La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 64 Sur la Crête des Ronces, Wuneng déploie ses forces — À l’Ermitage des Immortels des Arbres, Sanzang parle poésie
荊棘嶺悟能努力木仙庵三藏談詩
Sur la Crête des Ronces, Wuneng déploie ses forces
À l’Ermitage des Immortels des Arbres, Sanzang parle poésie
話表祭賽國王謝了唐三藏師徒獲寶擒怪之恩,所贈金玉,分毫不受。卻命當駕官照依四位常穿的衣服各做兩套,鞋襪各做兩雙,絛環各做兩條,外備乾糧烘炒,倒換了通關文牒,大排鑾駕,並文武多官、滿城百姓、伏龍寺僧人,大吹大打,送四眾出城。約有二十里,先辭了國王。眾人又送二十里辭回。伏龍寺僧人送有五六十里不回:有的要同上西天,有的要修行伏侍。行者見都不肯回去,遂弄個手段,把毫毛拔了三四十根,吹口仙氣,叫:「變!」都變作斑斕猛虎,攔住前路,哮吼踴躍。眾僧方懼,不敢前進。大聖才引師父策馬而去,少時間去得遠了。眾僧人放聲大哭,都喊:「有恩有義的老爺!我等無緣,不肯度我們也。」
Le récit dit que le roi du royaume de Jisai remercia Tang Sanzang et ses disciples d’avoir recouvré le trésor et capturé les monstres, mais ceux-ci refusèrent jusqu’à la moindre parcelle de l’or et du jade qu’il leur offrait. Il ordonna alors aux officiers de son service de faire confectionner, sur le modèle des vêtements que portaient habituellement les quatre voyageurs, deux tenues pour chacun, ainsi que deux paires de chaussures et de chaussettes et deux cordons à anneaux ; il leur fit aussi préparer des provisions sèches et grillées, renouvela leur laissez-passer, puis déploya en grand le cortège impérial. Accompagné de nombreux dignitaires civils et militaires, de toute la population de la ville et des religieux du Monastère du Dragon Dompté, au fracas des musiques et des tambours, il escorta les quatre voyageurs hors des murs. Au bout d’une vingtaine de lis, ceux-ci prirent d’abord congé du roi. Les autres les accompagnèrent encore vingt lis avant de repartir. Mais les religieux du Monastère du Dragon Dompté les suivirent sur cinquante ou soixante lis sans vouloir s’en retourner : les uns désiraient les accompagner jusqu’au Ciel de l’Ouest, les autres voulaient pratiquer sous leur conduite et les servir. Voyant qu’aucun ne consentait à repartir, le Voyageur usa d’un artifice : il arracha trente ou quarante poils, souffla sur eux un souffle d’immortel et cria : « Changez-vous ! » Tous devinrent de féroces tigres bigarrés qui barrèrent le chemin en bondissant et en rugissant. Saisis de peur, les religieux n’osèrent plus avancer. Le Grand Saint emmena alors son maître, qui pressa sa monture, et ils furent bientôt loin. Les religieux éclatèrent en sanglots et crièrent tous : « Maîtres pleins de bonté et de loyauté ! Nous sommes sans affinité prédestinée, c’est pourquoi vous refusez de nous sauver ! »
且不說眾僧啼哭。卻說師徒四眾走上大路,卻才收回毫毛,一直西去。正是時序易遷,又早冬殘春至,不暖不寒,正好逍遙行路。忽見一條長嶺,嶺頂上是路。三藏勒馬觀看,那嶺上荊棘丫叉,薜蘿牽繞,雖是有道路的痕跡,左右卻都是荊刺棘針。唐僧叫:「徒弟,這路怎生走得?」行者道:「怎麼走不得?」又道:「徒弟啊,路痕在下,荊棘在上,只除是蛇蟲伏地而遊,方可去了;若你們走,腰也難伸,教我如何乘馬?」八戒道:「不打緊,等我使出鈀柴手來,把釘鈀分開荊棘,莫說騎馬,就擡轎也包你過去。」三藏道:「你雖有力,長遠難熬,卻不知有多少遠近,怎生費得這許多精神?」行者道:「不須商量,等我去看看。」將身一縱,跳在半空看時,一望無際。真個是:
Laissons les religieux à leurs pleurs. Les quatre maîtres et disciples reprirent la grand-route ; le Voyageur rappela seulement alors ses poils, et ils poursuivirent droit vers l’ouest. Les saisons avaient changé : déjà l’hiver finissait et le printemps arrivait ; il ne faisait ni chaud ni froid, temps idéal pour voyager à loisir. Soudain apparut une longue crête dont le chemin suivait le sommet. Sanzang retint son cheval et observa : des ronces fourchues couvraient la crête, enlacées de lianes et de vignes sauvages. On distinguait bien la trace d’un chemin, mais des épines et des aiguillons se pressaient des deux côtés. Le moine des Tang appela : « Disciples, comment passer par ce chemin ? — Pourquoi ne pourrait-on pas passer ? répondit le Voyageur. — Mon disciple, reprit Sanzang, la trace du chemin est dessous, les ronces sont dessus. Seuls des serpents ou des insectes rampant à terre pourraient avancer ici. Même vous auriez peine à redresser la taille ; comment pourrais-je chevaucher ? — Ce n’est rien, dit Bajie. Laissez-moi employer mon art de défricheur : avec mon râteau à pointes, j’écarterai les ronces. Je vous garantis le passage, non seulement à cheval, mais même en palanquin. — Tu as beau être fort, dit Sanzang, tu ne pourras tenir longtemps. Nous ignorons encore quelle distance il faut parcourir : comment dépenser tant d’énergie ? — Inutile de discuter, dit le Voyageur. Laissez-moi aller voir. » D’un bond, il s’éleva dans les airs et regarda : les ronces s’étendaient à perte de vue. C’était bien :
匝地遠天,凝煙帶雨。夾道柔茵亂,漫山翠蓋張。密密搓搓初發葉,攀攀扯扯正芬芳。遙望不知何所盡,近觀一似綠雲茫。蒙蒙茸茸,鬱鬱蒼蒼。風聲飄索索,日影映煌煌。那中間有松有柏還有竹,多梅多柳更多桑。薜蘿纏古樹,藤葛繞垂楊。盤團似架,聯絡如床。有處花開真佈錦,無端卉發遠生香。為人誰不遭荊棘,那見西方荊棘長?
Elles ceignent la terre et gagnent le ciel,
Épaississant les brumes, chargées de pluie.
Le tendre tapis s’emmêle aux deux côtés du chemin,
Des dais de verdure se déploient sur toute la montagne.
Pressées, entassées, les premières feuilles viennent d’éclore,
S’agrippant et se tirant, les plantes exhalent leur parfum.
De loin, nul ne sait où elles prennent fin ;
De près, elles semblent une immensité de nuages verts.
Confuses et duveteuses,
Profondes et verdoyantes.
Le vent les fait bruire et frissonner,
Le soleil y jette des éclats resplendissants.
Au milieu poussent pins, cyprès et bambous,
Pruniers, saules, et plus encore mûriers.
Les lianes sauvages s’enroulent aux arbres antiques,
Vignes et kudzus entourent les peupliers inclinés.
Leurs anneaux forment comme des treilles,
Leurs réseaux s’étendent comme des lits.
Ici les fleurs écloses déploient une vraie broderie,
Là des plantes surgies sans raison répandent au loin leur parfum.
Quel homme, en sa vie, ne rencontre pas de ronces ?
Mais où vit-on jamais des ronces si longues sur la route de l’Ouest ?
