Lavis à l’encre : Sun Wukong, le Roi Singe, debout au sommet d’un piton rocheux au-dessus d’une mer de nuages, vêtu d’une tunique ceinte, un cerceau d’or autour de la tête et son long bâton de fer à la main ; des pics émergent au loin.
Illustration engendrée par un modèle d’image pour Chine Informations ; ce n’est pas une peinture d’époque.

La Pérégrination vers l’Ouest

Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe

Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.

Traduction française assistée par intelligence artificielle, établie pour Chine Informations à partir du texte chinois original, puis relue par la rédaction. Aucune traduction française du 西遊記 n’est dans le domaine public : le roman est absent du Wikisource français, et les deux traductions intégrales existantes (Louis Avenol, 1957 ; André Lévy, 1991) sont sous droits. Le texte français ci-dessous a donc été établi à partir du seul chinois de 1592, chapitre par chapitre, par le modèle OpenAI gpt-5.6-sol, puis relu ; le chinois en regard, lui, est recopié verbatim et permet de le contrôler caractère par caractère. Le texte chinois est dans le domaine public ; la traduction française est protégée : © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés.

Chapitre 32 Sur la Montagne au Sommet Plat, l’Officier des mérites du jour transmet son avertissement ; — Dans la Grotte du Lotus, la Mère du Bois rencontre le malheur.

Sur la Montagne au Sommet Plat, l’Officier des mérites du jour transmet son avertissement ;

Dans la Grotte du Lotus, la Mère du Bois rencontre le malheur.

西西沿

Or donc, le moine des Tang avait retrouvé le pèlerin Sun, et maître et disciples, unis de cœur et de corps, se rendaient ensemble vers l’Ouest. Après avoir délivré la princesse du royaume de l’Éléphant-Précieux, ils avaient été escortés par le souverain et ses sujets jusqu’à la porte occidentale de la ville. Inutile de raconter en détail comment, chemin faisant, ils mangeaient quand ils avaient faim, buvaient quand ils avaient soif, logeaient le soir et repartaient à l’aube. Ils se retrouvèrent dans le paysage du troisième mois du printemps. En cette saison :

La brise légère effilait en soie verte les saules ; quel beau paysage à chanter ! Le temps pressait le chant des oiseaux, la tiédeur faisait éclore les fleurs, partout s’étendaient les parfums. Dans la cour aux pommetiers revenait un couple d’hirondelles : c’était l’heure de goûter le printemps. Sur les routes empourprées de poussière, parmi soieries, cordes et flûtes, on jouait aux herbes en se passant les coupes.

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Tandis que maître et disciples cheminaient en admirant le paysage, ils virent encore une montagne leur barrer la route. Le moine des Tang dit : « Mes disciples, prenez garde. Une haute montagne se dresse devant nous ; je crains que tigres et loups ne nous arrêtent. » Le pèlerin répondit : « Maître, un religieux ne doit pas tenir les propos des gens du monde. Vous souvenez-vous de ces mots du Sūtra du Cœur récité par le moine Wuchao : “Le cœur étant sans entrave, sans entrave il est sans crainte et se tient loin des rêves et pensées renversés” ? Il suffit de ceci : “Balaye la souillure de ton cœur, lave la poussière au bord de tes oreilles. Qui n’endure pas l’amertume au sein de l’amertume pourra difficilement s’élever au-dessus des hommes.” Ne vous tourmentez pas. Tant que le vieux Sun est là, le ciel pourrait s’effondrer que je vous garderais sain et sauf. Pourquoi craindre tigres et loups ? » Le vénérable retint son cheval et dit : « Moi :

西?」

Jadis, sur ordre impérial, je quittai Chang’an ; je ne songeais qu’à gagner l’Ouest pour contempler le visage du Bouddha.

Au royaume de Sheli, les statues d’or resplendissent ; dans les pagodes, la blanche lumière de l’ūrṇā scintille comme le jade.

J’ai cherché jusqu’au bout du monde des eaux sans nom ; j’ai parcouru tout l’univers des hommes, sans rencontrer de montagne infranchissable.

Je vais sans cesse parmi les brumes et les vagues, parmi les hauteurs amoncelées : quand donc ce corps pourra-t-il connaître le repos ? »

:「?」

À ces mots, le pèlerin répondit en riant : « Si vous voulez que votre corps connaisse le repos, quoi de plus facile ? Une fois l’œuvre accomplie, les dix mille liens prendront fin et tous les phénomènes se révéleront vides. Alors, tout naturellement, votre corps ne sera-t-il pas en repos ? » En l’entendant, le vénérable dut se réjouir et oublier ses soucis. Ils lâchèrent les rênes pour presser le coursier d’argent, puis les reprirent afin de hâter le Dragon de Jade.

Lorsque maître et disciples eurent gravi la montagne, ils la trouvèrent terriblement escarpée, hérissée de cimes vertigineuses. Quelle montagne admirable :

Hautes et majestueuses étaient les crêtes, effilés et tranchants les pics. Les ravins profonds serpentaient en contrebas, les falaises solitaires se dressaient à pic. Au fond des ravins sinueux, on n’entendait que le fracas des boas jouant dans l’eau et retournant leur corps ; au bord des falaises abruptes, on ne voyait que les tigres jaillis de la forêt fouetter l’air de leur queue. En levant les yeux, on voyait les sommets saillants percer l’azur ; en regardant en arrière, les gouffres profonds semblaient toucher le firmament bleu. Pour monter, c’étaient échelles et escabeaux ; pour descendre, fossés et fondrières. C’étaient vraiment des crêtes aux cimes étranges, assurément une suite de pointes et de falaises tranchées. Sur les crêtes, les cueilleurs de simples hésitaient à s’aventurer ; devant les parois à pic, les bûcherons ne pouvaient avancer d’un pouce. Mouflons et chevaux sauvages se croisaient comme des navettes ; lièvres rusés et bœufs des montagnes semblaient rangés en bataille. La montagne, si haute qu’elle cachait le soleil et les étoiles, abondait en bêtes monstrueuses et en loups gris. Les sentiers noyés d’herbes ne laissaient pas passer les chevaux : comment atteindre le monastère du Tonnerre et voir le Roi des Bouddhas ?

