La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 32 Sur la Montagne au Sommet Plat, l’Officier des mérites du jour transmet son avertissement ; — Dans la Grotte du Lotus, la Mère du Bois rencontre le malheur.
平頂山功曹傳信蓮花洞木母逢災
Sur la Montagne au Sommet Plat, l’Officier des mérites du jour transmet son avertissement ;
Dans la Grotte du Lotus, la Mère du Bois rencontre le malheur.
話說唐僧復得了孫行者,師徒們一心同體,共詣西方。自寶象國救了公主,承君臣送出城西。說不盡沿路饑餐渴飲,夜住曉行。卻又值三春景候,那時節:
Or donc, le moine des Tang avait retrouvé le pèlerin Sun, et maître et disciples, unis de cœur et de corps, se rendaient ensemble vers l’Ouest. Après avoir délivré la princesse du royaume de l’Éléphant-Précieux, ils avaient été escortés par le souverain et ses sujets jusqu’à la porte occidentale de la ville. Inutile de raconter en détail comment, chemin faisant, ils mangeaient quand ils avaient faim, buvaient quand ils avaient soif, logeaient le soir et repartaient à l’aube. Ils se retrouvèrent dans le paysage du troisième mois du printemps. En cette saison :
輕風吹柳綠如絲,佳景最堪題。時催鳥語,暖烘花發,遍地芳菲。海棠庭院來雙燕,正是賞春時。紅塵紫陌,綺羅絃管,鬥草傳卮。
La brise légère effilait en soie verte les saules ; quel beau paysage à chanter ! Le temps pressait le chant des oiseaux, la tiédeur faisait éclore les fleurs, partout s’étendaient les parfums. Dans la cour aux pommetiers revenait un couple d’hirondelles : c’était l’heure de goûter le printemps. Sur les routes empourprées de poussière, parmi soieries, cordes et flûtes, on jouait aux herbes en se passant les coupes.
師徒們正行賞間,又見一山擋路。唐僧道:「徒弟們仔細,前遇山高,恐有虎狼阻擋。」行者道:「師父,出家人莫說在家話。你記得那烏巢和尚的《心經》云『心無罣礙:無罣礙,方無恐怖,遠離顛倒夢想』之言?但只是:『掃除心上垢,洗淨耳邊塵。不受苦中苦,難為人上人。』你莫生憂慮,但有老孫,就是塌下天來,可保無事,怕甚麼虎狼?」長老勒回馬道:「我
Tandis que maître et disciples cheminaient en admirant le paysage, ils virent encore une montagne leur barrer la route. Le moine des Tang dit : « Mes disciples, prenez garde. Une haute montagne se dresse devant nous ; je crains que tigres et loups ne nous arrêtent. » Le pèlerin répondit : « Maître, un religieux ne doit pas tenir les propos des gens du monde. Vous souvenez-vous de ces mots du Sūtra du Cœur récité par le moine Wuchao : “Le cœur étant sans entrave, sans entrave il est sans crainte et se tient loin des rêves et pensées renversés” ? Il suffit de ceci : “Balaye la souillure de ton cœur, lave la poussière au bord de tes oreilles. Qui n’endure pas l’amertume au sein de l’amertume pourra difficilement s’élever au-dessus des hommes.” Ne vous tourmentez pas. Tant que le vieux Sun est là, le ciel pourrait s’effondrer que je vous garderais sain et sauf. Pourquoi craindre tigres et loups ? » Le vénérable retint son cheval et dit : « Moi :
當年奉旨出長安,只憶西來拜佛顏。舍利國中金像彩,浮屠塔裡玉毫斑。尋窮天下無名水,歷遍人間不到山。逐逐煙波重疊疊,幾時能夠此身閑?」
Jadis, sur ordre impérial, je quittai Chang’an ; je ne songeais qu’à gagner l’Ouest pour contempler le visage du Bouddha.
Au royaume de Sheli, les statues d’or resplendissent ; dans les pagodes, la blanche lumière de l’ūrṇā scintille comme le jade.
J’ai cherché jusqu’au bout du monde des eaux sans nom ; j’ai parcouru tout l’univers des hommes, sans rencontrer de montagne infranchissable.
Je vais sans cesse parmi les brumes et les vagues, parmi les hauteurs amoncelées : quand donc ce corps pourra-t-il connaître le repos ? »
行者聞說,笑呵呵道:「師要身閑,有何難事?若功成之後,萬緣都罷,諸法皆空。那時節,自然而然,卻不是身閑也?」長老聞言,只得樂以忘憂。放轡催銀濁,兜韁趲玉龍。
À ces mots, le pèlerin répondit en riant : « Si vous voulez que votre corps connaisse le repos, quoi de plus facile ? Une fois l’œuvre accomplie, les dix mille liens prendront fin et tous les phénomènes se révéleront vides. Alors, tout naturellement, votre corps ne sera-t-il pas en repos ? » En l’entendant, le vénérable dut se réjouir et oublier ses soucis. Ils lâchèrent les rênes pour presser le coursier d’argent, puis les reprirent afin de hâter le Dragon de Jade.
師徒們上得山來,十分險峻,真個嵯峨。好山:
Lorsque maître et disciples eurent gravi la montagne, ils la trouvèrent terriblement escarpée, hérissée de cimes vertigineuses. Quelle montagne admirable :
巍巍峻嶺,削削尖峰。灣環深澗下,孤峻陡崖邊。灣環深澗下,只聽得唿喇喇戲水蟒翻身;孤峻陡崖邊,但見那崒嵂嵂出林虎剪尾。往上看,巒頭突兀透青霄;回眼觀,壑下深沉鄰碧落。上高來,似梯似凳;下低行,如塹如坑。真個是古怪巔峰嶺,果然是連尖削壁崖。巔峰嶺上,採藥人尋思怕走;削壁崖前,打柴夫寸步難行。胡羊野馬亂攛梭,狡兔山牛如佈陣。山高蔽日遮星斗,時逢妖獸與蒼狼。草徑迷漫難進馬,怎得雷音見佛王?
Hautes et majestueuses étaient les crêtes, effilés et tranchants les pics. Les ravins profonds serpentaient en contrebas, les falaises solitaires se dressaient à pic. Au fond des ravins sinueux, on n’entendait que le fracas des boas jouant dans l’eau et retournant leur corps ; au bord des falaises abruptes, on ne voyait que les tigres jaillis de la forêt fouetter l’air de leur queue. En levant les yeux, on voyait les sommets saillants percer l’azur ; en regardant en arrière, les gouffres profonds semblaient toucher le firmament bleu. Pour monter, c’étaient échelles et escabeaux ; pour descendre, fossés et fondrières. C’étaient vraiment des crêtes aux cimes étranges, assurément une suite de pointes et de falaises tranchées. Sur les crêtes, les cueilleurs de simples hésitaient à s’aventurer ; devant les parois à pic, les bûcherons ne pouvaient avancer d’un pouce. Mouflons et chevaux sauvages se croisaient comme des navettes ; lièvres rusés et bœufs des montagnes semblaient rangés en bataille. La montagne, si haute qu’elle cachait le soleil et les étoiles, abondait en bêtes monstrueuses et en loups gris. Les sentiers noyés d’herbes ne laissaient pas passer les chevaux : comment atteindre le monastère du Tonnerre et voir le Roi des Bouddhas ?
長老勒馬觀山,正在難行之處,只見那綠莎坡上,佇立著一個樵夫。你道他怎生打扮:
Le vénérable retint son cheval pour contempler la montagne. À l’endroit même où le passage devenait difficile, il aperçut un bûcheron debout sur une pente couverte de laîches vertes. Voici comment il était vêtu :
頭戴一頂老藍氈笠,身穿一領毛皂衲衣。老藍氈笠,遮煙蓋日果稀奇;毛皂衲衣,樂以忘憂真罕見。手持鋼斧快磨明,刀伐乾柴收束緊。檐頭春色,幽然四序融融;身外閑情,常是三星澹澹。到老只於隨分過,有何榮辱暫關山?
Il portait sur la tête un vieux chapeau de feutre bleu et sur le corps une robe monastique de laine noire. Ce vieux chapeau de feutre bleu, qui l’abritait des brumes et du soleil, était vraiment singulier ; cette robe de laine noire, qui lui permettait de se réjouir et d’oublier ses peines, était chose rare. Il tenait une hache d’acier au tranchant fraîchement affûté et liait étroitement les bûches sèches qu’il avait coupées. Aux deux bouts de sa palanche, le printemps régnait sereinement, tandis que les quatre saisons se fondaient dans la douceur ; détaché de tout souci extérieur, il voyait toujours les Trois Étoiles luire paisiblement. Jusqu’à la vieillesse, il se contenterait du lot qui lui était échu : en quoi honneur ou humiliation pourraient-ils franchir un instant ces montagnes ?
