La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 80 La Fille ardente nourrit le principe mâle et cherche un époux ; — Le Singe de l’Esprit protège son maître et reconnaît le maléfice.
姹女育陽求配偶心猿護主識妖邪
La Fille ardente nourrit le principe mâle et cherche un époux ;
Le Singe de l’Esprit protège son maître et reconnaît le maléfice.
卻說比丘國君臣黎庶送唐僧四眾出城,有二十里之遠,還不肯捨。三藏勉強下輦,乘馬辭別而行,目送者直至望不見蹤影方回。四眾行夠多時,又過了冬殘春盡,看不了野花山樹,景物芳菲。前面又見一座高山峻嶺。三藏心驚,問道:「徒弟,前面高山有路無路?是必小心。」行者笑道:「師父這話,也不像走長路的,卻似個公子王孫,坐井觀天之類。自古道:『山不礙路,路自通山。』何以言有路無路?」三藏道:「雖然是山不礙路,但恐嶮峻之間生怪物,密叢深處出妖精。」八戒道:「放心,放心。這裡來相近極樂不遠,管取太平無事。」
Or donc, souverain, ministres et peuple du royaume de Bhikshu escortèrent les quatre voyageurs, le moine des Tang et ses disciples, à plus de vingt lis hors de la ville, sans encore consentir à les quitter. Sanzang dut insister pour descendre de son palanquin, enfourcher son cheval et prendre congé ; ceux qui les suivaient du regard ne repartirent qu’une fois leurs traces entièrement disparues. Les quatre voyageurs cheminèrent longtemps encore ; les derniers jours de l’hiver passèrent, puis le printemps toucha à sa fin, sans qu’ils pussent se lasser des fleurs sauvages et des arbres des montagnes, dans toute la splendeur parfumée du paysage. Devant eux apparut de nouveau une haute montagne aux crêtes escarpées. Sanzang, saisi d’inquiétude, demanda : « Disciple, y a-t-il ou non un chemin sur cette haute montagne ? Il nous faut absolument prendre garde. » Le Pèlerin répondit en riant : « Ces paroles, maître, ne ressemblent guère à celles d’un grand voyageur, mais plutôt à celles d’un jeune seigneur qui regarde le ciel du fond d’un puits. Depuis l’Antiquité, on dit : “La montagne ne barre pas le chemin ; le chemin traverse de lui-même la montagne.” Pourquoi demander s’il y en a un ou non ? » Sanzang répondit : « La montagne ne barre certes pas le chemin, mais je crains que des monstres ne naissent parmi les escarpements et que des démons ne surgissent des fourrés profonds. » Bajie dit : « Soyez tranquille, soyez tranquille. Nous sommes maintenant tout près de la Terre de Suprême Félicité ; à coup sûr, tout ira paisiblement et sans incident. »
師徒正說,不覺的到了山腳下。行者取出金箍棒,走上石崖,叫道:「師父,此間乃轉山的路兒,忒好走。快來,快來。」長老只得放懷策馬。沙僧教:「二哥,你把擔子挑一肩兒。」真個八戒接了擔子挑上,沙僧攏著韁繩,老師父穩坐雕鞍,隨行者都奔山崖上大路。但見那山:
Tout en parlant, maître et disciples arrivèrent sans s’en apercevoir au pied de la montagne. Le Pèlerin sortit le bâton cerclé d’or, monta sur une falaise rocheuse et cria : « Maître, voici le chemin qui contourne la montagne ; il est des plus faciles. Venez vite, venez vite ! » Le vénérable n’eut plus qu’à se rassurer et à pousser son cheval. Le moine Sha dit : « Deuxième frère, prends donc la palanche sur une épaule. » Bajie s’en chargea en effet ; le moine Sha rassembla les rênes, le vieux maître s’assit fermement sur la selle ouvragée et tous, derrière le Pèlerin, gagnèrent la grande route au sommet de la falaise. Voici quelle était cette montagne :
雲霧籠峰頂,潺湲湧澗中。百花香滿路,萬樹密叢叢。梅青李白,柳綠桃紅。杜鵑啼處春將暮,紫燕呢喃社已終。嵯峨石,翠蓋松。崎嶇嶺道,突兀玲瓏。削壁懸崖峻,薜蘿草木穠。千巖競秀如排戟,萬壑爭流遠浪洪。
Nuages et brumes enveloppaient la cime des pics ; les eaux murmuraient au fond des ravins.
Le parfum de cent fleurs emplissait la route ; dix mille arbres formaient d’épais bosquets.
Les pruniers verdoyaient, les poiriers blanchissaient ; les saules étaient verts, les pêchers rouges.
Là où criait le coucou, le printemps touchait à sa fin ; les hirondelles pourpres gazouillaient, les fêtes du Sol étaient passées.
Rochers abrupts, pins aux dais verdoyants.
Sentiers de crête accidentés, saillies rocheuses aux formes délicates.
Les parois taillées et les précipices suspendus étaient vertigineux ; lianes, herbes et arbres croissaient à profusion.
Mille falaises rivalisaient de beauté, rangées comme des hallebardes ; dix mille gorges disputaient leurs eaux, dont les vagues puissantes roulaient au loin.
老師父緩觀山景,忽聞啼鳥之聲,又起思鄉之念,兜馬叫道:「徒弟!
Le vieux maître contemplait tranquillement le paysage montagneux lorsque, entendant soudain le chant d’un oiseau, il se reprit à songer à son pays natal. Retenant son cheval, il appela : « Disciple !
我自天牌傳旨意,錦屏風下領關文。觀燈十五離東土,才與唐王天地分。甫能龍虎風雲會,卻又師徒拗馬軍。行盡巫山峰十二,何時對子見當今?」
Devant la Table céleste, je reçus la volonté impériale ; sous le paravent de brocart, on me remit le sauf-conduit.
Le quinzième jour, à la fête des Lanternes, je quittai les Terres de l’Est ; alors seulement je pris congé du roi des Tang devant le Ciel et la Terre.
À peine s’accomplit la rencontre du dragon et du tigre, du vent et des nuages,
Que maître et disciples formèrent encore une troupe rétive autour du cheval.
Nous avons franchi jusqu’au bout les douze pics des monts Wu ;
Quand reverrai-je face à face le souverain d’aujourd’hui ? »
行者道:「師父,你常以思鄉為念,全不似個出家人。放心且走,莫要多憂。古人云:『欲求生富貴,須下死工夫。』」三藏道:「徒弟雖然說得有理,但不知西天路還在那裡哩。」八戒道:「師父,我佛如來捨不得那三藏經,知我們要取去,想是搬了;不然,如何只管不到?」沙僧道:「莫胡談,只管跟著大哥走。只把工夫捱他,終須有個到之之日。」
Le Pèlerin dit : « Maître, vous songez constamment à votre pays natal ; vous ne ressemblez nullement à un homme qui a quitté le monde. Rassurez-vous et avançons, sans tant vous tourmenter. Les anciens disaient : “Qui veut obtenir dans la vie richesse et honneurs doit se donner une peine mortelle.” » Sanzang répondit : « Ce que tu dis est certes raisonnable, disciple, mais j’ignore encore où se trouve la route du Paradis de l’Ouest. » Bajie dit : « Maître, notre Bouddha, le Tathāgata, rechigne à se séparer des écritures du Sanzang. Sachant que nous venons les chercher, il les aura sans doute déplacées ; sinon, comment se ferait-il que nous n’arrivions jamais ? » Le moine Sha dit : « Ne débite pas de sottises. Contentons-nous de suivre notre frère aîné. Pourvu que nous poursuivions nos efforts avec patience, le jour viendra nécessairement où nous arriverons. »
師徒正自閑敘,又見一派黑松大林。唐僧害怕,又叫道:「悟空,我們才過了那崎嶇山路,怎麼又遇這個深黑松林?是必在意。」行者道:「怕他怎的?」三藏道:「說那裡話?『不信直中直,須防仁不仁。』我也與你走過好幾處松林,不似這林深遠?你看:
Maître et disciples causaient paisiblement lorsqu’ils aperçurent encore une vaste et sombre forêt de pins. Effrayé, le moine des Tang appela de nouveau : « Wukong, nous venons à peine de franchir cette route montagneuse accidentée ; comment se fait-il que nous rencontrions maintenant cette profonde et noire forêt de pins ? Il faut absolument prendre garde. » Le Pèlerin demanda : « Pourquoi la craindre ? » Sanzang répondit : « Que dis-tu là ? “Sans douter que l’homme droit soit droit, il faut se garder du bienveillant qui ne l’est pas.” J’ai déjà traversé avec vous plusieurs forêts de pins, mais aucune ne semblait aussi profonde et étendue. Regarde :
東西密擺,南北成行。東西密擺徹雲霄,南北成行侵碧漢。密查荊棘週圍結,蓼卻纏枝上下盤。藤來纏葛,葛去纏藤。藤來纏葛,東西客旅難行;葛去纏藤,南北經商怎進。這林中住半年,那分日月;行數里,不見斗星。你看那背陰之處千般景,向陽之所萬叢花。又有那千年槐,萬載檜,耐寒松,山桃果,野芍藥,旱芙蓉,一攢攢密砌重堆,亂紛紛神仙難畫。又聽得百鳥聲:鸚鵡哨,杜鵑啼;喜鵲穿枝,烏鴉反哺;黃鸝飛舞,百舌調音;鷓鴣鳴,紫燕語;八哥兒學人說話,畫眉郎也會看經。又見那大蟲擺尾,老虎磕牙;多年狐狢妝娘子,日久蒼狼吼振林。就是托塔天王來到此,縱會降妖也失魂。」
À l’est et à l’ouest, les arbres se pressaient ; du sud au nord, ils formaient des rangées.