Le vénérable retint son cheval pour contempler la montagne. À l’endroit même où le passage devenait difficile, il aperçut un bûcheron debout sur une pente couverte de laîches vertes. Voici comment il était vêtu :

穿

Il portait sur la tête un vieux chapeau de feutre bleu et sur le corps une robe monastique de laine noire. Ce vieux chapeau de feutre bleu, qui l’abritait des brumes et du soleil, était vraiment singulier ; cette robe de laine noire, qui lui permettait de se réjouir et d’oublier ses peines, était chose rare. Il tenait une hache d’acier au tranchant fraîchement affûté et liait étroitement les bûches sèches qu’il avait coupées. Aux deux bouts de sa palanche, le printemps régnait sereinement, tandis que les quatre saisons se fondaient dans la douceur ; détaché de tout souci extérieur, il voyait toujours les Trois Étoiles luire paisiblement. Jusqu’à la vieillesse, il se contenterait du lot qui lui était échu : en quoi honneur ou humiliation pourraient-ils franchir un instant ces montagnes ?

Ce bûcheron :

Devant la pente, il abattait du bois pourri, quand soudain il vit le vénérable venir de l’est.

Il suspendit son geste, arrêta sa hache, sortit du bois et, pressant le pas, monta sur la falaise rocheuse.

:「西西。」:「:『。』?」:「。」

Il cria rudement au vénérable : « Vénérable qui cheminez vers l’Ouest, arrêtez-vous un instant ! J’ai un mot à vous dire : cette montagne abrite une bande de démons venimeux et de monstres cruels, qui se font une spécialité de dévorer les voyageurs allant de l’est vers l’ouest. » À ces mots, l’âme du vénérable se dispersa d’effroi. Tremblant de tous ses membres, il ne tenait plus sur sa selle ouvragée. Il se retourna en hâte et appela ses disciples : « Vous avez entendu l’avertissement du bûcheron : “Cette montagne abrite des démons venimeux et des monstres cruels.” Qui de vous osera aller lui demander des précisions ? » Le pèlerin répondit : « Maître, soyez tranquille. Le vieux Sun va lui demander ce qu’il en est exactement. »

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Notre pèlerin allongea le pas, gravit droit la montagne et, appelant le bûcheron « grand frère », le salua. Celui-ci lui rendit son salut et demanda : « Vénérable, pour quelle raison êtes-vous venus ici ? » Le pèlerin répondit : « Sans rien vous cacher, grand frère, nous avons été envoyés depuis les Terres de l’Est pour quérir les écritures dans le Ciel occidental. Celui qui est à cheval est mon maître ; il est quelque peu craintif. Comme vous avez eu la bonté de nous avertir qu’il y avait ici des démons venimeux et des monstres cruels, je suis venu vous demander depuis combien d’années ce démon est démon et ce monstre, monstre. Est-ce un vieux maître en son art, ou encore un novice ? Dites-moi franchement ce qu’il en est, grand frère, afin que je charge les dieux des montagnes et des terres de l’arrêter et de l’escorter ailleurs. » À ces mots, le bûcheron éclata de rire, la tête levée vers le ciel : « Tu es donc un moine fou ! » Le pèlerin répondit : « Je ne suis pas fou ; je parle sérieusement. » Le bûcheron reprit : « Si tu parles sérieusement, comment oses-tu prétendre le faire arrêter et emmener ? » Le pèlerin dit : « Tu ne fais ainsi qu’accroître son prestige. Si tu nous barres la route avec des paroles insensées pour nous avertir de sa présence, ne serais-tu pas de ses parents ? Sinon son parent, du moins son voisin ; sinon son voisin, son ami. » Le bûcheron rit : « Méchant moine enragé, tu manques par trop de raison ! Je suis venu exprès, avec de bonnes intentions, vous avertir de rester sur vos gardes jour et nuit pendant votre voyage, et voilà que tu retournes l’accusation contre moi. Sans même parler du fait que j’ignore d’où vient ce démon, quand bien même je le saurais, comment oserais-tu le faire emmener ? Et où l’enverrais-tu ? » Le pèlerin répondit : « Si c’est un démon céleste, je l’enverrai à l’Empereur de Jade ; si c’est un démon terrestre, à l’administration des Enfers. Ceux de l’Ouest relèvent du Bouddha, ceux de l’Est des saints ; ceux du Nord seront livrés à Zhenwu, ceux du Sud au dieu du Feu. Si c’est un génie-dragon, il sera remis au Maître des mers ; si c’est un spectre malfaisant, au roi Yama. Chacun a sa juridiction et sa destination. Le vieux Sun a partout ses connaissances : je délivrerai un mandat et le ferai escorter à tire-d’aile durant la nuit. »

