La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 78 Le bhikshu, ému de pitié pour les enfants, dépêche les esprits de l’ombre ; — Dans le Palais d’Or, on reconnaît le démon et l’on disserte de la Voie et de la Vertu.
比丘憐子遣陰神金殿識魔談道德
Le bhikshu, ému de pitié pour les enfants, dépêche les esprits de l’ombre ;
Dans le Palais d’Or, on reconnaît le démon et l’on disserte de la Voie et de la Vertu.
一念才生動百魔,修持最苦奈他何。但憑洗滌無塵垢,也用收拴有琢磨。掃退萬緣歸寂滅,蕩除千怪莫蹉跎。管教跳出樊籠套,行滿飛昇上大羅。
À peine une pensée surgit-elle qu’elle met en branle cent démons ; malgré les peines de l’ascèse, comment leur résister ?
Il faut compter sur les purifications pour ne laisser aucune souillure, mais aussi se contenir et se discipliner par un patient polissage.
Balayer les dix mille attaches et revenir à l’extinction paisible ; chasser les mille monstres sans perdre un instant.
Ainsi l’on sortira assurément des rets de la cage et, l’œuvre accomplie, l’on s’élèvera vers le Grand Luo.
話說孫大聖用盡心機,請如來收了眾怪,解脫三藏師徒之難,離獅駝城西行。又經數月,早值冬天。但見那:
Or donc, Sun Wukong, ayant épuisé toutes les ressources de son esprit, avait prié le Tathāgata de soumettre la troupe des monstres et délivré Sanzang et ses disciples du péril. Ils quittèrent la cité de Shituo et poursuivirent leur route vers l’ouest. Plusieurs mois passèrent encore, et déjà l’hiver était venu. On voyait alors :
嶺梅將破玉,池水漸成冰。紅葉俱飄落,青松色更新。淡雲飛欲雪,枯草伏山平。滿目寒光迥,陰陰透骨冷。
Sur les crêtes, les pruniers allaient faire éclore leur jade ; l’eau des étangs peu à peu se changeait en glace.
Les feuilles rouges étaient toutes tombées ; la couleur des pins verts semblait renouvelée.
De légers nuages passaient, prêts à donner de la neige ; l’herbe sèche couchée aplanissait les monts.
À perte de vue, une froide clarté s’étendait au loin ; l’air sombre et glacé pénétrait jusqu’aux os.
師徒們沖寒冒冷,宿雨餐風。正行間,又見一座城池。三藏問道:「悟空,那廂又是甚麼所在?」行者道:「到跟前自知。若是西邸王位,須要倒換關文;若是府州縣,徑過。」
Maître et disciples affrontaient le froid et la gelée, couchant sous la pluie et prenant leurs repas dans le vent. Tandis qu’ils avançaient, ils aperçurent encore une ville fortifiée. Sanzang demanda : « Wukong, quel est donc cet endroit, là-bas ? » Le Pèlerin répondit : « Nous le saurons une fois devant ses murs. Si c’est la résidence d’un roi des contrées occidentales, il faudra faire renouveler notre laissez-passer ; si ce n’est qu’une préfecture, une sous-préfecture ou un district, nous passerons tout droit. »
師徒言語未畢,早至城門之外。三藏下馬,一行四眾,進了月城。見一個老軍在向陽牆下,偎風而睡。行者近前,搖他一下,叫聲:「長官。」那老軍猛然驚覺,麻麻糊糊的睜開眼,看見行者,連忙跪下磕頭,叫:「爺爺。」行者道:「你休胡驚作怪。我又不是甚麼惡神,你叫爺爺怎的?」老軍磕頭道:「你是雷公爺爺。」行者道:「胡說。吾乃東土去西天取經的僧人。適才到此,不知地名,問你一聲的。」那老軍聞言,卻才正了心,打個啊欠,爬起來,伸伸腰道:「長老,長老,恕小人之罪。此處地方,原喚比丘國,今改作小子城。」行者道:「國中有帝王否?」老軍道:「有有有。」行者卻轉身對唐僧道:「師父,此處原是比丘國,今改小子城,但不知改名之意何故也。」唐僧疑惑道:「既云比丘,又何云小子?」八戒道:「想是比丘王崩了,新立王位的是個小子,故名小子城。」唐僧道:「無此理,無此理。我們且進去,到街坊上再問。」沙僧道:「正是。那老軍一則不知,二則被大哥諕得胡說。且入城去詢問。」
Ils n’avaient pas fini de parler qu’ils étaient déjà devant la porte de la ville. Sanzang descendit de cheval et les quatre voyageurs pénétrèrent dans la demi-lune fortifiée. Ils y virent un vieux soldat qui dormait, blotti à l’abri du vent, au pied d’un mur exposé au soleil. Le Pèlerin s’approcha, le secoua et l’appela : « Officier ! » Le vieux soldat s’éveilla en sursaut, ouvrit des yeux encore tout embrumés et, à la vue du Pèlerin, se prosterna aussitôt en frappant du front : « Grand-père ! » Le Pèlerin dit : « Ne va pas t’effrayer sans raison. Je ne suis pas quelque divinité malfaisante ; pourquoi m’appelles-tu grand-père ? » Le soldat répondit en se prosternant : « Vous êtes le vénérable Seigneur du Tonnerre. » Le Pèlerin dit : « Quelle sottise ! Nous sommes des religieux partis des Terres de l’Est pour chercher les Écritures au Ciel d’Occident. Nous venons d’arriver ici et, ignorant le nom du lieu, nous voulions simplement te le demander. » À ces mots, le vieux soldat reprit enfin ses esprits. Il bâilla, se releva et s’étira en disant : « Vénérable, pardonnez la faute de votre humble serviteur. Ce pays s’appelait autrefois le royaume des Bhikshus, mais on lui donne maintenant le nom de cité des Enfants. » Le Pèlerin demanda : « Y a-t-il un souverain dans ce royaume ? » Le soldat répondit : « Oui, oui, oui. » Le Pèlerin se retourna alors vers le moine des Tang : « Maître, cet endroit était autrefois le royaume des Bhikshus et s’appelle maintenant la cité des Enfants, mais j’ignore pourquoi on en a changé le nom. » Sanzang, perplexe, dit : « Puisqu’on parle de bhikshus, pourquoi parler aussi d’enfants ? » Bajie dit : « Sans doute le roi des Bhikshus est-il mort et celui qu’on a nouvellement placé sur le trône n’est-il qu’un enfant ; d’où le nom de cité des Enfants. » Sanzang répondit : « Cela ne tient pas, cela ne tient pas. Entrons et interrogeons encore les gens dans les rues. » Le moine Sha dit : « C’est juste. D’une part, ce vieux soldat ne sait sans doute rien ; d’autre part, notre frère aîné lui a fait si peur qu’il a parlé à tort et à travers. Entrons en ville pour nous renseigner. »
又入三層門裡,到通衢大市觀看,倒也衣冠濟楚,人物清秀。但見那:
Ils franchirent encore trois portes et parvinrent aux grandes artères et au marché principal. Les habitants y étaient élégamment vêtus et avaient belle apparence. On voyait :
酒樓歌館語聲喧,彩鋪茶房高掛帘。萬戶千門生意好,六街三市廣財源。買金販錦人如蟻,奪利爭名只為錢。禮貌莊嚴風景盛,河清海晏太平年。
Dans les tavernes et les maisons de chant, les voix retentissaient ; aux boutiques peintes et aux maisons de thé pendaient de hauts rideaux.
Derrière mille portes et dix mille foyers, les affaires prospéraient ; dans les six rues et les trois marchés s’ouvraient d’amples sources de richesse.
Acheteurs d’or et marchands de brocart grouillaient comme des fourmis ; on se disputait profit et renom, uniquement pour de l’argent.
