit : « Désormais, je ne serai plus malade. J’ai déjà trouvé mon propre cœur : à quoi ce jade pourrait-il encore me servir ? » Il s’arracha aux mains de Xiren et voulut partir. Affolée, elle le poursuivit en criant : « Revenez ! J’ai quelque chose à vous dire. » Baoyu tourna la tête : « Il n’y a plus rien à dire. » Sans plus se soucier des convenances, Xiren courut derrière lui en criant : « La dernière fois que le jade a disparu, j’ai failli en mourir ! À peine l’avez-vous retrouvé que vous voulez l’emporter : ni vous ni moi n’y survivrons ! Si vous voulez le lui rendre, il faudra d’abord que je sois morte ! » Là-dessus, elle le rattrapa et l’empoigna de nouveau.

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Baoyu s’emporta : « Morte ou vivante, tu ne m’empêcheras pas de le rendre ! » Il repoussa Xiren de toutes ses forces et voulut s’échapper. Mais elle avait passé ses deux bras autour de sa ceinture et ne la lâchait plus ; assise par terre, elle pleurait et criait. En entendant le vacarme, les servantes accoururent de l’intérieur. Voyant leur attitude à tous deux, elles comprirent que l’affaire tournait mal et entendirent Xiren sangloter : « Allez vite prévenir Madame ! Le second maître Bao veut emporter le jade pour le rendre au moine ! » Une servante courut porter la nouvelle à Madame Wang. Baoyu, de plus en plus irrité, essaya d’ouvrir de force les mains de Xiren ; malgré la douleur, elle s’obstinait heureusement à ne pas lâcher prise. Dans la chambre, Zijuan entendit que Baoyu voulait donner le jade à quelqu’un. Son affolement fut plus grand encore que celui des autres : elle oublia jusqu’à sa résolution habituelle de traiter Baoyu avec froideur, courut dehors et aida Xiren à l’enserrer. Baoyu avait beau être un homme et se débattre de toutes ses forces, les deux jeunes femmes s’accrochaient à lui comme si leur vie en dépendait, si bien qu’il ne parvenait pas à se dégager. Il soupira : « Pour un morceau de jade, vous vous cramponnez à moi comme si vous alliez mourir. Mais si je partais tout seul, que feriez-vous donc ? » En entendant cela, Xiren et Zijuan éclatèrent en grands sanglots.

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Tandis que la lutte se poursuivait sans que personne pût l’emporter, Madame Wang et Baochai arrivèrent en toute hâte. À cette vue, Madame Wang cria en pleurant : « Baoyu, es-tu encore devenu fou ? » Sachant qu’il ne pouvait plus s’échapper, Baoyu prit un sourire conciliant : « Ce n’est rien, et voilà encore Madame alarmée. Elles font toujours toute une histoire du moindre incident. Je disais seulement que ce moine était déraisonnable : il exigeait absolument dix mille taëls, sans en rabattre un seul. Dans ma colère, je suis revenu prendre ce jade pour le lui rendre en prétendant qu’il était faux et que nous n’en avions aucun usage. Quand il verra que nous n’y tenons pas, il acceptera ce qu’on voudra bien lui donner et l’affaire sera réglée. » Madame Wang répondit : « Je croyais que tu voulais vraiment le lui rendre. Soit ! Mais pourquoi ne pas leur avoir expliqué clairement les choses, au lieu de les laisser pleurer et crier de la sorte ? » Baochai dit : « Présentée ainsi, l’idée peut encore se défendre. Mais si vous lui donniez réellement le jade, ce moine est assez étrange pour provoquer de nouveaux désordres dans la famille dès qu’il l’aurait reçu ; l’affaire deviendrait alors impossible à réparer. Quant à l’argent, même s’il fallait vendre toutes mes parures, nous en aurions encore assez. » Madame Wang répondit : « Soit, faisons donc ainsi pour le moment. » Baoyu ne répondit pas. Baochai s’avança, lui prit le jade des mains et dit : « Vous n’avez pas besoin de ressortir. Madame et moi nous lui donnerons l’argent. » Baoyu répondit : « Je peux ne pas lui rendre le jade, mais il faut tout de même que je le revoie face à face. » Xiren et les autres refusaient encore de le lâcher ; Baochai trancha enfin avec fermeté : « Lâchez-le et laissez-le aller. » Xiren dut obéir. Baoyu rit : « Ainsi, vous autres, vous tenez au jade et non à l’homme ! Puisque vous m’avez lâché, je vais partir avec lui ; nous verrons ce que vous deviendrez en gardant votre morceau de jade ! » Xiren s’alarma de nouveau et voulut encore l’arrêter, mais devant Madame Wang et Baochai elle n’osa montrer trop ouvertement une telle familiarité. Baoyu en profita pour s’échapper. Xiren chargea aussitôt une petite servante de transmettre un ordre à Beiming et aux autres, près de la troisième porte : « Dis à ceux de l’extérieur de veiller sur le second maître : il a quelque peu perdu la raison. » La petite servante acquiesça et sortit.

