La Pérégrination vers l’Ouest
Le Voyage en Occident, Le Roi-Singe
Wou Tcheng-en, 1592. Texte chinois du domaine public, d'après Wikisource.
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Chapitre 60 Le Roi-Démon Buffle cesse le combat pour se rendre à un somptueux festin — Le pèlerin Sun obtient par ruse une seconde fois l’éventail de bananier
牛魔王罷戰赴華筵孫行者二調芭蕉扇
Le Roi-Démon Buffle cesse le combat pour se rendre à un somptueux festin
Le pèlerin Sun obtient par ruse une seconde fois l’éventail de bananier
土地說:「大力王即牛魔王也。」行者道:「這山本是牛魔王放的火,假名火焰山?」土地道:「不是,不是。大聖若肯赦小神之罪,方敢直言。」行者道:「你有何罪?直說無妨。」土地道:「這火原是大聖放的。」行者怒道:「我在那裡?你這等亂談。我可是放火之輩?」土地道:「是你也認不得我了。此間原無這座山。因大聖五百年前大鬧天宮時,被顯聖擒了,壓赴老君,將大聖安於八卦爐內。煅煉之後開鼎,被你蹬倒丹爐,落了幾個磚來,內有餘火,到此處化為火焰山。我本是兜率宮守爐的道人,當被老君怪我失守,降下此間,就做了火焰山土地也。」豬八戒聞言,恨道:「怪道你這等打扮,原來是道士變的土地。」
Le dieu du Sol répondit : « Le Roi de la Grande Force n’est autre que le Roi-Démon Buffle. » Le pèlerin demanda : « Cette montagne serait donc un feu allumé jadis par le Roi-Démon Buffle, et qu’on aurait faussement appelé la Montagne des Flammes ? » Le dieu du Sol répondit : « Non, non. Si le Grand Saint consent à pardonner la faute de cette humble divinité, alors seulement oserai-je dire la vérité. » Le pèlerin demanda : « Quelle faute as-tu commise ? Parle sans crainte. » Le dieu du Sol répondit : « Ce feu, c’est en vérité le Grand Saint qui l’a allumé. » Le pèlerin s’emporta : « Où étais-je donc ? Tu débites là des absurdités ! Suis-je de ceux qui mettent le feu ? » Le dieu du Sol répondit : « C’est que vous ne me reconnaissez plus. À l’origine, il n’y avait ici aucune montagne. Il y a cinq cents ans, lorsque le Grand Saint sema le tumulte au palais céleste, il fut capturé par le Sage Manifesté et conduit auprès du Vénérable Laozi, qui le plaça dans le fourneau des Huit Trigrammes. Une fois la cuisson achevée, on ouvrit le chaudron ; d’un coup de pied, vous renversâtes le fourneau d’alchimie, et plusieurs briques tombèrent ici avec le feu qui leur restait, donnant naissance à la Montagne des Flammes. J’étais alors le taoïste chargé de garder le fourneau au palais Tushita. Le Vénérable Laozi me reprocha d’avoir manqué à ma garde et me relégua en ce lieu, où je devins le dieu du Sol de la Montagne des Flammes. » À ces mots, Zhu Bajie dit avec dépit : « Voilà pourquoi tu es accoutré de la sorte : tu étais donc un taoïste avant de devenir dieu du Sol ! »
行者半信不信道:「你且說,早尋大力王何故?』土地道:「大力王乃羅剎女丈夫。他這向撇了羅剎,現在積雷山摩雲洞。有個萬年狐王,那狐王死了,遺下一個女兒,叫做玉面公主。那公主有百萬家私,無人掌管。二年前,訪著牛魔王神通廣大,情願倒陪家私,招贅為夫。那牛王棄了羅剎,久不回顧。若大聖尋著牛王,拜求來此,方借得真扇:一則搧息火焰,可保師父前進;二來永除火患,可保此地生靈;三者赦我歸天,回繳老君法旨。」行者道:「積雷山坐落何處?到彼有多少程途?」土地道:「在正南方。此間到彼,有三千餘里。」
À demi convaincu, le pèlerin demanda : « Mais dis-moi d’abord pourquoi tu voulais chercher le Roi de la Grande Force. » Le dieu du Sol répondit : « Le Roi de la Grande Force est l’époux de la Femme-Rakshasa. Il l’a récemment abandonnée et réside maintenant à la Montagne de l’Accumulation du Tonnerre, dans la Grotte qui touche les nuages. Il y avait là un Roi-Renard des Dix Mille Ans ; à sa mort, il laissa une fille appelée la Princesse au Visage de Jade. Cette princesse possédait une fortune immense que personne ne gérait. Il y a deux ans, ayant appris que le Roi-Démon Buffle disposait de vastes pouvoirs magiques, elle consentit à lui apporter sa fortune en dot et le prit chez elle pour époux. Le Roi-Démon Buffle délaissa dès lors la Femme-Rakshasa et, depuis longtemps, ne retourne plus la voir. Si le Grand Saint trouve le Roi-Démon Buffle et le supplie de venir ici, alors seulement il pourra emprunter le véritable éventail : premièrement, il éteindra les flammes et permettra à votre maître de poursuivre sa route ; deuxièmement, il supprimera pour toujours ce fléau et préservera les créatures de cette contrée ; troisièmement, il me délivrera et me permettra de remonter au Ciel pour rendre compte au Vénérable Laozi de l’exécution de son décret sacré. » Le pèlerin demanda : « Où se trouve la Montagne de l’Accumulation du Tonnerre ? Quelle distance faut-il parcourir pour y parvenir ? » Le dieu du Sol répondit : « Elle est plein sud, à plus de trois mille lis d’ici. »
行者聞言,即吩咐沙僧、八戒保護師父,又教土地陪伴勿回。隨即忽的一聲,渺然不見。那裡消半個時辰,早見一座高山凌漢。按落雲頭,停立巔峰之上觀看,真是好山:
À ces mots, le pèlerin ordonna au moine Sha et à Bajie de protéger leur maître, puis enjoignit au dieu du Sol de leur tenir compagnie et de ne pas s’en retourner. Aussitôt, dans un sifflement, il disparut au loin. Avant même une demi-heure, il aperçut déjà une haute montagne qui dominait l’immensité céleste. Il abaissa son nuage, s’arrêta au sommet et contempla les lieux. C’était vraiment une belle montagne :
高不高,頂摩碧漢;大不大,根扎黃泉。山前日暖,嶺後風寒。山前日暖,有三冬草木無知;嶺後風寒,見九夏冰霜不化。龍潭接澗水長流,虎穴依崖花放早。水流千派似飛瓊,花放一心如布錦。灣環嶺上灣環樹,扢扠石外扢扠松。真個是:高的山,峻的嶺;陡的崖,深的澗;香的花,美的果;紅的藤,紫的竹;青的松,翠的柳。八節四時顏不改,千年萬古色如龍。
Était-elle haute ? Son sommet effleurait l’azur du firmament ; était-elle vaste ? Ses racines plongeaient jusqu’aux Sources Jaunes.
Devant la montagne, le soleil réchauffait ; derrière les crêtes, le vent était froid.
Devant la montagne, sous le soleil chaud, les plantes ignoraient les trois mois d’hiver ;
Derrière les crêtes, sous le vent froid, glaces et frimas ne fondaient pas au cœur des neuf mois d’été.
Les bassins des dragons rejoignaient les torrents dont l’eau coulait sans fin ;
Les tanières des tigres s’adossaient aux falaises où les fleurs s’ouvraient tôt.
Les eaux se divisaient en mille bras, pareilles à du jade volant ;
Les fleurs s’ouvraient d’un même cœur, telles des brocarts déployés.
Sur les crêtes sinueuses serpentaient des arbres sinueux ;
Hors des rochers fourchus se tordaient des pins fourchus.
C’étaient vraiment de hautes montagnes et de rudes crêtes,
Des falaises abruptes et de profonds ravins,
Des fleurs parfumées et de beaux fruits,
Des lianes rouges et des bambous pourpres,
Des pins verts et des saules d’émeraude.
Au fil des huit périodes et des quatre saisons, leur aspect ne changeait pas ;
Depuis mille ans et pour l’éternité, leur couleur gardait la vigueur du dragon.