À l’est et à l’ouest, ils se pressaient jusqu’au firmament ; du sud au nord, leurs rangées envahissaient l’azur céleste.
Un réseau serré de ronces s’enlaçait tout autour ; renouées et liserons s’enroulaient aux branches, de haut en bas.
Les lianes venaient enlacer les vignes ; les vignes allaient enlacer les lianes.
Quand les lianes enlaçaient les vignes, les voyageurs d’est en ouest passaient difficilement ;
Quand les vignes enlaçaient les lianes, comment les marchands du sud au nord auraient-ils pu avancer ?
Qui demeurait six mois dans cette forêt ne distinguait plus le jour de la nuit ;
Qui parcourait quelques lis n’apercevait plus la Grande Ourse.
Regardez, sur les versants ombreux, les mille aspects du paysage ; aux endroits ensoleillés, les dix mille touffes de fleurs.
Il y avait encore des sophoras millénaires et des genévriers vieux de dix mille ans, des pins résistants au froid, des pêchers sauvages chargés de fruits, des pivoines des champs et des hibiscus de terre.
Amas après amas, tout s’entassait en couches épaisses ; dans cette profusion confuse, même un immortel n’aurait su peindre le tableau.
On entendait aussi la voix de cent oiseaux : les perroquets sifflaient, les coucous criaient ;
Les pies traversaient les branches, les corbeaux nourrissaient leurs vieux parents ;
Les loriots voletaient en dansant, les oiseaux aux cent langues accordaient leur chant ;
Les perdrix lançaient leur appel, les hirondelles pourpres babillaient ;
Les mainates imitaient les paroles humaines, et messire le merle savait même réciter les écritures.
On voyait encore le grand fauve agiter la queue, et le tigre faire claquer ses crocs ;
Renards et blaireaux, chargés d’années, se changeaient en jeunes femmes ; les loups gris, vieillis par le temps, rugissaient à ébranler la forêt.
Le Roi céleste Porteur de Pagode lui-même, s’il venait jusqu’ici, aurait beau savoir soumettre les démons : il en perdrait l’âme. »
孫大聖公然不懼,使鐵棒上前劈開大路,引唐僧徑入深林。逍逍遙遙,行經半日,未見出林之路。唐僧叫道:「徒弟,一向西來,無數的山林崎嶮,幸得此間清雅,一路太平。這林中奇花異卉,其實可人情意。我要在此坐坐:一則歇馬;二則腹中饑了,你去那裡化些齋來我吃。」行者道:「師父請下馬,老孫化齋去來。」那長老果然下了馬,八戒將馬拴在樹上。沙僧歇下行李,取了缽盂,遞與行者。行者道:「師父穩坐,莫要驚怕,我去了就來。」三藏端坐松陰之下,八戒、沙僧卻去尋花覓果閑耍。
Le Grand Saint, qui ne ressentait réellement aucune crainte, ouvrit avec son bâton de fer une large voie devant eux et conduisit tout droit le moine des Tang au plus profond de la forêt. Ils avancèrent à leur aise durant une demi-journée sans encore trouver la sortie. Le moine des Tang appela : « Disciple, depuis que nous cheminons vers l’ouest, nous avons traversé d’innombrables montagnes, forêts et passages escarpés. Par bonheur, cet endroit est paisible et élégant, et la route y a été sûre. Les fleurs merveilleuses et les plantes singulières de cette forêt charment véritablement le cœur. Je voudrais m’asseoir ici un moment : d’abord pour laisser reposer le cheval, ensuite parce que j’ai faim. Va donc me mendier quelque part un repas maigre. » Le Pèlerin répondit : « Veuillez descendre de cheval, maître ; le vieux Sun va quêter votre repas et reviendra. » Le vénérable descendit en effet, et Bajie attacha le cheval à un arbre. Le moine Sha posa les bagages, prit le bol à aumônes et le tendit au Pèlerin. Celui-ci dit : « Restez tranquillement assis, maître, sans vous effrayer. Je reviens aussitôt. » Sanzang s’assit bien droit à l’ombre des pins, tandis que Bajie et le moine Sha partaient chercher des fleurs et des fruits pour se distraire.
卻說大聖縱觔斗,到了半空,佇定雲光,回頭觀看,只見松林中祥雲縹緲,瑞靄氤氳。他忽失聲叫道:「好啊!好啊!」你道他叫好做甚?原來誇獎唐僧,說他是金蟬長老轉世,十世修行的好人,所以有此祥瑞罩頭。「若我老孫,方五百年前大鬧天宮之時,雲遊海角,放蕩天涯;聚群精,自稱齊天大聖;降龍伏虎,消了死籍。頭戴著三額金冠,身穿著黃金鎧甲,手執著金箍棒,足踏著步雲履。手下有四萬七千群怪,都稱我做大聖爺爺,著實為人。如今脫卻天災,做小伏低,與你做了徒弟。想師父頭頂上有祥雲瑞靄罩定,徑回東土,必定有些好處,老孫也必定得個正果。」
Or donc, le Grand Saint fit un saut périlleux et s’éleva dans les airs. Il immobilisa la clarté de son nuage et, se retournant pour observer, vit au-dessus de la forêt de pins flotter des nuées de bon augure et s’amasser des vapeurs propices. Il s’écria involontairement : « Merveilleux ! Merveilleux ! » Pourquoi criait-il ainsi ? Il faisait en réalité l’éloge du moine des Tang : celui-ci était la réincarnation du vénérable Cigale d’Or, un homme de bien qui s’était cultivé durant dix existences, et c’était pourquoi de tels signes fastes entouraient sa tête. « Quant au vieux Sun, il y a cinq cents ans, lorsque je semais le tumulte au Palais céleste, je vagabondais jusqu’aux confins des mers et courais librement jusqu’aux extrémités du monde. Je rassemblai les esprits par bandes et me proclamai le Grand Saint Égal du Ciel ; je domptai dragons et tigres, et fis effacer mon nom du registre des morts. Sur ma tête était une couronne d’or à trois fleurons, sur mon corps une armure d’or ; je tenais à la main le bâton cerclé d’or et portais aux pieds les souliers qui marchent sur les nuages. Sous mes ordres se trouvaient quarante-sept mille monstres, qui tous m’appelaient grand-père Grand Saint : j’étais alors un personnage considérable. À présent, délivré des calamités célestes, je me fais petit et humble et suis devenu ton disciple. Puisque des nuées de bon augure et des vapeurs propices entourent la tête du maître, il obtiendra certainement quelque récompense lorsqu’il retournera tout droit à les Terres de l’Est ; et le vieux Sun aussi atteindra nécessairement le juste fruit. »
正自家這等誇念中間,忽然見林南下有一股子黑氣,骨都都的冒將上來。行者大驚道:「那黑氣裡必定有邪了。我那八戒、沙僧卻不會放甚黑氣。」那大聖在半空中詳察不定。
Il se perdait encore dans ces pensées flatteuses lorsqu’il vit soudain, au sud de la forêt, une colonne de vapeur noire monter en bouillonnant. Le Pèlerin s’alarma : « Cette vapeur noire cache certainement quelque chose de maléfique. Mon Bajie et le moine Sha ne sauraient émettre une telle fumée. » Le Grand Saint demeura dans les airs, l’examinant attentivement sans parvenir à se prononcer.
