La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 15 Au mont du Serpent Enroulé, les dieux protègent en secret ; — Au ravin de l’Aigle Affligé, le cheval de l’esprit reçoit la bride.
蛇盤山諸神暗佑鷹愁澗意馬收韁
Au mont du Serpent Enroulé, les dieux protègent en secret ;
Au ravin de l’Aigle Affligé, le cheval de l’esprit reçoit la bride.
卻說行者伏侍唐僧西進,行經數日,正是那臘月寒天,朔風凜凜,滑凍凌凌。走的是些懸崖峭壁崎嶇路,疊嶺層巒險峻山。三藏在馬上,遙聞唿喇喇水聲聒耳,回頭叫:「悟空,是那裡水響?」行者道:「我記得此處叫做蛇盤山鷹愁澗,想必是澗裡水響。」說不了,馬到澗邊,三藏勒韁觀看。但見:
Cependant, le pèlerin servait le moine des Tang et avançait avec lui vers l’ouest. Après plusieurs jours de marche, on était au froid mois d’hiver : le vent du nord soufflait avec âpreté, la glace rendait le sol glissant. Ils suivaient des chemins escarpés entre falaises et précipices, parmi des chaînes de pics abrupts et dangereux. Du haut de son cheval, Sanzang entendit au loin un fracas d’eau qui lui assourdissait les oreilles. Se retournant, il appela : « Wukong, d’où vient ce bruit d’eau ? » Le pèlerin répondit : « Je me souviens que cet endroit s’appelle le mont du Serpent Enroulé et le ravin de l’Aigle Affligé. Ce doit être l’eau du ravin que nous entendons. » Il n’avait pas fini de parler que le cheval atteignait le bord du ravin. Sanzang tira sur les rênes et regarda. Voici ce qu’il vit :
涓涓寒脈穿雲過,湛湛清波映日紅。聲搖夜雨聞幽谷,彩發朝霞眩太空。千仞浪飛噴碎玉,一泓水響吼清風。流歸萬頃煙波去,鷗鷺相忘沒釣逢。
Un filet glacé traverse les nuages en murmurant ; une onde limpide reflète le rouge du soleil.
Son fracas, pareil à la pluie nocturne, résonne au fond des vallées ; ses couleurs, nées des brumes de l’aube, éblouissent le firmament.
De mille toises, les vagues jaillissent en perles de jade brisé ; dans le vaste bassin, les eaux grondent avec le vent pur.
Elles vont se perdre au loin dans l’immensité des brumes et des flots ; mouettes et hérons y vivent sans souci, sans jamais rencontrer d’hameçon.
師徒兩個正然看處,只見那澗當中響一聲,鑽出一條龍來,推波掀浪,攛出崖山,就搶長老。慌得個行者丟了行李,把師父抱下馬來,回頭便走。那條龍就趕不上,把他的白馬連鞍轡一口吞下肚去,依然伏水潛蹤。行者把師父送在那高阜上坐了,卻來牽馬挑擔,止存得一擔行李,不見了馬匹。他將行李擔送到師父面前道:「師父,那孽龍也不見蹤影,只是驚走我的馬了。」三藏道:「徒弟啊,卻怎生尋得馬著麼?」行者道:「放心,放心,等我去看來。」
Tandis que le maître et le disciple regardaient, un grand bruit retentit au milieu du ravin. Un dragon en surgit, soulevant vagues et lames ; il bondit hors des eaux contre la falaise et se jeta sur le vénérable. Dans son trouble, le pèlerin lâcha les bagages, arracha son maître à sa monture et l’emporta en arrière. Incapable de les rattraper, le dragon engloutit d’une seule bouchée le cheval blanc, avec sa selle et sa bride, puis replongea dans l’eau et disparut. Le pèlerin déposa son maître sur une hauteur, puis revint chercher le cheval et prendre les fardeaux. Il ne trouva plus que les bagages, sans aucune trace de la monture. Il les porta devant son maître et dit : « Maître, ce dragon malfaisant a lui aussi disparu. Il a seulement fait fuir notre cheval. » Sanzang demanda : « Mon disciple, comment allons-nous le retrouver ? » Le pèlerin répondit : « Soyez tranquille. Attendez que j’aille voir. »
他打個唿哨,跳在空中,火眼金睛,用手搭涼篷,四下裡觀看,更不見馬的蹤跡。按落雲頭,報道:「師父,我們的馬斷乎是那龍吃了,四下裡再看不見。」三藏道:「徒弟呀,那廝能有多大口,卻將那匹大馬連鞍轡都吃了?想是驚張溜韁,走在那山凹之中。你再仔細看看。」行者道:「你也不知我的本事。我這雙眼,白日裡常看一千里路的吉凶。像那千里之內,蜻蜓兒展翅,我也看見,何期那匹大馬,我就不見?」三藏道:「既是他吃了,我如何前進?可憐啊,這千山萬水,怎生走得?」說著話,淚如雨落。行者見他哭將起來,他那裡忍得住暴燥,發聲喊道:「師父莫要這等膿包形麼,你坐著,坐著,等老孫去尋著那廝,教他還我馬匹便了。」三藏卻才扯住道:「徒弟啊,你那裡去尋他?只怕他暗地裡攛將出來,卻不又連我都害了?那時節人馬兩亡,怎生是好?」行者聞得這話,越加嗔怒,就叫喊如雷道:「你忒不濟,不濟!又要馬騎,又不放我去,似這般看著行李,坐到老罷。」
Il poussa un sifflement et bondit dans les airs. De ses yeux de feu aux prunelles d’or, la main en visière, il observa les quatre directions, mais ne vit nulle part la trace du cheval. Il abaissa son nuage et annonça : « Maître, notre cheval a certainement été mangé par ce dragon ; je ne l’aperçois nulle part alentour. » Sanzang dit : « Mon disciple, comment ce monstre aurait-il une gueule assez grande pour avaler ce gros cheval avec sa selle et sa bride ? Il aura dû s’effrayer, s’échapper avec les rênes et courir dans quelque creux de la montagne. Regarde encore avec soin. » Le pèlerin répondit : « Vous ne connaissez donc pas mes capacités. En plein jour, mes deux yeux discernent couramment, à mille lis, ce qui est faste ou funeste. Si, à cette distance, une libellule déploie ses ailes, je la vois encore ; comment pourrais-je ne pas apercevoir un aussi grand cheval ? » Sanzang dit : « S’il l’a mangé, comment poursuivrai-je ma route ? Hélas ! Comment franchir à pied ces milliers de montagnes et ces myriades de cours d’eau ? » À ces mots, ses larmes tombèrent comme la pluie. En le voyant pleurer, le pèlerin ne put maîtriser son caractère emporté et s’écria : « Maître, ne prenez pas cet air de faible ! Restez assis, restez assis ; le vieux Sun va retrouver ce monstre et lui faire rendre notre cheval, voilà tout. » Sanzang le retint alors par le vêtement : « Mon disciple, où iras-tu le chercher ? J’ai peur qu’il ne bondisse secrètement sur moi et ne me fasse du mal à mon tour. Quand l’homme et le cheval auront tous deux péri, que ferons-nous ? » À ces paroles, la colère du pèlerin redoubla. Il cria d’une voix tonnante : « Vous êtes vraiment incapable ! Vous voulez un cheval, mais vous ne me laissez pas aller le chercher. Dans ce cas, restez à garder les bagages jusqu’à votre vieillesse ! »
哏哏的吆喝,正難息怒,只聽得空中有人言語,叫道:「孫大聖莫惱,唐御弟休哭。我等是觀音菩薩差來的一路神祗,特來暗中保取經者。」那長老聞言,慌忙禮拜。行者道:「你等是那幾個,可報名來,我好點卯。」眾神道:「我等是六丁六甲、五方揭諦、四值功曹、一十八位護教伽藍,各各輪流值日聽候。」行者道:「今日先從誰起?」眾揭諦道:「丁甲、功曹、伽藍輪次。我五方揭諦,惟金頭揭諦晝夜不離左右。」行者道:「既如此,不當值者且退,留下六丁神將與日值功曹和眾揭諦保守著我師父。等老孫尋那澗中的孽龍,教他還我馬來。」眾神遵令。三藏才放下心,坐在石崖之上,吩咐行者仔細。行者道:「只管寬心。」好猴王,束一束綿布直裰,撩起虎皮裙子,揝著金箍鐵棒,抖擻精神,徑臨澗壑,半雲半霧的,在那水面上高叫道:「潑泥鰍,還我馬來!還我馬來!」
