La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 95 Le faux s’unit à la forme vraie : le Lapin de Jade est capturé ; — Le vrai yin revient à la rectitude : il rejoint l’origine spirituelle.
假合真形擒玉兔真陰歸正會靈元
Le faux s’unit à la forme vraie : le Lapin de Jade est capturé ;
Le vrai yin revient à la rectitude : il rejoint l’origine spirituelle.
卻說那唐僧憂憂愁愁,隨著國王至後宮。只聽得鼓樂喧天,隨聞得異香撲鼻。低著頭,不敢仰視。行者暗裡欣然,丁在那毘盧帽頂上,運神光,睜火眼金睛觀看。又只見那兩班綵女,擺列的似蕊宮仙府,勝強似錦帳春風。真個是:
Or le moine des Tang, plein d’inquiétude et de chagrin, suivit le roi jusqu’au palais intérieur. Il entendit soudain tambours et musiques retentir jusqu’au ciel, tandis qu’un parfum étrange venait lui assaillir les narines. Il gardait la tête baissée, sans oser lever les yeux. Le pèlerin, secrètement ravi, se tenait perché au sommet du bonnet de Vairocana ; faisant rayonner sa puissance spirituelle, il ouvrit ses prunelles de feu aux pupilles d’or et regarda. Il vit encore deux rangées de suivantes parées, disposées comme dans le palais immortel du séjour des fleurs, surpassant même le vent printanier sous les courtines de brocart. C’était vraiment :
娉婷嬝娜,玉質冰肌。一雙雙嬌欺楚女,一對對美賽西施。雲髻高盤飛彩鳳,蛾眉微顯遠山低。笙簧雅奏,簫鼓頻吹。宮商角徵羽,抑揚高下齊。清歌妙舞常堪愛,錦砌花團色色怡。
Sveltes et gracieuses, avec un corps de jade et une peau de glace.
Par couples, leur charme éclipsait les belles de Chu ; deux par deux, leur beauté surpassait Xi Shi.
Leurs chignons de nuages, haut relevés, portaient des phénix diaprés ; leurs sourcils de papillon se dessinaient comme de lointaines montagnes basses.
Les orgues à bouche jouaient avec élégance, flûtes et tambours retentissaient sans cesse.
Gong, shang, jue, zhi et yu : graves ou aigus, tous les tons s’accordaient.
Chants limpides et danses merveilleuses charmaient toujours ; sur les degrés de brocart, les fleurs assemblées enchantaient sous toutes leurs couleurs.
行者見師父全不動念,暗自裡咂嘴誇稱道:「好和尚,好和尚。身居錦繡心無愛,足步瓊瑤意不迷。」
Voyant que son maître n’éprouvait pas le moindre émoi, le pèlerin fit claquer ses lèvres et le loua secrètement : « Quel bon moine, quel bon moine ! Au milieu des brocarts, son cœur ne s’attache à rien ; foulant le jade précieux, son esprit ne s’égare pas. »
少時,皇后、嬪妃簇擁著公主出鳷鵲宮,一齊迎接,都道聲:「我王萬歲,萬萬歲。」慌的個長老戰戰兢兢,莫知所措。行者早已知識,見那公主頭頂上微露出一點妖氛,卻也不十分兇惡。即忙爬近耳朵叫道:「師父,公主是個假的。」長老道:「是假的,卻如何放他現相?」行者道:「使出法身,就此拿他也。」長老道:「不可,不可,恐驚了主駕。且待君、后退散,再使法力。」
Peu après, la reine et les concubines, entourant la princesse, sortirent du palais de la Pie à longues ailes pour venir toutes ensemble à leur rencontre et s’écrièrent : « Dix mille ans à notre roi ! Dix mille fois dix mille ans ! » Le vénérable, pris de panique, tremblait de tous ses membres et ne savait que faire. Le pèlerin, lui, avait déjà compris : il voyait poindre au-dessus de la tête de la princesse un léger souffle démoniaque, qui toutefois n’avait rien de très féroce. Il se glissa aussitôt près de l’oreille de son maître et lui dit : « Maître, cette princesse est fausse. » Le vénérable demanda : « Puisqu’elle est fausse, comment lui faire révéler son vrai visage ? » Le pèlerin répondit : « Je vais manifester mon corps véritable et la saisir sur-le-champ. » Le vénérable dit : « Non, non ! Nous risquerions d’effrayer Sa Majesté. Attendons que le roi et la reine se soient retirés avant d’user de tes pouvoirs. »
那行者一生性急,那裡容得,大咤一聲,現了本相,趕上前,揪住公主罵道:「好孽畜!你在這裡弄假成真,只在此這等受用,也儘夠了;心尚不足,還要騙我師父,破他的真陽,遂你的淫性哩。」諕得那國王呆呆掙掙,后妃跌跌爬爬,宮娥綵女無一個不東躲西藏,各顧性命。好便似:
Mais le pèlerin était d’un naturel impatient : comment aurait-il pu se contenir ? Poussant un grand cri, il reprit sa forme véritable, bondit en avant, empoigna la princesse et l’injuria : « Misérable créature ! Tu as ici fait passer le faux pour le vrai et joui de tous ces agréments : cela devrait bien te suffire. Mais ton cœur demeure insatiable, et tu veux encore tromper mon maître, ruiner son vrai yang et assouvir ta lubricité ! » Le roi en resta pétrifié et chancelant ; reine et concubines trébuchaient et rampaient, et parmi les dames du palais et les suivantes parées, il n’en était pas une qui ne cherchât à se cacher de tous côtés, chacune ne songeant qu’à sauver sa vie. On aurait dit :
春風蕩蕩,秋氣瀟瀟。春風蕩蕩過園林,千花擺動;秋氣瀟瀟來禁苑,萬葉飄搖。刮折牡丹攲檻下,吹歪芍藥臥欄邊。沼岸芙蓉亂撼,臺基菊蕊鋪堆。海棠無力倒塵埃,玫瑰有香眠野境。春風吹折芰荷楟,冬雪壓歪梅嫩蕊。石榴花瓣,亂落在內院東西;岸柳枝條,斜垂在皇宮南北。好花風雨一宵狂,無數殘紅鋪地錦。
Le vent du printemps soufflait à grands flots, l’air de l’automne murmurait avec désolation.
Le vent printanier traversait les jardins, faisant ondoyer mille fleurs ; le souffle automnal entrait dans le parc interdit, agitant dix mille feuilles.
Il brisait les pivoines, inclinées sous les balustrades ; il couchait les pivoines herbacées au pied des barrières.
Sur les berges des étangs, les hibiscus tremblaient en désordre ; au pied des terrasses, les chrysanthèmes s’amoncelaient.
Sans force, les pommetiers s’abattaient dans la poussière ; toujours parfumées, les roses dormaient en pleine nature.
Le vent printanier rompait les tiges des macres et des lotus ; la neige hivernale courbait les jeunes boutons des pruniers.
Les pétales des grenadiers tombaient épars d’est en ouest dans les cours intérieures ; les rameaux des saules riverains pendaient obliquement du sud au nord du palais.
Une nuit de vent et de pluie avait déchaîné sa fureur sur les belles fleurs ; d’innombrables rouges débris couvraient la terre d’un tapis de brocart.
