Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 27 Au pavillon des Gouttes d’émeraude, la concubine Yang joue avec les papillons diaprés ; au tertre des Parfums ensevelis, Feiyan pleure les dernières fleurs rouges
滴翠亭楊妃戲彩蝶 埋香冢飛燕泣殘紅
Au pavillon des Gouttes d’émeraude, la concubine Yang joue avec les papillons diaprés
au tertre des Parfums ensevelis, Feiyan pleure les dernières fleurs rouges
話說林黛玉正自悲泣,忽𦗟院門響處,只見寳釵出來了,寳玉襲人一羣人送了出來。待要上去問着寳玉,又恐當着衆人問羞了寶玉不便,因而閃過一傍,讓寳釵去了,寶玉等進去關了門,方轉過來,尙望着門洒了幾㸃淚。自覺無味,轉身囬來,無精打彩的卸了殘粧。
Or Lin Daiyu pleurait tristement quand elle entendit soudain la porte de la cour s’ouvrir. Elle vit mademoiselle Bao sortir, raccompagnée par Baoyu, Xiren et toute leur suite. Elle aurait voulu aller interroger Baoyu, mais craignit qu’une question posée devant tout le monde ne le couvrît de honte et ne le mît dans l’embarras. Elle se rangea donc sur le côté, laissa passer mademoiselle Bao, puis attendit que Baoyu et les autres fussent rentrés et eussent refermé la porte. Alors seulement elle revint sur ses pas et versa encore quelques larmes en contemplant la porte. Se sentant bien dépitée, elle retourna chez elle et défit sans entrain les restes de sa toilette.
紫鵑雪雁素日知道林黛玉的情性,無事悶坐,不是愁眉,便是長歎,且好端端的,不知爲了什麽,常常的便自淚不乾的。先時還有人解勸,或怕他思父母,想家鄉,受委曲,用話來寛慰解勸。誰知後來一年一月的,竟常常如此,把這個様兒看慣了,也都不理論了。所以也没人去理,由他悶坐,只管睡覺去了。那林黛玉𠋣着床欄杆,兩手抱着𰯌,眼睛含着淚,好似木雕泥塑的一般,直坐到二更多天,方纔𪾶了。一宿無話。
Zijuan et Xueyan connaissaient depuis longtemps le caractère de Lin Daiyu. Quand elle restait assise à se morfondre sans raison, elle avait toujours les sourcils soucieux ou poussait de longs soupirs ; même lorsque tout allait bien, on ne savait pourquoi ses larmes ne tarissaient jamais. Au début, on cherchait encore à la consoler : on supposait qu’elle regrettait ses parents, son pays natal, ou qu’elle avait subi quelque humiliation, et on lui adressait des paroles réconfortantes. Mais, les années et les mois passant, comme elle demeurait toujours ainsi, toutes s’habituèrent à ses manières et cessèrent de s’en occuper. Personne ne vint donc la voir ; on la laissa se morfondre et chacune alla dormir.
Lin Daiyu, adossée à la barre du lit, les genoux serrés dans ses bras et les yeux pleins de larmes, restait aussi immobile qu’une statue de bois ou d’argile. Elle demeura assise jusqu’après la deuxième veille avant de se coucher. Le reste de la nuit se passa sans incident.
至次日乃是四月二十六日,原來這日未時交芒種節。尙古風俗:凡交芒種節的這日,都要設擺各色禮物,祭餞花神,言芒種一過,便是夏日了,衆花皆卸,花神退位,須要餞行。閨中更興這件風俗,所以大觀園中之人都早起來了。那些女孩子們,或用花瓣柳枝編成轎馬的,或用綾錦紗羅叠成干旄旌幢的,都用綵線繫了。每一颗樹,每一枝花上,都繫了這些物事。滿園裡繡帶飄飄,花枝招展。更兼這些人打扮的桃羞杏讓,燕妬鶯慚,一時也道不盡。
Le lendemain était le vingt-sixième jour du quatrième mois ; cette année-là, le terme solaire de Mangzhong commençait à l’heure wei. Une antique coutume voulait que, ce jour-là, on disposât toutes sortes d’offrandes pour sacrifier au dieu des Fleurs et prendre congé de lui. On disait qu’après Mangzhong venait l’été : toutes les fleurs se fanaient, le dieu des Fleurs quittait sa charge, et il fallait donc lui offrir un banquet d’adieu. Cette coutume était particulièrement en vogue dans les appartements des femmes ; aussi tous les habitants du Jardin aux Grandes Vues s’étaient-ils levés de bonne heure.
Les jeunes filles avaient tressé, avec des pétales et des branches de saule, des palanquins et des chevaux ; d’autres avaient plié des soieries, des brocarts, des gazes et des crêpes pour en faire étendards, bannières et dais, le tout attaché avec des fils de couleur. À chaque arbre et à chaque branche fleurie pendaient de tels ornements. Dans tout le jardin flottaient des rubans brodés et se balançaient des rameaux fleuris. Quant aux jeunes filles elles-mêmes, leur beauté faisait rougir les pêchers, s’effacer les abricotiers, jalouser les hirondelles et pâlir de honte les loriots : on ne saurait tout décrire en quelques mots.
且說寶釵、迎春、探春、惜春、李紈、鳯姐等並大姐兒、香菱與衆丫鬟們,都在園内頑耍,獨不見林黛玉,𨒖春因說道:「林妹妹怎麼不見?好個懶丫頭!這會子還睡覺不成?」寳釵道:「你們等着,等我去閙了他來。」說着,便丢了衆人,一直徃瀟湘舘來。正走着,只見文官等十二個女孩子也來了,上來問了好,說了一囬閒話。寳釵囬身指道:「他們都在那裏呢,你們找他們去。我找林姑娘去,就來。」說着,逶迤往瀟湘館來。忽然抬頭見寳玉進去了,寳釵便站住,低頭想了一想:「寳玉和林黛玉是從小兒一處長大,他兄妹間多有不避嫌疑之處,嘲笑不忌,喜怒無常。况且黛玉素昔猜忌,好弄小性兒的,此刻自己也跟了進去,一則寳玉不便,二則黛玉嫌疑,倒是囘來的妙。」想𭺾,抽身囘來。
Mademoiselle Bao, Yingchun, Tanchun, Xichun, Li Wan, Wang Xifeng, Dajie’er, Xiangling et toutes les servantes s’amusaient dans le jardin. Seule Lin Daiyu manquait. Yingchun dit alors : « Pourquoi ne voit-on pas sœur Lin ? Quelle paresseuse ! Serait-elle encore en train de dormir à cette heure ? » Mademoiselle Bao répondit : « Attendez-moi ici, je vais la taquiner et vous l’amener. » Laissant là les autres, elle se dirigea droit vers le pavillon du Xiao et du Xiang.