那樵子:
Ce bûcheron :
正在坡前伐朽柴,忽逢長老自東來。停柯住斧出林外,趨步將身上石崖。
Devant la pente, il abattait du bois pourri, quand soudain il vit le vénérable venir de l’est.
Il suspendit son geste, arrêta sa hache, sortit du bois et, pressant le pas, monta sur la falaise rocheuse.
對長老厲聲高叫道:「那西進的長老,暫停片時,我有一言奉告:此山有一夥毒魔狠怪,專吃你東來西去的人哩。」長老聞言,魂飛魄散,戰兢兢坐不穩雕鞍,急回頭,忙呼徒弟道:「你聽那樵夫報道:『此山有毒魔狠怪。』誰敢去細問他一問?」行者道:「師父放心,等老孫去問他一個端的。」
Il cria rudement au vénérable : « Vénérable qui cheminez vers l’Ouest, arrêtez-vous un instant ! J’ai un mot à vous dire : cette montagne abrite une bande de démons venimeux et de monstres cruels, qui se font une spécialité de dévorer les voyageurs allant de l’est vers l’ouest. » À ces mots, l’âme du vénérable se dispersa d’effroi. Tremblant de tous ses membres, il ne tenait plus sur sa selle ouvragée. Il se retourna en hâte et appela ses disciples : « Vous avez entendu l’avertissement du bûcheron : “Cette montagne abrite des démons venimeux et des monstres cruels.” Qui de vous osera aller lui demander des précisions ? » Le pèlerin répondit : « Maître, soyez tranquille. Le vieux Sun va lui demander ce qu’il en est exactement. »
好行者,拽開步,徑上山來,對樵子叫聲「大哥」,道個問訊。樵夫答禮道:「長老啊,你們有甚緣故來此?」行者道:「不瞞大哥說,我們是東土差來西天取經的。那馬上是我的師父,他有些膽小。適蒙見教,說有甚麼毒魔狠怪,故此我來奉問一聲:那魔是幾年之魔,怪是幾年之怪?還是個把勢,還是個雛兒?煩大哥老實說說,我好著山神、土地遞解他起身。」樵子聞言,仰天大笑道:「你原來是個風和尚。」行者道:「我不風啊,這是老實話。」樵子道:「你說是老實,便怎敢說把他遞解起身?」行者道:「你這等長他那威風,胡言亂語的攔路報信,莫不是與他有親?不親必鄰,不鄰必友。」樵子笑道:「你這個風潑和尚,忒沒道理。我倒是好意,特來報與你們,教你們走路時,早晚間防備,你倒轉賴在我身上。且莫說我不曉得妖魔出處,就曉得啊,你敢把他怎麼的遞解?解往何處?」行者道:「若是天魔,解與玉帝;若是土魔,解與土府。西方的歸佛,東方的歸聖;北方的解與真武,南方的解與火德。是蛟精解與海主,是鬼祟解與閻王。各有地頭方向。我老孫到處里人熟,發一張批文,把他連夜解著飛跑。」
Notre pèlerin allongea le pas, gravit droit la montagne et, appelant le bûcheron « grand frère », le salua. Celui-ci lui rendit son salut et demanda : « Vénérable, pour quelle raison êtes-vous venus ici ? » Le pèlerin répondit : « Sans rien vous cacher, grand frère, nous avons été envoyés depuis les Terres de l’Est pour quérir les écritures dans le Ciel occidental. Celui qui est à cheval est mon maître ; il est quelque peu craintif. Comme vous avez eu la bonté de nous avertir qu’il y avait ici des démons venimeux et des monstres cruels, je suis venu vous demander depuis combien d’années ce démon est démon et ce monstre, monstre. Est-ce un vieux maître en son art, ou encore un novice ? Dites-moi franchement ce qu’il en est, grand frère, afin que je charge les dieux des montagnes et des terres de l’arrêter et de l’escorter ailleurs. » À ces mots, le bûcheron éclata de rire, la tête levée vers le ciel : « Tu es donc un moine fou ! » Le pèlerin répondit : « Je ne suis pas fou ; je parle sérieusement. » Le bûcheron reprit : « Si tu parles sérieusement, comment oses-tu prétendre le faire arrêter et emmener ? » Le pèlerin dit : « Tu ne fais ainsi qu’accroître son prestige. Si tu nous barres la route avec des paroles insensées pour nous avertir de sa présence, ne serais-tu pas de ses parents ? Sinon son parent, du moins son voisin ; sinon son voisin, son ami. » Le bûcheron rit : « Méchant moine enragé, tu manques par trop de raison ! Je suis venu exprès, avec de bonnes intentions, vous avertir de rester sur vos gardes jour et nuit pendant votre voyage, et voilà que tu retournes l’accusation contre moi. Sans même parler du fait que j’ignore d’où vient ce démon, quand bien même je le saurais, comment oserais-tu le faire emmener ? Et où l’enverrais-tu ? » Le pèlerin répondit : « Si c’est un démon céleste, je l’enverrai à l’Empereur de Jade ; si c’est un démon terrestre, à l’administration des Enfers. Ceux de l’Ouest relèvent du Bouddha, ceux de l’Est des saints ; ceux du Nord seront livrés à Zhenwu, ceux du Sud au dieu du Feu. Si c’est un génie-dragon, il sera remis au Maître des mers ; si c’est un spectre malfaisant, au roi Yama. Chacun a sa juridiction et sa destination. Le vieux Sun a partout ses connaissances : je délivrerai un mandat et le ferai escorter à tire-d’aile durant la nuit. »
那樵子止不住呵呵冷笑道:「你這個風潑和尚,想是在方上雲遊,學了些書符咒水的法術,只可驅邪縛鬼,還不曾撞見這等狠毒的怪哩。」行者道:「怎見他狠毒?」樵子道:「此山徑過有六百里遠近,名喚平頂山。山中有一洞,名喚蓮花洞。洞裡有兩個魔頭,他畫影圖形,要捉和尚;抄名訪姓,要吃唐僧。你若別處來的還好,但犯了一個『唐』字兒,莫想去得,去得。」行者道:「我們正是唐朝來的。」樵子道:「他正要吃你們哩。」行者道:「造化,造化。但不知他怎的樣吃哩?」樵子道:「你要他怎的吃?」行者道:「若是先吃頭,還好耍子;若是先吃腳,就難為了。」樵子道:「先吃頭怎麼說?先吃腳怎麼說?」行者道:「你還不曾經著哩。若是先吃頭,一口將他咬下,我已死了,憑他怎麼煎炒熬煮,我也不知疼痛。若是先吃腳,他啃了孤拐,嚼了腿亭,吃到腰截骨,我還急忙不死,卻不是零零碎碎受苦?此所以難為也。」樵子道:「和尚,他那裡有這許多工夫,只是把你拿住,綑在籠裡,囫圇蒸吃了。」行者笑道:「這個更好,更好。疼倒不忍疼,只是受些悶氣罷了。」樵子道:「和尚不要調嘴。那妖怪隨身有五件寶貝,神通極大極廣。就是擎天的玉柱,架海的金梁,若保得唐朝和尚去,也須要發發昏是。」行者道:「發幾個昏麼?」樵子道:「要發三四個昏是。」行者道:「不打緊,不打緊。我們一年,常發七八百個昏兒,這三四個昏兒易得發,發發兒就過去了。」
Le bûcheron ne put retenir un rire froid : « Méchant moine enragé, tu as sans doute vagabondé dans les différentes contrées et appris quelques procédés pour tracer des talismans et ensorceler l’eau. Cela te permet seulement de chasser les influences mauvaises et de ligoter les revenants ; tu n’as encore jamais rencontré de monstres aussi cruels. » Le pèlerin demanda : « En quoi sont-ils si cruels ? » Le bûcheron répondit : « Cette montagne s’étend sur près de six cents lis et se nomme la Montagne au Sommet Plat. Elle renferme une grotte appelée la Grotte du Lotus. Deux chefs démoniaques y habitent. Ils font tirer des portraits pour capturer les moines et dresser des listes de noms pour rechercher le moine des Tang et le manger. Si vous veniez d’ailleurs, vous pourriez encore vous en tirer ; mais dès lors que vous portez le nom des Tang, n’espérez pas pouvoir passer. » Le pèlerin dit : « Nous venons justement de la dynastie des Tang. » Le bûcheron répondit : « C’est précisément vous qu’ils veulent manger. » Le pèlerin s’écria : « Quelle chance, quelle chance ! Mais j’ignore comment ils s’y prendront pour nous manger. » Le bûcheron demanda : « Comment voudrais-tu qu’ils te mangent ? » Le pèlerin répondit : « S’ils commencent par la tête, ce sera encore plaisant ; s’ils commencent par les pieds, ce sera pénible. » Le bûcheron demanda : « Pourquoi serait-il plaisant qu’ils commencent par la tête, et pénible qu’ils commencent par les pieds ? » Le pèlerin répondit : « Tu n’as encore jamais connu cela. S’ils commencent par la tête et l’arrachent d’un coup de dents, je serai déjà mort ; ils pourront ensuite me frire, me sauter, me mijoter ou me bouillir, je ne sentirai plus rien. Mais s’ils commencent par les pieds, ils rongeront mes chevilles, mâcheront mes mollets et atteindront les os de ma taille sans que je meure aussitôt : ne souffrirai-je pas morceau par morceau ? Voilà pourquoi ce serait pénible. » Le bûcheron répondit : « Moine, ils n’ont pas tant de temps à perdre. Ils te saisiront, te ficelleront dans une cage et te feront cuire à la vapeur tout entier avant de te manger. » Le pèlerin rit : « C’est encore mieux ! Cela ne fera pas vraiment mal ; j’aurai seulement un peu de mal à respirer. » Le bûcheron dit : « Moine, cesse de faire le beau parleur. Ces monstres portent sur eux cinq trésors et possèdent des pouvoirs prodigieusement vastes. Même si tu étais la colonne de jade qui soutient le ciel ou la poutre d’or qui maintient les mers, vouloir protéger le moine venu des Tang te vaudrait encore plusieurs étourdissements. » Le pèlerin demanda : « Combien d’étourdissements ? » Le bûcheron répondit : « Trois ou quatre. » Le pèlerin dit : « Ce n’est rien, ce n’est rien ! En une année, nous en avons d’ordinaire sept ou huit cents. Trois ou quatre seront faciles à subir : ils passeront aussitôt venus. »