Il grondait et vociférait sans parvenir à apaiser sa colère lorsqu’une voix se fit entendre dans les airs : « Grand Saint Sun, ne vous irritez pas ; frère cadet de l’empereur des Tang, cessez de pleurer. Nous sommes les divinités de la route dépêchées par le bodhisattva Guanyin afin de protéger secrètement celui qui va quérir les écritures. » À ces mots, le vénérable se prosterna en hâte. Le pèlerin demanda : « Qui êtes-vous ? Donnez-moi vos noms, que je puisse faire l’appel. » Les dieux répondirent : « Nous sommes les Six Ding et les Six Jia, les Jiedi des Cinq Directions, les Officiers du Mérite des Quatre Veilles et les dix-huit gardiens de la Doctrine dans les monastères. Chacun de nous assure à tour de rôle le service du jour et se tient aux ordres. » Le pèlerin demanda : « Qui commence aujourd’hui ? » Les Jiedi répondirent : « Les Ding et les Jia, les officiers du mérite et les gardiens des monastères se relaient. Quant à nous, Jiedi des Cinq Orients, seul le Jiedi à la Tête d’Or ne quitte jamais vos côtés, de jour comme de nuit. » Le pèlerin dit : « Dans ce cas, que ceux qui ne sont pas de service se retirent. Que restent les généraux des Six Ding, l’officier du mérite de ce jour et tous les Jiedi pour protéger mon maître, tandis que le vieux Sun cherchera le dragon malfaisant du ravin et lui fera rendre notre cheval. » Les dieux obéirent. Sanzang, enfin rassuré, s’assit sur une paroi rocheuse et recommanda au pèlerin d’être prudent. Celui-ci répondit : « Soyez sans inquiétude. » Ce bon Roi des Singes resserra sa tunique de toile ouatée, releva sa jupe en peau de tigre, empoigna son bâton de fer cerclé d’or et, rassemblant toute son énergie, se rendit droit au ravin. À demi porté par les nuages et les brumes, il cria au-dessus de l’eau : « Misérable loche, rends-moi mon cheval ! Rends-moi mon cheval ! »
卻說那龍吃了三藏的白馬,伏在那澗底中間,潛靈養性,只聽得有人叫罵索馬。他按不住心中火發,急縱身躍浪翻波,跳將上來道:「是那個敢在這裡海口傷吾?」行者見了他,大咤一聲「休走,還我馬來!」掄著棍,劈頭就打。那條龍張牙舞爪來抓。他兩個在澗邊前這一場賭鬥,果是驍雄。但見那:
Le dragon qui avait mangé le cheval blanc de Sanzang demeurait tapi au fond du ravin, concentrant sa puissance spirituelle et cultivant sa nature, lorsqu’il entendit quelqu’un l’insulter et réclamer le cheval. Incapable de contenir sa colère, il s’élança, renversa les vagues et bondit hors de l’eau en disant : « Qui ose venir ici se vanter et m’outrager ? » En le voyant, le pèlerin poussa un grand cri : « Ne t’enfuis pas ! Rends-moi mon cheval ! » Puis il fit tournoyer son bâton et frappa droit sur sa tête. Le dragon s’avança toutes griffes et crocs dehors. Le combat qu’ils livrèrent au bord du ravin fut véritablement celui de deux vaillants champions. Voyez plutôt :
龍舒利爪,猴舉金箍。那個鬚垂白玉線,這個眼幌赤金燈。那個鬚下明珠噴彩霧,這個手中鐵棒舞狂風。那個是迷爺娘的業子,這個是欺天將的妖精。他兩個都因有難遭磨折,今要成功各顯能。
Le dragon déploie ses griffes acérées, le singe lève son bâton cerclé d’or. Chez l’un, les moustaches pendent comme des fils de jade blanc ; chez l’autre, les yeux brillent comme des lampes d’or rouge. Sous les moustaches de l’un, une perle lumineuse crache une brume irisée ; dans les mains de l’autre, le bâton de fer fait tournoyer un vent furieux. L’un est un fils maudit qui causa le désarroi de ses parents ; l’autre, un démon qui défia les généraux du Ciel. Tous deux ont subi l’épreuve du malheur ; maintenant qu’ils veulent accomplir leur œuvre, chacun déploie son pouvoir.
來來往往,戰夠多時,盤旋良久,那條龍力軟筋麻,不能抵敵,打一個轉身,又攛於水內,深潛澗底,再不出頭。被猴王罵詈不絕,他也只推耳聾。
Ils allèrent et vinrent, combattant longtemps et tournoyant l’un autour de l’autre. Enfin, les forces du dragon faiblirent et ses tendons s’engourdirent ; incapable de résister davantage, il fit volte-face, replongea dans l’eau et se cacha tout au fond du ravin sans plus montrer la tête. Le Roi des Singes eut beau l’accabler d’injures, il fit seulement comme s’il était sourd.
行者沒及奈何,只得回見三藏道:「師父,這個怪被老孫罵將出來,他與我賭鬥多時,怯戰而走,只躲在水中間,再不出來了。」三藏道:「不知端的可是他吃了我馬?」行者道:「你看你說的話,不是他吃了,他還肯出來招聲,與老孫犯對?」三藏道:「你前日打虎時,曾說有降龍伏虎的手段,今日如何便不能降他?」原來那猴子吃不得人急他。見三藏搶白了他這一句,他就發起神威道:「不要說,不要說,等我與他再見個上下。」
Ne sachant plus que faire, le pèlerin retourna auprès de Sanzang et dit : « Maître, le vieux Sun a fait sortir ce monstre en l’injuriant. Il m’a livré un long combat, puis il a pris peur et s’est enfui. Maintenant, il se cache au milieu des eaux et refuse de ressortir. » Sanzang demanda : « Sommes-nous certains que c’est bien lui qui a mangé mon cheval ? » Le pèlerin répondit : « Écoutez donc ce que vous dites ! S’il ne l’avait pas mangé, aurait-il répondu à mes provocations et osé m’affronter ? » Sanzang dit : « L’autre jour, quand tu as tué le tigre, tu as prétendu posséder l’art de soumettre dragons et tigres. Comment se fait-il qu’aujourd’hui tu ne puisses dompter celui-ci ? » Or ce singe ne supportait pas qu’on le pressât ainsi. Piqué par ce reproche de Sanzang, il déploya soudain sa puissance divine et dit : « N’en dites pas davantage ! Attendez que je retourne mesurer avec lui qui est le plus fort. »
這猴王拽開步,跳到澗邊,使出那翻江攪海的神通,把一條鷹愁陡澗徹底澄清的水,攪得似那九曲黃河泛漲的波。那孽龍在於深澗中坐臥不寧,心中思想道:「這才是福無雙降,禍不單行。我才脫了天條死難,不上一年,在此隨緣度日,又撞著這般個潑魔,他來害我。」你看他越思越惱,受不得屈氣,咬著牙,跳將出去,罵道:「你是那裡來的潑魔,這等欺我?」行者道:「你莫管我那裡不那裡,你只還了馬,我就饒你性命。」那龍道:「你的馬是我吞下肚去,如何吐得出來?不還你,便待怎的?」行者道「不還馬時看棍,只打殺你,償了我馬的性命便罷。」他兩個又在那山崖下苦鬥。鬥不數合,小龍委實難搪,將身一幌,變作一條水蛇兒,鑽入草科中去了。
Le Roi des Singes s’élança jusqu’au bord du ravin et exerça le pouvoir divin qui renverse les fleuves et bouleverse les mers. L’eau du ravin abrupt de l’Aigle Affligé, limpide jusqu’au fond, fut brassée comme les flots en crue du Fleuve Jaune aux neuf méandres. Au plus profond du ravin, le dragon malfaisant ne pouvait plus tenir en place. Il songea : « Les bonheurs n’arrivent jamais par deux, mais les malheurs ne viennent jamais seuls. À peine ai-je échappé à la mort prévue par les lois célestes, voilà moins d’un an que je vis ici au gré du destin, et je rencontre déjà ce démon furieux venu me tourmenter. » Plus il y pensait, plus il s’irritait. Incapable de souffrir cette humiliation, il serra les dents, bondit hors de l’eau et cria : « D’où viens-tu, démon furieux, pour m’opprimer ainsi ? » Le pèlerin répondit : « Peu importe d’où je viens. Rends seulement le cheval, et je te laisserai la vie. » Le dragon dit : « J’ai avalé ton cheval. Comment pourrais-je le recracher ? Je ne te le rendrai pas : que comptes-tu faire ? » Le pèlerin répondit : « Si tu ne rends pas le cheval, prends garde à mon bâton ! Je te tuerai, et ta vie payera celle de ma monture. » Tous deux reprirent leur terrible combat sous la falaise. Après quelques passes seulement, le jeune dragon se trouva réellement incapable de résister. Il secoua son corps, se changea en petite couleuvre et se glissa dans les herbes.
