Le Rêve dans le pavillon rouge
Le Rêve du pavillon rouge, Histoire de la pierre
Cao Xueqin, 1791. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 30 Baochai se sert d’un éventail pour porter adroitement un double coup ; en traçant « rosier », Chunling s’absorbe jusqu’à gagner celui qui est hors du jeu
寳釵借扇機帶雙敲 椿齡畵薔痴及局外
Baochai se sert d’un éventail pour porter adroitement un double coup
en traçant « rosier », Chunling s’absorbe jusqu’à gagner celui qui est hors du jeu
話說林黛玉自與寳玉口角後,也自後悔,但又無去就他之理,因此日夜悶悶,如有所失。紫鵑度其意,乃勸道:「論前日之事,竟是姑娘太浮躁了些。别人不知那寳玉脾氣,難道偺們也不知道的?爲那玉也不是閙了一遭兩遭了。」黛玉啐道:「你倒來替人𣲖我的不是,我怎麽浮躁了?」紫鵑笑道:「好好的,爲什麽剪了那穗子?豈不是寳玉只有三分不是,姑娘倒有七分不是?我看他素日在姑娘身上就好,皆因姑娘小性兒,常要歪𣲖他,纔這麽様。」
Depuis sa dispute avec Baoyu, Lin Daiyu regrettait elle aussi ce qui s’était passé ; mais elle n’avait aucune raison d’aller le trouver. Elle demeurait donc jour et nuit accablée, comme si quelque chose lui manquait. Devinant ses pensées, Zijuan lui conseilla : « Pour ce qui est arrivé l’autre jour, mademoiselle s’est tout de même montrée un peu trop impulsive. Les autres peuvent ignorer le caractère de Baoyu, mais nous, ne le connaissons-nous pas ? Ce jade a déjà provoqué plus d’une scène. » Daiyu cracha de dépit : « Voilà que tu prends le parti des autres et me reproches mes torts ! En quoi ai-je été impulsive ? » Zijuan répondit en riant : « Pourquoi donc avoir coupé ce gland, alors que tout allait bien ? Baoyu avait tout au plus trois parts de tort, contre sept pour mademoiselle. À mon avis, il a toujours été bon envers vous ; c’est seulement parce que mademoiselle est susceptible et lui cherche constamment querelle qu’on en arrive là. »
林黛玉欲答話,只聼院外呌門,紫鵑聼了一聽,笑道:「這是寶玉的聲音,想必是來賠不是來了。」黛玉𦗟了,說:「不許開門!」紫鵑道:「姑娘又不是了!這麽熱天,毒日頭地下,晒壞了他,如何使得呢!」口裡說著,便出去開門,果然是寶玉。一面讓他進來,一面笑著說道:「我只當寳二爺再不上我們的門了,誰知道這會子又來了。」寶玉笑道:「你們把極小的事,倒說大了。好好的,爲什麽不來?我便死了,魂也要一日來一百遭。妹妹可大好了?」紫鵑道:「身上病好了,只是心裡氣還不大好。」寶玉笑道:「我曉得有什麽氣。」一面說着,一面進來。只見林黛玉又在床上哭。
Lin Daiyu allait répondre lorsqu’on appela à la porte, hors de la cour. Zijuan tendit l’oreille, puis dit en riant : « C’est la voix de Baoyu. Il vient sûrement vous demander pardon. » Daiyu l’entendit et déclara : « Défense d’ouvrir ! » Zijuan répondit : « Mademoiselle a encore tort ! Par cette chaleur, sous ce soleil de plomb, comment pourrait-on le laisser cuire ainsi ? » Tout en parlant, elle sortit ouvrir : c’était bien Baoyu. Elle le fit entrer en lui disant avec un sourire : « Je croyais que le second maître Bao ne franchirait plus jamais notre porte ; qui aurait pensé qu’il reviendrait déjà ? » Baoyu répondit en riant : « Vous faites une montagne d’une bagatelle. Pourquoi ne reviendrais-je pas, alors que tout va bien ? Même mort, mon âme viendrait encore cent fois par jour. Ma petite sœur va-t-elle beaucoup mieux ? » Zijuan répondit : « Son corps est guéri, mais dans son cœur, sa colère n’est pas encore tout à fait passée. » Baoyu sourit : « Je sais bien de quoi elle est fâchée. » En parlant, il entra et vit Lin Daiyu de nouveau en larmes sur son lit.
那黛玉本不曾哭,𦗟見寶玉來,由不得傷心了,止不住滾下淚來。寳玉笑着走近床來道:「妹妹身上可大好了?」黛玉只顧拭淚,並不答應。寳玉因便挨在床沿上坐了,一面笑道:「我知道你不惱我,但只是我不來,呌傍人看見,倒像是偺們又拌了嘴的似的。若等他們來勸偺們,那時節豈不偺們倒覺生分了?不如這會子,你要打要罵,凴着你怎麽様,千萬别不理我。」說着,又把「好妹妹」呌了幾十聲。黛玉心裡原是再不理寳玉的,這會子𦗟見寳玉說「别呌人知道偺們拌了嘴就生分了是的」這一句話,又可見得比别人原親近,因又掌不住,便哭道:「你也不用來哄我。從今已後,我也不敢親近二爺,權當我去了。」寳玉聼了笑道:「你往那裡去呢?」黛玉道:「我囬家去。」寳玉笑道:「我跟了去。」黛玉道:「我死了呢?」寳玉道:「你死了,我做和尙。」黛玉一聞此言,登時把臉放下來,問道:「想是你要死了,胡說的是什麽?你家倒有幾個親姐姐親妹妹呢,明日都𭮀了,你幾個身子去做和尙?明日我到把這話告訴去評評。」
En réalité, Daiyu ne pleurait pas ; mais en entendant arriver Baoyu, elle ne put s’empêcher de s’affliger et ses larmes se mirent à couler. Baoyu s’approcha du lit en souriant : « Ma petite sœur va-t-elle beaucoup mieux ? » Daiyu se contenta d’essuyer ses larmes sans répondre. Baoyu s’assit tout près d’elle, sur le bord du lit, et poursuivit avec un sourire : « Je sais que tu ne m’en veux pas. Seulement, si je ne venais pas, les autres pourraient croire que nous nous sommes encore querellés. Et s’il fallait attendre qu’ils viennent nous réconcilier, n’aurions-nous pas l’impression d’être devenus des étrangers ? Mieux vaut régler cela maintenant : tu peux me frapper ou m’injurier, fais de moi tout ce que tu voudras, mais surtout ne cesse pas de me parler. » Là-dessus, il répéta des dizaines de fois : « Ma bonne petite sœur ! » Daiyu avait résolu de ne plus jamais lui répondre ; mais en l’entendant dire que laisser les autres apprendre leur querelle les rendrait étrangers l’un à l’autre, elle vit bien qu’il la tenait pour plus intime que les autres et ne put résister davantage. Elle sanglota : « Inutile de venir m’amadouer. Désormais, je n’oserai plus me montrer familière avec le second maître ; faites comme si j’étais partie. » Baoyu demanda en riant : « Où irais-tu ? » — « Je rentrerais chez moi. » — « Je te suivrais. » — « Et si je mourais ? » — « Si tu mourais, je me ferais moine. » À ces mots, Daiyu s’assombrit aussitôt : « Tu veux donc mourir, pour débiter pareilles sottises ? Tu as chez toi plusieurs sœurs aînées et cadettes de ton propre sang : si elles mouraient toutes demain, combien te faudrait-il de corps pour te faire moine ? Demain, je rapporterai tes paroles et demanderai qu’on en juge. »
