La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 38 L’Enfant interroge sa mère et distingue le vrai du pervers ; — Le Métal et le Bois sondent le mystère et discernent le faux du vrai.
嬰兒問母知邪正金木參玄見假真
L’Enfant interroge sa mère et distingue le vrai du pervers ;
Le Métal et le Bois sondent le mystère et discernent le faux du vrai.
逢君只說受生因,便作如來會上人。一念靜觀塵世佛,十方同看降威神。欲知今日真明主,須問當年嫡母身。別有世間曾未見,一行一步一花新。
Quand on rencontre le souverain, on ne parle que des causes de sa naissance ;
Et le voici devenu membre de l’assemblée du Tathāgata.
En une pensée recueillie, il contemple le Bouddha du monde de poussière ;
Les dix directions voient ensemble descendre sa puissance divine.
Pour savoir qui est aujourd’hui le véritable souverain éclairé,
Il faut interroger celle qui fut jadis son épouse légitime.
On voit alors ce que le monde n’avait encore jamais vu :
À chaque geste, à chaque pas, une fleur nouvelle.
卻說那烏雞國王太子自別大聖,不多時,回至城中。果然不奔朝門,不敢報傳宣詔,徑至後宰門首,見幾個太監在那裡把守。見太子來,不敢阻滯,讓他進去了。好太子,夾一夾馬,撞入裡面,忽至錦香亭下。只見那正宮娘娘坐在錦香亭上,兩邊有數十個嬪妃掌扇,那娘娘倚雕欄兒流淚哩。你道他流淚怎的?原來他四更時也做了一夢,記得一半,含糊了一半,沉沉思想。
Cependant, après avoir quitté le Grand Saint, le prince héritier du royaume de Wuji ne tarda pas à regagner la ville. Comme convenu, il ne se rendit pas à la porte de la cour et n’osa pas faire transmettre de message ni demander audience ; il alla droit à la porte des Appartements postérieurs, où plusieurs eunuques montaient la garde. En le voyant arriver, ceux-ci n’osèrent pas l’arrêter et le laissèrent entrer. Le digne prince pressa sa monture et fit irruption à l’intérieur ; bientôt, il parvint au pied du pavillon du Parfum de Brocart. Il vit la reine en titre assise dans le pavillon, entourée de plusieurs dizaines de dames et de concubines qui tenaient des éventails. Appuyée à la balustrade sculptée, elle pleurait. Pourquoi donc versait-elle des larmes ? À la quatrième veille, elle avait elle aussi fait un rêve, dont elle se rappelait une moitié tandis que l’autre restait confuse, et elle y réfléchissait profondément.
這太子下馬,跪於亭下,叫:「母親。」那娘娘強整歡容,叫聲:「孩兒,喜呀!喜呀!這二三年在前殿與你父王開講,不得相見,我甚思量。今日如何得暇來看我一面?誠萬千之喜!誠萬千之喜!孩兒,你怎麼聲音悲慘?你父王年紀高邁,有一日龍歸碧海,鳳返丹霄,你就傳了帝位,還有甚麼不悅?」太子叩頭道:「母親,我問你:即位登龍是那個?稱孤道寡果何人?」娘娘聞言道:「這孩兒發風了?做皇帝的是你父王,你問怎的?」太子叩頭道:「萬望母親赦子無罪,敢問;不赦,不敢問。」娘娘道:「子母家有何罪?赦你,赦你,快快說來。」太子道:「母親,我問你三年前夫妻宮裡之事,與後三年恩愛同否如何?」娘娘見說,魂飄魄散,急下亭抱起,緊摟在懷,眼中滴淚道:「孩兒,我與你久不相見,怎麼今日來宮問此?」太子發怒道:「母親有話早說;不說時,且誤了大事。」娘娘才喝退左右,淚眼低聲道:「這樁事,孩兒不問,我到九泉之下,也不得明白。既問時,聽我說:
Le prince descendit de cheval, s’agenouilla au pied du pavillon et appela : « Mère ! » La reine se força à prendre un visage joyeux et s’écria : « Mon enfant, quelle joie ! Quelle joie ! Depuis deux ou trois ans, tu assistes ton père aux audiences dans le palais antérieur, et je n’ai pu te voir ; tu m’as beaucoup manqué. Comment as-tu trouvé aujourd’hui le loisir de venir me rendre visite ? C’est pour moi une joie immense ! Une joie immense ! Mon enfant, pourquoi ta voix est-elle si douloureuse ? Ton père est déjà d’un âge avancé : le jour où le dragon regagnera la mer d’azur et le phénix retournera au firmament empourpré, tu hériteras du trône impérial. Qu’as-tu donc encore qui puisse t’affliger ? » Le prince se prosterna et demanda : « Mère, dites-moi : qui est celui qui siège sur le trône du dragon ? Quel est en vérité celui qui se donne pour souverain ? » À ces mots, la reine répondit : « Cet enfant a-t-il perdu l’esprit ? L’empereur est ton père ; pourquoi me poses-tu cette question ? » Le prince se prosterna de nouveau : « Je supplie ma mère de pardonner son fils et de le déclarer innocent ; alors seulement j’oserai l’interroger. Sans pardon, je n’oserai rien demander. » La reine dit : « Quelle faute pourrait-il y avoir entre une mère et son fils ? Je te pardonne, je te pardonne ; parle vite. » Le prince demanda : « Mère, durant ces trois dernières années, vos rapports conjugaux dans le palais ont-ils été les mêmes qu’au cours des trois années précédentes ? » À cette question, la reine sentit son âme et ses esprits se disperser. Elle descendit précipitamment du pavillon, releva son fils et le serra étroitement contre elle. Des larmes tombèrent de ses yeux tandis qu’elle disait : « Mon enfant, voilà longtemps que nous ne nous sommes vus. Pourquoi viens-tu aujourd’hui au palais me poser cette question ? » Le prince se fâcha : « Mère, si vous avez quelque chose à dire, dites-le vite ; si vous vous taisez, vous risquez de compromettre une grande affaire. » La reine fit alors retirer toute sa suite puis, les yeux en larmes, dit à voix basse : « Si tu ne m’avais pas interrogée sur cette affaire, mon enfant, je serais descendue aux Neuf Sources sans jamais la comprendre. Puisque tu me questionnes, écoute-moi :
三載之前溫又暖,三年之後冷如冰。枕邊切切將言問,他說老邁身衰事不興。
Durant les trois années d’avant, il était tendre et chaleureux ;
Durant les trois années d’après, il fut froid comme la glace.
Au chevet, je le pressais doucement de s’expliquer ;
Il disait qu’avec l’âge son corps déclinait et n’en avait plus la vigueur.