三藏一發慌了手腳,戰兢兢抱住國王,只叫:「陛下,莫怕,莫怕,此是我頑徒使法力,辨真假也。」
Sanzang perdit plus encore ses moyens ; tout tremblant, il serra le roi dans ses bras et répétait : « Majesté, n’ayez pas peur, n’ayez pas peur ! C’est mon indocile disciple qui exerce ses pouvoirs afin de distinguer le vrai du faux. »
卻說那妖精見事不諧,掙脫了手,解剝了衣裳,捽捽頭,搖落了釵環首飾。跑到御花園土地廟裡,取出一條碓嘴樣的短棍,急轉身來亂打行者;行者隨即跟來,使鐵棒劈面相迎。他兩個吆吆喝喝,就在花園內鬥起。後卻大顯神通,各駕雲霧,殺在空中。這一場:
Or la démone, voyant que l’affaire tournait mal, s’arracha de son étreinte, ôta tous ses vêtements et secoua vigoureusement la tête, faisant tomber épingles, anneaux et parures. Elle courut jusqu’au temple du dieu du Sol, dans le jardin impérial, y prit un gourdin court en forme de pilon, puis se retourna précipitamment et frappa le pèlerin à grands coups. Celui-ci l’avait suivie et lui opposa de face son bâton de fer. Tous deux, poussant cris et clameurs, engagèrent le combat dans le jardin. Puis ils déployèrent leurs grands pouvoirs, montèrent chacun sur nuages et brumes et poursuivirent la lutte dans les airs. Ce combat fut ainsi :
金箍鐵棒有名聲,碓嘴短棍無人識。一個因取真經到此方,一個為愛奇花來住跡。那怪久知唐聖僧,要求配合元精液。舊年攝去真公主,變作人身欽愛惜。今逢大聖認妖氛,救援活命分虛實。短棍行兇著頂丟,鐵棒施威迎面擊。喧喧嚷嚷兩相持,雲霧滿天遮白日。
Le bâton de fer cerclé d’or jouissait d’un grand renom ; nul ne connaissait le court gourdin en forme de pilon.
L’un était arrivé en ces lieux pour quérir les vraies écritures ; l’autre y avait élu séjour par amour des fleurs merveilleuses.
Depuis longtemps, la créature connaissait le saint moine des Tang et voulait s’unir à son essence originelle.
L’année précédente, elle avait enlevé la vraie princesse, puis pris forme humaine pour recevoir honneurs et tendresse.
À présent, le Grand Saint avait reconnu le souffle démoniaque ; il venait sauver une vie et séparer le faux du vrai.
Le court gourdin frappait sauvagement, s’abattant sur le crâne ; le bâton de fer déployait sa puissance et portait ses coups en plein visage.
Dans un fracas de cris, tous deux se tenaient tête ; nuages et brumes emplissaient le ciel et cachaient le soleil blanc.
他兩個殺在半空賭鬥,嚇得那滿城中百姓心慌,盡朝裡多官膽怕。長老扶著國王,只叫:「休驚,請勸娘娘與眾等莫怕。你公主是個假作真形的,等我徒弟拿住他,方知好歹也。」那些妃子有膽大的,把那衣服、釵環拿與皇后看了,道:「這是公主穿的戴的,今都丟下,精著身子,與那和尚在天上爭打,必定是個妖邪。」此時國王、后妃人等才正了性,望空仰視不題。
Tous deux se battaient à mi-hauteur du ciel, luttant pour la victoire. Dans toute la ville, les habitants en avaient le cœur affolé, et à la cour tous les officiers tremblaient de peur. Le vénérable, soutenant le roi, ne cessait de dire : « Ne vous effrayez pas. Veuillez rassurer la reine et toutes ces dames. Votre princesse est une fausse créature qui a pris une forme véritable ; lorsque mon disciple l’aura capturée, nous saurons enfin à quoi nous en tenir. » Parmi les concubines, certaines plus courageuses apportèrent à la reine les vêtements, épingles et anneaux : « Voici ce que portait la princesse. Elle a tout abandonné et, entièrement nue, se bat maintenant dans le ciel contre ce moine : ce doit assurément être un être maléfique. » Alors seulement le roi, la reine, les concubines et les autres reprirent leurs esprits et levèrent les yeux vers le ciel. N’en parlons plus pour l’instant.
卻說那妖精與大聖鬥經半日,不分勝敗。行者把棒丟起,叫一聲:「變!」就以一變十,以十變百,以百變千,半天裡,好似蛇遊蟒攪,亂打妖邪。妖邪慌了手腳,化道清風,即奔碧空之上逃走。行者念聲咒語,將鐵棒收做一根,縱祥光一直趕來。將近西天門,望見那旌旗閃灼,行者厲聲高叫道:「把天門的,擋住妖精,不要放他走了。」真個那天門上有護國天王帥領著龐、劉、苟、畢四大元帥,各展兵器攔阻。妖邪不能前進,急回頭,使短棍,又與行者相持。
Or la démone combattit le Grand Saint durant une demi-journée sans que la victoire se décidât. Le pèlerin lança son bâton en l’air et cria : « Change ! » Un bâton en devint dix, dix en devinrent cent, cent en devinrent mille ; à mi-hauteur du ciel, on aurait dit des serpents ondulant et des pythons s’entortillant, qui frappaient de toutes parts la créature. Celle-ci, prise de panique, se changea en un souffle limpide et s’enfuit droit vers le ciel d’azur. Le pèlerin récita une formule, ramena ses bâtons de fer à un seul, puis s’élança sur une lumière auspicieuse à sa poursuite. Comme ils approchaient de la Porte céleste de l’Ouest, il aperçut les étendards étincelants et cria d’une voix terrible : « Gardiens de la Porte céleste, arrêtez cette démone ! Ne la laissez pas s’échapper ! » À la Porte se trouvait justement le Roi céleste Protecteur du Royaume, qui commandait aux quatre grands maréchaux Pang, Liu, Gou et Bi. Tous brandirent leurs armes pour lui barrer le passage. Incapable d’avancer, la démone se retourna précipitamment et, armée de son court gourdin, tint de nouveau tête au pèlerin.
這大聖掄鐵棒,仔細迎著看時,見那短棍兒一頭奘,一頭細,卻似舂碓臼的杵頭模樣,叱咤一聲,喝道:「孽畜!你拿的是甚麼器械,敢與老孫抵敵?快早降伏,免得這一棒打碎你的天靈。」那妖邪咬著牙道:「你也不知我這兵器,聽我道:
Le Grand Saint fit tournoyer son bâton de fer et, en regardant attentivement l’arme qui venait à sa rencontre, vit que le petit gourdin était épais à une extrémité et mince à l’autre, tout à fait semblable au pilon d’un mortier. Il poussa un cri terrible : « Misérable créature ! Quelle est donc cette arme que tu oses opposer au vieux Sun ? Soumets-toi sans tarder, si tu ne veux pas que ce coup de bâton te fracasse le crâne ! » La démone serra les dents et répondit : « Tu ne connais donc pas mon arme. Écoute-moi :
仙根是段羊脂玉,磨琢成形不計年。混沌開時吾已得,洪濛判處我當先。源流非比凡間物,本性生來在上天。一體金光和四相,五行瑞氣合三元。隨吾久住蟾宮內,伴我常居桂殿邊。因為愛花垂世境,故來天竺假嬋娟。與君共樂無他意,欲配唐僧了宿緣。你怎欺心破佳偶,死尋趕戰逞兇頑?這般器械名頭大,在你金箍棒子前。廣寒宮裡搗藥杵,打人一下命歸泉。」
Sa racine immortelle est un morceau de jade couleur graisse de mouton ; nul ne sait combien d’années il fallut pour le polir et lui donner forme.
Je le possédais déjà lorsque s’ouvrit le Chaos ; quand se sépara le vaste monde primordial, j’étais là la première.
Son origine n’est en rien comparable aux objets du monde profane ; par sa nature première, il naquit dans le ciel supérieur.
Son unique substance et son éclat d’or s’accordent aux Quatre Phases ; les souffles fastes des Cinq Éléments s’unissent en lui aux Trois Origines.