卻說三藏坐在林中,明心見性,諷念那《摩訶般若波羅密多心經》,忽聽得嚶嚶的叫聲「救人」。三藏大驚道:「善哉,善哉!這等深林裡,有甚麼人叫?想是狼蟲虎豹諕倒的,待我看看。」那長老起身挪步,穿過千年柏,隔起萬年松,附葛攀藤,近前觀之。只見那大樹上綁著一個女子,上半截使葛滕綁在樹上,下半截埋在土裡。長老立定腳,問他一句道:「女菩薩,你有甚事,綁在此間?」咦!分明這廝是個妖怪,長老肉眼凡胎,卻不能認得。那怪見他來問,淚如泉湧。你看他桃腮垂淚,有沉魚落雁之容;星眼含悲,有閉月羞花之貌。長老實不敢近前,又開口問道:「女菩薩,你端的有何罪過?說與貧僧,卻好救你。」那妖精巧語花言,虛情假意,忙忙的答應道:「師父,我家住在貧婆國,離此有二百餘里。父母在堂,十分好善,一生的和親愛友。時遇清明,邀請諸親及本家老小拜掃先塋,一行轎馬,都到了荒郊野外。至塋前,擺開祭祀,剛燒化紙馬,只聞得鑼鳴鼓響,跑出一夥強人,持刀弄杖,喊殺前來,慌得我們魂飛魄散。父母諸親得馬得轎的各自逃了性命;奴奴年幼。跑不動,諕倒在地,被眾強人拐來山內,大大王要做夫人,二大王要做妻室,第三第四個都愛我美色,七八十家一齊爭吵,大家都不忿氣,所以把奴奴綁在林間,眾強人散盤而去。今已五日五夜,看看命盡,不久身亡。不知是那世裡祖宗積德,今日遇著老師父到此。千萬發大慈悲,救我一命,九泉之下,決不忘恩。」說罷,淚下如雨。
Or donc, Sanzang était assis dans la forêt, clarifiant son esprit pour contempler sa nature propre, et récitait le Sūtra du Cœur de la perfection de sagesse lorsqu’il entendit soudain une voix plaintive appeler : « Au secours ! » Sanzang, fort surpris, se dit : « Bonté divine ! Bonté divine ! Qui peut appeler ainsi dans une forêt si profonde ? Sans doute cette personne a-t-elle été terrassée d’effroi par des loups, des insectes, des tigres ou des léopards. Allons voir. » Le vénérable se leva et avança à petits pas ; il passa entre des cyprès millénaires, franchit des pins vieux de dix mille ans et, s’agrippant aux vignes et aux lianes, s’approcha pour regarder. Il vit une femme attachée à un grand arbre : le haut de son corps y était lié par des lianes, tandis que le bas était enterré. Le vénérable s’arrêta et lui demanda : « Madame le bodhisattva, que vous est-il arrivé pour que vous soyez attachée ici ? » Ah ! Cette créature était bel et bien un monstre, mais le vénérable, avec ses yeux de chair et son corps mortel, était incapable de le reconnaître. Voyant qu’il l’interrogeait, le monstre versa des larmes comme une source jaillissante. Voyez ses joues de pêche baignées de pleurs : elle avait une beauté à faire plonger les poissons et tomber les oies sauvages ; ses yeux étoilés étaient pleins de tristesse : elle avait un visage à voiler la lune et faire honte aux fleurs. Le vénérable n’osait vraiment pas s’approcher davantage et demanda encore : « Madame le bodhisattva, de quelle faute êtes-vous donc coupable ? Dites-le à ce pauvre religieux, afin qu’il puisse vous sauver. » Par de belles paroles trompeuses et des sentiments feints, le démon répondit avec empressement : « Maître, ma famille habite au royaume de la Pauvre Vieille, à plus de deux cents lis d’ici. Mon père et ma mère sont encore en vie ; ils aiment profondément le bien et ont toujours vécu en harmonie avec leurs parents et leurs amis. À l’occasion de la fête de la Pure Clarté, ils invitèrent tous nos proches et les membres de notre clan, grands et petits, à se rendre aux tombes ancestrales pour les balayer et leur rendre hommage. Toute la troupe, en palanquins et à cheval, parvint dans la campagne déserte. Arrivés devant les tombes, nous disposâmes les offrandes et venions de brûler les chevaux de papier quand retentirent soudain gongs et tambours. Une bande de brigands surgit, brandissant sabres et bâtons, et chargea en poussant des cris de mort. Dans notre affolement, notre âme s’envola et notre courage se dispersa. Mes parents et tous nos proches qui avaient un cheval ou un palanquin s’enfuirent chacun pour sauver leur vie. Mais votre petite servante est jeune : incapable de courir, elle tomba d’effroi sur le sol. Les brigands l’enlevèrent et l’emmenèrent dans la montagne. Leur premier roi voulait faire de moi sa dame, le deuxième me voulait pour épouse, le troisième et le quatrième convoitaient également ma beauté ; soixante-dix ou quatre-vingts d’entre eux se disputèrent tous ensemble et, comme aucun ne voulait céder, ils attachèrent votre servante dans cette forêt avant de se disperser vers leurs différents repaires. Voilà maintenant cinq jours et cinq nuits que je suis ici ; ma vie touche à sa fin, et je ne tarderai pas à mourir. J’ignore quels mérites mes ancêtres ont accumulés dans une existence passée pour que je rencontre aujourd’hui un vénérable maître. Déployez, je vous en supplie, votre immense compassion et sauvez-moi la vie ; jusque sous les Neuf Sources, jamais je n’oublierai votre bienfait. » Ayant parlé, elle versa des larmes comme la pluie.
三藏真個慈心,也就忍不住吊下淚來,聲音哽咽,叫道:「徒弟。」那八戒、沙僧正在林中尋花覓果,猛聽得師父叫得悽愴,獃子道:「沙和尚,師父在此認了親耶。」沙僧笑道:「二哥胡纏,我們走了這些時,好人也不曾撞見一個,親從何來?」八戒道:「不是親,師父那裡與人哭麼?我和你去看來。」沙僧真個回轉舊處,牽了馬,挑了擔,至跟前叫:「師父,怎麼說?」唐僧用手指定那樹上,叫:「八戒,解下那女菩薩來,救他一命。」獃子不分好歹,就去動手。
Sanzang avait réellement le cœur compatissant ; incapable de se retenir, il se mit lui aussi à pleurer et appela d’une voix étranglée : « Disciples ! » Bajie et le moine Sha cherchaient alors des fleurs et des fruits dans la forêt. Entendant soudain les appels déchirants du maître, l’Idiot dit : « Moine Sha, notre maître vient-il donc de retrouver ici un parent ? » Le moine Sha répondit en riant : « Deuxième frère, tu déraisonnes. Depuis tout le temps que nous voyageons, nous n’avons même pas rencontré un honnête homme ; d’où lui viendrait un parent ? » Bajie dit : « Si ce n’est pas un parent, avec qui notre maître pleure-t-il là-bas ? Allons voir, toi et moi. » Le moine Sha revint en effet sur leurs pas, prit le cheval par la bride, chargea la palanche et, arrivé près de Sanzang, demanda : « Maître, que se passe-t-il ? » Le moine des Tang désigna de la main la femme attachée à l’arbre et dit : « Bajie, détache cette dame bodhisattva et sauve-lui la vie. » Sans distinguer le bien du mal, l’Idiot se mit aussitôt à l’ouvrage.