太子聞言,撒手脫身,攀鞍上馬。那娘娘一把扯住道:「孩兒,你有甚事,話不終就走?」太子跪在面前道:「母親,不敢說。今日早朝,蒙欽差架鷹逐犬,出城打獵。偶遇東土駕下來的個取經聖僧,有大徒弟乃孫行者,極善降妖。原來我父王死在御花園八角琉璃井內,這全真假變父王,侵了龍位。今夜三更,父王託夢,請他到城捉怪。孩兒不敢盡信,特來問母。母親才說出這等言語,必然是個妖精。」那娘娘道:「兒啊,外人之言,你怎麼就信為實?」太子道:「兒還不敢認實,父王遺下表記與他了。」娘娘問是何物,太子袖中取出那金廂白玉珪,遞與娘娘。那娘娘認得是當時國王之寶,止不住淚如泉湧。叫聲:「主公,你怎麼死去三年,不來見我,卻先見聖僧,後見太子?」太子道:「母親,這話是怎的說?」娘娘道:「兒啊,我四更時分,也做了一夢,夢見你父王水淋淋的站在我跟前,親說他死了,鬼魂兒拜請了唐僧,降假皇帝,救他前身。記便記得是這等言語,只是一半兒不得分明。正在這裡狐疑,怎知今日你又來說這話,又將寶貝拿出。我且收下,你且去請那聖僧急急為之。果然掃蕩妖氛,辨明邪正,庶報你父王養育之恩也。」
À ces mots, le prince se dégagea, saisit la selle et remonta à cheval. La reine le retint d’une main : « Mon enfant, quelle affaire te presse donc pour que tu partes avant la fin de notre entretien ? » Le prince s’agenouilla devant elle : « Mère, je n’osais pas parler. À l’audience de ce matin, j’ai reçu l’ordre impérial d’emmener faucons et chiens hors de la ville pour chasser. J’ai rencontré par hasard un saint moine venu de l’empire des Tang de l’Est pour aller chercher les sûtras. Son grand disciple est le pèlerin Sun, qui excelle à soumettre les démons. En vérité, mon père est mort dans le puits octogonal de verre émaillé du jardin impérial. Ce monstre a pris l’apparence de mon père et usurpé le trône du dragon. Cette nuit, à la troisième veille, mon père est apparu en rêve au saint moine et l’a prié de venir en ville capturer le monstre. Je n’osais le croire entièrement et suis venu tout exprès vous interroger. Mais les paroles que vous venez de prononcer prouvent que c’est nécessairement un démon. » La reine répondit : « Mon enfant, comment peux-tu tenir aussitôt pour vraies les paroles d’un étranger ? » Le prince dit : « Je n’osais toujours pas les croire tout à fait, mais mon père lui a laissé un gage. » La reine demanda de quel objet il s’agissait. Le prince sortit de sa manche la tablette de jade blanc enchâssée d’or et la lui tendit. La reine reconnut le trésor que possédait jadis le roi et ne put retenir ses larmes, qui jaillirent comme une source. Elle s’écria : « Mon seigneur, comment se fait-il qu’après trois années de mort, tu ne sois pas venu me voir, mais que tu sois apparu d’abord au saint moine, puis au prince ? » Le prince demanda : « Mère, que voulez-vous dire ? » La reine répondit : « Mon enfant, à la quatrième veille, j’ai moi aussi fait un rêve. J’y ai vu ton père, ruisselant d’eau, debout devant moi. Il m’a dit lui-même qu’il était mort, que son âme avait prié le moine des Tang de faire abattre le faux empereur et de sauver son ancien corps. Je me rappelle bien des paroles de ce genre, mais la moitié du rêve demeure indistincte. J’étais justement ici en proie au doute ; comment aurais-je pu savoir que tu viendrais aujourd’hui me raconter la même chose et me présenterais encore ce trésor ? Je vais le garder. Va donc prier le saint moine d’agir au plus vite. S’il parvient réellement à balayer les miasmes démoniaques et à distinguer le vrai du pervers, tu pourras ainsi payer de retour ton père pour les soins avec lesquels il t’a élevé. »
太子急忙上馬,出後宰門,躲離城池。真個是噙淚叩頭辭國母,含悲頓首復唐僧。不多時,出了城門,徑至寶林寺山門前下馬。眾軍士接著太子,又見紅輪將墜。太子傳令:不許軍士亂動。他又獨自個入了山門,整束衣冠,拜請行者。只見那猴王從正殿搖搖擺擺走來,那太子雙膝跪下道:「師父,我來了。」行者上前攙住道:「請起。你到城中,可曾問誰麼?」太子道:「問母親來。」將前言盡說了一遍。行者微微笑道:「若是那般冷啊,想是個甚麼冰冷的東西變的。不打緊,不打緊,等我老孫與你掃蕩。卻只是今日晚了,不好行事。你先回去,待明早我來。」太子跪地叩拜道:「師父,我只在此,伺候到明日,同師父一路去罷。」行者道:「不好,不好。若是與你一同入城,那怪物生疑,不說是我撞著你,卻說是你請老孫,卻不惹他反怪你也?」太子道:「我如今進城,他也怪我。」行者道:「怪你怎麼?」太子道:「我自早朝蒙差,帶領若干人馬鷹犬出城,今一日更無一件野物,怎麼見駕?若問我個不才之罪,監陷羑里,你明日進城,卻將何倚?況那班部中,更沒個相知人也。」行者道:「這甚打緊?你肯早說時,卻不尋下些等你?」
Le prince remonta en hâte à cheval, sortit par la porte des Appartements postérieurs et s’éloigna secrètement de la ville. En vérité, les larmes aux yeux, il se prosterna pour prendre congé de la reine sa mère ; le cœur affligé, il revint saluer le moine des Tang. Peu après, il franchit la porte de la ville, alla droit au monastère du Bois Précieux et descendit de cheval devant sa porte monumentale. Les soldats accueillirent le prince tandis que le disque rouge du soleil était sur le point de disparaître. Le prince leur ordonna de ne pas bouger sans permission, puis entra seul par la porte du monastère. Après avoir remis en ordre ses vêtements et sa coiffure, il demanda respectueusement à voir le pèlerin. Le Roi des Singes sortit alors du grand sanctuaire en se dandinant. Le prince se mit à genoux et dit : « Maître, me voici revenu. » Le pèlerin s’avança pour le relever : « Levez-vous. Une fois en ville, avez-vous interrogé quelqu’un ? » Le prince répondit : « Je suis allé interroger ma mère », puis il lui rapporta toute leur conversation. Le pèlerin sourit légèrement : « S’il est froid à ce point, ce doit être quelque créature glaciale qui a pris cette apparence. Ce n’est rien, ce n’est rien : laissez le vieux Sun vous en débarrasser. Mais il est tard aujourd’hui et nous ne pouvons plus agir commodément. Retournez d’abord au palais ; je viendrai demain matin. » Le prince se prosterna à terre : « Maître, je resterai ici pour vous servir jusqu’à demain et j’irai alors avec vous. » Le pèlerin répondit : « Ce ne serait pas bon. Si j’entrais en ville avec vous, le monstre aurait des soupçons. Il ne dirait pas que je vous ai rencontré par hasard, mais que vous avez fait venir le vieux Sun ; ne s’en prendrait-il pas alors à vous ? » Le prince dit : « Si je retourne maintenant en ville, il s’en prendra tout autant à moi. » Le pèlerin demanda : « Pour quelle raison ? » Le prince répondit : « À l’audience de ce matin, j’ai reçu l’ordre de conduire hors de la ville quantité d’hommes, de chevaux, de faucons et de chiens. Or, de toute la journée, je n’ai pris aucun gibier : comment pourrais-je me présenter devant le souverain ? S’il m’accuse d’incompétence et me fait emprisonner à Youli, sur quel appui pourrez-vous compter lorsque vous entrerez en ville demain ? De plus, parmi tous les dignitaires de la cour, je n’ai pas un seul homme de confiance. » Le pèlerin répondit : « Quelle importance ? Si vous l’aviez dit plus tôt, n’aurais-je pas déjà trouvé du gibier pour vous ? »
好大聖,你看他就在太子面前,顯個手段,將身一縱,跳在雲端裡。捻著訣,念一聲「唵藍淨法界」的真言,拘得那山神、土地在半空中施禮道:「大聖,呼喚小神,有何使令?」行者道:「老孫保護唐僧到此,欲拿邪魔,奈何那太子打獵無物,不敢回朝。問汝等討個人情,快將獐𤜱鹿兔、走獸飛禽,各尋些來,打發他回去。」山神、土地聞言,敢不承命,又問各要幾何。大聖道:「不拘多少,取些來便罷。」那各神即著本處陰兵,刮一陣聚獸陰風,捉了些野雞山雉、角鹿肥獐、狐獾狢兔、虎豹狼蟲,共有百千餘隻,獻與行者。行者道:「老孫不要,你可把他都捻就了觔,單擺在那四十里路上兩傍,教那些人不放鷹犬,拿回城去,算了汝等之功。」眾神依言,收了陰風,擺在左右。
Voyez le Grand Saint : sous les yeux mêmes du prince, il montra son savoir-faire, bondit et sauta au milieu des nuées. Il forma un mudrā de ses doigts et récita une fois la formule véritable : « Om, pureté du domaine de la Loi ! » Il fit comparaître le dieu de la Montagne et les dieux du Sol, qui le saluèrent dans les airs : « Grand Saint, pourquoi avez-vous appelé vos humbles divinités ? Quels sont vos ordres ? » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun est arrivé ici en protégeant le moine des Tang et veut capturer un démon pervers. Mais le prince n’a rien pris à la chasse et n’ose retourner à la cour. Je vous demande donc de me rendre un service : trouvez vite quelques chevrotains, cerfs, lièvres, bêtes terrestres et oiseaux, afin qu’il puisse repartir. » Comment le dieu de la Montagne et les dieux du Sol auraient-ils osé désobéir ? Ils demandèrent seulement combien il en fallait de chaque sorte. Le Grand Saint répondit : « Peu importe le nombre ; apportez-en seulement quelques-uns. » Chacune des divinités ordonna aussitôt aux troupes invisibles de son territoire de soulever un vent obscur qui rassemble les bêtes. Elles capturèrent des faisans sauvages et des oiseaux des montagnes, des cerfs aux bois dressés et de gras chevrotains, des renards, blaireaux, chiens viverrins et lièvres, des tigres, léopards, loups et autres bêtes, en tout plus d’un millier, qu’elles offrirent au pèlerin. Celui-ci dit : « Le vieux Sun n’en veut pas. Brisez-leur à tous les tendons et disposez-les séparément des deux côtés des quarante lis de route. Que ces hommes les ramassent sans lâcher leurs faucons ni leurs chiens et les emportent en ville : cela comptera comme votre mérite. » Les divinités obéirent, dissipèrent leur vent obscur et rangèrent les bêtes de part et d’autre de la route.