大聖看夠多時,步下尖峰,入深山,找尋路徑。正自沒個消息,忽見松陰下有一女子,手折了一枝香蘭,嬝嬝娜娜而來。大聖閃在怪石之傍,定睛觀看,那女子怎生模樣:
Après avoir longuement contemplé le paysage, le Grand Saint descendit du pic aigu, pénétra dans les profondeurs de la montagne et chercha un chemin. Comme il ne trouvait encore aucun indice, il aperçut soudain, sous l’ombre des pins, une femme qui avait cueilli une branche d’orchidée odorante et s’avançait avec une grâce ondoyante. Le Grand Saint se dissimula près d’un rocher étrange et l’observa attentivement. Voici quelle était son apparence :
嬌嬌傾國色,緩緩步移蓮。貌若王嬙,顏如楚女。如花解語,似玉生香。高髻堆青𢷑碧鴉,雙睛蘸綠橫秋水。湘裙半露弓鞋小,翠袖微舒粉腕長。說甚麼暮雨朝雲,真個是朱唇皓齒。錦江滑膩蛾眉秀,賽過文君與薛濤。
Délicate beauté à renverser un royaume, elle avançait lentement sur ses pas de lotus.
Ses traits rappelaient Wang Qiang, son visage une beauté de Chu.
Fleur douée de parole, jade exhalant son parfum.
Son haut chignon entassait des nuées sombres, pareil aux ailes bleutées d’un corbeau ;
Ses deux prunelles baignées de vert s’étendaient comme les eaux automnales.
Sous sa jupe du Xiang paraissaient à demi de petits souliers arqués ;
De ses manches d’émeraude légèrement relevées sortaient de longs poignets poudrés.
À quoi bon parler des pluies du soir et des nuages du matin ? Elle avait vraiment les lèvres vermeilles et les dents éclatantes.
Avec la douceur soyeuse du fleuve aux Brocarts et l’élégance de ses sourcils de phalène, elle surpassait Wenjun et Xue Tao.
那女子漸漸走近石邊,大聖躬身施禮,緩緩而言曰:「女菩薩何往?」那女子未曾觀看,聽得叫問,卻自擡頭。忽見大聖的相貌醜陋,老大心驚,欲退難退,欲行難行,只得戰兢兢,勉強答道:「你是何方來者?敢在此間問誰?」大聖沉思道:「我若說出取經求扇之事,恐這廝與牛王有親。且只以假親托意,來請魔王之言而答方可。」那女子見他不語,變了顏色,怒聲喝道:「你是何人,敢來問我?」大聖躬身陪笑道:「我是翠雲山來的,初到貴處,不知路徑。敢問菩薩,此間可是積雷山?」那女子道:「正是。」大聖道:「有個摩雲洞,坐落何處?」那女子道:「你尋那洞做甚?」大聖道:「我是翠雲山芭蕉洞鐵扇公主央來請牛魔王的。」
La femme s’approcha peu à peu du rocher. Le Grand Saint s’inclina pour la saluer et demanda doucement : « Où se rend la vénérable dame ? » Sans avoir encore regardé, elle entendit cette question et leva la tête. À la vue du visage hideux du Grand Saint, elle fut saisie d’une grande frayeur : elle ne pouvait ni reculer ni avancer et dut répondre en tremblant, non sans effort : « D’où viens-tu donc, pour oser interroger quelqu’un en ce lieu ? » Le Grand Saint réfléchit : « Si je révèle que je vais chercher les écritures et demander l’éventail, je crains que cette créature ne soit apparentée au Roi-Démon Buffle. Mieux vaut feindre un lien de famille et prétendre que je viens inviter le roi démon. » Voyant qu’il gardait le silence, la femme changea de visage et cria avec colère : « Qui es-tu donc, pour oser m’interroger ? » Le Grand Saint s’inclina et répondit avec un sourire conciliant : « Je viens de la Montagne des Nuages d’Émeraude et j’arrive pour la première fois en votre noble contrée, dont j’ignore les chemins. Puis-je demander à la vénérable dame si c’est bien ici la Montagne de l’Accumulation du Tonnerre ? » Elle répondit : « C’est bien ici. » Le Grand Saint demanda : « Où se trouve la Grotte qui touche les nuages ? » Elle répliqua : « Pourquoi cherches-tu cette grotte ? » Le Grand Saint répondit : « La Princesse à l’Éventail de Fer, de la Grotte de l’Éventail de Bananier, à la Montagne des Nuages d’Émeraude, m’envoie inviter le Roi-Démon Buffle. »
那女子一聽鐵扇公主請牛魔王之言,心中大怒,徹耳根子通紅,潑口罵道:「這賤婢,著實無知。牛王自到我家,未及二載,也不知送了他多少珠翠金銀、綾羅緞疋,年供柴,月供米,自自在在受用,還不識羞,又來請他怎的?」大聖聞言,情知是玉面公主,故意掣出金箍棒,大喝一聲道:「你這潑賤,將家私買住牛王,誠然是陪錢嫁漢,你倒不羞,卻敢罵誰?」那女子見了,諕得魄散魂飛,沒好步,亂𤜱金蓮,戰兢兢回頭便走。這大聖吆吆喝喝,隨後相跟。原來穿過松陰,就是摩雲洞口。女子跑進去,撲的把門關了。大聖卻收了金箍棒,停步看時,好所在:
En entendant que la Princesse à l’Éventail de Fer invitait le Roi-Démon Buffle, la femme entra dans une violente colère et rougit jusqu’aux oreilles. Elle se répandit en injures : « Cette vile servante est vraiment insensée ! Voilà moins de deux ans que le Roi-Démon Buffle demeure chez moi, et nul ne sait combien je lui ai donné de perles, de joyaux, d’or et d’argent, de soieries et de satins. Je lui fournis chaque année son bois, chaque mois son riz, afin qu’il vive à son aise ; et cette femme, sans la moindre honte, vient encore le réclamer ! Pour quoi faire ? » À ces paroles, le Grand Saint comprit qu’il s’agissait de la Princesse au Visage de Jade. Il tira délibérément son bâton cerclé d’or et cria : « Infâme dévergondée ! Tu as retenu le Roi-Démon Buffle en l’achetant avec ta fortune : c’est bien toi qui as payé pour te procurer un mari. Et loin d’en rougir, tu oses encore insulter autrui ! » À cette vue, la femme fut si effrayée que son âme et ses esprits se dispersèrent. Incapable de courir correctement, elle agita en désordre ses pieds de lotus et s’enfuit en tremblant. Le Grand Saint la suivit en poussant de grands cris. Or, aussitôt passée l’ombre des pins, on arrivait à l’entrée de la Grotte qui touche les nuages. La femme s’y précipita et referma brusquement la porte. Le Grand Saint rangea son bâton cerclé d’or, s’arrêta et contempla ce lieu remarquable :
樹林森密,崖削崚嶒。薜蘿陰冉冉,蘭蕙味馨馨。流泉漱玉穿修竹,巧石知機帶落英。煙霞籠遠岫,日月照雲屏。龍吟虎嘯,鶴唳鶯鳴。一片清幽真可愛,琪花瑤草景常明。不亞天臺仙洞,勝如海上蓬瀛。
La forêt était épaisse et profonde, les falaises taillées en escarpements abrupts.
L’ombre des lianes flottait doucement, le parfum des orchidées embaumait.
Une source courante lavait le jade et traversait les hauts bambous ;
Des rochers ingénieux semblaient comprendre le moment et se paraient de fleurs tombées.
Brumes et nuées enveloppaient les pics lointains ;
Le soleil et la lune éclairaient des paravents de nuages.
Les dragons grondaient, les tigres rugissaient ; les grues criaient, les loriots chantaient.
Cette paisible solitude était vraiment charmante, parmi les fleurs de jade et les herbes précieuses toujours resplendissantes.
Elle ne le cédait pas aux grottes immortelles du Tiantai et surpassait même Pengying au milieu des mers.