卻說那大聖在半空中,又見那黑氣濃厚,把祥光盡情蓋了,道聲:「不好,不好!黑氣罩暗祥光,怕不是妖邪害俺師父?化齋還是小事,且去看我師父去。」卻返雲頭,按落林裡,只見八戒亂解繩兒。行者上前一把揪住耳朵,撲的捽了一跌。獃子擡頭看見,爬起來說道:「師父教我救人,你怎麼恃你有力,將我摜這一跌?」行者笑道:「兄弟,莫解他。他是個妖精,弄喧兒,騙我們哩。」三藏喝道:「你這潑猴,又來胡說了,怎麼這等一個女子,就認得他是個妖怪?」行者道:「師父原來不知,這都是老孫幹過的買賣,想人肉吃的法兒,你那裡認得?」八戒嗊著嘴道:「師父,莫信這弼馬溫哄你,這女子乃是此間人家。我們東土遠來,不與相較,又不是親眷,如何說他是妖精?他打發我們丟了前去,他卻翻觔斗,弄神法轉來和他幹巧事兒,倒踏門也。」行者喝道:「夯貨,莫亂談。我老孫一向西來,那裡有甚憊懶處?似你這個重色輕生、見利忘義的囔糟,不識好歹,替人家哄了招女婿,綁在樹上哩。」三藏道:「也罷,也罷。八戒啊,你師兄常時也看得不差,既這等說,不要管他,我們去罷。」行者大喜道:「好了,師父是有命的了。請上馬,出松林外,有人家化齋你吃。」四人果一路前進,把那怪撇了。
Or donc, du haut des airs, le Grand Saint vit la vapeur noire s’épaissir encore et couvrir entièrement la lumière propice. Il s’écria : « Voilà qui est mauvais ! Voilà qui est mauvais ! Cette vapeur noire obscurcit la lumière faste : serait-ce un démon maléfique qui s’en prend à notre maître ? Quêter le repas est une petite affaire ; allons d’abord voir mon maître. » Il retourna donc la tête de son nuage et descendit dans la forêt. Il vit Bajie qui s’embrouillait en défaisant les cordes. Le Pèlerin s’avança, le saisit par une oreille et, d’une brusque secousse, le jeta par terre. L’Idiot leva la tête, le reconnut, se releva et dit : « Le maître m’a ordonné de sauver quelqu’un. Pourquoi profites-tu de ta force pour me flanquer ainsi par terre ? » Le Pèlerin répondit en riant : « Frère, ne la détache pas. C’est un démon qui fait tout ce tapage pour nous tromper. » Sanzang s’écria : « Maudit singe, te voilà encore à dire des sottises ! Comment peux-tu reconnaître un monstre dans une femme pareille ? » Le Pèlerin répondit : « Maître, vous ne savez donc pas que le vieux Sun a lui-même exercé ce métier ? Voilà justement le genre de ruse qu’on emploie lorsqu’on veut manger de la chair humaine ; comment pourriez-vous le reconnaître ? » Bajie, les lèvres retroussées, dit : « Maître, ne croyez pas ce Bimawen qui cherche à vous duper. Cette femme est d’une famille des environs. Nous venons de loin, de les Terres de l’Est ; nous n’avons aucun différend avec elle et ne sommes pas non plus de ses parents. Pourquoi serait-elle un démon ? Il veut nous renvoyer et nous faire continuer sans elle ; puis il reviendra en saut périlleux, usera de ses pouvoirs et fera avec elle de jolies choses en passant par la porte de derrière. » Le Pèlerin cria : « Lourdaud, ne débite pas d’absurdités ! Depuis que le vieux Sun voyage vers l’ouest, quand s’est-il jamais montré paresseux et débauché ? Quant à toi, ordure qui préfères la luxure à la vie et oublies la justice à la vue d’un avantage, tu ne sais pas distinguer le bien du mal : tu t’es laissé berner par une famille qui voulait recruter un gendre et t’a retrouvé attaché à un arbre ! » Sanzang dit : « Soit, soit. Bajie, ton frère aîné se trompe rarement lorsqu’il examine les choses. Puisqu’il parle ainsi, ne nous occupons pas d’elle et partons. » Le Pèlerin, ravi, s’écria : « Parfait ! Le maître aura la vie sauve. Remontez à cheval ; hors de la forêt de pins, nous trouverons une maison où mendier votre repas. » Tous quatre reprirent donc la route, abandonnant le monstre derrière eux.
卻說那怪綁在樹上,咬牙恨齒道:「幾年家聞人說孫悟空神通廣大,今日見他,果然話不虛傳。那唐僧乃童身修行,一點元陽未泄,正欲拿他去配合,成太乙金仙,不知被此猴識破吾法,將他救去了。若是解了繩,放我下來,隨手捉將去,卻不是我的人兒也?今被他一篇散言碎語帶去,卻又不是勞而無功?等我再叫他兩聲,看是如何。」妖精不動繩索,把幾聲善言善語,用一陣順風,嚶嚶的吹在唐僧耳內。你道叫的甚麼?他叫道:「師父啊,你放著活人的性命還不救,昧心拜佛取何經?」
Or donc, le monstre, toujours attaché à l’arbre, grinça des dents de haine : « Depuis des années, j’entendais dire que Sun Wukong possédait d’immenses pouvoirs surnaturels. Je le vois aujourd’hui : cette réputation n’était vraiment pas mensongère. Ce moine des Tang s’est cultivé dans la chasteté ; il n’a pas laissé échapper la moindre parcelle de son essence mâle originelle. Je voulais précisément le capturer et m’unir à lui pour devenir une Immortelle d’Or du Grand Un. Mais ce singe a percé à jour mon art et l’a sauvé. S’ils avaient défait mes liens et m’avaient remise en liberté, il m’aurait suffi de tendre la main pour le saisir : n’aurait-il pas été à moi ? À présent que ce singe l’a emmené par un flot de propos décousus, vais-je donc avoir peiné sans résultat ? Appelons-le encore deux fois pour voir ce qui arrivera. » Sans remuer ses liens, le démon prononça quelques paroles douces et vertueuses, puis les porta sur un vent favorable jusqu’aux oreilles du moine des Tang. Savez-vous ce qu’elle cria ? « Maître ! Vous laissez mourir une personne vivante sans la sauver ; avec une conscience aussi noire, quel Bouddha allez-vous adorer et quelles écritures chercher ? »
唐僧在馬上聽得又這般叫喚,即勒馬叫:「悟空,去救那女子下來罷。」行者道:「師父走路,怎麼又想起他來了?」唐僧道:「他又在那裡叫哩。」行者問:「八戒,你聽見麼?」八戒道:「耳大遮住了,不曾聽見。」又問:「沙僧,你聽見麼?」沙僧道:「我挑擔前走,不曾在心,也不曾聽見。」行者道:「老孫也不曾聽見。師父,他叫甚麼?偏你聽見?」唐僧道:「他叫得有理。說道:『活人性命還不救,昧心拜佛取何經?』『救人一命,勝造七級浮屠。』快去救他下來,強似取經拜佛。」行者笑道:「師父要善將起來,就沒藥醫。你想你離了東土,一路西來,卻也過了幾重山場,遇著許多妖怪,常把你拿將進洞。老孫來救你,使鐵棒,常打死千千萬萬。今日一個妖精的性命,捨不得,要去救他?」唐僧道:「徒弟呀,古人云:『勿以善小而不為,勿以惡小而為之。』還去救他救罷。」行者道:「師父既然如此,只是這個擔兒,老孫卻擔不起。你要救他,我也不敢苦勸:我勸一會,你又惱了。任你去救。」唐僧道:「猴頭莫多話,你坐著,等我和八戒救他去。」