行者才按雲頭,對太子道:「殿下請回,路上已有物了,你自收去。」太子見他在半空中弄此神通,如何不信,只得叩頭拜別。出山門傳了令,教軍士們回城。只見那路傍果有無限的野物,軍士們不放鷹犬,一個個俱著手擒捉喝采,俱道是千歲殿下的洪福,怎知是老孫的神功。你聽凱歌聲唱,一擁回城。
Le pèlerin abaissa alors son nuage et dit au prince : « Que Votre Altesse reparte. Il y a désormais du gibier sur la route ; vous n’aurez qu’à le ramasser. » Ayant vu de ses yeux les pouvoirs que le pèlerin avait déployés dans les airs, comment le prince aurait-il pu ne pas le croire ? Il se prosterna donc pour prendre congé. Après avoir franchi la porte du monastère, il ordonna aux soldats de regagner la ville. Ils virent en effet une quantité infinie de gibier au bord du chemin. Sans même lâcher les faucons et les chiens, ils se mirent tous à capturer les bêtes de leurs propres mains et à pousser des acclamations. Tous attribuaient ces prises à l’immense bonheur de Son Altesse aux mille années, sans se douter qu’elles étaient dues aux divins pouvoirs du vieux Sun. Au chant de la victoire, ils retournèrent en foule vers la ville.
這行者保護了三藏。那本寺中的和尚見他們與太子這樣綢繆,怎不恭敬?卻又安排齋供,管待了唐僧,依然還歇在禪堂裡。將近有一更時分,行者心中有事,急睡不著。他一轂轆爬起來,到唐僧床前,叫:「師父。」此時長老還未睡哩,他曉得行者會失驚打怪的,推睡不應。行者摸著他的光頭,亂搖道:「師父怎睡著了?」唐僧怒道:「這個頑皮,這早晚還不睡,吆喝甚麼?」行者道:「師父,有一樁事兒,和你計較計較。」長老道:「甚麼事?」行者道:「我日間與那太子誇口,說我的手段比山還高,比海還深,拿那妖精如探囊取物一般,伸了手去就拿將轉來。卻也睡不著,想起來,有些難哩。」唐僧道:「你說難,便就不拿了罷。」行者道:「拿是還要拿,只是理上不順。」唐僧道:「這猴頭亂說。妖精奪了人君位,怎麼叫做理上不順?」行者道:「你老人家只知念經拜佛,打坐參禪,那曾見那蕭何的律法?常言道:『拿賊拿贓。』那怪物做了三年皇帝,又不曾走了馬腳,漏了風聲。他與三宮妃后同眠,又和兩班文武共樂,我老孫就有本事拿住他,也不好定個罪名。」唐僧道:「怎麼不好定罪?」行者道:「他就是個沒嘴的葫蘆,也與你滾上幾滾。他敢道:『我是烏雞國王,有甚逆天之事,你來拿我?』將甚執照與他折辯?」
Le pèlerin continuait de protéger Sanzang. Quand les moines du monastère virent les rapports étroits qu’il entretenait avec le prince, comment n’auraient-ils pas montré du respect ? Ils préparèrent de nouveau un repas maigre, reçurent le moine des Tang et l’installèrent comme auparavant dans la salle de méditation. Vers la première veille, le pèlerin, préoccupé par cette affaire, ne parvenait pas à dormir. Il se leva d’un bond, alla devant le lit du moine des Tang et appela : « Maître ! » Le vénérable n’était pas encore endormi. Comme il savait que le pèlerin aimait à faire sursauter les gens pour un rien, il feignit de dormir et ne répondit pas. Le pèlerin lui toucha le crâne rasé et le secoua en tous sens : « Maître, comment pouvez-vous déjà dormir ? » Le moine des Tang se fâcha : « Méchant singe ! Pourquoi ne dors-tu pas à cette heure-ci ? Que viens-tu crier ? » Le pèlerin répondit : « Maître, il y a une affaire dont je voudrais discuter avec vous. » Le vénérable demanda : « Quelle affaire ? » Le pèlerin dit : « Dans la journée, je me suis vanté devant le prince que mes pouvoirs étaient plus hauts que les montagnes et plus profonds que la mer, et que capturer ce démon serait comme tirer un objet de ma poche : je n’aurais qu’à tendre la main pour le ramener. Mais je n’arrive pas à dormir et, en y repensant, je trouve l’affaire un peu difficile. » Le moine des Tang répondit : « Si tu la trouves difficile, renonce donc à le capturer. » Le pèlerin dit : « Il faut toujours le capturer, seulement ce ne serait pas conforme au droit. » Le moine demanda : « Ce singe dit n’importe quoi ! Le démon a usurpé le trône d’un souverain ; comment cela pourrait-il ne pas être conforme au droit ? » Le pèlerin répondit : « Vous ne savez que réciter les sûtras, vénérer le Bouddha, méditer assis et sonder le dhyāna. Quand avez-vous jamais étudié les lois de Xiao He ? Comme le dit le proverbe : “Pour arrêter un voleur, il faut saisir le butin.” Ce monstre est empereur depuis trois ans sans avoir jamais dévoilé ses traces ni laissé filtrer le moindre bruit. Il partage la couche des reines et concubines des trois palais, et les plaisirs des deux rangs de fonctionnaires civils et militaires. Même si le vieux Sun a le pouvoir de l’arrêter, il sera difficile de lui imputer un crime. » Le moine des Tang demanda : « Pourquoi serait-il difficile de l’accuser ? » Le pèlerin répondit : « Même muet comme une gourde, il saurait encore rouler de-ci de-là devant vous. Il oserait déclarer : “Je suis le roi de Wuji. Quel acte contraire au Ciel ai-je commis pour que vous veniez m’arrêter ?” Quelle preuve produirions-nous pour réfuter ses paroles ? »
唐僧道:「憑你怎生裁處?」行者笑道:「老孫的計已成了。只是干礙著你老人家,有些兒護短。」唐僧道:「我怎麼護短?」行者道:「八戒生得夯,你有些兒偏向他。」唐僧道:「我怎麼向他?」行者道:「你若不向他啊,且如今把膽放大些,與沙僧只在這裡。待老孫與八戒趁此時先入那烏雞國城中,尋著御花園,打開琉璃井,把那皇帝屍首撈將上來,包在我們包袱裡。明日進城,且不管甚麼倒換文牒,見了那怪,掣棍來就打。他但有言語,就將骨襯與他看,說:『你殺的是這個人。』卻教太子上來哭父,皇后出來認夫,文武多官見主,我老孫與兄弟們動手。這才是有對頭的官事好打。」唐僧聞言,暗喜道:「只怕八戒不肯去。」行者笑道:「如何?我說你護短。你怎麼就知他不肯去?你只像我叫你時不答應,半個時辰便了。我這去,但憑三寸不爛之舌,莫說是豬八戒,就是豬九戒,也有本事教他跟著我走。」唐僧道:「也罷,隨你去叫他。」