行者看夠多時,將雲頭按下道:「師父,這去處遠哩。」三藏問:「有多少遠?」行者道:「一望無際,似有千里之遙。」三藏大驚道:「怎生是好?」沙僧笑道:「師父莫愁,我們也學燒荒的,放上一把火,燒絕了荊棘過去。」八戒道:「莫亂談。燒荒的須在十來月,草衰木枯,方好引火。如今正是蕃盛之時,怎麼燒得?」行者道:「就是燒得,也怕人了。」三藏道:「這般怎生得度?」八戒笑道:「要得度,還依我。」
Après avoir longuement regardé, le Voyageur abaissa son nuage et dit : « Maître, cette étendue va très loin. — Jusqu’où ? demanda Sanzang. — À perte de vue ; elle paraît longue de mille lis. » Sanzang, très alarmé, demanda : « Qu’allons-nous faire ? » Le moine Sha répondit en riant : « Maître, ne vous tourmentez pas. Imitons ceux qui brûlent les friches : mettons-y le feu et traversons après avoir consumé toutes les ronces. — Ne parle pas à la légère, dit Bajie. Pour brûler les friches, il faut attendre le dixième mois environ, quand les herbes se flétrissent et que les arbres sont secs. À présent, tout est en pleine croissance : comment y mettre le feu ? — Même si nous le pouvions, dit le Voyageur, nous risquerions d’effrayer les gens. — Comment passerons-nous donc ? demanda Sanzang. — Si vous voulez passer, répondit Bajie en riant, suivez encore mon idée. »
好獃子,捻個訣,念個咒語,把腰躬一躬,叫:「長!」就長了有二十丈高下的身軀。把釘鈀幌一幌,教:「變!」就變了有三十丈長短的鈀柄。拽開步,雙手使鈀,將荊棘左右摟開:「請師父跟我來也。」三藏見了甚喜,即策馬緊隨後面;沙僧挑著行李;行者也使鐵棒撥開。這一日未曾住手,行有百十里。將次天晚,見有一塊空闊之處。當路上有一通石碣,上有三個大字,乃「荊棘嶺」;下有兩行十四個小字,乃「荊棘蓬攀八百里,古來有路少人行」。八戒見了,笑道:「等我老豬與他添上兩句:『自今八戒能開破,直透西方路盡平。』」三藏欣然下馬道:「徒弟啊,累了你也。我們就在此住過了今宵,待明日天光再走。」八戒道:「師父莫住,趁此天色晴明,我等有興,連夜摟開路走他娘。」那長老只得相從。
Le bon lourdaud forma une formule avec les doigts, récita une incantation, courba la taille et cria : « Grandis ! » Son corps atteignit aussitôt une hauteur d’environ vingt zhangs. Il agita son râteau à pointes et lui ordonna : « Change-toi ! » Le manche s’allongea jusqu’à trente zhangs. Il se mit en marche et, maniant le râteau des deux mains, écarta les ronces à droite et à gauche : « Maître, veuillez me suivre ! » Très heureux, Sanzang pressa son cheval derrière lui ; le moine Sha portait les bagages, et le Voyageur se servait aussi de son bâton de fer pour repousser les branches. Ce jour-là, ils ne cessèrent pas un instant et parcoururent une centaine de lis. À l’approche du soir, ils découvrirent un espace dégagé. Au milieu du chemin se dressait une stèle de pierre portant trois grands caractères : « Crête des Ronces ». Au-dessous étaient gravées deux lignes de quatorze petits caractères : « Les ronces s’agrippent sur huit cents lis ; depuis l’Antiquité, le chemin existe, mais rares sont ceux qui l’empruntent. » Bajie rit : « Laissez le vieux Porc ajouter deux vers : “Désormais Bajie saura les ouvrir et les rompre ; jusqu’au bout vers l’ouest, la route sera toute plane.” — Mon disciple, dit joyeusement Sanzang en descendant de cheval, tu t’es bien fatigué. Restons ici cette nuit et repartons demain à la lumière du jour. — Maître, ne nous arrêtons pas, répondit Bajie. Profitons de ce temps clair et de notre entrain pour ouvrir la route toute la nuit. » Le vénérable dut lui céder.
八戒上前努力,師徒們人不住手,馬不停蹄,又行了一日一夜,卻又天色晚矣。那前面蓬蓬結結,又聞得風敲竹韻,颯颯松聲。卻好又有一段空地,中間乃是一座古廟。廟門之外,有松柏凝青,桃梅鬥麗。三藏下馬,與三個徒弟同看。只見:
Bajie poursuivit ses efforts en tête. Maîtres et disciples ne cessèrent d’agir, le cheval ne ralentit pas, et ils avancèrent encore un jour et une nuit. Le soir était de nouveau tombé. Devant eux, les broussailles s’enchevêtraient toujours, mais ils entendirent le rythme du vent frappant les bambous et le bruissement des pins. Justement, un autre espace dégagé s’ouvrait là, avec en son milieu un ancien temple. Devant sa porte, pins et cyprès concentraient leur verdeur, tandis que pêchers et pruniers rivalisaient d’éclat. Sanzang descendit de cheval et l’examina avec ses trois disciples. Ils virent :
巖前古廟枕寒流,落目荒煙鎖廢丘。白鶴叢中深歲月,綠蕪臺下自春秋。竹搖青珮疑聞語,鳥弄餘音似訴愁。雞犬不通人跡少,閑花野蔓遶牆頭。
Devant le rocher, l’ancien temple s’appuie sur un froid courant ;
À perte de vue, des brumes désertes enferment les collines abandonnées.
Parmi les grues blanches, les années s’enfoncent dans le silence ;
Sous les terrasses aux herbes vertes passent seules les saisons.
Les bambous agitent leurs pendeloques de jade : on croit entendre des voix ;
Les oiseaux jouent de leurs derniers chants, comme s’ils confiaient leur peine.
Ni poules ni chiens ne passent, rares sont les traces humaines ;
Fleurs sauvages et lianes oisives entourent le haut des murs.
行者看了道:「此地少吉多凶,不宜久坐。」沙僧道:「師兄差疑了。似這杳無人煙之處,又無個怪獸妖禽,怕他怎的?」說不了,忽見一陣陰風,廟門後轉出一個老者,頭戴角巾,身穿淡服,手持拐杖,足踏芒鞋。後跟著一個青臉獠牙、紅鬚赤身鬼使,頭頂著一盤麵餅。跪下道:「大聖,小神乃荊棘嶺土地。知大聖到此,無以接待,特備蒸餅一盤,奉上老師父,各請一餐。此地八百里,更無人家,聊吃些兒充饑。」八戒歡喜,上前舒手,就欲取餅。不知行者端詳已久,喝一聲:「且住,這廝不是好人。休得無禮,你是甚麼土地,來誑老孫?看棍。」那老者見他打來,將身一轉,化作一陣陰風,呼的一聲,把個長老攝將起去,飄飄蕩蕩,不知攝去何所。慌得那大聖沒跟尋處,八戒、沙僧俱相顧失色,白馬亦只自驚吟。三兄弟連馬四口,恍恍忽忽,遠望高張,並無一毫下落,前後找尋不題。
Après avoir regardé, le Voyageur dit : « Ce lieu promet peu de bonheur et beaucoup de malheur ; mieux vaut ne pas y rester longtemps. — Frère aîné, répondit le moine Sha, vos soupçons sont mal fondés. Dans un endroit si désert, où il n’y a ni bête monstrueuse ni oiseau démoniaque, que craindre ? » Il n’avait pas fini de parler qu’un vent sombre se leva. De derrière la porte du temple sortit un vieillard coiffé d’un bonnet à cornes, vêtu d’une robe claire, tenant une canne et chaussé de sandales de chanvre. Il était suivi d’un émissaire fantôme au visage vert, aux crocs saillants, à la barbe rouge et au corps nu, qui portait sur la tête un plateau de galettes. Le vieillard s’agenouilla et dit : « Grand Saint, cette humble divinité est le Dieu du Sol de la Crête des Ronces. Sachant que le Grand Saint arrivait ici et n’ayant rien pour le recevoir, j’ai spécialement préparé ce plateau de galettes à la vapeur pour l’offrir au vénérable maître. Que chacun en prenne pour son repas. Sur les huit cents lis de ce lieu, il n’y a aucune habitation ; mangez-en donc un peu pour apaiser votre faim. » Ravi, Bajie s’avança et tendit la main pour prendre une galette. Mais le Voyageur, qui observait depuis longtemps, cria : « Arrête ! Ce drôle n’est pas un honnête homme. Ne commets pas d’imprudence ! Quel Dieu du Sol es-tu donc, pour venir tromper le vieux Sun ? Goûte de mon bâton ! » Le voyant frapper, le vieillard pivota et se changea en une rafale sombre qui, dans un grand souffle, enleva le vénérable et l’emporta au loin, flottant dans les airs, nul ne savait où. Le Grand Saint, affolé, ne trouva aucune trace à suivre. Bajie et le moine Sha se regardèrent, livides, tandis que le cheval blanc hennissait de frayeur. Les trois frères et le cheval, quatre êtres en tout, restèrent égarés et confus, scrutant au loin les hauteurs sans découvrir le moindre indice. Nous ne dirons pas ici comment ils cherchèrent devant et derrière eux.