Chemin faisant, elle vit arriver Wenguan et les onze autres jeunes actrices. Elles vinrent la saluer et bavardèrent un moment avec elle. Mademoiselle Bao se retourna et leur indiqua du doigt : « Elles sont toutes là-bas ; allez les retrouver. Moi, je vais chercher mademoiselle Lin et je reviens aussitôt. » Elle reprit tranquillement le chemin du pavillon du Xiao et du Xiang. Soudain, levant les yeux, elle vit Baoyu y entrer et s’arrêta. Elle réfléchit, la tête baissée : « Baoyu et Lin Daiyu ont grandi ensemble depuis leur enfance. Entre frère et sœur, ils ne se soucient guère des convenances : ils se plaisantent sans retenue et passent brusquement de la joie à la colère. De plus, Daiyu est naturellement soupçonneuse et prompte à se vexer. Si j’entre derrière lui, Baoyu sera gêné, et Daiyu concevra des soupçons. Mieux vaut repartir. » Cette réflexion faite, elle rebroussa chemin.
剛要尋别的姊妹去,忽見面前一䨇玉色蝴蝶,大如團扇,一上一下,迎風翩躚,十分有趣。寶釵意欲撲了來頑耍,遂向袖中取出扇子來,向草地下來撲。只見那一雙蝴蝶,忽起忽落,來來往往,將欲過河去了。倒引的寳釵躡手躡脚的,一直跟到池邊滴翠亭上,香汗淋漓,嬌喘細細。寳釵也無心撲了,剛欲囬來,只𦗟那亭裡邊嘁嘁喳喳有人說話。
Elle allait chercher les autres jeunes filles lorsqu’elle aperçut devant elle une paire de papillons couleur de jade, grands comme des éventails ronds. Ils montaient et descendaient, voltigeant avec grâce dans la brise : le spectacle était charmant. Mademoiselle Bao voulut les attraper pour s’amuser ; elle tira donc un éventail de sa manche et se mit à les poursuivre au ras de l’herbe. Les deux papillons tantôt s’élevaient, tantôt se posaient, allant et venant, puis semblèrent vouloir traverser la rivière. Ils entraînèrent ainsi mademoiselle Bao, qui les suivait à pas furtifs, jusqu’au bord de l’étang et au pavillon des Gouttes d’émeraude. Elle ruisselait d’une sueur parfumée et respirait doucement, hors d’haleine. Renonçant à les attraper, elle allait repartir lorsqu’elle entendit des voix chuchoter à l’intérieur du pavillon.
原來這亭子四面俱是遊廊曲欄,蓋在池中水上,四面雕鏤槅子,糊着紙。寳釵在亭外聼見說話,便煞住脚,往裡細𦗟,只𦗟說道:「你瞧瞧這手帕子果然是你丢的那塊,你就拿着。要不是,就還芸二爺去。」又有一人說話:「可不是我那塊!拿來給我罷。」又聼道:「你拿什麽謝我呢?難道白找了來不成?」又答道:「我已經許了謝你,自然是不哄你的。」又𦗟說道:「我找了來給你,自然謝我。但只是那揀的人,你就不謝他麼?」那一個又說道:「你别胡說。他是個爺們家,揀了我們的東西,自然該還的。呌我拿什麽謝他呢?」又𦗟說道:「你不謝他,我怎麼囬他呢?况且他再三再四的和我說了,若没謝的,不許我給你呢。」半晌,又𦗟說道:「也罷,拿我這個給他,筭謝他的罷。你要告訴别人呢?須說一個誓。」又𦗟說道:「我要告訴人,嘴上就長一個疔,日後不得好死!」又𦗟說道:「噯呀!偺們只顧說話,看有人來悄悄的在外頭𦗟見。不如把這槅子都推開了,便是人見偺們在這裡,他們只當我們說頑話呢。若走到跟前,偺們也看的見,就别說了。」
Ce pavillon, bâti sur les eaux au milieu de l’étang, était entouré de galeries et de balustrades sinueuses. Ses quatre côtés étaient fermés de cloisons ajourées tendues de papier. Entendant parler, mademoiselle Bao s’arrêta devant le pavillon et prêta attentivement l’oreille.
Une voix disait : « Regarde donc si ce mouchoir est bien celui que tu as perdu. Si c’est lui, prends-le ; sinon, rends-le au second maître Yun. » Une autre répondit : « Mais oui, c’est bien le mien ! Donne-le-moi. » La première reprit : « Et avec quoi me remercieras-tu ? Je ne l’ai tout de même pas retrouvé pour rien ! — Je t’ai déjà promis une récompense ; bien sûr que je ne te tromperai pas. — Puisque je te l’ai rapporté, tu dois naturellement me remercier. Mais celui qui l’a ramassé, ne le remercieras-tu pas aussi ? — Ne dis pas de sottises. C’est un homme ; puisqu’il a ramassé une de nos affaires, il devait naturellement la rendre. Avec quoi veux-tu que je le remercie ? — Si tu ne le remercies pas, que vais-je lui répondre ? D’autant qu’il me l’a répété plusieurs fois : sans récompense, il m’interdisait de te le rendre. »
Après un long silence, l’autre voix reprit : « Soit. Donne-lui ceci de ma part, en guise de remerciement. Mais tu ne le raconteras à personne ? Il faut que tu prêtes serment. — Si j’en parle à quiconque, qu’un furoncle me pousse sur la bouche et que je meure un jour de male mort ! — Aïe ! Nous bavardons sans faire attention : quelqu’un pourrait venir nous écouter en cachette. Ouvrons plutôt toutes les cloisons. Même si l’on nous voit ici, on croira seulement que nous plaisantons. Et si quelqu’un approche, nous le verrons et nous pourrons nous taire. »
寳釵外面𦗟見這話,心中吃驚,想道:「怪道從古至今那些姦淫狗盗的人,心機都不錯。這一開了,見我在這裡,他們豈不臊了?况且說話的語音,大似寳玉房裡紅兒的言語。他素昔眼空心大,是個頭等刁鑚古怪東西,今兒我𦗟了他的短兒,『人急造反,狗急跳𫮶』,不但生事,而且我還没趣。如今便赶着躱了,料也躱不及,少不得要使個『金蝉脫壳』的法子。」猶未想完,只𦗟「咯吱」一聲,寳釵便故意放重了脚歩,笑著呌道:「顰兒!我看你徃那裡藏!」一面說,一靣故意徃前赶。那亭内的小紅墜兒剛一推窻,只𦗟寳釵如此說着徃前趕,兩個人都唬怔了。寳釵反向他二人笑道:「你們把林姑娘藏在那裡了?」墜兒道:「何曾見林姑娘了?」寳釵道:「我纔在河那邊看著林姑娘在這裡蹲著弄水兒呢。我要悄悄的唬他一跳,還没有走到跟前,他倒看見我了,朝東一繞,就不見了。别是藏在裡頭了?」一面說,一面故意進去,尋了一尋,抽身就走,口内說道:「一定又鑽在山子洞裡去了。遇見蛇,咬一口也罷了。」一面說,一面走,心中又好笑:這件事筭遮過去了,不知他二人是怎様。
En entendant cela du dehors, mademoiselle Bao fut saisie d’effroi. Elle pensa : « Voilà pourquoi, depuis toujours, les débauchés et les voleurs ne manquent jamais de ruse. Si elles ouvrent et me voient ici, ne mourront-elles pas de honte ? À en juger par les voix, l’une ressemble fort à Hong’er, de la chambre de Baoyu. Elle a toujours eu des ambitions démesurées ; c’est une créature retorse et singulièrement rusée. Aujourd’hui, j’ai surpris son secret. Or, “un homme poussé à bout se révolte, un chien poussé à bout saute le mur” : non seulement elle pourrait provoquer quelque scandale, mais je me retrouverais moi-même dans une position ridicule. Si je m’enfuis maintenant, je n’aurai sans doute pas le temps de me cacher. Force m’est donc d’employer la tactique de la cigale d’or qui abandonne sa dépouille. »