Les manières étaient dignes et le spectacle florissant ; fleuves limpides et mers paisibles annonçaient une année de paix.
師徒四眾牽著馬,挑著擔,在街市上行夠多時,看不盡繁華氣概,但只見家家門口一個鵝籠。三藏道:「徒弟啊,此處人家都將鵝籠放在門首,何也?」八戒聽說,左右觀之,果是鵝籠,排列五色綵緞遮幔。獃子笑道:「師父,今日想是黃道良辰,宜結婚姻會友,都行禮哩。」行者道:「胡談,那裡就家家都行禮?其間必有緣故,等我上前看看。」三藏扯住道:「你莫去,你嘴臉醜陋,怕人怪你。」行者道:「我變化個兒去來。」
Les quatre voyageurs menèrent le cheval et portèrent les bagages à travers le marché pendant fort longtemps, sans pouvoir épuiser le spectacle de cette prospérité. Seulement, ils virent devant chaque maison une cage à oies. Sanzang dit : « Disciples, pourquoi tous les habitants placent-ils une cage à oies devant leur porte ? » À ces mots, Bajie regarda de part et d’autre : c’étaient bien des cages à oies, toutes garnies de tentures en satin de cinq couleurs. L’Idiot dit en riant : « Maître, ce doit être aujourd’hui un jour faste et propice aux mariages comme aux visites d’amitié ; tout le monde échange des présents. » Le Pèlerin dit : « Sottises ! Comment chaque famille pourrait-elle célébrer une cérémonie le même jour ? Il y a nécessairement une raison à cela. Attendez que j’aille voir. » Sanzang le retint : « N’y va pas. Ton visage est si laid que tu risques d’effrayer les gens. » Le Pèlerin répondit : « Je vais me métamorphoser avant d’y aller. »
好大聖,捻著訣,念聲咒語,搖身一變,變作一個蜜蜂兒,展開翅,飛近邊前,鑽進幔裡觀看,原來裡面坐的是個小孩兒。再去第二家籠裡看,也是個小孩兒。連看八九家,都是個小孩兒。卻是男身,更無女子。有的坐在籠中頑耍,有的坐在裡邊啼哭;有的吃果子,有的或睡坐。行者看罷,現原身,回報唐僧道:「那籠裡是些小孩子,大者不滿七歲,小者只有五歲,不知何故。」三藏見說,疑思不定。
Notre Grand Saint joignit les doigts selon la formule, récita une incantation et, d’une secousse, se changea en abeille. Déployant ses ailes, il vola jusqu’à la cage la plus proche et se glissa derrière la tenture. Or, à l’intérieur était assis un petit enfant. Il alla regarder dans la cage de la maison suivante : c’était encore un enfant. Il en inspecta huit ou neuf à la suite et trouva partout de petits enfants, tous des garçons, sans une seule fille. Les uns jouaient assis dans leur cage, les autres y pleuraient ; certains mangeaient des fruits, d’autres dormaient ou restaient assis. Après avoir tout vu, le Pèlerin reprit son apparence et rapporta au moine des Tang : « Dans ces cages se trouvent de petits enfants. Les plus grands n’ont pas sept ans et les plus jeunes n’en ont que cinq. J’ignore pourquoi. » À cette nouvelle, Sanzang demeura plongé dans la perplexité.
忽轉街見一衙門,乃金亭館驛。長老喜道:「徒弟,我們且進這驛裡去:一則問他地方,二則撒和馬匹,三則天晚投宿。」沙僧道:「正是,正是,快進去耶。」四眾欣然而入。只見那在官人果報與驛丞,接入門,各各相見。敘坐定,驛丞問:「長老自何方來?」三藏言:「貧僧東土大唐差往西天取經者,今到貴處,有關文理當照驗,權借高衙一歇。」驛丞即命看茶。茶畢,即辦支應,命當直的安排管待。三藏稱謝,又問:「今日可得入朝見駕,照驗關文?」驛丞道:「今晚不能,須待明日早朝。今晚且於敝衙門寬住一宵。」
Au détour d’une rue, ils aperçurent soudain un bâtiment officiel : c’était le relais du Pavillon d’Or. Le vénérable s’en réjouit : « Disciples, entrons d’abord dans ce relais : premièrement pour nous renseigner sur le pays, deuxièmement pour desseller et nourrir le cheval, troisièmement parce que le soir vient et qu’il nous faut un gîte. » Le moine Sha dit : « C’est juste, c’est juste. Entrons vite. » Les quatre voyageurs y pénétrèrent avec joie. Le fonctionnaire de service et le maître du relais vinrent les accueillir à la porte, et chacun échangea les salutations d’usage. Une fois assis, le maître du relais demanda : « De quel pays venez-vous, vénérable ? » Sanzang répondit : « Ce pauvre religieux a été envoyé du grand empire des Tang, dans les Terres de l’Est, afin de chercher les Écritures au Ciel d’Occident. Arrivé aujourd’hui dans votre honorable pays, il doit faire viser son laissez-passer et demande à se reposer quelque temps dans votre noble administration. » Le maître du relais ordonna aussitôt de servir le thé. Quand ils eurent bu, il fit préparer les fournitures réglementaires et chargea les gens de service de les recevoir. Sanzang le remercia, puis demanda : « Pourrai-je aujourd’hui encore entrer à la cour, paraître devant Sa Majesté et faire viser mon laissez-passer ? » Le maître du relais répondit : « Ce soir, ce n’est plus possible ; il vous faudra attendre l’audience matinale de demain. Pour cette nuit, prenez vos aises dans notre modeste établissement. »
少頃,安排停當,驛丞即請四眾同吃了齋供。又教手下人打掃客房安歇。三藏感謝不盡。既坐下,長老道:「貧僧有一件不明之事請教,煩為指示。貴處養孩兒,不知怎生看待。」驛丞道:「天無二日,人無二理。養育孩童,父精母血,懷胎十月,待時而生。生下乳哺三年,漸成體相。豈有不知之理。」三藏道:「據尊言與敝邦無異。但貧僧進城時,見街坊人家各設一鵝籠,都藏小兒在內。此事不明,故敢動問。」驛丞附耳低言道:「長老莫管他,莫問他,也莫理他,說他。請安置,明早走路。」長老聞言,一把扯住驛丞,定要問個明白。驛丞搖頭搖指,只叫:「謹言。」三藏一發不放,執死定要問個詳細。驛丞無奈,只得屏去一應在官人等。獨在燈光之下,悄悄而言道:「適所問鵝籠之事,乃是當今國主無道之事。你只管問他怎的?」三藏道:「何為無道?必見教明白,我方得放心。」驛丞道:「此國原是比丘國,近有民謠,改作小子城。三年前,有一老人,打扮做道人模樣,攜一小女子,年方一十六歲。其女形容嬌俊,貌若觀音,進貢與當今,陛下愛其色美,寵幸在宮,號為美后。近來把三宮娘娘、六院妃子,全無正眼相覷。不分晝夜,貪歡不已。如今弄得精神瘦倦,身體尪羸,飲食少進,命在須臾。太醫院檢盡良方,不能療治。那進女子的道人,受我主誥封,稱為國丈。國丈有海外秘方,甚能延壽。前者去十洲、三島採將藥來,俱已完備。但只是藥引子利害:單用著一千一百一十一個小兒的心肝,煎湯服藥。服後有千年不老之功。這些鵝籠裡的小兒,俱是選就的,養在裡面。人家父母懼怕王法,俱不敢啼哭,遂傳播謠言,叫做小兒城。長老明早到朝:只去倒換關文,不得言及此事。」言畢,抽身而退。
Peu après, quand tout fut prêt, le maître du relais invita les quatre voyageurs à partager le repas maigre qui leur était offert, puis ordonna à ses subalternes de nettoyer les chambres d’hôtes pour qu’ils pussent se reposer. Sanzang le remercia sans fin. Une fois assis, le vénérable dit : « Ce pauvre religieux souhaiterait vous consulter sur une chose qu’il ne comprend pas et vous prie de bien vouloir l’éclairer. Je ne sais de quelle manière on élève ici les enfants. » Le maître du relais répondit : « Il n’y a pas deux soleils au ciel ni deux principes parmi les hommes. Pour engendrer et élever un enfant, il faut l’essence du père et le sang de la mère ; la grossesse dure dix mois, puis l’enfant naît à son heure. Après sa naissance, on l’allaite trois ans et son corps peu à peu se forme. Comment pourrait-on ignorer cela ? » Sanzang dit : « D’après vos honorables paroles, il n’y a aucune différence avec notre pays. Pourtant, en entrant dans la ville, ce pauvre religieux a vu que chaque