Longtemps il demeura avec moi dans le palais du Crapaud ; toujours il m’accompagna près du palais du Cannellier.
Parce que j’aimais les fleurs, je descendis vers le monde terrestre ; je vins donc à Tianzhu sous les traits d’une belle.
Je ne désirais rien d’autre que partager avec toi les plaisirs ; je voulais m’unir au moine des Tang et accomplir une affinité d’une vie antérieure.
Pourquoi, le cœur trompeur, as-tu rompu cette belle union ? Pourquoi cherches-tu la mort en me poursuivant au combat et fais-tu montre d’une brutalité obstinée ?
Cette arme porte un nom illustre, digne de se tenir devant ton bâton cerclé d’or :
C’est le pilon qui broie les remèdes au palais du Vaste Froid ; qu’il frappe un homme une seule fois, et sa vie retourne aux sources.
行者聞說,呵呵冷笑道:「好孽畜啊!你既住在蟾宮之內,就不知老孫的手段,你還敢在此支吾?快早現相降伏,饒你性命。」那怪道:「我認得你是五百年前大鬧天宮的弼馬溫,理當讓你。但只是破人親事,如殺父母之仇,故此情理不甘,要打你欺天罔上的弼馬溫。」那大聖惱得是「弼馬溫」三字,他聽得此言,心中大怒,舉鐵棒劈面就打;那妖邪掄杵來迎。就於西天門前,發狠相持。這一場:
À ces paroles, le pèlerin ricana froidement : « Misérable créature ! Puisque tu demeures dans le palais du Crapaud, tu devrais connaître les moyens du vieux Sun. Et tu oses encore tergiverser ici ? Révèle vite ta vraie forme et soumets-toi : je t’épargnerai la vie. » La créature répondit : « Je sais que tu es le Bimawen, le “palefrenier céleste”, qui sema le désordre au Palais céleste il y a cinq cents ans ; je devrais donc te céder. Mais briser le mariage d’autrui est une offense pareille au meurtre de ses père et mère. Je ne saurais m’y résigner, et je veux frapper le Bimawen qui trompe le Ciel et méprise ses supérieurs ! » Or rien ne mettait davantage le Grand Saint en fureur que les trois mots « palefrenier céleste ». En les entendant, il entra dans une violente colère et abattit son bâton de fer en plein visage ; la démone fit tournoyer son pilon pour le parer. Devant la Porte céleste de l’Ouest, ils s’affrontèrent avec acharnement. Ce combat fut ainsi :
金箍棒,搗藥杵,兩般仙器真堪比。那個為結婚姻降世間,這個因保唐僧到這裡。原來是國王沒正經,愛花引得妖邪喜。致使如今恨苦爭,兩家都把頑心起。一衝一撞賭輸贏,劖語劖言齊鬥嘴。藥杵英雄世罕稀,鐵棒神威還更美。金光湛湛幌天門,彩霧輝輝連地里。來往戰經十數回,妖邪力弱難搪抵。
Bâton cerclé d’or, pilon à broyer les remèdes : ces deux armes immortelles pouvaient vraiment se comparer.
L’une était descendue dans le monde pour conclure un mariage ; l’autre était arrivé jusqu’ici en protégeant le moine des Tang.
Au fond, c’était le roi qui avait manqué de sérieux : son amour des fleurs avait attiré les faveurs de la créature.
De là venait maintenant cette lutte amère et haineuse, où tous deux déchaînaient leur obstination.
Ils se heurtaient et se chargeaient pour décider de la victoire, échangeant insultes et paroles acérées.
Le pilon médicinal était une arme héroïque, rare en ce monde ; mais la divine puissance du bâton de fer était plus belle encore.
Des flots de lumière dorée faisaient trembler la Porte céleste ; des brumes diaprées resplendissaient jusqu’à terre.
Après plus de dix passes et reprises, la démone, à bout de forces, ne pouvait plus résister.
那妖精與行者又鬥了十數回,見行者的棒勢緊密,料難取勝,虛丟一杵,將身幌一幌,金光萬道,徑奔正南上敗走。大聖隨後追襲。忽至一座大山,妖精按金光,鑽入山洞,寂然不見。又恐他遯身回國,暗害唐僧,他認了這山的規模,返雲頭徑轉國內。
La démone échangea encore plus de dix passes avec le pèlerin. Voyant combien les mouvements de son bâton étaient serrés et difficiles à pénétrer, elle comprit qu’elle ne pourrait vaincre. Elle feignit un coup de pilon, fit osciller son corps et, dans dix mille rayons dorés, s’enfuit droit vers le sud. Le Grand Saint se lança à sa poursuite. Ils parvinrent soudain à une grande montagne ; la démone y rabattit sa lumière d’or, se glissa dans une grotte et disparut sans laisser la moindre trace. Craignant qu’elle ne se dérobât pour retourner au royaume et nuire secrètement au moine des Tang, le pèlerin mémorisa l’aspect de la montagne, remonta sur son nuage et regagna directement la capitale.
此時有申時矣。那國王正扯著三藏,戰戰兢兢,只叫:「聖僧救我。」那些嬪妃、皇后也正愴惶,只見大聖自雲端裡落將下來,叫道:「師父,我來也。」三藏道:「悟空立住,不可驚了聖躬。我問你:假公主之事,端的如何?」行者立於鳷鵲宮外,叉手當胸道:「假公主是個妖邪。初時與他打了半日,他戰不過我,化道清風,徑往天門上跑,是我吆喝天神擋住。他現了相,又與我鬥到十數合,又將身化作金光,敗回正南上一座山上。我急追至山,無處尋覓,恐怕他來此害你,特地回顧也。」國王聽說,扯著唐僧問道:「既然假公主是個妖邪,我真公主在於何處?」行者應聲道:「待我拿住假公主,你那真公主自然來也。」那后妃等聞得此言,都解了恐懼,一個個上前拜告道:「望聖僧救得我真公主來,分了明暗,必當重謝。」行者道:「此間不是我們說話處,請陛下與我師出宮上殿,娘娘等各轉回宮,召我師弟八戒、沙僧來保護師父,我卻好去降妖。一則分了內外,二則免我懸掛。謹當辨明,以表我一場心力。」國王依言,感謝不已。遂與唐僧攜手出宮,徑至殿上。眾后妃各各回宮。一壁廂教備素膳,一壁廂召八戒、沙僧。須臾間,二人早至。行者備言前事,教他兩個用心護持。這大聖縱觔斗雲,飛空而去。那殿前多官,一個個望空禮拜不題。
Il était alors environ quatre heures de l’après-midi. Le roi tenait encore Sanzang par le bras et, tremblant de tous ses membres, répétait : « Saint moine, sauvez-moi ! » Les concubines et la reine étaient elles aussi bouleversées. Soudain, elles virent le Grand Saint descendre d’un nuage et s’écrier : « Maître, me voici ! » Sanzang dit : « Wukong, reste où tu es, de peur d’effrayer la personne sacrée de Sa Majesté. Dis-moi : qu’en est-il exactement de cette fausse princesse ? » Debout à l’extérieur du palais de la Pie à longues ailes, les mains jointes devant la poitrine, le pèlerin répondit : « La fausse princesse est une créature démoniaque. J’ai d’abord combattu avec elle une demi-journée. Incapable de me vaincre, elle s’est changée en un souffle limpide et a couru droit vers la Porte céleste, mais j’ai crié aux dieux du Ciel de lui barrer le passage. Elle a repris sa forme et m’a encore livré plus de dix passes ; puis, changeant son corps en lumière dorée, elle s’est enfuie vers une montagne située plein sud. Je l’ai poursuivie jusqu’à cette montagne, mais je n’ai trouvé nulle part sa trace. Craignant qu’elle ne revienne ici pour vous nuire, je suis spécialement revenu veiller sur vous. » À ces mots, le roi tira le moine des Tang par le bras et demanda : « Puisque la fausse princesse est une créature démoniaque, où se trouve ma vraie princesse ? » Le pèlerin répondit aussitôt : « Attendez que je capture la fausse princesse, et la vraie reviendra naturellement. » En entendant cela, la reine, les concubines et les autres furent délivrées de leur peur. Elles s’avancèrent toutes pour le supplier : « Puissent les saints moines sauver notre vraie princesse et faire toute la lumière sur le vrai et le faux ; nous saurons vous en remercier généreusement. » Le pèlerin dit : « Ce n’est pas ici le lieu de nous entretenir. Que Votre Majesté sorte du palais avec mon maître et regagne la grande salle ; que la reine et ces dames retournent chacune dans leurs appartements, et que l’on appelle mes frères Bajie et le moine Sha pour protéger mon maître. Je pourrai alors partir soumettre la démone. Ainsi, d’une part, hommes et femmes seront séparés ; d’autre part, je n’aurai plus d’inquiétude. Je saurai assurément distinguer le vrai du faux et montrer toute la peine que je me suis donnée. » Le roi suivit son conseil et ne cessait de le remercier. Tenant le moine des Tang par la main, il sortit du palais intérieur et se rendit directement dans la grande salle. La reine et les concubines regagnèrent chacune leurs appartements. D’un côté, on fit préparer un repas maigre ; de l’autre, on appela Bajie et le moine Sha. Ils arrivèrent tous deux en un instant. Le pèlerin leur raconta en détail ce qui venait de se passer et leur recommanda de protéger attentivement leur maître. Puis le Grand Saint enfourcha le nuage-culbute et s’envola. Devant la salle, tous les officiers se prosternèrent l’un après l’autre dans sa direction. N’en parlons plus.