Elle n’avait pas achevé cette pensée qu’elle entendit un grincement. Elle appuya exprès ses pas et s’écria en riant : « Pin’er ! Voyons où tu vas te cacher ! » Tout en parlant, elle fit semblant de poursuivre quelqu’un. À l’intérieur, Xiaohong et Zhuier venaient de pousser la fenêtre ; en entendant mademoiselle Bao crier ainsi et courir en avant, toutes deux restèrent pétrifiées de peur. Mademoiselle Bao se retourna vers elles et leur demanda en riant : « Où avez-vous caché mademoiselle Lin ? — Nous n’avons pas vu mademoiselle Lin, répondit Zhuier. — Je viens pourtant de la voir, de l’autre côté de la rivière, accroupie ici à jouer avec l’eau. Je voulais m’approcher sans bruit pour lui faire peur ; mais, avant même que je l’atteigne, elle m’a aperçue. Elle a fait un détour vers l’est et a disparu. Elle ne se serait pas cachée là-dedans ? »
Tout en parlant, elle entra délibérément, fit semblant de chercher, puis repartit en disant : « Elle se sera encore fourrée dans une grotte de la rocaille. Tant pis pour elle si un serpent la mord ! » Elle s’éloigna en parlant et riait en elle-même : l’affaire était bien dissimulée ; restait à savoir ce que penseraient les deux autres.
誰知小紅𦗟了寳釵的話,便信以爲眞,讓寳釵去遠,便拉墜兒道:「了不得了!林姑娘蹲在這裡,一定聼了話去了!」墜兒聼說,也半日不言語。小紅又道:「這可怎麽様呢?」墜兒道:「便𦗟見了,管誰筋疼,各人幹各人的就完了。」小紅道:「若是寳姑娘聼見還倒罷了。林姑娘嘴裡又愛尅薄人,心裡又細,他一𦗟見了,倘或走露了,怎麽様呢?」
Xiaohong, prenant les paroles de mademoiselle Bao pour argent comptant, attendit qu’elle fût loin, puis saisit Zhuier par le bras : « C’est terrible ! Mademoiselle Lin était accroupie ici ; elle a certainement entendu ce que nous disions ! » Zhuier resta un long moment sans répondre. Xiaohong reprit : « Qu’allons-nous faire ? — Même si elle a entendu, en quoi cela regarde-t-il qui que ce soit ? Chacune n’a qu’à s’occuper de ses propres affaires. — Si c’était mademoiselle Bao qui avait entendu, cela irait encore. Mais mademoiselle Lin a la langue mordante et l’esprit très subtil. Si elle a entendu et que l’affaire venait à s’ébruiter, qu’allons-nous devenir ? »
二人正說着,只見文官、香菱、司棋、侍書等上亭子來了。二人只得掩住這話,且和他們頑笑。只見鳳姐兒站在山坡上招手呌,小紅連忙𣓪了衆人,跑至鳯姐前,堆着笑問:「奶奶使喚做什麼事?」鳯姐打諒了一囘,見他生的干淨俏麗,說話知趣,因笑道說:「我的丫頭今兒没跟進我來。我這會子想起一件事來,要使喚個人出去,不知你能幹不能幹?說的齊全不齊全?」小紅笑道:「奶奶有什麽話,只管分付我說去。若說的不齊全,悞了奶奶的事,任凴奶奶責罰就是了。」鳳姐笑道:「你是那位姑娘房裡的?我使你出去,他囘來找你,我好替你說。」小紅道:「我是寳二爺房裡的。」鳯姐聼了笑道:「噯喲!你原來是寶玉房裡的,怪道呢。也罷了,等他問,我替你說。你到我們家告訴你平姐姐,外頭屋裡桌子上汝窯盤子架兒底下放着一卷銀子,那是一百二十兩,給繡匠的工價,等張材家的來,要當面秤給他瞧了,再給他拿去。再裡頭床頭上有一個小荷包,拿了來。」
Elles parlaient encore lorsque Wenguan, Xiangling, Siqi, Shishu et quelques autres montèrent au pavillon. Les deux jeunes filles durent étouffer cette conversation et se mirent à plaisanter avec elles. Elles virent alors Xifeng, debout sur le versant de la colline, leur faire signe de la main. Xiaohong quitta précipitamment les autres, courut vers elle et demanda avec un sourire empressé : « Que désire la maîtresse ? »
Xifeng l’examina un moment. La voyant nette, jolie et avisée dans ses paroles, elle lui dit en souriant : « Mes servantes ne m’ont pas accompagnée aujourd’hui. Je viens de me rappeler une affaire et j’ai besoin d’envoyer quelqu’un au-dehors. Je ne sais pas si tu en es capable : sauras-tu transmettre exactement tout ce que je dirai ? — Maîtresse, donnez-moi seulement vos instructions. Si je les rapporte mal et que je compromets votre affaire, vous pourrez me punir comme bon vous semblera. — Au service de quelle demoiselle es-tu ? Si je t’envoie en course et qu’elle te cherche à son retour, je pourrai lui donner une explication. — Je suis au service du second maître Bao. — Oh ! tu es donc de la chambre de Baoyu ! Je comprends mieux. Soit. S’il te demande, je lui expliquerai. Va chez nous dire à sœur Ping’er que, dans la pièce extérieure, sur la table, sous le support à assiette en porcelaine de Ru, se trouve un rouleau d’argent de cent vingt taëls destiné au salaire des brodeurs. Lorsque la femme de Zhang Cai viendra, qu’elle le pèse devant elle avant de le lui remettre. Et, près du chevet dans la pièce intérieure, il y a une petite bourse : apporte-la-moi. »
小紅𦗟說,徹身去了。不多時囬來了,只見鳯姐不在這山坡上了,因見司棋從山洞裡出來,站着繫裙子,便赶來問道:「姐姐,不知道二奶奶往那裡去了?」司棋道:「没理論。」小紅聼了,囘身又徃四下裡一看,只見那邊探春寳釵在池邊看魚,小紅上來陪笑道:「姑娘們可知道二奶奶剛纔那裡去了?」探春道:「往你大奶奶院裡找去。」
À ces mots, Xiaohong partit aussitôt. Elle revint peu après, mais Xifeng n’était plus sur le versant. Apercevant Siqi qui sortait d’une grotte de la rocaille et rajustait sa jupe, elle courut lui demander : « Grande sœur, savez-vous où est allée la seconde maîtresse ? — Je n’y ai pas fait attention », répondit Siqi.