且不言行者這裡觀看景致。卻說那女子跑得粉汗淋淋,諕得蘭心吸吸,徑入書房裡面。原來牛魔王正在那裡靜玩丹書。這女子沒好氣倒在懷裡,抓耳撓腮,放聲大哭。牛王滿面陪笑道:「美人,休得煩惱。有甚話說?」那女子跳天索地,口中罵道:「潑魔害殺我也!」牛王笑道:「你為甚事罵我?」女子道:「我因父母無依,招你護身養命。江湖中說你是條好漢,你原來是個懼內的庸夫。」牛王聞說,將女子抱住道:「美人,我有那些不是處?你且慢慢說來,我與你陪禮。」女子道:「適才我在洞外閑步花陰,折蘭採蕙,忽有一個毛臉雷公嘴的和尚,猛地前來施禮,把我嚇了個呆掙。及定性問是何人,他說是鐵扇公主央他來請牛魔王的。被我說了兩句,他倒罵了我一場,將一根棍子趕著我打。若不是走得快些,幾乎被他打死。這不是招你為禍?害殺我也。」牛王聞言,卻與他整容陪禮,溫存良久,女子方才息氣。魔王卻發狠道:「美人在上,不敢相瞞。那芭蕉洞雖是僻靜,卻清幽自在。我山妻自幼修持,也是個得道的女仙,卻是家門嚴謹,內無一尺之童,焉得有雷公嘴的男子央來?這想是那裡來的妖怪,或者假綽名聲,至此訪我。等我出去看看。」
Laissons pour l’instant le pèlerin contempler le paysage. La femme, ruisselante d’une sueur parfumée et le cœur palpitant de frayeur, courut tout droit dans le cabinet d’étude. Le Roi-Démon Buffle s’y trouvait justement, absorbé dans la lecture paisible d’un traité d’alchimie. Hors d’elle-même, elle se jeta dans ses bras, se griffa les joues et se mit à pleurer à grands cris. Tout sourire, le Roi-Démon Buffle lui dit : « Ma belle, ne te tourmente pas. Qu’as-tu à me raconter ? » Elle bondit et trépigna en criant : « Misérable démon, tu vas causer ma mort ! » Le Roi-Démon Buffle demanda en riant : « Pourquoi m’injuries-tu ainsi ? » Elle répondit : « Privée du soutien de mes parents, je t’ai pris chez moi pour protéger ma personne et assurer ma subsistance. Dans tout le monde des lacs et des rivières, on disait que tu étais un vaillant héros ; mais tu n’es en vérité qu’un médiocre poltron qui craint sa femme ! » À ces mots, le Roi-Démon Buffle l’enlaça et lui dit : « Ma belle, en quoi ai-je mal agi ? Explique-toi calmement, et je te présenterai mes excuses. » Elle répondit : « Tout à l’heure, je me promenais à loisir parmi les fleurs devant la grotte, cueillant orchidées et plantes odorantes, lorsqu’un moine au visage velu et à la bouche de dieu du Tonnerre s’est brusquement avancé pour me saluer, me frappant de stupeur. Quand je me fus ressaisie et lui eus demandé qui il était, il prétendit que la Princesse à l’Éventail de Fer l’envoyait inviter le Roi-Démon Buffle. Je lui ai dit deux mots, mais il m’a accablée d’injures et m’a poursuivie avec un bâton pour me frapper. Si je n’avais pas couru assez vite, il m’aurait presque tuée. Ne t’ai-je donc accueilli que pour attirer le malheur sur moi ? Tu vas causer ma mort ! » À ces mots, le Roi-Démon Buffle reprit une mine grave, lui présenta ses excuses et la cajola longtemps, jusqu’à ce qu’elle se calmât. Alors le roi démon dit avec fureur : « Ma belle, je ne veux rien te cacher. La Grotte de l’Éventail de Bananier est certes retirée, mais elle offre une paisible liberté. Mon épouse légitime pratique la Voie depuis son enfance et c’est une immortelle qui l’a obtenue. Sa maison est sévèrement tenue et il ne s’y trouve pas même un garçon d’un pied de haut : comment aurait-elle pu charger un homme à la bouche de dieu du Tonnerre de venir m’inviter ? Ce doit être un monstre venu d’on ne sait où, qui s’est peut-être servi de son nom pour parvenir jusqu’à moi. Attends que je sorte voir cela. »
好魔王,拽開步,出了書房,上大廳取了披掛,結束了。拿了一條混鐵棍,出門高叫道:「是誰人在我這裡無狀?」行者在傍,見他那模樣,與五百年前又大不同。只見:
Quel roi démon ! Il allongea le pas, quitta le cabinet, monta dans la grande salle, y prit son armure et s’en équipa. Saisissant une barre de fer composite, il sortit en criant : « Qui se conduit ici avec une telle insolence ? » De côté, le pèlerin l’observait : son apparence était fort différente de celle qu’il avait cinq cents ans auparavant. On voyait :
頭上戴一頂水磨銀亮熟鐵盔,身上貫一副絨穿錦繡黃金甲,足下踏一雙捲尖粉底麂皮靴;腰間束一條攢絲三股獅蠻帶。一雙眼光如明鏡,兩道眉艷似紅霓。口若血盆,齒排銅板。吼聲響震山神怕,行動威風惡鬼慌。四海有名稱混世,西方大力號魔王。
Sur sa tête, un casque de fer trempé, poli à l’eau et brillant comme l’argent ;
Sur son corps, une armure d’or brodée, traversée de cordons de soie ;
À ses pieds, des bottes de daim à bouts relevés et semelles blanches ;
À sa taille, une ceinture à trois brins de fils assemblés, ornée de lions barbares.
Ses deux yeux brillaient comme des miroirs ; ses deux sourcils flamboyaient tels des arcs-en-ciel rouges.
Sa bouche était un bassin de sang, ses dents s’alignaient comme des plaques de cuivre.
Quand il rugissait, les montagnes tremblaient et leurs dieux prenaient peur ;
Quand il avançait dans sa majesté, les démons malfaisants s’affolaient.
Dans les Quatre Mers, il était célèbre sous le nom de Bouleverseur du Monde ;
Dans l’Occident, sa grande force lui valait le titre de Roi-Démon.
這大聖整衣上前,深深的唱個大喏道:「長兄,還認得小弟麼?」牛王答禮道:「你是齊天大聖孫悟空麼?」大聖道:「正是,正是。一向久別未拜。適才到此問一女子,方得見兄。丰采果勝常,可賀也。」牛王喝道:「且休巧舌。我聞你鬧了天宮,被佛祖降壓在五行山下,近解脫天災,保護唐僧西天見佛求經,怎麼在號山枯松澗火雲洞把我小兒牛聖嬰害了?正在這裡惱你,你卻怎麼又來尋我?」大聖作禮道:「長兄勿得誤怪小弟。當時令郎捉住吾師,要食其肉,小弟近他不得,幸觀音菩薩欲救我師,勸他歸正。現今做了善財童子,比兄長還高,享極樂之門堂,受逍遙之永壽,有何不可,返怪我耶?」牛王罵道:「這個乖嘴的猢猻!害子之情,被你說過;你才欺我愛妾,打上我門何也?」大聖笑道:「我因拜謁長兄不見,向那女子拜問,不知就是二嫂嫂。因他罵了我幾句,是小弟一時粗鹵,驚了嫂嫂。望長兄寬恕寬恕。」牛王道:「既如此說,我看故舊之情,饒你去罷。」
Le Grand Saint rajusta ses vêtements, s’avança et salua profondément : « Frère aîné, reconnais-tu encore ton cadet ? » Le Roi-Démon Buffle lui rendit son salut et demanda : « Serais-tu Sun Wukong, le Grand Saint Égal du Ciel ? » Le Grand Saint répondit : « C’est bien moi, c’est bien moi. Voilà longtemps que nous sommes séparés et que je n’ai pu venir te rendre hommage. Je viens d’interroger une femme, ce qui m’a enfin permis de te rencontrer. Ta prestance est vraiment plus remarquable que jamais : je t’en félicite. » Le Roi-Démon Buffle cria : « Cesse donc tes habiles paroles ! J’ai entendu dire qu’après avoir semé le tumulte au palais céleste, tu fus dompté par le Bouddha et emprisonné sous la Montagne des Cinq Éléments. Récemment délivré de cette calamité céleste, tu protèges le moine des Tang qui se rend en Occident pour voir le Bouddha et obtenir les écritures. Alors pourquoi, dans la Grotte des Nuages de Feu, au Ravin des Pins Desséchés du mont Hao, as-tu causé la perte de mon fils, le Saint Enfant Buffle ? J’étais justement ici à ruminer ma colère contre toi, et voilà que tu viens encore me chercher ! » Le Grand Saint le salua et répondit : « Frère aîné, ne blâme pas à tort ton cadet. À l’époque, ton noble fils avait capturé mon maître et voulait manger sa chair ; ton cadet ne pouvait l’approcher. Heureusement, le bodhisattva Guanyin, désireux de sauver mon maître, le persuada de revenir à la juste voie. Il est aujourd’hui le Garçon de la Bonne Fortune ; son rang est même supérieur au tien, il jouit aux portes de la Suprême Félicité et reçoit l’éternelle longévité d’une existence libre. Qu’y a-t-il là de mauvais, pour que tu m’en tiennes rigueur ? » Le Roi-Démon Buffle l’injuria : « Macaque à la langue trop habile ! Par tes paroles, tu prétends effacer la douleur de la perte de mon fils ; mais pourquoi viens-tu maintenant maltraiter ma concubine bien-aimée et attaquer ma demeure ? » Le Grand Saint répondit en riant : « Comme je ne trouvais pas mon frère aîné à qui rendre hommage, j’ai interrogé cette femme avec respect, sans savoir qu’elle était ma seconde belle-sœur. Elle m’a lancé quelques injures ; dans sa grossièreté passagère, ton cadet a effrayé sa belle-sœur. Je prie mon frère aîné de me pardonner. » Le Roi-Démon Buffle répondit : « Puisqu’il en est ainsi, je vais, en souvenir de notre ancienne amitié, te laisser partir. »