寳玉自知這話說的造次了,後悔不來,登時臉上紅漲,低了頭,不敢則一聲。幸而屋裡没人。黛玉兩眼直瞪瞪的瞅了他半天,氣的「噯」了一聲,說不出話來。見寳玉逼得臉上紫漲,便咬著牙,用指頭狠命的在他額上戳了一下,「哼」了一聲,咬着牙說道:「你這——」剛說了兩個字,便又嘆了一口氣,仍拿起手帕子來擦眼泪。寶玉心裡原有無限心事,又兼說錯了話,正自後悔。又見黛玉戳他一下,要說也說不出來,自嘆自泣,因此自己也有所感,不覺滾下淚來。要用帕子揩拭,不想又忘了帶來,便用衫袖去擦。黛玉雖然哭著,𨚫一眼看見了他穿著簇新藕合紗衫,竟去拭淚,便一面自己拭着淚,一靣囘身,將枕上搭的一方綃帕拿起來,向寳玉懷裡一摔,一語不𤼵,仍掩面而泣。寳玉見他摔了帕子來,忙接住拭了淚,又挨近前些,伸手挽了黛玉一隻手,笑道:「我的五𮍄都碎了,你還只是哭。去罷,我同你往老太太跟前去。」黛玉將手摔道:「誰同你拉拉扯扯的!一天大似一天的,還這麽涎皮賴臉的,連個理也不知道。」
Baoyu comprit qu’il avait parlé inconsidérément et le regretta sans pouvoir se reprendre. Son visage s’empourpra aussitôt ; il baissa la tête et n’osa plus souffler mot. Heureusement, il n’y avait personne dans la chambre. Daiyu le fixa longuement de ses grands yeux, puis, de colère, lâcha un « Ah ! » sans parvenir à parler. Voyant Baoyu rougir jusqu’au violet sous la contrainte, elle serra les dents et lui enfonça violemment un doigt dans le front. Elle renifla avec mépris et commença : « Espèce de… » Mais elle n’alla pas plus loin, poussa un nouveau soupir et reprit son mouchoir pour essuyer ses larmes. Baoyu avait déjà le cœur chargé d’innombrables pensées ; ayant en outre mal parlé, il était en plein regret. Quand il vit Daiyu le pousser du doigt, incapable de dire ce qu’elle voulait, puis soupirer et pleurer, il en fut lui-même ému et ses larmes coulèrent à leur tour. Il voulut les essuyer avec son mouchoir, mais s’aperçut qu’il avait encore oublié de le prendre ; il se servit donc de sa manche. Tout en pleurant, Daiyu remarqua d’un coup d’œil qu’il essuyait ainsi ses larmes avec sa blouse toute neuve de gaze couleur lotus. Continuant à sécher les siennes, elle se retourna, prit un mouchoir de soie posé sur l’oreiller et le lança contre la poitrine de Baoyu. Sans dire un mot, elle se couvrit de nouveau le visage et pleura. Baoyu s’empressa de recueillir le mouchoir et de s’essuyer les yeux ; puis il se rapprocha encore, prit une main de Daiyu et dit en souriant : « Mes cinq entrailles sont brisées, et tu ne fais toujours que pleurer. Viens, allons ensemble chez l’aïeule. » Daiyu arracha sa main : « Qui veut se laisser tripoter par toi ? Plus tu grandis, plus tu deviens effronté et collant, sans même savoir ce qui se fait ! »
一句話没說完,只聼嚷道:「好了!」寳黛兩個不防,都唬了一跳,囬頭看時,只見鳯姐兒跑了進來,笑道:「老太太在那裡抱怨天,抱怨地,只呌我來瞧瞧你們好了没有。我說不用瞧,過不了三天,他們自己就好了。老太太罵我,說我懶。我來了,果然應了我的話。也没見你們兩個,有些什麽可拌的,三日好了,兩日惱了,越大越成了孩子了!有這㑹子拉着手哭的,昨兒爲什麽又成了烏眼鷄呢?還不跟我走,到老太太跟前,呌老人家也放些心。」說着,拉了黛玉就走。黛玉囬頭呌丫頭們,一個也没有。鳯姐道:「又呌他們做什麽,有我伏侍呢。」一面說,一面拉了就走。寶玉在後面跟着,出了園門,到了賈母跟前,鳯姐笑道:「我說他們不用人費心,自己就㑹好的,老祖宗不信,一定呌我去說和。我及至到那裡要說和,誰知兩個人倒在一處對賠不是,對笑對說呢!倒像『黃鷹㧓住鷂子的脚』,兩個都『扣了環了』。那裡還要人去?」說的滿屋裡都笑起來。
Elle n’avait pas fini qu’une voix cria : « Ça y est, tout est arrangé ! » Pris au dépourvu, Baoyu et Daiyu sursautèrent. En se retournant, ils virent Xifeng entrer en courant et en riant : « L’aïeule se plaignait du Ciel et de la Terre et n’arrêtait pas de m’ordonner de venir voir si vous vous étiez réconciliés. Je lui ai dit que ce n’était pas la peine : avant trois jours, vous vous seriez raccommodés tout seuls. Elle m’a traitée de paresseuse. Me voici, et j’avais raison ! Je n’ai jamais vu deux personnes comme vous : pourquoi vous quereller ? Trois jours d’entente, deux jours de bouderie ; plus vous grandissez, plus vous devenez enfants ! Vous voilà à pleurer en vous tenant la main : pourquoi donc étiez-vous hier encore comme deux coqs de combat ? Venez avec moi chez l’aïeule, pour tranquilliser cette vieille dame. » Là-dessus, elle prit Daiyu par la main et l’entraîna. Daiyu se retourna pour appeler ses servantes, mais aucune n’était là. Xifeng dit : « Pourquoi les appeler ? Je suis là pour vous servir. » Et elle continua de l’emmener. Baoyu les suivit. Ils sortirent du Jardin et arrivèrent devant l’aïeule Jia. Xifeng déclara en riant : « Je vous avais bien dit qu’il n’était pas nécessaire de se tourmenter pour eux, qu’ils sauraient se réconcilier tout seuls. La Vieille Aïeule ne m’a pas crue et a absolument voulu que j’aille les remettre d’accord. Quand je suis arrivée pour les réconcilier, savez-vous ce que j’ai trouvé ? Tous les deux ensemble, se demandant mutuellement pardon, riant et bavardant l’un avec l’autre ! On aurait dit “le faucon agrippé à la patte de l’épervier” : ils étaient tous deux “pris dans le même anneau”. Qu’avait-on encore besoin de moi ? » Toute la pièce éclata de rire.