卻說那老者同鬼使,把長老擡到一座煙霞石屋之前,輕輕放下,與他攜手相攙道:「聖僧休怕。我等不是歹人,乃荊棘嶺十八公是也。因風清月霽之宵,特請你來會友談詩,消遣情懷故耳。」那長老卻才定性,睜眼仔細觀看。真個是:
Le vieillard et l’émissaire fantôme transportèrent le vénérable devant une demeure de pierre enveloppée de brumes colorées, puis le déposèrent doucement. Le prenant par la main pour le soutenir, le vieillard dit : « Saint religieux, ne craignez rien. Nous ne sommes pas de mauvaises gens : je suis Shiba Gong, de la Crête des Ronces. Par cette nuit au vent pur et à la lune sereine, nous vous avons spécialement invité à rencontrer des amis, parler poésie et délasser nos sentiments, rien de plus. » Le vénérable retrouva enfin son calme, ouvrit les yeux et regarda attentivement. C’était vraiment :
漠漠煙雲去所,清清仙境人家。正好潔身修煉,堪宜種竹栽花。每見翠巖來鶴,時聞青沼鳴蛙。更賽天臺丹灶,仍期華岳明霞。說甚耕雲釣月,此間隱逸堪誇。坐久幽懷如海,朦朧月上窗紗。
Brumes et nuages voilent le lieu de retraite,
Pure et limpide est la demeure des immortels.
On peut fort bien y purifier son corps et s’exercer,
Il convient d’y planter bambous et fleurs.
Souvent des grues viennent aux rochers verdoyants,
Parfois des grenouilles chantent dans les étangs bleus.
Le lieu surpasse encore le four d’alchimie du mont Tiantai,
Et promet les claires nuées du mont Hua.
Pourquoi parler de labourer les nuages ou de pêcher la lune ?
La retraite que voici mérite tous les éloges.
À rester assis, les pensées secrètes deviennent vastes comme la mer,
Et la lune indistincte monte sur la gaze des fenêtres.
三藏正自點看,漸覺月明星朗,只聽得人語相談。都道:「十八公請得聖僧來也。」長老擡頭觀看,乃是三個老者:前一個霜姿丰采,第二個綠鬢婆娑,第三個虛心黛色。各各面貌、衣服俱不相同,都來與三藏作禮。長老還了禮,道:「弟子有何德行,敢勞列位仙翁下愛?」十八公笑道:「一向聞知聖僧有道,等待多時,今幸一見。如果不吝珠玉,寬坐敘懷,足見禪機真派。」三藏躬身道:「敢問仙翁尊號?」十八公道:「霜姿者號孤直公,綠鬢者號凌空子,虛心者號拂雲叟,老拙號曰勁節。」三藏道:「四翁尊壽幾何?」孤直公道:
Tandis que Sanzang examinait les lieux, il sentit peu à peu la lune s’éclaircir et les étoiles briller. Il entendit alors des voix qui conversaient : « Shiba Gong a invité le saint religieux. » Le vénérable leva la tête et vit trois vieillards. Le premier avait l’allure et l’éclat du givre ; le deuxième, des cheveux verts retombant librement ; le troisième, un cœur creux et une teinte vert sombre. Leurs visages et leurs vêtements étaient tous différents. Ils vinrent saluer Sanzang, qui leur rendit leur salut et dit : « Quelle vertu possède ce disciple pour mériter l’affection de tous ces vénérables immortels ? » Shiba Gong répondit en riant : « Nous entendons dire depuis longtemps que le saint religieux possède la Voie, et nous vous attendions depuis bien des jours. Nous avons aujourd’hui le bonheur de vous rencontrer. Si vous ne nous refusez pas vos paroles précieuses et consentez à vous asseoir pour nous ouvrir votre cœur, nous pourrons reconnaître en vous l’authentique transmission du ressort du chan. » Sanzang s’inclina : « Puis-je demander les nobles appellations des vénérables immortels ? — Celui qui porte l’aspect du givre se nomme Guzhi Gong ; celui aux cheveux verts, Lingkongzi ; celui au cœur creux, Fuyun Sou ; quant à cet indigne vieillard, il a pour surnom Jinjie. — Quel âge vénérable avez-vous tous les quatre ? » demanda Sanzang. Guzhi Gong répondit :
「我歲今經千歲古,撐天葉茂四時春。香枝鬱鬱龍蛇狀,碎影重重霜雪身。自幼堅剛能耐老,從今正直喜修真。烏棲鳳宿非凡輩,落落森森遠俗塵。」
« Mon âge a maintenant traversé mille années antiques ;
Mes feuilles soutiennent le ciel, luxuriantes au printemps des quatre saisons.
Mes branches parfumées s’épaississent en formes de dragons et de serpents,
Mes ombres morcelées s’empilent sur un corps de givre et de neige.
Depuis ma jeunesse, ferme et robuste, j’ai su résister à l’âge ;
Toujours droit désormais, je me plais à cultiver le vrai.
Les corbeaux qui me choisissent et les phénix qui m’habitent ne sont pas vulgaires ;
Droit et touffu, je me tiens loin de la poussière profane. »
凌空子笑道:
Lingkongzi dit en riant :
「吾年千載傲風霜,高幹靈枝力自剛。夜靜有聲如雨滴,秋晴蔭影似雲張。盤根已得長生訣,受命尤宜不老方。留鶴化龍非俗輩,蒼蒼爽爽近仙鄉。」
« Depuis mille ans, je brave fièrement vents et gelées ;
Mon haut tronc et mes branches merveilleuses tirent leur force d’eux-mêmes.
Dans la nuit silencieuse, leur voix ressemble aux gouttes de pluie ;
Par un clair jour d’automne, leur ombre s’étend comme un nuage.
Mes racines noueuses ont obtenu le secret de la longue vie ;
Ayant reçu le mandat du Ciel, je mérite plus encore la formule qui préserve de vieillir.
Accueillir les grues et me changer en dragon ne sont pas choses vulgaires ;
Profondément vert et plein de fraîcheur, je suis proche du séjour des immortels. »
拂雲叟笑道:
Fuyun Sou dit en riant :
「歲寒虛度有千秋,老景瀟然清更幽。不雜囂塵終冷淡,飽經霜雪自風流。七賢作侶同談道,六逸為朋共唱酬。戛玉敲金非瑣瑣,天然情性與仙遊。」
« Dans le froid de l’année, j’ai traversé en vain mille automnes ;
Mon grand âge reste libre et naturel, pur et plus retiré encore.
Jamais mêlé au tumulte poussiéreux, je demeure froid et détaché ;
Rassasié de givre et de neige, je conserve mon élégance.
Compagnon des Sept Sages, je discute avec eux de la Voie ;
Ami des Six Reclus, j’échange avec eux chants et réponses.
Heurter le jade et frapper le métal n’est pas une mince affaire ;
Ma nature spontanée accompagne les immortels dans leurs voyages. »
勁節十八公笑道:
Shiba Gong, surnommé Jinjie, dit en riant :
「我亦千年約有餘,蒼然貞秀自如如。堪憐雨露生成力,借得乾坤造化機。萬壑風煙惟我盛,四時灑落讓吾疏。蓋張翠影留仙客,博弈調琴講道書。」
« Moi aussi, je compte un peu plus de mille années ;
Sombrement vert, intègre et gracieux, je demeure dans l’ainsité.
Il faut chérir la force créatrice des pluies et des rosées ;
J’ai emprunté au Ciel et à la Terre le ressort de la transformation.
Parmi les vents et les brumes de dix mille ravins, je suis seul à prospérer ;
Au fil des quatre saisons, nul n’égale mon port libre et clairsemé.
Je déploie un dais d’ombre verte pour retenir les hôtes immortels ;
On joue sous moi, on accorde le luth et l’on explique les livres de la Voie. »
三藏稱謝道:「四位仙翁,俱享高壽,但勁節翁又千歲餘矣。高年得道,丰采清奇,得非漢時之『四皓』乎?」四老道:「承過獎,承過獎。吾等非四皓,乃深山之『四操』也。敢問聖僧,妙齡幾何?」三藏合掌躬身答曰:
Sanzang les remercia : « Vous jouissez tous quatre d’une grande longévité, et le vénérable Jinjie a même dépassé mille ans. Parvenus à la Voie à un âge si avancé, d’une allure pure et singulière, ne seriez-vous pas les Quatre Vieillards Chenus de l’époque des Han ? — Vous nous flattez, vous nous flattez, répondirent les quatre vieillards. Nous ne sommes pas les Quatre Vieillards Chenus, mais les Quatre Hommes de Conduite des montagnes profondes. Osons demander quel est l’âge florissant du saint religieux ? » Sanzang joignit les paumes, s’inclina et répondit :
「四十年前出母胎,未產之時命已災。逃生落水隨波滾,幸遇金山脫本骸。養性看經無懈怠,誠心拜佛敢俄捱。今蒙皇上差西去,路遇仙翁下愛來。」
« Voilà quarante ans que je suis sorti du sein maternel ;
Avant même ma naissance, mon destin fut frappé de malheur.