Le moine des Tang entendit cet appel du haut de son cheval. Il tira aussitôt sur les rênes et cria : « Wukong, va donc délivrer cette femme. » Le Pèlerin demanda : « Maître, nous sommes en route ; pourquoi pensez-vous encore à elle ? » Le moine des Tang répondit : « Elle appelle de nouveau là-bas. » Le Pèlerin demanda : « Bajie, l’as-tu entendue ? » Bajie répondit : « Mes grandes oreilles bouchaient le passage ; je n’ai rien entendu. » Il demanda encore : « Moine Sha, l’as-tu entendue ? » Celui-ci répondit : « Je marchais devant avec la palanche sans y prêter attention ; je n’ai rien entendu non plus. » Le Pèlerin dit : « Le vieux Sun non plus n’a rien entendu. Maître, qu’a-t-elle donc crié pour que vous seul l’ayez entendue ? » Le moine des Tang répondit : « Son appel est raisonnable. Elle dit : “Vous laissez mourir une personne vivante sans la sauver ; avec une conscience aussi noire, quel Bouddha allez-vous adorer et quelles écritures chercher ?” “Sauver une vie vaut mieux que bâtir une pagode de sept étages.” Va vite la délivrer : cela vaudra mieux que de chercher les écritures et d’adorer le Bouddha. » Le Pèlerin rit : « Quand votre bonté se met en branle, maître, il n’existe plus de remède. Songez que, depuis votre départ de les Terres de l’Est, sur toute la route vers l’ouest, vous avez franchi bien des montagnes et rencontré quantité de monstres qui, souvent, vous ont emporté dans leur caverne. Quand le vieux Sun venait vous sauver, il maniait son bâton de fer et en tuait couramment des milliers et des dizaines de milliers. Et aujourd’hui, vous ne pouvez vous résoudre à sacrifier la vie d’un seul démon et voulez aller le sauver ? » Le moine des Tang répondit : « Disciple, les anciens disaient : “Ne renonce pas à faire un bien parce qu’il est petit ; ne commets pas un mal parce qu’il est petit.” Retourne donc la sauver. » Le Pèlerin dit : « Puisqu’il en est ainsi, maître, le vieux Sun est incapable d’assumer ce fardeau. Si vous voulez la sauver, je n’ose plus vous en détourner avec insistance : dès que je vous exhorte un moment, vous vous mettez en colère. Sauvez-la donc comme il vous plaira. » Le moine des Tang dit : « Tête de singe, cesse de bavarder. Reste assis ici pendant que Bajie et moi allons la sauver. »
唐僧回至林裡,教八戒解了上半截繩子,用鈀築出下半截身子。那怪跌跌鞋,束束裙,喜孜孜跟著唐僧出松林,見了行者。行者只是冷笑不止。唐僧罵道:「潑猴頭,你笑怎的?」行者道:「我笑你時來逢好友,運去遇佳人。」三藏又罵道:「潑猢猻胡說。我自出娘肚皮,就做和尚,如今奉旨西來,虔心禮佛求經,又不是利祿之輩,有甚運退時?」行者笑道:「師父,你雖是自幼為僧,卻只會看經念佛,不曾見王法條律。這女子生得年少標致,我和你乃出家人,同他一路行走,倘或遇著歹人,把我們拿送官司,不論甚麼取經拜拂,且都打做姦情;縱無此事,也要問個拐帶人口:師父追了度牒,打個小死;八戒該問充軍;沙僧也問擺站;我老孫也不得乾淨,饒我口能,怎麼折辯,也要問個不應。」三藏喝道:「莫胡說,終不然,我救他性命,有甚貽累不成?帶了他去,凡有事,都在我身上。」行者道:「師父雖說有事在你,卻不知你不是救他,反是害他。」三藏道:「我救他出林,得其活命,怎麼反是害他?」行者道:「他當時綁在林間,或三五日,十日半月,沒飯吃,餓死了,還得個完全身體歸陰。如今帶他出來,你坐得是個快馬,行路如風,我們只得隨你,那女子腳小,挪步艱難,怎麼跟得上走?一時把他丟下,若遇著狼蟲虎豹,一口吞之,卻不是反害其生也?」
Le moine des Tang revint dans la forêt. Il ordonna à Bajie de défaire les cordes qui retenaient le haut du corps, puis de dégager le bas à coups de râteau. Le monstre rajusta ses chaussures, resserra sa jupe et suivit joyeusement le moine des Tang hors de la forêt de pins, où elle aperçut le Pèlerin. Celui-ci ne cessait de ricaner. Le moine des Tang l’injuria : « Maudite tête de singe, de quoi ris-tu ? » Le Pèlerin répondit : « Je ris de vous voir, au temps de la fortune, rencontrer un bon ami, et, au déclin de votre chance, trouver une belle femme. » Sanzang l’injuria encore : « Maudit macaque, ne dis pas de sottises ! Depuis que je suis sorti du ventre de ma mère, j’ai toujours été moine. Aujourd’hui, je voyage vers l’ouest sur ordre impérial pour adorer pieusement le Bouddha et chercher les écritures. Je ne suis pas de ceux qui poursuivent profit et dignités ; comment pourrais-je connaître le déclin de la fortune ? » Le Pèlerin répondit en riant : « Maître, vous êtes certes moine depuis l’enfance, mais vous savez seulement lire les écritures et réciter le nom du Bouddha ; vous n’avez jamais étudié les lois et règlements du royaume. Cette femme est jeune et jolie, tandis que nous sommes des religieux. Si nous cheminons avec elle et rencontrons quelque méchant homme qui nous arrête et nous livre aux autorités, on ne parlera plus de quête des écritures ni d’adoration du Bouddha : on nous accusera tous d’une liaison illicite. Même s’il n’en est rien, il faudra répondre d’avoir enlevé une personne. Vous, maître, on vous confisquera votre certificat d’ordination et on vous battra presque à mort ; Bajie sera condamné à l’exil militaire ; le moine Sha, au service des relais ; et le vieux Sun lui-même n’en sortira pas indemne. J’aurai beau être éloquent et présenter tous les arguments possibles, on m’accusera encore d’une conduite illégale. » Sanzang cria : « Cesse tes sottises ! Se pourrait-il vraiment que lui sauver la vie nous attire quelque malheur ? Emmenons-la ; quoi qu’il arrive, j’en prendrai toute la responsabilité. » Le Pèlerin répondit : « Vous dites que vous prendrez tout sur vous, maître, mais vous ignorez que vous ne la sauvez pas : vous lui faites au contraire du mal. » Sanzang demanda : « Je l’ai tirée de la forêt et lui ai permis de vivre ; comment lui ferais-je du mal ? » Le Pèlerin répondit : « Lorsqu’elle était attachée dans la forêt, elle serait restée trois ou cinq jours, dix jours ou une quinzaine sans nourriture, puis serait morte de faim et aurait encore emporté dans le monde des ombres un corps intact. Maintenant que vous l’avez amenée, vous montez un cheval rapide et voyagez comme le vent ; nous-mêmes devons vous suivre. Mais cette femme a de petits pieds et avance difficilement : comment pourrait-elle marcher assez vite ? Si nous la laissons derrière nous et qu’un loup, un insecte, un tigre ou un léopard la dévore d’une bouchée, ne lui aurons-nous pas au contraire ôté la vie ? »
三藏道:「正是呀,這件事卻虧你想,如何處置?」行者笑道:「抱他上來,和你同騎著馬走罷。」三藏沉吟道:「我那裡好與他同馬?」──「他怎生得去?」三藏道:「教八戒馱他走罷。」行者笑道:「獃子造化到了。」八戒道:「『遠路沒輕擔。』教我馱人,有甚造化?」行者道:「你那嘴長,馱著他,轉過嘴來,計較私情話兒,卻不便益?」八戒聞此言,搥胸爆跳道:「不好,不好。師父要打我幾下,寧可忍疼。背著他決不得乾淨,師兄一生會贓埋人。我馱,不成。」三藏道:「也罷,也罷。我也還走得幾步,等我下來,慢慢的同走,著八戒牽著空馬罷。」行者大笑道:「獃子倒有買賣,師父照顧你牽馬哩。」三藏道:「這猴頭又胡說了。古人云:『馬行千里,無人不能自往。』假如我在路上慢走,你好丟了我去?我若慢,你們也慢。大家一處同這女菩薩走下山去,或到庵觀寺院,有人家之處,留他在那裡,也是我們救他一場。」行者道:「師父說得有理,快請前進。」