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Madame Wang, Baochai et les autres rentrèrent s’asseoir et interrogèrent Xiren sur l’origine de la scène. Elle leur rapporta en détail les paroles de Baoyu. Madame Wang et Baochai demeuraient fort inquiètes ; elles envoyèrent encore quelqu’un ordonner à tous de le surveiller et d’écouter ce que dirait le moine. Peu après, une petite servante revint faire son rapport à Madame Wang : « Le second maître a vraiment un peu perdu la raison. Les jeunes domestiques de l’extérieur disent que, puisqu’on ne lui donne pas le jade, il ne peut rien faire ; mais maintenant qu’il est lui-même ressorti, il supplie le moine de l’emmener. » Madame Wang s’écria : « Voilà qui dépasse toutes les bornes ! Qu’a répondu le moine ? » La servante répondit : « Le moine a dit qu’il voulait le jade, non l’homme. » Baochai demanda : « Ne veut-il plus d’argent ? » La servante répondit : « Je ne l’ai pas entendu en parler. Ensuite, le moine et le second maître ont causé et ri ensemble ; ils ont dit beaucoup de choses que les jeunes domestiques n’ont guère comprises. » Madame Wang dit : « Ces imbéciles n’ont peut-être pas compris, mais ils doivent bien pouvoir répéter ce qu’ils ont entendu. » Elle ordonna à la petite servante : « Fais entrer l’un de ces garçons. » Celle-ci sortit aussitôt le chercher. Il se tint sous la galerie et, à travers la fenêtre, présenta ses respects.

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Madame Wang lui demanda : « Vous n’avez pas compris la conversation du moine avec le second maître ; mais ne pouvez-vous donc même pas la répéter ? » Le jeune domestique répondit : « Nous avons seulement entendu parler de la montagne des Grandes-Solitudes, du pic Qinggeng, du monde du Grand Vide, puis de “trancher les liens du monde de poussière”, et d’autres choses semblables. » Madame Wang n’y comprit rien non plus. Mais Baochai, terrifiée, ouvrit de grands yeux et resta sans voix. Elle allait ordonner qu’on ramenât Baoyu de force lorsqu’il entra, tout souriant, en disant : « Tout va bien, tout va bien ! » Baochai demeurait interdite. Madame Wang demanda : « Quelles folies racontes-tu encore ? » Baoyu répondit : « Dès que je dis quelque chose de sérieux, vous prétendez que je délire. Ce moine et moi nous connaissions déjà ; il voulait seulement venir me revoir. Il n’a jamais réellement désiré d’argent : il faisait seulement semblant de demander une aumône afin de nouer une bonne affinité. Après que nous nous sommes expliqués, il est reparti de lui-même, léger comme le vent. N’est-ce pas la preuve que tout va bien ? » Madame Wang, qui n’en croyait rien, interrogea de nouveau le jeune domestique à travers la fenêtre. Celui-ci sortit aussitôt questionner les gens de la porte, puis revint rapporter : « Le moine est effectivement parti. Il a dit : “Que ces dames se rassurent. Je n’ai jamais voulu d’argent ; je demande seulement que le second maître Bao vienne de temps à autre chez moi. En toute chose, il faut suivre les affinités : tout obéit naturellement à un principe fixé.” » Madame Wang dit : « C’était donc un bon moine. Lui avez-vous demandé où il demeurait ? » Le portier répondit : « Votre serviteur le lui a demandé ; il a dit que notre second maître le savait. » Madame Wang interrogea Baoyu : « Mais enfin, où demeure-t-il ? » Baoyu sourit : « Ce lieu est loin si on le dit loin, et proche si on le dit proche. » Sans lui laisser finir sa phrase, Baochai dit : « Réveillez-vous donc et cessez de vous perdre dans ces rêveries. À présent, Monsieur et Madame n’ont plus que vous à chérir, et Monsieur vous a ordonné de travailler afin d’acquérir un nom et de progresser dans le monde. » Baoyu répondit : « Ne suis-je pas justement en train de parler d’acquérir un nom ? Vous ne savez donc pas que, lorsqu’un fils entre en religion, sept générations de ses ancêtres montent au ciel ? » En entendant cela, Madame Wang ne put retenir son chagrin : « Comme le destin de notre famille est heureux ! La quatrième demoiselle répète sans cesse qu’elle veut entrer en religion, et voilà qu’il en vient maintenant un autre ! Pourquoi continuerais-je à vivre ainsi ? » Elle éclata en sanglots. Voyant son chagrin, Baochai dut s’avancer pour la consoler de son mieux. Baoyu rit : « Je n’ai dit qu’une plaisanterie, et Madame la prend encore au sérieux. » Madame Wang cessa de pleurer et répondit : « Sont-ce donc des choses que l’on peut dire à la légère ? »