Xiaohong se retourna et regarda tout autour d’elle. Elle aperçut Tanchun et mademoiselle Bao au bord de l’étang, occupées à regarder les poissons. Elle s’approcha avec un sourire : « Mesdemoiselles, sauriez-vous où la seconde maîtresse est allée tout à l’heure ? — Va la chercher dans la cour de ta première maîtresse », répondit Tanchun.
小紅聼了,再徃稻香村來,頂頭只見晴雯、𦂶霞、碧痕、秋紋、麝月、侍書、入畫、鶯兒等一羣人來了。晴雯一見小紅,便說道:「你只是瘋罷!院子裡花兒也不澆,雀兒也不喂,茶爐子也不弄,就在外頭逛。」小紅道:「昨兒二爺說了,今兒不用澆花,過一日澆一囘罷。我喂雀兒的時候,姐姐還𪾶覺呢。」碧痕道:「茶爐子呢?」小紅道:「今兒不該我的班兒,有茶没茶,休問我。」𦂶霞道:「你𦗟聼他的嘴!你們别說了,讓他逛罷。」小紅道:「你們再問問,我逛了没逛?二奶奶纔使喚我說話取東西去的。」說着,將荷包舉給他們看,方没言語了。大家走開。晴雯冷笑道:「怪道呢!原來爬上高枝兒去了,把我們不放在眼裡了。不知說了一句話半句話,名兒姓兒知道了不曾,就把他興頭的這個様!這一遭兒半遭兒的筭不得什麽。過了後兒,還得𦗟呵!有本事從今兒出了這園子,長長遠遠的在高枝兒上纔筭得。」一面說着去了。
Xiaohong se dirigea donc vers le hameau des Épis parfumés. Elle rencontra de front Qingwen, Qixia, Bihen, Qiuwen, Sheyue, Shishu, Ruhua, Ying’er et plusieurs autres. Dès qu’elle la vit, Qingwen lui lança : « Continue donc à faire la folle ! Dans la cour, tu n’arroses pas les fleurs, tu ne nourris pas les oiseaux, tu ne t’occupes pas du fourneau à thé : tu ne fais que courir dehors. — Hier, le second maître a dit qu’il ne fallait pas arroser les fleurs aujourd’hui, mais seulement une fois tous les deux jours. Et quand j’ai nourri les oiseaux, grande sœur dormait encore. — Et le fourneau à thé ? demanda Bihen. — Ce n’est pas mon tour aujourd’hui. Qu’il y ait du thé ou non, ne me le demande pas. — Écoutez-moi cette langue ! dit Qixia. Ne lui parlez plus, laissez-la courir. — Demandez donc si je suis vraiment allée courir ! La seconde maîtresse vient de m’envoyer porter un message et chercher quelque chose. » Elle leur montra la bourse, et elles se turent enfin.
Toutes se séparèrent. Qingwen ricana : « Je comprends mieux ! Tu as donc grimpé sur une haute branche et tu ne nous vois déjà plus ! On ne sait même pas si elle connaît ton nom après les quelques mots que tu lui as dits, et te voilà dans cet état d’excitation ! Une occasion ou deux ne comptent pas. Attendons après-demain, et il te faudra encore obéir ici ! Si tu en es capable, quitte le jardin dès aujourd’hui et demeure éternellement sur ta haute branche : là, ce sera quelque chose ! » Elle s’éloigna en parlant.
這裏小紅𦗟說,不便分証,只得忍着氣來找鳯姐兒。到了李氏房中,果見鳯姐兒在這裡和李氏說話兒呢。小紅上來囘道:「平姐姐說,奶奶剛出來了,他就把銀子𭣣起來了。纔張材家的來取,當面秤了給他拿去了。」說着,將荷包遞了上去,又道:「平姐姐呌我來囘奶奶:纔旺兒進來討奶奶的示下,好往那家子去的,平姐姐就把那話按着奶奶的主意打發他去了。」鳯姐笑道:「他怎麽按我的主意打發去了?」小紅道:「平姐姐說:我們奶奶問這裡奶奶好。原是我們二爺不在家,雖然遲了兩天,只管請奶奶放心。等五奶奶好些,我們奶奶還㑹了五奶奶來瞧奶奶呢。五奶奶前兒打𤼵了人來說:舅奶奶帶了信來了,問奶奶好,還要和這裡的姑奶奶尋兩丸延年神騐萬金丹。若有了,奶奶打發人來,只管送在我們奶奶這裡。明兒有人去,就順路給那邊舅奶奶帶去的。」
Après ces paroles, Xiaohong ne pouvait se justifier ; elle dut contenir sa colère et repartir à la recherche de Xifeng. Arrivée dans les appartements de Li Wan, elle y trouva en effet Xifeng en pleine conversation avec elle. Xiaohong s’avança et rendit compte : « Sœur Ping’er dit que, juste après le départ de la maîtresse, elle a rangé l’argent. La femme de Zhang Cai est venue le chercher tout à l’heure ; sœur Ping’er l’a pesé devant elle et le lui a remis. » Elle tendit la bourse, puis ajouta : « Sœur Ping’er m’a encore chargée de dire à la maîtresse que Wang’er est venu demander ses instructions pour savoir dans quelle maison se rendre. Sœur Ping’er lui a transmis le message conformément aux intentions de la maîtresse. »
Xifeng demanda en riant : « Et comment l’a-t-elle transmis conformément à mes intentions ? — Sœur Ping’er a dit : “Notre maîtresse présente ses compliments à la maîtresse d’ici. Comme notre second maître est absent, il y a eu deux jours de retard, mais que la maîtresse se rassure. Lorsque la cinquième maîtresse ira mieux, notre maîtresse viendra avec elle rendre visite à la maîtresse. Avant-hier, la cinquième maîtresse a envoyé quelqu’un dire que la femme de l’oncle maternel avait fait parvenir un message pour prendre des nouvelles de la maîtresse ; elle demandait aussi à la jeune dame mariée d’ici deux pilules divines, éprouvées et inestimables, qui prolongent la vie. Si elle en possède, que la maîtresse les fasse porter chez notre maîtresse. Quelqu’un partira demain et les remettra en chemin à la femme de l’oncle maternel.” »
話未說完,李氏道:「噯喲喲!這話我就不懂了,什麽『奶奶』『爺爺』的一大堆。」鳳姐笑道:「怨不得你不懂,這是四五門子的話呢。」說著,又向小紅笑道:「好孩子,難爲你說的齊全,不像他們扭扭捏捏蚊子似的。嫂子不知道,如今除了我隨手使的這幾個丫頭老婆子之外,我就怕和别人說話。他們必定把一句話拉長了,作兩三截兒,咬文嚼字,拿著腔兒,哼哼唧唧的,急的我冐火,他們那裡知道?先是我們平兒也是這麽着,我就問着他:難道必定粧蚊子哼哼就是美人了?說了幾遭纔好些了。」李宫裁笑道:「都像你潑辣貨纔好!」鳯姐道:「這一個丫頭就好。方纔兩遭說話雖不多,聼那口角就狠剪㫁。」說着,又向小紅笑道:「明兒你伏侍我去罷,我認你做女兒。我一調理,你就出息了。」