孫大聖徑至正南方那座山上尋找。原來那妖邪敗了陣,到此山,鑽入窩中,將門兒使石塊擋塞,虛怯怯藏隱不出。行者尋一會,不見動靜,心甚焦惱,捻著訣,念動真言,喚出那山中土地、山神審問。少時,二神至了,叩頭道:「不知,不知,知當遠接,萬望恕罪。」行者道:「我且不打你。我問你:這山叫做甚麼名字?此處有多少妖精?從實說來,饒你罪過。」二神告道:「大聖,此山喚做毛穎山。山中只有三處兔穴,亙古至今,沒甚妖精,乃五環之福地也。大聖要尋妖精,還是西天路上去有。」行者道:「老孫到了西天天竺國,那國王有個公主被個妖精攝去,拋在荒野。他就變做公主模樣,戲哄國王,結綵樓,拋繡毬,欲招駙馬。我保唐僧至其樓下,被他有心打著唐僧,欲為配偶,誘取元陽。是我識破,就於宮中現身捉獲。他就脫了人衣、首飾,使一條短棍,喚名搗藥杵,與我鬥了半日,他就化清風而去。被老孫趕至西天門,又鬥有十數合。他料不能勝,復化金光,逃至此處,如何不見?」
Le Grand Saint Sun se rendit directement sur la montagne située plein sud pour y chercher la démone. Celle-ci, après sa défaite, était arrivée sur cette montagne et s’était glissée dans son terrier. Elle en avait bouché l’entrée avec des blocs de pierre et s’y cachait, craintive, sans oser sortir. Le pèlerin chercha un moment sans rien voir ni entendre, ce qui l’irrita fort. Il forma un sceau de ses doigts, récita une formule véritable et convoqua le dieu du Sol et le dieu de la Montagne pour les interroger. Peu après, les deux divinités arrivèrent et se prosternèrent : « Nous ne savions pas, nous ne savions pas ! Si nous l’avions su, nous serions venus de loin vous accueillir. Nous vous supplions de pardonner notre faute. » Le pèlerin dit : « Pour cette fois, je ne vous frapperai pas. Dites-moi : comment s’appelle cette montagne ? Combien de créatures démoniaques y vivent ? Répondez selon la vérité et je vous pardonnerai. » Les deux divinités déclarèrent : « Grand Saint, cette montagne se nomme mont de la Pointe-de-Poil. Elle ne renferme que trois terriers de lapins ; depuis la plus haute antiquité jusqu’à ce jour, elle n’a jamais abrité de créature démoniaque. C’est une terre bénie du Cinquième Anneau. Si le Grand Saint cherche des démons, il en trouvera plutôt sur la route de l’Ouest. » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun est arrivé au royaume de Tianzhu, dans l’Ouest céleste. Une créature démoniaque a enlevé la fille du roi et l’a abandonnée dans un lieu désert, puis a pris son apparence pour tromper le roi. Elle a fait dresser une tour parée, d’où elle a lancé une balle brodée afin de choisir un gendre impérial. Comme je protégeais le moine des Tang et passais sous cette tour, elle l’a délibérément atteint avec la balle, voulant en faire son époux et lui ravir son yang originel. Je l’ai démasquée et j’ai voulu la capturer dans le palais. Elle a alors rejeté vêtements humains et parures, puis m’a combattu durant une demi-journée avec un court gourdin nommé pilon à broyer les remèdes, avant de se changer en souffle limpide pour s’enfuir. Le vieux Sun l’a poursuivie jusqu’à la Porte céleste de l’Ouest, où nous avons échangé plus de dix passes. Comprenant qu’elle ne pouvait vaincre, elle s’est de nouveau changée en lumière dorée et s’est enfuie jusqu’ici. Comment se fait-il qu’elle soit introuvable ? »
二神聽說,即引行者去那三窟中尋找。始於山腳下窟邊看處,亦有幾個草兔兒,也驚得走了。尋至絕頂上窟中看時,只見兩塊大石頭,將窟門擋住。土地道:「此間必是妖邪,趕急鑽進去也。」行者即使鐵棒,捎開石塊。那妖邪果藏在裡面,呼的一聲,就跳將出來,舉藥杵來打行者掄起鐵棒架住。諕得那山神倒退,土地忙奔。那妖邪口裡囔囔突突的罵著山神、土地道:「誰教你引著他往這裡來找尋?」他支支撐撐的抵著鐵棒,且戰且退,奔至空中。
À ces mots, les deux divinités conduisirent le pèlerin vers les trois terriers pour les fouiller. Ils examinèrent d’abord celui qui se trouvait au pied de la montagne ; quelques lapins sauvages, effrayés, s’en échappèrent. Lorsqu’ils parvinrent au terrier du sommet, ils virent deux gros blocs de pierre qui en bouchaient l’entrée. Le dieu du Sol dit : « La créature est certainement ici : elle a dû s’y réfugier en toute hâte. » Le pèlerin écarta aussitôt les pierres avec son bâton de fer. La démone était bien cachée à l’intérieur : dans un souffle, elle bondit dehors et leva son pilon pour frapper le pèlerin, qui fit tournoyer son bâton de fer et para le coup. Le dieu de la Montagne recula d’effroi, tandis que le dieu du Sol s’enfuyait précipitamment. Tout en marmonnant et en grondant, la démone les injuriait : « Qui vous a ordonné de le conduire ici pour me chercher ? » Elle résistait tant bien que mal au bâton de fer et, combattant tout en reculant, s’enfuit jusque dans les airs.