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Au milieu de cette agitation, une servante vint annoncer : « Le second maître Lian est rentré. Son visage est complètement bouleversé et il prie Madame de revenir pour lui parler. » Madame Wang eut un nouveau saisissement : « Qu’il fasse avec la situation et entre ici. Sa jeune belle-sœur est aussi une parente de longue date ; il n’est pas nécessaire qu’elle se retire. » Jia Lian entra et présenta ses respects à Madame Wang. Baochai vint également le saluer. Il dit : « Je viens de recevoir une lettre de mon père. Il est très gravement malade et me demande de partir aussitôt ; si je tarde, il craint que je n’arrive pas à temps pour le revoir. » À ces mots, les larmes lui vinrent aux yeux. Madame Wang demanda : « De quelle maladie parle la lettre ? » Jia Lian répondit : « Il est écrit que cela a commencé par un refroidissement, mais que c’est maintenant devenu une maladie de consomption. Il est en danger de mort. On a spécialement envoyé un homme qui a voyagé jour et nuit ; il dit que, si je tarde encore d’un jour ou deux, je ne le verrai plus vivant. Je suis donc venu en informer Madame : votre neveu doit partir sans délai. Seulement, il ne restera personne pour veiller sur la maison. Qiang et Yun sont certes des étourdis, mais ce sont tout de même des hommes ; s’il se produit quelque chose à l’extérieur, ils pourront transmettre un message. Dans ma propre maison, il ne reste plus guère de difficulté : Qiutong pleurait et criait chaque jour qu’elle ne voulait plus demeurer ici ; j’ai fait venir les gens de sa famille pour la reprendre, ce qui a épargné bien des contrariétés à Ping’er. Qiaojie n’aura certes personne d’autre pour veiller sur elle, mais heureusement Ping’er n’a pas mauvais cœur. La petite comprend aussi les choses ; seulement, son caractère est encore plus inflexible que celui de sa mère. Je prie Madame de la surveiller et de l’instruire de temps à autre. » Ses yeux rougirent. Il détacha précipitamment de sa ceinture le petit mouchoir fixé à sa bourse à noix de bétel et s’essuya les yeux. Madame Wang dit : « Puisqu’elle a sa propre grand-mère ici, pourquoi me la confier ? » Jia Lian répondit à voix basse : « Si Madame tient ce langage, votre neveu mériterait d’être battu à mort sur-le-champ. Je n’ai rien d’autre à dire : je supplie seulement Madame de continuer jusqu’au bout à témoigner son affection à votre neveu. » Là-dessus, il s’agenouilla. Les yeux de Madame Wang rougirent à leur tour : « Relève-toi vite. Nous parlons entre mère et fils ; à quoi bon agir ainsi ? Il n’y a qu’une chose : l’enfant a déjà grandi. Si ton père avait quelque accident et que tu fusses retenu là-bas, et si une famille de condition assortie venait demander sa main, faudrait-il attendre ton retour ou laisser Madame Xing décider ? » Jia Lian répondit : « Puisque ces dames sont actuellement à la maison, il leur appartient naturellement de décider ; nul besoin de m’attendre. » Madame Wang dit : « Si tu pars, rédige une requête pour avertir Jia Zheng. Dis-lui qu’il ne reste personne à la maison et que l’on ignore l’état de ton père ; prie-le d’achever au plus tôt les funérailles de l’aïeule et de revenir sans tarder. »

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Jia Lian répondit qu’il obéirait et allait sortir, mais il revint encore sur ses pas : « Nous avons assez de domestiques dans la maison pour assurer le service ; seulement, il ne reste personne dans le jardin, qui est beaucoup trop désert. Baoyong est reparti avec son maître ; le second maître Xue a quitté les appartements où demeurait sa tante maternelle pour retourner dans sa propre maison. Tous les bâtiments du jardin sont donc vides. De peur qu’il ne s’y produise quelque incident faute de surveillance, Madame devra faire envoyer régulièrement quelqu’un pour les inspecter. Quant à l’ermitage des Bambous verts, le terrain appartient à notre famille. Maintenant que personne ne sait où est passée Miaoyu, la religieuse qui administre l’ermitage n’ose prendre seule aucune décision concernant les lieux et demande que le palais désigne quelqu’un pour s’en charger. » Madame Wang répondit : « Nous ne parvenons déjà pas à mettre de l’ordre dans nos propres affaires ; comment pourrions-nous encore nous occuper de celles du dehors ? Quoi qu’il arrive, ne laisse pas la quatrième demoiselle apprendre cela. Si elle le savait, son idée d’entrer en religion lui reprendrait de plus belle. Songe à la sorte de famille qu’est la nôtre : si une jeune fille de bonne maison entrait en religion, où en serions-nous ? » Jia Lian répondit : « Si Madame n’en avait pas parlé, votre neveu n’aurait pas osé aborder le sujet. Ma quatrième sœur appartient après tout au palais de l’Est. Elle n’a plus ni père ni mère, son frère germain est au loin et sa belle-sœur n’a guère d’autorité sur elle. J’ai entendu dire qu’elle avait déjà tenté plusieurs fois de se donner la mort. Puisqu’elle a cette idée au cœur, si nous nous obstinons à l’en empêcher et qu’un jour elle se tue réellement, ce sera pire encore que son entrée en religion. » Madame Wang hocha la tête : « Cette affaire est vraiment trop lourde pour moi aussi. Je ne peux pas en décider ; que sa belle-sœur aînée en fasse donc à son gré. »