Le moine des Tang demanda : « Alors, comment comptes-tu t’y prendre ? » Le pèlerin sourit : « Le plan du vieux Sun est déjà prêt. Seulement, il vous concerne, car vous montrez quelque partialité. » Le moine demanda : « En quoi suis-je partial ? » Le pèlerin répondit : « Bajie est lourdaud, et vous avez un faible pour lui. » Le moine demanda : « En quoi le favorisé-je ? » Le pèlerin répondit : « Si vous ne le favorisez pas, prenez donc un peu sur vous et restez ici avec le moine Sha. Le vieux Sun et Bajie profiteront de cette heure pour entrer dans la ville de Wuji, trouver le jardin impérial, ouvrir le puits de verre émaillé et en retirer le corps de l’empereur, que nous envelopperons dans nos bagages. Demain, nous entrerons en ville sans nous préoccuper d’échanger les documents de voyage et, dès que nous verrons le monstre, je tirerai mon bâton et le frapperai. S’il proteste, nous lui montrerons le cadavre en disant : “Voici l’homme que tu as tué.” Alors le prince viendra pleurer son père, la reine reconnaîtra son mari, les fonctionnaires civils et militaires retrouveront leur souverain, et le vieux Sun ainsi que ses frères passeront à l’action. Ce sera enfin un procès où nous aurons une partie adverse à combattre. » À ces mots, le moine des Tang se réjouit en secret : « Je crains seulement que Bajie ne consente pas à y aller. » Le pèlerin sourit : « Vous voyez ? Je disais bien que vous le favorisez. Comment savez-vous déjà qu’il refusera ? Faites seulement comme moi tout à l’heure quand je vous appelais : ne répondez pas pendant une demi-heure. Quant à moi, avec ma langue de trois pouces qui ne pourrit jamais, je serais capable d’emmener non seulement Zhu Bajie, mais même un Zhu Jiujie. » Le moine des Tang répondit : « Soit. Va donc l’appeler comme tu l’entends. »
行者離了師父,徑到八戒床邊,叫:「八戒,八戒。」那獃子是走路辛苦的人,丟倒頭,只情打呼,那裡叫得醒。行者揪著耳朵,抓著鬃,把他一拉,拉起來,叫聲:「八戒。」那獃子還打棱掙。行者又叫一聲,獃子道:「睡了罷,莫頑,明日要走路哩。」行者道:「不是頑,有一樁買賣,我和你做去。」八戒道:「甚麼買賣?」行者道:「你可曾聽得那太子說麼?」八戒道:「我不曾見面,不曾聽見說甚麼。」行者說:「那太子告訴我說,那妖精有件寶貝,萬夫不當之勇。我們明日進城,不免與他爭敵,倘那怪執了寶貝,降倒我們,卻不反成不美?我想著打人不過,不如先下手。我和你去偷他的來,卻不是好?」八戒道:「哥哥,你哄我去做賊哩。這個買賣,我也去得。果是曉得實實的幫寸,我也與你講個明白:偷了寶貝,降了妖精,我卻不奈煩甚麼小家罕氣的分寶貝,我就要了。」行者道:「你要作甚?」八戒道:「我不如你們乖巧能言,人面前化得出齋來。老豬身子又夯,言語又粗,不能念經,若到那無濟無生處,可好換齋吃麼。」行者道:「老孫只要圖名,那裡圖甚寶貝?就與你便了。」那獃子聽見說都與他,他就滿心歡喜,一轂轆爬將起來,套上衣服,就和行者走路。這是清酒紅人面,黃金動道心。
Le pèlerin quitta son maître et alla droit au lit de Bajie : « Bajie ! Bajie ! » Le lourdaud était épuisé par la marche ; dès qu’il avait posé la tête, il s’était mis à ronfler, et aucun appel ne pouvait l’éveiller. Le pèlerin le saisit par les oreilles et la crinière, puis tira si fort qu’il le redressa : « Bajie ! » Le lourdaud se débattait encore à demi endormi. Le pèlerin l’appela de nouveau, et Bajie dit : « Dors donc et cesse de plaisanter. Il faudra reprendre la route demain. » Le pèlerin répondit : « Je ne plaisante pas. Il y a une affaire que je voudrais faire avec toi. » Bajie demanda : « Quelle affaire ? » Le pèlerin dit : « As-tu entendu ce qu’a raconté le prince ? » Bajie répondit : « Je ne l’ai même pas vu ; je n’ai rien entendu du tout. » Le pèlerin dit : « Le prince m’a raconté que le démon possédait un trésor qui lui donnait une bravoure capable de résister à dix mille hommes. Quand nous entrerons demain en ville, nous devrons nécessairement le combattre. Si ce monstre se sert de son trésor pour nous abattre, l’affaire ne tournera-t-elle pas fort mal ? Je me suis dit que, lorsqu’on ne peut vaincre quelqu’un de front, mieux vaut frapper le premier. Si toi et moi allions lui voler son trésor, ne serait-ce pas excellent ? » Bajie répondit : « Frère, tu veux m’entraîner à commettre un vol ! Mais cette affaire-là, je peux m’en charger. Puisque tu connais précisément le bénéfice à en tirer, entendons-nous clairement : quand nous aurons volé le trésor et soumis le démon, je ne supporterai pas qu’on le partage mesquinement en petits morceaux. C’est moi qui le prendrai. » Le pèlerin demanda : « Qu’en feras-tu ? » Bajie répondit : « Je ne suis pas aussi habile ni aussi beau parleur que vous, qui savez obtenir des repas maigres devant les gens. Le vieux Zhu a le corps lourd et la parole grossière ; il ne sait pas réciter les sûtras. Quand nous arriverons dans quelque endroit démuni où rien ne pousse, ce trésor me permettra au moins d’obtenir à manger. » Le pèlerin répondit : « Le vieux Sun ne recherche que la renommée ; que ferait-il d’un trésor ? Tu pourras le garder. » En apprenant que tout lui reviendrait, le lourdaud fut transporté de joie. Il se leva d’un bond, enfila ses vêtements et partit avec le pèlerin. Ainsi le vin limpide rougit le visage, et l’or ébranle le cœur voué à la Voie.
兩個密密的開了門,躲離三藏,縱祥光,徑奔那城。不多時到了,按落雲頭,只聽得樓頭方二鼓矣。行者道:「兄弟,二更時分了。」八戒道:「正好,正好,人都在頭覺裡正濃睡也。」二人不奔正陽門,徑到後宰門首,只聽得梆鈴聲響。行者道:「兄弟,前後門皆緊急,如何得入?」八戒道:「那見做賊的從門裡走麼,瞞牆跳過便罷。」行者依言,將身一縱,跳上裡羅城牆。八戒也跳上去。二人潛入裡面,找著門路,徑尋那御花園。
Tous deux ouvrirent la porte en grand secret, s’éloignèrent discrètement de Sanzang, s’élevèrent dans une lumière propice et filèrent droit vers la ville. Ils arrivèrent bientôt, abaissèrent leur nuage et entendirent sonner la deuxième veille en haut des tours. Le pèlerin dit : « Frère, voici la deuxième veille. » Bajie répondit : « Parfait, parfait ! Les gens sont tous plongés dans le sommeil le plus profond de leur première nuitée. » Ils n’allèrent pas à la porte du Plein Yang, mais se rendirent directement à la porte des Appartements postérieurs, où ils entendirent résonner les claquoirs et les clochettes de garde. Le pèlerin dit : « Frère, les portes de devant comme de derrière sont étroitement gardées. Comment entrer ? » Bajie répondit : « A-t-on jamais vu des voleurs passer par une porte ? Nous n’avons qu’à franchir le mur. » Suivant son conseil, le pèlerin bondit au sommet du rempart intérieur ; Bajie y sauta également. Tous deux se glissèrent à l’intérieur, trouvèrent leur chemin et se dirigèrent droit vers le jardin impérial.