Pour échapper à la mort, je fus abandonné aux eaux et roulé par les vagues ;
Par bonheur, je rencontrai Jinshan et quittai ma dépouille première.
J’ai nourri ma nature et lu les sûtras sans jamais me relâcher ;
Le cœur sincère, j’ai révéré le Bouddha sans oser perdre un instant.
À présent, Sa Majesté m’a chargé de partir vers l’ouest ;
En chemin, je rencontre les vénérables immortels qui daignent me témoigner leur affection. »
四老俱稱道:「聖僧自出娘胎,即從佛教,果然是從小修行,真中正有道之上僧也。我等幸接臺顏,敢求大教。望以禪法指教一二,足慰生平。」長老聞言,慨然不懼,即對眾言曰:禪者,靜也;法者,度也。靜中之度,非悟不成。悟者,洗心滌慮,脫俗離塵是也。夫人身難得,中土難生,正法難遇:全此三者,幸莫大焉。至德妙道,渺漠希夷,六根六識,遂可掃除。菩提者,不死不生,無餘無欠,空色包羅,聖凡俱遣。訪真了元始鉗鎚,悟實了牟尼手段。發揮象罔,踏碎涅槃。必須覺中覺了悟中悟,一點靈光全保護。放開烈焰照婆娑,法界縱橫獨顯露。至幽微,更守固,玄關口說誰人度?我本元修大覺禪,有緣有志方記悟。」四老側耳受了,無邊喜悅。一個個稽首皈依,躬身拜謝道:「聖僧乃禪機之悟本也。」
Les quatre vieillards s’écrièrent tous : « Dès sa sortie du sein maternel, le saint religieux a suivi l’enseignement bouddhique. Vous pratiquez véritablement depuis l’enfance et êtes un éminent religieux, droit, impartial et pourvu de la Voie. Nous avons le bonheur de contempler votre noble visage et osons solliciter votre grand enseignement. Veuillez nous donner quelques indications sur la méthode du chan, afin de combler l’attente de toute notre vie. » À ces mots, le vénérable, généreusement et sans crainte, leur déclara : « Le chan est quiétude ; la Loi est passage salvateur. Le passage au sein de la quiétude ne s’accomplit pas sans éveil. S’éveiller, c’est laver son cœur, purifier ses pensées, quitter le vulgaire et s’éloigner de la poussière. Or il est difficile d’obtenir un corps humain, difficile de naître dans le Pays du Milieu, difficile de rencontrer la Loi véritable : posséder ensemble ces trois bonheurs est la plus grande des fortunes. La vertu suprême et la Voie merveilleuse sont indistinctes, silencieuses et sans forme ; les six facultés et les six consciences peuvent alors être balayées. Le bodhi ne meurt ni ne naît, ne présente ni excédent ni défaut ; il embrasse vacuité et forme, et renvoie également saints et profanes. En recherchant le vrai, on comprend le marteau et les tenailles de l’origine primordiale ; en s’éveillant au réel, on comprend les moyens de Muni. Déployez ce qui échappe aux formes, foulez et brisez le nirvāṇa. Il faut s’éveiller dans l’éveil, comprendre au sein de la compréhension, et préserver entière l’unique lueur spirituelle. Libérez les flammes ardentes pour illuminer le monde Saha : à travers tout le domaine de la Loi, elle seule se manifeste. Parvenu au plus secret et au plus subtil, gardez-le plus fermement encore ; qui pourrait franchir par des paroles le seuil mystérieux ? Je cultive depuis l’origine le chan du Grand Éveil : seuls ceux qui ont affinité et résolution peuvent retenir et comprendre. » Les quatre vieillards écoutèrent attentivement, transportés d’une joie sans bornes. Chacun se prosterna, prit refuge, s’inclina et le remercia : « Le saint religieux est bien la racine éveillée du ressort du chan. »
拂雲叟道:「禪雖靜,法雖度,須要性定心誠。縱為大覺真仙,終坐無生之道。我等之玄,又大不同。」三藏云:「道乃非常,體用合一,如何不同?」拂雲叟笑云:「我等生來堅實,體用比爾不同。感天地以生身,蒙雨露而滋色。笑傲風霜,消磨日月。一葉不凋,千枝節操。似這話不叩沖虛,你執持梵語。道也者,本安中國,反來求證西方,空費了草鞋,不知尋個甚麼?石獅子剜了心肝,野狐涎灌徹骨髓。忘本參禪,妄求佛果,都似我荊棘嶺葛藤謎語,蘿蓏渾言。此般君子,怎生接引?這等規模,如何印授?必須要檢點見前面目,靜中自有生涯。沒底竹籃汲水,無根鐵樹生花。靈寶峰頭牢著腳,歸來雅會上龍華。」三藏聞言,叩頭拜謝。十八公用手攙扶,孤直公將身扯起,凌空子打個哈哈道:「拂雲之言,分明漏泄。聖僧請起,不可盡信。我等趁此月明,原不為講論修持,且自吟哦逍遙,放蕩襟懷也。」拂雲叟笑指石屋道:「若要吟哦,且入小庵一茶,何如?」
Fuyun Sou dit : « Le chan a beau être quiétude et la Loi passage salvateur, il faut encore une nature stable et un cœur sincère. Même devenu un véritable immortel du Grand Éveil, on finit par demeurer dans la Voie du non-né. Notre mystère, à nous, en diffère grandement. — La Voie n’est pas une chose ordinaire, répondit Sanzang ; substance et fonction ne font qu’un. Comment pourrait-elle différer ? » Fuyun Sou sourit : « Nous sommes nés fermes et pleins ; notre substance et notre fonction diffèrent des vôtres. Le Ciel et la Terre nous ont donné un corps, les pluies et les rosées ont nourri notre couleur. Nous rions fièrement du vent et du givre, et usons les jours et les lunes. Pas une feuille ne se flétrit ; mille branches gardent leur intégrité. Des paroles comme celles-ci ne s’enquièrent pas du vide suprême, tandis que vous vous attachez aux formules sanscrites. La Voie avait sa demeure originelle au Pays du Milieu, et vous allez au contraire en chercher la confirmation en Occident : vous usez vainement vos sandales sans même savoir ce que vous cherchez. On a arraché le cœur et le foie du lion de pierre, et la bave du renard sauvage a pénétré jusqu’à sa moelle. Oubliant votre origine, vous pratiquez le chan ; dans votre égarement, vous recherchez le fruit de bouddhéité. Tout cela ressemble aux énigmes de lianes et aux propos confus des plantes grimpantes de notre Crête des Ronces. Comment guider de tels gentilshommes ? Comment conférer le sceau à de telles dispositions ? Il faut examiner votre visage originel tel qu’il se présente : dans le silence se trouve naturellement une manière de vivre. Un panier de bambou sans fond puise de l’eau ; un arbre de fer sans racines porte des fleurs. Affermissez vos pieds au sommet du Trésor Spirituel, puis revenez à l’élégante assemblée de la Fleur du Dragon. » Sanzang se prosterna pour le remercier. Shiba Gong le soutint de la main, Guzhi Gong le releva, et Lingkongzi éclata de rire : « Les paroles de Fuyun ont clairement divulgué le secret. Saint religieux, veuillez vous relever et ne pas les croire toutes. Si nous profitons de cette lune brillante, ce n’est pas pour discuter de pratique spirituelle. Récitons plutôt des poèmes en toute liberté et donnons libre cours à nos sentiments. » Montrant du doigt la demeure de pierre, Fuyun Sou dit en riant : « Si nous voulons réciter, pourquoi ne pas entrer dans mon petit ermitage boire d’abord une tasse de thé ? »
長老真個欠身,向石屋前觀看。門上有三個大字,乃「木仙庵」。遂此同入,又敘了坐次。忽見那赤身鬼使,捧一盤茯苓膏,將五盞香湯奉上。四老請唐僧先吃,三藏驚疑,不敢便吃。那四老一齊享用,三藏卻才吃了兩塊。各飲香湯收去。三藏留心偷看,只見那裡玲瓏光彩,如月下一般:
Le vénérable se redressa et regarda devant la demeure de pierre. Trois grands caractères étaient inscrits au-dessus de la porte : « Ermitage des Immortels des Arbres ». Tous entrèrent et reprirent place selon leur rang. Soudain, l’émissaire fantôme au corps nu reparut, portant un plateau de pâte de poria et cinq tasses de boisson parfumée. Les quatre vieillards invitèrent le moine des Tang à manger le premier. Sanzang, surpris et méfiant, n’osa pas y goûter aussitôt. Les quatre autres s’étant tous servis, il mangea enfin deux morceaux. Chacun but ensuite la boisson parfumée, puis la vaisselle fut emportée. Sanzang observa furtivement les lieux avec attention : tout y était délicat et lumineux, comme sous la clarté lunaire :
水自石邊流出,香從花裡飄來。滿座清虛雅致,全無半點塵埃。
L’eau jaillit d’elle-même au bord des pierres,
Le parfum vient flotter du milieu des fleurs.