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Jia Lian ajouta encore quelques paroles avant de sortir. Il convoqua tous les intendants, leur donna des instructions précises, écrivit ses lettres et prépara ses bagages. Ping’er et les autres lui firent naturellement mille recommandations. Seule Qiaojie était inconsolable. Jia Lian voulut encore la confier à Wang Ren, mais elle s’y refusa absolument. Lorsqu’elle apprit qu’à l’extérieur il avait remis les affaires à Jia Yun et Jia Qiang, elle en fut plus malheureuse encore, sans pouvoir exprimer ce qu’elle ressentait. Elle dut laisser partir son père et continua à vivre auprès de Ping’er avec la plus grande prudence. Depuis la mort de Xifeng, Feng’er et Xiaohong avaient, l’une après l’autre, demandé congé ou prétexté une maladie. Ping’er songea à faire venir de sa propre famille une jeune fille qui, d’une part, tiendrait compagnie à Qiaojie et, d’autre part, l’aiderait à veiller sur elle. Elle eut beau chercher, elle ne trouva personne. Il n’y avait que Xiluan et Sijie’er, autrefois particulièrement chéries de l’aïeule Jia ; mais Sijie’er venait précisément de se marier, et Xiluan était elle aussi promise et devait bientôt quitter le gynécée. Ping’er dut donc renoncer.

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Jia Yun et Jia Qiang, après avoir accompagné Jia Lian à son départ, rentrèrent présenter leurs respects à Mesdames Xing et Wang. Ils s’installèrent à tour de rôle dans le cabinet d’étude extérieur et, pendant la journée, faisaient du tapage avec les domestiques. Parfois, ils invitaient quelques amis à une tournée de boissons à frais partagés ; ils allaient même jusqu’à se réunir pour jouer de l’argent, sans que les femmes de l’intérieur en sussent rien. Un jour, le grand-oncle Xing et Wang Ren vinrent leur rendre visite. Voyant Jia Yun et Jia Qiang établis là et sachant qu’ils aimaient l’animation, ils prirent eux aussi prétexte de surveiller la maison pour installer fréquemment, dans le cabinet extérieur, des parties de jeu accompagnées de beuveries. Parmi les domestiques sérieux, Jia Zheng en avait emmené quelques-uns et plusieurs autres avaient suivi Jia Lian. Il ne restait que les fils et neveux des familles Lai, Lin et de quelques autres. Ces jeunes gens, habitués grâce à leurs parents à boire et manger sans souci, ne connaissaient rien à l’art de tenir une maison et d’en régler les dépenses. Leurs aînés étant tous absents, ils étaient comme des chevaux sans bride ; encouragés de surcroît par deux maîtres de branches collatérales, ils ne demandaient pas mieux. Par leur tapage, ils mirent le palais Rongguo sens dessus dessous, sans plus respecter ni supérieurs ni inférieurs, ni dedans ni dehors. Jia Qiang songea même à entraîner Baoyu, mais Jia Yun l’arrêta : « Le second maître Bao est un homme qui suit sa propre chance ; inutile de le provoquer. Une année, je lui avais trouvé un parti absolument merveilleux : le père était percepteur des taxes en province, la famille possédait plusieurs monts-de-piété et la demoiselle était encore plus belle qu’une immortelle. Je m’étais donné la peine de lui écrire une longue lettre très détaillée, mais il n’avait pas la fortune de l’apprécier… » Arrivé là, il regarda autour de lui pour s’assurer que personne ne les écoutait, puis ajouta : « Dans son cœur, il était depuis longtemps en bonnes relations avec notre seconde tante. Et n’as-tu pas entendu parler aussi d’une certaine mademoiselle Lin ? Il en a contracté une maladie d’amour dont elle est morte : tout le monde le sait. Après tout, chacun a ses affinités conjugales, et cela pourrait encore se comprendre. Mais, à cause de cette affaire, il s’est mis à m’en vouloir et ne me prête presque plus aucune attention. Comme si j’avais besoin de profiter de la faveur de qui que ce soit ! » Jia Qiang hocha la tête et renonça dès lors à son projet.