Avant que Xiaohong eût terminé, Li Wan s’écria : « Aïe, aïe ! Je n’y comprends rien : quelle avalanche de maîtresses et de maîtres ! » Xifeng rit : « Rien d’étonnant à ce que tu ne comprennes pas : il est question de quatre ou cinq maisons différentes. » Puis elle dit à Xiaohong avec un sourire : « Brave enfant ! Tu as su tout rapporter sans rien omettre. Tu n’es pas comme celles qui minaudent en bourdonnant comme des moustiques. Belle-sœur, tu ne le sais pas, mais à part les quelques servantes et femmes de service que j’emploie habituellement, j’ai peur de parler aux autres. Elles étirent toujours une phrase, la coupent en deux ou trois morceaux, choisissent leurs mots, prennent des airs et marmonnent. Moi, j’enrage d’impatience, mais que peuvent-elles en savoir ? Au début, même notre Ping’er était ainsi. Je lui ai demandé : “Faut-il donc absolument imiter le bourdonnement d’un moustique pour être une beauté ?” Après plusieurs remarques, elle s’est améliorée. »
Li Gongcai dit en riant : « Il faudrait donc qu’elles soient toutes aussi délurées que toi ! — Cette servante-ci me plaît, reprit Xifeng. Elle n’a parlé que deux fois, mais son débit est vif et net. » Puis elle se tourna vers Xiaohong : « Demain, viens à mon service. Je te prendrai pour fille ; une fois que je t’aurai formée, tu feras ton chemin. »
小紅𦗟了,「撲哧」一笑。鳯姐道:「你怎麽笑?你說我年輕,比你能大幾歲,就做你的媽了?你做春夢呢!你打𦗟打𦗟,這些人比你大的赶着我呌媽,我還不理他呢!今兒抬舉了你了。」小紅笑道:「我不是笑這個,我笑奶奶認錯了輩數兒了,我媽是奶奶的女兒,這會子又認我做女兒。」鳯姐道:「誰是你媽?」李宫裁笑道:「你原來不認的他?他是林之孝的女兒。」鳯姐聼了,十分咤異,因說道:「哦!原來是他的丫頭!」又笑道:「林之孝兩口子,都是錐子扎不出一聲兒來的。我成日家說,他們倒是配就了的一對夫妻,一個天聾,一個地啞。那裡承望養出這麽個伶俐丫頭來!你十幾歲了?」小紅道:「十七歲了。」又問名字,小紅道:「原呌紅玉的,因爲重了寳二爺,如今只呌紅兒了。」
À ces mots, Xiaohong éclata de rire. Xifeng demanda : « Pourquoi ris-tu ? Tu te dis que je suis jeune, que je n’ai guère plus d’années que toi, et que je prétends déjà être ta mère ? Tu rêves tout éveillée ! Informe-toi donc : bien des femmes plus âgées que toi s’empressent de m’appeler mère sans que je daigne leur répondre. Aujourd’hui, je te fais un honneur. — Ce n’est pas de cela que je ris, répondit Xiaohong. Je ris parce que la maîtresse s’est trompée de génération : ma mère est la fille de la maîtresse, et voilà que la maîtresse veut maintenant me prendre aussi pour fille. — Qui est ta mère ? »
Li Gongcai rit : « Tu ne l’as donc pas reconnue ? C’est la fille de Lin Zhixiao. » Xifeng, fort étonnée, s’écria : « Oh ! c’est donc sa fille ! » Puis elle ajouta en riant : « Lin Zhixiao et sa femme sont tous deux si silencieux qu’un poinçon ne leur arracherait pas un son. Je dis toujours qu’ils forment un couple parfaitement assorti : l’un est sourd comme le ciel, l’autre muette comme la terre. Qui aurait cru qu’ils donneraient naissance à une fille aussi délurée ! Quel âge as-tu ? — Dix-sept ans. » Xifeng lui demanda encore son nom. Xiaohong répondit : « Je m’appelais autrefois Hongyu, mais comme le caractère “yu” se trouvait aussi dans le nom du second maître Bao, on ne m’appelle plus que Hong’er. »
鳯姐𦗟說,將眉一皺,把頭一囬,說道:「討人嫌的狠!得了『玉』的便宜似的,你也『玉』,我也『玉』。」因說:「嫂子不知道,我和他媽說:『賴大家的如今事多,也不知這府裡誰是誰,你替我好好的挑兩個丫頭我使。』他一般的答應著。他饒不挑,倒把他這女孩子送了别處去。難道跟我必定不好?」李紈笑道:「你可是又多心了。進來在先,你說在後,怎麽怨的他媽?」鳯姐說道:「你這麽著,明兒我和寶玉說,呌他再要人,呌這丫頭跟我去。可不知本人愿意不愿意?」小紅笑道:「愿意不愿意,我們也不敢說。只是跟着奶奶,我們學些眉眼高低,出入上下,大小的事兒,也得見識見識。」剛說着,只見王夫人的丫頭來請,鳯姐便辭了李宮裁去了。小紅囬怡紅院去,不在話下。
Xifeng fronça les sourcils, détourna la tête et dit : « Que c’est agaçant ! Comme si le caractère “yu” était un avantage dont chacun voulait profiter : toi, tu as ton “yu”, lui aussi a son “yu” ! » Puis elle reprit : « Belle-sœur, tu ne le sais pas, mais j’ai dit à sa mère : “La femme de Lai Da a maintenant trop d’affaires à traiter et ne sait même plus qui est qui dans cette résidence. Choisis-moi donc soigneusement deux servantes.” Elle m’a répondu qu’elle le ferait. Non seulement elle n’en a choisi aucune, mais elle a envoyé sa propre fille servir ailleurs. Serait-il donc nécessairement mauvais de me suivre ? — Te voilà encore soupçonneuse, dit Li Wan en riant. Cette fille était déjà entrée ici avant que tu en parles à sa mère. Comment peux-tu la lui reprocher ? »
Xifeng dit : « Puisque c’est ainsi, je parlerai demain à Baoyu. Je lui dirai de prendre quelqu’un d’autre et j’emmènerai cette fille avec moi. Reste à savoir si l’intéressée le veut ou non. » Xiaohong répondit en souriant : « Que nous le voulions ou non, nous n’oserions le dire. Mais, en suivant la maîtresse, nous apprendrions à observer les regards et les circonstances, à nous comporter avec les supérieurs comme avec les inférieurs, et nous acquerrions quelque expérience des affaires grandes et petites. » Elle parlait encore lorsqu’une servante de Madame Wang vint chercher Xifeng. Celle-ci prit congé de Li Gongcai et partit. Xiaohong retourna à la cour du Bonheur rouge ; inutile d’en dire davantage.