猴王拿著棍,趕上前來,撥草尋蛇,那裡得些影響。急得他三尸神咋,七竅煙生,念了一聲「唵」字咒語,即喚出當坊土地、本處山神,一齊來跪下道:「山神、土地來見。」行者道:「伸過孤拐來,各打五棍見面,與老孫散散心。」二神叩頭哀告道:「望大聖方便,容小神訴告。」行者道:「你說甚麼?」二神道:「大聖一向久困,小神不知幾時出來,所以不曾接得,萬望恕罪。」行者道:「既如此,我且不打你。我問你:鷹愁澗裡,是那方來的怪龍?他怎麼搶了我師父的白馬吃了?」二神道:「大聖自來不曾有師父,原來是個不伏天不伏地混元上真,如何得有甚麼師父的馬來?」行者道:「你等是也不知。我只為那誑上的勾當,整受了這五百年的苦難。今蒙觀音菩薩勸善,著唐朝駕下真僧救出我來,教我跟他做徒弟,往西天去拜佛求經。因路過此處,失了我師父的白馬。」二神道:「原來是如此。這澗中自來無邪,只是深陡寬闊,水光徹底澄清,鴉鵲不敢飛過;因水清照見自己的形影,便認做同群之鳥,往往身擲於水內:故名『鷹愁陡澗』。只是向年間,觀音菩薩因為尋訪取經人去,救了一條玉龍,送他在此,教他等候那取經人,不許為非作歹。他只是饑了時,上岸來撲些鳥鵲吃,或是捉些獐鹿食用。不知他怎麼無知,今日衝撞了大聖。」行者道:「先一次,他還與老孫侮手,盤旋了幾合;後一次,是老孫叫罵,他再不出。因此使了一個翻江攪海的法兒,攪混了他澗水,他就攛將上來,還要爭持。不知老孫的棍重,他遮架不住,就變做一條水蛇,鑽在草裡。我趕來尋他,卻無蹤跡。」土地道:「大聖不知。這條澗千萬個孔竅相通,故此這波瀾深遠。想是此間也有一孔,他鑽將下去。也不須大聖發怒,在此找尋;要擒此物,只消請將觀世音來,自然伏了。」
Le Roi des Singes, son bâton à la main, se lança à sa poursuite et écarta les herbes pour chercher le serpent, mais n’en trouva pas la moindre trace. De fureur, les esprits des Trois Cadavres grincèrent en lui et de la fumée sortit de ses sept ouvertures. Il récita la formule du caractère « Om » et fit aussitôt comparaître le dieu du sol de ce canton et le dieu de cette montagne. Tous deux vinrent s’agenouiller en disant : « Le dieu de la montagne et le dieu du sol se présentent. » Le pèlerin dit : « Tendez vos jambes cagneuses : je vais vous donner cinq coups de bâton à chacun pour saluer notre rencontre et me délasser un peu. » Les deux dieux se prosternèrent et le supplièrent : « Nous implorons l’indulgence du Grand Saint et demandons la permission de nous expliquer. » Le pèlerin demanda : « Qu’avez-vous à dire ? » Ils répondirent : « Le Grand Saint ayant été longtemps prisonnier, nous autres humbles divinités ignorions quand il sortirait. Voilà pourquoi nous n’étions pas là pour l’accueillir. Nous le supplions de pardonner notre faute. » Le pèlerin dit : « Puisqu’il en est ainsi, je ne vous frapperai pas pour le moment. Mais dites-moi : d’où vient le dragon monstrueux du ravin de l’Aigle Affligé ? Pourquoi a-t-il arraché et mangé le cheval blanc de mon maître ? » Les deux dieux répondirent : « Le Grand Saint n’avait autrefois aucun maître. Il était un immortel véritable du Chaos primordial, qui ne se soumettait ni au Ciel ni à la Terre. Comment se fait-il qu’il ait maintenant un maître et que celui-ci possède un cheval ? » Le pèlerin dit : « Vous n’êtes donc pas au courant. C’est uniquement pour avoir trompé mes supérieurs que j’ai enduré cinq cents années entières de souffrance. Maintenant, grâce aux exhortations au bien du bodhisattva Guanyin, un véritable religieux de la cour des Tang m’a délivré. Elle m’a ordonné de devenir son disciple et de le suivre jusqu’au Ciel occidental pour vénérer le Bouddha et quérir les écritures. En passant ici, nous avons perdu le cheval blanc de mon maître. » Les deux dieux dirent : « Voilà donc ce qu’il en est. Ce ravin n’abritait autrefois aucun être malfaisant. Il est seulement profond, abrupt et large, et ses eaux sont limpides jusqu’au fond. Corbeaux et pies n’osent le survoler, car l’eau claire leur renvoie leur propre image ; la prenant pour un oiseau de leur espèce, ils se jettent souvent dans les flots. C’est pourquoi l’endroit porte le nom de ravin abrupt de l’Aigle Affligé. Il y a quelques années seulement, tandis que le bodhisattva Guanyin cherchait celui qui irait quérir les écritures, elle sauva un dragon de jade et le plaça ici pour qu’il attende ce pèlerin, en lui interdisant de mal agir. Lorsqu’il avait faim, il montait sur la rive pour capturer quelques oiseaux et quelques pies, ou bien des chevreuils et des cerfs. Nous ignorons comment, dans son aveuglement, il a pu offenser aujourd’hui le Grand Saint. » Le pèlerin dit : « La première fois, il a encore croisé les armes avec le vieux Sun et m’a tenu tête durant plusieurs passes. La seconde fois, malgré mes insultes, il a refusé de sortir. J’ai donc employé un sortilège qui renverse les fleuves et bouleverse les mers pour troubler l’eau de son ravin. Il a alors bondi dehors et voulu reprendre la lutte. Mais, ignorant le poids du bâton du vieux Sun, il n’a pu parer mes coups ; il s’est changé en couleuvre et s’est glissé dans l’herbe. Je l’ai poursuivi, mais il a disparu sans laisser de trace. » Le dieu du sol dit : « Le Grand Saint l’ignore : ce ravin communique par des milliers et des milliers d’anfractuosités, ce qui explique la profondeur et l’étendue de ses eaux. Il doit y avoir ici quelque ouverture par laquelle le dragon s’est glissé. Il est inutile que le Grand Saint s’irrite et le cherche en ce lieu. Pour capturer cet être, il suffit de faire venir Guanshiyin : elle le soumettra sans peine. »
行者見說,喚山神、土地,同來見了三藏,具言前事。三藏道:「若要去請菩薩,幾時才得回來?我貧僧饑寒怎忍?」說不了,只聽得暗空中有金頭揭諦叫道:「大聖,你不須動身,小神去請菩薩來也。」行者大喜,道聲:「有累,有累。快行,快行。」那揭諦急縱雲頭,徑上南海。行者吩咐山神、土地守護師父,日值功曹去尋齋供,他又去澗邊巡遶不題。
À ces paroles, le pèlerin conduisit le dieu de la montagne et le dieu du sol auprès de Sanzang et lui rapporta toute l’affaire. Sanzang dit : « S’il faut aller inviter le bodhisattva, quand reviendras-tu ? Comment ce pauvre religieux supportera-t-il la faim et le froid ? » Il n’avait pas fini de parler qu’une voix retentit dans l’ombre du ciel. C’était le Jiedi à la Tête d’Or, qui disait : « Grand Saint, inutile de vous déplacer. Moi, humble divinité, j’irai inviter le bodhisattva. » Le pèlerin, transporté de joie, répondit : « Je vous impose cette peine. Partez vite, partez vite ! » Le Jiedi lança aussitôt son nuage et se dirigea droit vers la mer du Sud. Le pèlerin ordonna au dieu de la montagne et au dieu du sol de protéger son maître, tandis que l’officier du mérite de ce jour chercherait une offrande végétarienne. Quant à lui, il retourna patrouiller au bord du ravin.