Partout où l’on siège règnent pureté, vide et élégance,
Sans la moindre parcelle de poussière.
那長老見此仙境,以為得意,情樂懷開,十分歡喜,忍不住念了一句道:
Voyant ce séjour d’immortels, le vénérable se sentit comblé ; le cœur ouvert et l’esprit joyeux, il éprouva tant de plaisir qu’il ne put s’empêcher de réciter un vers :
「禪心似月迥無塵。」
« Le cœur du chan ressemble à la lune lointaine, sans nulle poussière. »
勁節老笑而即聯道:
Le vieux Jinjie enchaîna aussitôt en riant :
「詩興如天青更新。」
« L’inspiration poétique ressemble au ciel, dont l’azur toujours se renouvelle. »
孤直公道:
Guzhi Gong dit :
「好句漫裁摶錦繡。」
« De belles sentences librement taillées pétrissent brocart et broderies. »
凌空子道:
Lingkongzi dit :
「佳文不點唾奇珍。」
« Un texte exquis, sans même une retouche, fait jaillir de rares joyaux. »
拂雲叟道:
Fuyun Sou dit :
「六朝一洗繁華盡,四始重刪雅頌分。」
« D’un seul lavage, les splendeurs des Six Dynasties ont disparu ;
D’un nouvel élagage des Quatre Commencements, les Odes élégantes et les Hymnes se distinguent. »
三藏道:「弟子一時失口,胡談幾字,誠所謂『班門弄斧』。適聞列仙之言,清新飄逸,真詩翁也。」勁節老道:「聖僧不必閑敘,出家人全始全終,既有起句,何無結句?望卒成之。」三藏道:「弟子不能,煩十八公結而成篇為妙。」勁節道:「你好心腸,你起的句,如何不肯結果?慳吝珠璣,非道理也。」三藏只得續後二句云:
Sanzang dit : « Ce disciple a laissé échapper quelques mots inconsidérés ; c’est vraiment manier la hache devant la porte de Lu Ban. Mais les paroles que je viens d’entendre des immortels sont pures, neuves, légères et détachées : vous êtes de véritables maîtres en poésie. — Saint religieux, répondit le vieux Jinjie, inutile de vous attarder en propos accessoires. Ceux qui ont quitté leur famille mènent les choses du commencement à la fin. Puisqu’il y a un premier vers, pourquoi n’y aurait-il pas de conclusion ? Veuillez achever le poème. — Ce disciple en est incapable. Que Shiba Gong veuille bien le conclure et en faire une pièce complète. — Vous avez bon cœur ! répondit Jinjie. Le vers est de vous : pourquoi refusez-vous d’en produire le fruit ? Garder jalousement vos perles et vos joyaux n’est pas raisonnable. » Sanzang dut ajouter les deux derniers vers :
「半枕松風茶未熟,吟懷瀟灑滿腔春。」
« Sur l’oreiller à demi posé, le vent des pins souffle avant que le thé soit prêt ;
Mon humeur poétique, libre et sereine, emplit mon cœur de printemps. »
十八公道:「好個『吟懷瀟灑滿腔春』!」孤直公道:「勁節,你深知詩味,所以只管咀嚼。何不再起一篇?」十八公亦慨然不辭道:「我卻是頂針字起:
Shiba Gong s’écria : « Quel beau vers que : “Mon humeur poétique, libre et sereine, emplit mon cœur de printemps” ! — Jinjie, dit Guzhi Gong, tu connais profondément la saveur de la poésie, voilà pourquoi tu ne cesses de la savourer. Pourquoi ne pas commencer une nouvelle pièce ? — Je ne m’y refuserai pas, répondit volontiers Shiba Gong. Je vais reprendre le dernier caractère pour commencer :
春不榮華冬不枯,雲來霧往只如無。」
« Au printemps je ne me couvre pas de fleurs, en hiver je ne me dessèche pas ;
Nuages et brumes ont beau venir et partir, c’est pour moi comme s’ils n’étaient rien. »
凌空子道:「我亦體前頂針二句:
Lingkongzi dit : « Moi aussi, suivant le même procédé, je reprends le dernier caractère pour deux vers :
無風搖拽婆娑影,有客欣憐福壽圖。」
« Sans vent pourtant se balance et tournoie mon ombre ;
Quand vient un hôte, il admire avec joie cette image de bonheur et de longévité. »
拂雲叟亦頂針道:
Fuyun Sou reprit à son tour le dernier caractère :
「圖似西山堅節老,清如南國沒心夫。」
« L’image ressemble au vieux à l’intégrité ferme des Montagnes de l’Ouest ;
Sa pureté, à l’homme sans cœur du pays du Sud. »
孤直公亦頂針道:
Guzhi Gong reprit lui aussi le dernier caractère :
「夫因側葉稱梁棟,臺為橫柯作憲烏。」
« L’homme, grâce à ses feuilles latérales, est tenu pour bois de charpente ;
Sur la terrasse, ses branches transversales forment le corbeau des censeurs. »
長老聽了,讚嘆不已道:「真是陽春白雪,浩氣沖霄,弟子不才,敢再起兩句。」孤直公道:「聖僧乃有道之士,大養之人也。不必再相聯句,請賜教全篇,庶我等亦好勉強而和。」三藏無已,只得笑吟一律曰:
Après les avoir entendus, le vénérable ne cessait de les louer : « Voilà véritablement le Printemps radieux et la Neige blanche ; votre souffle immense s’élève jusqu’au firmament. Ce disciple est sans talent, mais ose commencer encore par deux vers. — Le saint religieux possède la Voie, répondit Guzhi Gong, et sait grandement nourrir son souffle. Inutile de poursuivre par vers enchaînés. Veuillez plutôt nous offrir un poème complet, afin que nous puissions à notre tour nous forcer à y répondre. » N’ayant plus d’échappatoire, Sanzang récita en souriant ce poème régulier :
「杖錫西來拜法王,願求妙典遠傳揚。金芝三秀詩壇瑞,寶樹千花蓮蕊香。百尺竿頭須進步,十方世界立行藏。修成玉像莊嚴體,極樂門前是道場。」
« Appuyé sur mon bâton monastique, je suis venu vers l’ouest révérer le Roi de la Loi ;
Je souhaite obtenir les merveilleux canons pour les transmettre au loin.
Les trois floraisons du champignon d’or sont l’heureux présage de l’arène poétique ;
Les mille fleurs de l’arbre précieux ont le parfum des boutons de lotus.
Au sommet d’une perche de cent pieds, il faut encore avancer d’un pas ;
Dans les mondes des dix directions s’établissent action et retraite.
Quand sera façonnée la statue de jade au corps majestueux,
Devant la porte de la Suprême Félicité se trouvera le lieu de la Voie. »
四老聽畢,俱極讚揚。十八公道:「老拙無能,大膽攙越,也勉和一首。」云:
Après l’avoir entendu, les quatre vieillards le couvrirent d’éloges. Shiba Gong dit : « Cet indigne vieillard est sans talent, mais je vais audacieusement outrepasser mon rang et m’efforcer de répondre par un poème. » Il récita :
「勁節孤高笑木王,靈椿不似我名揚。山空百丈龍蛇影,泉汲千年琥珀香。解與乾坤生氣概,喜因風雨化行藏。衰殘自愧無仙骨,惟有苓膏結壽場。」
« D’une intégrité ferme et d’une solitude altière, je ris du roi des arbres ;
Même le merveilleux ailante ne répand pas son nom autant que moi.
Dans la montagne vide, sur cent zhangs s’étendent des ombres de dragons et de serpents ;
Puisée depuis mille ans, la source exhale un parfum d’ambre.
Je sais faire naître entre Ciel et Terre une noble vigueur ;
J’aime que vents et pluies transforment action et retraite.
