La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 16 Les moines du monastère de Guanyin complotent pour s’emparer du trésor ; — Le monstre de la Montagne du Vent Noir dérobe le kasaya.
觀音院僧謀寶貝黑風山怪竊袈裟
Les moines du monastère de Guanyin complotent pour s’emparer du trésor ;
Le monstre de la Montagne du Vent Noir dérobe le kasaya.
卻說他師徒兩個策馬前來,直至山門首觀看,果然是一座寺院。但見那:
Cependant, maître et disciple poursuivirent leur route à cheval jusqu’à la porte du monastère. Ils regardèrent : c’était bien un monastère. On y voyait :
層層殿閣,疊疊廊房。三山門外,巍巍萬道彩雲遮;五福堂前,豔豔千條紅霧遶。兩路松篁,一林檜柏。兩路松篁,無年無紀自清幽;一林檜柏,有色有顏隨傲麗。又見那鐘鼓樓高,浮屠塔峻。安禪僧定性,啼樹鳥音閑。寂寞無塵真寂寞,清虛有道果清虛。
Pavillons superposés, galeries redoublées.
Hors de la triple porte, majestueuses, dix mille nuées irisées formaient un voile ;
Devant la salle des Cinq Félicités, éclatantes, mille brumes rouges tournoyaient.
Deux allées de pins et de bambous, un bois de genévriers et de cyprès.
Les deux allées de pins et de bambous, sans âge ni date, gardaient leur sérénité ;
Le bois de genévriers et de cyprès déployait selon les saisons sa fière splendeur.
Haute était la tour de la cloche et du tambour, escarpée la pagode du stūpa.
Les moines assis en méditation affermissaient leur nature ; les oiseaux chantant dans les arbres avaient des voix paisibles.
Solitude sans poussière, véritable solitude ; pure vacuité où règne la Voie, véritable pure vacuité.
詩曰:
Voici ce que dit le poème :
上剎祇園隱翠窩,招提勝景賽娑婆。果然淨土人間少,天下名山僧占多。
Le haut monastère, parc de Jeta, se cache en un écrin de verdure ;
Ce beau site monastique surpasse même le monde Sahā.
Assurément, les Terres Pures sont rares parmi les hommes ;
Sous le ciel, les moines occupent maintes montagnes illustres.
長老下了馬,行者歇了擔,正欲進門,只見那門裡走出一眾僧來。你看他怎生模樣:
Le vénérable descendit de cheval et le pèlerin posa les bagages. Comme ils allaient entrer, une troupe de moines sortit de la porte. Voyez quelle était leur apparence :
頭戴左笄帽,身穿無垢衣。銅環雙墜耳,絹帶束腰圍。草履行來穩,木魚手內提。口中常作念,般若總皈依。
Ils portaient sur la tête un bonnet à épingle gauche, et sur le corps une robe immaculée.
Deux anneaux de cuivre pendaient à leurs oreilles, une ceinture de soie leur serrait la taille.
Leurs sandales de paille assuraient leur pas, ils tenaient en main un poisson de bois.
Leur bouche ne cessait de réciter ; tous prenaient refuge dans la prajñā.
三藏見了,侍立門傍,道個問訊。那和尚連忙答禮,笑道:「失瞻。」問:「是那裡來的?請入方丈獻茶。」三藏道:「我弟子乃東土欽差,上雷音寺拜佛求經。至此處天色將晚,欲借上剎一宵。」那和尚道:「請進裡坐,請進裡坐。」三藏方喚行者牽馬進來。那和尚忽見行者相貌,有些害怕,便問:「那牽馬的是個甚麼東西?」三藏道:「悄言,悄言。他的性急,若聽見你說是甚麼東西,他就惱了。他是我的徒弟。」那和尚打了個寒噤,咬著指頭道:「這般一個醜頭怪腦的,好招他做徒弟?」三藏道:「你看不出來哩,醜自醜,甚是有用。」
À leur vue, Sanzang se tint près de la porte et les salua. Les moines lui rendirent précipitamment son salut et dirent en souriant : « Pardonnez-nous de ne pas vous avoir accueilli. D’où venez-vous ? Veuillez entrer au logis abbatial prendre le thé. » Sanzang répondit : « Votre disciple est un envoyé impérial des Terres de l’Est, qui se rend au monastère du Fracas du Tonnerre pour rendre hommage au Bouddha et demander les écritures. Le soir approchant, je désirerais passer une nuit dans votre noble monastère. » Le moine dit : « Entrez donc vous asseoir, entrez donc. » Sanzang appela alors le pèlerin pour qu’il menât le cheval à l’intérieur. Mais le moine, apercevant soudain son visage, prit peur et demanda : « Quelle sorte de chose est-ce donc qui mène le cheval ? » Sanzang répondit : « Parlez bas, parlez bas. Il a le caractère vif : s’il vous entend demander quelle sorte de chose il est, il se fâchera. C’est mon disciple. » Le moine frissonna, se mordit le doigt et dit : « Comment avez-vous pu prendre pour disciple un être à la tête si laide et si étrange ? » Sanzang répondit : « Vous ne savez pas voir. Il est laid, certes, mais il est extrêmement utile. »
那和尚只得同三藏與行者進了山門。山門裡,又見那正殿上書四個大字,是「觀音禪院」。三藏又大喜道:「弟子屢感菩薩聖恩,未及叩謝。今遇禪院,就如見菩薩一般,甚好拜謝。」那和尚聞言,即命道人開了殿門,請三藏朝拜。那行者拴了馬,丟了行李,同三藏上殿。三藏展背舒身,鋪胸納地,望金像叩頭。那和尚便去打鼓。行者就去撞鐘。三藏俯伏臺前,傾心禱祝。祝拜已畢,那和尚住了鼓,行者還只管撞鐘不歇,或緊或慢,撞了許久。那道人道:「拜已畢了,還撞鐘怎麼?」行者方丟了鐘杵,笑道:「你那裡曉得!我這是『做一日和尚撞一日鐘』的。」此時卻驚動那寺裡大小僧人、上下房長老,聽得鐘聲亂響,一齊擁出道:「那個野人在這裡亂敲鐘鼓?」行者跳將出來,咄的一聲道:「是你孫外公撞了耍子的。」那些和尚一見了,諕得跌跌滾滾,都爬在地下道:「雷公爺爺!」行者道:「雷公是我的重孫兒哩。起來,起來,不要怕,我們是東土大唐來的老爺。」眾僧方才禮拜。見了三藏,都才放心不怕。內有本寺院主請道:「老爺們到後方丈中奉茶。」遂而解韁牽馬,擡了行李,轉過正殿,徑入後房,序了坐次。
Le moine dut donc entrer avec Sanzang et le pèlerin. Une fois la porte franchie, ils virent sur le bâtiment principal quatre grands caractères : « Monastère de Guanyin ». Sanzang s’en réjouit fort et dit : « Votre disciple a maintes fois reçu la sainte grâce du bodhisattva, sans avoir encore pu se prosterner pour l’en remercier. Rencontrer aujourd’hui ce monastère, c’est comme voir le bodhisattva en personne : je pourrai fort à propos lui rendre grâce. » À ces mots, le moine ordonna à un religieux d’ouvrir les portes du sanctuaire et invita Sanzang à se prosterner. Le pèlerin attacha le cheval, posa les bagages et monta dans le sanctuaire avec Sanzang. Celui-ci étendit le dos et le corps, posa la poitrine contre terre et se prosterna devant la statue dorée. Le moine alla battre le tambour, tandis que le pèlerin se mit à sonner la cloche. Sanzang, prosterné devant l’autel, pria de tout son cœur. Quand les prières et les prosternations furent achevées, le moine cessa de battre le tambour, mais le pèlerin continua de sonner la cloche sans s’arrêter, tantôt vite, tantôt lentement, et cela pendant un long moment. Le religieux lui dit : « Les prosternations sont terminées ; pourquoi sonnez-vous encore ? » Le pèlerin posa enfin le maillet et répondit en riant : « Que pouvez-vous en savoir ? Moi, je fais comme dans le dicton : “Quand on est moine pour un jour, on sonne la cloche pour un jour.” » Le vacarme alerta tous les moines du monastère, jeunes et vieux, ainsi que les vénérables des différents quartiers. Entendant la cloche sonner sans ordre, ils accoururent tous en criant : « Quel sauvage bat ici cloches et tambours à tort et à travers ? » Le pèlerin bondit dehors et lança : « C’est votre grand-père Sun qui s’amusait à les sonner. » À sa vue, les moines, terrifiés, tombèrent les uns sur les autres, puis se prosternèrent à terre en s’écriant : « Grand-père Seigneur du Tonnerre ! » Le pèlerin répondit : « Le Seigneur du Tonnerre est mon arrière-petit-fils. Relevez-vous, relevez-vous, n’ayez pas peur : nous sommes des seigneurs venus du Grand Tang des Terres de l’Est. » Les moines leur rendirent alors hommage. Lorsqu’ils eurent vu Sanzang, ils furent enfin rassurés. Le supérieur du monastère les invita en disant : « Que ces seigneurs viennent prendre le thé au logis abbatial. » On détacha donc la bride, mena le cheval et porta les bagages ; puis, contournant le sanctuaire principal, ils gagnèrent directement les bâtiments de derrière, où chacun prit place selon son rang.