好大聖,全然無懼,一心只是要保唐僧。捽脫樵夫,拽步而轉,徑至山坡馬頭前道:「師父,沒甚大事。有便有個把妖精兒,只是這裡人膽小,放他在心上。有我哩,怕他怎的?走路,走路。」長老見說,只得放懷隨行。正行處,早不見了那樵夫。長老道:「那報信的樵子如何就不見了?」八戒道:「我們造化低,撞見日裡鬼了。」行者道:「想是他鑽進林子裡尋柴去了。等我看看來。」
Le Grand Saint, parfaitement intrépide, n’avait d’autre pensée que de protéger le moine des Tang. Il se dégagea du bûcheron et redescendit à grands pas jusqu’au cheval, devant la pente : « Maître, il n’y a rien de grave. Il y a bien quelques génies malfaisants, mais les gens d’ici sont peureux et s’en font toute une affaire. Puisque je suis là, pourquoi les craindre ? En route, en route ! » À ces mots, le vénérable dut reprendre courage et poursuivre son chemin. Or le bûcheron avait déjà disparu. Le vénérable demanda : « Comment ce bûcheron qui nous a avertis a-t-il pu disparaître si vite ? » Bajie répondit : « Notre chance est bien mauvaise : nous avons rencontré un fantôme en plein jour. » Le pèlerin dit : « Il est sans doute entré dans la forêt chercher du bois. Attendez que j’aille voir. »
好大聖,睜開火眼金睛,漫山越嶺的望處,卻無蹤跡。忽擡頭往雲端裡一看,看見是日值功曹,他就縱雲趕上,罵了幾聲「毛鬼」,道:「你怎麼有話不來直說,卻那般變化了,演樣老孫?」慌得那功曹施禮道:「大聖,報信來遲,勿罪,勿罪。那怪果然神通廣大,變化多端。只看你騰那乖巧,運動神機,仔細保你師父;假若怠慢了些兒,西天路莫想去得。」
Le Grand Saint ouvrit ses Pupilles de Feu aux Prunelles d’Or et promena son regard par-delà montagnes et crêtes, mais ne découvrit aucune trace. Soudain, il leva les yeux vers les nuages et reconnut l’Officier des mérites de service du jour. Il bondit sur une nuée pour le rattraper et l’injuria plusieurs fois en le traitant de « démon velu » : « Pourquoi n’es-tu pas venu me parler directement ? Pourquoi as-tu pris cette apparence pour te jouer du vieux Sun ? » Effrayé, l’Officier des mérites le salua : « Grand Saint, pardonnez-moi d’être venu tard vous avertir. Ces monstres possèdent réellement de vastes pouvoirs et d’innombrables métamorphoses. À vous de déployer votre habileté et vos ressources merveilleuses, et de veiller soigneusement sur votre maître. Au moindre relâchement, n’espérez plus poursuivre la route vers le Ciel occidental. »
行者聞言,把功曹叱退,切切在心,按雲頭,徑來山上。只見長老與八戒、沙僧簇擁前進。他卻暗想:「我若把功曹的言語實實告訴師父,師父他不濟事,必就哭了;假若不與他實說,夢著頭,帶著他走,常言道:『乍入蘆圩,不知深淺。』倘或被妖魔撈去,卻不又要老孫費心?且等我照顧八戒一照顧,先著他出頭與那怪打一仗看。若是打得過他,就算他一功;若是沒手段,被怪拿去,等老孫再去救他不遲,卻好顯我本事出名。」正自家計較,以心問心道:「只恐八戒躲懶,便不肯出頭,師父又有些護短。等老孫羈勒他羈勒。」
Après l’avoir entendu, le pèlerin congédia rudement l’Officier des mérites, mais garda soigneusement ses paroles à l’esprit. Il abaissa son nuage et revint droit sur la montagne. Il vit le vénérable avancer, entouré de Bajie et du moine Sha, et réfléchit en secret : « Si je rapporte fidèlement au maître les paroles de l’Officier des mérites, il perdra tous ses moyens et se mettra sûrement à pleurer. Mais si je ne lui dis pas la vérité et que je l’emmène tête baissée, comme dit le proverbe : “Qui vient d’entrer dans une roselière n’en connaît pas la profondeur.” Si les démons s’emparaient de lui, le vieux Sun devrait encore se donner bien du mal. Je vais d’abord m’occuper un peu de Bajie et l’envoyer en avant livrer bataille à ces monstres. S’il les vainc, cela lui fera un mérite ; s’il manque de moyens et se fait capturer, le vieux Sun pourra toujours aller le sauver ensuite, et cela mettra en valeur mes propres talents et ma renommée. » Tout en calculant ainsi, il se dit encore : « Seulement, je crains que Bajie ne tire au flanc et refuse d’aller en avant ; de plus, le maître a tendance à prendre sa défense. Il faut que le vieux Sun lui passe un peu la bride. »
好大聖,你看他弄個虛頭,把眼揉了一揉,揉出些淚來。迎著師父,往前徑走。八戒看見,連忙叫:「沙和尚,歇下擔子,拿出行李來,我兩個分了罷。」沙僧道:「二哥,分怎的?」八戒道:「分了罷,你往流沙河還做妖怪,老豬往高老莊上盼盼渾家。把白馬賣了,買口棺木,與師父送老。大家散火,還往西天去哩?」長老在馬上聽見,道:「這個夯貨,正走路,怎麼又胡說了?」八戒道:「你兒子便胡說。你不看見孫行者那裡哭將來了?他是個鑽天入地,斧砍火燒,下油鍋都不怕的好漢;如今戴了個愁帽,淚汪汪的哭來,必是那山險峻,妖怪兇狠。似我們這樣軟弱的人兒,怎麼去得?」長老道:「你且休胡談,待我問他一聲,看是怎麼說話。」問道:「悟空,有甚話當面計較,你怎麼自家煩惱?這般樣個哭包臉,是虎諕我也?」行者道:「師父啊,剛才那個報信的是日值功曹,他說妖精兇狠,此處難行,果然的山高路峻,不能前進,改日再去罷。」長老聞言,恐惶悚懼,扯住他虎皮裙子道:「徒弟呀,我們三停路已走了停半,因何說退悔之言?」行者道:「我沒個不盡心的,但只恐魔多力弱,行勢孤單。『縱然是塊鐵,下爐能打得幾根釘?』」長老道:「徒弟啊,你也說得是,果然一個人也難。兵書云:『寡不可敵眾。』我這裡還有八戒、沙僧,都是徒弟,憑你調度使用,或為護將幫手,協力同心,掃清山徑,領我過山,卻不都還了正果?」
Voyez le Grand Saint : il usa d’un faux-semblant, se frotta les yeux et en fit jaillir quelques larmes. Puis il alla droit au-devant de son maître. En le voyant, Bajie s’écria aussitôt : « Moine Sha, pose la charge et sors les bagages : partageons-les entre nous deux ! » Le moine Sha demanda : « Deuxième frère, pourquoi les partager ? » Bajie répondit : « Partageons-les et finissons-en. Toi, retourne à la rivière des Sables mouvants reprendre ton métier de monstre ; le vieux Zhu ira au village des Gao revoir sa femme. Nous vendrons le cheval blanc pour acheter un cercueil et offrir au maître une belle fin. Puis nous nous séparerons tous. À quoi bon continuer vers le Ciel occidental ? » Le vénérable, qui l’entendait depuis son cheval, dit : « Lourdaud ! Nous sommes en chemin ; pourquoi recommences-tu à débiter des sottises ? » Bajie répliqua : « C’est donc ton fils qui débite des sottises ! Ne vois-tu pas le pèlerin Sun qui arrive en pleurant ? C’est un brave capable de forer le ciel et de pénétrer sous terre, qui ne craint ni la hache, ni le feu, ni même la chaudière d’huile bouillante. Le voilà pourtant coiffé du chapeau du chagrin et les yeux noyés de larmes : c’est forcément que cette montagne est périlleuse et ses monstres féroces. Comment de faibles gens comme nous pourraient-ils passer ? » Le vénérable dit : « Cesse de divaguer. Je vais l’interroger pour savoir ce qu’il en est. » Il demanda : « Wukong, si tu as quelque chose à discuter, parle-nous-en face à face. Pourquoi te tourmentes-tu tout seul ? Pourquoi cette mine éplorée ? Veux-tu m’effrayer ? » Le pèlerin répondit : « Maître, celui qui nous a avertis était l’Officier des mérites de service du jour. Il a dit que les génies étaient féroces et le passage difficile. De fait, la montagne