Déclinant et brisé, j’ai honte de ne pas posséder des os d’immortel ;
Seule la pâte de poria me procure un domaine de longévité. »
孤直公道:「此詩起句豪雄,聯句有力,但結句自謙太過矣。堪羨!堪羨!老拙也和一首。」云:
Guzhi Gong dit : « Le premier vers de ce poème est héroïque, les vers parallèles ont de la force, mais la conclusion pèche par un excès de modestie. Admirable, admirable ! Cet indigne vieillard va lui aussi répondre par un poème. » Il récita :
「霜姿常喜宿禽王,四絕堂前大器揚。露重珠纓蒙翠蓋,風輕石齒碎寒香。長廊夜靜吟聲細,古殿秋陰淡影藏。元日迎春曾獻壽,老來寄傲在山場。」
« Sous mon aspect de givre, j’aime toujours héberger le roi des oiseaux ;
Devant la Salle des Quatre Perfections, mon grand talent est célébré.
La lourde rosée couvre de pendeloques perlées mon dais verdoyant ;
Le vent léger brise contre les dents de pierre un froid parfum.
Dans la longue galerie, par une nuit silencieuse, le murmure est ténu ;
Sous l’ombre automnale du temple antique, une pâle silhouette se cache.
Au premier jour de l’an, j’ai jadis offert mes vœux de longévité en accueillant le printemps ;
Dans mon grand âge, je confie ma fière liberté au domaine des montagnes. »
凌空子笑而言曰:「好詩,好詩,真個是月脅天心。老拙何能為和?但不可空過,也須扯談幾句。」曰:
Lingkongzi dit en riant : « Beau poème, beau poème ! Il vient vraiment des flancs de la lune et du cœur du ciel. Comment cet indigne vieillard pourrait-il y répondre ? Mais je ne dois pas laisser passer l’occasion ; il me faut débiter moi aussi quelques propos. » Il récita :
「梁棟之材近帝王,太清宮外有聲揚。晴軒恍若來青氣,暗壁尋常度翠香。壯節凜然千古秀,深根結矣九泉藏。凌雲勢蓋婆娑影,不在群芳豔麗場。」
« Bois digne des poutres et des piliers, je me tiens près des souverains ;
Devant le Palais de la Pureté Suprême, ma renommée se répand.
Sous la véranda ensoleillée, on croit voir venir une vapeur bleue ;
Le long du mur obscur passe sans cesse un parfum de verdure.
Ma robuste intégrité, imposante, fleurit depuis mille âges ;
Mes racines profondes et nouées se cachent aux Neuf Sources.
Mon élan qui touche les nuages domine les ombres tournoyantes ;
Je ne demeure pas dans le parterre où rivalisent les fleurs éclatantes. »
拂雲叟道:「三公之詩,高雅清淡,正是放開錦繡之囊也。我身無力,我腹無才,得三公之教,茅塞頓開。無已,也打油幾句,幸勿哂焉。」詩曰:
Fuyun Sou dit : « Les poèmes des trois seigneurs sont élevés, élégants, purs et détachés : vous avez véritablement ouvert vos sacs de brocart. Mon corps est sans force et mon ventre sans talent, mais l’enseignement des trois seigneurs a soudain dégagé mon esprit obstrué. Je n’ai donc plus le choix : je vais moi aussi improviser quelques vers sans prétention. Veuillez ne pas vous en moquer. » Son poème disait :
「淇澳園中樂聖王,渭川千畝任分揚。翠筠不染湘娥淚,班籜堪傳漢史香。霜葉自來顏不改,煙梢從此色何藏?子猷去世知音少,亙古留名翰墨場。」
« Aux méandres de la Qi, le jardin réjouissait le saint roi ;
Les mille arpents du pays de la Wei s’étendaient à leur gré.
Le bambou d’émeraude n’est pas souillé par les larmes des dames de la Xiang ;
Ses gaines tachetées transmettent le parfum de l’Histoire des Han.
Sous le givre, ses feuilles ne changent jamais de couleur ;
Dans la brume, comment la teinte de ses pointes se cacherait-elle désormais ?
Depuis la mort de Ziyou, rares sont ceux qui savent l’entendre ;
Depuis l’Antiquité, il conserve son nom dans le domaine des lettres. »
三藏道:「眾仙老之詩,真個是吐鳳噴珠,游夏莫贊。厚愛高情,感之極矣。但夜已深沉,三個小徒不知在何處等我。弟子不能久留,敢此告回尋訪,尤無窮之至愛也。望老仙指示歸路。」四老笑道:「聖僧勿慮。我等也是千載奇逢,況天光晴爽,雖夜深卻月明如晝,再寬坐坐,待天曉自當遠送過嶺,高徒一定可相會也。」
Sanzang dit : « Les poèmes de tous les vénérables immortels font véritablement jaillir des phénix et pleuvoir des perles ; même You et Xia ne sauraient les louer assez. Votre profonde affection et vos nobles sentiments me touchent au plus haut point. Mais la nuit est déjà très avancée, et mes trois humbles disciples, je ne sais où, doivent m’attendre. Ce disciple ne peut demeurer plus longtemps. J’ose donc prendre congé pour aller les chercher, ce qui ajoutera encore à l’infinie bienveillance que vous me témoignez. Je prie les vénérables immortels de m’indiquer le chemin du retour. » Les quatre vieillards répondirent en riant : « Saint religieux, ne vous inquiétez pas. Notre rencontre est elle aussi un prodige qui ne survient qu’en mille ans. De plus, le ciel est clair et serein ; malgré l’heure tardive, la lune brille comme en plein jour. Restez donc encore un moment. À l’aube, nous vous escorterons nous-mêmes de l’autre côté de la crête, et vous retrouverez certainement vos éminents disciples. »
正話間,只見石屋之外,有兩個青衣女童,挑一對絳紗燈籠,後引著一個仙女。那仙女撚著一枝杏花,笑吟吟進門相見。那仙女怎生模樣?他生得:
Ils parlaient encore lorsqu’ils virent, hors de la demeure de pierre, deux fillettes vêtues de bleu portant une paire de lanternes de gaze pourpre. Elles précédaient une immortelle qui tenait entre ses doigts une branche d’abricotier en fleur et entra, tout sourire, pour saluer l’assemblée. Quelle était l’apparence de cette immortelle ? Elle avait :
青姿妝翡翠,丹臉賽胭脂。星眼光還彩,蛾眉秀又齊。下襯一條五色梅淺紅裙子,上穿一件煙裡火比甲輕衣。弓鞋彎鳳嘴,綾襪錦拖泥。妖嬈嬌似天臺女,不亞當年俏妲姬。
Une grâce verdoyante parée comme un martin-pêcheur,
Un visage vermeil surpassant le fard rouge.
Ses yeux étoilés rayonnaient de couleurs,
Ses sourcils de papillon étaient fins et bien alignés.
En bas, une jupe rose pâle aux pruniers de cinq couleurs ;
En haut, un léger corsage aux flammes dans la fumée.
Ses souliers arqués dessinaient des becs de phénix,
Ses bas de soie traînaient sur le sol leurs broderies.
Séduisante et gracieuse comme une fille du mont Tiantai,
Elle ne le cédait en rien à la belle Daji d’autrefois.
四老欠身問道:「杏仙何來?」那女子對眾道了萬福,道:「知有佳客在此賡酬,特來相訪,敢求一見。」十八公指著唐僧道:「佳客在此,何勞求見?」三藏躬身,不敢言語。那女子叫:「快獻茶來。」又有兩個黃衣女童捧一個紅漆丹盤,盤內有六個細磁茶盂,盂內設幾品異果,橫擔著匙兒;提一把白鐵嵌黃銅的茶壺,壺內香茶噴鼻。斟了茶,那女子微露春蔥,捧磁盂先奉三藏,次奉四老,然後一盞,自取而陪。
Les quatre vieillards se soulevèrent de leur siège et demandèrent : « D’où vient Xingxian ? » La jeune femme leur adressa une révérence et dit : « Ayant appris qu’un hôte distingué échangeait ici des poèmes avec vous, je suis spécialement venue vous rendre visite et ose demander à le rencontrer. — L’hôte distingué est ici, répondit Shiba Gong en montrant le moine des Tang. Pourquoi vous donner la peine de le chercher ? » Sanzang s’inclina sans oser parler. La jeune femme appela : « Vite, apportez le thé ! » Deux autres fillettes vêtues de jaune arrivèrent avec un plateau de laque rouge. Il contenait six fins bols de porcelaine où étaient disposées plusieurs sortes de fruits rares, chacun traversé d’une petite cuillère. Elles portaient aussi une théière de fer blanc incrustée de cuivre jaune, d’où s’exhalait un thé parfumé. Une fois le thé versé, la jeune femme découvrit légèrement ses doigts semblables à de jeunes pousses et présenta un bol de porcelaine d’abord à Sanzang, puis aux quatre vieillards. Enfin, elle en prit elle-même un pour leur tenir compagnie.