正在危急之際,卻又天色晚了。這行者愈發狠性,下切手,恨不得一棒打殺。忽聽得九霄碧漢之間有人叫道:「大聖,莫動手,莫動手,棍下留情。」行者回頭看時,原來是太陰星君,後帶著姮娥仙子,降彩雲到於當面。慌得行者收了鐵棒,躬身施禮道:「老太陰往那裡去?老孫失迴避了。」太陰道:「與你對敵的這個妖邪,是我廣寒宮搗玄霜仙藥之玉兔也。他私自偷開玉關金鎖,走出宮來,今經一載。我算他目下有傷命之災,特來救他性命。望大聖看老身饒他罷。」行者喏喏連聲,只道:「不敢,不敢。怪道他會使搗藥杵,原來是個玉兔兒。老太陰不知,他攝藏了天竺國王之公主,卻又假合真形,欲破我聖僧師父之元陽,其情其罪,其實何甘?怎麼便可輕恕饒他?」太陰道:「你亦不知,那國王之公主,也不是凡人,原是蟾宮中之素娥。十八年前,他曾把玉兔兒打了一掌,卻就思凡下界,一靈之光,遂投胎於國王正宮皇后之腹,當時得以降生。這玉兔兒懷那一掌之仇,故於舊年私走出宮,拋素娥於荒野。但只是不該欲配唐僧,此罪真不可逭。幸汝留心,識破真假,卻也未曾傷損你師。萬望看我面上,恕他之罪,我收他去也。」行者笑道:「既有這些因果,老孫也不敢抗違。但只是你收了玉兔兒,恐那國王不信,敢煩太陰君同眾仙妹將玉兔兒拿到那廂,對國王明證明證:一則顯老孫之手段,二來說那素娥下降之因由,然後著那國王取素娥公主之身,以見顯報之意也。」
Au plus fort du danger, le jour touchait déjà à sa fin. Le pèlerin redoubla de férocité et porta des coups impitoyables, brûlant de tuer la démone d’un seul coup de bâton. Soudain, dans les hauteurs du neuvième ciel et de l’immensité azurée, une voix cria : « Grand Saint, ne frappez pas ! Ne frappez pas ! Épargnez-la sous votre bâton ! » Le pèlerin se retourna et vit que c’était la Souveraine de l’Astre du Grand Yin, suivie des immortelles Heng’e, qui descendait devant lui sur un nuage diapré. Le pèlerin rangea précipitamment son bâton de fer, s’inclina et la salua : « Où se rend la vénérable Souveraine lunaire ? Le vieux Sun n’a pu se retirer à temps devant vous. » La Souveraine répondit : « La créature démoniaque qui te combat est le Lapin de Jade de mon palais du Vaste Froid, chargé d’y broyer les remèdes immortels de givre mystérieux. Il a ouvert en secret le verrou d’or de la Porte de Jade et s’est échappé du palais voici maintenant une année. J’ai calculé qu’il courait en ce moment un danger mortel et suis spécialement venue lui sauver la vie. J’espère que, par égard pour moi, le Grand Saint lui pardonnera. » Le pèlerin acquiesça plusieurs fois et dit : « Je n’oserais, je n’oserais vous désobéir. Je comprends maintenant pourquoi cette créature sait manier le pilon à broyer les remèdes : c’est donc un Lapin de Jade. Mais la vénérable Souveraine lunaire l’ignore peut-être : il a enlevé et caché la princesse du royaume de Tianzhu, puis s’est faussement uni à sa forme véritable afin de ruiner le yang originel de mon saint maître. Comment pourrais-je accepter sans ressentiment de lui accorder si légèrement mon pardon pour de tels actes et de tels crimes ? » La Souveraine répondit : « Tu ignores toi aussi que la princesse de ce roi n’est pas une personne ordinaire. Elle était à l’origine Su’e, du palais du Crapaud. Il y a dix-huit ans, elle donna une gifle au Lapin de Jade ; puis, prise du désir de descendre dans le monde, sa lumière spirituelle alla s’incarner dans le sein de la reine légitime et elle naquit alors sous forme humaine. Le Lapin de Jade, gardant rancune de cette gifle, s’échappa secrètement du palais l’année dernière et abandonna Su’e dans un lieu désert. Il n’aurait cependant pas dû vouloir s’unir au moine des Tang : ce crime est véritablement impardonnable. Par bonheur, tu es resté vigilant et as distingué le vrai du faux, sans que ton maître subisse aucun dommage. Je te supplie de me faire l’honneur de lui pardonner ; je vais l’emmener. » Le pèlerin sourit : « Puisqu’il existe un tel enchaînement de causes et d’effets, le vieux Sun n’ose pas s’y opposer. Mais si vous reprenez simplement le Lapin de Jade, je crains que le roi ne me croie pas. Puis-je prier la Souveraine lunaire et toutes ses sœurs immortelles de conduire le Lapin de Jade jusque-là pour témoigner devant le roi ? Cela montrera d’abord les moyens du vieux Sun ; ensuite, vous expliquerez pourquoi Su’e est descendue dans le monde. Le roi pourra alors aller chercher le corps de la princesse Su’e, et l’on verra ainsi la rétribution se manifester. »
太陰君信其言,用手指定妖邪,喝道:「那孽畜還不歸正同來。」玉兔兒打個滾,現了原身。真個是:
La Souveraine lunaire suivit son avis. Désignant la démone du doigt, elle cria : « Misérable créature, ne vas-tu pas revenir à la rectitude et nous suivre ? » Le Lapin de Jade fit une roulade et révéla sa forme originelle. C’était vraiment :
缺唇尖齒,長耳稀鬚。團身一塊毛如玉,展足千山蹄若飛。直鼻垂酥,果賽霜華填粉膩;雙睛紅映,猶欺雪上點胭脂。伏在地,白穰穰一堆素練;伸開腰,白鐸鐸一架銀絲。幾番家吸殘清露瑤天曉,搗藥長生玉杵奇。
Lèvre fendue, dents pointues ; longues oreilles et moustaches clairsemées.
Ramassé sur lui-même, il n’était qu’une boule au pelage de jade ; les pattes déployées, il franchissait mille montagnes comme en volant.
Son nez droit laissait pendre une blanche douceur qui surpassait le givre couvert de poudre onctueuse ; ses deux yeux lançaient des reflets rouges, plus vifs que du fard posé sur la neige.
Couché à terre, il formait un blanc monceau de soie immaculée ; le corps étiré, il semblait un métier tendu de fils d’argent étincelants.
Que de fois, à l’aube des cieux de jade, il avait bu les restes de la pure rosée ; merveilleux était son pilon de jade, qui broyait le remède de longue vie.