大聖道:「既蒙寬恩,感謝不盡。但尚有一事奉瀆,萬望周濟周濟。」牛王罵道:「這猢猻不識起倒,饒了你,倒還不走,反來纏我。甚麼周濟周濟?」大聖道:「實不瞞長兄,小弟因保唐僧西進,路阻火焰山,不能前進。詢問土人,知尊嫂羅剎女有一柄芭蕉扇,欲求一用。昨到舊府奉拜嫂嫂,嫂嫂堅執不借。是以特求長兄,望兄長開天地之心,同小弟到大嫂處一行,千萬借扇搧滅火焰,保得唐僧過山,即時完璧。」牛王聞言,心如火發,咬響鋼牙罵道:「你說你不無禮,你原來是借扇之故。一定先欺我山妻,山妻想是不肯,故來尋我,且又趕我愛妾。常言道:『朋友妻,不可欺;朋友妾,不可滅。』你既欺我妻又滅我妾,多大無禮?上來吃我一棍。」大聖道:「哥要說打,弟也不懼。但求寶貝,是我真心,萬乞借我使使。」牛王道:「你若三合敵得我,我著山妻借你;如敵不過,打死你,與我雪恨。」大聖道:「哥說得是。小弟這一向疏懶,不曾與兄相會,不知這幾年武藝比昔日如何,我兄弟們請演演棍看。」這牛王那容分說,掣混鐵棍,劈頭就打;這大聖持金箍棒,隨手相迎。兩個這場好鬥:
Le Grand Saint répondit : « Puisque tu m’accordes généreusement ton pardon, je ne saurais assez t’en remercier. Mais il me reste une affaire dont je dois t’importuner, et j’espère vivement que tu voudras bien m’aider. » Le Roi-Démon Buffle l’injuria : « Ce macaque ne sait vraiment pas se conduire ! Je t’épargne, mais au lieu de t’en aller, tu restes ici à me harceler. Quelle aide veux-tu donc ? » Le Grand Saint répondit : « À vrai dire, frère aîné, ton cadet protège le moine des Tang dans son voyage vers l’ouest, mais la Montagne des Flammes nous barre la route et nous empêche d’avancer. En interrogeant les habitants, j’ai appris que ta noble épouse, la Femme-Rakshasa, possédait un éventail de bananier que je voudrais lui emprunter. Hier, je me suis rendu dans ton ancienne demeure pour présenter mes hommages à ma belle-sœur, mais elle a refusé obstinément de me le prêter. C’est pourquoi je viens tout spécialement solliciter mon frère aîné. J’espère que, dans ta générosité aussi vaste que le Ciel et la Terre, tu accepteras de m’accompagner auprès de ma première belle-sœur et de me faire prêter cet éventail. Dès que j’aurai éventé et éteint les flammes pour permettre au moine des Tang de franchir la montagne, je rendrai aussitôt le précieux objet intact. » À ces mots, le cœur du Roi-Démon Buffle s’embrasa. Faisant grincer ses dents d’acier, il l’injuria : « Et tu prétends n’avoir commis aucune insolence ! C’était donc pour emprunter l’éventail que tu as commencé par maltraiter mon épouse légitime ; elle a sans doute refusé, et tu es alors venu me chercher en poursuivant encore ma concubine bien-aimée. Comme dit le proverbe : “On ne maltraite pas la femme d’un ami, on ne fait pas périr sa concubine.” Tu as maltraité mon épouse et voulu faire périr ma concubine : quelle immense insolence ! Viens recevoir un coup de ma barre ! » Le Grand Saint répondit : « Si mon frère veut combattre, son cadet ne le craint pas. Mais je désire sincèrement obtenir ce trésor et te supplie seulement de me le prêter un moment. » Le Roi-Démon Buffle déclara : « Si tu me résistes pendant trois passes, j’ordonnerai à mon épouse de te le prêter ; si tu ne peux me tenir tête, je te tuerai pour assouvir ma vengeance. » Le Grand Saint répondit : « Mon frère a raison. Ton cadet s’est montré paresseux ces derniers temps et ne t’a pas rencontré depuis longtemps. J’ignore quels progrès ton art du combat a faits depuis jadis ; que les deux frères que nous sommes essaient donc leurs bâtons. » Sans lui laisser le temps d’en dire davantage, le Roi-Démon Buffle tira sa barre de fer composite et l’abattit sur sa tête. Le Grand Saint leva aussitôt son bâton cerclé d’or pour lui faire face. Ce fut un beau combat :
金箍棒,混鐵棍,變臉不以朋友論。那個說:「正怪你這猢猻害子情。」這個說:「你令郎已得道休嗔恨。」那個說:「你無知怎敢上我門?」這個說:「我有因特地來相問。」一個要求扇子保唐僧,一個不借芭蕉忒鄙吝。語去言來失舊情,舉家無義皆生忿。牛王棍起賽蛟龍,大聖棒迎神鬼遁。初時爭鬥在山前,後來齊駕祥雲進。半空之內顯神通,五彩光中施妙運。兩條棍響振天關,不見輸贏皆傍寸。
Bâton cerclé d’or, barre de fer composite : les visages changent, l’amitié ne compte plus.
L’un disait : « Je t’en veux précisément, macaque, d’avoir causé la perte de mon fils ! »
L’autre disait : « Ton noble fils a obtenu la Voie ; cesse donc ta colère et ta haine ! »
L’un disait : « Ignorant, comment oses-tu venir jusqu’à ma porte ? »
L’autre disait : « J’avais une raison de venir tout spécialement t’interroger. »
L’un voulait l’éventail pour protéger le moine des Tang ;
L’autre refusait le bananier, dans sa mesquinerie excessive.
Au fil des répliques, leur ancienne amitié se perdit ;
Épouses et concubines, toutes offensées, avaient fait naître sa fureur.
La barre du Roi-Démon Buffle se levait, rivalisant avec un dragon des eaux ;
Le bâton du Grand Saint lui répondait, mettant dieux et fantômes en fuite.
Ils combattirent d’abord devant la montagne ;
Puis, ensemble, ils montèrent sur leurs nuages de bon augure.
Au milieu du ciel, ils déployèrent leurs pouvoirs surnaturels ;
Dans les lueurs aux cinq couleurs, ils exercèrent leurs merveilleux artifices.
Le fracas des deux armes ébranlait les portes du Ciel ;
Toujours sans vainqueur ni vaincu, ils ne cédaient pas même un pouce.
這大聖與那牛王鬥經百十回合,不分勝負。正在難解難分之際,只聽得山峰上有人叫道:「牛爺爺,我大王多多拜上,幸賜早臨,好安座也。」牛王聞說,使混鐵棍支住金箍棒,叫道:「猢猻,你且住了,等我去一個朋友家赴會來者。」言畢,按下雲頭,徑至洞裡,對玉面公主道:「美人,才那雷公嘴的男子乃孫悟空猢猻,被我一頓棍打走了,再不敢來。你放心耍子。我到一個朋友處吃酒去也。」他才卸了盔甲,穿一領鴉青剪絨襖子,走出門,跨上辟水金睛獸,著小的們看守門庭,半雲半霧,一直向西北方而去。
Le Grand Saint et le Roi-Démon Buffle combattirent durant plus de cent passes sans parvenir à se départager. Alors que la lutte demeurait indécise, ils entendirent quelqu’un crier du sommet : « Grand-père Buffle, mon roi vous adresse mille hommages et vous prie de venir au plus vite, afin que nous puissions vous installer à la place d’honneur. » À ces mots, le Roi-Démon Buffle retint le bâton cerclé d’or avec sa barre de fer composite et cria : « Macaque, arrêtons-nous pour l’instant ! Je dois me rendre à une réunion chez un ami. » Là-dessus, il abaissa son nuage et retourna directement dans la grotte. Il dit à la Princesse au Visage de Jade : « Ma belle, cet homme à la bouche de dieu du Tonnerre était le macaque Sun Wukong. Je lui ai administré une telle volée de coups qu’il s’est enfui et n’osera plus revenir. Amuse-toi donc sans inquiétude. Je vais boire chez un ami. » Il ôta alors casque et armure, enfila une veste de velours taillé bleu corbeau, sortit, enfourcha la Bête aux Yeux d’Or qui fend les eaux et chargea ses serviteurs de garder la demeure. À demi porté par les nuages et la brume, il partit droit vers le nord-ouest.