正行時,只見有一座三簷白簇的門樓,上有三個亮灼灼的大字,映著那星月光輝,乃是「御花園」。行者近前看了,有幾重封皮,公然將鎖門鏽住了,即命八戒動手。那獃子掣鐵鈀,盡力一築,把門築得粉碎。行者先舉步䟕入,忍不住跳將起來,大呼小叫。諕得八戒上前扯住道:「哥呀,害殺我也。那見做賊的這般吆喝?驚醒了人,把我們拿住,發到官司,就不該死罪,也要解回原籍充軍。」行者道:「兄弟啊,你說我發急為何?你看這:
En avançant, ils aperçurent une porte monumentale aux trois avant-toits, toute blanchie à la chaux. Trois grands caractères étincelants y brillaient sous la lumière des étoiles et de la lune : « Jardin impérial ». Le pèlerin s’approcha et vit plusieurs couches de scellés ; la serrure, de toute évidence, avait fini par rouiller. Il ordonna donc à Bajie de se mettre à l’œuvre. Le lourdaud tira son râteau de fer et en porta de toutes ses forces un coup qui réduisit la porte en miettes. Le pèlerin entra le premier d’un grand pas, mais ne put s’empêcher de bondir en poussant de grands cris. Bajie, épouvanté, s’avança pour le retenir : « Frère, tu vas causer notre perte ! A-t-on jamais vu des voleurs faire un tel vacarme ? Si nous réveillons les gens, ils nous arrêteront et nous livreront au tribunal. Même si nous échappons à la peine de mort, on nous renverra dans notre province d’origine pour servir dans l’armée. » Le pèlerin répondit : « Frère, sais-tu pourquoi je m’emporte ? Regarde donc :
彩畫雕欄狼狽,寶妝亭閣攲歪。莎汀蓼岸盡塵埋,芍藥荼䕷俱敗。茉莉玫瑰香暗,牡丹百合空開。芙蓉木槿草垓垓,異卉奇葩壅壞。巧石山峰俱倒,池塘水涸魚衰。青松紫竹似乾柴,滿路茸茸蒿艾。丹桂碧桃枝損,海榴棠棣根歪。橋頭曲徑有蒼苔,冷落花園境界。」
Les balustrades sculptées aux vives peintures sont en piteux état ;
Les pavillons parés de joyaux penchent de travers.
Les berges de souchet et les rives de renouée sont ensevelies sous la poussière ;
Pivoines herbacées et roses du Bengale ont toutes dépéri.
Jasmins et rosiers ont perdu leur parfum ;
Pivoines arbustives et lis fleurissent en vain.
Lotus et hibiscus disparaissent sous les herbes amoncelées ;
Plantes rares et fleurs merveilleuses étouffent et se gâtent.
Les rocailles ingénieuses et leurs pics se sont tous effondrés ;
Les étangs sont à sec et les poissons dépérissent.
Pins verts et bambous pourpres ressemblent à du bois mort ;
Sur tous les chemins foisonnent armoises et herbes sauvages.
Les branches des osmanthes rouges et des pêchers verts sont brisées ;
Grenadiers de mer et cerisiers sauvages ont les racines de travers.
La mousse verte couvre les sentiers sinueux au bout des ponts ;
Tel est l’abandon qui règne dans ce jardin.
八戒道:「且嘆他做甚?快幹我們的買賣去來。」行者雖然感慨,卻留心想起唐僧的夢來,說芭蕉樹下方是井。正行走,果見一株芭蕉,生得茂盛,比眾花木不同。真是:
Bajie dit : « À quoi bon te lamenter là-dessus ? Allons vite régler notre affaire. » Malgré son émotion, le pèlerin se rappela attentivement le rêve du moine des Tang : le puits devait se trouver sous un bananier. Ils avancèrent encore et virent effectivement un bananier qui poussait avec vigueur, bien différent de toutes les autres fleurs et de tous les autres arbres. En vérité :
一種靈苗秀,天生體性空。枝枝抽片紙,葉葉捲芳叢。翠縷千條細,丹心一點紅。淒涼愁夜雨,憔悴怯秋風。長養元丁力,栽培造化工。緘書成妙用,揮灑有奇功。鳳翎寧得似,鸞尾迥相同。薄露瀼瀼滴,輕煙淡淡籠。青陰遮戶牖,碧影上簾櫳。不許棲鴻雁,何堪繫玉驄。霜天形槁悴,月夜色朦朧。僅可消炎暑,猶宜避日烘。愧無桃李色,冷落粉牆東。
Cette plante spirituelle se dresse avec grâce,
Par nature née du Ciel, son corps est creux.
Chaque branche déploie des feuilles comme des feuilles de papier ;
Chaque feuille s’enroule autour d’une touffe odorante.
Mille fins filaments de jade pendent de son vert feuillage ;
Un seul point rouge en marque le cœur vermeil.
Désolé, il s’afflige sous la pluie nocturne ;
Flétri, il redoute le vent d’automne.
Sa croissance dépend de la force du Seigneur originel ;
Sa culture est l’œuvre de la transformation créatrice.
Scellé en lettre, il trouve un usage merveilleux ;
Déployé à grands traits, il accomplit d’étranges prodiges.
Comment les plumes du phénix pourraient-elles lui ressembler ?
Mais la queue du luan lui est tout à fait pareille.
Une fine rosée en grosses gouttes ruisselle sur lui ;
Une brume légère l’enveloppe doucement.
Son ombre verte couvre portes et fenêtres ;
Son reflet d’azur monte aux rideaux ajourés.
Il ne permet pas aux oies sauvages de s’y poser ;
Comment pourrait-on y attacher un coursier de jade ?
Sous le ciel de givre, sa forme se dessèche et se flétrit ;
Dans la nuit lunaire, sa couleur devient indistincte.
Il peut tout juste dissiper la chaleur de l’été ;
Il convient encore pour s’abriter d’un soleil brûlant.
Honteux de n’avoir ni l’éclat du pêcher ni celui du prunier,
Il reste délaissé à l’est du mur blanchi.
行者道:「八戒,動手麼,寶貝在芭蕉樹下埋著哩。」那獃子雙手舉鈀,築倒了芭蕉。然後用嘴一拱,拱了有三四尺深,見一塊石板蓋著。獃子歡喜道:「哥呀,造化了,果有寶貝,是一片石板蓋著哩。不知是罈兒盛著,是櫃兒裝著哩。」行者道:「你掀起來看看。」那獃子果又一嘴拱開,看處,又見霞光灼灼,白氣明明。八戒笑道:「造化,造化,寶貝放光哩。」又近前細看時,呀!原來是星月之光,映得那井中水亮。八戒道:「哥呀,你但幹事,便要留根。」行者道:「我怎留根?」八戒道:「這是一眼井,你在寺裡早說是井中有寶貝,我卻帶將兩條綑包袱的繩來,怎麼作個法兒,把老豬放下去。如今空手,這裡面東西,怎麼得下去上來耶?」行者道:「你下去麼?」八戒道:「正是要下去,只是沒繩索。」行者笑道:「你脫了衣服,我與你個手段。」八戒道:「有甚麼好衣服?解了這直裰子就是了。」
Le pèlerin dit : « Bajie, au travail ! Le trésor est enfoui sous le bananier. » Le lourdaud leva son râteau des deux mains et abattit le bananier. Puis il fouilla la terre avec son groin jusqu’à trois ou quatre pieds de profondeur et découvrit une dalle de pierre. Tout joyeux, il s’écria : « Frère, quelle chance ! Il y a bien un trésor, recouvert d’une dalle. Reste à savoir s’il est dans une jarre ou enfermé dans un coffre. » Le pèlerin dit : « Soulève-la et regarde. » Le lourdaud écarta effectivement la dalle d’un autre coup de groin et vit une lueur rougeoyante et une clarté blanche. Bajie rit : « Quelle chance ! Quelle chance ! Le trésor rayonne ! » Mais, en s’approchant pour mieux regarder, ah ! il comprit que c’était la lumière des étoiles et de la lune qui faisait briller l’eau du puits. Bajie dit : « Frère, quand tu entreprends quelque chose, tu laisses toujours un détail en suspens. » Le pèlerin demanda : « Qu’ai-je laissé en suspens ? » Bajie répondit : « C’est un puits. Au monastère, tu avais dit qu’un trésor s’y trouvait ; j’avais donc apporté les deux cordes qui servent à ficeler les bagages pour que tu trouves un moyen d’y descendre le vieux Zhu. Mais maintenant que nous sommes les mains vides, comment descendre chercher ce qui est là-dedans, puis remonter ? » Le pèlerin demanda : « Veux-tu y descendre ? » Bajie répondit : « C’est justement mon intention, mais nous n’avons pas de corde. » Le pèlerin sourit : « Ôte tes vêtements et je vais te montrer un moyen. » Bajie répondit : « Quels beaux vêtements aurais-je donc ? Il me suffit d’enlever cette robe. »
好大聖,把金箍棒拿出來,兩頭一扯,叫:「長!」足有七八丈長。教:「八戒,你抱著一頭兒,把你放下井去。」八戒道:「哥呀,放便放下去,若到水邊,就住了罷。」行者道:「我曉得。」那獃子抱著鐵棒,被行者輕輕提將起來,將他放下去,不多時,放至水邊。八戒道:「到水了。」行者聽見他說,卻將棒往下一按。那獃子撲通的一個沒頭蹲,丟了鐵棒,便就負水,口裡哺哺的嚷道:「這天殺的,我說到水莫放,他卻就把我一按。」行者掣上棒來,笑道:「兄弟,可有寶貝麼?」八戒道:「見甚麼寶貝,只是一井水。」行者道:「寶貝沉在水底下哩,你下去摸一摸來。」呆子真個深知水性,卻就打個猛子,淬將下去。呀!那井底深得緊。他卻著實又一淬,忽睜眼見有一座牌樓,上有「水晶宮」三個字。八戒大驚道:「罷了,罷了,錯走了路了,蹡下海來也。海內有個水晶宮,井裡如何有之?」原來八戒不知此是井龍王的水晶宮。