那院主獻了茶,又安排齋供。天光尚早,三藏稱謝未畢,只見那後面有兩個小童,攙著一個老僧出來。看他怎生打扮:
Le supérieur leur offrit le thé et fit aussi préparer un repas maigre. Le jour était encore clair et Sanzang n’avait pas fini de le remercier quand deux jeunes acolytes apparurent au fond, soutenant un vieux moine. Voyez comment il était vêtu :
頭上戴一頂毘盧方帽,貓睛石的寶頂光輝;身上穿一領錦絨褊衫,翡翠毛的金邊晃亮。一對僧鞋攢八寶,一根拄杖嵌雲星。滿面皺痕,好似驪山老母;一雙昏眼,卻如東海龍君。口不關風因齒落,腰駝背屈為筋攣。
Sur sa tête, un bonnet carré de Vairocana, dont le joyau en œil-de-chat rayonnait au sommet ;
Sur son corps, une courte robe de velours broché, dont la bordure d’or en plumes de martin-pêcheur étincelait.
Ses deux souliers de moine réunissaient les Huit Trésors, son bâton était incrusté de nuages et d’étoiles.
Son visage couvert de rides ressemblait à celui de la Vieille Mère du mont Li ;
Ses deux yeux troubles étaient pareils à ceux du Seigneur Dragon de la mer de l’Est.
Sa bouche laissait fuir l’air, car ses dents étaient tombées ; sa taille était voûtée et son dos courbé, car ses tendons s’étaient contractés.
眾僧道:「師祖來了。」三藏躬身施禮迎接道:「老院主,弟子拜揖。」那老僧還了禮,又各敘坐。老僧道:「適間小的們說,東土唐朝來的老爺,我才出來奉見。」三藏道:「輕造寶山,不知好歹,恕罪,恕罪。」老僧道:「不敢,不敢。」因問:「老爺,東土到此,有多少路程?」三藏道:「出長安邊界,有五千餘里。過兩界山,收了一眾小徒,一路來,行過西番哈咇國,經兩個月,又有五六千里,才到了貴處。」老僧道:「也有萬里之遙了。我弟子虛度一生,山門也不曾出去,誠所謂『坐井觀天』,樗朽之輩。」三藏又問:「老院主高壽幾何?」老僧道:「痴長二百七十歲了。」行者聽見道:「這還是我萬代孫兒哩。」三藏瞅了他一眼道:「謹言,莫要不識高低,衝撞人。」那和尚便問:「老爺,你有多少年紀了?」行者道:「不敢說。」
Les moines dirent : « Voici le patriarche. » Sanzang se courba pour l’accueillir et le salua : « Vénérable supérieur, votre disciple vous présente ses respects. » Le vieux moine lui rendit son salut, puis chacun reprit place. Le vieux moine dit : « Les jeunes m’ont appris à l’instant que des seigneurs venus du royaume des Tang, dans les Terres de l’Est, étaient arrivés ; je suis donc sorti pour vous rencontrer. » Sanzang répondit : « J’ai témérairement troublé cette montagne précieuse, sans savoir ce qu’il convenait de faire. Pardonnez-moi, pardonnez-moi. » Le vieux moine dit : « Je n’oserais, je n’oserais. » Puis il demanda : « Seigneur, quelle distance y a-t-il des Terres de l’Est jusqu’ici ? » Sanzang répondit : « Depuis que j’ai quitté les frontières de Chang’an, j’ai parcouru plus de cinq mille li. Après avoir franchi la Montagne des Deux Frontières, j’ai recueilli ce petit disciple ; poursuivant notre route, nous avons traversé le royaume de Hami des Marches occidentales et voyagé deux mois encore, soit cinq ou six mille li de plus, avant d’arriver chez vous. » Le vieux moine dit : « Cela fait donc près de dix mille li. Votre disciple a vainement laissé passer toute sa vie sans jamais franchir la porte du monastère : je suis bien de ceux qui “assis au fond d’un puits, contemplent le ciel”, un être aussi inutile qu’un arbre pourri. » Sanzang lui demanda à son tour : « Quel grand âge avez-vous atteint, vénérable supérieur ? » Le vieux moine répondit : « J’ai sottement vécu jusqu’à deux cent soixante-dix ans. » À ces mots, le pèlerin déclara : « Ce n’est encore qu’un descendant de la dix-millième génération du vieux Sun. » Sanzang lui lança un regard et dit : « Surveille tes paroles. Ne méconnais pas ton rang au point d’offenser les gens. » Le moine demanda alors : « Seigneur, quel âge avez-vous donc ? » Le pèlerin répondit : « Je n’ose le dire. »
那老僧也只當一句瘋話,便不介意,也不再問,只叫獻茶。有一個小幸童,拿出一個羊脂玉的盤兒,有三個法藍鑲金的茶鍾。又一童,提一把白銅壺兒,斟了三杯香茶。真個是色欺榴蕊豔,味勝桂花香。三藏見了,誇愛不盡道:「好物件,好物件,真是美食美器。」那老僧道:「污眼,污眼。老爺乃天朝上國,廣覽奇珍,似這般器具,何足過獎?老爺自上邦來,可有甚麼寶貝,借與弟子一觀?」三藏道:「可憐,我那東土無甚寶貝;就有時,路程遙遠,也不能帶得。」行者在傍道:「師父,我前日在包袱裡,曾見那領袈裟,不是件寶貝?拿與他看看如何?」眾僧聽說袈裟,一個個冷笑。行者道:「你笑怎的?」院主道:「老爺才說袈裟是件寶貝,言實可笑。若說袈裟,似我等輩者,不止二三十件;若論我師祖,在此處做了二百五六十年和尚,足有七八百件。」叫:「拿出來看看。」那老和尚也是他一時賣弄,便叫道人開庫房,頭陀擡櫃子,就擡出十二櫃,放在天井中,開了鎖。兩邊設下衣架,四圍牽了繩子,將袈裟一件件抖開掛起,請三藏觀看。果然是滿堂綺繡,四壁綾羅。
Le vieux moine prit cela pour une parole insensée, n’y prêta aucune attention et ne posa plus de questions ; il ordonna seulement de servir le thé. Un jeune acolyte apporta un plateau de jade blanc comme graisse de mouton, portant trois tasses d’émail cloisonné serties d’or. Un autre enfant tenait une théière de cuivre blanc et versa trois tasses de thé parfumé. Sa couleur surpassait l’éclat des fleurs de grenadier et son goût le parfum des fleurs d’osmanthe. À cette vue, Sanzang ne tarit pas d’éloges : « Quels beaux objets ! Quels beaux objets ! Voilà véritablement un mets exquis servi dans des récipients exquis. » Le vieux moine répondit : « Ils ne méritent pas vos regards, ils ne méritent pas vos regards. Seigneur, vous venez de l’auguste empire céleste et avez beaucoup vu de merveilles précieuses ; de tels ustensiles ne valent pas tant d’éloges. Puisque vous venez du royaume supérieur, n’auriez-vous pas quelque trésor à prêter à votre disciple pour qu’il le contemple ? » Sanzang répondit : « Hélas, mes Terres de l’Est ne possèdent guère de trésors ; et même si elles en avaient, la route est si longue qu’on ne pourrait les emporter. » À côté de lui, le pèlerin dit : « Maître, j’ai vu l’autre jour dans notre baluchon ce kasaya : n’est-ce pas un trésor ? Pourquoi ne pas le leur montrer ? » En entendant parler d’un kasaya, tous les moines ricanèrent. Le pèlerin demanda : « Pourquoi riez-vous ? » Le supérieur répondit : « Vous venez de dire qu’un kasaya est un trésor, et c’est en vérité risible. Pour des gens comme nous, il ne s’en trouve pas seulement vingt ou trente ; quant à notre patriarche, qui est moine ici depuis deux cent cinquante ou deux cent soixante ans, il doit bien en posséder sept ou huit cents. » Il ordonna : « Apportez-les pour qu’on les voie. » Le vieux moine, qui voulait alors faire étalage de ses richesses, commanda aux religieux d’ouvrir le magasin et aux moines mendiants d’en sortir les coffres. Ils apportèrent douze coffres, les déposèrent dans la cour et en ouvrirent les serrures. Ils dressèrent des portants de chaque côté, tendirent des cordes tout autour, puis déplièrent et suspendirent les kasayas un à un pour les montrer à Sanzang. En vérité, toute la salle se remplit de broderies ouvragées et les quatre murs de soies et de satins.