如今且說林黛玉因夜間失寐,次日起來遲了,聞得衆姊妹都在園中做餞花會,恐人笑他痴懶,連忙梳洗了出來。剛到了院中,只見寳玉進門來了便笑道:「好妹妹,你昨兒可告了我了不曾?我懸了一夜心。」黛玉便囬頭呌紫鵑道:「把屋子𭣣拾了,下一扇紗屜。看那大燕子囘來,把簾子放了下來,拿獅子𠋣住。燒了香,就把爐罩上。」一面說,一面又徃外走。寳玉見他這様,還認作是昨日晌午的事,那知晚間的這件公案,還打恭作揖的。林黛玉正眼也不看,各自出了院門,一直找别的姊妹去了。
Revenons à Lin Daiyu. Comme elle avait mal dormi, elle se leva tard le lendemain. Apprenant que toutes ses cousines étaient dans le jardin pour la fête d’adieu aux fleurs, elle craignit qu’on ne se moquât de sa paresse excessive, se hâta de se coiffer et de se laver, puis sortit. Elle venait d’arriver dans la cour lorsque Baoyu entra et lui dit en souriant : « Bonne petite sœur, m’as-tu dénoncé hier ou non ? J’en ai été inquiet toute la nuit. »
Daiyu tourna aussitôt la tête vers Zijuan : « Range la chambre et pose un panneau de gaze. Quand tu verras revenir les grandes hirondelles, baisse le rideau et bloque-le avec le lion. Après avoir brûlé l’encens, recouvre le brûle-parfum. » Tout en donnant ces ordres, elle continua vers la sortie. Baoyu, la voyant ainsi, croyait encore qu’elle était fâchée à cause de l’incident de la veille à midi ; il ignorait tout du grief survenu le soir et ne cessait de la saluer et de s’incliner. Lin Daiyu ne lui accorda pas même un regard. Tous deux sortirent de la cour, et elle alla droit chercher les autres jeunes filles.
寶玉心中納悶,自己猜疑:看起這様光景來,不像是爲昨兒的事。但只昨日我囘來得晚了,又没有見他,再没有冲撞了他的去處了。一面想,一面由不得隨後追了來。只見寳釵探春,正在那邊看鶴舞,見黛玉來了,三個一同站着說話兒。又見寶玉來了,探春便笑道:「寳哥哥,身上好?我整整的三天没見你了。」寳玉笑道:「妹妹身上好?我前兒還在大嫂子跟前問你呢。」探春道:「寳哥哥,你徃這裡來,我和你說話。」寳玉𦗟說,便跟了他,離了釵玉兩個,到了一棵石榴樹下。探春因說道:「這幾天,老爺可曾呌你?」寳玉笑道:「没有呌。」探春道:「昨兒我恍惚聼見說,老爺呌你出去的。」寳玉笑道:「那想是别人𦗟錯了,並没呌的。」探春又笑道:「這幾個月,我又攢下有十來吊錢了。你還拿了去,明兒出門逛去的時候,或是好字畵,好輕巧頑意兒,替我帶些來。」寳玉道:「我這麽逛去,城裡城外大廊大廟的逛,也没見個新竒精緻東西,總不過是那些金玉銅磁器,没處撂的古董。再就是紬縀、吃食、衣服了。」探春道:「誰要這些。怎麽像你上囬買的那柳枝兒編的小籃子,眞竹子根穵的香盒兒,膠泥垜的風爐兒,這就好了。我喜歡的什麽似的,誰知他們都愛上了,都當寳貝似的搶了去了。」寳玉笑道:「原來要這個。這不值什麽,拿幾百錢出去給小子們,管拉兩車來。」探春道:「小厮們知道什麽?你揀那朴而不俗直而不拙的這些東西,你多多替我帶了來,我還像上囘的鞋做一雙你穿,比那雙還加工夫,如何呢?」
Baoyu, fort perplexe, se disait : « À voir son attitude, elle ne semble pas fâchée à cause de l’affaire d’hier. Mais je suis rentré tard et ne l’ai pas vue. Je ne puis pourtant pas l’avoir offensée ailleurs. » Tout en réfléchissant, il ne put s’empêcher de la suivre. Il vit mademoiselle Bao et Tanchun qui regardaient danser les grues. Lorsque Daiyu les rejoignit, toutes trois restèrent là à bavarder. Baoyu approcha à son tour, et Tanchun lui demanda en souriant : « Frère Baoyu, comment vas-tu ? Voilà trois jours entiers que je ne t’ai pas vu. — Et toi, petite sœur, comment vas-tu ? Avant-hier encore, j’ai demandé de tes nouvelles à ma belle-sœur aînée. — Frère Baoyu, viens par ici, je voudrais te parler. »
Baoyu la suivit, laissant mademoiselle Bao et Daiyu derrière eux, et ils s’arrêtèrent sous un grenadier. Tanchun demanda : « Ces derniers jours, Monsieur t’a-t-il fait appeler ? — Non. — Hier, il m’a semblé entendre dire qu’il t’avait demandé de sortir. — Quelqu’un aura mal entendu ; il ne m’a pas appelé. — Ces derniers mois, j’ai encore économisé une dizaine de ligatures de sapèques. Prends-les. Quand tu sortiras te promener, rapporte-moi de belles calligraphies, de belles peintures ou de petits objets délicats. — J’ai beau parcourir la ville et ses faubourgs, les grands marchés et les grands temples, je ne vois jamais rien de neuf ni de raffiné. Il n’y a que des objets d’or, de jade, de cuivre ou de porcelaine, et des antiquités dont on ne sait que faire ; sinon, des soieries, des aliments ou des vêtements. — Qui te demande cela ? Je voudrais des objets comme le petit panier tressé en branches de saule que tu as acheté la dernière fois, la boîte à encens creusée dans une véritable racine de bambou ou le petit fourneau façonné en argile. Ils me plaisaient énormément, mais toutes les autres les ont aimés aussi et se les sont arrachés comme des trésors. — Ah, c’est donc cela que tu veux ! Cela ne vaut presque rien. Donne quelques centaines de sapèques aux garçons, ils t’en ramèneront deux charretées. — Que peuvent comprendre ces jeunes valets ? Choisis toi-même des objets simples sans être vulgaires, francs sans être grossiers, et rapporte-m’en beaucoup. En échange, je te ferai une paire de souliers comme la dernière fois, mais encore plus travaillée. Qu’en dis-tu ? »
寳玉笑道:「你提起鞋來,我想起故事來了:一囬穿着,可巧遇見了老爺,老爺就不受用,問是誰做的,我那裡敢提三妹妹三個字!我就囬說是前兒我生日,是舅母給的。老爺𦗟了是舅母給的,纔不好說什麽的。半日還說:『何苦來!虛耗人力,作踐綾羅,做這様的東西。』我囬來告訴了襲人,襲人說這還罷了,趙姨娘氣的抱怨的了不得:『正經兄弟,鞋蹋拉襪蹋拉的,没人看得見,且做這些東西!』」探春𦗟說,登時沉下臉來道:「你說,這話糊𡍼到什麽田地!怎麽我是該做鞋的人麽?𤨔兒難道没有分例的?衣裳是衣裳,鞋襪是鞋襪,丫頭老婆一屋子,怎麽抱怨這些話,給誰𦘏呢!我不過閑着没事作一䨇半雙,愛給那個哥哥兄弟,隨我的心。誰敢管我不成!這也是他瞎氣。」