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Le bûcheron ne put retenir un rire froid : « Méchant moine enragé, tu as sans doute vagabondé dans les différentes contrées et appris quelques procédés pour tracer des talismans et ensorceler l’eau. Cela te permet seulement de chasser les influences mauvaises et de ligoter les revenants ; tu n’as encore jamais rencontré de monstres aussi cruels. » Le pèlerin demanda : « En quoi sont-ils si cruels ? » Le bûcheron répondit : « Cette montagne s’étend sur près de six cents lis et se nomme la Montagne au Sommet Plat. Elle renferme une grotte appelée la Grotte du Lotus. Deux chefs démoniaques y habitent. Ils font tirer des portraits pour capturer les moines et dresser des listes de noms pour rechercher le moine des Tang et le manger. Si vous veniez d’ailleurs, vous pourriez encore vous en tirer ; mais dès lors que vous portez le nom des Tang, n’espérez pas pouvoir passer. » Le pèlerin dit : « Nous venons justement de la dynastie des Tang. » Le bûcheron répondit : « C’est précisément vous qu’ils veulent manger. » Le pèlerin s’écria : « Quelle chance, quelle chance ! Mais j’ignore comment ils s’y prendront pour nous manger. » Le bûcheron demanda : « Comment voudrais-tu qu’ils te mangent ? » Le pèlerin répondit : « S’ils commencent par la tête, ce sera encore plaisant ; s’ils commencent par les pieds, ce sera pénible. » Le bûcheron demanda : « Pourquoi serait-il plaisant qu’ils commencent par la tête, et pénible qu’ils commencent par les pieds ? » Le pèlerin répondit : « Tu n’as encore jamais connu cela. S’ils commencent par la tête et l’arrachent d’un coup de dents, je serai déjà mort ; ils pourront ensuite me frire, me sauter, me mijoter ou me bouillir, je ne sentirai plus rien. Mais s’ils commencent par les pieds, ils rongeront mes chevilles, mâcheront mes mollets et atteindront les os de ma taille sans que je meure aussitôt : ne souffrirai-je pas morceau par morceau ? Voilà pourquoi ce serait pénible. » Le bûcheron répondit : « Moine, ils n’ont pas tant de temps à perdre. Ils te saisiront, te ficelleront dans une cage et te feront cuire à la vapeur tout entier avant de te manger. » Le pèlerin rit : « C’est encore mieux ! Cela ne fera pas vraiment mal ; j’aurai seulement un peu de mal à respirer. » Le bûcheron dit : « Moine, cesse de faire le beau parleur. Ces monstres portent sur eux cinq trésors et possèdent des pouvoirs prodigieusement vastes. Même si tu étais la colonne de jade qui soutient le ciel ou la poutre d’or qui maintient les mers, vouloir protéger le moine venu des Tang te vaudrait encore plusieurs étourdissements. » Le pèlerin demanda : « Combien d’étourdissements ? » Le bûcheron répondit : « Trois ou quatre. » Le pèlerin dit : « Ce n’est rien, ce n’est rien ! En une année, nous en avons d’ordinaire sept ou huit cents. Trois ou quatre seront faciles à subir : ils passeront aussitôt venus. »

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Le Grand Saint, parfaitement intrépide, n’avait d’autre pensée que de protéger le moine des Tang. Il se dégagea du bûcheron et redescendit à grands pas jusqu’au cheval, devant la pente : « Maître, il n’y a rien de grave. Il y a bien quelques génies malfaisants, mais les gens d’ici sont peureux et s’en font toute une affaire. Puisque je suis là, pourquoi les craindre ? En route, en route ! » À ces mots, le vénérable dut reprendre courage et poursuivre son chemin. Or le bûcheron avait déjà disparu. Le vénérable demanda : « Comment ce bûcheron qui nous a avertis a-t-il pu disparaître si vite ? » Bajie répondit : « Notre chance est bien mauvaise : nous avons rencontré un fantôme en plein jour. » Le pèlerin dit : « Il est sans doute entré dans la forêt chercher du bois. Attendez que j’aille voir. »

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Le Grand Saint ouvrit ses Pupilles de Feu aux Prunelles d’Or et promena son regard par-delà montagnes et crêtes, mais ne découvrit aucune trace. Soudain, il leva les yeux vers les nuages et reconnut l’Officier des mérites de service du jour. Il bondit sur une nuée pour le rattraper et l’injuria plusieurs fois en le traitant de « démon velu » : « Pourquoi n’es-tu pas venu me parler directement ? Pourquoi as-tu pris cette apparence pour te jouer du vieux Sun ? » Effrayé, l’Officier des mérites le salua : « Grand Saint, pardonnez-moi d’être venu tard vous avertir. Ces monstres possèdent réellement de vastes pouvoirs et d’innombrables métamorphoses. À vous de déployer votre habileté et vos ressources merveilleuses, et de veiller soigneusement sur votre maître. Au moindre relâchement, n’espérez plus poursuivre la route vers le Ciel occidental. »

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Après l’avoir entendu, le pèlerin congédia rudement l’Officier des mérites, mais garda soigneusement ses paroles à l’esprit. Il abaissa son nuage et revint droit sur la montagne. Il vit le vénérable avancer, entouré de Bajie et du moine Sha, et réfléchit en secret : « Si je rapporte fidèlement au maître les paroles de l’Officier des mérites, il perdra tous ses moyens et se mettra sûrement à pleurer. Mais si je ne lui dis pas la vérité et que je l’emmène tête baissée, comme dit le proverbe : “Qui vient d’entrer dans une roselière n’en connaît pas la profondeur.” Si les démons s’emparaient de lui, le vieux Sun devrait encore se donner bien du mal. Je vais d’abord m’occuper un peu de Bajie et l’envoyer en avant livrer bataille à ces monstres. S’il les vainc, cela lui fera un mérite ; s’il manque de moyens et se fait capturer, le vieux Sun pourra toujours aller le sauver ensuite, et cela mettra en valeur mes propres talents et ma renommée. » Tout en calculant ainsi, il se dit encore : « Seulement, je crains que Bajie ne tire au flanc et refuse d’aller en avant ; de plus, le maître a tendance à prendre sa défense. Il faut que le vieux Sun lui passe un peu la bride. »