此時寶釵正在這裡,那林黛玉只一言不發,挨着賈母坐下。寶玉没甚說的,便向寳釵笑道:「大哥哥好日子,偏生的又不好了,没别的禮送,連個頭也不磕去。大哥哥不知我病,倒像我懶,推故不去呢。倘或明兒閑了,姐姐替我分辯分辯。」寶釵笑道:「這也多事。你便要去,也不敢驚動,何况身上不好。弟兄們終日一處,要存這個心,倒生分了。」寳玉又笑道:「姐姐知道體諒我就好了。」又道:「姐姐怎麽不看戲去?」寳釵道:「我怕熱。看了兩齣,熱得狠,要走,客又不散。我少不得推身上不好,就來了。」寶玉𦘏說,自己由不得臉上没意思,只得又搭赸笑道:「怪不得他們拿姐姐比楊貴𡚱,原也体胖怯熱。」寳釵𦗟說,不由的大怒,待要怎様,又不好怎様。囬思了一囘,臉紅起來,便冷笑了兩聲,說道:「我倒像楊貴𡚱,只是没一個好哥哥好兄弟,可以做得楊國忠的!」二人正說着,可巧小丫頭靚兒因不見了扇子,和寳釵笑道:「必是寳姑娘藏了我的。好姑娘,賞我罷。」寳釵指他道:「你要仔細!我和誰頑過,你來疑我?和你素日嘻皮笑臉的那些姑娘們,你該問他們去。」說的靚兒跑了。寳玉自知又把話說造次了,當著許多人,更比纔在林黛玉跟前更不好意思,便急囬身,又同别人搭赸去了。
Baochai se trouvait là à ce moment. Lin Daiyu ne dit pas un mot et alla s’asseoir tout contre l’aïeule Jia. Baoyu, ne sachant que dire, sourit à Baochai : « C’était l’anniversaire de votre frère aîné, et voilà justement que je suis tombé malade. Je n’avais aucun autre présent à lui offrir et je n’ai même pas pu aller me prosterner devant lui. Comme il ignorait ma maladie, il a dû me croire paresseux et penser que j’avais inventé un prétexte pour ne pas venir. Si vous avez un moment demain, grande sœur, expliquez-le-lui pour moi. » Baochai répondit en souriant : « Vous vous tourmentez pour rien. Même si vous aviez voulu venir, nous n’aurions pas osé vous déranger, à plus forte raison puisque vous étiez souffrant. Entre frères qui passent toutes leurs journées ensemble, s’attacher à de telles formalités ne ferait que créer de la distance. » Baoyu dit encore en souriant : « Du moment que grande sœur sait me comprendre, tout va bien. Mais pourquoi n’êtes-vous pas restée au spectacle ? » Baochai répondit : « Je crains la chaleur. Après deux pièces, je n’en pouvais plus et je voulais partir, mais les invités ne se dispersaient pas. Il ne me restait qu’à prétexter un malaise pour revenir. » En l’entendant, Baoyu se sentit malgré lui embarrassé. Il dut reprendre d’un air gauche : « Rien d’étonnant à ce qu’on compare grande sœur à Yang Guifei : elle aussi avait de l’embonpoint et craignait la chaleur. » À ces mots, Baochai entra dans une violente colère, sans pouvoir toutefois la laisser éclater. Après un instant de réflexion, elle rougit et ricana : « Je ressemble peut-être à Yang Guifei, mais je n’ai pas, moi, de bon frère aîné ni de bon petit frère qui puisse jouer les Yang Guozhong ! » Pendant qu’ils parlaient, la petite servante Jing’er, qui ne retrouvait plus son éventail, dit en riant à Baochai : « C’est sûrement mademoiselle Bao qui me l’a caché. Bonne demoiselle, rendez-le-moi, je vous prie. » Baochai la montra du doigt : « Prends garde ! Avec qui m’as-tu jamais vue plaisanter, pour venir me soupçonner ? Va plutôt interroger les demoiselles avec lesquelles tu ris et folâtres d’ordinaire. » Jing’er s’enfuit. Baoyu savait qu’il venait encore de parler inconsidérément ; devant tant de monde, il était plus mortifié encore que tout à l’heure devant Lin Daiyu. Il tourna donc précipitamment les talons et alla maladroitement adresser la parole à d’autres.