大聖在高峰上看著,心中暗想道:「這老牛不知又結識了甚麼朋友,往那裡去赴會。等老孫跟他走走。」好行者,將身幌一幌,變作一陣清風趕上,隨著同走。不多時,到了一座山中,那牛王寂然不見。大聖聚了原身,入山尋看。那山中有一面清水深潭,潭邊有一座石碣,碣上有六個大字,乃「亂石山碧波潭」。大聖暗想道:「老牛斷然下水去了。水底之精,若不是蛟精,必是龍精、魚精,或是龜鱉黿鼉之精。等老孫也下去水看看。」
Du haut du pic, le Grand Saint le regardait et pensa en lui-même : « J’ignore encore quel ami ce vieux buffle a fréquenté et où il va se rendre à ce festin. Le vieux Sun va le suivre. » Quel pèlerin ! Il secoua son corps, se changea en une brise légère et le rattrapa pour voyager à sa suite. Peu après, ils atteignirent une montagne où le Roi-Démon Buffle disparut soudain sans laisser de trace. Le Grand Saint reprit sa forme originelle et pénétra dans la montagne pour le chercher. Il y avait là un profond bassin aux eaux limpides. Sur sa rive se dressait une stèle de pierre portant six grands caractères : « Montagne des Roches Chaotiques, Bassin des Ondes d’Émeraude ». Le Grand Saint pensa : « Le vieux buffle est assurément descendu dans l’eau. Si les esprits qui vivent au fond ne sont pas des monstres jiao, ce doivent être des dragons ou des poissons, voire des tortues de toutes sortes. Que le vieux Sun descende donc voir sous l’eau. »
好大聖,捻著訣,念個咒語,搖身一變,變作一個螃蟹,不大不小的有三十六斤重。撲的跳在水中,徑沉潭底。忽見一座玲瓏剔透的牌樓,樓下拴著那個辟水金睛獸。進牌樓裡面,卻就沒水。大聖爬進去,仔細看時,只見那壁廂一派音樂之聲。但見:
Quel Grand Saint ! Il forma une formule avec ses doigts, récita une incantation et, d’une secousse, se changea en crabe, ni grand ni petit, pesant trente-six livres. Plouf ! Il sauta dans l’eau et s’enfonça droit jusqu’au fond du bassin. Soudain, il aperçut un portique délicatement ajouré, sous lequel était attachée la Bête aux Yeux d’Or qui fend les eaux. Une fois le portique franchi, il n’y avait plus d’eau. Le Grand Saint se glissa à l’intérieur et, regardant attentivement, entendit de ce côté-là toute une musique. On voyait :
朱宮貝闕,與世不殊。黃金為屋瓦,白玉作門樞。屏開玳瑁甲,檻砌珊瑚珠。祥雲瑞藹輝蓮座,上接三光下入衢。非是天宮並海藏,果然此處賽蓬壺。高堂設宴羅賓主,大小官員冠冕珠。忙呼玉女捧牙槃,催喚仙娥調律呂。長鯨鳴,巨蟹舞,鱉吹笙,鼉擊鼓,驪頷之珠照樽俎。鳥篆之文列翠屏,蝦鬚之簾掛廊廡。八音迭奏雜仙韶,宮商響徹遏雲霄。青頭鱸妓撫瑤瑟,紅眼馬郎品玉簫。鱖婆頂獻香獐脯,龍女頭簪金鳳翹。吃的是,天廚八寶珍饈味;飲的是,紫府瓊漿熟醞醪。
Des palais vermeils, des pavillons de nacre, en rien différents de ceux du monde.
L’or servait de tuiles aux demeures, le jade blanc de pivots aux portes.
Des paravents déployaient des écailles de tortue imbriquées ;
Les balustrades étaient bâties de perles de corail.
Nuages propices et brumes heureuses illuminaient les sièges de lotus ;
En haut, ils rejoignaient les trois luminaires, en bas, les avenues.
Ce n’était ni palais céleste ni trésor des mers ;
Pourtant, ce lieu rivalisait vraiment avec Penghu.
Dans la grande salle, un banquet réunissait hôtes et maîtres ;
Les fonctionnaires de tout rang portaient bonnets de cérémonie et perles.
On pressait les Filles de Jade d’apporter les plateaux d’ivoire ;
On appelait les immortelles pour régler les notes de la gamme.
Les grandes baleines chantaient, les crabes géants dansaient,
Les tortues jouaient de l’orgue à bouche, les crocodiles battaient le tambour ;
La perle prise sous la mâchoire du dragon noir éclairait coupes et plats.
Des caractères en forme d’oiseaux couvraient les paravents d’émeraude ;
Des rideaux à franges de moustaches de crevettes pendaient aux galeries.
Les huit timbres alternaient, mêlés aux musiques immortelles ;
Les notes gong et shang retentissaient jusqu’à arrêter les nuages.
Des courtisanes-perches à tête verte pinçaient des cithares de jade ;
Des poissons-malang aux yeux rouges jouaient de la flûte de jade.
Une vieille perche mandarine offrait sur sa tête de la viande parfumée de chevrotain ;
Une fille-dragon portait dans ses cheveux une épingle d’or en forme de phénix.
Ils mangeaient les mets précieux aux huit trésors des cuisines célestes ;
Ils buvaient le nectar de jade, longuement fermenté dans les demeures pourpres.
那上面坐的是牛魔王,左右有三四個蛟精,前面坐著一個老龍精,兩邊乃龍子、龍孫、龍婆、龍女。
Le Roi-Démon Buffle était assis à la place d’honneur. Trois ou quatre esprits jiao se tenaient à ses côtés ; devant lui siégeait un vieux dragon, flanqué de fils et petits-fils de dragons, de dames-dragons et de filles-dragons.
正在那裡觥籌交錯之際,孫大聖一直走將上去,被老龍看見,即命:「拿下那個野蟹來。」龍子、龍孫一擁上前,把大聖拿住。大聖忽作人言,叫:「饒命,饒命。」老龍道:「你是那裡來的野蟹?怎麼敢上廳堂,在尊客之前,橫行亂走?快早供來,免汝死罪。」好大聖,假捏虛言,對眾供道:
Tandis que coupes et jetons circulaient sans interruption, le Grand Saint Sun s’avança droit vers eux. Le vieux dragon l’aperçut et ordonna aussitôt : « Saisissez-moi ce crabe sauvage ! » Fils et petits-fils de dragons se ruèrent sur lui et l’empoignèrent. Le Grand Saint se mit soudain à parler comme un homme : « Grâce ! Grâce ! » Le vieux dragon demanda : « D’où vient ce crabe sauvage ? Comment oses-tu pénétrer dans la salle et marcher de côté en tous sens devant notre éminent invité ? Avoue vite, et tu échapperas à la mort. » Quel Grand Saint ! Inventant de toutes pièces une fausse histoire, il déclara devant l’assemblée :
「生自湖中為活,傍崖作窟權居。蓋因日久得身舒,官受橫行介士。踏草拖泥落索,從來未習行儀。不知法度冒王威,伏望尊慈恕罪!」
« Né dans un lac, j’y gagnais ma vie ;
Près d’une falaise, j’avais provisoirement creusé mon gîte.
Avec le temps, mon corps avait acquis sa pleine aisance ;
Et je reçus le titre officiel de Chevalier Cuirassé à la Marche Oblique.
Traînant herbes et boue, j’ai piètre allure ;
Jamais encore je n’ai appris les règles de conduite.