est haute, la route escarpée, et nous ne pouvons avancer. Remettons le voyage à un autre jour. » À ces mots, le vénérable fut saisi de terreur. Il agrippa la jupe en peau de tigre du pèlerin et dit : « Mon disciple, nous avons déjà parcouru la moitié des trois portions de notre route. Pourquoi parler maintenant de renoncer ? » Le pèlerin répondit : « Ce n’est pas que je refuse de faire tout mon possible ; seulement, je crains que les démons soient nombreux, nos forces faibles et notre situation isolée. “Même avec un bloc de fer, combien de clous peut-on forger dans une seule fournaise ?” » Le vénérable dit : « Mon disciple, tu as raison : seul, un homme ne suffit assurément pas. Les traités militaires disent : “Le petit nombre ne peut résister à la multitude.” J’ai encore ici Bajie et le moine Sha, qui sont tous deux tes frères. Tu peux les commander à ta guise, les employer comme auxiliaires ou gardes, et joindre vos forces et vos cœurs pour nettoyer la route et me conduire par-delà cette montagne. N’obtiendrez-vous pas tous ainsi le Fruit véritable ? »
那行者這一場扭捏,只逗出長老這幾句話來。他搵了淚道:「師父啊,若要過得此山,須是豬八戒依得我兩件事兒,才有三分去得;假若不依我言,替不得我手,半分兒也莫想過去。」八戒道:「師兄,不去就散火罷。不要攀我。」長老道:「徒弟,且問你師兄,看他教你做甚麼?」獃子真個對行者說道:「哥哥,你教我做甚事?」行者道:「第一件是看師父,第二件是去巡山。」八戒道:「看師父是坐,巡山去是走。終不然教我坐一會又走,走一會又坐?兩處怎麼顧盼得來?」行者道:「不是教你兩件齊幹,只是領了一件便罷。」八戒又笑道:「這等也好計較。但不知看師父是怎樣,巡山是怎樣?你先與我講講,等我依個相應些兒的去幹罷。」行者道:「看師父啊,師父去出恭,你伺候;師父要走路,你扶持;師父要吃齋,你化齋。若他餓了些兒,你該打;黃了些兒臉皮,你該打;瘦了些兒形骸,你該打。」八戒慌了道:「這個難,難,難。伺候扶持,通不打緊;就是不離身馱著,也還容易;假若教我去鄉下化齋,他這西方路上,不識我是取經的和尚,只道是那山裡走出來的一個半壯不壯的健豬,夥上許多人,叉鈀掃帚,把老豬圍倒,拿家去宰了,醃著過年,這個卻不就遭瘟了?」行者道:「巡山去罷。」八戒道:「巡山便怎麼樣兒?」行者道:「就入此山,打聽有多少妖怪,是甚麼山,是甚麼洞,我們好過去。」八戒道:「這個小可,老豬去巡山罷。」那獃子就撒起衣裙,挺著釘鈀,雄糾糾,徑入深山;氣昂昂,奔上大路。
Toutes les simagrées du pèlerin n’avaient d’autre but que d’amener le vénérable à prononcer ces quelques mots. Il essuya ses larmes et dit : « Maître, si nous voulons franchir cette montagne, Zhu Bajie doit m’obéir en deux choses. Alors nous aurons trois chances sur dix de passer. S’il refuse mes ordres et ne me prête pas main-forte, nous n’aurons pas même une demi-chance. » Bajie dit : « Frère aîné, si nous ne passons pas, séparons-nous. Ne me mêle pas à cela. » Le vénérable dit : « Mon disciple, demande au moins à ton frère aîné ce qu’il veut te faire faire. » L’Idiot demanda donc au pèlerin : « Grand frère, que veux-tu que je fasse ? » Le pèlerin répondit : « La première chose est de veiller sur le maître ; la seconde, d’inspecter la montagne. » Bajie dit : « Veiller sur le maître demande de rester assis, inspecter la montagne demande de marcher. Tu ne vas tout de même pas me faire asseoir un moment, puis marcher un moment, puis marcher encore et me rasseoir ? Comment pourrais-je m’occuper des deux endroits ? » Le pèlerin répondit : « Je ne te demande pas de faire les deux à la fois. Il te suffit d’en choisir une. » Bajie rit : « Ainsi, nous pouvons en discuter. Mais en quoi consiste la garde du maître, et en quoi l’inspection de la montagne ? Explique-moi d’abord, pour que je choisisse la tâche qui me convient le mieux. » Le pèlerin répondit : « Pour garder le maître, tu dois le servir quand il va se soulager, le soutenir quand il veut marcher et mendier son repas végétarien quand il veut manger. S’il a un peu faim, tu seras battu ; si son teint jaunit un peu, tu seras battu ; si son corps maigrit un peu, tu seras battu. » Bajie s’affola : « Voilà qui est difficile, difficile, difficile ! Le servir et le soutenir, ce n’est encore rien ; même le porter sans jamais le quitter serait facile. Mais si tu m’envoies mendier dans les villages, sur cette route de l’Ouest, les gens ne sauront pas que je suis un moine en quête des écritures. Ils me prendront pour un gros porc à moitié engraissé sorti de la montagne, se rassembleront en nombre avec fourches, râteaux et balais, cerneront le vieux Zhu, l’emporteront chez eux, l’abattront et le mettront au saloir pour le Nouvel An. Ne serait-ce pas ma perte ? » Le pèlerin dit : « Alors va inspecter la montagne. » Bajie demanda : « Et comment dois-je faire ? » Le pèlerin répondit : « Entre dans cette montagne et renseigne-toi sur le nombre des monstres, le nom de la montagne et celui de leur grotte, afin que nous sachions comment passer. » Bajie répondit : « Ce n’est qu’une bagatelle. Le vieux Zhu va inspecter la montagne. » L’Idiot releva sa robe, brandit son Râteau à neuf dents et s’enfonça fièrement dans la montagne profonde ; plein d’allant, il se lança sur la grand-route.
行者在傍,忍不住嘻嘻冷笑。長老罵道:「你這個潑猴!兄弟們全無愛憐之意,常懷嫉妒之心。你做出這樣獐智,巧言令色,撮弄他去甚麼巡山,卻又在這裡笑他。」行者道:「不是笑他,我這笑中有味。你看豬八戒這一去,決不巡山,也不敢見妖怪,不知往那裡去躲閃半會,捏出個謊來,哄我們也。」長老道:「你怎麼就曉得他?」行者道:「我估出他是這等,不信,等我跟他去看看,聽他一聽:一則幫副他手段降妖,二來看他可有個誠心拜佛?」長老道:「好,好,好,你卻莫去捉弄他。」行者應諾了,徑直趕上山坡,搖身一變,變作個蟭蟟蟲兒。其實變得輕巧,但見他:
À côté d’eux, le pèlerin ne put retenir un petit rire froid. Le vénérable l’injuria : « Maudit singe ! Tu n’éprouves aucune affection pour tes frères et nourris sans cesse contre eux un cœur jaloux. Tu as usé de cette ruse sournoise, de belles paroles et de mines flatteuses pour le pousser à je ne sais quelle inspection de la montagne, et maintenant tu restes ici à te moquer de lui. » Le pèlerin répondit : « Je ne me moque pas de lui ; mon rire a sa raison. Regardez Zhu Bajie : il n’inspectera sûrement pas la montagne et n’osera pas rencontrer les monstres. Il ira se cacher quelque part un moment, puis inventera un mensonge pour nous tromper. » Le vénérable demanda : « Comment le sais-tu déjà ? » Le pèlerin répondit : « Je devine qu’il agira ainsi. Si vous ne me croyez pas, laissez-moi le suivre, l’observer et l’écouter : d’une part, je pourrai l’aider à soumettre les démons ; d’autre part, je verrai s’il met quelque sincérité à révérer le Bouddha. » Le vénérable dit : « Bien, bien, bien ! Mais surtout, ne va pas le tourmenter. » Le pèlerin promit, rattrapa directement Bajie sur la pente et, secouant son corps, se changea en un minuscule moucheron. Sa métamorphose était vraiment légère et adroite. Voyez-le :
翅薄舞風不用力,腰尖細小如針。穿蒲抹草過花陰,疾似流星還甚。眼睛明映映,聲氣渺瘖瘖。昆蟲之類惟他小,亭亭款款機深。幾番閑日歇幽林,一身渾不見,千眼莫能尋。
Ses ailes minces dansaient au vent sans nul effort, sa taille effilée était aussi fine qu’une aiguille. Il traversait joncs et herbes, frôlait l’ombre des fleurs, plus rapide encore qu’une étoile filante. Ses yeux brillaient vivement, son souffle et sa voix étaient imperceptibles. De tous les insectes, il était le plus petit ; gracieux et tranquille, il cachait une profonde malice. Que de fois, aux jours oisifs, il se reposait dans les bois retirés ! Son corps entier échappait aux regards, mille yeux n’auraient su le trouver.