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Voyez le Grand Saint : il usa d’un faux-semblant, se frotta les yeux et en fit jaillir quelques larmes. Puis il alla droit au-devant de son maître. En le voyant, Bajie s’écria aussitôt : « Moine Sha, pose la charge et sors les bagages : partageons-les entre nous deux ! » Le moine Sha demanda : « Deuxième frère, pourquoi les partager ? » Bajie répondit : « Partageons-les et finissons-en. Toi, retourne à la rivière des Sables mouvants reprendre ton métier de monstre ; le vieux Zhu ira au village des Gao revoir sa femme. Nous vendrons le cheval blanc pour acheter un cercueil et offrir au maître une belle fin. Puis nous nous séparerons tous. À quoi bon continuer vers le Ciel occidental ? » Le vénérable, qui l’entendait depuis son cheval, dit : « Lourdaud ! Nous sommes en chemin ; pourquoi recommences-tu à débiter des sottises ? » Bajie répliqua : « C’est donc ton fils qui débite des sottises ! Ne vois-tu pas le pèlerin Sun qui arrive en pleurant ? C’est un brave capable de forer le ciel et de pénétrer sous terre, qui ne craint ni la hache, ni le feu, ni même la chaudière d’huile bouillante. Le voilà pourtant coiffé du chapeau du chagrin et les yeux noyés de larmes : c’est forcément que cette montagne est périlleuse et ses monstres féroces. Comment de faibles gens comme nous pourraient-ils passer ? » Le vénérable dit : « Cesse de divaguer. Je vais l’interroger pour savoir ce qu’il en est. » Il demanda : « Wukong, si tu as quelque chose à discuter, parle-nous-en face à face. Pourquoi te tourmentes-tu tout seul ? Pourquoi cette mine éplorée ? Veux-tu m’effrayer ? » Le pèlerin répondit : « Maître, celui qui nous a avertis était l’Officier des mérites de service du jour. Il a dit que les génies étaient féroces et le passage difficile. De fait, la montagne est haute, la route escarpée, et nous ne pouvons avancer. Remettons le voyage à un autre jour. » À ces mots, le vénérable fut saisi de terreur. Il agrippa la jupe en peau de tigre du pèlerin et dit : « Mon disciple, nous avons déjà parcouru la moitié des trois portions de notre route. Pourquoi parler maintenant de renoncer ? » Le pèlerin répondit : « Ce n’est pas que je refuse de faire tout mon possible ; seulement, je crains que les démons soient nombreux, nos forces faibles et notre situation isolée. “Même avec un bloc de fer, combien de clous peut-on forger dans une seule fournaise ?” » Le vénérable dit : « Mon disciple, tu as raison : seul, un homme ne suffit assurément pas. Les traités militaires disent : “Le petit nombre ne peut résister à la multitude.” J’ai encore ici Bajie et le moine Sha, qui sont tous deux tes frères. Tu peux les commander à ta guise, les employer comme auxiliaires ou gardes, et joindre vos forces et vos cœurs pour nettoyer la route et me conduire par-delà cette montagne. N’obtiendrez-vous pas tous ainsi le Fruit véritable ? »

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Toutes les simagrées du pèlerin n’avaient d’autre but que d’amener le vénérable à prononcer ces quelques mots. Il essuya ses larmes et dit : « Maître, si nous voulons franchir cette montagne, Zhu Bajie doit m’obéir en deux choses. Alors nous aurons trois chances sur dix de passer. S’il refuse mes ordres et ne me prête pas main-forte, nous n’aurons pas même une demi-chance. » Bajie dit : « Frère aîné, si nous ne passons pas, séparons-nous. Ne me mêle pas à cela. » Le vénérable dit : « Mon disciple, demande au moins à ton frère aîné ce qu’il veut te faire faire. » L’Idiot demanda donc au pèlerin : « Grand frère, que veux-tu que je fasse ? » Le pèlerin répondit : « La première chose est de veiller sur le maître ; la seconde, d’inspecter la montagne. » Bajie dit : « Veiller sur le maître demande de rester assis, inspecter la montagne demande de marcher. Tu ne vas tout de même pas me faire asseoir un moment, puis marcher un moment, puis marcher encore et me rasseoir ? Comment pourrais-je m’occuper des deux endroits ? » Le pèlerin répondit : « Je ne te demande pas de faire les deux à la fois. Il te suffit d’en choisir une. » Bajie rit : « Ainsi, nous pouvons en discuter. Mais en quoi consiste la garde du maître, et en quoi l’inspection de la montagne ? Explique-moi d’abord, pour que je choisisse la tâche qui me convient le mieux. » Le pèlerin répondit : « Pour garder le maître, tu dois le servir quand il va se soulager, le soutenir quand il veut marcher et mendier son repas végétarien quand il veut manger. S’il a un peu faim, tu seras battu ; si son teint jaunit un peu, tu seras battu ; si son corps maigrit un peu, tu seras battu. » Bajie s’affola : « Voilà qui est difficile, difficile, difficile ! Le servir et le soutenir, ce n’est encore rien ; même le porter sans jamais le quitter serait facile. Mais si tu m’envoies mendier dans les villages, sur cette route de l’Ouest, les gens ne sauront pas que je suis un moine en quête des écritures. Ils me prendront pour un gros porc à moitié engraissé sorti de la montagne, se rassembleront en nombre avec fourches, râteaux et balais, cerneront le vieux Zhu, l’emporteront chez eux, l’abattront et le mettront au saloir pour le Nouvel An. Ne serait-ce pas ma perte ? » Le pèlerin dit : « Alors va inspecter la montagne. » Bajie demanda : « Et comment dois-je faire ? » Le pèlerin répondit : « Entre dans cette montagne et renseigne-toi sur le nombre des monstres, le nom de la montagne et celui de leur grotte, afin que nous sachions comment passer. » Bajie répondit : « Ce n’est qu’une bagatelle. Le vieux Zhu va inspecter la montagne. » L’Idiot releva sa robe, brandit son Râteau à neuf dents et s’enfonça fièrement dans la montagne profonde ; plein d’allant, il se lança sur la grand-route.