卻說金頭揭諦一駕雲,早到了南海。按祥光,直至落伽山紫竹林中,託那金甲諸天與木叉惠岸轉達,得見菩薩。菩薩道:「汝來何幹?」揭諦道:「唐僧在蛇盤山鷹愁陡澗失了馬,急得孫大聖進退兩難。及問本處土神,說是菩薩送在澗裡的孽龍吞了。那大聖著小神來告請菩薩降這孽龍,還他馬匹。」菩薩聞言道:「這廝本是西海敖閏之子,他為縱火燒了殿上明珠,他父告他忤逆,天庭上犯了死罪。是我親見玉帝,討他下來,教他與唐僧做個腳力。他怎麼反吃了唐僧的馬?這等說,等我去來。」那菩薩降蓮臺,徑離仙洞,與揭諦駕著祥光,過了南海而來。有詩為證。詩曰:
Monté sur son nuage, le Jiedi à la Tête d’Or atteignit bientôt la mer du Sud. Il abaissa sa lumière de bon augure et se rendit directement dans la forêt des Bambous Pourpres, au mont Luojia. Par l’entremise des divinités en armure d’or et de Muzha Huian, il obtint audience auprès du bodhisattva. Celui-ci demanda : « Pour quelle affaire viens-tu ? » Le Jiedi répondit : « Le moine des Tang a perdu son cheval au ravin abrupt de l’Aigle Affligé, dans le mont du Serpent Enroulé, et le Grand Saint Sun, fort inquiet, ne sait plus comment avancer ni reculer. Ayant interrogé le dieu du sol de l’endroit, il a appris que le dragon malfaisant placé par le bodhisattva dans ce ravin avait avalé le cheval. Le Grand Saint m’a chargé de venir demander au bodhisattva de soumettre ce dragon et de lui rendre sa monture. » Guanyin répondit : « Ce misérable est le fils d’Ao Run de la mer de l’Ouest. Pour avoir mis le feu à la perle lumineuse du palais, il fut accusé d’impiété par son père et condamné à mort par la Cour céleste. C’est moi qui me suis présentée en personne devant l’Empereur de Jade afin d’obtenir qu’on me le livre ; je devais en faire une monture pour le moine des Tang. Comment a-t-il pu, au contraire, manger son cheval ? Puisqu’il en est ainsi, allons-y. » Le bodhisattva descendit de son trône de lotus, quitta directement sa grotte d’immortelle et, avec le Jiedi, monta sur une lumière de bon augure qui les emporta par-delà la mer du Sud. Un poème en témoigne :
佛說蜜多三藏經,菩薩揚善滿長城。摩訶妙語通天地,般若真言救鬼靈。致使金蟬重脫殼,故令玄奘再修行。只因路阻鷹愁澗,龍子歸真化馬形。
Le Bouddha expose dans Sanzang les écritures de la pāramitā ; le bodhisattva répand le bien par toute la Longue Muraille.
Les paroles merveilleuses du mahā pénètrent le Ciel et la Terre ; les formules véritables de la prajñā sauvent les esprits des morts.
Ainsi Jinchan dépouille une nouvelle fois son enveloppe ; ainsi Xuanzang revient cultiver la Voie.
Parce que sa route est barrée au ravin de l’Aigle Affligé, le fils du dragon retourne au vrai et prend la forme d’un cheval.
那菩薩與揭諦不多時到了蛇盤山,卻在那半空裡留住祥雲,低頭觀看,只見孫行者正在澗邊叫罵。菩薩著揭諦喚他來。那揭諦按落雲頭,不經由三藏,直至澗邊,對行者道:「菩薩來也。」行者聞得,急縱雲跳到空中,對他大叫道:「你這個七佛之師,慈悲的教主,你怎麼生方法兒害我?」菩薩道:「我把你這個大膽的馬流,村愚的赤尻。我倒再三盡意,度得個取經人來,叮嚀教他救你性命,你怎麼不來謝我活命之恩,反來與我嚷鬧?」行者道:「你弄得我好哩。你既放我出來,讓我逍遙自在耍子便了。你前日在海上迎著我,傷了我幾句,教我來盡心竭力,伏侍唐僧便罷了,你怎麼送他一頂花帽,哄我戴在頭上受苦?把這個箍子長在老孫頭上,又教他念一卷甚麼『緊箍兒咒』,著那老和尚念了又念,教我這頭上疼了又疼,這不是你害我也?」菩薩笑道:「你這猴子,你不遵教令,不受正果,若不如此拘係你,你又誑上欺天,知甚好歹?再似從前撞出禍來,有誰收管?須是得這個魔頭,你才肯入我瑜伽之門路哩。」行者道:「這樁事,作做是我的魔頭罷。你怎麼又把那有罪的孽龍,送在此處成精,教他吃了我師父的馬匹?此又是縱放歹人為惡,太不善也。」菩薩道:「那條龍,是我親奏玉帝,討他在此,專為求經人做個腳力。你想那東土來的凡馬,怎歷得這萬水千山?怎到得那靈山佛地?須是得這個龍馬,方才去得。」行者道:「像他這般懼怕老孫,潛躲不出,如之奈何?」菩薩叫揭諦道:「你去澗邊叫一聲『敖閏龍王玉龍三太子,你出來,有南海菩薩在此。』他就出來了。」
Guanyin et le Jiedi atteignirent bientôt le mont du Serpent Enroulé. Leur nuage de bon augure s’arrêta dans les airs. Baissant les yeux, le bodhisattva vit le pèlerin Sun qui criait des injures au bord du ravin et chargea le Jiedi de l’appeler. Celui-ci abaissa son nuage et, sans passer par Sanzang, se rendit directement auprès du pèlerin : « Le bodhisattva est arrivé. » À ces mots, le pèlerin bondit aussitôt dans les airs et lui cria : « Maître des Sept Bouddhas, guide de compassion, pourquoi avez-vous imaginé un moyen de me nuire ? » Guanyin répondit : « Effronté macaque, rustre au derrière rouge ! Je me suis donné toutes les peines du monde pour convertir un pèlerin qui irait quérir les écritures, et je lui ai recommandé avec insistance de te sauver la vie. Au lieu de me remercier de ce bienfait, comment oses-tu venir me quereller ? » Le pèlerin répondit : « Vous m’avez bien joué ! Puisque vous me libériez, il vous suffisait de me laisser vivre libre et sans entraves. L’autre jour, quand vous m’avez rencontré sur la mer, vous m’avez adressé quelques reproches et ordonné de servir de tout mon cœur le moine des Tang : cela pouvait encore passer. Mais pourquoi lui avoir donné un bonnet à fleurs et m’avoir trompé pour que je le mette sur ma tête et souffre ainsi ? Vous avez fait pousser ce bandeau sur la tête du vieux Sun, puis vous lui avez appris je ne sais quelle “Incantation du bandeau qui serre”. Ce vieux moine la récite sans cesse et me fait souffrir la tête encore et encore. N’est-ce pas vous qui me tourmentez ? » Guanyin sourit : « Singe, tu n’obéis pas aux enseignements et refuses le juste fruit. Si je ne t’attachais pas ainsi, tu recommencerais à tromper tes supérieurs et à braver le Ciel, sans plus distinguer le bien du mal. Si tu causais encore les mêmes désastres qu’autrefois, qui pourrait te maîtriser ? Il te faut ce démon qui te tient en bride pour que tu consentes à entrer dans la voie de mon yoga. » Le pèlerin répondit : « Soit, admettons que cette affaire soit mon démon. Mais pourquoi avoir encore placé ici ce dragon coupable et malfaisant, afin qu’il devienne un monstre et mange le cheval de mon maître ? C’est laisser un scélérat commettre le mal, et ce n’est guère vertueux. » Guanyin dit : « Pour ce dragon, j’ai moi-même adressé une requête à l’Empereur de Jade afin de l’obtenir et de le placer ici, spécialement pour servir de monture à celui qui irait quérir les écritures. Crois-tu qu’un cheval ordinaire venu des terres orientales puisse franchir ces myriades de cours d’eau et ces milliers de montagnes ? Comment atteindrait-il la terre du Bouddha, au mont Spirituel ? Seul ce cheval-dragon pourra vous y conduire. » Le pèlerin demanda : « Mais il a si peur du vieux Sun qu’il se cache et refuse de sortir. Que faire ? » Guanyin dit au Jiedi : « Va au bord du ravin et appelle : “Troisième prince Dragon de jade, fils du Roi-Dragon Ao Run, sors de là ! Le bodhisattva de la mer du Sud est ici.” Il sortira aussitôt. »