Ignorant les usages, j’ai offensé la majesté royale ;
Je supplie votre vénérable bonté de pardonner ma faute ! »
座上眾精聞言,都拱身對老龍作禮道:「蟹介士初入瑤宮,不知王禮,望尊公饒他去罷。」老龍稱謝了。眾精即教:「放了那廝,且記打,外面伺候。」大聖應了一聲,往外逃命,徑至牌樓之下。心中暗想道:「這牛王在此貪杯,那裡等得他散?就是散了,也不肯借扇與我。不如偷了他的金睛獸,變做牛魔王,去哄那羅剎女,騙他扇子,送我師父過山為妙。」
À ces mots, tous les esprits présents s’inclinèrent devant le vieux dragon et dirent : « Le Chevalier Cuirassé Crabe vient d’entrer pour la première fois dans le Palais de Jade et ignore l’étiquette royale. Nous prions notre vénérable seigneur de le laisser partir. » Le vieux dragon les remercia. Les esprits ordonnèrent aussitôt : « Relâchez cet individu. Qu’on lui réserve sa bastonnade et qu’il aille attendre dehors. » Le Grand Saint acquiesça, s’enfuit pour sauver sa vie et gagna directement le pied du portique. Il pensa en lui-même : « Le Roi-Démon Buffle s’abandonne ici au plaisir du vin ; combien de temps faudra-t-il attendre la fin du banquet ? Même après son départ, il refusera de me prêter l’éventail. Mieux vaut voler sa Bête aux Yeux d’Or, prendre l’apparence du Roi-Démon Buffle et aller tromper la Femme-Rakshasa. Je lui soutirerai l’éventail afin de faire franchir la montagne à mon maître. »
好大聖,即現本像,將金睛獸解了韁繩,撲一把,跨上雕鞍,徑直騎出水底。到於潭外,將身變作牛王模樣。打著獸,縱著雲,不多時,已至翠雲山芭蕉洞口。叫聲:「開門。」那洞門裡有兩個女童,聞得聲音開了門,看見是牛魔王嘴臉,即入報:「奶奶,爺爺來家了。」那羅剎聽言,忙整雲鬟,急移蓮步,出門迎接。這大聖下雕鞍,牽進金睛獸;弄大膽,誆騙女佳人。羅剎女肉眼,認他不出,即攜手而入,著丫鬟設座看茶。一家子見是主公,無不敬謹。
Quel Grand Saint ! Il reprit aussitôt son apparence véritable, détacha les rênes de la Bête aux Yeux d’Or et, d’un bond, enfourcha la selle ouvragée avant de sortir tout droit du fond des eaux. Une fois hors du bassin, il se changea à l’image du Roi-Démon Buffle. Poussant la bête et lançant son nuage, il atteignit bientôt l’entrée de la Grotte de l’Éventail de Bananier, à la Montagne des Nuages d’Émeraude. Il cria : « Ouvrez la porte ! » Deux jeunes servantes se trouvaient à l’intérieur. Reconnaissant la voix, elles ouvrirent et, voyant le visage du Roi-Démon Buffle, allèrent annoncer : « Maîtresse, notre seigneur est rentré ! » À ces mots, la Femme-Rakshasa rajusta en hâte son chignon de nuages et vint l’accueillir à petits pas de lotus. Le Grand Saint descendit de la selle ouvragée et conduisit la Bête aux Yeux d’Or à l’intérieur. Avec une audace extrême, il entreprit de duper la belle. La Femme-Rakshasa, dont les yeux mortels ne surent pas le reconnaître, le prit par la main et le fit entrer, puis ordonna aux servantes d’installer les sièges et de servir le thé. Toute la maisonnée, croyant voir son maître, se montra parfaitement respectueuse.
須臾間敘及寒溫,「牛王」道:「夫人久闊。」羅剎道:「大王萬福。」又云:「大王寵幸新婚,拋撇奴家,今日是那陣風兒吹你來的?』大聖笑道:「非敢拋撇,只因玉面公主招後,家事繁冗,朋友多顧,是以稽留在外,卻也又治得一個家當了。」又道:「近聞悟空那廝保唐僧,將近火焰山界,恐他來問你借扇子。我恨那廝害子之仇未報,但來時,可差人報我,等我拿他,分屍萬段,以雪我夫妻之恨。」羅剎聞言,滴淚告道:「大王,常言說:『男兒無婦財無主,女子無夫身無主。』我的性命,險些兒被這猢猻害了。」大聖聽得,故意發怒,罵道:「那潑猴幾時過去了?」羅剎道:「還未去。昨日到我這裡借扇子,我因他害孩兒之故,披掛了,掄寶劍出門,就砍那猢猻。他忍著疼,叫我做嫂嫂,說大王曾與他結義。」大聖道:「是五百年前曾拜為七弟兄。」羅剎道:「被我罵也不敢回言,砍也不敢動手。後被我一扇子搧去。不知在那裡尋得個定風法兒,今早又在門外叫喚。是我又使扇搧,莫想得動。急掄劍砍時,他就不讓我了。我怕他棒重,就走入洞裡,緊關上門。不知他又從何處,鑽在我肚腹之內,險被他害了性命。是我叫他幾聲叔叔,將扇與他去也。」
Après les salutations d’usage, le « Roi-Démon Buffle » dit : « Voilà longtemps, madame, que nous sommes séparés. » La Femme-Rakshasa répondit : « Que le grand roi jouisse de mille bonheurs ! Le grand roi chérit sa jeune épouse et délaisse sa servante : quel vent vous pousse donc aujourd’hui jusqu’ici ? » Le Grand Saint répondit en riant : « Je n’ose dire que je t’ai délaissée. Seulement, depuis que la Princesse au Visage de Jade m’a pris chez elle, les affaires domestiques se sont multipliées et j’ai dû entretenir de nombreux amis. Voilà pourquoi je suis resté au-dehors ; mais j’ai ainsi réussi à établir une nouvelle maison. J’ai récemment appris que ce misérable Wukong, qui protège le moine des Tang, approchait des confins de la Montagne des Flammes. Je crains qu’il ne vienne te demander l’éventail. Comme ma vengeance contre lui pour la perte de notre enfant n’est pas encore assouvie, s’il vient, fais-moi prévenir. Je le saisirai et le mettrai en dix mille morceaux, afin d’apaiser la haine de notre couple. » Les larmes aux yeux, la Femme-Rakshasa lui dit : « Grand roi, comme le dit le proverbe : “Sans épouse, les biens d’un homme n’ont pas de maître ; sans époux, la personne d’une femme n’a pas de maître.” Ce macaque a bien failli me coûter la vie ! » Le Grand Saint feignit la colère et demanda en l’injuriant : « Quand ce maudit singe est-il passé ? » La Femme-Rakshasa répondit : « Il n’est pas encore parti. Hier, il est venu m’emprunter l’éventail. Comme il avait causé la perte de notre enfant, j’ai revêtu mon armure, saisi mon épée précieuse et suis sortie pour le frapper. Il supportait la douleur en m’appelant “belle-sœur”, disant que le grand roi s’était autrefois lié à lui par serment. » Le Grand Saint répondit : « Il y a cinq cents ans, nous étions effectivement devenus sept frères jurés. » La Femme-Rakshasa poursuivit : « Je l’injuriais sans qu’il ose répondre et le frappais sans qu’il ose riposter. Puis je l’ai emporté d’un coup d’éventail. J’ignore où il a trouvé une méthode pour fixer le vent, mais ce matin il est revenu crier devant la porte. J’ai encore agité l’éventail, sans parvenir à le faire bouger. Lorsque je me suis précipitée sur lui avec mon épée, il a cessé de me ménager. Craignant le poids de son bâton, je me suis réfugiée dans la grotte et ai solidement fermé la porte. Je ne sais comment il s’y est pris, mais il a pénétré dans mon ventre et a bien failli me tuer. J’ai dû l’appeler plusieurs fois “petit frère” et lui remettre l’éventail. »
大聖又假意搥胸道:「可惜,可惜。夫人錯了,怎麼就把這寶貝與那猢猻?惱殺我也。」羅剎笑道:「大王息怒。與他的是假扇,但哄他去了。」大聖問:「真扇在於何處?」羅剎道:「放心,放心,我收著哩。」叫丫鬟整酒接風賀喜。遂擎杯奉上道:「大王,燕爾新婚,千萬莫忘結髮,且吃一杯鄉中之水。」大聖不敢不接,只得笑吟吟,舉觴在手道:「夫人先飲。我因圖治外產,久別夫人,早晚蒙護守家門,權為酬謝。」羅剎復接杯斟起,遞與大王道:「自古道:『妻者,齊也。』夫乃養身之父,謝甚麼?」他兩人謙謙講講,方才坐下巡酒。大聖不敢破葷,只吃幾個果子,與他言言語語。
Le Grand Saint se frappa encore la poitrine en feignant le regret : « Quel dommage ! Quel dommage ! Madame a commis une erreur : comment as-tu pu remettre ce trésor au macaque ? J’enrage à en mourir ! » La Femme-Rakshasa répondit en riant : « Que le grand roi apaise sa colère. Celui que je lui ai donné était un faux éventail destiné seulement à le tromper et à l’éloigner. » Le Grand Saint demanda : « Où se trouve le véritable éventail ? » Elle répondit : « Rassure-toi, rassure-toi, je le garde en lieu sûr. » Puis elle ordonna aux servantes de préparer du vin pour fêter son retour. Levant une coupe qu’elle lui présenta, elle dit : « Grand roi, au milieu des délices de tes jeunes noces, n’oublie surtout pas ton épouse des premiers jours. Bois donc une coupe de l’eau de ton pays natal. » Le Grand Saint n’osa pas refuser. Il prit la coupe en souriant et dit : « Bois la première, madame. Comme je me consacrais à l’administration de mes biens extérieurs, je suis resté longtemps séparé de toi ; jour et nuit, tu as veillé sur notre maison. Considère cette coupe comme l’expression de ma gratitude. » La Femme-Rakshasa reprit la coupe, la remplit et la lui tendit : « Depuis l’Antiquité, on dit que “l’épouse est l’égale de son époux”. L’époux est le père nourricier de sa femme : pourquoi donc me remercier ? » Après maintes politesses, ils s’assirent enfin et commencèrent à boire. Le Grand Saint, qui n’osait rompre son abstinence de viande, mangea seulement quelques fruits tout en conversant avec elle.