黛玉聼見寶玉奚落寳釵,心中著實得意,纔要搭言,也趂勢取個笑,不想靚兒因找扇子,寳釵又發了兩句話,他便攺口說道:「寳姐姐,你聼了兩齣什麽戱?」寳釵因見黛玉面上有得意之態,一定是𦗟了寳玉方纔奚落之言,遂了他的心願,忽又見問他這話,便笑道:「我看的是李逵罵了宋江,後來又賠不是。」寳玉便笑道:「姐姐通今博古,色色都知道,怎麼連這一齣戱的名兒也不知道,就說了這麽一串。這呌個『負荆請罪』。」寳釵笑道:「原來這呌『負荆請罪』!你們通今博古,纔知道『負荆請罪』,我不知什麽是『負荆請罪』。」一句話未說了,寶玉黛玉二人心裡有病,𦘏了這話,早把臉羞紅了。鳯姐這些上雖不通,但只看他三人形景,便知其意,也笑問道:「這們大熱天,誰還吃生薑呢?」衆人不解其意,便說道:「没有吃生薑的。」鳯姐故意用手摸着腮,咤異道:「旣没人吃生薑,怎麽這様辣辣的?」寳玉黛玉二人聼見這話,越發不好意思了。寳釵再欲說話,見寳玉十分羞愧,形景攺變,也就不好再說,只得一笑收住。别人總未解得他四個人的言語,因此付之一笑。
Daiyu, qui avait entendu Baoyu railler Baochai, en éprouvait une vive satisfaction. Elle allait intervenir pour profiter de l’occasion et rire un peu à ses dépens, mais Jing’er avait cherché son éventail et Baochai venait de lancer ses deux réparties. Daiyu changea donc de propos : « Grande sœur Bao, quelles sont les deux pièces que vous avez vues ? » Baochai remarqua l’air satisfait de Daiyu : celle-ci avait certainement entendu la raillerie de Baoyu et en avait eu le cœur comblé. La voyant soudain lui poser cette question, elle répondit en souriant : « J’ai vu Li Kui injurier Song Jiang, puis venir ensuite lui demander pardon. » Baoyu se mit à rire : « Grande sœur connaît le présent et le passé, elle sait tout sur tout ; comment peut-elle ignorer jusqu’au titre de cette pièce et nous en réciter toute l’histoire ? Elle s’appelle “Porter les verges et demander son châtiment”. » Baochai répondit avec un sourire : « Ainsi donc, cela s’appelle “Porter les verges et demander son châtiment” ! Vous qui connaissez le présent et le passé, vous savez ce que c’est ; moi, j’ignore entièrement ce que signifie “demander son châtiment”. » Elle n’avait pas achevé que Baoyu et Daiyu, se sentant tous deux visés, avaient déjà rougi de honte. Xifeng ne saisissait pas toutes ces allusions, mais la seule attitude des trois jeunes gens lui en fit comprendre le sens. Elle demanda en riant : « Par une telle chaleur, qui donc mange encore du gingembre ? » Les autres, ne comprenant pas, répondirent : « Personne ne mange de gingembre. » Xifeng se toucha volontairement la joue et s’étonna : « Si personne n’en mange, pourquoi est-ce donc si piquant ici ? » Baoyu et Daiyu furent encore plus embarrassés. Baochai aurait voulu poursuivre, mais voyant Baoyu profondément honteux et tout changé, elle ne jugea pas bon d’en dire davantage et s’arrêta avec un sourire. Les autres n’avaient rien compris aux paroles de ces quatre personnes et se contentèrent d’en rire.
一時寶釵鳯姐去了,黛玉笑向寶玉道:「你也試著比我利害的人了。誰都像我心拙口夯的,由着人說呢!」寳玉正因寳釵多心,自己没趣,又見黛玉來問着他,越發没好氣起來。欲待要說兩句,又恐黛玉多心,說不得忍氣,無精打彩,一直出來。
Après le départ de Baochai et de Xifeng, Daiyu dit à Baoyu en riant : « Tu viens de faire l’épreuve de quelqu’un de plus redoutable que moi. Tout le monde ne manque pas comme moi d’esprit et d’éloquence au point de laisser les autres parler à leur guise ! » Déjà contrarié parce que Baochai avait pris ombrage et lui avait fait perdre contenance, Baoyu fut d’autant plus irrité de voir Daiyu venir le questionner. Il aurait bien voulu lui répondre sèchement, mais craignait qu’elle ne prît encore la chose à cœur. Il dut ravaler sa colère et sortit tout droit, abattu et sans entrain.
誰知目今盛暑之際,又當早飯已過,各處主僕人等多半都因日長神倦,寳玉背着手,到一處,一處鴉雀無聲。從賈母這裡出來,徃西走過了穿堂,便是鳯姐的院落。到他院門前,只見院門掩著,知道鳯姐素日的規矩,每到天熱,午間要歇一個時辰的,進去不便,遂進角門,來到王夫人上房内。只見幾個丫頭手裡拿著針線,却打盹兒。王夫人在裡間凉榻上睡著,金釧兒坐在傍邊搥腿,也乜斜著眼亂恍。
On était alors au plus fort de l’été. Le premier repas était passé et, comme les journées étaient longues et les esprits assoupis, maîtres et serviteurs dormaient presque partout. Baoyu marcha les mains derrière le dos : où qu’il allât, régnait un silence absolu. Sorti de chez l’aïeule Jia, il se dirigea vers l’ouest, traversa le passage couvert et arriva devant la cour de Xifeng. La porte en était entrebâillée. Il savait que Xifeng avait pour règle, aux jours de chaleur, de dormir une heure à midi ; il ne convenait donc pas d’entrer. Il passa par la petite porte latérale et gagna les appartements principaux de Madame Wang. Plusieurs servantes, leur ouvrage à l’aiguille à la main, somnolaient. Madame Wang dormait dans la pièce intérieure sur un divan frais ; assise à côté d’elle, Jinchuan lui massait les jambes tout en roulant des yeux alourdis de sommeil.