嚶的一翅飛將去,趕上八戒,釘在他耳朵後面鬃根底下。那獃子只管走路,怎知道身上有人。行有七八里路,把釘鈀撇下,吊轉頭來,望著唐僧,指手畫腳的罵道:「你罷軟的老和尚,捉掐的弼馬溫,面弱的沙和尚,他都在那裡自在,捉弄我老豬來蹡路。大家取經,都要望成正果,偏是教我來巡甚麼山。哈哈哈,曉得有妖怪,躲著些兒走,還不夠一半,卻教我去尋他,這等晦氣哩。我往那裡睡覺去,睡一覺回去,含含糊糊的答應他,只說是巡了山,就了其帳也。」那獃子一時間僥幸,搴著鈀,又走,只見山凹裡一彎紅草坡。他一頭鑽得進去,使釘鈀撲個地鋪,轂轆的睡下,把腰伸了一伸,道聲:「快活。就是那弼馬溫,也不得像我這般自在。」
Dans un bourdonnement, il prit son vol, rattrapa Bajie et se fixa derrière son oreille, sous la racine d’une soie. L’Idiot continuait simplement à marcher, sans se douter que quelqu’un se trouvait sur lui. Après sept ou huit lis, il jeta son râteau, se retourna vers la direction du moine des Tang et, gesticulant, se mit à les injurier : « Vieux moine faible et pusillanime ! Bimawen (« palefrenier céleste ») tracassier ! Moine Sha au caractère mou ! Eux restent là-bas bien à leur aise, et ils ont envoyé le vieux Zhu se rompre les jambes. Nous allons tous quérir les écritures et espérons tous obtenir le Fruit véritable ; pourquoi suis-je le seul qu’on envoie inspecter je ne sais quelle montagne ? Ha, ha, ha ! Puisque nous savons qu’il y a des monstres, il faudrait les éviter et nous en tenir le plus loin possible. Mais ils m’envoient les chercher : quelle déveine ! Je vais trouver un endroit où dormir. Après un bon somme, je retournerai leur répondre vaguement que j’ai inspecté la montagne, et l’affaire sera réglée. » S’estimant fort chanceux, l’Idiot reprit son râteau et poursuivit sa route. Il aperçut dans un creux de la montagne une pente incurvée couverte d’herbes rouges. Il y entra la tête la première, se servit de son râteau pour préparer une couche à même le sol, puis se laissa rouler dessus. Après s’être étiré, il dit : « Quel bonheur ! Même ce Bimawen ne saurait être aussi à l’aise que moi. »
原來行者在他耳根後,句句兒聽著哩,忍不住飛將起來,又琢弄他一琢弄。又搖身一變,變作個啄木蟲兒。但見:
Or le pèlerin, caché derrière son oreille, avait entendu chacune de ses paroles. Incapable de se retenir, il reprit son vol afin de lui jouer encore un tour. Il secoua son corps et se changea en pic. Voyez-le :
鐵嘴尖尖紅溜,翠翎艷艷光明。一雙鋼爪利如釘。腹餒何妨林靜。最愛枯槎朽爛,偏嫌老樹伶仃。圜睛決尾性丟靈。辟剝之聲堪聽。
Son bec de fer, fin et pointu, luisait de rouge ; ses plumes de jade resplendissaient de couleurs éclatantes. Ses deux griffes d’acier étaient acérées comme des clous. Qu’importait la tranquillité de la forêt quand son ventre était creux ?
Il aimait par-dessus tout les souches sèches et pourries, mais détestait les vieux arbres solitaires. Ses yeux étaient ronds, sa queue fourchue, sa nature vive et alerte. Quel plaisir d’entendre ses coups secs et répétés !
這蟲鷖不大不小的,上秤稱,只有二三兩重。紅銅嘴,黑鐵腳。刷剌的一翅飛下來。那八戒丟倒頭,正睡著哩,被他照嘴唇上扢揸的一下。
Cet oiseau n’était ni grand ni petit : posé sur une balance, il n’aurait pesé que deux ou trois onces. Il avait un bec de cuivre rouge et des pattes de fer noir. D’un battement d’ailes bruissant, il fondit sur Bajie. Celui-ci dormait profondément, la tête renversée, lorsque l’oiseau lui assena un vigoureux coup de bec en plein sur les lèvres.
那獃子慌得爬將起來,口裡亂嚷道:「有妖怪,有妖怪,把我戳了一槍去了,嘴上好不疼呀。」伸手摸摸,泱出血來了。他道:「蹭蹬啊,我又沒甚喜事,怎麼嘴上掛了紅耶?」他看著這血手,口裡絮絮叨叨的兩邊亂看,卻不見動靜。道:「無甚妖怪,怎麼戳我一槍麼?」忽擡頭往上看時,原來是個啄木蟲,在半空中飛哩。獃子咬牙罵道:「這個亡人,弼馬溫欺負我罷了,你也來欺負我。我曉得了。他一定不認我是個人,只把我嘴當一段黑朽枯爛的樹,內中生了蟲,尋蟲兒吃的,將我啄了這一下也。等我把嘴揣在懷裡睡罷。」那獃子轂轆的依然睡倒。行者又飛來,著耳根後又啄了一下。獃子慌得爬起來道:「這個亡人,卻打攪得我狠。想必這裡是他的窠巢,生蛋佈雛,怕我占了,故此這般打攪。罷罷罷,不睡他了。」搴著鈀,徑出紅草坡,找路又走。可不喜壞了孫行者,笑倒個美猴王。行者道:「這夯貨大睜著兩個眼,連自家人也認不得。」
L’Idiot se redressa en toute hâte et se mit à crier à tort et à travers : « Un monstre ! Un monstre ! Il vient de me donner un coup de lance ! Comme mes lèvres me font mal ! » Il les palpa de la main et en fit couler du sang. « Quelle malchance ! Je n’ai rien d’heureux à célébrer ; pourquoi donc mes lèvres se sont-elles parées de rouge ? » Il contempla sa main sanglante et, tout en marmonnant, regarda des deux côtés, sans rien apercevoir. « S’il n’y a pas de monstre, qui m’a donné ce coup de lance ? » Levant soudain la tête, il vit que ce n’était qu’un pic qui voletait dans les airs. L’Idiot grinça des dents et l’injuria : « Maudit animal ! Il ne suffit donc pas que Bimawen me maltraite, il faut encore que tu t’y mettes ! Je comprends : il ne m’a sûrement pas reconnu pour un homme. Il a pris mon groin pour un morceau de bois noir, sec et pourri, infesté de vers ; en cherchant ces vers pour les manger, il m’a donné ce coup de bec. Je vais rentrer mon groin contre ma poitrine avant de dormir. » L’Idiot se laissa de nouveau rouler sur le sol. Le pèlerin revint à tire-d’aile et lui donna encore un coup de bec derrière l’oreille. L’Idiot se redressa en sursaut : « Maudit animal, tu me déranges affreusement ! Son nid doit se trouver ici ; il y a pondu ses œufs et élève ses petits. Il craint que j’occupe la place et me tourmente pour cette raison. Bon, bon, bon ! Je ne dormirai plus chez lui. » Il reprit son râteau, sortit droit de la pente aux herbes rouges et poursuivit sa route. Quelle joie pour le pèlerin Sun ! Le Beau Roi des Singes en riait à se renverser. Il dit : « Ce lourdaud ouvre tout grands ses deux yeux et ne reconnaît même pas l’un des siens ! »
好大聖,搖身又一變,還變做個蟭蟟蟲,釘在他耳朵後面,不離他身上。那獃子入深山,又行有四五里,只見山凹中有桌面大的四四方方三塊青石頭。獃子放下鈀,對石頭唱個大喏。行者暗笑道:「這獃子,石頭又不是人,又不會說話,又不會還禮的,唱他喏怎的,可不是個瞎帳?」原來那獃子把石頭當著唐僧、沙僧、行者三人,朝著他演習哩。他道:「我這回去,見了師父,若問有妖怪,就說有妖怪。他問甚麼山,我若說是泥捏的、土做的、錫打的、銅鑄的、麵蒸的、紙糊的、筆畫的,他們見說我獃哩,若講這話,一發說獃了。我只說是石頭山。他問甚麼洞,也只說是石頭洞。他問甚麼門,卻說是釘釘的鐵葉門。他問裡邊有多遠,只說入內有三層。十分再搜尋,問門上釘子多少,只說老豬心忙記不真。此間編造停當,哄那弼馬溫去。」那獃子捏合了,拖著鈀,徑回本路。