那揭諦果去澗邊叫了兩遍。那小龍翻波跳浪,跳出水來,變作一個人像,踏了雲頭,到空中對菩薩禮拜道:「向蒙菩薩解脫活命之恩,在此久等,更不聞取經人的音信。」菩薩指著行者道:「這不是取經人的大徒弟?」小龍見了道:「菩薩,這是我的對頭。我昨日腹中饑餒,果然吃了他的馬匹。他倚著有些力量,將我鬥得力怯而回,又罵得我閉門不敢出來。他更不曾提著一個『取經』的字樣。」行者道:「你又不曾問我姓甚名誰,我怎麼就說?」小龍道:「我不曾問你是那裡來的潑魔?你嚷道:『管甚麼那裡不那裡,只還我馬來。』何曾說出半個『唐』字?」菩薩道:「那猴頭專倚自強,那肯稱讚別人?今番前去,還有歸順的哩。若問時,先提起『取經』的字來,卻也不用勞心,自然拱伏。」
Le Jiedi alla donc au bord du ravin et lança deux fois cet appel. Le jeune dragon renversa les vagues, bondit hors de l’eau, prit une apparence humaine et, monté sur un nuage, vint se prosterner devant Guanyin : « Jadis, j’ai reçu du bodhisattva le bienfait d’être délivré et d’avoir la vie sauve. Depuis longtemps, j’attends ici, mais je n’ai encore reçu aucune nouvelle de celui qui doit quérir les écritures. » Guanyin lui montra le pèlerin : « N’est-ce pas là le premier disciple de ce pèlerin ? » En le voyant, le jeune dragon dit : « Bodhisattva, voilà précisément mon adversaire ! Hier, affamé, j’ai effectivement mangé son cheval. Se fiant à sa force, il m’a combattu jusqu’à ce que, trop faible, je doive battre en retraite ; puis il m’a tant injurié que je suis resté enfermé sans oser ressortir. Jamais il n’a prononcé les mots “quérir les écritures”. » Le pèlerin répondit : « Tu ne m’as jamais demandé mon nom ni mon identité. Pourquoi l’aurais-je dit de moi-même ? » Le jeune dragon répliqua : « Ne t’ai-je pas demandé d’où venait ce démon furieux ? Tu m’as crié : “Peu importe d’où je viens, rends seulement mon cheval !” Quand as-tu prononcé ne serait-ce que la moitié du mot “Tang” ? » Guanyin dit : « Cette tête de singe ne se fie qu’à sa propre puissance. Comment consentirait-elle à faire l’éloge d’autrui ? Sur la route que vous allez suivre, d’autres viendront encore se soumettre. Quand on t’interrogera, commence par parler de la quête des écritures : tu n’auras pas à te donner de peine, ils s’inclineront d’eux-mêmes. »
行者歡喜領教。菩薩上前,把那小龍的項下明珠摘了,將楊柳枝蘸出甘露,往他身上拂了一拂,吹口仙氣,喝聲叫:「變!」那龍即變做他原來的馬匹毛片。又將言語吩咐道:「你須用心還了業障,功成後超越凡龍,還你個金身正果。」那小龍口啣著橫骨,心心領諾。菩薩教悟空領他去見三藏。「我回海上去也。」行者扯住菩薩不放道:「我不去了,我不去了。西方路這等崎嶇,保這個凡僧,幾時得到?似這等多磨多折,老孫的性命也難全,如何成得甚麼功果?我不去了,我不去了。」菩薩道:「你當年未成人道,且肯盡心修悟;你今日脫了天災,怎麼倒生懶惰?我門中以寂滅成真,須是要信心正果。假若到了那傷身苦磨之處,我許你叫天天應,叫地地靈;十分再到那難脫之際,我也親來救你。你過來,我再贈你一般本事。」菩薩將楊柳葉兒摘下三個,放在行者的腦後,喝聲:「變!」即變做三根救命的毫毛。教他:「若到那無濟無主的時節,可以隨機應變,救得你急苦之災。」行者聞了這許多好言,才謝了大慈大悲的菩薩。那菩薩香風繞繞,彩霧飄飄,徑轉普陀而去。
Le pèlerin accueillit cet enseignement avec joie. Guanyin s’avança, ôta la perle lumineuse suspendue au cou du jeune dragon, trempa sa branche de saule dans la rosée de douceur et l’en aspergea. Puis elle souffla une haleine d’immortelle et cria : « Change-toi ! » Le dragon prit aussitôt le pelage du cheval qu’ils avaient perdu. Guanyin lui recommanda encore : « Tu dois t’appliquer à racheter les obstacles de ton karma. Lorsque ton œuvre sera accomplie, tu t’élèveras au-dessus des dragons ordinaires et recevras un corps d’or ainsi que le juste fruit. » Le jeune dragon, tenant l’os transversal entre ses dents, acquiesça de tout son cœur. Guanyin ordonna à Wukong de le conduire auprès de Sanzang, puis dit : « Je retourne à la mer. » Le pèlerin la retint et refusa de la laisser partir : « Je n’irai plus ! Je n’irai plus ! La route de l’ouest est si escarpée : quand arriverai-je au bout si je dois protéger ce religieux mortel ? Avec tant d’obstacles et d’épreuves, le vieux Sun aura déjà peine à préserver sa vie ; comment pourrait-il obtenir quelque fruit de mérite ? Je n’irai plus ! Je n’irai plus ! » Guanyin répondit : « Autrefois, alors que tu n’avais pas encore atteint la voie humaine, tu savais t’appliquer de tout ton cœur à la pratique et à l’éveil. Maintenant que tu as échappé au désastre céleste, comment peux-tu devenir paresseux ? Dans notre école, on atteint le vrai par l’extinction paisible ; il faut avoir foi dans le juste fruit. Si tu parviens en quelque lieu de cruelles épreuves où ta vie soit menacée, je te promets que le Ciel répondra quand tu appelleras le Ciel et que la Terre se manifestera quand tu appelleras la Terre. Si tu te trouves dans un péril dont tu ne peux absolument pas te dégager, je viendrai moi-même te sauver. Approche : je vais encore t’offrir un pouvoir. » Guanyin détacha trois feuilles de sa branche de saule, les posa derrière la tête du pèlerin et cria : « Changez-vous ! » Elles devinrent aussitôt trois poils qui sauvent la vie. Elle lui enseigna : « Si tu te trouves sans secours ni protecteur, tu pourras les transformer selon les circonstances afin d’échapper au malheur qui te presse. » Après avoir entendu toutes ces bonnes paroles, le pèlerin remercia enfin le bodhisattva de grande compassion et de grande miséricorde. Guanyin, entourée de souffles parfumés et de brumes irisées, retourna directement au mont Putuo.