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Tous deux ignoraient encore que, depuis sa rencontre avec le moine, Baoyu désirait trancher les liens du monde de poussière. Devant Madame Wang, il n’osait se livrer à ses caprices, mais il n’était déjà plus guère en harmonie avec Baochai, Xiren et les autres. Les servantes, qui ne comprenaient pas, cherchaient encore à le taquiner ; Baoyu ne les voyait même plus. Il ne prenait pas davantage à cœur les affaires de la famille. Lorsque Madame Wang ou Baochai l’exhortaient à étudier, il faisait semblant de se plonger dans les livres, tandis qu’il cherchait uniquement à comprendre par quel moyen le moine pourrait le conduire au pays des immortels. Partout où se portaient ses yeux et son esprit, il ne voyait que gens vulgaires ; la vie dans la maison lui était insupportable. Dans ses moments libres, il allait en revanche causer avec Xichun. Tous deux se comprenaient si bien que sa résolution s’en trouva encore affermie. Comment aurait-il pu se soucier de Jia Huan, Jia Lan et des autres ? Jia Huan, profitant de l’absence de son père, de la mort de la concubine Zhao et de l’indifférence de Madame Wang à son égard, avait rejoint la bande de Jia Qiang. Caiyun tentait souvent de le ramener à la raison, mais ne recevait en retour que ses injures. Yuchuan, voyant la folie de Baoyu empirer encore, avait depuis longtemps demandé à sa mère d’obtenir son départ. Baoyu et Jia Huan, les deux frères, avaient maintenant chacun leurs lubies, et nul ne voulait plus s’occuper d’eux. Seul Jia Lan, sous la conduite de sa mère, étudiait avec ardeur. Il rédigeait des compositions et les envoyait à l’école afin de demander conseil à Jia Dairu. Mais, depuis quelque temps, Jia Dairu était âgé et malade, alité chez lui ; Jia Lan devait donc travailler seul avec assiduité. Li Wan, depuis toujours calme et retirée, ne sortait pas d’un pas, hormis pour présenter ses respects à Madame Wang et rendre parfois visite à Baochai ; elle se consacrait seulement à surveiller les études de Jia Lan. Ainsi, bien que le palais Rong comptât encore de nombreux habitants, chacun vivait de son côté et personne ne voulait gouverner les autres. Jia Huan, Jia Qiang et leurs compagnons se conduisirent de plus en plus scandaleusement, allant jusqu’à mettre en gage ou vendre en secret les biens de la maison, sans parler de bien d’autres méfaits. Jia Huan, surtout, fréquentait les prostituées, jouait avec frénésie et ne reculait devant rien.