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À côté d’eux, le pèlerin ne put retenir un petit rire froid. Le vénérable l’injuria : « Maudit singe ! Tu n’éprouves aucune affection pour tes frères et nourris sans cesse contre eux un cœur jaloux. Tu as usé de cette ruse sournoise, de belles paroles et de mines flatteuses pour le pousser à je ne sais quelle inspection de la montagne, et maintenant tu restes ici à te moquer de lui. » Le pèlerin répondit : « Je ne me moque pas de lui ; mon rire a sa raison. Regardez Zhu Bajie : il n’inspectera sûrement pas la montagne et n’osera pas rencontrer les monstres. Il ira se cacher quelque part un moment, puis inventera un mensonge pour nous tromper. » Le vénérable demanda : « Comment le sais-tu déjà ? » Le pèlerin répondit : « Je devine qu’il agira ainsi. Si vous ne me croyez pas, laissez-moi le suivre, l’observer et l’écouter : d’une part, je pourrai l’aider à soumettre les démons ; d’autre part, je verrai s’il met quelque sincérité à révérer le Bouddha. » Le vénérable dit : « Bien, bien, bien ! Mais surtout, ne va pas le tourmenter. » Le pèlerin promit, rattrapa directement Bajie sur la pente et, secouant son corps, se changea en un minuscule moucheron. Sa métamorphose était vraiment légère et adroite. Voyez-le :

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Ses ailes minces dansaient au vent sans nul effort, sa taille effilée était aussi fine qu’une aiguille. Il traversait joncs et herbes, frôlait l’ombre des fleurs, plus rapide encore qu’une étoile filante. Ses yeux brillaient vivement, son souffle et sa voix étaient imperceptibles. De tous les insectes, il était le plus petit ; gracieux et tranquille, il cachait une profonde malice. Que de fois, aux jours oisifs, il se reposait dans les bois retirés ! Son corps entier échappait aux regards, mille yeux n’auraient su le trouver.

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Dans un bourdonnement, il prit son vol, rattrapa Bajie et se fixa derrière son oreille, sous la racine d’une soie. L’Idiot continuait simplement à marcher, sans se douter que quelqu’un se trouvait sur lui. Après sept ou huit lis, il jeta son râteau, se retourna vers la direction du moine des Tang et, gesticulant, se mit à les injurier : « Vieux moine faible et pusillanime ! Bimawen (« palefrenier céleste ») tracassier ! Moine Sha au caractère mou ! Eux restent là-bas bien à leur aise, et ils ont envoyé le vieux Zhu se rompre les jambes. Nous allons tous quérir les écritures et espérons tous obtenir le Fruit véritable ; pourquoi suis-je le seul qu’on envoie inspecter je ne sais quelle montagne ? Ha, ha, ha ! Puisque nous savons qu’il y a des monstres, il faudrait les éviter et nous en tenir le plus loin possible. Mais ils m’envoient les chercher : quelle déveine ! Je vais trouver un endroit où dormir. Après un bon somme, je retournerai leur répondre vaguement que j’ai inspecté la montagne, et l’affaire sera réglée. » S’estimant fort chanceux, l’Idiot reprit son râteau et poursuivit sa route. Il aperçut dans un creux de la montagne une pente incurvée couverte d’herbes rouges. Il y entra la tête la première, se servit de son râteau pour préparer une couche à même le sol, puis se laissa rouler dessus. Après s’être étiré, il dit : « Quel bonheur ! Même ce Bimawen ne saurait être aussi à l’aise que moi. »

Or le pèlerin, caché derrière son oreille, avait entendu chacune de ses paroles. Incapable de se retenir, il reprit son vol afin de lui jouer encore un tour. Il secoua son corps et se changea en pic. Voyez-le :

Son bec de fer, fin et pointu, luisait de rouge ; ses plumes de jade resplendissaient de couleurs éclatantes. Ses deux griffes d’acier étaient acérées comme des clous. Qu’importait la tranquillité de la forêt quand son ventre était creux ?

Il aimait par-dessus tout les souches sèches et pourries, mais détestait les vieux arbres solitaires. Ses yeux étaient ronds, sa queue fourchue, sa nature vive et alerte. Quel plaisir d’entendre ses coups secs et répétés !

Cet oiseau n’était ni grand ni petit : posé sur une balance, il n’aurait pesé que deux ou trois onces. Il avait un bec de cuivre rouge et des pattes de fer noir. D’un battement d’ailes bruissant, il fondit sur Bajie. Celui-ci dormait profondément, la tête renversée, lorsque l’oiseau lui assena un vigoureux coup de bec en plein sur les lèvres.

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L’Idiot se redressa en toute hâte et se mit à crier à tort et à travers : « Un monstre ! Un monstre ! Il vient de me donner un coup de lance ! Comme mes lèvres me font mal ! » Il les palpa de la main et en fit couler du sang. « Quelle malchance ! Je n’ai rien d’heureux à célébrer ; pourquoi donc mes lèvres se sont-elles parées de rouge ? » Il contempla sa main sanglante et, tout en marmonnant, regarda des deux côtés, sans rien apercevoir. « S’il n’y a pas de monstre, qui m’a donné ce coup de lance ? » Levant soudain la tête, il vit que ce n’était qu’un pic qui voletait dans les airs. L’Idiot grinça des dents et l’injuria : « Maudit animal ! Il ne suffit donc pas que Bimawen me maltraite, il faut encore que tu t’y mettes ! Je comprends : il ne m’a sûrement pas reconnu pour un homme. Il a pris mon groin pour un morceau de bois noir, sec et pourri, infesté de vers ; en cherchant ces vers pour les manger, il m’a donné ce coup de bec. Je vais rentrer mon groin contre ma poitrine avant de dormir. » L’Idiot se laissa de nouveau rouler sur le sol. Le pèlerin revint à tire-d’aile et lui donna encore un coup de bec derrière l’oreille. L’Idiot se redressa en sursaut : « Maudit animal, tu me déranges affreusement ! Son nid doit se trouver ici ; il y a pondu ses œufs et élève ses petits. Il craint que j’occupe la place et me tourmente pour cette raison. Bon, bon, bon ! Je ne dormirai plus chez lui. » Il reprit son râteau, sortit droit de la pente aux herbes rouges et poursuivit sa route. Quelle joie pour le pèlerin Sun ! Le Beau Roi des Singes en riait à se renverser. Il dit : « Ce lourdaud ouvre tout grands ses deux yeux et ne reconnaît même pas l’un des siens ! »