Le Grand Saint secoua de nouveau son corps, redevint un minuscule moucheron et se fixa derrière l’oreille de Bajie sans plus le quitter. L’Idiot pénétra dans la montagne profonde et parcourut encore quatre ou cinq lis. Dans un creux, il aperçut trois pierres bleues, carrées et larges comme des tables. Il posa son râteau et leur adressa une profonde révérence. Le pèlerin rit intérieurement : « Cet Idiot ! Ces pierres ne sont pas des hommes, elles ne savent ni parler ni rendre son salut. Pourquoi leur fait-il une révérence ? N’est-il pas complètement stupide ? » En réalité, l’Idiot prenait ces pierres pour le moine des Tang, le moine Sha et le pèlerin, et répétait devant elles son récit. Il dit : « Quand je rentrerai et verrai le maître, s’il me demande s’il y a des monstres, je dirai qu’il y en a. S’il demande quelle est cette montagne et que je réponds qu’elle est pétrie de boue, faite de terre, battue d’étain, coulée de bronze, cuite à la vapeur avec de la pâte, collée en papier ou tracée au pinceau, ils me prennent déjà pour un idiot et me jugeront plus idiot encore. Je dirai simplement que c’est la montagne de Pierre. S’il demande le nom de la grotte, je dirai que c’est la grotte de Pierre. S’il demande comment est la porte, je répondrai qu’elle est faite de plaques de fer clouées. S’il demande jusqu’où s’étend l’intérieur, je dirai qu’il y a trois niveaux. Et s’il pousse vraiment ses questions jusqu’à demander combien il y a de clous sur la porte, je répondrai que le vieux Zhu était si pressé qu’il n’a pas pu les compter exactement. Une fois mon histoire bien préparée, j’irai tromper ce Bimawen. » Après avoir forgé son récit, l’Idiot traîna son râteau et reprit le chemin du retour.
怎知行者在耳朵後,一一聽得明白。行者見他回來,即騰兩翅預先回去,現原身,見了師父。師父道:「悟空,你來了,悟能怎不見回?」行者笑道:「他在那裡編謊哩,就待來也。」長老道:「他兩個耳朵蓋著眼,愚拙之人也,他會編甚麼謊?又是你捏合甚麼鬼話賴他哩。」行者道:「師父,你只是這等護短。這是有對問的話。」把他那鑽在草裡睡覺,被啄木蟲叮醒,朝石頭唱喏,編造甚麼石頭山、石頭洞、鐵葉門、有妖精的話,預先說了。
Comment aurait-il pu savoir que le pèlerin, derrière son oreille, avait clairement entendu chaque mot ? En le voyant revenir, celui-ci battit des ailes et le devança. Il reprit sa forme véritable et rejoignit son maître. Celui-ci demanda : « Wukong, te voilà revenu ; pourquoi Wuneng ne rentre-t-il pas ? » Le pèlerin répondit en riant : « Il est là-bas à fabriquer un mensonge et ne va pas tarder. » Le vénérable dit : « Ses deux oreilles lui couvrent les yeux et c’est un homme balourd. Quel mensonge saurait-il inventer ? C’est encore toi qui fabriques quelque histoire diabolique pour l’accuser. » Le pèlerin répondit : « Maître, vous prenez toujours ainsi sa défense. Nous pourrons confronter nos paroles. » Il raconta d’avance comment Bajie était allé dormir dans les herbes, comment un pic l’avait réveillé à coups de bec, comment il avait salué des pierres et inventé une montagne de Pierre, une grotte de Pierre, une porte de plaques de fer et la présence de monstres.
說畢,不多時,那獃子走將來。又怕忘了那謊,低著頭,口裡溫習。被行者喝了一聲道:「獃子,念甚麼哩?」八戒掀起耳朵來看看道:「我到了地頭了?」那獃子上前跪倒。長老攙起道:「徒弟,辛苦啊。」八戒道:「正是。走路的人,爬山的人,第一辛苦了。」長老道:「可有妖怪麼?」八戒道:「有妖怪,有妖怪,一堆妖怪哩!」長老道:「怎麼打發你來?」八戒說:「他叫我做豬祖宗、豬外公,安排些粉湯素食,教我吃了一頓,說道擺旗鼓送我們過山哩。」行者道:「想是在草裡睡著了,說得是夢話。」獃子聞言,就嚇得矮了二寸道:「爺爺呀!我睡他怎麼曉得?」行者上前,一把揪住道:「你過來,等我問你。」獃子又慌了,戰戰兢兢的道:「問便罷了,揪扯怎的?」行者道:「是甚麼山?」八戒道:「是石頭山。」「甚麼洞?」道:「是石頭洞。」「甚麼門?」道:「是釘釘鐵葉門。」「裡邊有多遠?」道:「入內是三層。」行者道:「你不消說了,後半截我記得真,恐師父不信,我替你說了罷。」八戒道:「嘴臉,你又不曾去,你曉得那些兒,要替我說?」行者笑道:「『門上釘子有多少,只說老豬心忙記不真。』可是麼?」那獃子即慌忙跪倒。行者道:「朝著石頭唱喏,當做我三人,對他一問一答,可是麼?又說:『等我編得謊兒停當,哄那弼馬溫去。』可是麼?」那獃子連忙只是磕頭道:「師兄,我去巡山,你莫成跟我去聽的?」
À peine avait-il fini que l’Idiot arriva. Craignant d’oublier son mensonge, il avançait la tête baissée en répétant son récit à voix basse. Le pèlerin cria soudain : « Idiot ! Que récites-tu ? » Bajie releva les oreilles, regarda autour de lui et demanda : « Je suis déjà arrivé ? » Puis il s’avança et se prosterna. Le vénérable l’aida à se relever : « Mon disciple, tu as peiné. » Bajie répondit : « Assurément ! De tous les hommes, ceux qui marchent et gravissent les montagnes peinent le plus. » Le vénérable demanda : « Y a-t-il des monstres ? » Bajie répondit : « Des monstres, il y en a ! Tout un tas de monstres ! » Le vénérable demanda : « Comment t’ont-ils laissé repartir ? » Bajie répondit : « Ils m’ont appelé Ancêtre Zhu et Grand-Père Zhu, m’ont préparé une soupe de vermicelles et un repas végétarien, puis m’ont dit qu’ils déploieraient bannières et tambours pour nous escorter au-delà de la montagne. » Le pèlerin dit : « Tu as sans doute dormi dans les herbes et tu nous racontes ton rêve. » À ces mots, l’Idiot se ratatina de deux pouces : « Grand-père ! Comment sait-il que j’ai dormi ? » Le pèlerin s’avança et l’empoigna : « Viens ici que je t’interroge. » L’Idiot, effrayé, répondit en tremblant : « Interroge-moi si tu veux, mais pourquoi me tirer ainsi ? » Le pèlerin demanda : « Quelle est cette montagne ? » Bajie répondit : « La montagne de Pierre. » — « Quelle grotte ? » — « La grotte de Pierre. » — « Quelle porte ? » — « Une porte de plaques de fer clouées. » — « Jusqu’où va l’intérieur ? » — « Il y a trois niveaux. » Le pèlerin dit : « Inutile de continuer ; je me souviens exactement de la fin. Comme le maître risque de ne pas te croire, je vais la réciter pour toi. » Bajie répondit : « Belle trogne ! Tu n’y es jamais allé. Qu’en sais-tu, pour vouloir parler à ma place ? » Le pèlerin rit : « “Combien y avait-il de clous sur la porte ? Dites seulement que le vieux Zhu était trop pressé pour s’en souvenir exactement.” C’est bien cela ? » L’Idiot se prosterna aussitôt, tout affolé. Le pèlerin poursuivit : « Tu as salué les pierres en les prenant pour nous trois, puis tu leur as fait répéter questions et réponses. C’est bien cela ? Et tu as dit : “Quand j’aurai bien préparé mon mensonge, j’irai tromper ce Bimawen.” C’est bien cela ? » L’Idiot ne cessait de frapper le sol du front : « Frère aîné, serais-tu venu m’écouter pendant que j’inspectais la montagne ? »
行者罵道:「我把你個囊糠的夯貨!這般要緊的所在,教你去巡山,你卻去睡覺。不是啄木蟲叮你醒來,你還在那裡睡哩。及叮醒,又編這樣大謊,可不誤了大事?你快伸過孤拐來,打五棍記心。」八戒慌了道:「那個哭喪棒重,擦一擦兒皮塌,挽一挽兒筋傷;若打五下,就是死了。」行者道:「你怕打,卻怎麼扯謊?」八戒道:「哥哥呀,只是這一遭兒,以後再不敢了。」行者道:「一遭便打三棍。」八戒道:「爺爺呀!半棍兒也禁不得。」獃子沒計奈何,扯住師父道:「你替我說個方便兒。」長老道:「悟空說你編謊,我還不信,今果如此,其實該打。但如今過山少人使喚,悟空,你且饒他,待過了山。再打罷。」行者道:「古人云:『順父母言情,呼為大孝。』師父說不打,我就且饒你。你再去與他巡山,若再說謊誤事,我定一下也不饒你。」