寳玉輕輕的走到跟前,把他耳上帶的墜子一摘,金釧兒睁眼,見是寳玉。寳玉便悄悄的笑道:「就困的這麽著?」金釧抿嘴一笑,擺手令他出去,仍合上眼。寶玉見了他,就有些戀戀不捨的,悄悄的探頭瞧瞧王夫人合著眼,便自己向身邊荷包裡帶的香雪潤津丹掏了一丸出來,便向金釧兒口裡一送,金釧兒並不睁眼,只𬋩噙了。寳玉上來,便拉著手,悄悄的笑道:「我和太太討你,偺們在一處罷。」金釧兒不答。寶玉又道:「不然,等太太醒來我就討。」金釧兒睁開眼,將寶玉一推,笑道:「你忙什麽?『金簮兒掉在井裡頭,有你的只是有你的。』連這句俗語難道也不明白?我告訴了你個巧方兒,你往東小院子裡拿𤨔哥兒同彩雲去。」寶玉笑道:「凴他怎麽去罷,我只守著你。」只見王夫人翻身起來,照金釧兒臉上就打了一個嘴巴子,指著罵道:「下作小娼婦!好好爺們,都呌你們教壊了!」
Baoyu s’approcha sans bruit et lui ôta une pendeloque de l’oreille. Jinchuan ouvrit les yeux et le reconnut. Il lui demanda tout bas en souriant : « Tu as donc sommeil à ce point ? » Jinchuan pinça les lèvres dans un sourire, lui fit signe de partir et referma les yeux. En la voyant, Baoyu ne pouvait se résoudre à s’éloigner. Il avança furtivement la tête pour vérifier que Madame Wang avait bien les yeux clos, puis tira de la bourse qu’il portait sur lui une pilule de Neige parfumée qui humecte la bouche et la glissa entre les lèvres de Jinchuan. Sans ouvrir les yeux, elle la prit dans sa bouche. Baoyu s’approcha, lui saisit la main et murmura avec un sourire : « Je vais te demander à Madame, et nous resterons ensemble. » Jinchuan ne répondit pas. Baoyu reprit : « Sinon, dès que Madame se réveillera, je te demanderai. » Jinchuan ouvrit les yeux, le repoussa et dit en riant : « Pourquoi cette hâte ? “Quand l’épingle d’or tombe au fond du puits, ce qui est à toi reste à toi.” Tu ne comprends donc même pas ce proverbe ? Je vais t’indiquer un bon tour à jouer : va donc dans la petite cour orientale surprendre le jeune maître Huan avec Caiyun. » Baoyu répondit en souriant : « Qu’il fasse ce qu’il voudra ; moi, je ne veux rester qu’auprès de toi. » Madame Wang se retourna brusquement, se redressa et gifla Jinchuan en plein visage. La montrant du doigt, elle l’injuria : « Petite catin dépravée ! Ce sont des filles comme vous qui corrompent de braves jeunes maîtres ! »
寶玉見王夫人起來,早一溜烟去了。這裡金釧兒半邊臉火熱,一聲不敢言語。登時衆丫頭們聼見王夫人醒了,都忙進來。王夫人便呌:「玉釧兒,把你媽呌上來,帶出你姐姐去。」金釧兒𦗟見,忙跪下哭道:「我再不敢了!太太要打要罵,只𬋩𤼵落,别呌我出去,就是天恩了。我跟了太太十來年,這㑹子攆出去,我還見人不見人呢!」王夫人固然是個寛仁慈厚的人,從來不曾打過丫頭們一下,今忽見金釧兒行此無恥之事,此乃平生最恨者,故氣忿不過,打了一下,罵了幾句。雖金釧兒苦求,亦不肯𭣣留。到底喚了金釧兒之母白老媳婦來領了下去。那金釧兒含羞忍辱的出去,不在話下。
Dès que Madame Wang se redressa, Baoyu avait déjà filé comme une flèche. Jinchuan, une joue en feu, n’osait prononcer un mot. Entendant que Madame Wang était réveillée, toutes les servantes accoururent. Madame Wang ordonna : « Yuchuan, appelle ta mère et qu’elle emmène ta sœur. » À ces mots, Jinchuan s’agenouilla précipitamment et supplia en pleurant : « Je ne recommencerai jamais ! Que Madame me frappe, m’injurie et me punisse comme elle voudra, mais qu’elle ne me chasse pas : ce serait pour moi une grâce céleste. Je sers Madame depuis plus de dix ans ; si l’on me renvoie maintenant, comment pourrai-je encore paraître devant les gens ? » Madame Wang était assurément d’un naturel indulgent, charitable et généreux ; jamais encore elle n’avait frappé une servante. Mais elle venait de voir Jinchuan commettre une action éhontée, chose qu’elle avait toujours détestée plus que tout. Incapable de contenir sa colère, elle l’avait giflée et injuriée. Malgré les supplications de Jinchuan, elle refusa de la garder. Elle finit par faire appeler la mère de Jinchuan, dame Bai, et lui ordonna de l’emmener. Jinchuan partit, ravalant sa honte et son humiliation ; n’en parlons pas davantage.
且說寳玉見王夫人醒了,自己没趣,忙進大觀園來。只見赤日當天,樹陰合地,滿耳蝉聲,静無人語。剛到了薔薇架,只聼見有人哽噎之聲,寳玉心中疑惑,便站住細聼,果然架下那邊有人。此時正是五月,那薔薇花葉茂盛之際,寳玉悄悄的隔著籬笆洞兒一看,只見一個女孩子蹲在花下,手裡拿著根綰頭的簮子在地下摳土,一面悄悄的流淚呢。寶玉心中想道:「難道這也是個痴丫頭,又像顰兒來𦵏花不成!」因又自笑道:「若真也𦵏花,可謂『東施效顰』,不但不爲新特,且更可厭了。」想𭺾,便要呌那女子,說:「你不用跟著林姑娘學了。」話未出口,幸而再看時,這女孩子靣生,不是個侍兒,倒像是那十二個學戱的女孩子之内一個,𨚫辨不出他是生、旦、净、丑那一個脚色來。
Revenons à Baoyu. Réduit à une position bien peu glorieuse par le réveil de Madame Wang, il se hâta de rentrer dans le Jardin aux Grandes Vues. Le soleil rouge flamboyait au milieu du ciel ; l’ombre des arbres couvrait le sol. Partout retentissaient les cigales, mais aucune voix humaine ne troublait le silence. Il venait d’atteindre la treille de rosiers lorsqu’il entendit quelqu’un sangloter. Intrigué, il s’arrêta pour mieux écouter : il y avait bien quelqu’un de l’autre côté de la treille. On était alors au cinquième mois, à l’époque où les rosiers sont couverts de feuilles et de fleurs. Baoyu regarda furtivement par un trou de la clôture. Une jeune fille, accroupie sous les fleurs, fouillait la terre avec l’épingle qui retenait ses cheveux, tout en versant silencieusement des larmes. Baoyu pensa : « Serait-ce encore une fille en proie à son obsession, venue comme Pin’er enterrer des fleurs ? » Puis il se moqua lui-même de cette pensée : « Si elle enterre vraiment des fleurs, ce serait Dong Shi imitant le froncement de sourcils de la belle : loin d’être original, cela n’en serait que plus agaçant. » Il allait appeler la jeune fille et lui dire : « Inutile d’imiter mademoiselle Lin », mais, heureusement, il regarda encore avant de parler. Ce visage ne lui était pas familier ; ce n’était pas une servante, mais probablement l’une des douze jeunes actrices. Il ne parvenait toutefois pas à reconnaître si elle jouait les rôles masculins, féminins, les visages peints ou les bouffons.