famille avait installé une cage à oies où elle tenait caché un petit enfant. Ne comprenant pas cette affaire, il s’est permis de vous interroger. » Le maître du relais se pencha à son oreille et murmura : « Vénérable, ne vous en mêlez pas, ne posez pas de questions, ne vous en souciez pas et n’en parlez pas. Reposez-vous, puis reprenez la route demain matin. » À ces mots, le vénérable le saisit par le bras et exigea une explication claire. Le maître du relais secouait la tête et agitait le doigt en répétant seulement : « Gardez le silence. » Mais Sanzang ne le lâchait plus et s’obstinait absolument à connaître tous les détails. À bout de ressources, le maître du relais congédia les fonctionnaires et tous les gens présents. Resté seul avec lui à la lumière de la lampe, il lui dit tout bas : « L’affaire des cages à oies sur laquelle vous m’interrogiez vient de la conduite impie du souverain actuel. Pourquoi tenez-vous donc à la connaître ? » Sanzang demanda : « En quoi sa conduite est-elle impie ? Il faut que vous me l’expliquiez clairement pour que j’aie l’esprit en repos. » Le maître du relais dit : « Ce pays était à l’origine le royaume des Bhikshus, mais une chanson populaire l’a récemment rebaptisé cité des Enfants. Il y a trois ans, un vieillard vêtu en taoïste arriva avec une jeune fille de seize ans. Celle-ci était gracieuse et belle, avec un visage pareil à celui de Guanyin. Il l’offrit en tribut à notre souverain, qui, séduit par sa beauté, lui accorda ses faveurs dans le palais et lui donna le titre de Belle Reine. Depuis lors, il ne daigne même plus regarder les dames des Trois Palais ni les concubines des Six Cours. Jour et nuit, il se livre sans mesure aux plaisirs. Son esprit s’en est épuisé, son corps amaigri et affaibli ; il mange à peine et sa vie ne tient plus qu’à un instant. L’Institut impérial de médecine a épuisé toutes les bonnes ordonnances sans pouvoir le guérir. Le taoïste qui avait offert la jeune fille a reçu de notre souverain un titre officiel et porte celui de Beau-père Royal. Or le Beau-père Royal possède une recette secrète des pays d’outre-mer qui, dit-il, peut merveilleusement prolonger la vie. Il s’est naguère rendu dans les Dix Continents et les Trois Îles pour y récolter les drogues, et tout est maintenant prêt. Mais l’ingrédient conducteur est redoutable : il faut exactement les cœurs et les foies de mille cent onze petits garçons, dont on fera une décoction pour prendre le remède. Après cela, le roi doit rester jeune durant mille ans. Tous les enfants placés dans ces cages à oies ont été choisis à cette fin et y sont élevés. Leurs parents, craignant la loi royale, n’osent même pas pleurer. C’est ainsi que s’est répandue la chanson qui donne à la ville le nom de cité des Petits Enfants. Quand vous irez à la cour demain matin, contentez-vous de faire renouveler votre laissez-passer et ne soufflez mot de cette affaire. » Ayant fini, il se retira prestement.
諕得個長老骨軟筋麻,止不住腮邊淚墮。忽失聲叫道:「昏君,昏君!為你貪歡愛美,弄出病來,怎麼屈傷這許多小兒性命?苦哉,苦哉,痛殺我也!」有詩為證。詩曰:
Le vénérable en fut si effrayé que ses os s’amollirent et que ses muscles s’engourdirent ; des larmes incontrôlables coulèrent sur ses joues. Soudain, il s’écria : « Souverain aveugle, souverain aveugle ! Parce que tu t’es épris de la beauté et livré aux plaisirs jusqu’à en tomber malade, comment peux-tu sacrifier la vie de tant de petits enfants ? Quelle souffrance, quelle souffrance ! J’en meurs de douleur ! » Un poème en témoigne :
邪主無知失正真,貪歡不省暗傷身。因求永壽戕童命,為解天災殺小民。僧發慈悲難割捨,官言利害不堪聞。燈前灑淚長吁嘆,痛倒參禪向佛人。
Un maître pervers et ignorant perd la droiture véritable ; avide de plaisirs, il ne voit pas qu’en secret il ruine son corps.
Pour obtenir une vie éternelle, il ôte la vie aux enfants ; afin de conjurer son propre malheur, il tue les petites gens.
La compassion du religieux ne saurait s’en détacher ; les terribles paroles du fonctionnaire sont insoutenables à entendre.
Devant la lampe, il répand ses larmes et pousse de longs soupirs ; la douleur terrasse cet homme qui médite et se tourne vers le Bouddha.
八戒近前道:「師父,你是怎的起哩?專把別人棺材擡在自家家裡哭。不要煩惱。常言道:『君教臣死,臣不死不忠;父教子亡,子不亡不孝。』他傷的是他的子民,與你何干?且來寬衣服睡覺,莫替古人耽憂。」三藏滴淚道:「徒弟啊,你是一個不慈憫的。我出家人積功累行,第一要行方便。怎麼這昏君一味胡行?從來也不見吃人心肝,可以延壽。似這等之事,教我怎不傷悲?」沙僧道:「師父且莫傷悲。等明早倒換關文,覿面與國王講過。如若不從,看他是怎麼模樣的一個國丈。或恐那國丈是個妖精,欲吃人的心肝,故設此法,未可知也。」
Bajie s’approcha et dit : « Maître, qu’est-ce qui te prend ? Tu transportes chez toi le cercueil d’un autre pour y pleurer. Ne te tourmente pas. Comme dit l’adage : “Si le souverain commande à son ministre de mourir et que celui-ci ne meurt pas, il est déloyal ; si le père commande à son fils de périr et que celui-ci ne périt pas, il manque à la piété filiale.” Ce sont ses propres sujets qu’il sacrifie ; en quoi cela te concerne-t-il ? Viens plutôt ôter tes vêtements et dormir, sans t’affliger pour les gens d’autrefois. » Sanzang répondit en larmes : « Disciple, tu n’as aucune compassion. Nous autres religieux, qui accumulons mérites et bonnes œuvres, devons avant tout secourir autrui. Comment ce souverain aveugle peut-il agir avec une telle déraison ? Jamais on n’a vu que manger le cœur et le foie d’un homme pût prolonger la vie. Comment ne serais-je pas affligé par une pareille affaire ? » Le moine Sha dit : « Maître, ne vous affligez pas encore. Demain matin, après avoir fait renouveler le laissez-passer, expliquez la chose en face au roi. S’il refuse de vous écouter, nous verrons alors quel personnage est ce Beau-père Royal. Peut-être est-il un démon qui convoite les cœurs et les foies humains et a-t-il imaginé ce procédé pour les manger. On ne peut encore le savoir. »