凌空子道:「杏仙為何不坐?」那女子方才去坐。茶畢,欠身問道:「仙翁今宵盛樂,佳句請教一二如何?」拂雲叟道:「我等皆鄙俚之言,惟聖僧真盛唐之作,甚可嘉羨。」那女子道:「如不吝教,乞賜一觀。」四老即以長老前詩後詩並禪法論,宣了一遍。那女子滿面春風,對眾道:「妾身不才,不當獻醜。但聆此佳句,似不可虛,勉強將後詩奉和一律如何?」遂朗吟道:
Lingkongzi demanda : « Pourquoi Xingxian ne s’assied-elle pas ? » La jeune femme alla seulement alors prendre place. Après le thé, elle se souleva et demanda : « Les réjouissances des vénérables immortels sont grandes ce soir. Pourrais-je recevoir l’enseignement de quelques beaux vers ? — Nous n’avons tous prononcé que des propos grossiers, répondit Fuyun Sou. Seule l’œuvre du saint religieux appartient véritablement au grand âge des Tang et mérite admiration. — Si vous ne refusez pas de m’instruire, dit la jeune femme, je vous prie de me la laisser voir. » Les quatre vieillards lui récitèrent les deux poèmes du vénérable ainsi que son exposé sur la méthode du chan. Le visage rayonnant comme un printemps, elle dit à tous : « Je suis sans talent et ne devrais pas étaler ma maladresse. Mais après avoir entendu ces beaux vers, il me semble impossible de rester silencieuse. Puis-je m’efforcer de répondre au second poème par une pièce régulière ? » Elle récita alors d’une voix claire :
「上蓋留名漢武王,周時孔子立壇揚。董仙愛我成林積,孫楚曾憐寒食香。雨潤紅姿嬌且嫩,煙蒸翠色顯還藏。自知過熟微酸意,落處年年伴麥場。」
« Mon dais supérieur laissa mon nom auprès de l’empereur Wu des Han ;
Au temps des Zhou, Confucius dressa l’autel qui le célébra.
L’immortel Dong m’aima jusqu’à accumuler toute une forêt ;
Sun Chu chérit jadis mon parfum à la fête du Froid-Manger.
La pluie humecte ma grâce rouge, délicate et tendre ;
La brume enveloppe ma couleur verte, tantôt visible et tantôt cachée.
Je sais qu’une fois trop mûre, je prends une légère saveur acide ;
Là où je tombe, chaque année, j’accompagne l’aire où l’on bat le blé. »
四老聞詩,人人稱賀,都道:「清雅脫塵,句內包含春意。好個『雨潤紅姿嬌且嫩』!『雨潤紅姿嬌且嫩』!」那女子笑而悄答道:「惶恐,惶恐。適聞聖僧之章,誠然錦心繡口。如不吝珠玉,賜教一闋如何?」唐僧不敢答應。那女子漸有見愛之情,挨挨軋軋,漸近坐邊,低聲悄語,呼道:「佳客莫者,趁此良宵,不耍子待要怎的?人生光景,能有幾何?」十八公道:「杏仙盡有仰高之情,聖僧豈可無俯就之意?如不見憐,是不知趣了也。」孤直公道:「聖僧乃有道有名之士,決不苟且行事。如此樣舉措,是我等取罪過了。污人名,壞人德,非遠達也。果是杏仙有意,可教拂雲叟與十八公做媒,我與凌空子保親,成此姻眷,何不美哉?」
Après avoir entendu le poème, les quatre vieillards la félicitèrent tous : « Il est pur, élégant et dégagé de la poussière ; ses vers contiennent le souffle du printemps. Quel beau vers que : “La pluie humecte ma grâce rouge, délicate et tendre” ! “La pluie humecte ma grâce rouge, délicate et tendre” ! » La jeune femme sourit et répondit doucement : « Vous me comblez, vous me comblez. J’ai entendu tout à l’heure la composition du saint religieux : elle révèle véritablement un cœur de brocart et une bouche brodée. S’il ne refuse pas ses paroles précieuses, pourrait-il m’offrir une strophe ? » Le moine des Tang n’osa répondre. La jeune femme montra peu à peu son inclination pour lui ; se pressant et se glissant, elle se rapprocha progressivement de son siège, puis murmura à voix basse : « Hôte distingué, ne restez pas ainsi. Par cette belle nuit, si nous ne nous divertissons pas, qu’attendrons-nous ? Combien de temps dure l’éclat d’une vie humaine ? — Xingxian éprouve pour vous une grande admiration, dit Shiba Gong. Comment le saint religieux pourrait-il ne montrer aucun désir de s’abaisser jusqu’à elle ? Si vous ne lui témoignez aucune tendresse, c’est que vous manquez d’entendement. — Le saint religieux est un homme de renom qui possède la Voie, dit Guzhi Gong ; jamais il n’agira à la légère. Par une telle conduite, c’est nous qui nous rendrions coupables. Souiller la réputation d’autrui et ruiner sa vertu n’est pas faire preuve de clairvoyance. Si Xingxian nourrit vraiment cette intention, Fuyun Sou et Shiba Gong peuvent servir d’entremetteurs, tandis que Lingkongzi et moi garantirons l’union. Pourquoi ne pas conclure ce beau mariage ? »
三藏聽言,遂變了顏色,跳起來高叫道:「汝等皆是一類怪物,這般誘我。當時只以低行之言,談玄談道可也。如今怎麼以美人局來騙害貧僧?是何道理?」四老見三藏發怒,一個個咬指擔驚,再不復言。那赤身鬼使暴躁如雷道:「這和尚好不識擡舉。我這姐姐那些兒不好?他人材俊雅,玉質嬌姿,不必說那女工針指,只這一段詩材,也配得過你。你怎麼這等推辭?休錯過了。孤直公之言甚當,如果不可苟合,待我再與你主婚。」三藏大驚失色,憑他們怎麼胡談亂講,只是不從。鬼使又道:「你這和尚,我們好言好語,你不聽從。若是我們發起村野之性,還把你攝了去,教你和尚不得做,老婆不得娶,卻不枉為人一世也?」那長老心如金石,堅執不從。暗想道:「我徒弟們不知在那裡尋我哩!」說一聲,止不住眼中墮淚。那女子陪著笑,挨至身邊,翠袖中取出一個蜜合綾汗巾來,與他揩淚道:「佳客勿得煩惱。我與你倚玉偎香,耍子去來。」長老咄的一聲吆喝,跳起身來就走。被那些人扯扯拽拽,嚷到天明。
À ces mots, Sanzang changea de couleur, bondit sur ses pieds et cria : « Vous êtes tous des monstres de même espèce, venus me tenter de cette manière ! Tant que vous teniez des propos sans grande portée pour parler du mystère et de la Voie, cela pouvait encore passer. Mais pourquoi cherchez-vous maintenant à tromper et à perdre ce pauvre religieux au moyen d’un piège de beauté ? Quelle raison y a-t-il à cela ? » Voyant Sanzang en colère, les quatre vieillards se mordirent les doigts de frayeur et ne dirent plus rien. L’émissaire fantôme au corps nu gronda comme le tonnerre : « Ce religieux ne sait vraiment pas apprécier les égards qu’on lui témoigne ! Qu’est-ce qui ne va pas chez ma sœur ? Elle a une allure élégante, une nature de jade et une grâce délicate. Sans même parler de son habileté aux travaux d’aiguille, son seul talent poétique suffit à la rendre digne de vous. Pourquoi refusez-vous ainsi ? Ne laissez pas échapper cette occasion. Les paroles de Guzhi Gong sont fort justes : puisqu’une union clandestine ne convient pas, je vais moi-même présider votre mariage. » Sanzang, terrifié et livide, les laissa débiter toutes sortes d’absurdités, mais refusa obstinément. L’émissaire reprit : « Religieux, nous vous parlons avec douceur, et vous refusez d’obéir. Si nous laissons éclater notre naturel rustique, nous vous enlèverons encore : vous ne pourrez plus rester religieux ni prendre épouse, et vous aurez vécu toute une vie d’homme en vain ! » Le cœur du vénérable était de métal et de pierre ; il demeura ferme dans son refus. Il pensait en secret : « Je ne sais où mes disciples me cherchent ! » À cette pensée, il ne put retenir ses larmes. La jeune femme s’approcha de lui en souriant, tira de sa manche verte un mouchoir de satin parfumé et voulut essuyer ses pleurs : « Hôte distingué, ne vous tourmentez pas. Venez vous appuyer contre le jade et vous blottir dans les parfums avec moi ; allons nous divertir. » Le vénérable poussa un cri de réprobation, bondit et voulut partir. Tous se mirent à le tirer et à le retenir, et leurs clameurs durèrent jusqu’à l’aube.