寶玉忙忙把舌頭一伸,將口掩住,自己想道:「幸而不曾造次,上兩囬皆因造次了,顰兒也生氣,寳兒也多心,如今再得罪了他們,越發没意思了。」一面想,一面又恨認不得這個是誰。再留神細看,只見這女孩子眉蹙春山,眼顰秋水,面薄腰纖,嬝嬝婷婷,大有林黛玉之態。寶玉早又不忍𣓪他而去,只𬋩痴看,只見他雖然用金簮畫地,並不是掘土埋花,竟是向土上畫字。寶玉用眼隨著簮子的起落,一直到底,一畫一㸃一勾的看了去,數一數,十八筆,自己又在手心裡用指頭按著地方纔下筆的規矩寫了,猜是個什麽字。寫成一想,原來就是個薔薇花的「薔」字。寳玉想道:「必定是他也要做詩填詞,這會子見了這花,因有所感,或者偶成了兩句,一時興至,恐忘,在地下畵着推敲,也未可知。且看他底下再寫什麽。」一面想,一面又看,只見那女孩子還在那裡畫呢。畫來畫去,還是個「薔」字。再看,還是個「薔」字。
Baoyu tira vivement la langue et se couvrit la bouche. Il se dit : « Heureusement que je n’ai pas parlé inconsidérément ! Les deux dernières fois, mon étourderie a fâché Pin’er et donné à Bao’er matière à prendre ombrage. Si j’allais maintenant offenser encore ces filles, ce serait par trop mortifiant. » Tout en réfléchissant, il regrettait de ne pas reconnaître celle-ci. Il l’examina plus attentivement : ses sourcils fronçaient des collines printanières, ses yeux plissaient des eaux d’automne ; son visage était fin, sa taille gracile, son maintien souple et délicat. Elle ressemblait beaucoup à Lin Daiyu. Baoyu ne pouvait déjà plus se résoudre à l’abandonner et resta à la regarder, fasciné. Il s’aperçut alors que, si elle traçait quelque chose sur le sol avec son épingle d’or, elle ne creusait nullement la terre pour y ensevelir des fleurs : elle écrivait. Des yeux, Baoyu suivit chaque mouvement de l’épingle, trait après trait, point après point, crochet après crochet. Il en compta dix-huit. Du doigt, dans le creux de sa paume, il reproduisit l’ordre des traits pour deviner le caractère. Lorsqu’il eut fini et y réfléchit, il reconnut le caractère 薔, « rosier », de 薔薇, « rose ». Baoyu pensa : « Elle veut sûrement composer un poème ou écrire des vers sur un air. La vue de ces fleurs l’aura émue ; peut-être vient-elle de trouver deux vers et, dans l’enthousiasme du moment, les trace-t-elle sur le sol pour les travailler sans les oublier. Voyons ce qu’elle va écrire ensuite. » Il continua donc à l’observer. Mais la jeune fille traçait encore le caractère « rosier ». Puis, de nouveau, le caractère « rosier ».
裡面的原是早已痴了,畫完一個「薔」又畫一個「薔」,已經畫了有幾十個。外面的不覺也看痴了,兩個眼睛珠兒只管隨着簮子動,心裡𨚫想:「這女孩子一定有什麽話說不出的大心事,這麽個形景。外面他旣是這個形景,心裡不知怎麽𤎅煎呢!看他的模様兒,這般单薄,心裡那裡還擱得住熬煎?可恨我不能替你分些過來。」
À l’intérieur, la jeune fille était depuis longtemps absorbée dans son obsession : après un caractère « rosier », elle en traçait un autre et en avait déjà écrit plusieurs dizaines. À l’extérieur, Baoyu s’était à son tour absorbé dans sa contemplation. Ses yeux ne cessaient de suivre les mouvements de l’épingle, tandis qu’il songeait : « Cette jeune fille doit porter en elle un grand chagrin qu’elle ne peut exprimer, pour être dans un tel état. Si elle paraît ainsi au-dehors, quelles tortures doivent la brûler au-dedans ! Elle semble si frêle : comment son cœur pourrait-il supporter pareil tourment ? Que ne puis-je en prendre sur moi une part à ta place ! »
伏中陰晴不定,片雲可以致雨,忽一陣凉風過了,颯颯的落下一陣雨來。寳玉看那女子頭上滴下水來,紗衣裳登時濕了。寳玉想道:「這是下雨了,他這個身子,如何禁得驟雨一激。」因此禁不住便說道:「不用冩了。你看下大雨,身上都濕了。」那女孩子聼說,倒唬了一跳,抬頭一看,只見花外一個人呌他「不要寫下大雨了」,一則寳玉臉面俊秀。二則花葉繁茂,上下俱被枝葉隱住,剛露着半邊臉,那女孩子只當是個丫頭,再不想是寳玉,因笑道:「多謝姐姐提醒了我,難道姐姐在外頭有什麽遮雨的?」一句提醒了寳玉,「噯喲」了一聲,纔覺得渾身氷凉。低頭看看自己身上,也都濕了。說:「不好!」只得一氣跑囘怡紅院去了,心裡却還記𦊱著那女孩子没處避雨。
Durant la canicule, le temps passe brusquement du soleil à la pluie : un simple lambeau de nuage suffit à déclencher une averse. Un souffle frais s’éleva soudain, puis la pluie se mit à tomber avec fracas. Baoyu vit l’eau ruisseler sur la tête de la jeune fille ; en un instant, ses vêtements de gaze furent trempés. Il pensa : « Il pleut ! Avec un corps aussi frêle, comment pourrait-elle supporter le choc d’une averse soudaine ? » Incapable de se retenir, il lui dit : « Cessez d’écrire. Regardez cette pluie battante : vous êtes toute mouillée. » La jeune fille sursauta et leva la tête. Elle aperçut quelqu’un, derrière les fleurs, qui lui criait de ne plus écrire parce qu’il pleuvait à verse. D’une part, Baoyu avait le visage délicat ; d’autre part, le feuillage luxuriant le cachait de la tête aux pieds et ne laissait voir que la moitié de son visage. La jeune fille le prit pour une servante, sans imaginer un instant qu’il pût s’agir de Baoyu. Elle répondit donc en souriant : « Merci, grande sœur, de m’avoir avertie. Mais grande sœur est dehors elle aussi : a-t-elle donc quelque abri contre la pluie ? » Ces mots rappelèrent Baoyu à lui-même. Il poussa un « Aïe ! » et sentit seulement alors que tout son corps était glacé. Baissant les yeux, il vit que lui aussi était trempé. « C’est fâcheux ! » s’écria-t-il. Il n’eut d’autre choix que de courir tout d’une traite jusqu’à la cour du Bonheur rouge, tout en continuant de s’inquiéter pour la jeune fille, qui n’avait nulle part où s’abriter.