Le pèlerin l’injuria : « Lourdaud bourré de son ! Dans un endroit si dangereux, je t’envoie inspecter la montagne et tu vas dormir ! Si le pic ne t’avait pas réveillé à coups de bec, tu y dormirais encore. Et sitôt réveillé, tu inventes un mensonge aussi énorme ! N’aurais-tu pas compromis notre grande affaire ? Tends vite tes jarrets : je vais t’assener cinq coups de bâton pour que tu t’en souviennes. » Bajie, affolé, répondit : « Ce bâton de deuil est lourd : qu’il m’effleure et ma peau s’arrache, qu’il me touche et mes tendons se brisent. Cinq coups me tueront. » Le pèlerin demanda : « Si tu crains les coups, pourquoi mens-tu ? » Bajie répondit : « Grand frère, ce n’était que cette fois-ci ; je n’oserai plus jamais. » Le pèlerin dit : « Pour une seule fois, tu recevras trois coups. » Bajie gémit : « Grand-père ! Je ne résisterais même pas à un demi-coup. » Ne sachant plus que faire, l’Idiot agrippa son maître : « Dites un mot pour qu’il m’accorde grâce. » Le vénérable répondit : « Quand Wukong disait que tu fabriquais un mensonge, je ne le croyais pas ; maintenant que cela se révèle vrai, tu mérites assurément d’être battu. Mais nous manquons de bras pour franchir la montagne. Wukong, épargne-le pour l’instant ; tu le battras une fois que nous serons passés. » Le pèlerin répondit : « Les anciens ont dit : “Obéir aux paroles de ses parents, voilà ce qu’on appelle la grande piété filiale.” Puisque mon maître demande que je ne te batte pas, je t’épargne cette fois. Retourne inspecter la montagne. Si tu mens encore et compromets notre affaire, je ne t’épargnerai pas un seul coup. »
那獃子只得爬起來又去。你看他奔上大路,疑心生暗鬼,步步只疑是行者變化了跟住他,故見一物,即疑是行者。走有七八里,見一隻老虎從山坡上跑過,他也不怕,舉著釘鈀道:「師兄來聽說謊的?這遭不編了。」又走處,那山風來得甚猛,呼的一聲,把顆枯木刮倒,滾至面前,他又跌腳搥胸的道:「哥啊,這是怎的起?一行說不敢編謊罷了,又變甚麼樹來打人?」又走向前,只見一個白頸老鴉,當頭喳喳的連叫幾聲,他又道:「哥哥,不羞,不羞。我說不編就不編了,只管又變著老鴉怎的?你來聽麼?」原來這一番行者卻不曾跟他去,他那裡卻自驚自怪,亂疑亂猜,故無往而不疑是行者隨他身也。獃子驚疑且不題。
L’Idiot dut se relever et repartir. Voyez-le gagner la grand-route : le soupçon engendre des démons cachés. À chaque pas, il craignait que le pèlerin ne se fût métamorphosé pour le suivre, et tout ce qu’il apercevait lui semblait être le pèlerin. Après sept ou huit lis, un tigre traversa la pente en courant. Loin d’en avoir peur, il leva son râteau et demanda : « Frère aîné, es-tu venu écouter mes mensonges ? Cette fois, je n’en inventerai pas. » Plus loin, le vent souffla violemment dans la montagne. Dans un grand fracas, il abattit un arbre mort, qui roula devant Bajie. Celui-ci trépigna et se frappa la poitrine : « Grand frère, qu’est-ce encore que cela ? Je viens de dire que je n’oserai plus mentir, et voilà que tu te changes en arbre pour me frapper ! » Il poursuivit sa route et vit une vieille corneille au cou blanc qui croassa plusieurs fois juste au-dessus de sa tête. Il dit encore : « Grand frère, quelle honte, quelle honte ! Puisque j’ai dit que je ne mentirais plus, je ne mentirai plus. Pourquoi te changer sans cesse en corneille ? Es-tu venu m’écouter ? » Or, cette fois, le pèlerin ne l’avait nullement suivi. Bajie s’effrayait et s’étonnait tout seul, soupçonnant tout à tort et à travers ; partout il croyait le pèlerin attaché à ses pas. Laissons pour l’heure l’Idiot à ses frayeurs et à ses soupçons.
卻說那山叫做平頂山,那洞叫做蓮花洞。洞裡兩妖:一喚金角大王,一喚銀角大王。金角正坐,對銀角說:「兄弟,我們多少時不巡山了?」銀角道:「有半個月了。」金角道:「兄弟,你今日與我去巡巡。」銀角道:「今日巡山怎的?」金角道:「你不知。近聞得東土唐朝差個御弟唐僧往西方拜佛,一行四眾,叫做孫行者、豬八戒、沙和尚,連馬五口。你看他在那處,與我把他拿來。」銀角道:「我們要吃人,那裡不撈幾個。這和尚到得那裡,讓他去罷。」金角道:「你不曉得。我當年出天界,嘗聞得人言:唐僧乃金蟬長老臨凡,十世修行的好人,一點元陽未泄,有人吃他肉,延壽長生哩。」銀角道:「若是吃了他肉就可以延壽長生,我們打甚麼坐,立甚麼功,煉甚麼龍與虎,配甚麼雌與雄?只該吃他去了。等我去拿他來。」金角道:「兄弟,你有些性急,且莫忙著。你若走出門,不管好歹,但是和尚就拿將來,假如不是唐僧,卻也不當人子。我記得他的模樣,曾將他師徒畫了一個影,圖了一個形。你可拿去,但遇著和尚,以此照驗照驗。」又將某人是某名字,一一說了。銀角得了圖像,知道姓名,即出洞,點起三十名小怪,便來山上巡邏。
Or cette montagne se nommait la Montagne au Sommet Plat, et cette grotte la Grotte du Lotus. Deux démons y demeuraient : l’un s’appelait le Grand Roi à la Corne d’Or, l’autre le Grand Roi à la Corne d’Argent. La Corne d’Or était assise et demanda à la Corne d’Argent : « Frère, depuis combien de temps n’avons-nous pas inspecté la montagne ? » La Corne d’Argent répondit : « Depuis un demi-mois. » La Corne d’Or dit : « Frère, va donc l’inspecter aujourd’hui. » La Corne d’Argent demanda : « Pourquoi aujourd’hui ? » La Corne d’Or répondit : « Tu l’ignores. J’ai récemment appris que la dynastie des Tang, sur les Terres de l’Est, avait envoyé le frère cadet de l’empereur, le moine des Tang, vers l’Ouest pour révérer le Bouddha. Son groupe compte quatre religieux, appelés le pèlerin Sun, Zhu Bajie et le moine Sha, soit cinq avec le cheval. Cherche où ils se trouvent et capture-les pour moi. » La Corne d’Argent répondit : « Si nous voulons manger des hommes, nous pouvons en attraper n’importe où. Laissons ce moine passer quand il arrivera. » La Corne d’Or dit : « Tu ne comprends pas. Lorsque je quittai jadis le monde céleste, j’entendis dire que le moine des Tang était le vénérable Jinchan descendu parmi les mortels, un homme de bien qui avait cultivé la Voie durant dix existences et n’avait pas laissé s’échapper une seule parcelle de son essence yang originelle. Quiconque mangerait de sa chair prolongerait sa vie et obtiendrait la longévité. » La Corne d’Argent répondit : « Si manger sa chair suffit pour prolonger notre vie et obtenir la longévité, pourquoi méditer, acquérir des mérites, raffiner le dragon et le tigre ou unir la femelle et le mâle ? Nous n’avons qu’à le manger. Attends que j’aille le capturer. » La Corne d’Or dit : « Frère, tu es trop impatient. Ne te hâte pas. Si tu sors et captures sans discernement tout moine que tu rencontres, et qu’il ne s’agisse pas du moine des Tang, ce serait indigne d’un homme. Je me souviens de son apparence et j’ai jadis fait tirer les portraits de son maître et de ses disciples. Emporte-les : chaque fois que tu rencontreras un moine, compare-le avec eux. » Il lui indiqua encore un à un les noms de chacun. La Corne d’Argent prit les portraits, apprit leurs noms, sortit de la grotte, rassembla trente petits monstres et vint patrouiller sur la montagne.