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Un jour, le grand-oncle Xing et Wang Ren buvaient dans le cabinet d’étude extérieur de la famille Jia. Échauffés par le vin, ils firent venir plusieurs chanteurs et chanteuses pour les divertir, chanter et les engager à boire. Jia Qiang déclara : « Votre tapage est bien vulgaire. Je veux diriger un jeu à boire. » Tous répondirent : « Volontiers. » Jia Qiang dit : « Jouons aux coupes flottantes sur le mot “lune”. Je commencerai par prononcer le mot “lune”, puis nous compterons les convives : celui sur qui tombera le compte boira et devra fournir une citation d’ouverture et une citation de clôture. Chacun obéira au maître du jeu ; qui refusera sera puni de trois grandes coupes. » Tous acceptèrent. Jia Qiang but la coupe inaugurale et récita : « Fais voler la coupe ailée et enivre-toi sous la lune. » En comptant dans le sens des buveurs, le tour échut à Jia Huan. Jia Qiang dit : « Pour l’ouverture, il faut le mot “osmanthe”. » Jia Huan récita : « La froide rosée, sans bruit, mouille les fleurs d’osmanthe. Et pour la clôture ? » Jia Qiang répondit : « Il faut le mot “parfum”. » Jia Huan récita : « Un parfum céleste flotte au-delà des nuages. » Le grand-oncle Xing s’écria : « Aucun plaisir, aucun plaisir ! Depuis quand connais-tu les caractères, toi, pour faire ainsi le lettré ? Cela ne nous amuse pas, cela ne fait que nous agacer. Supprimons tout cela et jouons plutôt à deviner les doigts. Le perdant boira et chantera : nous appellerons cela “peine sur peine”. Celui qui ne sait pas chanter pourra raconter une plaisanterie, pourvu qu’elle soit drôle. » Tous approuvèrent et se mirent à jouer dans le plus grand désordre. Wang Ren perdit, but une coupe et chanta un air. Tous l’applaudirent, puis le jeu reprit. L’un des chanteurs perdit à son tour et entonna une chanson qui disait : « Demoiselle, demoiselle, que vous avez d’attraits ! » Ensuite, le grand-oncle Xing perdit. Comme tous exigeaient qu’il chantât, il dit : « Je ne sais pas chanter ; laissez-moi raconter une plaisanterie. » Jia Qiang répondit : « Si vous racontez sans faire rire, vous serez tout de même puni. » Le grand-oncle Xing but une coupe et commença : « Écoutez tous. Dans un village s’élevait un temple de l’Empereur Yuan, avec, à côté, un sanctuaire du dieu du Sol. L’Empereur Yuan faisait souvent venir le dieu du Sol pour bavarder. Un jour, le temple fut cambriolé et l’Empereur envoya le dieu du Sol enquêter. Celui-ci rapporta : “Il n’y a pas de voleur dans cette contrée. Vos généraux divins ont certainement manqué de vigilance et un voleur du dehors est venu emporter les objets.” L’Empereur Yuan répondit : “Sottises ! Tu es le dieu du Sol de cet endroit : si je ne te demande pas compte d’un vol, à qui le demanderai-je ? Au lieu d’arrêter le voleur, tu accuses mes généraux divins de négligence !” Le dieu du Sol répondit : “Ils ont certes manqué de vigilance, mais c’est surtout que le fengshui du temple est mauvais.” L’Empereur demanda : “Sais-tu donc examiner le fengshui ?” Le dieu répondit : “Que votre petite divinité regarde.” Il inspecta tous les côtés, puis revint faire son rapport : “Les deux battants rouges placés derrière le siège de Votre Seigneurie n’offrent aucune sécurité. Derrière mon propre siège, il y a un mur maçonné ; naturellement, rien ne peut disparaître. Si Votre Seigneurie faisait également bâtir un mur derrière elle, tout irait bien.” L’Empereur Yuan trouva le conseil raisonnable et ordonna aux généraux divins de faire venir des ouvriers pour construire le mur. Ceux-ci soupirèrent : “Nous ne recevons même plus un bâtonnet d’encens en offrande ; où trouverions-nous les briques, la chaux et les salaires nécessaires ?” L’Empereur Yuan, à court de ressources, leur ordonna d’employer leurs pouvoirs magiques, mais aucun ne trouva de solution. Alors le général Tortue, qui se tenait aux pieds de l’Empereur, se leva et dit : “Vous êtes tous incapables ! Moi, j’ai une idée. Enlevez les portes rouges et, pendant la nuit, je boucherai l’ouverture avec mon ventre. Ne vaudra-t-il pas un mur ?” Tous les généraux répondirent : “Excellente idée ! Elle ne coûte rien, elle est commode et solide.” Le général Tortue fut donc chargé de cette fonction, et le calme revint. Or, quelques jours plus tard, des objets disparurent encore du temple. Les généraux convoquèrent le dieu du Sol : “Tu disais qu’avec un mur, rien ne disparaîtrait. Pourquoi y a-t-il encore des vols maintenant que nous en avons un ?” Le dieu répondit : “Ce mur n’a pas été solidement construit.” Les généraux dirent : “Va donc l’examiner.” Le dieu du Sol regarda : c’était en apparence un excellent mur. Comment un vol avait-il encore pu se produire ? Il le palpa de la main, puis s’écria : “Je croyais que c’était un vrai mur ; comment aurais-je deviné que c’était un Jia Qiang, un faux mur !” » Tous éclatèrent de rire. Jia Qiang lui-même ne put s’en empêcher et dit : « Imbécile de grand-oncle, vous êtes joli ! Je ne vous ai pas insulté : pourquoi m’insultez-vous ? Apportez vite une coupe, qu’on lui en fasse boire une grande pour le punir ! »

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Après avoir bu, le grand-oncle Xing était déjà pris de vin. Les autres burent encore plusieurs coupes et s’enivrèrent tous peu à peu. Le grand-oncle Xing se mit à dire le plus grand mal de sa sœur, tandis que Wang Ren disait le plus grand mal de la sienne ; tous deux parlaient avec une extrême méchanceté. Jia Huan, emporté lui aussi par l’ivresse, se mit à dénigrer Xifeng : il racontait combien elle avait été dure envers eux et comment elle les avait foulés aux pieds. Les autres dirent : « Un être humain devrait toujours laisser quelque marge aux autres. Xifeng était si redoutable parce qu’elle s’appuyait sur l’aïeule ; maintenant, elle a fini comme une bête à la queue brûlée. Il ne reste plus que sa fille, et celle-ci recevra peut-être à son tour, dès cette vie, le châtiment de leurs actes. » Jia Yun se rappelait que Xifeng l’avait mal traité ; il songeait aussi que Qiaojie pleurait dès qu’elle le voyait et se mit à débiter lui aussi tout ce qui lui passait par la bouche. Jia Qiang fut le seul à dire : « Buvons donc. À quoi bon parler des affaires d’autrui ? » L’une des chanteuses demanda : « Quel âge a cette demoiselle ? À quoi ressemble-t-elle ? » Jia Qiang répondit : « Elle est très jolie et doit avoir treize ou quatorze ans. » La chanteuse dit : « Quel dommage qu’une telle personne soit née dans une grande famille comme celle de ce palais ! Si elle était née dans une petite maison, ses parents et ses frères pourraient tous devenir mandarins et faire fortune. » Tous demandèrent : « Comment cela ? » La chanteuse répondit : « Il y a actuellement un prince d’une dépendance extérieure, homme fort sensible, qui cherche une concubine. Si elle répondait à ses exigences, ses parents et ses frères partiraient tous avec elle. Ne serait-ce pas une excellente affaire ? » Les autres n’y prêtèrent guère attention ; seul Wang Ren sentit son cœur s’agiter légèrement, mais il continua à boire comme auparavant.