行者一一觀之,都是些穿花納錦,刺繡銷金之物,笑道:「好,好,好。收起,收起。把我們的也取出來看看。」三藏把行者扯住,悄悄的道:「徒弟,莫要與人鬥富。你我是單身在外,只恐有錯。」行者道:「看看袈裟,有何差錯?」三藏道:「你不曾理會得。古人有云:『珍奇玩好之物,不可使見貪婪奸偽之人。』倘若一經入目,必動其心;既動其心,必生其計。汝是個畏禍的,索之而必應其求,可也;不然,則殞身滅命,皆起於此,事不小矣。」行者道:「放心,放心,都在老孫身上。」你看他不由分說,急急的走了去,把個包袱解開,早有霞光迸迸,尚有兩層油紙裹定。去了紙,取出袈裟,抖開時,紅光滿室,彩氣盈庭。眾僧見了,無一個不心歡口讚,真個好袈裟。上頭有:
Le pèlerin les examina un à un : tous étaient faits de motifs floraux, de pièces de brocart, de broderies et de fils d’or. Il dit en riant : « Bien, bien, bien ! Rangez-les, rangez-les. Sortons aussi le nôtre pour le leur montrer. » Sanzang le retint et lui souffla : « Disciple, ne rivalise pas de richesse avec les autres. Nous voyageons seuls au-dehors ; je crains qu’il n’en résulte quelque malheur. » Le pèlerin répondit : « Quel malheur pourrait venir de la simple vue d’un kasaya ? » Sanzang dit : « Tu ne comprends pas. Les anciens disaient : “Les objets rares, précieux et plaisants ne doivent pas être montrés aux êtres cupides, fourbes et perfides.” Dès qu’un tel objet entre dans leurs yeux, il émeut nécessairement leur cœur ; leur cœur une fois ému, ils forment nécessairement un dessein. Si tu crains le malheur, tu répondras à leur demande lorsqu’ils le réclameront, et tout ira encore ; sinon, perdre corps et vie peut découler de là. Ce n’est pas une petite affaire. » Le pèlerin répondit : « Soyez tranquille, soyez tranquille, le vieux Sun prend tout sur lui. » Sans vouloir entendre raison, il partit précipitamment ouvrir le baluchon. Déjà des lueurs de nuées en jaillissaient, bien qu’il fût encore enveloppé de deux couches de papier huilé. Il ôta le papier, sortit le kasaya et le déploya : une lumière rouge emplit la pièce, des vapeurs irisées envahirent la cour. À cette vue, tous les moines se réjouirent et le couvrirent d’éloges : c’était véritablement un superbe kasaya. On y voyait :
千般巧妙明珠墜,萬樣稀奇佛寶攢。上下龍鬚鋪綵綺,兜羅四面錦沿邊。體掛魍魎從此滅,身披魑魅入黃泉。托化天仙親手製,不是真僧不敢穿。
Mille merveilles ingénieuses où pendaient des perles brillantes, dix mille raretés où s’assemblaient les joyaux bouddhiques.
En haut comme en bas, des moustaches de dragon couvraient les soieries colorées ; sur les quatre côtés, du coton céleste bordait le brocart.
Qui le suspendait à son corps voyait dès lors périr les esprits des eaux et des bois ; qui s’en revêtait envoyait les démons aux Sources Jaunes.
Des immortels descendus sur terre l’avaient façonné de leurs propres mains ; nul qui ne fût un vrai moine n’osait le porter.
那老和尚見了這般寶貝,果然動了奸心,走上前,對三藏跪下,眼中垂淚道:「我弟子真是沒緣。」三藏攙起道:「老院師有何話說?」他道:「老爺這件寶貝方才展開,天色晚了,奈何眼目昏花,不能看得明白,豈不是無緣?」三藏教:「掌上燈來,讓你再看。」那老僧道:「爺爺的寶貝已是光亮,再點了燈,一發晃眼,莫想看得仔細。」行者道:「你要怎的看才好?」老僧道:「老爺若是寬恩放心,教弟子拿到後房,細細的看一夜,明早送還老爺西去,不知尊意何如?」三藏聽說,吃了一驚,埋怨行者道:「都是你,都是你。」行者笑道:「怕他怎的?等我包起來,教他拿了去看。但有疏虞,盡是老孫管整。」那三藏阻當不住,他把袈裟遞與老僧道:「憑你看去。只是明早照舊還我,不得損污些須。」老僧喜喜歡歡,著幸童將袈裟拿進去。卻吩咐眾僧,將前面禪堂掃淨,取兩張籐床,安設鋪蓋,請二位老爺安歇;一壁廂又教安排明早齋送行。遂而各散,師徒們關了禪堂,睡下不題。
À la vue d’un tel trésor, le vieux moine conçut effectivement une pensée perfide. Il s’avança, s’agenouilla devant Sanzang et dit en versant des larmes : « Votre disciple n’a vraiment aucune affinité avec ce trésor. » Sanzang le releva et demanda : « Qu’avez-vous à dire, vénérable maître du monastère ? » Il répondit : « Seigneur, lorsque ce trésor a été déployé, le jour baissait déjà. Or mes yeux troubles ne me permettent pas de le voir clairement : n’est-ce pas manquer d’affinité avec lui ? » Sanzang ordonna : « Apportez une lampe et regardez-le encore. » Le vieux moine répondit : « Le trésor de mon vénérable seigneur brille déjà de lui-même ; si l’on allume encore une lampe, son éclat m’éblouira davantage et je ne pourrai l’examiner avec soin. » Le pèlerin demanda : « Comment veux-tu donc le regarder ? » Le vieux moine répondit : « Si mon seigneur voulait bien nous accorder sa faveur et se fier à moi, qu’il permette à son disciple de l’emporter dans les bâtiments de derrière pour l’examiner soigneusement toute la nuit. Demain matin, je le lui rendrai afin qu’il poursuive sa route vers l’ouest. Je ne sais ce qu’en pense mon vénérable seigneur. » En l’entendant, Sanzang sursauta et reprocha au pèlerin : « Tout cela est ta faute, toute ta faute ! » Le pèlerin dit en riant : « Pourquoi le craindre ? Que je l’enveloppe et qu’il l’emporte pour le regarder. S’il arrive le moindre incident, le vieux Sun en répondra entièrement. » Sanzang ne put l’en empêcher. Le pèlerin remit donc le kasaya au vieux moine et dit : « Emporte-le pour le regarder. Mais rends-le-moi demain matin dans son état d’origine, sans la moindre tache ni détérioration. » Tout joyeux, le vieux moine fit porter le kasaya à l’intérieur par un acolyte. Il ordonna ensuite aux moines de nettoyer la salle de méditation à l’avant, d’y installer deux lits de rotin avec leur literie, et invita les deux seigneurs à s’y reposer ; d’un autre côté, il fit préparer pour le lendemain matin un repas maigre avant leur départ. Chacun se dispersa. Maître et disciple fermèrent la salle de méditation et se couchèrent. N’en parlons plus pour l’instant.