行者道:「悟淨說得有理。師父,你且睡覺,明日等老孫同你進朝,看國丈的好歹。如若是人,只恐他走了傍門,不知正道,徒以採藥為真,待老孫將先天之要旨,化他皈正;若是妖邪,我把他拿住,與這國王看看,教他寬慾養身,斷不教他傷了那些孩童性命。」三藏聞言,急躬身,反對行者施禮道:「徒弟啊,此論極妙,極妙。但只是見了昏君,不可便問此事,恐那昏君不分遠近,並作謠言見罪,卻怎生區處?」行者笑道:「老孫自有法力。如今先將鵝籠小兒攝離此城,教他明日無物取心,地方官自然奏表。那昏君必有旨意,或與國丈商量,或者另行選報。那時節,借此舉奏,決不致罪坐於我也。」三藏甚喜。又道:「如今怎得小兒離城?若果能脫得,真賢徒天大之德。可速為之,略遲緩些,恐無及也。」行者抖擻神威,即起身,吩咐八戒、沙僧:「同師父坐著,等我施為,你看但有陰風刮動,就是小兒出城了。」他三人一齊俱念:「南無救生藥師佛!南無救生藥師佛!」
Le Pèlerin dit : « Wujing parle avec raison. Maître, dormez pour l’instant. Demain, le vieux Sun entrera avec vous à la cour et verra si ce Beau-père Royal est orthodoxe ou pervers. Si c’est un homme, je crains seulement qu’il ne se soit engagé dans une voie détournée, qu’il ignore la Voie véritable et prenne à tort la récolte des drogues pour une pratique authentique ; le vieux Sun lui enseignera alors le principe essentiel de l’Antérieur au Ciel et le ramènera à la rectitude. Si c’est un être démoniaque, je le saisirai et le montrerai au roi, afin que celui-ci modère ses désirs, préserve son corps et ne puisse en aucun cas sacrifier la vie de ces enfants. » En entendant cela, Sanzang se courba vivement et, à son tour, salua le Pèlerin : « Disciple, ce projet est excellent, excellent ! Seulement, lorsque nous verrons ce souverain aveugle, nous ne devrons pas l’interroger aussitôt sur cette affaire. Il pourrait, sans distinguer proches et étrangers, nous accuser d’avoir colporté cette rumeur. Que ferions-nous alors ? » Le Pèlerin répondit en riant : « Le vieux Sun possède ses pouvoirs. Je vais d’abord transporter hors de la ville les enfants enfermés dans les cages à oies, de sorte que demain on ne trouve personne à qui prendre le cœur. Les fonctionnaires locaux présenteront naturellement un rapport. Le souverain aveugle donnera nécessairement un ordre, consultera le Beau-père Royal ou fera procéder à une nouvelle sélection. C’est à ce moment que nous saisirons l’occasion d’intervenir ; il ne pourra certainement pas nous en faire un crime. » Sanzang en fut ravi. Il ajouta : « Mais comment faire dès maintenant sortir les enfants de la ville ? Si tu parviens réellement à les délivrer, digne disciple, ton mérite sera grand comme le ciel. Agis au plus vite : au moindre retard, il pourrait être trop tard. » Le Pèlerin déploya toute sa puissance sacrée, se leva et recommanda à Bajie et au moine Sha : « Restez assis auprès du maître pendant que j’agis. Dès que vous sentirez souffler un vent obscur, vous saurez que les enfants sont sortis de la ville. » Tous trois se mirent à réciter ensemble : « Hommage au Bouddha Maître des Remèdes qui sauve les êtres ! Hommage au Bouddha Maître des Remèdes qui sauve les êtres ! »
這大聖出得門外,打個唿哨,起在半空,捻了訣,念動真言,叫一聲「唵淨法界」,拘得那城隍、土地、社令、真官,並五方揭諦、四值功曹、六丁六甲與護教伽藍等眾,都到空中,對他施禮道:「大聖,夜喚吾等,有何急事?」行者道:「今因路過比丘國,那國王無道,聽信妖邪,要取小兒心肝做藥引子,指望長生。我師父十分不忍,欲要救生滅怪。故老孫特請列位,各使神通,與我把這城中各街坊人家鵝籠裡的小兒,連籠都攝出城外山凹中,或樹林深處,收藏一二日,與他些果子食用,不得餓損;再暗的護持,不得使他驚恐啼哭。待我除了邪,治了國,勸正君王,臨行時,送來還我。」
Le Grand Saint sortit, lança un coup de sifflet et s’éleva au milieu du ciel. Il forma le sceau de ses doigts, récita les paroles véritables et prononça : « Oṃ, pur Domaine du Dharma ! » Il convoqua ainsi le dieu des Murailles et des Fossés, les dieux du Sol, les chefs des autels du terroir, les Officiers Véritables, les Jiedi des Cinq Directions, les Officiers du Mérite des Quatre Veilles, les Six Ding et les Six Jia, ainsi que les gardiens des monastères protecteurs de la Doctrine. Tous arrivèrent dans les airs et le saluèrent : « Grand Saint, pourquoi nous appeler de nuit ? Quelle affaire urgente vous occupe ? » Le Pèlerin répondit : « Nous traversons aujourd’hui le royaume des Bhikshus. Son roi impie prête foi à un être démoniaque et veut prendre les cœurs et les foies de petits enfants comme ingrédient conducteur d’un remède, dans l’espoir d’obtenir la longue vie. Mon maître ne peut le supporter et désire sauver les êtres et exterminer le monstre. C’est pourquoi le vieux Sun vous a spécialement invités à user chacun de vos pouvoirs : transportez hors de la ville, avec leurs cages, tous les enfants enfermés devant les maisons de chaque quartier. Cachez-les un jour ou deux dans les creux des montagnes ou au plus profond des bois ; donnez-leur des fruits afin qu’ils ne souffrent pas de la faim et protégez-les secrètement pour qu’ils ne prennent pas peur et ne pleurent pas. Lorsque j’aurai détruit le mal, remis le royaume en ordre et ramené le souverain à la rectitude, vous me les reconduirez avant notre départ. »
眾神聽令,即便各使神通,按下雲頭。滿城中陰風滾滾,慘霧漫漫:
Les divinités reçurent l’ordre, déployèrent aussitôt leurs pouvoirs et abaissèrent leurs nuages. Dans toute la ville, le vent obscur se mit à tourbillonner et une brume sinistre s’étendit à l’infini :
陰風刮暗一天星,慘霧遮昏千里月。起初時還蕩蕩悠悠,次後來就轟轟烈烈。悠悠蕩蕩,各尋門戶救孩童;烈烈轟轟,都看鵝籠援骨血。冷氣侵人怎出頭,寒威透體衣如鐵。父母徒張皇,兄嫂皆悲切。滿地捲陰風,籠兒被神攝。此夜縱孤恓,天明盡歡悅。
Le vent obscur éteignit les étoiles de tout le ciel, la brume sinistre voila la lune sur mille lis. D’abord, tout flotta doucement et sans hâte ; ensuite éclata un fracas impétueux. Flottant et tournoyant, chacun cherchait les portes pour sauver les enfants ; grondant avec violence, tous repéraient les cages à oies pour secourir la chair de leur chair. Le froid pénétrait les hommes, qui n’osaient sortir la tête ; la gelée traversait les corps, et les vêtements semblaient de fer. Les pères et les mères s’affolaient en vain ; frères et belles-sœurs étaient déchirés de douleur. Partout le vent obscur balayait le sol ; les cages étaient emportées par les dieux. Cette nuit, ils connurent encore la détresse solitaire ; au point du jour, tous goûteraient la joie.
有詩為證,詩曰:
Un poème en témoigne :
釋門慈憫古來多,正善成功說摩訶。萬聖千真皆積德,三皈五戒要從和。比丘一國非君亂,小子千名是命訛。行者因師同救護,這場陰騭勝波羅。
Depuis l’Antiquité, la Porte de Śākya abonde en compassion ; par la droiture et le bien s’accomplit l’œuvre dite mahā.
Les mille Immortels et les dix mille Saints accumulent tous les mérites ; les Trois Refuges et les Cinq Préceptes doivent procéder de l’harmonie.