那大聖見了,不勝欣喜,踏雲光,向前引導。那太陰君領著眾姮娥仙子,帶著玉兔兒,徑轉天竺國界。此時正黃昏,看看月上。到城邊,聞得譙樓上擂鼓。那國王與唐僧尚在殿內,八戒、沙僧與多官都在階前,方議退朝,只見正南上一片彩霞,光明如晝。眾擡頭看處,又聞得孫大聖厲聲高叫道:「天竺陛下,請出你那皇后、嬪妃看者:這寶幢下乃月宮太陰星君,兩邊的仙妹是月裡嫦娥。這個玉兔兒卻是你家的假公主,今現真相也。」那國王急召皇后、嬪妃與宮娥、綵女等眾朝天禮拜,他和唐僧及多官亦俱望空拜謝。滿城中各家各戶,也無一人不設香案,叩頭念佛。正此觀看處,豬八戒動了慾心,忍不住,跳在空中,把霓裳仙子抱住道:「姐姐,我與你是舊相識,我和你耍子兒去也。」行者上前,揪著八戒,打了兩掌,罵道:「你這個村潑獃子!此是甚麼去處,敢動淫心?」八戒道:「拉閑散悶耍子而已。」那太陰君令轉仙幢,與眾嫦娥收回玉兔,徑上月宮而去。行者把八戒揪落塵埃。
À cette vue, le Grand Saint fut transporté de joie. Il monta sur une lueur de nuage et ouvrit la marche. La Souveraine de l’Astre du Grand Yin, conduisant les immortelles Heng’e et emmenant le Lapin de Jade, retourna directement vers le territoire de Tianzhu. C’était alors le crépuscule, et la lune commençait à se lever. En approchant de la ville, ils entendirent battre le tambour sur la tour de guet. Le roi et le moine des Tang étaient encore dans la grande salle ; Bajie, le moine Sha et les nombreux officiers se tenaient au pied des degrés et s’apprêtaient à lever l’audience, lorsqu’ils virent au sud une nappe de nuées diaprées, brillante comme en plein jour. Tous levèrent la tête et entendirent le Grand Saint Sun crier d’une voix terrible : « Majesté de Tianzhu, faites sortir votre reine, vos concubines et toutes ces dames pour qu’elles regardent ! Sous cette bannière précieuse se trouve la Souveraine de l’Astre du Grand Yin, du palais de la Lune ; les sœurs immortelles à ses côtés sont les Chang’e lunaires. Ce Lapin de Jade était la fausse princesse de votre famille : le voici maintenant sous sa vraie forme ! » Le roi convoqua précipitamment la reine, les concubines, les dames du palais et les suivantes parées, qui se prosternèrent toutes en direction du ciel. Lui-même, le moine des Tang et tous les officiers levèrent les yeux et se prosternèrent pour rendre grâce. Dans toute la ville, il ne se trouva pas une seule maison où l’on ne dressât une table à encens et où l’on ne se prosternât en invoquant le Bouddha. Tandis que tous regardaient, Zhu Bajie fut saisi de désir. Incapable de se retenir, il bondit dans les airs, étreignit l’immortelle aux Vêtements d’arc-en-ciel et lui dit : « Grande sœur, nous sommes de vieilles connaissances. Viens donc t’amuser avec moi ! » Le pèlerin s’avança, empoigna Bajie, lui donna deux gifles et l’injuria : « Rustre d’idiot ! En quel lieu crois-tu être pour oser céder à la lubricité ? » Bajie répondit : « Je voulais seulement me distraire et chasser l’ennui. » La Souveraine de l’Astre du Grand Yin fit tourner la bannière immortelle et, avec toutes les Chang’e, reprit le Lapin de Jade, puis regagna directement le palais de la Lune. Le pèlerin tira Bajie jusqu’à terre.
這國王在殿上謝了行者,又問前因道:「多感神僧大法力捉了假公主。朕之真公主,卻在何處所也?」行者道:「你那真公主也不是凡胎,就是月宮裡素娥仙子。因十八年前,他將玉兔兒打了一掌,就思凡下界,投胎在你正宮腹內,生下身來。那玉兔兒懷恨前仇,所以於舊年間偷開玉關金鎖走下來,把素娥攝拋荒野,他卻變形哄你。這段因果,是太陰君親口才與我說的。今日既去其假者,明日請御駕去尋其真者。」國王聞說,又心意慚惶,止不住腮邊流淚道:「孩兒,我自幼登基,雖城門也不曾出去,卻教我那裡去尋你也?」行者笑道:「不須煩惱,你公主現在給孤布金寺裡裝風,今且各散,到天明我還你個真公主便是。」眾官又拜伏奏道:「我王且心寬,這幾位神僧乃騰雲駕霧之佛,必知未來過去之因由,明日煩神僧同去一尋,便知端的。」國王依言,即請至留春亭擺齋安歇。此時已近二更。正是那:
Dans la grande salle, le roi remercia le pèlerin, puis l’interrogea sur les causes antérieures : « Je suis profondément reconnaissant au divin moine d’avoir usé de ses grands pouvoirs pour capturer la fausse princesse. Mais où se trouve ma vraie princesse ? » Le pèlerin répondit : « Votre vraie princesse n’est pas davantage une mortelle ordinaire : c’est l’immortelle Su’e du palais de la Lune. Il y a dix-huit ans, elle donna une gifle au Lapin de Jade, puis désira descendre dans le monde et s’incarna dans le sein de votre reine légitime, qui lui donna naissance. Le Lapin de Jade, gardant rancune de cette ancienne offense, ouvrit secrètement le verrou d’or de la Porte de Jade et descendit l’an dernier. Il enleva Su’e et l’abandonna dans un lieu désert, puis changea de forme pour vous tromper. C’est la Souveraine lunaire elle-même qui vient de me raconter cet enchaînement de causes et d’effets. Puisque nous avons aujourd’hui écarté la fausse princesse, Votre Majesté pourra demain partir à la recherche de la véritable. » À ces mots, le roi, honteux et bouleversé, ne put retenir ses larmes : « Mon enfant ! Je suis monté sur le trône dès ma jeunesse et ne suis même jamais sorti des portes de la ville. Où pourrais-je aller te chercher ? » Le pèlerin sourit : « Ne vous tourmentez pas. Votre princesse se trouve actuellement au monastère de l’Or répandu par le Bienfaiteur des orphelins, où elle feint la folie. Dispersons-nous pour aujourd’hui : à l’aube, je vous rendrai votre vraie princesse. » Les officiers se prosternèrent encore et déclarèrent : « Que notre roi apaise son cœur. Ces divins moines sont des bouddhas qui chevauchent nuages et brumes ; ils connaissent nécessairement les causes du passé et de l’avenir. Demain, prions-les de nous accompagner dans nos recherches, et nous saurons exactement ce qu’il en est. » Le roi suivit leur avis et invita les quatre pèlerins à prendre un repas maigre et à se reposer au pavillon où demeure le Printemps. On approchait alors de la deuxième veille. C’était précisément :
銅壺滴漏月華明,金鐸叮噹風送聲。杜宇正啼春去半,落花無路近三更。御園寂寞鞦韆影,碧落空浮銀漢橫。三市六街無客走,一天星斗夜光晴。
Dans l’horloge de bronze, l’eau gouttait sous le clair éclat de la lune ; le vent portait le tintement des clochettes d’or.
Le coucou chantait alors que le printemps était à demi passé ; les fleurs tombaient sans chemin à l’approche de la troisième veille.
Le jardin impérial était désert sous l’ombre des balançoires ; dans le ciel d’azur flottait seule, en travers, la Rivière d’Argent.
Dans les trois marchés et les six rues, nul passant ne marchait ; sous un ciel plein d’étoiles, la nuit brillait sereine.
當夜各寢不題。
Cette nuit-là, chacun alla dormir. N’en parlons plus.