這行者才按落雲頭,揪著那龍馬的頂鬃,來見三藏道:「師父,馬有了也。」三藏一見,大喜道:「徒弟,這馬怎麼比前反肥盛了些?在何處尋著的?」行者道:「師父,你還做夢哩。卻才是金頭揭諦請了菩薩來,把那澗裡龍化作我們的白馬,其毛片相同,只是少了鞍轡。著老孫揪將來也。」三藏大驚道:「菩薩何在?待我去拜謝他。」行者道:「菩薩此時已到南海,不耐煩矣。」三藏就撮土焚香,望南禮拜。拜罷,起身即與行者收拾前進。行者喝退了山神、土地,吩咐了揭諦、功曹,卻請師父上馬。三藏道:「那無鞍轡的馬,怎生騎得?且待尋船渡過澗去,再作區處。」行者道:「這個師父好不知時務!這個曠野山中,船從何來?這匹馬,他在此久住,必知水勢,就騎著他做個船兒過去罷。」
Le pèlerin abaissa alors son nuage et, tenant le cheval-dragon par la crinière, vint trouver Sanzang : « Maître, nous avons un cheval ! » À cette vue, Sanzang se réjouit vivement : « Mon disciple, comment se fait-il que ce cheval soit plus gras et plus vigoureux que le précédent ? Où l’as-tu trouvé ? » Le pèlerin répondit : « Maître, vous rêvez encore ! À l’instant, le Jiedi à la Tête d’Or a fait venir le bodhisattva, qui a changé le dragon du ravin en notre cheval blanc. Son pelage est identique ; il lui manque seulement la selle et la bride. Le vieux Sun vient de l’amener par la crinière. » Sanzang, très surpris, demanda : « Où est le bodhisattva ? Je veux aller la remercier et me prosterner devant elle. » Le pèlerin répondit : « À cette heure, elle est déjà arrivée à la mer du Sud. Elle n’a pas attendu davantage. » Sanzang ramassa alors de la terre pour y planter de l’encens et se prosterna en direction du sud. Quand il eut achevé, il se releva et se prépara avec le pèlerin à poursuivre la route. Celui-ci congédia le dieu de la montagne et le dieu du sol, donna ses instructions aux Jiedi et aux officiers du mérite, puis invita son maître à monter à cheval. Sanzang dit : « Comment monter un cheval dépourvu de selle et de bride ? Cherchons d’abord une barque pour franchir le ravin ; ensuite, nous aviserons. » Le pèlerin répondit : « Ce maître manque vraiment de discernement ! Où trouver une barque dans ces montagnes désertes ? Ce cheval vit ici depuis longtemps et doit connaître le courant. Montez-le donc : il vous servira de bateau pour traverser. »
三藏無奈,只得依言,跨了刬馬。行者挑著行囊。到了澗邊。只見那上流頭,有一個漁翁,撐著一個枯木的栰子,順流而下。行者見了,用手招呼道:「那老漁,你來,你來。我是東土取經去的,我師父到此難過,你來渡他一渡。」漁翁聞言,即忙撐攏。行者請師父下了馬,扶持左右。三藏上了栰子,揪上馬匹,安了行李。那老漁撐開栰子,如風似箭,不覺的過了鷹愁陡澗,上了西岸。三藏教行者解開包袱,取出大唐的幾文錢鈔,送與老漁。老漁把栰子一篙撐開道:「不要錢,不要錢。」向中流渺渺茫茫而去。三藏甚不過意,只管合掌稱謝。行者道:「師父休致意了,你不認得他?他是此澗裡的水神。不曾來接得我老孫,老孫還要打他哩。只如今免打就夠了他的,怎敢要錢!」那師父也似信不信,只得又跨著刬馬,隨著行者,徑投大路,奔西而去。這正是:廣大真如登彼岸,誠心了性上靈山。
Sanzang, n’ayant pas d’autre choix, suivit son conseil et enfourcha le cheval à cru. Le pèlerin prit les bagages sur son épaule et ils arrivèrent au bord du ravin. Ils aperçurent alors, en amont, un vieux pêcheur qui descendait le courant sur un radeau de bois mort. Le pèlerin lui fit signe de la main : « Hé, vieux pêcheur, venez ici ! Nous allons des terres orientales quérir les écritures. Mon maître ne peut franchir cet endroit ; venez le faire traverser. » À ces mots, le pêcheur poussa aussitôt son radeau vers eux. Le pèlerin aida son maître à descendre de cheval et le soutint. Sanzang monta sur le radeau ; ils y hissèrent le cheval et y déposèrent les bagages. Le vieux pêcheur poussa son embarcation, qui fila comme le vent et comme une flèche. En un instant, ils eurent franchi le ravin abrupt de l’Aigle Affligé et atteint la rive occidentale. Sanzang demanda au pèlerin d’ouvrir le paquet et d’en tirer quelques sapèques du Grand Tang pour les offrir au vieux pêcheur. Celui-ci écarta son radeau d’un coup de perche en disant : « Je ne veux pas d’argent ! Je ne veux pas d’argent ! » Puis il s’éloigna au milieu du courant et disparut dans l’immensité brumeuse. Sanzang, très confus, joignait sans cesse les paumes pour le remercier. Le pèlerin dit : « Maître, cessez donc de vous en préoccuper. Vous ne l’avez pas reconnu ? C’est le dieu des eaux de ce ravin. Comme il n’était pas venu accueillir le vieux Sun, j’avais encore envie de le frapper. Lui épargner aujourd’hui les coups est déjà un grand avantage pour lui ; comment oserait-il accepter de l’argent ? » Son maître, à demi convaincu seulement, remonta sur le cheval à cru et suivit le pèlerin. Ils gagnèrent la grand-route et repartirent droit vers l’ouest. C’était bien là : La vaste Ainsité véritable atteint l’autre rive ; d’un cœur sincère, la nature accomplie monte au mont Spirituel.
同師前進,不覺的紅日沉西,天光漸晚。但見:
Ils poursuivirent leur route ensemble. Sans qu’ils s’en aperçussent, le soleil rouge sombra à l’ouest et la lumière du jour déclina peu à peu. Voici ce qu’on voyait :
淡雲撩亂,山月昏蒙。滿天霜色生寒,四面風聲透體。孤鳥去時蒼渚闊,落霞明處遠山低。疏林千樹吼,空嶺獨猿啼。長途不見行人跡,萬里歸舟入夜時。
Les nuages pâles s’effilochent, la lune des montagnes demeure voilée. Le ciel empli de givre répand le froid ; de toutes parts, le vent pénètre les corps. Quand l’oiseau solitaire s’éloigne, les îlots azurés semblent immenses ; là où rougeoie le couchant, les montagnes lointaines paraissent basses. Mille arbres grondent dans le bois clairsemé ; sur la crête déserte, un singe solitaire pousse son cri. Nulle trace de voyageur sur la longue route ; au cœur de la nuit, une barque revient d’un périple de dix mille lis.