Dans tout le royaume des Bhikshus, le désordre ne vient pas du souverain seul ; pour un millier d’enfants, c’est le destin même qui s’égare.
Le Pèlerin, suivant son maître, les sauve et les protège ; ce mérite secret surpasse une pāramitā.
當夜有三更時分,眾神祗把鵝籠攝去各處安藏。
Cette nuit-là, vers la troisième veille, toutes les divinités emportèrent les cages à oies et les cachèrent en divers endroits.
行者按下祥光,徑至驛庭上,只聽得他三人還念「南無救生藥師佛」哩。他也心中暗喜,近前叫:「師父,我來也。陰風之起何如?」八戒道:「好陰風。」三藏道:「救兒之事,卻怎麼說?」行者道:「已一一救他出去,待我們起身時送還。」長老謝了又謝,方才就寢。
Le Pèlerin abaissa sa lumière propice et regagna directement la cour du relais. Il entendit les trois autres qui récitaient encore : « Hommage au Bouddha Maître des Remèdes qui sauve les êtres ! » Il s’en réjouit secrètement, s’approcha et dit : « Maître, me voici revenu. Comment avez-vous trouvé ce vent obscur ? » Bajie répondit : « Un fameux vent obscur ! » Sanzang demanda : « Et le sauvetage des enfants ? » Le Pèlerin dit : « Je les ai tous délivrés et transportés au-dehors. On les ramènera lorsque nous nous mettrons en route. » Le vénérable le remercia encore et encore, puis alla enfin se coucher.
至天曉,三藏醒來,遂結束齊備道:「悟空,我趁早朝,倒換關文去也。」行者道:「師父,你自家去,恐不濟事,待老孫和你同去,看那國丈邪正如何。」三藏道:「你去卻不肯行禮,恐國王見怪。」行者道:「我不現身,暗中跟隨你,就當保護。」三藏甚喜,吩咐八戒、沙僧看守行李、馬匹,卻才舉步。這驛丞又來相見,看這長老打扮起來,比昨日又甚不同。但見他:
À l’aube, Sanzang s’éveilla, se prépara entièrement et dit : « Wukong, je vais profiter de l’audience matinale pour faire renouveler notre laissez-passer. » Le Pèlerin répondit : « Maître, si vous y allez seul, je crains que vous ne puissiez mener l’affaire à bien. Laissez le vieux Sun vous accompagner afin de voir si le Beau-père Royal est orthodoxe ou pervers. » Sanzang dit : « Mais tu refuses toujours de faire les salutations d’usage ; le roi pourrait s’en offenser. » Le Pèlerin répondit : « Je ne me montrerai pas. Je vous suivrai secrètement, simplement pour vous protéger. » Sanzang en fut ravi. Il recommanda à Bajie et au moine Sha de garder les bagages et le cheval, puis se mit en route. Le maître du relais vint encore le saluer et vit que le vénérable, une fois revêtu de ses ornements, avait une tout autre apparence que la veille. On voyait :
身上穿一領錦襴異寶佛袈裟,頭戴金頂毘盧帽。九環錫杖手中拿,胸藏一點神光妙。通關文牒緊隨身,包裹袋中纏錦套。行似阿羅降世間,誠如活佛真容貌。
Il portait sur le corps la précieuse kāṣāya bouddhique en brocart merveilleux, et sur la tête la coiffe dorée de Vairocana. Dans sa main était le bâton d’étain aux neuf anneaux ; en sa poitrine se cachait un point de merveilleuse lumière divine. Il gardait contre lui le laissez-passer pour franchir les frontières, enveloppé dans un sac sous une gaine de brocart. Il marchait tel un arhat descendu dans le monde, et paraissait véritablement un Bouddha vivant sous sa forme authentique.
那驛丞相見禮畢,附耳低言,只教莫管閑事。三藏點頭應聲。大聖閃在門傍,念個咒語,搖身一變,變做個蟭蟟蟲兒,嚶的一聲,飛在三藏帽兒上。出了館驛,徑奔朝中。
Après les salutations, le maître du relais se pencha à son oreille et lui recommanda seulement de ne pas se mêler des affaires d’autrui. Sanzang acquiesça d’un signe de tête. Le Grand Saint se glissa près de la porte, récita une incantation et, d’une secousse, se changea en un minuscule insecte. Avec un léger bourdonnement, il alla se poser sur la coiffe de Sanzang. Celui-ci quitta le relais et se rendit droit à la cour.
及到朝門外,見有黃門官,即施禮道:「貧僧乃東土大唐差往西天取經者。今到貴地,理當倒換關文,意欲見駕,伏乞轉奏轉奏。」那黃門官果為傳奏。國王喜道:「遠來之僧,必有道行。」教請進來。黃門官復奉旨,將長老請入。長老階下朝見畢,復請上殿賜坐。長老又謝恩坐了。只見那國王相貌尪羸,精神倦怠:舉手處,揖讓差池;開言時,聲音斷續。長老將文牒獻上,那國王眼目昏朦,看了又看,方才取寶印,用了花押,遞與長老。長老收訖。
Arrivé devant la porte du palais, Sanzang aperçut un officier de la Porte Jaune et le salua : « Ce pauvre religieux a été envoyé par le Grand Empire des Tang, dans les Terres de l’Est, pour chercher les Écritures au Ciel d’Occident. Maintenant qu’il est arrivé dans votre noble pays, il doit faire renouveler son laissez-passer et désire paraître devant Sa Majesté. Je vous supplie de bien vouloir l’annoncer. » L’officier de la Porte Jaune alla effectivement transmettre la requête. Le roi se réjouit : « Un religieux venu de si loin doit posséder quelque vertu dans la Voie. » Il ordonna qu’on le fît entrer. L’officier de la Porte Jaune revint, porteur du décret, et introduisit le vénérable. Après que celui-ci eut salué au pied des degrés, on l’invita à monter dans la salle et on lui accorda un siège. Le vénérable remercia encore de cette faveur et s’assit. Or le roi avait le visage amaigri et l’esprit languissant : lorsqu’il levait les mains pour saluer, ses gestes manquaient leur mesure ; quand il parlait, sa voix se brisait par intervalles. Le vénérable présenta son document. Les yeux embrumés, le roi le regarda et le regarda encore ; enfin il prit le sceau précieux, y apposa son paraphe et le rendit au vénérable, qui le rangea.