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On vit alors entrer des jeunes gens des familles Lai et Lin, qui s’écrièrent : « Comme ces messieurs s’amusent ! » Tous se levèrent : « L’Aîné, le Troisième, pourquoi n’arrivez-vous qu’à cette heure ? Vous nous avez fait attendre ! » Les deux nouveaux venus répondirent : « Ce matin, nous avons entendu une rumeur : il paraissait qu’un nouveau malheur était arrivé à notre famille. Inquiets, nous sommes allés nous renseigner à l’intérieur ; il ne s’agissait pas de nous. » Les autres dirent : « Dès lors que ce n’était pas nous, tout était réglé. Pourquoi n’êtes-vous pas venus aussitôt ? » Ils répondirent : « Même si cela ne nous concernait pas directement, l’affaire avait tout de même quelque rapport avec nous. Savez-vous de qui il s’agissait ? De monsieur Jia Yucun. Nous l’avons vu aujourd’hui conduit avec une cangue : on disait qu’il allait être déféré aux Trois Offices judiciaires pour y être interrogé. Comme nous l’avons souvent vu fréquenter notre famille, nous avons craint quelque complication et nous l’avons suivi pour nous renseigner. » Jia Yun dit : « L’Aîné a décidément l’esprit prévoyant : il fallait en effet s’informer. Asseyez-vous d’abord, buvez une coupe et racontez-nous la suite. »

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Après avoir décliné quelque temps l’invitation par politesse, les deux hommes s’assirent et dirent en buvant : « Ce monsieur Yucun est capable et sait fort bien se ménager des protections ; il avait atteint un rang élevé. Mais il aime trop l’argent, et quelqu’un l’a dénoncé pour plusieurs chefs d’accusation, notamment celui d’avoir extorqué ses subordonnés. L’empereur actuel est souverainement éclairé et bienveillant ; mais dès qu’il entend le mot “corruption”, qu’un fonctionnaire ait ruiné le peuple ou abusé de son pouvoir pour opprimer les honnêtes gens, il entre dans une colère extrême. Un décret a donc ordonné son arrestation. Si l’enquête confirme les accusations, il aura du mal à s’en tirer ; si elles sont fausses, le dénonciateur ne sera pas non plus à son aise. C’est vraiment une excellente époque : pourvu que l’on ait la fortune de devenir mandarin, tout va bien. » Les autres dirent : « Votre frère a justement cette fortune. Il est maintenant magistrat de district : n’est-ce pas assez beau ? » Le jeune homme de la famille Lai répondit : « Mon frère est certes magistrat, mais, à voir sa conduite, je crains qu’il ne puisse pas davantage conserver longtemps sa position. » On lui demanda : « A-t-il lui aussi la main longue ? » Il hocha la tête et leva sa coupe pour boire. Les autres demandèrent encore : « Quelles nouvelles avez-vous entendues à l’intérieur ? » Les deux hommes répondirent : « Rien d’autre, sinon que l’on a capturé de nombreux pirates sur les frontières maritimes et qu’on les a eux aussi envoyés aux tribunaux pour interrogatoire. Leurs aveux en ont révélé beaucoup d’autres, dont certains se cachaient dans la capitale, recueillaient des renseignements et profitaient d’une occasion pour dévaliser les familles. Mais ils savent maintenant que les hauts personnages de la cour excellent aussi bien dans les lettres que dans les armes et servent l’empereur de toutes leurs forces ; partout où ils passent, les bandits sont bientôt exterminés. » Les autres dirent : « Puisque vous avez appris que certains se trouvaient dans la capitale, savez-vous si l’enquête a éclairci le cambriolage de notre maison ? » Ils répondirent : « Nous n’en avons rien entendu. Quelqu’un disait confusément qu’un homme venu de l’intérieur du pays avait commis un crime dans la capitale, enlevé une femme et gagné la mer. Comme la femme refusait de lui obéir, le bandit l’avait tuée. Il tentait ensuite de franchir la passe quand les soldats l’ont capturé ; il a été exécuté sur le lieu même de son arrestation. » Les autres dirent : « Miaoyu, de notre ermitage des Bambous verts, n’a-t-elle pas été enlevée ? Serait-ce elle ? » Jia Huan s’écria : « Ce doit être elle ! » On lui demanda : « Comment le sais-tu ? » Jia Huan répondit : « Cette Miaoyu était une créature absolument détestable. Elle prenait toute la journée des airs précieux ; dès qu’elle voyait Baoyu, son visage s’épanouissait, mais, lorsqu’elle me rencontrait, elle ne daignait jamais me regarder en face. Si c’était réellement elle, je serais enfin satisfait ! » Les autres dirent : « Bien des femmes ont été enlevées ; pourquoi serait-ce nécessairement elle ? » Jia Yun dit : « Il y a tout de même quelque indice. L’autre jour, quelqu’un racontait qu’une religieuse de son ermitage avait rêvé de Miaoyu assassinée. » Tous rirent : « Les rêves ne comptent pas. » Le grand-oncle Xing dit : « Rêve ou non, peu importe. Mangeons vite. Cette nuit, nous jouerons vraiment gros. » Tous approuvèrent ; après le repas, ils se mirent à jouer des sommes considérables.