卻說那和尚把袈裟騙到手,拿在後房燈下,對袈裟號咷痛哭。慌得那本寺僧不敢先睡。小幸童也不知為何,卻去報與眾僧道:「公公哭到二更時候,還不歇聲。」有兩個徒孫是他心愛之人,上前問道:「師公,你哭怎的?」老僧道:「我哭無緣,看不得唐僧寶貝。」小和尚道:「公公年紀高大,發過了。他的袈裟放在你面前,你只消解開看便罷了,何須痛哭?」老僧道:「看的不長久。我今年二百七十歲,空掙了幾百件袈裟。怎麼得有他這一件?怎麼得做個唐僧?」小和尚道:「師公差了。唐僧乃是離鄉背井的一個行腳僧。你這等年高享用,也夠了,倒要像他做行腳僧,何也?」老僧道:「我雖是坐家自在,樂乎晚景,卻不得他這袈裟穿穿。若教我穿得一日兒,就死也閉眼,也是我來陽世間為僧一場。」眾僧道:「好沒正經。你要穿他的,有何難處?我們明日留他住一日,你就穿他一日;留他住十日,你就穿他十日;便罷了,何苦這般痛哭?」老僧道:「縱然留他住了年載,也只穿得年載,到底也不得氣長。他要去時,只得與他去,怎生留得長遠?」
Cependant, le vieux moine, après s’être frauduleusement emparé du kasaya, le porta dans une chambre de derrière et, à sa vue sous la lampe, éclata en sanglots. Tous les moines du monastère, alarmés, n’osèrent aller dormir avant lui. Le jeune acolyte, ignorant la cause de ces pleurs, alla dire aux autres : « Grand-père pleure depuis la deuxième veille et ne s’arrête toujours pas. » Deux de ses petits-disciples, qu’il affectionnait particulièrement, s’avancèrent pour demander : « Maître-patriarche, pourquoi pleurez-vous ? » Le vieux moine répondit : « Je pleure parce que je n’ai aucune affinité avec le trésor du moine des Tang et ne peux le contempler. » Un jeune moine dit : « Grand-père, votre grand âge vous a égaré l’esprit. Son kasaya est posé devant vous ; il vous suffit de le déplier et de le regarder. Pourquoi pleurer ainsi ? » Le vieux moine répondit : « Je ne pourrai le regarder longtemps. J’ai aujourd’hui deux cent soixante-dix ans et n’ai amassé en vain que quelques centaines de kasayas. Comment pourrais-je en posséder un comme celui-ci ? Comment pourrais-je devenir le moine des Tang ? » Le jeune moine dit : « Maître-patriarche, vous vous trompez. Le moine des Tang est un moine itinérant qui a quitté son pays et son foyer. À votre âge, vous avez assez joui de vos aises ; pourquoi voudriez-vous encore lui ressembler et devenir moine itinérant ? » Le vieux moine répondit : « J’ai beau vivre tranquillement chez moi et goûter les plaisirs de ma vieillesse, je ne puis porter son kasaya. Si je pouvais le revêtir seulement un jour, je mourrais les yeux fermés et mon existence de moine en ce monde des vivants n’aurait pas été vaine. » Les moines répondirent : « Voilà des paroles bien déraisonnables. Si vous voulez porter le sien, quelle difficulté y a-t-il ? Demain, nous le retiendrons un jour et vous le porterez un jour ; nous le retiendrons dix jours et vous le porterez dix jours. Cela suffira. Pourquoi pleurer si amèrement ? » Le vieux moine répondit : « Même si nous le retenions un an, je ne le porterais qu’un an et ne pourrais toujours le garder longtemps. Lorsqu’il voudra repartir, il faudra bien le lui rendre. Comment le conserver durablement ? »
正說話處,有一個小和尚,名喚廣智,出頭道:「公公要得長遠,也容易。」老僧聞言,就歡喜起來道:「我兒,你有甚麼高見?」廣智道:「那唐僧兩個是走路的人,辛苦之甚,如今已睡著了。我們想幾個有力量的,拿了槍刀,打開禪堂,將他殺了,把屍首埋在後園,只我一家知道,卻又謀了他的白馬、行囊,卻把那袈裟留下,以為傳家之寶,豈非子孫長久之計耶?」老和尚見說,滿心歡喜,卻才揩了眼淚道:「好,好,好,此計絕妙。」即便收拾槍刀。
Pendant qu’ils parlaient, un jeune moine nommé Guangzhi s’avança et dit : « Si grand-père veut le garder durablement, ce sera facile. » À ces mots, le vieux moine se réjouit et demanda : « Mon enfant, quelle haute idée as-tu ? » Guangzhi répondit : « Le moine des Tang et son compagnon sont des voyageurs, épuisés par la route ; à présent, ils dorment déjà. Choisissons quelques hommes vigoureux, prenons lances et sabres, forçons l’entrée de la salle de méditation et tuons-les. Nous enterrerons leurs corps dans le jardin de derrière et notre seule communauté le saura. Nous nous emparerons aussi de leur cheval blanc et de leurs bagages, puis nous garderons le kasaya comme trésor de famille. Ne serait-ce pas un moyen de le transmettre durablement à nos descendants ? » Le vieux moine, transporté de joie à ces paroles, essuya enfin ses larmes et dit : « Bien, bien, bien ! Ce plan est merveilleux. » Ils se mirent aussitôt à préparer lances et sabres.
內中又有一個小和尚,名喚廣謀,就是那廣智的師弟,上前來道:「此計不妙。若要殺他,須要看看動靜。那個白臉的似易,那個毛臉的似難,萬一殺他不得,卻不反招己禍?我有一個不動刀槍之法,不知你尊意如何?」老僧道:「我兒,你有何法?」廣謀道:「依小孫之見,如今喚聚東山大小房頭,每人要乾柴一束,捨了那三間禪堂,放起火來,教他欲走無門,連馬一火焚之。就是山前山後人家看見,只說是他自不小心,走了火,將我禪堂都燒了。那兩個和尚,卻不都燒死?又好掩人耳目。袈裟豈不是我們傳家之寶?」那些和尚聞言,無不歡喜,都道:「強,強,強,此計更妙,更妙。」遂教各房頭搬柴來。唉!這一計,正是:弄得個高壽老僧該命盡,觀音禪院化為塵。原來他那寺裡有七八十個房頭,大小有二百餘眾。當夜一擁搬柴,把個禪堂前前後後,四面圍繞不通,安排放火不題。
Parmi eux se trouvait un autre jeune moine, nommé Guangmou, frère cadet en religion de Guangzhi. Il s’avança et dit : « Ce plan n’est pas bon. Si nous voulons les tuer, il faut d’abord observer la situation. Celui au visage blanc paraît facile à vaincre, mais celui au visage velu semble difficile. Si jamais nous ne parvenions pas à le tuer, n’attirerions-nous pas le malheur sur nous-mêmes ? J’ai une méthode qui n’exige ni sabre ni lance ; je ne sais ce qu’en pense mon vénérable maître. » Le vieux moine demanda : « Mon enfant, quelle méthode as-tu ? » Guangmou répondit : « D’après votre petit-fils, il faut maintenant rassembler tous les responsables des quartiers grands et petits de l’aile orientale, et demander à chacun d’apporter une botte de bois sec. Sacrifions les trois pièces de la salle de méditation et mettons-y le feu, afin qu’ils ne trouvent aucune issue et soient brûlés avec leur cheval. Même si les habitants des alentours aperçoivent l’incendie, nous dirons seulement que ces deux hommes ont manqué de prudence, ont laissé le feu prendre et ont brûlé notre salle de méditation. Les deux moines ne périront-ils pas tous deux dans les flammes ? Ainsi, nous donnerons en outre le change aux yeux et aux oreilles des gens. Et le kasaya ne deviendra-t-il pas notre trésor de famille ? » Tous les moines se réjouirent de ces paroles et s’écrièrent : « Excellent, excellent, excellent ! Ce plan est encore meilleur, encore meilleur ! » On ordonna donc à chaque quartier d’apporter du bois. Hélas ! Ce plan signifiait précisément ceci : le vieux moine à la longue vie arrivait au terme de son destin ; le monastère de Guanyin allait être réduit en poussière. Le monastère comptait en fait soixante-dix ou quatre-vingts quartiers et plus de deux cents personnes, grandes et petites. Cette nuit-là, tous se ruèrent pour porter du bois et en entourèrent la salle de méditation de tous côtés, devant comme derrière, sans laisser aucun passage, puis ils se préparèrent à mettre le feu. N’en parlons plus.
卻說三藏師徒安歇已定。那行者卻是個靈猴,雖然睡下,只是存神煉氣,朦朧著醒眼。忽聽得外面不住的人走,查查的柴響風生。他心疑惑道:「此時夜靜,如何有人行得腳步之聲?莫敢是賊盜,謀害我們的?」他就一骨魯跳起,欲要開門出看,又恐驚醒師父。你看他弄個精神,搖身一變,變做一個蜜蜂兒。真個是:
Cependant, Sanzang et son disciple reposaient déjà. Mais le pèlerin était un singe doué d’intelligence spirituelle : bien que couché, il concentrait son esprit et affinait son souffle, gardant les yeux à demi clos mais éveillés. Soudain, il entendit au-dehors des gens qui ne cessaient de marcher, ainsi que le claquement du bois sous les rafales de vent. Pris de soupçons, il songea : « Dans le silence de cette heure nocturne, pourquoi entend-on des pas ? Serait-ce des brigands qui veulent attenter à nos vies ? » Il bondit debout d’un seul mouvement et voulut ouvrir la porte pour regarder, mais craignit de réveiller son maître. Rassemblant alors ses pouvoirs, il secoua son corps et se changea en abeille. En vérité :
口甜尾毒,腰細身輕。穿花度柳飛如箭,粘絮尋香似落星。小小微軀能負重,囂囂薄翅會乘風。卻自椽棱下,鑽出看分明。
Bouche douce et queue venimeuse, taille fine et corps léger.
Elle traverse les fleurs, franchit les saules et vole comme une flèche ; elle se pose sur les duvets, cherche les parfums, pareille à une étoile filante.