那國王正要問取經原因,只聽得當駕官奏道:「國丈爺爺來矣。」那國王即扶著近侍小宦,掙下龍床,躬身迎接。慌得那長老急起身,側立於傍。回頭觀看,原來是一個老道者,自玉階前,搖搖擺擺而進。但見他:
Le roi allait l’interroger sur les raisons de sa quête des Écritures lorsqu’un officier de service annonça : « Le vénérable Beau-père Royal arrive ! » Aussitôt, le roi s’appuya sur un jeune eunuque de son entourage, s’arracha péniblement au lit du Dragon et alla l’accueillir en s’inclinant. Le vénérable se leva précipitamment et se tint de côté. Se retournant pour regarder, il vit un vieux taoïste qui s’avançait depuis les degrés de jade en se balançant avec majesté. On le voyait ainsi :
頭上戴一頂淡鵝黃九錫雲錦紗巾,身上穿一領箸頂梅沉香綿絲鶴氅。腰間繫一條紉藍三股攢絨帶,足下踏一對麻經葛緯雲頭履。手中拄一根九節枯藤盤龍拐杖,胸前掛一個描龍刺鳳團花錦囊。玉面多光潤,蒼髯頷下飄。金睛飛火焰,長目過眉梢。行動雲隨步,逍遙香霧饒。階下眾官都拱接,齊呼國丈進王朝。
Sur sa tête, il portait une coiffe de gaze en brocart nuageux, jaune pâle comme le duvet de l’oie et ornée des neuf insignes ; sur son corps, un manteau de grue en soie ouatée, couleur de bois d’aloès, semé de fleurs de prunier. À sa taille était nouée une ceinture bleu indigo à trois brins de passementerie ; à ses pieds, des souliers à bouts en nuages, de chaîne en chanvre et de trame en fibre de kudzu. Sa main s’appuyait sur une canne en liane sèche à neuf nœuds, où s’enroulait un dragon ; devant sa poitrine pendait une bourse de brocart à médaillons fleuris, brodée de dragons et de phénix. Son visage de jade brillait d’un éclat lisse, sa barbe grise flottait sous son menton. Ses prunelles d’or lançaient des flammes, ses longs yeux s’étiraient au-delà des tempes. Quand il marchait, les nuages suivaient ses pas ; libre et nonchalant, il baignait dans une brume parfumée. Au pied des degrés, tous les officiers joignaient les mains pour l’accueillir et criaient d’une seule voix : « Le Beau-père Royal entre à la cour ! »
那國丈到寶殿前,更不行禮,昂昂烈烈,徑到殿上。國王欠身道:「國丈仙蹤,今喜早降。」就請左手繡墩上坐。
Parvenu devant la salle précieuse, le Beau-père Royal n’accomplit aucune salutation. Altier et imposant, il monta tout droit dans la salle. Le roi se souleva légèrement et dit : « Je me réjouis que les pas immortels du Beau-père Royal nous aient honorés de si bonne heure. » Puis il l’invita à s’asseoir sur le tabouret brodé placé à sa gauche.
三藏起一步,躬身施禮道:「國丈大人,貧僧問訊了。」那國丈端然高坐,亦不回禮,轉面向國王道:「僧家何來?」國王道:「東土唐朝差上西天取經者,今來倒驗關文。」國丈笑道:「西方之路,黑漫漫有甚好處?」三藏道:「自古西方乃極樂之勝境,如何不好?」那國王問道:「朕聞上古有云:『僧是佛家弟子。』端的不知為僧可能不死,向佛可能長生?」三藏聞言,急合掌應道:
Sanzang fit un pas, s’inclina et le salua : « Seigneur Beau-père Royal, ce pauvre religieux vous présente ses respects. » Le Beau-père Royal resta dignement assis sans lui rendre son salut. Il se tourna vers le roi et demanda : « D’où vient ce religieux ? » Le roi répondit : « Il a été envoyé de la cour des Tang, dans les Terres de l’Est, pour chercher les Écritures au Ciel d’Occident. Il est venu aujourd’hui faire viser son laissez-passer. » Le Beau-père Royal dit en riant : « La route de l’Occident est plongée dans de noires ténèbres ; qu’y a-t-il donc de bon là-bas ? » Sanzang répondit : « Depuis l’Antiquité, l’Occident est le domaine suprême de la Terre de Suprême Félicité ; comment ne serait-il pas bon ? » Le roi demanda alors : « J’ai entendu dire depuis les temps anciens que “les religieux sont les disciples du Bouddha”. Mais j’ignore véritablement si se faire religieux permet de ne pas mourir et si se tourner vers le Bouddha permet d’obtenir la longue vie. » À ces mots, Sanzang joignit aussitôt les paumes et répondit :
「為僧者,萬緣都罷;了性者,諸法皆空。大智閑閑,澹泊在不生之內;真機默默,逍遙於寂滅之中。三界空而百端治,六根淨而千種窮。若乃堅誠知覺,須當識心:心淨則孤明獨照,心存則萬境皆清。真容無欠亦無餘,生前可見;幻相有形終有壞,分外何求?行功打坐,乃為入定之原;佈惠施恩,誠是修行之本。大巧若拙,還知事事無為;善計非籌,必須頭頭放下。但使一心不動,萬行自全;若云採陰補陽,誠為謬語。服餌長壽,實乃虛詞。只要塵塵緣總棄,物物色皆空。素素純純寡愛慾,自然享壽永無窮。」
« Pour celui qui se fait religieux, les dix mille attaches prennent fin ; pour celui qui accomplit sa nature, tous les dharmas sont vacuité. La grande sagesse demeure libre et paisible, dans le détachement de ce qui ne naît point ; le ressort véritable reste silencieux, dans la liberté de l’extinction paisible. Lorsque les Trois Mondes sont vides, les cent affaires s’ordonnent ; lorsque les six facultés sont pures, les mille phénomènes s’épuisent. Pour qui veut atteindre une connaissance ferme et sincère, il faut reconnaître l’esprit : si l’esprit est pur, sa lumière solitaire éclaire d’elle-même ; si l’esprit demeure présent, les dix mille objets sont tous limpides. La forme véritable ne connaît ni manque ni surplus et peut se voir avant même la mort ; l’apparence illusoire, parce qu’elle a une forme, finira par périr : que chercher encore au-dehors ? Accomplir les pratiques et méditer assis est la source de l’absorption ; répandre ses bienfaits et accorder ses faveurs est véritablement la racine de la cultivation. La grande habileté paraît maladroite et sait encore que toute chose est non-agir ; le bon calcul n’emploie aucun plan et exige de tout abandonner, point par point. Que l’esprit unique demeure immobile et les dix mille pratiques s’accompliront d’elles-mêmes. Quant à recueillir le yin pour fortifier le yang, ce n’est en vérité qu’un discours erroné ; absorber des drogues pour prolonger la vie n’est réellement qu’une parole vaine. Il suffit de rejeter tous les liens de chaque poussière et de voir la vacuité dans la forme de chaque chose. Pur et simple, dépourvu d’amour avide et de désir, on jouit naturellement d’une longévité sans fin. »
那國丈聞言,付之一笑。用手指定唐僧道:「呵呵呵,你這和尚滿口胡柴。寂滅門中,須云認性。你不知那性從何而滅,枯坐參禪,盡是些盲修瞎煉。俗語云:『坐坐坐,你的屁股破。火熬煎,反成禍。』更不知我這:
Après l’avoir entendu, le Beau-père Royal se contenta de sourire. Il désigna le moine des Tang du doigt et dit : « Ha, ha, ha ! Moine, ta bouche débite un monceau d’absurdités. Dans la porte de l’extinction paisible, on prétend reconnaître sa nature ; mais tu ignores d’où cette nature reçoit son extinction. Rester assis comme un bois mort à méditer sur le Chan, ce ne sont que pratiques aveugles et exercices sans discernement. Comme dit le proverbe : “Assieds-toi, assieds-toi, assieds-toi : tu finiras les fesses trouées. Le feu te cuit et te tourmente, et tout se change en malheur.” Tu ignores plus encore ce que nous sommes, nous autres :
修仙者,骨之堅秀;達道者,神之最靈。攜簞瓢而入山訪友,採百藥而臨世濟人。摘仙花以砌笠,折香蕙以鋪裀。歌之鼓掌,舞罷眠雲。闡道法,揚太上之正教;施符水,除人世之妖氛。奪天地之秀氣,採日月之華精。運陰陽而丹結,按水火而胎凝。二八陰消兮,若恍若惚;三九陽長兮,如杳如冥。應四時而採取藥物,養九轉而修煉丹成。跨青鸞,升紫府;騎白鶴,上瑤京。參滿天之華采,表妙道之慇懃。比你那靜禪釋教,寂滅陰神,涅槃遺臭殼,又不脫凡塵。三教之中無上品,古來惟道獨稱尊。」