𦗟𦗟便便:「。偺便。」便囬。便:「使。」

Ils jouèrent jusqu’après la troisième veille. Soudain, ils entendirent un grand tumulte dans les appartements intérieurs. On disait que la quatrième demoiselle s’était querellée avec Madame You, qu’elle s’était coupé tous les cheveux, puis qu’elle était allée se prosterner devant Mesdames Xing et Wang. Elle les suppliait de lui permettre de devenir nonne et de lui donner un lieu où se retirer ; si elles refusaient, elle mourrait sous leurs yeux. Mesdames Xing et Wang, ne sachant que décider, envoyèrent chercher le jeune maître Qiang et le second maître Yun. Dès qu’il entendit la nouvelle, Jia Yun comprit que cette résolution remontait à l’époque où ils avaient gardé la maison et qu’ils ne parviendraient sans doute pas à l’en détourner. Il se concerta avec Jia Qiang : « Ces dames nous font appeler, mais nous n’avons pas autorité pour décider ; il ne conviendrait d’ailleurs pas que nous le fassions. Nous pouvons seulement tenter de la persuader. Si nous n’y réussissons pas, il faudra les laisser agir à leur gré. Concertons-nous pour écrire une lettre au second oncle Lian : nous serons ainsi dégagés de toute responsabilité. » Leur décision prise, ils entrèrent voir Mesdames Xing et Wang et firent semblant de conseiller longuement Xichun. Mais celle-ci était irrévocablement décidée à entrer en religion. Elle ne demandait même pas à quitter la maison : elle souhaitait seulement qu’on lui accordât une ou deux chambres pures où elle pourrait réciter les sutras et adorer le Bouddha. Voyant que les deux hommes refusaient de décider et craignant que Xichun ne se donnât la mort, Madame You prit résolument la responsabilité sur elle : « Tant pis, j’en porterai seule la faute. On dira que moi, sa belle-sœur, je ne pouvais supporter la jeune sœur de mon mari et que je l’ai contrainte à entrer en religion : que l’affaire s’arrête là. Il est absolument hors de question qu’elle aille vivre au-dehors. Mais si elle reste dans la maison, puisque ces dames sont toutes ici, que l’on considère la décision comme mienne. Que Qiang écrive seulement une lettre à son maître Zhen et au second oncle Lian. » Jia Qiang et les autres acquiescèrent. Nous ignorons si Mesdames Xing et Wang donnèrent ou non leur accord ; ce sera expliqué au chapitre suivant.

Notes

賈雨村 : le nom Jia Yucun fait entendre 假語存, « les propos feints conservés » ; le patronyme 賈 de la famille Jia est en outre homophone de 假, « faux ».

假牆 : « faux mur » se prononce exactement comme 賈薔, Jia Qiang ; la plaisanterie du grand-oncle Xing est donc une insulte directe à celui-ci.

超凡 : « dépasser le monde ordinaire » désigne l’entrée dans la vie religieuse et le détachement des liens terrestres ; le titre oppose ce désir de Baoyu aux deux femmes qui protègent son jade.

飛羽觴而醉月 : citation adaptée de Li Bai, où les convives font circuler des coupes légères comme des ailes et s’enivrent sous la lune.

冷露無聲濕桂花 : vers de Wang Jian ; il fournit ici le mot 桂, « osmanthe », imposé par le jeu à boire.

一子出家,七祖昇天 : proverbe religieux selon lequel l’entrée en religion d’un fils assure le salut de sept générations d’ancêtres ; Baoyu l’emploie ironiquement pour présenter son renoncement comme une forme de réussite familiale.

月字流觴 : jeu à boire fondé sur le mot 月, « lune » ; le joueur désigné doit réciter des formules contenant les mots imposés par le maître du jeu.

三法司 : appellation collective des trois grandes institutions judiciaires de l’empire : le ministère des Peines, la Cour de révision judiciaire et le Censorat.

Texte chinois de Cao Xueqin (1791), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/紅樓夢(程甲本).

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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