酒至數巡,羅剎覺有半酣,色情微動,就和孫大聖挨挨擦擦,搭搭拈拈:攜著手,俏語溫存;並著肩,低聲俯就。將一杯酒,你喝一口,我喝一口,卻又哺果。大聖假意虛情,相陪相笑,沒奈何,也與他相倚相偎。果然是:
Après plusieurs tournées de vin, la Femme-Rakshasa, à demi grisée, sentit s’éveiller son désir. Elle se pressait et se frottait contre le Grand Saint Sun, le touchait et le caressait : lui prenant la main, elle lui murmurait tendrement de charmantes paroles ; épaule contre épaule, elle se penchait vers lui à voix basse. Dans une même coupe, elle buvait une gorgée, puis lui une autre, et elle lui donnait encore des fruits de bouche à bouche. Le Grand Saint feignait les sentiments et l’affection, lui tenant compagnie et lui souriant. Faute de mieux, il se laissait lui aussi enlacer et caresser. En vérité :
釣詩鉤,掃愁帚,破除萬事無過酒。男兒立節放襟懷,女子忘情開笑口。面赤似夭桃,身搖如嫩柳。絮絮叨叨話語多,捻捻掐掐風情有。時見掠雲鬟,又見掄尖手。幾番常把腳兒蹺,數次每將衣袖抖。粉項自然低,蠻腰漸覺扭。合歡言語不曾丟,酥胸半露鬆金鈕。醉來真個玉山頹,餳眼摩娑幾弄醜。
Crochet qui pêche les poèmes, balai qui chasse le chagrin :
Pour dissiper les dix mille soucis, rien ne surpasse le vin.
L’homme fidèle à ses principes ouvre son cœur ;
La femme oublie toute retenue et laisse éclater son rire.
Son visage rougit comme une tendre fleur de pêcher ;
Son corps oscille comme un jeune saule.
Elle babille sans fin, multipliant les paroles ;
Elle pince et caresse, prodiguant ses séductions.
Tantôt elle effleure son chignon de nuages ;
Tantôt elle brandit ses mains effilées.
Plusieurs fois, elle lève ses petits pieds ;
À maintes reprises, elle secoue ses manches.
Son cou poudré s’incline de lui-même ;
Sa taille souple commence à se tortiller.
Elle ne cesse de tenir des propos amoureux ;
Son sein tendre paraît à demi sous ses boutons d’or défaits.
Ivre, elle s’effondre vraiment comme une montagne de jade ;
Les yeux alourdis, elle tâtonne et se donne en spectacle.
大聖見他這等酣然,暗自留心,挑鬥道:「夫人,真扇子你收在那裡?早晚仔細,但恐孫行者變化多端,卻又來騙去。」羅剎笑嘻嘻的,口中吐出,只有一個杏葉兒大小,遞與大聖道:「這個不是寶貝?」大聖接在手中,卻又不信,暗想著:「這些些兒,怎生搧得火滅?怕又是假的。」羅剎見他看著寶貝沉思,忍不住上前,將粉面搵在行者臉上,叫道:「親親,你收了寶貝吃酒罷,只管出神想甚麼哩?」大聖就趁腳兒蹺,問他一句道:「這般小小之物,如何搧得八百里火焰?」羅剎酒陶真性,無忌憚,就說出方法道:「大王,與你別了二載,你想是晝夜貪歡,被那玉面公主弄傷了神思,怎麼自家的寶貝事情,也都忘了?只將左手大指頭捻著那柄兒上第七縷紅絲,念一聲『𠲛噓啊吸嘻吹呼』,即長一丈二尺長短。這寶貝變化無窮!那怕他八萬里火焰,可一扇而消也。」
La voyant ainsi plongée dans l’ivresse, le Grand Saint demeura sur ses gardes et la provoqua : « Madame, où as-tu rangé le véritable éventail ? Veille soigneusement sur lui jour et nuit, car le pèlerin Sun possède d’innombrables métamorphoses et pourrait revenir te le dérober par ruse. » La Femme-Rakshasa sourit, puis le fit sortir de sa bouche : il n’était pas plus grand qu’une feuille d’abricotier. Elle le tendit au Grand Saint en disant : « N’est-ce pas là le trésor ? » Le Grand Saint le prit, mais douta encore. Il pensa : « Comment une chose aussi minuscule pourrait-elle éventer le feu jusqu’à l’éteindre ? Peut-être est-ce encore un faux. » Voyant qu’il contemplait le trésor en silence, la Femme-Rakshasa ne put se retenir : elle s’approcha, pressa son visage poudré contre celui du pèlerin et dit : « Mon chéri, range le trésor et bois donc. Pourquoi restes-tu ainsi absorbé dans tes pensées ? » Profitant de l’occasion, le Grand Saint demanda : « Comment un objet aussi petit pourrait-il éventer huit cents lis de flammes ? » Le vin ayant révélé sa véritable nature, la Femme-Rakshasa répondit sans méfiance : « Grand roi, voilà deux ans que nous sommes séparés. Sans doute t’abandonnes-tu jour et nuit aux plaisirs, au point que la Princesse au Visage de Jade t’a troublé l’esprit. Comment as-tu pu oublier jusqu’au secret de notre propre trésor ? Il suffit de saisir du pouce gauche le septième fil rouge de la poignée et de prononcer : “Hong, xu, a, xi, xi, chui, hu !” Il atteint aussitôt une longueur d’une toise et deux pieds. Les transformations de ce trésor sont infinies ! Même quatre-vingt mille lis de flammes s’éteindraient d’un seul coup. »
大聖聞言,切切記在心上。卻把扇兒也噙在口裡,把臉抹一抹,現了本像。厲聲高叫道:「羅剎女,你看看我可是你親老公?就把我纏了這許多醜勾當,不羞,不羞。」那女子一見是孫行者,慌得推倒桌席,跌落塵埃,羞愧無比,只叫:「氣殺我也!氣殺我也!」
À ces mots, le Grand Saint grava soigneusement la formule dans sa mémoire. Il plaça l’éventail dans sa bouche, s’essuya le visage et reprit son apparence véritable. D’une voix terrible, il cria : « Femme-Rakshasa, regarde-moi bien : suis-je vraiment ton cher époux ? Tu m’as enlacé pour te livrer à toutes ces honteuses pratiques. Quelle indécence ! Quelle indécence ! » En découvrant le pèlerin Sun, la femme, prise de panique, renversa table et sièges et tomba à terre. Au comble de la honte, elle ne cessait de crier : « J’enrage à en mourir ! J’enrage à en mourir ! »
這大聖不管他死活,捽脫手,拽大步,徑出了芭蕉洞。正是:無心貪美色,得意笑顏回。將身一縱,踏祥雲,跳上高山,將扇子吐出來,演演方法。將左手大指頭捻著那柄上第七縷紅絲,念了一聲「𠲛噓啊吸嘻吹呼」,果然長了有一丈二尺長短。拿在手中,仔細看了又看,比前番假的果是不同。只見祥光晃晃,瑞氣紛紛,上有三十六縷紅絲,穿經度絡,表裡相聯。原來行者只討了個長的方法,不曾討他個小的口訣,左右只是那等長短。沒奈何,只得搴在肩上,找舊路而回,不題。
Sans se soucier qu’elle vécût ou mourût, le Grand Saint arracha sa main, allongea le pas et sortit directement de la Grotte de l’Éventail de Bananier. Comme on dit : sans désir pour les charmes de la beauté, il s’en retourna rayonnant d’avoir réussi. Il bondit, monta sur un nuage de bon augure et atteignit une haute montagne. Là, il recracha l’éventail et essaya la méthode. Du pouce gauche, il saisit le septième fil rouge de la poignée et prononça : « Hong, xu, a, xi, xi, chui, hu ! » L’éventail atteignit effectivement une longueur d’une toise et deux pieds. Il le prit en main et l’examina attentivement à plusieurs reprises : il était vraiment différent du faux éventail précédent. Des lueurs propices y étincelaient, des souffles heureux s’en dégageaient en abondance. Trente-six fils rouges le parcouraient, croisant chaîne et trame et reliant l’intérieur à l’extérieur. Mais le pèlerin avait seulement demandé la méthode pour l’agrandir, sans obtenir la formule qui le rendait petit ; de quelque manière qu’il s’y prît, l’éventail gardait toujours la même longueur. Faute de mieux, il dut le porter sur son épaule et reprit l’ancien chemin. N’en parlons plus.