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Le Grand Saint secoua de nouveau son corps, redevint un minuscule moucheron et se fixa derrière l’oreille de Bajie sans plus le quitter. L’Idiot pénétra dans la montagne profonde et parcourut encore quatre ou cinq lis. Dans un creux, il aperçut trois pierres bleues, carrées et larges comme des tables. Il posa son râteau et leur adressa une profonde révérence. Le pèlerin rit intérieurement : « Cet Idiot ! Ces pierres ne sont pas des hommes, elles ne savent ni parler ni rendre son salut. Pourquoi leur fait-il une révérence ? N’est-il pas complètement stupide ? » En réalité, l’Idiot prenait ces pierres pour le moine des Tang, le moine Sha et le pèlerin, et répétait devant elles son récit. Il dit : « Quand je rentrerai et verrai le maître, s’il me demande s’il y a des monstres, je dirai qu’il y en a. S’il demande quelle est cette montagne et que je réponds qu’elle est pétrie de boue, faite de terre, battue d’étain, coulée de bronze, cuite à la vapeur avec de la pâte, collée en papier ou tracée au pinceau, ils me prennent déjà pour un idiot et me jugeront plus idiot encore. Je dirai simplement que c’est la montagne de Pierre. S’il demande le nom de la grotte, je dirai que c’est la grotte de Pierre. S’il demande comment est la porte, je répondrai qu’elle est faite de plaques de fer clouées. S’il demande jusqu’où s’étend l’intérieur, je dirai qu’il y a trois niveaux. Et s’il pousse vraiment ses questions jusqu’à demander combien il y a de clous sur la porte, je répondrai que le vieux Zhu était si pressé qu’il n’a pas pu les compter exactement. Une fois mon histoire bien préparée, j’irai tromper ce Bimawen. » Après avoir forgé son récit, l’Idiot traîna son râteau et reprit le chemin du retour.

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Comment aurait-il pu savoir que le pèlerin, derrière son oreille, avait clairement entendu chaque mot ? En le voyant revenir, celui-ci battit des ailes et le devança. Il reprit sa forme véritable et rejoignit son maître. Celui-ci demanda : « Wukong, te voilà revenu ; pourquoi Wuneng ne rentre-t-il pas ? » Le pèlerin répondit en riant : « Il est là-bas à fabriquer un mensonge et ne va pas tarder. » Le vénérable dit : « Ses deux oreilles lui couvrent les yeux et c’est un homme balourd. Quel mensonge saurait-il inventer ? C’est encore toi qui fabriques quelque histoire diabolique pour l’accuser. » Le pèlerin répondit : « Maître, vous prenez toujours ainsi sa défense. Nous pourrons confronter nos paroles. » Il raconta d’avance comment Bajie était allé dormir dans les herbes, comment un pic l’avait réveillé à coups de bec, comment il avait salué des pierres et inventé une montagne de Pierre, une grotte de Pierre, une porte de plaques de fer et la présence de monstres.

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À peine avait-il fini que l’Idiot arriva. Craignant d’oublier son mensonge, il avançait la tête baissée en répétant son récit à voix basse. Le pèlerin cria soudain : « Idiot ! Que récites-tu ? » Bajie releva les oreilles, regarda autour de lui et demanda : « Je suis déjà arrivé ? » Puis il s’avança et se prosterna. Le vénérable l’aida à se relever : « Mon disciple, tu as peiné. » Bajie répondit : « Assurément ! De tous les hommes, ceux qui marchent et gravissent les montagnes peinent le plus. » Le vénérable demanda : « Y a-t-il des monstres ? » Bajie répondit : « Des monstres, il y en a ! Tout un tas de monstres ! » Le vénérable demanda : « Comment t’ont-ils laissé repartir ? » Bajie répondit : « Ils m’ont appelé Ancêtre Zhu et Grand-Père Zhu, m’ont préparé une soupe de vermicelles et un repas végétarien, puis m’ont dit qu’ils déploieraient bannières et tambours pour nous escorter au-delà de la montagne. » Le pèlerin dit : « Tu as sans doute dormi dans les herbes et tu nous racontes ton rêve. » À ces mots, l’Idiot se ratatina de deux pouces : « Grand-père ! Comment sait-il que j’ai dormi ? » Le pèlerin s’avança et l’empoigna : « Viens ici que je t’interroge. » L’Idiot, effrayé, répondit en tremblant : « Interroge-moi si tu veux, mais pourquoi me tirer ainsi ? » Le pèlerin demanda : « Quelle est cette montagne ? » Bajie répondit : « La montagne de Pierre. » — « Quelle grotte ? » — « La grotte de Pierre. » — « Quelle porte ? » — « Une porte de plaques de fer clouées. » — « Jusqu’où va l’intérieur ? » — « Il y a trois niveaux. » Le pèlerin dit : « Inutile de continuer ; je me souviens exactement de la fin. Comme le maître risque de ne pas te croire, je vais la réciter pour toi. » Bajie répondit : « Belle trogne ! Tu n’y es jamais allé. Qu’en sais-tu, pour vouloir parler à ma place ? » Le pèlerin rit : « “Combien y avait-il de clous sur la porte ? Dites seulement que le vieux Zhu était trop pressé pour s’en souvenir exactement.” C’est bien cela ? » L’Idiot se prosterna aussitôt, tout affolé. Le pèlerin poursuivit : « Tu as salué les pierres en les prenant pour nous trois, puis tu leur as fait répéter questions et réponses. C’est bien cela ? Et tu as dit : “Quand j’aurai bien préparé mon mensonge, j’irai tromper ce Bimawen.” C’est bien cela ? » L’Idiot ne cessait de frapper le sol du front : « Frère aîné, serais-tu venu m’écouter pendant que j’inspectais la montagne ? »