Le Grand Saint sortit le bâton cerclé d’or, en tira les deux extrémités et cria : « Allonge-toi ! » Le bâton atteignit aussitôt sept ou huit toises. Il dit : « Bajie, agrippe-toi à une extrémité et je vais te descendre dans le puits. » Bajie répondit : « Frère, descends-moi si tu veux, mais arrête-toi dès que j’atteindrai l’eau. » Le pèlerin dit : « Je sais. » Le lourdaud s’agrippa au bâton de fer ; le pèlerin le souleva légèrement et le fit descendre. Peu après, Bajie parvint au niveau de l’eau et cria : « Voici l’eau ! » En l’entendant, le pèlerin appuya au contraire sur le bâton. Le lourdaud plongea tête la première avec un grand plouf, lâcha le bâton et se mit à flotter en criant et crachotant : « Maudit soit-il ! Je lui ai dit d’arrêter en arrivant à l’eau, et il m’y a enfoncé ! » Le pèlerin retira son bâton en riant : « Frère, y a-t-il un trésor ? » Bajie répondit : « Quel trésor veux-tu que je voie ? Il n’y a qu’un puits rempli d’eau. » Le pèlerin dit : « Le trésor a sombré tout au fond. Plonge donc et cherche-le à tâtons. » Le lourdaud connaissait parfaitement les mouvements de l’eau. Il piqua une tête et descendit tout droit. Ah ! le fond du puits était extrêmement profond. Il plongea encore de toutes ses forces puis, ouvrant soudain les yeux, aperçut une porte monumentale où figuraient les trois caractères : « palais de Cristal ». Bajie fut stupéfait : « C’en est fait ! C’en est fait ! Je me suis trompé de chemin et suis tombé dans la mer. Il existe un palais de Cristal au fond des océans, mais comment pourrait-il y en avoir un dans un puits ? » Bajie ignorait que c’était le palais de Cristal du Roi-Dragon du puits.
八戒正敘話處,早有一個巡水的夜叉開了門,看見他的模樣,急抽身進去報道:「大王,禍事了,井上落一個長嘴大耳的和尚來了,赤淋淋的,衣服全無,還不死,逼法說話哩。」那井龍王忽聞此言,心中大驚道:「這是天蓬元帥來也。昨夜夜遊神奉上敕旨,來取烏雞國王魂靈去拜見唐僧,請齊天大聖降妖。這怕是齊天大聖、天蓬元帥來了,卻不可怠慢他,快接他去也。」
Tandis que Bajie parlait ainsi, un yaksha chargé de patrouiller dans les eaux avait déjà ouvert la porte. En voyant son apparence, il rentra précipitamment faire son rapport : « Grand Roi, quel malheur ! Un moine au long groin et aux grandes oreilles est tombé du haut du puits. Il ruisselle d’eau, n’a pas le moindre vêtement, et pourtant il n’est pas mort : il parle même avec une force menaçante ! » En entendant ces paroles, le Roi-Dragon du puits fut saisi de stupeur : « C’est le maréchal Tianpeng. La nuit dernière, le Dieu des Rondes nocturnes est venu, porteur d’un décret suprême, chercher l’âme du roi de Wuji afin qu’elle aille se présenter au moine des Tang et prie le Grand Saint Égal du Ciel de soumettre le démon. Ce doivent être le Grand Saint Égal du Ciel et le maréchal Tianpeng qui sont arrivés. Il ne faut surtout pas les traiter avec négligence. Allez vite l’accueillir ! »
那龍王整衣冠,領眾水族,出門來厲聲高叫道:「天蓬元帥,請裡面坐。」八戒卻才歡喜道:「原來是個故知。」那獃子不管好歹,徑入水晶宮裡。其實不知上下,赤淋淋的,就坐在上面。龍王道:「元帥,近聞你得了性命,皈依釋教,保唐僧西天取經,如何得到此處?」八戒道:「正為此說。我師兄孫悟空多多拜上,著我來問你取甚麼寶貝哩。」龍王道:「可憐,我這裡怎麼得個寶貝?比不得那江、河、淮、濟的龍王,飛騰變化,便有寶貝。我久困於此,日月且不能長見,寶貝果何自而來也?」八戒道:「不要推辭,有便拿出來罷。」龍王道:「有便有一件寶貝,只是拿不出來,就元帥親自來看看,何如?」八戒道:「妙妙妙,須是看看來也。」
Le Roi-Dragon arrangea ses vêtements et sa coiffure puis, à la tête des peuples aquatiques, sortit en appelant d’une voix forte : « Maréchal Tianpeng, veuillez entrer vous asseoir. » Bajie se réjouit enfin : « C’est donc une vieille connaissance. » Sans se soucier des convenances, le lourdaud entra directement dans le palais de Cristal. Ne connaissant réellement aucune hiérarchie, il alla s’asseoir à la place d’honneur, tout nu et ruisselant. Le Roi-Dragon demanda : « Maréchal, j’ai récemment appris que vous aviez sauvé votre existence, embrassé l’enseignement bouddhique et pris sous votre protection le moine des Tang qui va chercher les sûtras au Ciel occidental. Comment êtes-vous arrivé jusqu’ici ? » Bajie répondit : « C’est justement la raison de ma venue. Mon frère aîné Sun Wukong vous présente ses hommages et m’a envoyé vous réclamer je ne sais quel trésor. » Le Roi-Dragon dit : « Hélas, comment pourrais-je posséder un trésor en ce lieu ? Je ne suis pas comparable aux Rois-Dragons du Yangzi, du Fleuve Jaune, de la Huai et de la Ji, qui volent, se transforment et possèdent des trésors. Je suis enfermé ici depuis longtemps et ne peux même pas voir durablement le soleil ou la lune. D’où me viendrait donc un trésor ? » Bajie répondit : « Inutile de chercher des excuses. Si vous en avez un, sortez-le. » Le Roi-Dragon dit : « J’ai bien un trésor, seulement il est impossible de l’apporter. Que diriez-vous, maréchal, de venir le voir vous-même ? » Bajie répondit : « Parfait, parfait, parfait ! Il faut absolument que j’aille le voir. »
那龍王前走,這獃子隨後。轉過了水晶宮殿,只見廊廡下,橫躺著一個六尺長軀。龍王用手指定道:「元帥,那廂就是寶貝了。」八戒上前看了,呀!原來是個死皇帝,戴著沖天冠,穿著赭黃袍,踏著無憂履,繫著藍田帶,直挺挺睡在那廂。八戒笑道:「難難難,算不得寶貝。想老豬在山為怪時,時常將此物當飯,且莫說見的多少,吃也吃夠無數,那裡叫做甚麼寶貝?」龍王道:「元帥原來不知。他本是烏雞國王的屍首,自到井中,我與他定顏珠定住,不曾得壞。你若肯馱他出去,見了齊天大聖,假有起死回生之意啊,莫說寶貝,憑你要甚麼東西都有。」八戒道:「既這等說,我與你馱出去,只說把多少燒埋錢與我?」龍王道「其實無錢。」八戒道:「你好白使人?果然沒錢,不馱。」龍王道:「不馱,請行。」八戒就走。龍王差兩個有力量的夜叉,把屍擡將出去,送到水晶宮門外,丟在那廂,摘了辟水珠,就有水響。
Le Roi-Dragon marcha devant et le lourdaud le suivit. Ils contournèrent le palais de Cristal et virent, étendu sous une galerie, un corps long de six pieds. Le Roi-Dragon le désigna du doigt : « Maréchal, voilà le trésor. » Bajie s’approcha pour regarder. Ah ! C’était un empereur mort, coiffé de la couronne qui s’élève vers le ciel, vêtu d’une robe jaune rougeâtre, chaussé des souliers Sans-Souci et ceint de la ceinture de Lantian. Il gisait là, tout raide. Bajie rit : « Non, non, non ! Cela ne compte pas comme un trésor. Quand le vieux Zhu était un monstre dans les montagnes, il prenait souvent ce genre de chose pour repas. Sans même parler de tout ce que j’en ai vu, j’en ai mangé un nombre incalculable. Comment pourrait-on appeler cela un trésor ? » Le Roi-Dragon répondit : « Maréchal, vous l’ignorez. C’est le corps du roi de Wuji. Depuis son arrivée dans le puits, je l’ai préservé de la décomposition grâce à la perle qui fixe les traits. Si vous consentez à le porter dehors et à le présenter au Grand Saint Égal du Ciel, peut-être celui-ci trouvera-t-il un moyen de le rappeler de la mort à la vie. Alors, sans même parler de trésor, tout ce que vous demanderez vous appartiendra. » Bajie dit : « Puisque vous le présentez ainsi, je vais vous le porter dehors. Dites-moi seulement combien vous me donnerez pour les frais de sépulture. » Le Roi-Dragon répondit : « En vérité, je n’ai pas d’argent. » Bajie dit : « Vous voulez donc faire travailler les gens pour rien ? Si vous n’avez vraiment pas d’argent, je ne le porterai pas. » Le Roi-Dragon répondit : « Si vous ne le portez pas, veuillez partir. » Bajie s’en alla donc. Le Roi-Dragon ordonna à deux puissants yakshas d’emporter le corps et de le déposer hors de la porte du palais de Cristal. Dès qu’ils l’eurent abandonné là et eurent retiré la perle qui écarte les eaux, les flots se remirent à gronder.