Sanzang dit : « C’est vrai. Heureusement que tu y as pensé. Comment allons-nous faire ? » Le Pèlerin répondit en riant : « Prenez-la dans vos bras et montez-la sur le cheval avec vous. » Sanzang hésita : « Comment pourrais-je convenablement partager ma monture avec elle ? » — « Alors, comment voyagera-t-elle ? » Sanzang dit : « Faisons-la porter par Bajie. » Le Pèlerin rit : « La bonne fortune de l’Idiot est arrivée ! » Bajie répliqua : « “Sur une longue route, il n’est pas de fardeau léger.” Si l’on m’oblige à porter quelqu’un, où est la bonne fortune ? » Le Pèlerin dit : « Avec ton long groin, tu pourras la porter et tourner la bouche vers elle pour échanger des mots tendres en secret. N’y trouveras-tu pas ton avantage ? » À ces mots, Bajie se frappa la poitrine et bondit de colère : « Non, non ! Si le maître veut me donner quelques coups, je préfère encore supporter la douleur. Si je la porte sur mon dos, mon innocence sera sûrement compromise : mon frère aîné a passé sa vie à calomnier les gens. Je ne la porterai pas, cela ne se peut ! » Sanzang dit : « Soit, soit. Je peux encore marcher quelque peu. Je vais descendre et avancer lentement avec elle, tandis que Bajie conduira le cheval sans cavalier. » Le Pèlerin éclata de rire : « Voilà que l’Idiot reçoit une bonne besogne : le maître vous accorde la faveur de conduire son cheval ! » Sanzang dit : « Cette tête de singe recommence à dire des sottises. Les anciens disaient : “Même capable de parcourir mille lis, un cheval ne saurait avancer seul sans homme.” Si je chemine lentement à pied, pourrez-vous m’abandonner sur la route ? Si je ralentis, vous ralentirez aussi. Nous descendrons tous ensemble la montagne avec cette dame bodhisattva. Lorsque nous parviendrons à quelque ermitage, monastère, temple taoïste ou lieu habité, nous la laisserons là ; ainsi, nous lui aurons tout de même sauvé la vie. » Le Pèlerin répondit : « Maître, vous parlez raisonnablement. Mettons-nous vite en route. »
三藏撩前走,沙僧挑擔,八戒牽著空馬,引著女子,行者拿鐵棒,一行前進。不上二三十里,天色將晚,又見一座樓臺殿閣。三藏道:「徒弟,那裡必定是座庵觀寺院,就此借宿了,明日早行。」行者道:「師父說得是,各各走動些。」霎時到了門首,吩咐道:「你們略站遠些,等我先去借宿,若有方便處,著人來叫你。」眾人俱立在柳蔭之下,惟行者拿鐵棒,轄著那女子。
Sanzang releva le devant de sa robe et marcha en tête. Le moine Sha portait la palanche ; Bajie conduisait le cheval sans cavalier et guidait la femme ; le Pèlerin, son bâton de fer à la main, fermait la marche. Après vingt ou trente lis tout au plus, le jour commença à baisser et ils aperçurent un ensemble de pavillons, de terrasses et de grandes salles. Sanzang dit : « Disciples, ce doit être un ermitage, un temple taoïste ou un monastère. Nous y demanderons l’hospitalité cette nuit et repartirons tôt demain. » Le Pèlerin répondit : « Vous avez raison, maître. Que chacun presse un peu le pas. » Ils arrivèrent bientôt devant la porte. Sanzang leur dit : « Restez un peu plus loin pendant que je vais demander l’hospitalité. Si l’endroit convient, je ferai venir quelqu’un vous appeler. » Tous s’arrêtèrent à l’ombre des saules ; seul le Pèlerin, bâton de fer en main, surveillait la femme.
長老拽步近前,只見那門東倒西歪,零零落落。推開看時,忍不住心中悽慘:長廊寂靜,古剎蕭疏;苔蘚盈庭,蒿蓁滿徑;惟螢火之飛燈,只蛙聲而代漏。長老忽然吊下淚來。真個是:
Le vénérable s’avança à grands pas. Il vit la porte pencher de travers et tout l’endroit tomber en ruine. Lorsqu’il la poussa pour regarder, il ne put retenir sa tristesse : les longues galeries étaient silencieuses, l’antique monastère désert ; la mousse envahissait la cour et les armoises encombraient les sentiers ; seules les lucioles y tenaient lieu de lampes, et les coassements des grenouilles, de clepsydre. Le vénérable se mit soudain à pleurer. En vérité :
殿宇凋零倒塌,廊房寂寞傾頹。斷磚破瓦十餘堆,盡是些歪梁折柱。前後盡生青草,塵埋朽爛香廚。鐘樓崩壞鼓無皮,琉璃香燈破損。佛祖金身沒色,羅漢倒臥東西。觀音淋壞盡成泥,楊柳淨瓶墜地。日內並無僧人,夜間盡宿狐狸。只聽風響吼如雷,都是虎豹藏身之處。四下牆垣皆倒,亦無門扇關居。
Les bâtiments des salles étaient délabrés et effondrés ;
Les galeries et les cellules, désertes et croulantes.
Plus de dix tas de briques rompues et de tuiles brisées ;
Rien que poutres tordues et colonnes fracassées.
Partout, devant et derrière, poussait l’herbe verte ;
La poussière ensevelissait les cuisines parfumées, pourries par le temps.
Le clocher s’était écroulé, le tambour n’avait plus de peau ;
La lampe parfumée en verre coloré était brisée.
Le corps d’or du Bouddha avait perdu ses couleurs ;
Les arhats gisaient renversés de-ci de-là.
Guanyin, rongée par la pluie, n’était plus que boue ;
Son flacon purificateur à la branche de saule était tombé à terre.
Le jour, aucun moine n’y demeurait ;
La nuit, les renards seuls y couchaient.
On entendait seulement le vent gronder comme le tonnerre ;
Tous ces lieux servaient de repaires aux tigres et aux léopards.
Les murs d’enceinte s’étaient partout écroulés ;
Il ne restait même plus de vantaux pour fermer la demeure.
有詩為證。詩曰:
Un poème en témoigne. Il dit :
多年古剎沒人修,狼狽凋零倒更休。猛風吹裂伽藍面,大雨澆殘佛像頭。金剛跌損隨淋灑,土地無房夜不收。更有兩般堪嘆處,銅鐘著地沒懸樓。
Depuis bien des années, nul ne répare l’antique monastère ;
Pitoyablement délabré, il s’effondre sans répit.
Les vents violents ont fendu le visage des gardiens du monastère ;
Les grandes pluies ont rongé la tête des statues du Bouddha.
Les Vajras, tombés et brisés, restent livrés aux averses ;
Le Dieu du Sol, privé de sanctuaire, n’est pas recueilli la nuit.
Deux autres spectacles encore méritent qu’on les déplore :
La cloche de bronze gît à terre, sans tour où la suspendre.