卻說那牛魔王在碧波潭底與眾精散了筵席,出得門來,不見了辟水金睛獸。老龍王聚眾精問道:「是誰偷放牛爺的金睛獸也?」眾精跪下道:「沒人敢偷。我等俱在筵前供酒捧盤,供唱奏樂,更無一人在前。」老龍道:「家樂兒斷乎不敢,可曾有甚生人進來?」龍子、龍孫道:「適才安座之時,有個蟹精到此,那個便是生人。」牛王聞說,頓然省悟道:「不消講了。早間賢友著人邀我時,有個孫悟空保唐僧取經,路遇火焰山難過,曾問我求借芭蕉扇。我不曾與他,他和我賭鬥一場,未分勝負。我卻丟了他,徑赴盛會。那猴子千般伶俐,萬樣機關,斷乎是那廝變作蟹精,來此打探消息,偷了我獸,去山妻處騙了那一把芭蕉扇兒也。」眾精見說,一個個膽戰心驚,問道:「可是那大鬧天宮的孫悟空麼?」牛王道:「正是。列公若在西天路上,有不是處,切要躲避他些兒。」老龍道:「似這般說,大王的駿騎卻如之何?」牛王笑道:「不妨,不妨。列公各散,等我趕他去來。」
Cependant, au fond du Bassin des Ondes d’Émeraude, le Roi-Démon Buffle avait achevé le banquet avec les esprits. En sortant, il constata que la Bête aux Yeux d’Or qui fend les eaux avait disparu. Le vieux Roi-Dragon rassembla les esprits et demanda : « Qui a détaché et volé la Bête aux Yeux d’Or de grand-père Buffle ? » Tous s’agenouillèrent et répondirent : « Personne n’aurait osé la voler. Nous étions tous devant le banquet, à servir le vin, porter les plats, chanter ou jouer de la musique ; aucun de nous ne se trouvait à l’entrée. » Le vieux dragon dit : « Les gens de ma maison n’auraient assurément pas osé. Un étranger serait-il entré ? » Les fils et petits-fils de dragons répondirent : « Au moment où nous prenions place, un esprit-crabe est arrivé. C’était le seul étranger. » À ces mots, le Roi-Démon Buffle comprit soudain : « Inutile d’en dire davantage. Ce matin, lorsque mon digne ami m’a fait inviter, un certain Sun Wukong, qui protège le moine des Tang dans sa quête des écritures, avait rencontré la Montagne des Flammes et ne pouvait la franchir. Il m’a demandé de lui prêter l’éventail de bananier, mais j’ai refusé. Nous avons livré un combat sans parvenir à nous départager ; je l’ai alors laissé là pour venir directement à ce magnifique banquet. Ce singe possède mille ruses et dix mille artifices. C’est assurément lui qui s’est changé en esprit-crabe pour venir recueillir des renseignements ; il a volé ma monture et s’est rendu auprès de mon épouse pour lui soutirer son éventail de bananier. » Tous les esprits tremblèrent de peur et demandèrent : « Serait-ce le Sun Wukong qui sema le tumulte au palais céleste ? » Le Roi-Démon Buffle répondit : « C’est bien lui. Si vous le rencontrez sur la route de l’Occident et avez quelque tort à votre charge, prenez grand soin de l’éviter. » Le vieux dragon demanda : « S’il en est ainsi, grand roi, que faire de votre noble monture ? » Le Roi-Démon Buffle répondit en riant : « Ce n’est rien, ce n’est rien. Que chacun de vous se retire ; je vais le rattraper. »
遂而分開水路,跳出潭底,駕黃雲,徑至翠雲山芭蕉洞。只聽得羅剎女跌腳搥胸,大呼小叫。推開門,又見辟水金睛獸拴在下邊。牛王高叫:「夫人,孫悟空那廂去了?」眾女童看見牛魔,一齊跪下道:「爺爺來了?」羅剎女扯住牛王,磕頭撞腦,口裡罵道:「潑老天殺的!怎樣這般不謹慎,著那猢猻偷了金睛獸,變作你的模樣,到此騙我?」牛王切齒道:「猢猻那廂去了?」羅剎搥著胸膛罵道:「那潑猴賺了我的寶貝,現出原身走了。氣殺我也!」牛王道:「夫人保重,勿得心焦。等我趕上猢猻,奪了寶貝,剝了他皮,剉碎他骨,擺出他的心肝,與你出氣。」叫:「拿兵器來。」女童道:「爺爺的兵器不在這裡。」牛王道:「拿你奶奶的兵器來罷。」侍婢將兩把青鋒寶劍捧出。牛王脫了那赴宴的鴉青絨襖,束一束貼身的小衣,雙手綽劍,走出芭蕉洞,徑奔火焰山上趕來。正是那:
Il ouvrit aussitôt un passage dans les eaux, bondit hors du fond du bassin et, porté par un nuage jaune, se rendit directement à la Grotte de l’Éventail de Bananier, sur la Montagne des Nuages d’Émeraude. Il entendit la Femme-Rakshasa trépigner, se frapper la poitrine et pousser de grands cris. En ouvrant la porte, il vit aussi la Bête aux Yeux d’Or attachée en contrebas. Le Roi-Démon Buffle cria : « Madame, de quel côté Sun Wukong est-il parti ? » En le voyant, toutes les jeunes servantes s’agenouillèrent ensemble : « Notre seigneur est arrivé ! » La Femme-Rakshasa saisit le Roi-Démon Buffle, se frappa la tête à coups répétés et l’injuria : « Misérable condamné par le Ciel ! Comment as-tu pu être négligent au point de laisser ce macaque voler la Bête aux Yeux d’Or, prendre ton apparence et venir me tromper ? » Le Roi-Démon Buffle grinça des dents : « De quel côté est parti ce macaque ? » Se frappant la poitrine, la Femme-Rakshasa répondit avec fureur : « Ce maudit singe m’a soutiré mon trésor, puis a repris sa véritable apparence et s’est enfui. J’enrage à en mourir ! » Le Roi-Démon Buffle dit : « Prends soin de toi, madame, et ne te tourmente pas. Je vais rattraper ce macaque, reprendre le trésor, lui arracher la peau, broyer ses os et étaler son cœur et son foie pour apaiser ta colère. » Il cria : « Apportez-moi une arme ! » Une servante répondit : « L’arme de notre seigneur ne se trouve pas ici. » Le Roi-Démon Buffle dit : « Apportez-moi donc les armes de votre maîtresse. » Les servantes lui présentèrent les deux précieuses épées aux lames azurées. Le Roi-Démon Buffle ôta la veste de velours bleu corbeau qu’il avait portée au banquet, resserra ses vêtements de dessous, saisit une épée dans chaque main, sortit de la Grotte de l’Éventail de Bananier et se lança vers la Montagne des Flammes à la poursuite du Grand Saint. Ainsi :
忘恩漢騙了痴心婦,烈性魔來近木叉人。
L’ingrat avait trompé la femme au cœur épris ;
Le démon au tempérament de feu approchait l’homme voué au bois.
畢竟不知此去吉凶如何,且聽下回分解。
En définitive, nul ne sait encore si cette poursuite connaîtra bonheur ou malheur ; écoutez les explications du prochain chapitre.