Son infime corps peut porter un lourd fardeau ; ses frêles ailes bruissantes savent chevaucher le vent.
Descendant sous l’arête des chevrons, elle se glissa dehors pour tout voir clairement.
只見那眾僧們搬柴運草,已圍住禪堂放火哩。行者暗笑道:「果依我師父之言,他要害我們性命,謀我的袈裟,故起這等毒心。我待要拿棍打他啊,可憐又不禁打,一頓棍都打死了,師父又怪我行兇。罷,罷,罷,與他個順手牽羊,將計就計,教他住不成罷!」
Il vit les moines transporter bois et herbes sèches : ils avaient déjà encerclé la salle de méditation et s’apprêtaient à y mettre le feu. Le pèlerin rit en lui-même : « Tout se passe comme mon maître l’avait dit. Ils veulent prendre nos vies et s’emparer de mon kasaya : voilà pourquoi ils ont conçu un dessein si cruel. Si je les frappais de mon bâton, ces malheureux ne résisteraient pas ; je les tuerais tous en une volée de coups et mon maître me reprocherait encore ma violence. Tant pis, tant pis, tant pis ! Profitons de l’occasion et retournons leur plan contre eux : faisons en sorte qu’ils ne puissent plus habiter ici ! »
好行者,一觔斗跳上南天門裡。諕得個龐、劉、苟、畢躬身,馬、趙、溫、關控背,俱道:「不好了,不好了!那鬧天宮的主子又來了。」行者搖著手道:「列位免禮,休驚。我來尋廣目天王的。」說不了,卻遇天王早到,迎著行者道:「久闊,久闊。前聞得觀音菩薩來見玉帝,借了四值功曹、六丁六甲並揭諦等,保護唐僧往西天取經去,說你與他做了徒弟,今日怎麼得閑到此?」行者道:「且休敘闊。唐僧路遇歹人,放火燒他,事在萬分緊急,特來尋你借辟火罩兒,救他一救。快些拿來使使,即刻返上。」天王道:「你差了。既是歹人放火,只該借水救他,如何要辟火罩?」行者道:「你那裡曉得就裡。借水救之,卻燒不起來,倒相應了他;只是借此罩,護住了唐僧無傷,其餘管他,盡他燒去。快些,快些,此時恐已無及,莫誤了我下邊幹事。」那天王笑道:「這猴子還是這等起不善之心,只顧了自家,就不管別人。」行者道:「快著,快著,莫要調嘴,害了大事。」那天王不敢不借,遂將罩兒遞與行者。
L’excellent pèlerin fit une culbute et bondit à l’intérieur de la Porte céleste du Sud. Terrifiés, Pang, Liu, Gou et Bi se courbèrent devant lui, tandis que Ma, Zhao, Wen et Guan ployaient le dos ; tous s’écrièrent : « Catastrophe, catastrophe ! Le maître qui sema le trouble au Palais céleste est encore revenu ! » Le pèlerin agita la main et dit : « Messieurs, dispensez-vous des salutations et n’ayez pas peur. Je viens chercher le Roi céleste à la Vue Immense. » Il n’avait pas fini de parler que le Roi céleste arriva justement. Accueillant le pèlerin, il lui dit : « Voilà longtemps que nous ne nous sommes vus. J’ai appris naguère que le bodhisattva Guanyin était venu voir l’Empereur de Jade et lui avait emprunté les Officiers du Mérite des Quatre Veilles, les Six Ding et les Six Jia, ainsi que les Jiedi, pour protéger le moine des Tang dans son voyage vers l’ouest à la recherche des écritures. On disait que tu étais devenu son disciple. Comment trouves-tu aujourd’hui le loisir de venir ici ? » Le pèlerin répondit : « Laissons pour l’instant les retrouvailles. Le moine des Tang a rencontré des scélérats qui ont mis le feu pour le brûler. La situation est des plus urgentes, et je viens spécialement t’emprunter la cloche pare-feu afin de le sauver. Donne-la-moi vite : je te la rapporterai aussitôt. » Le Roi céleste dit : « Tu te trompes. Puisque des scélérats ont allumé un incendie, tu devrais emprunter de l’eau pour le sauver. Pourquoi veux-tu la cloche pare-feu ? » Le pèlerin répondit : « Tu ignores le fond de l’affaire. Si j’empruntais de l’eau pour éteindre le feu, il ne pourrait prendre, et ce serait rendre service à ces gens. Je veux seulement cette cloche pour protéger le moine des Tang ; quant au reste, peu m’importe, qu’ils laissent tout brûler. Vite, vite ! Il est peut-être déjà trop tard. Ne m’empêche pas d’aller régler cette affaire en bas. » Le Roi céleste dit en riant : « Ce singe nourrit toujours des pensées aussi peu charitables : il ne s’occupe que des siens et se soucie fort peu des autres. » Le pèlerin répondit : « Dépêche-toi, dépêche-toi ! Cesse de plaisanter, ou tu compromettras une affaire grave. » Le Roi céleste n’osa pas refuser et lui remit la cloche.
行者拿了,按著雲頭,徑到禪堂房脊上,罩住了唐僧與白馬、行李。他卻去那後面老和尚住的方丈房上頭坐著,保護那袈裟。看那些人放起火來,他轉捻訣念咒,望巽地上吸一口氣吹將去,一陣風起,把那火轉吹得烘烘亂發。好火,好火!但見:
Le pèlerin la prit, dirigea son nuage droit vers le faîte de la salle de méditation et en couvrit le moine des Tang, le cheval blanc et les bagages. Puis il alla s’asseoir sur le toit du logis abbatial où demeurait le vieux moine, afin de protéger le kasaya. Quand il vit ces gens allumer le feu, il forma un sceau de ses doigts, récita une formule, aspira une bouffée d’air dans la direction de Xun et la souffla. Une bourrasque s’éleva et rabattit les flammes, qui se mirent à rugir et à se propager en désordre. Quel feu, quel feu ! On voyait :
黑煙漠漠,紅燄騰騰。黑煙漠漠,長空不見一天星;紅燄騰騰,大地有光千里赤。起初時,灼灼金蛇;次後來,威威血馬。南方三炁逞英雄,回祿大神施法力。燥乾柴燒烈火性,說甚麼燧人鑽木;熱油門前飄彩燄,賽過了老祖開爐。正是那無情火發,怎禁這有意行兇。不去弭災,反行助虐。風隨火勢,燄飛有千丈餘高;火逞風威,灰迸上九霄雲外。乒乒乓乓,好便似殘年爆竹;潑潑喇喇,卻就如軍中炮聲。燒得那當場佛像莫能逃,東院伽藍無處躲。勝如赤壁夜鏖兵,賽過阿房宮內火。
Fumée noire à l’infini, flammes rouges bondissantes.
La fumée noire s’étendait à l’infini : dans le vaste ciel, on ne voyait plus une seule étoile ;
Les flammes rouges bondissaient : la grande terre brillait, rouge sur mille li.
Au début, c’étaient d’étincelants serpents d’or ; ensuite vinrent de terribles chevaux de sang.
Les Trois Souffles du Sud déployaient leur héroïsme, le Grand Dieu Huilu exerçait ses pouvoirs.
Le bois sec et aride nourrissait la violence du feu : que dire encore de Suiren forant le bois ?
Devant les portes, l’huile ardente faisait voltiger des flammes irisées : elles surpassaient la fournaise ouverte par le Vieil Ancêtre.
C’était bien le feu insensible qui se déchaînait : comment aurait-il résisté à celui qui cherchait délibérément à nuire ?
Loin d’apaiser le désastre, il aidait au contraire le crime.
Le vent suivait la violence du feu, les flammes s’envolaient à plus de mille toises de haut ;
Le feu profitait de la puissance du vent, les cendres jaillissaient au-delà des nuages du neuvième ciel.
Bing, bing, bang, bang ! On aurait cru les pétards de la fin de l’année ;
Po, po, la, la ! C’était pareil au fracas des canons dans une armée.
Les statues bouddhiques prises dans l’incendie ne pouvaient s’enfuir, les divinités gardiennes de la cour orientale ne trouvaient où se cacher.
Cela surpassait la bataille nocturne des Falaises Rouges et l’incendie du palais Epang.