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Le pèlerin l’injuria : « Lourdaud bourré de son ! Dans un endroit si dangereux, je t’envoie inspecter la montagne et tu vas dormir ! Si le pic ne t’avait pas réveillé à coups de bec, tu y dormirais encore. Et sitôt réveillé, tu inventes un mensonge aussi énorme ! N’aurais-tu pas compromis notre grande affaire ? Tends vite tes jarrets : je vais t’assener cinq coups de bâton pour que tu t’en souviennes. » Bajie, affolé, répondit : « Ce bâton de deuil est lourd : qu’il m’effleure et ma peau s’arrache, qu’il me touche et mes tendons se brisent. Cinq coups me tueront. » Le pèlerin demanda : « Si tu crains les coups, pourquoi mens-tu ? » Bajie répondit : « Grand frère, ce n’était que cette fois-ci ; je n’oserai plus jamais. » Le pèlerin dit : « Pour une seule fois, tu recevras trois coups. » Bajie gémit : « Grand-père ! Je ne résisterais même pas à un demi-coup. » Ne sachant plus que faire, l’Idiot agrippa son maître : « Dites un mot pour qu’il m’accorde grâce. » Le vénérable répondit : « Quand Wukong disait que tu fabriquais un mensonge, je ne le croyais pas ; maintenant que cela se révèle vrai, tu mérites assurément d’être battu. Mais nous manquons de bras pour franchir la montagne. Wukong, épargne-le pour l’instant ; tu le battras une fois que nous serons passés. » Le pèlerin répondit : « Les anciens ont dit : “Obéir aux paroles de ses parents, voilà ce qu’on appelle la grande piété filiale.” Puisque mon maître demande que je ne te batte pas, je t’épargne cette fois. Retourne inspecter la montagne. Si tu mens encore et compromets notre affaire, je ne t’épargnerai pas un seul coup. »

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L’Idiot dut se relever et repartir. Voyez-le gagner la grand-route : le soupçon engendre des démons cachés. À chaque pas, il craignait que le pèlerin ne se fût métamorphosé pour le suivre, et tout ce qu’il apercevait lui semblait être le pèlerin. Après sept ou huit lis, un tigre traversa la pente en courant. Loin d’en avoir peur, il leva son râteau et demanda : « Frère aîné, es-tu venu écouter mes mensonges ? Cette fois, je n’en inventerai pas. » Plus loin, le vent souffla violemment dans la montagne. Dans un grand fracas, il abattit un arbre mort, qui roula devant Bajie. Celui-ci trépigna et se frappa la poitrine : « Grand frère, qu’est-ce encore que cela ? Je viens de dire que je n’oserai plus mentir, et voilà que tu te changes en arbre pour me frapper ! » Il poursuivit sa route et vit une vieille corneille au cou blanc qui croassa plusieurs fois juste au-dessus de sa tête. Il dit encore : « Grand frère, quelle honte, quelle honte ! Puisque j’ai dit que je ne mentirais plus, je ne mentirai plus. Pourquoi te changer sans cesse en corneille ? Es-tu venu m’écouter ? » Or, cette fois, le pèlerin ne l’avait nullement suivi. Bajie s’effrayait et s’étonnait tout seul, soupçonnant tout à tort et à travers ; partout il croyait le pèlerin attaché à ses pas. Laissons pour l’heure l’Idiot à ses frayeurs et à ses soupçons.

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Or cette montagne se nommait la Montagne au Sommet Plat, et cette grotte la Grotte du Lotus. Deux démons y demeuraient : l’un s’appelait le Grand Roi à la Corne d’Or, l’autre le Grand Roi à la Corne d’Argent. La Corne d’Or était assise et demanda à la Corne d’Argent : « Frère, depuis combien de temps n’avons-nous pas inspecté la montagne ? » La Corne d’Argent répondit : « Depuis un demi-mois. » La Corne d’Or dit : « Frère, va donc l’inspecter aujourd’hui. » La Corne d’Argent demanda : « Pourquoi aujourd’hui ? » La Corne d’Or répondit : « Tu l’ignores. J’ai récemment appris que la dynastie des Tang, sur les Terres de l’Est, avait envoyé le frère cadet de l’empereur, le moine des Tang, vers l’Ouest pour révérer le Bouddha. Son groupe compte quatre religieux, appelés le pèlerin Sun, Zhu Bajie et le moine Sha, soit cinq avec le cheval. Cherche où ils se trouvent et capture-les pour moi. » La Corne d’Argent répondit : « Si nous voulons manger des hommes, nous pouvons en attraper n’importe où. Laissons ce moine passer quand il arrivera. » La Corne d’Or dit : « Tu ne comprends pas. Lorsque je quittai jadis le monde céleste, j’entendis dire que le moine des Tang était le vénérable Jinchan descendu parmi les mortels, un homme de bien qui avait cultivé la Voie durant dix existences et n’avait pas laissé s’échapper une seule parcelle de son essence yang originelle. Quiconque mangerait de sa chair prolongerait sa vie et obtiendrait la longévité. » La Corne d’Argent répondit : « Si manger sa chair suffit pour prolonger notre vie et obtenir la longévité, pourquoi méditer, acquérir des mérites, raffiner le dragon et le tigre ou unir la femelle et le mâle ? Nous n’avons qu’à le manger. Attends que j’aille le capturer. » La Corne d’Or dit : « Frère, tu es trop impatient. Ne te hâte pas. Si tu sors et captures sans discernement tout moine que tu rencontres, et qu’il ne s’agisse pas du moine des Tang, ce serait indigne d’un homme. Je me souviens de son apparence et j’ai jadis fait tirer les portraits de son maître et de ses disciples. Emporte-les : chaque fois que tu rencontreras un moine, compare-le avec eux. » Il lui indiqua encore un à un les noms de chacun. La Corne d’Argent prit les portraits, apprit leurs noms, sortit de la grotte, rassembla trente petits monstres et vint patrouiller sur la montagne.