Nous qui cultivons l’immortalité, nous possédons la fermeté et l’excellence des os ; nous qui pénétrons la Voie, nous avons la plus vive puissance de l’esprit. Munis d’une corbeille et d’une gourde, nous entrons dans les montagnes rendre visite à nos amis ; après avoir cueilli les cent remèdes, nous revenons dans le monde secourir les hommes. Nous cueillons des fleurs immortelles pour garnir nos chapeaux, coupons des orchidées odorantes pour en faire nos nattes. Nous chantons en battant des mains et, la danse finie, dormons sur les nuages. Nous exposons les méthodes de la Voie et exaltons l’enseignement orthodoxe du Vénérable Suprême ; nous dispensons l’eau des talismans et dissipons les miasmes démoniaques du monde humain. Nous ravissons l’essence excellente du Ciel et de la Terre, recueillons la quintessence lumineuse du soleil et de la lune. Nous mettons en mouvement le yin et le yang pour nouer l’élixir, réglons l’eau et le feu pour former l’embryon. À deux fois huit, le yin décroît, dans l’indistinct et l’insaisissable ; à trois fois neuf, le yang croît, dans l’obscur et l’impénétrable. Nous recueillons les substances selon les quatre saisons et nourrissons les neuf révolutions jusqu’à l’accomplissement de l’élixir. Enfourchant le luan bleu, nous montons au Palais Pourpre ; chevauchant la grue blanche, nous gagnons la Capitale de Jade. Nous participons aux splendeurs qui emplissent le ciel et manifestons notre zèle envers la Voie merveilleuse. Comparé à cela, votre enseignement bouddhique de méditation immobile, votre esprit obscur voué à l’extinction, votre nirvāṇa qui laisse derrière lui une enveloppe puante, tout cela ne vous délivre même pas de la poussière profane. Parmi les Trois Enseignements, aucun autre n’atteint le rang suprême ; depuis l’Antiquité, seule la Voie est tenue pour souveraine. »
那國王聽說,十分歡喜。滿朝官都喝采道:「好個『惟道獨稱尊』,『惟道獨稱尊』。」長老見人都讚他,不勝羞愧。國王又叫光祿寺安排素齋,待那遠來之僧出城西去。三藏謝恩而退。才下殿,往外正走,行者飛下帽頂兒,來在耳邊叫道:「師父,這國丈是個妖邪,國王受了妖氣。你先去驛中等齋,待老孫在這裡聽他消息。」三藏知會了,獨出朝門不題。
À ces paroles, le roi fut comblé de joie. Tous les officiers de la cour crièrent leur approbation : « Voilà qui est bien dit : “Seule la Voie est tenue pour souveraine ! Seule la Voie est tenue pour souveraine !” » Voyant que tous le louaient, le vénérable se sentit accablé de honte. Le roi ordonna encore à la Cour des Banquets impériaux de préparer un repas maigre pour le religieux venu de loin, avant son départ vers l’ouest. Sanzang remercia de cette faveur et se retira. Il venait de descendre de la salle et se dirigeait vers la sortie lorsque le Pèlerin s’envola du sommet de sa coiffe, vint près de son oreille et lui dit : « Maître, ce Beau-père Royal est un être démoniaque, et le roi a subi son souffle maléfique. Retournez d’abord au relais pour y attendre le repas ; le vieux Sun restera ici pour apprendre ce qui se trame. » Sanzang lui fit signe qu’il avait compris et sortit seul de la porte du palais.
看那行者,一翅飛在金鑾殿翡翠屏中釘下,只見那班部中閃出五城兵馬官奏道:「我主,今夜一陣冷風,將各坊各家鵝籠裡小兒,連籠都刮去了,更無蹤跡。」國王聞奏,又驚又惱,對國丈道:「此事乃天滅朕也。連月病重,御醫無效,幸國丈賜仙方,專待今日午時開刀,取此小兒心肝作引,何期被冷風刮去,非天欲滅朕而何?」國丈笑道:「陛下且休煩惱。此兒刮去,正是天送長生與陛下也。」國王道:「見把籠中之兒刮去,何以返說天送長生?」國丈道:「我才入朝來,見了一個絕妙的藥引,強似那一千一百一十一個小兒之心。那小兒之心,只延得陛下千年之壽;此引子,吃了我的仙藥,就可延萬萬年也。」國王漠然不知是何藥引,請問再三,國丈才說:「那東土差去取經的和尚,我看他器宇清淨,容顏齊整,乃是個十世修行的真體,自幼為僧,元陽未泄,比那小兒更強萬倍。若得他的心肝煎湯,服我的仙藥,足保萬年之壽。」那昏君聞言,十分聽信,對國丈道:「何不早說?若果如此有效,適才留住,不放他去了。」國丈道:「此何難哉?適才吩咐光祿寺辦齋待他,他必吃了齋,方才出城。如今急傳旨,將各門緊閉,點兵圍了金亭館驛,將那和尚拿來,必以禮求其心。如果相從,即時剖而取出,遂御葬其屍,還與他立廟享祭;如若不從,就與他個武不善作,即時綑住,剖開取之。有何難事?」那昏君如其言,即傳旨,把各門閉了。又差羽林衛大小官軍,圍住館驛。
Le Pèlerin, d’un battement d’ailes, alla se fixer derrière l’écran de jadéite de la salle du Trône d’Or. Il vit alors sortir des rangs un officier des troupes des Cinq Cités, qui rapporta : « Mon souverain, cette nuit, une rafale glacée a emporté, avec leurs cages, tous les enfants enfermés devant les maisons des différents quartiers. Il n’en reste plus aucune trace. » À cette nouvelle, le roi fut à la fois effrayé et irrité. Il dit au Beau-père Royal : « Le Ciel veut donc m’anéantir ! Je suis gravement malade depuis des mois et les médecins impériaux sont restés sans effet. Heureusement, le Beau-père Royal m’a accordé une recette immortelle, et nous attendions précisément l’heure de midi pour ouvrir ces enfants au couteau et prendre leurs cœurs et leurs foies comme ingrédient conducteur. Qui aurait cru qu’un vent glacé les emporterait ? Comment ne pas y voir la volonté du Ciel de m’anéantir ? » Le Beau-père Royal répondit en riant : « Que Votre Majesté cesse de se tourmenter. Ces enfants ont été emportés parce que le Ciel vient justement de vous offrir la longue vie. » Le roi demanda : « Les enfants enfermés dans les cages ont manifestement été emportés ; comment pouvez-vous dire au contraire que le Ciel m’offre la longue vie ? » Le Beau-père Royal répondit : « En venant à la cour, j’ai aperçu un ingrédient conducteur incomparable, bien supérieur aux cœurs des mille cent onze petits garçons. Ceux-ci n’auraient prolongé la vie de Votre Majesté que de mille ans ; avec cet ingrédient et ma drogue immortelle, elle pourra durer des millions et des millions d’années. » Le roi ne comprenait absolument pas de quel ingrédient il parlait et l’interrogea à plusieurs reprises. Enfin, le Beau-père Royal dit : « Le moine envoyé des Terres de l’Est pour chercher les Écritures possède, à ce que j’ai vu, une constitution pure et un visage parfaitement régulier. C’est le corps véritable d’un homme qui s’est cultivé pendant dix existences. Religieux depuis l’enfance, il n’a jamais laissé fuir son yang originel et vaut dix mille fois mieux que ces petits garçons. Si nous pouvions faire une décoction de son cœur et de son foie, puis prendre ma drogue immortelle avec ce bouillon, cela vous assurerait dix mille ans de vie. » Le souverain aveugle ajouta une foi entière à ces paroles : « Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? Si le remède est vraiment si efficace, nous l’aurions retenu tout à l’heure au lieu de le laisser partir. » Le Beau-père Royal répondit : « Qu’y a-t-il là de difficile ? Nous avons justement ordonné à la Cour des Banquets impériaux de lui préparer un repas ; il ne quittera certainement la ville qu’après l’avoir mangé. Faites sur-le-champ transmettre un décret : que toutes les portes soient étroitement fermées, que des troupes encerclent le relais du Pavillon d’Or et que le moine soit arrêté. Il faudra d’abord lui demander son cœur avec courtoisie. S’il y consent, on lui ouvrira aussitôt le corps pour le lui prendre, puis on accordera à sa dépouille des funérailles impériales et on lui élèvera même un temple où il recevra des sacrifices. S’il refuse, nous emploierons la force sans ménagement : qu’on le ligote, qu’on l’ouvre et qu’on le lui prenne. Où est la difficulté ? » Le souverain aveugle suivit son conseil et transmit aussitôt l’ordre de fermer toutes les portes. Il envoya en outre les officiers et soldats de la Garde impériale Yulin encercler le relais.