原來明日是端陽節,那文官等十二個女孩子都放了學,進園来各處頑耍,可巧小生寳官正旦玉官兩個女孩子,正在怡紅院和襲人頑笑,被雨阻住,大家把溝堵了,水積在院内,把些綠頭鴨、花鸂𪄠、彩鴛鴦,捉的捉,赶的赶,縫了翅膀,放在院内頑耍,將院門關了。襲人等都在遊廊上嘻笑。
Le lendemain étant la fête du Double Cinq, les douze jeunes actrices, Wenguan et les autres, avaient été dispensées de leurs leçons et étaient venues jouer dans les diverses parties du Jardin. Par hasard, Baoguan, qui tenait les rôles de jeune premier, et Yuguan, qui jouait les premiers rôles féminins, plaisantaient avec Xiren dans la cour du Bonheur rouge lorsque la pluie les avait retenues. Toutes ensemble avaient bouché les rigoles afin que l’eau s’accumulât dans la cour. Elles y avaient lâché des canards à tête verte, des canards mandarins bariolés et d’autres aux couleurs éclatantes, après leur avoir attaché les ailes ; elles s’amusaient à les attraper et à les poursuivre. La porte de la cour était fermée, et Xiren avec les autres riaient sous la galerie.
寳玉見關着門,便用手扣門,裡面諸人只顧笑,那裡聼見?呌了半日,拍得門山响,裡面方𦘏見了。料着寳玉這會子再不囬來的,襲人笑道:「誰這會子呌門?没人開去。」寳玉道:「是我。」麝月道:「是寳姑娘的聲音。」晴雯道:「胡說!寳姑娘這㑹子做什麽來?」襲人道:「讓我隔着門縫兒瞧瞧,可開就開,别呌他淋着囬去。」說着,便順着遊廊到門前往外一瞧,只見寶玉淋得「雨打鷄」一般。襲人見了,又是着忙,又是可笑,忙開了門,笑的,灣腰拍手道:「那裡知道是爺囬來了!你怎麽大雨裡跑了來?」
Voyant la porte fermée, Baoyu frappa de la main. À l’intérieur, toutes ne songeaient qu’à rire : comment l’auraient-elles entendu ? Il appela longtemps et battit la porte à grand fracas avant que quelqu’un ne s’en aperçût enfin. Personne ne pensait que Baoyu rentrerait à cette heure. Xiren dit en riant : « Qui peut bien appeler maintenant ? Que personne n’aille ouvrir. » Baoyu cria : « C’est moi ! » Sheyue dit : « On dirait la voix de mademoiselle Bao. » Qingwen répondit : « Allons donc ! Que viendrait faire mademoiselle Bao à cette heure ? » Xiren dit : « Laissez-moi regarder par la fente. Si c’est quelqu’un à qui l’on peut ouvrir, j’ouvrirai, pour ne pas la renvoyer sous la pluie. » Elle longea la galerie, arriva près de la porte et regarda dehors. Baoyu était trempé comme un poulet sous l’averse. À cette vue, Xiren fut à la fois inquiète et amusée. Elle ouvrit précipitamment, puis, pliée en deux de rire, battit des mains : « Comment aurions-nous pu savoir que c’était le jeune maître qui revenait ? Pourquoi avez-vous couru sous une pluie pareille ? »
寳玉一肚子没好氣,滿心裡要把開門的踢幾脚,方開了門,並不看真是誰,還只當是那些小丫頭們,便抬腿踢在肋上,襲人「噯喲」了一聲。寳玉還罵道:「下流東西們!我素日担待你們得了意,一㸃兒也不怕,越發拿着我取笑兒了!」口裡說着,一低頭見是襲人哭了,方知踢錯了。忙笑道:「噯喲,是你來了!踢在那裡了?」襲人從來不曾受過一句大話的,今忽見了寳玉生氣踢他一下,又當著許多人,又是羞,又是氣,又是疼,真一時置身無地。待要怎麽様,料著寳玉未必是安心踢他,少不得忍著說道:「没有踢著,還不換衣裳去!」
Baoyu avait le ventre plein de colère et brûlait de décocher plusieurs coups de pied à celle qui ouvrirait. Dès que la porte s’ouvrit, sans regarder qui se trouvait devant lui et persuadé que c’était l’une des petites servantes, il leva la jambe et frappa Xiren dans les côtes. Elle poussa un « Aïe ! », mais Baoyu continuait à injurier : « Misérables créatures ! Parce que je vous passe tout d’ordinaire, vous vous croyez tout permis. Vous n’avez plus la moindre crainte et vous osez même vous moquer de moi ! » Tout en parlant, il baissa les yeux et vit Xiren en larmes. Il comprit alors qu’il s’était trompé de personne et s’empressa de dire avec un sourire : « Aïe, c’était toi ! Où t’ai-je frappée ? » Jamais Xiren n’avait essuyé de parole dure. Brusquement frappée par Baoyu dans un accès de colère, devant tant de monde, elle éprouvait à la fois honte, irritation et douleur, au point de ne plus savoir où se mettre. Mais que pouvait-elle faire ? Elle se doutait que Baoyu n’avait pas eu l’intention de la frapper, et dut ravaler sa souffrance : « Vous ne m’avez pas touchée. Allez plutôt changer de vêtements ! »
寶玉一面進房來解衣,一面笑道:「我長了這麽大,今日是頭一遭兒生氣打人,不想偏生遇見了你!」襲人一靣忍痛換衣裳,一面笑道:「我是個起頭兒的人,也不論事大事小,是好是歹,自然也該從我起。但只是别說打了我,明日順了手,也打起别人來。」寶玉道:「我纔也不是安心。」襲人道:「誰說是安心呢!素日開門關門的都是那起小丫頭們的事,他們是憨皮慣了的,早已恨得人牙癢癢,他們也没個怕惧,你原打諒是他們,踢一下子唬唬也好。剛纔是我淘氣,不呌開門的。」