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Or Bajie, poursuivi par la malchance, avançait justement lorsqu’il tomba en plein sur la troupe des démons. Ils lui barrèrent le passage : « Qui va là ? » L’Idiot releva enfin la tête et les oreilles. En voyant ces démons, il s’affola et pensa : « Si je dis que je suis un moine en quête des écritures, ils vont m’emporter. » Il répondit donc seulement qu’il était un voyageur. Un petit monstre rapporta : « Grand Roi, c’est un voyageur. » Parmi les trente petits monstres, certains le reconnaissaient, d’autres non. L’un de ceux qui avaient entendu les indications dit : « Grand Roi, ce moine ressemble à Zhu Bajie tel qu’il figure sur ce portrait. » Ils déployèrent le rouleau des effigies. En le voyant, Bajie fut saisi d’effroi : « Pas étonnant que je manque d’entrain depuis quelque temps : ils ont donc fait circuler mon effigie jusqu’ici ! » Un petit monstre leva le portrait au bout de sa lance et la Corne d’Argent désigna les personnages du doigt : « Celui qui monte le cheval blanc est le moine des Tang ; celui au visage velu est le pèlerin Sun… » En l’entendant, Bajie marmonna : « Dieu des Murailles et des Fossés, pourvu que je n’y sois pas ! Je t’offrirai une tête de porc avec les Trois Victimes, et vingt-quatre portions pour une offrande pure. » Il ne cessait de marmonner ces vœux. Le monstre poursuivit : « Le grand Noir est le moine Sha ; celui qui a un long groin et de grandes oreilles est Zhu Bajie. » En entendant prononcer son nom, l’Idiot s’empressa de cacher son groin contre sa poitrine. Le monstre cria : « Moine, sors ton groin ! » Bajie répondit : « C’est une infirmité congénitale : je ne peux pas le sortir. » Le monstre ordonna aux petits démons de le tirer avec un crochet. Bajie, affolé, tendit son groin : « Ce n’est qu’un petit défaut de naissance, le voici ! Si tu veux le voir, regarde-le. À quoi bon employer un crochet ? »

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Le monstre reconnut Bajie, tira son sabre précieux et s’avança pour le frapper. L’Idiot leva son râteau pour parer le coup : « Mon enfant, ne sois pas insolent. Goûte à mon râteau ! » Le monstre rit : « Ce moine a dû prendre les ordres à mi-chemin. » Bajie répondit : « Bon garçon, tu as quelque perspicacité. Comment sais-tu que ton seigneur est devenu moine à mi-chemin ? » Le monstre répondit : « Puisque tu sais manier ce râteau, tu devais jadis retourner la terre dans le jardin de quelque famille, et tu le leur as sûrement volé. » Bajie dit : « Mon enfant, tu ne reconnais pas le râteau de ton seigneur. Il ne ressemble pas aux râteaux qui retournent la terre. Le voici :

西使窿。」

Ses dents géantes furent fondues comme des griffes de dragon ; orné d’or infiltré, il a la forme d’un tigre.

Quand il rencontre l’ennemi, un vent glacial se déverse ; dès que le combat s’engage, des flammes jaillissent.

Il sait écarter les obstacles du moine des Tang et capturer les démons sur la route du Ciel occidental.

Quand je le fais tournoyer, brumes et nuées cachent le soleil et la lune ; quand je le manie, de sombres nuages obscurcissent la Grande Ourse et les étoiles.

S’il renverse le mont Tai, les vieux tigres prennent peur ; s’il retourne la mer, les vieux dragons tremblent.

Quels que soient tes pouvoirs, démon, un seul coup de râteau t’ouvrira neuf trous sanglants ! »

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À ces mots, le monstre ne voulut nullement céder. Il mania l’Épée des Sept Étoiles, déploya ses passes et échangea avec Bajie attaques et ripostes. Ils combattirent vingt reprises dans la montagne sans que la victoire se décidât. Bajie, rendu furieux, l’affronta au mépris de sa vie. En le voyant agiter les oreilles, cracher une salive gluante, brandir son râteau et pousser de grands cris, le monstre éprouva lui-même quelque effroi. Il se retourna donc pour appeler les petits monstres, qui attaquèrent tous ensemble. À un contre un, Bajie aurait encore tenu bon ; mais quand il les vit fondre sur lui en masse, il perdit ses moyens. Incapable de parer leurs coups, il rompit le combat et s’enfuit. Le chemin était inégal et il n’avait pas regardé attentivement devant lui : une liane rampante le fit soudain trébucher. Il se releva à grand-peine et repartit, mais un petit monstre se jeta par terre, lui saisit le talon et le fit de nouveau tomber face contre terre. Toute la troupe le rattrapa et le maîtrisa. Les uns empoignèrent ses soies, d’autres lui tirèrent les oreilles, les pattes ou la queue ; ils le soulevèrent et l’emportèrent jusqu’à la grotte, où ils le firent prisonnier. Ah ! C’était bien là :

Quand les démons se déchaînent autour d’un seul corps, ils sont difficiles à anéantir ; quand dix mille malheurs surgissent, ils ne sont pas aisés à écarter.

On ignore en définitive ce qu’il advint de la vie de Zhu Bajie ; écoutez les explications du prochain chapitre.

Texte chinois de Wou Tcheng-en (1592), dans le domaine public. Source : https://zh.wikisource.org/wiki/西遊記.

Traduction française assistée par intelligence artificielle et relue par la rédaction. © Chine Informations (chine.in), tous droits réservés — sa reproduction, même partielle, est soumise à autorisation.

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