三藏在馬上遙觀,忽見路傍一座莊院。三藏道:「悟空,前面人家,可以借宿,明早再行。」行者擡頭看見道:「師父,不是人家莊院。」三藏道:「如何不是?」行者道:「人家莊院,卻沒飛魚穩獸之脊,這斷是個廟宇庵院。」
Depuis son cheval, Sanzang regardait au loin lorsqu’il aperçut soudain un domaine au bord de la route. Il dit : « Wukong, il y a des habitations devant nous. Nous pourrons y demander asile et repartir demain matin. » Le pèlerin leva les yeux et répondit : « Maître, ce n’est pas le domaine d’une famille. » Sanzang demanda : « Pourquoi donc ? » Le pèlerin répondit : « Une demeure familiale n’aurait pas sur ses faîtes de poissons volants ni de bêtes accroupies. C’est certainement un temple ou un ermitage. »
師徒們說著話,早已到了門首。三藏下了馬,只見那門上有三個大字,乃「里社祠」,遂入門裡。那裡邊有一個老者,項掛著數珠兒,合掌來迎,叫聲:「師父請坐。」三藏慌忙答禮,上殿去參拜了聖像。那老者即呼童子獻茶。茶罷,三藏問老者道:「此廟何為『里社』?」老者道:「敝處乃西番哈咇國界。這廟後有一莊人家,共發虔心,立此廟宇。里者,乃一鄉里地;社者,乃一社土神。每遇春耕、夏耘、秋收、冬藏之日,各辦三牲花果,來此祭社,以保四時清吉、五穀豐登、六畜茂盛故也。」三藏聞言,點頭誇讚:「正是『離家三里遠,別是一鄉風』。我那裡人家,更無此善。」老者卻問:「師父仙鄉是何處?」三藏道:「貧僧是東土大唐國,奉旨意,上西天拜佛求經的。路過寶坊,天色將晚,特投聖祠,告宿一宵,天光即行。」那老者十分歡喜,道了幾聲「失迎」,又叫童子辦飯。三藏吃畢,謝了。
Tout en parlant, le maître et le disciple atteignirent déjà la porte. Sanzang descendit de cheval et vit au-dessus de l’entrée trois grands caractères : « Temple du Génie local ». Il entra. À l’intérieur, un vieillard portant un chapelet autour du cou vint à sa rencontre, les paumes jointes, et dit : « Maître, veuillez vous asseoir. » Sanzang lui rendit précipitamment son salut, puis monta dans la grande salle et se prosterna devant la sainte image. Le vieillard appela alors un jeune serviteur pour offrir le thé. Après le thé, Sanzang lui demanda : « Pourquoi ce temple est-il appelé “du Génie local” ? » Le vieillard répondit : « Notre région se trouve aux frontières du royaume de Habi, dans les contrées occidentales. Derrière ce temple se trouve un village dont les habitants, animés d’une commune dévotion, ont fondé ce sanctuaire. Le caractère li désigne le territoire d’un village, et le caractère she le dieu du sol de la communauté. Chaque fois que viennent les labours du printemps, le sarclage d’été, les moissons d’automne ou l’engrangement d’hiver, chacun prépare les trois animaux sacrificiels, des fleurs et des fruits, puis vient offrir un sacrifice au dieu du sol, afin d’assurer la paix et la prospérité pendant les quatre saisons, l’abondance des cinq céréales et la multiplication des six espèces domestiques. » Sanzang hocha la tête et fit cet éloge : « Il est bien vrai qu’à trois lis de chez soi, les coutumes sont déjà celles d’un autre pays. Dans ma région, les familles n’ont pas de si vertueuses pratiques. » Le vieillard lui demanda à son tour : « De quelle noble contrée venez-vous, maître ? » Sanzang répondit : « Ce pauvre religieux vient du Grand Empire des Tang, dans les Terres de l’Est. Sur ordre impérial, je vais au Ciel occidental vénérer le Bouddha et quérir les écritures. Comme je passais par votre précieux sanctuaire et que le jour baissait, je suis venu demander l’hospitalité pour une nuit. Je repartirai dès l’aube. » Le vieillard, transporté de joie, répéta plusieurs fois qu’il regrettait de ne pas les avoir accueillis plus tôt, puis ordonna au jeune serviteur de préparer le repas. Après avoir mangé, Sanzang le remercia.
行者的眼乖,見他房簷下有一條搭衣的繩子,走將去,一把扯斷,將馬腳繫住。那老者笑道:「這馬是那裡偷來的?」行者怒道:「你那老頭子,說話不知高低。我們是拜佛的聖僧,又會偷馬?」老兒笑道:「不是偷的,如何沒有鞍轡韁繩,卻來扯斷我晒衣的索子?」三藏陪禮道:「這個頑皮,只是性燥。──你要拴馬,好生問老人家討條繩子,如何就扯斷他的衣索?──老先生,休怪,休怪。我這馬,實不瞞你說,不是偷的。昨日東來,至鷹愁陡澗,原有騎的一匹白馬,鞍轡俱全。不期那澗裡有條孽龍,在彼成精,他把我的馬連鞍轡一口吞之。幸虧我徒弟有些本事,又感得觀音菩薩來澗邊擒住那龍,教他就變做我原騎的白馬,毛片俱同,馱我上西天拜佛。今此過澗,未經一日,卻到了老先的聖祠,還不曾置得鞍轡哩。」那老者道:「師父休怪,我老漢作笑耍子,誰知你高徒認真。我小時也有幾個村錢,也好騎匹駿馬。只因累歲迍邅,遭喪失火,到此沒了下梢,故充為廟祝,侍奉香火。幸虧這後莊施主家募化度日。我那裡倒還有一副鞍轡,是我平日心愛之物,就是這等貧窮,也不曾捨得賣了。才聽老師父之言,菩薩尚且救護神龍,教他化馬馱你,我老漢卻不能少有周濟。明日將那鞍轡取來,願送老師父,扣背前去,乞為笑納。」三藏聞言,稱謝不盡。早又見童子拿出晚齋。齋罷,掌上燈,安了鋪,各各寢歇。
Le pèlerin avait l’œil vif. Ayant aperçu sous l’avant-toit une corde destinée à suspendre les vêtements, il s’approcha, l’arracha d’un coup et s’en servit pour attacher les jambes du cheval. Le vieillard demanda en riant : « Où avez-vous volé ce cheval ? » Le pèlerin se mit en colère : « Vieil homme, vous ne savez pas mesurer vos paroles. Nous sommes de saints religieux allant vénérer le Bouddha ; volerions-nous un cheval ? » Le vieillard répondit en riant : « S’il n’est pas volé, pourquoi n’a-t-il ni selle, ni bride, ni rênes ? Et pourquoi venez-vous rompre ma corde à linge ? » Sanzang s’excusa : « Cet indocile a seulement le caractère emporté. — Si tu voulais attacher le cheval, tu devais demander convenablement une corde à notre hôte. Pourquoi as-tu rompu sa corde à linge ? — Monsieur, ne vous offensez pas. Pour vous dire la vérité, ce cheval n’a pas été volé. Hier, venant de l’est, nous avons atteint le ravin abrupt de l’Aigle Affligé. J’avais alors un cheval blanc pourvu de sa selle et de sa bride. Or un dragon malfaisant devenu monstre vivait dans le ravin : il a englouti d’une seule bouchée mon cheval avec toute sa sellerie. Heureusement, mon disciple possède quelques capacités, et nous avons ému le bodhisattva Guanyin, qui est venu au bord du ravin capturer le dragon. Elle lui a ordonné de prendre la forme du cheval blanc que je montais auparavant ; son pelage est tout à fait identique, et il doit me porter jusqu’au Ciel occidental pour vénérer le Bouddha. Nous avons franchi le ravin aujourd’hui même et sommes arrivés à votre saint sanctuaire avant la fin du jour. Nous n’avons pas encore pu nous procurer de selle ni de bride. » Le vieillard répondit : « Maître, ne m’en veuillez pas. Ce vieil homme plaisantait ; comment aurais-je pu savoir que votre éminent disciple prendrait la chose au sérieux ? Dans ma jeunesse, je possédais encore quelques biens et j’aimais monter de beaux coursiers. Mais, après des années d’infortune, des deuils et un incendie, j’ai tout perdu. Je suis donc devenu gardien de ce temple et veille sur les offrandes d’encens, vivant heureusement des dons des bienfaiteurs du village voisin. Il me reste justement une selle et une bride auxquelles j’ai toujours été très attaché : malgré ma pauvreté, je n’ai jamais pu me résoudre à les vendre. En entendant votre récit, je songe que le bodhisattva elle-même a protégé et sauvé le dragon divin, puis l’a changé en cheval pour qu’il vous porte. Comment ce vieil homme pourrait-il refuser de vous apporter un peu d’aide ? Demain, j’irai chercher cette selle et cette bride. Je souhaite les offrir au vénérable maître afin qu’il les mette sur le dos de sa monture et poursuive son voyage. Je vous prie de bien vouloir les accepter. » Sanzang le remercia sans fin. Bientôt, le jeune serviteur apporta le repas végétarien du soir. Après le repas, on alluma les lampes et prépara les couches ; chacun alla se reposer.