Baoyu entra dans la chambre et se déshabilla en disant avec un sourire : « Depuis que je suis au monde, c’est aujourd’hui la première fois que je me mets en colère au point de frapper quelqu’un ; et il a justement fallu que cela tombe sur toi ! » Tout en supportant la douleur, Xiren l’aida à changer de vêtements et répondit en souriant : « Puisque je suis celle qui ouvre la marche, qu’il s’agisse d’une petite ou d’une grande affaire, d’une bonne ou d’une mauvaise chose, il est naturel que tout commence par moi. Mais ne parlons pas de m’avoir frappée : craignez seulement d’y prendre goût et de vous mettre demain à frapper les autres. » Baoyu dit : « Je ne l’ai pas fait exprès. » Xiren répondit : « Qui prétend que vous l’avez fait exprès ? D’ordinaire, ouvrir et fermer la porte est l’affaire de ces petites servantes. Elles sont tellement habituées à faire les effrontées qu’elles nous donnent envie de grincer des dents ; comme elles n’ont peur de rien, vous avez naturellement cru que c’était l’une d’elles. Un coup de pied pour leur faire peur ne leur aurait pas fait de mal. Tout à l’heure, c’est moi qui ai été taquine en défendant qu’on ouvre. »
說著,那雨已住了,寳官玉官也早去了。襲人只覺肋上疼得心裡發閙,晚飯也不曾吃。至晚間洗澡時脫了衣服,只見肋上青了碗大一塊,自己倒唬了一跳,又不好聲張。一時𪾶下,夢中作痛,由不得喲噯之聲,從𪾶中哼出。
Pendant qu’ils parlaient, la pluie avait cessé, et Baoguan comme Yuguan étaient déjà parties. Xiren sentait une telle douleur dans les côtes qu’elle en avait le cœur soulevé ; elle ne mangea même pas au repas du soir. Plus tard, en se déshabillant pour prendre son bain, elle vit sur ses côtes une ecchymose bleue grande comme un bol. Elle-même en fut effrayée, mais ne pouvait guère ébruiter l’affaire. Une fois couchée, elle ressentit la douleur jusque dans ses rêves et laissa malgré elle échapper des gémissements.
寳玉雖說不是安心,因見襲人懶懶的,也不安穩。忽夜間聞得「噯喲」,便知踢重了,自己下床來,悄悄的秉燈來照。剛到床前,只見襲人𠻳了兩聲,吐出一口痰來,「噯喲」一聲,睁眼見了寳玉,倒唬一跳,道:「做什麽?」寶玉道:「你夢裡『噯喲』,必定踢重了,我瞧瞧。」襲人道:「我頭上發暈,嗓子裡又腥又甜,你倒照一照地下罷。」寳玉聽說,果然持燈向地下一照,只見一口鮮血在地。寳玉慌了,只說:「了不得了!」襲人見了,也就心冷了半截。要知端的,下囬分解。
Baoyu avait beau n’avoir pas frappé volontairement, il se sentait inquiet en voyant Xiren languissante. Quand il l’entendit soudain gémir dans la nuit, il comprit que le coup avait été violent. Il sortit lui-même du lit, alluma discrètement une lampe et vint l’examiner. Il arrivait près de sa couche lorsque Xiren toussa deux fois et cracha une expectoration. Elle gémit, ouvrit les yeux et, à la vue de Baoyu, sursauta : « Que faites-vous ? » Baoyu répondit : « Tu gémissais dans ton sommeil. J’ai sûrement frappé trop fort ; je veux regarder. » Xiren dit : « J’ai la tête qui tourne, et quelque chose d’âcre et de doux dans la gorge. Éclairez plutôt le sol. » Baoyu approcha la lampe et vit une flaque de sang frais. Pris de panique, il ne cessait de répéter : « C’est terrible ! » À cette vue, Xiren sentit elle aussi son cœur se glacer à moitié. Pour connaître le fin mot de l’affaire, il faut lire le chapitre suivant.
Notes
薔 : le caractère signifie « rosier », mais il est aussi le prénom de Jia Qiang, objet implicite des pensées de la jeune actrice.
椿齡 : nom donné dans le titre à la jeune actrice qui trace le caractère 薔 ; le récit ne la nomme pas dans cet épisode.
負荊請罪 : « porter les verges et demander son châtiment » désigne une demande de pardon où l’on s’offre soi-même à la punition ; Baochai vise simultanément Baoyu et Daiyu, qui viennent de se réconcilier.
楊貴妃 : célèbre favorite de l’empereur Xuanzong des Tang, traditionnellement représentée avec des formes généreuses ; Baochai riposte en évoquant son cousin Yang Guozhong.
東施效顰 : Dong Shi aurait imité sans grâce les sourcils froncés de la belle Xi Shi ; l’expression désigne une imitation maladroite qui produit l’effet contraire.
金簪兒掉在井裡頭 : le proverbe joue sur le fait qu’une épingle d’or reste de l’or même au fond d’un puits ; Jinchuan laisse entendre à Baoyu que ce qui lui est destiné ne peut lui échapper.
端陽節 : autre nom de la fête du cinquième jour du cinquième mois, aujourd’hui appelée fête des Bateaux-Dragons.
烏眼雞 : littéralement des « poulets aux yeux noirs », image de deux coqs qui se dévisagent avant de se battre.