行者聽得這個消息,一翅飛奔館驛,現了本相,對唐僧道:「師父,禍事了,禍事了。」那三藏才與八戒、沙僧領御齋,忽聞此言,諕得三尸神散,七竅煙生,倒在塵埃,渾身是汗,眼不定睛,口不能言。慌得沙僧上前攙住,只叫:「師父甦醒,師父甦醒。」八戒道:「有甚禍事?有甚禍事?你慢些兒說便也罷,卻諕得師父如此。」行者道:「自師父出朝,老孫回視,那國丈是個妖精。少頃,有五城兵馬來奏冷風刮去小兒之事。國王方惱,他卻轉教喜歡,道:『這是天送長生與你。』要取師父的心肝做藥引,可延萬年之壽。那昏君聽信誣言,所以點精兵,來圍館驛,差錦衣官來請師父求心也。」八戒笑道:「行的好慈憫,救的好小兒,刮的好陰風,今番卻撞出禍來了。」
Ayant appris la nouvelle, le Pèlerin vola à tire-d’aile jusqu’au relais, reprit sa forme véritable et dit au moine des Tang : « Maître, le malheur est sur nous ! Le malheur est sur nous ! » Sanzang venait de recevoir avec Bajie et le moine Sha le repas offert par le roi. À ces mots, ses trois esprits vitaux se dispersèrent, une fumée jaillit de ses sept ouvertures et il s’effondra dans la poussière, couvert de sueur, les yeux fixes, incapable de parler. Le moine Sha, affolé, s’avança pour le soutenir et cria : « Maître, revenez à vous ! Maître, revenez à vous ! » Bajie demanda : « Quel malheur ? Quel malheur ? Tu aurais pu l’annoncer plus doucement, au lieu d’effrayer ainsi le maître. » Le Pèlerin dit : « Après que le maître eut quitté la cour, le vieux Sun resta pour observer et reconnut que le Beau-père Royal était un monstre. Peu après, un officier des troupes des Cinq Cités vint rapporter que le vent glacé avait emporté les enfants. Le roi s’en irritait, mais le monstre s’empressa de le réjouir en lui disant : “C’est le Ciel qui vous offre la longue vie.” Il veut prendre le cœur et le foie du maître comme ingrédient conducteur, prétendant que cela prolongera de dix mille ans la vie du roi. Ce souverain aveugle a cru ses calomnies ; il a donc mobilisé des soldats d’élite pour encercler le relais et envoyé un officier en robe de brocart inviter le maître à faire don de son cœur. » Bajie dit en riant : « Belle compassion que voilà, beau sauvetage des enfants, beau vent obscur ! Cette fois, tout cela nous aura attiré un fameux malheur. »
三藏戰兢兢的爬起來,扯著行者,哀告道:「賢徒啊,此事如何是好?」行者道:「若要好,大做小。」沙僧道:「怎麼叫做『大做小』?」行者道:「若要全命,師作徒,徒作師,方可保全。」三藏道:「你若救得我命,情願與你做徒子、徒孫也。」行者道:「既如此,不必遲疑。」教:「八戒,快和些泥來。」那獃子即使釘鈀築了些土。又不敢外面去取水,後就擄起衣服撒溺,和了一團臊泥,遞與行者。行者沒奈何,將泥撲作一片,往自家臉上一安,做下個猴像的臉子。叫唐僧站起休動,再莫言語。貼在唐僧臉上,念動真言,吹口仙氣,叫:「變!」那長老即變做個行者模樣。脫了他的衣服,以行者的衣服穿上。行者卻將師父的衣服穿了,捻著訣,念個咒語,搖身變作唐僧的嘴臉。八戒、沙僧也難識認。
Sanzang se releva en tremblant, saisit le Pèlerin et le supplia plaintivement : « Digne disciple, que faire en pareille affaire ? » Le Pèlerin répondit : « Pour que tout aille bien, il faut faire du grand le petit. » Le moine Sha demanda : « Que signifie “faire du grand le petit” ? » Le Pèlerin répondit : « Si nous voulons préserver votre vie, le maître doit devenir disciple et le disciple devenir maître. C’est le seul moyen de vous sauver. » Sanzang dit : « Si tu sauves ma vie, je consens volontiers à devenir ton disciple, et même le disciple de ton disciple. » Le Pèlerin répondit : « Puisqu’il en est ainsi, ne tardons pas. Bajie, prépare vite un peu de boue. » L’Idiot creusa aussitôt de la terre avec son râteau. N’osant pas sortir chercher de l’eau, il releva ses vêtements, urina dessus et pétrit une motte de boue puante qu’il tendit au Pèlerin. Celui-ci, faute de mieux, l’aplatit en une plaque et se l’appliqua sur le visage pour en faire un masque de singe. Il ordonna à Sanzang de se tenir debout sans bouger ni prononcer un mot, puis lui colla le masque sur le visage, récita les paroles véritables, souffla une haleine immortelle et cria : « Change ! » Aussitôt, le vénérable prit l’apparence du Pèlerin. On lui ôta ses vêtements et on lui fit revêtir ceux du Pèlerin. Celui-ci passa les habits de son maître, forma un sceau avec les doigts, récita une incantation et, d’une secousse, prit le visage du moine des Tang. Même Bajie et le moine Sha ne pouvaient plus les distinguer.
正當合心裝扮停當,只聽得鑼鼓齊鳴,又見那槍刀簇擁。原來是羽林衛官,領三千兵把館驛圍了。又見一個錦衣官走進驛庭問道:「東土唐朝長老在那裡?」慌得那驛丞戰兢兢的跪下,指道:「在下面客房裡。」錦衣官即至客房裡道:「唐長老,我王有請。」八戒、沙僧左右護持假行者。只見假唐僧出門施禮道:「錦衣大人,陛下召貧僧,有何話說?」錦衣官上前一把扯住道:「我與你進朝去,想必有取用也。」咦!這正是:
Ils venaient tout juste d’achever de concert leur déguisement lorsqu’ils entendirent retentir gongs et tambours et virent se presser lances et sabres. C’était un officier de la Garde impériale Yulin qui, à la tête de trois mille soldats, avait encerclé le relais. Un officier en robe de brocart entra dans la cour et demanda : « Où est le vénérable des Tang venu des Terres de l’Est ? » Tremblant de peur, le maître du relais s’agenouilla et indiqua du doigt : « En bas, dans la chambre d’hôtes. » L’officier en robe de brocart se rendit aussitôt à la chambre et dit : « Vénérable des Tang, mon roi vous invite. » Bajie et le moine Sha se placèrent de part et d’autre du faux Pèlerin pour le protéger. Le faux moine des Tang sortit et salua : « Seigneur officier en robe de brocart, pourquoi Sa Majesté convoque-t-elle ce pauvre religieux ? » L’officier s’avança, le saisit d’un geste et dit : « Viens avec moi à la cour. On a sans doute quelque usage à faire de toi. » Ah ! C’est bien là ce que disent ces vers :
妖誣勝慈善,慈善反招凶。
La calomnie du monstre l’emporte sur la bonté compatissante ; la bonté compatissante, en retour, attire le malheur.
畢竟不知此去端的性命何如,且聽下回分解。
On ignore après tout si sa vie survivra à ce départ ; écoutez les explications au prochain chapitre.