這一夜,國王退了妖氣,陡長精神,至五更三點,復出臨朝。朝畢,命請唐僧四眾,議尋公主。長老隨至,朝上行禮。大聖三人,一同打個問訊。國王欠身道:「昨所云公主孩兒,敢煩神僧為一尋救。」長老道:「貧僧前日自東來,行至天晚,見一座給孤布金寺,特進求宿,幸那寺僧相待。當晚齋罷,步月閑行,行至布金舊園,觀看基址,忽聞悲聲入耳,詢問其由。本寺一老僧,年已百歲之外,他屏退左右,細細的對我說了一遍道:『悲聲者,乃舊年春深時,那老僧正明性月,忽然一陣風生,見一女子擲之於地,那僧問之,那女子道:「我是天竺國國王公主,因為夜間玩月觀花,被風刮至於此。」』那老僧多知人禮,即將公主鎖在一間僻靜房中。惟恐本寺頑僧污染,只說是妖精,被他鎖住。公主識得此意,日間胡言亂語,討些茶飯吃了;夜深無人處,思量父母悲啼。那老僧也曾來國打聽幾番,見公主在宮無恙,所以不敢聲言舉奏。因見我徒弟有些神通,那老僧千叮萬囑,教貧僧到此查訪。不期他原是蟾宮玉兔為妖,假合真形,變作公主模樣,他卻又有心要破我元陽。幸虧我徒弟施威顯法,認出真假。今已被太陰星收去。賢公主見在布金寺裝風也。」
Cette nuit-là, délivré du souffle démoniaque, le roi retrouva soudain toute sa vigueur. À la troisième division de la cinquième veille, il reparut pour tenir audience. L’audience terminée, il fit appeler le moine des Tang et ses trois disciples afin de délibérer sur la recherche de la princesse. Le vénérable se présenta et salua le roi ; le Grand Saint et les deux autres joignirent également les mains. Le roi se souleva légèrement de son siège et dit : « Pour retrouver la princesse dont nous parlions hier, j’ose solliciter l’aide des divins moines. » Le vénérable répondit : « Avant-hier, ce pauvre religieux arrivait de l’est lorsque la nuit tomba. Apercevant le monastère de l’Or répandu par le Bienfaiteur des orphelins, je m’y rendis pour demander l’hospitalité, que les moines eurent la bonté de m’accorder. Ce soir-là, après le repas maigre, je me promenai au clair de lune jusqu’à l’ancien jardin de l’Or répandu afin d’en examiner les vestiges. Soudain, des sanglots me parvinrent. Comme j’en demandais la cause, un vieux moine du monastère, âgé de plus de cent ans, écarta les autres et me raconta en détail ceci : “Ces sanglots remontent au cœur du printemps de l’année dernière. Le vieux moine contemplait alors sa nature sous la lune lorsque soudain un coup de vent s’éleva et jeta une jeune femme à terre. Il l’interrogea, et elle répondit : ’Je suis la princesse du roi de Tianzhu. Tandis que je contemplais la lune et les fleurs durant la nuit, le vent m’a emportée jusqu’ici.’” Le vieux moine, qui connaissait fort bien les convenances humaines, enferma aussitôt la princesse dans une chambre retirée. Craignant que les moines indisciplinés du monastère ne la souillent, il prétendit seulement qu’elle était une démone qu’il gardait enfermée. Comprenant son intention, la princesse divaguait pendant la journée afin d’obtenir quelque thé et quelque nourriture ; au plus profond de la nuit, lorsqu’elle se retrouvait seule, elle pensait à ses parents et pleurait. Le vieux moine était venu plusieurs fois dans la capitale s’informer, mais, voyant que la princesse se trouvait saine et sauve au palais, il n’avait osé parler ni présenter de rapport. Ayant remarqué que mes disciples possédaient quelques pouvoirs, il me supplia instamment de venir ici enquêter. Or, contre toute attente, il s’agissait du Lapin de Jade du palais du Crapaud, devenu démon : il s’était faussement uni à la forme véritable de la princesse et avait pris son apparence. Il voulait en outre détruire mon yang originel. Heureusement, mon disciple a déployé sa puissance et ses pouvoirs pour distinguer le vrai du faux. Le Lapin vient d’être repris par la Souveraine de l’Astre du Grand Yin. Votre digne princesse se trouve toujours au monastère de l’Or répandu, où elle feint la folie. »
國王見說此詳細,放聲大哭。早驚動三宮六院,都來問及前因,無一人不痛哭者。良久,國王又問:「布金寺離城多遠?」三藏道:「只有六十里路。」國王遂傳旨:「著東西二宮守殿,掌朝太師衛國。朕同正宮皇后帥多官、四神僧,去寺取公主也。」當時擺駕,一行出朝。
En entendant ce récit détaillé, le roi éclata en sanglots. Il alarma bientôt les trois palais et les six cours, dont tous les habitants vinrent s’enquérir des causes ; il n’en était pas un qui ne pleurât de douleur. Après un long moment, le roi demanda encore : « À quelle distance de la ville se trouve le monastère de l’Or répandu ? » Sanzang répondit : « À soixante lis seulement. » Le roi transmit alors cet ordre : « Que les dames des palais de l’Est et de l’Ouest gardent le palais, et que le Grand Précepteur chargé de la cour protège le royaume. Nous nous rendrons avec notre reine légitime, les nombreux officiers et les quatre divins moines au monastère pour y chercher la princesse. » Le cortège royal fut aussitôt préparé et tous quittèrent la cour.
你看那行者就跳在空中,把腰一扭,先到了寺裡。眾僧慌忙跪接道:「老爺去時,與眾步行,今日何從天上下來?」行者笑道:「你那老師在於何處?快叫他出來,排設香案接駕,天竺國王、皇后、多官與我師都來了。」眾僧不解其意,即請出那老僧。老僧見了行者,倒身下拜道:「老爺,公主之事如何?」行者把那假公主拋繡毬,欲配唐僧,並趕捉賭鬥,與太陰星收去玉兔之言,備陳了一遍。那老僧又磕頭拜謝。行者攙起道:「且莫拜,且莫拜。快安排接駕。」眾僧才知後房裡鎖得是個女子,一個個驚驚喜喜,便都設了香案,擺列山門之外,穿了袈裟,撞起鐘鼓等候。
Voyez le pèlerin : il bondit dans les airs, donna une torsion à sa taille et arriva le premier au monastère. Les moines se prosternèrent précipitamment pour l’accueillir : « Lorsque Monseigneur est parti, il marchait avec les autres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui vous descendiez du ciel ? » Le pèlerin sourit : « Où se trouve votre vieux maître ? Appelez-le vite. Dressez les tables à encens pour accueillir le cortège royal : le roi de Tianzhu, la reine, tous les officiers et mon maître sont en route. » Sans comprendre ce qu’il voulait dire, les moines firent aussitôt venir le vieux religieux. À la vue du pèlerin, celui-ci se prosterna de tout son long : « Monseigneur, qu’est devenue l’affaire de la princesse ? » Le pèlerin lui raconta en détail comment la fausse princesse avait lancé la balle brodée pour épouser le moine des Tang, comment il l’avait poursuivie et combattue, et comment la Souveraine de l’Astre du Grand Yin avait repris le Lapin de Jade. Le vieux moine se prosterna de nouveau pour le remercier. Le pèlerin le releva : « Ne vous prosternez pas encore ! Préparez vite l’accueil du cortège royal. » Les moines comprirent alors que la personne enfermée dans la chambre du fond était une jeune femme. À la fois effrayés et ravis, ils dressèrent tous des tables à encens en rang devant la porte de la montagne, revêtirent leurs robes monastiques et firent sonner cloches et tambours en attendant.
不多時,聖駕早到。果然是:
Peu après, le cortège sacré arriva. C’était vraiment :
繽紛瑞靄滿天香,一座荒山倏被祥。虹流千載清河海,電繞長春賽禹湯。草木沾恩添秀色,野花得潤有餘芳。古來長者留遺跡,今喜明君降寶堂。
Des brumes fastes aux mille couleurs emplissaient le ciel de parfums ; une montagne déserte fut soudain couverte de félicité.
L’arc-en-ciel se répandait pour mille ans, purifiant fleuves et mers ; l’éclair entourait un éternel printemps digne de Yu et de Tang.
Herbes et arbres, touchés par la grâce, ajoutaient à leur beauté ; les fleurs sauvages, abreuvées, exhalaient un parfum plus abondant.
Depuis l’Antiquité, le riche Bienfaiteur avait laissé ici ses traces ; aujourd’hui, dans la joie, un souverain éclairé descendait en cette précieuse demeure.