Baoyu rit : « Puisque tu parles de souliers, je me rappelle une histoire. Un jour où je les portais, je suis justement tombé sur Monsieur. Ils lui ont déplu et il m’a demandé qui les avait faits. Comment aurais-je osé prononcer les trois mots “troisième sœur” ? J’ai répondu que ma tante maternelle me les avait offerts pour mon anniversaire. En apprenant qu’ils venaient d’elle, Monsieur ne pouvait plus guère protester ; mais, après un long moment, il a tout de même dit : “À quoi bon gaspiller ainsi le travail des gens et gâcher de la soie pour fabriquer de pareilles choses ?” À mon retour, je l’ai raconté à Xiren. Elle m’a dit que cela n’était encore rien, mais que la concubine Zhao était furieuse et se plaignait sans fin : “Son propre frère laisse traîner souliers et chaussettes sans que personne s’en soucie, et elle s’amuse pourtant à fabriquer ces choses-là !” »
À ces mots, le visage de Tanchun s’assombrit brusquement : « Dis-moi, peut-on être plus déraisonnable ? Suis-je donc chargée de fabriquer les souliers ? Huan’er n’a-t-il pas son allocation ? Les vêtements sont une chose, les souliers et les chaussettes en sont une autre. Il a toute une chambre de servantes et de femmes de service : pourquoi ces plaintes, et à qui veut-elle les faire entendre ? Quand je n’ai rien à faire, il m’arrive de confectionner une paire ou une demi-paire de souliers. Je les donne au frère que je veux : cela ne regarde que moi. Qui oserait s’en mêler ? Elle se met encore en colère sans raison. »
寳玉聼了,㸃頭笑道:「你不知道,他心裡自然又有個想頭了。」探春聼說,一發動了氣,將頭一扭,說道:「連你也糊𡍼了!他那想頭,自然是有的,不過是那隂㣲鄙賤的見識。他只𬋩這麼想,我只管認得老爺、太太兩個人,别人我一槪不𬋩。就是姊妹弟兄跟前,誰和我好,我就和誰好,什麽偏的庻的,我也不知道。論理,我不該說他,但他忒昏聵得不像了。還有笑話兒呢,就是上囬我給你那錢,替我帶那頑耍的東西,過了兩天,他見了我,也是說没錢,便怎麽難處,我也不理論。誰知後來丫頭們出去了,他就抱怨起我來,說我攅的錢,爲什麽給你使,倒不給𤨔兒使了。我聼見這話,又好笑,又好氣。我就出來徃太太跟前去了。」正說着,只見寳釵那邊笑道:「說完了,來罷。顯見得是哥哥妹妹了,丢下别人,且說體己去。我們聼一句兒就使不得了?」說着,探春寳玉二人方笑着來了。
Baoyu hocha la tête en souriant : « Tu ne comprends pas : elle a naturellement autre chose en tête. » Tanchun, plus irritée encore, détourna vivement la tête : « Te voilà déraisonnable toi aussi ! Bien sûr qu’elle a quelque chose en tête, mais ce ne sont que des idées mesquines, basses et sordides. Qu’elle pense ce qu’elle veut ! Pour ma part, je ne reconnais comme parents que Monsieur et Madame ; les autres ne me regardent aucunement. Même parmi mes frères et sœurs, je suis bonne avec ceux qui le sont avec moi. Épouse principale ou concubine, légitime ou secondaire, je ne connais pas ces distinctions. En principe, je ne devrais pas parler d’elle, mais elle est vraiment d’un aveuglement insensé.
Il y a encore une histoire ridicule. La dernière fois, quand je t’ai donné de l’argent pour que tu me rapportes ces petits objets, elle est venue me voir deux jours plus tard. Elle aussi prétendait manquer d’argent et me décrivait ses difficultés ; je ne lui ai pas répondu. Mais une fois les servantes sorties, elle s’est mise à se plaindre : pourquoi donnais-je mes économies à dépenser pour toi au lieu de les donner à Huan’er ? En entendant cela, je ne savais s’il fallait rire ou me fâcher. Je suis donc partie chez Madame. »
Elle parlait encore lorsque mademoiselle Bao leur lança en riant : « Si vous avez fini, revenez donc ! On voit bien que vous êtes frère et sœur : vous abandonnez les autres pour échanger vos confidences. Nous n’aurions même pas le droit d’en entendre une phrase ? » Tanchun et Baoyu revinrent alors en riant.
寳玉因不見了林黛玉,便知他躱了别處去了。想了一想:索性遲兩日,等他的氣息一息再去也罷了。因低頭看見許多鳯仙石榴等各色落花,錦重重的落了一地,因歎道:「這是他心裡生了氣,也不收拾這花兒來了。待我送了去,明兒再問看他。」說着,只見寶釵約着他們往外頭去。寳玉道:「我就來。」等他二人去遠,把那花兠了起來,登山渡水,過樹穿花,一直奔了那日同林黛玉𦵏桃花的去處來。將已到了花塚,猶未轉過山坡,只𦗟山坡那邊有嗚咽之聲,一面數落着,哭的好不傷心。寳玉心下想道:「這不知是那房裡的丫頭,受了委屈,跑到這個地方來哭。」一面想,一面煞住脚歩,聼他哭道是:
Ne voyant plus Lin Daiyu, Baoyu comprit qu’elle s’était cachée ailleurs. Après réflexion, il se dit : « Autant attendre deux jours que sa colère soit retombée avant d’aller la trouver. » Baissant les yeux, il aperçut quantité de fleurs tombées, balsamines, grenadiers et bien d’autres encore, qui couvraient le sol comme une épaisse broderie. Il soupira : « Elle est si fâchée qu’elle ne vient même plus ramasser ces fleurs. Je vais les porter là-bas et je l’interrogerai demain. »
Mademoiselle Bao invita alors les autres à sortir du jardin. Baoyu dit : « Je vous rejoins. » Lorsqu’elles furent loin, il recueillit les fleurs dans les pans de son vêtement, gravit des collines, franchit des ruisseaux, contourna les arbres et traversa les massifs fleuris, jusqu’à l’endroit où, l’autre jour, il avait enseveli les fleurs de pêcher avec Lin Daiyu. Il approchait déjà du tertre des Fleurs, sans avoir encore contourné le versant, lorsqu’il entendit de l’autre côté des sanglots et une voix qui exhalait ses griefs en pleurant à fendre le cœur.