這正是星星之火,能燒萬頃之田。須臾間,風狂火盛,把一座觀音院,處處通紅。你看那眾和尚,搬箱擡籠,搶桌端鍋,滿院裡叫苦連天。孫行者護住了後邊方丈,辟火罩罩住了前面禪堂,其餘前後火光大發,真個是照天紅燄輝煌,透壁金光照耀。
C’est bien ainsi qu’une étincelle peut incendier dix mille arpents de champs. En un instant, sous la violence du vent et la fureur des flammes, le monastère de Guanyin fut rouge de toutes parts. Voyez ces moines : ils transportaient coffres et malles, emportaient tables et marmites, et dans toute la cour leurs cris de détresse montaient jusqu’au ciel. Le pèlerin Sun protégeait le logis abbatial à l’arrière, tandis que la cloche pare-feu couvrait la salle de méditation à l’avant. Partout ailleurs, devant comme derrière, le feu faisait rage : ses flammes rouges illuminaient le ciel de leur éclat et sa lumière dorée traversait les murs.
不期火起之時,驚動了一山獸怪。這觀音院正南二十里遠近,有座黑風山,山中有一個黑風洞,洞中有一個妖精,正在睡醒翻身。只見那窗間透亮,只道是天明。起來看時,卻是正北下的火光晃亮。妖精大驚道:「呀!這必是觀音院裡失了火。這些和尚好不小心。我看時,與他救一救來。」好妖精,縱起雲頭,即至煙火之下,果然沖天之火,前面殿宇皆空,兩廊煙火方灼。他大拽步,撞將進去,正呼喚叫取水來,只見那後房無火,房脊上有一人放風。他卻情知如此,急入裡面看時,見那方丈中間有些霞光彩氣,臺案上有一個青氈包袱。他解開一看,見是一領錦襴袈裟,乃佛門之異寶。正是財動人心,他也不救火,他也不叫水,拿著那袈裟,趁鬨打劫,拽回雲步,徑轉東山而去。
Or, lorsque le feu s’éleva, il alarma les bêtes monstrueuses de toute la montagne. À environ vingt li au sud du monastère de Guanyin se dressait la Montagne du Vent Noir ; dans cette montagne se trouvait la Grotte du Vent Noir, où demeurait un démon. Celui-ci venait de se réveiller et se retournait encore sur sa couche quand il aperçut une vive clarté par la fenêtre. Croyant le jour levé, il se mit debout pour regarder, mais vit que cette lumière brillante provenait d’un incendie exactement au nord. Très surpris, le démon s’écria : « Ah ! Le feu a sûrement pris au monastère de Guanyin. Ces moines sont vraiment imprudents. Je vais aller voir et les aider à l’éteindre. » L’excellent démon monta sur un nuage et parvint aussitôt sous la fumée et les flammes. Le feu montait effectivement jusqu’au ciel ; les bâtiments de l’avant étaient déjà entièrement consumés et les deux galeries commençaient à brûler. Il entra à grandes enjambées et criait qu’on apportât de l’eau lorsqu’il vit que les bâtiments de derrière étaient épargnés et qu’un homme, assis sur leur toit, soufflait du vent. Il comprit alors ce qu’il en était. Entrant précipitamment, il aperçut dans le logis abbatial des lueurs de nuées et des vapeurs irisées ; sur la table de l’autel reposait un baluchon de feutre bleu. Il l’ouvrit et y découvrit un kasaya de brocart, trésor extraordinaire de la Loi bouddhique. La richesse émeut le cœur des hommes : il ne combattit plus le feu, ne demanda plus d’eau, mais saisit le kasaya, profita du tumulte pour commettre son larcin, reprit son pas nuageux et repartit droit vers la montagne orientale.
那場火只燒到五更天明,方才滅息。你看那眾僧們赤赤精精,啼啼哭哭,都去那灰內尋銅鐵,撥腐炭,撲金銀。有的在牆筐裡,苫搭窩棚;有的赤壁根頭,支鍋造飯。叫冤叫屈,亂嚷亂鬧不題。
L’incendie ne s’éteignit qu’à l’aube, à la cinquième veille. Voyez alors les moines, nus et désemparés, pleurant et gémissant : ils fouillaient les cendres à la recherche du cuivre et du fer, écartaient les charbons pour retrouver l’or et l’argent. Certains dressaient des abris de fortune dans les enclos formés par les murs ; d’autres installaient leurs marmites au pied des murailles rougies pour préparer à manger. Ils criaient à l’injustice, se lamentaient et faisaient grand tumulte. N’en parlons plus.
卻說行者取了辟火罩,一觔斗送上南天門,交與廣目天王道:「謝借,謝借。」天王收了道:「大聖至誠了。我正愁你不還我的寶貝,無處尋討,且喜就送來也。」行者道:「老孫可是那當面騙物之人?這叫做『好借好還,再借不難』。」天王道:「許久不面,請到宮少坐一時,何如?」行者道:「老孫比在前不同,爛板凳,高談闊論了;如今保唐僧,不得身閑。容敘,容敘。」急辭別墜雲,又見那太陽星上。徑來到禪堂前,搖身一變,變做個蜜蜂兒,飛將進去,現了本像看時,那師父還沉睡哩。
Cependant, le pèlerin reprit la cloche pare-feu et la rapporta d’une culbute à la Porte céleste du Sud. La remettant au Roi céleste à la Vue Immense, il dit : « Merci de ce prêt, merci de ce prêt. » Le Roi céleste la reprit et répondit : « Le Grand Saint est homme de parole. Je craignais justement que tu ne me rendisses pas mon trésor et de ne savoir où aller te le réclamer ; me voilà heureux de te voir le rapporter toi-même. » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun serait-il homme à tromper quelqu’un en face pour lui prendre ses biens ? Comme dit le proverbe : “À bon emprunteur, bon retour ; il n’aura pas de peine à emprunter de nouveau.” » Le Roi céleste dit : « Voilà longtemps que nous ne nous sommes vus. Que dirais-tu de venir t’asseoir un moment dans mon palais ? » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun n’est plus comme autrefois, libre de s’asseoir sur un mauvais banc et de discourir à loisir. Maintenant que je protège le moine des Tang, je n’ai plus un instant à moi. Nous bavarderons une autre fois, une autre fois. » Il prit congé en hâte et redescendit sur son nuage. Déjà l’astre du Soleil se levait. Il revint droit devant la salle de méditation, secoua son corps, se changea en abeille, entra en volant, puis reprit son apparence véritable : son maître dormait encore profondément.
行者叫道:「師父,天亮了,起來罷。」三藏才醒覺,翻身道:「正是。」穿了衣服,開門出來,忽擡頭,只見些倒壁紅牆,不見了樓臺殿宇。大驚道:「呀!怎麼這殿宇俱無,都是紅牆,何也?」行者道:「你還做夢哩,今夜走了火的。」三藏道:「我怎不知?」行者道:「是老孫護了禪堂,見師父濃睡,不曾驚動。」三藏道:「你有本事護了禪堂,如何就不救別房之火?」行者笑道:「好教師父得知:果然依你昨日之言,他愛上我們的袈裟,算計要燒殺我們。若不是老孫知覺,到如今皆成灰骨矣。」三藏聞言,害怕道:「是他們放的火麼?」行者道:「不是他是誰?」三藏道:「莫不是怠慢了你,你幹的這個勾當?」行者道:「老孫是這等憊懶之人,幹這等不良之事?實實是他家放的。老孫見他心毒,果是不曾與他救火,只是與他略略助些風的。」三藏道:「天那,天那!火起時,只該助水,怎轉助風?」行者道:「你可知古人云:『人沒傷虎心,虎沒傷人意。』他不弄火,我怎肯弄風?」三藏道:「袈裟何在?敢莫是燒壞了也?」行者道:「沒事,沒事,燒不壞,那放袈裟的方丈無火。」三藏恨道:「我不管你,但是有些兒傷損,我只把那話兒念動念動,你就是死了。」行者慌了道:「師父莫念,莫念,管尋還你袈裟就是了。等我去拿來走路。」三藏才牽著馬,行者挑了擔,出了禪堂,徑往後方丈去。
Le pèlerin appela : « Maître, le jour est levé, réveillez-vous. » Sanzang ouvrit enfin les yeux, se retourna et dit : « En effet. » Il s’habilla, ouvrit la porte et sortit. Levant soudain la tête, il ne vit plus que des pans de murs et des murailles rouges ; tours, terrasses, sanctuaires et pavillons avaient disparu. Fort surpris, il demanda : « Ah ! Pourquoi tous ces bâtiments ont-ils disparu, ne laissant que des murs rouges ? » Le pèlerin répondit : « Vous rêvez encore : un incendie a éclaté cette nuit. » Sanzang demanda : « Comment se fait-il que je n’en aie rien su ? » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun a protégé la salle de méditation. Voyant mon maître profondément endormi, je ne l’ai pas réveillé. » Sanzang dit : « Puisque tu avais le pouvoir de protéger cette salle, pourquoi n’as-tu pas éteint l’incendie des autres bâtiments ? » Le pèlerin répondit en riant : « Que mon maître sache ceci : tout s’est passé comme vous l’aviez dit hier. Ils convoitaient notre kasaya et avaient projeté de nous brûler vifs. Si le vieux Sun ne s’en était pas aperçu, nous ne serions plus maintenant qu’os et cendres. » Effrayé, Sanzang demanda : « Ce sont donc eux qui ont mis le feu ? » Le pèlerin répondit : « Qui serait-ce, sinon eux ? » Sanzang demanda : « Ne t’auraient-ils pas offensé, et n’est-ce pas toi qui aurais fait cela ? » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun serait-il assez vaurien pour commettre une action aussi mauvaise ? Ce sont réellement ces gens qui ont allumé le feu. Voyant leur cœur venimeux, le vieux Sun ne les a certes pas aidés à l’éteindre ; il s’est borné à leur prêter un peu de vent. » Sanzang s’écria : « Ciel ! Ciel ! Quand un incendie éclate, il faut y apporter de l’eau ; pourquoi lui as-tu au contraire prêté le vent ? » Le pèlerin répondit : « Ne connaissez-vous pas cette parole des anciens : “Si l’homme ne songe pas à blesser le tigre, le tigre ne songe pas à blesser l’homme” ? S’ils n’avaient pas joué avec le feu, aurais-je consenti à jouer avec le vent ? » Sanzang demanda : « Où est le kasaya ? Il n’aurait tout de même pas brûlé ? » Le pèlerin répondit : « Il n’a rien, il n’a rien. Il n’a pu brûler, car le logis abbatial où il était déposé n’a pas pris feu. » Sanzang dit avec colère : « Je ne veux rien savoir. S’il a subi la moindre détérioration, je réciterai seulement un peu cette formule, et tu en mourras. » Effrayé, le pèlerin répondit : « Maître, ne la récitez pas, ne la récitez pas ! Je vous garantis que je retrouverai votre kasaya. Attendez que j’aille le chercher, puis nous repartirons. » Sanzang prit alors le cheval par la bride, le pèlerin chargea les bagages sur son épaule, et ils sortirent de la salle de méditation pour gagner directement le logis abbatial de derrière.