至次早,行者起來道:「師父,那廟祝老兒昨晚許我們鞍轡,問他要,不要饒他。」說未了,只見那老兒果擎著一副鞍轡、襯屜、韁籠之類,凡馬上一切用的,無不全備,放在廊下道:「師父,鞍轡奉上。」三藏見了,歡喜領受。教行者拿了,背上馬看,可相稱否。行者走上前,一件件的取起看了,果然是些好物。有詩為證。詩曰:
Le lendemain matin, le pèlerin se leva et dit : « Maître, le vieux gardien du temple nous a promis hier soir une selle et une bride. Réclamez-les-lui et ne le laissez pas s’en tirer. » Il n’avait pas fini de parler que le vieillard arrivait déjà, portant une selle, une bride, des tapis de selle, des rênes, un licol et tout ce qui sert à équiper un cheval. Rien ne manquait. Il posa le tout sous la galerie et dit : « Maître, voici la selle et la bride que je vous offre. » Sanzang les reçut avec joie et demanda au pèlerin d’en équiper le cheval pour voir si elles lui convenaient. Le pèlerin s’avança et examina chaque pièce l’une après l’autre : c’étaient véritablement de beaux objets. Un poème en témoigne :
雕鞍彩晃柬銀星,寶鐙光飛金線明。襯屜幾層絨苫疊,牽韁三股紫絲繩。轡頭皮劄團花粲,雲扇描金舞獸形。環嚼叩成磨煉鐵,兩垂蘸水結毛纓。
La selle sculptée resplendit de couleurs et d’étoiles d’argent ; les précieux étriers lancent des éclats où brillent des fils d’or.
Plusieurs épaisseurs de feutre et de velours forment les tapis de selle ; trois brins de soie pourpre composent les rênes.
Le cuir de la bride est clouté de fleurs éclatantes ; sur les garde-flancs en nuages, des bêtes dansantes sont peintes en or.
Anneaux et mors sont forgés d’un fer longuement poli ; de chaque côté pendent des houppes qui semblent tremper dans l’eau.
行者心中暗喜,將鞍轡背在馬上,就似量著做的一般。三藏拜謝那老,那老慌忙攙起道:「惶恐,惶恐。何勞致謝?」那老者也不再留,請三藏上馬。那長老出得門來,攀鞍上馬。行者擔著行李。那老兒復袖中取出一條鞭兒來,卻是皮丁兒寸劄的香籐柄子,虎筋絲穿結的梢兒,在路傍拱手奉上道:「聖僧,我還有一條挽手兒,一發送了你罷。」那三藏在馬上接了道:「多承布施,多承布施。」
Le pèlerin se réjouit en secret. Quand il plaça la selle et la bride sur le cheval, elles lui allèrent comme si elles avaient été faites sur mesure. Sanzang se prosterna pour remercier le vieillard, mais celui-ci s’empressa de le relever : « Vous me remplissez de confusion ! Pourquoi me remercier ainsi ? » Sans chercher davantage à les retenir, il invita Sanzang à monter à cheval. Le vénérable franchit la porte et se mit en selle, tandis que le pèlerin chargeait les bagages sur son épaule. Le vieillard tira encore de sa manche une cravache : son manche était de rotin parfumé, garni à intervalles réguliers de petites pièces de cuir, et sa lanière tressée de fils de tendon de tigre. Debout au bord de la route, il la présenta les mains jointes : « Saint religieux, il me reste encore cet objet à tenir en main ; laissez-moi vous l’offrir avec le reste. » Sanzang la reçut du haut de son cheval : « Grand merci pour ce don, grand merci ! »
正打問訊,卻早不見了那老兒。及回看那里社祠,是一片光地。只聽得半空中有人言語道:「聖僧,多簡慢你。我是落伽山山神、土地,蒙菩薩差送鞍轡與汝等的。汝等可努力西行,卻莫一時怠慢。」慌得個三藏滾鞍下馬,望空禮拜道:「弟子肉眼凡胎,不識尊神尊面,望乞恕罪。煩轉達菩薩,深蒙恩佑。」你看他只管朝天磕頭,也不計其數。路傍邊活活的笑倒個孫大聖,孜孜的喜壞個美猴王,上前來扯住唐僧道:「師父,你起來罷,他已去得遠了,聽不見你禱祝,看不見你磕頭,只管拜怎的?」長老道:「徒弟呀,我這等磕頭,你也就不拜他一拜,且立在傍邊,只管哂笑,是何道理?」行者道:「你那裡知道,像他這個藏頭露尾的,本該打他一頓;只為看菩薩面上,饒他打,儘夠了,他還敢受我老孫之拜?老孫自小兒做好漢,不曉得拜人,就是見了玉皇大帝、太上老君,我也只是唱個喏便罷了。」三藏道:「不當人子,莫說這空頭話。快起來,莫誤了走路。」那師父才起來收拾,投西而去。
Comme il joignait les mains pour prendre congé, le vieillard avait déjà disparu. Lorsqu’ils se retournèrent vers le Temple du Génie local, ils ne virent plus qu’un terrain nu. Une voix se fit entendre dans les airs : « Saint religieux, pardonnez la simplicité de notre accueil. Je suis le dieu de la montagne et du sol du mont Luojia. Le bodhisattva m’a chargé de vous remettre cette selle et cette bride. Appliquez-vous à poursuivre votre route vers l’ouest et ne vous relâchez jamais. » Sanzang, pris de panique, roula presque à bas de sa selle et se prosterna vers le ciel : « Ce disciple, avec ses yeux de chair et son corps mortel, n’a pas reconnu le noble visage du dieu. Je vous supplie de pardonner ma faute et de transmettre au bodhisattva ma profonde gratitude pour sa bienveillante protection. » Voyez-le frapper sans cesse le front contre terre, sans même compter ses prosternations ! À côté de lui, le Grand Saint Sun se tordait de rire et le Beau Roi des Singes exultait de joie. Il s’approcha, saisit le moine des Tang et lui dit : « Maître, relevez-vous donc ! Il est déjà loin. Il n’entend plus vos prières et ne voit plus vos prosternations. À quoi bon continuer ? » Le vénérable répondit : « Mon disciple, tandis que je me prosterne ainsi, tu ne lui rends même pas un salut. Tu restes à côté et ne cesses de rire. Quelle conduite est-ce là ? » Le pèlerin dit : « Vous ne comprenez pas. Un individu comme lui, qui cache la tête et ne montre que la queue, mériterait une volée de coups. C’est uniquement par égard pour le bodhisattva que je la lui épargne, et c’est déjà bien assez pour lui. Oserait-il encore accepter une prosternation du vieux Sun ? Depuis mon enfance, le vieux Sun se conduit en brave et n’a jamais appris à se prosterner devant personne. Même devant l’Empereur de Jade ou le Vénérable Suprême Laozi, je me contente d’un salut de la voix. » Sanzang répondit : « Indigne personnage, cesse ces vaines bravades. Relève-toi vite, ne retardons pas notre voyage. » Son maître se releva enfin, remit tout en ordre et repartit vers l’ouest.
此去行有兩個月太平之路,相遇的都是些羅羅、回回、狼蟲虎豹。光陰迅速,又值早春時候。但見山林錦翠色,草木發青芽;梅英落盡,柳眼初開。師徒們行玩春光,又見太陽西墜。三藏勒馬遙觀,山凹裡有樓臺影影,殿閣沉沉。三藏道:「悟空,你看那裡是甚麼去處?」行者擡頭看了道:「不是殿宇,定是寺院。我們趕起些,那裡借宿去。」三藏欣然從之,放開龍馬,徑奔前來。
Ils suivirent ensuite pendant deux mois une route paisible, ne rencontrant que des Luoluo, des Huihui, des loups, des tigres et des léopards. Le temps passa rapidement et le début du printemps revint. Les forêts des montagnes se paraient de vert et de brocart, les plantes et les arbres poussaient de jeunes bourgeons ; les fleurs des pruniers étaient toutes tombées et les premiers yeux des saules commençaient à s’ouvrir. Le maître et le disciple avançaient en jouissant du paysage printanier lorsqu’ils virent de nouveau le soleil décliner à l’ouest. Sanzang retint son cheval et regarda au loin : au creux de la montagne se profilaient vaguement des tours et des terrasses, de vastes salles et de profonds pavillons. Il demanda : « Wukong, vois-tu quel est cet endroit ? » Le pèlerin leva les yeux et répondit : « Si ce ne sont pas des bâtiments palatiaux, c’est certainement un monastère. Pressons le pas et allons-y demander asile. » Sanzang y consentit avec joie, rendit la bride au cheval-dragon et se dirigea droit vers l’endroit.
畢竟不知此去是甚麼去處,且聽下回分解。
On ignore encore quel est ce lieu où ils se rendent ; écoutez l’explication au prochain chapitre.