Baoyu pensa : « Ce doit être une servante de quelque maison, victime d’une injustice, qui est venue pleurer ici. » Il s’arrêta pour écouter. La voix chantait :
花謝花飛飛滿天,紅消香斷有誰憐?遊絲軟繫飄春榭,落絮輕沾撲綉簾。閨中女兒惜春暮,愁緒滿懷無釋處。手把花鋤出綉簾,忍踏落花來復去。柳絲榆莢自芳菲,不管桃飄與李飛。桃李明年能再發,明年閨中知有誰?三月香巢已壘成,樑間燕子太無情!明年花發雖可啄,𨚫不道人去樑空巢亦傾。一年三百六十日,風刀霜劒嚴相逼。明媚鮮妍能幾時,一朝飄泊難尋覔。花開易見落難尋,堦前悶殺𦵏花人。獨把花鋤泪暗洒,洒上空枝見血痕。杜鵑無語正黃昏,荷鋤歸去掩重門。靑燈照壁人初𪾶,冷雨敲窻被未温。怪奴底事倍傷神?半爲憐春半惱春。憐春忽至惱忽去,至又無言去不聞。昨宵庭外悲歌發,知是花魂與鳥魂。花魂鳥魂總難留,鳥自無言花自羞。愿奴脇下生雙翼,隨花飛到天盡頭。天盡頭,何處有香坵?未若錦囊收艷骨,一抔净土掩風流。質本潔來還潔去,强於汚淖䧟渠溝。爾今死去儂收𦵏,未卜儂身何日喪?儂今𦵏花人笑痴,他年𦵏儂知是誰?試看春殘花漸落,便是紅顔老死時。一朝春盡紅顔老,花落人亡兩不知!
Les fleurs se fanent, les fleurs s’envolent, leur vol emplit le ciel ;
Le rouge s’efface, le parfum se brise : qui donc les prend en pitié ?
Les fils errants se nouent mollement aux pavillons du printemps ;
La bourre légère des saules effleure les rideaux brodés.
Dans sa chambre, une jeune fille déplore le déclin du printemps ;
Le cœur plein de tristesse, elle ne sait où s’en délivrer.
Sa houe à fleurs en main, elle franchit le rideau brodé ;
Comment supporter de fouler les fleurs tombées dans ses allées et venues ?
Les fils du saule et les samares de l’orme s’épanouissent à leur guise,
Sans se soucier des pêchers qui s’effeuillent ni des pruniers qui dispersent leurs fleurs.
Pêchers et pruniers pourront refleurir l’année prochaine ;
Mais qui donc sera encore dans la chambre l’année prochaine ?
Au troisième mois, le nid parfumé est déjà achevé ;
Sous la poutre, les hirondelles sont par trop insensibles !
L’an prochain, quand les fleurs écloront, elles pourront encore les becqueter,
Sans savoir que l’habitante partie, la poutre vide, le nid aussi sera tombé.
Tout au long des trois cent soixante jours de l’année,
Le couteau du vent et l’épée du givre les assaillent sans merci.
Combien de temps peuvent durer leur éclat et leur fraîche beauté ?
Un matin elles dérivent au loin, et nul ne peut les retrouver.
La fleur éclose se voit aisément, la fleur tombée est difficile à retrouver ;
Au pied des marches se consume de chagrin celle qui ensevelit les fleurs.
Seule, sa houe à fleurs en main, elle verse des larmes secrètes ;
Arrosant les branches nues, elles y laissent des traces de sang.
Le coucou s’est tu ; c’est maintenant le crépuscule.
La houe sur l’épaule, elle rentre et ferme sa lourde porte.
La lampe bleue éclaire le mur quand elle se couche enfin ;
La pluie froide frappe la fenêtre, et sa couche n’est pas encore tiède.
Pourquoi donc suis-je aujourd’hui deux fois plus accablée ?
Pour moitié je plains le printemps, pour moitié je lui en veux.
Je le plains d’arriver soudain, je lui en veux de repartir soudain ;
Il arrive sans rien dire et s’en va sans qu’on l’entende.
Hier soir, hors de la cour, s’éleva un chant plaintif ;
Était-ce l’âme des fleurs ou bien l’âme des oiseaux ?
L’âme des fleurs et celle des oiseaux sont toutes deux difficiles à retenir ;
L’oiseau reste muet, la fleur elle-même rougit de honte.
Puissent deux ailes naître sous mes bras,
Pour qu’avec les fleurs je vole jusqu’au bout du ciel.
Au bout du ciel,
Où trouver un tertre parfumé ?
Mieux vaut recueillir leurs beaux ossements dans un sac de brocart,
Et qu’une poignée de terre pure recouvre leur grâce.
Pures par nature quand elles vinrent, qu’elles repartent encore pures,
Plutôt que de choir, souillées, dans la fange d’un fossé.
Aujourd’hui, mortes, vous êtes recueillies et ensevelies par moi ;
Mais quel jour mon propre corps périra-t-il ?
Aujourd’hui j’ensevelis les fleurs, et l’on rit de ma folie ;
Mais qui donc, un autre jour, m’ensevelira ?
Voyez : quand le printemps s’achève, les fleurs peu à peu retombent ;
Ainsi vient l’heure où la beauté, vieillie, doit mourir.
Un matin le printemps s’achève et la beauté vieillit ;
Les fleurs tombent, l’être meurt, et nul ne sait plus rien de l’autre !
寳玉𦗟了,不覺痴倒。要知端詳,下囘分解。
En écoutant ce chant, Baoyu demeura comme frappé de stupeur. Pour connaître la suite de cette affaire, il faut lire le chapitre suivant.
Notes
楊妃/飛燕 : le titre assimile implicitement Baochai à la voluptueuse Yang Guifei et Daiyu à Zhao Feiyan, célèbre pour sa silhouette légère ; 飛燕 signifie littéralement « hirondelle volante ».
芒種 : neuvième terme solaire du calendrier traditionnel, situé au début de juin et marquant la saison où les céréales barbues arrivent à maturité.
餞花神 : la cérémonie d’adieu au dieu des Fleurs est ici une coutume féminine liée à la fin du printemps et à la chute des fleurs.
顰兒 : surnom de Daiyu, formé sur 顰, « froncer les sourcils » ; Baoyu l’emploie avec familiarité.
金蟬脫殼 : « la cigale d’or abandonne sa dépouille », stratagème consistant à détourner les soupçons en laissant derrière soi une fausse apparence.
紅玉 : le second caractère du nom Hongyu, 玉, est supprimé parce qu’il figure aussi dans 寶玉, Baoyu ; cette règle d’évitement protège le nom d’un supérieur.
杜鵑 : le coucou est traditionnellement associé aux lamentations, et son chant est réputé si douloureux que l’oiseau crache du sang.