三藏硬著膽,走進二層門。見那鐘鼓樓俱倒了,止有一口銅鐘,扎在地下,上半截如雪之白,下半截如靛之青。原來是日久年深,上邊被雨淋白,下邊是土氣上的銅青。三藏用手摸著鐘,高叫道:「鐘啊,你也曾懸掛高樓吼,也曾鳴遠彩梁聲。也曾雞啼就報曉,也曾天晚送黃昏。不知化銅的道人歸何處,鑄銅匠作那邊存。想他二命歸陰府,他無蹤跡你無聲。」
Sanzang rassembla son courage et franchit la seconde porte. Il vit que les tours de la cloche et du tambour s’étaient toutes deux écroulées ; il ne restait qu’une cloche de bronze plantée dans le sol, dont la moitié supérieure était blanche comme neige et la moitié inférieure bleue comme l’indigo. En réalité, après tant d’années, le haut avait blanchi sous la pluie, tandis que le bas avait verdi sous l’action des vapeurs de la terre. Sanzang posa la main sur la cloche et déclama à haute voix : « Ô cloche, tu fus jadis suspendue dans une haute tour pour y rugir ; ta voix résonna jadis au loin sous les poutres peintes. Jadis, dès le chant du coq, tu annonçais l’aurore ; jadis, à la tombée du jour, tu accompagnais le crépuscule. J’ignore où est retourné le taoïste qui transforma le métal, ni de quel côté demeure l’artisan qui te fondit. Sans doute leurs deux vies ont-elles rejoint le monde des ombres : d’eux ne subsiste aucune trace, et de toi, aucun son. »
長老高聲讚嘆,不覺的驚動寺裡之人。那裡邊有一個侍奉香火的道人,他聽見人語,扒起來,拾一塊斷磚,照鐘上打將去,那鐘噹的響了一聲。把個長老諕了一跌,掙起身要走,又絆著樹根,撲的又是一跌。長老倒在地下,擡頭又叫道:「鐘啊,貧僧正然感嘆你,忽的叮噹響一聲。想是西天路上無人到,日久多年變作精。」
Le vénérable exprimait à haute voix son admiration et ses regrets lorsqu’il dérangea involontairement quelqu’un qui se trouvait dans le monastère. C’était un desservant chargé de l’encens et des lampes. Entendant une voix humaine, il se leva en rampant, ramassa un fragment de brique et le lança contre la cloche, qui résonna d’un grand « clang ». Le vénérable tomba de frayeur. Il se releva pour s’enfuir, mais trébucha sur une racine et s’abattit de nouveau. Étendu à terre, il leva la tête et s’écria encore : « Ô cloche, ce pauvre religieux déplorait justement ton sort quand, soudain, tu as tinté. Sans doute personne ne vient-il jamais sur cette route du Paradis de l’Ouest, et les longues années ont-elles fait de toi un esprit. »
那道人趕上前,一把攙住道:「老爺請起。不干鐘成精之事,卻才是我打得鐘響。」三藏擡頭見他的模樣醜黑,道:「你莫是魍魎妖邪?我不是尋常之人,我是大唐來的,我手下有降龍伏虎的徒弟。你若撞著他,性命難存也。」道人跪下道:「老爺休怕。我不是妖邪,我是這寺裡侍奉香火的道人。卻才聽見老爺善言相讚,就欲出來迎接;恐怕是個邪鬼敲門,故此拾一塊斷磚,把鐘打一下壓驚,方敢出來。老爺請起。」那唐僧方然正性道:「住持,險些兒諕殺我也。你帶我進去。」
Le desservant accourut, le saisit par le bras et dit : « Relevez-vous, vénérable seigneur. La cloche n’est nullement devenue un esprit : c’est moi qui viens de la faire sonner. » Sanzang leva la tête, vit son visage noir et laid et dit : « Ne serais-tu pas un spectre ou un démon maléfique ? Je ne suis pas un homme ordinaire : je viens des Grands Tang et j’ai sous mes ordres des disciples capables de soumettre dragons et tigres. Si tu les rencontres, ta vie ne durera guère. » Le desservant s’agenouilla : « N’ayez pas peur, vénérable seigneur. Je ne suis pas un démon, mais le desservant chargé de l’encens et des lampes dans ce monastère. À l’instant, j’ai entendu les belles paroles par lesquelles vous en faisiez l’éloge et j’ai voulu sortir vous accueillir ; mais, craignant qu’un mauvais fantôme ne frappe à la porte, j’ai ramassé un morceau de brique et frappé la cloche afin de me donner du courage avant d’oser sortir. Veuillez vous relever, vénérable seigneur. » Le moine des Tang retrouva alors ses esprits et dit : « Père abbé, vous avez bien failli me faire mourir de peur ! Conduisez-moi à l’intérieur. »
那道人引定唐僧,直至三層門裡看處,比外邊甚是不同。但見那:
Le desservant guida le moine des Tang jusqu’à la troisième porte. Ce qu’il vit à l’intérieur différait grandement de l’extérieur. Voici :
青磚砌就彩雲牆,綠瓦蓋成琉璃殿。黃金裝聖像,白玉造階臺。大雄殿上舞青光,毘羅閣下生銳氣。文殊殿結采飛雲,輪藏堂描花堆翠。三簷頂上寶瓶尖,五福樓中平繡蓋。千株翠竹搖禪榻,萬種青松映佛門。碧雲宮裡放金光,紫霧叢中飄瑞靄。朝聞四野香風遠,暮聽山高畫鼓鳴。應有朝陽補破衲,豈無對月了殘經。又只見半壁燈光明後院,一行香霧照中庭。
Des briques bleues formaient une muraille aux nuées peintes ;
Des tuiles vertes couvraient un palais de verre coloré.
L’or revêtait les saintes images ;
Le jade blanc formait les degrés et les terrasses.
Dans la Grande Salle du Héros dansait une lumière azurée ;
Sous le Pavillon Piluo montaient des lueurs acérées.
Dans la Salle de Wenshu, les ornements noués semblaient des nuées volantes ;
Dans la Salle du Dépôt tournant, les fleurs peintes amoncelaient leur verdure.
Au sommet des triples avant-toits pointait un vase précieux ;
Dans le Pavillon des Cinq Félicités s’étendait un dais brodé.
Mille bambous verdoyants se balançaient près des lits de méditation ;
Dix mille pins verts se reflétaient aux portes du Bouddha.
Dans le Palais des Nuages d’Azur rayonnait une lumière d’or ;
Parmi les brumes pourpres flottaient des vapeurs propices.
À l’aube, les vents parfumés des quatre campagnes portaient au loin ;
Au soir, sur la haute montagne, résonnaient les tambours peints.
Il devait bien s’y trouver quelqu’un qui, au soleil levant, rapiéçait une robe usée ;
Comment n’y aurait-il eu personne pour achever, face à la lune, la lecture d’un sūtra interrompu ?
On voyait encore la lumière d’une lampe éclairer la moitié du mur dans la cour arrière ;
Une traînée de fumée d’encens illuminait la cour centrale.
三藏見了,不敢進去,叫:「道人,你這前邊十分狼狽,後邊這等齊整,何也?」道人笑道:「老爺,這山中多有妖邪強寇,天色清明,沿山打劫,天陰就來寺裡藏身,被他把佛像推倒墊坐,木植搬來燒火。本寺僧人軟弱,不敢與他講論,因此把這前邊破房都捨與那些強人安歇,從新另化了些施主,蓋得那一所寺院。清混各一,這是西方的事情。」三藏道:「原來是如此。」
À cette vue, Sanzang n’osa pas entrer et demanda : « Desservant, pourquoi l’avant est-il dans un état si pitoyable, tandis que l’arrière est si bien ordonné ? » Le desservant répondit en riant : « Vénérable seigneur, cette montagne abonde en démons et en brigands. Par temps clair, ils commettent leurs rapines le long des pentes ; par temps couvert, ils viennent se cacher dans le monastère. Ils renversaient les statues du Bouddha pour s’en faire des sièges et emportaient les boiseries pour alimenter leurs feux. Les moines de notre monastère, trop faibles, n’osaient leur demander raison. Nous avons donc abandonné aux brigands tous les bâtiments ruinés de l’avant pour qu’ils y logent ; puis nous avons sollicité de nouveaux donateurs et fait bâtir ce monastère-ci. Le pur et l’impur ont chacun leur domaine : ainsi vont les choses dans l’Ouest. » Sanzang dit : « Voilà donc l’explication. »
正行間,又見山門上有五個大字,乃「鎮海禪林寺」。才舉步,䟕入門裡,忽見一個和尚走來。你看他怎生模樣:
Tout en avançant, il vit encore cinq grands caractères sur la porte du monastère : « Monastère Chan de la Forêt qui Pacifie la Mer ». À peine avait-il levé le pied et franchi le seuil qu’un moine vint soudain à sa rencontre. Voyez quelle était son apparence :
頭戴左笄絨錦帽,一對銅圈墜耳根。身著頗羅毛線服,一雙白眼亮如銀。手中搖著播郎鼓,口念番經聽不真。三藏原來不認得,這是西方路上喇嘛僧。
Sur la tête, il portait un bonnet de brocart laineux, fixé d’une épingle à gauche ; deux anneaux de cuivre pendaient à ses oreilles.
Son corps était vêtu d’une robe de laine poluo ; ses deux yeux blancs brillaient comme l’argent.
À la main, il agitait un tambour à manche ; de sa bouche, il récitait des écritures barbares aux mots indistincts.
Sanzang ne le reconnut pas : c’était un moine lama de la route occidentale.