八戒急回頭看,不見水晶宮門,一把摸著那皇帝的屍首,慌得他腳軟筋麻,攛出水面,扳著井牆,叫道:「師兄,伸下棒來救我一救。」行者道:「可有寶貝麼?」八戒道:「那裡有,只是水底下有一個井龍王,教我馱死人,我不曾馱,他就把我送出門來,就不見那水晶宮了,只摸著那個屍首。諕得我手軟筋麻,掙搓不動了。哥呀,好歹救我救兒。」行者道:「那個就是寶貝,如何不馱上來?」八戒道:「知他死了多少時了,我馱他怎的?」行者道:「你不馱,我回去耶。」八戒道:「你回那裡去?」行者道:「我回寺中,同師父睡覺去。」八戒道:「我就不去了?」行者道:「你爬得上來,便帶你去;爬不上來,便罷。」八戒慌了:「怎生爬得動?你想,城牆也難上,這井肚子大,口兒小,壁陡的圈牆,又是幾年不曾打水的井,團團都長的是苔痕,好不滑也,教我怎爬?哥哥,不要失了兄弟們和氣,等我馱上來罷。」行者道:「正是,快快馱上來,我同你回去睡覺。」那獃子又一個猛子,淬將下去,摸著屍首,拽過來,背在身上,攛出水面,扶井牆道:「哥哥,馱上來了。」那行者睜睛看處,真個的背在身上,卻才把金箍棒伸下井底。那獃子著了惱的人,張開口,咬著鐵棒,被行者輕輕的提將出來。
Bajie se retourna précipitamment mais ne vit plus la porte du palais de Cristal. Sa main rencontra le corps de l’empereur ; de peur, il sentit ses jambes mollir et ses tendons s’engourdir. Il se précipita à la surface, s’agrippa à la paroi du puits et cria : « Frère, tends-moi ton bâton et sauve-moi ! » Le pèlerin demanda : « Y avait-il un trésor ? » Bajie répondit : « Il n’y en avait aucun. Il y avait seulement, au fond de l’eau, un Roi-Dragon du puits qui voulait me faire porter un mort. Comme j’ai refusé, il m’a fait reconduire dehors, et le palais de Cristal a disparu. Je n’ai trouvé sous ma main que le cadavre. J’en ai les bras faibles et les tendons engourdis ; je ne peux plus bouger. Frère, quoi qu’il arrive, sauve-moi ! » Le pèlerin répondit : « C’est justement lui, le trésor. Pourquoi ne le portes-tu pas jusqu’en haut ? » Bajie dit : « Qui sait depuis combien de temps il est mort ? Pourquoi le porterais-je ? » Le pèlerin répondit : « Si tu ne le portes pas, je m’en retourne. » Bajie demanda : « Où retourneras-tu ? » Le pèlerin dit : « Au monastère, pour dormir avec le maître. » Bajie demanda : « Et moi, je ne viens pas ? » Le pèlerin répondit : « Si tu peux remonter tout seul, je t’emmènerai ; si tu n’y parviens pas, tant pis. » Bajie s’affola : « Comment pourrais-je grimper ? Même un rempart est difficile à escalader ; or ce puits est large du ventre et étroit de l’ouverture, avec une paroi circulaire à pic. Comme on n’y a pas puisé d’eau depuis des années, il est entièrement couvert de mousse et terriblement glissant. Comment veux-tu que je remonte ? Frère, ne gâchons pas la bonne entente entre compagnons. Attends que je le porte en haut. » Le pèlerin répondit : « Voilà qui est juste. Porte-le vite ici et nous retournerons dormir. » Le lourdaud plongea de nouveau, retrouva le corps à tâtons, le tira à lui, le chargea sur son dos et remonta à la surface. Appuyé contre la paroi du puits, il cria : « Frère, je le porte ! » Le pèlerin ouvrit grand les yeux et vit que le cadavre était réellement sur son dos. Il descendit alors le bâton cerclé d’or jusqu’au fond du puits. Le lourdaud était fort contrarié : il ouvrit la bouche et mordit le bâton de fer, puis le pèlerin le remonta sans effort.
八戒將屍放下,撈過衣服穿了。行者看時,那皇帝容顏依舊,似生時未改分毫。行者道:「兄弟啊,這人死了三年,怎麼還容顏不壞?」八戒道:「你不知之。這井龍王對我說,他使了定顏珠定住了,屍首未曾壞得。」行者道:「造化,造化。一則是他的冤仇未報,二來該我們成功。兄弟快把他馱了去。」八戒道:「馱往那裡去?」行者道:「馱了去見師父。」八戒口中作念道:「怎的起?怎的起?好好睡覺的人,被這猢猻花言巧語,哄我教做甚麼買賣,如今卻幹這等事,教我馱死人。馱著他,腌臢水淋將下來,污了衣服,沒人與我漿洗。上面有幾個補丁,天陰發潮,如何穿麼?」行者道:「你只管馱了去,到寺裡,我與你換衣服。」八戒道:「不羞,連你穿的也沒有,又替我換?」行者道:「這般弄嘴,便不馱罷?」八戒道:「不馱。」行者道:「便伸過孤拐來,打二十棒。」八戒慌了道:「哥哥,那棒子重,若是打上二十,我與這皇帝一般了。」行者道:「怕打時,趁早兒馱著走路。」八戒果然怕打,沒好氣,把屍首拽將過來,背在身上,拽步出園就走。
Bajie déposa le corps, repêcha ses vêtements et les enfila. Le pèlerin regarda l’empereur : son visage était demeuré intact, sans la moindre différence avec ce qu’il avait été de son vivant. Le pèlerin dit : « Frère, cet homme est mort depuis trois ans. Comment son visage peut-il être resté intact ? » Bajie répondit : « Tu ne sais pas ce qu’il en est. Le Roi-Dragon du puits m’a dit qu’il avait préservé ses traits avec la perle qui fixe les traits, si bien que le corps ne s’était pas décomposé. » Le pèlerin dit : « Quelle chance ! Quelle chance ! D’une part, sa vengeance n’a pas encore été accomplie ; d’autre part, il est dans notre destinée de mener cette entreprise à bien. Frère, charge-le vite sur ton dos et emporte-le. » Bajie demanda : « Où faut-il le porter ? » Le pèlerin répondit : « Va le présenter au maître. » Bajie se mit à maugréer : « Comment le soulever ? Comment le soulever ? Je dormais si bien, et ce macaque m’a trompé par ses belles paroles en prétendant m’emmener faire une affaire. Maintenant, il me fait accomplir une telle besogne et porter un mort. Quand je l’aurai sur le dos, l’eau sale et puante ruissellera sur moi et souillera mes vêtements, sans que personne me les amidonne ni me les lave. Ils ont plusieurs pièces rapiécées qui prennent l’humidité par temps couvert ; comment pourrais-je encore les porter ? » Le pèlerin répondit : « Porte-le seulement jusqu’au monastère ; là-bas, je te donnerai d’autres vêtements. » Bajie répliqua : « Quelle impudence ! Tu n’as même pas de quoi te vêtir toi-même et tu prétends me donner des vêtements ? » Le pèlerin dit : « Si tu continues à ergoter ainsi, ne le porte pas. » Bajie répondit : « Je ne le porterai pas. » Le pèlerin dit : « Alors tends-moi la jambe : tu recevras vingt coups de bâton. » Bajie s’affola : « Frère, ce bâton est lourd. Si tu m’en donnes vingt coups, je serai pareil à cet empereur. » Le pèlerin répondit : « Si tu crains les coups, charge-le vite et mets-toi en route. » Bajie avait réellement peur d’être battu. De fort mauvaise humeur, il tira le corps à lui, le chargea sur son dos et sortit du jardin à grandes enjambées.