國王到於山門之外,只見那眾僧齊齊整整,俯伏接拜;又見孫行者立在中間。國王道:「神僧何先到此?」行者笑道:「老孫把腰略扭一扭兒,就到了。你們怎麼就走這半日?」隨後唐僧等俱到。長老引駕,到於後面房邊,那公主還裝風胡說。老僧跪指道:「此房內就是舊年風吹來的公主娘娘。」國王即令開門。隨即打開鐵鎖,開了門。國王與皇后見了公主,認得形容,不顧穢污,近前一把摟抱道:「我的受苦的兒啊!你怎麼遭這等折磨,在此受罪?」真是父母子女相逢,比他人不同,三人抱頭大哭。哭了一會,敘畢離情,即令取香湯,教公主沐浴更衣,上輦回國。
Arrivé devant la porte de la montagne, le roi vit tous les moines parfaitement rangés, prosternés pour l’accueillir ; il aperçut aussi le pèlerin Sun debout au milieu d’eux. Il demanda : « Comment le divin moine est-il arrivé avant nous ? » Le pèlerin sourit : « Il a suffi au vieux Sun de tordre un peu la taille pour être ici. Comment avez-vous pu mettre une demi-journée à venir ? » Le moine des Tang et les autres arrivèrent à leur tour. Le vénérable conduisit le roi jusqu’à la chambre du fond, où la princesse feignait toujours la folie et divaguait. Le vieux moine, à genoux, désigna la pièce : « C’est dans cette chambre que se trouve la princesse emportée ici par le vent l’an dernier. » Le roi ordonna aussitôt d’ouvrir la porte. On ôta le cadenas de fer et on ouvrit. Dès que le roi et la reine virent la princesse, ils reconnurent ses traits et, sans se soucier de sa saleté, se précipitèrent pour l’étreindre : « Mon enfant qui as tant souffert ! Comment as-tu pu subir de tels tourments et endurer ici tant de peines ? » Quand parents et enfant se retrouvent, leurs sentiments ne ressemblent à ceux de personne d’autre : tous trois, enlacés, fondirent en larmes. Après avoir longtemps pleuré et raconté la douleur de la séparation, ils ordonnèrent de préparer une eau parfumée, afin que la princesse se baigne, change de vêtements et regagne le royaume dans une litière.
行者又對國王拱手道:「老孫還有一事奉上。」國王答禮道:「神僧有事吩咐,朕即從之。」行者道:「他這山,名為百腳山。近來說有蜈蚣成精,黑夜傷人,往來行旅,甚為不便。我思蜈蚣惟雞可以降伏,可選絕大雄雞千隻,撒放山中,除此毒蟲。就將此山名改換改換,賜文一道敕封,就當謝此僧供養公主之恩也。」國王甚喜,領諾。隨差官進城取雞;又改山名為寶華山。仍著工部辦料重修,賜與封號,喚做「敕建寶華山給孤布金寺」;把那老僧封為「報國僧官」,永遠世襲,賜俸三十六石。僧眾謝了恩,送駕回朝。
Le pèlerin joignit encore les mains devant le roi : « Le vieux Sun a une autre proposition à vous présenter. » Le roi lui rendit son salut : « Si le divin moine a un ordre à donner, Nous lui obéirons. » Le pèlerin dit : « Cette montagne se nomme mont des Cent-Pattes. On raconte que des mille-pattes y sont récemment devenus démons : ils attaquent les hommes pendant la nuit et rendent les voyages fort dangereux. Or seuls les coqs peuvent, me semble-t-il, soumettre les mille-pattes. Vous pourriez choisir mille coqs d’une taille exceptionnelle et les lâcher dans la montagne pour éliminer ces insectes venimeux. Changez aussi le nom de cette montagne et accordez-lui par décret un nouveau titre : ce sera une manière de remercier ces moines d’avoir nourri et protégé la princesse. » Le roi, fort réjoui, accepta. Il envoya aussitôt des officiers chercher des coqs dans la ville et rebaptisa la montagne mont de la Fleur Précieuse. Il chargea en outre le ministère des Travaux de fournir les matériaux pour reconstruire entièrement le monastère et lui conféra par décret le titre de « Monastère impérial de l’Or répandu par le Bienfaiteur des orphelins, au mont de la Fleur Précieuse ». Le vieux moine reçut le titre de « moine-fonctionnaire qui sert le royaume », transmissible à perpétuité, ainsi qu’une rente de trente-six boisseaux de grain. La communauté monastique rendit grâce, puis raccompagna le cortège royal vers la capitale.
公主入宮,各各相見。安排筵宴,與公主釋悶賀喜。后妃母子,復聚首團圞。國王君臣亦共喜,飲宴一宵不題。
Lorsque la princesse entra au palais, tous vinrent la retrouver. On prépara un banquet pour dissiper sa tristesse et célébrer son retour. Reine, concubines, mères et enfants furent de nouveau réunis dans la concorde. Le roi et ses ministres partageaient la même joie et festoyèrent toute la nuit. N’en parlons plus.
次早,國王傳旨,召丹青圖下聖僧四眾喜容,供養在華夷樓上。又請公主新妝重整,出殿謝唐僧四眾救苦之恩。謝畢,唐僧辭王西去。那國王那裡肯放,大設佳宴,一連吃了五六日,著實好了獃子,盡力放開肚量受用。
Le lendemain matin, le roi ordonna de convoquer des peintres afin qu’ils fassent le portrait des quatre saints pèlerins et l’exposent pour recevoir des offrandes dans la tour de la Chine et des Pays étrangers. Il fit également parer de nouveau la princesse et l’invita à se rendre dans la grande salle pour remercier le moine des Tang et ses trois disciples de l’avoir délivrée de ses souffrances. Après ces remerciements, le moine des Tang prit congé du roi pour poursuivre sa route vers l’ouest. Mais le roi ne voulait nullement les laisser partir : il donna de magnifiques banquets cinq ou six jours de suite, ce qui combla l’Idiot, qui put ouvrir grand le ventre et en profiter de toutes ses forces.
國王見他們拜佛心重,苦留不住,遂取金銀二百錠、寶貝各一盤奉謝。師徒們一毫不受。教擺鑾駕,請老師父登輦,差官遠送。那后妃并臣民人等俱各叩謝不盡。及至前途,又見眾僧叩送,俱不忍相別。行者見送者不肯回去,無已,捻訣,往巽地上吹口仙氣,一陣暗風,把送的人都迷了眼目,方才得脫身而去。這正是:
Voyant combien ils tenaient à aller rendre hommage au Bouddha et comprenant qu’il ne pourrait les retenir, le roi fit apporter deux cents lingots d’or et d’argent ainsi qu’un plateau de joyaux pour les remercier. Maître et disciples n’en acceptèrent pas la moindre parcelle. Le roi ordonna de préparer le cortège impérial, invita le vénérable maître à monter dans une litière et chargea des officiers de les escorter au loin. Reine, concubines, ministres et peuple se prosternèrent tous sans pouvoir épuiser leurs remerciements. Plus loin sur la route, les voyageurs virent encore les moines prosternés pour les accompagner, aucun ne pouvant supporter la séparation. Voyant que ceux qui les escortaient refusaient de repartir, le pèlerin n’eut d’autre ressource que de former un sceau de ses doigts et de souffler une haleine immortelle vers le sud-est. Une rafale obscure brouilla la vue de tous ceux qui les accompagnaient, et les pèlerins purent enfin s’échapper. C’est bien là :
沐淨恩波歸了性,出離金海悟真空。
Baignés dans les ondes pures de la grâce, ils retrouvèrent leur nature accomplie ;
Sortis de la mer d’or, ils comprirent le véritable Vide.
畢竟不知前路如何,且聽下回分解。
Après tout, nul ne sait encore ce qui les attendait sur la route ; écoutez les explications du prochain récit.