忽聽得那裡叫聲:「師父,師父,你在那方言語也?」原來那孫大聖與八戒、沙僧牽著馬,挑著擔,一夜不曾住腳,穿荊度棘,東尋西找。卻好半雲半霧的過了八百里荊棘嶺西下,聽得唐僧吆喝,卻就喊了一聲。那長老掙出門來,叫聲:「悟空,我在這裡哩。快來救我,快來救我。」那四老與鬼使,那女子與女童,幌一幌,都不見了。
Soudain, on entendit une voix appeler : « Maître ! Maître ! De quel côté parlez-vous ? » Le Grand Saint Sun, Bajie et le moine Sha avaient en effet marché toute la nuit sans s’arrêter, conduisant le cheval et portant les bagages. Ils avaient traversé ronces et épines, cherchant à l’est et fouillant à l’ouest. Dans les brumes et les nuées de l’aube, ils venaient justement de franchir les huit cents lis de la Crête des Ronces et d’en descendre le versant occidental lorsqu’ils entendirent les cris du moine des Tang et appelèrent à leur tour. Le vénérable s’arracha à ceux qui le retenaient, courut hors de la porte et cria : « Wukong, je suis ici ! Vite, viens me sauver ! Vite, viens me sauver ! » Les quatre vieillards et l’émissaire fantôme, la jeune femme et les fillettes vacillèrent un instant et disparurent tous.
須臾間,八戒、沙僧俱到邊前道:「師父,你怎麼得到此也?」三藏扯住行者道:「徒弟啊,多累了你們了。昨日晚間見的那個老者,言說土地送齋一事,是你喝聲要打,他就把我擡到此方。他與我攜手相攙,走入門,又見三個老者,來此會我,俱道我做『聖僧』。一個個言談清雅,極善吟詩。我與他賡和相攀,覺有夜半時候,又見一個美貌女子執燈火,也來這裡會我,吟了一首詩,稱我做『佳客』。因見我相貌,欲求配偶,我方省悟。正不從時,又被他做媒的做媒,保親的保親,主婚的主婚,我立誓不肯。正欲掙著要走,與他嚷鬧,不期你們到了。一則天明,二來還是怕你,只才還扯扯拽拽,忽然就不見了。」行者道:「你既與他敘話談詩,就不曾問他個名字?」三藏道:「我曾問他之號:那老者喚做十八公,號勁節;第二個號孤直公;第三個號凌空子;第四個號拂雲叟;那女子,稱他做杏仙。」八戒道:「此物在於何處?才往那方去了?」三藏道:「去向之方,不知何所;但只談詩之處,去此不遠。」
Bientôt, Bajie et le moine Sha arrivèrent près de lui : « Maître, comment êtes-vous parvenu ici ? » Sanzang saisit le Voyageur et dit : « Mon disciple, je vous ai causé bien des fatigues. Le vieillard que nous avons vu hier soir prétendait être le Dieu du Sol venu apporter un repas. Lorsque tu as crié et voulu le frapper, il m’a emporté jusqu’ici. Me prenant par la main pour me soutenir, il m’a fait entrer, puis j’ai rencontré trois autres vieillards venus se réunir avec moi. Tous m’appelaient “saint religieux”. Leurs propos étaient purs et élégants, et ils excellaient à réciter des poèmes. Nous avons échangé des vers et conversé ensemble. Vers le milieu de la nuit, une belle jeune femme est venue à son tour, accompagnée de lumières, afin de me rencontrer. Elle a récité un poème et m’a appelé “hôte distingué”. Séduite par mon apparence, elle a voulu s’unir à moi, et j’ai alors compris. Comme je refusais, certains se sont faits entremetteurs, d’autres garants de l’union, d’autres encore ont voulu présider le mariage. J’ai juré de ne pas accepter. Je tentais justement de m’arracher à eux et de partir, au milieu de leurs clameurs, lorsque vous êtes arrivés. D’une part le jour se levait, d’autre part ils te craignaient ; alors qu’ils me tiraient encore de tous côtés, ils ont soudain disparu. — Puisque tu conversais et parlais poésie avec eux, demanda le Voyageur, ne leur as-tu pas demandé leurs noms ? — J’ai demandé leurs appellations. Le premier vieillard se nommait Shiba Gong et avait pour surnom Jinjie ; le deuxième se nommait Guzhi Gong ; le troisième Lingkongzi ; le quatrième Fuyun Sou. Quant à la jeune femme, ils l’appelaient Xingxian. — Où se trouvent ces créatures ? demanda Bajie. De quel côté viennent-elles de partir ? — J’ignore où elles sont allées, répondit Sanzang. Mais l’endroit où nous parlions poésie n’est pas loin d’ici. »
他三人同師父看處,只見一座石崖,崖上有「木仙庵」三字。三藏道:「此間正是。」行者仔細觀之,卻原來是一株大檜樹、一株老柏、一株老松、一株老竹,竹後有一株丹楓。再看崖那邊,還有一株老杏、二株臘梅、二株丹桂。行者笑道:「你可曾看見妖怪?」八戒道:「不曾。」行者道:「你不知就是這幾株樹木在此成精也。」八戒道:「哥哥怎得知成精者是樹?」行者道:「十八公乃松樹,孤直公乃柏樹,凌空子乃檜樹,拂雲叟乃竹竿,赤身鬼乃楓樹,杏仙即杏樹,女童即丹桂即臘梅也。」八戒聞言,不論好歹,一頓釘鈀,三五長嘴,連拱帶築,把兩顆臘梅、丹桂、老杏、楓楊俱揮倒在地,果然那根下俱鮮血淋漓。三藏近前扯住道:「悟能,不可傷了他。他雖成了氣候,卻不曾傷我。我等找路去罷。」行者道:「師父不可惜他,恐日後成了大怪,害人不淺也。」那獃子索性一頓鈀,將松、柏、檜、竹一齊皆築倒,卻才請師父上馬,順大路一齊西行。
Les trois disciples allèrent regarder avec leur maître et ne virent qu’une falaise de pierre où étaient gravés les trois caractères : « Ermitage des Immortels des Arbres ». « C’est bien ici », dit Sanzang. Le Voyageur examina attentivement les lieux : il y avait en réalité un grand genévrier, un vieux cyprès, un vieux pin et un vieux bambou ; derrière le bambou poussait un érable rouge. De l’autre côté de la falaise se trouvaient encore un vieil abricotier, deux chimonanthes et deux osmanthes rouges. Le Voyageur demanda en riant : « As-tu aperçu les monstres ? — Non, répondit Bajie. — Tu ne comprends pas : ce sont précisément ces quelques arbres et arbustes qui sont devenus des esprits. — Frère, comment sais-tu que ces esprits sont des arbres ? — Shiba Gong est le pin ; Guzhi Gong, le cyprès ; Lingkongzi, le genévrier ; Fuyun Sou, la tige de bambou ; le fantôme au corps nu, l’érable ; Xingxian, l’abricotier ; et les fillettes, les osmanthes rouges et les chimonanthes. » À ces mots, sans distinguer le bien du mal, Bajie asséna une volée de coups de râteau. De son long groin, il fouilla et frappa à plusieurs reprises, abattant les deux chimonanthes, les osmanthes rouges, le vieil abricotier et l’érable. Du sang frais ruissela effectivement sous toutes leurs racines. Sanzang s’approcha et le retint : « Wuneng, ne leur fais pas de mal. Ils ont beau avoir acquis des pouvoirs, ils ne m’ont jamais blessé. Cherchons plutôt notre route. — Maître, ne les prenez pas en pitié, dit le Voyageur. S’ils deviennent plus tard de grands monstres, ils causeront d’immenses torts aux hommes. » Le lourdaud se déchaîna alors avec son râteau et abattit ensemble pin, cyprès, genévrier et bambou. Après quoi ils invitèrent leur maître à remonter à cheval et reprirent tous la grand-route vers l’ouest.
畢竟不知前去如何,且聽下回分解。
Après tout, nul ne sait ce qui leur advint plus loin ; écoutez les explications du prochain récit.