好大聖,捻著訣,念聲咒語,往巽地上吸一口氣,吹將去,就是一陣狂風,把八戒撮出皇宮內院,躲離了城池,息了風頭,二人落地,徐徐卻走將來。那獃子心中暗惱,算計要報恨行者,道:「這猴子捉弄我,我到寺裡也捉弄他捉弄:攛道師父,只說他醫得活;醫不活,教師父念緊箍兒咒,把這猴子的腦漿勒出來,方趁我心。」走著路,再再尋思道:「不好,不好。若教他醫人,卻是容易:他去閻王家討將魂靈兒來,就醫活了。只說不許赴陰司,陽世間就能醫活,這法兒才好。」
Le Grand Saint forma un mudrā de ses doigts, récita une incantation, inspira en direction du sud-est puis souffla. Une bourrasque se leva aussitôt, emporta Bajie hors des appartements intérieurs du palais et lui fit quitter la ville en secret. Lorsque le vent retomba, tous deux touchèrent terre et poursuivirent lentement leur chemin. Le lourdaud ruminait sa colère et cherchait comment se venger du pèlerin : « Ce singe m’a joué un tour. Au monastère, je lui en jouerai un à mon tour. J’inciterai le maître à dire qu’il peut rendre cet homme à la vie. S’il n’y parvient pas, le maître récitera l’incantation du bandeau qui serre jusqu’à faire jaillir la cervelle de ce singe. Alors seulement je serai satisfait. » Tout en marchant, il réfléchit encore et encore : « Non, non. S’il doit soigner cet homme, ce sera facile : il ira réclamer son âme chez le roi Yama et lui rendra la vie. Il faut dire qu’il lui est interdit de se rendre au séjour des ombres et qu’il doit le ressusciter ici même, dans le monde des vivants. Voilà le bon moyen. »
說不了,卻到了山門前,徑直進去,將屍首丟在那禪堂門前。道:「師父,起來看邪。」那唐僧睡不著,正與沙僧講行者哄了八戒去久不回之事。忽聽得他來叫了一聲,唐僧連忙起身道:「徒弟,看甚麼?」八戒道:「行者的外公,教老豬馱將來了。」行者道:「你這饢糟的獃子,我那裡有甚麼外公?」八戒道:「哥,不是你外公,卻教老豬馱他來怎麼?也不知費了多少力了。」
Il achevait à peine ses réflexions qu’ils arrivèrent devant la porte du monastère. Ils entrèrent tout droit et déposèrent le corps devant la salle de méditation. Bajie cria : « Maître, levez-vous et venez voir ! » Le moine des Tang ne dormait pas ; il parlait justement avec le moine Sha du pèlerin, qui avait emmené Bajie en le trompant et n’était toujours pas revenu. En l’entendant appeler, il se leva précipitamment : « Disciple, que faut-il regarder ? » Bajie répondit : « Le grand-père maternel du pèlerin, que le vieux Zhu a dû porter jusqu’ici. » Le pèlerin dit : « Espèce de lourdaud gavé d’ordures ! Où aurais-je pris un grand-père maternel ? » Bajie répondit : « Frère, si ce n’est pas ton grand-père, pourquoi as-tu obligé le vieux Zhu à le porter ici ? Tu ne sais pas tous les efforts que cela m’a coûtés. »
那唐僧與沙僧開門看處,那皇帝容顏未改,似活的一般。長老忽然慘悽道:「陛下,你不知那世裡冤家,今生遇著他,暗喪其身,拋妻別子,致令文武不知,多官不曉。可憐你妻子昏蒙,誰曾見焚香獻茶?」忽失聲淚如雨下。八戒笑道:「師父,他死了可干你事?又不是你家父祖,哭他怎的?」三藏道:「徒弟啊,出家人慈悲為本,方便為門。你怎的這等心硬?」八戒道:「不是心硬,師兄和我說來,他會醫得活;若醫不活,我也不馱他來了。」那長老原來是一頭水的,被那獃子搖動了,他就叫:「悟空,若果有手段醫活這個皇帝,正是『救人一命,勝造七級浮圖』。我等也強似靈山拜佛。」行者道:「師父,你怎麼信這獃子亂談?人若死了,或三七五七,盡七百日,受滿了陽間罪過,就轉生去了。如今已死三年,如何救得?」三藏聞其言道:「也罷了。」八戒苦恨不息,道:「師父,你莫被他瞞了,他有些夾腦風。你只念念那話兒,管他還你一個活人。」真個唐僧就念緊箍兒咒,勒得那猴子眼脹頭疼。
Le moine des Tang et le moine Sha ouvrirent la porte et virent que le visage de l’empereur n’avait pas changé : il paraissait encore vivant. Soudain saisi d’affliction, le vénérable dit : « Majesté, je ne sais quel ennemi d’une existence passée tu as rencontré en cette vie. Il t’a secrètement fait périr, séparé de ton épouse et de ton fils, sans que les fonctionnaires civils et militaires ni tous les dignitaires aient rien su. Hélas, ton épouse et ton enfant sont restés dans l’ignorance ; qui donc a brûlé de l’encens et offert du thé pour toi ? » Il éclata en sanglots et ses larmes tombèrent comme la pluie. Bajie rit : « Maître, en quoi sa mort te concerne-t-elle ? Ce n’est ni ton père ni ton aïeul. Pourquoi pleures-tu sur lui ? » Sanzang répondit : « Disciple, la compassion est le fondement de ceux qui ont quitté leur famille, et les moyens secourables sont leur porte. Comment peux-tu avoir le cœur si dur ? » Bajie dit : « Mon cœur n’est pas dur. Mon frère aîné m’a affirmé qu’il saurait lui rendre la vie. S’il n’avait pas pu le ressusciter, je ne l’aurais pas apporté. » Le vénérable était d’un naturel aisément influençable ; ébranlé par le lourdaud, il appela : « Wukong, si tu possèdes réellement le moyen de ressusciter cet empereur, ce sera exactement comme on dit : “Sauver une vie vaut mieux qu’édifier une pagode à sept étages.” Cela surpassera même notre vénération du Bouddha au mont des Esprits. » Le pèlerin répondit : « Maître, pourquoi croyez-vous les absurdités de ce lourdaud ? Après la mort, un homme demeure parfois vingt et un ou trente-cinq jours, ou jusqu’au terme des quarante-neuf jours ; une fois expiées les fautes de sa vie terrestre, il se réincarne. Celui-ci est mort depuis trois ans : comment pourrait-on le sauver ? » À ces paroles, Sanzang répondit : « Alors, n’en parlons plus. » Mais Bajie, toujours plein de rancune, dit : « Maître, ne le laissez pas vous tromper. Il a parfois le cerveau dérangé. Récitez seulement la petite formule : je vous garantis qu’il vous rendra un homme vivant. » Le moine des Tang récita réellement l’incantation du bandeau qui serre, et la pression fit enfler les yeux du singe et lui causa un violent mal de tête.
畢竟不知怎生醫救,且聽下回分解。
Mais on ignore encore par quel moyen il le sauvera et le soignera ; écoutez l’explication au prochain chapitre.