那喇嘛和尚走出門來,看見三藏眉清目秀,額闊頂平,耳垂肩,手過膝,好似羅漢臨凡,十分俊雅。他走上前扯住,滿面笑唏唏的與他捻手捻腳,摸他鼻子,揪他耳朵,以示親近之意。攜至方丈中,行禮畢,卻問:「老師父何來?」三藏道:「弟子乃東土大唐駕下欽差往西方天竺國大雷音寺拜佛取經者。適行至寶方天晚,特奔上剎借宿一宵,明日早行。望垂方便一二。」那和尚笑道:「不當人子,不當人子。我們不是好意要出家的,皆因父母生身,命犯華蓋,家裡養不住,才捨斷了出家。既做了佛門弟子,切莫說脫空之話。」三藏道:「我是老實話。」和尚道:「那東土到西天,有多少路程?路上有山,山中有洞,洞內有精。想你這個單身,又生得嬌嫩,那裡像個取經的?」三藏道:「院主也見得是。貧僧一人,豈能到此?我有三個徒弟,逢山開路,遇水疊橋,保我弟子,所以到得上剎。」那和尚道:「三位高徒何在?」三藏道:「現在山門外伺候。」那和尚慌了道:「師父,你不知我這裡有虎狼、妖賊、鬼怪傷人。白日裡不敢遠出,未經天晚就關了門戶。這早晚還把人放在外邊?」叫:「徒弟,快去請將進來。」
Le moine lama sortit par la porte et vit que Sanzang avait les sourcils nets et les yeux clairs, le front large et le sommet du crâne plat, les lobes des oreilles tombant jusqu’aux épaules et les mains dépassant les genoux. Il ressemblait à un arhat descendu parmi les mortels et possédait une prestance des plus élégantes. Le lama s’avança, le saisit avec un visage tout souriant, lui pressa les mains et les pieds, lui toucha le nez et lui tira les oreilles pour lui témoigner son affection. Il le conduisit dans les appartements de l’abbé ; une fois les salutations achevées, il demanda : « D’où venez-vous, vénérable maître ? » Sanzang répondit : « Votre disciple est l’envoyé impérial de Sa Majesté des Grands Tang, en Terre de l’Est. Je me rends au monastère du Grand-Tonnerre, au royaume de Tianzhu dans l’Ouest, afin d’adorer le Bouddha et de chercher les écritures. Le soir m’a surpris en arrivant dans votre précieux domaine ; je suis spécialement venu demander l’hospitalité dans votre noble monastère pour une nuit et repartirai tôt demain. J’espère que vous voudrez bien m’accorder cette commodité. » Le moine répondit en riant : « Ce n’est pas digne d’un honnête homme, pas digne d’un honnête homme ! Nous-mêmes ne sommes pas entrés en religion de bon gré. C’est seulement parce que le destin que nous reçûmes de nos parents se trouvait placé sous le dais funeste et que notre famille ne pouvait nous garder que nous avons rompu avec elle pour devenir moines. Puisque vous êtes devenu disciple de la porte bouddhique, gardez-vous donc de paroles mensongères. » Sanzang répondit : « Je dis la vérité. » Le moine reprit : « Quelle distance sépare donc les Terres de l’Est du Paradis de l’Ouest ? Sur la route se trouvent des montagnes, dans les montagnes des cavernes, et dans les cavernes des esprits. Vous êtes seul et d’apparence si délicate : comment pourriez-vous être un pèlerin en quête des écritures ? » Sanzang répondit : « Vous jugez correctement, maître de ce monastère. Comment ce pauvre religieux aurait-il pu parvenir seul jusqu’ici ? J’ai trois disciples qui ouvrent la route devant les montagnes et bâtissent des ponts devant les cours d’eau. C’est grâce à leur protection que votre disciple a pu atteindre votre noble monastère. » Le moine demanda : « Où sont vos trois éminents disciples ? » Sanzang répondit : « Ils attendent maintenant devant la porte du monastère. » Le moine s’alarma : « Maître, vous ignorez que tigres, loups, démons, bandits et fantômes tuent les gens par ici. Le jour, nous n’osons pas nous éloigner ; avant même la nuit, nous fermons toutes les portes. Comment pouvez-vous laisser des gens dehors à cette heure ? » Puis il cria : « Disciples, allez vite les inviter à entrer ! »
有兩個小喇嘛兒跑出外去,看見行者,諕了一跌;見了八戒,又是一跌。扒起來往後飛跑,道:「爺爺,造化低了,你的徒弟不見,只有三四個妖怪站在那門首也。」三藏問道:「怎麼模樣?」小和尚道:「一個雷公嘴,一個碓挺嘴,一個青臉獠牙。傍有一個女子,倒是個油頭粉面。」三藏笑道:「你不認得。那三個醜的,是我徒弟。那一個女子,是我打松林裡救命來的。」那喇嘛道:「爺爺呀!這們好俊師父,怎麼尋這般醜徒弟?」三藏道:「他醜自醜,卻俱有用。你快請他進來,若再遲了些兒,那雷公嘴的有些闖禍,不是個人生父母養的,他就打進來也。」
Deux petits lamas coururent dehors. À la vue du Pèlerin, ils tombèrent de frayeur ; à celle de Bajie, ils chutèrent une seconde fois. Ils se relevèrent en rampant et revinrent en courant : « Grand-père, votre bonne fortune est bien faible ! Nous n’avons pas vu vos disciples ; il n’y a que trois ou quatre monstres devant la porte. » Sanzang demanda : « À quoi ressemblent-ils ? » Le petit moine répondit : « L’un a une bouche de Dieu du Tonnerre, un autre un groin en pilon, et le troisième un visage bleu avec des crocs. À côté d’eux se tient une femme au visage fardé et aux cheveux luisants, qui est en revanche assez jolie. » Sanzang répondit en riant : « Vous ne les reconnaissez pas. Les trois laids sont mes disciples. La femme est une personne que j’ai sauvée dans la forêt de pins. » Le lama dit : « Grand-père ! Comment un maître aussi beau que vous a-t-il pu trouver des disciples aussi laids ? » Sanzang répondit : « Ils sont laids, certes, mais tous fort utiles. Allez vite les inviter à entrer. Si vous tardez davantage, celui qui a une bouche de Dieu du Tonnerre risque de provoquer quelque incident. Il n’est pas de nature à se laisser traiter comme un simple mortel : il finira par entrer de force en frappant. »
那小和尚即忙跑出,戰兢兢的跪下道:「列位老爺,唐老爺請哩。」八戒笑道:「哥啊,他請便罷了,卻這般戰兢兢的,何也?」行者道:「看見我們醜陋害怕。」八戒道:「可是扯淡。我們乃生成的,那個是好要醜哩?」行者道:「把那醜且略收拾收拾。」獃子真個把嘴揣在懷裡,低著頭,牽著馬;沙僧挑著擔;行者在後面拿著棒,轄著那女子:一行進去。穿過了那倒塌房廊,入三層門裡,拴了馬,歇了擔。進方丈中,與喇嘛僧相見,分了坐次。那和尚入裡邊,引出七八十個小喇嘛來,見禮畢,收拾辦齋管待。正是:
Le petit moine ressortit aussitôt en courant et s’agenouilla tout tremblant : « Vénérables seigneurs, le seigneur des Tang vous invite à entrer. » Bajie dit en riant : « Frère, puisqu’il nous invite, pourquoi tremble-t-il de la sorte ? » Le Pèlerin répondit : « Notre laideur lui fait peur. » Bajie dit : « Quelle absurdité ! Nous sommes nés ainsi ; qui donc choisirait d’être laid ? » Le Pèlerin dit : « Arrange donc un peu cette laideur. » L’Idiot rentra réellement son groin contre sa poitrine, baissa la tête et conduisit le cheval. Le moine Sha portait la palanche ; le Pèlerin, derrière eux, tenait son bâton et surveillait la femme. Toute la troupe entra. Elle traversa les galeries et bâtiments écroulés, franchit la troisième porte, attacha le cheval et posa les bagages. Les voyageurs entrèrent dans les appartements de l’abbé, saluèrent le moine lama et s’assirent selon leur rang. Celui-ci se rendit à l’intérieur et en fit sortir soixante-dix ou quatre-vingts jeunes lamas. Après les salutations, ils préparèrent un repas maigre pour recevoir leurs hôtes. En vérité :
積功須在慈悲念,佛法興時僧讚僧。
Pour accumuler des mérites, il faut nourrir des pensées compatissantes ;
Quand la Loi bouddhique prospère, les moines font l’éloge des moines.
畢竟不知怎生離寺,且聽下回分解。
On ignore encore comment ils quitteront le monastère ; écoutez l’explication au prochain chapitre.