卻說那些和尚正悲切間,忽的看見他師徒牽馬挑擔而來,諕得一個個魂飛魄散道:「冤魂索命來了。」行者喝道:「甚麼冤魂索命?快還我袈裟來。」眾僧一齊跪倒,叩頭道:「爺爺呀!冤有冤家,債有債主。要索命不干我們事,都是廣謀與老和尚定計害你的,莫問我們討命。」行者咄的一聲道:「我把你這些該死的畜生,那個問你討甚麼命。只拿袈裟來還我走路!」其間有兩個膽量大的和尚道:「老爺,你們在禪堂裡已燒死了,如今又來討袈裟,端的還是人,是鬼?」行者笑道:「這夥孽畜,那裡有甚麼火來?你去前面看看禪堂,再來說話。」眾僧們爬起來往前觀看,那禪堂外面的門窗槅扇,更不曾燎灼了半分。眾人悚懼,才認得三藏是種神僧,行者是尊護法。一齊上前叩頭道:「我等有眼無珠,不識真人下界。你的袈裟在後面方丈中老師祖處哩。」三藏行過了三五層敗壁破牆,嗟嘆不已。只見方丈果然無火,眾僧搶入裡面,叫道:「公公,唐僧乃是神人,未曾燒死,如今反害了自己家當。趁早拿出袈裟,還他去也。」
Cependant, les moines étaient plongés dans l’affliction. Lorsqu’ils virent soudain maître et disciple arriver, l’un menant le cheval et l’autre portant les bagages, chacun crut son âme s’envoler et tous s’écrièrent : « Leurs âmes injustement mortes viennent réclamer nos vies ! » Le pèlerin cria : « Quelles âmes viennent réclamer vos vies ? Rendez-moi vite mon kasaya ! » Tous les moines tombèrent à genoux et se prosternèrent : « Grand-père ! Toute injustice a son coupable, toute dette son débiteur. Si vous venez réclamer des vies, cela ne nous concerne pas : ce sont Guangmou et le vieux moine qui ont conçu le plan de vous tuer. Ne nous réclamez pas nos vies ! » Le pèlerin lança : « Bande de bêtes qui méritez la mort ! Qui vous réclame la moindre vie ? Rendez-moi seulement mon kasaya, afin que je reprenne la route ! » Deux moines plus hardis demandèrent : « Seigneur, vous avez été brûlés vifs dans la salle de méditation. Maintenant vous revenez réclamer votre kasaya : êtes-vous réellement des hommes ou des fantômes ? » Le pèlerin répondit en riant : « Bande de misérables créatures ! Quel feu y aurait-il eu là ? Allez voir la salle de méditation à l’avant, puis revenez parler. » Les moines se relevèrent et coururent regarder. Les portes, fenêtres, cloisons et panneaux extérieurs de la salle de méditation n’avaient pas été roussis d’un seul point. Saisis d’effroi, ils reconnurent enfin que Sanzang était un saint moine et le pèlerin un vénérable protecteur de la Loi. Tous vinrent se prosterner devant eux et dirent : « Nous avions des yeux, mais point de prunelles ; nous n’avons pas reconnu le Vrai Homme descendu en ce monde. Votre kasaya est dans le logis abbatial de derrière, auprès de notre vieux patriarche. » Sanzang franchit trois ou cinq rangées de murs écroulés et de murailles éventrées, sans cesser de soupirer. Le logis abbatial était effectivement intact. Les moines s’y précipitèrent en criant : « Grand-père, le moine des Tang est un homme divin : il n’a pas été brûlé vif, et nous n’avons fait que ruiner nos propres biens. Sortez vite son kasaya et rendez-le-lui. »
原來這老和尚尋不見袈裟,又燒了本寺的房屋,正在萬分煩惱焦燥之處,一聞此言,怎敢答應。因尋思無計,進退無方,拽開步,躬著腰,往那牆上著實撞了一頭,可憐只撞得腦破血流魂魄散,咽喉氣斷染紅沙。有詩為證。詩曰:
Or le vieux moine, ne retrouvant plus le kasaya et voyant les bâtiments de son monastère réduits en cendres, se trouvait justement au comble du désespoir et de l’agitation. À ces paroles, il n’osa répondre. Ne trouvant aucun plan, sans voie pour avancer ni reculer, il prit son élan, courba le dos et se jeta de toutes ses forces la tête contre le mur. Hélas ! Il se fracassa le crâne, son sang se répandit, son âme se dispersa ; le souffle se rompit dans sa gorge et rougit le sable. Un poème en porte témoignage. Le voici :
堪嘆老衲性愚蒙,枉作人間一壽翁。欲得袈裟傳遠世,豈知佛寶不凡同。但將容易為長久,定是蕭條取敗功。廣智廣謀成甚用?損人利己一場空。
Que l’on déplore la nature aveugle et stupide de ce vieux moine, qui fut en vain un homme de grande longévité.
Il voulait obtenir le kasaya pour le transmettre aux générations lointaines ; comment aurait-il su qu’un trésor bouddhique ne ressemble pas aux choses ordinaires ?
Il prit ce qui se gagne aisément pour un bien durable ; sa désolation devait assurément couronner son entreprise d’un échec.
À quoi servirent Guangzhi et Guangmou ? Nuire aux autres pour son profit personnel : tout finit dans le néant.