卻說八戒運拙,正行處,可可的撞見群魔,當面擋住道:「那來的甚麼人?」獃子才擡起頭來,掀著耳朵,看見是些妖魔,他就慌了,心中暗道:「我若說是取經的和尚,他就撈了去。」只是說走路的。小妖回報道:「大王,是走路的。」那三十名小怪,中間有認得的,有不認得的。傍邊有聽著指點說話的道:「大王,這個和尚,像這圖中豬八戒模樣。」叫掛起影神圖來。八戒看見,大驚道:「怪道這些時沒精神哩,原來是他把我的影神傳將來也。」小妖用槍挑著,銀角用手指道:「這騎白馬的是唐僧,這毛臉的是孫行者。……」八戒聽見道:「城隍,沒我便也罷了,豬頭三牲,清醮二十四分。」口裡嘮叨,只管許願。那怪又道:「這黑長的是沙和尚,這長嘴大耳的是豬八戒。」獃子聽見說他,慌得把個嘴揣在懷裡藏了。那怪叫:「和尚,伸出嘴來。」八戒道:「胎裡病,伸不出來。」那怪令小妖使鉤子鉤出來。八戒慌得把個嘴伸出道:「小家形罷了,這不是?你要看便就看,鉤怎的?」
Or Bajie, poursuivi par la malchance, avançait justement lorsqu’il tomba en plein sur la troupe des démons. Ils lui barrèrent le passage : « Qui va là ? » L’Idiot releva enfin la tête et les oreilles. En voyant ces démons, il s’affola et pensa : « Si je dis que je suis un moine en quête des écritures, ils vont m’emporter. » Il répondit donc seulement qu’il était un voyageur. Un petit monstre rapporta : « Grand Roi, c’est un voyageur. » Parmi les trente petits monstres, certains le reconnaissaient, d’autres non. L’un de ceux qui avaient entendu les indications dit : « Grand Roi, ce moine ressemble à Zhu Bajie tel qu’il figure sur ce portrait. » Ils déployèrent le rouleau des effigies. En le voyant, Bajie fut saisi d’effroi : « Pas étonnant que je manque d’entrain depuis quelque temps : ils ont donc fait circuler mon effigie jusqu’ici ! » Un petit monstre leva le portrait au bout de sa lance et la Corne d’Argent désigna les personnages du doigt : « Celui qui monte le cheval blanc est le moine des Tang ; celui au visage velu est le pèlerin Sun… » En l’entendant, Bajie marmonna : « Dieu des Murailles et des Fossés, pourvu que je n’y sois pas ! Je t’offrirai une tête de porc avec les Trois Victimes, et vingt-quatre portions pour une offrande pure. » Il ne cessait de marmonner ces vœux. Le monstre poursuivit : « Le grand Noir est le moine Sha ; celui qui a un long groin et de grandes oreilles est Zhu Bajie. » En entendant prononcer son nom, l’Idiot s’empressa de cacher son groin contre sa poitrine. Le monstre cria : « Moine, sors ton groin ! » Bajie répondit : « C’est une infirmité congénitale : je ne peux pas le sortir. » Le monstre ordonna aux petits démons de le tirer avec un crochet. Bajie, affolé, tendit son groin : « Ce n’est qu’un petit défaut de naissance, le voici ! Si tu veux le voir, regarde-le. À quoi bon employer un crochet ? »
那怪認得是八戒,掣出寶刀,上前就砍。這獃子舉釘鈀按住道:「我的兒,休無禮,看鈀!」那怪笑道:「這和尚是半路上出家的。」八戒道:「好兒子,有些靈性。你怎麼就曉得老爺是半路出家的?」那怪道:「你會使這鈀,一定是在人家園圃中築地,把他這鈀偷將來也。」八戒道:「我的兒,你那裡認得老爺這鈀,我不比那築地之鈀。這是:
Le monstre reconnut Bajie, tira son sabre précieux et s’avança pour le frapper. L’Idiot leva son râteau pour parer le coup : « Mon enfant, ne sois pas insolent. Goûte à mon râteau ! » Le monstre rit : « Ce moine a dû prendre les ordres à mi-chemin. » Bajie répondit : « Bon garçon, tu as quelque perspicacité. Comment sais-tu que ton seigneur est devenu moine à mi-chemin ? » Le monstre répondit : « Puisque tu sais manier ce râteau, tu devais jadis retourner la terre dans le jardin de quelque famille, et tu le leur as sûrement volé. » Bajie dit : « Mon enfant, tu ne reconnais pas le râteau de ton seigneur. Il ne ressemble pas aux râteaux qui retournent la terre. Le voici :
巨齒鑄來如龍爪,滲金妝就似虎形。若逢對敵寒風灑,但遇相持火燄生。能替唐僧消障礙,西天路上捉妖精。輪動煙霞遮日月,使起昏雲暗斗星。築倒泰山老虎怕,掀翻大海老龍驚。饒你這妖有手段,一鈀九個血窟窿。」
Ses dents géantes furent fondues comme des griffes de dragon ; orné d’or infiltré, il a la forme d’un tigre.
Quand il rencontre l’ennemi, un vent glacial se déverse ; dès que le combat s’engage, des flammes jaillissent.
Il sait écarter les obstacles du moine des Tang et capturer les démons sur la route du Ciel occidental.
Quand je le fais tournoyer, brumes et nuées cachent le soleil et la lune ; quand je le manie, de sombres nuages obscurcissent la Grande Ourse et les étoiles.
S’il renverse le mont Tai, les vieux tigres prennent peur ; s’il retourne la mer, les vieux dragons tremblent.
Quels que soient tes pouvoirs, démon, un seul coup de râteau t’ouvrira neuf trous sanglants ! »
那怪聞言,那裡肯讓。使七星劍,丟開解數,與八戒一往一來,在山中賭鬥有二十回合,不分勝負。八戒發起狠來,捨死的相迎。那怪見他捽耳朵,噴粘涎,舞釘鈀,口裡吆吆喝喝的,也盡有些悚懼,即回頭招呼小怪,一齊動手。若是一個打一個,其實還好。他見那些小妖齊上,慌了手腳,遮架不住,敗了陣,回頭就跑。原來是道路不平,未曾細看,忽被蓏蘿藤絆了個踉蹌。掙起來正走,又被一個小妖睡倒在地,扳著他腳跟,撲的又跌了個狗吃屎。被一群趕上按住,抓鬃毛,揪耳朵,扯著腳,拉著尾,扛扛擡擡,擒進洞去。咦!正是:
À ces mots, le monstre ne voulut nullement céder. Il mania l’Épée des Sept Étoiles, déploya ses passes et échangea avec Bajie attaques et ripostes. Ils combattirent vingt reprises dans la montagne sans que la victoire se décidât. Bajie, rendu furieux, l’affronta au mépris de sa vie. En le voyant agiter les oreilles, cracher une salive gluante, brandir son râteau et pousser de grands cris, le monstre éprouva lui-même quelque effroi. Il se retourna donc pour appeler les petits monstres, qui attaquèrent tous ensemble. À un contre un, Bajie aurait encore tenu bon ; mais quand il les vit fondre sur lui en masse, il perdit ses moyens. Incapable de parer leurs coups, il rompit le combat et s’enfuit. Le chemin était inégal et il n’avait pas regardé attentivement devant lui : une liane rampante le fit soudain trébucher. Il se releva à grand-peine et repartit, mais un petit monstre se jeta par terre, lui saisit le talon et le fit de nouveau tomber face contre terre. Toute la troupe le rattrapa et le maîtrisa. Les uns empoignèrent ses soies, d’autres lui tirèrent les oreilles, les pattes ou la queue ; ils le soulevèrent et l’emportèrent jusqu’à la grotte, où ils le firent prisonnier. Ah ! C’était bien là :
一身魔發難消滅,萬種災生不易除。
Quand les démons se déchaînent autour d’un seul corps, ils sont difficiles à anéantir ; quand dix mille malheurs surgissent, ils ne sont pas aisés à écarter.
畢竟不知豬八戒性命如何,且聽下回分解。
On ignore en définitive ce qu’il advint de la vie de Zhu Bajie ; écoutez les explications du prochain chapitre.