慌得個眾僧哭道:「師公已撞殺了,又不見袈裟,怎生是好?」行者道:「想是汝等盜藏起也。都出來,開具花名手本,等老孫逐一查點。」那上下房的院主,將本寺和尚、頭陀、幸童、道人盡行開具手本二張,大小人等共計二百三十名。行者請師父高坐,他卻一一從頭唱名搜檢,都要解放衣襟,分明點過,更無袈裟。又將那各房頭搬搶出去的箱籠物件,從頭細細尋遍,那裡得有蹤跡。三藏心中煩惱,懊恨行者不盡,卻坐在上面念動那咒。行者撲的跌倒在地,抱著頭,十分難禁,只教:「莫念,莫念,管尋還了袈裟。」那眾僧見了,一個個戰兢兢的,上前跪下勸解,三藏才合口不念。行者一骨魯跳起來,耳朵裡掣出鐵棒,要打那些和尚,被三藏喝住道:「這猴頭,你頭痛還不怕,還要無禮?休動手,且莫傷人,再與我審問一問。」眾僧們磕頭禮拜,哀告三藏道:「老爺饒命。我等委實的不曾看見。這都是那老死鬼的不是。他昨晚看著你的袈裟,只哭到更深時候,看也不曾敢看,思量要圖長久,做個傳家之寶,設計定策,要燒殺老爺。自火起之候,狂風大作,各人只顧救火,搬搶物件,更不知袈裟去向。」
Terrifiés, les moines pleurèrent : « Notre maître-patriarche s’est tué contre le mur, et le kasaya a disparu. Qu’allons-nous faire ? » Le pèlerin répondit : « Je pense que vous l’avez volé et caché. Sortez tous et dressez un registre complet de vos noms : le vieux Sun va vous examiner un à un. » Les supérieurs des quartiers du haut et du bas établirent deux listes où figuraient tous les moines du monastère, moines mendiants, acolytes et religieux : grands et petits, ils étaient en tout deux cent trente. Le pèlerin invita son maître à s’asseoir en hauteur ; quant à lui, il appela chacun par son nom et les fouilla l’un après l’autre. Tous durent ouvrir leurs vêtements pour qu’il pût les examiner clairement, mais il ne trouva toujours pas le kasaya. Il fouilla ensuite avec soin, depuis le premier jusqu’au dernier, les coffres, les malles et les objets que chaque quartier avait sauvés de l’incendie, sans découvrir la moindre trace. Sanzang, profondément contrarié, ne cessait d’en vouloir au pèlerin. Assis en hauteur, il se mit à réciter la formule. Le pèlerin s’effondra à terre, serra sa tête entre ses bras, incapable de supporter la douleur, et cria seulement : « Ne la récitez pas, ne la récitez pas ! Je vous garantis que je retrouverai le kasaya. » À cette vue, les moines tremblèrent tous. Ils s’avancèrent, s’agenouillèrent et supplièrent Sanzang, qui ferma enfin la bouche et cessa de réciter. Le pèlerin bondit debout, tira de son oreille le bâton de fer et voulut frapper les moines, mais Sanzang l’arrêta d’un cri : « Maudit singe ! La douleur qui te prend à la tête ne t’effraie donc pas, que tu veuilles encore te conduire sans respect ? Ne frappe pas et ne blesse personne. Interroge-les encore pour moi. » Les moines se prosternèrent et implorèrent Sanzang : « Seigneur, épargnez nos vies. Nous ne l’avons véritablement pas vu. Toute la faute revient à ce vieux fantôme mort. Hier soir, en regardant votre kasaya, il pleura jusque tard dans la nuit. Il n’osa même pas l’examiner, mais songea à le garder durablement pour en faire un trésor de famille ; il conçut alors le plan de vous brûler vifs. Dès que le feu éclata, un vent furieux se leva. Chacun ne pensa plus qu’à combattre l’incendie et à sauver les objets ; nul ne sait ce qu’est devenu le kasaya. »
行者大怒,走進方丈屋裡,把那觸死鬼屍首擡出,選剝了細看,渾身更無那件寶貝。就把個方丈掘地三尺,也無蹤影。行者忖量半晌,問道:「你這裡可有甚麼妖怪成精麼?」院主道:「老爺不問,莫想得知。我這裡正東南有座黑風山,黑風洞內有一個黑大王,我這老死鬼常與他講道,他便是個妖精。別無甚物。」行者道:「那山離此有多遠近?」院主道:「只有二十里,那望見山頭的就是。」行者笑道:「師父放心,不須講了,一定是那黑怪偷去無疑。」三藏道:「他那廂離此有二十里,如何就斷得是他?」行者道:「你不曾見夜間那火,光騰萬里,亮透三天,且休說二十里,就是二百里也照見了。坐定是他見火光焜耀,趁著機會,暗暗的來到這裡,看見我們袈裟是件寶貝,必然趁鬨擄去也。等老孫去尋他一尋。」三藏道:「你去了時,我卻何倚?」行者道:「這個放心,暗中自有神靈保護,明中等我叫那些和尚伏侍。」即喚眾和尚過來,道:「汝等著幾個去埋那老鬼;著幾個伏侍我師父,看守我白馬。」眾僧領諾。行者又道:「汝等莫順口兒答應,等我去了,你就不來奉承。看師父的,要怡顏悅色;養白馬的,要水草調勻。假有一毫兒差了,照依這個樣棍,與你們看看。」他掣出棍子,照那火燒的磚牆上,撲的一下,把那牆打得粉碎,又震倒了有七八層牆。眾僧見了,個個骨軟身麻,跪著磕頭滴淚道:「爺爺寬心前去,我等竭力虔心,供奉老爺,決不敢一毫怠慢。」
Furieux, le pèlerin entra dans le logis abbatial, en sortit le cadavre de celui qui s’était tué contre le mur, le dépouilla et l’examina soigneusement : le trésor ne se trouvait nulle part sur lui. Il creusa même le sol du logis sur une profondeur de trois pieds, sans en trouver la moindre trace. Après avoir réfléchi un long moment, il demanda : « Y a-t-il dans les environs quelque démon ou esprit monstrueux ? » Le supérieur répondit : « Si vous ne l’aviez pas demandé, seigneur, vous n’auriez jamais pu le savoir. Au sud-est d’ici se trouve la Montagne du Vent Noir ; dans la Grotte du Vent Noir demeure le Grand Roi Noir. Ce vieux fantôme mort discutait souvent de la Voie avec lui, et c’est un démon. Il n’y en a aucun autre. » Le pèlerin demanda : « À quelle distance se trouve cette montagne ? » Le supérieur répondit : « À seulement vingt li. Le sommet que vous apercevez là-bas est le sien. » Le pèlerin dit en riant : « Maître, soyez tranquille, il n’est plus besoin de discuter : c’est certainement ce monstre noir qui l’a volé. » Sanzang demanda : « Il demeure à vingt li d’ici. Comment peux-tu affirmer que c’est lui ? » Le pèlerin répondit : « Vous n’avez donc pas vu le feu cette nuit ? Sa lumière s’élevait sur dix mille li et traversait les trois cieux. Ne parlons pas de vingt li : on l’aurait aperçu à deux cents li. Il est certain que le monstre a vu flamboyer cette lumière ; profitant de l’occasion, il sera venu furtivement jusqu’ici, aura reconnu que notre kasaya était un trésor et l’aura emporté au milieu du tumulte. Que le vieux Sun aille le chercher. » Sanzang demanda : « Si tu pars, sur qui pourrai-je compter ? » Le pèlerin répondit : « Soyez tranquille. Dans l’ombre, des divinités vous protègent ; au grand jour, je vais ordonner à ces moines de vous servir. » Il appela les moines et leur dit : « Que quelques-uns d’entre vous aillent enterrer ce vieux fantôme ; que quelques autres servent mon maître et gardent mon cheval blanc. » Les moines acceptèrent. Le pèlerin reprit : « Ne vous contentez pas de répondre oui du bout des lèvres pour cesser de le servir dès que je serai parti. Ceux qui veilleront sur mon maître devront garder un visage aimable et réjoui ; ceux qui nourriront le cheval blanc devront lui donner en juste mesure eau et fourrage. S’il y manque seulement un cheveu, je vous montrerai ce que donne un coup d’un bâton comme celui-ci. » Il tira son bâton et en frappa une muraille de briques calcinées. D’un seul coup, il la réduisit en poudre et fit encore s’écrouler sept ou huit pans de murs. À cette vue, les moines sentirent leurs os s’amollir et leur corps s’engourdir. Agenouillés, ils se prosternèrent en larmes et dirent : « Grand-père, partez l’esprit tranquille. Nous servirons ce seigneur de toutes nos forces et avec un cœur sincère ; jamais nous ne nous permettrons la moindre négligence. »
好行者,急縱觔斗雲,徑上黑風山,尋找這袈裟。正是那:
L’excellent pèlerin bondit en hâte sur le nuage-culbute et se rendit droit à la Montagne du Vent Noir pour y chercher le kasaya. C’était bien là ce que disent ces vers :
金禪求正出京畿,仗錫投西涉翠微。虎豹狼蟲行處有,工商士客見時稀。路逢異國愚僧妒,全仗齊天大聖威。火發風生禪院廢,黑熊夜盜錦襴衣。
Le Religieux d’Or, en quête du vrai, quitta les faubourgs de la capitale ; bâton en main, il partit vers l’ouest et traversa les monts verdoyants.
Tigres, panthères, loups et insectes peuplaient tous les lieux où il passait ; artisans, marchands, lettrés et voyageurs se montraient rarement.
Dans un pays étranger, il rencontra la jalousie de moines stupides ; il dut tout à la puissance du Grand Saint Égal du Ciel.
Le feu éclata, le vent s’éleva, et le monastère fut détruit ; dans la nuit, l’ours noir vola la robe de brocart.
畢竟此去不知袈裟有無,吉凶如何,且聽下回分解。
En définitive, trouvera-t-il ou non le kasaya au terme de ce voyage, et quel sort, heureux ou funeste, l’attend ? Écoutez les explications du prochain chapitre.